Conséquences de la loi bio éthique sur la famille et répercussions sur la nation

La spoliation voire l’aliénation de la figure paternelle engendre des situations difficiles, compliquées, éprouvantes non seulement pour l’enfant, mais aussi pour la femme. Les répercussions associées à la disparition de la figure paternelle touchent également et collatéralement la vie en société, portant atteinte à une dimension qui touche à la transmission, au lien et à la solidarité.

Auteur Eric LEMAITRE

La ville de Reims dans le cadre des ateliers santé ville, il y a 15 ans de cela me confiait plusieurs études orientées principalement sur les quartiers en difficulté.

Plusieurs thématiques de santé étaient abordées et au fil de nos enquêtes, une problématique émergeait et concernait la figure du père. L’un de mes interlocuteurs m’avait invité à approfondir le sujet qui selon lui, allait constituer un enjeu majeur de société. Quand cette personne aborda avec moi, la figure du Père, elle précisa sa pensée et me partagea que cette figure semblait disparaître et que ses répercussions pourraient formellement être dramatiques pour les prochaines décennies. Quand je vous évoque ici la disparition du père, ce n’est pas le père en soi, c’est la disparition d’un ensemble qui permet de le définir. Le père cet homme, n’existe pas sans la mère cette femme, et la mère cette femme n’existe pas sans le Père cet homme. Les deux figures interagissent ensemble, elles sont essentielles, nécessaires à la vie de l’enfant.

La spoliation voire l’aliénation de la figure paternelle engendre des situations difficiles, compliquées, éprouvantes non seulement pour l’enfant, mais aussi pour la femme. Les répercussions associées à la disparition de la figure paternelle touchent également et collatéralement la vie en société, portant atteinte à une dimension qui touche à la transmission, au lien et à la solidarité. Mais ce point qui concerne la transmission, le lien et la solidarité, je l’aborderais dans un instant.

Je reviens à nouveau à cette mission d’étude des Ateliers Santé Ville, dans le cadre de ces enquêtes, nous avions alors pris conscience que des enfants laissés à leur compte en l’absence de père assumant leurs responsabilités éducatives menaient leurs enfants à rechercher inexorablement la figure d’un Papa qui incarnerait l’autorité, la dimension d’un cadre éducatif. Les enquêtes santé m’ont alors conduit vers les jeunes pré-ados et ados   qui vivent dans des quartiers où l’on dénombre une quantité de femmes seules, de foyers monoparentaux et des enfants en proie à des addictions alcool, cannabis et voire drogues. Ce que nous observions dans le cadre de ces enquêtes auprès de ces pré-ados, et ados, ce fut chez eux la recherche de pères de substitutions, des pères par procuration, le clan formerait alors le Père de remplacement, faute d’un vrai Père. 

Il est criant dans notre société et de façon beaucoup plus générale qu’un enfant passe beaucoup plus de temps avec ses écrans cathodiques ou numériques qu’avec son Père comme avec sa mère. Que deviendra alors une société où le Père est absent où la figure paternelle disparaît, voire « éliminée » et si la mère ne se révèle pas à travers la figure du Père !

Quel signal nous renvoie, alors ces lois bioéthiques qui signent l’effacement du Père, la dissipation, voire l’élimination de la figure paternelle. Chaque enfant a besoin d’un père et d’une mère. Chaque Père et chaque mère présentent une relation d’affection différente à son enfant. L’amour d’un père est une présence qui n’est pas celle d’une mère.

Les fils ou les filles, ont besoin du regard de leur Père, de la fierté de leur Père pour se construire, grandir. C’est la relation tacite passée entre un père et un fils ou sa fille, une mère et un fils ou sa fille. Or, cette source de motivation qui est l’essence même de notre humanité, est en train de se débiliter, de s’effacer subrepticement, de s’affaiblir inexorablement.

Il est évident que le vide émotionnel ne concerne pas uniquement la figure paternelle, ce vide émotionnel concerne aussi la figure maternelle, quand l’enfant en a été privé.

Ces lois bioéthiques sont pour moi le miroir et le reflet d’une tragédie qui se déroule sous nos yeux, qui couve sûrement, sur le point d’enfanter demain, les prochaines barbaries et révoltes des enfants devenus adultes qui ne supporteront plus l’égoïsme d’une génération qui les a privés d’une réelle affection, préférant le désir plutôt que l’accueil, choisissant l’envie, plutôt que le don d’une vie qui s’offre à eux naturellement et sans recours à une solution démiurgique.

Les lois bioéthiques approuvent ceci : en accédant à des désirs pour soi et des désirs auxquels ne peut répondre la loi naturelle, on ne répond pas aux attentes immenses de tout le genre humain qui a ce droit absolu de connaître les deux figures nécessaires et complémentaires d’un homme et d’une femme offrant une relation singulière et absolument nécessaire à la vie d’un enfant.

En m’interrogeant sur les répercussions des lois bioéthiques qui participent à la disparition des figures paternelles et ses effets sur la nation, je songeais à ce texte fameux de l’historien Ernest Renan lu à la Sorbonne le 11 mars 1882. À propos de la nation qui n’est ni l’état, ni en soi un peuple, mais plutôt une communauté de transmissions, héritière d’un passé, d’un legs et dont la dimension même de nation est incarnée par la solidarité. Je vous décline les éléments essentiels de ce texte partagé par l’historien Renan et je vous le commente ensuite :

« La nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre-ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. [] Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. »

Implicitement nous comprenons que la famille représente une des cellules et une des composantes indissociables de cette idée de nation qu’elle en représente nécessairement l’essence.

Nous pourrions à l’instar de cette citation de Renan, affirmer que la famille loge aussi une âme, un principe spirituel, un principe même sacré. Ce qui caractérise en effet la famille et l’enfant qu’elle accueille, c’est l’héritage naturel qu’elle lui transmet, la filiation de l’enfant, son origine, ses origines puisque la naissance de l’enfant découle d’un principe naturel, un legs spirituel : une parturition qui découle de la rencontre d’un homme et d’une femme et qu’il accède à la richesse de ses deux parents.

De la différence entre son père et sa mère, l’enfant apprend alors la solidarité, et même s’il n’y a pas de famille en soi idéale, l’enfant s’instruit de par la richesse des différences de ces deux visages qui forment un même cœur, sa famille.

Lorsque la famille éclate, car il n’y a pas de famille qui ne connaît pas de mésentente, l’enfant en est troublé, perturbé et cela touchera aux dimensions du lien et de la solidarité. Lorsque les lois bioéthiques lui assignent qu’il n’a pas de Père et je songe à la PMA et ce que cette réification biologique autorise, elle efface du coup le legs, le patrimoine d’un Père, d’une figure complémentaire.

La loi bioéthique exprime des revendications de désirs d’adultes qui ne prennent pas en compte les liens complémentaires et essentiels à la croissance de l’enfant pour devenir eux-mêmes adultes : d’une part le lien entre conjugalité et filiation, le lien entre enfantement et transmission, d’autre part.

La loi bioéthique omet sciemment, mais gravement l’intelligibilité de la filiation, exclue la relation père et mère, et consacre institutionnellement le déni d’un des deux parents, supprime le père, sans se préoccuper des besoins de l’enfant pour grandir. C’est une atteinte grave, un crime contre l’humanité, une blessure causée à la vie de l’enfant que ces hommes et femmes, élus de la nation, mais sans conscience, auront définitivement ruiné. Nous sommes ici ce 11 octobre 2020 pour être ce petit caillou dans la chaussure de nos élus, pour protester vigoureusement contre ces lois iniques qui déconstruisent l’homme et la femme.

Éric LEMAITRE

Réflexions sur la 5 g, dernière vague de l’emballement techno dans le monde machine

Nos lecteurs savent que nous ne faisons pas partie de la Société des Amis du Monde, l’organe central de la technocratie. Nous ne quémandons jamais la faveur d’une tribune dans ses pages « Débats », mais nous avons accepté pour la troisième fois en vingt ans, de répondre aux questions d’un de ses journalistes. Les deux premières fois, il s’agissait des nanotechnologies et de la tyrannie technologique ; cette fois de la 5G et du monde-machine.
L’article du Monde (« Protection de la santé, lutte contre le consumérisme… Pourquoi une partie de la gauche s’oppose à la 5G », 18/08/20 – à lire ici) vise essentiellement à valoriser les parasites et récupérateurs du type Piolle et Ruffin. Il n’était pas question que notre entretien paraisse in extenso. Raison de plus pour le publier nous-mêmes en ligne.

Article extrait et à lire sur : http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=1344

Nos lecteurs savent que nous ne faisons pas partie de la Société des Amis du Monde, l’organe central de la technocratie. Nous ne quémandons jamais la faveur d’une tribune dans ses pages « Débats », mais nous avons accepté pour la troisième fois en vingt ans, de répondre aux questions d’un de ses journalistes. Les deux premières fois, il s’agissait des nanotechnologies et de la tyrannie technologique ; cette fois de la 5G et du monde-machine.
L’article du Monde (« Protection de la santé, lutte contre le consumérisme… Pourquoi une partie de la gauche s’oppose à la 5G », 18/08/20 – à lire ici) vise essentiellement à valoriser les parasites et récupérateurs du type Piolle et Ruffin. Il n’était pas question que notre entretien paraisse in extenso. Raison de plus pour le publier nous-mêmes en ligne.

Le Monde : Comment expliquez vous l’opposition croissante à la 5G et que des partis de gouvernement se joignent à ce combat qui était encore marginal il y a quelques mois ?

Pièces et main d’œuvre : La 5G est la dernière vague de l’emballement technologique qui, depuis 50 ans, accélère l’incarcération de l’homme-machine dans le monde-machine. Comme à chaque étape, une minorité refuse l’injonction à « vivre avec son temps », ainsi que la déshumanisation et la dépossession par l’automatisation.
Cette minorité – méprisée par la technocratie et ses porte-paroles médiatiques – s’est fait entendre plus que d’ordinaire à l’occasion du déploiement à marche forcée des compteurs-capteurs Linky. Nous avons animé des dizaines de réunions publiques à travers la France, réunissant des publics de plus de 100 personnes (avec des pointes à 300), même dans des villages, où s’exprimait ce refus du premier objet connecté imposé (voir ici). Si la presse nationale a longtemps ignoré ce mouvement démarré en 2016, puis l’a tourné en dérision (en gros, un mouvement de « ploucs » ignorants), une revue de la presse locale entre 2016 et 2019 donne un aperçu de l’ampleur et de l’intensité de ces débats avec des « gens normaux », non militants – d’abord surtout des retraités, puis de plus en plus de jeunes.
Après des années d’enquête sur la smart city, la ville-machine et la société de contrainte , nous, Pièces et main d’œuvre, avons été les premiers surpris par ce mouvement de fond. Lequel ne s’est pas arrêté avec le déploiement de Linky, mais a élargi sa réflexion au gaspillage énergétique de la société électrique, à la société-machine et à la 5G, indispensable à l’interconnexion des milliards d’objets connectés censés fonctionner à notre place.

Cette opposition s’enracine dans des décennies de contestation de la société industrielle – au moins depuis les luttes anti-nucléaires des années 1970, lorsque des dizaines de milliers de manifestants scandaient : « société nucléaire, société policière » (cf. Malville, 31/07/1977). Défense de la nature et de la liberté : les deux sont indissociables et se conjuguent également dans le refus du monde-machine et de la 5G. C’est qu’en cinquante ans, bien des esprits ont pu mesurer les dégâts du progrès technologique sur la nature et la liberté.

Les Verts d’EELV ont méprisé cette vague, avant d’en mesurer l’ampleur et de tenter de s’y raccrocher. Eric Piolle, maire EELV de Grenoble et ingénieur, tient un discours anti-5G opportuniste, en contradiction avec le soutien de sa municipalité et de la métropole aux projets de smart city et d’Internet des Objets, ou avec l’implantation sur son territoire d’un centre de recherche de Huawei, champion chinois de la 5G, dont les élus se félicitent (voir ici) . Ils ne sont pas écologistes mais technologistes, et comptent sur la « planète intelligente » interconnectée pour rationaliser/rationner les ressources résiduelles : c’est l’Enfer Vert .
Quant à la gauche, y compris le fakir Ruffin, elle tente de surfer sur la vague verte pour mieux la dévier vers son anticapitalisme foncier. Les centrales nucléaires, la cybernétique et la 5G, d’accord, mais « entre les mains des travailleurs » et du service public. Ils n’ont jamais renoncé au projet « CyberSyn » (Synergie cybernétique) du Chili socialiste d’Allende.

Notez que la base sociale de cette gauche progressiste et d’EELV, c’est la classe technocratique (ingénieurs, chercheurs, cadres, entrepreneurs, etc), qui n’a aucun intérêt à la remise en cause de l’organisation techno-scientifique du monde. Voilà pourquoi ses critiques de la 5G se bornent aux « risques sur la santé » et à la « fracture numérique ». Elle s’accommoderait fort bien d’une 5G « saine » et accessible à tous.
Quant à nous, nous ne voulons pas seulement supprimer les nuisances (écologiques et sanitaires), encore moins les « encadrer » à l’aide de « normes », mais combattre l’expansion du techno-totalitarisme.

Malgré les différences de fond que vous soulignez, les prises de positions des Verts ou de Ruffin peuvent-elles servir un discours et une méthode plus radicale comme celle que vous prônez ?
Subsidiaire : beaucoup de cadres écolos se réclament d’Ellul, est-ce du « braconnage » ?

Les oscillations d’EELV et des partis de gauche ne servent au mieux que de baromètre et de symptômes. Quand la température monte et que l’opinion prête l’oreille à la critique radicale des anti-industriels (alias luddites, naturiens, naturistes, décroissants, etc.), les politiciens arrivistes (type Brice Lalonde, Noël Mamère, Dominique Voynet, Dufflot-Placé, etc.), et les petits appareils récupérateurs (vous avez le carnet d’adresses), s’accaparent leurs thèmes pour les détourner au profit de leurs carrières personnelles et de leur projet technocratique collectif. « Green New Deal » (EELV), « planification écologique » (France Insoumise), « alliance rouge-verte », etc.
L’histoire du mouvement écologiste – c’est-à-dire anti-industriel – est criblée de ces pillages, déjà dénoncés en leur temps par Ellul et Charbonneau. Voyez Le Feu Vert. Autocritique du mouvement écologique de Bernard Charbonneau (1980) : « Le virage écologique ne sera pas le fait d’une opposition très minoritaire, dépourvue de moyens, mais de la bourgeoisie dirigeante, le jour où elle ne pourra faire autrement. » Opinion partagée par André Gorz dans Ecologie et liberté (1977).

