L’écroulement

« La Reine Corona[1] », ni bière mexicaine, ni cigare de havane, mais un virus auréolé d’une couronne mortuaire, est venue un beau matin, de l’année 2020, début janvier, jouer à Chamboule tout, remettre les pendules à l’heure avant notre changement d’horaire pour signaler l’heure d’été. Au-delà du péril écologique annoncé depuis quelques années, ce n’est pas un rayon de soleil un peu plus chaud ou brûlant qui a eu raison de nous, mais une bactérie pathogène avec sa létalité qui en s’infectant dans l’organisme humain lui a causé viscéralement les pires dommages. L’humanité subit maintenant son joug, ne sachant à ce jour comment conjurer le sort, s’en défaire, ne sachant comment cautériser les blessures parfois mortelles que la Reine inflige à ses sujets humains.

taton-moise-Sk2P0HIxUac-unsplash

Auteur

Eric LEMAITRE 

Le titre de cette chronique ne m’a pas été inspiré par la prise de parole du Premier ministre Édouard Philippe et je pense que vous me croirez, j’avais écrit ce nouveau texte dans la matinée et je n’avais pas eu connaissance du discours qu’il allait prononcer le 28 avril 2020, devant l’Assemblée Nationale c’est donc une coïncidence, disons que ce titre faisait référence à l’un de mes articles qui traitait de collapsologie[1] lui-même inspiré par les discours de multiples écologistes alarmistes qui depuis des décennies ont exprimé de manière récurrente leurs inquiétudes. Mais à l’époque la plupart des discours évoquaient un effondrement fondé à partir d’un krach financier éminent ou sur les dernières révélations concernant le climat, la plupart soulignant la casse écologique. D’autres et nous avons à le reconnaître, nous avaient déjà averti à propos des risques épidémiques et corrélativement de nos conduites en indiquant « que la technologie et le comportement humains propagent ces agents pathogènes de plus en plus largement et rapidement. En d’autres termes, les épidémies liées aux nouvelles zoonoses, ainsi que la récurrence et la propagation des anciennes, ne sont pas simplement ce qui nous arrive, mais reflètent ce que nous faisons »[2]. Ainsi il n’est pas contestable que tous imaginassent parmi ces capsologues que le pire allait arriver et certainement dans leur génération. En revanche à l’exception sans doute du journaliste scientifique américain David Quammen[3], ils se sont trompés sur les causes et il ne me semble qu’aucun d’entre eux n’avait vraiment vu arriver « la Reine Corona ».

« La Reine Corona[4] », ni bière mexicaine, ni cigare de havane, mais un virus auréolé d’une couronne mortuaire, est venue un beau matin, de l’année 2020, début janvier, jouer à chamboule tout, remettre les pendules à l’heure avant notre changement d’horaire pour signaler l’heure d’été. Au-delà du péril écologique annoncé depuis quelques années, ce n’est pas un rayon de soleil un peu plus chaud ou brûlant qui a eu raison de nous, mais une bactérie pathogène avec sa létalité qui en s’infectant dans l’organisme humain lui a causé viscéralement les pires dommages. L’humanité subit maintenant son joug, ne sachant à ce jour comment conjurer le sort, s’en défaire, ne sachant comment cautériser les blessures parfois mortelles que la Reine inflige à ses sujets humains.

« Reine Corona » sortie d’un labo ou d’un marché [le secret est aujourd’hui bien gardé] n’a pas annoncé le printemps pour l’humanité, mais un hiver froid, nous ordonnant d’être bien au chaud dans nos appartements, nous sommant de nous confiner, de nous enfermer nous rappelant à ses souvenirs. Comme vous le savez, rien n’est bien nouveau sous le soleil de l’histoire de notre humanité. Souvenons-nous ainsi des épisodes contagieux qui ont traversé les géographies sociales de la civilisation humaine. Ce fléau ne décida-t-il pas en effet plusieurs siècles plus tôt et comme je l’ai déjà mentionné dans une autre chronique, de faire taire l’arrogance du pharaon, d’humilier l’Égypte, de courber l’échine du souverain impérial et ordonna aux Hébreux de se calfeutrer chacun dans ses appartements. La « Reine Corona » faisait ainsi tomber chaque premier né d’Égypte afin de libérer les esclaves hébreux.

Aujourd’hui « Reine Corona » veut-elle libérer la nature du joug humain, en claquemurant l’humanité lui donner un peu d’air, elle qui a été abondamment polluée par le consumérisme sauvage et libertaire du néo-libéralisme, elle qui a subi les pressions des extractions de son sol, la destruction de ses forêts et la disparition de civilisations autochtones comme la désintégration du monde paysan.  Étouffée, la nature se rappela à ses congénères sans doute pour lui rappeler la nécessité également d’avoir recours à son créateur et de l’invoquer pour obtenir le secours en se repentant de toutes ses maltraitances et de sa méchanceté autant envers ses congénères, que de son irrespect pour son environnement.

La vie de ce fléau n’a jamais eu ainsi, de fin en soi et chaque épisode de notre histoire connait un nouveau sursaut épidémique. L’histoire tragique se répète et comme nous l’avions déjà écrit, ce fléau planétaire qui égrène chaque jour ses victimes poursuit sa route funèbre, son convoi mortuaire à l’heure où nous écrivons ces lignes. La nouvelle peste, car c’est bien ainsi qu’il nous faut encore l’appeler, remet en cause les folles orientations de notre humanité qui rêvait d’étaler ses mégapoles, qui conjecturait l’augmentation, la croissance, la performance de ses biens, spéculait la perfectibilité indéfinie de son espèce. Comme l’écrivait un ami dans un commentaire en réponse à l’un de mes articles ; personne n’avait imaginé qu’à la fin de cet hiver nous connaitrions une chute de tension soudaine, « un collapsus économique et social, planétaire semblable à la crise de 1929 » ou ne peut être pire.

Plusieurs cassandres avaient théorisé l’écroulement et ne se sont pas étonnées aujourd’hui de l’affaissement de l’économie mondiale. Pourtant les prédictions reposaient davantage sur l’évolution de notre climat, mais c’est un virus qui déjoua tous les pronostics. La nature nous surprendra, elle reprend finalement ses droits, elle rappelle à l’homme sa finitude, sa vulnérabilité, lui qui rêvait de quête de toute puissance et bientôt l’achèvement d’un rêve, celui d’imaginer une vie prolongée bientôt bicentenaire et pourquoi pas millénaire. Mais « Reine Corona » nous rappelle à son monde, le réel, la vie réelle et pointe la folie de nos grandeurs, la faiblesse de notre Nouveau Monde, la vacuité de ses idéologies.

De l’Ancien Monde nous avons arraché les piliers civilisationnels, la sagesse des anciens, nous avons ruiné les édifices bâtis fondés sur des vertus simples l’épargne, la famille, la vie solidaire, l’écologie humaine et la nécessité de prendre soin de son prochain. Nous mesurons qu’avec cette crise sans précédent, l’effondrement et l’atomisation de la famille peu avant ; conduira bon nombre d’entre nous à se sentir encore davantage fragilisé. Je mesure ce sentiment, comme responsable d’une communauté chrétienne qui comprend un nombre important de personnes seules, isolées, souffrant de séparations, sans familles et qui sans le soutien de l’église les conduirait au désespoir. Or nos communautés en ces temps de confinement sont malmenées avec l’interdiction de nous retrouver pour des moments de fraternité, de convivialités, de partages. Nous sommes entrés littéralement dans le monde sans contacts. Nous sommes alors contraints d’innover, d’utiliser les objets numériques, mais totalement conscients que ces « seul ensembles » via le monde internet est une formidable impasse nous conduisant à la désocialisation. Nous nous y résignons, mais prenons conscience qu’il faudra sortir de ce monde qui est un [enfer]mement sur soi.

Or à force de nous soumettre aux idéologies du progrès, au néo-libéralisme contemporain, aux objets toujours augmentés, à l’amour de l’argent, d’un monde libertaire nous avons préféré confier le destin de notre nation entre les mains d’idéologues rêveurs et sans doute aliénés par la démesure, qui n’ont plus la main sur le destin de notre monde, le délitement d’un avenir en plein brouillard.

Ces mêmes idéologies ont promu puis vanté, la mondialisation, le néo-libéralisme et c’est la libre circulation des biens et des marchandises sans aucune frontière qui accéléra le processus létal de la pandémie. Évidemment ce processus de pandémie et de diffusion virale existait bel et bien dans les siècles passés. La route de la soie, ce réseau ancien de routes commerciales entre l’Asie et l’Europe, fut aussi un vecteur de propagation de la peste, notamment de la peste noire. Aujourd’hui le monde bien plus que lors des années de grandes crises, enregistre une chute « pharaonique [5]» de son économie, la déroute de ses finances publiques déjà lourdement endettées. Mais comme par magie, l’état imprime ses billets ou plutôt dématérialise virtuellement sa monnaie, pour secourir la nation dévastée, tentant vainement de pallier cette montée vertigineuse du chômage, d’atténuer les effets catastrophiques et dommageables d’une économie paralysée faute d’activités. Il est légitime d’imaginer qu’il sera bientôt périlleux, pour l’État, de gérer un tel désastre, si le virus continue de fragiliser notre système de santé secoué par les vagues successives et sans doute par un prochain tsunami sanitaire.

