L’IA le réveil de la bête non humaine….

‘IA qui vient est à la fois un outil de surveillance des déplacements, activités, désirs ou pensées mais aussi un outil d’assistanat permanent dont l’objectif est de précéder les comportements de chacun, depuis son lit jusqu’à sa voiture, en passant par sa salle de bains ou son lieu de travail. Il s’agit autant de participer à la «mise en données du monde» que de réaliser l’utopie techno-économique d’une «société automatisée», selon Villani. Autrement dit, de développer des technologies à même de diriger nos conduites et nos choix quotidiens, de livrer l’humain, jugé inférieur, à une entité, l’IA, conçue sur notre modèle mais nous ayant «dépassés». Une maman non humaine, directement issue de laboratoires de recherche publics mais aussi privés. Voitures autonomes, villes pilotées par le numérique, caméras à reconnaissance faciale, maisons automatisées, puces électroniques, écrans publicitaires personnalisés dans les rues, sexualité et goûts en général, la totalité de nos existences serait vouée à dépendre de l’IA, qui n’est pas l’informatique de papa mais une sorte de fichage virtuel généralisé visant à ce que nous déléguions nos comportements à une entité supposée plus intelligente, et plus à même d’apprendre sans cesse, que nous. Le numérique avait vocation à être au service de l’humain, comme le sont tous les outils ; l’IA rêvée par LREM nourrie au lait de la Silicon Valley n’est plus à notre service mais se sert de nous afin d’orienter nos comportements et de définir des dogmes auxquels nous devrions nous plier, à commencer par celui de la «transparence» de nos existences.

Extrait d’un Article publié dans le figaro …


http://premium.lefigaro.fr/vox/politique/2018/11/29/31001-20181129ARTFIG00357–l-intelligence-artificielle-revee-par-la-silicon-valley-cherche-a-nous-aliener.php

L’IA qui vient est à la fois un outil de surveillance des déplacements, activités, désirs ou pensées mais aussi un outil d’assistanat permanent dont l’objectif est de précéder les comportements de chacun, depuis son lit jusqu’à sa voiture, en passant par sa salle de bains ou son lieu de travail. Il s’agit autant de participer à la «mise en données du monde» que de réaliser l’utopie techno-économique d’une «société automatisée», selon Villani. Autrement dit, de développer des technologies à même de diriger nos conduites et nos choix quotidiens, de livrer l’humain, jugé inférieur, à une entité, l’IA, conçue sur notre modèle mais nous ayant «dépassés». Une maman non humaine, directement issue de laboratoires de recherche publics mais aussi privés. Voitures autonomes, villes pilotées par le numérique, caméras à reconnaissance faciale, maisons automatisées, puces électroniques, écrans publicitaires personnalisés dans les rues, sexualité et goûts en général, la totalité de nos existences serait vouée à dépendre de l’IA, qui n’est pas l’informatique de papa mais une sorte de fichage virtuel généralisé visant à ce que nous déléguions nos comportements à une entité supposée plus intelligente, et plus à même d’apprendre sans cesse, que nous. Le numérique avait vocation à être au service de l’humain, comme le sont tous les outils ; l’IA rêvée par LREM nourrie au lait de la Silicon Valley n’est plus à notre service mais se sert de nous afin d’orienter nos comportements et de définir des dogmes auxquels nous devrions nous plier, à commencer par celui de la «transparence» de nos existences.

Robot vers la disparition du travail humain ?

La profession est décrite comme l’une des plus menacées par l’automatisation. Un fait qui conduit les cabinets d’expertise-comptable à se recentrer sur le conseil et la relation client…. Un article à lire : https://www.lemonde.fr/campus/article/2017/04/27/la-guerre-des-comptables-et-des-robots-aura-t-elle-lieu_5118931_4401467.html

La guerre des comptables et des robots aura-t-elle lieu ?

                                Adrien de Tricornot

« Les entreprises les plus en pointe ont pris depuis plusieurs années le virage vers le numérique, grâce à des logiciels liés à des plates-formes de gestion en ligne (technologies Software as a service), principalement proposés par de grands cabinets. « Ces solutions permettent aux entreprises de tenir elles-mêmes une comptabilité directement mise à jour, accessible sur tous les canaux, comme une tablette, par exemple. Ce sont désormais les entreprises clientes qui saisissent leurs pièces comptables, et non plus notre cabinet, et elles peuvent même automatiser cette tâche si elles disposent d’un outil de facturation et de vente intégré à leur comptabilité », explique Pierre d’Agrain, associé du cabinet ExCo A2A, à Toulouse, membre du sixième réseau d’expertise-comptable en France.

Dans ce schéma, les cabinets sont dans une nouvelle relation avec leurs clients. Ils ne facturent plus des heures de saisie des pièces comptables par leurs salariés, mais un abonnement à la plate-forme. Leurs salariés se recentrent donc sur la gestion des informations, leur analyse, ou la relation avec les clients, des tâches à plus forte valeur ajoutée et plus intéressantes : « Rien ne remplacera le fait d’écouter les clients et de les conseiller », fait valoir M. d’Agrain. Pour lui, les robots, s’ils prendront leur part, en allégeant les tâches les plus répétitives et en fluidifiant la tenue des comptes, ne remplaceront pas les experts-comptables.

Les moins qualifiés impactés

L’impact sur l’emploi est néanmoins réel : il concerne surtout les profils les moins qualifiés, de niveau bac ou inférieur, chargés de la saisie des pièces comptables. Mais aussi les métiers d’experts : détachés désormais d’une partie de leurs tâches, ils peuvent servir un portefeuille de clients plus large. « On a besoin de moins d’effectifs, on peut faire de la croissance sans recruter », témoigne Pierre d’Agrain.

Le mouvement n’en est qu’à ses débuts. D’abord parce que les solutions numériques de saisie vont gagner du terrain auprès des PME. Mais aussi parce que de nouvelles évolutions se préparent : le développement de la blockchain, chaîne de paiement sécurisée sur Internet qui est utilisée pour le bitcoin, la monnaie numérique, laisse augurer que chaque transaction effectuée soit simultanément inscrite dans les comptabilités des parties prenantes.

A la faveur de la robotisation et du développement de l’intelligence artificielle, la profession a en ligne de mire le fast closing (la clôture rapide des comptes) : alors qu’actuellement, les grandes entreprises mettent plusieurs mois à publier leurs comptes certifiés de l’année précédente, ces délais devraient considérablement se raccourcir.

Si les innovations à l’œuvre bouleversent les métiers, elles devraient permettre, selon l’Ordre des experts-comptables, d’empêcher l’irruption de nouveaux acteurs désireux de concurrencer les cabinets traditionnels ou d’imposer leurs outils. « Nous sommes menacés par l’automatisation, mais pas par l’ubérisation », assure Dominique Jourde, pour qui les tentatives d’intermédiaires Web de se glisser, sur le modèle d’Uber, entre les cabinets comptables et leurs clients restent aujourd’hui « très marginales ».

