Intelligence artificielle : « Les scientifiques ne peuvent pas dire ce qui est bien ou mal »

EXTRAIT du Monde.fr lire la suite de l’article :

https://www.lemonde.fr/festival/article/2018/10/24/intelligence-artificielle-les-scientifiques-ne-peuvent-pas-dire-ce-qui-est-bien-ou-mal_5373739_4415198.html

Où s’arrêter ? Faut-il interdire une trop grande ressemblance des robots avec les humains ? Qui doit poser les limites ? Raja Chatila, qui préside au sein de l’IEEE une initiative internationale pour « les considérations éthiques dans l’intelligence artificielle et les systèmes autonomes », plaide pour un « code éthique », car « tout ce qui peut être fait n’est pas bon. Seule la protection des données personnelles fait aujourd’hui l’objet d’une régulation. Or, dans la communauté des chercheurs, certains n’ont pas conscience que leurs travaux peuvent être dangereux ».

Cette régulation doit venir « avant tout des citoyens », estime, de son côté, Véronique Aubergé, qui lance un appel pour que le débat ne reste pas « entre les mains des chercheurs, des entreprises ou des politiques qui font les lois. Les scientifiques ne peuvent pas dire ce qui est bien ou mal. Le débat doit devenircollectif ». A Grenoble, la chercheuse ouvre son laboratoire à « toutes les personnes confrontées à l’IA dans leur métier ou leur vie afin qu’ils puissent venir échanger sur ces travaux ».

 

La honte Prométhéenne

Etienne Klein s’interroge sur le sens du progrès si la promesse de l’homme bionique ne comporte pas en soi l’absurdité et évoque la honte prométhéenne  …   La honte prométhéenne a été défini par le philossophe Günther Anders comme « la honte qui s’empare du « honteux » (« beschämend ») devant l’humiliante qualité des choses qu’il a lui-même fabriquées ». L’homme crée des programmes informatiques comme l’intelligence artificielle qui le dépasse et l’humilie aujourd’hui. L’intelligence artificielle fascine, stupéfie, voir même hypnotise l’humanité en regard des prouesses techniques qu’elle peut accomplir mais terrorise également l’homme.

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Le transhumanisme est-il un progrès ?

Le philosophe des sciences Etienne Klein s’interrogeait sur le sens du progrès si la promesse de l’homme bionique ne comportait finalement pas en soi l’absurdité. Le philosophe évoquait la dans une conférence, la honte prométhéenne … La honte prométhéenne a été défini par le philosophe Günther Anders comme « la honte qui s’empare du « honteux » (« beschämend« ) devant l’humiliante qualité des choses qu’il a lui-même fabriquées ». L’homme crée ainsi des programmes informatiques comme l’intelligence artificielle qui le dépasse et l’humilie aujourd’hui. L’intelligence artificielle fascine, stupéfie, hypnotise voir même envoûte l’humanité en regard des prodiges et des prouesses techniques qu’elle peut accomplir mais potentiellement le terrorisera également en généralisant la reconnaissance faciale, le « tracking » des individus .

L’homme expérimente ainsi et à travers ses propres créations comme une forme d’aliénation de lui même, une perte de sa propre identité, comme ayant perdu une part ou la totalité de son humanité, lorsque il se sent comme dépassé, pire, submergé par sa propre création qui l’anéantit , le prive de sa dimension ontologique. L’homme ayant perdu tout lien et toute relation avec une dimension qui le transcende, se sent comme, déboussolé puis désarçonné de créer des produits qui seront amenés demain à le dépasser et à l’anéantir du fait qu’il est renoncé lui même à croire qu’il fut créé…. L’absurdité d’avoir songé que lui n’est que le fruit d’un assemblage hasardeux capable d’engendrer au travers de sa propre science son Golem !

Au péril de l’humain ! Les promesses suicidaires des transhumanistes

Au péril de l’humain
Les promesses suicidaires des transhumanistes
Co-auteur :Jacques Testart
Co-auteur :Agnès Rousseaux

Recension la maison d’éditions le Seuil :
Extrait :
Fabriquer un être humain supérieur, artificiel, voire immortel, dont les imperfections seraient réparées et les capacités améliorées. Telle est l’ambition du mouvement transhumaniste, qui prévoit le dépassement de l’humanité grâce à la technique et l’avènement prochain d’un « homme augmenté » façonné par les biotechnologies, les nanosciences, la génétique. Avec le risque de voir se développer une sous-humanité de plus en plus dépendante de technologies qui modèleront son corps et son cerveau, ses perceptions et ses relations aux autres. Non pas l’« homme nouveau » des révolutionnaires, mais l’homme-machine du capitalisme.

Bien que le discours officiel, en France, résiste encore à cette idéologie, le projet technoscientifique avance discrètement. Qui impulse ces recherches ? Comment se développent-elles dans les champs médicaux, militaires et sportifs ? Comment les débats démocratiques sont-ils éludés ? Et comment faire face à des évolutions qui ne feront que renforcer les inégalités ? Surtout, quel être humain va naître de ces profondes mutations, de ces expérimentations brutales et hasardeuses sur notre espèce, dont l’Homo sapiens ne sortira pas indemne ?

Jacques Testart, biologiste, est le père scientifique du premier bébé-éprouvette français né en 1982. Il développe une réflexion critique sur les avancées incontrôlées de la science et de la technique dans ses nombreux écrits, dont Faire des enfants demain, Seuil, 2014 et L’Humanitude au pouvoir, Seuil, 2015.

Agnès Rousseaux, journaliste, coordonne le média indépendant Basta ! (www.bastamag.net) suivi par plus d’un million de lecteurs chaque mois. Elle a codirigé Le Livre noir des banques LLL, 2015.

https://www.youtube.com/watch?v=OK-U5cXNOfU

Le transhumanisme : une entreprise de déconstruction spirituelle

L’idéologie transhumaniste comporte plusieurs dimensions qui sont l’expression d’un déni spirituel et d’un déni du monde réel ou naturel.

 La première dimension de ce déni est le rêve de l’immortalité, il convient de casser l’ADN qui nous enferme dans la mortalité, il faut ainsi dépasser la mort et gommer toute aspiration à un au-delà. Ray Kurzweil (https://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Kurzweil), directeur de l’ingénierie à Google affirme, en toute bonne foi, que les progrès prodigieux de la technologie, nous feront atteindre bientôt l’immortalité !

Le deuxième déni spirituel s’inscrit dans l’affranchissement lié à l’encerclement du corps ; c’est la valorisation de l’individu, un individu libre de son corps qui se modifie lui-même, n’appartient à personne et pourtant absorbé par le monde collectif avec lequel il interagit.   

La troisième dimension de ce déni se traduit par l’addiction aux objets techniques qui conduisent l’homme à une servitude sociale. La vie numérique (les réseaux sociaux) qui devient finalement une forme de régulateur de la vie sociale, modalisant puis interagissant avec les habitudes et les attitudes des consommateurs de ces réseaux sociaux, voir demain pilotant les comportements consuméristes (la Babylone est marchande).

La quatrième dimension d’un déni spirituel et réel est celui d’une anti incarnation. Dieu s’incarne dans notre chair, nous invite à vivre des relations en face à face. Or l’humanité évolue dans des univers de dématérialisation, dématérialisation des produits et des services, dans des relations de plus en plus virtuelles ou nous échappons au réel, à une vie d’entraide faite de gestes et de rencontres, de vécus et de mains tendues.  Nous arrivons dans un univers ou l’atrophie des interactions sociales est devenue plus prégnante

Auteur Eric LEMAITRE

Le transhumanisme la manifestation d’un déni

L’idéologie transhumaniste comporte plusieurs dimensions qui sont l’expression d’un déni spirituel et d’un déni du monde réel ou naturel.

La première dimension de ce déni est le rêve de l’immortalité, il convient de casser l’ADN qui nous enferme dans la mortalité, il faut ainsi dépasser la mort et gommer toute aspiration à un au-delà. Ray Kurzweil (https://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Kurzweil), directeur de l’ingénierie à Google affirme, en toute bonne foi, que les progrès prodigieux de la technologie, nous feront atteindre bientôt l’immortalité !

Le deuxième déni spirituel s’inscrit dans l’affranchissement lié à l’encerclement du corps ; c’est la valorisation de l’individu, un individu libre de son corps qui se modifie lui-même, n’appartient à personne et pourtant absorbé par le monde collectif avec lequel il interagit.

La troisième dimension de ce déni se traduit par l‘illusion de l’autonomie mais une autonomie contrariée par l’addiction aux objets techniques qui conduisent l’homme à une servitude sociale. La vie numérique (les réseaux sociaux) qui devient finalement une forme de régulateur de la vie sociale, modélisant puis interagissant avec les habitudes et les attitudes des consommateurs de ces réseaux sociaux, voir demain pilotant les comportements consuméristes.

La quatrième dimension d’un déni est celui de l’incarnation. Dieu s’incarne dans notre chair, nous invite à vivre des relations en face à face. Or l’humanité évolue dans des univers de dématérialisation, dématérialisation des produits et des services, dans des relations de plus en plus virtuelles ou nous échappons au réel, à une vie d’entraide faite de gestes et de rencontres, de vécus et de mains tendues.  Nous arrivons dans un univers ou l’atrophie des interactions sociales est devenue plus prégnante

Faut-il avoir peur du courant transhumaniste ?

Je ne sais s’il faut en avoir peur du courant transhumaniste, il faut surtout s’en inquiéter et c’est notre rôle d’éveiller les consciences.

« Ce n’est pas l’homme qui doit « s’augmenter » artificiellement mais bien les sociétés humaines qui doivent décroître jusqu’à rejoindre la mesure de l’homme »

Dans notre propos nous reprenons une réflexion de Tugdual Derville Directeur Général d’Alliance Vita  qui a longuement réfléchi sur les questions d’écologie et de transhumanisme.

Tugdual évoque La « barrière de complexité » du réel qui vient contredire les fantasmes prométhéens simplistes. La « mécanique » humaine est infiniment plus complexe que celle d’un ordinateur. L’intelligence artificielle a certes accompli des prouesses… Mais l’homme n’est pas qu’un cerveau, il est aussi un corps, en relation avec son environnement, un souffle de vie et un mystère…

En témoigne la complexité de ce qui se joue entre la mère et celui qu’elle porte : transmissions épigénétiques, interactions biologiques et psychologiques…

Dans la même idée si certes le philosophe Hegel[1] parle de l’art et non de la prouesse technologique, le philosophe montre la présomption de l’homme de vouloir copier et imiter la nature. Pour le philosophe cette tentative de copier la nature « ressemble à un ver qui s’efforce en rampant d’imiter un éléphant » ainsi selon HEGEL l’art ne peut pas rivaliser avec la nature.

En effet, l’ambition d’imiter la nature est vouée à l’échec. Les moyens dont dispose l’artiste ne lui permettront jamais de reproduire fidèlement la nature, dont le principe essentiel est celui de la vie. L’art ne pourra jamais que proposer une caricature de la vie.

 « …ce travail superflu peut passer pour un jeu présomptueux, qui reste bien en-deçà de la nature. Car l’art est limité par ses moyens d’expression, et ne peut produire que des illusions partielles, qui ne trompent qu’un seul sens. En fait, quand l’art s’en tient au but formel de la stricte imitation, il ne nous donne, à la place du réel et du vivant que la caricature de la vie… »

Hegel donne d’autres exemples à des fins de montrer « la prétention futile de ceux qui font de l’imitation de la nature la fin suprême de l’art : dans les deux cas, la valeur de l’œuvre est proclamée parce que des animaux se sont laissés tromper par la ressemblance de l’œuvre à l’objet nature ».

« En fait, quand l’art s’en tient au but formel de la stricte imitation, il ne nous donne, à la place du réel et du vivant que la caricature de la vie. On sait que les Turcs, comme tous les mahométans, ne tolèrent qu’on peigne ou reproduise l’homme ou toute autre créature vivante. J.Bruce au cours de son voyage en Abyssinie, ayant montré à un Turc un poisson peint le plongea d’abord dans l’étonnement, mais bientôt après, en reçu la réponse suivante:  » Si ce poisson, au Jugement Dernier, se lève contre toi et te dit: tu m’as bien fait un corps, mais point d’âme vivante, comment te justifieras-tu de cette accusation? « . Le Prophète lui-aussi, comme il est dit dans la Sunna répondit à ses deux femmes, Ommi Habida et Ommi Selma, qui lui parlaient des peintures des temples éthiopiens :  » Ces peintures accuseront leurs auteurs au jour du Jugement. « .

 Ce texte d’Hegel, illustre notre propos concernant l’IA, l’intelligence artificielle ne sera qu’une pâle copie, une imitation artificielle et ne saura rivaliser avec l’esprit de l’homme et son âme vivante. Il manquera à l’intelligence artificielle justement l’âme vivante.

 Dans ce livre nous avons également sollicité la lecture de plusieurs philosophes, et notamment d’un ami Philosophe, Chrétien lui-même engagé dans ce combat contre les idéologies ambiantes, contre les formes de régression engagées, de déconstruction de l’homme tel qu’il est.

Nous avons posé cette question à cet Ami que nous appellerons Philippe Nicodème et nous l’avons sollicité sur cette dimension transhumaniste touchant l’intelligence artificielle, ce qu’il pensait de cette distinction entre « Intelligence artificielle Faible et intelligence Forte »

Nous reprenons ici les propos de Philippe qui nous partage sa lecture sur la distinction entre intelligence artificielle et forte « Une réserve de fond sur la distinction « intelligence artificielle faible » et « intelligence artificielle forte ». La première est un état de fait et elle existe depuis longtemps ; elle est infiniment plus puissance que la puissance de calcul d’un cerveau biologique humain ; la seconde (intelligence artificielle forte) est un postulat. Rien ne dit ni ne montre qu’une machine puisse accéder à la conscience.

Matière, Intelligence Amour

Philippe affine son propos et ajoute  : « Avec de la matière, on ne fait pas de l’intelligence, pas une once ; avec toute l’intelligence du monde, on ne peut pas faire un peu d’amour, pas une once non plus ». Tout comme Blaise Pascal, Henri Bergson dans un essai, l’énergie spirituelle, le philosophe montre la dissymétrie matière pensée en soulignant que, s’il y a un lien entre cérébral et mental, depuis la cartographie du premier, on ne peut redessiner les pensées mentales.

Autrement dit, l’hétérogénéité radicale matière-esprit ne permet pas d’espérer l’émergence de la pensée consciente, contrairement à ce que prétendent les sorciers transhumanistes. Certes les algorithmes dans les prochaines générations seront capables d’automatismes hallucinants et conforteront les rêves transhumanistes qui se persuadent que l’on aura un jour de l’intelligence artificielle forte. Je ne dis pas qu’on n’y arrivera jamais ; ce que je veux dire, c’est que, comme pour le vivant, il faut déjà de la vie pour répéter du vivant ; de même pour la pensée, il faudra déjà de la pensée consciente pour espérer l’augmenter. Mais de la matière seule, on ne pourra pas générer un souffle de pensée consciente : ça, c’est dans l’imagination des scientifiques qui devrait faire un peu plus de métaphysique plutôt que de rêver comme des gamins à une immortalité qui n’aurait aucun sens…. »

Malgré les réserves formulées par le Philosophe, il n’est pourtant pas contestable que nous sommes « en route pour la démesure » avec cette volonté de redresser, de corriger notre sortie du Jardin de l’Eden, comme s’il fallait retrouver le chemin de l’éternité mais dans cette course folle vers un progrès sans conscience, n’est-ce pas la figure de la Bête qui se dessine subrepticement …. ! L’homme prométhéen devenu son propre Dieu. « Saurons-nous entendre ces signaux qui nous alertent sur les formes extravagantes du « progrès » ? » Propos du sociologue Yves Darcourt Lézat.

J’aime également ce propos partagé par Jean Michel BESSOU artiste et pianiste, un ami « l’Informatique ne peut améliorer ni créer la Vie, parce que le Numérique relève du rationnel et du Discontinu, tandis que la Vie dépasse le rationnel et relève du Continu. La technique tend vers le Zéro parce qu’elle est vide comme l’espace entre les particules, entre les étoiles ou entre les décimales de Pi. La Vie au contraire tend vers l’Infini car l’Infini c’est l’Un : étant continue, elle est pleine et substantielle. La tentative de l’ingénieur qui veut s’égaler à Dieu, de la Technique qui veut égaler la Vie, est aussi vaine que celle d’un miroir qui voudrait rayonner plus fort que le soleil qu’il reflète : cette illusion ressemble à celle du Mouvement Perpétuel, et le Rendement Égal À Un est un objectif inatteignable car c’est la projection symbolique de la prétention de l’Homme à égaler le Créateur. » Les logiciels vont s’approcher asymptotiquement de l’intelligence ou de la création musicale, la Chimie va se rapprocher indéfiniment de la création de la Vie qu’on nous annonce tous les cinq ans, ces buts ne seront jamais atteints ! On savait déjà qu’on ne soumet la Nature qu’en lui obéissant »

[1] HEGEL: Esthétique Collection PUF page 13.