Les cadres Verts (Bové, Mamère ou le néo-maire de Bordeaux) qui se réclament d’Ellul le falsifient à temps plein – ne serait-ce qu’en prétendant exercer le pouvoir : « L’écologie n’a rien à gagner à se transformer en parti politique et à se livrer au combat électoral (…) Il manque aux écologistes une analyse globale du phénomène technique et de la société technicienne » (J. Ellul, P. Chastenet, A contre-courant. Entretiens (1994)).
Et encore : « Il faut radicalement refuser de participer au jeu politique, qui ne peut rien changer d’important dans notre société. Je crois que l’anarchie implique d’abord l’ »objection de conscience » (…) qui doit s’étendre à toutes les contraintes et obligations imposées par notre société. » (J. Ellul, Anarchie et christianisme (1988))
Ils sont « elluliens » comme Guy Mollet était « marxiste ».

Loin de servir nos idées – les idées écologistes – ces piratages politiciens sont un obstacle : ils brouillent les idées et embrouillent les esprits. Sur les nanotechnologies, que nous avons dès l’abord dénoncées (nous, Pièces et main d’œuvre) comme l’entrée dans le nanomonde et le transhumanisme (une rupture anthropologique, tout de même, que tout confirme à vitesse accélérée ), les Verts ont falsifié nos alertes et nos enquêtes pour les réduire aux sempiternels « risques sanitaires » et réclamer un encadrement de la pollution aux nanoparticules – tout en votant à Grenoble les délibérations pour la construction de Minatec (voir ici et ), premier pôle européen des nanotechnologies (inauguré en 2006). Ils nous expliquaient alors que « les gens seraient plus sensibles aux arguments de la santé et du coût financier ». Même calcul pour la 5G. Nous refusons ce mépris des « gens » : nous leur faisons confiance pour saisir le mouvement profond de machination de nos vies, de nos corps, du monde et de la société – dont ils se plaignent d’ailleurs chaque fois qu’on les écoute vraiment, avec patience et attention.

Quant à Ruffin, nous le connaissons assez pour jauger sa sincérité écologiste (voir ici). Après avoir défendu l’industrie du PVC (contre la fermeture de sites Arkema), productrice de cancers en masse chez les salariés et le voisinage de notre vallée du Grésivaudan, il est revenu à Grenoble soutenir l’usine Ecopla dont nous demandions la fermeture, en dépit des ravages que l’aluminium inflige aux vallées alpines et à leurs habitants depuis des décennies. Maintenant que monte la marée verte, notre surfeur tente de chevaucher la vague de la décroissance et d’embobiner les bonnes volontés au service de son fabuleux destin. Croire que sa notoriété et son chalutage médiatique serviraient la cause de la nature et de la liberté, reviendrait à confier au chasseur la défense du loup.

Voilà pourquoi nous n’avons jamais compté que sur nos propres forces, et sur celle de nos idées, pour exposer les motifs de notre insoumission au monde-machine. Et nombre de vos lecteurs le savent parce qu’ils les partagent plus ou moins : nos idées circulent de façon incomparablement large au regard de nos forces (enfin, de notre faiblesse), hors de toute organisation, de tout parti, de tout réseau d’influences, de toute connivence des mass media. C’est la vie.

Propos recueillis par Abel Mestre
août 2020

Lire aussi :

L’écran total

Nous assistons comme à une forme de bombe nucléaire : d’atomisation massive, la fragmentation des populations obligée à l’hyper individualisation non en raison d’une idéologie qui aurait été décrétée par un gouvernement totalitaire mais résultant d’une pandémie virale et mortifère qui touche la totalité de notre planète. La force virale de ce Coronavirus, l’ennemi de l’homme, impacte tous les écosystèmes, renversant, fauchant les cités arrogantes : ces cités babyloniennes, visages de l’orgueil et de la suffisance humaine. Ce phénomène déconcertant, désarçonnant, et viral vient en quelque sorte mettre comme une couche supplémentaire à ce processus déjà engagé de dislocation de la société, même s’il en était besoin de l’aggraver en mettant à genoux toutes les principautés, les autorités, les gouvernances politiques dont aucunes ne lui résistent, ne sont en capacité de faire front. Un micro-organisme quasi invisible mais d’une dangerosité extrême, est là en mesure d’abattre tous les systèmes sophistiqués de protection médicalisée, toutes les défenses « sanitaires » en imposant sa loi totalitaire sommant les êtres humains de se réfugier dans leurs frêles abris.

jose-lopez-franco-XWBxonybUb0-unsplash

Auteur Eric LEMAITRE

Ce texte est à la suite d’un excellent article écrit par Liliane Held-Khawam : https://lilianeheldkhawam.com/2020/03/31/creer-une-nouvelle-societe-digitalisee-sous-surveillance-permanente-lhk/

Lors d’une conférence en Octobre sur l’homme mutant, j’évoquais l’atomisation future de notre société en citant Tocqueville et surtout l’économiste Jacques Généreux lorsque ce dernier abordait une des caractéristiques de la vie sociale de notre modernité : la dissociété. Or cette dissociété qui est un marqueur de notre vie occidentale, cette mutation anthropologique déjà bien avancée, est un phénomène amplifié par le confinement quasi mondial des populations et décrété par l’ensemble des nations. Avec le confinement vécu par des milliards d’êtres humains, nous sommes en quelque sorte dé-reliés aux autres, détachés, désunis, désolidarisés parce que emmurés, calfeutrés et avec cette situation de confinement nous aboutissons finalement à l’hyper connectivité qui accentue l’ère d’un monde sans relation incarnée.

Nous assistons comme à une forme de bombe nucléaire : d’atomisation massive, la fragmentation des populations obligées à l’hyper individualisation non en raison d’une idéologie qui aurait été décrétée par un gouvernement totalitaire mais résultant d’une pandémie virale et mortifère qui touche la totalité de notre planète. La force virale de ce coronavirus, l’ennemi de l’homme, impacte tous les écosystèmes, renversant, fauchant les mégapoles arrogantes (Londres, New York Paris…) : ces cités babyloniennes, visages de l’orgueil et de la suffisance humaine. Ce phénomène déconcertant, désarçonnant, et viral vient en quelque sorte mettre comme une couche supplémentaire à ce processus déjà engagé de dislocation de la société, même s’il en était besoin de l’aggraver en mettant à genoux toutes les principautés, les autorités, les gouvernances politiques dont aucunes ne lui résistent, ne sont en capacité de faire front. Un micro-organisme quasi invisible mais d’une dangerosité extrême, est là en mesure d’abattre tous les systèmes sophistiqués de protection médicalisée, toutes les défenses « sanitaires » en imposant sa loi totalitaire, sommant les êtres humains de se réfugier dans leurs frêles abris, claquemurant même toute notre humanité, la piétinant parfois en laissant les plus faibles au bord de la route « certains pays » parmi les plus pauvres de la planète, relatent de véritables désastres, de personnes en proie aux pires souffrances que l’on ne peut même plus accueillir dans les hôpitaux et les morts mêmes jonchent les rues.

Ce phénomène, ce choc pandémique, semble pourtant être atténué dans le monde occidental [pour combien de temps ?]. Ce monde occidental qui s’imagine à l’abri via ses relais et ses réseaux, cet ensemble de relations préfabriquées qui s’appuient sur toutes les technologies mises en place au cours de ce confinement, d’inventivité dont font preuve plusieurs d’entre nous. Pourtant il faut bien reconnaître que tout ceci est bien spécieux, superflu et ne remplacera pas la relation vivante, la rencontre salutaire avec l’autre.  Or pour compenser l’absence de l’autre, l’interactivité sociale, nous notons une progression des usages internet, nous glissons peu à peu vers le monde transhumaniste des écrans qui devient l’autre, le substitut, l’aide thérapeutique, l’assistant palliant la solitude insupportable. En attendant sans doute demain le robot affectif palliant à l’ami absent, simulant des capacités de cognition mais sans conscience, sans ressentis ni aucun sens de l’autre, ni aucun désir de vivre notre humanité surtout lorsque la fragilité de l’homme est mise à mal.

Avec ce confinement généralisé, le monde connecté celui de l’écran est en passe de devenir le monde réel, mais un monde surtout factice, un univers d’artefacts conditionnant au fil des jours notre future apathie, notre immobilisme contraint. Notre seul horizon est à peine la fenêtre des voisins, mais devient une fenêtre fermée, un mur sans visage, car ce visage est sans doute rivé à son écran. Nous entrons finalement dans l’habituation d’un monde d’informations qui devient pour le coup le substitut de l’autre en chair. L’habituation est ce syndrome de l’addiction, celle de l’accoutumance à être privé de vie relationnelle, de vie associative ou de vie d’église pour les chrétiens, une accoutumance qui n’est pas facile à vivre pour nos aînés, une situation que j’ose écrire de cataclysmique pour nos aînés, qui plus que jamais ont besoin d’un geste réel et non d’un écran qui simule une animation qui n’est pas la chaleur de l’être aimé. Ces aînés souffrent, sans doute endurent pour certains, d’être privés de cette rencontre avec leurs enfants, de l’absence, de la non-incarnation d’un geste de tendresse d’un petit fils, d’une petite fille, de rires que l’on entend et qui nous relie à celui des vivants, ces personnes avancées dans l’âge, privés à l’heure de leur mort de la main tendre qui les accompagne.

A vivre le monde virtuel qui soi-disant nous protège, sommes-nous réellement en vie, sommes-nous toujours en vie ? Si j’évoquais le monde de nos aînés très âgés, comment ne pas songer également à toutes les personnes qui vivent seules, isolées, chez elles. Ces personnes qui vivent parfois en êtres désolés sans ressources (ni compagnies, ni livres) et passant des journées dans une solitude qui les emmure. Une amie, m’a invité à suivre par téléphone (hélas) cette personne veuve, qui vit dans le mal être d’un espace fermé. Cette personne passe sa vie dans les écrans à consulter et à rechercher désespérément l’âme sœur dans le monde désincarné des réseaux de rencontres, mais sans réponses, se perdant ainsi dans les méandres de ces univers virtuels sans lendemains, un monde de désenchantement comme tout ce qui est virtuel.

L’écran ne remplacera jamais le monde réel ; le monde vivant n’est pas celui du domaine calfeutré du monde virtuel, de cet écosystème envahi par les connexions, les bits, les data. Pourtant ce monde virtuel deviendra notre nouvel écosystème, ce monde se dessine subrepticement et l’ennemi demain sera la rencontre, la peur de l’autre, celui qui vit en chair mais qui pourrait loger un corps étranger. Cette peur nous envahit malgré nous, tant nous sommes habitués à vivre en confinés. Nous sommes soumis ainsi à ce nouvel ordre social, l’ordre de l’immanence fondé sur la peur, imposé par un virus bricolé ou naturel [« sur naturel » en ce sens que virus semble ne s’en prendre qu’à l’homme] . Nous sommes devenus les sujets des réseaux connectés, celle de nos écrans d’où nous recevons de l’information et des injonctions en permanence. Nous sommes dans l’habituation comme je l’ai déjà écrit, une forme d’apprentissage conditionnée à échelle planétaire, l’apprentissage d’un monde virtuel, vide de relations humaines. Oui j’entends bien qu’il faille se protéger et comment faire autrement, surtout parce que nous n’avons pas su anticiper en France, le naufrage de cette crise sanitaire exposant puis plongeant nos armées médicales dans le stress, la peur au ventre face à une peur, loin d’être une paranoïa.

L’habituation à ce monde virtuel, celui des écrans, des smart phones dont il faudra même s’équiper pour justifier et légitimer nos sorties. Nous allons sous peu découvrir les applications qui demain anticiperont et géreront pour nous les interactions sociales qu’il faudra éviter, car selon un sondage les Français seraient prêts à se laisser géolocaliser, autrement dit pister, pour prévenir d’éventuels risques de contamination, fuir les pestiférés, les contaminés et demain d’autres dangers émanant des tensions découlant de l’effroyable crise sanitaire (crises sociales, politiques, révoltes issues de la crise économique).

Le Prince de l’air et oui car il faut bien parler de lui, nous prépare à des moments pénibles, difficiles en voulant domestiquer l’espèce humaine et en la privant d’incarnation. Cette crise sanitaire va aussi révéler la réalité qui touche au cœur de l’homme, ceux qui hier de leurs balcons applaudissaient les blouses blanches pourraient bien se transformer en hydres pour chercher les prétendus boucs émissaires d’un véritable désastre pour l’humanité. Pourtant à l’heure de ce désastre, de ce bouleversement, chacun avec une profonde humilité devrait réfléchir à l’orientation qu’il avait jusqu’à présent, donner à sa vie, et peut-être changer de voie pour mieux s’engager vers les autres, les proches, les parents, les amis, la personne que je croise, celui qui est en réalité mon prochain et non mon ennemi. il nous faut revenir à une vie d’authenticité et de simplicité et fuir ce monde qui nous invite à toujours plus, et à l’homme augmenté, alors que la vraie grandeur est de savoir s’abaisser devant la grandeur de Dieu.

La vérité de ce nouvel ordre se révèle, hélas s’incarne dans le confinement, à nous dés lors de discerner, de ne pas nous laisser séduire par la vanité de ce monde. A nous de relier les autres et à prévenir les dégâts d’une atomisation : l’atomisation de notre vie sociale comme je l’écrivais précédemment, ce risque de délitement du lien social et qui pourrait s’amplifier : chacun à son écran, tous impuissants, en passe de nous laisser domestiquer, naviguant entre deux mondes : le social-réseau virtuel où chacun se donne le sentiment d’exister et l’individu atomisé privé de contacts avec l’autre et qui souffre pourtant, toujours, en secret d’être privé de communion avec ses frères en humanité. Alors changeons de voie et revenons à cette offrande que nous offre la vraie vie, les choses simples, celles d’une proximité avec le prochain…En écrivant ces lignes, je mesure aussi toute notre vanité humaine, notre mémoire qui oublie si facilement son passé, ses terreurs, les  terreurs qui enserrèrent dans les plus grandes frayeurs, ceux que l’on appelait les poilus, confinés dans leurs tranchées, habités par l’angoisse d’une mort à leur trousse; Nous mesurons ainsi que nous ne sommes pas en réalité en guerre mais oui un virus nous interpelle et interpelle la conscience de l’homme à revenir à d’autres valeurs et à contempler une autre grandeur, refoulée par l’homme, niée par l’homme, et sans doute nous invite à contempler celui qui est à l’origine de toutes choses, de la vie, du souffle de vie.

