Le téléphone portable

Auteur Didier MARTZ

Philosophe

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« Objets inanimés, avez vous donc une âme ? » s’interrogeait le poète Alphonse de Lamartine et moi-même en regardant mon téléphone portable. Certes bien utile puisque dans 99,99 % des cas, il sert à se demander où l’un et l’autre se trouve, si il est arrivé, s’il va arriver et si il a pensé à prendre le pain. On va me rétorquer que néanmoins, il peut s’avérer salutaire dans le 0,01 % qui reste, notamment lorsque nous sommes pris dans une avalanche ou perdus en mer, ce qui est fréquemment le cas sur la place d’Erlon à Reims ou la place Ducale à Charleville-Mézières.

Bon, ne persiflons pas. Le téléphone portable rend de nombreux services et l’humanité trouve là, comme dans l’automobile et le réfrigérateur, un aboutissement heureux. L’un et l’autre participe de ce mouvement général d’équipement et de suréquipement des individus pour prévenir les risques et surtout leur rendre la vie plus facile. Voiture, véhicules de toutes sortes, machine à laver, sécher, essuyer, repasser, téléphone, télévision, ordinateur, tout un monde d’objets vient progressivement s’interposer entre l’homme et la réalité, réalité si dure et si contraignante. Comme les béquilles aident l’individu accidenté à marcher, ces objets nous permettent de nous libérer et deviennent une sorte de prolongement du corps humain au point que nous ne pouvons plus nous en passer.

C’est encore plus net pour le téléphone portable. Il est dans la poche, dans le sac, sur le cœur et, sinon dans la main, toujours à portée de main. Le plus souvent, il est collé à l’oreille donnant à l’individu une allure de penseur de Rodin sans la pensée ou bien encore il est relié à la dite oreille par un cordon ombilical visible ou invisible qui nous relie à nous-mêmes. Le téléphone est sinon un supplément d’âme au moins un supplément de corps.

Il n’est ni une prothèse destinée à remplacer artificiellement un organe qui a été enlevé ou une fonction défaillante comme la prothèse de hanche, ni une orthèse qui  assiste une structure articulaire ou musculaire défaillante. La fonction créant l’organe, le téléphone porté est un organe nouveau qui s’inscrit dans l’évolution de l’espèce. Avec les progrès de la miniaturisation, gageons qu’il sera prochainement incorporé. L’homme se sera ainsi affranchi un peu plus des contraintes naturelles qui pèsent sur lui.

Mais comme l’invention du bateau contient son naufrage possible, l’homme recule en avançant. En se libérant par les objets, il accroît sa dépendance aux objets, finit par prendre l’accessoire pour l’essentiel, les vessies pour des lanternes.

Et, si l’on veut y regarder de près, notez que dans le temps même où vous pensez vous rapprocher des autres et du monde entier par une communication ubi et orbi, tous azimuts, grâce au téléphone porté et autre ordinateur, de fait vous tenez les autres et le monde à distance, en faisant l’économie d’une communication proche, impliquante, la communication qui oblige à une présence totale.

Par un spectaculaire passage du sens propre au sens figuré, l’autre est ainsi « tenu en respect », garder à distance, pour l’empêcher de bouger par l’arme efficace du téléphone.

Ainsi va le monde.

Babel : l’IA peut-elle abattre les barrières linguistiques ?

Du mythe de la tour de Babel à la conception de l’espéranto, l’humanité a toujours rêvé d’une communication universalisée. À défaut d’inventer une nouvelle langue, l’intelligence artificielle se met au service de la traduction automatique. L’IA peut-elle abattre les barrières linguistiques et reformer ainsi Babel ?

Du mythe de la tour de Babel à la conception de l’espéranto, l’humanité a toujours rêvé d’une communication universalisée. À défaut d’inventer une nouvelle langue, l’intelligence artificielle se met au service de la traduction automatique. L’IA peut-elle abattre les barrières linguistiques et reformer ainsi Babel ?

Dès les origines de l’informatique moderne, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les informaticiens se sont engagés dans le développement de nouvelles formes de communication en donnant naissance aux langages de programmation.

De nos jours, les géants des nouvelles technologies mettent l’intelligence artificielle au service de la traduction. À défaut de créer une langue unique, le projet est bien de traduire toutes les langues instantanément de sorte qu’elles ne fassent plus obstacle à la communication universelle.

Alors, l’intelligence artificielle va-t-elle véritablement effacer les barrières linguistiques ? Échappera-t-on à l’enfermement sur soi-même et aux particularismes ? Le plurilinguisme finira-t-il par nous être implémenté pour enfin faire régner la concorde et la fraternité ?

 

Lire la suite sur France Culture et surtout écouter le PODCAST …..

https://www.franceculture.fr/emissions/cultures-monde/guerillas-linguistiques-44-de-babel-a-google-traduction-vers-un-nouveau-langage-universel#xtor=EPR-2-%5BLaLettre21032019%5D

L’IA le réveil de la bête non humaine….

‘IA qui vient est à la fois un outil de surveillance des déplacements, activités, désirs ou pensées mais aussi un outil d’assistanat permanent dont l’objectif est de précéder les comportements de chacun, depuis son lit jusqu’à sa voiture, en passant par sa salle de bains ou son lieu de travail. Il s’agit autant de participer à la «mise en données du monde» que de réaliser l’utopie techno-économique d’une «société automatisée», selon Villani. Autrement dit, de développer des technologies à même de diriger nos conduites et nos choix quotidiens, de livrer l’humain, jugé inférieur, à une entité, l’IA, conçue sur notre modèle mais nous ayant «dépassés». Une maman non humaine, directement issue de laboratoires de recherche publics mais aussi privés. Voitures autonomes, villes pilotées par le numérique, caméras à reconnaissance faciale, maisons automatisées, puces électroniques, écrans publicitaires personnalisés dans les rues, sexualité et goûts en général, la totalité de nos existences serait vouée à dépendre de l’IA, qui n’est pas l’informatique de papa mais une sorte de fichage virtuel généralisé visant à ce que nous déléguions nos comportements à une entité supposée plus intelligente, et plus à même d’apprendre sans cesse, que nous. Le numérique avait vocation à être au service de l’humain, comme le sont tous les outils ; l’IA rêvée par LREM nourrie au lait de la Silicon Valley n’est plus à notre service mais se sert de nous afin d’orienter nos comportements et de définir des dogmes auxquels nous devrions nous plier, à commencer par celui de la «transparence» de nos existences.

