Réveiller la conscience

Auteur Eric LEMAITRE

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Réveiller la conscience est bien l’enjeu de ce siècle, mais pour la réveiller, il convient de donner à notre conscience une nourriture culturelle et spirituelle. Bien entendu je crois que la dimension spirituelle au sens où nous le comprenons comme chrétien, c’est-à-dire naître d’en haut est l’essence même de notre vie, l’essence primordiale faut-il le souligner. L’essence de cette dimension spirituelle qui nous permet ce passage d’un cœur vide, à un cœur rempli par l’amour de Dieu. Mais tous ne se sentent pas concernés par cette dimension, nous devons l’entendre, car par-dessus tout, nous comprenons que le libre arbitre est une nécessité, une exigence. Cependant le futur essai qui sera publié d’ici Octobre 2019 s’est appuyé sur une démonstration qu’un processus d’aliénation de l’âme humaine est bel et bien engagé. Partageant à des amis ce processus et lors d’une rencontre un dimanche après-midi, des amis m’interrogeaient sur mon activité de réflexions. Je les tenais ainsi informer du dernier livre que j’avais corédigé avec Gérald Pech et je leur rappelais le titre du livre : « La déconstruction de l’homme ». Tous m’ont fait répéter le titre du livre car tous avaient compris « La destruction de l’âme ». Au fond leur ai-je dit, vous avez sans doute entendu ce qu’il fallait entendre « Destruction de l’âme », de fait vous avez pleinement raison, car il s’agit bel et bien d’une entreprise d’anéantissement de la part intérieure de notre existence. Le livre ami lecteur que vous avez maintenant entre vos mains, s’est employé à démontrer ce lent processus engagé depuis l’aube de notre histoire humaine jusqu’à cette post modernité. Ce processus est notamment fondé sur l’envie du « mieux », le désir du « encore et encore », d’une soif insatiable de « plus et davantage » et surtout ce processus est focalisé à répondre à toutes les formes de fantasmes nous libérant du corps, de la finitude.

Aussi notre époque est bel et bien bouleversée par une modification radicale de l’espèce humaine, ce nouveau siècle est bel et bien entré dans une nouvelle ère, celle du post humain, un changement de paradigme traversé par une transformation radicale amenée par une démarche technique et de mathématisation de la vie dont le sommet est le transhumanisme. Ce changement est également illustré par cette nouvelle métaphysique qui redéfinit l’homme autour de conceptions anthropologiques qui sont l’expression d’une forme d’émeute contre l’ancienne anthropologie, cette émeute aura des incidences redoutables qui peuvent peser demain sur notre libre arbitre comme homme, comme personne habitée par des convictions spirituelles ou simplement philosophiques.

Or nous savons que la conscience ne se réduit pas à la matière ou à une matière mécanisée [nous le répétons encore et encore ], à une seule sensation d’existence mais elle est constituée d’une profondeur relationnelle, d’une dimension sensible, cognitive qui est essentiellement adossée à la culture, aux émotions intimes, aux aléas d’une vie traversée par les joies et les épreuves, mais notre conscience n’existe en soi que parce que nous avons le sentiment de l’amour, de nous savoir aimé, or inversement une personne non aimée est une personne isolée et désolée.

En conséquence cette dimension cognitive de la conscience, de la vie intérieure le libre arbitre de l’homme, nourrie par les savoirs est sans aucun doute en péril. Nous avançons dans ce texte l’hypothèse d’une convergence d’éléments interagissant entre eux, altérant la vie intérieure, atomisant la dimension de la conscience, cette capacité à penser la société, cette capacité à s’échapper à la spirale des addictions qui consomment l’âme. Ces menaces s’articulent autour du nivellement de la culture, du divertissement, de la crise, de l’idéologie, facteurs qui participent en s’intriquant à la déconstruction de l’être. Les avancées sociétales ont largement nourri cette thématique de la libre conscience, conscience qui dans sa dimension ontologique est depuis violemment malmenée dans les dimensions anthropologiques fondatrices de notre humanité, c’est ainsi que l’altérité sexuée est assez largement bousculée, remise en cause avec des conséquences qui seront bioéthiques comme changer la programmation de l’ADN humain, inventer l’utérus artificiel, hybrider l’homme et la machine. Or un tel processus engagé sera d’autant plus facile que la conscience sera malléable, qu’une nouvelle culture s’installera pour remplacer l’ancienne, que le divertissement sera l’occupation des âmes asservies, que l’on limogera l’économie du réel au profit d’une économie dématérialisée et servicielle, que l’on diffusera à l’école la pensée post humaniste familiarisant les enfants avec l’appétence des objets transhumanistes

Beer Shéba : le sens de la vie

Auteur Eric LEMAITRE

La conscience et le sens de la vie

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Le XXIème siècle qui se dessine sous nos yeux n’a plus pour horizon la recherche du sens de la vie, du sens concret de l’existence, la société occidentale, particulièrement elle, est affectée par cette double dimension à la fois, celle qui concerne l’aliénation de la conscience et celle d’un déclin de la quête intérieure, de la vie intérieure. Ce déclin de la vie intérieure comme cette perte de sens, de la conscience anesthésiée, résulte sans doute du crépuscule des valeurs fondatrices d’une vie, qui transcendent notre propre moi, nous avions sans doute été éduqués dans des dimensions qui nous unifiaient à une identité, un bien commun, mais il faut bien admettre que ces valeurs fondatrices se délitent et à coups de butoir, les pans entiers des murs civilisationnels, des systèmes religieux mais également des institutions qui unifient un peuple, sont en passe de s’effondrer. Le monde digital veut en effet nous faire entrevoir un autre monde, celui du progrès continu visant à satisfaire les petits plaisirs de l’existence sans se donner la peine de dépasser le seul horizon du quotidien. Ce monde digital absorbe le quotidien et en est réduit à entretenir notre passion pour les objets, afin de donner l’impression d’exister par l’objet, « j’existe parce que je consomme », cette existence-là traduit en vérité, une réalité de la pauvreté intérieure et qui ne se mesure que par la quantité. Cette quantité qui me définit au travers de mon environnement ou de mes pseudo richesses. Le sens de la vie n’est de fait pas l’objet possédé qui n’est qu’un état éphémère de la matière convoitée, le sens de la vie imbrique surtout cette dimension de l’amour, des liens affectifs, du ressenti qui touche à l’attention que l’on nous porte mais ce sens de la vie concerne aussi nos racines et notre identité d’homme, notre histoire et le récit d’une histoire qui nous a précédés. Or nous ressentons dans ce monde occidental comme un immense vide, le philosophe Maxence Hecquard évoque « le fait monotone qui frappe tous les individus aujourd’hui, le non-sens d’une existence sans fin », « ce désarroi … » écrit Maxence Hecquard « …est perceptible dans la production culturelle nihiliste qui laisse les individus désarmés… ». Or cette production nihiliste occulte et fait l’impasse des grands récits qui forgent le sens jusqu’à en bannir les héritages culturels, c’est comme imprimer en nous une page blanche, cette même page blanche qui angoisse tout écrivain mais qui ne peut en soi écrire que parce qu’il est habité par une vie qui l’a nourri, et une vie qui prend racine dans l’amour, auprès de parents aimants, dans un lieu, un habitat, une histoire humaine qui le précède, un écosystème riche de toute une diversité de rencontres, un récit, finalement un milieu dont il est l’héritier, ce milieu qui le rend conscient qu’il ne s’appartient pas tout à fait, qu’il est simplement l’héritier d’un patrimoine humain qui va transcender son existence. Mais par-dessus tout son existence sera nourrie par l’amour, car sans l’amour, il ne peut y avoir véritablement de vie, de sens donné, un sens profond donné à l’existence. C’est cette dimension de l’amour qui est ici parfaitement résumé dans ce témoignage bouleversant rapporté par le sociologue Frédéric Lenoir[1]« [2]Je n’oublierai jamais cette scène bouleversante à laquelle j’ai assisté, il y une vingtaine d’années, lors d’un voyage en Inde. Je travaillais comme volontaire chez les sœurs de Mère Teresa. Un bébé, trouvé dans une poubelle, avait été amené à l’orphelinat de Calcutta. Il refusait de s’alimenter, n’exprimait aucune émotion. Il était comme mort. Malgré les premiers soins médicaux et nutritionnels, son état ne s’était guère amélioré. L’une des religieuses le prit dans ses bras, le frictionna vivement, le serra, lui parla, tenta de le faire rire. Rien n’y fit. Serrant l’enfant contre son cœur, elle s’immobilisa longuement les yeux fermés. Il émanait d’elle une force étonnante. Puis, lentement, ses mains recommencèrent à pétrir le bébé. Inlassablement, elle le massa de la tête aux pieds, avec un mélange parfaitement dosé de force et de délicatesse. Elle se remit à faire sauter l’enfant sur ses genoux et son air grave se transforma en une cascade de rires. Et là, sous nos yeux, un miracle de l’amour se produisit. Le regard de l’enfant commença à s’éclairer. L’absent devenait présent. Et, doucement, un sourire s’esquissa accompagné de quelques petits cris de bonheur. Le bébé avait choisi de vivre. Son sourire témoignait que l’amour est le seul motif qui donne vraiment sens à une existence ».

A l’opposé de ces figures de l’amour, ces sœurs de Mère Teresa, la société occidentale fabrique l’isolement, la société individuelle où nous sommes éloignés les uns des autres, nous formons comme une cohorte d’individus indifférents au sort des autres, comme Tocqueville l’écrivait dans ce livre « La démocratie en Amérique ». Or nous risquons bien de connaitre l’état d’un enfant non nourri par l’amour, non nourri par le sens de la vie, non nourri par les caresses de l’affection, de l’étreinte aimante, ce qui embrasse et nous donne une raison d’être. Nous sommes dans l’état de la jouissance des biens, dans la sécurité de ces jouissances privées, mais sans la vie qui nous embrasse, nous devenons des êtres moribonds et sans vie, car nous avons préféré l’adoration des « statuettes interactives », plutôt que de donner notre adoration à celui qui est à l’origine du souffle donné à notre vie.

Ainsi l’individu non relié aux autres, non relié à toute recherche de sens, est un individu désolé, ce que souligne également le philosophe Maxence Hecquard. Or cette métaphore finalement de l’homme désolé dont on peut comprendre plusieurs sens, signifie plutôt ici l’homme vide, l’homme inhabité. Nous comprenons dès lors ce qu’il peut advenir d’un homme concerné par le vide existentiel, devenant une proie facile pour les idéologues, ces rapaces du monde mortifère et nihiliste, ces rapaces de la vie relative ou de la relativisation qui lui promettent la reconnaissance de l’objet miroir, son interface artificielle qui va enfin lui répondre « Oui tu es certainement quelqu’un, tu as maintenant à me consacrer ton existence, moi je vais t’en donner le sens ». Ces idéologies comme je l’écrivais, vont donner à une vie « creuse », une nouvelle identité, quitte à sacrifier son âme, quitte à se laisser posséder, par la vie factice, la vie par procuration, par l’objet qui me possède. Avec passion Éric Sadin, ce jeune et brillant philosophe et à la suite du théologien Jacques Ellul lance comme une forme de cri d’alarme à la conscience afin que cette dernière accepte de se laisser saisir : « Allons-nous accepter, au nom de la croissance, de voir s’instituer, par le fait de ces systèmes, un dessaisissement de notre faculté de jugement, une marchandisation intégrale de la vie ainsi qu’une extrême rationalisation de tous les secteurs de la société ? ». Autrement dit accepterons-nous de nous laisser éplucher, décortiquer, décrypter, accepterons-nous de laisser les « datas » ces données existentielles afin que cette machine titanesque se livre à la possession de notre conscience en pilotant notre existence. Car c’est bien le pilotage de l’existence qui constitue l’entrée d’une main mécanique, mise sur soi.