Nous sommes sans doute aux prémices d’un renversement total des fondements de notre société, un écroulement social et économique. Alors me joindrais-je aux voix de ces cassandres les plus alarmistes ou de ces capsologues lucides. De toute évidence et chacun en a aujourd’hui conscience notre monde ne sera plus jamais pareil. En d’autres termes comme l’écrit le professeur Michel Maffesoli « cette crise sanitaire est l’expression visible d’une dégénérescence invisible. Dégénérescence d’une civilisation ayant fait son temps ». Le constat de Michel Maffesoli rejoint celui lucide de Paul Valery « Nous autres, civilisations, savons désormais que nous sommes mortelles ». Quelques années plus tôt Michel Onfray évoquait à la fois la dégénérescence, la sénescence et la phase terminale de l’occident, sans imaginer alors que ce serait finalement la « Reine Corona » qui aurait définitivement la peau du monde occidental, déjouant là aussi la prédiction du philosophe.

Pourtant nous devons sérieusement craindre les lendemains d’une telle pandémie pour bâtir non un Nouveau Monde, mais bien de remettre en question la civilisation qui nous avait été jusqu’à présent promise. Adam Tooze, historien et s’est employé à analyser[6] en profondeur les positionnements des acteurs économiques notamment lors de la grande crise de 2008 qui était déjà à l’époque comparée à celle de 1929. Cette crise de 2008 avec le recul dans une moindre mesure n’a pas eu les mêmes conséquences qui allaient provoquer ensuite la Seconde Guerre mondiale.

Rappelons cependant que la crise financière de 2008 a d’abord été présentée comme un phénomène purement technique et local né d’actifs douteux, mais la chute boursière de 2008 qui concerna en premier lieu Wall Street l’une des plus grandes places financières a en réalité frappé tel un effet de domino, toutes les régions du globe : des marchés financiers occidentaux puis a eu des répercussions sur l’ensemble des activités industrielles dans la plupart des continents, du Moyen-Orient à l’Amérique latine. « La crise a déstabilisé l’Ukraine, semé le chaos en Grèce, suscité la question du Brexit ». Ce fut sans doute la crise la plus grave vécue par les sociétés occidentales depuis la fin de la Guerre froide, mais sans doute ; absolument pas comparable avec celle de 2020 qui annonce une débâcle économique mondiale qui n’aura aucun précédent ni de pareils événements dans toute l’histoire de notre civilisation, annonçant sans aucun doute de terribles famines comme ce fut le cas avec la Peste noire qui généra également de graves crises sociales.

Or ces graves crises sociales sont en germe aux États-Unis, les populations les plus fragiles socialement font face d’ores et déjà à des pénuries de nourritures. Les personnes en déshérence, affectées par ce monde en suspension, s’adressent à des organisations non gouvernementales pour faire face à l’avancée de la disette alimentaire.

De fait, nous imaginons que l’endettement continu des états trouvera tôt ou tard, ses limites dans son incapacité à poursuivre ses engagements à éponger la crise sociale devenue endémique, une crise elle aussi contagieuse. Les pensions de retraite ne seront plus versées, les cotisations sociales ne pourront plus secourir les foyers qui ne possèdent pas de salaires. Un voyage dans le temps, une plongée dans l’histoire nous conduit à ce long épisode de la peste noire, ce sont en effet, des pans entiers de l’économie au XIVe siècle qui ont été totalement désorganisés dus explicitement à la Peste noire. La réaction la plus partagée à cette époque fut le désespoir, provoquant le plus souvent des désordres sociaux et des révoltes sociales résultant de fortes pénuries corrélées à la hausse des prix, et ce en raison de la rareté des biens. Les plus pauvres souffrent toujours des rigueurs de la crise économique, mais subissent le joug des puissants, qui entendent contrôler la situation sociale. Étrange, il n’y a rien de nouveau sous le soleil et cette loi qui révèle la perversion de l’âme humaine est un mal chronique.

Avec cette pandémie sans précédent qui conduit à l’affaissement de la vie économique, il conviendra d’appréhender avec inquiétude les violences contre l’appareil d’état, violences sans doute entre citoyens, entre-les abandonnés du système et ceux qui ont été préservés par le système. Le XIVe siècle connut un nombre important de famines, mais la famine toucha inégalement les populations, les plus riches étant souvent à l’abri de cette menace, mais pas des épidémies virales qui lui sont corrélatives et cela reste vrai aujourd’hui, même si la pandémie, atteint les plus fragiles, les bien portants semblent mieux résister mais elle ne discrimine cependant ni les nantis, ni les précaires.

Comment alors raisonnablement penser à l’aune de ce que l’histoire nous apprend, nous enseigne, que nous n’encourons pas les mêmes risques comme ceux qui ont été vécus à l’époque de la peste noire. La récession mondiale est nécessairement imminente et les indicateurs tendent à démontrer aujourd’hui l’abondance des feux rouges. La facture de Reine Corona s’annonce particulièrement salée et ce ne sont pas les pansements répétés et administrés par les gouvernements qui empêcheront les éventuelles embolies, les apoplexies de l’économie et oui après les pneumonies, il est fort à parier que les quintes de toux de l’état pourraient le conduire à l’incapacité de gérer ce moment complexe de notre vie économique. N’oublions pas et à nouveau nous le répétons que l’histoire de la peste noire fut suivie d’importants troubles sociaux.

L’histoire nous enseigne bien souvent ses cycles, or pour les prévenir, il est sans doute possible d’anticiper l’écroulement et c’est sans doute là qu’il nous faut revisiter ces livres comme le lévitique, le Deutéronome ou même d’autres livres du Pentateuque, pour découvrir des lois divines capables d’anticiper les crises sociales anomiques[7] accompagnées si nous ne réagissons pas, par un délitement des corps associatifs (églises, familles, associations caritatives) qui nous paraissent imminentes, mais notre salut, nous ne l’obtiendrons pas de l’état, mais de notre capacité à tisser de nouveaux maillages sur des territoires plus petits comme notre quartier. Face à la crise des masques, nous avons vu de nombreuses initiatives pour répondre à l’incapacité de l’État à répondre, des initiatives de solidarités collectives pour se serrer les coudes. Le salut dans les grandes crises montre l’impuissance de l’état à y répondre totalement, il sera nécessaire d’en appeler aux solidarités et aux maillages locaux, aux subsidiarités que les hommes et les femmes de nos quartiers sont capables de tisser entre eux, même si nous le savons que tous n’adhéreront pas à cette réforme pourtant nécessaire de soi-même.

[1] Source Wilkepedia : La collapsologie se présente comme une science appliquée et transdisciplinaire faisant intervenir l’écologie, l’économie, l’anthropologie, la sociologie, la psychologie, la biophysique, la biogéographie, l’agriculture, la démographie, la politique, la géopolitique, l’archéologie, l’histoire, la futurologie, la santé, le droit et l’art2. Cette approche systémique s’appuie sur les deux modes cognitifs que sont la raison et l’intuition, ainsi que sur des travaux scientifiques reconnus, tels que le rapport Meadows de 1972, les études « A safe operating space for humanity »3 et « Approaching a state shift in Earth’s biosphere »4 publiées dans Nature en 2009 et 2012, ou encore l’article « The trajectory of the Anthropocene: The Great Acceleration »5

[2] Propos tenu par le journaliste scientifique américain David Quammen avait prévenu, dans un livre au titre éloquent : Spillover : Animal Infections and the Next Human Pandemic (W.W. Norton & Company, New York, 2012). Dans «Where will the next pandemic come from ? And how can we stop it ?» (Popular Science, 15 octobre 2012). Le texte dont nous éditons un extrait a été publié le 25 avril 2020 sur le site de Pièces et main d’œuvre, également relayé par les amis de Barteby. Texte que nous avons consulté pour documenter notre recherche sur les discours tenus par les écologistes peu avant la crise associée à la pandémie [Covid19].

[3] Source Wikipédia : David Quammen (né en février 1948) est un écrivain américain spécialisé dans les sciences, la nature et les voyages et l’auteur de quinze livres. Il a écrit une chronique intitulée « Natural Acts » pour le magazine Outside pendant quinze ans.

[4] Corona signifiant : couronne mortuaire/de lauriers

[5] Le terme est intentionnel comme une nouvelle métaphore avec le fléau connu dans l’Égypte ancienne.

[6] Le livre : Crashed publié en 2018 Editions les Belles lettres.

[7] Crises sociales remettant en cause les normes, les lois de la société. Le concept d’anomie a été forgé par le philosophe Durkheim, ce concept d’anomie est l’un des plus importants de la théorie sociologique. Il caractérise la situation où se trouvent les individus lorsque les règles sociales qui guident leurs conduites et leurs aspirations perdent leur pouvoir, sont incompatibles entre elles ou lorsque, minées par les changements sociaux, elles doivent céder la place à d’autres. Il est fortement probable que nous soyons plongés avec la récession économique à une crise sociale anomique. « désorganisation sociale » du fait du délitement des institutions églises, état, familles, corrélativement, une démoralisation des individus, qui mènent une existence dépourvue de but et de signification apparente. La théorie de l’anomie paraît à la fois vraisemblable et d’importance fondamentale à une époque comme la nôtre, caractérisée par cette mutation civilisationnelle que lui fait subir la pandémie.