Extrait d’un Article publié dans le figaro …


http://premium.lefigaro.fr/vox/politique/2018/11/29/31001-20181129ARTFIG00357–l-intelligence-artificielle-revee-par-la-silicon-valley-cherche-a-nous-aliener.php

L’IA qui vient est à la fois un outil de surveillance des déplacements, activités, désirs ou pensées mais aussi un outil d’assistanat permanent dont l’objectif est de précéder les comportements de chacun, depuis son lit jusqu’à sa voiture, en passant par sa salle de bains ou son lieu de travail. Il s’agit autant de participer à la «mise en données du monde» que de réaliser l’utopie techno-économique d’une «société automatisée», selon Villani. Autrement dit, de développer des technologies à même de diriger nos conduites et nos choix quotidiens, de livrer l’humain, jugé inférieur, à une entité, l’IA, conçue sur notre modèle mais nous ayant «dépassés». Une maman non humaine, directement issue de laboratoires de recherche publics mais aussi privés. Voitures autonomes, villes pilotées par le numérique, caméras à reconnaissance faciale, maisons automatisées, puces électroniques, écrans publicitaires personnalisés dans les rues, sexualité et goûts en général, la totalité de nos existences serait vouée à dépendre de l’IA, qui n’est pas l’informatique de papa mais une sorte de fichage virtuel généralisé visant à ce que nous déléguions nos comportements à une entité supposée plus intelligente, et plus à même d’apprendre sans cesse, que nous. Le numérique avait vocation à être au service de l’humain, comme le sont tous les outils ; l’IA rêvée par LREM nourrie au lait de la Silicon Valley n’est plus à notre service mais se sert de nous afin d’orienter nos comportements et de définir des dogmes auxquels nous devrions nous plier, à commencer par celui de la «transparence» de nos existences.

Le magistrat et l’intelligence artificielle : la Justice de demain sera prédictive et expéditive !

                                

 

La Justice prédictive est-elle un pas de plus vers la déshumanisation de l’homme ?

J’écoutais à la radio au cours d’une matinée un avocat inquiet mais décidé de s’opposer à la volonté de l’état français de presser le pas de la Justice en incorporant davantage d’intelligence artificielle pour l’analyse des affaires simples à traiter et ainsi offrir aux magistrats de se concentrer sur des dossiers plus complexes. Le recours à un système judiciaire impacté par l’intelligence artificielle est un premier pas qui est de nature à bouleverser demain le rapport de l’homme à ce qui pourrait prendre la forme d’une véritable machine judiciaire.

Ce terme machine qui qualifiait le plus souvent une justice souvent complexe mêlant l’empilement des lois et de leurs dérivées, la multitude des contextes nuançant les appréciations et les acteurs aux caractères multiformes, mais également l’absence de célérité de la justice de par la complexité des procédures de saisies.  

Le rêve de l’état progressiste devenu ainsi lasse de cette justice lente et bureaucrate, décide d’entamer une révolution dans les process des juridictions. Il faut selon l’idéologie du progrès, face à la lenteur de cette vielle Dame, la remuer, l’amener à cohabiter avec l’autre machine : l’intelligence artificielle qui devrait lui servir de support afin de simplifier les intrications du monde juridique et de réduire le temps chronophage des dossiers à digérer.

La dimension humaine dans l’histoire de la Justice

Dans toute l’histoire, comme institution, la dimension humaine même de la Justice est revêtue à la fois comme un modèle de régulation de la vie sociale, un modèle quasi universel d’arbitrage des conflits, avec cette vocation en arrière fond, de pacifier les querelles issues de toute la vie sociale et de rendre justice dans les crimes et les délits.

C’est ainsi un fait de toute notre histoire, la justice a été rendue jusqu’à aujourd’hui par les hommes, qui se soumettent aux lois en rigueur ou se pliant aux exigences des législateurs pour faire appliquer le droit. Des hommes de droit qui arbitrent, appliquent la sentence ou bien innocentent celui ou celle qui fut qualifié de coupable. La justice comporte en soi, une dimension d’inachevée, parce ce que la justice est entachée de faiblesse et d’humanité incarnées parfois ou bien souvent par une dimension irrationnelle, fragile, parfois inéquitable, parce que cette justice est encore une fois, et nous insistons profondément ancrée dans l’humain ! Ces juges humains qui mêlent la clémence, la tolérance ou bien la sévérité implacable témoignent ou révèlent les distorsions liées à son fonctionnement.  La justice est ainsi imparfaite parce que complexe, changeante, mêlant les émotions et la raison, la passion et la distance nécessaire pour juger.

La Justice est certes lente, elle prend trop souvent son temps entassant les dossiers, empilant les affaires, et forcément des tensions se créent avec ceux qui aspirent à une justice plus rapide.  Les attentes sont nombreuses parmi les justiciables qui aspirent à une juridiction sans tâches, absolument compétente et savante, équitable et inattaquable : en un mot une justice parfaite et dont la balance ne serait jamais fausse.

Cette quête éternelle des sociétés humaines vers une justice omnisciente, incontestable, avisée ou prudente dans l’énoncé de ses jugements est une chimère. L’homme malgré sa quête d’absolu n’a pas les attributs divins pour rendre un jugement plein de discernement, parfaitement loyal envers le coupable comme envers la victime. La justice engendrera toujours des sentiments de frustration, d’agacement et de révolte même si elle s’abrite derrière le code, la règle non arbitraire qui régit ses décisions.

La tentation de la justice de s’en remettre à l’Intelligence Artificielle

Alors cette juridiction imparfaite n’est-elle pas incitée à céder à cette nouvelle tentation de s’en remettre non à Dieu mais à cette puissance qui aujourd’hui fascine le monde, cette puissance de calcul qu’offre le monde des algorithmes capables d’emmagasiner les données laissées par les arrêts des magistrats et de consommer ainsi les jurisprudences de tous les tribunaux. Fascinante car la puissance de calcul, c’est le monde de la cité rationnelle parfaite, qui ne commet pas d’erreur. La machine algorithmique ne peut pas commettre d’erreur, voilà bien la chimère, la nouvelle tromperie de ce siècle. Cette justice implacable car elle serait gouvernée par les formules savantes ne serait au fond qu’un Dieu froid, qui mécaniquement traite les dossiers puis envoie au moyen de ses algorithmes robots la sentence à des sujets humains, puis mécaniquement les relancera s’ils ne s’acquittent pas de leur condamnation.  Est-ce là le monde du futur que nous décrivons ?   

Non nous ne décrivons pas un monde glaçant et dystopique, c’est bel et bien et hélas le monde d’aujourd’hui qui commence, celui de la « cité rationnelle » ! La cité parfaite, normative compilant toutes les informations, toutes les données, « la cité rationnelle [1]» qui ne peut se tromper ! Comment cette juridiction pourrait-elle d’ailleurs se tromper, cette nouvelle juridiction se ressource en effet au sein de la mathématisation de notre société. Le magistrat se laissera dicter le verdict dompté par ses robots calculateurs, comme ces médecins dessaisis demain de la faculté de diagnostiquer puisque les logiciels de séquençage, décodent des millions de fragments d’ADN en un temps record ! Ces algorithmes savent mieux que le médecin détecter l’origine des maux, et demains ces nouvelles juridictions codées offriront l’exécution la plus rapide, car bien évidemment, les logiciels nouveaux Dalloz[2] analyseront et traiteront toute la vie judiciaire, comme aucun humain lent et sujet à l’erreur !

La robotisation de la justice aux mains des algorithmes   !