Neil Postman : Étourdir ou Museler la conscience

L’attention n’est plus celle donnée aux autres, mais à celle donnée à nos objets toujours augmentés, à la ronde perpétuelle des divertissements, ces « vaudevilles » et « babillages » diffusés à longueur de journée par nos écrans[3]. La société transhumaniste développe ses supports numériques qui agissent en nous comme de véritables « derricks[4] », de véritables plateformes pétrolières, aspirant les données de toutes nos consommations quotidiennes associées aux usages que nous faisons de nos smartphones et autres objets de communication. Aussi comme le souligne Bruno Patino dirigeant de presse, et auteur du livre « la civilisation du poisson rouge », la prédation s’est greffée sur nos usages numériques « c’est la prédation de notre attention ». Or plus notre vie intérieure est forée par les derricks du monde numérique, plus ce monde corrompt et endommage, la source de vie qui nourrit notre âme. Quelle est donc la valeur morale d’une société quand cette dernière promeut la culture consumériste comme la seule dimension qui vaille ?

photo-1455139960217-3de50ca3bc8c - Copie

Auteur : Eric LEMAITRE

Entre deux Léviathans : le monde de Orwell « 1984 » et le monde de Huxley « Le meilleur des mondes », le léviathan que nous aurions à craindre, n’est pas celui de Orwell qui muselle la conscience, mais bien le « Meilleur des mondes » qui l’étourdit. Pour Neil Postman[1], les gens viendront à aimer et à apprécier ce qui les opprime finalement, ils se laisseront volontiers déposséder de leur liberté préférant l’hédonisme et les petits plaisirs « ils finiront par aimer « [2]les technologies qui détruiront leur faculté de penser ». 

Nous sommes aujourd’hui dans le temps volé, le temps gaspillé, le temps des âmes devenues les otages de prédateurs qui maîtrisent les communications chronophages, celles qui phagocytent notre relation qui n’est plus ainsi donnée aux autres. Ce temps volé est bien l’assèchement de ce qui nous relie aux autres. Je consultais et visualisais une page de couverture d’une revue qui titrait « notre planète a soif » avec l’illustration d’une photo présentant un sol craquelé, morcelé, un sol désolidarisé et asséché. Si le monde semble bien frappé par une crise climatique, ce même monde ne semble pas avoir compris qu’une crise des consciences est également en cours. Cette crise est celle des consciences asséchées, une crise aussi cataclysmique que celle qui concerne le climat, car cette crise affecte la dimension relationnelle. Elle provoque la désocialisation créant le délitement de la communauté. Le transhumanisme qui vante et promeut l’individu est finalement un processus de démantèlement de la conscience collective, son projet est bel et bien de détruire ce qui me relie à l’autre pour amorcer cette subordination aux objets de la civilisation transhumaniste. L’enjeu d’une telle civilisation sera dès lors de capter l’attention, et de me détourner de toute vie intérieure et de toute vie relationnelle et aimante.

Les nouveaux « derricks » chasseurs de data

L’attention n’est plus celle donnée aux autres, mais à celle donnée à nos objets toujours augmentés, à la ronde perpétuelle des divertissements, ces « vaudevilles » et « babillages » diffusés à longueur de journée par nos écrans[3]. La société transhumaniste développe ses supports numériques qui agissent en nous comme de véritables « derricks[4] », de véritables plateformes pétrolières, aspirant les données de toutes nos consommations quotidiennes associées aux usages que nous faisons de nos smartphones et autres objets de communication. Aussi comme le souligne Bruno Patino dirigeant de presse, et auteur du livre « la civilisation du poisson rouge », la prédation s’est greffée sur nos usages numériques « c’est la prédation de notre attention ». Or plus notre vie intérieure est forée par les derricks du monde numérique, plus ce monde corrompt et endommage, la source de vie qui nourrit notre âme. Quelle est donc la valeur morale d’une société quand cette dernière promeut la culture consumériste comme la seule dimension qui vaille ? C’est Neil Postman qui nous relate « [5]qu’à une époque de technologie avancée, la dévastation spirituelle risque davantage de venir d’un ennemi au visage souriant que d’un ennemi qui inspire les soupçons et la haine. Dans la prophétie de Huxley, Big Brother ne cherche pas à nous surveiller. C’est nous qui avons les yeux sur lui, de notre plein gré. Nul besoin de tyran, ni de grilles, ni de ministres de la Vérité… ». C’est ainsi que docilement, nous avons fini par accepter la souveraineté des « derricks numériques », nous avons tellement cru à la dimension du progrès, que nous n’avons pas réellement pris conscience que l’alphabet numérique était sur le point de façonner, de conditionner nos esprits puis de  transformer nos comportements en êtres corvéables.

Or de toute évidence, le monde transhumaniste ne peut en soi se déployer que s’il accède à cette capacité de nous distraire, de nous divertir de nous-même, voire même de modifier génétiquement les comportements des êtres humains pour obtenir d’eux plus de docilité, de malléabilité.  L’ère transhumaniste l’emportera et ne s’accomplira que si ses artefacts sont réellement parvenus soit à étourdir ou à museler notre conscience, à endormir notre capacité de penser. Or les signaux d’un tel monde nous sont déjà renvoyés, eu égard à l’abondance des consciences rivées sur leurs écrans, dépendantes des messages, de cette abondante dopamine émanant des réseaux sociaux, déversée également par les flots continuels d’informations reçus quotidiennement.

La modernité de notre époque est dominée par des formes d’idolâtrie et une nouvelle féodalisation celle de nos écrans.

Les écrans occupent une place envahissante dans nos vies et personne n’évite leurs pouvoirs captivants et assujettissants. Je n’échappe pas moi-même à l’addiction cathodique, à celle du smart phone, de la tablette, de l’ordinateur. J’éprouve aussi ce sentiment bizarre d’être comme dans un « bocal numérique », ce sentiment étrange d’être ainsi enserré ou piégé dans les griffes des algorithmes de l’internet.   Quotidiennement nous faisons l’objet, de stimuli, de sollicitations liées aux multiples notifications et autres signaux d’informations émanant de nos écrans. Les économistes comme les sociologues ont donné un nom à ce phénomène qu’ils ont appelé l’économie de l’attention. Une bataille économique se livre en effet dans les esprits, il s’agit de retenir l’attention, de la capter, de la solliciter, de la détourner. L’attention est devenue une ressource, une ressource même rare tant les sollicitations sont plurielles, innombrables. L’attention est le véritable enjeu pour le monde de l’économie numérique. Sur ces marchés de l’attention, nous sommes ainsi comme consommés, gérés par nos artefacts qui viennent en quelque sorte grignoter une part de nous-même, éroder une part de notre vie intérieure, une part finalement de notre conscience. Nous nous laissons ainsi comme absorbés, vampirisés par les signaux numériques. C’est comme si toute notre conscience se laissait elle-même impacter par le pouvoir des images, divertir par ce cirque numérique, nous laissant entraîner dans l’indolence, l’apathie d’un divertissement de notre âme. Or je pressens chez bon nombre de contemporains une forme de fatigue, de saturation, d’épuisement et d’incapacité finalement à réagir, l’impossibilité de s’opposer vigoureusement à cette force captivante qui veut s’emparer de toute notre âme. Nous nous laissons entraîner comme emportés par la spirale de l’ennui, la volupté de la monotonie, il est devenu ainsi comme vital de nous distraire. L’économie de l’attention nous plonge peu à peu dans la somnolence, l’engourdissement et la paresse de discerner ce qui est utile ou non. Pour Neil Postman, nous devons redouter cette post modernité en ce sens qu’elle porte en soi les germes d’une forme de destruction de nous-même, en raison du plaisir qu’elle nous inflige « au point que nous en soyons réduits à la passivité et à l’égoïsme[6] »

Dans cet univers dystopique du transhumanisme, deux mondes possibles de l’information finalement se dessinent, celui du meilleur des mondes nous abreuvant d’une multitude de messages, de communications, ou rien, nous est en soi interdit, nous pouvons tout lire, tout découvrir, ou bien c’est le monde du contrôle, de la conscience entravée, tenue en laisse comme ligaturée. Ces deux mondes existent bel et bien, incarnés par les consumérismes d’état ou celui de sphères économiques privées. La chine est le symbole même de la totalisation des esprits sanglés, le monde occidental libéral et libertaire celui des esprits que l’on étourdit, que l’on distrait. D’un côté il convient de distraire puis d’anéantir l’âme, de l’autre il faut soumettre et de nous déposséder de toute liberté. Des deux côtés, la conscience devient littéralement passive parce qu’assommée. Rappelant la pensée de Aldous Huxley, Neil Postman l’auteur de « se distraire à en mourir » évoque à nouveau l’apathie de la conscience « qui s’est adaptée aux distractions technologiques ». Dans le monde néo consumériste, il faut à tout prix inoculer du plaisir dans l’esprit des gens, provoquer une forme d’ivresse, par l’abondance de biens et d’images. Pour Neil Postman la tragédie de notre époque ne sera « pas de rire au lieu de penser, mais de ne pas savoir pourquoi ils riaient et pourquoi ils avaient arrêté de penser[7] ». Réveiller la conscience semble être la seule alternative, elle passait selon Neil Postman par l’école, mais nous assistons à cette longue dérive de l’école, elle-même happée par l’aspiration du bocal numérique, conditionnant les futures générations à l’ère d’un monde transhumaniste qui aura su harponner la conscience intérieure afin de nous conduire à une absolue docilité sous peine de mourir.

[1] Neil Postman 1931 – 2003) critique culturel et théoricien des médias américain

[2] Citation extraite du livre « se distraire à en mourir » de Neil Postman Editions Pluriel page 14

[3] Propos inspirés par la lecture « Se distraire à en mourir » de Neil Postman Edition Pluriel page 232

[4] Le terme « derrick » est utilisé comme une métaphore il fait référence à ces tours en bois ou en métal soutenant le dispositif de forage d’un puits de pétrole

[5] Citation extraite du livre « se distraire à en mourir » de Neil Postman Editions Pluriel page 232

[6] Citation extraite du livre « se distraire à en mourir » de Neil Postman Editions Pluriel page 14

[7]  Citation extraite du livre « se distraire à en mourir » de Neil Postman Editions Pluriel page 242

La ville digitalisée, la tentation de Babel

Dans les dix prochaines années, la ville fera l’objet certainement d’une reconversion révolutionnaire de sa conception à son organisation, avec le devoir de gérer de nouvelles contraintes, de nouvelles tensions sociales qui pourraient émerger. La ville devient en effet complexe, et cette complexité tient à l’humain et à l’évolution de leurs comportements au sein de la ville du fait même de l’évolution des technologies employées et des modifications tenant à des comportements plus isolés, marqués par la dimension de l’ego, la société du « pour moi ».  Pour répondre aux besoins, à ces besoins humains, la cité urbaine évolue vers davantage de technicité et de réponses servicielles qui seront dématérialisées et numériques, satisfaisant à ces nouvelles attentes hédonistes et consuméristes. La nécessité s’est alors imposée de savoir anticiper les besoins, de savoir gérer, de savoir organiser la structure sociale, de réguler l’attractivité des réponses à apporter à l’ensemble des attentes issues des activités humaines. Avec l’émergence des nouveaux outils numériques, de l’intelligence artificielle, de la multiplication des connectivités dans la ville, les urbanistes réfléchissent à de nouvelles méthodes de réponses aux besoins et de contrôle de la vie humaine, de régulation des activités, comme celles liées aux déplacements, aux flux à gérer au sein de la ville. Les GAFAM sont également tentés de s’emparer du sujet et de contribuer à optimiser la gestion des villes, en exploitant leurs innovations ou la découverte de nouveaux outils qui permettront une meilleure gestion. 

Auteur Eric LEMAITRE 

luca-campioni-196833-unsplash

La ville est à la fois un milieu, un écosystème à la fois physique et humain qui interagit, concentrant des besoins, des activités propres mais aussi subissant les aléas des contingences de la vie sociale et des informations émanant de la vie politique influençant sa gestion. La ville est l’exemple même finalement d’une sorte « d’organisme biologique » qu’il faut pouvoir réguler par un ensemble de normes, de directives qui conduisent à une forme d’harmonisation de la vie humaine au sein de la cité. La ville est loin d’être une structure figée, épargnée par les mutations, la ville poursuit son évolution à l’aune des mutations sociologiques et culturelles, des développements technologiques, des nouvelles contingences urbaines, des nouvelles contraintes en raison de ces environnements multiformes et complexes associés à des événements prévisibles ou non de pollutions urbaines, de transformations économiques comme écologiques, de changements de nature sociologique associés à des comportements individualistes, d’éclatements et d’atomisation de la famille.

Dans les dix prochaines années, la ville fera l’objet certainement d’une reconversion révolutionnaire de sa conception à son organisation, avec le devoir de gérer de nouvelles contraintes, de nouvelles tensions sociales qui pourraient émerger. La ville devient en effet complexe, et cette complexité tient à l’humain et à l’évolution de leurs comportements au sein de la ville du fait même de l’évolution des technologies employées et des modifications tenant à des comportements plus isolés, marqués par la dimension de l’ego, la société du « pour moi ».  Pour répondre aux besoins, à ces besoins humains, la cité urbaine évolue vers davantage de technicité et de réponses servicielles qui seront dématérialisées et numériques, satisfaisant à ces nouvelles attentes hédonistes et consuméristes. La nécessité s’est alors imposée de savoir anticiper les besoins, de savoir gérer, de savoir organiser la structure sociale, de réguler l’attractivité des réponses à apporter à l’ensemble des attentes issues des activités humaines. Avec l’émergence des nouveaux outils numériques, de l’intelligence artificielle, de la multiplication des connectivités dans la ville, les urbanistes réfléchissent à de nouvelles méthodes de réponses aux besoins et de contrôle de la vie humaine, de régulation des activités, comme celles liées aux déplacements, aux flux à gérer au sein de la ville. Les GAFAM sont également tentés de s’emparer du sujet et de contribuer à optimiser la gestion des villes, en exploitant leurs innovations ou la découverte de nouveaux outils qui permettront une meilleure gestion.