Or le pilotage de l’existence, c’est bien l’expérience existentielle conditionnée par le monde digital, ce pilotage est celle d’un déplacement de notre relation à l’autre, à une relation à l’objet. C’est cette relation à l’objet qui nous conduit à l’expérience du vide existentiel qui générera la frustration, l’éviction de l’intériorité, du sentiment d’exister.  L’être humain est ainsi bel et bien confronté à une frustration, le sentiment de ne pas avoir pu réaliser son désir, comprenant que sa tentative est probablement vaine de vouloir s’affranchir de tout interdit pour assouvir son désir. Rechercher la vie intérieure, le sens de la vie, la conscience d’être n’est possible que si nous acceptons de ne pas succomber à la tentation de posséder l’objet l

Tous les maux de la civilisation moderne trouvent ainsi leurs sources ® leur source dans cette dimension d’un manque existentiel, d’un manque de Dieu, une forme de ratage dans sa relation avec Dieu, ®. Nous sommes ainsi passés d’une relation à l’autre à celle d’une relation qui passe par l’objet, ce même objet qui vient à posséder notre vie intérieure.

Or l’expérience existentielle est conditionnée par celle du désir qui n’est pas en soi négatif, mais le désir est devenu capricieux. La convoitise de l’objet est une caractéristique de notre époque, elle s’exprime par le souhait d’atteindre une forme de bonheur que confère la possession de la matière, la possession des objets, je vois là un mal être existentiel, l’expérience en somme de la déchéance spirituelle, de l’âme asséchée par sa symbiose avec cette fascination pour les objets qui lui font miroiter un plus, toujours un plus, et de plus en plus.

Nous sommes au fond invités à prendre conscience que nous nous sommes laissés avaler, consommer par une forme de mantra, d’incantation mystique de l’objet « toujours plus, toujours mieux, plus de nouveauté, plus de fonctions », or il est frappant de lire dans l’évangile, cette parole de Christ, l’homme ne vivra pas seulement de pains, mais de toute parole qui sortira de la bouche de Dieu. Or nous confondons aujourd’hui l’utile et l’artificiel, le nécessaire et le factice. Cette parole donnée par Christ à l’ensemble de ceux qui l’écoutaient et qui l’écoutent, offre en réalité une nouvelle dimension à l’existence humaine, celle d’une autre réalité, la plénitude d’une vie intérieure non reliée aux objets mais reliée aux autres et à Dieu. C’est dans la vie relationnelle que s’édifie cette dimension de la vie, de la plénitude de l’existence. Lors d’un déplacement à Lux, où je rencontrais d’autres amis pasteurs, j’ai eu ce témoignage que je vous rapporte, témoignage qui nous a été relaté au travers d’un reportage fait par la chaine de télévision France2 dans le cadre de l’émission Présence Protestante. Ce témoignage en soi traduit la pensée développée dans ces lignes, comme le prolongement de la vraie vie, celle que relatait le sociologue Frédéric Lenoir. Ce témoignage rapporte qu’au Sénégal des missionnaires de l’Eglise Portes Ouvertes engagèrent une mission de forestation, de reboisement d’un lieu totalement sec, associant un programme de revitalisation de la terre désertique pour y ensemencer des arbres et donner la vie à un territoire dévasté par la désertification et à cette mission les missionnaires chrétiens engagèrent parallèlement la formation des paysans pour transmettre à leur tour le savoir-faire acquis. Ce qui est saisissant dans ce reportage, c’est la double mission qui finalement a été conduite, celle de donner de la nourriture nécessaire à des hommes et des femmes, privés de terres cultivables, de donner la vie à un lieu et de donner de l’espoir à des habitants qui n’en avaient plus. La terre s’appelle Beer Shéba qui est un véritable Eden, une oasis dans un désert qui est devenu par la suite une terre d’accueil pour les oiseaux migrateurs. Ce que nous dit Beer Shéba, concerne finalement quelque chose qui touche au vrai sens de la vie, celui finalement d’engendrer la vie, de donner la vie à des gens et à des lieux, dans une démarche d’écologie intégrale, prendre soin de l’homme, prendre soin de la terre. La conscience nourrie par Dieu engendre une dimension de vie partagée. Les équipes pastorales de Beer Shéba concilient leurs deux missions, celle de donner de la nourriture nécessaire et d’offrir une nourriture spirituelle en abondance. La joie habite ce lieu et le sens de la vie a été regagné pour conquérir un désert. L’œuvre humanitaire de Beer Shéba contraste finalement avec le monde du progrès promis par la Silicon Valley, cette Silicon Valley qui pourrait bien transformer les âmes en âmes désolées et inhabitées, alors que Beer Shéba a rempli les cœurs d’une nouvelle espérance, a rempli la conscience et la nécessité de répondre aux vrais besoins d’une humanité qui a soif de vie et d’une authentique nourriture non faite d’artifices mais d’une vie qui la redonne à la terre, qui redonne un paysage qui lui-même devient fertile et engendre un avenir. Quel avenir dessine pour nous la Silicon Valley ? Beer Shéba nous parle d’un avenir authentique d’une vision donnée à des hommes qui se sont laissés touchés dans leur conscience pour un projet qui donne la vie à la terre à l’inverse de celui de la Silicon Valley qui est de donner la vie à la matière pour notre plus grande désolation, notre plus grande ruine. Le réveil de la conscience, c’est pour nous Beer Shéba, le véritable éden, l’arbre de vie, l’endormissement de la conscience c’est la Silicon Valley, le paradis artificiel, l’arbre technologique, celui de la connaissance qui ne nous ouvre aucune perspective ni dans cet avenir, ni au-delà.

https://www.youtube.com/watch?v=5bvoi2qjuH4

[1] Philosophe de formation, Frédéric Lenoir est docteur en sociologie, chercheur en sciences des religions.

[2] Citation extraite de : https://www.psychologies.com/Culture/Savoirs/Philosophie/Articles-et-Dossiers/Le-sens-de-la-vie

La conscience : enjeu de société  

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Auteur Eric LEMAITRE 

Ne vous attendez pas à lire dans mon prochain livre une nouvelle recette ou de vous remonter celles qui avaient eu cours pour fonder une société conviviale loin de ce processus de mécanisation de la vie, loin d’un monde soumis au pouvoir titanesque d’une technoscience qui rêve de post-humanisme, d’intriquer l’homme et la machine, de relier l’homme à l’intelligence artificielle. Volontairement je veux vous décevoir, car il n’y pas de modèle à vous imposer ou à imposer à qui que soit, au risque de fabriquer une société non consentie par une majorité. Or plus que tout, je revendique la liberté pour tous, la liberté de sa conscience de choisir entre un chemin qui nous conduit à la vie et ce chemin que je vous ai décrit tout au long de mon dernier livre et comme dans le prochain, et qui porte en lui-même le projet mortifère d’une société livrée à l’appétit d’une vie quotidienne augmentée. L’enjeu est de comprendre pourquoi il y a quelque chose d’effrayant, de terriblement affolant de se retrouver dans l’enclos de cet univers mécanisé qui nous est promis. Puissions-nous, nous réveiller finalement de l’indolence d’une société de consommation baignée dans l’eau tiède, celle de la société de Laodicée[1] qui prétendait être riche et de n’avoir besoin de personne, cette même société qui nous fait miroiter la vie réussie, de ces objets avatars, nouveaux « directeurs de conscience » qui flatteront et piloteront l’existence, toute l’existence.

Puissions-nous ne jamais nous habituer à l’eau tiède, à ce phénomène d’habituation comme une forme d’apprentissage discipliné, tel l’environnement relaté dans la fable de la grenouille[2],  une grenouille qui ne saisit pas que la marmite dans laquelle, elle s’est plongée est en train de bouillir.   Aussi venons à l’essentiel et l’essentiel est bien cette dimension de la conscience qui fait la spécificité de l’être humain. La conscience qui fut tout au long de ce livre comme le fil conducteur, la trame, cette conscience que j’interpelle, celle de mon lecteur finalement, non sous forme d’injonction moralisatrice, d’ordre pour le soumettre à mon idéologie, mais bien plutôt comme une pensée dont il saisit la portée significative pour décider en lui-même, comprenant par lui-même, la nécessité de refuser l’aimantation d’une société transhumaniste qui puise dans les âmes désolées, les âmes inhabitées. Il importe pour chacun d’entre nous de comprendre les ressorts d’une société vampirisant les êtres afin de leur donner une nouvelle identité, celle de post humain. Toute l’histoire technique atteste cette aptitude à assimiler les inventions et les découvertes, à les incorporer au fil de l’eau, à notre mode de vie, mais il est urgent de comprendre, que nous sommes sur le point d’être façonnés par les objets eux-mêmes, ceux-là même qui entendent domestiquer l’être humain.

Dans ces nouveaux contextes civilisationnels, il importe pour nous de comprendre que les ressorts de toutes les idéologies mortifères s’appuient en effet et systématiquement sur le besoin exprimé par les populations d’être conduites dans une idéologie qui les porte, les fédère de manière enthousiasmante, exaltant une soif d’identité, de raison d’être. Or le lit de ces idéologies totalisantes et mortifères est le plus souvent engendré en raison très souvent de la vacuité, du vide spirituel, du vide intérieur, de l’ennui qui traverse la société. Les plus grandes tragédies humaines se sont finalement forgées dans le « vide de la pensée ». Or avec cette eau douce, cette eau tiède, cette habituation comme je l’écrivais précédemment, nous finirons bien par nous plier à l’injonction d’une vie sociale totalisante et entièrement « machinisée » qui nous donnera l’illusion d’une vie remplie. Dans cette nouvelle vie sociale, cette vie quotidienne des biens et des gens augmentés, nous serons comme docilement familiarisés aux contextes d’une ère civilisationnelle dont le phénomène technique est bien la possession de l’homme par l’objet, « l’homme devenu l’objet de la technique »[3].   Le transhumanisme est de fait le symptôme des crises de l’ancienne civilisation mais constitue en soi le prodrome ou bien le préambule du nouveau totalitarisme qui se dessine sous nos yeux. Ce nouveau totalitarisme ne sera pas nécessairement alimenté par la terreur d’un appareil d’état, mais le sera par l’appareil machine, la terreur qui fut autrefois, l’“essence“ même du totalitarisme en supprimant radicalement toute autonomie individuelle sera remplacé par celle de l’injonction de la machine, l’assistant navigateur de notre vie sociale qui supprimera également et radicalement toute liberté en insufflant les itinéraires rationnels que nous devons emprunter dans une civilisation machinisée devenue totalement cartésienne.

La machine cybernétique donnera ainsi l’impression à tout être, d’accomplir son autonomie, mais en réalité une autonomie manipulée jamais éloignée de son noyau, la machine régulant les gestes et les actes de ce bon citoyen corvéable, domestiqué que nous serons devenus, si notre conscience se laisse ankyloser par la société de divertissement qui nous est promise.

Aussi dans cette dernière partie du livre, il me paraissait comme primordial de faire de la conscience, de notre conscience le sujet essentiel pour saisir l’impératif de ne pas nous laisser couler dans la spirale infernale d’un système babylonien. Un système qui est en passe d’orienter la vie humaine au prétexte qu’il nous faut changer de récit celui d’une civilisation enfermée dans l’idée de la mort, qu’il faut ouvrir les yeux des hommes afin que nous devenions pareils à des Dieux. Il est temps ainsi de revenir à l’arbre de vie et de ne pas être sous la coupe de l’arbre technologique, de ce fameux fruit de la connaissance qui conduisit l’homme déchu à devenir l’homme Dieu.