Conférence avec Charles-Eric de Saint-Germain : Peut-on réduire la pensée au calcul?

Une conférence en rapport avec l’intelligence artificielle avec le philosophe Charles-Eric de Saint-Germain le lundi 28 mai 2018.

Une conférence en rapport avec l’intelligence artificielle avec le philosophe Charles-Eric de Saint-Germain le lundi 28 mai 2018 à 19h30, à l’espace Saint Jean, situé juste à côté du temple de la place Maginot, à Nancy.

Cyborg et IA : la fusion programmée entre l’homme et la machine

Cyborg et IA : on le verra au cours de ce dossier, ces deux domaines tendent à se rapprocher, inexorablement, entre la « mécanisation » de l’homme et l’ «humanisation » des machines, tant au niveau physique que de l’ « esprit ». Nous verrons quelles sont les avancées les plus marquantes de ces deux champs de recherche, qui devraient impacter en profondeur notre mode de vie dans les prochaines décennies.

Ces deux domaines, aussi vastes que passionnants, sont des thèmes très utilisés dans les œuvres de science-fiction, passionnant les foules depuis plus d’un siècle. Si certains livres, séries ou films les ont popularisés, ces deux notions restent difficiles à définir, car elles recouvrent de nombreux champs de connaissances, souvent peu accessibles au grand public. L’imaginaire de la science-fiction a donné une certaine image de ce que l’on appelle « cyborg », ainsi que des machines dotés d’une « intelligence » très évoluée, jusqu’à surpasser l’être humain. On le verra au cours de ce dossier, ces deux domaines tendent à se rapprocher, inexorablement, entre la « mécanisation » de l’homme et l’ «humanisation » des machines, tant au niveau physique que de l’ « esprit ». Nous verrons quelles sont les avancées les plus marquantes de ces deux champs de recherche, qui devraient impacter en profondeur notre mode de vie dans les prochaines décennies.

Le Cyborg :

la frontière entre l’homme et la machine

On appelle « cyborg » tout être vivant – généralement humain – qui aurait été « augmenté » par des ajouts mécaniques au sein même de son corps. Le terme de « cyborg » est d’ailleurs la contraction de « cybertenic organism » (organisme cybernétique), apparu dans les années 60 lors des premières explorations spatiales. Les chercheurs réfléchissaient alors au concept d’un humain « amélioré » qui pourrait survivre dans des environnements extraterrestres.

Mais le concept a émergé bien avant. On peut remonter jusqu’au milieu du XIXème siècle dans les romans d’Edgar Allan Poe, qui décrivait déjà un homme doté de prothèses mécaniques dans sa nouvelle The man that was used up (L’Homme qui était refait) parue en 1839. Depuis, l’idée a fait son chemin et les cyborgs, ainsi que les robots, sont devenus très populaires avec des œuvres ou personnages tels que Terminator, Robocop, L’Homme qui valait trois milliards, les Cybermen de Dr Who ou encore le récent I, Robot. Si ces célèbres films ou séries posent la question de la limite de l’humanité, en partant de l’humain, des ouvrages tels que la série des Robots d’Isaac Asimov cherchent la limite entre l’homme et la machine en soulevant la notion de « conscience artificielle », celle du robot, avec toutes les questions philosophiques et éthiques que cela implique.

Aujourd’hui on parle de plus en plus de cyborg non plus en termes de fiction, mais d’avancées scientifiques. Avec les progrès et la miniaturisation des technologies, on réalise des prothèses de plus en plus discrètes et efficaces, capables de remplacer voire surpasser un membre disparu ou un organe défaillant. On utilise souvent le terme de « transhumanisme » en rapport avec ces évolutions techniques. Le transhumanisme est un mouvement qui fait de plus en plus d’adeptes et qui consiste à pallier les « faiblesses » de l’homme (ressources physiques, maladies, handicap, vieillesse, mort) grâce aux progrès technologiques et à des greffes mécaniques capables de rendre l’homme plus « puissant ». Certains vont jusqu’à parler de post-humanité, prévoyant la généralisation de ces pratiques sur tous les êtres humains.

Des hommes dont les capacités physiques ou mentales dépendraient de machines ? De là à parler de cyborgs, il n’y a qu’un pas.

Sommes-nous déjà des « cyborgs » ?

La question peut sembler ironique, mais tout dépend de l’angle sous lequel on la traite. Si un cyborg est un homme dont les capacités ont été augmentées par les progrès technologiques, alors une bonne partie de l’humanité peut-être définie ainsi. Selon certains chercheurs, nous sommes déjà entrés dans l’ère des cyborgs, avec la multiplication des appareils électroniques dans notre quotidien, qui envahissent nos vies jusqu’à devenir indispensables. Télévisions, téléphones, satellites, Internet : tous ces outils nous permettent d’interagir avec le monde entier et donc d’augmenter la portée de nos actions et de nos idées. Cette explication est pour la plupart des individus trop « romancée », car le progrès est le propre de l’homme et les outils technologiques qu’il utilise ne peuvent altérer sa condition primaire d’ « animal pensant ». On parlera ainsi plutôt d’homme « augmenté ».

On s’attachera donc à une définition plus terre à terre du cyborg, qui consiste à modifier le corps même de l’homme pour lui attribuer de nouvelles possibilités physiques, ou mentales. La fusion entre l’homme et la machine, via des greffes ou l’implantation de puces au sein de l’organisme. Les recherches dans le domaine sont nombreuses, et touchent plusieurs secteurs : médecine, robotique, cybernétique, nanotechnologie, biotechnologie, NTIC, sciences cognitives, etc. Et les avancées sont rapides. Les greffes mécaniques existent déjà depuis longtemps, par exemple avec les pacemakers, de même pour les membres artificiels, mais cela ne fait pas pour autant de donner des êtres différents. On pourrait même évoquer les lunettes ou les systèmes auditifs comme des cas d’améliorations techniques de l’homme. Plutôt que d’homme « augmenté », on parle plutôt ici d’homme « réparé ». Il est évident que nous ne sommes pas encore au stade de cyborg comme nous avons pu le définir, mais nombreuses sont les recherches qui vont dans ce sens.

On cherche désormais à agir sur le corps humains de l’intérieur, que ce soit au niveau génétique ou mécanique, par exemple grâce à des puces implantées.
Nous arrivons aujourd’hui à une véritable frontière entre l’homme et la machine. Nous nous sommes habitués à un monde ultra-connecté où nos appareils font partie intégrantes de nos vies, et vis-à-vis desquels nous devenons de plus en plus dépendants. Implanter directement ces appareils à l’intérieur de notre corps pourrait donc devenir une solution à l’avenir, bien que cette idée soulève d’importantes questions techniques et sociales. Quand on observe les avancées technologiques, on peut penser qu’un tel scénario pourrait se concrétiser dans un futur plus ou moins proche. De nos jours, il existe déjà le dopage chimique, les implants d’appareils électroniques (médicaux notamment), ou des prothèses perfectionnées au point d’égaler voir surpasser un membre humain.

Il est intéressant de noter qu’en parallèle, nous donnons de plus en plus de traits humains aux robots, en travaillant sur les mouvements physiques et surtout, l’intelligence artificielle, qui progresse à une vitesse fulgurante. On assiste donc à un rapprochement entre les deux mondes.

Le futur déjà à nos portes

La technique et la médecine progressent particulièrement vite, et ont radicalement changé le mode de vie de l’homme, toujours à la recherche de puissance. Le virtuel lui a permis de démultiplier ses capacités de communiquer avec autrui, avec des avantages (le partage de la connaissance et des idées, le gain de temps, l’aspiration à la créativité) et les inconvénients (dérives, manipulation des masses, violation de vie privée) que cela implique. Nous avons également amélioré la qualité de vie de l’être humain grâce aux progrès médicaux, qui nous permettent de vivre plus longtemps et en meilleure santé. Tout s’enchaîne, de plus en plus vite, et la plupart des individus n’arrivent plus à suivre le rythme des avancées. Si auparavant, de nombreuses années étaient nécessaires à une technologie pour se généraliser (comme le téléphone ou la télévision), on adopte aujourd’hui les nouvelles technologies avec une rapidité déconcertante, presque machinale, compulsive. On n’a donc aucun mal à penser que l’homme pourrait accepter sans trop de résistance de se relier de l’intérieur à des appareils électroniques pour devenir, finalement, un cyborg.
Mais où en sommes-nous aujourd’hui exactement ? Quelles sont les avancées les plus marquantes ? Et que peut-on imaginer pour l’espèce humaine dans les prochaines dizaines d’années ? Sauf catastrophe planétaire, il est probable que notre évolution devrait connaître une sérieuse accélération « grâce » aux nouveaux outils technologiques.

Les prothèses bioniques

Parmi les avancées les plus marquantes, les prothèses de nouvelle génération reliées au système nerveux, et actionnées par plusieurs moteurs capables de reproduire tous les mouvements du membre original. On est aujourd’hui capable de créer des mains, pieds, bras ou jambes d’un réalisme bluffant, mais plus intéressant encore, d’une très grande efficacité, jusqu’à surpasser le membre de chair. Ces avancées annoncent de nouvelles possibilités en matière de performances et d’esthétisme. On peut ainsi prendre l’exemple d’Aimee Mullins, actrice et athlète américaine qui, née sans jambes, a percé dans le milieu du sport et du mannequinat grâce à des prothèses très perfectionnées. Elle fait d’ailleurs fréquemment la promotion de ces dernières, exposant le regard nouveau que l’on pourra porter envers les personnes handicapées.

Plus impressionnant encore, ce jeune autrichien qui, suite à un accident de travail, a perdu l’usage de son bras gauche. Il y a quelques mois, il a pris la décision de se faire amputer pour le remplacer par un bras bionique, directement relié à son cerveau. Les commandes de son bras artificiel sont activées par les signaux électriques du cerveau, et cela semble très au point. Remplacer un membre invalide par une prothèse bionique paraît être une idée tout à fait acceptable, mais cela pourrait se généraliser sur des individus parfaitement valides. Une idée qui résonne dans les mots de Aimee Mullins, au cours d’une interview, « L’amputation volontaire, je pense que ça arrivera […] Les athlètes feront n’importe quoi pour avoir les meilleurs avantages possibles ».

On a ici l’exemple de prothèses pour jambes ou bras, mais cette idée est tout à fait valable pour certains organes comme les reins, le coeur, ou encore les yeux. Il n’est pas fantaisiste de penser que notre corps pourra un jour être « réparé » comme une voiture dont on changerait les pièces. Bien évidemment, certaines parties du coup sont plus complexes que d’autres. On imagine mal par exemple pouvoir remplacer tout ou partie de notre cerveau après un grave accident. L’oeil est également un organe difficile à reproduire, et surtout à relier au cerveau humain. Les dernières avancées sont encourageantes, et prévoient le premier oeil bionique exploitable d’ici deux ans. Pour s’attaquer aux éléments les plus délicats, d’autres voies sont explorées, comme les nanotechnologies ou les puces électroniques.

Les puces implantées

En plus de « réparer » ou « augmenter » l’être humain, de nombreuses expériences ont été menées dans le but de le relier aux machines, directement par la pensée, ou de manière plus concrète, par les signaux électriques envoyés par le cerveau, puisque toutes nos actions sont commandées par notre cerveau. Les recherches se divisent en deux méthodes : la première, la plus douce, consiste à placer un bonnet recouvert d’électrodes, qui capte les ondes émises par le cerveau, et qui sont ensuite analysées par un ordinateur avant d’actionner la machine à laquelle il est relié.
La méthode progresse, mais se révèle peu précise et très lente. C’est pourquoi certains chercheurs se sont penchés sur une autre méthode, visant à implanter directement une puce sur le cerveau. Cela augmente la précision mais engendre des risques d’infection importants, les tests sur l’homme sont donc pour le moment très limités. Là encore, ces études se destinent principalement aux personnes handicapées qui ne peuvent compter sur leur corps pour effectuer des actions, d’où l’intérêt d’une interface homme-machine commandée par la pensée.

Mais d’autres études cherchent à faire de l’homme une véritable télécommande, capable d’interagir avec les machines d’un simple mouvement de bras ou, de manière plus ambitieuse, par la pensée. Parmi les chercheurs les plus influents dans le domaine, Kevin Warwick, professeur de cybernétique à l’Université de Reading au Royaume-Uni, s’est fait connaître pour avoir réalisé des implants au sein de son propre corps. En mars 2002, il s’est fait implanter une puce dans le nerf du bras afin de commander des machines simples par un simple mouvement (main robotique, lampe). Il voit le progrès technologique comme une manière d’améliorer l’être humain, et pas uniquement de le soigner. Il est même parvenu à transmettre un signal vers une main robotique de l’autre côté de la planète par le biais d’Internet.

Cette expérience a engendré un certain malaise, car on imagine alors les possibles dérives d’un tel pouvoir (diriger des objets à distance, sur commande). Kevin Warwick ambitionne d’être le premier représentant d’une « nouvelle espèce », post-humaine, un cyborg pour ainsi dire. Sa prochaine étape : implanter des puces au sein même de son cerveau afin de communiquer avec le cerveau d’un autre individu également équipé d’une puce. Une expérience qui vise ni plus ni moins que la télépathie entre êtres humains, et qui devrait, selon le chercheur, se concrétiser dans les dix prochaines années. Des expériences qui restent très hypothétiques, et qui connaitront probablement des détracteurs au vu des risques encourus.

Plus que de réparer, les recherches mènent aujourd’hui à « améliorer » l’homme, afin d’en faire un être hybride de chair et de métal. Ces recherches amènent de nombreuses polémiques car elles remettent en cause l’identité même de l’homme, jusqu’à le séparer peu à peu de son environnement naturel pour en faire un être, in fine, totalement artificiel. Il y a quelques années, des articles sont parus dans la presse annonçant l’avènement d’utérus artificiels. Sans parler des expériences de procréation assistée qui propose des bébés à la carte (couleurs des yeux, de la peau, traits physiques, sensibilités aux maladies, etc.) grâce à des manipulations génétiques. Des recherches qui se sont confrontées à de vives polémiques, de la part de groupes religieux, ou même de certains scientifiques, qui pointent du doigt les problèmes éthiques liés à ces pratiques.

La révolution des nanotechnologies

En plus des puces, la nanotechnologie pourrait avoir un grand rôle à l’avenir. Si la technique s’applique à de nombreux secteurs industriels, elle est également très en vue en médecine. De nombreuses équipes travaillent à l’élaboration de micro-robots (métalliques ou organiques) capables de scanner et réparer notre corps de l’intérieur. Mieux encore, il devrait être possible à moyen terme de remplacer des parties défaillantes de notre corps, comme la rétine. Les nanotechnologies agissent au niveau moléculaire, ce qui permet d’intervenir de manière très ciblée sur le corps humain, en délivrant des médicaments par exemple, et ainsi d’éliminer les maladies ou de retarder la vieillesse, ou de toucher au code génétique contenu dans nos chromosomes.
Les nanotechnologies intéressent beaucoup l’armée américaine, qui a investi plusieurs centaines de millions d’euros dans la recherche et l’exploitation de ces micromachines pour améliorer les performances des soldats. L’objectif est de produire des « super-soldats » capables de résister aux blessures, voire de s’auto-réparer grâce à ces nano-machines.

Couplées aux progrès de la biotechnologie et de la robotique, ces avancées pourraient donner naissance à des super-soldats génétiquement modifiés pour avoir l’avantage sur les armées ennemies. Dans le milieu militaire comme le milieu civil, ces bouleversements technologiques à venir devraient creuser un peu plus le fossé entre riches et pauvres, à la manière de la fracture numérique actuelle.

Nous vous invitons à visionner ce reportage d’Arte diffusé en juin dernier, qui illustre bien ces avancées et les problématiques qui en découlent (en quatre parties).

De même que cette bande annonce du jeu vidéo Deus Ex : Human révolution, qui nous plonge dans un futur anticipé, sur fond de transhumanisme et d’humains augmentés.

Jusqu’ici, nous avons parlé de cyborgs, des hommes augmentés donc, mais il y a un autre domaine qui mérite que l’on y porte toute notre attention : l’intelligence artificielle (IA). Cette science vise à reproduire artificiellement les capacités intellectuelles de l’être humain, et de la transposer via des programmes utilisés dans des systèmes de cryptage, des jeux vidéo, des moteurs de recherche, des logiciels (apprentissage, traduction, reconnaissance faciale, etc.), la robotique ou encore la médecine, avec des systèmes organiques autonomes. L’intelligence artificielle est source de nombreux fantasmes illustrés par la science-fiction, avec des robots dotés de conscience artificielle quasiment ou totalement indiscernable d’une conscience humaine, et qui se voient ainsi dotés d’une intelligence qui leur est propre, voire d’ « émotions ».