Ces GAFAM ne dissimulent plus leur intention de s’approprier la part significative de la valeur économique liée à la « fabrique » et au fonctionnement de la vie urbaine. La cybernétique pourrait bien devenir le terrain de jeu de la Silicon Valley, un nouveau gisement financier pour promettre de nouveaux applicatifs facilitant la régulation comme l’automatisation au sein de la ville. L’enjeu de ces nouveaux applicatifs est d’assister les techniciens de la ville pour mieux les aider à gérer demain les interactions complexes touchant tous les stades de l’organisation embrassant à la fois l’écologie, la vie sociale, les comportements sociaux. Puisque nous sommes soumis selon le neurobiologiste Henri Laborit également spécialiste de cybernétique, à des déterminismes biologiques inconscients, nous ne sommes plus selon l’auteur de « l’homme et la ville » que des amas de molécules chimiques susceptibles d’interagir aujourd’hui et demain avec la machine.  La pensée du neurobiologiste est finalement une vision matérialiste de l’être humain mais qu’il s’efforce pourtant de rendre attentif à de pareilles évolutions qui attenteraient selon lui à une écologie urbaine et humaine.  Le danger pour l’homme pourrait être de fait d’être conditionné par des systèmes rétroagissant avec ses comportements et susceptibles de l’orienter de manière plus optimisée sans égard pour son libre arbitre et ses choix motivés ou consentis.  Ainsi pour illustrer la pensée de Henri Laborit nous sommes devenus dépendant d’objets connectés qui nous promettent de ne plus être sous la tutelle d’un monde aléatoire, incertain devenu le fantasme d’une société qui entend maitriser et contrôler, surveiller et orienter. La ville demain numérisée, digitalisée ira davantage vers de rationalité et conditionnera les comportements humains persuadé qu’il sera aisé de rétroagir et de produire les effets souhaités avec nos amas de molécules chimiques qui forment nos cerveaux dociles.  C’est le monde cybernétique qui se dessine qui visera à instaurer des relations sociales ne mettant pas en péril les équilibres sociaux de la cité.    

Ce monde cybernétique associée à ces dispositifs d’intelligence artificielle et ses applicatifs numériques font déjà et subrepticement leur entrée dans la ville. Ainsi la « mise sous tutelle de la ville par le monde numérique est sur le point de s’accomplir, c’est le rêve de l’autonomisation de la ville régulée, régulée intelligemment dépendant d’une méthode de calculs sophistiqués, orientée vers la compréhension et la maîtrise des écosystèmes complexes qui émanent des problèmes écologiques, sanitaires, sociologiques issues des grandes cités urbaines. La projection de la belle machine, qui résoudra tous ses problèmes grâce à la technologie, est également le rêve d’une humanité se confiant dans le pouvoir de la technique apte à résoudre toutes les formes de tensions, d’insécurités et menaces sociales mais également tous les aspects qui pourraient toucher de manière générale à la santé publique, la ville est aussi un univers polluant et il sera nécessaire de gérer toutes les contingences perturbantes résultant des activités associées à la vie humaine. Dans le monde du 28 décembre 1948[1], écrit le mathématicien Norbert Wiener, « le Père Durbale dominicain a écrit un compte rendu fort pénétrant de mon livre la cybernétique. Je citerai l’une de des suggestions qui dépassant les limites actuelles de la machine à jouer aux échecs, envisage les conséquences de son perfectionnement futur… » … « Une des perspectives les plus fascinantes ainsi ouvertes est celle de la conduit rationnelle des processus humains, de ceux en particulier qui intéressent les collectivités et semblent présenter quelque régularité statistique, tels les phénomènes économiques ou les évolutions de l’opinion. Ne pourrait-on pas imaginer une machine à collecter tel ou tel type d’informations, les informations sur la production et le marché par exemple, puis à déterminer en fonction de la psychologie moyenne des hommes et des mesures qu’il est possible de de prendre à un instant déterminé, quelles seront les évolutions les plus probables de la situation ? Ne pourrait-on même pas concevoir un appareillage d’Etat couvrant tout le système des décisions politiques, soit dans un régime de pluralités d’Etats se distribuant la terre, soit dans le régime apparemment beaucoup plus simple d’un gouvernement unique de la planète ? Rien n’empêche aujourd’hui d’y penser. Nous pouvons rêver à un temps où la machine à gouverner, viendrait suppléer -pour le bien ou pour le mal qui sait ? »  

La vision cybernétique formulée par le dominicain encouragerait une approche globale et intriquée, dynamique et relationnelle de la vie urbaine dans toutes les dimensions de la vie sociale, sans occulter les aspects, économiques et sanitaires. La tentation sera alors grande de se confier au pouvoir de la science cybernétique couplée ou conjuguée à celle des pouvoirs que lui donnerait les calculs d’une intelligence artificielle qui embrasserait l’ensemble des situations |un appareillage d’Etat couvrant tout le système des décisions politiques] auxquelles s’expose la cité gérée jusqu’alors par des hommes.

L’entité urbaine est en effet de plus en plus confrontée à des problèmes que lui posent l’hétérogénéité de la démographie sur un aspect sociologique et culturel, l’urbanisation galopante, à des problèmes croissants de pollution, de criminalité, de cohésion sociale. La ville de demain évoluant en complexité, va dès lors devoir repenser en profondeur et administrer les périls du futur en raison des enjeux environnementaux, des contraintes énergétiques, des problèmes de sécurité, de vie culturelle et d’écologie urbaine.  Nous évoquions précédemment les technologies qui caractérisent aujourd’hui les téléphones portables, la technologie embarquée dans ces « smart phone » autorise de plus en plus la géolocalisation de nos déplacements, or dès demain ce sont les connexions citoyens et ville qui vont s’intriquer, s’accentuer, s’amplifier. C’est bel et bien toute une architecture quasi organique qui se dessine intriquant demain les usagers et le système numérisé de la ville, unifiant connectant, reliant toutes les composantes de la ville, associant habitants et habitat au risque de piétiner l’écologie, en prétendant artificiellement la défendre via ses artefacts promouvant de soi-disant énergies durables.

Ainsi si d’ores et déjà nous pouvons organiser nos sorties selon le taux de pollution dans la ville, programmer nos sorties selon les manifestations organisées, ou rester calfeutré dans nos quatre murs face à un grave dysfonctionnement qui perturberait la vie sociale, inévitablement nous entrons dans cette ère du tout numérique vers une société de type big brother.

En effet cette belle machine urbaine, qui est de nature à résoudra tous les problèmes grâce à la diffusion de bornes publiques, d’applicatifs innovants assurant les services toujours plus performants, la vie harmonieuse au sein de la ville,  s’achemine cependant vers une ville sous contrôle, une ville sous l’emprise des capteurs numériques qui demain nous placeront tous sous surveillance, pilotés tels des automates pour réguler nos allées et venues, nos sorties, nos déplacements, accordant les autorisations nécessaires pour emprunter tel ou tel circuit dans la ville, pour y effectuer ou non nos achats. Or vous le savez ces connexions numériques ville et citoyens doivent être bien regardées demain comme une menace potentielle pour nos libertés si les curseurs jalonnant leurs usages n’ont pas été mis en place.

La mixité des données, des smart phone et smart city représentent bien et inévitablement un vrai risque en termes de liberté. Même si l’utilisation des données personnelles est devenue très réglementée, il sera de plus en plus difficile, au vu de l’explosion du volume de données et des applications dans le Cloud, de garantir l’intégrité des données personnelles dans ces entrepôts virtuels qui gèrent l’ensemble des data issues de notre vie sociale, de nos usages et pratiques liées aux réseaux sociaux et à toutes les empreintes bancaires, marchandes que nous laissons tels des petits poucets dans ce quotidien socialement contrôlé.

Le cheminement d’une ville dévolue aux technologies de supervision est manifestement la résultante d’une pensée vide qui n’entend plus faire confiance à la dimension relationnelle, à l’intelligences des hommes qui échangent des points de vue contradictoires souvent irrationnels mais l’intelligence fondée sur l’écoute est celle de cette capacité à argumenter, à expliquer mais aussi à prendre note des particularismes qui peuvent agir comme autant de plus-values si l’on considère que l’intelligence est aussi collective et qu’il faut savoir décloisonner afin que l’expert de la ville ne soit pas le seul sachant se réfugiant sur une dimension purement rationnelle ou technique.  Dans un contexte analogue, Cyrille Harpet sur le blog cairn.info abordant l’œuvre de Henri Laborit évoque « l’homme imaginant, c’est-à-dire d’un homme pour qui l’imaginaire constitue une capacité à explorer et développer, en liant des niveaux d’organisation jusque-là tenus pour dissociés et sans interactions. Son propos et sa méthodologie permettent d’inscrire l’évolution urbaine dans une vision biopolitique où l’homme devient autant effecteur d’un système organisé que pris dans des régulations complexes. C’est quasiment vers une « écologie de l’esprit ». Or il nous semble que l’imaginaire n’appartient pas à la capacité de la machine de l’explorer, et cette orientation de l’intelligence humaine plutôt qu’artificielle, doit toujours sous tendre la gestion de la ville plutôt que de la confier à un pilotage déshumanisé dont la seule optique reposera toujours sur le contrôle, la surveillance, la totalisation pour réguler les rapports humains, or l’immiscion , l’intrusion de la machine dans la gestion des rapports serait une porte ouverte à la dimension liberticide de la machine contre l’homme.

[1] Extrait de la citation page 204-205 Cybernétique et société l’usage humain des êtres humains de Norbert Wiener. Editions Science

La tentation cybernétique

La cybernétique qui a pris ses racines au cours de la seconde guerre mondiale grâce aux travaux du Mathématicien  Norbert Wiener est la première science physique ayant pour objet l’organisation sociale. Le type de société qui émerge aujourd’hui dans les pays industrialisés découle directement des applications de la cybernétique : processus de robotisation de la production, interconnexions via les réseaux Internet, les réseaux boursiers, les réseaux financiers, les nouvelles méthodes de management et d’organisation de l’entreprise, réseaux de communication et réseaux informatiques, nouveaux systèmes d’armes intelligentes. La cybernétique est appelée à prendre une nouvelle ampleur en raison des effets conjugués entre les sciences cognitives de l’information et l’intelligence artificielle. C’est une nouvelle arme qui s’étale sous nos yeux, qui me semble avoir une dimension semblable au déploiement de l’arme atomique. La nation qui maitrisera la science cybernétique assujettira les peuples en raison de cette nouvelle capacité massive d’engranger les informations, les datas puis de mathématiser l’ensemble de la société pour mieux la superviser, c’est l’émergence de la cité rationnelle, la cité de Babel.

Auteur Eric LEMAITRE

markus-spiske-207946-unsplash

Toute notre humanité est aujourd’hui bousculée par le phénomène technique, le phénomène technicien largement décrit et commenté par le sociologue et théologien Jacques Ellul, est en passe de dominer l’humain mais le plus inquiétant est à venir, celui de ces machines capables non seulement de remplir les tâches exercées par des êtres humains, mais au-delà de ces tâches d’avoir cette fonction supplémentaire de remplacer l’homme, puis dans un proche avenir de contrôler toutes les sphères de la vie humaine du fait même des interconnexions et des usages internet. Cette fonction technique sera non seulement de réguler l’activité sociale mais également d’avoir ce pouvoir intrusif de pister socialement l’être humain, d’agir sur les comportements sociaux déviants comme c’est déjà le cas en Chine. La Chine qui préfigure en effet le mieux les conséquences d’un développement de la technique au service d’un pouvoir totalitaire, étend le totalitarisme numérique en intriquant des dispositifs de reconnaissance faciale et d’Intelligence Artificielle[1]. C’est cette totalisation du monde embrassant l’ensemble de ses citoyens dans l’optique de les superviser qui est l’enjeu d’une société ultra connectée. C’est l’implication de la machine dans la vie sociale dont les capacités augmentées, constitue aujourd’hui le point d’alerte et qui devient en quelque sorte le nouveau gouvernail de notre monde qu’exprime le terme grec « kubernêtikê » signifiant à la fois le gouvernail ou le gouvernement. Le mathématicien Norbert Wiener pourtant le « père » de la cybernétique une science qui étudie les mécanismes de régulation et d’interaction dans les machines et les êtres vivants, esquissait comme une forme d’avertissement dès ses premiers essais écrits dans les années cinquante la nécessité de s’inquiéter des potentiels de développements de la cybernétique, qu’il considérait comme une arme capable de se retourner contre une nation qui aurait utilisé cette arme pour gouverner, ce qui lui a valu d’être surveillé en pleine période de maccarthysme[2].

