La dématérialisation de la monnaie, une quadruple menace géopolitique, économique, écologique et sociale

Dans cette dimension de crise sociale, c’est aussi la dimension du lien social qui doit être relevée : le monde virtuel contribue à assécher définitivement les rapports, les transactions se font par la seule entremise des machines et des robots virtuels, des algorithmes ; c’est la fin des guichetiers, voici maintenant le sourire de « l’aRgent ». Dans cette création de monnaies virtuelles, les hommes, avec une grande ingéniosité, ont ainsi inventé un contre-système non pour déployer de nouvelles solidarités mais en refaçonnant les échanges financiers ; ils ont asséché puis gommé les vertus associées à la philanthropie et l’altruisme pour un goût immédiat du gain. Au fond, la monnaie virtuelle est le reflet, d’un monde virtuel déconnecté de la relation avec le réel, le miroir  inversé de la dimension incarnée de l’échange visant le bonheur des uns et des autres ; ici l’enjeu est une affaire de prospérité, et tant pis si la maison devait brûler.

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Un texte de Eric LEMAITRE 

La dématérialisation de la monnaie,

une quadruple menace

géopolitique, économique, écologique et sociale

Nous sommes peu à être réellement familiers avec les arcanes de la nouvelle finance dématérialisée, avec ces concepts qui pullulent et fourmillent sur la toile mondiale de l’Internet, qui transite dans les mondes des algorithmes.

Or un véritable engouement saisit un nombre de plus en plus important d’usagers pour les gains ou les attraits, les séductions de facilité et de confort, apportées par ces monnaies virtuelles appelées cryptomonnaies ou monnaies numériques. Les chalands appâtés par ce monde virtuel méconnaissent en réalité les menaces que font peser ces pratiques d’échanges de liquidités électroniques. La plupart d’entre nous en ignorent les risques, comme nous ne conscientisons pas la quadruple menace géopolitique, économique, écologique et sociale.

La monnaie virtuelle a été lancée à la suite de la crise financière de 2008 comme une forme de protestation sociale pour ne pas subir le diktat des autorités monétaires publiques et des grandes banques privées, pour échapper à l’intermédiation (la promesse du monde virtuel) qui casse toutes les verticalités. Mais d’une contestation sociale, d’antisystème, cette monnaie virtuelle dont le bitcoin fut le porte-drapeau est aujourd’hui l’objet de toutes les frénésies et convoitises et devient même un sujet spéculatif augurant de risques équivalents à ceux connus en 2008 et sans doute bien pires.

Le monde mystérieux de la cryptomonnaie et des monnaies virtuelles

En quelques siècles le monde est passé du troc aux cryptomonnaies, de l’économie réelle à l’économie virtuelle. Le troc était l’incarnation d’une économie peu sophistiquée, primitive, une transaction que nous « visualisons » ; en revanche, la cryptomonnaie est bien une transaction qui est le fruit de la mathématisation de l’économie et pour de nombreux néophytes, opaque, voire invisible avec un brin d’ironie. Toutes ces monnaies virtuelles empruntent des réseaux, des routes dessinées par le monde des algorithmes crayonnés par ce qui est communément appelé la blockchain (technologie de stockage et de transmission d’informations), une forme de support et d’infrastructure informatique qui assure la circulation des monnaies en utilisant la toile Internet.

La blockchain se présente comme une technologie de chaînage et de stockage d’informations dans une forme d’espace, un serveur à distance accessible sur Internet. La blockchain est donc un espace qui permet le transfert des données et l’établissement entre des personnes ou des agents un rapport de confiance concernant la transaction de ces mêmes données, ici en l’occurrence une transaction de monnaie non fiduciaire (pièces et billets de banques), une monnaie virtuelle. L’ensemble de la transaction virtuelle (une monnaie numérisée) est ainsi sécurisé par de nombreux codes d’accès, un chiffrage, un algorithme, par cryptographie, et formant ainsi une chaîne garantissant l’opération commerciale en laissant cependant une trace qui authentifie le « troc. »

Ainsi pour résumer notre propos, au fil de l’histoire de la monnaie nous avons relevé une mutation majeure, dans les moyens et les modes de paiement. Il y a plusieurs millénaires, le troc constituait le moyen d’échange, l’échange de marchandises contre des marchandises, la négociation de biens contre des biens, puis la monnaie est venue simplifier les systèmes de transaction, faciliter les échanges, attribuant une valeur, un prix à toutes les marchandises.

Mais la monnaie fiduciaire s’est par la suite sophistiquée prenant des formes multiples jusqu’à ses formes nouvelles qui sont celles d’une monnaie électronique ou sensiblement dématérialisée avec sa configuration la plus connue qui est celle de la carte bancaire que nous avons tous dans notre portefeuille. Mais depuis le début de ce XXIe siècle, de nouvelles formes de monnaie ont cours avec l’émergence des paiements dits virtuels, PayPal, Bitcoin, Ripple (l’étoile montante) et d’autres formes de paiement électronique et numérique.

On compte à ce jour plus d’un millier de monnaies virtuelles dans l’ombre du bitcoin, totalisant ensemble des centaines de milliards de transactions. Nous ne définirons pas ici le contenu de ces nouvelles pratiques monétaires, pas plus que nous n’expliquerons, en les détaillant, les spécificités de ces nouvelles formes de monnaies, car ce n’est pas ici notre propos. Chacun peut ici consulter les sites spécialisés qui déclineront les caractéristiques propres à ces nouveaux moyens d’échanges qui accompagnent finalement la révolution numérique telle que nous la connaissons à ce jour.

Alerte sur les pratiques d’une économie virtuelle capable de fragiliser des pans entiers de l’économie réelle.

Notre démarche est tout autre et dans l’esprit de ce livre « Critique du système technicien, » nous souhaitons plutôt anticiper et lancer une forme d’alerte concernant ces pratiques qui peuvent demain fragiliser les socles de toute vie sociale en raison d’un système apparemment libre mais qui défient l’économie réelle, les institutions, contrôlant et régulant les marchés économiques. Les apparences flexibles d’une transaction confortable et facile peuvent en effet cacher une forme de « loup » et demain renverser durablement les grands équilibres économiques en raison de transactions qui auraient échappé au contrôle des états.

Néanmoins, pour comprendre notre démarche réflexive et vous permettre d’appréhender les problématiques de la sphère de la monnaie virtuelle, de la cryptomonnaie, il importe de rappeler en premier lieu la définition de la Banque centrale européenne qui définit la monnaie virtuelle comme « un type de monnaie numérique non réglementée, émise et généralement contrôlée par ses développeurs, utilisée et acceptée par les membres d’une communauté virtuelle spécifique. »

La monnaie virtuelle est donc une monnaie non réglementée, émise par ses développeurs et acceptée par les membres d’une communauté, mais elle s’appuie, il importe de le préciser, sur des moyens de traçage, de chiffrage qui authentifie les transactions ; cependant, cette notion de non-réglementation présente bel et bien un risque, un risque notamment fiscal pour les nations pour qui l’imposition n’a pas été exercée sur ces échanges, mais également social en raison des dimensions cachées, dont les conséquences écologiques devront être aussi dévoilées.

Ces monnaies virtuelles constituent également des monnaies alternatives qui n’ont de cours légal dans aucun pays et peuvent échapper au contrôle même des états ; inversement, certains états peuvent également y avoir recours pour contrecarrer les puissances mondiales qui régulent, sur l’ensemble de la planète, les marchés financiers. Pour Jean Tirole, prix Nobel d’économie, citant une de ces monnaies virtuelles, « le rôle social du bitcoin est « insaisissable. » Les bitcoins sont concentrés dans des mains privées notamment pour la fraude en général et l’évasion fiscale en particulier, » ce qui est incontestablement un manque à gagner pour les états.

Depuis les années 2010 et plus récemment encore, il convient de noter la montée croissante, l’utilisation quasi généralisée de la monnaie virtuelle, l’emploi progressif de cette monnaie constitue incontestablement un nouveau défi relativement à la régulation et au contrôle des politiques monétaires et de changes qui ont cours au sein des états, mais ce défi ne concerne pas seulement la sphère monétaire, il nous semble également que ce défi touche aussi les dimensions sociale et écologique.

Les menaces sociales et écologiques que fait peser la dématérialisation des monnaies

Ainsi, au-delà de la dimension de la dématérialisation de la monnaie, il y a bien des enjeux et des risques géopolitiques, sociaux et écologiques qu’il convient d’appréhender, dont beaucoup n’ont probablement pas pris conscience en considérant les seuls bénéfices touchant à la dimension du confort, de la facilité, de la disparition des intermédiaires financiers. Nous cédons une fois de plus à la facilité en évitant les processus d’intermédiation, les circuits longs touchant au contrôle de la circulation de la monnaie. Un exemple d’avantage ou de privilège apporté par ce type de monnaie est celui que propose la Banque Assurance AXA qui dédouane immédiatement ses sociétaires pénalisés par un retard d’avion en les créditant d’un remboursement quasi immédiat et instantané sur leurs comptes et ce sans intermédiation. Ce service proposé par l’assureur est basé sur un contrat dit intelligent hébergé dans la blockchain Ethereum, ce service facilite le remboursement immédiat des voyageurs assurés en cas de retard sur un vol. Nous prenons de fait conscience de l’attrait qu’exerce ce type de procédé monétaire apportant une transaction immédiate et sans intermédiaire. L’attrait de ce procédé est donc sans équivalent sur le marché de l’assurance traditionnelle.

Si la monnaie virtuelle, la cryptomonnaie, fait figure d’un service quasi participatif et convivial pour ses usagers, du fait qu’elle permet des transactions digitales, un versement de compte à compte, elle se développe nonobstant indépendamment des institutions financières quelles qu’elles soient.

Or, derrière l’attrait de ces transactions et du succès que connaissent les monnaies virtuelles comme le bitcoin,  Ethereum et bien d’autres monnaies antisystème (plus d’un millier, rappelons-le), les menaces ou les périls ne sauraient être demain occultés. Les périls sont géopolitiques, puisque, nous l’avons bien compris, les transactions échappent aux circuits des institutions bancaires, des banques centrales, des états. Inévitablement cela peut représenter un dégrèvement dans les recettes fiscales de l’état, ce sont en effet de nombreuses transactions qui échappent au contrôle de l’État, du fait de l’opacité fiscale de ces transactions qui circulent sur les routes du Net.

Une opacité qui pourrait aussi cacher de véritables menaces touchant notamment à la cybercriminalité et inévitablement en toile de fond à la déstabilisation des nations. Ainsi, les risques liés aux monnaies virtuelles sont également et dès lors les possibles instabilités financières en raison du caractère spéculatif et volatil (ce que Christine Lagarde, directrice générale du FMI, soulignait lors d’une de ses interventions sur la cryptomonnaie[1]) de ces nouvelles plateformes et des séductions qu’elles opèrent sur les publics, mais les risques connus concernent le blanchiment d’argent ou bien ceux qui concernant la dimension écologique.

La monnaie virtuelle est d’ores et déjà annoncée comme une catastrophe écologique et sociale[2]

La menace est en effet environnementale et touche à la dimension énergivore de ces plateformes financières qui sont consommatrices d’électricité. En effet, la blockchain qui est un support informatique repose sur une multitude d’opérations et des empreintes informatiques laissées lors des transactions, des traces fragmentées et disséminées et hébergés dans les « silos virtuels. » Selon le site The digiconomist s’appuyant sur des données relevant de l’analyse d’experts, « l’archivage des transactions nécessite chaque année une moyenne de plus de 30 milliards de kWh, soit la production énergétique annuelle de 4 centrales nucléaires[3]. »

Ainsi, la consommation totale d’énergie du réseau bitcoin a atteint des proportions homériques. L’ensemble du réseau bitcoin consomme maintenant plus d’énergie qu’un certain nombre de pays, ce que confirme le rapport publié par l’Agence internationale de l’énergie. Si bitcoin était un pays, le réseau de cryptomonnaie se classerait devant la Suisse et la république tchèque (voir le graphe le démontrant sur le site The digiconomist auquel nous vous renvoyons²).

La dépense énergétique, du fait des usages électroniques des centres de données, est ainsi de plus en plus impactée par la chaîne de blocs générée par l’ensemble des transactions informatiques effectuées. Les usages sont en forte croissance non pas en raison de la croissance de l’utilisation ou de la valeur de la monnaie électronique elle-même mais en raison de la mécanique informatique même liée à la chaîne de blocs. À titre d’illustration, fin 2017, comme l’illustre le site que nous avons consulté[4], 159 pays consommaient moins d’électricité que celle nécessaire à l’écosystème bitcoin.

La menace est également sociale et pour la simple bonne raison que toute crise financière est nécessairement corrélée à une crise sociale, l’effondrement d’une bulle financière aura de fait nécessairement des impacts sociaux, augmentant des risques de précarité et de pauvreté. Avec l’utilisation croissante des cryptomonnaies entachée de frénésies et de fièvres spéculatives, les banques centrales craignent l’avènement possible de crises financières. Le bitcoin qui est une cryptomonnaie parmi d’autres a vu ainsi sa valeur augmenter de manière totalement artificielle et avec la croissance des usagers, l’effet de mode passé, il se pourrait que les retentissements du fait d’investissement inconsidérés aient des effets néfastes sur l’ensemble de l’économie et contribuent par conséquent à une crise majeure et sans précédent, comme le fut en 2008 la crise des subprimes qui toucha le secteur des prêts hypothécaires à risque.

Fin des guichetiers, voici maintenant le sourire de « l’aRgent »

Dans cette dimension de crise sociale, c’est aussi la dimension du lien social qui doit être relevée : le monde virtuel contribue à assécher définitivement les rapports, les transactions se font par la seule entremise des machines et des robots virtuels, des algorithmes ; c’est la fin des guichetiers, voici maintenant le sourire de « l’aRgent ». Dans cette création de monnaies virtuelles, les hommes, avec une grande ingéniosité, ont ainsi inventé un contre-système non pour déployer de nouvelles solidarités mais en refaçonnant les échanges financiers ; ils ont asséché puis gommé les vertus associées à la philanthropie et l’altruisme pour un goût immédiat du gain. Au fond, la monnaie virtuelle est le reflet, d’un monde virtuel déconnecté de la relation avec le réel, le miroir  inversé de la dimension incarnée de l’échange visant le bonheur des uns et des autres ; ici l’enjeu est une affaire de prospérité, et tant pis si la maison devait brûler.

Une fois de plus nous attirons l’attention sur le mirage d’un monde virtuel qui plonge bien notre humanité dans un marasme possible, car l’on n’a pas pris garde à la nécessité de mettre des curseurs à la folie technique qui envahit à ce jour l’environnement humain, et face à une crise majeure, nous pourrions bel et bien entrevoir demain l’avènement d’un système de contrôle universel, une forme d’ordre régulant et supervisant tous les modèles de transactions afin que rien n’échappe à l’emprise d’un système technicien autoritaire s’appuyant demain et entre autres sur l’intelligence artificielle pour prévenir dans le futur d’autres crises financières.

[1] http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/514215/analyse

[2] https://www.lesechos.fr/infographie/bitcoin/

[3] https://digiconomist.net/bitcoin-energy-consumption

[4] https://acteursdeleconomie.latribune.fr/debats/opinion/2018-03-27/le-bitcoin-entre-menaces-et-perspectives-773285.html

 

Vision urbaine, sociale et économique dans une perspective biblique

« Le système technicien » s’est constitué selon Jacques Ellul comme véritable milieu, comme déterminant en regard d’un environnement de plus en plus déshumanisant. L’homme s’est affranchi au fil de son histoire, de son jardin, de ce modèle social dans lequel il est né pour aller conquérir tour à tour la matière et fonder la ville. Peu à peu l’homme s’est asservi à la technique en perdant de vue le sens de l’autre, de sa proximité avec la nature, en embrassant le monde technique.

C’est tout une dimension de l’être qui s’est alors trouvée aliénée. Les préjudices de la techno science et du système technicien n’affectent pas seulement la nature mais les préjudices sont également et avant tout d’ordre relationnel.

Ainsi La ville , est le lieu même où la technique devient au fil de ses progrès un méga système entremêlant capteurs, intelligence artificielle, robots, bornes reliant usagers et urbanisme, détournant l’homme de sa vraie vocation d’homme fait à l’image de son créateur en lien avec les autres.

 

« Le système technicien » s’est constitué selon Jacques Ellul comme véritable milieu, comme déterminant en regard d’un environnement de plus en plus déshumanisant. L’homme s’est affranchi au fil de son histoire, de son jardin, de ce modèle social dans lequel il est né pour aller conquérir tour à tour la matière et fonder la ville. Peu à peu l’homme s’est asservi à la technique en perdant de vue le sens de l’autre, de sa proximité avec la nature, en embrassant le monde technique.

C’est tout une dimension de l’être qui s’est alors trouvée aliénée. Les préjudices de la techno science et du système technicien n’affectent pas seulement la nature mais les préjudices sont également et avant tout d’ordre relationnel.

Ainsi La ville est le lieu même où la technique au fil de ses progrès, devient un méga système entremêlant capteurs, intelligence artificielle, robots, bornes reliant usagers et urbanisme, détournant l’homme de sa vraie vocation d’homme fait à l’image de son créateur en lien avec les autres.

Au lieu de cela tout est fait pour l’atomiser et l’isoler comme pour le rendre dépendant à cette machinerie de la « Smart City », de la ville intelligente.  Or dans un futur proche comme je l’écrivais sur mon blog à propos de la ville intelligente, ce sont les connexions citoyens et ville qui vont s’intriquer, s’accentuer, s’amplifier. C’est bel et bien toute une architecture quasi organique qui se dessine intriquant demain les usagers et le système numérisé de la ville, unifiant connectant, reliant toutes les composantes de la ville, associant habitants et habitat au risque de piétiner l’écologie, en prétendant artificiellement la défendre via ses artefacts promouvant de prétendues énergies durables. Outre cet aspect que je souligne dans ce préambule, il convient aussi de relever les dimensions toujours croissantes de la ville dont l’ambition demeure l’expansion impliquant a fortiori l’étalement urbain et l’éloignement de tout cet espace vital que constitue la nature.

Dieu avait pourtant dans sa sagesse donner des bornes à la ville

La ville est ainsi devenue une création de l’homme à l’envers du jardin où l’homme avait été pourtant placé, or ce projet d’urbanisme préfigure l’éloignement de l’homme de tout projet en contact avec la création, de tout projet en relation avec son créateur, pourtant dans les écritures, il convient de relever ce passage étonnant et méconnu par beaucoup indiquant que Dieu préconisa de fixer, de borner la ville d’une « ceinture verte ».