L’IA, ou l’indépendance des machines

L’intelligence artificielle est un domaine de recherche très vaste, qui mobilise de nombreux chercheurs et industriels de tous bords, car ses applications sont immenses. Les recherches dans le domaine visent à concevoir des programmes capables d’exécuter des tâches données, de manière partiellement ou entièrement autonome.
Le terme d’ « intelligence artificielle » fait souvent débat parmi les experts, qui remettent en question la notion d’intelligence, qui reste très floue à définir. On parle d’ « intelligence » pour désigner la capacité à comprendre et mettre en relation des concepts afin de s’adapter à une situation donnée. On y retrouve plusieurs degrés de complexité, du simple réflexe face au danger, jusqu’à l’élaboration de codes de communication pouvant aboutir à un raisonnement complexe qui, si l’on poursuit la réflexion, mène aux émotions et à la conscience de soi. Ainsi, on a souvent tendance à résumer le concept d’intelligence à la prise de conscience de son existence et de son rapport au groupe, ce qui permet de s’adapter à son environnement selon les codes (possibilités physiques, contexte social, etc.) dans lesquels l’individu évolue.

De l’IA faible à l’IA forte

On évoque ainsi deux types d’IA : l’IA faible, et l’IA forte. La première cherche à simuler une intelligence à partir d’algorithmes capables de résoudre des problèmes peu complexes. On la retrouve par exemple dans les logiciels de conversation, ces robots qui cherchent à imiter la conversation humaine, mais qui peinent encore à convaincre dans la grande majorité des tests, comme le fameux test de Turing. C’est toute la difficulté de ce type de recherche, qui veut reproduire le raisonnement humain, toujours mal compris par les scientifiques, qui ne cesse de débattre sur les mécanismes de la conscience humaine et des raisonnements complexes que l’on y retrouve.

L’IA faible est également présente dans de nombreux robots virtuels (qui scannent le web à la recherche d’informations particulières, avant de les traiter en vue d’un objectif donné), comme dans les algorithmes de Google ou les robots conversationnels. On peut également citer les robots industriels ou encore les voitures autonomes. Ce dernier domaine profite d’ailleurs d’avancées spectaculaires comme le montre cette vidéo qui a fait le tour du web il y a quelques mois lors d’une démonstration technique de Google, qui est au premier plan de nombreuses recherches sur l’IA.

De l’autre côté, l’IA forte, celle qui nourrit tous les fantasmes, implique, en plus d’un comportement intelligent, d’éprouver une réelle conscience de soi, ce qui implique la présence d’émotions et de sentiments. Bien sûr, un tel degré d’intelligence n’existe pas à l’heure actuelle sur nos machines, mais pour la pluparts des scientifiques, cela n’est qu’une question de temps. Partant du principe que notre intelligence, et par là même notre conscience est le fruit d’interactions biologiques, et donc matérielles, il pourrait être possible de créer un jour une intelligence consciente sur un support matériel autre que biologique.

Si cette idée était inimaginable durant les prémices dans l’IA dans les années 50, elle semble beaucoup plus réaliste aujourd’hui. On estime que la capacité de calcul du cerveau humain, formé de mille milliards de neurones, est équivalente à 2 x 1014 opérations logiques par seconde. Le plus puissant supercalculateur actuel peut calculer à 8 petaflops, soit 8×1015 opérations par seconde, et les progrès sont très rapides dans le domaine (record de 7 teraflops, il y a dix ans, soit 1000 fois moins).

Des applications de plus en plus ambitieuses

De nos jours, plusieurs applications usant de l’intelligence artificielle font déjà partie de notre quotidien : moteur de recherche, robots d’assistance, logiciels de traduction ou encore jeux vidéo. C’est dans ce dernier domaine que les progrès sont les plus impressionnants, alors que les développeurs cherchent à donner toujours plus de réalisme et de crédibilité à ces univers virtuels, à commencer par les personnages. En dehors du graphisme et de l’animation, le comportement des personnages joue un grand rôle dans la crédibilité que l’on peut leur donner. On utilisera le plus souvent des scripts ou des systèmes multi-agents qui s’appuient sur différentes actions possibles des personnages selon les situations.

On parvient ainsi à donner un comportement très réaliste, à défaut d’être réel, à des personnages virtuels qui profitent également d’une modélisation de plus en plus travaillée, ce qui nous rapproche petit à petit du concept d' »Uncanney Valley », qui fait beaucoup parler de lui avec les jeux de dernière génération. Une notion qui s’applique tout autant aux robots humanoïdes, parfois troublant de réalisme.

Les recherches en matière d’intelligence artificielles progressent rapidement, et ont souvent créé la surprise en développant des programmes capables de surpasser l’être humain dans certains domaines. Le cas le plus médiatisé fut celui de Deep Blue, un superordinateur spécialisé dans le jeu d’échec qui, en 1997, a vaincu le champion mondial d’échec Garry Kasparov, au bout de plusieurs partie tout de même.

Beaucoup critiqueront cette victoire de Deep Blue en évoquant la fatigue de Kasparov après six parties successives. Un point à prendre en compte, mais il est vrai qu’un des avantages de la machine sur l’homme, c’est qu’elle ne connaît pas la fatigue – physique ou psychologique – du moins si l’on parle d’IA faible. De manière plus poussée, le programme Watson, conçu par IBM, a battu deux adversaires humains lors d’un jeu télévisé américain en répondant à des questions formulées en langage naturel. Plus fort encore, Watson est envisagé pour assister les médecins en tant que « consultant » pour les services clients ou les soins médicaux.

Mais le plus impressionnant dans l’IA, c’est lorsqu’elle s’applique aux automates. Cela fait des dizaines d’années que les hommes rêvent de robots capables de mimer le comportement humain, ou de les rendre capables d’exécuter les tâches les plus pénibles. De manière plus ambitieuse, et plus rêveuse aussi, on rêve à des humanoïdes, c’est-à-dire des robots à l’apparence humaine, avec qui l’on pourrait vivre en parfaite harmonie, les mêlant à la population humaine, en leur attribuant différentes fonctions, du service à la personne jusqu’aux robots sexuels. Un scénario repris par plusieurs films comme le très réussi <a href= »http://libresavoir.org/index.php?

title=A.I._Intelligence_Artificielle_de_Steven_Spielberg » target= »_blank » rel= »noopener noreferrer »>A.I. Intelligence Artificielle, qui situe l’action dans la seconde moitié du XXIème siècle, ou les « mécas », les humanoïdes, vivent parmi les humains, et seront d’ailleurs les seuls à survivre aux bouleversements climatiques. Un scénario qui pose de nombreuses questions sur le futur de l’humanité, et qui y dévoile un futur tout à fait probable au vu des avancées que l’on connaît.

Davantage centré sur les risques de telles « machines » parmi nous, le film iRobot se base sur la série des Robots d’Asimov, et imagine, en 2035, l’achat de masse de robots humanoïdes particulièrement évolués au sein de foyers du monde entier, avec les avantages, et les dérives qu’une telle situation peut engendrer. L’un de ces robots parvient même à développer une conscience qui lui est propre, avec des sentiments qu’on imagine propres à l’homme : peur, colère, tristesse, compassion, etc.

L’intelligence artificielle et les machines

Aujourd’hui, en 2011, on est encore loin de tels robots, mais nous progressons rapidement. On pense bien sûr à la domotique et aux appareils plus ou moins utiles pour nous aider dans notre vie quotidienne, au foyer en tout cas. Des solutions qui s’intègrent progressivement dans nos maisons, au même titre que les ordinateurs et les écrans haute-définition, et qui devraient se généraliser dans une dizaine d’années. On peut également citer l’Aibo de Sony, abandonné en 2006 par manque de rentabilité.

Pour ce qui est des robots humanoïdes, on ne peut qu’être impressionné par la vitesse à laquelle les équipes de recherche progressent, dans leurs domaines respectifs. Quelques modèles particulièrement novateurs ont d’ailleurs été plusieurs fois présentés dans les médias, c’est le cas du célèbre Asimo, de Honda, aujourd’hui capable de courir à faiblesse vitesse, de reconnaître des personnes et d’avoir une « discussion » simple. La dernière version, parue en 2007, apporte la connexion Wi-Fi, qui permet à plusieurs Asimo de se répartir les tâches ou de se remplacer lorsque certains doivent recharger – d’eux-mêmes – leur batterie. Parmi les robots les plus populaires, citons également Nao, développé par une société française, Aldebaran Robotics, et qui devrait être commercialisé dès 2012 en grandes surfaces. Petit air de I, Robot. Sa palette de programmation permet un très grand nombre d’utilisation possible pour Nao : robot de compagnie, partenaire de jeux, aide à la personne, etc.

On s’en doute, l’IA intéresse beaucoup les militaires. En 2010, L’US Air Force a demandé la conception d’un programme capable de déterminer les secteurs les plus vulnérables chez l’ennemi en vue d’une attaque. Et de manière plus inquiétante, l’armée américaine, probablement suivie par d’autres nations, souhaite s’équiper d’armes autonomes, capables de repérer et attaquer l’ennemi par elles-mêmes. Ainsi, d’ici 2020, plus de mille bombardiers et chasseurs de dernière génération commenceront à être équipés de sorte que, d’ici 2040, tous les avions de guerre américains soient pilotés par intelligence artificielle, en plus des 10 000 véhicules terrestres et des 7 000 dispositifs aériens commandés d’ores et déjà à distance. Voyant cela, on ne peut s’empêcher de penser, en poussant plus loin l’idée, aux scènes apocalyptiques de certains films futuristes, comme Matrix.

La science qui n’est plus tout à fait fiction

Il est bien sûr impossible à l’heure actuelle d’avoir une vision claire de ce qui nous attends dans les dix, vingt ou cinquante prochaines années. Ce dossier a été l’occasion de présenter les différentes pistes explorées en termes de cybernétique, de biotechnologies et d’intelligence artificielle (ainsi que les nombreuses autres sciences qui gravitent autour). Il ne serait pas sérieux de trop insister sur les différents scénarios exploités par les films de science-fiction, car la réalité s’avère souvent plus complexe et donc difficile à prévoir, surtout dans des domaines aussi mouvants que ceux-ci.
Le professeur Kevin Warwick explique souvent que l’homme est appelé à évoluer en même temps que les machines pour ne pas se faire surpasser. On a un certain mal à penser que l’être humain serait assez imprudent pour donner les moyens aux machines de prendre le dessus sur notre espèce de quelque manière que ce soit. Mais la soif de puissance et de curiosité laisse place à toutes les possibilités.

Terminons ce dossier avec une citation du professeur Irving John Good, statisticien britannique réputé, et qui a notamment travaillé sur l’intelligence artificielle et la « logique robotique » ; il est mort en 2009 :

« Supposons qu’existe une machine surpassant en intelligence tout ce dont est capable un homme, aussi brillant soit-il. La conception de telles machines faisant partie des activités intellectuelles, cette machine pourrait à son tour créer des machines meilleures qu’elle-même ; cela aurait sans nul doute pour effet une réaction en chaîne de développement de l’intelligence, pendant que l’intelligence humaine resterait presque sur place. Il en résulte que la machine ultra intelligente sera la dernière invention que l’homme aura besoin de faire, à condition que ladite machine soit assez docile pour constamment lui obéir ».

Source : https://www.commentcamarche.com/contents/2208-cyborg-et-ia-la-fusion-programmee-entre-l-homme-et-la-machine#bold-les-puces-implantees-bold

L’apparition du transhumanisme !

Le transhumanisme se définit d’emblée comme une idéologie intriquant une vision scientiste et une conception progressiste de l’homme (Nous reviendrons plus largement sur cette vision dans ce chapitre).

Cette idéologie remet en cause les fondements touchant à la fois l’essence humaine en tant qu’identité et à la nature qui caractérise le vivant, l’origine humaine puisqu’il s’agit de casser les barrières homme et machine, de casser les codes du vivant et de matière inerte, en les intriquant, en les entremêlant. Selon une nouvelle formule définissant l’homme dans cette vision postmoderne, l’être humain se réduit à un programme. Un programme puisqu’en effet la génétique a su déchiffrer le génome, et en déchiffrant, il serait donc possible de codifier puis pas moins de reprogrammer l’homme.

Dépendance et fascination pour les nouveaux pouvoirs de la technologie.

Dans ce chapitre et les chapitres suivants nous mettons en évidence le cheminement idéologique post moderne qui voit l’avènement simultané de la technoscience[1] et du transhumanisme.

Le transhumanisme se définit d’emblée comme une idéologie intriquant une vision scientiste et une conception progressiste de l’homme (Nous reviendrons plus largement sur cette vision dans ce chapitre).

Cette idéologie remet en cause les fondements touchant à la fois l’essence humaine en tant qu’identité et à la nature qui caractérise le vivant, l’origine humaine puisqu’il s’agit de casser les barrières homme et machine, de casser les codes du vivant et de matière inerte, en les intriquant, en les entremêlant. Selon une nouvelle formule définissant l’homme dans cette vision postmoderne, l’être humain se réduit à un programme. Un programme puisqu’en effet la génétique a su déchiffrer le génome, et en déchiffrant, il serait donc possible de codifier puis pas moins de reprogrammer l’homme.

En découvrant puis appréhendant la charpente du génome, la science sans conscience s’autorise à manipuler, à modifier la structure du corps, à combiner et implémenter les pièces de la matière et les pièces de la nature humaine. Le savant transhumaniste s’ingéniant à se transformer en couturier démiurgique, assemblant le monde cybernétique et l’ADN humain.  Ainsi l’être humain ne sera plus « anthropos » mais un être technique.

Cette idéologie n’est pas seulement fondée sur la foi inconditionnelle dans les progrès illimités de la science, mais elle est ancrée à la fois dans une vision réformatrice qui touchera à toutes les dimensions de la vie sociale, culturelle et économique. Le transhumanisme en proposant une redéfinition de l’homme, fonde ainsi une vision rénovatrice de la société en l’articulant autour de l’économie numérique et de l’intelligence artificielle, poussé par une envie de survie et d’immortalité.

Dans un texte[2] de Hannah Arendt, extrait de son livre l’homme moderne, de manière quasi prémonitoire, l’auteure prédit les dérives du monde moderne « Il se pourrait, créatures terrestres qui avons commencé d’agir en habitants de l’univers, que nous ne soyons plus jamais capables de comprendre, c’est-à-dire de penser et d’exprimer, les choses que nous sommes cependant capables de faire… S’il s’avérait que le savoir (au sens moderne de savoir-faire) et la pensée se sont séparés pour de bon, nous serions bien alors les jouets et les esclaves non pas tant de nos machines que de nos connaissances pratiques créatures écervelées à la merci de tous les engins technologiquement possibles, si meurtriers soient-ils »

Cette réflexion d’Hannah Arendt est infiniment profonde, puisqu’elle nous renvoie à la dimension même de penser et à l’abandon qui nous guette de la léguer à la machine qui pourrait avoir la faculté de penser à notre place.  Le « Ne plus penser et ne plus exprimer » extrait de la citation de Hannah Arendt est infiniment prophétique puisque la Philosophe nous renvoie à cette domination de la machine cybernétique dont elle n’imaginait ni l’étendue ni les possibles, ni l’extravagance ni la tentation de rendre corvéable l’homme.

Cette machine cybernétique dont nous pourrions bien devenir addictes. En abdiquant peu à peu notre faculté de gouverner le monde, nous lui abandonnons les commandes au profit de son ingénierie, son intelligence artificielle et ses facultés d’auto apprentissage. Ainsi Hannah Arendt a raison, ce n’est pas le progrès technique qui devrait nous alarmer et nous amener à méditer sur les usages de la machine, mais notre propre rapport à la technologie, autrement dit notre probable dépendance et notre fascination pour ses nouveaux pouvoirs.

Cette technologie doit nous faire examiner comment organiser notre savoir de façon à ce que son développement exponentiel ne nous réduise pas définitivement à ne plus penser, au point que nous devenions de simples marionnettes numériques, des jouets et des esclaves à l’image des êtres humains guidés par le monde des « Pokémon ».

Le transhumanisme est-il un nouvel humanisme ?

Le « Nouvel Humanisme »[3] est un courant de pensée, contemporain visant une transformation du monde, aspirant à un changement de civilisation et à l’émergence d’une nation humaine universelle fondée sur des valeurs de diversité, d’égalité, de connaissance au-delà de ce qui est accepté comme vérité absolue.

Donc à la question le transhumanisme est-il nouvel humanisme, la réponse est probablement oui, mais diffère sans doute de ce courant auquel se rapporte notre début de réponse. Pour répondre de façon plus explicite, la question appelle d’emblée de préciser, de définir les deux termes qui forment le mot transhumanisme.

En effet le mot transhumanisme est la jonction des termes (préfixe) Trans et (suffixe) humanisme.

Trans : radical (préfixe) d’origine latine qui signifie de l’autre côté.

