La P.M.A. ou la folie de la toute puissance génétique

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Dans cette chronique, je ne vais pas revenir sur des arguments déjà connus et qui concernent la disparition de la figure du Père qui me semble en effet être un aspect dévastateur de ce fameux projet de loi concernant entre autre la PMA.  ici j’entends plutôt engager une autre réflexion sur la dimension perverse et nocive concernant cette technique de procréation qui rejoint le projet faustien celui pensé par Méphistophélès.

Comme une forme de cohérence, je ne veux pas ici vous cacher ma désapprobation contre toutes les formes de P.M.A, que ce soit pour les couples infertiles comme pour les femmes seules ou autres formes de vie conjugale choisie par les femmes. Je suis opposé à la P.M.A pour de multiples raisons essentiellement morales et spirituelles. Je crois que la technique réparatrice est manifestement dangereuse quand elle est appelée à être au service des fantasmes humains, au risque que celle-ci ne vienne à chosifier la vie et en produire des formes délétères.

La vie selon moi doit être engendrée naturellement et nous ne saurions dès lors enjamber les limites qui nous sont données par le verdict de la nature. L’autre raison de mon apposition à la PMA est bien cette dimension d’eugénisme sous-tendue. Accepter la procréation médicalement assistée, c’est accepter la possibilité de choisir les candidats embryons les plus conformes à nos aspirations. Ce n’est donc plus accueillir la vie comme un don mais c’est la manifestation et l’aspiration de répondre à un besoin, un besoin certes légitime, mais un besoin qui n’est plus l’accueil de la vie comme un don.

Nous le savons aujourd’hui la création biotechnologique d’une post-humanité n’est plus techniquement impossible, mais son éventualité fait surgir, dans l’espace même des débats et controverses sur les fondements et les fins, nombre de questions philosophiques, métaphysiques, théologiques, morales et politiques. Je doute que les parlementaires aient sérieusement réfléchi aux implications de ces questions, désireux avant tout de répondre à l’immédiat, ce mal qui caractérise notre post modernité, sans se projeter sur les conséquences à terme de leurs choix. L’orientation politique de nos jours n’est plus la recherche du bien commun mais elle vise surtout la satisfaction des corporatismes de tout poil sans se soucier des conséquences délétères de projets de lois fantasmes qui se moquent des lois naturelles.

 Il est fascinant d’observer l’humanité déraisonnable se laisser comme absorbé par l’auto transformation toute puissante dominée par l’idéologie du « tout génétique » une frénésie de conquête du génome pour réparer, sélectionner, modifier. Cette nouvelle idéologie génétique questionne la morale universelle.  C’est en effet la toute-puissance génétique qui s’exprime aujourd’hui, celle qui veut répondre aux fantasmes et aux désirs rendus impossibles par la nature. Avec l’illusion du transhumanisme messianique, nous annonçant la bonne nouvelle du salut par les « nouvelles technologies » exauçant ou assouvissant les rêves jadis impossibles. Tout ce qui est techniquement possible dans ce monde de la morale relative, de la zone grise, n’est pas toujours moralement souhaitable. Dès lors il nous faut éviter de hâter et précipiter ce mouvement vers une barbarie savante et technicisée qui oublie que l’homme est un être fini, que son véritable bonheur n’est pas la réalisation des désirs improbables. Croire que la technique savante est à notre service et ne plus la mettre sous la coupe de la morale, de ce TAO, de cette voie universelle décrite par C.S Lewis, nous rendra déraisonnables et nous conduira en fin de compte à la folie destructrice des gens capricieux.

Au péril de l’humain ! Les promesses suicidaires des transhumanistes

Au péril de l’humain
Les promesses suicidaires des transhumanistes
Co-auteur :Jacques Testart
Co-auteur :Agnès Rousseaux

Recension la maison d’éditions le Seuil :
Extrait :
Fabriquer un être humain supérieur, artificiel, voire immortel, dont les imperfections seraient réparées et les capacités améliorées. Telle est l’ambition du mouvement transhumaniste, qui prévoit le dépassement de l’humanité grâce à la technique et l’avènement prochain d’un « homme augmenté » façonné par les biotechnologies, les nanosciences, la génétique. Avec le risque de voir se développer une sous-humanité de plus en plus dépendante de technologies qui modèleront son corps et son cerveau, ses perceptions et ses relations aux autres. Non pas l’« homme nouveau » des révolutionnaires, mais l’homme-machine du capitalisme.

Bien que le discours officiel, en France, résiste encore à cette idéologie, le projet technoscientifique avance discrètement. Qui impulse ces recherches ? Comment se développent-elles dans les champs médicaux, militaires et sportifs ? Comment les débats démocratiques sont-ils éludés ? Et comment faire face à des évolutions qui ne feront que renforcer les inégalités ? Surtout, quel être humain va naître de ces profondes mutations, de ces expérimentations brutales et hasardeuses sur notre espèce, dont l’Homo sapiens ne sortira pas indemne ?

Jacques Testart, biologiste, est le père scientifique du premier bébé-éprouvette français né en 1982. Il développe une réflexion critique sur les avancées incontrôlées de la science et de la technique dans ses nombreux écrits, dont Faire des enfants demain, Seuil, 2014 et L’Humanitude au pouvoir, Seuil, 2015.

Agnès Rousseaux, journaliste, coordonne le média indépendant Basta ! (www.bastamag.net) suivi par plus d’un million de lecteurs chaque mois. Elle a codirigé Le Livre noir des banques LLL, 2015.