Il est ainsi explicitement recommandé aux Hébreux de créer des lieux ouverts à la périphérie de la ville, un espace pour tout ce qui est vital en dehors de l’habitat humain « Ordonne aux fils d’Israël de donner aux Lévites, sur leur part de leurs possessions, des villes pour y habiter outre un espace ouvert autour de ces villes, vous en donnerez aux Lévites. Les villes leur serviront pour l’habitation et leur espace ouvert sera pour leurs animaux et pour leurs biens et pour tout ce qui est vital. » (Nombres 35 :2-3)

Il faut également souligner ce passage comme une autre recommandation à l’endroit des habitants prescrivant l’inaliénabilité de cet espace ouvert « Et l’espace ouvert aux abords de leurs villes ne peut être vendu ; elle est leur propriété inaliénable’ (Lévitique 25 :34). Ceci devait constituer un modèle fondamental pour préserver les qualités d’une échelle urbaine à hauteur d’homme. Toute augmentation d’habitants supposait de fait la nécessité d’une migration vers d’autres espaces pour créer de nouvelles villes toujours à hauteur d’hommes.

Ainsi toujours selon l’enseignement de la Torah, les cités doivent permettre à leurs habitants d’être en proximité avec la nature et leur donner l’occasion de cultiver la terre, de disposer d’un espace vital. Les habitants de la cité se devaient de mettre en pratique la bénédiction messianique suivante : « Et chacun demeurera sous sa vigne et sous son figuier. » (Michée 4 :4)

Or de nos jours les villes sont confrontées à l’artificialisation des sols à l’étalement. Les nombreux problèmes que ce phénomène cause (insécurisation des villes du fait de l’accroissement des populations, de l’allongement des distances entre habitat et travail ou toute autre vie sociale, pertes de terres agricoles, destructions des milieux naturels et de la biodiversité…).

Tout progrès est vain, sans vision solidaire et collective

Or les mutations profondes associées à ce système technicien, amènent de nombreux dysfonctionnements économiques et sociaux, obligent ainsi à repenser le monde, la cité, selon d’autres perspectives et dans une vision de proximité, la vision du prochain.

Ces dysfonctionnements ne s’arrangent pas avec la montée en puissance de la codification au sein de la cité, la vie économique et de la vie sociale (la législation de plus en plus pesante, les normes), la fragmentation ou l’hyperspécialisation des tâches qui rend possible l’avènement des robots et des IA, l’effacement des responsabilités individuelles se reportant sur d’autres et sur des dimensions toujours plus collectives, la multiplication d’outils formatés et artificiels du dialogue social, substitut de la rencontre, de l’échange, de l’ouverture aux autres.

Comment de fait créer les conditions de l’épanouissement dans sa cité et sa vie sociale ? Quelles alternatives économiques sont possibles ? Existe-t-il des modèles qui prennent leur source dans une réelle dimension spirituelle et revalorise l’homme au sein de la cité, de son quartier et d’une plus grande proximité se rapprochant de l’échelle du jardin ?

Ainsi le progrès est vain, sans vision solidaire et collective, sans la vision de la proximité…Il n’y a d’enchantement que dans la dimension spirituelle, l’enrichissement croisé, partagé, fertilisé dans une communion de services que donne la capacité à un corps pleinement proche et solidaire de s’épanouir et d’inventer pour le bien-être de tous au-dedans et à l’extérieur…

L’essence de cette dimension sociale est à trouver dans les Évangiles, les écritures dans leur totalité, les promesses d’une incarnation de Dieu dans la réalité quotidienne…

La crise qui ne limite pas à l’économie est endémique, elle s’étend aujourd’hui à toute la planète, à toutes les nations riches ou pauvres. La crise sociale vécue par le monde urbain n’est-elle pas la résultante finalement de multiples transgressions, violations de lois fondées sur la compassion, la justice, sur la miséricorde fondement d’une économie de partages. Or j’entends trop souvent des prédications qui dénoncent le monde, or nous sommes le monde et nous l’alimentons si nous ne changeons pas nos habitudes, si nous ne le modifions pas en les construisant à partir d’un nouveau souffle qui nous transforme de l’intérieur et de facto changera notre environnement. N’oublions jamais que nos gestes ont une part de responsabilité dans la déconstruction de notre humanité, je le rappelle chaque fois qu’une personne à table qui plutôt de parler à son proche, se connecte à son portable.

La Bible est une source d’inspiration pour la vie sociale et économique

Sans vouloir se livrer à une exégèse fouillée et à des développements théologiques, la profondeur de quelques textes bibliques, mettent en évidence des réponses concernant l’éthique de la vie économique et sociale qui touche à de multiples dimensions comme l’urbanisme, production, les dettes, les emprunts, la propriété foncière, les échanges, de distribution équilibrée, de la répartition des richesses, d’exploitation même de la terre, dans une perspective d’équité, de justice sociale pour répondre aux besoins de tous et notamment des plus pauvres, des plus démunis.

Même le développement durable y est abordé, ce qui signifie que « rien n’est nouveau sous le soleil » et que bon nombre d’enseignements bibliques feraient bien d’inspirer les nations de ce monde. Ainsi toute culture intensive est proscrite dans le premier testament (Lévitique 25), les israélites sont encouragés à vivre exactement comme des intendants économes, des gérants habités par l’éthique, l’amour du prochain.

Lorsque les textes des écritures, notamment du premier testament sont analysés, mis en perspective, apposés et comparés entre eux, nous voyons se dessiner ou poindre l’existence bien réelle, d’une économie normative (la règle biblique), un ensemble de recommandations relativement à la bonne conduite économique et de facto à la bonne gestion qui devrait découler d’une gouvernance juste de la nation.

La lecture du Livre de Genèse évoque un épisode de crise qui plonge toute l’Égypte dans la famine et de l’intelligence dont a fait preuve Joseph dans sa gouvernance pour organiser une réponse anticipée et préventive afin d’affronter la famine. Ce texte en référence se trouve dans Genèse 41.56.

À la suite de l’interprétation d’un rêve, Joseph va déduire que sept années de surproduction vont précéder sept années de crise.

Il conseille alors au Pharaon de prélever une certaine proportion sur les surproductions des récoltes emmagasinées et accumulées en Égypte (La vision des sept vaches grasses).

« La famine régnait dans tout le pays. Joseph ouvrit tous les lieux d’approvisionnements, et vendit du blé aux Egyptiens… »

Joseph avait su à l’époque anticiper et avait organisé des lieux de stockage pour faire face, avait organisé la logistique de stockage, créé des lieux d’approvisionnement… Or nous voyons bien les caractéristiques d’une économie qui n’épargne plus et qui est prise en défaut par la dévastation sans précédent qu’impacte l’endettement abyssal des nations…

Il y a une attention toute particulière que portent les écritures à la situation des plus précaires… Ainsi les écritures révèlent un véritable code de bonne gestion, de gouvernance économique… Si nous lisons les textes d’Exode 23 (v. 10 à 11) et le Lévitique 25.22. Nous avons là un enseignement sur la prévention de la pauvreté. Un théologien évoque à propos de ce livre « Une solution rationnelle que propose le livre du lévitique pour sauver la prospérité d’Israël de l’âpreté au gain, de l’avarice et de la cupidité de ceux qui savent mieux que les autres tirer profit des produits de la grâce auxquels chacun, même le plus endetté, contribue et peut encore contribuer par son activité. Faute de cela, l’or s’accumule dans les coffres, le blé pourrit dans les greniers et il n’y a plus personne pour renforcer les digues le jour où la tempête menace de les emporter. ».

Lévitique 25.22 « …Quand vous ferez la moisson dans votre pays, tu laisseras un coin de ton champ sans le moissonner, et tu ne ramasseras pas ce qui reste à glaner. Tu abandonneras cela au pauvre et à l’étranger. Je suis l’Éternel, votre Dieu »… Ce texte de Lévitique révèle l’économie normative et codifiée, l’économie juste et en quelque sorte compatissante.

Outre la mise en Jachère des terres et la mise à disposition de ce reste aux plus démunis « tu laisseras un coin de ton champ sans le moissonner, et tu ne ramasseras pas ce qui reste à glaner », le texte de Deutéronome 15 (1-2) aborde toute la dimension de la dette « 1 …Au bout de sept ans tu feras remise. Voici en quoi consiste la remise. Tout détenteur d’un gage personnel qu’il aura obtenu de son prochain, lui en fera remise ; il n’exploitera pas son prochain ni son frère, quand celui-ci en aura appelé à l’Éternel pour remise. 2 Tu pourras exploiter l’étranger, mais tu libéreras ton frère de ton droit sur lui. Qu’il n’y ait donc pas de pauvre chez toi. Car l’Éternel ne t’accordera sa bénédiction dans le pays que ton Dieu te donne en héritage pour le posséder. »

Les écritures encouragent la vie sociale et la solidarité envers tous

Concernant la vie sociale, Il y a dans le discours biblique une manière pressante de ne pas fermer notre cœur à notre prochain, les écritures notamment les Évangiles donnent la même exhortation et invite à pratiquer la miséricorde.

Ainsi dans les proverbes il est fait mention dans les domaines qui touchent la précarité, du traitement fait aux plus démunis « Celui qui opprime le pauvre pour réaliser un gain, ou qui fait des cadeaux aux riches, finira dans la pauvreté » (22.16). Deux dimensions dans ce verset qui nous sont ainsi révélées, d’une part celui qui opprime le pauvre le fait dans le but de s’enrichir encore, comme Il semble insensé de donner davantage au riche à rebours de la miséricorde. La sanction est immédiate pour ces postures qualifiées d’absurdes, elles aboutissent à la déchéance matérielle de celui qui pratique de manière insensée de tels actes.

Dans la tradition de l’église, Basile un des pères et docteurs de l’Église proscrit la pratique du prêt à intérêt, il condamne franchement une forme de cupidité, en dénonçant comme comble d’inhumanité le fait de ne point se « contenter du capital » et « de profiter de la détresse de ce qui est dépourvu du nécessaire pour recueillir, revenus et ressources… » Basile évêque de Césarée était entre autre très engagé contre la famine qui sévissait à son époque, il s’était inscrit littéralement dans les recommandations du lévitique 25 ; « Quand un de vos compatriotes, tombé dans la misère, ne pourra plus tenir ses engagements à votre égard, vous devrez lui venir en aide, afin qu’il puisse continuer à vivre à vos côtés….Vous agirez de cette manière même envers un étranger, un hôte résidant votre pays. Vous ne lui demanderez pas d’intérêt sous quelques formes que ce soit… Montrez par votre comportement que vous me respectez et permettez-lui ainsi de vivre à vos côtés… »

Je suis également frappé par cette autre dimension de justice sociale, d’équité et de non-gaspillage, très présent dans l’ancien Testament, ces règles d’équité, d’égalité, de juste traitement, de non-gaspillage, d’éthique sociale. Examinons ce texte étonnant d’Exodes 16 versets 14-15.  » Le soir, il survint des cailles qui couvrirent le camp ; et, au matin, il y eut une couche de rosée autour du camp. Quand cette rosée fut dissipée, il y avait à la surface du désert quelque chose de menu comme des grains, quelque chose de menu comme la gelée blanche sur la terre. Les enfants d’Israël regardèrent et ils se dirent l’un à l’autre : Qu’est-ce que cela ? Car ils ne savaient pas ce que c’était. Moïse leur dit : C’est le pain que L’Éternel vous donne pour nourriture. Voici ce que l’Éternel a ordonné : Que chacun de vous en ramasse ce qu’il faut pour sa nourriture, un omer par tête, suivant le nombre de vos personnes ; chacun en prendra pour ceux qui sont dans sa tente. Les Israélites firent ainsi ; et ils en ramassèrent les uns plus, les autres moins. On mesurait ensuite avec l’omer; celui qui avait ramassé plus n’avait rien de trop, et celui qui avait ramassé moins n’en manquait pas. Chacun ramassait ce qu’il fallait pour sa nourriture. Moïse leur dit : Que personne n’en laisse jusqu’au matin. »

Ainsi l’économie normative inspirée des écritures prenant sa source dans une loi de justice, manifeste une forme de prévention contre les effets liés à l’accumulation des richesses, des phénomènes de thésaurisation contre-productive, d’inégalité et d’exploitation qui en résultent – « Malheur, s’écrie Isaïe, à ceux qui ajoutent maison à maison et joignent champ à champ, au point de prendre toute la place et de rester les seuls habitants du pays » (Isaïe 5, 8).  L’expropriation spéculative dont la cupidité est ici l’enjeu est clairement dénoncée, condamnée dans les écritures.

Cette règle d’égalité prévaut également dans le nouveau Testament, ainsi nous lisons dans Romains 8.13-15 : « … Car il s’agit, non de vous exposer à la détresse pour soulager les autres, mais de suivre une règle d’égalité : dans la circonstance présente votre superflu pourvoira à leurs besoins, afin que leur superflu pourvoie pareillement aux vôtres, en sorte qu’il y ait égalité, selon qu’il est écrit : Celui qui avait ramassé beaucoup n’avait rien de trop, et celui qui avait ramassé peu n’en manquait pas. »

En conséquence l’économie normative telle qu’elle est affichée et décrite dans le premier testament a également ses prolongements dans les débuts de l’église comme le confirme par ailleurs Actes 2.48… « La mise en commun des ressources, en termes de travail comme de rétribution directe ».

La mise en commun n’est-elle pas aussi la mise en commun des talents, des intelligences. Comme nous le rappelions plus haut, le progrès est vain, sans l’aventure humaine et collective…Il n’y a d’enchantement que dans la dimension spirituelle, l’enrichissement croisé, partagé, fertilisé dans une communion de services que donne la capacité à un corps pleinement solidaire de se performer et d’inventer pour le bien-être de tous au-dedans et à l’extérieur… Ainsi cette conclusion est également à mettre en perspective avec ce texte de Corinthiens, pour faire de nos entreprises ces communautés de talent inspirées par le souffle des écritures…

1 Corinthiens v12-27 : « Car, comme le corps est un et a plusieurs membres, et comme tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps, ainsi en est-il de Christ. Nous avons tous, en effet, été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit. Ainsi le corps n’est pas un seul membre, mais il est formé de plusieurs membres. Si le pied disait : Parce que je ne suis pas une main, je ne suis pas du corps, ne serait-il pas du corps pour cela ? Et si l’oreille disait : Parce que je ne suis pas un œil, je ne suis pas du corps, ne serait-elle pas du corps pour cela ? Si tout le corps était œil, où serait l’ouïe ? S’il était tout ouïe, où serait l’odorat ? Maintenant Dieu a placé chacun des membres dans le corps comme il a voulu. Si tous étaient un seul membre, où serait le corps ? Maintenant donc il y a plusieurs membres, et un seul corps.

L’œil ne peut pas dire à la main : Je n’ai pas besoin de toi ; ni la tête dire aux pieds : Je n’ai pas besoin de vous. Mais bien plutôt, les membres du corps qui paraissent être les plus faibles sont nécessaires ; et ceux que nous estimons être les moins honorables du corps, nous les entourons d’un plus grand honneur. Ainsi nos membres les moins honnêtes reçoivent le plus d’honneur, tandis que ceux qui sont honnêtes n’en ont pas besoin. Dieu a disposé le corps de manière à donner plus d’honneur à ce qui en manquait, afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient également soin les uns des autres. Et si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si un membre est honoré, tous les membres se réjouissent avec lui. Vous êtes le corps de Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part. »

 

BABYLONE la civilisation du nombre

Comme l’ont écrit l’éminent spécialiste d’assyriologie Jean Botéro et le philosophe des sciences Roger Caratini, la civilisation Babylonienne était de plus, “très en pointe dans de nombreux domaines, capables d’édifier des ouvrages démontrant ainsi une haute maîtrise technique comme en témoigne la construction des grands bâtiments babyloniens, la réalisation de gigantesques travaux de canalisation”.

C’est au sein de cette civilisation sumérienne que l’idée d’un État qui dirige, contrôle, planifie, bureaucratise, naquit. Cette dernière comprenait un nombre important de “scribes calculateurs” qui constituaient l’essentiel des « fonctionnaires », le personnel bureaucratique et administratif de la cité mésopotamienne. Soulignons auprès de notre lecteur que les Babyloniens furent en outre les premiers à payer des taxes et des impôts, ce qui tend à démontrer l’organisation sophistiquée et administrative de la cité près de 3500 ans avant Jésus-Christ.

Un système administratif et bureaucratique fondé sur le contrôle qui n’envie rien à celui qui caractérise la modernité de notre époque qui est entré dans une nouvelle dimension normative et formelle, plus liberticide que jamais.   

La civilisation du nombre.

Si aujourd’hui notre monde au cours de ce XXI siècle, est entré dans une nouvelle révolution industrielle, celle de l’économie numérique et de l’intelligence artificielle, cette dernière nous amènera probablement à basculer des rapports sociaux aux personnes vers des rapports sociaux aux choses; déshumanisant l’homme en le réduisant à un nombre, un numéro (de compte, attribué dès la naissance avec toutes les données administratives de la personne, par exemple)…

Cependant la mathématisation du monde s’est largement accentuée puis développée au XXe siècle et a désormais un impact indéniable sur toute la vie humaine .  

Cette mathématisation de notre monde au XXème siècle puis la révolution numérique au XXIème siècle modifieront probablement en profondeur et structurellement toute la vie sociale. Cette révolution civilisationnelle est sans doute une mutation comparable à la révolution agricole (période néolithique) qui a permis aux hommes de sortir des premiers âges de l’humanité marquée par le nomadisme, la chasse et la cueillette pour les faire entrer dans une civilisation urbaine et davantage codifiée.

Ainsi la première révolution agricole au quatrième millénaire avant notre ère et sa transition vers un environnement radicalement différent, vit l’apparition des premières villes, la maîtrise de l’écriture et des nombres mais également les premières administrations, la première bureaucratie. La maîtrise de l’écriture et des chiffres a progressivement modifié notre lecture du monde, a façonné littéralement nos univers. Avec l’apparition de la bureaucratie, l’historien Yuval Noah Harari indiquait dans la Homo Sapiens que “l’homme a cessé de penser en humain pour penser en comptable, en bureaucrate” et que dire aujourd’hui ?.

Plusieurs millénaires plus tard, nous avons également assisté à l’émergence des révolutions industrielles (charbon, pétrole, électricité), dont l’impact successif et majeur a totalement métamorphosé et réorganisé la société, les rapports sociaux et humains déstructurant notamment le socle traditionnel d’une société qui était davantage à hauteur d’hommes. De nouvelles mutations sont encore en cours de nos jours , nous faisant passer d’un monde de la matière, à un monde plus “dématérialisé” et virtuel, déshumanisant.