Le monde cybernétique[3] qui exprime l’idée d’une totalisation et la volonté de contrôler l’ensemble de l’activité humaine, n’est pourtant pas en soi une idée nouvelle. Le terme cybernétique est un mot grec emprunté au Philosophe Platon qui l’employait pour indiquer le pilotage d’un navire. Platon avait recours à ce terme pour évoquer, « l’art véritable de gouverner, l’art efficace pour agir ». L’art de gouverner est l’obsession de l’humanité, et son histoire est traversée depuis des millénaires par les tentatives multiples d’exercer l’emprise efficace. L’empire romain qui avait une vaste étendue fut marquée par une organisation incroyable qui s’étendait sur l’ensemble et une grande partie des deux continents englobant un territoire allant géographiquement du Maroc jusqu’à la Mésopotamie, et de l’Angleterre jusqu’à l’Égypte, créant ainsi l’une des plus vastes entités politiques de l’Histoire, qui influença profondément le bassin méditerranéen.  L’organisation de l’empire avait été marquée par l’empreinte technique de Rome, son système politique et administratif, ses réseaux routiers, cette capacité militaire comme communicante de maitriser les peuples des nations conquises par l’empire. Toutefois au sein de cet immense empire Romain, c’est bien l’homme qui avait la main sur l’empire, or avec le rêve formulé par le mathématicien Norbert Wiener, ce n’est plus l’humain qui exerce son contrôle sur la matière ou la domine comme ce fut la mission d’Adam dans le livre de la Genèse[4] « remplissez la terre et soumettez-la », mais c’est bien la création de l’homme qui est bien sur le point de le dominer. Fasciné par ses objets, l’homme caresse le rêve démiurgique de créer son équivalent, comme Dieu le fit avec Adam « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. Qu’il soit le maître des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, des bestiaux, de toutes les bêtes sauvages, et de toutes les bestioles qui vont et viennent sur la terre ». L’homme crée ainsi son équivalent, lui conférant des capacités de calculs et une puissance cognitive qu’il ne peut égaler, cette puissance de calculs pourrait être ingéré par une machine cybernétique capable de dominer, de réguler, d’anticiper, d’ajuster en fonction des paramètres de données « digérées » puis de contrôler l’ensemble des activités humaines comme la Chine est capable à ce jour de créer un véritable système de surveillance avancée et personnalisée de tous ses citoyens en relation avec les données emmagasinées.

La cybernétique qui a pris ses racines au cours de la seconde guerre mondiale grâce aux travaux du Mathématicien  Norbert Wiener est la première science physique ayant pour objet l’organisation sociale. Le type de société qui émerge aujourd’hui dans les pays industrialisés découle directement des applications de la cybernétique : processus de robotisation de la production, interconnexions via les réseaux Internet, les réseaux boursiers, les réseaux financiers, les nouvelles méthodes de management et d’organisation de l’entreprise, réseaux de communication et réseaux informatiques, nouveaux systèmes d’armes intelligentes. La cybernétique est appelée à prendre une nouvelle ampleur en raison des effets conjugués entre les sciences cognitives de l’information et l’intelligence artificielle. C’est une nouvelle arme qui s’étale sous nos yeux, qui me semble avoir une dimension semblable au déploiement de l’arme atomique. La nation qui maitrisera la science cybernétique assujettira les peuples en raison de cette nouvelle capacité massive d’engranger les informations, les datas puis de mathématiser l’ensemble de la société pour mieux la superviser, c’est l’émergence de la cité rationnelle, la cité de Babel.

La cité de Babel modernisée et rêvée par la nouvelle « civilisation » transhumaniste concentre toutes les envies de bien-être faisant vivre en harmonie une organisation sociale singulière fondée sur le progrès dont la matrice pourrait s’achever dans un système imaginé par le mathématicien Norbert Wiener, la cybernétique et dont la reine mère serait le léviathan, l’homme artificiel ou « l’intelligence artificielle ». La cybernétique comme nous le rappelions dans le premier chapitre de ce livre, est cette science des contrôles, une science qui contrôle les hommes, les systèmes, les écosystèmes, cette science qui surveille [ra] l’ensemble de nos écosystèmes dans ces contextes de crises notamment climatique, régulera les harmonies planétaires, ce sera la bonne déesse, la déesse Maïa assurant la fertilité et le « printemps de l’humanité » enfin son âge d’or.

Mais afin que toute ceci fonctionne, il faudra non pas s’en remettre à une organisation humaine dépassée par la complexité, l’enchevêtrement des galaxies qui touchent à toutes les formes de fonctionnement de la vie sociale mais à une organisation sophistiquée dominée par la mathématisation et le pouvoir des algorithmes. Ce changement de paradigme concernant la gestion des pouvoirs, résulte de toute cette complexité qu’il conviendra en effet de gérer, d’arbitrer, d’orienter, de réguler. Cette complexité ne pourra être gérée que par l’entremise d’un « homme artificiel » plutôt d’une « intelligence artificielle », laquelle sera chargée d’assurer l’harmonie, la sécurité des humains en échange de leur domestication, de leur soumission, de leur obéissance, formant ainsi un pacte social et politique, harmonisant la totalité des rapports sociaux.

Nous brossons là, le portrait de la « singularité technique[5] », celle d’un monde qui aura basculé entre les mains de la puissance technique, la puissance technique qui se verra déléguer bien entendu notre incapacité de gérer nos relations conflictuelles. Le léviathan technologique n’a-t-il pas le meilleur profil pour réguler le tempérament humain, et puisque aucun humain n’est franchement à sa hauteur, il prendra alors le relais, l’humanité se « machinisera » docilement, cela pourra se construire du fait d’un vide concernant la vie intérieure qui forge ce que l’on appelle la conscience, et « c’est dans ce vide que s’inscrit le mal »[6] comme le souligne la philosophe Hannah Arendt penseuse du totalitarisme et militante anti nazie. Le léviathan technologique et ses instruments de navigation préviendront et anticiperont les risques, établiront ou imposeront sous forme d’injonctions, l’itinéraire que nous devrons emprunter afin de ne pas déroger aux règles qui présideront l’harmonie établie, de ne pas enfreindre les principes normatifs qui guideront la vie quotidienne, la vie des citoyens seront ainsi assujettis au pouvoir de la « machine mathématisée ».  La mathématisation de la société, est une expression que j’avais déjà utilisé dans le premier essai « la déconstruction de l’homme » pour évoquer ce monde qui se métamorphose en formules algorithmiques.  Ces formules qui exprimeront dans la matrice cybernétique les liaisons causales générales, et les lois garantissant l’harmonie, celles qui préviendront les dérives et les conflits.

[1] https://www.scmp.com/business/companies/article/2135713/increasing-use-artificial-intelligence-stoking-privacy-concerns

[2] Période en pleine guerre froide 1953-1954 où l’on traqua de présumés agents américains travaillant pour l’état soviétique menant à des investigations et des répressions virulentes contre ces supposés agents.

[3] Le mathématicien Norbert Wiener va concevoir dès 1947 ainsi que dans l’ouvrage du même nom paru en 1948, la cybernétique comme une science qui étudie exclusivement les communications et leurs régulations dans les systèmes naturels et artificiels.  La cybernétique prend ses racines dans les développements techniques de la seconde guerre mondiale et de la nécessité de développer des dispositifs plus performants pour orienter plus efficacement les tirs des canons en fonction du tracé des trajectoires des avions visés.

[4] Livre de la Genèse 1 : 28

[5] Source Wikipédia : La singularité technologique (ou simplement la singularité) est l’hypothèse selon laquelle l’invention de l’intelligence artificielle déclencherait un emballement de la croissance technologique qui induirait des changements imprévisibles sur la société humaine

[6] Hannah Arendt : « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal »

Narcisse et chabot

Or dans la société transhumaniste, la culture de l’homme augmenté est bien celle du narcissisme. Le narcissisme se nourrit avant tout de l’image de soi et le narcisse rêve toujours d’améliorer son image, de prendre soin de son image. La promesse de toujours faire croître cette image ne peut en soi que flatter le narcissique. De fait la société transhumaniste a bien pour objet de flatter la prouesse, de cajoler la réussite, d’encenser la performance. C’est le devoir de la société transhumaniste d’investir tous les champs du divertissement pour entretenir l’image de soi. Mais la société transhumaniste ne flatte pas seulement le corps augmenté, elle flatte la capacité de transcender le corps, le transhumaniste est l’ami du monde virtuel. La société transhumaniste dans ces contextes de monde virtuel investit d’ores et déjà les applications issues des fameux réseaux sociaux, les fameux robots conversationnels qui pourront demain être nos futurs amis imaginaires, l’autre que moi-même qui me comprend, me connait, me flatte, me rassure.

Auteur Eric LEMAITRE

girl-3180072_960_720

Narcisse 

 L’émergence d’une société transhumaniste n’a été en soi rendue possible qu’en raison de l’apathie de la société. Nous sommes devenus les réceptacles mous, d’un monde qui se transforme sous nos yeux, sans que nous ayons l’énergie, pour nous positionner contre, pour dire stop. C’est plus fort que nous, nous apprécions le confort douillet des progrès, qui nous sont promis et ankylosent l’effort ? Nous apprécions ces miroirs, ces « selfies » qui flattent finalement notre égo portrait ? Le monde des réseaux sociaux a agi comme une drogue, une dopamine vampirisant dans sa toile des milliards d’individus connectés à ce monde virtuel sans âme.

Bizarrement dans ce monde virtuel, nous avons le sentiment d’exister, de donner du sens à notre existence, existence vue par d’autres. Nous nous exposons dans ces vitrines futiles qui flattent l’égo, nous sommes devenus importants, mais tout cela n’est en réalité que vanité. Le monde virtuel des réseaux sociaux est devenu le jeu des cirques anciens, sorte de divertissement planétaire. Nous entrons docilement dans une sorte de cirque planétaire, nous satisfaisant d’un nouveau type de divertissement, des pains et des jeux, nous nous contentant de consommer des objets et de nous distraire, de plus franchement nous soucier des enjeux d’une vie éphémère puisque on nous promet de vaincre la mort.

Or dans la société transhumaniste, la culture de l’homme augmenté est bien celle du narcissisme. Le narcissisme se nourrit avant tout de l’image de soi et le narcisse rêve toujours d’améliorer son image, de prendre soin de son image. La promesse de toujours faire croître cette image ne peut en soi que flatter le narcissique. De fait la société transhumaniste a bien pour objet de flatter la prouesse, de cajoler la réussite, d’encenser la performance. C’est le devoir de la société transhumaniste d’investir tous les champs du divertissement pour entretenir l’image de soi. Mais la société transhumaniste ne flatte pas seulement le corps augmenté, elle flatte la capacité de transcender le corps, le transhumaniste est l’ami du monde virtuel. La société transhumaniste dans ces contextes de monde virtuel investit d’ores et déjà les applications issues des fameux réseaux sociaux, les fameux robots conversationnels qui pourront demain être nos futurs amis imaginaires, l’autre que moi-même qui me comprend, me connait, me flatte, me rassure.

Nous assistons, sous nos yeux et sans doute, à l’émergence d’une nouvelle religion du divertissement, prônant une forme de narcissisme, de contentement de soi, de désincarnation des relations solidaires et de dématérialisation des échanges, pour aboutir à l’émergence d’un monde virtuel, déconnecté d’un rapport au réel et nous familiarisant à côtoyer les chabots[1]  et non les shadoks[2] [volatiles bêtes et méchants] : ces robots conversationnels, formes d’avatars virtuels. Or l’aspiration de l’homme se complaisant dans son image, demain homme augmenté et déconnecté de la réalité, c’est finalement l’amour de soi, la satisfaction de l’intérêt personnel, au risque de provoquer, la dissociation du lien social dès lors que chacun cherche à exister pour soi, s’affirmer, à s’imposer, aux dépends des autres, aspirant à sa performance, son confort, son bien-être.

La modernité transhumaniste se caractérise ainsi par le passage de la personne incarnée à l’individu désincarné. Le web et ses dérivés participent en effet à favoriser l’égo sans substance, sans consistance, l’égo flatté, à fabriquer de l’entre nous, à standardiser, à uniformiser la notion même de personne. Les réseaux sociaux, par exemple, incitent à concentrer, à agréger puis à rassembler les individus égocentrés, iconoclastes, amoureux de leur image, dans un esprit d’égrégore[3], de communisme numérique, d’« esprit de ruche », effaçant les singularités humaines, les dimensions de la typicité qui font les caractéristiques de la vie sociale. Le mouvement transhumaniste commandera l’évolution d’une nouvelle organisation sociale, « l’homme : objet de la technique ».

C’est cette société de la quête de soi, qui nourrit la frustration, le besoin de reconnaissance, le besoin d’image de soi qui sont en réalité à l’envers de la quête intérieure, car ici nous sommes plongés dans un monde qui nous distrait en réalité de nous-même. Nous sommes devenus des êtres vulnérables à qui l’on promet la puissance, la reconnaissance du monde dématérialisé et demain des chatbots. Mais en nous plongeant dans ce monde des réseaux, nous avons amplifié l’isolement de nous-mêmes, nous nous sommes éloignés de l’autre, nous ignorons nos congénères, nos voisins, nos amis. La dopamine internet nous retient, nous attendons le « like », plutôt que d’exprimer le « j’aime » attendu par la personne bien réelle mais souffrante, isolée, qui elle aussi réclame son « like » faute d’être tout simplement aimé et d’échanger ! Nous avons fabriqué des amis imaginaires et des amis imaginaires [ouf pas les chabots qui vous resteront fidèles eux ] qui se détournent de vous, lorsque vous exprimez une pensée différente de la norme imposée. Ce monde virtuel est toujours clivant mais il vous retient dans ses filets et vous propose d’autres amis imaginaires, demain des robots conversationnels ; qui seront d’accord avec vous, car vous avez tellement besoin que l’on soit d’accord avec vous.

Or ce monde-là, ce monde des narcissistes est tout bonnement fabriqué, intentionnellement voulu par les mêmes qui veulent asseoir leur puissance captivante, absorbante sur ceux-là même qui ont docilement livré leur âme et toutes les données de leur vie. Nous avons passivement livré toutes ces datas de notre vie sociale, et ces mêmes « datas » sont consommés par les mondes numériques qui entendent mathématiser le monde. Ces GAFAM ont fait de l’ensemble de nos environnements sociaux leurs terrains de prédilection, leurs terrains de jeux, pour dicter les nouvelles normes de vie sociale. Ce monde n’a été rendu possible que parce que nous avions besoin d’être flattés, nous avions besoin de reconnaissance, nous avions besoin de cette dopamine fournie par la futilité des « like ». Le monde des réseaux agit comme une thérapie de groupes. Cette thérapie de groupes métamorphosée en fameux segments sociaux inventés par Facebook ou l’on discute et se dispute virtuellement avec toujours ce même besoin de reconnaissance, le besoin d’exprimer et le besoin d’être flatté car l’on vous répond.