Qu’en est-il exactement de cette avancée de la judiciarisation robotisée, est-ce exagéré de prétendre que là aussi le monde des algorithmes est sur le point de coloniser la Justice. Les tribunaux humains, magistrats et avocats feront bien de s’en inquiéter. Aux Etats-Unis les cabinets d’avocat sont d’ores et déjà assistés par ces machines algorithmes pour traiter des affaires touchant le monde des entreprises.  D’autres logiciels interviennent quant à eux dans la prise de décision des juges chargés des remises en liberté. Les exemples s’enchainent et se multiplient, les exemples qui préfigurent demain la généralisation d’une justice algorithmique, portée par les progrès de l’intelligences artificielle toujours plus performante, toujours plus experte et incarnant le rêve d’une forme de justice divine, objective et omnisciente ? 

La juridiction algorithmique n’est que le nouvel avatar d’une soif d’équité absolue exprimée par le monde humain. Le monde humain obsédé par cette quête d’une justice utopique, nécessairement parfaite et devant nécessairement être extérieure à l’homme et à ses imperfections. L’homme ne croit plus à aucune verticalité divine, à aucune pythie qui rendrait ses oracles et orienterait le sort réservé à la cité des hommes. L’homme n’invoque plus son créateur, préférant remettre son sort entre les mains de sa création qu’il croira être sous son contrôle.

La révolution numérique en marche 

La révolution numérique bel et bien en marche y compris dans le domaine du Droit envahi par la règle, la norme, et des normes qui vont de complexité en complexité.

La« République numérique »[3] voulue par la gouvernance de François Hollande puis accentuée par le nouveau Président Emmanuel Macron,ce nouveau monde entend étendre le mouvement d’ouverture des data aux décisions de justice. C’est un processus qui annonce une forme de mécanisation dont l’emprise envahira les tribunaux et on a peine à imaginer l’existence d’un robot siégeant « assis ou debout » avec le magistrat si ce dernier aurait encore une légitimité.   Mais c’est vrai la transition ne serait pas aussi bruyante ou inquiétante, nous nous familiariserons, nous nous habituerons à voir le juge en compagnie d’un gentil Robot « Pepper[4] »spécialiste du droit mais certainement pas Pépère.  Ces « Pepper » aideront nos magistrats,les assisteront en apportant une somme d’informations sur les prévenus recensant par exemple les procès-verbaux, les infractions commises par le prévenu. Nous assisterons  à une forme de traçage systématisées des justiciables, effeuillés par l’intrusion des calculs des algorithmes implacables et qui ne produiront pas d’erreurs sur la lecture des prévenus se présentant devant les juges.

Ces algorithmes seront programmés pour recommander une évaluation de la peine encourue, et mécaniseront le discours à tenir auprès du justiciable. Le Juge et son assistant se « concerteront » ou plutôt le juge finira par s’en remettre au délibéré de « Pepper » et c’est le juge Pépère qui finira par perdre toute faculté de jugement puisqu’il n’aura plus pour guide son discernement, cette conscience de lui-même qui lui permet de discerner du fait même qu’il est lui-même humain. 

Dans un premier temps le gentil « Pepper » se cantonnera au rôle d’outil, d’assistant juridique pour décortiquer les nœuds des affaires de plus en plus complexes mais au fil de son apprentissage, « parce que l’intelligence artificielle apprend » ce petit robot souriant et bien sympathique offrira au fil d’une expertise croissante, une aide certaine à la prise de décision, le juge ne sera bientôt plus irremplaçable !

Ainsi l’apparition des nouvelles technologies dans les juridictions ira bien en s’accélérant.  Nous assistons ainsi depuis quelque temps à une montée en puissance des legal-tech, ces sociétés et ces startups qui proposent des services juridiques aussi bien aux cabinets d’avocats, qu’aux magistrats afin de les assister dans leurs prises de décisions

L’intelligence artificielle investit bel et bien et colonisera comme nous le rappelions précédemment, le domaine du droit. Elle bouleversera demain le quotidien des tribunaux et couronnera le nouveau monde devenu si docile à la domestication du « système technicien ».  Aussi est-il temps qu’avocats et magistrats disent stop à cette ingénierie de l’espace judiciaire qui annonce la déshumanisation d’un tribunal qui doit pourtant privilégier la seule dimension relationnelle et son humanité même sujet à l’erreur !

Lire également cette info confortant notre propos écrit plusieurs mois plus tôt…

https://usbeketrica.com/article/estonie-robots-justice


[1] Terme emprunté à Jacques ELLUL

[2] Célèbre maison d’éditions que connaissent tous les juristes

[3] La loi pour une République numérique, publiée au Journal officiel 8 Octobre 2016, vise à favoriser l’ouverture et la circulation des données et du savoir.

[4]  Pepper est un robot humanoïde, développé par la société SoftBank Robotics

 

Le programme biométrique des enjeux funestes

L’identification biométrique connait un essor mondial, considérable et notamment dans un grand nombre de Pays Asiatiques, les brevets biométriques déposés en Chine, au Japon, en Corée témoignent d’un intérêt manifeste pour ce type de technologie, mais l’identification biométrique enregistre également un regain d’intérêt sur l’ensemble de la planète.

Que ce soit pour les tablettes numériques, les cartes bancaires avec empreinte digitale, les smartphones, les voitures, la sécurisation des paiements sur Internet, le paiement dans les cantines scolaires, la biométrie connaît partout dans le monde un développement sans précédent, un développement spectaculaire. Ainsi l’analyse des portefeuilles de brevets est révélatrice de l’essor considérable de ces technologies de par le monde, des technologies qui couvrent de multiples domaines et sphères de la vie sociale allant de la reconnaissance faciale et vocale, à l’empreinte digitale et l’Iris de l’œil. Ce développement phénoménal n’est pas sans nous interroger sur les conséquences en termes d’entraves possible sur nos libertés ? 

L’identification biométrique connait un essor mondial, considérable et notamment dans un grand nombre de Pays Asiatiques, les brevets biométriques déposés en Chine, au Japon, en Corée témoignent d’un intérêt manifeste pour ce type de technologie, mais l’identification biométrique enregistre également un regain d’intérêt sur l’ensemble de la planète.

Que ce soit pour les tablettes numériques, les cartes bancaires avec empreinte digitale, les smartphones, les voitures, la sécurisation des paiements sur Internet, le paiement dans les cantines scolaires, la biométrie connaît partout dans le monde un développement sans précédent, un développement spectaculaire. Ainsi l’analyse des portefeuilles de brevets est révélatrice de l’essor considérable de ces technologies de par le monde, des technologies qui couvrent de multiples domaines et sphères de la vie sociale allant de la reconnaissance faciale et vocale, à l’empreinte digitale et l’Iris de l’œil. Ce développement phénoménal n’est pas sans nous interroger sur les conséquences en termes d’entraves possible sur nos libertés ?