Humanisme : Si le terme humanisme étymologiquement découle du mot latin  « humanus » (cultivé), le terme humanisme désigne également un courant culturelphilosophique et politique, marqué par le retour aux textes antiques,  né au cours du XIVème XVème et XVIème siècle qui propose un « modèle humain »

Ce courant Intellectuel rassemblait des érudits manifestant une « appétence » pour les savoirs dans tous les domaines de la connaissance humaine, ces érudits humanistes comme Pétrarque[4], Erasme[5], Pic de la Mirandole[6] plaçaient l’homme au cœur de l’univers et considéraient l’homme comme étant doté de facultés intellectuelles quasi illimitées.

Le mot Trans associé à humanisme annonce donc d’un point de vue philosophique, un changement de paradigme, un autre monde, un monde inédit, le passage d’un monde ancien à un monde nouveau, la fin d’une époque et sa culture pour entrer dans un nouvel âge, une nouvelle histoire de l’humanité.

Le « transhumanisme » présente incontestablement des analogies avec la période historique de la renaissance mais les orientations, différent, la vision humaniste en effet est une vision du libre arbitre focalisée sur l’homme donnant une place centrale à l’homme, l’homme qui n’est pas soumis au déterminisme. En opposition la vision transhumaniste est une vision dominée par une approche purement mécaniste de l’homme, réduisant les phénomènes de la nature à des lois sans âme et sans vie, une vision mécaniste assimilant l’homme à un assemblage de matières qu’il est possible de corriger, d’améliorer et de performer.

Ainsi au XVème siècle l’humanisme se renforce comme mouvement intellectuel émergeant d’une période de crise spirituelle profonde héritée des premières remises en causes humanistes du siècle précédent et dévoile des analogies fortes avec notre propre époque.

Des analogies en effet avec notre époque actuelle qui est traversée par des mutations et crises importantes affectant la société dans son ensemble et plonge l’humanité dans une forme de vacuité et de vide spirituel.

Le transhumanisme s’inspire en partie des conceptions philosophiques de l’humanisme du XVème et du XVIème siècle de par ses similitudes et ce souci de proposer également un nouveau modèle humain considérant que l’homme a un rôle actif, impliqué dans la quête du savoir. Bien entendu le transhumanisme s’éloigne de l’humanisme en rompant avec sa philosophie à l’origine de conception chrétienne, en allant encore plus loin puisqu’il s’agit de refonder cette fois-ci l’anthropologie, d’arguer d’une nouvelle mutation nécessaire de l’espèce humaine. L’humanisme du XVème et XVIème siècle est née d’une époque en mutation, une révolution sociale avait été alors engagée, celle qui se dessine aujourd’hui avec le transhumanisme relève plus d’une déshumanisation que d’une humanisation du monde, d’une ouverture des esprits sur la culture, il s’agit davantage d’une époque qui naviguera sur les surfaces des écrans loin d’approfondir la lecture des livres sorties des imprimeries de Gutenberg.

Le transhumanisme ou le déni du réel

Nous entrons dans un monde ou le rapport au virtuel est plus prégnant ou le rapport à l’autre s’atténue, s’efface.  Nous sommes dans le monde de l’immédiat, d’ici et maintenant, nous entrons dans l’ailleurs, de l’autre côté, hors du lieu et du temps. L’espace technique se substitue à l’espace naturel, le forum numérique à l’agora, le virtuel à la rencontre de l’autre.

La révolution numérique nous fait entrer dans la dimension du monde désincarné. Quelques exemples illustrent notre propos :

  • Dans le monde de l’entreprise l’habitude chez les salariés est de s’adresser des courriels, l’usage des courriels devenant quasi envahissant, phagocytant la concentration, mobilisant toute l’attention.
  • Nous entrons également dans l’ère du télétravail avec ses avantages et ses inconvénients, l’inconvénient étant de nous éloigner de la sphère des relations tangibles, des contacts avec les autres, du face à face.
  • Le monde des réseaux sociaux est un monde de cyber espace donnant l’illusion narcissique d’exister pour les autres, mais en réalité nous nous détachons de la rencontre avec l’autre, bien qu’il soit aussi concevable que cela suscite l’envie de rencontrer l’autre puis d’incarner la relation. Mais l’usage de contacts numériques nous fait inévitablement entrer dans un espace virtuel nous détachant de l’existence tangible et temporel.

Ainsi le virtuel est l’absence de rapport à la réalité, l’absence d’un rapport au tangible, il n’y a plus un temps, un réel, un espace objectif, mais des temps et des espaces, des temps et des espaces parallèles au-delà de nos espaces réels et tangibles, que nous voudrons créer.

Au quotidien et en partant d’exemples non exhaustifs nous sommes également des usagers d’objets qui peu à peu, subrepticement, nous familiarise à un monde virtuel et transhumaniste …

Ainsi :

  • de plus en plus d’entreprises n’ont plus recours à des imprimés, transmettent des données ou des documents dématérialisés,
  • des hommes et des femmes pour favoriser leurs rencontres ont recours à des agences matrimoniales numériques, ce sont les algorithmes mathématiques qui décident lors des rencontres, des profils les plus idoines.
  • d’autres croient participer à des jeux ludiques mais sont également pilotés par des algorithmes et ils deviennent sans en prendre conscience, les produits de ces machines.
  • pour leurs activités physiques, des sportifs du quotidien ont recours à des bracelets connectés, de véritables capteurs d’activités pour tracer la dépense d’énergie.
  • Enfin de plus en plus de maisons sont connectés à des portables, des tablettes numériques et vous pouvez à distance préparer la tasse de thé ou de café au moment où vous arriverez chez vous, attendu par de gentils robots qui auront peut-être fait le ménage chez vous.

Je citre ici Laurent Alexandre[7] Chirurgien urologue militant du transhumanisme, dans l’émission Qu’est-ce que l’homme. Ainsi “On a de plus en plus de technologies très transgressives qui sont acceptées massivement par la société. En réalité la société devient massivement transhumaniste sans en connaître le mot.”

Le transhumanisme est porté par l’un des géants du monde numérique

Le transhumanisme est un courant idéologique porté principalement par l’un des Géants du WEB, la société Google. Ce courant idéologique dont emblématiquement la société Google est le porte-parole, propose une nouvelle lecture de l’homme (« trans ») au-delà de l’homme, un nouveau modèle anthropologique[8] par-delà l’encerclement du corps qui enferme l’homme dans cette idée de finitude et de mortalité.

Ce modèle anthropologique se résume comme la volonté explicite de corriger le génome humain entaché par l’imperfection génétique puis de glisser subrepticement vers l’amélioration performée de l’espèce humaine et l’émergence d’un nouvel homme, aspirant enfin à l’immortalité.

Le transhumanisme s’appuie sur la révolution numérique, demain une nouvelle révolution quantique[9] et technique pour engager la transformation radicale et sans limites de la société, comme autrefois l’humanisme s’est adossée à la révolution de l’imprimerie pour diffuser la connaissance, transformer la société en lui donnant accès au savoir. Les grands imprimeurs ont été eux même des humanistes tel Robert Estienne à Paris[10] ou l’Orléanais Etienne Dolet.

Via l’idéologie transhumaniste, une nouvelle conception de l’humanité se profile, elle est à la croisée d’une nouvelle transgression :

  • une volonté explicite de s’affranchir du monde réel,
  • de briser les barrières de la matière,
  • de dépasser la finitude telle qu’elle s’incarne dans le monde naturel,
  • d’engendrer de nouvelles révolutions …

… Révolutions anthropologiques, culturelles, théologiques, sociales et économiques dans une dimension du Nous « Collaboratif ». Une nouvelle Babel s’instaure, porteuse d’une vision d’une humanité sans Dieu, du refus de la souveraineté de Dieu.

Les valeurs, les croyances fondamentales qui caractérisent la vision transhumaniste l’opposant au monde tel que nous le connaissons à ce jour 

L’idée centrale du transhumanisme est de promouvoir le recours comme l’usage des nouvelles technologies (nanotechnologie[11], biotechnologie, technologie de l’information, découvertes des sciences cognitives, ce qui inclut aussi l’intelligence artificielle, la robotique, etc ).

La vocation fondamentale qui caractérise l’idéologie transhumaniste s’inscrit dès lors dans la volonté d’améliorer la condition humaine de façon radicale.

La valeur idéologique principale de ce courant repose notamment sur l’ambition de prolonger la vie humaine au-delà des limites naturelles (ralentissement, voire inversion du processus de vieillissement), amélioration de capacités physiques, sensorielles, cognitives et émotionnelles pour permettre de nouvelles expériences de pensée, de dialogue, de compréhension réciproque, d’interaction, de partage, et la découverte de notre environnement.

Les valeurs déclinées autour de cette volonté d’améliorer la condition humaine, s’articulent sur le souhait de faire émerger :

  • La société collective et communautaire versus Société clientéliste
  • La société de l’autonomie régulée dépassant le libre choix
  • La consommation durable par opposition à l’obsolescence programmée
  • La société virtuelle et dématérialisée à l’envers de la société réelle
  • La société servicielle et collaborative une avancée en regard de la société industrielle et capitaliste

Le transhumanisme ou l’idéologie (prométhéenne) de quoi s’agit-il exactement ?

En effet, une idéologie est un système structurant, modélisant une représentation du monde dans lequel nous vivons, c’est également un système de concepts et d’idées à partir desquels la réalité est pensée, une façon de se représenter et de voir le monde.

Dans ce contexte, le transhumanisme à travers son université (la singularity université basée à San Francisco) se définit comme un mouvement d’intellectuels, de savants et d’érudits technicistes. Le transhumanisme embrasse une idéologie prométhéenne[12] qui est ancrée dans une conception matérialiste et scientiste[13], fondamentalement liée au développement économique des nouvelles technologies.

Le mouvement transhumaniste valorise en effet, prône l’usage des sciences et des techniques afin :

  • de développer les capacités humaines,
  • d’augmenter les capacités physiques comme cognitives,
  • de dépasser les limites de l’homme conférées par son ADN, la finitude qui caractérise l’homme,
  • de casser la barrière liée à l’encerclement que constitue en quelque sorte le corps humain.
  • De susciter l’émergence d’une prétendue nouvelle économie sociale ou la totalité du monde numérique serait à votre service.

Citons Tugdual Derville[14] « Le transhumanisme participe pleinement d’un projet idéologique visant à ce que l’homme puisse se donner lui-même sa propre forme, en refusant de se recevoir d’un donné naturel pour lui signifiant ». C’est le refus de sa condition de créature au profit d’une tentative d’auto-divinisation

A quoi ressemble le futur pour les transhumanistes ?

 Pour les transhumanistes, il convient de dépasser la mort biologique. Améliorer le corps, défaillant par nature. Transformer le génome, modifier l’ADN. S’affranchir le plus possible des limites physiques, des limites de l’encerclement dans lequel nous enferme le monde réel.

Les transhumanistes revendiquent la liberté absolue d’augmentation corporelle et cérébrale en nous affranchissant de toute dimension corvéable, de toute attache, libérée enfin du sol.  Une volonté en quelque sorte d’en finir avec la « punition » divine : « C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre, d’où tu as été pris ; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière »[15].

Le futur transhumaniste est un chemin néopaganiste, une anti religion au sens de la relation, qui peut conduire au post humanisme dont l’apothéose est l’intelligence artificielle, la créature de l’homme devenue autonome mais restant une matière sans esprit, libre de toute contingence pour ne laisser que le conatus[16] spinozien aux commandes d’un corps transcendé. Tant et si bien que pour atteindre ce but il faut impérativement éteindre l’âme, ce pont vibrant créé par Dieu et incorporé à son environnement pour le relier à un monde réel et tangible.

Pour reprendre l’intuition du philosophe Levinas qui ira jusqu’à affirmer que « la technique nous délivre des attachements terrestres, des « dieux du lieu et du paysage » dont elle nous a montré « qu’ils ne sont que des choses, et qu’étant des choses ils ne sont pas grand-chose »[17]. C’est ainsi que nous pourrions résumer le futur transhumaniste tour à tour réalité augmentée et réalité virtuelle, une forme d’éden ou d’ersatz, d’un bonheur perdu que l’homme tente de réparer ou de retrouver le chemin du paradis mais sans réconciliation avec le créateur.

Les quatre prochaines révolutions du transhumanisme…  

Les bouleversements en réalité brève échéance sont à la fois métaphysique, anthropologique, culturelle et économique :

  • La révolution métaphysique, une nouvelle gnose, il faut reprendre en main un monde imparfait, un monde « raté » ou non abouti et c’est à « l’homme et à lui seul» d’engager le changement, de transformer le monde, de fonder le nouvel humanisme sans transcendance.
  • La révolution anthropologique : Il faut dépasser l’encerclement du corps, se démarquer du corps sexué, du corps fini, du corps mortel, il faut ainsi s’affranchir des limites inhérentes à l’humanité – le corps sexué, la finitude de l’homme, et la mort inévitable.
  • La révolution culturelle, il faut quitter l’ancien monde, assurer le bien-être planétaire, maximiser les services gratuits, collaboratifs ou participatifs, créer une intelligence collective qui pense l’équilibre et l’harmonie des éco systèmes, le développement durable de la planète.

Dans cette dimension collective Il faut réaliser l’autorégulation des composants écosystèmes et des humains pour favoriser la vie et s’en remettre demain à une supra intelligence artificielle qui assurera la régulation, c’est le réveil du Mythe de Gaïa[18]. Selon ce mythe tous les êtres vivants sur Terre formeraient ainsi un super organisme interagissant entre eux et assurant en fin de compte leur harmonie — appelé « Gaïa », d’après le nom de la déesse de la mythologie grecque personnifiant la Terre.

Ainsi dans cette révolution culturelle, le monde numérique de Gaïa grâce à la magie algorithme façonne le devenir des rencontres et des inter actions humaines en intervenant comme une agence matrimoniale.

  • La révolution économique, supprimer la verticalité, les circuits de distribution avec intermédiaires, inventer de nouveaux paradigmes et modèles économiques en renversant les institutions obsolètes Pôle Emploi, Les Navettes taxis. Dans cet univers totalement numérisé, l’homme percevra l’univers virtuel comme un monde à son service. Le monde économique sera alors remodelé puis gouverné, voire totalement supplanté par les algorithmes mathématiques qui déjà scrutent les modes de vie, établissent des profils de consommation, anticipent les marchés, les fluctuations boursières sont devancées par toute une machinerie de calculs qui font l’économie d’un recours à des interventions humaines.

Pourquoi tenions-nous à aborder dans cet ouvrage collectif le thème du transhumanisme ?

Comme Chrétiens, nous considérons que notre devoir est de savoir… :

  • …observer les signes des temps de les discerner,
  • …comprendre les mutations qui s’organisent,
  • …lire les changements qui s’opèrent à l’aune des Saintes Ecritures qui nous fournissent des

   clés pour comprendre où va le monde,

  • …expliquer ainsi à nos concitoyens afin de participer activement à l’éveil des consciences.

A l’heure de la mondialisation et d’une mondialisation accélérée des idéologies mortifères, il importe pour nous Chrétiens de connaître la nature des nouveaux paradigmes, des changements qui interviennent à l’aune des écritures décrivant en des termes si particuliers que les événements qui se dévoilent à nos yeux se voient confirmés par ces mêmes écritures comme étant prédits ou plus précisément prophétisés

A l’instar du Professeur Jérôme Lejeune[19] « Il faut clairement dire les choses, la qualité d’une civilisation se mesure au respect qu’elle porte aux plus faibles de ses membres. Il n’y a pas d’autre critère de jugement. » Or nous sommes en passe de changer de paradigme, la vulnérabilité, la finitude, comme la fragilité doivent être relégués à des mondes anciens qui seraient les facteurs aliénants. Le monde nouveau se construira autour de promesses technologiques, de progrès susceptibles demain d’enchanter le monde, mais toujours de progrès qui seront l’expression d’un eldorado qui détruira les valeurs fondatrices d’une civilisation ou l’on prend soin de l’humain, du plus fragile, du plus vulnérable.

Il est ainsi étrange de constater que tout une tradition idéologique ignore délibérément semble-t-il et très largement, la valeur de la vulnérabilité qui est quasi absente des discours philosophiques, hormis chez quelques auteurs qui ont su aborder la dimension de la déficience de l’homme.

« Comment pouvait-il en être autrement déclare le Philosophe Michel Terestchenko s’il s’agit pour tant de philosophes – de Platon à Kant, en passant par les Stoïciens ou Descartes – de nous mettre à l’abri, de nous apprendre la voie de l’autosuffisance, de la non dépendance, de la prééminence de la raison sur les émotions et les sentiments, autrement dit de nous apprendre à être le moins vulnérable possible ? »

Pourtant la vulnérabilité fait sens pour beaucoup d’entre nous, l’apôtre Paul n’affirme-t-il pas que « quand je suis faible, alors je suis fort »[20]. Or la vulnérabilité n’a-t-elle pas quelque chose à nous enseigner sur notre propre humanité.