[1] Lettre à l’église de Laodicée, Livre de l’Apocalypse de St Jean Apocalypse 3.14-22 « Je suis riche, je me suis enrichi, et je n’ai besoin de rien… »

[2] Fable de la grenouille : Si l’on plonge subitement une grenouille dans de l’eau chaude, elle s’échappe d’un bond ; alors que si on la plonge dans l’eau froide et qu’on porte très progressivement l’eau à ébullition, la grenouille s’engourdit ou s’habitue à la température pour finir ébouillantée.

[3] Formule empruntée à Jacques Ellul

De l’homo sapiens à l’homo cyborg

Auteur Eric LEMAITRE

De l’homo sapiens à l’homo cyborg

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« L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature ; mais c’est un roseau pensant ».

 Le post-humain sera-t-il le prochain stade de notre évolution ? La profusion en masse de produits technologiques de ces nouveaux artefacts, familiarise et conditionne l’homme sur l’avènement d’une suprématie de la technologie qui embrassera le monde ou l’embrasera.  La promesse de se façonner en s’appuyant sur les convergences technologiques dans les quatre domaines de l’informatique, de l’information cognitive, de la génétique et de la bio technologie afin de rendre possible la greffe l’homme avec de nouveaux attributs décuplant une puissance démiurgique.  L’homme cyborg ne relève plus de l’imaginaire de romanciers de science-fiction mais bien d’une réalité qui est bientôt aux portes de notre humanité.

Passer de l’homo sapiens à l’homo cyborg, c’est passer finalement à une autre nature, celle du « glébeux » comme l’entonne le cantique « comme l’argile entre les mains du potier », à celle d’un être qui le transcende biologiquement. Ce cantique spirituel nous rappelle que nous avons été façonnés par le potier, pétris par lui, autrement dit, nous avons été conçus par Dieu à partir de la poussière. Mais cette nature-là est contestée par l’homme qui ne se satisfait ni de ce corps, ni de cette faculté de penser dans les limites que lui confère la nature reçue. Comment alors ne pas songer à ce texte de Pascal :

« L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature ; mais c’est un roseau pensant ».

L’homme est ainsi et finalement « assis » entre deux infinis, lui, l’être fini, délimité mais la vanité l’emmène ou le conduit à dépasser sa finitude à reculer les frontières de ces deux infinis, il entend ici explorer au-delà de ces deux barrières, passer si possible par-dessus l’encerclement de son corps pour s’approcher de ces deux horizons de l’incalculable.

L’homme entend ainsi agir à l’échelle de l’infiniment petit, celle du nanomètre, échelle que nous avons souvent dû mal à imaginer mais qui avoisinerait à titre de comparaison la proportion d’une orange à l’échelle de la terre. Ici l’homme entend exécuter ses projets pour agir au niveau le plus élémentaire de la matière et juste au-dessus de cette échelle, modifier la structure de l’ADN comme nous l’avions vu précédemment. Mais l’aspiration de l’homme est aussi son dépassement, la possibilité de se connecter et d’implémenter ou d’embarquer de nouveaux composants, des composants extra biologiques, des micro structures bardés d’intelligence. C’est l’homme intriqué, homme biologique et homme matière, l’homme génétiquement modifié. Ce combat-là devrait intéresser les écologistes, mais je doute qu’ils en fassent en réalité leur priorité.

A l’envers de ce monde naturel, le monde de la cognitique[1], cette discipline de l’ingénierie rattachée aux sciences de l’information aurait pour vocation d’interfacer l’homme, interconnecter le vivant avec le numérique et conférer de nouveaux attributs, l’homme deviendrait de fait une nouvelle forme d’entité, une entité hybride moitié homme, moitié machine, un homme cyborg. De fait l’homme appareillé ne saurait en soi choqué ou bouleversé la pensée transhumaniste, puisque l’homme est vu comme une machine biologique et non un être trinaire corps, âme, esprit. De fait modifier, interfacer l’homme d’attributs non biologiques est au fond, selon la conception transhumaniste, une dimension qui fait partie intégralement de la nature future de l’homme. L’habillage technologique de l’être humain s’articulera dès lors autour de nouvelles technologies, résultant des progrès faramineux de l’ingénierie, associés aux sciences de l’informatique, cognitives, de l’information et génétiques, de la « convergence des NBIC ». Cette confluence des NBIC est considérée comme l’ultime saut qui permettra de penser l’évolution de l’homme, centrée sur la performance à la fois physique et cognitive de l’homme, le nouvel homme. Si cela paraît être impossible pour nos lecteurs, certains qui nous lisent ont dans leur entourage ou eux-mêmes un pacemaker, une prothèse auditive ou autres dispositifs bio embarqués dans l’organisme, la possibilité d’imaginer demain que l’être humain s’inocule de microstructures ne relève pas de fait de l’impossible. Subrepticement l’ingénierie cognitique entend bien s’affranchir de ces barrières morales et rendre de facto possible la mutation de l’être humain.

La vision projetée concernant l’évolution du genre humain relève d’une conception purement matérialiste et mécaniste touchant le fonctionnement du corps biologique, il n’y avait donc plus qu’un pas à faire entre l’approche de « l’homme machine » de Julien Offroy de la Mettrie et l’homme automate de Jacques Vaucanson[2] inventeur du premier automate reproduisant les principales fonctions mécaniques de l’homme. Il suffisait d’imaginer la symbiose de l’homme et de la machine. Le rêve de greffer ou de connecter le corps humain n’appartient plus ainsi au domaine de la science-fiction, de nombreuses avancées tendent toujours et aujourd’hui démontrer la possibilité d’unir à la chair de l’homme, des pièces artificielles, d’hybrider ainsi l’homme, de connecter les prothèses et le cerveau humain. Le cyborg, une nouvelle vision anthropologique de l’homme est devenue le fruit d’un fantasme humain visant à libérer finalement l’homme du dualisme corps/esprit, c’est l’homme composite, moitié nature, moitié artifice, c’est l’homme greffé d’extensions artificielles. L’hybridation notamment à l’intelligence artificielle, pourrait à terme le dispenser de raisonner, puisqu’en un clic, la greffe lui permettra d’arbitrer rationnellement ses choix, de penser le monde, l’environnement avec une vision augmentée, une acuité accrue, une perception étendue.

Notre Faust humain entend ainsi bouleverser les paradigmes, franchir le Rubicon, passer outre les lois de la nature et les interdits, l’homme fusionne avec la matière non cette fois-ci pour réparer les dysfonctionnements de son corps (oreilles, yeux, cœur, amputation) mais bien pour l’augmenter, l’homme devient non pas l’homme appareillé mais il devient l’homme mutant.

Ainsi l’évolution continue des progrès technologiques vise bien à mettre en place les technologies de réparation et d’amélioration en proposant un dépassement progressif de notre condition humaine actuelle : prothèses contrôlées par la pensée, cœurs artificiels, yeux bioniques. Dépasser la mort biologique c’est bien s’affranchir le plus possible des limites physiques. Le rêve transhumaniste comme le décrit Laurent Alexandre dans son livre « La guerre des intelligences » c’est décupler les connaissances cognitives et corporelles, c’est dépasser les frontières, les clôtures entre le vivant et la matière.  Ainsi en s’affranchissant des barrières du vivant et de la matière inerte, nous banalisons le vivant, nous transformons le vivant en jeu de lego, remplaçable, transformable à souhait, interchangeable.

Ray Kurzweil   ingénieur, chercheur, et futurologue américain, directeur de recherche chez google prédit que dès les années 2030 « nous allons grâce à l’hybridation de nos cerveaux, avec des nano composants électroniques, disposer d’un pouvoir démiurgique ». Pour la neuro biologiste Catherine Vidal pondère l’enthousiasme de Ray Kurzweil « Le cerveau humain est d’abord et avant tout spécifique de la matière vivante … Si la connaissance que l’on en a est encore très sommaire, vu son immense complexité, on sait qu’il compte 100 milliards de neurones ». Chaque neurone est connecté à 10.000 autres. Elle poursuit : « L’information qui circule dans le cerveau est à la fois électrique et chimique. C’est cette combinaison absolument unique qui va permettre de nuancer à l’infini les messages qui y circulent entre les neurones ». Pourtant grâce à des interfaces cerveau machine, des résultats spectaculaires ont été obtenus. Notamment chez des patients tétraplégiques. La prédiction de Ray Kurzweil n’est pourtant pas dénuée de fondements absurdes mais on ne peut cependant faire l’impasse de la complexité du vivant jusqu’à présent inimitable comme le souligne la neuro biologiste Catherine Vidal.

Mais le cyborg sera-t-il vraiment la fin du processus de l’évolution ? Serait-il la fin de l’évolution de l’espèce humaine, ou bien l’imaginaire nous projettera-t-il vers d’autres formes possibles de l’humanité. Il ne semble pas que ce processus s’achèvera, sans doute que Dieu mettra fin à cette entreprise démente, une humanité qui se transcende elle-même. Le délire des transhumanistes est aussi de songer de dématérialiser l’humain, autrement dit de le scanner numériquement, de scanner l’ensemble de son cerveau ou bien la totalité de ses souvenirs pour le réimplanter dans un cerveau reconstitué. Mais la conscience humaine ne se réduit pas un corps et je reprends cette citation extraite d’un blog « Est-ce uniquement la conscience qui fait notre identité ou bien l’union du corps et de la conscience ? », dans les deux cas la radicalisation transhumaniste touchant à la transformation de notre être modifie la perception de l’être humain, bouscule la vision anthropologique de l’homme.

Or il est urgent pour l’homme de se raisonner et de considérer que c’est bien dans l’éphémère d’une vie si fragile soit-elle que nous puisons le vrai sens de la vie et que la beauté d’un sourire, celui d’un proche, d’une main tendue pourrait bien changer notre condition d’homme et lui conférer l’espérance parfaite, d’être aimé, car c’est bien dans l’amour que nous trouvons la dimension parfaite que nous recherchons et qu’en vain nous courrons vers un bonheur factice en investissant la matière.

[1] La cognitique est une discipline de l’ingénierie rattachée au cadre plus global des sciences de l’information

[2] Jacques Vaucanson, 17091782 à Parisinventeur  Il conçut plusieurs automates, il perfectionna également et  entre autres les métiers à tisser.

Le transhumanisme :  critique de l’essentialisme et de la sacralisation de la vie

Auteur Eric LEMAITRE

Le transhumanisme :  critique de l’essentialisme et de la sacralisation de la vie

La sacralisation de la vie mérite en soi d’être appréhendée, que faut-il ici entendre ici ou comprendre. Le sacré est sans doute ce qui dépasse la vie même, la transcende et confère cette dimension à la fois de mystère et de sacré. Lorsque nous évoquons la sacralisation de la vie, cela sous-entend qu’il ne faut pas l’atteindre en éteignant par exemple la vie, en la blessant, en modifiant ce qui fait son essence.  La dimension du sacré témoigne d’un aspect qui est au-dessus de moi et que je dois infiniment respecter, la dignité de l’homme, de la vie humaine doit être le principe même qui régit l’existence et ce de manière inaliénable. La dignité de l’homme est par exemple un principe sur lequel il n’y a pas à céder, car au-dessus de nous-même. La sacralisation n’est pas le fétichisme, la vie n’est pas ainsi un objet, l’objet de la vie transcende la matière et nécessite qu’on lui voue non l’adoration mais le respect dû à cette dimension qui nous dépasse.