Un nouveau paradigme se déroule sous nos yeux, et est en passe de modifier l’ensemble des règles politiques, sociales, géopolitiques techniques. Ainsi en quelques millénaires, nous sommes également passés du quatrième millénaire (le néolithique) marqué par la science des nombres, au monde de l’économie numérique. Cette  autre révolution en marche, bouleverse à nouveau l’ensemble des rapports humains, transformant les règles sociales. Ces règles seront marquées par la prégnance considérable de l’économie numérique et marchande sur la sphère sociale, la gouvernance du monde, et sur les modes de vie.

Cette révolution numérique sans précédent nous fera entrer dans une nouvelle configuration sociale, une mise en réseau planétaire de l’humanité. Cette mise en réseau aboutira à la conversion de toutes les data de consommation qui comprendront toutes les informations sociales voire sociétales sur les milliards d’individus, des informations en données chiffrables. Cette nouvelle révolution “atomisera” ainsi les hommes en les isolant, en les aliénant sans doute et en les transformant en unités de valeurs, c’est à dire en données numériques.

Cette civilisation sera dès lors celle du nombre. Or l’histoire de l’humanité montrait selon nous, déjà plusieurs siècles plus tôt, les prémices de cette civilisation, Babylone la science des nombres.

Pour comprendre la dimension énigmatique qui entoure la civilisation babylonienne décrite par l’apôtre Jean, il me semblait important de s’intéresser à la révolution néolithique, la civilisation sumérienne, et à la ville de Babylone (la porte des dieux), la fameuse cité antique de Mésopotamie (fin du IVème millénaire – 3500 ans avant Jésus-Christ).

La révolution néolithique conduisit à une mutation culturelle et sociale favorisée par la science des nombres

La transition de tribus et communautés de chasseurs cueilleurs vers l’agriculteur et la sédentarisation au quatrième millénaire avant notre ère plaça l’humanité sur le chemin d’une nouvelle vie sociale, urbaine et culturelle. Cette révolution s’est peu à peu caractérisée en effet par le développement sédentaire sans précédent, qui fut aussi une véritable révolution sur le plan de la pensée théorique. Cette révolution singulière est à la fois caractérisée par la maîtrise des sciences techniques et celles de la science des nombres.

Cette science des nombres favorisa notamment le traitement des données sans précédent. Cette science permit l’éclosion et le développement, d’un appareil d’état complexe, des économies de commerce, de structures administratives et politiques centralisées, de formalismes bureaucratiques. La première manifestation éclatante de toute la période néolithique s’est accomplie au cours des 3000 ans avant notre ère dans les villes sumériennes du Proche-Orient, dont l’émergence inaugure la fin du Néolithique préhistorique et le commencement de l’ère historique.

De nombreuses fouilles et explorations archéologiques autour du bassin sumérien couvrant une vaste plaine parcourue par le Tigre  et l’Euphrate, bordée, au sud-est, par le golfe persique ont permis de découvrir et de mettre à jour une civilisation prodigieusement avancée sur le plan mathématique, et dont on ignorait pour beaucoup la dimension sophistiquée des formules algébriques.

Babylone était l’aboutissement, l’épilogue d’une culture fondée sur la maîtrise du nombre, une mégapole également marchande, rayonnant sur l’ensemble de la Mésopotamie. Babylone fut aussi une ville aux proportions gigantesques, aux monuments grandioses, aux systèmes de canalisation élaborés, et également,  une ville religieuse polythéiste.

Babylone en Mésopotamie était en effet une cité extrêmement avant gardiste sur le plan de l’abstraction mathématique; les tables trigonométriques n’avaient pas de secret pour les Sumériens babyloniens.  

Yuval Noah Harari professeur d’histoire Israélien auteur de Sapiens une brève histoire de l’humanité mentionne à ce propos que “Les scribes anciens apprirent non seulement à lire, mais aussi à utiliser les catalogues des dictionnaires, des calendriers, de formulaires et des tableaux. Ils étudièrent et assimilèrent des techniques de catalogage, de récupération et de traitement de l’information …”

Comme l’ont écrit l’éminent spécialiste d’assyriologie Jean Botéro et le philosophe des sciences Roger Caratini, la civilisation Babylonienne était de plus, “très en pointe dans de nombreux domaines, capables d’édifier des ouvrages démontrant ainsi une haute maîtrise technique comme en témoigne la construction des grands bâtiments babyloniens, la réalisation de gigantesques travaux de canalisation”.

C’est au sein de cette civilisation sumérienne que l’idée d’un État qui dirige, contrôle, planifie, bureaucratise, naquit. Cette dernière comprenait un nombre important de “scribes calculateurs qui constituaient l’essentiel des « fonctionnaires », le personnel bureaucratique et administratif de la cité mésopotamienne. Soulignons auprès de notre lecteur que les Babyloniens furent en outre les premiers à payer des taxes et des impôts, ce qui tend à démontrer l’organisation sophistiquée et administrative de la cité près de 3500 ans avant Jésus-Christ.

Un système administratif et bureaucratique fondé sur le contrôle qui n’envie rien à celui qui caractérise la modernité de notre époque qui est entré dans une nouvelle dimension normative et formelle, plus liberticide que jamais.   

Pour revenir à la cité mésopotamienne, les Sumériens Babyloniens entre autres, ont conçu l’écriture cunéiforme pour écrire leurs lois. C’est de cette écriture que d’autres sociétés se sont inspirées. Ils ont en outre maîtrisé de nombreuses techniques et ont notamment inventé la roue. Les sumériens babyloniens ont également maîtrisé l’association, la combinaison du cuivre et de l’étain pour obtenir du bronze. Nous devons à cette civilisation sumérienne le calendrier de 12 mois et 30 jours, le cadran solaire.

L’historien Jean Bottéro dans le livre Babylone et la Bible[1] relate les caractéristiques de la vie sociale et politique du régime totalitaire qui caractérisait la cité babylonienne. Hammurabi qui fut le sixième roi de Babylone est connu pour avoir écrit le Code de Hammurabi, l’un des textes de lois les plus anciens jamais retrouvés. Ce roi était à la tête de l’économie entière du Pays, « et dans sa correspondance », nous indique Jean Bottéro, « ce roi surveillait tout, décidait de tout, il était aussi le juge suprême, suppléé par des juges professionnels délégués ». Le libéralisme économique ne caractérisait pas en effet les règles de fonctionnement de l’Etat.

La culture du nombre caractéristique de la civilisation babylonienne

Dans son livre remarquable “les mathématiques de Babylone” de Roger Caratini, le Philosophe des sciences, décrit que des centaines de milliers de tablettes, de briques recouvertes de signes cunéiformes mises au jour par les archéologues sont en réalité des supports de textes dont on a découvert qu’ils étaient de caractère mathématique et concernaient plus particulièrement l’arithmétique et l’algèbre des équations. C’est notamment Thureau-Dangin assyriologue, archéologue qui joua un rôle majeur dans l’étude du sumérien qui s’est attelé à découvrir le système de numération assyro babylonien, fondé sur le système sexagésimal.

Le système sexagésimal, est un système de fraction particulièrement sophistiqué (60 est le nombre le plus petit à compter autant de diviseurs). Le système sexagésimal est l’origine certaine de numérations que nous employons aujourd’hui dans les mesures des arcs de circonférences, des angles et des temps, et leurs dérivés en astronomie et géographie. Ce système numérique étonnant, est basé sur le 60 d’où 60 minutes, 60 secondes et le cercle de 360 degrés.

Le mathématicien australien Daniel Mansfield a fait part récemment en 2017, de son admiration et son enthousiasme quant à la qualité des formules trigonométriques, des formules logarithmes, des racines cubiques, des valeurs de fonctions exponentielles découvertes sur les tables d’argile, évoquant « des travaux mathématiques qui font preuve d’un génie indubitable ». Celles-ci ont même selon le professeur de potentielles applications qui pourraient bien concerner notre époque en raison de la grande précision de ces formules.

Nous pouvons en conclure comme l’écrit[2] Roger Caratini que « le calcul faisait institutionnellement partie de la culture numéro-babylonienne tout comme l’apprentissage de l’écriture au même titre que la religion chez les Egyptiens ».

C’est ainsi que tout la vie sociale était régie par les mathématiques babyloniennes et leurs fameuses tables trigonométriques. La vie sociale parfaitement organisée et bureaucratique, s’articulait autour d’un dispositif de numération témoignant d’un formalisme et d’une structuration sociale sans égal à l’époque.

« Les mathématiques de Babylone »

Dans la Bible, le livre de Daniel évoque le savoir et les connaissances  avancées des sages de Babylone. Toute la période suméro-babylonienne, était liée à la divination et l’astrologie, les sciences astronomiques de l’époque étant indissociablement liées à l’astrologie.

Nous ne pouvons également ni imaginer, ni soupçonner à quel point les Babyloniens étaient une société particulièrement avancée. Nous suspectons à peine   comme le décrit le professeur de mathématiques, Daniel Mansfield, l’immense savoir qui caractérisait la cité mésopotamienne dans le domaine trigonométrique… Les Babyloniens théoriciens et pères fondateurs de la science des « Nombres » faisaient preuve en effet d’un haut niveau combinatoire, ils étaient entre autres les créateurs d’un système algébrique  particulièrement élaboré, singulièrement sophistiqué.

Ils avaient découvert entre autres une résolution des équations de premier degré de la forme ax + b =0 et des équations de second degré en partant d’une formule que connaissent en principe nos Lycéens, ils étaient en quelque sorte les initiateurs de l’algèbre des équations.

Les dernières découvertes ont de plus démontré que 1500 ans avant les Grecs, les mathématiciens vivant à Babylone maîtrisaient le calcul des angles et des distances comme nous l’indiquions précédemment.  Les architectes babyloniens utilisaient probablement un système de mesure des relations entre distances et angles pour construire leurs bâtiments, leurs temples, leurs palais et leurs canaux.

Et ce, quinze siècles avant Hipparque de Nicée, le mathématicien et astronome, tenu jusqu’ici comme le seul inventeur de la trigonométrie. Babylone en avance sur son temps, est ainsi la cité science des nombres, préfigurant la civilisation des mathématiques ou la mathématisation du monde. Or quand l’apôtre Jean évoque Babylone, il ne fait nullement référence à l’usage des mathématiques, en revanche il parle bien d’une économie du nombre, d’un marqueur numérique comme d’une empreinte indélébile qui rend corvéables ceux qui achètent et vendent. Du fait des brassages culturels entre le monde hellénistique et l’Orient, cette image de Babylone tendrait à démontrer l’empreinte mathématique, la mémoire scientifique laissée par la cité dans l’ensemble de l’empire romain.

La Babylone mésopotamienne « civilisation du nombre », préfiguration du monde algorithmique qui régira la civilisation moderne et son économie.

A tout point de vue, Babylone la civilisation mésopotamienne, la cité science des nombres, préfigurait notre monde contemporain, la nouvelle Babylone qui se dessine au XXIème siècle de notre ère est celle de la science des algorithmes numériques.

Les algorithmes numériques sont consacrés à la résolution de problèmes arithmétiques, puis ont été formalisés avec l’avènement de la logique mathématique. C’est en effet l’apparition de l’outil informatique et sa logique binaire (0;1) qui a permis la mise en œuvre des algorithmes. Toute l’économie numérique contemporaine s’appuie sur l’outil informatique, celui-ci produisant des fonctions et des valeurs trigonométriques en ayant recours à des bibliothèques de codes mathématiques. Le parallèle entre le monde moderne et l’histoire scientifique de Babylone la sumérienne nous semble de facto saisissant !

Ainsi de la trigonométrie au monde des algorithmes nous découvrons que le monde mathématique, a considérablement influencé les époques, sera à nouveau déterminante pour notre futur.    

La science mathématique, l’émergence d’un modèle occulte devant permettre à l’homme de reculer indéfiniment ses limites

Concernant le développement des mathématiques depuis l’époque suméro-babylonienne, comment alors ne pas rappeler le propos quasi prémonitoire du Philosophe Condorcet qui écrivait plusieurs millénaires plus tard, dans le livre « Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain » : « la science mathématique est l’émergence d’un modèle devant permettre à l’homme de reculer indéfiniment ses limites « L’invention (et donc, le progrès) est une combinaison nouvelle d’idées disponibles ».

Ici est la clef du progrès. L’arithmétique en offre le modèle : « Sa fécondité consiste dans le « moyen heureux de représenter tous les nombres avec un petit nombre de signes, et d’exécuter par des opérations techniques très simples, des calculs auxquels notre intelligence, livrée à elle-même, ne pourrait atteindre. C’est là le premier exemple de ces méthodes qui doublent les forces de l’esprit humain, et à l’aide desquelles il peut reculer indéfiniment ses limites, sans qu’on puisse fixer un terme où il lui soit interdit d’atteindre ».

Nous prenons conscience alors que la société Babylonienne quatre millénaires avant Jésus-Christ avait su tirer parti de cette science des nombres pour bâtir une civilisation finalement moderne et avant gardiste “doublant les forces de l’esprit humain” et “reculant indéfiniment ses limites”..

Depuis et plusieurs millénaires plus tard, la révolution numérique a commencé, elle relève bien plus que d’une innovation majeure, d’un événement technique fascinant, cette révolution touchera en réalité toute la vie sociale d’abord en la décryptant puis en l’organisant. Si le lien social à l’heure numérique est « fabriqué » par les ordinateurs, la numérisation du monde franchira un nouveau pas, en emmagasinant toutes les données concernant notre vie, notre quotidien puis en contrôlant une vie sociale intégralement numérisée. Graduellement et par capillarité, nous sommes sur le point de transférer notre vie à un nombre.

Le premier pas semble avoir été franchi avec l’intelligence artificielle qui est devenue une ressource “ensorcelante”, suppléant les limites de l’être humain en termes de calcul, de prédictions. Le “dataïsme”  nouvelle religion des données est ainsi en passe de devenir la nouvelle dévotion virtuelle de l’homme relayant demain les religions surnaturelles de la Babylone Mésopotamienne. Nous voyons ainsi sur Face Book, des hommes et des femmes plus nombreux à consulter les prédictions numériques qui dessinent le passé ou l’avenir des individus assoiffés de connaissance d’eux mêmes.  Les cartomanciennes sont en passe de disparaître, remplacées par la fulgurance de ces nouveaux devins ou voyants numériques.

Nous sommes sur le point de lui échanger une partie de notre être à ce monde numérique, à qui nous léguons de l’information sur nous-même ;  croyant gagner la liberté, la fluidité, la facilité, le gain de temps. Or nous sommes sur le point de lui céder notre vie, notre âme, et ce : contre un nombre, afin de pouvoir acheter ou vendre pour un bonheur fugace, une satisfaction éphémère. Nous serons ainsi dépossédés de nous même, entrant dans un univers d’aliénation, où l’objet numérique prendra le pouvoir sur l’être.

Avec le monde numérique nous accédons à un monde « serviciel » et dématérialisé où tout est construit pour offrir la plus large palette de services, donnant l’illusion de combler la totalité des besoins dérivés de l’être humain, l’ensemble de ses désirs.

Au-delà de la marchandisation numérique des biens et des services, nous voyons le jour d’un nouveau commerce ; c’est aujourd’hui la marchandisation de tous les processus vitaux qui représente une nouvelle phase de la mondialisation et de la globalisation – concernant au premier chef le corps. C’est en effet Bernard Chazelle mathématicien et informaticien, professeur à Princeton, qui indiquait lors d’une séance inaugurale au Collège de France:    » Le grand défi est que biologistes, physiciens et informaticiens travaillent ensemble pour bâtir des ponts entre l’algorithmique et les processus du monde vivant. »

Ainsi l’ensemble des univers économiques mais également le monde du vivant sont aujourd’hui impactés par le phénomène numérique. De la matière à la vie, des biens aux services, du commerce, à la presse, de l’agriculture  à la santé, c’est désormais des pans entiers de l’économie, du divertissement et du vivant qui deviennent numériques.

De nouveaux modèles d’affaires émergent, portés par de puissants effets de réseau; l’exploitation des données à grande échelle, bousculent désormais l’information les réglementations, les relations humaines et notre modèle social. Et tout cela s’opère bien souvent par l’intermédiaire de notre téléphone portable, où en nous connectant à un “réseau” internet. Nous sommes ainsi suivis, scrutés, tracés et étudiés de près pour connaître nos habitudes d’achats, de consommation, de lecture, de fréquentation etc…tout cela dans le but de vendre ( des biens et des informations, des publicités et des espaces de communication pour des annonceurs …).  

Le monde numérique génère dès lors des problématiques nouvelles, typiques parce que nous sommes face à de nouveaux géants mondiaux (Google, Facebook, Apple, Amazon…) qui cumulent des caractéristiques leur conférant un pouvoir sur les marchés économiques sans égal au monde. Les géants du numérique ont ainsi une parfaite maîtrise des algorithmes. La maîtrise liée à la gestion des data (données sur nos usages, nos opinions, nos humeurs, leur confère à ce jour la détention de données comportementales, touchant à nos représentations, croyances, convictions, sans équivalent dans le monde. Mais le risque à venir, c’est celui du franchissement d’un nouveau « Rubicon », croisant les « data » de notre vie sociale et les « data » de consommations gérées par le monde bancaire.

Les livres de la Bible, notamment le livre de l’Apocalypse ainsi que le le livre de Daniel de caractère largement prophétique, évoquent à plusieurs reprises la ville de Babylone. Le dernier livre écrit par l’apôtre Jean fait ainsi mention de la dimension marchande et mondialiste de cette entité et mentionne une caractéristique : “le nombre”.

Babylone, clairement dans le livre de l’Apocalypse, rayonne sur toute la surface de la terre, la ville est assise sur les grandes eaux, le sens des grandes eaux nous est révélé dans le même livre de l’Apocalypse au chapitre 17, verset 15 : « Les eaux que tu as vues où la prostituée est assise, ce sont les peuples et des foules et des nations, et des langues. »

Babylone est une entité dominatrice qui soumet l’ensemble de l’humanité, assujettit  les peuples, gouverne les foules, tyrannise les nations. Véritable empire consumériste, universaliste, absorbant les autres cultures, Babylone s’empare de toute l’organisation économique mondiale. Rappelons à cette effet et dans ce monde dystopique que le monde numérique se traduira par une mise en réseau planétaire de l’humanité. Ce sont clairement les intentions exprimées par la société Google et Facebook. L’internet n’était-il pas appelé déjà le 6e continent, tant son étendue était immense, sa taille virtuelle dépasse déjà toute étendue connue…

Dans ce contexte le livre Homo Deus laisse une conclusion magistrale, qui questionne l’ensemble de l’humanité. Une question simple que je fais profondément mienne. L’auteur Yuval Noah Harari nous interroge sur un choix celui de la conscience ou de l’intelligence à l’ère des data, des algorithmes, d’une science toute puissante … ? Il questionne et met en évidence ses doutes sur les scenarii du futur de cette brève histoire de l’avenir. : “Qu’adviendra-t-il de la société, de la politique et de la vie quotidienne quand des algorithmes non conscients mais hautement intelligents nous connaîtront mieux que nous ne nous connaissons ?”