Mais le réseau social dans son ensemble fabrique une souffrance associée à ce besoin d’identité, d’empathie, d’omnipotence de soi quand on gère sa propre page, quand on administre sa page. Vous vous portez bien, très bien et vous échappez à cette dimension du mal être mais avouez, que cela vous fait un si grand bien, d’être lu, reconnu et si à l’inverse on cessait de vous lire, soyez honnêtes, vous seriez frustrés, vous vous sentirez comme lésé par tant de temps investi et si peu de reconnaissances de la part de vos coreligionnaires. Mais rassurez vous aurez bientôt vos fans, les agents virtuels, nos fameux robots conversationnels déguisés en avatars et des visages si sympathiques fabriqués par les IA que vous serez bientôt tellement flattés de les avoir pour amis, l’ami qui vous veut du bien, mais en êtes-vous si surs ?

Narcisse et Chabot

Intrigué sans doute par notre approche concernant le lien entre réseau social et transhumanisme, vous pourriez légitimement me formuler cette question Pourquoi ce phénomène de monde virtuel, associé aux réseaux sociaux, amplifié et renforcé par nos usages, doit-il être appréhendé de façon si critique ?  La réponse est en réalité assez simple, le transhumanisme est en quelque sorte une forme d’adieu et de renoncement au corps, le transhumanisme docilement conditionne dès lors les esprits à accepter cette révolution dans les approches et les conceptions que nous nous faisons de l’homme. Nous devons être affranchis de la culture issue du monde réel, à commencer par celle du corps. Nous devons être finalement habitués à agir, à réfléchir, à échanger, à partager hors du monde réel.

Le transhumanisme doit être ainsi appréhendé hors du corps et si docilement, nous prenons l’habitude de nous échapper de notre monde réel, de nos contraintes, de l’encerclement de cette vie, il est de facto plus facile d’admettre les thèses transhumanistes, d’accepter leur idéologie. Au fond à cette thèse que je développe et de ces amis imaginaires évoqués précédemment, se pourraient-ils qu’avec le développement des robots conversationnels, à notre insu, nous ne sympathisions virtuellement avec un chabot, un robot conversationnel capable d’engager une discussion, d’échanger, de partager sur un mode parfaitement empathique et intelligible. Les champs d’application de ces fameux amis imaginaires, ces chatbots[4] sont potentiellement illimités, leurs développements sont largement corrélés aux prouesses technologiques du deep learning support de l’intelligence artificielle.

Par ailleurs, l’une des voies possibles pour augmenter leurs capacités serait de les connecter à une « base de connaissance » visant à leur donner un peu d’humanité. A terme, même le test de Turing[5] s’y méprendra, nous aurons affaire à l’ami qui jamais ne dort, nous suivra, nous suivra et ne nous lâchera pas. Le monde virtuel, aura inventé « l’Eden » virtuel ; et de cet Eden Virtuel, l’homme devenu Dieu fait un autre que nous même, l’image de mon image, l’avatar personnifiant mon moi. Au point que pour plagier Charlie Chaplin, je dirais que « mon miroir [avatar chatbot] est mon meilleur ami, car à chaque fois que je pleure, il ne rit jamais ».

Lorsque nous soulignons cette dimension de l’intrication idéologique (réduire l’âme à la matière), technique (De la cité des hommes à la cité rationnelle) et techno scientifique (les moyens de la technoscience), nous pensons en réalité que le mouvement transhumaniste commandera l’évolution d’une nouvelle organisation sociale sous-jacente à cette mutation qui touchera aux rapports humains faisant ainsi triompher la conformité à la norme guidée par la seule recherche du bien-être individuel. Au fond le progrès est en quelque sorte la résultante d’une appétence pour davantage de confort, d’aisance, d’agrément. Nous avons dû mal à nous contenter de peu, l’avidité gouverne notre vie. Le monde des objets numériques n’est que le miroir, le reflet, le prolongement de nos désirs, (vie réussie, accroissement de bien être, augmentation de confort, de nos capacités).

Le transhumanisme qui a fait de la transformation de l’homme son objet, ne saurait en soi exister sans le consumérisme, le transhumanisme puise ses racines non seulement idéologiques dans le néo libéralisme mais ses racines sont également à trouver dans la quête des moyens, la thérapie et le business du corps amélioré, le marketing d’un nouveau monde qui nous est promis. Nous ressentons un malaise face à ce déchainement promis par cette nouvelle société en quête de performance, nous ressentons un malaise comme l’exprime encore mieux Jean Vanier qui a consacré toute sa vie à aimer l’autre dans sa fragilité et qui fonda l’arche pour accueillir ceux qui ne sont pas de ce monde et de la violence technologique promise « Nous ressentons tous un malaise… pourrait-il en être autrement dans un monde qui ne fait qu’exalter la force, la productivité, la performance, la beauté physique ? Chaque être humain est important, même celui qui nous dérange, qu’il soit malade, âgé, handicapé, SDF ou immigré… »[6]

[1] Un chatbot est un robot [agent] logiciel pouvant dialoguer par le biais d’un service de conversations automatisées

[2]  Série télévisée d’animation française, créée par Jacques Rouxel et un jeune dessinateur Jean-Paul Couturier, cette série est incarnée par des volatiles bêtes et méchants..

[3] Groupe influencé par les désirs communs

[4] Cet agent conversationnel est notamment mobilisé sur de nombreux sites sites Web de la SNCF, d’Orange, de la Fnac, d’Ikea ou d’autres entreprises. Il apparaît sous la forme d’un personnage animé ou d’une zone de dialogue intitulée «Posez-nous vos questions». Et il colonise de plus en plus les réseaux sociaux…

[5] Le test de Turing est une proposition de test d’intelligence artificielle fondée sur la faculté d’une machine à imiter la conversation humaine.

[6] Citation de Jean Vanier 1928-2019

Le nouveau monde

La cité de Babel modernisée et rêvée par la nouvelle « civilisation » transhumaniste concentre toutes les envies de bien-être faisant vivre en harmonie une organisation sociale singulière fondée sur le progrès dont la matrice est la cybernétique et dont la reine mère est le léviathan, l’homme artificiel ou « l’intelligence artificielle ». La cybernétique comme nous le rappelions dans le premier chapitre de ce livre, est cette science des contrôles, une science qui contrôle les hommes, les systèmes, les écosystèmes, cette science qui surveille [ra] l’ensemble de nos écosystèmes dans ces contextes de crises notamment climatique, et régulera les harmonies planétaires, ce sera la bonne déesse, la déesse Maïa assurant la fertilité et le printemps de l’humanité.

Mais afin que toute ceci fonctionne, il faudra non pas s’en remettre à une organisation humaine dépassée par la complexité, l’enchevêtrement des galaxies qui touchent à toutes les formes de fonctionnement de la vie sociale mais à une organisation sophistiquée dominée par la mathématisation et le pouvoir des algorithmes. Ce changement de paradigme concernant la gestion des pouvoirs résulte de toute cette complexité et il conviendra en effet de la gérer, d’arbitrer, d’orienter, de la réguler, cela ne pourra être possible que par l’entremise d’un homme artificiel plutôt d’une intelligence artificielle, laquelle sera chargée d’assurer l’harmonie, la sécurité des humains en échange de leur domestication, de leur soumission, de leur obéissance, formant ainsi un pacte social et politique, harmonisant les rapports sociaux.

Auteur Eric LEMAITRE

jesse-echevarria-547262-unsplash.jpg

Pour introduire ce nouveau texte, permettez-moi de citer Pascal Ruffenache auteur du roman NEVERSAY, cette citation est extraite de son livre publié en 2018 et illustrera le cœur même de notre sujet dans la mouvance de la toute-puissance des algorithmes informatiques, de l’omnipotence et de la suprématie numérique qui sont sur le point d’envahir l’ensemble de nos écosystèmes, toute la dimension de l’écologie intégrale l’homme et son milieu. Pour illustrer cet avant-propos je vous invite à vous laisser interpeller par le texte de l’écrivain Pascal Ruffenache qui écrit un roman intitulé Never Say dans les contextes de l’affaire Snowden ancien agent de la CIA et de la NSA qui révéla à l’opinion publique la surveillance quasi mondialisée de millions de citoyens qui consultent Internet. C’est à la suite de ce scandale planétaire, de surveillance généralisée que Pascal Ruffenache écrivit ce roman.

De ce livre « Never Say » nous avons extrait ce texte le plus symptomatique du roman qui nous semble le mieux introduire la réflexion que nous engageons autour de la société transhumaniste qui est à venir : « De l’homme transparent à l’homme tout puissant Gus (Gus Hant) inquiétant directeur d’une agence de surveillance généralisée), avait presque naturellement glissé vers les recherches menées par RAY Kurzweil, le pape du transhumanisme. Vie éternelle, fin des maladies, oubli du passé, brûlé par la lumière incandescente d’un présent continu. Kurzweil promettait de construire Babel, une cité sans souffrance, sans fragilité et sans mémoire. L’immortalité était son étendard. Une immortalité dégagée de l’histoire, sans récit. Et la promesse de corps trafiqués à l’infini pour accéder à l’éternelle jeunesse des Dieux ».

Le propos de Pascal Ruffenache évoque les deux dimensions de ce livre « de l’homme déchu à l’homme Deus ». La première de ces dimensions est celle de la toute-puissance de l’homme, la toute-puissance rêvée par la pensée transhumaniste qui traverse le nouveau siècle « inquiétant » dans lequel nous sommes aujourd’hui entrés, la seconde dimension aborde la cité sans souffrance, indolente, molle et sans relief d’un monde aseptisé aux couleurs de Gattaca, c’est la promesse d’une ruche fourmillante d’idées et d’innovations, monde aspiré par le progrès sans fin et à la conquête de ces deux infinis, les deux pôles d’un monde où tout reste à découvrir en dépassant autant que possible les frontières du réel. Pascal Ruffenache dans ce roman « Never Say », annonce que le projet de Ray Kurzweil est bel et bien la construction [qu]antique de la nouvelle Babel, la construction d’une cité rationnelle, l’incarnation de l’utopie concentrant les fantasmes d’un monde ravagé par l’envie de croissance, d’expansion, et le prolongement indéfini de la vie humaine « sans souffrance, sans fragilité et sans mémoire ».

La cité de Babel modernisée et rêvée par la nouvelle « civilisation » transhumaniste concentre toutes les envies de bien-être faisant vivre en harmonie une organisation sociale singulière fondée sur le progrès dont la matrice est la cybernétique et dont la reine mère est le léviathan, l’homme artificiel ou « l’intelligence artificielle ». La cybernétique comme nous le rappelions dans le premier chapitre de ce livre, est cette science des contrôles, une science qui contrôle les hommes, les systèmes, les écosystèmes, cette science qui surveille [ra] l’ensemble de nos écosystèmes dans ces contextes de crises notamment climatique, régulera les harmonies planétaires, ce sera la bonne déesse, la déesse Maïa assurant la fertilité et le « printemps de l’humanité ».

Mais afin que toute ceci fonctionne, il faudra non pas s’en remettre à une organisation humaine dépassée par la complexité, l’enchevêtrement des galaxies qui touchent à toutes les formes de fonctionnement de la vie sociale mais à une organisation sophistiquée dominée par la mathématisation et le pouvoir des algorithmes. Ce changement de paradigme concernant la gestion des pouvoirs, résulte de toute cette complexité qu’il conviendra en effet de gérer, d’arbitrer, d’orienter, de réguler. Cette complexité ne pourra être gérée que par l’entremise d’un homme artificiel plutôt d’une intelligence artificielle, laquelle sera chargée d’assurer l’harmonie, la sécurité des humains en échange de leur domestication, de leur soumission, de leur obéissance, formant ainsi un pacte social et politique, harmonisant la totalité des rapports sociaux.

Nous brossons là, le portrait de la « singularité technique[1] », celle d’un monde qui aura basculé entre les mains de la puissance technique, la puissance technique qui se verra déléguer bien entendu notre incapacité de gérer nos relations conflictuelles. Le léviathan technologique n’a-t-il pas le meilleur profil pour réguler le tempérament humain, et puisque aucun humain n’est franchement à sa hauteur, il prendra alors le relais, l’humanité se « machinisera » docilement. Le léviathan technologique et ses instruments de navigation préviendront et anticiperont les risques, établiront ou imposeront sous forme d’injonctions, l’itinéraire que nous devrons emprunter afin de ne pas déroger aux règles qui présideront l’harmonie établie, de ne pas enfreindre les principes normatifs qui guideront la vie quotidienne, la vie des citoyens seront ainsi assujettis au pouvoir de la « machine mathématisée ».  La mathématisation de la société, est une expression que j’avais déjà utilisé dans le premier essai « la déconstruction de l’homme » pour évoquer ce monde qui se métamorphose en formules algorithmiques.  Ces formules qui exprimeront dans la matrice cybernétique les liaisons causales générales, et les lois garantissant l’harmonie, celles qui préviendront les dérives et les conflits.

Il convient pour tous, de nous questionner sur ce phénomène qui subrepticement est sur le point d’envahir clandestinement toutes les sphères de la vie. Ces sphères de la vie, associées à tous les écosystèmes de l’existence sont en quelque sorte colonisées par une forme de mécanique matérialiste qui nous distrait de toute vie intérieure.  L’écrivain Bernanos auteur entre autres, du livre la France contre les robots a dit un jour « que l’on ne comprend rien au monde moderne tant que l’on ne perçoit pas que tout est fait pour empêcher l’homme d’avoir une vie intérieure ». Aujourd’hui ajoute le philosophe Bertrand Vergely « il importe d’aller plus loin, et de se rendre compte que l’on ne comprend rien à la postmodernité si l’on ne prend pas conscience que tout est fait pour faire disparaître l’homme ». En effet ce que le progrès technologique a détruit selon le Philosophe et urbaniste Paul Virilio « c’est l’humble préférence du proche et du prochain, le savoir être soi-même dont Montaigne nous entretenait comme la plus grande chose au monde ».