Or dans ces contextes, réduire la vie humaine à une dimension qui n’aurait pas de sens au-delà de la matière confine l’existence humaine à une forme de désacralisation, à une perte totale de sens. Or nous comprenons le transhumanisme comme l’expression en réalité d’une désespérance et d’un rejet de la vie imparfaite, où devrions-nous plutôt dire le rejet de l’homme déchu. Le transhumanisme est la révolte de l’homme ne supportant plus d’avoir été déchu de sa condition originelle, il faut donc comme nous l’avions déjà exploré : orienter la recherche scientifique dans l’exploration de solutions qui auront pour objet de changer la nature de l’homme y compris de gommer toute empreinte d’un récit ancien qui le relierait à l’idée même de Dieu. Le transhumanisme veut pourvoir redéfinir la nature et franchir les Rubicon des lois naturelles, ainsi la conception génétique et eugéniste que se donne les tenants d’un post humanisme, légitime selon eux la désacralisation, la désacralisation est légitime du fait que la figure de la personne handicapée leur est insupportable. Dans ces contextes de corriger la nature de l’homme, il faut à tout prix fustiger dans le génome humain, le gêne délétère ou défectueux. Puisque la liberté du corps est proclamée, il faut au nom de ce principe de désacralisation, désacraliser la naissance et comme nous l’avions déjà écrit précédemment, puisque la procréation sexuée est associée à la mort, il convient alors de modifier le modèle de la naissance humaine en proposant une autre voie qui pourrait être celle de la réplication de l’être humain par voie de clonage ou bien si l’IA l’autorise répliquer l’identité du cerveau.

Menant une réflexion bioéthique dense à la suite de sa lecture de CS LEWIS l’homme aboli, Léon Kass Médecin et promoteur de l’éducation libérale, partagea sa grande perplexité concernant le devenir de l’homme dans ces contextes de désacralisation de la vie, s’interrogeant sur les perspectives qui se dessinent à moyen ou long terme pour l’être, ou j’oserai écrire à court terme, « L’homme restera-t-il une créature créée à l’image de Dieu, aspirant à se rapprocher du divin, ou deviendra-t-il un artefact créé par l’homme à l’image de Dieu-, suivant les seules aspirations de la volonté humaine ? ».

La réflexion de Léon Kass nous conduit à la réflexion qui sous-tend la « théologie » transhumaniste à savoir une vision exclusivement matérialiste de l’homme. En effet la thèse matérialiste qui a pleinement prévalu au XIXème siècle prétend que tout ce qui existe, est une manifestation « mécanique » et physique, que tout phénomène est le résultat d’interactions matérielles. Cette conception purement matérialiste de l’être humain défait ainsi la dimension ontologique, déconstruit cette part de sacré consacré à l’existence humaine. Il s’agit ainsi pour le transhumaniste d’abolir la notion de finitude qui caractérise l’homme, il convient dès lors de prendre en main sa destinée afin de ne pas l’enfermer dans les limites défectueuses et imparfaites du corps biologique pour en fin de compte arracher l’homme à l’ordre des lois naturelles.

Cette nouvelle métaphysique, cette conception anthropologique entend remettre en cause la vision essentialiste celle de la primauté de l’essence sur l’existence, en redéfinissant en conséquence les frontières du corps entre réparation et amélioration, entre thérapie et augmentation.

Cette désacralisation de l’être humain donne ainsi naissance à une nouvelle médecine, celle non de la réparation mais de l’amélioration dont l’objectif n’est plus de remédier à des formes de handicap ou de guérir des maladies, mais de bien modifier l’homme ou de l’augmenter en termes de performances physiques, cognitives…

Hippocrate partageait une vision de l’homme qui n’est pas celle des idéologies enfermant l’homme ou le réduisant à une vision matérialiste ; mécanique, la dignité de l’homme est au cœur du serment d’Hippocrate, la nécessité d’en prendre soin. La sacralité de la vie est soulignée dans le serment dont le texte devrait interpeller toutes les consciences alors que cette vie dans sa dimension intégrale est le sujet aujourd’hui de remises en question. Réduire l’homme ainsi à la matière conduirait inévitablement à violer l’esprit du serment d’Hippocrate. N’oublions pas que les Pères de l’église ont été largement imprégnés de cette vision associée au respect du malade, notamment le Didaché, ce premier document du christianisme primitif qui souligne amplement le respect de la vie soulignant qu’il y a une « grande différence entre le chemin de la vie et celui de la mort ».

Le combat engagé dans la doctrine matérialiste, promue par le transhumanisme n’est pas le combat de la vie, c’est même exactement l’inverse, puisque ce qui est réduit à la matière n’est pas l’émotion, la vibration de l’âme, ce pont vibrant qui le relie au vivant mais à une dimension qui transcende notre être tout entier. Comme l’écrit[1] Mario-Beauregard chercheure en neuroscience « En dépit de déclarations fracassantes dans les médias grand public, les nouvelles découvertes n’ont pas permis d’expliquer les concepts basiques tels que conscience, l’esprit, le soi et le libre arbitre. Les hypothèses qui réduisent l’esprit aux fonctions du cerveau ou contestent son existence même en sont restés à ce stade- d’hypothèses. Elle ne repose pas sur des démonstrations convaincantes mais sur le matérialisme de promesse contre ce que le philosophe Karl Popper nous a mis en garde ».

En effet pour Karl Popper philosophe des sciences faisait valoir que « L’Univers, nous paraît intuitivement relever de la causalité, d’un enchaînement de causes et de conséquences, comme s’il s’agissait d’une horloge. En réalité, il n’en est rien. Depuis la mécanique quantique de Broglie, nous avons appris que nous vivons dans un univers de probabilités, un univers créatif, non mécaniste, et qui est en expansion. Cet univers est donc fondé sur des événements qui ont été guidés par certaines probabilités. Mais ces probabilités sont en général inégales : les probabilités deviennent des propensions, les phénomènes ayant tendance à s’orienter spontanément dans une seule direction. Donc, Dieu joue bien aux dés, mais les dés sont lestés : physique et métaphysique sont par conséquent indissociables. » (Misère de l’historicisme)

Autrement dit Karl Popper souligne que nous sommes en réalité aux antipodes du déterminisme, que nous avons notre propre liberté, que l’univers a lui-même sa propre liberté, nous ne sommes ni mus, ni contraints, libres de choisir, libres de nous déterminer. La responsabilité individuelle est au cœur même de la vie, cette liberté de l’homme était au cœur de l’Eden, la liberté est une dimension de la sacralité, l’essence devrais-je écrire de la dimension sacrée de notre existence.

Or je prends conscience que nous entrons dans un monde qui entend nous soumettre à l’injonction de ses directives, du poids de ses normes. Comme je l’indiquais dans une conférence ayant pour sujet le transhumanisme ce sera l’éthique du bien faire et non l’éthique de faire du bien, l’éthique du bien faire, c’est celle de la norme qui s’impose pour réguler, l’injonction de la norme qui réduit finalement la dimension de l’intelligence relationnelle, fait de tâtonnements, d’avancées, d’échanges argumentés, de postures, de freins ou d’envies. Le transhumanisme a une vision sociale nécessairement aux antipodes de la liberté, c’est le contraire de la liberté, la liberté qui est l’essence de la sacralisation de la vie. La liberté n’est pas l’autonomie, la liberté n’est pas le relativisme, la liberté est du côté de la vie, la liberté est du côté du sacré, contre la dimension mortifère ou liberticide.

Lors d’une réunion dans les locaux de la vie associative  de Reims, une réunion sur le climat, je m’entretenais des solutions applicables localement et je croisais le regard d’une élève de science po Paris particulièrement brillante mais qui plaçait son discours sur un mode virulent et injonctif prétendant qu’il y avait aujourd’hui urgence de modifier les comportements, or le mode injonctif de son discours s’apparente à un exposé en réalité autoritaire, si certes, je peux comprendre l’urgence, la décision en réalité appartient à tout-à-chacun, de choisir de changer ou non de modèle, de comportement. Or il me semble que la liberté bonne ou mauvaise est bien une caractéristique de la liberté de l’être humain et fait partie de la sacralité de la vie.  La vie ne se gouverne pas avec le monde des normes, la vie est fondée sur l’échange et le relationnel, la sacralité de la vie est dans la dimension de l’échange, du partage, de l’éveil de la conscience.

La sacralité de la vie humaine, se résume selon moi par ce commandement[2] que Jésus considérait comme étant le plus grand. « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est le premier commandement et le plus grand. Et voici le deuxième, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. ».

La sacralité de la vie doit être motivée par notre amour pour Dieu et pour les autres. Nous aimerons notre prochain et nous en prendrons soin (Galates 6.10, Colossiens 3.12-15), nous porterons secours à la veuve et l’orphelin, aux malades et aux laissés pour compte et nous ferons preuve de disponibilité pour protéger les autres contre toute forme de mal, qu’il s’agisse de l’avortement, de l’euthanasie, du trafic de personnes ou toutes les formes d’abus qui violeraient la dimension de la dignité. « La sacralité de la vie humaine peut être le fondement de nos actes, mais l’amour doit en être la motivation ».

[1] Citation extraite du livre « Du cerveau à Dieu » Editeur Guy Trédaniel éditeur. Page 151

[2] Bible évangile de Matthieu chapitre 22. Versets : 37- 39

Matrix, Transhumanisme, monisme et pensée matérialiste

La conception purement matérialiste de l’être humain défait ainsi la dimension ontologique, déconstruit cette part de sacré consacré à l’existence humaine. Il s’agit ainsi pour le transhumaniste comme finalement une forme de point d’orgue, résultant d’une succession de thèses philosophiques, d’abolir la notion de finitude qui caractérise l’homme, il convient dès lors de prendre en main un destin qui ne l’enferme plus dans les limites du corps biologique. Comprenons bien ici que le transhumanisme, ne vient pas de nulle part, il se fait finalement l’écho d’une conception ontologique réduite à la seule matière qui prévalait plusieurs siècles plus tôt et dès l’antiquité.

Auteur Eric LEMAITRE 

La thèse matérialiste qui a pleinement prévalu au XIXème siècle mais également présente dans la philosophie grecque notamment chez Thalès, Démocrite, Épicure, Lucrèce, prétend que tout ce qui existe, est une manifestation « mécanique » et physique, que tout phénomène est le résultat d’interactions matérielles. Pour tous ces philosophes, tous les phénomènes associés à notre environnement naturel ou humain résultent d’interactions, de mouvements et de combinaisons d’atomes matériels. Au XVIIème siècle le philosophe Hobbes contemporain de Descartes, contribuera à l’avancement des idées matérialistes et mécanistes, pour Hobbes, tous les phénomènes se ramènent à des réactions purement mécaniques entre les corps et de facto ces phénomènes, embrassent le vivant et par conséquent l’être humain.

Cette approche matérialiste est d’autant plus intéressante que déjà chez Hobbes, la problématique était d’imaginer comment gérer, et contenir la multitude des individus, cette conception matérialiste devra être lue à l’aune des avancées de l’intelligence artificielle, forme de léviathan mécanique, de logiciel codé, la matrice de Matrix[1] qui gouvernera et régulera les individus « matière » qui seront mus et contrôlés par la force mécanique, manipulés par les instruments logiciels fruits du génie humain, fabriqués par l’homme. L’intelligence artificielle offre d’ores et déjà les prémices de ce monde virtuel, artificiel, du futur dystopique où l’homme a déjà pris l’initiative de déléguer à sa machine, le soin d’organiser, d’arbitrer, de nous conduire vers la vie rationnelle pour régler la folie déraisonnable de l’homme émotif, conduit par la seule dimension passionnelle.