Plusieurs Pays dans le monde ont mis en place des dispositifs biométriques, notamment le Japon. Faire aujourd’hui des achats au Japon, ne nécessitera plus à terme l’usage de cartes bancaires, les Japonais n’auront désormais, plus nécessairement besoin de taper un code, il leur suffira de présenter à un scan leurs mains et leurs yeux, ce en ayant recours à un dispositif associant des bases de données et des technologies très avancées d’authentification biométrique. Au Canada[1] Depuis le 31 juillet 2018, les ressortissants des différents pays européens devront se soumettre au prélèvement de leurs données biométriques pour obtenir un permis de travail, un permis d’études, un visa de visiteur ou encore la résidence permanente. Seuls les ressortissants des pays exemptés de visa pour visiter le Canada n’ont pas à se soumettre au prélèvement de leurs données biométriques comme le mentionne le gouvernement Canadien.

Le dispositif biométrique peut être également étendu à l’échelle de tous les habitants, ce qui est ainsi le cas en Inde qui a mis en place un système d’identification de la population basé sur la biométrie, ce système est appelé Aadhaar. Ce dispositif biométrique est administré par l’Unique Identification Authority of India. Le système comprend un numéro d’identification national à 12 chiffres associés à chaque personne en plus de données biométriques, incluant la photographie des iris, la photographie du visage et les empreintes digitales. Le projet intègre également des données, comme le nom, le sexe, la date et le lieu de naissance.

Le programme Indien Aadhaar est le seul projet d’identification numérique étatique qui ne prend pas appui sur des registres d’état civil. Or ce projet biométrique Indien qui détient les données personnelles de plus de 1,13 milliard de citoyens et résidents pourrait bien s’avérer à terme être un dispositif discriminatoire, en effet ces informations biométriques sont toutes stockées dans des bases de données centralisées, qui sont ensuite rendues accessibles à une longue liste d’agences gouvernementales qui peuvent consulter ces informations pour administrer les services publics mais également enquêter sur les personnes voire les exclure ou les poursuivre si leurs opinions, leurs religions ne sont pas conformes à celles promues par l’Etat.

Rappelons que depuis la prise de pouvoir du premier ministre nationaliste hindou Narendra Modi, les chrétiens sont persécutés en toute impunité et sont de plus en plus victimes de violences comme le rappelle l’ONG Portes Ouvertes. Le mouvement nationaliste hindou cherche à éliminer toute expression religieuse qui ne relève pas de la foi hindoue et veut faire de l’Inde une nation hindoue d’ici 2021. Qu’en sera-t-il demain dans les autres états du monde si les opinions ou les convictions que vous partagez ne sont pas celles promues par les nations dont vous êtes les résidents ? Votre empreinte biométrique laissée, vous permettra aisément d’être identifiée et d’être poursuivie, si on les croise avec les données que vous laissez sur l’ensemble des réseaux sociaux ou bien celles que vous laissez lors de vos achats de livres, déplacements dans les lieux surveillés par les Etats Nations….

[1] https://www.canada.ca/fr/immigration-refugies-citoyennete/campagnes/biometrie.html

«Le management moderne est une tyrannie inefficace» : les extraits d’un livre choc

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Vu dans le Magazine Figaro du 4 septembre 2018 ….

Nous publions ici un extrait  du livre (La comédie (in)humaine) co-écrit par Nicolas BOUZOU et Julia de FUNES qui conforte les thèses qui sont les nôtres concernant les désastres d’un système centré sur la technique, sur les process qui ne cessent de s’accumuler dans le monde des administration mais également celui des entreprises. Des process bureaucratiques qui ne font pas de l’homme, le cœur même de toutes les réflexions à conduire et à mener pour son bien être ! Les procédures complexes qui touchent le monde de l’entreprise, ne sont de fait plus orientées sur la dimension relationnelle  mais sur sur un rapport rationnel  engendrant « des réflexes de comportements automatisés, comme une mise en série contrôlée d’opérations… » Les hommes sont face à leurs murs appliquant un mode d’emploi, oubliant qu’ils bâtissent un projet impliquant non des systèmes mais bien d’autres hommes. Un pan de la dimension relationnelle est ainsi menacé par les excès d’un monde qui a placé le rationnel au cœur de toutes ses stratégies.

Ainsi  un certain management d’entreprise ne s’inscrit pas dans la vocation d’humaniser  comme le sous entend Eugénie Bastié dans cette chronique écrite pour le figaro et dont elle publie les extraits du livre « La comédie (In)humaine » …

« Au cœur du problème, l’entreprise est vue par ses actionnaires et dirigeants comme une «organisation technicienne» et non comme une «organisation finalisée». La technique est au service de la technique et l’innovation au service du changement, sans que ces transformations s’inscrivent dans un projet explicite. Cette «définalisation» a des conséquences concrètes. Le leadership s’efface au profit du management et du contrôle. S’ensuit une inflation des réunions inutiles, des brainstormings ineptes, des présentations PowerPoint sans intérêt, tout cela orchestré par un management qui détruit plus de valeur qu’il n’en crée. Les salariés perdent de vue le but et le résultat tangible de leur travail. Les plus fragiles souffrent de maladies professionnelles, les désormais tristement célèbres burn-out, bore-out et brown-out. […] Au fond, les salariés sont aux prises avec deux injonctions contradictoires: les entreprises exigent de plus en plus de travail de leurs salariés, mais dans les faits l’accumulation de process et de réunions les empêche de travailler ; alors que les salariés auraient besoin de sens et d’autonomie, on leur demande instamment d’être heureux au travail…. »

Cet univers dépeint par les auteurs de la  « La comédie (In)humaine » décrit en somme une forme de despotisme qui lentement s’installe dans la vie des organisations. Cette vie aujourd’hui de l’entreprise n’illustre t-elle pas ainsi le roman de Kafka Le « Château ». Dans ce récit, le Château évoqué par l’écrivain incarne le Pouvoir, l’Autorité, l’État, la bureaucratie précautionneuse finalement, face au peuple des salariés et des chefs d’entreprises, signifié par le « Village » et par extension le monde de l’Entreprise largement conditionné par la réglementation émanant du « Château »‘.

Le pouvoir du château nous renvoie  peu à peu à une forme de monde distant, inaccessible, lointain et arbitraire, et il gouverne les administrations et les entreprises  par un réseau de bureaucrates dont le comportement est conditionné par le contrôle,  dénué de sens, d’intelligence, puisque seule la règle prime pour tous y compris pour les salariés. L’entreprise contrainte par une législation sociale quasi démente ressemble peu à peu à cet univers Kafkaïen, protecteur mais étouffant l’âme des hommes…. 

http://premium.lefigaro.fr/vox/economie/2018/09/03/31007-20180903ARTFIG00255-nicolas-bouzou-et-julia-de-funes-le-management-moderne-est-une-tyrannie-inefficace.php

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Monde numérique et vision politique, sommes-nous vers la fin prochaine du modèle institutionnel de « l’ancien monde »?

La démocratie telle que nous la connaissons dans le monde occidental semblait être l’aboutissement idéalisé d’une démarche où la voix de chaque citoyen pouvait légitimement compter.

Il y avait pour de nombreuses nations dites démocratiques l’envie de propager, d’universaliser les idéaux de la démocratie occidentale et l’illusion de prendre en compte les aspirations des peuples, de les respecter, de permettre à l’opposition comme aux minorités, la libre expression, d’interagir avec les institutions.