Le magistrat et l’intelligence artificielle : la Justice de demain sera prédictive et expéditive !

                                

 

La Justice prédictive est-elle un pas de plus vers la déshumanisation de l’homme ?

J’écoutais à la radio au cours d’une matinée un avocat inquiet mais décidé de s’opposer à la volonté de l’état français de presser le pas de la Justice en incorporant davantage d’intelligence artificielle pour l’analyse des affaires simples à traiter et ainsi offrir aux magistrats de se concentrer sur des dossiers plus complexes. Le recours à un système judiciaire impacté par l’intelligence artificielle est un premier pas qui est de nature à bouleverser demain le rapport de l’homme à ce qui pourrait prendre la forme d’une véritable machine judiciaire.

Ce terme machine qui qualifiait le plus souvent une justice souvent complexe mêlant l’empilement des lois et de leurs dérivées, la multitude des contextes nuançant les appréciations et les acteurs aux caractères multiformes, mais également l’absence de célérité de la justice de par la complexité des procédures de saisies.  

Le rêve de l’état progressiste devenu ainsi lasse de cette justice lente et bureaucrate, décide d’entamer une révolution dans les process des juridictions. Il faut selon l’idéologie du progrès, face à la lenteur de cette vielle Dame, la remuer, l’amener à cohabiter avec l’autre machine : l’intelligence artificielle qui devrait lui servir de support afin de simplifier les intrications du monde juridique et de réduire le temps chronophage des dossiers à digérer.

La dimension humaine dans l’histoire de la Justice

Dans toute l’histoire, comme institution, la dimension humaine même de la Justice est revêtue à la fois comme un modèle de régulation de la vie sociale, un modèle quasi universel d’arbitrage des conflits, avec cette vocation en arrière fond, de pacifier les querelles issues de toute la vie sociale et de rendre justice dans les crimes et les délits.

C’est ainsi un fait de toute notre histoire, la justice a été rendue jusqu’à aujourd’hui par les hommes, qui se soumettent aux lois en rigueur ou se pliant aux exigences des législateurs pour faire appliquer le droit. Des hommes de droit qui arbitrent, appliquent la sentence ou bien innocentent celui ou celle qui fut qualifié de coupable. La justice comporte en soi, une dimension d’inachevée, parce ce que la justice est entachée de faiblesse et d’humanité incarnées parfois ou bien souvent par une dimension irrationnelle, fragile, parfois inéquitable, parce que cette justice est encore une fois, et nous insistons profondément ancrée dans l’humain ! Ces juges humains qui mêlent la clémence, la tolérance ou bien la sévérité implacable témoignent ou révèlent les distorsions liées à son fonctionnement.  La justice est ainsi imparfaite parce que complexe, changeante, mêlant les émotions et la raison, la passion et la distance nécessaire pour juger.

La Justice est certes lente, elle prend trop souvent son temps entassant les dossiers, empilant les affaires, et forcément des tensions se créent avec ceux qui aspirent à une justice plus rapide.  Les attentes sont nombreuses parmi les justiciables qui aspirent à une juridiction sans tâches, absolument compétente et savante, équitable et inattaquable : en un mot une justice parfaite et dont la balance ne serait jamais fausse.

Cette quête éternelle des sociétés humaines vers une justice omnisciente, incontestable, avisée ou prudente dans l’énoncé de ses jugements est une chimère. L’homme malgré sa quête d’absolu n’a pas les attributs divins pour rendre un jugement plein de discernement, parfaitement loyal envers le coupable comme envers la victime. La justice engendrera toujours des sentiments de frustration, d’agacement et de révolte même si elle s’abrite derrière le code, la règle non arbitraire qui régit ses décisions.

La tentation de la justice de s’en remettre à l’Intelligence Artificielle

Alors cette juridiction imparfaite n’est-elle pas incitée à céder à cette nouvelle tentation de s’en remettre non à Dieu mais à cette puissance qui aujourd’hui fascine le monde, cette puissance de calcul qu’offre le monde des algorithmes capables d’emmagasiner les données laissées par les arrêts des magistrats et de consommer ainsi les jurisprudences de tous les tribunaux. Fascinante car la puissance de calcul, c’est le monde de la cité rationnelle parfaite, qui ne commet pas d’erreur. La machine algorithmique ne peut pas commettre d’erreur, voilà bien la chimère, la nouvelle tromperie de ce siècle. Cette justice implacable car elle serait gouvernée par les formules savantes ne serait au fond qu’un Dieu froid, qui mécaniquement traite les dossiers puis envoie au moyen de ses algorithmes robots la sentence à des sujets humains, puis mécaniquement les relancera s’ils ne s’acquittent pas de leur condamnation.  Est-ce là le monde du futur que nous décrivons ?   

Non nous ne décrivons pas un monde glaçant et dystopique, c’est bel et bien et hélas le monde d’aujourd’hui qui commence, celui de la « cité rationnelle » ! La cité parfaite, normative compilant toutes les informations, toutes les données, « la cité rationnelle [1]» qui ne peut se tromper ! Comment cette juridiction pourrait-elle d’ailleurs se tromper, cette nouvelle juridiction se ressource en effet au sein de la mathématisation de notre société. Le magistrat se laissera dicter le verdict dompté par ses robots calculateurs, comme ces médecins dessaisis demain de la faculté de diagnostiquer puisque les logiciels de séquençage, décodent des millions de fragments d’ADN en un temps record ! Ces algorithmes savent mieux que le médecin détecter l’origine des maux, et demains ces nouvelles juridictions codées offriront l’exécution la plus rapide, car bien évidemment, les logiciels nouveaux Dalloz[2] analyseront et traiteront toute la vie judiciaire, comme aucun humain lent et sujet à l’erreur !

La robotisation de la justice aux mains des algorithmes   !

Qu’en est-il exactement de cette avancée de la judiciarisation robotisée, est-ce exagéré de prétendre que là aussi le monde des algorithmes est sur le point de coloniser la Justice. Les tribunaux humains, magistrats et avocats feront bien de s’en inquiéter. Aux Etats-Unis les cabinets d’avocat sont d’ores et déjà assistés par ces machines algorithmes pour traiter des affaires touchant le monde des entreprises.  D’autres logiciels interviennent quant à eux dans la prise de décision des juges chargés des remises en liberté. Les exemples s’enchainent et se multiplient, les exemples qui préfigurent demain la généralisation d’une justice algorithmique, portée par les progrès de l’intelligences artificielle toujours plus performante, toujours plus experte et incarnant le rêve d’une forme de justice divine, objective et omnisciente ? 