Le monde en pièces

Entre Eugène Ionesco et Albert Camus le traitement philosophique de la peste diffère singulièrement, l’un nous renvoie à une allégorie politique contre toute forme de totalitarisme Il nous faut selon Albert, Camus prendre conscience de la noirceur possible de notre cœur, tandis que pour Eugène Ionesco, le sentiment religieux l’emporte, il confie d’ailleurs en commentant sa pièce de théâtre « Jeux de massacre[6] », avoir toujours eu depuis son enfance un sentiment apocalyptique de l’histoire. Pour Eugène Ionesco, « nous vivons une époque apocalyptique.  Nous vivons tout le temps une époque apocalyptique, à chaque moment de l’histoire c’est l’apocalypse, mais c’est plus ou moins évident, […] tout le monde joue avec le danger apocalyptique. Les hommes sont hantés par cette fin, qui doit venir et qu’ils ont l’air de vouloir précipiter[7] ». La métaphysique de Camus, elle est aux antipodes, elle est celle de l’athée, il refuse l’enfermement et décide de combattre l’idée que tout est fini même si « l’ordre du monde est réglé par la mort », puis d’ajouter dans la bouche du docteur Rieux « peut-être vaut-il mieux pour Dieu qu’on ne croît pas en lui et qu’on lutte de toutes ses forces contre la mort, sans lever les yeux vers ce ciel où il se tait ».

gabriel-crismariu-sOK9NjLArCw-unsplash

Auteur Eric LEMAITRE 

Nous sommes le 14 avril 2020, comme de nombreux concitoyens, le jour de Pâques, nous n’avons pas eu ce privilège de célébrer cette fête en famille, de nous rassembler avec nos parents qui avancent dans l’âge. Nous avons été comme privés de ces liens traditionnels qui rassemblent les familles autour d’un repas qui commémore une tradition ancienne celui de vivre des moments de convivialité. Nous avons été comme « confisqués » de vivre cette dimension des retrouvailles, empoignés à demeurer « exilé » dans nos logements, loin des nôtres. Pourtant notre époque moderne atténue l’éloignement, la distance, nous possédons des moyens numériques pour nous relier au reste du monde, et prendre des nouvelles des uns et des autres. Si nous ne sommes pas reliés à nos proches, nous restons finalement comme connectés ! Cependant au fil des jours, des semaines, nous prenons conscience que ce confinement nous fait en fin de compte, découvrir l’artifice, des objets qui marquent la digitalisation de ce monde, que rien ne saurait en soi remplacer ou se substituer à la dimension de l’autre. L’être humain aujourd’hui assigné à résidence reste pour toujours, un être grégaire qui a besoin de vie tactile, d’embrasser la vie, qui exprime au plus profond de lui-même l’attente d’une présence aux autres, de vivre par-dessus tout, dans la collectivité, celle qui brasse nos congénères, nos semblables. Si hélas nous ne regardons plus au ciel et sommes déreliés du cercle amical, nous avons en revanche la compagnie de nos écrans qui nous sauvent de « l’isolement ».

Pourtant chaque journée qui passe devant nos écrans, est une journée finalement anxiogène. Le monde cathodique vient charrier son lot d’informations mortifères, nous sommes rivés aux mauvaises nouvelles du soir qui viennent ajouter à l’inquiétude quotidienne. Même ceux qui semblent être les plus protégés parmi nous ne se sentent plus nécessairement à l’abri. Au cours de la journée du 13 avril, je prenais soin d’appeler mon père que ses petits-enfants appellent affectueusement Papé.

Je doute que notre Papé se croie lui âgé, mais son âge déjà « avancé » l’expose sans doute encore davantage à la violence de ce virus qui ne semble pas épargner nos aînés. Ces jours derniers, mon Père me confiait qu’il se sentait privilégié de bénéficier d’une maison aux larges pièces, d’un vaste jardin, de pouvoir vivre au grand air dans une campagne éloignée de l’urbanité et de ses dangers. Mais au fil des jours qui passent, lui qui dans les premiers jours comme beaucoup d’entre nous, ne ressentaient pas les effets immédiats de la pandémie au plan psychologique, me semble aujourd’hui plus éprouvé, plus inquiet. Hier mon Père que nous appelons affectueusement Sosthène[1], « celui dont la force est préservée », m’annonçait que plusieurs familles de mon village natal avaient été, elles-mêmes directement ou indirectement atteintes par le mal du siècle. Mon propre frère après avoir joint le Papé, m’annonçait que dans une maison de retraite, dans une commune proche de notre village, plusieurs personnes âgées ont été quasiment décimées. Nous avons ce sentiment étrange que personne en soi n’est en réalité à l’abri même exilé, même s’il a le sentiment d’avoir mis suffisamment de barrières autour de lui pour endiguer la férocité du virus. Ce mal se diffuse dans le monde à une allure effrayante, n’épargnant ni les riches, ni les pauvres, ni New York, ni ce village de huit cents âmes où mon Papa réside.

C’est la soudaineté de ce mal qui fait irruption au sein de toutes les nations du monde et dans l’histoire de notre humanité, qui semble surprendre bon nombre d’entre nous. Pourtant personne dans nos médias n’ose qualifier cette pandémie, de fléau, le terme est trop connoté, trop religieux, et encore moins de peste qui nous renvoie à la mémoire du moyen-âge dont à tort beaucoup relèguent son histoire à l’obscurantisme. Pour revenir à ce fléau l’un des plus marquants de l’histoire de notre humanité, la peste envahit l’Europe dès 1347 !  La bactérie Yersinia pestis[2] est arrivée par les routes de la soie, dans des navires de commerce en provenance de la péninsule de Crimée sur les rives de la mer Noire, accosta, puis assiégea finalement la ville de Gênes pour se répandre en véritable fléau, « conquérant » comme une faucheuse, une grande partie de l’Europe, y compris l’Angleterre insulaire.  La peste bubonique extermina beaucoup plus que la moitié de l’Europe, en moins de cinq ans. Le « fléau de Dieu » effraya les peuples de toutes les nations européennes, qui virent dans cette pandémie la main du diable, des juifs ou des lépreux. Les juifs par milliers avaient été les victimes de massacres, de pogrom. Ces populations dans l’ignorance la plus absolue, dans leur folie comme de nos jours[3], ignorèrent sans doute cette culture de l’hygiène qui caractérise le peuple Juif et cette connaissance des consignes données dans les différents chapitres du livre du lévitique.

À propos du Covid.19[4], les sachants s’empressent de nous rassurer, ce n’est pas la peste ! Bien que tout s’y apparente en réalité [même si son origine et son génome différent] à la fois par son ampleur et les symptômes pulmonaires manifestés par les personnes atteintes par la pandémie virale.

Dans cette nouvelle chronique, mon journal de bord en quelque sorte, j’ai voulu fouiller l’histoire des pandémies, ce que la littérature nous apprend, ce qu’elle peut nous enseigner sur la façon dont nous pourrions vivre ces instants d’exil ! « Exil » un mot que j’emprunte à Albert Camus. J’imagine volontiers en ces temps de confinement que beaucoup de mes lecteurs se sont empressés dans leurs logements claquemurés à redécouvrir son œuvre, et notamment cette fiction « la peste », la chronique d’un fléau qui contamina toute la ville d’Oran.

Albert Camus n’est d’ailleurs pas le seul à avoir traité ce sujet, à avoir abordé l’épidémie. La littérature est abondante et en effet plusieurs écrivains ont vu dans la peste des motifs d’inspiration pour décrire les effets dévastateurs de la pandémie parmi ceux qui ont traversé l’épreuve, victimes ou survivants.

Dans le Décaméron, Boccace le Florentin décrit un épisode des ravages de la maladie infectieuse, il dépeint les dommages effrayants de la peste noire qui a atteint Florence au milieu de quatorzième siècle et l’impact de l’épidémie sur toute la vie sociale de la cité. Il brosse le portrait d’une ville frappée par la pandémie et s’attarde sur les contrastes d’une population insouciante, vivant en huis clos en quelque sorte, hors du monde continuant à vaquer à sa frivolité, son insouciance, à vivre comme si de rien n’était, comme si la mort n’avait pas d’emprise sur eux, si la vie irrémédiablement n’était pas éphémère, alors que toute la cité est décimée par une peste violente qui emporte avec elle une grande partie de la population de Florence. Comme l’écrit un journaliste de Marianne, à propos de cette œuvre de Boccace le Florentin, « Le huis clos est un confinement volontaire où l’air de la campagne et l’art de la conversation les protègent des assauts pestilentiels occultes, morbides et mortels »[5].