Née de la volonté d’unir la cité, six siècles avant Jésus-Christ, la démocratie dans la Grèce antique n’était pas ouverte à tous, les femmes en étaient écartées, les esclaves et les étrangers exclus du droit de vote, les poètes à bannir pour Platon. Cependant les débuts de la démocratie antique ont été l’exercice par tous les citoyens grecs de sexe masculin, de leur souveraineté libre et inaliénable, ce qui veut dire la mise en pratique d’une assemblée (ecclesia) où n’importe quel citoyen pouvait prendre la parole.

L’exécutif des magistrats au cours de cette période était instauré dans la seule perspective d’appliquer la volonté citoyenne qui a délibéré. La démocratie depuis l’antiquité, a fait d’immenses pas à commencer par le droit de vote donné aux femmes. La démocratie est devenue un système choisissant des représentants susceptibles d’être révoqués. Dans ce type de système idéalisé, le peuple a le pouvoir ou plutôt l’illusion du pouvoir. On cherche encore l’équivalent du penseur « ubérisé » de la république platonicienne.

Or nous assistons depuis quelques décennies à une forme d’effondrement des idéaux démocratiques. Plusieurs observateurs de la vie politique et pas seulement européenne, notent une forme de délitement de la vie démocratique dans le monde. Les élections américaines 2016-2017 sont un avant-goût de ce repli, d’une Amérique qui semble être émoussée par les appareils politiques.

Le citoyen non dupe a pris conscience d’une pratique techniciste de la démocratie. La complexité des lois, la difficulté de comprendre et de saisir le sens des normes, est manifeste. Le citoyen est dorénavant dans une posture de méfiance se sentant trahi par le désir du pouvoir et non le désir de servir, de ses représentants. 

Auteur Eric LEMAITRE

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Le désenchantement pour la vie politique

La démocratie telle que nous la connaissons dans le monde occidental semblait être l’aboutissement idéalisé d’une démarche où la voix de chaque citoyen pouvait légitimement compter.

Il y avait pour de nombreuses nations dites démocratiques l’envie de propager, d’universaliser les idéaux de la démocratie occidentale et l’illusion de prendre en compte les aspirations des peuples, de les respecter, de permettre à l’opposition comme aux minorités, la libre expression, d’interagir avec les institutions.

Née de la volonté d’unir la cité, six siècles avant Jésus-Christ, la démocratie dans la Grèce antique n’était pas ouverte à tous, les femmes en étaient écartées, les esclaves et les étrangers exclus du droit de vote, les poètes à bannir pour Platon. Cependant les débuts de la démocratie antique ont été l’exercice par tous les citoyens grecs de sexe masculin, de leur souveraineté libre et inaliénable, ce qui veut dire la mise en pratique d’une assemblée (ecclesia) où n’importe quel citoyen pouvait prendre la parole.

L’exécutif des magistrats au cours de cette période était instauré dans la seule perspective d’appliquer la volonté citoyenne qui a délibéré. La démocratie depuis l’antiquité, a fait d’immenses pas à commencer par le droit de vote donné aux femmes. La démocratie est devenue un système choisissant des représentants susceptibles d’être révoqués. Dans ce type de système idéalisé, le peuple a le pouvoir ou plutôt l’illusion du pouvoir. On cherche encore l’équivalent du penseur « ubérisé » de la république platonicienne.

Or nous assistons depuis quelques décennies à une forme d’effondrement des idéaux démocratiques. Plusieurs observateurs de la vie politique et pas seulement européenne, notent une forme de délitement de la vie démocratique dans le monde. Les élections américaines 2016-2017 sont un avant-goût de ce repli, d’une Amérique qui semble être émoussée par les appareils politiques.

Le citoyen non dupe a pris conscience d’une pratique techniciste de la démocratie. La complexité des lois, la difficulté de comprendre et de saisir le sens des normes, est manifeste. Le citoyen est dorénavant dans une posture de méfiance se sentant trahi par le désir du pouvoir et non le désir de servir, de ses représentants.

Le repli de la démocratie est un phénomène patent et manifeste mais complexe car il se mêle également avec le repli identitaire, la peur de l’étranger et son rejet comme dans la démocratie grecque. Il se traduit par le désintérêt des citoyens pour la chose publique, ce qui se traduit, par une baisse constante de l’investissement citoyen, de l’implication à déposer son bulletin de vote lors des grandes consultations citoyennes (élections des représentants, référendum).

La grande problématique de la démocratie, une des causes sans doute de son effondrement a été la recherche de l’égalité primant sur celle de la liberté. Cette dialectique des principes démocratiques mise en évidence par Tocqueville a fondé en partie l’un des symptômes probables d’une forme de dissolution du système démocratique tout entier.

Le sentiment mêlé de l’inutilité que représente l’acte de voter est devenu prégnant tout en mesurant que la démocratie a parfois fait émerger la tyrannie de la majorité qui méprise la contestation de projets de lois qui au cours des décennies sont apparus comme allant contre le bien commun des populations.

Mais sur point il convient d’être plus modéré et ne pas nécessairement dénoncer, comme du temps de Tocqueville, la tyrannie de la majorité, car la démocratie actuelle s’est plutôt transformée en tyrannie des minorités, et l’Etat se trouve de plus en plus contraint de se mettre à la remorque de revendications particulières et minoritaires, mais dont le lobbying est très puissant !

Le modèle institutionnel tel que nous le connaissons semble prendre fin, la démocratie faisant aussi émerger des personnages qui ne sont que le reflet d’une opinion, désacralisant au fil du temps la fonction pour laquelle ils ont été élus.

Parallèlement nous voyons l’émergence de nouvelles formes de diffusion des idées et de nouveaux canaux hors des assemblées traditionnelles où l’opinion influente s’exerce. Ainsi Internet a été un des vecteurs puissants de la révolution arabe dans les années 2000 notamment en Tunisie et en Egypte. Les réseaux sociaux ont démontré leur capacité de mobilisation des opinions publiques en suscitant des mouvements de foule, contestant les pouvoirs établis, sur les grandes places des capitales arabes tunisiennes et égyptiennes[2].

Daniel Cornu autrefois journaliste s’est longuement penché sur les usages d’Internet. Internet selon le journaliste peut apporter énormément au débat démocratique. « Il y a un énorme ‘plus’, dont il faut bien tenir compte et qu’il ne faut jamais oublier. Cet énorme plus, c’est simplement le fait que désormais, toute personne, tout citoyen peut s’exprimer, exprimer son opinion mais aussi donner des informations, avec des moyens légers, de façon simple et directe, sans devoir passer par les médias traditionnels. C’est une révolution. (…) On le mesure chez nous, dans nos vieilles démocraties occidentales, mais on le mesure évidemment encore plus là où il n’y a pas de démocratie. »

Les usages d’internet sont croissants et ont une emprise incontestable sur la diffusion des convictions, sur leurs cristallisations. Sur Internet les faiseurs d’opinions et leurs suiveurs s’installent dans de nouvelles agoras pour catalyser leurs follower’s (adeptes en français), puis débattre avec passion. Je ne crois pas pour ma part qu’il s’agisse d’une mode dont la temporalité s’inscrit dans l’éphémère.