La vulnérabilité nous invite en effet, nous qui pensons certainement « être forts » et dans « la norme sociale  » (efficaces, performants…), à prendre soin des plus faibles. Sans doute est-ce, à certains égards, une bonne chose que de témoigner de compassion, de vigilance pour les autres.

A l’endroit de nos enfants, de la famille nous entendons témoigner notre vigilance pour tous les enfants vis-à-vis de toutes ces idéologies mortifères et de l’esprit artificiel engendré par la puissance de l’idéologie qui veut façonner un nouvel homme libéré de ses stéréotypes, de la puissance de la technique qui nous laisse croire artificiellement à notre propre invulnérabilité.

[1] Néologisme mettant en évidence le caractère intriqué des liens entre les sciences et les techniques.

[2] Hannah Arendt citation extraite de son livre Conditions de l’homme moderne, Calman-Lévy, Paris 1961. P 9-10

[3] http://www.mouvementhumaniste.fr/nouvelhumanisme.htm#nouvel

[4] Pétraque (1304 – 1374) considéré comme le premier humaniste

[5] Erasme (1469-1536) élabora une conception de l’homme qui se définit indépendamment de sa foi religieuse et doué d’un libre arbitre.

[6] Pic de la Mirandole (1463-1494), appelé le « prince des érudits ».

[7] Laurent Alexandre, est un chirurgien-urologue français, il se passionne pour les questions qui touchent au transhumanisme et aux bouleversements que pourrait connaître l’humanité.

[8] Anthropologie :  Le terme anthropologie vient de deux mots grecs, anthrôpos, qui signifie « homme » (au sens générique), et logos, qui signifie parole, discours. L’anthropologie est la synthèse des différentes sciences humaines et naturelles. L’anthropologie dans son étude de l’être humain s’intéresse à sa diversité biologique et à sa diversité culturelle

[9] Ordinateurs quantiques : Construire des ordinateurs qui puissent interagir : voir, écouter, dialoguer. Développer des moteurs de recherche intelligents, qui comprennent ainsi la demande de leurs usagers

[10] Robert Estienne, est un humaniste qui établit sa propre imprimerie, succédant ainsi à son père Henri Estienne, premier d’une lignée d’imprimeurs réputés.

[11] Nanotechnologies : Ensemble des études et des procédés de fabrication et de manipulation de structures (électroniques, chimiques…), de dispositifs et de systèmes matériels à l’échelle du nanomètre (nm), ce qui est l’ordre de grandeur de la distance entre deux atomes Source Wikipédia.

[12] Dans la mythologie grecque, Prométhée est un Titan, il aurait conçu les hommes à partir d’eau et de terre. Prométhée fait en sorte que l’Homme puisse tenir debout, Prométhée donne à l’homme un corps, distingué et proche de celui des dieux, il enseigne aux hommes l’art et les métallurgies. Dans la mythologie grecque et qui est l’essence même du mythe prométhéen, Prométhée va être en guerre contre les Dieux et après la victoire des nouveaux dieux dirigés par Zeus sur les Titans, Prométhée va se rendre alors sur le char du Soleil avec une torche, dissimule un tison dans une tige creuse et donne le « feu sacré » à la race humaine. Le feu dans la mythologie grecque, représentait la divinité.

[13] Scientiste : Selon Ernest Renan n (1823-1892), le scientisme entend ni plus moins « organiser scientifiquement l’humanité ». Il s’agit dès lors d’appliquer à la vie sociale et dans toutes les sphères de la vie les principes et méthodes de la science moderne.

[14] Tugdual Derville est un des trois initiateurs du courant pour une écologie humaine, il a fondé l’association À bras ouverts pour organiser l’accueil par des accompagnateurs bénévoles d’enfants, d’adolescents et de jeunes adultes porteurs d’un handicap mental. Il est également Directeur Général d’Alliance Vita. Cette association s’est engagée à promouvoir la sensibilisation à la fois des publics et des décideurs à la protection de la vie humaine. Il est également l’auteur du livre « Le temps de l’homme ».

[15] Citation du livre de la Genèse chapitre 3 verset 15 dans la Bible version Louis Segond.

[16] Terme latin qui signifie l’effort « l’effort » d’exister, autrement dit de persévérer dans l’être constitue l’essence intime de chaque chose selon Spinoza

[17] Emmanuel Levinas (1906-1995) :  Dieu, la mort et le temps, p. 194, Grasset et Fasquelle, Livre de poche, 1993.

[18] Gaïa : Déesse grecque qui personnifie dans la mythologie, la terre. Sans l’aide d’un mâle elle met au monde Ouranos qui personnifie le Ciel. Avec Ouranos son fils, elle engendre les Titans et les Titanides, les Cyclopes et les Hécatonchires.

[19]  Jérôme LEJEUNE 1926-1994, médecin et professeur de génétique découvreur de l’anomalie chromosomique responsable de la trisomie 21.

[20] La Bible : 2 corinthiens chapitre 12. Verset 40

De l’Eden à la refonte de l’homme ! Gender et transhumanisme, une vision totalitaire de l’homme

artificial-intelligence-3382507_1920 (1).jpgDe l’Eden à la refonte de l’homme ! Gender et transhumanisme, une vision totalitaire de l’homme

10 février 2014

La conquête contemporaine de l’Eden « Vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal ». Le récit du livre de la genèse relate un événement qui semblerait bien à ce jour transcender la dimension de la légende ou du mythe dans laquelle, la bien-pensance matérialiste et conformiste aimerait enfermer ce passage qui fait sans doute partie d’une des dramaturgies mémorables et liée à la culture de l’humanité.

« Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs, que le SEIGNEUR Dieu avait faits. Il dit à la femme : Dieu a-t-il réellement dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? La femme répondit au serpent : Nous mangeons du fruit des arbres du jardin. Mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez point et vous n’y toucherez point, de peur que vous ne mouriez. Alors le serpent dit à la femme : Vous ne mourrez point ; mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. »
Livre de la Genèse chapitre 3.

Nous sommes frappés à l’aune des changements, des bouleversements traversés par l’humanité, d’un changement radical de paradigme, d’une conquête effrénée, accentuée de l’éden perdue. L’homme vit une forme de soif inexorable de ce paradis perdu, cherchant à atténuer sa souffrance, à gommer une forme de fêlure associée à cette rupture avec son créateur. Comment ne pas être frappé à la lecture des transformations sociétales, comment ne pas être étonné à l’aune des mutations technologiques, de cet appétit de l’homme à devenir Dieu.

Fabrice Hadjadj mentionne dans son livre la foi des démons ou l’athéisme dépassé que « Changer de nature fût-ce pour une nature supérieure, équivaut à une destruction de soi » ajoutant que le péché n’est pas de convoiter une absurde égalité avec Dieu, mais de vouloir une certaine similitude avec lui de manière désordonnée ».

La chute de l’homme s’exprime ainsi et également à travers ce comportement déraisonnable de transgresser tous les interdits en consommant jusqu’à la lie ce fruit de la connaissance du Bien et du Mal, de rechercher avec vanité la mémoire de cette éternité, de ce paradis dont l’accès lui a été fermé.

Toutes les idéologies se sont fondées sur ce besoin obsessionnel d’égalité, d’accès absurde à un bonheur sans douleur, en repoussant autant que possible les injustices insupportables ou celles qui même dans l’aberrante méprise pourraient être jugées comme telles, touchant la vie sociale, le corps, le milieu de l’homme.

L’homme a été créé fini, sexué, vulnérable. La chute précipite l’homme hors de l’éden, hors de cette identité qui l’avait conduit dans cette union avec Dieu. Le voici séparé depuis la chute, le voici éloigné en distance à la conquête d’un désir de similitude avec son créateur mais tout en feignant de l’ignorer, de le mettre en distance.

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via Actualités

Ecologie et transhumanisme

L’oxymore
Rapprocher les termes Ecologie et Transhumanisme apparait d’emblée comme un oxymore. Deux termes antinomiques qui s’entrechoquent, d’un côté la nature, un monde réel, de l’autre un environnement de matières et d’algorithmes, un monde virtuel, il est d’ailleurs plutôt rare que les transhumanistes aient à s’exprimer sur cette thématique touchant les domaines de l’écologie, pourtant les technos progressistes pourraient rencontrer la faveur des écologistes si ces derniers contribuent par leurs recherches à sauvegarder le vivant, soyons précis et avec un brin d’ironie, les organisme génétiquement modifiés.

Pourtant comme l’affirme Michel Henry dans son livre la Barbarie : « l’homme de l’ère technique ne sait plus prendre le temps de vivre. Ni goûter la beauté d’un paysage. Ni apprécier la valeur d’un acte. Ni saisir le sacré de la vie. Il ne sait plus se sentir vivre, s’éprouver vivant dans l’immanence ».

Nous sommes nonobstant réservés sur la probabilité que les transhumanistes réalisent à terme que pour la première fois dans l’Histoire de l’Humanité, selon Rony Akrich – professeur d’étude juive – « l’homme peut prendre conscience de l’unité de la Vie, de l’unité du genre humain, du lien qui unit l’Homme avec la Terre, dans une perspective qui est une véritable préoccupation, ce qui n’a pas toujours été le cas dans les siècles précédents ».

Jamais le monde en effet, n’a connu autant de signaux d’alertes, jamais l’homme n’a pris autant conscience d’un péril majeur qui concerne la pérennité même de son existence :

la biodiversité est en danger ;
les écosystèmes sont menacés dans leurs équilibres ;
« la société» dans ses valeurs « est devenue liquide »,
Les digues lâchent et ce sont parfois de véritables tsunamis qui amènent à des mutations sociales profondes du fait de la vacuité morale, de la déréliction, de l’isolement des hommes entre eux, loin des solidarités nécessaires à leur protection. Le réel pourrait ainsi se rappeler très vite aux rêves les plus fous caressés par les progressistes du transhumanisme.

L’oxymore

Rapprocher les termes Ecologie et Transhumanisme apparait d’emblée comme un oxymore. Deux termes antinomiques qui s’entrechoquent, d’un côté la nature, un monde réel, de l’autre un environnement de matières et d’algorithmes, un monde virtuel, il est d’ailleurs plutôt rare que les transhumanistes aient à s’exprimer sur cette thématique touchant les domaines de l’écologie, pourtant les technos progressistes pourraient rencontrer la faveur des écologistes si ces derniers contribuent par leurs recherches à sauvegarder le vivant, soyons précis et avec un brin d’ironie, les organisme génétiquement modifiés.

Pourtant comme l’affirme Michel Henry dans son livre la Barbarie : « l’homme de l’ère technique ne sait plus prendre le temps de vivre. Ni goûter la beauté d’un paysage. Ni apprécier la valeur d’un acte. Ni saisir le sacré de la vie. Il ne sait plus se sentir vivre, s’éprouver vivant dans l’immanence ».

Nous sommes nonobstant réservés sur la probabilité que les transhumanistes réalisent à terme que pour la première fois dans l’Histoire de l’Humanité, selon Rony Akrich – professeur d’étude juive –

« l’homme peut prendre conscience de l’unité de la Vie, de l’unité du genre humain, du lien qui unit l’Homme avec la Terre, dans une perspective qui est une véritable préoccupation, ce qui n’a pas toujours été le cas dans les siècles précédents ».

Jamais le monde en effet, n’a connu autant de signaux d’alertes, jamais l’homme n’a pris autant conscience d’un péril majeur qui concerne la pérennité même de son existence :

  • la biodiversité est en danger ;
  • les écosystèmes sont menacés dans leurs équilibres ;
  • « la société» dans ses valeurs « est devenue liquide »,

Les digues lâchent et ce sont parfois de véritables tsunamis qui amènent à des mutations sociales profondes du fait de la vacuité morale, de la déréliction, de l’isolement des hommes entre eux, loin des solidarités nécessaires à leur protection. Le réel pourrait ainsi se rappeler très vite aux rêves les plus fous caressés par les progressistes du transhumanisme.

La biodiversité,

un message fort contre une technicité sauvage et radicale 

Les idéologies mortifères ou de mort gagnent du terrain partout dans le monde, dévastant parfois des traditions millénaires ; la dimension anthropologique d’un être humain né d’un rapport sexué est remise en question et demain l’être humain sera n’importe quelle marchandise que l’on commandera sur Internet comme cela se pratique aujourd’hui aux USA ;

Le changement climatique interroge nos modes de consommation et nos modèles de croissances ; le consumérisme et les endettements des états font également craindre de véritables tempêtes sociales, car les sociétés ne sont pas prêtes à modifier les comportements et à accepter les dictats de la finance.

Ces éléments constitutifs d’un changement de paradigme sont en réalité intriqués, interdépendants et interagissent entre eux sur l’ensemble de la biodiversité. L’écologie ne se réduit donc pas à la seule nature mais l’écologie est autant environnementale qu’humaine. Le jardinier qui cultive la terre est une composante lui-même de l’écosystème. En entretenant le sol, le jardinier contribue à la floraison, à l’émergence des fruits qui émaneront du sol dont il a pris soin. Si ce jardinier ne prend pas soin du sol, s’il choisit d’intensifier son exploitation, il peut aussi ruiner la vie qui découle même de son jardin. Or à une échelle plus grande que le jardin, celle de notre planète, c’est bien l’ensemble des écosystèmes qui sont menacés et cette citation extraite du blog du magazine La vie confirme la problématique à l’aune d’un jardin :

« Sans la biodiversité, l’homme n’est rien ; sans la biodiversité, l’homme disparaît. » (Mahaut Hermann)

A travers ces éléments que nous avons énumérés précédemment, nous prenons conscience que nous ne sommes pas loin d’une faillite généralisée. Cette faillite est autant économique, culturelle, anthropologique, sociale et climatique. Jamais, il n’y a eu autant de corrélations entre différents phénomènes qui par leur conjugaison peuvent entrainer des maux irréversibles pour une grande partie de notre humanité.

Ainsi des pans entiers de notre environnement se délitent, s’étiolent, disparaissent. Tous les instruments qui examinent la terre, l’auscultent, la mesurent, convergent avec le même diagnostic, la planète s’est embrasée.

Les catastrophes même les plus apocalyptiques ne sont plus inenvisageables.

C’est dans ce contexte que ce chapitre aborde le thème de l’écologie et plus précisément quelle écologie pour demain ?

Quand on parle d’écologie, de quoi parle-t-on ?

Le mot écologie comme vous le savez sans doute, est formé de deux racines grecques :

  • « éco » qui correspond au nom « oikos» désignant « la maison »,
  • « logos» signifiant la parole, le discours, la raison, la science.

Ainsi la dimension écologique couvre largement une notion d’habitat, de milieu. Un habitat qui n’exclut pas l’homme mais l’inclut nécessairement, puisque l’homme est une partie intégrante de cette maison que forme notre planète.

Il est regrettable que le mot écologie ait dérivé, ait été également amalgamé par des courants de pensées politiques. Car l’écologie par définition est une dimension amplement transversale et dépasse les clivages droite/gauche. Nous habitons tous la même maison, nous sommes tous concernés par son architecture quand notamment, les colonnes, les piliers, les pans de cette maison sont menacés de s’effondrer.

Cette dimension de l’écologie est dès lors nécessairement universelle. Implicitement l’écologie est l’évocation d’un patrimoine commun ; un bien commun, puisque à partir de l’étymologie il s’agit bien de l’habitat, de notre maison, d’une maison commune ou la coexistence harmonieuse devrait être un principe qui s’impose à tous.

Il est également fâcheux de noter cette approche segmentant la vision écologique, qui met par ailleurs la focale sur le seul aspect de l’environnement. Cette vision de l’écologie est parfois étriquée, parcellaire, elle en occulte toutes les facettes. Il convient selon nous de ne pas avoir de vision réductrice ou caricaturale du mot écologie.

L’écologie dans son acceptation sémantique la plus large couvre des champs comme l’humain et l’environnement, l’homme et son milieu.

La dernière encyclique du pape François doit être considérée comme une œuvre magistrale. Cette pensée majeure inspire largement mon propos, tout comme le livre « Nos limites » de Gaultier Bès[1].

A travers l’approche du Pape François, du jeune philosophe Gauthier Bès, l’un des initiateurs de ce formidable mouvement des Veilleurs, reconnaissons une démarche de réflexion, une avancée forte sur tous les aspects que devraient couvrir l’écologie qui touche autant à l’humain, aux conditions de vie et à la gestion même de la planète.

Ainsi la notion même d’écologie devrait avoir une dimension universelle sans céder :

  • à une forme de religion panthéiste et idolâtre fascinée par la nature qui nie la différence, l’ascendance et la spécificité de l’identité humaine dans l’univers,
  • encore moins à l’idéologie anthropophobe, une conception malthusienne qui se représente l’expansion de l’humanité, la multiplication des êtres humains comme une menace.