La juridiction algorithmique n’est que le nouvel avatar d’une soif d’équité absolue exprimée par le monde humain. Le monde humain obsédé par cette quête d’une justice utopique, nécessairement parfaite et devant nécessairement être extérieure à l’homme et à ses imperfections. L’homme ne croit plus à aucune verticalité divine, à aucune pythie qui rendrait ses oracles et orienterait le sort réservé à la cité des hommes. L’homme n’invoque plus son créateur, préférant remettre son sort entre les mains de sa création qu’il croira être sous son contrôle.

La révolution numérique en marche 

La révolution numérique bel et bien en marche y compris dans le domaine du Droit envahi par la règle, la norme, et des normes qui vont de complexité en complexité.

La« République numérique »[3] voulue par la gouvernance de François Hollande puis accentuée par le nouveau Président Emmanuel Macron,ce nouveau monde entend étendre le mouvement d’ouverture des data aux décisions de justice. C’est un processus qui annonce une forme de mécanisation dont l’emprise envahira les tribunaux et on a peine à imaginer l’existence d’un robot siégeant « assis ou debout » avec le magistrat si ce dernier aurait encore une légitimité.   Mais c’est vrai la transition ne serait pas aussi bruyante ou inquiétante, nous nous familiariserons, nous nous habituerons à voir le juge en compagnie d’un gentil Robot « Pepper[4] »spécialiste du droit mais certainement pas Pépère.  Ces « Pepper » aideront nos magistrats,les assisteront en apportant une somme d’informations sur les prévenus recensant par exemple les procès-verbaux, les infractions commises par le prévenu. Nous assisterons  à une forme de traçage systématisées des justiciables, effeuillés par l’intrusion des calculs des algorithmes implacables et qui ne produiront pas d’erreurs sur la lecture des prévenus se présentant devant les juges.

Ces algorithmes seront programmés pour recommander une évaluation de la peine encourue, et mécaniseront le discours à tenir auprès du justiciable. Le Juge et son assistant se « concerteront » ou plutôt le juge finira par s’en remettre au délibéré de « Pepper » et c’est le juge Pépère qui finira par perdre toute faculté de jugement puisqu’il n’aura plus pour guide son discernement, cette conscience de lui-même qui lui permet de discerner du fait même qu’il est lui-même humain. 

Dans un premier temps le gentil « Pepper » se cantonnera au rôle d’outil, d’assistant juridique pour décortiquer les nœuds des affaires de plus en plus complexes mais au fil de son apprentissage, « parce que l’intelligence artificielle apprend » ce petit robot souriant et bien sympathique offrira au fil d’une expertise croissante, une aide certaine à la prise de décision, le juge ne sera bientôt plus irremplaçable !

Ainsi l’apparition des nouvelles technologies dans les juridictions ira bien en s’accélérant.  Nous assistons ainsi depuis quelque temps à une montée en puissance des legal-tech, ces sociétés et ces startups qui proposent des services juridiques aussi bien aux cabinets d’avocats, qu’aux magistrats afin de les assister dans leurs prises de décisions

L’intelligence artificielle investit bel et bien et colonisera comme nous le rappelions précédemment, le domaine du droit. Elle bouleversera demain le quotidien des tribunaux et couronnera le nouveau monde devenu si docile à la domestication du « système technicien ».  Aussi est-il temps qu’avocats et magistrats disent stop à cette ingénierie de l’espace judiciaire qui annonce la déshumanisation d’un tribunal qui doit pourtant privilégier la seule dimension relationnelle et son humanité même sujet à l’erreur !

Lire également cette info confortant notre propos écrit plusieurs mois plus tôt…

https://usbeketrica.com/article/estonie-robots-justice


[1] Terme emprunté à Jacques ELLUL

[2] Célèbre maison d’éditions que connaissent tous les juristes

[3] La loi pour une République numérique, publiée au Journal officiel 8 Octobre 2016, vise à favoriser l’ouverture et la circulation des données et du savoir.

[4]  Pepper est un robot humanoïde, développé par la société SoftBank Robotics

 

Science fiction et Transhumanisme : ‘La Musique du Sang’ de Greg Bear

Greg Bear est un romancier de science-fiction américain, un romancier d’anticipation du futur puisqu’il écrit un livre qui sera publié en 1985, intitulé la « Musique du Sang » un roman qui reçut plusieurs prix littéraires couronnant des œuvres de science-fiction.

Le roman de science-fiction met en scène un chercheur généticien qui invente des ordinateurs biologiques à l’échelle d’une cellule humaine, ce qui pourrait s’apparenter aujourd’hui à l’ensemble des études et des procédés de fabrication, de manipulations de structures physiques, biologiques et de systèmes matériels à l’échelle du nanomètre.

Le roman écrit par Greg Bear est de fait bel et bien un roman d’anticipation du futur et qui touche en quelque sorte à l’ingénierie moléculaire et l’incorporation de matériaux nanotechnologiques qui s’appliqueront demain au corps humain.

Le chercheur en génétique est menacé par son entreprise de licenciement après sa découverte inquiétante, le généticien (docteur folamour) décide alors de s’implémenter, d’injecter et d’incorporer ces ordinateurs de la taille d’une cellule humaine, dans son propre corps après sa rupture de contrat avec son laboratoire.

Ce généticien qui dans le roman de Greg Bear est appelé Vergil Ulam est myope, après avoir inoculé ce qui s’apparente aujourd’hui à un « micro » système informatique nommé noocyte; constate qu’il est guéri de sa myopie, il est conduit à être tenté d’injecter dans sa peau ses créations informatiques, ces noocytes, puis il fait au fil de ses injections le constat, d’une augmentation de sa puissance, de sa toute puissance.

Puis peu à peu ses inventions noocytes se substituent à son corps biologique. Les « perfusions » répétées de ces systèmes sont sur le point de muter, d’opérer une transformation radicale de son corps, celles-ci métamorphosent son être tout entier, un peu comme dans le roman de Kafka, il se transforme en une forme de « vermine monstrueuse », de bête immonde, une galaxie de noocytes conscients d’eux-mêmes. Le corps devient au fur et à mesure un système embarqué avec des éléments matières qui interagissent d’elles-mêmes, avec le monde qui les environne et en impactant tout le milieu naturel avec lequel ces noocytes sont en contact.

Le roman montre que finalement ces cellules métamorphosées commencent peu à peu à manipuler leur environnement et c’est une véritable pandémie qui gagnera le monde. Le romancier Greg Bear théorise ces galaxies de mondes noocytes comme des éléments qui dans un monde dystopique anéantissent le vivant, l’humanité devenue impuissante avec une création qui lui a littéralement échappé.