Ce livre “Homo Deux” de Yuval Noah Harari est le pendant de son premier livre “Homo Sapiens” lorsque l’homme découvre l’écriture et organise le monde à partir de la codification des données, les fameuses tables trigonométriques. 6000 années plus tard nous utilisons des tablettes avec cette science qui converge selon les mots de l’historien, “sur un dogme universel suivant lequel les organismes vivants sont des algorithmes et la vie se réduit au traitement des données”… ainsi l’intelligence sans âme finit-elle par se “découpler de la conscience”, cette science sans la conscience pour plagier Rabelais ne deviendra-t-elle dès lors que ruine de l’âme, ruine de l’humanité…

Si l’homme ne se ressaisit pas et si sa conscience ne se laisse pas interpeller,  les écritures prédisent les lamentations des marchands au moment où cette entité s’écroulera, “tous ceux qui ont fait commerce avec [Babylone] se lamenteront ”.

Telle sera la fin de Babylone, la cité de la science du nombre. Cependant comme me l’écrivait un ami “Puisse notre spiritualité ne pas se dissoudre dans le numérique, dans le divertissement et les plaisirs du  consumérisme. Il est temps de prôner le caractère unique et irremplaçable de chaque individu, de résister à la puissance totalisante du nombre, de sortir de Babylone…” Or n’oublions pas pour conclure, le propos de Victor Hugo indiquant que  «Le monde”, œuvre de Dieu, est le canevas de l’homme. Tout borne l’homme” Or ajouta Victor Hugo   “rien n’arrête l’homme. Il réplique à la limite par l’enjambée, l’impossible est une frontière toujours reculante. ».

[1] Babylone et la Bible entretiens avec Hélène Monsacré Editions Pluriel page 193

[2] Les mathématiques de Babylone de Roger CARATINI page 156 (Paragraphe Naissance de la pensée théorique)

Eric LEMAITRE

La société iconoclaste, la nouvelle culture numérique

L’organisation sociale dans cet univers numérique dessine subtilement une forme d’idolâtrie de l’image. Dans ce monde virtuel, la relation à l’autre et aux autres, devient si compliquée que l’on se réfugie dans un ersatz, un paradis artificiel, dans un monde parallèle qui se substitue à un autre monde, le monde virtuel et son empire « spirituel » nous conduit à l’autosatisfaction d’avoir une quantité d’amis, une quantité de contacts, « de gens qui me suivent », les fameux followers (les suiveurs).

Nous sommes dans ce monde de l’image, monde envahi par une foule d’icônes désacralisées, d’écrans ou autant d’écrans qui deviennent des lieux de fascination, oserai-je l’écrire des lieux de cultes, les nouveaux médiums, les nouvelles idoles des temps modernes. Nous sommes passés d’un monde de lieux de rencontres, de relations et d’écrits à un monde des images et des écrans sans rencontres avec le réel, la société transhumaniste nous persuade qu’il s’agira incontestablement d’un nouveau progrès ouvrant de nouvelles connaissances, de nouvelles perspectives culturelles, de nouveaux plaisirs cognitifs. Comme l’écrit Jacques Ellul avec lequel nous partageons pleinement ce point de vue « Il n’y a pas vraiment d’informations à la télévision, il n’y a que la télévision dont seul émerge l’écran lui-même de l’appareil, il n’y a aucune information sur le réel 

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Une société iconoclaste rivée sur l’image qui aliène le rapport à l’autre

L’organisation sociale dans cet univers numérique dessine subtilement une forme d’idolâtrie de l’image. Dans ce monde virtuel, la relation à l’autre et aux autres, devient si compliquée que l’on se réfugie dans un ersatz, un paradis artificiel, dans un monde parallèle qui se substitue à un autre monde, le monde virtuel et son empire « spirituel » nous conduit à l’autosatisfaction d’avoir une quantité d’amis, une quantité de contacts, « de gens qui me suivent », les fameux followers (les suiveurs).

Nous sommes dans ce monde de l’image, monde envahi par une foule d’icônes désacralisées, d’écrans ou autant d’écrans qui deviennent des lieux de fascination, oserai-je l’écrire des lieux de cultes, les nouveaux médiums, les nouvelles idoles des temps modernes. Nous sommes passés d’un monde de lieux de rencontres, de relations et d’écrits à un monde des images et des écrans sans rencontres avec le réel, la société transhumaniste nous persuade qu’il s’agira incontestablement d’un nouveau progrès ouvrant de nouvelles connaissances, de nouvelles perspectives culturelles, de nouveaux plaisirs cognitifs. Comme l’écrit Jacques Ellul avec lequel nous partageons pleinement ce point de vue « Il n’y a pas vraiment d’informations à la télévision, il n’y a que la télévision dont seul émerge l’écran lui-même de l’appareil, il n’y a aucune information sur le réel »[1].

Michel Henry n’écrit pas autre chose sur la télévision et sur le monde des images artificielles, en dressant un jugement sans appel sur ce média, la télévision selon le philosophe est « la fuite sous forme d’une projection de l’extériorité, c’est ce qu’on exprime en disant qu’elle noie le spectateur dans un flot d’images… »[2]

Comment ne pas imaginer une forme de dépendance, relativement à l’usage quasi addictif d’Internet qui est devenu artificiellement le nouvel Ersatz, en réalité une drogue nocive. Comment ne pas sourire à ceux qui vous déclarent « je ne regarde désormais plus la télévision » mais sont rivés sur l’usage des réseaux sociaux, consultent systématiquement l’information véhiculée par le médium web.  Pourtant je ne jetterai nullement la pierre, j’en ai fait usage mais un usage qui a été jusqu’à une forme de dépendance.

J’ai pris conscience que le monde de l’image instaure un nouveau culte des temps modernes. Ne voyons-nous pas ainsi ces nouveaux prêtres de l’image, ces nouveaux dieux de la téléréalité qui sont adulés, ces nouveaux officiants du monde cathodique qui sont admirés. Ces vicaires médiatiques mutent en nouveaux confesseurs du monde contemporain.

Ces commentateurs de notre petit écran, occupent l’espace virtuel de notre maisonnée et sont devenus les nouveaux sages, installés dans un nouveau pouvoir édictant la norme, décrétant la façon dont il convient aujourd’hui de penser la réalité. En réalité ces vicaires de l’information ne pensent pas, ils sont les sujets de l’égrégore, cette masse informe de paroissiens auditeurs dont nous évoquions la figure au début de ce livre. Ces ministres du culte commentent en pensant être les consciences intellectuelles du monde contemporain mais en réalité ne sont que le reflet, le miroir d’une opinion qu’il faut tenir en laisse pour ne pas la laisser dériver dans la rébellion.

Dans ce monde de l’image nous sommes également devenus, des sujets passifs, des consommateurs d’informations en prise avec une information, une image, autant que possible dramatique mais en distance souvent avec sa réalité, ses contextes. Nous sommes abreuvés par des flots d’images continus, des vagues parfois déferlantes émanant des mondes cathodiques et numériques. Or pour ces pouvoirs de la finance, de la consommation, ou ces pouvoirs idéologiques, il faut bien créer, ces messes cathodiques pour nous tenir en dépendance, loin des lieux qui rassemblent et des lieux qui nous feraient prendre conscience de cette indolente passivité qui nous font adorer l’image, qui nous font adorer l’image plutôt que le créateur.

En écrivant ces lignes nous pensons à l’évocation de la figure de la bête et de son image. Le mot image est sans cesse répété dans le dernier livre de Saint Jean, comme si l’apôtre Jean fut frappé par cette dimension iconoclaste. Nous sommes ainsi convaincus que la modernité ne nous conduit pas à adorer des statues de bois, de pierre ou de terre, mais la modernité nous convie à adorer de nouveaux dieux et ces dieux sont numériques ou cathodiques nous privant de la relation verticale et horizontale, nous privant de communion avec Dieu et de communion avec le prochain.

Dans un monde totalitaire, la dimension iconoclaste sera à son paroxysme, Saint Jean, décrit cette puissance totalitaire, l’apôtre évoque l’image terrifiante de la bête qui exerce son pouvoir et sa marque sur l’ensemble de l’humanité devenue corvéable et adoratrice de l’image de la bête. Sans doute que le propos que nous tenons sera jugé exagéré par nos lecteurs ou extrême, nonobstant comment ne pas imaginer qu’il ne soit pas impossible pour une dictature de dominer les médias, de les utiliser pour exercer une totale emprise sur les individus. Il est évident que le monde d’aujourd’hui nous familiarise subrepticement et par capillarité à un tel pouvoir mortifère de l’image sur les âmes et les esprits.

Le dernier livre de la Bible l’Apocalypse décrit une forme de fascination totalitaire de l’image de la bête. Dans ce texte visionnaire et prophétique, il est intéressant de noter et en regard du sujet que nous traitons (le transhumanisme) qu’animer l’image signifie également « devenir un être en grec » en latin animer c’est donner le souffle, en réalité il s’agira de donner l’illusion du souffle de vie dans ces concepts d’intelligence      artificielle promus par le transhumanisme. Comme si l’ultime rêve fut de donner un corps animé, puisqu’il sera impossible de doter cette intelligence forte d’une âme.

Sur ce point le co-auteur Gérard Pech de cet ouvrage collectif appréhendera également cette dimension.

Apocalypse 13.15 « Et il lui fut donné d’animer l’image de la bête, afin que l’image de la bête parlât, et qu’elle fît que tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la bête fussent tués. »

La dépendance numérique chez les plus jeunes et leurs conséquences sur le développement psychique.

« Il n’y a pas de lieu qui ne soit exempté, ou pour tenir tranquille l’enfant, on lui donne de consommer un objet numérique, un biberon numérique ou à défaut une tétine … » Voilà ce que partageait une amie, stupéfaite de constater une forme de démission des parents, des parents s’abandonnant à un recours à l’objet numérique pour obtenir un peu de paix ou de calme, les livrant demain à une addiction, à une dépendance atrophiant la qualité relationnelle et la dimension affective de l’enfant au lieu de l’occuper par des activités ludiques et manuelles.

Sans doute que cette assertion pourrait être perçue comme un peu rapide, un raccourci hâtif, convenons-en, mais combien de situations semblables à celles-ci, n’ai-je pas constater lors de mes entretiens avec des habitants dans leurs appartements où la télévision exerçait une véritable emprise sur les esprits et les âmes. La télévision devenant le docile compagnon, la présence comblant le vide, berçant l’ennui de ses auditeurs et de leurs enfants.

La télévision qui devient très tôt une forme de biberon numérique ou de tétine cathodique, les temps d’écran dans les familles phagocytent les esprits et ne sont pas sans conséquences sur une forme de lobotomisation des intelligences relationnelles.

Serge Tisseron, psychiatre, psychanalyste, auteur du livre « Les Dangers de la télé pour les bébés »[3], fait valoir que l’exposition à la télévision retarde le développement de l’enfant ; plusieurs études américaines soulignent les problématiques des usages de la télévision chez les très jeunes enfants. En effet ce médium chez l’enfant de moins de 3 ans ne favorise pas selon ces études son développement et serait même de nature à freiner ses facultés cognitives.

D’autres études[4] corroborent qu’une trop grande exposition de l’enfant aux écrans (tablettes, ordinateurs, télévision…) nuit au développement du langage, de l’attention, mais également génère des troubles du comportement.

Si effectivement la télévision peut présenter de magnifiques opportunités pour découvrir le monde, nous ne pouvons occulter que la télévision peut concourir à annihiler l’esprit critique et décourager la capacité d’apprendre y compris chez les adultes.

L’écran façonnerait-il alors une société docile, obéissante peu à peu soumise, voilà sans doute un aspect de la réflexion à engager sur le devenir même de la société transhumaniste, une forme d’idole paganiste.  Psaume 97 : 7 « Ils sont confus, tous ceux qui servent les images, Qui se font gloire des idoles. Tous les dieux se prosternent devant lui ».

De l’empire cathodique à celui du numérique

Nous sommes sans doute nombreux à utiliser les réseaux sociaux, à poster photos, textes, images et vidéos. Par paresse ou bien par facilité, nous sommes nombreux à relayer, à avoir recours à des visuels, ces nouvelles icônes, ces nouvelles représentations du monde qui viennent refléter l’opinion, l’humeur, du moment.

Nous sommes aujourd’hui devenus les sujets de la « culture de l’image », une culture de l’image qui laisserait penser que nous en partageons les codes, les usages, les termes, mais en réalité cette culture de l’image est une culture sauvage, celle de la plasticité hétérogène, floue. Sans méfiance parfois nous subissons le diktat de cette nouvelle culture du numérique jetable, de l’image furtive. Le plus souvent nous ne prenons pas la distance nécessaire pour comprendre ses effets qui peuvent s’avérer néfastes ou désastreux.

Nous prenons conscience que les guerres sont aussi des batailles d’image, les guerres de l’image pour conquérir les esprits, les assujettir parfois. Dans ces batailles, les chaines de divertissement, les réseaux sociaux font de nos cerveaux, les lieux de prospection, les lieux de soumission des âmes, il s’agit en effet pour ces empires cathodiques ou numériques de mobiliser notre attention, toute notre attention, déplaçant ainsi le sens de la relation à l’autre, pour n’être captif que d’un écran qui assouvit, domine notre esprit.

Notre civilisation longtemps baignée dans l’écriture ou la parole, est entrée dans la civilisation de l’image. Cette culture de l’image nous conduit souvent à des postures pleines de contradictions, tour à tour nous dénonçons la transgression de l’image, le simulacre, l’artificiel, l’enfermement narcissique iconoclaste d’un reflet, d’une représentation, pour en louer paradoxalement la valeur descriptive, pédagogique, la capacité à reproduire le réel, à l’incarner, à partager la beauté, à sublimer, la valeur de l’existence.

Surtout ne pas apercevoir le réel

Jacques Ellul le grand penseur Chrétien ne dit pas autre chose dans son livre magistral « La parole Humiliée » avec une acuité saisissante, une vision pénétrante, il dénonce de façon quasi prémonitoire dans un livre écrit en 1979, oui écrit en 1979, le devenir de la parole qui serait supplantée par l’image. Ainsi pour Jacques Ellul, l’image vient se substituer au réel, vient en quelque sorte, désosser, stéréotyper la parole « La parole (qui) ne ferait qu’augmenter mon angoisse et mes incertitudes. Elle me ferait prendre conscience davantage de mon vide, de mon impuissance, de l’insignifiance de ma situation, tout est heureusement effacé, garni par le charme des images et leur scintillement. Surtout ne pas apercevoir le réel. Elles substituent un autre réel ». Pour Jacques Ellul nous entrons immanquablement dans un monde qui est sur le point de dévaluer l’écrit et la parole.

De façon sublime Jacques Ellul toujours dans ce livre « La parole Humiliée » que nous vous recommandons indique à propos de cette actualité saturée par l’image qu’elle « … implique la réalisation actuelle et sans délai de nos désirs. Un gouvernement qui dit qu’il faudra deux ans pour résoudre une crise est un gouvernement condamné. Une morale qui apprend à attendre et agir patiemment vers un objectif est une morale rejetée. Une promesse pour demain fait considérer comme un menteur celui qui la formule. Tout et tout de suite, c’est l’expression de la présence des images qui en effet nous accoutument à voir tout et d’un seul coup d’œil ».

Je pense que la lecture de ces mots, montre à quel point cette dimension que décrit ce grand théologien Chrétien est quasi prémonitoire relativement à une actualité assaillie par le tout numérique, le petit et le grande écran, la puissance de l’image cathodique qui installe dans tous les foyers le monde qu’elle regarde, qu’elle visualise pour nous, en prenant soin de trier, de sélectionner ce qui fait événement au risque même d’abîmer, de blesser l’âme, l’esprit, la conscience de tout à chacun.

Nous interagissons ainsi avec l’image sans avoir toujours le recul nécessaire, la distance qui devrait être nécessaire. Nous réagissons de façon abrupte soit en rejetant l’artificiel, soit en la relayant et en participant à l’émotion du moment. Nous nous servons alors de l’image pour interpeller nos contacts, nos amis, notre réseau. Nous voulons créer un effet pour participer à l’émotion du moment, vivre un moment collectif, partager la même opinion face à l’événement qui nous a affecté ou touché.

Les auteurs de ce livre n’ont pas échappé eux-mêmes à cette mode du petit ou du grand écran et reconnaissent fort volontiers avoir cédé parfois légèrement à cette nouvelle culture de l’image que l’on diffuse, que l’on distribue épisodiquement avec trop de docilité, de légèreté sans prendre conscience du pouvoir de la culture de l’image. Cette image qui n’est pas toujours ou jamais totalement neutre, une image qui a pu être instrumentalisée, manipulée à des fins de toucher l’opinion.

Dans cette culture de l’image, massivement nous nous laissons contaminer finalement par cette communication désincarnée qui peut échapper parfois à tout contrôle, à toute réalité. Le monde virtuel symbolisé par nos réseaux sociaux montre un affichage d’images idylliques qui ne reflètent pas nécessairement les réalités que nous vivons qui donnent à nos interventions narcissiques l’illusion d’exister. Nous sommes en effet loin de cette dimension illustrée par ce verset des écritures « l’homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l’Éternel regarde au cœur. » (1 Samuel 16 : 7)

Nous nous donnons ainsi en spectacle dans une forme proche de la télé réalité en prenant soin de maquiller, de corriger l’image que l’on veut bien renvoyer de nous. Notre rapport au monde et à autrui passe aujourd’hui non par la relation mais par des connexions. Nous sommes connectés au monde mais non plus reliés à notre village, à nos voisins, à nos amis, à ceux qui nous sont proches.

De la parole à l’écrit de l’écrit à l’écran numérisé :

La société moderne, celle que nous connaissons, que nous appréhendons dans notre quotidien est ainsi envahie par l’image. Nous sommes ainsi passés en quelques décennies d’une société dominée par l’écrit à une société de l’écran numérisé, de l’image.

Jamais de nos jours, l’image n’a été si prolifique, si envahissante. Nous recevons une quantité d’informations numérisées et cette quantité, cette déferlante d’informations dématérialisées est le plus souvent véhiculée par un flux de pixels, de photos, de films, de vidéos.

Notre société est imprégnée ou immergée voire submergée dans la culture du visuel, amplifiée par le règne des grands et des petits écrans, dans les foyers ou la puissance de l’image cathodique façonne nos modèles de vie en société, nous conduisant même à une culture d’addictions.