Plusieurs fresques du moyen-âge évoquent également la terreur éprouvée par la population européenne, et cette terreur illustrée bien souvent par une forme d’hydre s’emparant d’une faux comme pour frapper l’imaginaire et interpeller les populations déjà angoissées par les méfaits du mal. Dans l’œuvre de l’écrivain florentin, Boccace décrit des personnages qui entendent échapper à la réalité, s’en extirpent, ils se racontent des histoires divertissantes, comme pour évacuer le mal, surtout pour refouler la mort. Ce qui est drôle ou cocasse finalement, c’est que rien ne semble avoir changé, nos écrans cathodiques se chargeant aujourd’hui de nous divertir après avoir paradoxalement su créer toutes les conditions de l’anxiété. En réalité, tout est en effet conduit pour nous distraire de soi, comme l’envie de nous détourner du ciel. La mort n’est pas le cadet de nos soucis, à l’inverse pour Eugène Ionesco qu’un de mes amis également blogueur s’est empressé de me faire découvrir, la mort dans l’œuvre du dramaturge est en revanche omniprésente, envahissante, c’est une mort de masse à laquelle les populations sont confrontées, l’épidémie se diffuse partout. A New York avec l’image de cette vaste nécropole érigée à la hâte où l’on entasse les cercueils des sans-abris, des laissés pour compte, l’homme découvre brutalement, brusquement son insignifiance et sans doute si l’on veut bien y réfléchir l’arrogance d’avoir ignoré sa vulnérabilité, l’arrogance de mépriser la dimension de la finitude et de ceux qui croient au ciel. Ionesco décrit toute une cité qui passe ainsi de la vie à la mort, de l’existence au trépas. La mort dans ce récit est inévitable, inéluctable, l’impasse est impossible et aucun enclavement ne résiste à la faucheuse. Eugène Ionesco s’est intéressé aux implications métaphysiques de la pandémie, à l’aspect apocalyptique de l’événement. À l’inverse Albert Camus ne croit pas au ciel et l’écrivain a fait de cet événement la peste, une dimension qui touche à la résistance morale contre l’ennemi qui fait irruption dans la vie d’une cité. Pour Albert Camus, il nous faut finalement combattre la peste brune, le Nazisme, ou tout autre totalitarisme. La peste est en effet une métaphore contre la tyrannie, « la peste brune » susceptible de conditionner les esprits. Il faut donc selon l’auteur la combattre en lui résistant.

La peste est le mal politique, le mal absolu, « la peste c’est nous » ! Entre Eugène Ionesco et Albert Camus le traitement philosophique de la peste diffère singulièrement, l’un nous renvoie à une allégorie politique contre toute forme de totalitarisme Il nous faut selon Albert, Camus prendre conscience de la noirceur possible de notre cœur, tandis que pour Eugène Ionesco, le sentiment religieux l’emporte, il confie d’ailleurs en commentant sa pièce de théâtre « Jeux de massacre[6] », avoir toujours eu depuis son enfance un sentiment apocalyptique de l’histoire. Pour Eugène Ionesco, « nous vivons une époque apocalyptique.  Nous vivons tout le temps une époque apocalyptique, à chaque moment de l’histoire c’est l’apocalypse, mais c’est plus ou moins évident, […] tout le monde joue avec le danger apocalyptique. Les hommes sont hantés par cette fin, qui doit venir et qu’ils ont l’air de vouloir précipiter[7] ». La métaphysique de Camus est aux antipodes de celle traitée par Eugène Ionesco dans sa pièce de théâtre, sa métaphysique est celle de l’athée, il refuse l’enfermement et décide de combattre l’idée que tout est fini même si « l’ordre du monde est réglé par la mort », puis d’ajouter dans la bouche du docteur Rieux « peut-être vaut-il mieux pour Dieu qu’on ne croît pas en lui et qu’on lutte de toutes ses forces contre la mort, sans lever les yeux vers ce ciel où il se tait ».

Sur le même thème, « la peste » nous avons là deux approches singulièrement différentes entre deux auteurs l’un refusant l’abandon, il entre en lutte, refuse la résignation morale et aspire même à la résilience. Pour Albert Camus, son personnage le fameux docteur Rieux, pied à pied, s’oppose avec courage à la maladie, tandis que chez Eugène Ionesco, les personnages sont foudroyés, s’effondrent, cueillis par la mort, ont à peine le temps de méditer sur leur sort sauf pour certains d’exprimer vraiment l’essentiel, l’amour. Dans l’œuvre de Camus, un dialogue de l’action est entamé, invitant à la réflexion. Il n’y a d’ailleurs pas de héros chez Ionesco, aucun personnage ne survit, tandis que Rieux le résistant, lui tient bon et la ville finit par renaître comme l’Europe médiévale, finit par connaître un épilogue plus heureux faisant émerger la renaissance d’une nouvelle civilisation. Pourtant chez Ionesco, certains personnages qui tombent comme des mouches sont habités par la dimension relationnelle, l’amour, l’amitié. La peur même de la mort n’a pas entamé, le désir d’aimer.

En lisant les œuvres des deux auteurs, je suis frappé par quelques similitudes qui me font penser à la ville de Laodicée et à cette lettre qui lui est adressée dans le livre de l’Apocalypse, une ville indolente, tiède, ni froide, ni bouillante et qui fut comme interpelée avant que le grand jour ne surgisse, ne fasse irruption. Eugène Ionesco nous parle d’une ville, d’une place dans le prologue de la pièce de théâtre, les gens « vont faire les commissions, on aperçoit le marché avec du monde achetant et vendant ». Peu avant Eugène Ionesco précise que les gens n’ont ni l’air geai, ni triste.  Camus lui nous décrit la scène d’une ville surnommée la radieuse en langue arabe, une grande cité magrébine, une ville portuaire proche de la méditerranée où chacun s’affaire, commerce, s’enrichit. Puis dans la pièce de Eugène Ionesco, un personnage énigmatique, mystérieux entre en scène, un moine noir, très haut de taille avec cagoule qui traversera toutes les scènes du livre silencieusement. Dans son roman « La peste », Camus fera entrer en scène un rat, le rat pestiférenciel qui portera en lui la contamination de toute une ville, tandis que le moine noir s’apparente à la grande faucheuse.

Ce qui m’a profondément passionné à la lecture de ces textes, c’est leur résonnance, leur modernité par rapport à notre époque et les scènes de vie qui se jouent dans la trame de ces récits qui relatent la tragédie qui fait une irruption soudaine dans la vie d’une cité. Albert Camus exprime dans son œuvre l’étouffement, la pesanteur de l’atmosphère qui se répand au fil de ces dix mois où est imposé la mise en quarantaine de la ville.  L’impression d’abstraction est vécue au début de l’épidémie, ce terme souvent employé dans le récit, une « abstraction » qui nous détourne de l’humain qui résulté d’une épidémie quasi invisible tant qu’elle ne nous concerne pas immédiatement. Nous avons dans le prologue de la pièce de Eugène Ionesco, une scène avec des ménagères déjà soucieuses et au début de l’épidémie dans le déni « Seulement les singes attrapent cette maladie » […] « mais heureusement nous avons des chiens et des chats » et après les ménagères des hommes interviennent et expriment un discours plus politique et s’emploie à discourir sur les solutions sanitaires !

Ce qui m’a fait sourire entre autres, c’est le propos de ce premier homme qui apparait dans la pièce « Nous sommes tous des idiots, hélas nous sommes gouvernés par des imbéciles […] un deuxième intervient [..] il faudra trouver un remède à cela, ce remède est introuvable […] il y avait pourtant une solution, pas très agréable. Mais c’était la seule ! » Un dialogue qui nous montre que la nature humaine ne change pas en réalité, que la nature de ces propos nous les avons entendus, nous renvoie à ces débats interminables et qui tournent en rond, des débats futiles et qui illustrent encore une fois la comédie humaine.

Le roman de Camus, la pièce de théâtre de Eugène Ionesco ont quelque chose finalement d’intemporel, d’universel, l’humain est au cœur de leurs réflexions, montrant finalement la profondeur ou la superficialité des discours, la lâcheté et l’héroïsme, la vulnérabilité et l’insouciance, l’éveil comme la noirceur des cœurs. Le travail d’écriture des deux auteurs nous décrit finalement la rapidité de l’effondrement, comme si nos mondes ont été fondés non sur le roc, mais sur le sable. La crise pandémique nous révèle en soi que nous sommes amarrés à rien de solide.  Prosaïquement nous nageons dans un monde liquide sans attaches, déraciné. Avec le confinement nous allons vers un monde en pièces, morcelé, dissocié, certes virtuellement nous restons connectés, mais nous sommes comme apeurés « chacun doit accepter de vivre le jour et seul en face du ciel [8]». Avec le prolongement du confinement, le déferlement du virus dans l’ensemble de notre monde, et sa propagation quasi exponentielle, interviennent des sentiments mitigés, Albert Camus fait dire à l’un de ses personnages « On sait trop bien, qu’on ne peut avoir confiance en son voisin qu’il est capable de nous donner la peste à votre insu, de profiter de votre abandon pour vous infecter », l’actualité du covid nous rapporte des attitudes similaires, la suspicion des personnes mal intentionnés, transformant leur entourage en pestiférés dangereux. Le voisin devient alors le suspect, le coupable éventuel. Dans la pièce de Ionesco « Jeux de massacre », tandis que l’épidémie infectieuse est seule responsable des ravages meurtriers, l’un des personnages à propos de la mort d’un enfant victime lui aussi de la peste, interpelle « Qui a pu faire ça ? »  Un autre personnage entre en scène, le quatrième homme interjette et d’un ton affirmatif, assure « Je sais qui c’est. Je les ai confiés ce matin à ma belle-mère. Elle en voulait toujours à ces enfants. Parce qu’elle me déteste. Il y a longtemps depuis toujours. »[9]. Le monde dans son affolement irrationnel recherchera des coupables, forcément hier les juifs, les lépreux, aujourd’hui les chrétiens de Mulhouse.