De fait et au-delà d’un roman qui décrit un monde finalement transhumaniste qu’il est prégnant, que l’incorporation, l’injection de matériaux nanotechnologiques notamment ce que l’on appelle les nanoparticules engendreront demain des inquiétudes évidentes. Les applications qui seront permises du fait de la maîtrise de systèmes matériels biologiques à l’échelle du nanomètre, légitiment les appréhensions les plus prudentes.

La vision dystopique et cauchemardesque du Romancier américain nous renvoie de fait à l’ensemble des réflexions que nous partageons concernant la folie transhumaniste qui rêve d’amélioration de l’être, si certes, le scénario entrevu par Greg Bear différera de  ce qui est sorti de l’imaginaire de l’auteur du « Sang de la musique », il n’en demeure pas moins que la symphonie  transhumaniste montre bel et bien la perversion ontologique susceptible d’être engendrée en combinant matière et vivant en visant l’augmentation de l’homme et en réduisant le vivant à de vulgaires pièces de lego. Et si ces micro pièces technologiques d’un étrange puzzle biologique infiniment petit ne venaient pas finalement à dompter demain l’homme ?

Clés de lecture pour lire l’essai ‘La déconstruction de l’homme’

L’essai « La déconstruction de l’homme » énonce une analyse critique des mythes qu’entretiennent ces nouvelles idéologies touchant à ce soi-disant « nouveau monde » !

Les critiques s’adressent à ce monde marchand, ces nouvelles croyances et démarches normatives qui impactent toutes les sphères de la vie sociale :

Le transhumanisme en tant que système scientiste qui vise à modifier le réel,
Le progressisme en tant que système culturel et politique qui vise à réformer les esprits pour les préparer au nouveau monde et à une nouvelle conception du récit anthropologique concernant l’homme.
Le consumérisme qui nous invite à consommer pour exister et nous conduit peu à peu à une domestication par les objets et à leurs injonctions permanentes
Le technicisme bureaucratique (le château décrit par Kafka) qui vise à formater et à faire rentrer la vie sociale dans un monde de normes, normes consommées par l’Intelligence artificielle, ce nouveau despote prétendant être au service de l’humain.

 

L’ouvrage

« La déconstruction de l’homme »

vient de paraître (12 octobre 2018)

Commandez-le maintenant en ligne sur Lulu au prix de 23 euros HT.

 

L’auteur Éric LEMAITRE

Père de famille, marié avec Sabine, Éric LEMAITRE est Rémois, socio économiste de profession, Enseignant à l’ESI Reims, de confession chrétienne.

Éric a également contribué à lancer le courant pour une écologie humaine au sein de sa propre région. Est également le coauteur avec Alain Ledain et d’autres auteurs de deux ouvrages, l’un sur le concept de genre « Masculin/féminin faut-il choisir » éditions FAREL, l’autre « Vers une société de l’uniformisation » Editions Ethique Chrétienne.

À la fois au travers de sa vie sociale et de ses engagements personnels en tant que blogueur (Son site : https://deconstructionhomme.com/), Éric a été largement sensibilisé par les questions qui touchent autour de la technique. En raison de sa vie professionnelle impactée par les mutations associées à l’économie numérique, et de la conviction que le monde virtuel est sur le point de façonner la vie sociale, Éric a entrepris l’écriture avec le concours de Gérald Pech et de plusieurs amis issus des sciences dures et des sciences sociales, d’un essai très ambitieux pour dénoncer ces nouvelles idéologies contemporaines et hors sol progressisme, transhumanisme, …) qui puisent leurs sources dans la philosophie des lumières  ou dans la croyance du progrès sans fin, le récit d’une vie toujours meilleure, le mythe d’un avenir aux « lendemains qui chantent ».

Présentation du livre par Etienne OMNES

Notre époque est déterminée par un objet philosophique que l’on appelle la Technique. La Technique (décrite par Jacques Ellul dans son livre « La Technique ou l’enjeu du siècle » écrit dans les années 50) est cette démarche de rationalisation et de mathématisation du monde au profit d’une plus grande efficacité et d’une plus grande force pour l’être humain. Le sommet de cette Technique est le transhumanisme, une démarche qui vise à améliorer l’être humain par la technologie, quitte à en transgresser toutes les limites comme la mort. Voilà le principal objet du livre d’Éric Lemaître : cette technique omniprésente, qui sert aujourd’hui de dieu et sauveur à notre civilisation.

Il procède donc en deux parties : 1. Les fondements philosophiques de la déconstruction : une présentation plutôt complète du « système technicien » au travers du phénomène transhumaniste. 2. Les révolutions de la déconstruction : Éric décrit aspect par aspect chaque domaine atteint par la Technique, et comment il est redéfini par celle-ci, et comment y répondre.

Globalement, le livre peut être défini comme une suite d’essais indépendants, qui explorent méthodiquement l’empreinte de la Technique et des idéologies progressistes, sur notre monde et à tous les étages de la vie et toutes les dimensions anthropologiques, culturelles, sociales, économiques… Je conseille d’ailleurs de le lire lentement, pour bien s’imprégner de ce qui est écrit. Le livre n’est pas fait pour le gobage…

Note de l’auteur Eric LEMAITRE

La critique engagée vis-à-vis de l’idéologie transhumaniste, progressiste et du système technicien 

L’essai « La déconstruction de l’homme » énonce en effet une analyse critique des mythes qu’entretiennent ces nouvelles idéologies touchant à ce soi-disant « nouveau monde » !

Les critiques s’adressent à ce monde marchand, ces nouvelles croyances et démarches normatives qui impactent toutes les sphères de la vie sociale :

  • Le transhumanisme en tant que système scientiste qui vise à modifier le réel,
  • L’idéologie du progrès en tant que système culturel et politique qui vise à réformer les esprits pour les préparer au « nouveau monde » et à une nouvelle conception du récit anthropologique concernant l’homme.
  • Le consumérisme qui nous invite à consommer pour exister et nous conduit peu à peu à une domestication par les objets et à leurs injonctions permanentes
  • Le technicisme bureaucratique (le château décrit par Kafka) qui vise à formater et à faire rentrer la vie sociale dans un monde de normes, normes consommées par l’Intelligence artificielle, ce nouveau despote prétendant être au service de l’humain.

Cette critique peut étonner, parfois agacer le lecteur mais n’a pas d’autres objectifs que d’enfoncer en quelque sorte le clou. La révolution est à la fois culturelle (conditionnement des esprits), idéologique (une croyance aveugle d’un progrès qui ne viendrait pas seulement soulager l’homme mais augmenter toutes ses facultés) et technique (les objets qui nous divertissent et nous détournent du sens de l’autre).

Cette révolution comme nous le rappelions précédemment à la fois idéologique et techniciste est en effet à notre sens totale, elle vient comme absorber, consommer, l’identité de l’homme dans l’ensemble des composantes liées à son humanité, sa vie sociale et culturelle. Je vous invite à lire ce livre dont la dimension inédite réside dans une lecture à l’aune de ce que nous enseigne la Bible à propos de l’homme. Qu’est-ce que l’homme pour que tu souviennes de lui… ? Psaume 8.