L’ère numérique

et la promotion de l’individualisme

Nous passons d’une société de masse à une société où l’individualisme sera enserré dans le « nous » du web.

Le monde du web et les technologies numériques, ont peu à peu compris puis intégré les usages et les nouvelles pratiques sociales qui caractérisent à la fois la modernité consumériste et la société contemporaine de plus en plus familiarisées avec le monde des écrans. Le monde numérique a été adopté par l’individualisme qui est attaché à notre ADN social, nous avons peu à peu déserté les agoras, les lieux publics, les assemblées où l’on se rencontre pour vivre l’expérience de la société Internet : société « marchandisée et monétisée » avec ses nouveaux temples, ses nouvelles enseignes, ses nouvelles marques.

Les individus consomment, commandent de chez eux, effectuent les transactions, les opérations bancaires, téléchargent, commentent l’actualité à partir de leur écran

Les innovations technologiques ont permis de renforcer l’autonomie des usagers, améliorer le fonctionnement en réseau. Ainsi la consultation intuitive et conviviale des sites sur la toile du WEB a su s’adapter aux lectures des internautes et faciliter toujours plus leur emploi.

Les technologies ont amélioré puis conditionné dans une certaine mesure les pratiques débutantes, les nouvelles habitudes émergentes en renforçant par là même les nouvelles façons consuméristes de vivre le monde numérique.

Les usagers consommateurs, se sont au fil du temps appropriés les technologies numérisées.  Ces technologies vont à nouveau être façonnées, adaptées, ajustées en fonction des pratiques sociales   familiales et citoyennes.

Nécessairement la vie politique sera tôt ou tard impactée par les usages et les pratiques du web, forcément les usages et les pratiques vont contribuer à inventer un nouveau modèle de vie citoyenne avec un effet de bascule dans un nouveau monde à inventer la démocratie sur Internet.

La démocratie passera-t-elle par Internet ?

Par capillarité s’impose un remodelage de la vie sociale et de la vie économique, nous avons montré la révolution numérique en marche dans tous les domaines de la vie sociale, culturelle, économique. Le chamboulement qui s’organise est celui de la fin des intermédiations.  L’habitude est prise, celle de l’autonomie du citoyen qui gère sa vie sociale à partir de son écran, il pourrait demain gérer la vie politique de son moniteur, se persuadant qu’il s’agira là d’un modèle où sa voix pourra compter, peser, son opinion enfin prise en compte.

Le « Web participatif » est porteur d’une dynamique interactive a contrario des médias cathodiques qui véhiculent une forme d’homélie monologue et d’apathie des esprits indolents, passifs incapables finalement d’interagir avec un media ex cathedra.

Ainsi les nouvelles formes d’organisation numérique ne se réduiront pas exclusivement à la vie sociale, et ne se cantonneront pas à transformer les univers économiques et industriels. Ces organisations ou ces nouvelles cités du web répandront, diffuseront la bonne parole démocratique.   Internet à la faculté planétaire d’interconnecter les populations, les citoyens, les peuples, de permettre à chaque internaute de se percevoir comme influent, en capacité à porter une opinion qui changera le monde. Ainsi va la magie que donne l’illusion de ce nouveau pouvoir que représente le médium participatif ou le web participatif, la nouvelle agora numérique qui supplantera définitivement l’agora antique. Ces réflexions posent la question : l’état est-il la dernière variable pour penser, organiser et être l’expression de la citoyenneté ?

Toutefois le philosophe Charles Éric de Saint Germain auteur de la défaite de la raison a une position plus nuancée : « Je ne suis pas sûr que le retour à une démocratie participative rendue possible par le numérique, et qui soit un retour à l’idéal grec, soit un réel progrès par rapport à la crise actuelle de la démocratie représentative. Car la démocratie, à mon sens, ne peut fonctionner que si le peuple possède un haut degré de culture. Or aujourd’hui, le système éducatif étant en train de s’effondrer (alors que c’est lui qui justifiait la démocratie !), on peut penser que des représentants soient plus éclairés que le peuple, dont Rousseau (pourtant partisan de la démocratie directe) disait qu’il peut se tromper et se faire du mal sans le vouloir, car il n’est pas toujours éclairé dans ses choix. Contrairement à ce qu’affirment beaucoup, la « bonne représentation » (ou la bonne « démocratie représentative ») n’est pas celle qui exécute la volonté du peuple (qui ne sait pas toujours ce qu’il veut), ni celle qui sert ses propres intérêts de caste (ce qui est un danger opposé), mais celle dont la mission est d’éclairer le peuple sur ce qui constitue réellement le bien commun de celui-ci. Cela suppose que les représentants soient réellement des serviteurs du peuple… »

Mais nonobstant comme cela a été écrit sur un blog « les nouveaux médias semblent réussir cette alchimie nouvelle de transformer l’information en participation et la participation en action ». 

C’est ainsi que la verticalité de l’ancien monde risque de disparaître au profit de l’horizontalité, la fin des intermédiaires y compris des représentants d’institutions. Institutions qui pourraient être jugées demain poussiéreuses face à ce mouvement d’une modernité qui est en train de saper les fondements à la fois de nos représentations et pas moins celle de notre civilisation. Dès lors comment ne pas imaginer de nouvelles formes de démocraties plates, horizontales, « débarrassées de ses classes politiques », de l’intermédiation des élus du peuple. Cependant et nous en avons ici conscience, il n’y aurait rien de plus dangereux qu’une telle option horizontale : tout le monde voterait alors pour l’homme de l’année et c’est lui qui serait « l’élu » pour diriger la plus grande puissance ou n’importe quelle autre nation… !!!  Imaginez un instant les conséquences et les crises politiques majeures que susciteraient un tel changement de paradigme !

Récemment, nous avons pu observer l’émergence de mouvements dits « sociaux » trouvant leur force dans le relais des réseaux sociaux. Les réseaux sociaux ont agi comme caisse de résonnance d’une démocratie qui se cherche une autre légitimité : nuit debout, veilleurs, Ciudadanos… Si Internet ne s’en mêle pas, aujourd’hui on n’a pas réellement d’existence, d’ailleurs les politiques qui ont du nez ne s’y trompent pas en cherchant de plus en plus à se frayer un chemin dans ces nouvelles agoras.

Cette conception des institutions politiques qui pourraient se dessiner n’est finalement pas impossible compte tenu du désaveu dont ils font pour une grande partie d’entre eux l’objet. Internet pourrait répondre à la crise de la représentation qui se manifeste aujourd’hui résultant d’une abstention électorale croissante. Nonobstant ce n’est pas parce qu’on donnerait le droit de vote sur internet que les citoyens s’impliqueraient davantage.  La crise se situe au niveau de la représentativité, pas au niveau de l’accès au vote. Les frustrations du peuple sont multiples en réalité : Frustration au niveau du manque d’efficacité de l’État, frustration au niveau des candidats qui ne représentent qu’une infime partie de leur électorat, et donc, qu’une infime partie des administrés in fine. Par contre, en sens inverse, on voit l’émergence de mouvements citoyens grâce aux relais des réseaux sociaux dont la force contestataire irrite sans doute l’élu de la nation : Ciudadanos, Wikilieaks, Anonymous, etc.