Dans ces contextes de vie sociale et des changements qui vont s’opérer sur la vie humaine, toutes les sphères de notre « vie intérieure » seront ainsi concernées, colonisées, vampirisées par ces objets du futur que nous avons déjà pour la plupart d’entre-nous soit dans la veste ou la poche. Tous ces objets du futur envahiront la totalité des étendues non seulement de notre vie intérieure mais celle de notre vie sociale, de la vie économique : l’agriculture, le transport, la santé, la justice, l’urbanisme, la finance, la consommation, la logistique. Pour les transhumanistes, le salut de la « vie » [l’humanité] passera par la technologie. Dans ces contextes d’un monde demain gouverné par la mathématisation, c’est Kepler qui a dit que la différence entre Dieu et l’homme, « c’est que Dieu connaît tous les théorèmes depuis toute l’éternité alors que l’homme ne connait pas tout…enfin pas encore … », mais la question est bien de savoir ce que l’homme prétendra faire de cette science et de la techniques si elle sont respectivement sans conscience et donc sans limites.

Notre humanité s’est ainsi prise d’ivresse et de passion pour la technique au sens où Jacques Ellul le définit. Cette technique se modernise et a le vent en poupe avec l’impulsion des convergences technologiques et par capillarité est sur le point de façonner l’homme nouveau, l’homme domestiqué, l’homme sous l’étau des algorithmes qui le surveillent, le contrôlent, le consomment même.

La technique dans cet univers de la modernité est englobante et va au-delà de la technologie, quand Jacques Ellul[2] emploie le terme de technique, il l’associe à la dimension à la fois de phénomène et de système.  Selon Jacques Ellul la technique c’est avant tout « rechercher en toute chose la méthode absolument la plus efficace ». Or, c’est bien la méthode la plus efficace qui est recherchée depuis la nuit des temps, et c’est bien l’approche de la modernité de s’en remettre au pouvoir de la technique pour penser rationnellement le monde, et trouver les solutions rationnelles pour le gérer. Or aujourd’hui penser la technique à l’échelle d’un pays ou du monde, c’est imaginer la mise en place d’un système assurant l’efficacité ou la capacité afin de réduire les problématiques, les tensions, les conflits, les disputes qui se dessinent.

Dans les contextes de modernité et de la suprématie de la technique, comme le précise par ailleurs le théologien et penseur de la modernité Jacques Ellul, la technique renforce nécessairement l’État : « une société technicienne est [une société qui pensera globalement] nécessairement une société de surveillance et de contrôle ». Et de cette dimension de contrôle à la contrainte, ce n’est l’affaire que de quelques paliers, nous sommes en train de franchir et sans doute, nous sommes sur le point de franchir la dernière marche pour basculer dans un monde incertain, celui de la singularité technique « déclenchant des changements imprévisibles sur la société humaine ».

Or cela pourrait bien être un monde sans état, c’est-à-dire sans organisation humaine ; cela pourrait bien être la suppression de l’état et des corps intermédiaires, la fin des institutions humaines, le léviathan technologique prenant le relais de « la nouvelle civilisation ». Si notre monde débouche vers cette forme nouvelle d’organisation dont « les sujets devront agir comme la technique le leur imposera » c’est-à-dire la singularité technologique dont la figure pourrait bien être une nouvelle super intelligence qui poursuivra l’augmentation et l’amélioration technologique en encartant l’humanité sous le marteau de ses algorithmes et l’étau de ses normes rationnelles.

Jacques Ellul n’exprime pas autrement cette pensée que nous exprimons : « La technique conduit à deux conséquences : la suppression du sujet [Le marteau] et la suppression du sens [l’étau].». La technique conduit à la suppression du sujet, à son aliénation. « Le sujet ne peut pas se livrer à des fantaisies purement subjectives : dans la mesure où il est entré dans un cadre technique, le sujet doit agir comme la technique l’impose. Cette suppression du sujet par la technique est acceptée par un certain nombre d’intellectuels, Michel Foucault par exemple, qui estiment que l’on peut très bien abandonner le sujet ». La technique c’est également la fin de la dimension du sens. « Les finalités de l’existence semblent progressivement effacées par la prédominance des moyens. La technique, c’est le développement extrême des moyens. Tout, dans le développement technique, est moyen et uniquement moyen, et les finalités ont pratiquement disparu. La technique ne se développe pas en vue d’atteindre quelque chose, mais parce que le monde des moyens s’est développé. En même temps, il y a suppression du sens, du sens de l’existence dans la mesure où la technique a développé considérablement la puissance. La puissance est toujours destructrice de valeur et de sens. Là où la puissance augmente indéfiniment, il y a de moins en moins de significations.» Au total, la suppression du sujet et la suppression du sens sont des conséquences importantes de la technique et contribuent au malaise et au malheur de l’humanité. »

Dans la réflexion de cette deuxième partie de l’ouvrage, j’hésitais sur l’emploi du mot civilisation, il était tentant d’utiliser le terme civilisationnel ; puis au cours d’une émission radio, mon ami Dominique qui m’interrogeait sur un des aspects du transhumanisme me reprit sur le terme de « nouvelle civilisation ». Si la vie technologique devient notre milieu, notre environnement, si le monde est gouverné par la puissance des algorithmes, ; pourra-t-on en effet parler de civilisation ?

Pourtant la civilisation définie par les philosophes des lumières est centrée sur l’idée de progrès, un terme qui caractérisait la pensée des lumières et qui s’oppose au sauvage, au non civilisé. De fait parler de civilisation transhumaniste n’est pas en soi entachée d’un problème particulier. Sauf à penser que la civilisation est celle qui est dominée par l’homme, mais si l’homme n’était plus le sujet de cette civilisation et si l’inverse se produisait ? Autrement dit le règne de la technologie ! Un tel basculement amènerait de facto un changement de paradigme, conduirait à des changements de contours de la société humaine, celle-ci serait régulée et surveillée par l’ère des machines et des cyborgs, ce ne serait une civilisation au sens où nous l’entendions.

Rappelons que la civilisation est définie comme cette culture qui embrasse tous les phénomènes de la vie humaine.  Le terme civilisation ne se départit pas de l’histoire, des confluences de l’histoire, la civilisation est en soi liée à des dimensions multiples touchant la morale, le progrès, les religions. Au sein des civilisations humaines, les arrières plans, les croyances pluriformes irréductibles les uns aux autres qui ont façonné bien ou mal l’humanité. Mais comme nous le formulions précédemment, est-ce qu’en soi la civilisation qui se définit comme une caractéristique humaine sera toujours une civilisation si c’est la technique gère demain l’humain ?

Mais quand viendra l’avènement de la communauté technique, l’ère de la singularité technologique, pourra-t-on encore parler de fait de civilisation ? Pourra-ton encore parler de civilisation si la modernité s’emploie à supprimer le récit passé ? Si l’histoire a été gommée pour reprendre la citation extraite du livre « Never Say » et commentée précédemment nous ne pourrons plus ainsi utiliser le concept de civilisation, car une ère nouvelle serait alors née, celle d’un monde sans transcendance, qui a fait l’éviction de la mort !

Vous me rétorquerez poliment je présume, mais ce que vous racontez là, c’est de la pure fantaisie, vous élucubrez, vous divaguez sur un avenir qui n’adviendra pas ! Alors j’aimerais dire à cette personne, commencez donc par ne plus tapoter sur vos écrans et ne pas vous y plonger quand vos enfants vous parlent, quand votre épouse veut avoir un moment d’intimité avec vous ! Vous enchaînerez en m’indiquant mais quel est le rapport Monsieur ? Le rapport est que le monde technique a progressé lorsque la dimension relationnelle a fini par être occulté comme celle de la proximité !

[1] Source Wikipédia : La singularité technologique (ou simplement la singularité) est l’hypothèse selon laquelle l’invention de l’intelligence artificielle déclencherait un emballement de la croissance technologique qui induirait des changements imprévisibles sur la société humaine

[2] Pour retrouver toute la pensée de Jacques Ellul, nous vous renvoyons à ce document PDF qui résume les échanges entre Bernard Charbonneau et Jacques Ellul. Jacques Ellul y aborde la technique Selon Jacques Ellul  la technique n’est pas l’équivalent du mot machine, alors que la technologie en est le terme voisin puisque la technologie est le discours sur la machine, a contrario la technique pour Jacques Ellul, « c’est rechercher en toute chose la méthode absolument la plus efficace »https://lesamisdebartleby.files.wordpress.com/2017/01/bcje-toile.pdf

Le monde marchand civilise l’homme via ses nouvelles idoles

Parce que tu dis, Je suis riche, je me suis enrichi, et je n’ai besoin de rien, et parce que tu ne sais pas que tu es malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu. Apocalypse 3.17

Nous entrons dans la civilisation de la rationalité indolente qui s’obstine à réduire nos actes et nos gestes à l’expression de données, traduites en codes. Nous subissons  docilement l’injonction des machines prédictives qui ayant apprises de nos comportements finissent pas nous domestiquer et à nous emmener dans la dépendance, la subordination,

Ce qui est ainsi à craindre c’est l’excès de confiance attribuée à l’homme aux objets numériques  qui deviennent les nouvelles idoles, les nouvelles, statuettes idolâtres de notre siècle, car leur ont été conférées cette capacité de ne plus être muettes et de faire appel à l’imaginaire superstitieux, mais d’être interactives et de répondre à l’ensemble des besoins changeant ainsi nos rapports aux autres et au besoin de relationnel.

Nous assistons avec l’IA au développement d’une société qui ampute cette part de gratuité, de don, d’accueil de l’autre, de ses capacités et ressources qui permet l’expression de tout notre être. Peu à peu les interstices de la vie relationnelle sont vampirisées par l’ère numérique qui nous détournent de toute vie relationnelle.

Comprenons bien que nous assistons à l’émergence d’une société marchande qui entend redéfinir l’anthropologie, prétendant ainsi civiliser l’homme prédateur en l’anesthésiant via la consommation des objets numériques, lui assurant paix et sécurité en lui faisant miroiter un âge d’or d’un monde augmenté, autonome et s’auto déterminant.

De la mécanisation agricole à l’Intelligence artificielle ?

Lorsque nous pensons technologie, c’est à tort que nous l’associons à l’environnement des grandes métropoles urbaines. Or c’est bien l’environnement rural qui est aujourd’hui largement impacté par les transformations technologiques qui sont en passe de modifier le milieu agricole. L’image archaïque du semeur d’Emile ZOLA est une image surannée, dépassée. Une frange de l’agriculture appelée à se développer s’équipe d’ores et déjà d’outils sophistiqués qui font rentrer l’agriculture dans l’ère du numérique.

Des outils sophistiqués comme l’intelligence artificielle [le deep learning, dispositif de calculs permettant d’interpréter des informations], contribueront à l’amélioration des rendements agricoles à l’optimisation des flux associés aux travaux de semences dans les champs, mais également à la prévention des contaminations agricoles.

L’agriculture vit sans doute la plus importante mutation de son histoire, après celle du tracteur apparu à la fin de la Seconde Guerre mondiale

“Le spectacle de la machine qui produit du sens dispense l’homme de penser.”

Auteur Eric LEMAITRE

Lorsque nous pensons technologie, c’est à tort que nous l’associons à l’environnement des grandes métropoles urbaines. Or c’est bien l’environnement rural qui est aujourd’hui largement impacté par les transformations technologiques qui sont en passe de modifier le milieu agricole. L’image archaïque du semeur d’Emile ZOLA est une image surannée, dépassée. Une frange de l’agriculture appelée à se développer s’équipe d’ores et déjà d’outils sophistiqués qui font rentrer l’agriculture dans l’ère du numérique.

Des outils sophistiqués comme l’intelligence artificielle [le deep learning, dispositif de calculs permettant d’interpréter des informations], contribueront à l’amélioration des rendements agricoles à l’optimisation des flux associés aux travaux de semences dans les champs, mais également à la prévention des contaminations agricoles.

L’agriculture vit sans doute la plus importante mutation de son histoire, après celle du tracteur apparu à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans le monde agricole, les technologies drones, GPS, « Smart Ferme », Intelligence Artificielle, et bientôt les tracteurs sans chauffeur, envahissent subrepticement et d’ores et déjà, les champs.  De sa ferme connectée ou de son smart phone, l’agriculteur pilotera ses puissantes « machines high-tech » assistée d’une « enceinte IA » qui lui fournira les recommandations et les solutions pour un désherbage efficace, la juste dose de fongicide ou un ensemencement optimisé. Les évolutions technologiques qui gagnent en agriculture connaissent un renouveau grâce aux avancées de la recherche en robotique, en technologie de l’information et satellitaire.

Les défis de l’agriculture du XXIe siècle

Les défis du XXIème siècle, que doit affronter le monde agricole sont multiformes, pluriels. Il y a tout d’abord celui de la fameuse transition écologique. Les innovations technologiques autoriseront en effet dans la prochaine décennie une agriculture de plus en plus raisonnée moins dévorante en termes de consommation chimique, moins vorace également en termes de coûts d’énergie.

Puis il y a ce défi numérique qui va impacter considérablement et probablement transformer le monde agricole, les conditions mêmes de son exploitation. Depuis moins d’une décennie, un bouleversement agricole majeur est véritablement en train de s’opérer, une nouvelle révolution après celle du passage à une agriculture mécanique puis celle qui touche à la dimension ‘chimique’, le monde numérique va également modifier et métamorphoser littéralement « les rapports avec le sol ».

Si la révolution mécanique de l’agriculture avait en quelque sorte reconfiguré l’éco système sol- homme-machine, avec la numérisation progressive enveloppant le monde agricole, c’est bien l’ensemble de la gestion de l’information qui conduira inévitablement à repenser le métier de l’agriculteur et à refonder en quelque sorte l’agriculture de demain. Le développement de l’intelligence artificielle fondés sur le recueil de données en temps réel et l’analyse prédictive, amèneront l’agriculture à une disruption avec les techniques que l’on rangera définitivement parmi les pratiques ancestrales ou médiévales. Nonobstant, ne risque-t-on, pas si cette agriculture sophistiquée est conduite à devenir hyper technicienne, d’aliéner la part du « paysan jardinier » respectueux d’un environnement profondément enraciné dans l’humain ? N’y aurait-il pas en revanche un juste équilibre à trouver entre ce « paysan jardinier » et « l’agritech » ?