Rentrant d’un enterrement, ce sont des moments qui paradoxalement vous ramènent souvent à la vie, à la vraie vie, je croisais sur le trottoir étroit, une jeune femme qui avait ses yeux rivés sur l’écran et avançait d’un pas rapide mais sans prendre soin de regarder à son environnement, j’ai dû m’écarter de ce trottoir étroit face à l’indifférence de cette jeune personne, à la fois pressée et absorbée sans doute, par les textos lus. Je lui fis remarquer avec humour que la vraie vie était ailleurs, ni dans les écrans l’absorbant, ni dans son monde virtuel la vampirisant, car elle a bien failli bousculer le réel …

L’homme est ainsi comme environné, ingéré puis envoûté par la technique… N’est-ce pas Jacques ELLUL qui partagea son scepticisme vis-à-vis de la technique en déclarant ceci :

« Je me méfie totalement de tout le mouvement utopiste, car il n’évitera pas le piège de la reconstruction de la cité rationnelle et parfaite, c’est-à-dire où la Technique sera Tout et en Tous. ».

« La cité rationnelle » comme l’écrit Jacques ELLUL, a une forme utopique, le meilleur des mondes, celle de l’égrégore. L’égrégore est une collectivité universelle bienveillante, pour tous, la bienveillance elle s’est exprimée au travers du communisme numérique qui en quelque sorte vous happe puis vous enveloppe avec ses promesses de facilité et vie sans effort, parfois de gratuité mais vous rend dépendant à son objet.

Dans cette cité numérique mais en réalité dystopique, le pire des mondes, nous devenons les objets d’un système technicien nous liant tous aux projets d’une société virtuelle et finalement déshumanisante. Cet égrégore ne fait plus de l’homme un être incarné dont il conviendrait de prendre soin, un être d’abord de relations, mais fait de chacun, une matière connectée à d’autres matières : Smart Phone, tablette, montre digitale et sans doute demain biopucé….

Éric dans son livre « La déconstruction de l’homme » ose le proclamer : l’humanité qui a voulu l’égalité avec Dieu est en passe de vivre « la honte prométhéenne » en ce sens qu’après avoir créé son Golem, fasciné par sa créature, il lui cède en quelque sorte son âme en nous partageant une perplexité, il a été capable d’être l’auteur de quelque chose qui le dépasse désormais, sans comprendre que lui-même fut aussi « créé de peu inférieur à Dieu ».

L’homme démiurgique finit en fin de compte par adorer sa propre créature.

Finissant ainsi par gommer Dieu, déclarant même sa mort. L’humanité a pris sa revanche, elle a enfin chassé Dieu de sa cité, le même homme qui fut au commencement de son existence chassé du jardin. Cette humanité iconoclaste est en passe d’adorer une nouvelle idole produit de sa création, de reconstruire un monde idéalisé, un nouvel EDEN, un nouveau monde célébrant le progrès, signant en quelque sorte la fin d’une partie de son identité… Voilà ce que nous pouvons appeler « la honte prométhéenne » que décrivit fort bien le philosophe Allemand Günther Anders.

Ainsi comme l’écrivait Bernard Charbonneau penseur de l’écologie ami de Jacques ELLUL

« Il nous faut le temps d’oublier l’ancien Dieu pour nous en fabriquer un nouveau et recréer totalement l’univers à son image. La Totalité sur terre : depuis l’alpha du réel jusqu’à l’oméga du vrai ? Nous n’aurons de cesse que nous ne l’ayons atteinte. Voilà l’entreprise raisonnable dans laquelle l’âge de raison a engagé l’humanité. ».

Toute la pensée de Bernard Charbonneau est marquée par la dimension de l’écologie et sans doute par une écologie qui replace l’idée d’un homme réellement libre et non le sujet d’une « société des individus », individus qui seraient en somme incapables de prendre leurs distances avec l’emballement d’un monde collectif structurant et organisant la vie sociale et qui anéantit en réalité les libertés.

En définitive la révolution numérique, ce phénomène brutal et massif se déploie aujourd’hui sous nos yeux comme une véritable déferlante, phénomène qui est sur le point de remodeler la société de demain. Sa dynamique propre et la vitesse à laquelle elle s’étend sont de nature à rebattre toutes les cartes de la vie sociale.

Chaque révolution industrielle s’est enfin de compte, accompagnée autrefois d’une restructuration de la vie sociale, chaque révolution industrielle a imposé une forme de réadaptation de la vie et des rapports aux autres. La rapidité avec laquelle les innovations du monde numérique s’étalent aujourd’hui ne laissera dès lors aucun répit, d’où une désorientation sociale et psychologique qui sera sans précédent dans l’histoire. Le monde numérique est en train de casser les repères culturels qui avaient été à présent les nôtres ; le nouveau monde qui se déploie sous nos yeux est sur le point d’être recomposée avec de nouvelles règles, de nouveaux codes, une nouvelle normalisation, de nouvelles oligarchies (les scientistes) dont les projets autour de la technicité sont de nature à fragiliser, à déconstruire l’homme, à renverser les valeurs, les tables de l’ancien monde, leurs hiérarchies, leurs institutions. Ainsi nous faisons notre le propos du Philosophe Éric Sadin un des meilleurs penseurs majeurs du numérique et de son effets et conséquences sur nos vies et nos sociétés : « allons-nous accepter, au nom de la croissance, de voir s’instituer, par le fait de ces systèmes, un dessaisissement de notre faculté de jugement, une marchandisation intégrale de la vie ainsi qu’une extrême rationalisation de tous les secteurs de la société ?[1] »

Enfin pour conclure une grande partie du livre « La déconstruction de l’homme » est consacrée à cette dimension anthropologique « Qu’est-ce que l’homme ? » le livre toutefois, ne s’enferme pas dans un tableau noir, le livre offre une feuille de route préconisant un autre chemin à emprunter et les moyens d’une résilience face aux mutations promises par le nouveau monde. Le livre nous propose ainsi de revenir aux sources bibliques, de découvrir avec étonnement des préconisations parfaitement applicables au sein même de notre modernité…

Merci de nous avoir lus et surtout de lire ce livre « La déconstruction de l’homme » ! N’hésitez pas en parler autour de vous et à inviter vos amis à se le procurer….

http://www.lulu.com/shop/eric-lema%C3%AEtre/la-d%C3%A9construction-de-lhomme/paperback/product-23845055.html

[1] Extrait de l’interview de Éric SADIN par le figaro Magazine http://premium.lefigaro.fr/vox/economie/2018/10/26/31007-20181026ARTFIG00370-l-intelligence-artificielle-est-un-assaut-antihumaniste.php Publié le 26/10/2018

Eric SADIN : L’Intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle….