Nous vivons une forme de changement radical, de mutation finalement sociale ou le papier, la plume, l’écriture ont aujourd’hui une bien moindre emprise pour porter les idées du monde et l’impacter, mais l’image aujourd’hui en a pris le relais pour façonner le monde. Nous préférons le plus souvent utiliser les images plutôt que les mots, ces images qui deviennent nos icônes. Pourquoi au fond ce besoin existentiel d’avoir ce rapport à l’image qui nous éloigne d’un rapport à la transcendance. Cette phrase de Jésus qui indique que « le Père cherche des adorateurs en esprit et en vérité » est à mille lieux d’un monde qui vénère et adore les images, a besoin de se raccrocher à des représentations pour croire, pour fonder une émotion qui s’incarne, car « l’image m’a impressionné ».

Longtemps en effet l’écriture a influencé de manière parfois déterminante la formation des sociétés.

Il y a immanquablement dans le rapport au texte, une dimension réflexive à l’envers d’une image qui relève davantage d’un discours forcément réducteur, voulant refléter une réalité mais une réalité qui peut aussi être tronquée, bien entendu l’écriture peut aussi être mensongère et trahir le réel. Mais l’image par sa dimension fugace peut être, manipulatrice quand elle est au service de l’émotion que l’on veut atteindre.

Mais il est aussi vrai que l’image reportage peut être au service du bien quand celle-ci n’est pas tronquée, mais se veut un parti pris pour aider, pour influencer, pour toucher, pour émouvoir. Ma propre fille qui est photographe, s’inscrit totalement dans cette démarche pour illustrer l’étonnement, la beauté, l’émerveillement.

Nous pouvons ainsi tous convenir que l’impact émotif de l’image est puissante (beaucoup plus que dans un texte écrit, plus qu’une parole qui s’envole) et parfois même plus agressive, ce qui nous fait parfois dire qu’« une image vaut plus que milles paroles », « qu’une image résume un discours », « qu’une image parle mieux qu’un long plaidoyer ».

Dans cette société de postmodernité qui est la nôtre, force est de reconnaitre que les images tendent à se substituer à l’écriture, aux textes, les images deviennent les icones dans lesquelles se reflètent les opinions, les idées, l’image est devenue la culture dominante.

Sa profusion atteint des sommets tant dans les domaines de l’information, de la consommation. Notre esprit, notre conscience, notre pensée est imprégnée par un déferlement d’affiches, d’annonces, de messages, de photos, de vidéos, d’illustrations. Les images prennent des formes multiples tour à tour accrocheuses ou racoleuses, provocantes ou émouvantes, sensibles ou rébarbatives.

Si l’image a été au service de l’art, elle est aussi au service de la mémoire. Mais l’image est aussi le message consumériste, l’image peut aussi être propagande politique, la religion est-elle même influencée par le monde de l’image. Cette culture visuelle, a besoin de voir, de se représenter, finalement pour croire.

Les images jouent de nos jours un rôle central dans la fabrication des opinions, des émotions, la construction de la vie sociale, dans la construction de nos repères. Mais l’image est parfois biaisée, déformée, instrumentalisée, utilisée à des fins de susciter une réaction de l’opinion.

L’image est forcément ambiguë, par nature, une image ne devrait pas être le seul vecteur de communication mais force est de reconnaitre une dérive de nos univers sociaux entrainés par le flot d’un monde de moins en moins incarné.

Nous sommes ainsi entrés dans une nouvelle ère, celle de la visualisation du monde : elle suppose que les images ne soient pas la réalité ni même sa représentation. La retouche photographique et le montage d’une vidéo s’inscrivent comme un exposé rapide, une construction et une interprétation de la réalité, entretenant un rapport arrangé ou s’accommodant avec le réel.

Ainsi dans la récente actualité et dans un contexte de dramaturgie qui touche la Syrie, le monde occidental dans sa torpeur fut secoué violemment par une image, celle d’un enfant gisant «retrouvé » sur une plage. L’image était bel et bien tronquée, le drame syrien lui bien réel. Mais il fallait provoquer l’électro choc pour créer une émotion massive au sein d’une Europe qui n’avait sans doute pas pris la mesure d’une dramaturgie qui pourtant, inlassablement lui fut rapportée, y compris d’enfants pris dans les filets de pêches.

Dans ce dernier contexte et comme d’ailleurs l’histoire de l’image l’a montré jadis, nous prenons conscience de la puissance manipulatrice que l’image que revêt son pouvoir.

La puissance manipulatrice de l’image tient aussi à la dimension manipulatrice inhérente à l’argumentation par le pathos. Le pathos est en effet l’une des techniques d’argumentation destinées à produire la persuasion, à produire de l’émotion. L’image mieux que la parole, mieux que l’écriture est dotée de cette faculté de toucher, d’impacter, de résumer la pensée. Elle peut donc être dangereuse dans son aspect propagande, pointer l’ennemi, dénoncer l’étranger, ou pire idolâtrer l’homme providentiel.

L’homme providentiel pourrait ainsi avoir cette capacité d’utiliser l’image, de l’employer à ses desseins pour imposer sa figure, son icône au monde. Si Dieu se rencontre en Esprit, le livre de l’apocalypse rapporte que le bête se sert de son image pour l’imposer à la face de ce monde.

Apocalypse 13 verset 14-15 « Et elle séduisait les habitants de la terre par les prodiges qu’il lui était donné d’opérer en présence de la bête, disant aux habitants de la terre de faire une image à la bête qui avait la blessure de l’épée et qui vivait. Et il lui fut donné d’animer l’image de la bête, afin que l’image de la bête parlât, et qu’elle fît que tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la bête fussent tués … »

Nous prenons aussi conscience que dans cette culture de l’image, nos sociétés du numérique comme l’écrivait une amie Chrétienne, que celles-ci veulent nier Le verbe, le verbe incarné. Il s’agit de gommer, d’effacer Dieu dans nos représentations mentales, faire en quelque sorte l’éviction de toute référence à un Dieu Créateur que l’on ne peut connaître qu’en Esprit… Je cite là un de ses propos « L’image devient icône, et en adorant « l’image » on en vient à ignorer Dieu, à haïr Dieu. Ce qu’on ne montre pas n’existe pas… » Oui ce que l’on ne montre pas, n’existe pas. Notre société de l’image puisqu’elle ne peut pas montrer Dieu, forcément nie Dieu, montre qu’il ne peut exister puisque son image ne peut être produite, ne peut nous être restituée.

L’amour de l’image

Il me semble que l’amour de notre image mise en scène dans les mondes numériques, traduit au fond une forme de caprice d’adolescent, d’infantilisation, d’insensibilité et d’indifférence à l’autre comme l’est l’avarice. L’amour du reflet de son image sur le petit ou le grand écran surpasse ainsi l’intérêt que l’on devrait porter à autrui. Seule son image compte et celle que l’on veut donner à voir aux autres.

Se théâtraliser, se mettre en scène, finit par nous faire perdre tout sens et tout contact avec le réel, avec la vraie vie, les vrais gens. Dès le moment où nous voulons médiatiser un événement, est-ce vraiment la réalité, la médiatisation ne procède-t-elle pas le plus d’une démarche à la fois sélective et biaisée d’images, ce que l’on veut faire absolument voir, ce que l’on veut donner à voir de soi ?

Avec cette forme de télé réalité, le monde des pixels, l’image numérisée, cette société de l’écran, nous construisons dans ce rapport au monde de l’image : une vision du bonheur factice pour se donner à voir, une vitrine de la misère humaine valorisant l’artifice des connexions plutôt que la relation discrète.

Nous cédons en quelque sorte à l’abrutissement de la mode cathodique qui dénude les gens en les accoutrant d’un vernis qui masque une forme de frustration, le vrai visage d’hommes et de femmes en quête de bonheur mais n’étant que des acteurs d’une mauvaise comédie.

C’est ce que m’inspire la lecture du monde des réseaux sociaux et d’une certaine façon You tube pour ces hommes et ces femmes qui se mettent en scène. Mais ne jetons pas trop facilement la pierre. Nous aussi, nous sommes parfois les sujets de cette surexposition à laquelle nous sommes familiers depuis que la télé réalité et les réseaux sociaux sont venus inonder les écrans cathodiques et s’imposer parfois à nous.

Le succès sans doute de la télé réalité comme des réseaux sociaux repose essentiellement sur deux fictions : l’apparence d’un accès facile à la notoriété, l’illusion que nous renvoient nos images qui deviennent en quelque sorte nos avatars. Nous nous identifions à eux, nous sommes eux.

La télé réalité est le reflet symptomatique de la post modernité, d’individus narcissiques heureux de gagner en notoriété mais au fond des individus fragiles, incapables de vivre dans ce monde dans la durée, car la télé réalité est forcément éphémère, un jour dans la lumière, demain dans l’ombre qui vous congédie à un triste vous-même sans miroir.

Nous devrions en conclusion de ce chapitre nous inspirer de la conduite de Jésus qui n’a pas cherché à attirer l’attention sur lui, refusant les pouvoirs que lui donne la notoriété immédiate, appelant à la discrétion de chacun afin que lui-même ne soit pas idolâtré. Car le risque est bien l’idolâtrie de la créature et non l’adoration du créateur. Ce rapport à la télé réalité est également une manière artificielle de construire une représentation de soi

Ainsi le rapport narcissique de la société à la consommation, ce rapport à la télé réalité est également une manière artificielle de construire une représentation de soi, une idéalisation de l’égo, comme l’écrit Alain LEDAIN dans son livre Regard d’un Chrétien sur la société « …mais d’un soi déraciné, arraché à sa réalité. C’est comme si le monde cherchait à créer, non l’identité par ce que l’on est, mais « d’être » par ce que l’on possède. »

[1] Citation extraite du livre de Jacques ELLUL, le bluff technologique. Page 597 Pluriel.

[2] Citation extraite du livre de Michel Henry La barbarie page 190 : PUF

[3] http://www.lemonde.fr/vous/chat/2009/11/17/faut-il-interdire-la-tele-aux-tout-petits_1268448_3238.html#4mvGfc49XfsvK6mF.99

[4] Lire à ce propos l’article Naitre et grandir : http://naitreetgrandir.com/fr/etape/1_3_ans/jeux/fiche.aspx?doc=ecrans-jeunes-enfants-television-ordinateur-tablette

La nouvelle vision économique du monde numérisé

L’économie numérique via les progrès fulgurants de l’intelligence artificielle entend dessiner une forme de société vertueuse et idyllique, cachant en réalité la volonté d’intégrer l’ensemble des données qui caractérisent la vie humaine 

Ce nouveau texte écrit par Eric LEMAITRE est consacré à la vision instaurée peu à peu l’économie numérique dans les rapports qui se tissent transformant les informations en services et applications mercantiles visant sans aucuns scrupules à exploiter puis à monétiser l’ensemble de nos comportements, à favoriser de nouveaux gisements financiers.

La vision de ce capitalisme numérique nous fait entrer dans une forme d’âge d’or qui entend personnaliser à outrance les réponses apportées individuellement à chaque consommateur. Ce capitalisme se donne également les habits d’une forme de grande communauté numérique, une forme de communisme vertueux, de société de partages avec l’émergence de services apparemment gratuits ou à des coûts marginaux. Mais cette offre numérique opère en réalité une conquête insidieuse, sournoise de l’esprit humain, c’est une conquête absolue de la vie humaine jusqu’à nous rendre dépendant, addicte en nous suggérant des réponses aux besoins et aux attentes qui s’expriment dans le quotidien. Les variables changent, le monde économique est en train de muter à toute vitesse vers le tout numérique, vers la dématérialisation. Cette mutation se traduisant par moins de travail pour les hommes, par des discriminations et des exclusions possibles, ceux socialement jugés indignes. Les mutations vécues via ce monde numérique se traduisent ainsi comme un changement de modèle radical, un bouleversement de paradigme, avec des implications sociales équivalentes à celles de la révolution industrielle.

Pour être appréhendé par le plus grand nombre, ce monde en mutation incessante nécessite de nouvelles grilles de lecture, pour les citoyens, les usagers d’un service, les consommateurs. Le monde numérique n’offre aucune assistance en face à face, mais une pléiade d’intelligences artificielles et de services, en changement permanent, suivant des modes et des tendances, à la merci de marchés à conquérir, ou de parts de marchés.

Que dire de tous ceux qui n’ont pas accès à ce type de services, qui sont donc de facto « exclus » des data. Seront-ils représentés ailleurs ? Comment et par qui ? Pas de téléphone, pas de place de ciné ; pas de courses, pas de commandes ; pas de smartphone lié à un compte, pas de livraisons etc…

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Nous assistons à l’émergence d’un nouveau modèle à la fois civilisationnel et économique.  L’économie numérique via les progrès fulgurants de l’intelligence artificielle entend dessiner une forme de société vertueuse et idyllique, cachant en réalité la volonté d’intégrer l’ensemble des données qui caractérisent la vie humaine

Ce nouveau texte est consacré à la vision qu’instaure peu à peu l’économie numérique dans les rapports qui se tissent transformant les informations en services et applications mercantiles visant sans aucuns scrupules à exploiter puis à monétiser l’ensemble de nos comportements, à favoriser de nouveaux gisements financiers.

La vision de ce capitalisme numérique nous fait entrer dans une forme d’âge d’or qui entend personnaliser à outrance les réponses apportées individuellement à chaque consommateur. Ce capitalisme se donne également les habits d’une forme de grande communauté numérique, une forme de communisme vertueux, de société de partages avec l’émergence de services apparemment gratuits ou à des coûts marginaux. Mais cette offre numérique opère en réalité une conquête insidieuse, sournoise de l’esprit humain, c’est une conquête absolue de la vie humaine jusqu’à nous rendre dépendant, addicte en nous suggérant des réponses aux besoins et aux attentes qui s’expriment dans le quotidien.

Cette hyper personnalisation est sous tendue par le développement de capteurs de données qui se nichent dans toutes les dimensions de la vie incluant l’intime, les déplacements, les relations. Ces capteurs que sont les smartphones, les téléviseurs, les véhicules embarquant elles-mêmes des capteurs numériques, jusqu’aux compteurs d’énergie, en passant par les montres les bracelets numériques qui encerclent toutes les dimensions du quotidien du domicile à l’usage de sa voiture, de sa vie professionnelle à ses loisirs.

Ce modèle économique est également entrain de refondre le capitalisme moderne en déconstruisant la verticalité des circuits de production et de distribution, en développant également des services dématérialisés sans qu’il soit nécessaire d’avoir besoin de rapport avec un agent, c’est ainsi que le monde des assurances et de la banque se développeront sans qu’il soit nécessaire de s’appuyer sur des guichets ; les guichets seront virtuels, les contacts désincarnés.  La médiation qui s’incarnait à travers l’existence d’agents humains en contact, en relation, de succursales se manifestant au travers de contacts humains, tendra ainsi à se réduire puis sans doute à disparaitre.

Ce modèle économique déconstruit le rapport à la proximité et modifie substantiellement le rapport à la valeur dans un rapport à l’autre, nous devenons chacun d’entre nous une valeur « dématérialisée » et monétisée.

Le monde numérique est en train de façonner l’économie mondiale

Les chiffres publiés par l’UIT montrent que les technologies de l’information et de la communication (TIC) ont connu « un essor sans précédent au cours des 15 dernières années, ouvrant ainsi de vastes perspectives pour le développement socio-économique »[1]. Les perspectives annoncées d’ici les quinze prochaines années, promettent également une expansion galopante des univers numériques embrassant d’autres domaines de notre existence, touchant à la santé, la sécurité, les déplacements, les rencontres.

La création de données numériques[2] n’a jamais été aussi féconde, l’augmentation est exponentielle. Plus de 40% de la population mondiale fait aujourd’hui usage d’Internet[3].

Entre 2000 et 2015, le taux de pénétration du web a été multiplié par sept, passant de 6,5 à 43% de la population mondiale.

Selon les estimations d’un rapport de l’UIT, 29% des 3,4 milliards de personnes dans le monde qui vivent dans des zones rurales seront desservies par un réseau mobile large bande 3G d’ici à la fin de 2015″

La proportion de ménages qui a accès à l’Internet au domicile a ainsi considérablement progressé, passant de 18% en 2005 à 46% en 2015.

Les ambitions des géants mondiales du web (Facebook, Google) sont également de numériser le monde entier[4]. Leurs projets sont de démultiplier les satellites ou les ballons stratosphériques pour se passer des opérateurs télécoms traditionnels afin de connecter les 4 milliards d’habitants n’ayant pas encore accès à Internet.

La révolution du digital se répand à la vitesse de l’éclair à l’échelle de l’histoire de l’humanité et de manière bien plus rapide que les précédentes révolutions industrielles de l’électricité et des télécommunications. Le monde entier est ainsi sur le point d’être connecté, aucun habitant de cette planète à terme ne sera oublié. Dans cette démultiplication exponentielle des connexions, l’univers numérique se confondra de plus en plus avec l’économie et pour l’ensemble des sphères de l’économie. En d’autres termes le monde numérique est en train de façonner le monde et ses conséquences doivent être appréhendées, analysées pour comprendre un autre aspect de la déconstruction de l’homme.   

L’homme comblé au sein d’un nouvel eldorado  

Dans des contextes de révolution digitale mondiale, souvenons-nous que le XIXème siècle consacra le primat de la matière sur l’esprit, le XXIème siècle lui entérinera en quelque sorte le règne du virtuel sur la matière, le règne des connexions internet sur les relations, le règne des robots sur l’outil comme prolongement du travail accompli par l’homme.

Il n’est pas contestable que la société consumériste qui accompagne les changements technologiques introduit un changement dans les rapports aux autres, promouvant outrancièrement leurs quêtes respectives du désir de s’accomplir, de se réaliser.

Le rêve de l’homme est toujours poussé à aller plus loin jusqu’à créer des réponses virtuelles ou matérielles de bonheur artificiel, le libérant des corvées, des servitudes, de la « sueur ».

Alain Ledain auteur du livre Chrétien dans la cité aborde « Le rapport narcissique de la société à la consommation ». L’auteur professeur de mathématiques décrit, comment d’une manière artificielle l’homme consumériste construit une représentation de soi, une idéalisation de l’égo… mais d’un soi déraciné, un narcissique arraché à sa réalité.

Il ajoute : « C’est comme si le monde cherchait à créer, non l’identité par ce que l’on est, mais « d’être » par ce que l’on possède. Les objets que l’on porte sur soi deviennent ainsi les marqueurs de cette identité, transcendant l’être dans ses émotions, sa culture, ses croyances.