Après la solidarité des assiégés, le monde est en miettes, chacun pensant d’abord à sa survie « La maladie avait forcé les habitants, à une solidarité d’assiégés, mais brisait en même temps, les associations traditionnelles et renvoyait les individus à la solitude ». Nous applaudissons aujourd’hui l’infirmière courageuse qui avec la peur au ventre se rend au chevet de ses malades, mais combien de temps dureront nos applaudissements, à nos balcons, fenêtres et portes. Bientôt nous risquerons bien à nouveau de fermer les écoutilles et de considérer ces blouses blanches comme de potentielles pesteuses. Combien de temps durera la solidarité des assiégés ? Ce qui me renvoie à l’épisode des « Je suis Charlie » où nous faisions l’éloge des policiers, les gens les embrassaient dans la rue, leur offraient des bouquets de fleurs, quelques années plus tard, les mêmes leur jetèrent des pavés à la figure. Ainsi va le monde, comme l’écrit si bien un ami philosophe !

Pourtant dans les scènes de confinement relatées au fil des pages dans la pièce de Eugène Ionesco, nous avons là des personnages qui enfin possèdent une identité ou plutôt un prénom comme l’exposé de l’intime au milieu de l’intime, ils se nomment Jean et Pierre, ils ont bravé les interdits, rejoignent celles qu’ils aiment Jeanne et Lucienne. Le fait d’être ensemble atténue leur peur, tempère leurs frayeurs. Les couples s’interrogent, questionnent les motifs de cette pandémie qui est venue faucher leurs voisins de palier. Ils tentent de sonder les origines, les causes, les raisons qui conduisent à cette épidémie mortelle « C’est peut-être une punition ? » disent tour à tour Jeanne et Lucienne, elles témoignent et avouent respectivement leurs craintes, leurs peurs, éprouvent des gestes de tendresse et vont à l’essentiel, l’amour de l’autre. Puis le mal finit par les ronger, Jeanne et Pierre éprouvent le mal qui les gagne. Pierre est rongé de l’intérieur, Jeanne est tenaillée par la douleur, les mots de leurs aimants les consolent, mais la peur les gagne également. Jeanne et Pierre finissent par trépasser, emportés par le mal.

Dans ce monde occidental, nous avons refoulé la mort, nous lui avons interdit l’accès à notre vie, tandis qu’au moyen-âge la mort a été apprivoisée, elle était familière et peut-être cette dernière nous pressait de donner du sens à la vie. La mort en occident éveille a contrario des sentiments de rejet, de répulsion et pourtant malgré ce processus de refoulement, elle s’invite dans le quotidien. Le directeur général de la santé s’invite chaque dans la lucarne cathodique et égrène jour après jour le nombre de victimes causé par le Covid19.  Après une longue censure sociale de la mort, la mort est devenue le sujet dont on parle, dont on ne peut pas faire l’impasse, même le confinement ne nous met pas à l’abri, en sécurité. Nous sommes invités sans doute à regarder au ciel au-delà de notre condition de claquemuré. Le 5 Avril, le grand rabbin monsieur Haïm Korsia citait le texte de Esaïe chapitre 26.20 « Va, mon peuple, entre dans ta chambre, et ferme la porte-derrière toi ; cache-toi pour quelques instants, jusqu’à ce que la colère soit passée. Car voici, l’Éternel sort de sa demeure, pour punir les crimes des habitants de la terre ; Et la terre mettra le sang à nu, elle ne couvrira plus les meurtres. ». Les textes des évangiles nous invitent parfois à entrer dans notre chambre, non pour nous lamenter, mais pour vivre un moment à part. Ce moment à part n’est pas la résignation, ni le sentiment d’abandon, mais pour nous, nous tous, le devoir de réorienter notre vie, la prise de conscience que nos congénères ne sont pas les seuls fautifs, que nous avons à prendre notre part, celle de notre propre responsabilité. Le monde en pièces ne saura être reconstruit sans la repentance de chacun, sans le mea culpa de tous, sans la prise de conscience qu’une part d’ombre en nous est à dénoncer. Le monde occidental s’est longtemps appuyé sur la raison, s’est construit sur le principe de séquençage, de séparation rationnelle des tâches, de découpage et de segmentation des populations pour les catégoriser : « diviser les difficultés que j’examinerais [10]» (Descartes), « la division du travail est le produit d’un penchant naturel à tous les hommes qui les porte à trafiquer, à faire des trocs et des échanges d’une chose pour une autre » (Adam Smith), « divise et règne » (Machiavel). Le résultat en fut finalement une déconstruction de notre monde, nous avons souhaité la performance et nous voici acculé à prendre en compte notre fragilité, nous avons aspiré à dominer et voici que les pouvoirs sont sur le point de vaciller et de s’effondrer, nous avons pensé que seule la raison peut sauver le monde et nous balbutions aujourd’hui dans nos incertitudes et nos doutes.

Ce monde divisé, taillé en pièces, ce monde aujourd’hui dissocié nous invite aujourd’hui à tout sauf la division, il nous presse à faire « reliance », à nous relier aux autres, au-delà de nos différences, à bâtir un monde commun fondé sur des actes d’amour sans refouler l’idée de notre finitude. Ce temps étrange que nous vivons ; nous invite à prendre en compte notre fragilité et à résister à la tentation de renoncer à notre liberté, à combattre l’idée d’abdiquer notre liberté, à la raison d’une machine qui réfléchirait nos actes et nos gestes à notre place. La tentation que je pressens au plus profond de moi, est que finalement nous lui cédions, que nous cédions aux promesses et aux charmes d’une technologie dont la seule prétention serait de nous sauver de l’ancien monde. Au fond le roman de Albert Camus, nous renvoie à une relecture toujours dystopique, il nous convie à la résistance d’une autre forme de totalitarisme à laquelle nous avons été obligés ! Ce totalitarisme salutaire, nous l’avons accepté, mais nous ne devons pas nous résigner à l’abandon de notre liberté. N’abandonnons pas notre liberté à la seule raison autosuffisante, cette raison qui ne devrait en aucun cas nous susurrer que c’est seulement en elle qu’il nous faudrait investir.  Il nous appartient désormais de résister à la tentation de l’isolement, il importe après ce confinement forcé de créer ou de recréer des liens, de faire communauté avec les autres, sans les abandonner, sans les exclure, sans les rejeter. Notre hyper individualisme est né de nos divisions respectives, c’est aujourd’hui le temps de nous ressourcer dans la dimension de la rencontre avec notre prochain et de retourner à la dimension d’un ciel d’où nous viendra en réalité le secours.

*****************************

[1] Prénom donné par mon frère Hervé quelques années auparavant en s’inspirant de la lecture de Jean d’Ormesson, écrivain apprécié par la famille. Sosthène duc de Vaudreuil dans cette fameuse œuvre de Jean d’Ormesson est le vieux patriarche de la Famille du Plessis.

[2] L’autre nom donné à la Peste, la bactérie fut découverte en 1894 par Alexandre Yersin, un bactériologiste franco-suisse travaillant pour l’Institut Pasteur, durant l’épidémie de peste à Hong Kong,

[3] La folie de la victimisation demeure une caractéristique de notre époque, rien n’a réellement changé. L’église évangélique de Mulhouse a vécu les pires accusations, accompagnées d’ignobles menaces de mort. Les temps ne changent pas ! Les hommes du XXIe siècle sont pareils à ceux qui peuplaient le moyen-âge. La méchanceté gagne les peuples qui cherchent des boucs émissaires à leurs souffrances.

[4] La pandémie de la peste noire, a été propagée par la bactérie Yersinia pestis qui avait sévi en Asie, au Moyen-Orient, au Maghreb et en Europe. Elle se déclare pour la première fois en 1334 dans la province de Hubei en Chine. De 1347 à 1352, la peste noire fait 25 millions de victimes en Europe, ce qui correspond environ à la moitié de la population européenne à l’époque et 25 millions de morts dans le reste du monde, notamment en Chine, en Inde, en Égypte, en Perse et en Syrie. La peste noire est principalement transmise par les poux, les piqûres de puces et les rats. Le génome du SARS-CoV-2 a été lui rapidement séquencé par les chercheurs chinois. Il s’agit d’une molécule d’ARN d’environ 30 000 bases contenant 15 gènes, dont le gène S qui code pour une protéine située à la surface de l’enveloppe virale (à titre de comparaison, notre génome est sous forme d’une double hélice d’ADN d’une taille d’environ 3 milliards de bases et il contient près de 30 000 gènes).

[5] La citation est extraite de : https://www.marianne.net/debattons/les-mediologues/de-la-grande-peste-de-1348-au-covid-19-de-2020-chaque-epoque-son-huis-clos

[6] Jeux de massacre est une pièce de théâtre d’Eugène Ionesco inspirée du Journal de l’Année de la Peste de Daniel Defoe, la pièce s’est d’abord appelée L’Épidémie. La pièce de théâtre est éditée par les éditions Folio Théâtre.

[7] Extrait de la préface p30 Jeux de massacre Éditions Folio Théâtre.

[8] Extrait de la Peste page 73. Document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay, bénévole, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi

[9] Extrait p56 Jeux de massacre Éditions Folio Théâtre.