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Article Extrait du Figaro….

http://premium.lefigaro.fr/vox/economie/2018/10/26/31007-20181026ARTFIG00370-l-intelligence-artificielle-est-un-assaut-antihumaniste.php

Écrivain et philosophe, Éric Sadin est l’un des penseurs majeurs du numérique et de son impact sur nos vies et nos sociétés. Il est invité à donner des conférences dans le monde entier et ses livres sont de plus en plus lus et commentés. Son dernier essai La Vie algorithmique. Critique de la raison numérique (L’échappée, 2015) a rencontré un accueil enthousiaste de la part de la critique et du public. Il vient de publier L’Intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle. Anatomie d’un antihumanisme radical(L’échappée, 2018).


FIGAROVOX.- Dans votre livre, L’intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle, vous abordez le mouvement de numérisation intégrale du monde. En quoi assiste-t-on à un «changement de statut des technologies numériques»?

Éric SADIN.- Ce qui caractérise l’intelligence artificielle, c’est que c’est une puissance d’expertise qui ne cesse de se perfectionner. Ses systèmes auto-apprenants sont capables d’analyser des situations toujours plus variées et de nous révéler des états de fait dont certains étaient ignorés à notre conscience. Et ils le font à des vitesses qui dépassent sans commune mesure nos capacités cognitives. C’est pourquoi nous vivons un changement de statut des technologies numériques: elles ne sont plus seulement destinées à nous permettre de manipuler de l’information à diverses fins, mais à nous divulguer la réalité des phénomènes au-delà des apparences. En cela, ces systèmes computationnels sont dotés d’une singulière et troublante vocation: énoncer la vérité. La technique se voit attribuer des prérogatives inédites: éclairer de ses lumières le cours de notre existence. C’est là le fait majeur.

En quoi l’intelligence artificielle fait-elle advenir un «nouveau régime de vérité»?

Les systèmes d’intelligence artificielle sont appelés à évaluer une multitude de situations de tous ordres. Ce qui caractérise les résultats de leurs analyses, c’est qu’ils ne se contentent pas de produire une exactitude supposée, mais recouvrent une valeur de vérité dans la mesure où c’est dans le sens des conclusions arrêtées qu’il faut ensuite engager des actions correspondantes. Voilà ce qui distingue l’exactitude de la vérité: la première prétend restituer un état objectif supposé, alors que la seconde appelle, par le seul principe de son énonciation, à s’y conformer par des gestes concrets. Car toute vérité énoncée recouvre in fine une dimension performative.

La complémentarité homme-machine est une fable.

En ce sens, nous vivons le «tournant injonctif de la technique». Il s’agit là d’un phénomène unique dans l’histoire de l’humanité qui voit des techniques nous enjoindre d’agir de telle ou telle manière. Et cela ne s’opère pas de façon homogène, mais s’exerce à différents degrés. Cela peut aller d’un niveau incitatif, dans une application de coaching sportif suggérant tel complément alimentaire par exemple, à un niveau prescriptif, dans le cas de l’examen de l’octroi d’un emprunt bancaire, ou dans le secteur du recrutement qui use de robots numériques et de «chatbots» afin de sélectionner les candidats.

Alors, on argue de la fable de la «complémentarité homme-machine». En réalité, plus le niveau de l’expertise automatisée se perfectionnera et plus l’évaluation humaine sera marginalisée. Et cela va jusqu’à atteindre des niveaux coercitifs, emblématiques dans le champ du travail, qui voit des systèmes édicter à des personnes les gestes à exécuter. Le libre exercice de notre faculté de jugement se trouve remplacé par des protocoles destinés à orienter et à encadrer nos actes. Voit-on la rupture juridico-politique qui est en train de s’opérer?

N’êtes-vous pas dans le catastrophisme en professant une vision aussi sombre des technologies? Après tout, les luddites du XIXe siècle tenaient le même discours…

Vu l’ampleur des incidences présentes et futures de l’intelligence artificielle, il serait temps de nous défaire de la sempiternelle et infructueuse opposition mettant en vis-à-vis les «inquiets» et les «enthousiastes». Ce mode de perception a le grand défaut de nous enfermer dans une vision restreinte des choses et mobilise bien trop nos affects. Pour ma part, je ne me reconnais nullement dans ce «catastrophisme», en revanche je m’attelle à analyser de près les phénomènes majoritairement structurants. Et le fait décisif auquel nous sommes en train d’assister, ce n’est rien de moins que le dessaisissement, à grande vitesse, de notre autonomie de jugement et de notre faculté à nous déterminer librement relativement au cours de nos destins individuels et collectifs.

Que répondez-vous à ceux qui soulignent qu’on ne peut pas lutter contre le sens de l’histoire, et que si nous ne nous mettons pas à l’intelligence artificielle, d’autres pays qui n’ont pas les mêmes scrupules que nous (la Chine par exemple), s’y mettront et nous domineront?

Derrière l’IA, c’est l’imposition du primat de l’impératif économique sur toute autre considération.

L’intelligence artificielle représente, depuis le début des années 2010, l’enjeu économique jugé le plus décisif et dans lequel il convient d’investir massivement. Outre les entreprises, ce sont également les États qui mobilisent tous les moyens nécessaires en vue de se situer aux avant-postes ; chacun faisant désormais de cet objectif une grande cause nationale. Aux premiers rangs desquels les États-Unis et la Chine. De son côté, Emmanuel Macron entend faire de la France un «hub mondial de l’IA» et «attirer les meilleurs chercheurs étrangers». Comme il est entendu qu’«il ne faut pas rater le train de l’histoire», les investissements s’opèrent dans la plus grande précipitation. À tel point que Mounir Mahjoubi, le secrétaire d’État au Numérique, dit comprendre que «certains préfèrent avancer sur les technologies d’abord et réfléchir ensuite»! Vu la portée des conséquences, il est au contraire impératif que ces questions fassent l’objet de débats à la hauteur des enjeux, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Car ce qui est à l’œuvre avec les développements incessants de l’IA, c’est l’imposition du primat de l’impératif économique sur toute autre considération. Le technoloibéralisme aura réussi à faire croire que ces développements s’inscrivent dans le «cours naturel des choses» et à imposer la rhétorique de l’inéluctable. La question qui nous revient est finalement celle-ci: allons-nous accepter, au nom de la croissance, de voir s’instituer, par le fait de ces systèmes, un dessaisissement de notre faculté de jugement, une marchandisation intégrale de la vie ainsi qu’une extrême rationalisation de tous les secteurs de la société? Car au-delà de tous les discours, ce sont là les conséquences majeures de l’exploitation croissante de l’IA. Pour ma part, je crois qu’au nom des principes qui nous fondent, nous ne devons pas nous résoudre à cette vision hygiéniste et utilitariste du monde, et plus encore, nous devons nous y opposer.