L’idolâtrie des temps modernes, c’est le consumérisme qui joue à fond sur le plaisir de consommer, de posséder. Nous consommons, non seulement par utilité, mais pour combler des désirs. Il y a une véritable quête de plaisir ; plaisir qui favorise certains secteurs : les loisirs et les nouvelles technologies notamment. »

Au cours d’un discours prononcé à l’assemblé nationale[5], Victor Hugo ce géant de la littérature parlant de son siècle, le XIXème, soulignait déjà la tentation consumériste et mettait ainsi en exergue un même mal qui au fil de l’histoire de l’humanité ronge l’homme, lamine, broie, atrophie son esprit, la conscience du bien, du beau et du vrai.

Dans ce discours, Victor Hugo évoquera un mal « un mal moral, un mal moral profond nous travaille et nous tourmente ; ce mal moral, cela est étrange à dire, n’est autre chose que l’excès des tendances matérielles » puis plus loin il ajoute « Eh bien, la grande erreur de notre temps, ça a été de pencher, je dis plus, de courber l’esprit des hommes vers la recherche du bien matériel. Il importe, messieurs, de remédier au mal ; il faut redresser pour ainsi dire l’esprit de l’homme ; il faut, et c’est la grande mission […] relever l’esprit de l’homme, le tourner vers la conscience, vers le beau, le juste et le vrai, le désintéressé et le grand. C’est là, et seulement là, que vous trouverez la paix de l’homme avec lui-même et par conséquent la paix de l’homme avec la société. ». Que dire alors des tentations consuméristes associées à ce monde virtuel qui caractérise la société contemporaine, le discours de Victor Hugo aurait été identique à celui prononcé il y a un peu plus d’un siècle.

Dans texte admirable de Charles Péguy[6], texte qui fait écho à Victor Hugo, Charles Péguy souligne la Babylone matérialiste et consumériste qui se dessine et souligne ce mal chronique et puissant d’une société soumise au veau d’or :

« Pour la première fois dans l’histoire du monde, les puissances spirituelles ont été toutes ensemble refoulées non point par les puissances matérielles mais par une seule puissance matérielle qui est la puissance de l’argent. Et pour être juste, il faut même dire : Pour la première fois dans l’histoire du monde toutes les puissances spirituelles ensemble et du même mouvement et toutes les autres puissances matérielles ensemble et d’un même mouvement qui est le même ont été refoulées par une seule puissance matérielle qui est la puissance de l’argent. Pour la première fois dans l’histoire du monde toutes les puissances spirituelles ensemble et toutes les autres puissances matérielles ensemble et d’un même mouvement ont reculé sur la face de la terre. Et comme une immense ligne elles ont reculé sur toute la ligne. Et pour la première fois dans l’histoire du monde l’argent est maître sans limitation ni mesure. Pour la première fois dans l’histoire du monde l’argent est seul en face de l’esprit… »

Gilles Lipovetsky dans son livre Le bonheur paradoxal décrivant la modernité, évoque à propos de cette société matérialiste quant à lui, l’idée d’une société dopante flattant la performance construite autour « des idéaux de compétition et de dépassement ». C’est l’impératif de l’optimisation de soi en toute situation, à tout âge et ce par tous les moyens. Gilles Lipovetsky dénonce ainsi cette société de la prouesse, cette société qui pousse les individus de façon continue à idéaliser les savoir-faire, les savoir être. Il faut se construire, se surpasser, toujours exceller, briller. « La société de performance tend ainsi à devenir l’image d’une nouvelle prévalence résultant de l’hyper modernité. »

La marchandisation numérisée et généralisée de la vie.

Dans ces contextes nous entrons dans une marchandisation totale et globale de toutes les parcelles de la vie sociale et des besoins qui l’accompagnent.

Cet extrait d’un article du monde[7] est tout à fait éclairant « Derrière les bonnes intentions déclarées des GAFA[8], l’objectif est bien de marchandiser toutes les parcelles de nos existences. La libération promise par les technologies est aussi notre prison ». C’est ce que le philosophe Eric Sadin souligne : « le modèle dominant développé par l’industrie du numérique consiste à offrir une infinité de « solutions » à l’égard de tous les moments du quotidien. Nous assistons actuellement à une « servicisation » généralisée de la vie ».

Nous « infiltrons » comme nous l’avons par ailleurs écrit dans un monde « serviciel » et dématérialisé ou tout est construit pour offrir la plus large palette de services, donnant l’illusion de combler la totalité des besoins dérivés de l’être humain, l’ensemble de ses désirs.

Au-delà de la marchandisation numérique des biens et des services, nous voyons le jour d’un nouveau commerce c’est aujourd’hui la marchandisation de tous les processus vitaux qui représente une nouvelle phase de la mondialisation et de la globalisation – concernant au premier chef le corps. Le corps humain constitue également et de nos jours une « matière première essentielle au déploiement de l’industrie biomédicale » et « destinataire des innovations biotechnologiques ». Ce corps en morceaux, en pièces détachées pourrait être demain achalandé dans les rayons du web. Cette marchandisation touchera non seulement le corps mais également la commercialisation du sperme et d’ovocytes, l’eugénisme « high tech », cette pratique d’achat en ligne du sperme semble avoir déjà eu lieu[9].

Il est impossible de ne pas songer dans cette réflexion sur la marchandisation généralisée de la vie au livre de Saint Jean Apocalypse 18, un passage au verset 11 aborde littéralement la vente des corps et des âmes d’hommes comme objets de commerce de la Grande Babylone.

L’eldorado numérique un leurre social et économique

L’eldorado numérique brosse l’idée d’une économie florissante, d’un nouvel âge d’or, libéré des astreintes de l’économie issue du monde réel. Les axiomes posés promettent un changement des paradigmes, promettant un monde libéré de toute attache, une liberté des consommateurs sans cesse augmentée, promettant à chacun du moins en apparence de n’obéir qu’à sa seule « autonomie », sa propre volonté. En fait le consommateur « autonome » sera assujetti à de nouvelles normes sociales encadrant son vouloir et son faire. Les normes sociales sans cesse codifieront les gestes, remplaceront les lois de l’ancien monde. La « disparition des lois » donneront l’illusion de la liberté, en réalité les normes s’avéreront être de véritables carcans, encartant la liberté de penser, de mouvement. Certes l’homme se considérera comme autonome mais non libre, libre de sa mobilité mais sans cesse surveillé.

L’eldorado numérique ne sera pas accompagné en réalité d’un plein emploi et risque bien, sinon avec certitude de créer de nouveaux fossés entre les riches et les pauvres. L’eldorado économique sera un leurre, une tromperie, l’économie numérique n’effacera et n’endiguera nullement le chômage. La croissance économique comme nous le savons n’est pas nécessairement associé à l’emploi, mais elle peut être adossé à des efforts de rationalisation et d’économie d’échelle avec la volonté drastique de toujours réduire le coût des ressources humaines dans la seule optique de satisfaire les investisseurs spéculateurs.

Comme l’écrivait Jacques Ellul dans son livre le Bluff technologique « Est-ce que les techniques de pointe nouvelles, ne seraient pas à l’origine de la crise économique (exactement l’inverse de ce que croient les politiques) ? L’hypothèse (qui est plus qu’une hypothèse, puisqu’elle reçoit un début de démonstration) avait été soutenue entre les deux guerres par des économistes comme Kondratieff et Schumpeter. Elle reparait aujourd’hui en reprenant la thèse essentielle de Schumpeter : le progrès technique représente le principal facteur dynamique caractérisant le développement économique, mais il a un effet déstabilisant en raison de son moment d’apparition, de sa vitesse de diffusion et de la multiplication de ses applications qui sont toutes perturbantes. Chaque grande innovation met en question des secteurs entiers des activités économiques, traditionnelles… »[10]

Ecrivain américain, futuriste et auteur de romans de science-fiction Ramez Naam dit que nous devons absolument prendre conscience du potentiel « chômage technologique » susceptible d’être engendré par l’économie numérique et robotique, par l’économie de l’automatisation. Ce non emploi des êtres humains sera créé par le déploiement sauvage de l’automatisation des technologies numériques et robotiques qui remplaceront demain le travail humain.   Pour conforter notre propos, nous renvoyons notre lecteur à son usage des autoroutes, s’il est un « vieux » conducteur, il se souvient sans doute, des aires d’autoroutes équipées de cabines dans lesquelles des hommes et des femmes effectuaient l’encaissement des paiements. Ces personnels des aires d’autoroutes ont finalement fini par totalement disparaitre, remplacés par l’automatisation des péages.

Ainsi l’auteur de romans de sciences fiction Ramez Naam, précise les enjeux prospectifs liés aux développement d’une société devenue hyper technique, numérisée et robotisée, en précisant les conséquences et les ravages d’un monde dominé par l’automatisation, l’« ordinisation » le pouvoir technicien.  L’un des enjeux décrit par le romancier est celui concernant « le taux de chômage potentiel des chauffeurs de taxi, les conducteurs de poids lourds, suscité vraisemblablement par des véhicules demain sans conducteurs, des voitures autonomes ».

Ce phénomène de destruction de l’emploi n’est certes pas nouveau, la problématique date des siècles, et a souvent galvanisé les transformations sociales les plus radicales. Un tel mouvement de transformation sociale tendra à s’amplifier avec la révolution numérique et transhumaniste. Pour éclairer notre propos et aller au-delà de la simple assertion, prenons quelques exemples issus de secteurs en pleine mutation, le textile, l’agriculture, la logistique e. commerce, le transport…

Jadis la fabrication des textiles était initialement un art manuel pratiqué soit par des fileurs ou des tisseurs qui exerçaient leur activité à domicile. Or en quelques siècles les progrès techniques, la révolution technologique dans le monde du textile ont fait naître de grandes entreprises textiles économiquement plus performantes.   Ainsi, les progrès techniques accomplis au cours des XVIIIe et XIXe siècles n’ont pas seulement donné le coup d’envoi à l’industrie textile moderne, mais ont été à l’origine de mutations considérables issues de cette révolution industrielle, révolution industrielle accompagnée de transformations familiales et sociales profondes.

De nouveaux changements ont lieu aujourd’hui, puisque les entreprises textiles les plus importantes se délocalisent vers les pays en voie de développement offrant une main-d’œuvre et des ressources moins onéreuses, tandis que la bataille concurrentielle suscite des développements techniques incessants tels que la robotisation, l’informatisation. Ces avancées technologiques permettent de réduire drastiquement les effectifs et d’améliorer sans cesse la productivité, hélas les conséquences sociales sont vécues comme une fatalité quasi programmée dans ce monde où la rationalité et l’efficience technique deviennent les règles d’une nouvelle gouvernance du monde marchand.

L’autre révolution touche également le monde paysan, l’image passéiste du paysan jardinier de nos campagnes se ringardise. Enfant j’arpentais et sillonnais les champs avec mon Père qui me faisait découvrir toute la biodiversité, et me sensibilisait à la terre, au monde des végétaux. Aussi loin que remonte mes souvenirs, je me souviens de chevaux qui tiraient une herse, c’était dans le début des années 60. La ferme de mes grands-parents occupait alors plus d’une dizaine de personnes vaquant à toutes les tâches agricoles y compris l’élevage.

Enfant, puis adolescent, J’étais le témoin d’une mécanisation progressive de la terre et d’une réduction drastique des personnels. La mécanisation de la terre se poursuit et au cours d’un échange avec mon père qui fut lui-même paysan, ce dernier me confia que pour viabiliser l’exploitation agricole, cette dernière devait être adossée à la fois à une gestion nettement plus techniciste et à la gestion d’une terre comprenant au moins deux cents hectares, demain probablement 400 hectares. En l’espace de 40 années de vie agricole, le monde paysan a vu le départ d’un nombre important d’agriculteurs et parfois même le suicide de nombreux paysans n’étant plus en mesure d’assurer leurs charges.

Or le monde agricole est en train de franchir un nouveau cap, l’agriculture comme l’univers industriel est en passe de vivre une profonde mutation[11], ces champs qui étaient l’espace du réel, une image d’un monde évoquant la nature sera lui aussi envahi par les drones, les robots, de nouvelles applications du génie génétique et du monde numérique, les GPS[12] qui constitueront demain les guides de machines sans chauffeurs.

Yves Darcourt Lézat dans un article le paysage une question de société souligne cette mutation qui se déroule à grands pas : « Le développement techno-scientifique qui prévaut depuis la fin du XVIIIeme siècle a changé la donne : la fonctionnalisation des espaces agricoles, l’industrialisation de l’agriculture, l’expansion des villes, le foisonnement des périphéries urbaines, la propension à “grossir coûte que coûte”, les spéculations à outrance… se conjuguent pour percuter des trames structurantes et leur substituer, trop souvent, l’exhibition spectaculaire d’une modernité conquérante et hégémonique, la gestion des flux et des temps primant sur la qualité et la singularité des territoires. »

L’agriculture vit sans doute la plus importante mutation de son histoire après celle du tracteur apparu à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans le monde agricole, les technologies toujours plus perfectionnées envahissent d’ores et déjà les exploitations. Les engins deviennent de super véhicules high-techs, les agriculteurs sont de plus en plus des hommes connectés, rivés sur leurs écrans et pilotant sans doute dans un très proche avenir de leurs bureaux, leurs « machines high tech » sans chauffeurs. D’ailleurs aura-t-on encore besoin de superviseurs humain pour contrôler un tel dispositif technique qui pourrait être contrôlé par lui-même.

La logistique « e. commerce » est également sur le point de connaitre une profonde mutation et l’exemple vient de l’une des quatre grandes entreprises du WEB, la société AMAZON qui a engagé une évolution majeure de son organisation, l’articulant autour de la robotisation de l’entreprise. L’enjeu pour l’entreprise est d’augmenter constamment l’efficience, ses cadences, ses marges, son efficacité et de remplacer l’humain par la machine effectuant les tâches de gestion logistique, de préparation des commandes.

La robotique n’est qu’un des aspects de l’innovation logistique made in Amazon.  Toutes les tâches liées aux contacts clients, à la vente des produits font l’objet des dernières applications techniques qui sont des concentrés de savoir-faire numérique, et de gestion des données.[13]

Dans le domaine du transport, c’est également là, l’autre révolution technologique qui n’est pas pour demain, mais qui est bel et bien amorcé. La « google car [14]» a été le premier prototype de véhicule de transport, piloté sans chauffeur grâce à de nombreux applicateurs, adossé à un système de guidage particulièrement sophistiqué.

Aujourd’hui c’est dans le domaine du transport collectif et également dans le transport de frets que les changements s’opèrent avec des expérimentations déjà mises en œuvre, y compris en France. Ces transports collectifs ou transports de marchandises sont aujourd’hui parfaitement en mesure de détecter les obstacles statiques et dynamiques, d’adapter et de synchroniser la conduite à l’environnement, en fonction également des flux routiers en journée.

Aujourd’hui, le remplacement des ressources humaines par l’automatisation, les systèmes de guidage, la robotisation s’étend au-delà de la production industrielle.

Dans les années 86, au début de ma carrière professionnelle, je menais une étude de marché sur la gestion automatisée des files d’attente et je fus conduis à rencontrer les administrations, les banques et les hypermarchés.

Un directeur d’hypermarché m’avait indiqué en 1987 lorsque je lui exposais le concept de caisse automatisée (produits auto-scannés par les clients sans l’intervention d’une caissière), que cette idée avait certainement un grand avenir et il pronostiquait l’avènement des caisses entièrement automatisées dans les cinquante prochaines années. Aujourd’hui et au début de ce XXIème siècle, dans les supermarchés, les caissières sont peu à peu remplacées par une série de machines enregistreuses en self-service qui permettent aux clients de transcrire leurs achats sous la surveillance d’un seul employé, ce qui est d’ailleurs le cas dans les enseignes IKEA.

Pour ceux qui appréhendent la menace que l’automatisation fait peser sur les travailleurs non qualifiés, la première réponse qui vient à l’esprit est d’adapter les ressources humaines, de former les salariés. Mais voilà inéluctablement le progrès technologique commence également à détruire, anéantir les emplois qualifiés, y compris les emplois hautement qualifiés, et il n’y a probablement aucune sphère qui ne soit demain impactée par la conquête technique celle de la digitalisation, robotisation, de l’automatisation et de l’« ordinisation ».

La déshumanisation de la société est dès lors bel et bien en marche et cette marche est incontestablement violente et augure d’une prochaine barbarie à visage économique.

Vers l’ubérisation[15] de la société

La question à ce jour est d’appréhender la capacité de l’homme à s’adapter à un monde en perpétuel changement, à des changements qui se dessinent avec la mutation révolutionnaire de l’économie numérique susceptible d’engendrer de nouvelles crises sur l’emploi. C’est « l’uberisation » de la société qui est en route, un phénomène social récent dans le domaine de l’économie numérique qui se traduit par l’utilisation de services permettant ainsi aux professionnels comme à leurs clients de construire des transactions commerciales directes, de manière quasi-instantanée, grâce à l’utilisation des nouvelles technologies. La mutualisation de la gestion administrative et des nouveaux systèmes de l’économie numérique réduit de facto le coût de revient de ce type de service mais cette ubérisation n’est pas sans conséquence sur la vie sociale des artisans qui légitimement s’inquiètent des développements et des avancées du monde numérique, d’un monde transhumaniste.

Dans ce contexte de bouleversements introduits par l’industrie numérique, la robotique et l’intelligence artificielle, il importe de prendre conscience du leurre numérique, fossoyeur social des temps modernes et des desseins qui se dessinent dans un monde qui chancelle, dont les fondations au fur et à mesure des avancées de la technique fragilisent les ressources issues de la vie relationnelle, les rapports entre les hommes, les équilibres des écosystèmes dans lesquels l’humain est fondamentalement inscrit. Inévitablement les bouleversements conduiront les salariés dans l’ensemble des secteurs économiques à des situations anxiogènes, des troubles résultant de taux massifs de chômage, d’effondrements sociaux et de crises déconstruisant les liens au sein même des familles.

Le client consommateur sous contrôle de l’intelligence artificielle

Nous sommes nombreux à avoir effectué des achats sur des sites Internet, nous ignorons sans doute que pendant l’achat, des robots assistants peuvent guider le client en comprenant et interprétant ses besoins et en enrichissant l’expérience client. L’intelligence artificielle est devenue de façon quasi incontournable, l’outil informatique intrusif mobilisé par les plateformes des grandes enseignes d’achat du monde numérique. L’Intelligence artificielle est devenue ainsi un outil capable de fouiller les habitudes, de suggérer, d’adapter les réponses, capables même d’empathie envers le client.

Pour Catherine Michaud[16] ; l’intelligence artificielle est devenue l’instrument de la relation client permettant de comprendre les modalités d’achat et d’interpréter les données de l’achat client[17]: « L’intelligence artificielle offre une capacité de connaissance qui devient infinie. Non seulement c’est de la connaissance en temps réel mais elle apporte en prime une information précise et puissante dans la relation client ». Elle inaugure aussi une nouvelle ère dans la relation client car elle est adaptative. Elle permet en amont du parcours d’achat d’aller chercher et interpréter des données dans le monde ouvert.