Cette conception purement matérialiste de l’être humain défait ainsi la dimension ontologique, déconstruit cette part de sacré consacré à l’existence humaine. Il s’agit ainsi pour le transhumaniste comme finalement une forme de point d’orgue, résultant d’une succession de thèses philosophiques ou théologiques, d’abolir la notion de finitude qui caractérise l’homme, il convient dès lors de prendre en main un destin qui ne l’enferme plus dans les limites du corps biologique. Comprenons bien ici que le transhumanisme, ne vient pas de nulle part, il se fait finalement et de manière tout à fait cohérente, l’écho d’une conception ontologique réduite à la seule matière qui prévalait plusieurs siècles plus tôt et ce dès l’antiquité. Le film Matrix est de fait extrêmement intéressant, riche d’enseignements car au-delà de la science-fiction, le film nous fait entrer dans l’ère des machines ou les êtres humains en sont réduits à n’être que des sources d’énergie, des êtres sans âmes, manipulables. Substantiellement, l’univers  des objets sophistiqués et interactifs à la fois captif et ensorcelant  peut finalement devenir un monde toxique pour l’âme.

Dans cette vision matérialiste, le monisme pose une seule réalité, une seule substance, une forme de totalisation de l’être ne faisant de lui qu’une et même substance biologique ou tout est un ! C’est la mort du libre arbitre, l’homme ne choisit pas, il est déterminé par son auto alchimie, ce que plaide le penseur Yuval Noah Harari, auteur des livres « Sapiens : une brève histoire de l’humanité » et « Homo Deus: Brève histoire de l’avenir » . Yuval Noah Harari, s’appuie sur les découvertes des généticiens et des spécialistes du fonctionnement cognitif associé à l’activité cérébrale, l’analyse de tous nos « choix » serait selon l’écrivain Israélien, réductible aux seuls processus cérébraux électrochimiques dans lesquels la « liberté » n’aurait strictement aucune part, comme chez le reste du règne animal. « Quand une réaction biochimique en chaîne me fait désirer d’actionner l’interrupteur de droite, j’ai le sentiment d’avoir réellement envie d’appuyer sur ce bouton-là. (…) Je ne choisis pas mes désirs. Je ne fais que les sentir, et agir en conséquence. ». C’est ici encore le règne de la matrice, un monde désincarné qui devient l’environnement de l’être humain sans âme.  

Ainsi le réel chez les matérialistes est un tout non dissociable, c’est la vision de Teilhard, celle de sa conception philosophique du monde qui rejoint la vision partagée par l’idéologie transhumaniste. Hobbes se serait finalement émerveillé de son intuition du monde et de l’aboutissement de l’Etat-Léviathan qui tire sa légitimité de cette toute-puissance mécanique, résultant de la capacité de la machine, de réguler le monde, de réguler, de contrôler, d’organiser, de tracer la multitude des individus. Le léviathan est associé dans la bible à une force qui n’a pas de pareil dans la nature, d’équivalent dans le monde, c’est bel et bien la fameuse matrice décrite dans cette saga de science-fiction que nous relations précédemment. La bête que décrit l’évangéliste Jean n’aura de fait aucun équivalent, l’homme sera sous son emprise, soumis en quelque sorte à une forme d’esclavage docile, marquée et fascinée par la toute puissance de cette créature, fruit de ses aspirations idéologiques et résultat de ses inventions prométhéennes.

Mais pour nous Chrétiens, l’origine de la conscience est extérieure à notre monde et à cette matrice virtuelle qui nous enferme, de fait la compréhension de la conscience, de  son fonctionnement est hors de notre portée, nous comprenons de fait que l’enjeu titanesque qui se livre à travers ce combat matérialiste est d’anéantir toute vie intérieure reliée à celle de l’esprit, nous comprenons mieux ce que nous écrivions dans le prologue de ce livre, l’importance de l’amour relationnel, le fait de prendre soin de l’autre, le fait de s’émouvoir de la beauté que nous offre la nature, dont tout nous rappelle que le monde visible a été créé et qu’il émane de l’invisible. Cet invisible que nous pouvons voir avec nos yeux, que nous pouvons seulement voir avec notre cœur, que nous pouvons voir avec la foi.  Pour revenir à nouveau au Film Matrix, nous comprenons ainsi et in fine la dimension sous-jacente du film qui évoque une humanité sous le pouvoir d’un univers virtuel qui artificialise le réel dans lequel les humains sont devenus les prisonniers. Dans ce fil Matrix, la terre est en ruine, c’est un monde sombre, le soleil est caché, la nature est voilée, l’homme a été humilié par ses machines, ces machines qui empêchent l’homme de prendre conscience de son état et lui font simuler une liberté factice.

Le monisme transhumaniste, cette philosophie de la Matrix, s’appuie sur une conception entièrement matérialiste et mécanique, Le monisme transhumaniste perçoit la conscience comme un phénomène émergent, dont le support s’appuie exclusivement sur les atomes de notre corps, le cerveau support de la conscience en est réduit à une suite de contacts fonctionnels, par une série de signaux, d’informations déclenchés dans les neurones présynaptiques. L’information est transmise au moyen des neurotransmetteurs constituant le cerveau, De fait la conscience pourrait être réplicable en recopiant matériellement le cerveau humain. L’homme est ainsi une machine comme l’écrivait en 1748 Julien Offroy de La Mettrie dans son livre « l’homme machine « Le corps humain est une Machine qui monte elle-même ses ressorts ; vivante image du mouvement perpétuel » ,

Julien Offray de La Mettrie, précurseur du transhumanisme considérait ainsi que l’esprit devait être vu comme une suite déterminée et mécaniste de l’organisation sophistiquée de la matière dans le cerveau humain, Cette représentation de l’homme rejoint celle des transhumanistes et la vision des tenants d’une intelligence artificielle consciente

Il ajoutait également que l’« l’âme n’est qu’un principe de mouvement, ou une partie matérielle sensible du cerveau, qu’on peut, sans craindre l’erreur, regarder comme un ressort principal de toute la machine, qui a une influence visible sur tous les autres, et même paraît avoir été fait le premier ; en sorte que tous les autres n’en seraient qu’une émanation… ».

Comme l’écrit[1] Thierry Magnin Physicien et théologien, le problème du matérialisme est qu’il est mis à mal par la physique quantique, la physique quantique tendrait à montrer que « la matière n’est pas  chosifiable » que le réel échappe au physicien, le réel est voilé finalement au physicien, le réel ajoute à nouveau Thierry Magnin « est le magnifique signe de liberté qui devrait nous conduire à ne pas nous approprier le réel mais à le recevoir et l’écouter », le réel reste comme voilé aux scientifiques qui expérimentent alors une forme « d’incomplétude » devant celui-ci, le réel est en soi inatteignable, inaccessible par le scientifique, c’est cette réalité que ce monde de l’immanence matérialiste entend finalement nous cacher, comme dans la « matrix », l’homme crée sa propre machine pour nous empêcher de connaitre Dieu au moyen du cœur, le cœur aliéné par cette conception matérialiste que le transhumaniste s’est forgée.

[1] Je fais référence au livre de Thierry Magnin Théologien et Philosophe « Penser l’humain au temps de l’homme augmenté », la référence de cette réflexion est tirée de son livre publié par Albin Michel page 196.

[1] Dans cette série de films de science fiction, Matrix, les machines ont pris le contrôle du monde, les machines utilisent les êtres humains comme source d’énergie. Les machines se promenant dans le monde réel afin de tuer toute forme de vie non autorisée. Elles sont contrôlées par Deus Ex Machina (interface centrale de la ville des machines).

[2] Je fais référence au livre de Thierry Magnin Théologien et Philosophe « Penser l’humain au temps de l’homme augmenté », la référence de cette réflexion est tirée de son livre publié par Albin Michel page 196.

Faust et son rêve transhumaniste : le nouveau leurre

Faust[1] le transhumaniste

rêve de posséder toute la connaissance universelle,

Dans la quête aujourd’hui et d’une soif absolue des connaissances notamment dans les domaines de la génétique et des processus cognitifs qui touchent le domaine de nos cerveaux, les transhumanistes feraient bien de consulter cette fable écrite par Goethe à la fin du XVIIème siècle. Les transhumanistes déploient le même effort engagé par Faust, celui de la connaissance universelle qui prétend solutionner les problématiques vécues aujourd’hui par l’ensemble du genre humain et leur apporter le bonheur artificiel. Or ambitionner la connaissance parfaite des modes de fonctionnement de notre patrimoine génétique, des secrets qui touchent à toute la dimension du vivant afin de parfaire l’inachevé, est une forme de fable contemporaine, un autre épisode du fantasme du Docteur Faust qui espérait trouver le graal l’objet mythique de la légende arthurienne, présentant au monde de nouvelles connaissances lui permettant de lui ouvrir de nouvelles perspectives plus heureuses.

Johann Wolfgang von Goethe écrit une œuvre magistrale considéré comme l’une des œuvres les plus importantes de la littérature allemande « Faust ». L’histoire racontée par Goethe décrit le destin obsessionnel, funeste et tragique d’un savant frustré et déçu de ne pas parvenir à la connaissance universelle.  Ne trouvant finalement plus aucune certitude dans son art, peiné de ne pas aboutir à son projet  il finit par désespérer, tant et si bien qu’ il songea de mettre fin à sa vie.  Sur le point de basculer, Faust passe une forme de contrat, de pacte avec le Diable, ce dernier a la permission de Dieu de pervertir son âme et d’assouvir ses désirs. Le mythe n’est pas tout à fait une fiction, puisque le personnage de Faust qui a inspiré Goethe a été rencontré par le réformateur protestant Martin Luther, le personnage côtoyé par Martin Luther, pratiquait la magie noire et affirmait qu’il était capable de produire des miracles identiques à ceux accomplis par Jésus, il confessa même à un autre moine d’avoir fait don de son âme à Satan, « être sien dans l’éternité ».

 Pour revenir à l’œuvre, dans cette fiction écrite par Goethe, Faust est un alchimiste qui aspire depuis son plus jeune âge à posséder la connaissance universelle, de sonder les secrets de l’univers et de dévoiler les mystères qui entourent la création.

 Méphistophélès est l’émissaire de Satan, il apostrophe Dieu et évoque la situation de Faust commentant sa soif infinie de connaissances. Méphistophélès décrit alors l’ambition démesurée du Docteur Faust sa frustration permanente. Dans ce dialogue l’émissaire de Satan souligne son état psychologique « Il est demi-conscient, je crois, de sa folie. Il voudrait décrocher les étoiles des cieux, Se gorger des plaisirs les plus délicieux Et rien, proche ou lointain, de ce qu’offre la vie ». Pourtant Dieu a compassion de l’état de Faust et le dépeint comme étant simplement dans l’obscurité, Dieu souligne qu’il le conduira bientôt à la lumière !  Méphistophélès provoque alors Dieu et lui lance le pari de détourner Faust, de pervertir son âme « Bon ! Que pariez-vous ? Je vais, à mon plaisir, Vous le gagner aussi. Donnez-moi donc licence. Tout doucement, de vous le pervertir ! ».

Le début de ce dialogue me fait songer à celui de Job, c’est Dieu qui se promène sur toute la terre et voit l’âme de son serviteur Job et invite Satan à prendre note que Job dans toute l’humanité est un homme à part, un homme juste ! Il est vrai qu’entre Job et Faust, la différence de nature est significative, Job est un homme prospère, il sert Dieu, c’est une âme juste, la situation de Faust est à l’inverse, c’est une figure totalement opposée,  antagoniste, Faust a un appétit démesuré de connaissances, et c’est un homme frustré sur le point de capituler faute de parvenir à ce fantasme de connaissance universelle.