Sur les réseaux sociaux, nous voyons la démultiplication des débats, la création de forums de discussions, d’échanges, de think tank, de laboratoires d’échanges et d’idées. Cependant ne sont créés que des mouvements et mobilisation d’opinions et agglomérat d’opinions à courts termes : Loi El Khomri (loi travail).

Ces forums qui deviennent de véritables agoras numériques sont des réservoirs à idées, des sources d’influence, des créateurs d’opinion. Ces forums sur les réseaux sociaux se démultiplient, les internautes se donnent le sentiment d’écouter, de débattre, parfois l’interaction rend impossible l’écoute, mais tant pis, l’échange persévère. Ces forums numériques n’augurent-ils pas ce que seront les assemblées de demain, des assemblées nationales numériques à l’ère du web participatif. Mais quel est leur réel pouvoir ? Ce pouvoir n’est pas légitime, mais légitimé par leur seule existence. Mais surtout exposé à tout vent de doctrine, à tout changement en fonction de l’humeur » ( le mood) du moment : like ? Pas like ? C’est le diktat des émotions, plus que le diktat des « motions ».  Diktat d’un consommateur-électeur qui change d’avis en fonction de paramètres multiples. La démocratie doit pouvoir résister au temps long, car sans stabilité politique, il n’y aura plus de démocraties stables.

Le Web

est-il en train de révolutionner la démocratie ?

Internet transformera sans aucun doute demain l’usage du bulletin de vote en s’appuyant sur le recours d’urnes tactiles, celles de nos écrans. Je parie que dans la prochaine décennie, nous verrons des projets pilotes, tests pratiqués en régions, mais cela va si vite, que cela pourrait prendre moins de temps que nous l’écrivons ici. Les citoyens internautes seront appelés à leurs écrans pour y déposer leur bulletin de vote de leur adresse IP. Le cri lancé sera « aux Ecrans citoyens… » « L’urne numérique », sujette non au « virus de la politique », mais aux virus informatiques, plus dangereux quand il s’agira de bloquer l’acte démocratique !

La machinerie web envahira toutes les sphères de notre vie quotidienne et sociale, renversera les pratiques, les modifiera de fond en comble. C’est une révolution qui est loin d’être utopique, elle est fondée, ancrée dans les nouvelles pratiques de consommation, dans des tendances lourdes.

Les réformes sociales, politiques vont s’engager et vont permettre la libération de ces pratiques par l’instauration de ces nouveaux usages de la démocratie facilitant dorénavant la consultation citoyenne qui épousera les pratiques déjà en cours. De nouvelles pratiques web qui devront à terme, encore s’accélérer.  Notons cependant des possibilités d’intervenir directement dans les débats que ce soit à l’assemblée générale (française) ou le parlement européen ou autres… en postant les remarques ou réflexions sur les pages de consultations dédiées. Aussi le développement accéléré des réseaux sociaux permet d’interpeller directement nos élus, là où avant il fallait attendre un éventuel passage près de chez nous ou d’écrire une lettre ou prendre rendez-vous.

Grâce aux médias sociaux, la Suisse s’est engagée sur des forums participatifs pour mener des discussions thématiques approfondies.  Le web constitue pour ce pays un puissant moyen de mobilisation des citoyens. La force de frappe et de séduction du web est maximale, il est en effet devenu possible grâce à des logiciels performants de traiter les verbatim, d’extraire du sens et d’identifier des catégories de pensées puis d’aboutir à des propositions qui seront le reflet de l’opinion citoyenne qui se sera exprimée sur les forums, les agoras du web participatif. Cette force est d’autant plus importante dans le débat politique que la distance est grande entre les élites et les administrés, les administrés auront le sentiment d’avoir été entendus, alors que la parole du citoyen lambda « Mr et Mme DUPONT » est en réalité méprisée.  Nous assistons à l’émergence d’une forme de « E. gouvernement » qui invente une nouvelle proximité citoyenne via le web, une gouvernance technicienne qui n’aura plus besoin d’intermédiation puisque la démocratie directe fonctionnera, la parole du citoyen DUPONT, relayée et traitée par la machine web, avec accusé réception et une lettre forcément personnalisée forcément satisfaisant pour l’égo de DUPONT.

Dans ce monde, les institutions telles que nous les connaissons, les pratiques gouvernementales apparaitront bientôt comme surannées. La révolution du web est en marche mais l’ersatz numérique pourra conduire au désenchantement des rapports incarnés, les échanges seront des « hyper textes » et n’envieront pas les débats houleux des assemblées politiques telles qu’elles étaient relayées dans les médias classiques.

Le monde politique est ainsi et sous nos yeux en train d’évoluer sans qu’il en soit réellement conscient que nous mutons vers une nouvelle plate-forme de la vie politique. Nos députés et nos vieux sénateurs n’auront bientôt plus qu’à s’inscrire à Pôle emploi ou prendre définitivement leur retraite, remplacés par des robots qui modéreront les débats et instrumentaliseront la démocratie humaine qui deviendra sans doute une démocratie de pacotille et bien entendue contrôlée, surveillée, entre les mains d’une forme d’humanoïde.

Nous sommes aujourd’hui dans un contexte néo populiste de désenchantement de la vie politique, avec l’émergence d’un courant anti parlementaire, il est fort probable qu’une idéologie techniciste porte en soi le souhait d’un simulacre de démocratie directe, ce qui a été testé socialement dans les univers de la consommation comme satisfaisant pourrait être finalement satisfaisant dans un monde politique à reconstruire sans intermédiation, comme l’est la société du web. Prenons conscience que le monde numérique, au fil de nos pratiques nous habitue à nous dispenser de l’interface humain.

Selon François Marie Charles Fourier philosophe du XVIIIème siècle, l’activité associée au commerce a introduit le libéralisme économique dont les principes mis en mouvement ont abîmé l’ensemble de la société en ancrant de manière durable l’individualisme, l’égoïsme dans l’esprit humain. Ce propos prémonitoire ne s’applique-t-il pas finalement à la société techniciste qui est la nôtre et les illusions qu’elle porte. Le web, cette société numérique chronophage et individualiste continuera sans nul doute à vampiriser les énergies, à absorber notre apathie à ne pas réagir face à la tentation de nous remettre à cette nouvelle offre de vie politique après avoir cédé à celle d’une vie sociale sans intermédiaires.

Ainsi pour le philosophe Fourier en son temps imaginait qu’économiquement, les individus soient rassemblés dans les phalanstères et échangeraient entre eux sans intermédiaires : il existerait selon lui de facto un lien direct entre la production et la consommation. Dans un tel contexte, l’Etat ne serait plus d’aucune utilité. « Des fédérations d’associations de travailleurs, librement rassemblés, pourraient se substituer à l’Etat ». N’est-ce pas ce que le monde WEB nous propose… ? Cette société numérique, cette république du WEB dans laquelle nos âmes ont sombré s’apprête à nous emmener dans son monde politique sans intermédiaires, de nouveaux phalanstères numérisés en quelque sorte. Une prospective folle, pas plus folle que celle imaginée par François Marie Charles Fourrier.