[10] Descartes, discours de la méthode. Deuxième partie

L’écran total

Nous assistons comme à une forme de bombe nucléaire : d’atomisation massive, la fragmentation des populations obligée à l’hyper individualisation non en raison d’une idéologie qui aurait été décrétée par un gouvernement totalitaire mais résultant d’une pandémie virale et mortifère qui touche la totalité de notre planète. La force virale de ce Coronavirus, l’ennemi de l’homme, impacte tous les écosystèmes, renversant, fauchant les cités arrogantes : ces cités babyloniennes, visages de l’orgueil et de la suffisance humaine. Ce phénomène déconcertant, désarçonnant, et viral vient en quelque sorte mettre comme une couche supplémentaire à ce processus déjà engagé de dislocation de la société, même s’il en était besoin de l’aggraver en mettant à genoux toutes les principautés, les autorités, les gouvernances politiques dont aucunes ne lui résistent, ne sont en capacité de faire front. Un micro-organisme quasi invisible mais d’une dangerosité extrême, est là en mesure d’abattre tous les systèmes sophistiqués de protection médicalisée, toutes les défenses « sanitaires » en imposant sa loi totalitaire sommant les êtres humains de se réfugier dans leurs frêles abris.

jose-lopez-franco-XWBxonybUb0-unsplash

Auteur Eric LEMAITRE

Ce texte est à la suite d’un excellent article écrit par Liliane Held-Khawam : https://lilianeheldkhawam.com/2020/03/31/creer-une-nouvelle-societe-digitalisee-sous-surveillance-permanente-lhk/

Lors d’une conférence en Octobre sur l’homme mutant, j’évoquais l’atomisation future de notre société en citant Tocqueville et surtout l’économiste Jacques Généreux lorsque ce dernier abordait une des caractéristiques de la vie sociale de notre modernité : la dissociété. Or cette dissociété qui est un marqueur de notre vie occidentale, cette mutation anthropologique déjà bien avancée, est un phénomène amplifié par le confinement quasi mondial des populations et décrété par l’ensemble des nations. Avec le confinement vécu par des milliards d’êtres humains, nous sommes en quelque sorte dé-reliés aux autres, détachés, désunis, désolidarisés parce que emmurés, calfeutrés et avec cette situation de confinement nous aboutissons finalement à l’hyper connectivité qui accentue l’ère d’un monde sans relation incarnée.

Nous assistons comme à une forme de bombe nucléaire : d’atomisation massive, la fragmentation des populations obligées à l’hyper individualisation non en raison d’une idéologie qui aurait été décrétée par un gouvernement totalitaire mais résultant d’une pandémie virale et mortifère qui touche la totalité de notre planète. La force virale de ce coronavirus, l’ennemi de l’homme, impacte tous les écosystèmes, renversant, fauchant les mégapoles arrogantes (Londres, New York Paris…) : ces cités babyloniennes, visages de l’orgueil et de la suffisance humaine. Ce phénomène déconcertant, désarçonnant, et viral vient en quelque sorte mettre comme une couche supplémentaire à ce processus déjà engagé de dislocation de la société, même s’il en était besoin de l’aggraver en mettant à genoux toutes les principautés, les autorités, les gouvernances politiques dont aucunes ne lui résistent, ne sont en capacité de faire front. Un micro-organisme quasi invisible mais d’une dangerosité extrême, est là en mesure d’abattre tous les systèmes sophistiqués de protection médicalisée, toutes les défenses « sanitaires » en imposant sa loi totalitaire, sommant les êtres humains de se réfugier dans leurs frêles abris, claquemurant même toute notre humanité, la piétinant parfois en laissant les plus faibles au bord de la route « certains pays » parmi les plus pauvres de la planète, relatent de véritables désastres, de personnes en proie aux pires souffrances que l’on ne peut même plus accueillir dans les hôpitaux et les morts mêmes jonchent les rues.

Ce phénomène, ce choc pandémique, semble pourtant être atténué dans le monde occidental [pour combien de temps ?]. Ce monde occidental qui s’imagine à l’abri via ses relais et ses réseaux, cet ensemble de relations préfabriquées qui s’appuient sur toutes les technologies mises en place au cours de ce confinement, d’inventivité dont font preuve plusieurs d’entre nous. Pourtant il faut bien reconnaître que tout ceci est bien spécieux, superflu et ne remplacera pas la relation vivante, la rencontre salutaire avec l’autre.  Or pour compenser l’absence de l’autre, l’interactivité sociale, nous notons une progression des usages internet, nous glissons peu à peu vers le monde transhumaniste des écrans qui devient l’autre, le substitut, l’aide thérapeutique, l’assistant palliant la solitude insupportable. En attendant sans doute demain le robot affectif palliant à l’ami absent, simulant des capacités de cognition mais sans conscience, sans ressentis ni aucun sens de l’autre, ni aucun désir de vivre notre humanité surtout lorsque la fragilité de l’homme est mise à mal.

Avec ce confinement généralisé, le monde connecté celui de l’écran est en passe de devenir le monde réel, mais un monde surtout factice, un univers d’artefacts conditionnant au fil des jours notre future apathie, notre immobilisme contraint. Notre seul horizon est à peine la fenêtre des voisins, mais devient une fenêtre fermée, un mur sans visage, car ce visage est sans doute rivé à son écran. Nous entrons finalement dans l’habituation d’un monde d’informations qui devient pour le coup le substitut de l’autre en chair. L’habituation est ce syndrome de l’addiction, celle de l’accoutumance à être privé de vie relationnelle, de vie associative ou de vie d’église pour les chrétiens, une accoutumance qui n’est pas facile à vivre pour nos aînés, une situation que j’ose écrire de cataclysmique pour nos aînés, qui plus que jamais ont besoin d’un geste réel et non d’un écran qui simule une animation qui n’est pas la chaleur de l’être aimé. Ces aînés souffrent, sans doute endurent pour certains, d’être privés de cette rencontre avec leurs enfants, de l’absence, de la non-incarnation d’un geste de tendresse d’un petit fils, d’une petite fille, de rires que l’on entend et qui nous relie à celui des vivants, ces personnes avancées dans l’âge, privés à l’heure de leur mort de la main tendre qui les accompagne.

A vivre le monde virtuel qui soi-disant nous protège, sommes-nous réellement en vie, sommes-nous toujours en vie ? Si j’évoquais le monde de nos aînés très âgés, comment ne pas songer également à toutes les personnes qui vivent seules, isolées, chez elles. Ces personnes qui vivent parfois en êtres désolés sans ressources (ni compagnies, ni livres) et passant des journées dans une solitude qui les emmure. Une amie, m’a invité à suivre par téléphone (hélas) cette personne veuve, qui vit dans le mal être d’un espace fermé. Cette personne passe sa vie dans les écrans à consulter et à rechercher désespérément l’âme sœur dans le monde désincarné des réseaux de rencontres, mais sans réponses, se perdant ainsi dans les méandres de ces univers virtuels sans lendemains, un monde de désenchantement comme tout ce qui est virtuel.

L’écran ne remplacera jamais le monde réel ; le monde vivant n’est pas celui du domaine calfeutré du monde virtuel, de cet écosystème envahi par les connexions, les bits, les data. Pourtant ce monde virtuel deviendra notre nouvel écosystème, ce monde se dessine subrepticement et l’ennemi demain sera la rencontre, la peur de l’autre, celui qui vit en chair mais qui pourrait loger un corps étranger. Cette peur nous envahit malgré nous, tant nous sommes habitués à vivre en confinés. Nous sommes soumis ainsi à ce nouvel ordre social, l’ordre de l’immanence fondé sur la peur, imposé par un virus bricolé ou naturel [« sur naturel » en ce sens que virus semble ne s’en prendre qu’à l’homme] . Nous sommes devenus les sujets des réseaux connectés, celle de nos écrans d’où nous recevons de l’information et des injonctions en permanence. Nous sommes dans l’habituation comme je l’ai déjà écrit, une forme d’apprentissage conditionnée à échelle planétaire, l’apprentissage d’un monde virtuel, vide de relations humaines. Oui j’entends bien qu’il faille se protéger et comment faire autrement, surtout parce que nous n’avons pas su anticiper en France, le naufrage de cette crise sanitaire exposant puis plongeant nos armées médicales dans le stress, la peur au ventre face à une peur, loin d’être une paranoïa.

L’habituation à ce monde virtuel, celui des écrans, des smart phones dont il faudra même s’équiper pour justifier et légitimer nos sorties. Nous allons sous peu découvrir les applications qui demain anticiperont et géreront pour nous les interactions sociales qu’il faudra éviter, car selon un sondage les Français seraient prêts à se laisser géolocaliser, autrement dit pister, pour prévenir d’éventuels risques de contamination, fuir les pestiférés, les contaminés et demain d’autres dangers émanant des tensions découlant de l’effroyable crise sanitaire (crises sociales, politiques, révoltes issues de la crise économique).