Et c’est ainsi qu’à la porte de la mort, le docteur Heinrich Faust, alors qu’il songe à se suicider, sympathise avec le diable qui lui promet le bonheur. Avant son entrevue avec l’émissaire de Satan, Faust l’âme tourmentée affiche son découragement « J’ignore le doute et n’ai peur ni de l’enfer, ni de son diable… Mais je suis, pour cela, privé de tout bonheur, Je cherche vainement quel savoir véritable Je pourrais enseigner à l’homme misérable Pour le reconvertir et le rendre meilleur ! ».

Le transhumanisme joue manifestement ici le rôle de Méphistophélès enseigner à l’homme comment le rendre meilleur et lui conférer des pouvoirs artificiels [surnaturels], dans le sens ou l’augmentation surnaturelle physique et cognitive s’apparente à un dépassement des limites dans lequel l’homme est encarté.

Le transhumanisme professe ainsi et finalement la libération de l’homme en artificialisant le bonheur.

Le transhumanisme promet le bonheur, le paradis artificiel en échange pour l’homme de lui abandonner son âme, toute vie intérieure comme nous l’avions déjà mentionné. C’est cette dualité du bonheur qui au cœur de la promesse transhumaniste. Le transhumanisme c’est finalement l’imposture de Méphistophélès, le miroir aux alouettes, les fausses promesses. Les transhumanistes sont de la sorte les marchands de la vie artificielle qui veulent nous faire goûter leurs pilules, nous faire essayer leurs prothèses magiques mais détruisent en échange notre âme, ce qui fait l’intime et le mystère de la vie.

[1] Pour accéder et lire l’œuvre de Johann Wolfgang von Goethe  http://www.rocler.qc.ca/cduret/usher/faust.html

« L’abolition de l’homme? » de CS LEWIS

L’avertissement que CS Lewis nous livre un véritable pamphlet contre ces idéologies mortifères qui se moquent du bien, de la morale transmise (son livre est écrit dans les contextes du Nazisme. « L’abolition de l’homme » est rédigé pendant la seconde guerre mondiale, sans que pour autant le nazisme soit nommé ). Le livre de CS LEWIS,  n’a pas pris une seule ride dans les contextes de la vacuité de notre modernité : cette modernité qui tente de nous affranchir  de toute valeur, en refusant de soumettre nos découvertes scientifiques à des normes morales universelles. Depuis des siècles, ce mouvement de déconstruction s’est accéléré en quelques décennies, tend toujours plus à dénaturer l’homme et pour reprendre l’expression de CS LEWIS à l’abolir, abolir l’homme dans ce qu’il a d’unique et de sacré.

« Nous faisons des hommes sans cœur et attendons d’eux vertu et hardiesse. Nous tournons l’amour en dérision et sommes choqués de trouver des traîtres parmi nous. » 
C.S. Lewis

 Le Livre  court mais magistral,  [Livre de 90 pages] nous entraîne dans une dimensions prophétique  dense…. Ce livre est destiné à nous tous, à n’importe qui d’entre nous, à ceux qui remettent en question l’idée d’une morale universelle qui transcende l’histoire.

Le livre est écrit en réponse à une phrase malheureuse que l’écrivain britannique a trouvée dans un manuel scolaire, C.S. Lewis la soumet à l’analyse et il y décèle une vision du monde qui nie toute valeur objective. CS LEWIS [1898-1963]  s’interroge sur ces valeurs que nous léguons au monde et de ce monde futur qui se prépare …

Pour CS LEWIS, une nouvelle tragédie se dessine depuis plusieurs siècles sur le continent Européen. L’homme démiurgique en raison de sa puissance technicienne a aujourd’hui la capacité de soumettre toute la nature à sa volonté, il a, grâce au développement technique, la possibilité que la création dont il n’est pas l’auteur lui soit ordonnée.  L’homme dans sa vanité cherche de plus en plus à s’en affranchir. « Or maîtriser la nature et la mettre au service de l’homme est une chose, mais cette situation aboutie, paradoxalement, au contrôle de l’homme ».

Ainsi; pour CS LEWIS, il est essentiel de bannir la relativité des idées morales,  de transmettre une vérité solide pour ne pas subir demain le diktat des désirs qui franchissent le Rubicon après le déni de toute morale universelle .

« En un mot, l’ancienne éducation était une sorte de propagation – des hommes transmettant l’humanité à des hommes – la nouvelle n’est que propagande »

Dans cette optique, l’écrivain et universitaire britannique, auteur du monde de Narnia considère la nécessité de former les cœurs, ce qui passe par l’acquisition de sentiments, d’une vraie sensibilité à l’autre. « Vouloir faire des hommes durs, des hommes sans cœur« , c’est selon CS LEWIS, conduire le monde et notre jeunesse à la tyrannie des propagandes futures.

L’analyse qu’entreprend CS LEWIS; le conduit à débusquer comme à démasquer les sinistres conséquences d’un rejet de toute morale. Ce livre magistral, se termine par la description prémonitoire et apocalyptique de l’instant où l’homme fera de lui-même la matière de ses propres inventions et manipulations.

« Il y a quelque chose qui unit la magie et la science appliquée tout en les séparant toutes les deux de ce que les siècles précédents appelaient la ″sagesse″. Pour les sages d’autrefois, le problème essentiel était de mettre l’âme en conformité avec la réalité, et les moyens d’y parvenir étaient principalement la connaissance, l’autodiscipline et la vertu. Pour la magie, aussi bien que pour la science appliquée, le problème principal est de soumettre la réalité aux désirs humains ; et la solution est une technique ; dans la mise en pratique de cette dernière, toutes les deux sont disposées à faire des choses considérées jusqu’alors comme repoussante et impies –comme déterrer et mutiler les morts . »

L’avertissement que CS Lewis nous livre un véritable pamphlet contre ces idéologies mortifères qui se moquent du bien, de la morale transmise (son livre est écrit dans les contextes du Nazisme. « L’abolition de l’homme » est rédigé pendant la seconde guerre mondiale, sans que pour autant le nazisme soit nommé ). Le livre de CS LEWIS,  n’a pas pris une seule ride dans les contextes de la vacuité de notre modernité : cette modernité qui tente de nous affranchir  de toute valeur, en refusant de soumettre nos découvertes scientifiques à des normes morales universelles. Depuis des siècles, ce mouvement de déconstruction s’est accéléré en quelques décennies, ce mouvement comme un ouragan  tend toujours plus à dénaturer l’homme et pour reprendre l’expression de CS LEWIS à l’abolir, abolir l’homme dans ce qu’il a d’unique et de sacré.

« Les professeurs ne façonnaient pas l’homme selon un modèle choisi. Ils transmettaient ce qu’ils avaient reçu ; l’enseignant initiait le jeune néophyte au mystère de l’humain qui les recouvrait l’un et l’autre de sa majesté. (. . .) Cela change désormais. Les valeurs ne sont plus que de simples phénomènes naturels. Dans le cadre du conditionnement, on s’efforce de produire chez l’élève des jugements de valeur. (. . .) Ils [les pédagogues] savent comment produire une conscience et décident quel genre de conscience ils veulent produire. Eux-mêmes se situent en dehors, au-dessus …. Les conditionneurs vont par conséquent devoir choisir quel genre de Tao artificiel ils veulent, pour des raisons qui leur sont propres, produire dans l’espèce humaine. Ils pousseront les autres à agir, ils seront créateurs de motivations. Mais d’où tireront-ils eux-mêmes leurs motifs d’agir ? »

Dans les contextes du transhumanisme, ce livre est à lire de toute urgence….

A lire : La philosophie est devenue folle

A travers le livre de la Genèse,  le premier livre de la bible, nous sommes étonnés de la façon dont Dieu structure, organise l’univers, et lui a donné un ordre, en procédant à une série de distinctions, de terme à terme : Dieu/l’homme ; l’ordre/ le tohu bohu, le jour/la nuit, l’homme mâle/femelle, l’homme/les animaux ; les animaux/les végétaux ; la terre/l’eau/le ciel.

Dans le livre de la Genèse, la création du monde procède par éléments séparés. Pour respecter l’ordre introduit par Dieu, il convient de fait de maintenir cette séparation, au risque de retourner au chaos, au tohu bohu, à une forme de confusion. Or, implicitement selon les Écritures, l’un des enseignements majeurs que l’on peut ici extraire, en partant de la lecture du livre de la Genèse, montrant définitivement la vision écologique de la création, ce qui a été différencié ne saurait être mélangé. La création ne saurait faire l’objet de transgressions, en mêlant, à nouveau, ou en confondant, ce qui a été à l’origine de la création « séparé », ce qui entraînerait la confusion, celle de « ne pas distinguer la main droite et la main gauche, » tel que le rapporte le livre du prophète Jonas, qui décrit une ville plongée dans la confusion.

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Or dans les débats actuels qui obsèdent notre monde actuel, nous observons deux folies majeures qui touchent les concepts de genre et l’‎Antispécisme comme le rapporte le philosophe Jean-François Braunstein dont nous rapportons la citation provocante, mais une provocation en fin de compte très pertinente

Si le genre n’est pas lié au sexe, pourquoi ne pas en changer tous les matins ? Si le corps est à la disposition de notre conscience, pourquoi ne pas le modifier à l’infini ? S’il n’y a pas de différence entre animaux et humains, pourquoi ne pas faire des expériences scientifiques sur les comateux plutôt que sur les animaux ? Pourquoi ne pas avoir de relations sexuelles avec son chien ?

Dans ce contexte décrit par le Philosophe Jean-François Braunstein et d’une lecture extrême de l’égalité concernant l’humanité y compris avec le règne animal, nous sommes bel et bien confrontée à une conception philosophique faussée, une lecture qui résulte en  somme d’une incompréhension de l’homme sur la nature même de la diversité, du métissage, de la variété de la complémentarité, de la richesse des différences, de la biodiversité et de l’étendue infinie des écosystèmes peuplant harmonieusement le monde terrestre.

L’observation même de la nature ne conduit-elle pas à admirer ses reliefs, ses paysages, les espèces peuplant l’environnement de l’habitat humain. Tous les reliefs multiformes de l’univers furent ainsi préférés à un simple trait horizontal, à la brique de Babel. Le cosmos n’est pas ainsi plat mais pluridimensionnel. Il nous semble dès lors essentiel de comprendre la matrice et l’essence même de la différence, de comprendre le choc qui s’en est suivi pour les civilisations dont certaines d’entre elles, submergées par le poids des idéologies totalitaires et égalitaires, ont parfois cherché à anéantir la différence religieuse, ethnique, culturelle et même animale au point de considérer par l’absurde que son chien est n’importe quel homme.

Aussi appréhender l’anthropologie biblique, la conception de l’homme telle que la Bible la conçoit nous parait essentiel pour analyser les dérives d’une déconstruction de l’homme. L’altérité et la différence doivent être perçues comme des éléments de richesse nécessaires au bien commun et non perçues comme une injustice à réparer coûte que coûte.

Depuis le commencement, tout l’univers se caractérise par une prodigieuse, une incroyable diversité des éléments et des espèces, une anti uniformité. Le cosmos infini ne se propose pas comme un univers plat, parfaitement égalisé ; il semble à l’évidence que le relief fut préféré au trait horizontal. La création se présente dès lors comme un ensemble de matériaux riches de plusieurs dimensions, un univers composite, de formes multiples étonnantes et singulières. Le cosmos se définit à travers de multiples dimensions, un univers qui se manifeste à travers l’extraordinaire profusion, la variété des éléments et du vivant.

