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Le transhumanisme :  critique de l’essentialisme et de la sacralisation de la vie

Auteur Eric LEMAITRE

Le transhumanisme :  critique de l’essentialisme et de la sacralisation de la vie

La sacralisation de la vie mérite en soi d’être appréhendée, que faut-il ici entendre ici ou comprendre. Le sacré est sans doute ce qui dépasse la vie même, la transcende et confère cette dimension à la fois de mystère et de sacré. Lorsque nous évoquons la sacralisation de la vie, cela sous-entend qu’il ne faut pas l’atteindre en éteignant par exemple la vie, en la blessant, en modifiant ce qui fait son essence.  La dimension du sacré témoigne d’un aspect qui est au-dessus de moi et que je dois infiniment respecter, la dignité de l’homme, de la vie humaine doit être le principe même qui régit l’existence et ce de manière inaliénable. La dignité de l’homme est par exemple un principe sur lequel il n’y a pas à céder, car au-dessus de nous-même. La sacralisation n’est pas le fétichisme, la vie n’est pas ainsi un objet, l’objet de la vie transcende la matière et nécessite qu’on lui voue non l’adoration mais le respect dû à cette dimension qui nous dépasse.

Or dans ces contextes, réduire la vie humaine à une dimension qui n’aurait pas de sens au-delà de la matière confine l’existence humaine à une forme de désacralisation, à une perte totale de sens. Or nous comprenons le transhumanisme comme l’expression en réalité d’une désespérance et d’un rejet de la vie imparfaite, où devrions-nous plutôt dire le rejet de l’homme déchu. Le transhumanisme est la révolte de l’homme ne supportant plus d’avoir été déchu de sa condition originelle, il faut donc comme nous l’avions déjà exploré : orienter la recherche scientifique dans l’exploration de solutions qui auront pour objet de changer la nature de l’homme y compris de gommer toute empreinte d’un récit ancien qui le relierait à l’idée même de Dieu. Le transhumanisme veut pourvoir redéfinir la nature et franchir les Rubicon des lois naturelles, ainsi la conception génétique et eugéniste que se donne les tenants d’un post humanisme, légitime selon eux la désacralisation, la désacralisation est légitime du fait que la figure de la personne handicapée leur est insupportable. Dans ces contextes de corriger la nature de l’homme, il faut à tout prix fustiger dans le génome humain, le gêne délétère ou défectueux. Puisque la liberté du corps est proclamée, il faut au nom de ce principe de désacralisation, désacraliser la naissance et comme nous l’avions déjà écrit précédemment, puisque la procréation sexuée est associée à la mort, il convient alors de modifier le modèle de la naissance humaine en proposant une autre voie qui pourrait être celle de la réplication de l’être humain par voie de clonage ou bien si l’IA l’autorise répliquer l’identité du cerveau.

Menant une réflexion bioéthique dense à la suite de sa lecture de CS LEWIS l’homme aboli, Léon Kass Médecin et promoteur de l’éducation libérale, partagea sa grande perplexité concernant le devenir de l’homme dans ces contextes de désacralisation de la vie, s’interrogeant sur les perspectives qui se dessinent à moyen ou long terme pour l’être, ou j’oserai écrire à court terme, « L’homme restera-t-il une créature créée à l’image de Dieu, aspirant à se rapprocher du divin, ou deviendra-t-il un artefact créé par l’homme à l’image de Dieu-, suivant les seules aspirations de la volonté humaine ? ».

La réflexion de Léon Kass nous conduit à la réflexion qui sous-tend la « théologie » transhumaniste à savoir une vision exclusivement matérialiste de l’homme. En effet la thèse matérialiste qui a pleinement prévalu au XIXème siècle prétend que tout ce qui existe, est une manifestation « mécanique » et physique, que tout phénomène est le résultat d’interactions matérielles. Cette conception purement matérialiste de l’être humain défait ainsi la dimension ontologique, déconstruit cette part de sacré consacré à l’existence humaine. Il s’agit ainsi pour le transhumaniste d’abolir la notion de finitude qui caractérise l’homme, il convient dès lors de prendre en main sa destinée afin de ne pas l’enfermer dans les limites défectueuses et imparfaites du corps biologique pour en fin de compte arracher l’homme à l’ordre des lois naturelles.

Cette nouvelle métaphysique, cette conception anthropologique entend remettre en cause la vision essentialiste celle de la primauté de l’essence sur l’existence, en redéfinissant en conséquence les frontières du corps entre réparation et amélioration, entre thérapie et augmentation.

Cette désacralisation de l’être humain donne ainsi naissance à une nouvelle médecine, celle non de la réparation mais de l’amélioration dont l’objectif n’est plus de remédier à des formes de handicap ou de guérir des maladies, mais de bien modifier l’homme ou de l’augmenter en termes de performances physiques, cognitives…

Hippocrate partageait une vision de l’homme qui n’est pas celle des idéologies enfermant l’homme ou le réduisant à une vision matérialiste ; mécanique, la dignité de l’homme est au cœur du serment d’Hippocrate, la nécessité d’en prendre soin. La sacralité de la vie est soulignée dans le serment dont le texte devrait interpeller toutes les consciences alors que cette vie dans sa dimension intégrale est le sujet aujourd’hui de remises en question. Réduire l’homme ainsi à la matière conduirait inévitablement à violer l’esprit du serment d’Hippocrate. N’oublions pas que les Pères de l’église ont été largement imprégnés de cette vision associée au respect du malade, notamment le Didaché, ce premier document du christianisme primitif qui souligne amplement le respect de la vie soulignant qu’il y a une « grande différence entre le chemin de la vie et celui de la mort ».