Le Prince de l’air et oui car il faut bien parler de lui, nous prépare à des moments pénibles, difficiles en voulant domestiquer l’espèce humaine et en la privant d’incarnation. Cette crise sanitaire va aussi révéler la réalité qui touche au cœur de l’homme, ceux qui hier de leurs balcons applaudissaient les blouses blanches pourraient bien se transformer en hydres pour chercher les prétendus boucs émissaires d’un véritable désastre pour l’humanité. Pourtant à l’heure de ce désastre, de ce bouleversement, chacun avec une profonde humilité devrait réfléchir à l’orientation qu’il avait jusqu’à présent, donner à sa vie, et peut-être changer de voie pour mieux s’engager vers les autres, les proches, les parents, les amis, la personne que je croise, celui qui est en réalité mon prochain et non mon ennemi. il nous faut revenir à une vie d’authenticité et de simplicité et fuir ce monde qui nous invite à toujours plus, et à l’homme augmenté, alors que la vraie grandeur est de savoir s’abaisser devant la grandeur de Dieu.

La vérité de ce nouvel ordre se révèle, hélas s’incarne dans le confinement, à nous dés lors de discerner, de ne pas nous laisser séduire par la vanité de ce monde. A nous de relier les autres et à prévenir les dégâts d’une atomisation : l’atomisation de notre vie sociale comme je l’écrivais précédemment, ce risque de délitement du lien social et qui pourrait s’amplifier : chacun à son écran, tous impuissants, en passe de nous laisser domestiquer, naviguant entre deux mondes : le social-réseau virtuel où chacun se donne le sentiment d’exister et l’individu atomisé privé de contacts avec l’autre et qui souffre pourtant, toujours, en secret d’être privé de communion avec ses frères en humanité. Alors changeons de voie et revenons à cette offrande que nous offre la vraie vie, les choses simples, celles d’une proximité avec le prochain…En écrivant ces lignes, je mesure aussi toute notre vanité humaine, notre mémoire qui oublie si facilement son passé, ses terreurs, les  terreurs qui enserrèrent dans les plus grandes frayeurs, ceux que l’on appelait les poilus, confinés dans leurs tranchées, habités par l’angoisse d’une mort à leur trousse; Nous mesurons ainsi que nous ne sommes pas en réalité en guerre mais oui un virus nous interpelle et interpelle la conscience de l’homme à revenir à d’autres valeurs et à contempler une autre grandeur, refoulée par l’homme, niée par l’homme, et sans doute nous invite à contempler celui qui est à l’origine de toutes choses, de la vie, du souffle de vie.

Coronavirus : les Français favorables à une application mobile pour combattre la pandémie

Une nette majorité de Français seraient favorables à l’utilisation d’une application enregistrant leurs interactions sociales et les avertissant s’ils ont été en contact avec une personne malade du Covid-19, ou prévenant ceux qu’ils ont côtoyés s’ils sont eux-mêmes infectés. C’est l’enseignement d’un sondage publié mardi 31 mars, réalisé auprès d’un échantillon représentatif de plus de 1 000 Français possédant un téléphone mobile les 26 et 27 mars. Cette étude a été commandée par une équipe de recherche de l’université britannique d’Oxford qui travaille justement sur ce type d’application pour lutter contre la pandémie.

Ces chercheurs ont modélisé mathématiquement l’effet d’une application de pistage permettant d’identifier immédiatement les personnes risquant d’être infectées avant même qu’elles présentent des symptômes du Covid-19 et ont estimé qu’une telle application était de nature à « contrôler l’épidémie sans avoir besoin de recourir à des mesures prolongées et très coûteuses de confinement général ». Leurs recherches viennent de faire l’objet d’une publication dans la prestigieuse revue Science.

Le Monde :

Article mis à jour le 02 avril 2020

Une nette majorité de Français seraient favorables à l’utilisation d’une application enregistrant leurs interactions sociales et les avertissant s’ils ont été en contact avec une personne malade du Covid-19, ou prévenant ceux qu’ils ont côtoyés s’ils sont eux-mêmes infectés. C’est l’enseignement d’un sondage publié mardi 31 mars, réalisé auprès d’un échantillon représentatif de plus de 1 000 Français possédant un téléphone mobile les 26 et 27 mars. Cette étude a été commandée par une équipe de recherche de l’université britannique d’Oxford qui travaille justement sur ce type d’application pour lutter contre la pandémie.

Ces chercheurs ont modélisé mathématiquement l’effet d’une application de pistage permettant d’identifier immédiatement les personnes risquant d’être infectées avant même qu’elles présentent des symptômes du Covid-19 et ont estimé qu’une telle application était de nature à « contrôler l’épidémie sans avoir besoin de recourir à des mesures prolongées et très coûteuses de confinement général ». Leurs recherches viennent de faire l’objet d’une publication dans la prestigieuse revue Science.

Une application utilisant le Bluetooth

Les chercheurs ont présenté aux sondés le dispositif qu’ils ont imaginé : une application, installée sur un smartphone et utilisant la technologie sans fil Bluetooth, capable de détecter si un autre téléphone mobile équipé de cette même application se trouve à proximité immédiate.

L’application envisagée n’accède à rien d’autre qu’au Bluetooth (pas d’accès au répertoire, aux messages…) et ne permet pas de géolocalisation : elle se contente d’enregistrer les appareils munis de la même application ayant été dans son environnement immédiat pendant au moins 15 minutes, une situation présentant un risque d’infection au nouveau coronavirus.

Dans le système présenté aux sondés, lorsque le possesseur d’une telle application est diagnostiqué positif au Covid-19, ceux que le malade a côtoyés sont avertis immédiatement et il leur est demandé, par les autorités sanitaires, de se mettre en quarantaine stricte. Les personnes ainsi alertées ne savent pas qui leur a fait courir le risque d’être contaminé, ni où. Les plus de 1 000 Français sondés dont les réponses ont été prises en compte ont d’abord dû répondre correctement à plusieurs questions pour s’assurer de leur bonne compréhension du dispositif imaginé par les chercheurs.

Lire aussi  Contre la pandémie due au coronavirus, de nombreux pays misent sur la surveillance permise par le « big data »

Dans ce contexte, ils seraient près de 48 % des personnes interrogées à l’installer « sans aucun doute » et 31 % à le faire « probablement », un pourcentage qui n’évolue guère avec l’âge. Huit personnes sur dix envisagent donc directement d’installer une telle application. Cette probabilité augmente au cas où une infection se déclarerait dans son entourage : ils seraient alors presque deux tiers à l’installer « sans aucun doute ». Paradoxalement, plus de 93 % des personnes interrogées respecteraient la consigne de quarantaine reçue de l’application – soit davantage que de personnes qui installeraient l’application en premier lieu. Une part qui augmente si, à cette quarantaine, est assortie la possibilité d’être testé au Covid-19.

Des chiffres à mettre en perspective, selon les auteurs de l’étude. « Nous n’avons pu discuter le mode de fonctionnement et l’installation de l’application qu’en termes très généraux, alors que les détails précis de mise en œuvre pourraient grandement affecter les décisions d’installation », écrivent-ils, tout en concluant que « même si 80 % de nos répondants ont exprimé une volonté d’installer une telle application si elle était disponible, le taux d’installation pourrait être beaucoup plus faible en réalité ».

Des sondés favorables à une installation « automatique »

Près de deux personnes interrogées sur trois seraient favorables à ce que l’installation de cette application soit automatique, par les opérateurs téléphoniques – un mode de fonctionnement qui ne semble cependant pas être techniquement réalisable. Un pourcentage similaire garderait « probablement » ou « sans aucun doute » l’application sur leur téléphone si elle y était installée automatiquement.

L’étude identifie trois principaux freins à l’adoption large de cette application, condition sine qua non de son efficacité : les risques d’un piratage du téléphone sur lequel l’application est installée ainsi que la possibilité que cette surveillance puisse être prolongée même après la pandémie (un quart des sondés respectivement) et le risque d’une augmentation de l’anxiété liée à l’utilisation de cette application (un cinquième des personnes interrogées). Les difficultés techniques d’installation ou d’activation restent marginales.

Par ailleurs, plus de la moitié des sondés seraient favorables à ce que les données récoltées par l’application soient mises à disposition des chercheurs après la fin de l’épidémie. Enfin, les chercheurs notent qu’en Allemagne, au Royaume-Uni et en Italie, où les chercheurs ont également réalisé un sondage, les résultats sont « très similaires » à ceux observés en France. « L’application n’étant utile que s’il y a un nombre suffisant d’utilisateurs, nous jugeons nos résultats comme étant porteurs d’espoir quant à la viabilité d’une telle approche », se félicitent ainsi les chercheurs.

L’ennemi ?

Étonnant de ne pas découvrir de vraies méditations et réflexions philosophiques sur ce Covid 19, ce nouveau fléau mondial qui finalement n’a rien de nouveau sous le soleil. La peste en son temps fut perçue comme un véritable cataclysme, la peur gagna alors l’Europe face à cette destruction massive liée à l’épidémie dévastatrice. L’époque, cette période appelée moyen-âge fut marquée comme vous le savez « par le sauve qui peut », un sentiment de frayeur, d’insécurité face à la brutalité de l’épidémie due au bacille de Yersin. Quand la peste se répandait en véritable pandémie, ce sont des foules qui tentèrent de prendre la fuite n’empêchant pas le virus de migrer également, Des processions avaient aussi été organisées partout en Europe, pour invoquer le secours de Dieu.

photo-1581769060592-4008c031d332

Auteur Éric LEMAITRE

Socio économiste

auteur de l’Essai la conscience mécanisée

Le Covid 19, ce nouveau fléau mondial n’a finalement rien de nouveau sous le soleil. La peste en son temps fut perçue comme un véritable cataclysme, la peur gagna alors l’Europe face à cette destruction massive liée à l’épidémie dévastatrice. L’époque, cette période appelée moyen-âge fut marquée comme vous le savez « par le sauve-qui-peut », un sentiment de frayeur, d’insécurité face à la brutalité de l’épidémie due au bacille de Yersin. Quand la peste se répandait en véritable pandémie, ce sont des foules qui tentèrent de prendre la fuite n’empêchant pas le virus de migrer également, Des processions avaient aussi été organisées partout en Europe, pour invoquer le secours de Dieu. Mais notre monde a refoulé Dieu et s’emploie à imaginer que les distanciations et les barrières humaines suffiront à endiguer le mal.