L’interdépendance

de la biodiversité et des écosystèmes

Au fond nous percevons là deux grandes dérives extrêmes de l’écologie dans sa vision justement réductrice, celle :

  • d’une forme de philosophie panthéiste fascinée par la nature qui relativiserait l’existence humaine. L’homme selon cette approche est une espèce comme les autres. Chaque chose dans la Nature serait alors digne d’un culte.
  • et une conception eugéniste hostile à la croissance des populations, prônant le contrôle des naissances.

Nous considérons nonobstant qu’à juste titre, l’homme dès sa conception évoluant au sein d’un écosystème en est étroitement lié sans être assimilable à une forme d’immanence qui écraserait son identité et sa spécificité. Pour autant nous considérons que nous sommes liés à notre planète. Nos actes et nos gestes, notre activé « bien » ou « mal » a des effets non contestables ; tout est dès lors interdépendant.

C’est bien le vivant qu’il faut alors s’efforcer de préserver, de sauvegarder. Or nous voyons bien que si l’homme est minimisé dans une approche de l’écologie, il y aurait là comme un non-sens, une incohérence d’un point de vue philosophique ou sinon moral.

Dès lors la vision écologique devrait être intégrale ; elle devrait mettre en perspective les interdépendances entre l’homme et son milieu et non isoler les approches, leurs conséquences.

Dans cette vision d’interdépendance de la biodiversité et des écosystèmes, nous ne devrions pas seulement nous préoccuper des OGM, Organismes Génétiquement Modifiés ; mais nous devrions aussi nous soucier des Organismes Humains Génétiquement Modifiés, c’est-à-dire des OHGM. L’écologie qui se définit étymologiquement comme la maison inclut dès lors les habitants de cette maison, du stade embryonnaire à la fin de vie de l’homme. L’homme est une âme vivante et non n’importe quelle matière que l’on pourrait malmener, transformer, modifier, performer, améliorer.

Nous sommes ainsi frappés du paradoxe entre les efforts mis en œuvre pour préserver les habitats naturels menacés de dévastation et le manque parfois d’intérêt, de sensibilisation portée pour promouvoir les « conditions morales » sans lesquelles l’homme lui-même court à sa propre fin, sa propre destruction.

Nous ne pouvons dès lors ne pas comprendre la notion d’écologie sans cette dimension d’interdépendance morale, interdépendance morale entre l’homme et son milieu, l’humain et l’urbain, l’espèce humaine et son environnement. Vous notez le terme « morale » utilisé. Je ne crois pas ainsi que l’on puisse dissocier écologie et éthique, la morale, la dimension du bien dans une approche raisonnée de la gestion de notre planète, de notre environnement.

Habiter, cohabiter avec son milieu suppose l’impérieuse nécessité :

  • de savoir cohabiter harmonieusement,
  • d’assurer la cohésion respectueuse et solidaire,
  • de protéger la pérennité de l’existence humaine, loin d’un horizon menaçant.

La pérennité suppose que sur ce champ, nous intégrions cette dimension d’éthique qui pose les conditions morales d’une vie commune, j’évoque bien les conditions morales et non normatives.

Les conditions morales mettent en valeur l’éveil de la conscience, la part réflexive, au fond cette capacité à toucher notre esprit, à l’amener à se sentir concerné, c’est l’ambition même, la finalité de l’encyclique de toucher le cœur même de notre humanité.

La morale en matière d’écologie souligne les notions de frugalité, de sobriété, de maitrise à l’envers d’un rapport boulimique, d’une consommation qui ne se freine pas, d’achat compulsif où la carte bleue agit parfois comme un véritable antidépresseur.

Une société

consumériste devenue dévorante

La société consumériste est devenue dévorante, elle entend assouvir tous les appétits, ne mesure pas les conséquences d’une vie qui ne se donne pas de limites dans ses rapports éthique avec la nature. Dans un monde consumériste qui impose une lecture des besoins artificiels comme reposant sur une nécessité nous fait dès lors perdre de vue la dimension responsable que devrait être la relation du consommateur avec cette même nature.

Nous ne percevons pas que nos excès impactent notre environnement proche et lointain, nos voisinages et les autres habitants de la planète. Mais nos outrances technicistes, scientistes et boulimiques amènent et conduisent à une profonde déréliction en nous enfermant aujourd’hui dans un système matérialiste et un système de consommation et de consommation virtuelle nous isolant les uns des autres. Nous perdons de vue ainsi les notions de solidarité et de partages, de partages des biens, de frugalité et de capacité à secourir ceux qui sont dans le besoin.

Or la dimension normative vient comme s’imposer, contraindre, elle est forcément coercitive et non participative. Or aujourd’hui c’est bien la conscience qu’il convient d’éveiller, de toucher et pour l’atteindre, nous voyons bien que la norme s’avère impuissante, incapable de modifier les comportements transgressifs, modifier durablement ce rapport avec notre environnement.

Les défis

de l’écologie repensée

Nous avons perdu de vue notre relation à la nature et notre intime interdépendance avec tout ce qui constitue la maison commune, ce qui fait notre habitat.

Notre humanité s’est fourvoyée dans le technicisme et ce qui l’accompagne, une hyper consommation, gage de croissance. Notre humanité dans son appétit dévorant, a mis :

  • sa confiance absolue dans les dogmes du libéralisme, de la mondialisation, du libre-échange,
  • sa certitude dans le progrès technologique comme une réparation de son infirmité lié aux limites biologiques qui font l’homme,
  • sa foi dans la science au service du confort absolu de l’homme. Cette croyance discrétionnaire qui est en passe de devenir une religion de l’homme pour les tenants de l’idéologie transhumaniste,

Nous sommes dans des contextes :

  • de crise économique,
  • de crise climatique,
  • de crise sociale,
  • de crise culturelle.

Nous sommes en quelque sorte mis au défi de repenser l’écologie, nos modes d’habiter, et d’habiter autrement notre rapport à la création et à la nature. Mais il ne s’agit pas comme je l’ai souligné en préambule de souligner notre seul rapport à la nature, il s’agit bien de mettre l’accent sur notre rapport aux autres, sur notre façon de vivre la relation aux autres, ce respect dû à chacun, cette nécessité de savoir tendre la main, d’entraider, de secourir.

Nous ne pouvons pas dissocier les rapports d’interdépendances entre les humains d’une part et les rapports d’interdépendance avec notre milieu, il s’agit bien d’un tout, d’un ensemble, nous sommes tous une des composantes de cet ensemble. Nos gestes, nos actes, notre façon d’agir ont une incidence, l’adage ne dit-il pas que « c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase ». Chacun dès lors doit avoir cette conviction qu’il n’agit pas de manière isolée et indépendante des autres sans conséquences.

Nous faisons un. « En détruisant l’environnement, l’humanité se détruit elle-même ; en le préservant, nous nous préservons nous-mêmes, nous préservons notre prochain et les générations futures ».

Notre conscience morale doit dès lors être éveillée relativement à nos rapports avec les autres sur nos rapports de domination et d’exploitation de notre environnement. Au-delà de la conscience morale c’est aussi la conscience spirituelle.

La démarche écologique que nous prônons comme intégrale doit reposer sur un mouvement ontologique fondé sur la relation, l’échange, la participation, la conscience à rebours d’un monde « prométhéen » faiseur d’un homme nouveau.

Ce mouvement de l’écologie intégrale qui replace l’homme comme une composante essentielle de son milieu est enfin un formidable réveil de l’esprit qui est l’expression d’un refus, celui d’être encarté, celui d’être formaté, protestation légitime de se laisser enfermer dans le monde des idéologies et des univers virtuels, des univers désincarnés.

« Dieu se rit de ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. » – Bossuet

François Huguenin Maillot commentant l’encyclique du pape François (Laudato Si) écrivait à propos du consumérisme « qu’il aliène l’homme par un matérialisme qui lui donne l’illusion de la liberté et l’empêche de voir qu’il est prisonnier de ce que Charles Taylor a nommé « désirs inauthentiques ». »

Il est facile ajoute François Huguenin « de fabriquer des désirs factices que l’homme s’approprie en lieu et place des désirs naturels plus exigeants, plus difficiles à atteindre, mais plus épanouissants et humanisant que sont le désir de la vertu et du bien, du donner et du recevoir. Comme si l’accumulation des biens de consommation ensevelissait le cœur de l’homme sous une masse de détritus recouvrant la perle qui est en chacun. »

« L’abondance, la profusion ont rétréci notre horizon, ont barré l’accès à la profondeur intérieure où se fait la rencontre avec l’autre ou avec Dieu ». D’où cet éloge de la sobriété que souligne François Huguenin, « une vertu tellement étrangère à notre époque ».

Or les tenants d’une écologie politique ont une approche normative dénonçant surtout les effets mais ne s’attaquant pas directement aux racines du mal, aux origines mêmes d’une société consumériste qui ne s’est donné aucun frein à son appétit, à ses convoitises. N’est-il pas frappant de noter qu’aucun discours ne vient ici valoriser les notions de frugalité, de sobriété ? Ainsi un certain discours ambiant « déplore les effets mais en chérit les causes en ne les dénonçant pas ».

Cette écologie intégrale, défendue, que nous promouvons, n’est pas une idolâtrie de la nature mais elle est en revanche à rebours du désir de dénaturation de l’homme.

L’écologie intégrale que nous valorisons vise plutôt :

  • à prendre soin de la nature faune et flore,
  • à éviter cette tentative de déconstruire l’homme tel qu’il est, de défaire l’homme relativement à la réalité de son identité biologique…

Or toute tentative de dénaturation a forcément un impact sur son environnement… dont l’un des effets produit est celui d’un consumérisme sauvage ; l’un des avatars, le désir sans limites !

C’est pourquoi la conception de l’écologie que je partage est celle d’un « bio conservateur » qui est une anti thèse du transhumanisme. Il n’y a donc pas en effet d’écologie sans anthropologie qui replace l’homme comme le devoir de prendre soin de lui et du plus fragile, de respecter la nature et la nature de l’homme tel qu’il est sans chercher à le modifier pour le performer, l’améliorer ou l’augmenter.

L’écologie

dans une perspective biblique

Rappelons-nous que le premier habitat de l’homme après la création est un jardin, l’Eden. Il est frappant de noter que cet habitat n’est pas surdimensionné, n’est pas non plus une prison dorée, le jardin est à hauteur d’homme, l’homme n’est ni confiné, ni écrasé par le gigantisme, une mise en distance, c’est la proximité, le proche, le prochain qui constituent la matrice du jardin.

Dans ce jardin, l’Eden, l’homme est dans un espace de liberté, un espace également de libre arbitre, un espace qui n’est pas dans la démesure, la disproportion. Ce jardin est dans une échelle de proximité, de relations à trois dimensions, le créateur, la créature, la création.

Dans cette dimension de la création, il semble bon de rappeler que la création est d’abord un acte d’amour : Dieu crée pour se donner un autre à aimer. La création relève avant tout d’un acte relationnel. Avec la dimension de la relation, Dieu crée la liberté et non des pantins déterminés, la création serait ainsi contre nature, puisque la création procède d’un don, d’une grâce, d’une liberté, de l’amour et ne relève aucunement d’un hasard ou d’un déterminisme.

Rappelons que Dieu fait émerger au début de cette création libre, la lumière puis l’univers du chaos, du « tohu bohu »[2] des ténèbres. Dieu sépare comme le rappelle Alain LEDAIN auteur du livre « Regards d’un chrétien sur la société » ; Dieu différencie, distingue ; il sépare les éléments constitutifs de l’univers, en commençant par les corps célestes pour achever avec la création sexuée de l’homme ; Dieu pose le principe de l’altérité et de la différenciation ; il crée des espèces et confère à la flore et à la faune « un espace d’existence » en leur attribuant des fonctions et un rôle. Dieu n’est pas non plus un tout dans la création. Il transcende la création, il s’en distingue, il en est le Créateur.

Dieu crée l’Univers pour qu’il soit habité comme le rappelle le livre d’Esaïe chapitre 40 verset 22. A l’origine de la création, l’homme vit dans un cadre harmonieux, un lieu d’absolu bien être, qui est qualifié dans les Ecritures comme un jardin de délices. En effet l’Eden signifie en hébreu un jardin de délices, un lieu d’harmonie.

Non seulement l’être humain homme et femme est en harmonie avec lui-même mais il l’est avec les animaux et il est également en communion avec son Créateur, avec qui il échange, avec qui il parle. Dieu ne lui est pas caché, il lui est pleinement révélé. La transcendance coexiste avec l’homme et non une immanence dont l’homme rendrait un culte. La nature n’est pas divinisée ; la nature est au service d’un dessein, d’un projet à partit duquel l’homme créera, organisera, structurera, aménagera, transformera.

Genèse 2 : 8-10 « L’Eternel Dieu planta un jardin en Éden, à l’orient, et il y mit l’homme qu’il avait modelé. L’Eternel Dieu fit pousser du sol toute espèce d’arbres séduisants à voir et bons à manger, et l’arbre de Vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal. Un fleuve sortait d’Éden pour arroser le jardin et de là il se divisait pour former quatre bras. »

Or nous prenons conscience que notre monde évacue aujourd’hui toute idée de transcendance, tout rapport avec la transcendance, comme si Dieu n’existait pas, ou n’avait jamais existé.

Débarrassé de l’idée de Dieu, l’homme devient pour lui-même, la mesure de toutes choses. Dans le récit de la Genèse, la première inversion du rapport à la proximité, du rapport à la relation s’inscrit dans la création d’une ville : au-lieu de se disperser, de dupliquer l’échelle du jardin, les hommes se déploient, s’empilent sur un espace confiné, ils croient atteindre la liberté en voulant conquérir le ciel. Ils s’inscrivent même dans une contre diversité en fabriquant leurs villes avec des matériaux non différenciés, du bitume et des briques, là où Dieu avait pourtant créé la diversité et mis à sa disposition les ressources infiniment riches et variées.

Il convient aussi d’avoir en perspective que Babel et Babylone sont sémantiquement équivalents, ont les mêmes racines étymologiques, Babylone affichant l’image d’un empire marchand et totalitaire, Babel la ville uniforme, étant l’affichage d’une ambition démesurée de l’homme, celui d’atteindre la « porte du ciel ». L’Eden, le jardin est l’échelle de la proximité. La première société conviviale qui prône l’altérité, la différenciation complémentaire est soudainement balayée par le rêve de la démesure : atteindre les sommets, les cimes sans les racines, ces racines qui fondent, ancrent les sociétés afin que ces dernières ne chancellent pas.

« La nature

n’a d’autre raison d’existence que d’être au service de l’homme »,

une vision technicienne et dévastatrice à terme

Il est ainsi curieux que l’historien Lynn White dans « Les racines historiques de notre crise écologique » affirme de façon quasi péremptoire que les origines de nos crises sont « largement religieuses », que « la crise écologique que nous connaissons s’approfondira tant que nous n’aurons pas rejeté l’axiome chrétien selon lequel la nature n’a d’autre raison d’existence que d’être au service de l’homme ». Mais dans cette assertion brutale, l’auteur semble méconnaitre l’épisode du pêché, cette soif manifestée par l’homme de se libérer de ce qu’il pensait être comme une servitude de ne pas être l’égal de Dieu.

A travers le livre de la Genèse, s’exprime également la façon dont Dieu structure, organise l’univers et lui a donné un ordre, en procédant à une série de distinctions, de terme à terme : Dieu/l’homme ; l’ordre/ le Tohu Bohu, le jour/la nuit, l’homme Mâle/femelle, l’homme/les animaux ; les animaux/les végétaux ; la terre/l’eau/le ciel.

Dans le livre de la Genèse, la création du monde procède par éléments séparés. Pour respecter l’ordre introduit par Dieu, il convient de maintenir cette séparation, au risque de retourner au chaos, au Tohu Bohu, à une forme de confusion. Or, implicitement selon les Ecritures, l’un des enseignements majeurs que l’on peut ici extraire en partant de la lecture du livre de la Genèse, montrant définitivement la vision écologique de la création, ce qui a été différencié ne saurait être mélangé. La création ne saurait faire l’objet de transgressions en mêlant à nouveau ou en confondant ce qui a été à l’origine de la création, « séparé », ce qui entrainerait la confusion, celle de « ne pas distinguer la main droite et la main gauche », tel que le rapporte le livre du prophète Jonas qui décrit une ville plongée dans la confusion.

Livre de Jonas chapitre 4 verset 11 « Et moi, je n’aurais pas pitié de Ninive, la grande ville, dans laquelle se trouvent plus de cent vingt mille hommes qui ne savent pas distinguer leur droite de leur gauche… »

Or nous voyons clairement que le génie génétique transgresse ces différenciations qui sonnent comme autant d’interdits, rapprocher, fondre ce qui a été séparé. Nous voyons ainsi poindre ces forçages de la technoscience qui entend rapprocher le vivant et la matière, le végétal et le vivant. Il est utile de rappeler que l’Ancien Testament mentionne un grand nombre d’interdits concernant les mélanges, les unions tirées du milieu naturel ; la Bible rappelle par exemple l’interdiction de tisser ensemble le lin et la laine (végétal et animal).