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Intelligence artificielle : « Les scientifiques ne peuvent pas dire ce qui est bien ou mal »

EXTRAIT du Monde.fr lire la suite de l’article :

https://www.lemonde.fr/festival/article/2018/10/24/intelligence-artificielle-les-scientifiques-ne-peuvent-pas-dire-ce-qui-est-bien-ou-mal_5373739_4415198.html

Où s’arrêter ? Faut-il interdire une trop grande ressemblance des robots avec les humains ? Qui doit poser les limites ? Raja Chatila, qui préside au sein de l’IEEE une initiative internationale pour « les considérations éthiques dans l’intelligence artificielle et les systèmes autonomes », plaide pour un « code éthique », car « tout ce qui peut être fait n’est pas bon. Seule la protection des données personnelles fait aujourd’hui l’objet d’une régulation. Or, dans la communauté des chercheurs, certains n’ont pas conscience que leurs travaux peuvent être dangereux ».

Cette régulation doit venir « avant tout des citoyens », estime, de son côté, Véronique Aubergé, qui lance un appel pour que le débat ne reste pas « entre les mains des chercheurs, des entreprises ou des politiques qui font les lois. Les scientifiques ne peuvent pas dire ce qui est bien ou mal. Le débat doit devenircollectif ». A Grenoble, la chercheuse ouvre son laboratoire à « toutes les personnes confrontées à l’IA dans leur métier ou leur vie afin qu’ils puissent venir échanger sur ces travaux ».

 

Le nouveau rapport homme-machine.

Ce n’est pas tout. Le rapport que l’être humain entretient avec son environnement n’est plus similaire à celui du passé. Aux préoccupations habituelles du quotidien local succède la peur panique d’un lendemain généralisé. Et si tout disparaissait ? Et si tout n’était plus qu’une question de temps avant que l’homme ne mette fin à ses jours ? Et si le fait d’avoir inventé la bombe atomique lui faisait prendre conscience qu’il n’est rien comparé au reste de l’univers ?

L’article est extrait du blog QUADERNI lire la suite : https://journals.openedition.org/quaderni/770#bodyftn1

Assurément le monde est en train de changer, tout semble aller vraiment plus vite. Et pour ne prendre que l’exemple des États-Unis, il est clair que la fin du XIXet le XXsiècles ne ressemblent en rien au temps précédents. Un changement d’échelle a eu lieu. Que ce soient avec l’industrie des chemins de fers et l’ouverture de la première ligne transcontinentale, la conquête de l’ouest et la fièvre de l’or, les premiers puits de pétrole et le développement de l’automobile, la mise en service du télégraphe et l’amélioration des moyens de communication, ou la mécanisation et la rationalisation des moyens de production, le constat est toujours le même : la société des hommes est entrée dans une nouvelle ère. Les conflits ne sont plus semblables : de la guerre de Sécession à la Seconde guerre mondiale, l’écart est effectivement énorme.

Ce n’est pas tout. Le rapport que l’être humain entretient avec son environnement n’est plus similaire à celui du passé. Aux préoccupations habituelles du quotidien local succède la peur panique d’un lendemain généralisé. Et si tout disparaissait ? Et si tout n’était plus qu’une question de temps avant que l’homme ne mette fin à ses jours ? Et si le fait d’avoir inventé la bombe atomique lui faisait prendre conscience qu’il n’est rien comparé au reste de l’univers ? Ce message, les Américains auront l’occasion de l’entendre encore et encore, nombre de savants cherchant à alerter l’opinion publique sur des sujets que la science n’avait pourtant pas l’habitude de traiter jusqu’ici.

S’il ne fallait en retenir qu’un parmi tous ceux que le devenir de la planète inquiète, ce serait sans doute Norbert Wiener (1894-1964). Ce mathématicien de génie a très mal vécu l’horreur de la Seconde guerre mondiale. Comme beaucoup de ses compatriotes, il n’imaginait pas jusqu’à quel point l’homme de science est capable de détruire son prochain. Hiroshima et Nagasaki : deux noms qui, aujourd’hui encore avec les atrocités nazies, hantent la mémoire collective. Wiener (qui refuse de participer au projet de la bombe atomique) veut éviter que l’histoire ne se répète, auquel cas, l’humanité ne s’en relèverait pas. Ce scientifique de renom n’hésite pas à réutiliser ce qu’il a élaboré du temps où l’armée américaine cherchait à lutter efficacement contre l’aviation allemande, en 1943. La manière avec laquelle il entend alors gérer le problème n’a rien d’habituel, car plutôt que de se concentrer uniquement sur l’objectif à atteindre, comme le veut la procédure, Wiener cherche à mettre au point un engin de tir anti­aérien capable d’anticiper les moindres faits et gestes de l’adversaire. Le dispositif mis en place a pour objectif de prédire le comportement du pilote et de sa machine avant même de connaître la position de la cible à atteindre. Ainsi, l’ennemi est considéré comme un simple calcul qu’il faut résoudre au plus vite. L’idée est de s’appuyer sur une base probabiliste afin de limiter au maximum la part d’inconnue que comporte une telle équation.

Point de départ d’une nouvelle technique essentiellement basée sur l’échange d’information, la guerre a ainsi fini par engendrer un nouveau rapport homme-machine. En 1948, Wiener donne un nom à ce rapport particulier après en avoir longtemps discuté avec d’autres de ses collègues.

  • 2 N. Wiener, Cybernetics : or Control and Communi­cation in the Animal and the Machine, Paris, Herman (…)

Ce sera la « cybernétique ». Il le justifie dans l’introduction de son premier livre : « Nous avons décidé d’appeler la totalité du domaine de la théorie du contrôle et de la communication, aussi bien pour la machine que chez l’animal, du nom de cybernétique, que nous formons à partir du grec χυβερνήτης ou pilote»2. Jugé trop pointu par certains côtés, l’ouvrage n’en demeure pas moins fondateur d’une discipline basée sur la communication et la régulation des messages. Sachant que Wiener considère ici comme vivant ce qui est susceptible de générer une information. Tout juste accorde-t-il à ses semblables la faculté de traiter les messages complexes. L’homme, cet animal comme les autres, n’échappe donc pas à la règle. En effet, qu’importe la nature de celui que l’on a en face de soi, pourvu qu’il nous réponde afin que nous puissions à nouveau lui adresser un message en retour, corrigé par l’apport d’information reçue : c’est le principe de la rétroaction. Il existe un lien de causalité circulaire entre l’échange continu d’information et le rapport stimulus-réponse, lequel est différent du simple réflexe conditionné puisque l’émetteur-récepteur, homme ou machine, est capable d’adapter en temps réel son comportement en fonction de l’environnement.