Le monde est de ce fait secoué par une crise qui ressemble à l’expression d’une forme de terreur quasi mondiale propagée par une entité biologique qui ne choisit ni ses proies, ni ses victimes, qui n’a pas de visa et s’invite ou voyage incognito [nous sommes si nous sommes affectés le véhicule corporel, transportant le virus], invisible, pour frapper l’innocent comme le coupable, le riche et le pauvre, ne discrimine ni la couleur, ni l’orientation, pas même la religion de ses victimes, c’est l’humanité dans sa totalité qui est visée. L’appétit de ce virus semble insatiable et il met en péril tous les écosystèmes relationnels, sociaux, économiques. Ce virus est devenu le fléau de ce siècle. Il vient frapper la conscience humaine et nous interroge sur le modèle de société universaliste et consumériste, que nous avons bâti.

L’émotion (surtout pour soi) est en train de gagner aujourd’hui le globe dans son ensemble, notre monde. Avec l’endémie suscitée par ce germe dévastateur, ce que j’observe, est bien l’émergence d’une forme de repli sur soi associé aux mesures de confinement prises par les états : la fin des rassemblements, de toute forme de convivialité, l’évitement de tous les lieux de rendez-vous, l’isolement claquemuré de préférence. Pourtant toutes les mesures de prévention n’ont pas anéanti la fulgurance de la diffusion de ce virus, ce virus ne semble pas craindre les mesures d’endiguement et nous fait prendre conscience de notre finitude, de notre vulnérabilité que nous redécouvrons. Notre société a tellement refoulé la mort, la maladie que leurs spectres se sont finalement tapis, incrustés sur les paliers de nos maisons.

Dans ces contextes d’appréhension et même de terreur planétaire, une matinée, je suis allé chez le boulanger. Habituellement cette boulangerie fait le plein de clients et je remarquais que j’étais étrangement seul dans le magasin, absence de mondes, absence de contacts. J’ai fait rire l’aimable vendeuse, en lui proposant de payer le pain « sans contact ». Ce « sans contact », ce mode de paiement qui est finalement à l’image d’une société qui se dessine, évitons de nous toucher, de nous embrasser, de tendre la main, d’échanger un sourire des fois que ce sourire ne transpire le visage de cette calamité et qu’à mon tour je ne croise le virus assassin. Je me suis également rendu dans une école d’ingénieurs pour surveiller un examen le 13 mars 2020, trois jours avant le confinement décidé par les autorités du pays, et je fus frappé par le regard inquiet chez quelques élèves s’interrogeant sur leur avenir après que leur fussent annoncées les mesures de fermeture des frontières alors que certains devaient se rendre à l’étranger pour effectuer un stage devant valider leur futur diplôme d’ingénieur.

Pourtant il faut en convenir, prenons soin des uns et des autres et ne nous prêtons pas inutilement à cette folie de croire que l’on est protégé et insubmersible ; que l’on ne transmettra pas le virus autour de nous. Une proche travaillant dans un établissement a été la première à s’appliquer les consignes, saluer aimablement ses collègues, mais sans embrassades et serrages de mains. Quand elle fit ce choix, gentiment ses collègues ne se sont pas souciés de cette prévention et continuèrent leurs aimables pratiques. Un soir, un message d’alerte fut partagé par la direction de l’entreprise, un cas de coronavirus [suspecté puis démenti] a été signalé, une collègue en était atteinte, ce fut le vent de panique, le chacun pour soi, le repli, la stratégie de calfeutrage. Lorsque le virus était loin de chez soi, nous avons tendance parfois à en rire, à jouer aux braves, à nous moquer gentiment des autres, mais voilà, c’est arrivé à la porte de l’entreprise [démenti par la suite] de cette proche, qui fut l’une des rares employé(e)s, à retourner pourtant dans son entreprise, mais une entreprise quasi désertée. Le coronavirus est un agent antisocial, et sans doute cette épidémie à l’heure où ces lignes ont été écrites (le 16 mars 2020) va s’aggraver, n’épargnera aucune ville, aucune commune, aucun village, îlot, aucun quartier, aucune rue, aucun voisinage. Ce virus antisocial est aussi mondialiste [métaphore], il ne connait pas de frontières et même si le président Trump ferme les frontières US, barricade l’Amérique, il n’empêchera pas la propagation de cette peste nouvelle, car il faut bien que les Américains séjournant en Europe reviennent dans leurs pays. D’ailleurs la Californie, état américain a déclaré récemment l’État d’urgence, dans la région de Seattle, siège des géants de la technologie digitale qui dominent le marché mondial du numérique, plusieurs cas de coronavirus ont été signalés, multipliant les mesures de protection, encourageant les salariés à se terrer chez eux, à une forme de burrowing. J’entends ici là que le monde numérique va finalement sauver le monde en réinventant les conditions d’une vie sociale sécurisée, grâce à l’intelligence artificielle, au télétravail, aux mails, aux robots qui viendront nous apporter les colis, à Skype ou autres supports pour continuer le lien social avec nos aînés privés de relations vivantes susceptibles de les mettre en danger. Mais hélas, nous créons chez ces derniers de l’insécurité affective et un sentiment de repli, d’abandon qui pourrait les gagner du fait du délitement des interactions sociales. Ces aînés seront aussi les victimes directes ou collatérales de la pandémie.

Nous allons, avec la propagation du virus, entrer dans un monde d’hyperconnectivité accélérée, l’esclavagisme virtuel des temps modernes et sans doute les mesures de confinement vont amplifier et précipiter un mouvement d’inventions numériques [géolocalisation du virus : lieux à ne plus fréquenter, rues à éviter et qui sait voisins à éviter] et d’applicatifs à télécharger pour mieux nous divertir, nous tenir en laisse, tracer les mouvements des populations,  mais c’est un leurre, le numérique ne sauvera pas le monde, le numérique ne nous sauvera pas de cette pandémie. Je crains que d’autres mesures ne soient aussi prises afin de mieux gouverner et tracer les populations, de les traquer, de contrôler leurs ventes et leurs achats.

Pourtant dans ces contextes, nous devrions absolument lire les recommandations de ceux qui nous ont précédés au cours de notre histoire, Je m’en tiendrais ainsi  à la lettre de Luther qui lui-même a été confronté à la peste, il écrivait ces mots[1] pleins de sagesses qui peuvent nous éclairer sur la façon dont nous abordons les événements qui se passent dans les contextes d’une époque angoissée.

« Je demanderai à Dieu par miséricorde de nous protéger. Ensuite, je vais enfumer, pour aider à purifier l’air, donner des médicaments et les prendre. J’éviterai les lieux, et les personnes, où ma présence n’est pas nécessaire pour ne pas être contaminée et aussi infliger et affecter les autres, pour ne pas causer leur mort par suite de ma négligence. Si Dieu veut me prendre, il me trouvera sûrement et j’aurai fait ce qu’il attendait de moi, sans être responsable ni de ma propre mort ni de la mort des autres. Si mon voisin a besoin de moi, je n’éviterai ni lieu ni personne, mais j’irai librement comme indiqué ci-dessus. Voyez, c’est une telle foi qui craint Dieu parce qu’elle n’est ni impétueuse ni téméraire et ne tente pas Dieu. »

 Alors mes chers amis, c’est le moment de redoubler de compassion, d’amour pour vos nos prochains, ne craignons pas le virus, mais ce mal anti relationnel, ne craignons pas la rencontre avec l’autre [Sans le mettre en danger], mais notre isolement, le repli chez soi… Dieu nous appelle à sortir de nos murs, et d’ouvrir nos maisons pour accueillir le prochain, à prier pour les malades à tendre justement la main [le geste de la main est une métaphore, nous n’incitons pas les gens à braver les recommandations]. Ne nous laissons pas intimider par celui que l’on a coutume d’appeler le malin.  Aussi je lance cet appel à la prière pour notre pays, pour ses autorités, pour ses médecins, ses personnels soignants et pour la conscience de tous, de revenir à l’essentiel de la vie, l’amour du prochain. Malheur à nous si nous n’écoutons pas l’exhortation véritable qui nous invite à un changement de modèle de vie, à un changement complet de nos habitudes et notre souhait de rester dans notre salière. Soyons le sel et la lumière du monde, soyons l’espérance dans une ambiance profondément mortifère…

[1] Source: Œuvres de Luther Volume 43 p. 132 la lettre « Que l’on puisse fuir une peste mortelle » écrite au révérend Dr. John Hess.