Quelle écologie pour demain ?

Pour revenir au livre de la Genèse nous notons dans l’hébreu l’emploi du verbe shamar, shamar qui signifie garder, veiller sur, protéger, conserver. L’homme est ainsi appelé à veiller avec soin sur la nature, à l’image d’un jardinier qui cultive son jardin.

En usant de techniques pour aménager son environnement, l’homme s’emploie à aménager, à organiser et à structurer la terre, à cultiver comme le jardinier entretient, prend soin de son jardin. En binant, bêchant, sarclant la terre, le jardinier entretient le sol, le fertilise, fait prospérer le sol pour nourrir et bien au-delà de ses seuls proches.

Ce travail d’organisation et de transformation est une vocation à laquelle l’homme est appelé mais il est appelé à prendre soin c’est le sens même de shamar. Il veille et il protège afin de ne pas abîmer en surexploitant le sol. D’ailleurs la Bible, dans l’un des cinq livres du pentateuque, dans le livre du lévitique, ne parle-t-elle pas du repos de la terre, d’une mise en jachère qui est une pratique courante chez les agriculteurs, pour autant l’intensité du progrès peut impacter de manière négative et se faire au détriment du bien commun.

Nous vivons une forme de révolution concernant la civilisation humaine : Nous assistons à une inversion accélérée des rapports de force entre la civilisation humaine et  l’environnement naturel : Durant des millénaires, l’homme a développé une activité de transformation en apprenant à surmonter la pénibilité, les menaces liées l’environnement naturel, à limiter la peine, et à tirer profit des ressources que la nature lui a mis à sa disposition ; mais aujourd’hui, ce rapport à la nature où il convenait pour l’homme de tenter de dominer, devient un rapport de puissance. Il y a comme un effet de bascule déraisonnable. Le développement s’est fait sans conscience et souvent au détriment des plus pauvres et des plus fragiles faisant ici et là naître d’autres cataclysmes écologiques résultant de conflits, de guerres, d’exclusions ethniques ou religieuses, se traduisant également par des déplacements de populations fragilisées et pauvres vers les continents riches.

Aujourd’hui, la croissance de la civilisation a atteint un degré critique, il devient prégnant que l’épopée du progrès technique s’est de nos jours, accompagnée d’une tragédie humaine sans précédent.

Il s’agit dès lors de protéger la nature des effets néfastes d’une technologie sans conscience. Le progrès de notre civilisation doit donc être repensé et adapté en vue d’une meilleure intégration à long terme dans la biosphère.

Les pistes de ce changement peuvent être engagées à différentes échelles :

Une prise de conscience planétaire : en partant de la nécessité pour les nations riches d’être solidaires des nations les plus pauvres en contribuant à apporter les ressources nécessaires à la survie et au bien-être sans pour autant reconstruire un modèle consumériste et matérialiste, l’inspiration d’une démarche de type permaculture nous semble l’organisation la plus idoine, la plus satisfaisante.

Une prise de conscience locale : à la plus petite échelle, dans le cadre de la vie associative et c’est aussi un sujet d’espérance, des initiatives citoyennes sont portées par des hommes et des femmes qui par leurs gestes insignifiants (la goutte d’eau) peuvent changer le monde. Je pense à ces associations de permaculture, de jardins partagés, de lutte contre les gaspillages alimentaires, de réseaux de solidarité, de coopératives citoyennes.

Il existe des réponses concrètes pour inverser ce rapport à une technicité sauvage, un consumérisme sans éthique. Ainsi des hommes et des femmes inventent de nouveaux rapports à la nature dans une dimension de respect des écosystèmes, mais également d’équité dans les rapports aux autres en partant d’une échelle locale, en s’appropriant un lieu comme nous l’avons fait à l’Ilot Saint Gilles (à Reims) ou nous inventons une forme de vie sociale. La socialité d’un lieu est aussi importante que l’entretien du lieu proprement dit. Notre espace est un lieu ouvert, voulant ainsi éviter « l’entre nous », nous voulons affirmer ce lieu comme un espace de convivialité, de bienveillance, de relations avec les voisins au-delà de leurs croyances, de leurs convictions, de leurs positions sociales, de leurs statuts. C’est la création d’un monde commun dépassant les clivages qui anéantissent l’urgence de nous réunir pour sauvegarder l’idée d’un patrimoine social et naturel commun.

A partir d’un jardin partagé avec les habitants d’un quartier de la ville de Reims, nous nous sommes employés à valoriser la vie d’un lieu qui était en friche. Après avoir débroussaillé puis transformé cette friche, nous avons créé un jardin ; installé un compost, récupéré l’eau de pluie, mis en place des toilettes sèches, pratiqué le paillage afin de gêner le développement des mauvaises herbes, bref une somme de petits gestes qui définissent ce que l’on appelle la permaculture. Le mot est un peu savant,  le concept a été à l’initiative des australiens Bill Mollison et David Holmgren qui ont considéré que la dimension sociale est aussi importante qu’un dispositif écologique qui veut s’inscrire dans la durée. Pour les initiateurs la permaculture est bien plus qu’une agriculture permanente mais « c’est de la culture permanente ».

La permaculture s’inscrit ainsi comme une nouvelle conception de l’habitat, une nouvelle pratique de vie inspirée de l’éthique, de l’écologie naturelle, de valeurs transmises par la tradition.

La permaculture n’est pas un mode de pensée mais un mode d’agir qui prend en considération la biodiversité. L’objectif des associations qui fondent un principe de gouvernance autour de la permaculture est de permettre à des habitants de concevoir une forme de société conviviale, un habitat durable, une forme de résistance, de résilience à la modernité ou le tout techniciste triomphe.

La permaculture ne relève pas d’une démarche idéologique mais s’inscrit dans le réel, dans le paysage, le quotidien, une autre façon de vivre avec les autres une autre alternative de vie dans l’environnement d’une cité, d’un village. Voilà une piste concrète d’une autre écologie pour demain. Une forme d’économie de la bienveillance, de la relation aux autres, une autre forme de jardin qui a inspiré l’association Cultures à l’ilot Saint Gilles à Reims qui au-delà des clivages sociaux, idéologiques, décide de réinventer une société conviviale reposant sur l’envie de partager des biens en commun qui ne sont pas seulement les fruits, les légumes, mais aussi la culture, l’habitat en faisant émerger un projet de béguinage pour lutter contre l’isolement des personnes avançant dans l’âge, ainsi la dimension d’interdépendance l’homme dans son milieu est  mis en valeur. Le projet des jardins partagés que nous voyons fleurir partout en France, prennent alors tout leur sens, une forme d’utopie mais dont la dimension incarnée est nécessaire pour amener un peu de rêve dans un monde gagné par le technicisme et l’urbanisme occultant le paysage, la nature verdoyante et apaisante, la relation aux autres.

 

[1] Gaultier Bès, est professeur agrégé de Lettres, il est le coauteur du livre Nos Limites avec Marianne Durano et Axel Rokvam. Le livre partage le manifeste d’une écologie intégrale.

[2] tohu bohu terme hébraïque issu de la Torah et désignant le chaos originel.

 

La société iconoclaste, la nouvelle culture numérique

L’organisation sociale dans cet univers numérique dessine subtilement une forme d’idolâtrie de l’image. Dans ce monde virtuel, la relation à l’autre et aux autres, devient si compliquée que l’on se réfugie dans un ersatz, un paradis artificiel, dans un monde parallèle qui se substitue à un autre monde, le monde virtuel et son empire « spirituel » nous conduit à l’autosatisfaction d’avoir une quantité d’amis, une quantité de contacts, « de gens qui me suivent », les fameux followers (les suiveurs).

Nous sommes dans ce monde de l’image, monde envahi par une foule d’icônes désacralisées, d’écrans ou autant d’écrans qui deviennent des lieux de fascination, oserai-je l’écrire des lieux de cultes, les nouveaux médiums, les nouvelles idoles des temps modernes. Nous sommes passés d’un monde de lieux de rencontres, de relations et d’écrits à un monde des images et des écrans sans rencontres avec le réel, la société transhumaniste nous persuade qu’il s’agira incontestablement d’un nouveau progrès ouvrant de nouvelles connaissances, de nouvelles perspectives culturelles, de nouveaux plaisirs cognitifs. Comme l’écrit Jacques Ellul avec lequel nous partageons pleinement ce point de vue « Il n’y a pas vraiment d’informations à la télévision, il n’y a que la télévision dont seul émerge l’écran lui-même de l’appareil, il n’y a aucune information sur le réel 

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Une société iconoclaste rivée sur l’image qui aliène le rapport à l’autre

L’organisation sociale dans cet univers numérique dessine subtilement une forme d’idolâtrie de l’image. Dans ce monde virtuel, la relation à l’autre et aux autres, devient si compliquée que l’on se réfugie dans un ersatz, un paradis artificiel, dans un monde parallèle qui se substitue à un autre monde, le monde virtuel et son empire « spirituel » nous conduit à l’autosatisfaction d’avoir une quantité d’amis, une quantité de contacts, « de gens qui me suivent », les fameux followers (les suiveurs).

Nous sommes dans ce monde de l’image, monde envahi par une foule d’icônes désacralisées, d’écrans ou autant d’écrans qui deviennent des lieux de fascination, oserai-je l’écrire des lieux de cultes, les nouveaux médiums, les nouvelles idoles des temps modernes. Nous sommes passés d’un monde de lieux de rencontres, de relations et d’écrits à un monde des images et des écrans sans rencontres avec le réel, la société transhumaniste nous persuade qu’il s’agira incontestablement d’un nouveau progrès ouvrant de nouvelles connaissances, de nouvelles perspectives culturelles, de nouveaux plaisirs cognitifs. Comme l’écrit Jacques Ellul avec lequel nous partageons pleinement ce point de vue « Il n’y a pas vraiment d’informations à la télévision, il n’y a que la télévision dont seul émerge l’écran lui-même de l’appareil, il n’y a aucune information sur le réel »[1].

Michel Henry n’écrit pas autre chose sur la télévision et sur le monde des images artificielles, en dressant un jugement sans appel sur ce média, la télévision selon le philosophe est « la fuite sous forme d’une projection de l’extériorité, c’est ce qu’on exprime en disant qu’elle noie le spectateur dans un flot d’images… »[2]

Comment ne pas imaginer une forme de dépendance, relativement à l’usage quasi addictif d’Internet qui est devenu artificiellement le nouvel Ersatz, en réalité une drogue nocive. Comment ne pas sourire à ceux qui vous déclarent « je ne regarde désormais plus la télévision » mais sont rivés sur l’usage des réseaux sociaux, consultent systématiquement l’information véhiculée par le médium web.  Pourtant je ne jetterai nullement la pierre, j’en ai fait usage mais un usage qui a été jusqu’à une forme de dépendance.

J’ai pris conscience que le monde de l’image instaure un nouveau culte des temps modernes. Ne voyons-nous pas ainsi ces nouveaux prêtres de l’image, ces nouveaux dieux de la téléréalité qui sont adulés, ces nouveaux officiants du monde cathodique qui sont admirés. Ces vicaires médiatiques mutent en nouveaux confesseurs du monde contemporain.

Ces commentateurs de notre petit écran, occupent l’espace virtuel de notre maisonnée et sont devenus les nouveaux sages, installés dans un nouveau pouvoir édictant la norme, décrétant la façon dont il convient aujourd’hui de penser la réalité. En réalité ces vicaires de l’information ne pensent pas, ils sont les sujets de l’égrégore, cette masse informe de paroissiens auditeurs dont nous évoquions la figure au début de ce livre. Ces ministres du culte commentent en pensant être les consciences intellectuelles du monde contemporain mais en réalité ne sont que le reflet, le miroir d’une opinion qu’il faut tenir en laisse pour ne pas la laisser dériver dans la rébellion.

Dans ce monde de l’image nous sommes également devenus, des sujets passifs, des consommateurs d’informations en prise avec une information, une image, autant que possible dramatique mais en distance souvent avec sa réalité, ses contextes. Nous sommes abreuvés par des flots d’images continus, des vagues parfois déferlantes émanant des mondes cathodiques et numériques. Or pour ces pouvoirs de la finance, de la consommation, ou ces pouvoirs idéologiques, il faut bien créer, ces messes cathodiques pour nous tenir en dépendance, loin des lieux qui rassemblent et des lieux qui nous feraient prendre conscience de cette indolente passivité qui nous font adorer l’image, qui nous font adorer l’image plutôt que le créateur.

En écrivant ces lignes nous pensons à l’évocation de la figure de la bête et de son image. Le mot image est sans cesse répété dans le dernier livre de Saint Jean, comme si l’apôtre Jean fut frappé par cette dimension iconoclaste. Nous sommes ainsi convaincus que la modernité ne nous conduit pas à adorer des statues de bois, de pierre ou de terre, mais la modernité nous convie à adorer de nouveaux dieux et ces dieux sont numériques ou cathodiques nous privant de la relation verticale et horizontale, nous privant de communion avec Dieu et de communion avec le prochain.

Dans un monde totalitaire, la dimension iconoclaste sera à son paroxysme, Saint Jean, décrit cette puissance totalitaire, l’apôtre évoque l’image terrifiante de la bête qui exerce son pouvoir et sa marque sur l’ensemble de l’humanité devenue corvéable et adoratrice de l’image de la bête. Sans doute que le propos que nous tenons sera jugé exagéré par nos lecteurs ou extrême, nonobstant comment ne pas imaginer qu’il ne soit pas impossible pour une dictature de dominer les médias, de les utiliser pour exercer une totale emprise sur les individus. Il est évident que le monde d’aujourd’hui nous familiarise subrepticement et par capillarité à un tel pouvoir mortifère de l’image sur les âmes et les esprits.

Le dernier livre de la Bible l’Apocalypse décrit une forme de fascination totalitaire de l’image de la bête. Dans ce texte visionnaire et prophétique, il est intéressant de noter et en regard du sujet que nous traitons (le transhumanisme) qu’animer l’image signifie également « devenir un être en grec » en latin animer c’est donner le souffle, en réalité il s’agira de donner l’illusion du souffle de vie dans ces concepts d’intelligence      artificielle promus par le transhumanisme. Comme si l’ultime rêve fut de donner un corps animé, puisqu’il sera impossible de doter cette intelligence forte d’une âme.

Sur ce point le co-auteur Gérard Pech de cet ouvrage collectif appréhendera également cette dimension.

Apocalypse 13.15 « Et il lui fut donné d’animer l’image de la bête, afin que l’image de la bête parlât, et qu’elle fît que tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la bête fussent tués. »

La dépendance numérique chez les plus jeunes et leurs conséquences sur le développement psychique.

« Il n’y a pas de lieu qui ne soit exempté, ou pour tenir tranquille l’enfant, on lui donne de consommer un objet numérique, un biberon numérique ou à défaut une tétine … » Voilà ce que partageait une amie, stupéfaite de constater une forme de démission des parents, des parents s’abandonnant à un recours à l’objet numérique pour obtenir un peu de paix ou de calme, les livrant demain à une addiction, à une dépendance atrophiant la qualité relationnelle et la dimension affective de l’enfant au lieu de l’occuper par des activités ludiques et manuelles.

Sans doute que cette assertion pourrait être perçue comme un peu rapide, un raccourci hâtif, convenons-en, mais combien de situations semblables à celles-ci, n’ai-je pas constater lors de mes entretiens avec des habitants dans leurs appartements où la télévision exerçait une véritable emprise sur les esprits et les âmes. La télévision devenant le docile compagnon, la présence comblant le vide, berçant l’ennui de ses auditeurs et de leurs enfants.

La télévision qui devient très tôt une forme de biberon numérique ou de tétine cathodique, les temps d’écran dans les familles phagocytent les esprits et ne sont pas sans conséquences sur une forme de lobotomisation des intelligences relationnelles.

Serge Tisseron, psychiatre, psychanalyste, auteur du livre « Les Dangers de la télé pour les bébés »[3], fait valoir que l’exposition à la télévision retarde le développement de l’enfant ; plusieurs études américaines soulignent les problématiques des usages de la télévision chez les très jeunes enfants. En effet ce médium chez l’enfant de moins de 3 ans ne favorise pas selon ces études son développement et serait même de nature à freiner ses facultés cognitives.

D’autres études[4] corroborent qu’une trop grande exposition de l’enfant aux écrans (tablettes, ordinateurs, télévision…) nuit au développement du langage, de l’attention, mais également génère des troubles du comportement.

Si effectivement la télévision peut présenter de magnifiques opportunités pour découvrir le monde, nous ne pouvons occulter que la télévision peut concourir à annihiler l’esprit critique et décourager la capacité d’apprendre y compris chez les adultes.

L’écran façonnerait-il alors une société docile, obéissante peu à peu soumise, voilà sans doute un aspect de la réflexion à engager sur le devenir même de la société transhumaniste, une forme d’idole paganiste.  Psaume 97 : 7 « Ils sont confus, tous ceux qui servent les images, Qui se font gloire des idoles. Tous les dieux se prosternent devant lui ».

