De notre rapport à la vérité

Qu’est-ce que donc que la vérité ? Une multitude mouvante de métaphores, de métonymies, d’anthropomorphismes, bref, une somme de relations humaines qui ont été poétiquement et rhétoriquement haussées, transposées, ornées, et qui, après un long usage, semblent à un peuple fermes, canoniales et contraignantes : les vérités sont des illusions dont on a oublié qu’elles le sont… [3]

Que se passe-t-il alors ? La vérité n’existe pas, tout est relatif. Notre société s’est profondément imprégnée de cette idée. Mon Petit Larousse (1998) poursuit ainsi sa définition :

Idée, proposition qui emporte l’assentiment général ou s’accorde avec le sentiment que quelqu’un a de la réalité. Vérités mathématiques.

Quel exemple ! Si tel est l’assentiment général (la voix de la majorité) ou mon sentiment subjectif (à chacun sa vérité), deux plus deux ne feraient plus quatre ?

Trouver cela dans un Larousse du siècle dernier m’a fait prendre conscience que cela fait bien longtemps que nous nous sommes habitués au « tout est relatif », au point, peut-être, de l’avoir intériorisé, de l’avoir fait nôtre. Il est devenu malséant de parler de vérité tout autant qu’il est devenu malséant de parler de Dieu, à tel point que nous-mêmes, nous n’osons pas toujours, publiquement, le faire. Dans notre combat contre les lois bioéthiques, pour atteindre un public large, de peur de gêner ‘‘certains’’, nous n’osons pas dire cette vérité : si la vie est sacrée, c’est parce que Dieu l’a établi ainsi. Malgré nos bonnes intentons, cette omission n’affadit-elle pas notre message ? Ne nous livre-t-elle pas à la dictature du relativisme ?

Préface de Anna Geppert Professeure des universités

Disons-le d’emblée : le livre d’Éric Lemaître sur la ‘‘conscience mécanisée’’ est un cadeau offert à nos contemporains. Il participe au débat concernant les effets des ‘‘progrès’’ technologiques fulgurants dont nous sommes témoins. Certains s’émerveillent, se voient déjà tout puissants, universellement savants, immortels. D’autres s’inquiètent des menaces qui pèsent, sur nous, sur la nature trafiquée, sur la société hypercontrôlée, sur l’homme dit ‘‘augmenté’’, mais en réalité diminué, amputé dans son humanité.

Ces dernières années, les ouvrages se sont multipliés sur ces sujets. Mais le livre que nous avons entre les mains remet ces interrogations dans la seule perspective qui, finalement, a du sens : celle de la foi. Lorsque, dans leur orgueil, les hommes se détournent de Dieu, les ténèbres emplissent leurs cœurs. Ils font alors leur propre ruine :

« Ces soi-disant sages sont devenus fous. » (Rm 1,22).

Or, en fin de compte, c’est bien de cela qu’il s’agit : derrière les défis du soi-disant progrès se joue un combat plus profond, plus grave, ultime : celui pour la conscience de l’homme.

La conscience spirituelle et le cœur : enjeu de ce siècle

« j’aimerais vous évoquer que cette voix intérieure que nous appelons conscience est plus savante que Pascal, plus éloquente que Winston Churchill, plus perspicace que Saint Augustin, plus réformatrice que Calvin et elle s’adresse à plus de monde et avec plus de puissance que n’importe quel homme. Son auditoire se limite au nombre de gens qui habitent sur cette terre. Elle n’est jamais lasse d’interpeller, elle éprouve constamment le besoin d’importuner, elle se fait entendre de façon permanente. Si nous agissons avec égard, elle peut devenir notre meilleure amie. Si nous la traitons sans égard, elle peut être alors notre pire ennemie et cela pour notre plus grand malheur. Cette voix, c’est la Conscience ».

La conscience d’Esther, enjeu de ce siècle ….

Pourquoi rappeler finalement ce récit celui d’Esther et ces récits bibliques, car il nous semble que la conscience est bien l’enjeu de ce siècle envahi par une forme de doxa imposée par la culture des médias. Toutes les sociétés totalitaires naissant finalement de l’indifférence des individus, il suffit de les distraire, de les divertir. Hannah Arendt avait relevé cette problématique morale d’une société plongée dans une forme de nihilisme culturel, détachée de la recherche de sens en déclarant que « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal. » Le refus de s’indigner, le renoncement de soi, de ne plus oser discerner. Les formes de léthargies des consciences, conduisent inévitablement à installer le caractère liberticide de l’état. Les sociétés totalitaires ont toujours pour démarche la volonté d’anéantir, d’aliéner la fonction de penser, la capacité de réagir. Les facultés de conscience, savoir alerter, savoir discerner, savoir poser les problèmes ont toujours dérangé les gouvernances. Ainsi c’est bien Le changement de la conscience qui est engagé à l’aune d’une société post humaniste, galvanisée par le monde des objets virtuels ou numériques, la facilité d’accéder au plaisir des sens et aux promesses que lui font miroiter les temples de la consommation.

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