Le combat engagé dans la doctrine matérialiste, promue par le transhumanisme n’est pas le combat de la vie, c’est même exactement l’inverse, puisque ce qui est réduit à la matière n’est pas l’émotion, la vibration de l’âme, ce pont vibrant qui le relie au vivant mais à une dimension qui transcende notre être tout entier. Comme l’écrit[1] Mario-Beauregard chercheure en neuroscience « En dépit de déclarations fracassantes dans les médias grand public, les nouvelles découvertes n’ont pas permis d’expliquer les concepts basiques tels que conscience, l’esprit, le soi et le libre arbitre. Les hypothèses qui réduisent l’esprit aux fonctions du cerveau ou contestent son existence même en sont restés à ce stade- d’hypothèses. Elle ne repose pas sur des démonstrations convaincantes mais sur le matérialisme de promesse contre ce que le philosophe Karl Popper nous a mis en garde ».

En effet pour Karl Popper philosophe des sciences faisait valoir que « L’Univers, nous paraît intuitivement relever de la causalité, d’un enchaînement de causes et de conséquences, comme s’il s’agissait d’une horloge. En réalité, il n’en est rien. Depuis la mécanique quantique de Broglie, nous avons appris que nous vivons dans un univers de probabilités, un univers créatif, non mécaniste, et qui est en expansion. Cet univers est donc fondé sur des événements qui ont été guidés par certaines probabilités. Mais ces probabilités sont en général inégales : les probabilités deviennent des propensions, les phénomènes ayant tendance à s’orienter spontanément dans une seule direction. Donc, Dieu joue bien aux dés, mais les dés sont lestés : physique et métaphysique sont par conséquent indissociables. » (Misère de l’historicisme)

Autrement dit Karl Popper souligne que nous sommes en réalité aux antipodes du déterminisme, que nous avons notre propre liberté, que l’univers a lui-même sa propre liberté, nous ne sommes ni mus, ni contraints, libres de choisir, libres de nous déterminer. La responsabilité individuelle est au cœur même de la vie, cette liberté de l’homme était au cœur de l’Eden, la liberté est une dimension de la sacralité, l’essence devrais-je écrire de la dimension sacrée de notre existence.

Or je prends conscience que nous entrons dans un monde qui entend nous soumettre à l’injonction de ses directives, du poids de ses normes. Comme je l’indiquais dans une conférence ayant pour sujet le transhumanisme ce sera l’éthique du bien faire et non l’éthique de faire du bien, l’éthique du bien faire, c’est celle de la norme qui s’impose pour réguler, l’injonction de la norme qui réduit finalement la dimension de l’intelligence relationnelle, fait de tâtonnements, d’avancées, d’échanges argumentés, de postures, de freins ou d’envies. Le transhumanisme a une vision sociale nécessairement aux antipodes de la liberté, c’est le contraire de la liberté, la liberté qui est l’essence de la sacralisation de la vie. La liberté n’est pas l’autonomie, la liberté n’est pas le relativisme, la liberté est du côté de la vie, la liberté est du côté du sacré, contre la dimension mortifère ou liberticide.

Lors d’une réunion dans les locaux de la vie associative  de Reims, une réunion sur le climat, je m’entretenais des solutions applicables localement et je croisais le regard d’une élève de science po Paris particulièrement brillante mais qui plaçait son discours sur un mode virulent et injonctif prétendant qu’il y avait aujourd’hui urgence de modifier les comportements, or le mode injonctif de son discours s’apparente à un exposé en réalité autoritaire, si certes, je peux comprendre l’urgence, la décision en réalité appartient à tout-à-chacun, de choisir de changer ou non de modèle, de comportement. Or il me semble que la liberté bonne ou mauvaise est bien une caractéristique de la liberté de l’être humain et fait partie de la sacralité de la vie.  La vie ne se gouverne pas avec le monde des normes, la vie est fondée sur l’échange et le relationnel, la sacralité de la vie est dans la dimension de l’échange, du partage, de l’éveil de la conscience.

La sacralité de la vie humaine, se résume selon moi par ce commandement[2] que Jésus considérait comme étant le plus grand. « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est le premier commandement et le plus grand. Et voici le deuxième, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. ».

La sacralité de la vie doit être motivée par notre amour pour Dieu et pour les autres. Nous aimerons notre prochain et nous en prendrons soin (Galates 6.10, Colossiens 3.12-15), nous porterons secours à la veuve et l’orphelin, aux malades et aux laissés pour compte et nous ferons preuve de disponibilité pour protéger les autres contre toute forme de mal, qu’il s’agisse de l’avortement, de l’euthanasie, du trafic de personnes ou toutes les formes d’abus qui violeraient la dimension de la dignité. « La sacralité de la vie humaine peut être le fondement de nos actes, mais l’amour doit en être la motivation ».

[1] Citation extraite du livre « Du cerveau à Dieu » Editeur Guy Trédaniel éditeur. Page 151

[2] Bible évangile de Matthieu chapitre 22. Versets : 37- 39

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