Concernant les éléments, il est ainsi frappant d’observer la phénoménale diversité des cristaux de flocons de neige, cette architecture tellement diverse et symétriquement parfaite.

Dans le vivant, comment ne pas s’émerveiller de l’aboutissement d’un homme en mesure lui aussi de penser l’univers puis de créer à son tour.

Le livre de la Genèse offre d’abord une vision différenciée de la création. Du premier au sixième jour, Dieu crée d’abord les éléments (la lumière, la matière, la flore, la faune) puis les êtres vivants.

La création se fait en plusieurs séquences dans une perspective inégalitaire. A ce propos, il existe une idéologie l’antispécisme qui s’oppose clairement à l’anthropologie Biblique et fait valoir une égalité en dignité et en valeur entre les animaux et l’humanité ; rien en
l’espèce ne les différencie. Selon cette idéologie, l’homme créé rationnel ne se distingue pas de l’animal gouverné par l’instinct. Or la réalité telle que le récit du livre de la Genèse le rapporte est autre : les animaux ne sont pas de rang égal avec l’homme ; seule l’humanité a été créée à l’image de Dieu.

Il y a une différence entre le minéral et le monde vivant, et une différence entre les êtres créés. Le monde vivant n’est pas seulement diversifié, il est conçu comme inégal.

La caractéristique de l’Univers n’est donc pas l’uniformité : Les créatures ne sont pas mises à la même échelle, ne sont pas tous conçus de manière uniforme. Dieu ordonne, Dieu structure l’univers en partant du Tohu-Bohu de l’informe jusqu’à la forme parfaite portant l’identité même du Créateur : l’homme fait à son image. Oui, la forme parfaite conçue dans le monde vivant est  ainsi l’homme : ce terreux, ce glaiseux, ce glébeux, infiniment petit à l’échelle de l’univers. Dieu l’a créé ainsi, à cette échelle, car sa conscience d’être ne doit pas être limitée à sa finitude.

A propos de la différence, si l’apôtre Paul souligne « Il n’y a plus l’homme et la femme » en Christ, il ne signifie pas que la foi effacerait la différence des sexes : Il souligne que le principe de la foi n’empêche pas la diversité et d’être tous faits à l’image de Dieu. Et il en va ainsi de toutes les autres diversités culturelles, religieuses ou sociales. La différence, l’altérité la complémentarité, n’empêchent pas que nous soyons tous faits à l’image de Dieu.

Pourtant la pensée contemporaine dénie la différence entre les hommes et les femmes, dénie l’altérité, comme elle s’insupporte de la souffrance et du handicap. Elle est au point de créer de nouvelles catégories : demain il ne sera sans doute plus question de parler d’hommes et de femmes mais de genres et d’orientations sexuelles délibérément choisies.

Méconnaissant l’amour et la justice de Dieu, l’humanité dans sa nouvelle religion anthropologique lit et explique le Cosmos selon un nouvel horizon géométrique : la seule horizontalité et de niveau égale. Dans cette nouvelle anthropologie, l’immense diversité des êtres est disposée sur un même plan. Tout s’entasse dans un champ matérialiste aux horizons incertains, aux contingences indéfinies. Du coup, le combat pour l’égalité se transforme en dogme de l’égalitarisme. La différence n’est plus alors valorisée. Quand on arase tous les épis d’un champ sur un même plan, la disparité comme la diversité apparaît comme une inégalité (l’épi le plus haut devient en soi
insupportable).

C’est donc un même mouvement consumériste et idéologique qui conduit, d’une part, à nier la différence substantielle entre les personnes et les biens et, d’autre part, à nier les diversités et la richesse des différences entre les hommes.

L’Europe a-t-elle enterré les démons de son passé ?

Auteur Eric LEMAITRE

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Les deux bêtes de l’Apocalypse

Apocalypse de St Jean chapitre 13 verset 1 « Puis je vis monter de la Mer une bête qui avait sept têtes et dix cornes…..verset 11 ensuite je vis monter de la terre une autre bête, elle avait deux cornes semblables à celles d’un agneau mais elle parlait comme un dragon … » Le livre de l’apocalypse de St Jean est un livre saisissant, un message prophétique, un livre qui devrait nous remplir d’une immense espérance. Le livre de l’apocalypse écrit par l’apôtre Jean contient une révélation pour l’église d’hier mais pour celle d’aujourd’hui.

L’apocalypse de Jean relate la victoire de la lumière contre les ténèbres, la victoire de la vérité sur le relativisme, la victoire du sens sur la confusion, la victoire de la liberté ontologique sur l’esclavagisme des âmes que l’on veut atomiser puis déconstruire. Apocalypse 17 verset 14 « Ils combattront contre l’agneau et l’agneau les vaincra parce qu’il est le Seigneur des Seigneurs et le Roi des rois. Ceux qui ont été appelés, choisis et fidèles, et sont avec lui, vaincront aussi ».

L’apocalypse qui signifie comme beaucoup le savent révélation, annonce en somme le triomphe de la vérité sur le mensonge, l’apocalypse pour reprendre les mots de Fabrice Hadjaj, « C’est le triomphe de la charité dans les tribulations ». Le livre de St Jean écrit à Patmos, lieu d’exil pour l’apôtre, contient une révélation celle à la fin des temps, de la victoire de la lumière contre l’obscurantisme, la victoire du bien contre toutes les formes de déshumanisation mortifère de la société.

La lecture de ce livre et notamment le chapitre 13 de l’apocalypse de St Jean a inspiré cet article que j’avais à cœur de vous partager, un message destiné à nous encourager dans cette persévérance qui caractérise plusieurs mouvements dont celui des veilleurs initié sur la place des invalides à Paris, mouvement prophétique sans précédent né le 23 avril 2013 et qui ne s’avère pas être le feu de paille auquel on l’aurait réduit. En effet semaine après semaine, inlassablement, sur l’asphalte des espaces publiques, des agoras, des lieux de rassemblement, aux caractères symboliques, lieux de pouvoirs, (Mairies, Préfectures), ils témoignent avec des bougies et comme les prophètes de l’ancien testament déclament des textes pour sensibiliser la cité sur la période idéologique de déconstruction mortifère de l’homme tel que Dieu l’a créé.

Ils se sont engagés pour le bien, ils se sont engagés pour partager un message à la cité, lui montrer que tout ne se ramène pas à une simple horizontalité consumériste et matérialiste de la vie. La vie ne saurait être ainsi sans âme, ne saurait être ni codifiée, ni normée.

La vie est d’abord une relation à l’autre et au monde 

La vie est d’abord une relation à l’autre et au monde : une relation qui ne se réduit pas à une transaction monétaire, à des rapports qu’il faudrait enfermer dans des lois de plus en plus intrusives et autoritaires, car il est vrai que nous faisons face aux dérives d’un mal qui comme un cancer ronge l’intérieur, le cœur de l’homme, que l’on veut endiguer par la force de la loi sans avoir compris l’impérieuse nécessité de reconnecter l’homme à son créateur afin que ne se déchaîne pas les démons de la barbarie.

Rappelons-nous que la vie est d’abord un échange, née de la différence des êtres, la différence et la complémentarité des hommes et des femmes. Que rien ne saurait être construit sans la rencontre et le respect de nos différences, de toutes nos différences et que nous ne sommes pas là pour imposer notre idéologie à une autre idéologie. Mais nous sommes ici pour partager la vérité d’un héritage spirituel qui a fondé pour partie notre civilisation et a permis de réduire sa part de barbarie, d’obscurantisme, de haine de l’autre.

Mais aujourd’hui nous prenons conscience de l’effroyable mutation qui traverse l’ensemble de notre société en précipitant à nouveau notre histoire dans un récit qui sera à terme tragique si nous ne décidons pas de résister intérieurement et de nous ressaisir pour interpeller les consciences. Dans ce contexte et pour revenir au livre de l’apocalypse de St Jean, ce livre évoque une étrange image, une image énigmatique de deux figures spirituelles. Ces figures incarnent le paroxysme du mal absolu, l’une de ces figures vient de la Mer, l’autre de la Terre.

Redéfinir les normes du Bien et du Mal

Le message scandaleux de la croix qui annonce la réconciliation de l’homme avec son Créateur. Ces figures qui nous sont présentées dans le livre de l’apocalypse comme tyranniques incarnent les oligarchies des systèmes politiques qui entendent dominer les âmes des hommes et les enfermer sous leur emprise. Un système qui poursuit un seul but, l’éviction de toute transcendance, de toute référence aux lois divines et qui entend redéfinir les normes du Bien et du Mal. Le rejet du message Judéo-Chrétien dans la culture occidentale et bien au-delà relève d’un choix idéologique assumé, le projet de refonder l’homme et de déconstruire les représentations du message Biblique dont le socle est à partir de la chute de l’homme, le message scandaleux de la croix qui annonce la réconciliation de l’homme avec son Créateur.

Saint Jean n’a pas écrit l’Apocalypse seulement pour que nous comprenions les événements de son temps (l’Empire romain persécuteur des chrétiens). L’apôtre a été inspiré pour transmettre à nous tous, et à tous les siècles de l’histoire de l’humanité, une vision universelle de l’affrontement solennel et tragique entre la lumière et les ténèbres, entre la vérité et le relativisme, entre les lois divines et le légalisme des hommes.

Saint Jean nous introduit au cœur du mystère du combat spirituel dans lequel l’humanité entière est engagée

Saint Jean nous introduit au cœur du mystère du combat spirituel dans lequel l’humanité entière est engagée et dans lequel les chrétiens de toutes dénominations doivent résolument s’engager pour alerter les consciences, participer à l’éveil de leurs concitoyens, être des témoins dans la cité afin d’être les veilleurs du bien sur toutes les dérives mortifères d’un monde idéologique qui veut arracher la mémoire du christianisme, comme hier le Nazisme lui-même voulait arracher à la terre, le souvenir du Judaïsme, porteur des lois de la torah mais l’idéologie communiste n’avait pas été en reste en souhaitant l’élimination du Christianisme. Le Nazisme et ce n’est pas excessif de l’imaginer peut-être largement apparenté à l’image même de la bête, bien que des phénomènes totalitaires et cruels aient déjà, existé par le passé, jalonnés l’histoire de l’humanité, l’empire Romain a été ainsi et probablement cette figure d’une tyrannie à son paroxysme pour St Jean.

Reprenons le récit biblique du chapitre 13 de l’apocalypse de St Jean et par hypothèse, comparons la première bête à l’idéologie Nazie. Nous savons aujourd’hui, mis en lumière par les historiens et notamment Johann Chapoutot que l’idéologie Nazie voulait effacer la torah, les lois divines, faire à jamais disparaître le peuple choisi par Dieu, puis s’il était possible de se débarrasser à terme du christianisme (ce que la Russie de Staline s’était employée de faire). Par analogie la seconde bête; entend achever cette vision et mener sa mission de guerre spirituelle, elle entend ainsi faire la guerre aux saints, à l’église corps de Christ, les vaincre, eux qui portent le message de la grâce.

Les contextes idéologiques

des deux Bêtes

 L’idéologie Nazie portait une pensée terrifiante teintée de darwinisme social

La première bête affichait son visage terrifiant, un visage de fer, pourtant elle fut mortellement blessée, « mais sa blessure mortelle fut guérie », la seconde bête avance masquée, elle a le masque d’un agneau a deux cornes, avance de façon subtile à travers les habits, la parure, d’un humanisme angélique et progressiste mais elle a la marque et l’identité du dragon et ses intentions restent identiques à la première bête, mener sa guerre contre le Dieu de la création, le Dieu trinitaire.La première Bête que je rapporte à l’idéologie Nazie portait une pensée terrifiante teintée de darwinisme social, l’envers du message biblique, d’un Dieu compatissant. Cette bête terrifiante fascinée par la nature considérait dans sa conception de l’univers, qu’il fallait que le plus faible soit dominé ou anéanti au nom d’un principe qui tenait à la survie du plus fort.