De l’empire cathodique à celui du numérique

Nous sommes sans doute nombreux à utiliser les réseaux sociaux, à poster photos, textes, images et vidéos. Par paresse ou bien par facilité, nous sommes nombreux à relayer, à avoir recours à des visuels, ces nouvelles icônes, ces nouvelles représentations du monde qui viennent refléter l’opinion, l’humeur, du moment.

Nous sommes aujourd’hui devenus les sujets de la « culture de l’image », une culture de l’image qui laisserait penser que nous en partageons les codes, les usages, les termes, mais en réalité cette culture de l’image est une culture sauvage, celle de la plasticité hétérogène, floue. Sans méfiance parfois nous subissons le diktat de cette nouvelle culture du numérique jetable, de l’image furtive. Le plus souvent nous ne prenons pas la distance nécessaire pour comprendre ses effets qui peuvent s’avérer néfastes ou désastreux.

Nous prenons conscience que les guerres sont aussi des batailles d’image, les guerres de l’image pour conquérir les esprits, les assujettir parfois. Dans ces batailles, les chaines de divertissement, les réseaux sociaux font de nos cerveaux, les lieux de prospection, les lieux de soumission des âmes, il s’agit en effet pour ces empires cathodiques ou numériques de mobiliser notre attention, toute notre attention, déplaçant ainsi le sens de la relation à l’autre, pour n’être captif que d’un écran qui assouvit, domine notre esprit.

Notre civilisation longtemps baignée dans l’écriture ou la parole, est entrée dans la civilisation de l’image. Cette culture de l’image nous conduit souvent à des postures pleines de contradictions, tour à tour nous dénonçons la transgression de l’image, le simulacre, l’artificiel, l’enfermement narcissique iconoclaste d’un reflet, d’une représentation, pour en louer paradoxalement la valeur descriptive, pédagogique, la capacité à reproduire le réel, à l’incarner, à partager la beauté, à sublimer, la valeur de l’existence.

Surtout ne pas apercevoir le réel

Jacques Ellul le grand penseur Chrétien ne dit pas autre chose dans son livre magistral « La parole Humiliée » avec une acuité saisissante, une vision pénétrante, il dénonce de façon quasi prémonitoire dans un livre écrit en 1979, oui écrit en 1979, le devenir de la parole qui serait supplantée par l’image. Ainsi pour Jacques Ellul, l’image vient se substituer au réel, vient en quelque sorte, désosser, stéréotyper la parole « La parole (qui) ne ferait qu’augmenter mon angoisse et mes incertitudes. Elle me ferait prendre conscience davantage de mon vide, de mon impuissance, de l’insignifiance de ma situation, tout est heureusement effacé, garni par le charme des images et leur scintillement. Surtout ne pas apercevoir le réel. Elles substituent un autre réel ». Pour Jacques Ellul nous entrons immanquablement dans un monde qui est sur le point de dévaluer l’écrit et la parole.

De façon sublime Jacques Ellul toujours dans ce livre « La parole Humiliée » que nous vous recommandons indique à propos de cette actualité saturée par l’image qu’elle « … implique la réalisation actuelle et sans délai de nos désirs. Un gouvernement qui dit qu’il faudra deux ans pour résoudre une crise est un gouvernement condamné. Une morale qui apprend à attendre et agir patiemment vers un objectif est une morale rejetée. Une promesse pour demain fait considérer comme un menteur celui qui la formule. Tout et tout de suite, c’est l’expression de la présence des images qui en effet nous accoutument à voir tout et d’un seul coup d’œil ».

Je pense que la lecture de ces mots, montre à quel point cette dimension que décrit ce grand théologien Chrétien est quasi prémonitoire relativement à une actualité assaillie par le tout numérique, le petit et le grande écran, la puissance de l’image cathodique qui installe dans tous les foyers le monde qu’elle regarde, qu’elle visualise pour nous, en prenant soin de trier, de sélectionner ce qui fait événement au risque même d’abîmer, de blesser l’âme, l’esprit, la conscience de tout à chacun.

Nous interagissons ainsi avec l’image sans avoir toujours le recul nécessaire, la distance qui devrait être nécessaire. Nous réagissons de façon abrupte soit en rejetant l’artificiel, soit en la relayant et en participant à l’émotion du moment. Nous nous servons alors de l’image pour interpeller nos contacts, nos amis, notre réseau. Nous voulons créer un effet pour participer à l’émotion du moment, vivre un moment collectif, partager la même opinion face à l’événement qui nous a affecté ou touché.

Les auteurs de ce livre n’ont pas échappé eux-mêmes à cette mode du petit ou du grand écran et reconnaissent fort volontiers avoir cédé parfois légèrement à cette nouvelle culture de l’image que l’on diffuse, que l’on distribue épisodiquement avec trop de docilité, de légèreté sans prendre conscience du pouvoir de la culture de l’image. Cette image qui n’est pas toujours ou jamais totalement neutre, une image qui a pu être instrumentalisée, manipulée à des fins de toucher l’opinion.

Dans cette culture de l’image, massivement nous nous laissons contaminer finalement par cette communication désincarnée qui peut échapper parfois à tout contrôle, à toute réalité. Le monde virtuel symbolisé par nos réseaux sociaux montre un affichage d’images idylliques qui ne reflètent pas nécessairement les réalités que nous vivons qui donnent à nos interventions narcissiques l’illusion d’exister. Nous sommes en effet loin de cette dimension illustrée par ce verset des écritures « l’homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l’Éternel regarde au cœur. » (1 Samuel 16 : 7)

Nous nous donnons ainsi en spectacle dans une forme proche de la télé réalité en prenant soin de maquiller, de corriger l’image que l’on veut bien renvoyer de nous. Notre rapport au monde et à autrui passe aujourd’hui non par la relation mais par des connexions. Nous sommes connectés au monde mais non plus reliés à notre village, à nos voisins, à nos amis, à ceux qui nous sont proches.

De la parole à l’écrit de l’écrit à l’écran numérisé :

La société moderne, celle que nous connaissons, que nous appréhendons dans notre quotidien est ainsi envahie par l’image. Nous sommes ainsi passés en quelques décennies d’une société dominée par l’écrit à une société de l’écran numérisé, de l’image.

Jamais de nos jours, l’image n’a été si prolifique, si envahissante. Nous recevons une quantité d’informations numérisées et cette quantité, cette déferlante d’informations dématérialisées est le plus souvent véhiculée par un flux de pixels, de photos, de films, de vidéos.

Notre société est imprégnée ou immergée voire submergée dans la culture du visuel, amplifiée par le règne des grands et des petits écrans, dans les foyers ou la puissance de l’image cathodique façonne nos modèles de vie en société, nous conduisant même à une culture d’addictions.

Nous vivons une forme de changement radical, de mutation finalement sociale ou le papier, la plume, l’écriture ont aujourd’hui une bien moindre emprise pour porter les idées du monde et l’impacter, mais l’image aujourd’hui en a pris le relais pour façonner le monde. Nous préférons le plus souvent utiliser les images plutôt que les mots, ces images qui deviennent nos icônes. Pourquoi au fond ce besoin existentiel d’avoir ce rapport à l’image qui nous éloigne d’un rapport à la transcendance. Cette phrase de Jésus qui indique que « le Père cherche des adorateurs en esprit et en vérité » est à mille lieux d’un monde qui vénère et adore les images, a besoin de se raccrocher à des représentations pour croire, pour fonder une émotion qui s’incarne, car « l’image m’a impressionné ».

Longtemps en effet l’écriture a influencé de manière parfois déterminante la formation des sociétés.

Il y a immanquablement dans le rapport au texte, une dimension réflexive à l’envers d’une image qui relève davantage d’un discours forcément réducteur, voulant refléter une réalité mais une réalité qui peut aussi être tronquée, bien entendu l’écriture peut aussi être mensongère et trahir le réel. Mais l’image par sa dimension fugace peut être, manipulatrice quand elle est au service de l’émotion que l’on veut atteindre.

Mais il est aussi vrai que l’image reportage peut être au service du bien quand celle-ci n’est pas tronquée, mais se veut un parti pris pour aider, pour influencer, pour toucher, pour émouvoir. Ma propre fille qui est photographe, s’inscrit totalement dans cette démarche pour illustrer l’étonnement, la beauté, l’émerveillement.

Nous pouvons ainsi tous convenir que l’impact émotif de l’image est puissante (beaucoup plus que dans un texte écrit, plus qu’une parole qui s’envole) et parfois même plus agressive, ce qui nous fait parfois dire qu’« une image vaut plus que milles paroles », « qu’une image résume un discours », « qu’une image parle mieux qu’un long plaidoyer ».

Dans cette société de postmodernité qui est la nôtre, force est de reconnaitre que les images tendent à se substituer à l’écriture, aux textes, les images deviennent les icones dans lesquelles se reflètent les opinions, les idées, l’image est devenue la culture dominante.

Sa profusion atteint des sommets tant dans les domaines de l’information, de la consommation. Notre esprit, notre conscience, notre pensée est imprégnée par un déferlement d’affiches, d’annonces, de messages, de photos, de vidéos, d’illustrations. Les images prennent des formes multiples tour à tour accrocheuses ou racoleuses, provocantes ou émouvantes, sensibles ou rébarbatives.

Si l’image a été au service de l’art, elle est aussi au service de la mémoire. Mais l’image est aussi le message consumériste, l’image peut aussi être propagande politique, la religion est-elle même influencée par le monde de l’image. Cette culture visuelle, a besoin de voir, de se représenter, finalement pour croire.

Les images jouent de nos jours un rôle central dans la fabrication des opinions, des émotions, la construction de la vie sociale, dans la construction de nos repères. Mais l’image est parfois biaisée, déformée, instrumentalisée, utilisée à des fins de susciter une réaction de l’opinion.

L’image est forcément ambiguë, par nature, une image ne devrait pas être le seul vecteur de communication mais force est de reconnaitre une dérive de nos univers sociaux entrainés par le flot d’un monde de moins en moins incarné.

Nous sommes ainsi entrés dans une nouvelle ère, celle de la visualisation du monde : elle suppose que les images ne soient pas la réalité ni même sa représentation. La retouche photographique et le montage d’une vidéo s’inscrivent comme un exposé rapide, une construction et une interprétation de la réalité, entretenant un rapport arrangé ou s’accommodant avec le réel.

Ainsi dans la récente actualité et dans un contexte de dramaturgie qui touche la Syrie, le monde occidental dans sa torpeur fut secoué violemment par une image, celle d’un enfant gisant «retrouvé » sur une plage. L’image était bel et bien tronquée, le drame syrien lui bien réel. Mais il fallait provoquer l’électro choc pour créer une émotion massive au sein d’une Europe qui n’avait sans doute pas pris la mesure d’une dramaturgie qui pourtant, inlassablement lui fut rapportée, y compris d’enfants pris dans les filets de pêches.

Dans ce dernier contexte et comme d’ailleurs l’histoire de l’image l’a montré jadis, nous prenons conscience de la puissance manipulatrice que l’image que revêt son pouvoir.

La puissance manipulatrice de l’image tient aussi à la dimension manipulatrice inhérente à l’argumentation par le pathos. Le pathos est en effet l’une des techniques d’argumentation destinées à produire la persuasion, à produire de l’émotion. L’image mieux que la parole, mieux que l’écriture est dotée de cette faculté de toucher, d’impacter, de résumer la pensée. Elle peut donc être dangereuse dans son aspect propagande, pointer l’ennemi, dénoncer l’étranger, ou pire idolâtrer l’homme providentiel.

L’homme providentiel pourrait ainsi avoir cette capacité d’utiliser l’image, de l’employer à ses desseins pour imposer sa figure, son icône au monde. Si Dieu se rencontre en Esprit, le livre de l’apocalypse rapporte que le bête se sert de son image pour l’imposer à la face de ce monde.

Apocalypse 13 verset 14-15 « Et elle séduisait les habitants de la terre par les prodiges qu’il lui était donné d’opérer en présence de la bête, disant aux habitants de la terre de faire une image à la bête qui avait la blessure de l’épée et qui vivait. Et il lui fut donné d’animer l’image de la bête, afin que l’image de la bête parlât, et qu’elle fît que tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la bête fussent tués … »

Nous prenons aussi conscience que dans cette culture de l’image, nos sociétés du numérique comme l’écrivait une amie Chrétienne, que celles-ci veulent nier Le verbe, le verbe incarné. Il s’agit de gommer, d’effacer Dieu dans nos représentations mentales, faire en quelque sorte l’éviction de toute référence à un Dieu Créateur que l’on ne peut connaître qu’en Esprit… Je cite là un de ses propos « L’image devient icône, et en adorant « l’image » on en vient à ignorer Dieu, à haïr Dieu. Ce qu’on ne montre pas n’existe pas… » Oui ce que l’on ne montre pas, n’existe pas. Notre société de l’image puisqu’elle ne peut pas montrer Dieu, forcément nie Dieu, montre qu’il ne peut exister puisque son image ne peut être produite, ne peut nous être restituée.

L’amour de l’image

Il me semble que l’amour de notre image mise en scène dans les mondes numériques, traduit au fond une forme de caprice d’adolescent, d’infantilisation, d’insensibilité et d’indifférence à l’autre comme l’est l’avarice. L’amour du reflet de son image sur le petit ou le grand écran surpasse ainsi l’intérêt que l’on devrait porter à autrui. Seule son image compte et celle que l’on veut donner à voir aux autres.

Se théâtraliser, se mettre en scène, finit par nous faire perdre tout sens et tout contact avec le réel, avec la vraie vie, les vrais gens. Dès le moment où nous voulons médiatiser un événement, est-ce vraiment la réalité, la médiatisation ne procède-t-elle pas le plus d’une démarche à la fois sélective et biaisée d’images, ce que l’on veut faire absolument voir, ce que l’on veut donner à voir de soi ?

Avec cette forme de télé réalité, le monde des pixels, l’image numérisée, cette société de l’écran, nous construisons dans ce rapport au monde de l’image : une vision du bonheur factice pour se donner à voir, une vitrine de la misère humaine valorisant l’artifice des connexions plutôt que la relation discrète.

Nous cédons en quelque sorte à l’abrutissement de la mode cathodique qui dénude les gens en les accoutrant d’un vernis qui masque une forme de frustration, le vrai visage d’hommes et de femmes en quête de bonheur mais n’étant que des acteurs d’une mauvaise comédie.

C’est ce que m’inspire la lecture du monde des réseaux sociaux et d’une certaine façon You tube pour ces hommes et ces femmes qui se mettent en scène. Mais ne jetons pas trop facilement la pierre. Nous aussi, nous sommes parfois les sujets de cette surexposition à laquelle nous sommes familiers depuis que la télé réalité et les réseaux sociaux sont venus inonder les écrans cathodiques et s’imposer parfois à nous.

Le succès sans doute de la télé réalité comme des réseaux sociaux repose essentiellement sur deux fictions : l’apparence d’un accès facile à la notoriété, l’illusion que nous renvoient nos images qui deviennent en quelque sorte nos avatars. Nous nous identifions à eux, nous sommes eux.

La télé réalité est le reflet symptomatique de la post modernité, d’individus narcissiques heureux de gagner en notoriété mais au fond des individus fragiles, incapables de vivre dans ce monde dans la durée, car la télé réalité est forcément éphémère, un jour dans la lumière, demain dans l’ombre qui vous congédie à un triste vous-même sans miroir.

Nous devrions en conclusion de ce chapitre nous inspirer de la conduite de Jésus qui n’a pas cherché à attirer l’attention sur lui, refusant les pouvoirs que lui donne la notoriété immédiate, appelant à la discrétion de chacun afin que lui-même ne soit pas idolâtré. Car le risque est bien l’idolâtrie de la créature et non l’adoration du créateur. Ce rapport à la télé réalité est également une manière artificielle de construire une représentation de soi

Ainsi le rapport narcissique de la société à la consommation, ce rapport à la télé réalité est également une manière artificielle de construire une représentation de soi, une idéalisation de l’égo, comme l’écrit Alain LEDAIN dans son livre Regard d’un Chrétien sur la société « …mais d’un soi déraciné, arraché à sa réalité. C’est comme si le monde cherchait à créer, non l’identité par ce que l’on est, mais « d’être » par ce que l’on possède. »

[1] Citation extraite du livre de Jacques ELLUL, le bluff technologique. Page 597 Pluriel.

[2] Citation extraite du livre de Michel Henry La barbarie page 190 : PUF

[3] http://www.lemonde.fr/vous/chat/2009/11/17/faut-il-interdire-la-tele-aux-tout-petits_1268448_3238.html#4mvGfc49XfsvK6mF.99

[4] Lire à ce propos l’article Naitre et grandir : http://naitreetgrandir.com/fr/etape/1_3_ans/jeux/fiche.aspx?doc=ecrans-jeunes-enfants-television-ordinateur-tablette