 Le monde de la finance régulée par la machine[18]

Le monde des transactions boursières manifeste un appétit marchand de plus en plus dévorant. Ce monde de la finance est aujourd’hui au pouvoir des algorithmes et des logiciels les plus sophistiqués. Les transactions boursières s’effectuent au moyen de robots, surnommés les robots de trading.  Les démarches spéculatives et organisées au moyen d’algorithmes et de techniques élaborées permettent d’engranger des revenus substantiels mais totalement immoraux puisque fondés sur des gains spéculatifs et virtuels.

Ainsi l’ensemble des volumes de transactions sur les marchés de la bourse sont désormais traités par de nouveaux acteurs non humains mais des traders technologiques appelés « les traders à haute fréquence ». Pour l’expliquer en des termes simples, le trading à haute fréquence consiste à recourir de façon automatisée à des algorithmes et des technologies sophistiqués pour repérer et exploiter les mouvements de marché avec une échelle de temps d’une dizaine de millisecondes, un temps qui ne saurait être maitrisé par l’homme.

Citons le journaliste suisse François Pilet[19] « On est passé d’une seconde à une microseconde [un millionième de seconde qu’on peut appeler la nouvelle seconde puisque c’est la nouvelle unité de temps du fonctionnement des marchés : c’est un million de fois plus petit. Un exemple : si vous prenez une journée et que vous l’agrandissez un million de fois ça fait 4000 ans de transaction boursière et durant ce temps, il se passe beaucoup de choses. Ce qui veut dire qu’aujourd’hui dans une seconde il se passe énormément de choses. »

Les transactions menées au moyen des logiciels sophistiqués totalisent désormais plus de la moitié des échanges sur les marchés de la bourse. Ces transactions traduites en ordres de bourses (acheter ou vendre) se réalisent dans des temps qui ne peuvent être gérés par l’être humain puisque les transactions s’opèrent en millième de seconde.

Or ces transactions, ces ordres de bourses confiées aux algorithmes ont été la cause de dysfonctionnements graves, d’un mini krach le 6 mai 2010[20] et les problématiques posées aujourd’hui par l’intervention de ces traders non humains inclinent largement à penser qu’une régulation de leur usage est devenu absolument nécessaire.

La révolution numérique est aussi une révolution sociale et économique effeuillant l’individu

La révolution numérique a commencé, elle relève bien plus que d’une innovation majeure, d’un événement technique fascinant, cette révolution touchera en réalité toute la vie sociale d’abord en la décryptant puis en l’organisant. SI le lien social à l’heure numérique est « fabriqué » par les ordinateurs, la numérisation du monde franchira un nouveau pas, en emmagasinant toutes les données concernant notre quotidien puis en contrôlant une vie sociale intégralement numérisée. Avec ce monde numérique à qui nous léguons de l’information sur nous-même ; nous sommes sur le point de lui troquer une partie de nous-même croyant gagner la liberté, la fluidité, la facilité, le gain de temps, or nous sommes sur le point de lui céder notre âme contre un nombre.

Nous sommes comme chacun le sait, environnés d’objets numériques, nous nous en accommodons depuis trois décennies. Nous sommes également usagers de cartes de paiement contenant un microprocesseur (une puce) capable de traiter une information. Chaque fois que nous faisons usage d’internet, que nous réalisons une commande sur un site commercial, laissons un commentaire sur un réseau social, effectuons un achat avec notre carte bancaire, nous laissons une trace, nous abandonnons une information, nous communiquons une partie de nous-même.

Cette trace est une donnée, elle constitue un support d’informations, propagée dans l’environnement du WEB mais également exploitée par les réseaux bancaires. Ces données, associées à nos usages d’internet, nos usages de paiements numérisés sont immédiatement consignés. Toutes ces données indexées, enregistrées, autorisent de fait une lecture de nos pratiques, de nos habitudes d’achat, de nos façons d’utiliser les réseaux sociaux.

Peu à peu notre personnalité numérique s’affiche, nous devenons un livre ouvert (là où un livre ne donne accès qu’à des connaissances, votre personnalité numérique ouvre les portes de votre intimité), une forme de tableau qui restitue peu à peu une image et au-delà même une identité. Nous constituons peu à peu un matériel d’informations pour les géants du WEB et pour l’ensemble des acteurs du monde bancaire. Aujourd’hui ces acteurs, ceux du WEB et du monde bancaire sont conscients de posséder une mine de renseignements.

Or, posséder cette double information touchant simultanément les registres des comportements sociaux et de consommation, constitue le rêve d’une société totalisante qui pourrait de fait posséder une forme de pouvoir et de contrôle sur les individus. Dans ce nouveau chapitre, nous vous invitons à regarder avec nous comment ce processus est devenu possible. Nous vous convions à comprendre pourquoi notre monde est en train de basculer, de dériver vers une forme d’asservissement des êtres humains.

La numérisation du secteur bancaire

La numérisation du secteur bancaire est en marche : « La numérisation pousse les banques vers la plus grande transformation de leur histoire », de nombreuses banques se sont d’ores et déjà lancées dans le monde digital. Cette révolution est également inquiétante, elle augure une nouvelle fois une déshumanisation du monde dans lequel nous entrons inévitablement.

Le constat de cette révolution numérique est sans appel, les agences dans le secteur bancaire sont de moins en moins sollicitées, fréquentées. En effet, dans des proportions de plus en plus importantes, les usagers déjà largement familiarisés au monde numérique, ont pris l’habitude, de consulter leurs comptes à partir de leurs écrans tablettes, ordinateurs, smartphones…

C’est l’organisation de la banque de détail qui a maillé autrefois les territoires qui est remise en cause radicalement. Cette transformation que le monde numérique opère, n’affecte pas seulement le monde bancaire : nous n’évoquerons pas ici la disparition des services dans certaines zones de nos territoires, tels que les services sociaux, la Poste, les points de distribution s alimentaires, les écoles, les maternités etc. qui sont autant d’agoras, de lieux désormais inopérants.

Aujourd’hui le modèle économique bancaire (la banque de détails) est confronté à des crises successives, à une baisse implacable des fréquentations de clientèles.  L’accélération et la conversion de la banque de détails au modèle d’organisation numérique de la banque digitale se sont littéralement imposées.  Cette mutation numérique est un couperet net en matière de nombre d’emplois.  Pourtant le consommateur lambda ne se lamente pas de la disparition de son guichetier, il voit à travers ses opérations effectuées sur son smartphone, un gain de temps extraordinaire, fini pour lui les files d’attente interminable et ses rendez-vous ratés.

Face à ce phénomène touchant les nouvelles pratiques de ses clients, les banques sont conduites à faire évoluer leurs services, elles seront à terme amenées à diminuer physiquement le nombre de succursales. Nous pourrions d’ailleurs parier la disparition prochaine des agences bancaires de proximité. Cette disparition se fera au profit du monde des portables téléphoniques, ces smartphones deviendront ainsi le premier guichet pour bon nombre d’usagers.

Le monde bancaire deviendra digital, c’est l’autre révolution qui est en marche. Le client pourra éventuellement rencontrer son conseiller sur écran avec « Skype », ou échanger avec une intelligence artificielle sur d’éventuels conseils financiers, des transactions ou des demandes de prêts. Les conséquences pour les salariés seront évidemment dramatiques, l’emploi dans le secteur bancaire subira les effets de la numérisation. Cette numérisation de la banque aggravera, accentuera la baisse tendancielle des effectifs déjà connue dans le monde bancaire. Cette tendance mondiale ne touche pas seulement le monde bancaire. La recherche du profit via la numérisation du monde économique n’est que le facteur d’une transformation majeure de nos sociétés : le travail n’est plus ainsi le seul outil de répartition des richesses.

C’est cette fragilité du monde bancaire qui pourrait bien constituer le socle des ambitions des géants du WEB, de leurs velléités à vouloir franchir un nouveau cap dans la gestion des profits en exploitant au mieux les « datas » de leurs clients.

L’intrusion du monde bancaire dans la vie privée des consommateurs

Comme nous l’avons déjà largement appréhendé dans le livre « La déconstruction de l’homme », les nouveaux services déclinés par les géants du WEB apportés aux consommateurs seront de nature à chambouler la donne des grands équilibres économiques actuels. À terme ces bouleversements seront inévitablement destructeurs de valeurs.

L’autre réalité du monde numérique, c’est celui d’avoir fait émerger un média (le WEB) qui a généré de multiples marchés sans équivalent dans le monde, cassant certains monopoles de la distribution et du commerce physique. Demain, il est à parier que c’est l’ensemble du monde bancaire dans sa forme traditionnelle, qui sera remis en cause.

Ce monde numérique génère dès lors des problématiques nouvelles, typiques parce que nous sommes face à de nouveaux géants mondiaux (Google, Facebook, Apple, Amazon…) qui cumulent des caractéristiques leur conférant un pouvoir sur les marchés économiques sans égal au monde. Les géants du numérique ont ainsi une parfaite maîtrise des algorithmes. La maîtrise  liée à la gestion des data (données sur nos usages, nos opinions, nos humeurs, leur confère à ce jour la détention de données comportementales, touchant à nos représentations, croyances, convictions, sans équivalent dans le monde. Mais le risque à venir, c’est celui du franchissement d’un nouveau « Rubicon », croisant les « data » de notre vie sociale et les « data » de consommations gérées par le monde bancaire.

Il n’est pas inimaginable de concevoir l’émergence au sein même de l’économie numérique de nouvelles alliances, entre les géants du WEB et le secteur bancaire. Les géants de l’Internet ne font plus mystère de leurs ambitions de développement dans les services bancaires et notamment dans le domaine des paiements, de monnaies électroniques (Facebook serait en passe de réfléchir à de nouvelles modalités d’échanges entre consommateurs, permettant aux usagers du réseau social de procéder à des transferts d’argent entre eux). Votre téléphone scanne les codes-barres et peut permettre déjà dans de nombreux pays, d’effectuer des paiements de factures, de les effectuer chez les commerçants. Dans ce monde totalement numérisé à terme, les banques et les opérateurs de téléphonie mobile ne feront plus qu’un dans l’émergence de ce nouveau marché.

Nous le savons bien , les moyens de paiement transitant par la banque est une des sources de revenus du monde bancaire. Comment alors ne pas se saisir pour les géants du WEB, d’une telle aubaine et telle une pieuvre, agripper une nouvelle proie augmentant ainsi sa soif intarissable de puissance et de domination.  La connaissance du client et la possibilité de gérer le risque prédictif le concernant, sont sans doute l’investissement à venir. La capitalisation des données clients pour adapter les services et générer des sources de revenus est sans doute l’autre enjeu.

Comme me le confiait le cadre d’une très grande banque française, le client n’a plus de secret pour sa banque. La monétisation numérisée de nos moyens de paiement (5,9 milliards de transactions par an sont effectuées en France) nous rend soudainement totalement transparent aux yeux de notre banque. Grâce à ses algorithmes en un clic, la banque est en effet en capacité aujourd’hui, d’analyser le profil des comptes de ses clients. Le client est mis à nu, effeuillé, la banque sonde les data des achats effectués, l’intégrité et la plénitude du portrait de son client se dessinent.

Sur l’écran, le banquier a immédiatement connaissance des caractéristiques des dépenses et du profil risque que représente le client. La banque croise, analyse, recoupe les données, établit des corrélations, structure les informations touchant les dépenses, les mouvements des comptes. Une véritable intrusion s’organise. Une connaissance fine et détaillée du client se déploie sous les yeux du banquier. Le client devient prévisible, il est possible de le catégoriser, de le caser dans des typologies de client Pépère, client Flambeur, client Prometteur, client sans Avenir.

C’est toute la vie du client qui se confesse devant ses yeux, même si ce dernier s’imagine qu’il n’a pas mis tous ses œufs dans le même panier. Aucune autre entreprise, comme la banque ne détient ainsi autant de données sur ses clients : revenus, propension à dépenser ou au contraire à épargner, enseignes fréquentées, habitudes alimentaires, dépenses santé. Le client est dévisagé, totalement dévisagé. Dans ce jeu des data, la banque est en mesure d’apprécier les évolutions, les changements intervenus, les rythmes de consommation, y compris l’intime du client ce que lui-même n’oserait confier à ses amis, sa banque, elle en revanche le sait. Le client ne saurait alors tricher, mentir, les demi-vérités n’existent pas pour le banquier.

Le client est en quelque sorte en train de devenir un livre ouvert, un livre que toutes les entreprises aimeraient pouvoir lire, que des organisations étatiques, que les géants du WEB, pourraient bien vouloir sonder, si les mesures touchant à la sécurité des citoyens devaient se développer. D’ores et déjà ces big data bancaires savent localiser les déplacements, les lieux que vous fréquentez, les habitudes, les récurrences de ces achats.

Le mariage quasi diabolique du secteur bancaire et des GAFA

Mais le plus inquiétant est à venir, face à la puissance financière des big data, nous pourrions dans un proche avenir, imaginer sans peine les fusions des majors de la finance mondiale et des entreprises comme Google et Facebook.

Le souci de la connaissance client est en effet un axe de développement primordial pour le secteur bancaire et d’ailleurs cela est aussi vrai pour l’économie numérique, qui peut espérer l’emploi et l’usage des nouvelles formes d’interactivité offertes par les réseaux sociaux. Les mondes des réseaux sociaux et des data exploités dans le secteur bancaire, inéluctablement et inévitablement s’intriqueront et se croiseront.

Dans ce monde déjà dystopique, les partenariats  entre les secteurs bancaires et les géants du WEB se renforcent. La collaboration entre les banques et les géants du numérique, œuvre pleinement en ce sens. Ces collaborations s’appuient sur une nouvelle gouvernance des rapports clients, construite autour d’une feuille de route nécessairement commune celui de la connaissance du client. Mais au-delà des ententes possibles et envisageables, il est tout à fait concevable que les géants du WEB, disposeront demain de leurs propres moyens de paiement comme nous l’avons indiqué en préambule en évoquant cette possibilité par Facebook de permettre à ses internautes de transférer de l’argent numérique entre eux.

Les géants du WEB disposent de moyens financiers colossaux et sont en mesure de déstabiliser les banques traditionnelles, de faire demain irruption non seulement sur les marchés des moyens de paiement mais également de l’épargne.

Notons, pour illustrer notre propos, ce service de paiement en ligne appelé PayPal qui permet de payer des achats, de recevoir des paiements, d’envoyer et de recevoir de l’argent. PayPal a été créé en 1998 par la fusion de deux start-ups : Confinity et X.com. En 2002 PayPal a été racheté par la société eBay pour 1,5 milliard de dollars US, ce rachat était expliqué par l’usage important du site d’enchère lié aux transactions utilisant ce service de paiement en ligne.  Nous voyons bien dès lors l’intrusion de sociétés spécialistes du WEB investissant le monde bancaire et la possibilité immense d’exploiter allégrement les données clients pour augmenter le pouvoir d’informations sur les clients.

Le secteur bancaire est sur le point de connaître  des bouleversements sans précédent quand on sait aujourd’hui à quel point les consommateurs sont devenus si familiers avec l’usage de leur smartphone, dont la convivialité d’usage est devenue si intuitive. Le smartphone devenant à terme le concurrent de la banque de proximité, du guichet bancaire, qui pourrait à terme disparaître. Rappelons ce chiffre, 67 % des détenteurs de smartphone (étude TNS Sofres) se servent de leur téléphone mobile pour effectuer des opérations bancaires. Les Banques se doivent dès lors de suivre en permanence les performances de leurs supports on line de manière à les faire évoluer afin de s’adapter aux nouvelles pratiques consuméristes de leurs clients.

Mais au-delà de la disparition plus que probable du guichet bancaire, le plus inquiétant n’est sans doute pas cette transformation inévitable des modalités de vente, d’achat, d’emprunts bancaires mais bien l’utilisation intrusive des données touchant les comportements de consommation et les croyances des consommateurs. Il deviendrait donc aisé en numérisant les connaissances des comportements et les connaissances des croyances de tracer, de suivre, d’ausculter, de surveiller chaque consommateur. Le consommateur ne devenant ainsi qu’un nombre.

Nous comprenons alors beaucoup mieux la dimension prémonitoire que nous trouvons dans le livre de l’apocalypse 13.17 : « personne ne pût acheter ni vendre, sans avoir la marque, le nom de la bête ou le nombre de son nom ».

Les perspectives discriminantes du monde numérique

Les variables changent, le monde économique est en train de muter à toute vitesse vers le tout numérique, vers la dématérialisation. Cette mutation se traduisant par moins de travail pour les hommes, par des discriminations et des exclusions possibles, ceux socialement jugés indignes. Les mutations vécues via ce monde numérique se traduisent ainsi comme un changement de modèle radical, un bouleversement de paradigme, avec des implications sociales équivalentes à celles de la révolution industrielle.

Pour être appréhendé par le plus grand nombre, ce monde en mutation incessante nécessite de nouvelles grilles de lecture, pour les citoyens, les usagers d’un service, les consommateurs. Le monde numérique n’offre aucune assistance en face à face, mais une pléiade d’intelligences artificielles et de services, en changement permanent, suivant des modes et des tendances, à la merci de marchés à conquérir, ou de parts de marchés.

Que dire de tous ceux qui n’ont pas accès à ce type de services, qui sont donc de facto « exclus » des data. Seront-ils représentés ailleurs ? Comment et par qui ? Pas de téléphone, pas de place de ciné ; pas de courses, pas de commandes ; pas de smartphone lié à un compte, pas de livraisons etc…

Nous parlions dans un précédent article du vol de données, nous reposons la question, tout en voulant bien accepter le bond en avant que constituent toutes ces avancées, il est plus facile aujourd’hui de pirater un téléphone que de cambrioler une banque : avantage ou inconvénient du numérique… ?

Enfin pour terminer cet article, nous aimerions donner une illustration à l’ensemble de notre propos, cette illustration nous vient de Chine. L’état chinois entend en effet utiliser les fameux big data pour mieux évaluer ses citoyens dans leurs actes sociaux et citoyens, leurs bonnes conduites par exemple comme automobiliste, leurs comportements vis-à-vis du parti unique. Sur quelques zones tests la chine met ainsi en place, un dispositif d’évaluation qui permettra aux personnes les mieux évaluées d’accéder à tels ou tels services, d’autoriser ou non ses citoyens à voyager hors de chine. Cette information nous l’avons relevé dans un article écrit dans la revue la Tribune publié le 24 octobre 2016 dont nous vous proposons un extrait :

« Prévu pour 2020, ce dispositif dénommé « Système de crédit social »[21] doit collecter les données des 700 millions d’internautes chinois. Du respect du code de la route aux discours tenus sur les réseaux, tout élément pouvant décrire le comportement d’un citoyen est comptabilisé. Il suffit donc d’un feu rouge grillé pour voir sa note s’abaisser. »

[1] http://www.itu.int/net/pressoffice/press_releases/2015/17-fr.aspx

[2] 90% des données numériques ont été créées durant ces deux dernières années

[3] Données issus d’un rapport de la Banque Mondiale.