Johann Chapoutot que nous citions précédemment, Jeune historien l’un des plus brillants de notre époque décrit les mécanismes de la pensée nazie dans son livre « La loi du Sang, Penser et Agir comme un Nazi ». Il décrit la montée en puissance d’une utopie manichéenne qui s’est mise en marche, écrasant les peuples sous son autorité «Ap 13 v 4 : Qui est semblable à la bête, qui peut combattre contre elle », accomplissant au nom d’un relativisme, le Mal au nom du bien. Leur nouvelle vision du monde a été mise en œuvre par une oligarchie de fer et une bureaucratie impitoyable. Mais ce que l’historien met en évidence ce n’est tant la haine du Juif pour des raisons qui seraient seulement identitaires, raciales, non la haine du Juif c’était d’abord la haine de la torah, de la conception de l’homme, de l’anthropologie biblique. La haine raciste s’est forgée sur le terreau d’une conception panthéiste et immanente de l’univers évacuant tout créateur (pour les panthéistes Dieu n’est pas séparable de sa création), il n’y avait donc pas de transcendance pour l’idéologie Nazie. Nous voyons donc là l’émergence explicite d’une contre religion, s’opposant au Dieu révélé, au Dieu créateur de l’univers. Ap 14 verset 7 … celui qui a fait le ciel, la terre, les sources d’eau ».

Pour l’idéologie Nazie, l’Univers était régi par ses lois et ses lois reposaient sur la force, la domination.

Johann Chapoutot cite l’allemand Alfred Rossner dont le propos explicite confirme cette lutte du Nazisme engagée contre le judéo-Christianisme « La substance du Christianisme est juive, la juiverie est la semence, le christianisme est le fruit…Ce n’est pas une religion conforme à l’homme Allemand», l’idéologie Nazie évoquera même l’aliénation du Peuple Allemand par le Christianisme et parle ainsi d’une violence faite au peuple germanique. Pour l’idéologie Nazie, l’Univers était régi par ses lois et ses lois reposaient sur la force, la domination. Dans ce contexte le faible n’a pas place dans cet univers et pas davantage dans la société, la théorie darwiniste avait dès lors ses prolongements au plan social, il fallait alors de facto éliminer les tenants d’une religion révélée aux hommes montrant la culpabilité de l’homme et qui était de nature à circoncire les cœurs et les corrompre.

Le nazisme est ainsi une contre religion, pas exactement une anti religion, une idéologie religieuse et sociale qui provoquent chez les sujets qui y rejoignent ses idéaux, une foi absolue dans les conceptions panthéistes portées par le Nazisme. Dans ses fondements, l’idéologie Nazie est le rejet dogmatique et fanatique de toute conception judéo-Chrétienne qui touche la société.La Pensée Nazie était à l’opposé de la révélation portée par les écritures. L‘idéologie Nazie se révélant à l’inverse comme un antagonisme de la pensée biblique, le national-socialisme avait dès lors pour projet :

  • · d’anéantir le judaïsme,
  • · d’arracher de la mémoire de l’humanité, la mémoire et la pensée juive
  • · d’effacer cette chronique de l’histoire du peuple hébreu,
  • · d’écarter le poids de la loi révélant la transgression de l’homme en regard des lois divines révélées par Moïse au Peuple Juif.

Cette première bête fut terrifiante et ensanglanta le monde.

L’idéologie Nazie était une nouvelle spiritualité démoniaque, non un athéisme, mais une conception éthique et panthéiste de l’univers, une religion de l’exclusion, une religion du rejet de la thora qui de fait, pour le Philosophe Georg Mehlis (1878-1942) que cite Johann Chapoutot (P59), le Nazisme est une éthique national socialiste née d’une révolution…contre l’Ethique Chrétienne de l’Occident qui tend à placer des notions comme l’amour, l’Humilité et la pitié avant toute norme éthique ». Cette première bête fut terrifiante et ensanglanta le monde. La seconde n’en sera pas moins plus abominable imposant la docilité, la servitude des peuples au plan universel. Nous voyons bien la dimension d’une forme de lutte, de combat, de guerre spirituelle livrée depuis les débuts de l’humanité contre le Dieu Créateur. Ap 13 : « Il lui fut permis de faire la guerre contre les saints et de les vaincre » Ap 17 : « Ils combattront contre l’Agneau et l’Agneau les vaincra ».

Or aujourd’hui nous voyons poindre la forme nouvelle de l’utopie angélique transhumaniste (La bête à l’apparence d’un agneau) qui vise à déconstruire l’anthropologie Biblique, une utopie qui s’apparente à cette race qui prétendait dominer le monde et qu’incarne d’une certaine façon le Transhumanisme. Le Transhumanisme porte les gênes d’un possible renversement de toutes les valeurs, en conférant à l’homme la possibilité d’augmenter et de performer ses capacités (ce n’est pas de la science-fiction, de nombreux laboratoires spécialisés sur le génome humain y travaillent), non seulement il s’agira de répondre aux besoins de l’homme de prévenir et d’anticiper d’éventuels maux physiques mais de répondre aux désirs des femmes et des hommes et au nom d’une idéologie de l’égalité d’avoir recours à des embryons artificiels issus d’une nouvelle technologie (ectogénèse).

Cette seconde bête qui a l’apparence d’un agneau docile, s’est en réalité adossé à la duperie, dans son imposture la seconde Bête veut tromper l’humanité en lui imposant par l’apparence angélique, ses lois d’une nouvelle religion pour réajuster l’homme, le façonner à la création d’un nouveau genre humain, un homme égalisé qui nie les différences, les souffrances, ne supportant pas les différences et les souffrances, au nom de l’angélisme et l’égalité, la bête finit par les supprimer.

La seconde bête aspire

à la toute-puissance, égale de Dieu

La seconde bête aspire à la toute-puissance, égale de Dieu, elle nie l’incarnation et la finitude d’un Dieu fait homme, elle tourne le fils de Dieu, en dérision, veut le railler, l’antéchrist se caractérise par son refus de l’incarnation, du « Dieu venu dans la chair », ainsi cette deuxième bête est l’incarnation du transhumanisme et de toutes les religions formant une forme de collusion antichrist, l’avatar de cette aspiration de toute puissance est susurrée, murmurée dans le jardin d’Eden « Vous serez comme des Dieux », la volonté de porter une idéologie, qui relève d’une conception antinaturaliste est à l’inverse de la conception nazie qui était, elle, profondément naturaliste. L’antinaturalisme de cette idéologie s’ancre dans la volonté d’arracher l’homme à l’ordre de la nature, en affirmant l’exception humaine. Pour les idéologues et les tenants de l’antinaturalisme, ce n’est pas ainsi la nature qui nous fait homme ou femme, ils prônent la plasticité des identités indépendamment des corps.

Or la bête qui à l’apparence d’un Agneau parle comme un dragon, Dans un ouvrage publié en 1997 « Le bien et le mal » le philosophe André Glucksmann ose la provocation pour alerter la conscience occidentale « Hitler, c’est moi », il fallait selon le Professeur émérite Jacques Battin faire comprendre que « l’Angleterre, les Etats‐Unis, la Scandinavie, la France et l’Allemagne ont été des fabriques d’idéologie et que le nazisme a intégré tout un courant d’idées mêlant à l’eugénisme, l’anthropologie sociale et le racisme, le darwinisme social et l’hygiénisme ».Or la bête qui à l’apparence d’un Agneau parle comme un dragon, la société occidentale contemporaine n’a en réalité rien renié de l’idéologie Nazie, cela peut sans doute faire sursauter notre lecteur, mais que dire alors des pratiques eugénistes et de la volonté de ne pas accueillir l’enfant atteint d’une maladie trisomique car il ne serait pas conforme à la norme. Que dire de cet acte abominable, décision prise par Adolf Hitler en Octobre 39, lorsque ce dernier décide de procéder à l’euthanasie des malades héréditaires, handicapés physique, et mentaux.

Rappelons qu’en 1920 et 1922 fut publié en Allemagne un opuscule par Karl Binding, professeur de droit pénal à Leipzig et Alfred Hoche, professeur de psychiatrie à Fribourg. Le titre est suffisamment explicite sur les tenants et les aboutissants d’une philosophie sociale de conception darwinienne : « La libéralisation de la destruction d’une vie qui ne vaut pas d’être vécue » Texte qui visait à donner une justification médicale et juridique à l’euthanasie des handicapés

Pour l’Allemagne Nazie, le commandement tu ne tueras point est ainsi « une pure invention juive au moyen de laquelle ces juifs, ces plus grands meurtriers que l’histoire ait connu, tentent toujours d’empêcher leurs ennemis, de se défendre efficacement…. » Citation reprise à la page 217 du livre La Loi du Sang de Eugen Stähle.L’une des têtes de la bête fut mortellement blessée mais elle semble hélas s’être remise de ses blessures « Ap 13 verset 3 Sa blessure mortelle fut guérie ». En d’autres termes l’inspiration des thèses prisées par une idéologie anti judéo-chrétienne restent profondément prégnantes au sein de la culture occidentale.

JeanFrançois Braunstein professeur de philosophie à l’Université de Paris I dénonce les dérives contemporaines et souligne lui même dans son dernier essai, la ‘Philosophie devenue folle » comme une forme de cri d’alarme en face de postures morbides qui pourraient jusqu’à proclamer l’impensable tel que :

S’il est des vies dignes d’être vécues et d’autres qui ne le sont pas, pourquoi ne pas liquider les «  infirmes  », y compris les enfants «  défectueux  »  ? Pourquoi ne pas nationaliser les organes des quasi-morts au profit d’humains plus prometteurs  ?

Ap 13 verset 11 « Ensuite, je vis monter de la terre, une autre bête elle avait deux cornes semblables à celles d’un agneau, mais elle parlait comme un dragon. Elle exerçait toujours l’autorité de la première bête en sa présence et elle obligeait la terre et ses habitants à adorer la première bête, celle dont la blessure avait été guérie …. »Pour conclure ce texte j’emprunte au Philosophe Charles-Eric de Saint Germain, l’extrait d’un texte qui illustrait l’ensemble de mon propos visant à décrire les contextes idéologiques des deux Bêtes dont la vision est de combattre la parole révélée puis incarnée :

Nous sommes ainsi dans ces temps qui préfigurent sans doute la venue prochaine de Christ, « Si le peuple nazi parodie le peuple d’Israël, si le communisme parodie le christianisme, cette « double caricature » a sans doute contribué à la « séduction » exercée par les deux grands régimes totalitaires du XXème siècle. C’est peut-être la « lueur de vérité », qui se reflétait encore en eux de manière biaisée et falsifiée, qui a fait toute la « force de séduction » de ces deux idéologies sur certaines consciences (la séduction, par définition, joue sur le paraître et l’imitation de ce qu’elle n’est pas, et qu’elle parodie de ce fait). Mais précisons aussitôt que, si caricature il y a, cette caricature ne peut être, ici, qu’une caricature diabolique : ne dit-on pas que le diable « singe » Dieu ? » Nous sommes ainsi dans ces temps qui préfigurent sans doute la venue prochaine de Christ, dans le devoir de l’espérance éveillée, sachons lire et discerner les signes des temps, de nature à annoncer et à avertir le prochain, à se tourner vers celui qui est le réel sauveur et seigneur, créateur des cieux et de la terre.