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La conscience : enjeu de société  

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Auteur Eric LEMAITRE 

Ne vous attendez pas à lire dans mon prochain livre une nouvelle recette ou de vous remonter celles qui avaient eu cours pour fonder une société conviviale loin de ce processus de mécanisation de la vie, loin d’un monde soumis au pouvoir titanesque d’une technoscience qui rêve de post-humanisme, d’intriquer l’homme et la machine, de relier l’homme à l’intelligence artificielle. Volontairement je veux vous décevoir, car il n’y pas de modèle à vous imposer ou à imposer à qui que soit, au risque de fabriquer une société non consentie par une majorité. Or plus que tout, je revendique la liberté pour tous, la liberté de sa conscience de choisir entre un chemin qui nous conduit à la vie et ce chemin que je vous ai décrit tout au long de mon dernier livre et comme dans le prochain, et qui porte en lui-même le projet mortifère d’une société livrée à l’appétit d’une vie quotidienne augmentée. L’enjeu est de comprendre pourquoi il y a quelque chose d’effrayant, de terriblement affolant de se retrouver dans l’enclos de cet univers mécanisé qui nous est promis. Puissions-nous, nous réveiller finalement de l’indolence d’une société de consommation baignée dans l’eau tiède, celle de la société de Laodicée[1] qui prétendait être riche et de n’avoir besoin de personne, cette même société qui nous fait miroiter la vie réussie, de ces objets avatars, nouveaux « directeurs de conscience » qui flatteront et piloteront l’existence, toute l’existence.

Puissions-nous ne jamais nous habituer à l’eau tiède, à ce phénomène d’habituation comme une forme d’apprentissage discipliné, tel l’environnement relaté dans la fable de la grenouille[2],  une grenouille qui ne saisit pas que la marmite dans laquelle, elle s’est plongée est en train de bouillir.   Aussi venons à l’essentiel et l’essentiel est bien cette dimension de la conscience qui fait la spécificité de l’être humain. La conscience qui fut tout au long de ce livre comme le fil conducteur, la trame, cette conscience que j’interpelle, celle de mon lecteur finalement, non sous forme d’injonction moralisatrice, d’ordre pour le soumettre à mon idéologie, mais bien plutôt comme une pensée dont il saisit la portée significative pour décider en lui-même, comprenant par lui-même, la nécessité de refuser l’aimantation d’une société transhumaniste qui puise dans les âmes désolées, les âmes inhabitées. Il importe pour chacun d’entre nous de comprendre les ressorts d’une société vampirisant les êtres afin de leur donner une nouvelle identité, celle de post humain. Toute l’histoire technique atteste cette aptitude à assimiler les inventions et les découvertes, à les incorporer au fil de l’eau, à notre mode de vie, mais il est urgent de comprendre, que nous sommes sur le point d’être façonnés par les objets eux-mêmes, ceux-là même qui entendent domestiquer l’être humain.

Dans ces nouveaux contextes civilisationnels, il importe pour nous de comprendre que les ressorts de toutes les idéologies mortifères s’appuient en effet et systématiquement sur le besoin exprimé par les populations d’être conduites dans une idéologie qui les porte, les fédère de manière enthousiasmante, exaltant une soif d’identité, de raison d’être. Or le lit de ces idéologies totalisantes et mortifères est le plus souvent engendré en raison très souvent de la vacuité, du vide spirituel, du vide intérieur, de l’ennui qui traverse la société. Les plus grandes tragédies humaines se sont finalement forgées dans le « vide de la pensée ». Or avec cette eau douce, cette eau tiède, cette habituation comme je l’écrivais précédemment, nous finirons bien par nous plier à l’injonction d’une vie sociale totalisante et entièrement « machinisée » qui nous donnera l’illusion d’une vie remplie. Dans cette nouvelle vie sociale, cette vie quotidienne des biens et des gens augmentés, nous serons comme docilement familiarisés aux contextes d’une ère civilisationnelle dont le phénomène technique est bien la possession de l’homme par l’objet, « l’homme devenu l’objet de la technique »[3].   Le transhumanisme est de fait le symptôme des crises de l’ancienne civilisation mais constitue en soi le prodrome ou bien le préambule du nouveau totalitarisme qui se dessine sous nos yeux. Ce nouveau totalitarisme ne sera pas nécessairement alimenté par la terreur d’un appareil d’état, mais le sera par l’appareil machine, la terreur qui fut autrefois, l’“essence“ même du totalitarisme en supprimant radicalement toute autonomie individuelle sera remplacé par celle de l’injonction de la machine, l’assistant navigateur de notre vie sociale qui supprimera également et radicalement toute liberté en insufflant les itinéraires rationnels que nous devons emprunter dans une civilisation machinisée devenue totalement cartésienne.

La machine cybernétique donnera ainsi l’impression à tout être, d’accomplir son autonomie, mais en réalité une autonomie manipulée jamais éloignée de son noyau, la machine régulant les gestes et les actes de ce bon citoyen corvéable, domestiqué que nous serons devenus, si notre conscience se laisse ankyloser par la société de divertissement qui nous est promise.

Aussi dans cette dernière partie du livre, il me paraissait comme primordial de faire de la conscience, de notre conscience le sujet essentiel pour saisir l’impératif de ne pas nous laisser couler dans la spirale infernale d’un système babylonien. Un système qui est en passe d’orienter la vie humaine au prétexte qu’il nous faut changer de récit celui d’une civilisation enfermée dans l’idée de la mort, qu’il faut ouvrir les yeux des hommes afin que nous devenions pareils à des Dieux. Il est temps ainsi de revenir à l’arbre de vie et de ne pas être sous la coupe de l’arbre technologique, de ce fameux fruit de la connaissance qui conduisit l’homme déchu à devenir l’homme Dieu.

[1] Lettre à l’église de Laodicée, Livre de l’Apocalypse de St Jean Apocalypse 3.14-22 « Je suis riche, je me suis enrichi, et je n’ai besoin de rien… »

[2] Fable de la grenouille : Si l’on plonge subitement une grenouille dans de l’eau chaude, elle s’échappe d’un bond ; alors que si on la plonge dans l’eau froide et qu’on porte très progressivement l’eau à ébullition, la grenouille s’engourdit ou s’habitue à la température pour finir ébouillantée.

[3] Formule empruntée à Jacques Ellul

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