[4] http://www.numerama.com/sciences/188251-les-ballons-stratospheriques-de-google-une-opportunite-pour-le-cnes.html

[5]http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/victor_hugo/discours_fichiers/seance_11novembre1848.asp

[6]  Charles Péguy – L’argent (1913) Éditions des Équateurs parallèles, 1992, p. 29-37.

[7] Le Monde du 14.02.2016.  citation extrait d’un article rédigé par Lionel Meneghin (Rédacteur en chef du magazine « Dirigeant »)

[8] GAFA est l’acronyme de Google, Amazon, Facebook et Apple

[9] http://www.e-sante.fr/achat-sperme-en-ligne/actualite/1454

[10] Citation de Jacques ELLUL reprise du livre le Bluff technologique Page 465 Pluriel.

[11] Lire l’article de Romain Charbonnier Demain l’agriculteur sera encore-t-il dans le pré : http://acteursdeleconomie.latribune.fr/territoire/attractivite/2015-10-08/demain-l-agriculteur-sera-t-il-encore-dans-le-pre.html

[12] GPS : « Global Positioning System ». « Système de positionnement par satellite ». Système qui permet de se repérer et de se mouvoir par guidage satellite.

[13] Nous vous renvoyons à l’article des échos, qui décrit la révolution technologique engagée par la société AMAEON

http://www.lesechos.fr/16/10/2015/LesEchosWeekEnd/00003-009-ECWE_amazon-danse-avec-les-robots.htm#SRQFjikaGUxEGJOi.99

[14] La Google Car est un système de pilotage automatique pour automobile aidé de radars, caméras vidéo et GPS lancé en octobre 2010 par la société Google devenu Alphabet

[15] Ubérisation est un néologisme un terme provient de l’entreprise Uber qui a généralisé à l’échelle planétaire un service de voiture de tourisme avec chauffeur entrant directement en concurrence avec les taxis.  Ce service se caractérise par la mutualisation des ressources et la faible part d’infrastructure lourde (bureaux, services supports, etc.) dans le coût du service, ainsi que la maîtrise des outils numériques.

[16] Catherine Michaud est CEO d’Integer et administrateur à l’AACC.

[17]Extrait d’un commentaire paru sur le web e.marketing :  http://www.e-marketing.fr/Thematique/general-1080/Breves/Intelligence-artificielle-quelles-opportunites-marques-308916.htm#lbH6mDwoSU5xtW0z.99

[18] http://www.creg.ac-versailles.fr/la-regulation-de-la-finance-et-ses-limites

[19] Citation de François Pillet extraite du site France Inter

[20] https://www.franceinter.fr/emissions/l-enquete/l-enquete-08-avril-2016

[21] Extrait de l’article lu dans la tribune : http://www.latribune.fr/economie/international/chine-le-big-data-pour-noter-les-citoyens-et-sanctionner-les-deviants-610374.html

 [Auteur in1]smartphones (tout pluriel)

 [Auteur in2]distributions

 [Auteur in3]valeurs

 [Auteur in4]maîtrise

 [Auteur in5], (virgule)

 [Auteur in6]Entre les

 [Auteur in7]connaître

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La déconstruction de l’Homme

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Le titre d’un livre doit au fond synthétiser la pensée de son auteur ou des auteurs puisqu’il s’agit d’un ouvrage collectif. Le titre doit être porteur de sens et traduire dans une forme de résumé  l’ensemble d’une réflexion.

Cette réflexion est sur l’homme, ce n’est certainement pas le premier ouvrage qui traite de cette question.

De multiples ouvrages philosophiques, théologiques, même sociologiques, ont traité de l’homme dans l’ensemble des dimensions anthropologiques et sociales. Dans ces ouvrages, la dimension contextuelle de l’homme a été considérée, également abordée comme sujet social, culturel dans toute son étendue éthique, morale, spirituelle.

Ce livre n’a cependant pas l’ambition de traiter l’homme sur ses aspects sociologiques, philosophiques, anthropologiques, même si cet ouvrage collectif le fait par ailleurs en évoquant en effet une idée de déstructuration de l’anthropologie que font peser à la fois la modernité virtuelle, la société des écrans, le monde numérique, la technicité de notre époque.

Notre titre peut paraître étrange puisque sans équivoque nous abordons la « déconstruction de l’homme » dans un contexte d’idéologie transhumaniste et de société numérique. La déconstruction de l’homme comme :

  • l’envie de dépassement du génome humain,
  • le désir de modifier l’être humain, d’en finir avec l’encerclement du corps,
  • l’aspiration à mettre fin à la finitude qui renvoie à une échelle de l’homme dans le temps et l’espace,
  • la volonté enfin de libérer l’homme des tâches corvéables, de la sueur de son front, à travers une nouvelle révolution industrielle sans précédent : l’économie numérisée et l’intelligence artificielle.

L’intitulé « Déconstruction de l’homme » pourrait faire penser à un ouvrage écrit par le philosophe Jean-François Maté, L’homme dévasté. Le philosophe postule, lui aussi, la déconstruction de l’homme dans toute sa dimension culturelle, comme un être finalement destitué, limogé et dénonce la place prise par le monde virtuel qui s’est substitué au monde réel.

Le philosophe Mattéi [1] dresse en effet un diagnostic bien sombre de notre époque : « La déconstruction a fêté un bal des adieux à tout ce à quoi l’homme s’était identifié dans son histoire (…). L’adieu à ce qui faisait la substance de l’humanité, cristallisée dans son idée, est en même temps l’adieu à l’humanisme et, en son cœur, l’adieu à la condition humaine. Rien ne semble résister au travail de la taupe qui a sapé les principes sur lesquels reposait la civilisation. »

Dans ce livre, si nous évoquons l’emprise et la fascination de l’homme pour le monde virtuel nous dénonçons le risque d’une humanité en mal de surnaturel qui a idolâtré littéralement l’objet technique sans prendre conscience que cet objet technique est en train de la vampiriser, de la remplacer, de la contrôler.

« Sommes-nous donc en train de confier nos vies à des puissances de calcul inhumaines, sortes de main invisibles qui dotées en apparence des meilleures intentions sèmeraient en réalité le chaos, troubleraient le débat démocratique, modifieraient le destin de nos enfants, et nous imposeraient de surcroît à notre insu une terrifiante transparence ? » – commentaires de Violaine de Montclos et Victoria Gairin, journalistes du Point. [2]

Une déshumanisation du monde s’organise sous nos yeux et, pire, l’économie virtuelle qui se dessine sera destructrice d’emplois. Les algorithmes [3] et la robotisation vont révolutionner le monde de l’emploi en affaiblissant la dynamique et les ressorts qui construisent le travail humain.

Ce sont sans doute les grands équilibres économiques qui sont à terme menacés, même si quelques-uns de nos lecteurs souhaitaient pondérer notre propos en soulignant l’impact numérique qui est forcément multiforme (positif comme négatif) et générera de l’emploi. La question est : pour qui ? Et qui sera sur la touche ?

Il y a quelques temps, je sortais d’une soirée d’entrepreneurs et dirigeants chrétiens, un banquier indiquait qu’il lui était demandé de réfléchir à la numérisation de la banque, ce qui signifiait pour lui, rationalisation et meilleure gestion des ressources, en d’autres termes réduction des effectifs, suppression de succursales bancaires, remise en question de la dimension de la banque de proximité.

En préparant ce livre, nous lisions récemment que l’institut européen Bruegel [4] a publié les résultats de l’enquête [5] menée par un économiste et un ingénieur d’Oxford. Leur constat est sans appel : c’est la moitié des effectifs, soit un emploi sur deux à l’échelle européenne, qui dans un avenir proche sera réduite ou profondément transformée par le numérique, en partie menacée par l’évolution des services numérisés, menacée par la robotisation de la société, et ce dans les prochaines décennies.

La révolution numérique, digitale, robotique de l’intelligence artificielle est ainsi en cours. Selon la même étude, l’impact sera conséquent sur l’emploi, en raison de l’automatisation des tâches, de la puissance des inférences bayésiens [6] qui permettront de gérer les fonctions même les plus compliquées occupées jusqu’à présent par des êtres humains, voire de résoudre des problèmes qui auraient été confiés jadis à des emplois dits qualifiés.

L’homme s’est pris de passion pour la science, ce qui n’est pas en soi un mal, mais sa passion est devenue une idole, le scientifique est devenu scientiste se persuadant que la science nous fera connaître la totalité des choses et répondra à toutes les formes d’aspirations et de délires prométhéens.

Dans ce livre nous abordons ces projets démiurgiques qui transforment la vie sociale et l’être humain dans la démesure sans que ce dernier ait pris conscience qu’il a ainsi ouvert la boîte de Pandore à un être technique, une forme de bête apocalyptique qui prendra possession de lui. Pourtant ce projet démiurgique n’a ni le souffle ni l’âme insufflée par l’Esprit de Dieu. La bête et son monde d’images faisant de nous des iconoclastes seront sans aucun doute terrassés par ceux dont la conscience s’éveillera pour ne pas succomber à la tentation d’être de leur nombre.

Ainsi la révolution numérique, qui se déploie aujourd’hui sous nos yeux, est sur le point de remodeler la société de demain. Sa dynamique propre et la vitesse à laquelle elle se déploie sont de nature à rebattre toutes les cartes de la vie et de l’organisation sociale. Chaque révolution industrielle s’est accompagnée autrefois d’une restructuration de la vie sociale, chaque révolution industrielle a imposé une forme de réadaptation de la vie et des rapports aux autres.

La rapidité avec laquelle les innovations du monde numérique se déploient ne laissera dès lors aucun répit, d’où une désorientation sociale et psychologique qui sera sans précédent dans l’histoire. Le monde numérique est en train de casser les repères culturels qui avaient été à présent les nôtres ; la société sous nos yeux est sur le point d’être recomposée avec de nouvelles règles, de nouveaux codes, une nouvelle normalisation, de nouvelles oligarchies (les scientistes) dont les projets autour de la technicité sont de nature à fragiliser, à déconstruire l’homme, à renverser les valeurs, les tables de l’ancien monde, leurs hiérarchies, leurs institutions.

C’est la verticalité de l’ancien monde qui risque de disparaître au profit de l’horizontalité, la fin des intermédiaires, y compris des élus ; l’on pourrait imaginer de nouvelles formes de démocraties « débarrassée de toute forme de représentation nationale, » ce qui n’est pas impossible compte tenu du désaveu dont les personnels politiques font l’objet pour une grande partie d’entre eux. Internet pourrait répondre à la crise de la représentation qui se manifeste aujourd’hui résultant d’une abstention électorale croissante.

Sans doute, il faudra oser sortir de l’indolence, exprimer le refus de laisser aller dans le vertige de l’innovation technologique qui est en réalité une puissance destructrice nous poussant à toujours consommer et à considérer que tout devient artificiellement obsolète, y compris la culture et les institutions.

Il faudra se dégager d’une forme d’apathie et de bienveillance vis-à-vis de la technique en menant une critique réfléchie, argumentative à l’instar de Jacques Ellul. Il faudra avoir le courage de déloger les poncifs, les lieux communs, tels que : la technique est neutre, elle nous libère de la servitude, elle améliore notre espérance de vie, elle nous affranchit de l’aliénation des outils industriels. Ce sont aujourd’hui de véritables clichés, bien sûr l’on nous targuera ce propos de type : « la technique est ce que nous en faisons. »

Soit, la technique « est ce que nous en faisons, » mais justement, quelle réflexion éthique a été faite à propos de la technique puisqu’elle a été auréolée de neutralité, puisque nous avons pris la précaution de relativiser le discours autour de l’objet, d’édulcorer, de tempérer la critique pour ne pas offenser le progrès ? Or aujourd’hui nous prenons la mesure que de tels discours n’ont pas permis de peser les orientations, de discerner les intentions cachées d’une technique sans conscience, nous subissons aujourd’hui les avatars idéologiques associés à la séduction du progrès !

C’est l’essayiste et chercheur Evgeny Morozov qui indiquait dans son livre Pout tout résoudre cliquez ici que les technocrates neutres aux postures bienveillantes et attentistes ne s’engagent en réalité pas dans des considérations réellement réalistes prenant la mesure de tous les effets induits par la puissance des nouvelles technologies. Pour illustrer son propos, l’auteur pointait les technologies de reconnaissance faciale susceptibles d’être utilisées à bon escient pour rechercher par exemple un enfant perdu, mais ne mesurant pas que ces mêmes technologies de reconnaissance faciale pourraient s’avérer à terme être de véritables mini Big Brother aux mains d’une nouvelle Stasi. [7] Pour Evgeny Morozov ces technocrates neutres sont « aveugles des multiples contextes dans lesquels les solutions pourraient être appliquées et les nombreuses manières imprévisibles par lesquelles ces contextes pourraient diminuer leur efficacité. »[8]

Refuser de coopérer avec cette puissance bienfaisante et invisible demandera sans doute du courage. Ce monde virtuel et numérique laissera demain une place à la machine dominante et écrasante, atomisant l’homme en lui donnant l’illusion du bonheur, le sentiment d’autonomie mais d’un être ni libre, ni affranchi puisqu’en permanence dépendant et guidé par la machine.

Au fil de ces pages, je songeais à ce texte de l’apôtre Paul décrivant le monde à venir et le mystère de l’iniquité : déjà au premier siècle le mystère du mal agissait et trouvera son épilogue dans ce système politique économique et religieux que décrira l’apôtre Jean.

Ainsi l’apôtre Paul, en écrivant aux Thessaloniciens, leur indiquait : « Et maintenant vous savez ce qui le retient, afin qu’il ne paraisse qu’en son temps. Car le mystère de l’iniquité agit déjà ; il faut seulement que celui qui le retient encore ait disparu. Et alors paraîtra l’impie, que le Seigneur Jésus détruira par le souffle de sa bouche, et qu’il anéantira par l’éclat de son avènement.… » [9]

Le mot « iniquité » ou « anomie » décrit la nature d’un monde caractérisé par l’apostasie, et dont l’apothéose sera l’avènement de l’impie, l’homme sans foi ni loi, qui rejette tout attachement à Dieu et toute norme. C’est une forme d’incrédulité extrême et de confusion qui caractérisera le mystère de l’iniquité. L’anomie est l’équivalent du mot iniquité, un terme qui fut introduit par le sociologue Emile Durkheim qui caractérise l’état d’une société dont les normes réglant la conduite de l’humain et assurant l’ordre social apparaîtront totalement inopérantes. Dans ces contextes de déstructuration des grands principes de la famille, de la religion, de la politique, du travail qui ont régi l’homme, les humains seront prêts à s’essayer à de nouvelles technologies, idéologies, doctrines sociales, à une nouvelle vie sociale en se libérant en quelque sorte des socles culturels qui ont précédé les générations passées.

Or aujourd’hui, il n’est pas contestable que l’humanité est arrivée à cette dimension de relativisation du bien et du mal, à une forme de désintégration sociale du fait de l’individualisation extrême dans laquelle peu à peu les humains cheminent, ce que Jacques Généreux décrivait comme la Dissociété, la société morcelée, la société fragmentée, l’émergence d’une société d’étrangers, d’hommes étrangers à la destinée des autres comme le dépeignait également  Alexis de Tocqueville. « Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas; il les touche et ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie. » N’est-ce pas là les prémisses de la société numérique qui se dessine, ces réseaux sociaux ou nous ne voyons pas, nous ne touchons pas, nous ne sentons pas, et nous n’existons qu’en nous-mêmes et pour nous seuls ? Je trouve cette réflexion d’Alexis de Tocqueville fabuleusement prémonitoire et prophétique. Ainsi, l’usage déséquilibrant du monde virtuel est une sorte d’avortement de la communauté humaine traditionnelle.

Sans doute, en nous lisant, vous aurez le sentiment que nous dressons une prospective bien sombre de l’avenir de notre humanité, mais il y a sans doute urgence aujourd’hui de réformer nos pratiques et de prendre conscience que nous pourrions inverser ce processus en marche par un acte de résistance, en ne nous laissant pas absorber par le monde digital, l’économie numérique, le monde des écrans, en retrouvant le chemin de la transcendance, le sens de l’autre et de notre relation respectueuse de la nature, en nous réconciliant en définitive avec toutes les dimensions du réel, du beau, du bien et du vrai ; d’être les hommes et les femmes du quotidien et non d’un futur fascinant mais en réalité sans espérance.

Éric LEMAITRE

Notes:

[1] Jean-François Mattéi, 1941-2014.  Professeur de philosophie grecque et de philosophie politique. Auteur du livre L’Homme dévasté, paru aux collections Grasset, 18 février 2015, 264 p.

[2] Article du Point de septembre 2016 : « Ces algorithmes qui nous gouvernent. »

[3] L’algorithme se définit comme une méthode suivant un mode d’emploi précis fondée sur une série d’instructions à exécuter, une suite finie et non ambiguë d’opérations ou d’instructions permettant de solutionner un problème ou d’obtenir un résultat.

[4] L’institut européen Bruegel est un think tank, un observatoire d’experts de la vie quotidienne et économique européenne.

[5] Notre source est extraite de l’article paru dans :

http://www.itg.fr/portage-salarial/les-actualites/Robotisationnumerisationimpactemploisfutur. Autre source : rapport au gouvernement de Philippe LEMOINE, novembre 2014 : http://www.economie.gouv.fr/files/files/PDF/rapport_TNEF.pdf, page 11.

[6] Inférences bayésiennes : méthode d’inférence permettant de déduire la probabilité d’un événement à partir de celles d’autres événements déjà évalués. Dans le domaine de l’intelligence artificielle, les programmes sont conçus à partir de cette méthode, ce qui confère à la machine des capacités d’autonomie et d’apprentissage. C’est cette révolution de l’intelligence artificielle qui est en marche.

[7] Le ministère de la Sécurité d’État dit la Stasi : service de police politique, de renseignements, d’espionnage et de contre-espionnage de la République démocratique allemande (RDA) créé le 8 février 1950.

[8] Extrait du livre de Evgeny Morozov, Pour tout résoudre cliquez ici, Editions FYP, p. 173.

[9] Citation extraite du Nouveau Testament 2 Thessaloniciens 2:6, version Louis Segond.