Il ne fait pas de doute que les outils numériques amélioreront sans doute la compétitivité des agriculteurs et leurs conditions de travail, mais ces mêmes outils soulèvent parfois dans le monde agricole quelques réserves, un certain scepticisme. Des agriculteurs que nous avons interrogés, confessent ne plus vivre décemment de leur métier. « Cette technologie de haute précision qui leur est promise, contribuera-t-elle réellement, à améliorer une qualité de vie ? » s’interroge, Hervé agriculteur dans le département de l’Aisne qui doute de l’avenir concernant l’exploitation à moyen terme de sa ferme.  Jean-Marie Agriculteur dans le département de la Drôme questionne ces bouleversements technologiques ; il fait valoir « le besoin de cette relation homme et terre » au fond le risque peut être finalement une disparition pure et simple de la compétence de l’agriculteur supplanté par celle de la machine agricole devenue pensante et bien plus efficiente.

Certes ces nouvelles technologies numériques couplées à ces autres technologies satellitaires, feront entrer littéralement l’agriculture dans le monde de la technoscience. Avec l’intelligence artificielle c’est une agriculture prédictive, précise « au grain près » et seront ainsi en mesure de prévoir ce qui va se passer dans leurs champs »

Avec l’apparition des fermes connectées, c’est également le monde paysan dans son ensemble, qui voit tous ses fondements bouleversés et y compris dans ce rapport de l’homme avec la nature, dont l’agriculteur est l’incontournable interface.

Les questionnements

Cependant, l’enthousiasme que suscite la fascination pour le monde numérique n’est pas sans questionnement et nous renvoie à cette réflexion de Charles Péguy sur l’outil. « Un respect de l’outil, et de la main, ce suprême outil (la main). – Je perds ma main à travailler, disaient les vieux. Et c’était la fin des fins. ». Dans ce texte Charles Péguy évoque l’outil comme le prolongement de la main mais un outil qui ne l’efface pourtant pas, ne la gomme pas, la main intelligente de l’homme demeurant son formidable instrument, ce qui nous renvoie au propos de Jean-Marie, paysan dans la Drôme qui voit dans la technique du Deep Learning, une couche supplémentaire qui lui aliène cette relation à la terre.

De fait, les modifications fondamentales de l’agriculture contemporaine touchent bien au passage d’un outil dominé par la main de l’homme à l’homme dominé par son outil, cet outil du nouveau monde numérique qui est en passe de commander le geste de sa main. Or face aux mutations prochaines, à l’avènement d’une technologie toute puissante, nous ferions bien de réfléchir à cette réflexion de Charles de Foucault « C’est quand l’homme abandonne le sensible que son âme devient démente. ».

Dans les contextes technologiques des mutations qui touchent le monde agricole et aussi loin que porte ma mémoire d’enfant d’agriculteur, je me souviens arpenter avec mon Père ou mon Grand-Père les sillons tracés par la herse, tirée par un cheval de trait. La ferme de mes grands parents occupait à l’époque, dans les années 60, plus d’une dizaine de salariés, la ferme vivante, fourmillait, grouillait de tous ces bruits qui faisaient alors la vie du monde paysan. La mécanisation agricole était à ses débuts, elle soulageait la pénibilité des travaux des champs et au fil du temps allait prendre le relais du collier du cheval.

Le contraste saisissant  

La force mécanique était en marche et allait révolutionner le monde agricole, modifiant considérablement le récit dépeint par Emile Zola, décrivant le travail des « semeurs » dans les champs dans ce fameux roman ethnologique « la Terre ». Émile Zola au début de ce roman, évoquait la figure de Jean qui prenant une poignée de blé, d’un geste, à la volée, jetait la semence, alternant sa marche de pauses pour reprendre le souffle nécessaire à cet effort continu. Puis Émile Zola poursuivant son récit indiquait que de toutes parts on semait : « il y avait un autre semeur à gauche, à trois cents mètres, un autre plus loin, vers la droite ; et d’autres, d’autres encore s’enfonçaient en face, dans la perspective fuyante des terrains plats. C’étaient de petites silhouettes noires, de simples traits de plus en plus minces, qui se perdaient à des lieues. Mais tous avaient le geste, l’envolée de la semence, que l’on devinait comme une onde de vie autour d’eux. La plaine en prenait un frisson, jusque dans les lointains noyés, où les semeurs épars ne se voyaient plus ».

Formidable récit où l’humain est ici largement décrit dans la dimension du geste, il ne s’agit pourtant pas d’exprimer un regret nostalgique mais ici de souligner le changement de paradigme où le paysan ce « cul-terreux, cet amoureux de la terre » comme le disait mon grand-père, n’est plus désormais cet « aménageur paysagiste et nourricier » auquel il fut longtemps confiné. Quel immense fossé, disruption de l’histoire agricole, entre le geste de Jean décrit par Zola dont le semoir était noué sur le ventre, cheminant dans les labours, avec ce mouvement continu pour lancer sa semaille et ce monde du progrès agricole dont la justesse de la distribution de la semence est pilotée, guidée aujourd’hui « au grain près » par le GPS.

L’objectif de ces guidages assistés par GPS est ainsi, bel et bien d’optimiser et de rentabiliser les passages des tracteurs sillonnant les parcelles de terres. Toutefois ces évolutions, questionnent malgré tout, l’avenir de l’agriculture dépendante de ces nouveaux outils qui certes arrachent l’homme de la corvée du sol mais l’asservissent en inspectant sans doute demain et de manière intrusive son activité.

Ensemencer ainsi la terre ne relève plus du geste aléatoire, mais d’un geste mécanisé, devenu totalement rationnel. Le contraste est dès lors saisissant entre le travail de Jean au milieu du XIXème siècle et ses semailles, et aujourd’hui l’activité de Jean au début du XXIème, dont le semoir est guidé par un système satellitaire. Mais certains paysans veulent résister à cette agriculture qui va jusqu’à tracer et demain contrôler le geste agricole, les intrants et la gestion de l’ensemencement au sein des parcelles de terres. « L’ouragan technologique » est bel et bien en marche dans le monde agricole mais n’est-elle pas finalement, en même temps de condamner les paysans dont les surfaces d’exploitations sont trop petites pour être capables d’absorber les investissements que suppose une telle révolution numérique.

L’assistance de l’IA

Au-delà des technologies GPS, prétexte pour décrire la révolution en cours, d’autres technologies continueront la transformation du milieu agricole comme l’intelligence artificielle, la digitalisation, les drones, les « smart ferme », le tracteur autonome. L’analyse qualitative des champs, le diagnostic fin de l’exploitation, l’anticipation des risques pour la préserver des menaces de contamination sont un des enjeux de l’agriculture de demain.

Le recours à l’intelligence artificielle permettra ainsi de poursuivre cette course bénéfique ou furieuse et frénétique du « progrès », et renforcera l’avancée de la technoscience dans le monde agricole. Les algorithmes seront au service de l’agriculteur qui pourra s’appuyer sur les savants calculs de ses logiciels pour analyser rigoureusement la santé des sols, diagnostiquer les contagions ou les contaminations possibles, mais également combattre les proliférations bactériennes, en comptant sur l’automatisation des réponses idoines apportées par les logiciels et ces fameuses machines apprenantes, afin de gagner en performance. Les nouveaux calculateurs numériques, les puissants algorithmes, reconnaissance d’images et vision numérique apporteront de nouveaux outils de contrôle, d’identification concernant l’état mais également les besoins des champs et dans un temps court. Il n’est dès lors pas contestable que la vertu des algorithmes sera de contribuer à détecter puis prévenir les menaces ou les périls agricoles de demain comme les mutations génétiques nuisibles qui seront les problématiques de demain.

Pour Dominique Agriculteur [ingénieur des mines ingénieur des Mines et docteur en philosophie ] dans les Ardennes,

« l’IA, comme la mécanisation, peut avoir des effets très utiles, en particulier pour sortir de l’agriculture chimique, avec toutes ses conséquences sur la santé des populations même si je crois que l’alimentation industrielle, avec ses procédés et ses conservateurs, est plus nocive que la simple culture chimique. Ainsi, il n’est pas contestable que Les robots « désherbeurs », par exemple, le binage autoguidé, l’inspection des parcelles par les drones, sont, en soi, de bonnes choses. Mais ces inventions ne sont pas toujours faites dans un esprit qualitatif visant à réduire la seule pénibilité ».

Aussi, ce qui serait ici en cause selon Dominique ce serait l’idée d’une machine au seul service de la performance technique, et non au service de l’homme, un outil injonctif, obligeant l’agriculteur et non un outil coopératif facilitant le travail de la terre.

La ferme manœuvrée par la puissance des algorithmes.

Le GPS sera à terme couplé à de multiples capteurs et signaux qui envahiront demain les champs. Ces capteurs auront pour fonction de recueillir de multiples données.  Grâce à l’implémentation d’une nouvelle architecture électronique, les tracteurs d’une nouvelle génération manœuvreront avec une très grande précision. Dotés de cette technologie de conduite assistée, ces engins « de troisième type » communiqueront avec les véhicules autonomes se coordonneront par exemple avec des moissonneuses-batteuses, elles-mêmes pilotées de façon automatique.

Les drones au moyen de caméras numériques, effectueront les cartographies des sols. Les données ainsi cartographiées seront ensuite transmises à des serveurs informatiques que l’on appelle les cloud ou encore l’infonuagique. Ces données « récoltées » seront scrutées, brassées, analysées minutieusement par les algorithmes.  L’analyse de ces données va de facto faciliter les décisions éclairées, appuyées sur d’importants corpus de datas, « écossés » par les dispositifs de calculs au moyen d’algorithmes sophistiqués. Ainsi, les « agritechs » seront dotés de toutes les informations nécessaires pour faire des choix déterminants : date de semence, de récolte ou d’ajout d’entrants phytosanitaires, proportionnant et adaptant les irrigations… Les algorithmes savamment, absorberont les informations et guideront les choix des traitements, leurs dosages, leurs ajustements équilibrés selon les parcelles de terres à prioriser.

Interrogés sur ces mutations du monde agricole ; d’autres agriculteurs partagent une lecture positive de ce changement de paradigme technologique qui s’offre à l’agriculture contemporaine « Comment ne pas être séduit par les avancées technologiques quand les équipementiers agricoles détectent les origines des pannes à distance et font intervenir les techniciens dans les meilleurs délais, tout cela est séduisant voire mêmes très intéressant, voire également les propositions développées pour anticiper les risques de contaminations agricoles et ce afin de protéger nos parcelles de terres. Nous avons aujourd’hui une réponse via le web à l’ensemble des problèmes traversés par l’agriculture, c’est une révolution de nos systèmes de productions qui est en cours et nous sommes plutôt favorables à ce type d’évolutions »   

Or, dans ces contextes, aurons-nous encore besoin demain dans la « Smart Ferme ou la Smart Farms » de superviseurs humains pour contrôler un tel dispositif technique qui pourrait être à terme contrôlé par la machine elle-même, machine gérant de multiples données et embarquant de multiples capteurs ?    

Pourtant pondérant la fascination que nous pourrions avoir face au développement de l’IA , Hubert Defrancq dirigeant des établissements Laforge, indique que si « la machine deep learning,  est en effet infiniment supérieure à l’homme  quant à ses capacités de calcul, et elle le démontre en battant au jeu de GO le meilleur joueur au monde, devra être capable de comprendre pourquoi la plante verte est plus claire et de fait pourrait vous induire en erreur en vous préconisant d’ajouter de l’azote à votre plante alors qu’il lui faudrait plutôt drainer ou irriguer pour quelle puisse absorber l’azote disponible».

Les scenarii de l’Agriculture de demain

Pourtant dans les dix prochaines années, la production alimentaire devra faire face à une croissance démographique toujours plus importante, alors que la quantité de terres cultivables tendra à diminuer en raison de l’artificialisation des sols et des menaces climatiques. L’agriculture sera aussi face à un autre impondérable la ressource en eau plus limitée.

Partout dans le monde, de nombreuses initiatives mobilisent l’intelligence artificielle pour lutter contre la pollution des écosystèmes, le risque climatique. Et effectivement dans ces contextes de bouleversement de nos écosystèmes, les discours promouvant le recours à l’IA, au « deep learning » dans le monde agricole, ne manquent pas. Mais il apparaît plus que nécessaire au-delà, de discours pro ou anti technique, de mesurer les conséquences nocives ou bénéfiques de la montée en puissance des « techno-sciences » dans l’agriculture.

Il est dès lors devenu inéluctable que l’agriculture se transforme, pour mieux gérer la consommation issue des exploitations agricoles et éviter la dilapidation des ressources.

Pourtant il ne faudrait surtout pas imaginer que la technologie soit la seule alternative pour endiguer les menaces, car la consommation technique peut aussi s’avérer toxique, les machines sont condamnées à l’obsolescence et génèrent d’autres formes de pollutions après leurs usages.

De fait et à la lecture de la colonisation technologique inévitable et engagée dans le monde agricole, deux scenarii sont possibles. Soit, nous voyons à terme l’émergence d’un entrepôt industriel en lieu et place de la ferme abritant drones, robots et autres automates avec en fin de compte la disparition de l’agriculteur amoureux de sa terre ou bien nous aurons un agriculteur préservant sa dimension dans un écosystème équilibré maîtrisant les outils garant de l’harmonie humaine dans son appel à cultiver et à entretenir le sol !

Il me semble important de prendre en compte le risque dystopique mais probable de l’industrialisation agricole dans sa dimension extrême qui aura pour effet de dépeupler définitivement les villages du fait d’une déshumanisation totale en abdiquant le soin de laisser à la machine d’œuvrer à sa place…

Nous rejoignons ainsi Gilles Babinet vice-président du conseil national du numérique qui avance un point de vue prudent concernant l’IA : « avec l’émergence de l’intelligence artificielle, le risque serait que ce ne soient plus nos auxiliaires, mais bien que ce soit nous qui en soyons devenus les auxiliaires ».  Or il importe pour l’agriculteur de ne pas se transformer en auxiliaire de sa machine, n’est-ce pas le sociologue français Jean Baudrillard penseur de l’innovation sociale, penseur de la modernité qui dans l’un de sens propos indiquait que :

“Le spectacle de la machine qui produit du sens dispense l’homme de penser.”

mais ce n’est pas le progrès technique qui devrait nous alarmer et nous amener à méditer sur les usages de l’intelligence artificielle, mais notre propre rapport à la technologie, autrement dit, notre probable dépendance et notre fascination pour ses nouveaux pouvoirs