13Avec Wiener, le paradigme cybernétique paraît se suffire à lui-même. C’est l’information qui prime sur les moyens de communication en tant que tels. Entre-temps, la guerre froide a débuté. Un climat de peur et de délation s’installe. Les milieux intellectuels, politiques et artistiques sont touchés. Tout le monde surveille tout le monde

GPS : l’homme doit toujours pouvoir penser qu’il peut se perdre….

Voilà qui est rassurant ! Faute de savoir qui nous sommes, nous allons enfin savoir avec précision où nous sommes. On sait que la localisation géographique d’un individu est devenue aujourd’hui une préoccupation « majeure ». Elle supplante même la préoccupation de sa santé. En effet, si l’on suit une conversation par téléphone portable, elle commence en général par « t’es où ?» plutôt que par « Comment ça va ? ». On me dira que c’est là la conséquence de la mobilité croissante des individus. Pas si sûr, car lorsqu’on y regarde de près la prétendue mobilité dont on nous rebat les oreilles n’est pas aussi fréquente que cela. C’est ce que j’appelle l’effet « mobile-homme » ou l’homme mobile-immobile proche du « mobil-home », la maison à roulettes dont l’argument de vente principal tient dans la possibilité qu’elle offre d’être déplacée alors que dans les faits 90 % d’entre elles restent immobiles !

Didier Martz 

Philosophe

425* – Le GPS

GALILEO est le GPS européen. Un système de positionnement doté de quelques 30 satellites  qui coûte quelques 4 milliards d’euros et concerne environ 200 millions d’européens. Il est destiné à plusieurs utilisations. J‘en retiens une en particulier souvent mise en avant pour vanter les mérites de ce nouveau système : la possibilité pour les gens  de se localiser avec une précision de l’ordre de 1 mètre (nettement meilleure que le GPS classique qui fournit une précision de 20m).

Voilà qui est rassurant ! Faute de savoir qui nous sommes, nous allons enfin savoir avec précision nous sommes. On sait que la localisation géographique d’un individu est devenue aujourd’hui une préoccupation « majeure ». Elle supplante même la préoccupation de sa santé. En effet, si l’on suit une conversation par téléphone portable, elle commence en général par « t’es où ?» plutôt que par « Comment ça va ? ». On me dira que c’est là la conséquence de la mobilité croissante des individus. Pas si sûr, car lorsqu’on y regarde de près la prétendue mobilité dont on nous rebat les oreilles n’est pas aussi fréquente que cela. C’est ce que j’appelle l’effet « mobile-homme » ou l’homme mobile-immobile proche du « mobil-home », la maison à roulettes dont l’argument de vente principal tient dans la possibilité qu’elle offre d’être déplacée alors que dans les faits 90 % d’entre elles  restent immobiles !

Revenons au guidage par satellite, GPS ou Galiléo. Après la mort de Dieu maintes et maintes fois annoncée, le monde désenchanté et la crise des valeurs, l’homme s’est senti perdu. Fort heureusement, le GPS est venu à son secours. Automobiliste, il lui permet de retrouver facilement le chemin de sa boulangerie ou celui l’école de ses enfants (c’est l’usage majoritaire du GPS dans un périmètre de 500 mètres). Piéton, il peut enfin sur l’écran de son téléphone portable se déplacer sur les trottoirs de la ville sans risque d’erreur.

Voilà un grand progrès qui illustre, si l’on veut bien l’entendre, la logique du monde technicien dont la raison profonde est l’intensification des moyens sans souci des fins et du sens. Il suffit de poser la question du « pourquoi ?» de ses productions pour mesurer l’inutilité radicale de la plupart d’entre elles et sombrer dans un abîme de non-sens.

De plus, l’objet technique n’est pas neutre. Le GPS, comme beaucoup d’autres, accentue la rupture du lien social et isole l’homme en le repliant sur sa machine. Alors que l’être humain, sans doute depuis toujours, a demandé à un autre être humain son chemin, géographique ou spirituel, pour qu’il guide ses pas. Car l’homme doit toujours pouvoir penser qu’il peut se perdre, que le monde est incertain. C’est ce qui permet l’adresse à l’autre et l’exercice possible d’une liberté.

Certes, il sait désormais en permanence où il est mais s’offre aussi au regard de tous : à chaque fois qu’il allume son téléphone mobile ou son GPS, on peut savoir où il est. Transparence totale, il abandonne ainsi un autre élément constitutif de sa personne : le secret.

Didier Martz, philosophe

Mercredi 26 Septembre 2019

Dix ans de chroniques « Ainsi va le monde » à retrouver bientôt en livre.

La honte Prométhéenne

Etienne Klein s’interroge sur le sens du progrès si la promesse de l’homme bionique ne comporte pas en soi l’absurdité et évoque la honte prométhéenne  …   La honte prométhéenne a été défini par le philossophe Günther Anders comme « la honte qui s’empare du « honteux » (« beschämend ») devant l’humiliante qualité des choses qu’il a lui-même fabriquées ». L’homme crée des programmes informatiques comme l’intelligence artificielle qui le dépasse et l’humilie aujourd’hui. L’intelligence artificielle fascine, stupéfie, voir même hypnotise l’humanité en regard des prouesses techniques qu’elle peut accomplir mais terrorise également l’homme.

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Le transhumanisme est-il un progrès ?

Le philosophe des sciences Etienne Klein s’interrogeait sur le sens du progrès si la promesse de l’homme bionique ne comportait finalement pas en soi l’absurdité. Le philosophe évoquait la dans une conférence, la honte prométhéenne … La honte prométhéenne a été défini par le philosophe Günther Anders comme « la honte qui s’empare du « honteux » (« beschämend« ) devant l’humiliante qualité des choses qu’il a lui-même fabriquées ». L’homme crée ainsi des programmes informatiques comme l’intelligence artificielle qui le dépasse et l’humilie aujourd’hui. L’intelligence artificielle fascine, stupéfie, hypnotise voir même envoûte l’humanité en regard des prodiges et des prouesses techniques qu’elle peut accomplir mais potentiellement le terrorisera également en généralisant la reconnaissance faciale, le « tracking » des individus .

L’homme expérimente ainsi et à travers ses propres créations comme une forme d’aliénation de lui même, une perte de sa propre identité, comme ayant perdu une part ou la totalité de son humanité, lorsque il se sent comme dépassé, pire, submergé par sa propre création qui l’anéantit , le prive de sa dimension ontologique. L’homme ayant perdu tout lien et toute relation avec une dimension qui le transcende, se sent comme, déboussolé puis désarçonné de créer des produits qui seront amenés demain à le dépasser et à l’anéantir du fait qu’il est renoncé lui même à croire qu’il fut créé…. L’absurdité d’avoir songé que lui n’est que le fruit d’un assemblage hasardeux capable d’engendrer au travers de sa propre science son Golem !