Cette perspective politique vraisemblable et qui découle de cette toile techniciste qui se dessine sous nos yeux me renvoie à ce texte d’apocalypse 13 : verset 5 et 7, je retranscrits ici la dernière partie de ce texte d’apocalypse mais qui est partagée comme dans une vision prémonitoire : « …Il lui fut donné autorité sur toute tribu, tout peuple, toute langue et toute nation ». Ce terme il lui fut donné est en effet saisissant, une forme de pouvoir, mais rappelle la bible dans un temps limité avec un pouvoir limité, la Bête ne pouvant modifier les programmes de Dieu pour le monde.

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Critique du progressisme et du système technicien

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Auteur

Eric LEMAITRE

Etienne OMNES : Le propos décliné dans ce nouveau texte de Eric LEMAITRE vise nullement à dénoncer les acquis d’un progrès social voire même technique, mais il s’agit d’ouvrir une page lucide sur les vacuités entraînées par un monde qui offrirait comme seule perspective, la libération des mœurs et l’opulence d’une consommation pour divertir l’âme humaine. Il est dès lors urgent de poser un constat éveillé pour imaginer un monde qui ne fasse pas l’impasse, ni de la dimension relationnelle ni de la nécessité d’être solidaire. Ce texte écrit par Eric LEMAITRE  va bien au-delà des constats de sociétés qui se perdent dans l’oubli de ce que l’histoire leur a enseigné. Eric entend ici nous interpeller sur le message évangélique qui est celui de la proximité, proximité dans l’écoute de l’autre, mais proximité dans toutes les échelles de la vie humaine qui nous imposent de réfléchir à d’autres alternatives. Il y a urgence de nous réinterroger sur le sens du progrès et des idéologies qui l’accompagnent pour ne sombrer dans l’absence de sens.


« Un jour, tout sera bien, voilà notre espérance / Tout est bien aujourd’hui, voilà l’illusion » avait écrit le philosophe des Lumières Voltaire, en 1756. Une pensée pleine de sagacité qui résume bien la vanité de la pensée progressiste qui déjà au XVIIIème, prétendait changer le monde en l’arrachant de l’obscurantisme religieux. Dans ce propos, pourtant nous sommes loin d’être nostalgique d’une époque où la libre conscience fut bafouée et où nous serions à regretter une époque où les inégalités sociales étaient particulièrement criantes. Mais nous restons toutefois circonspects sur l’idée d’un progrès technique social et sociétal sans éthique et sans curseur.

Vers un processus de désolidarisation 

Nous adressons cette lettre aux progressistes ouverts à la critique du progrès car nous prenons conscience que la modernité idéologique vantant l’affranchissement des codes culturels d’un ancien monde, soumet quant à elle subrepticement tous les aspects de la vie humaine au règne d’un autre monde, un « nouveau monde » soi-disant libéré du carcan culturel et appartenant à un monde ancien jugé dépassé.  Cette idéologie de la modernité techniciste et progressiste installe peu à peu un processus de dévitalisation humaine, d’une forme d’anesthésie sociale, engendrées par la modernité hautement technique sous l’emprise d’un empire numérique qui encourage chaque innovation technologique comme étant l’expression du bien-être, la source d’une liberté humaine à conquérir, le jaillissement du progrès humain.

Nous pourrions nous interroger sur le sens de la recherche technique et des résultats concernant les orientations sociales auxquelles elle nous conduit. Je m’interroge en effet sur les services que rend l’univers technique. L’univers numérique n’est-il pas finalement, responsable de l’atomisation sociale au détriment du collectif ; ne renforce-t-il pas l’individualisation au détriment de la personne. Finalement la science n’est-elle pas au service d’une auto divinisation de l’homme s’affranchissant de toute transcendance.

D’ailleurs en reprenant cette citation de Jacques ELLUL reprise de son livre

« La Technique où l’enjeu du siècle », nous percevons l’acuité de son jugement porté sur la modernité

«  ce qui caractérise aujourd’hui notre société, ce n’est plus ni le capital ni le capitalisme mais le phénomène de la croissance technicienne  »

La technique est devenue en soi comme le prédisait Jacques ELLUL un phénomène autonome en passe de nous échapper, d’échapper à tout contrôle, vampirisant l’homme devenu son sujet, faisant de l’homme son propre produit puisque devenu totalement dépendant de la technique.

Changer le monde

« par d’autres mœurs et d’autres manières »,

Ainsi le progressisme est une idéologie déjà très ancienne qui entendait déjà deux siècles plus tôt s’affirmer comme le tenant d’une vision de l’avenir ; les progressistes du XVIIIème étaient déjà habités par une forme de spiritualité humaniste se donnant comme faculté de déconstruire le monde ancien pour réinventer le présent et créer pour l’avenir humain une vision de progrès éclairé, il fallait aussi pour des économistes comme Adam SMITH libérer les marchés mieux à même de connaitre les besoins et les envies. Aujourd’hui nous voyons une puissante révolution des marchés guidés cette fois-ci, par l’intelligence artificielle en prise avec la connaissance des usages et des besoins de ses consommateurs.

A l’aube de cette nouvelle ère contemporaine, nous voyons ainsi l’étrange ressemblance avec ce qui motive le courant progressiste du XVIIIème siècle et celui du XXIème siècle.

Avec l’idée de progrès porté par les idéologues contemporains ceux de la modernité, nous relevons bien sur le plan philosophique, cette proximité entre l’idéologie progressiste du XXIème et la philosophie dite des Lumières.

Rappelons que le siècle des lumières a émergé dans la seconde moitié du XVIIIème siècle. Ce mouvement à l’époque se voyait déjà alors comme une élite avancée œuvrant pour une transformation radicale du monde, dénonçant la vision chrétienne du monde enfermée dans le péché et l’idée d’une transcendance qui s’est incarnée dans le monde pour le sauver. L’élite du XXIème siècle est celle de la technocratie car pour elle c’est la loi et l’éducation étatique qui doivent changer les mœurs, même si la république ne veut pas apparaitre tyrannique, elle s’emploie dès le plus jeune âge à former les esprits pour changer « les manières » comme le préconisait Montesquieu «  il suit que, lorsque l’on veut changer les mœurs et les manières, il ne faut pas les changer par les lois, cela paraîtrait trop tyrannique : il vaut mieux les changer par d’autres mœurs et d’autres manières… » MONTESQIEU – L’Esprit des lois, Livre XX, extrait du chapitre XIV. Nous discernons de fait les subtilités politiques employées de nos jours pour ne pas apparaitre brutal aux yeux de l’opinion mais la préparer à cette lente soumission et cette transformation de nos mœurs pour accepter un monde syncrétique, multiculturel et babylonien.

Nous saisissons bien, que l’idéologie progressiste s’inscrit radicalement dans le pathos de la modernité. Habilement dans une forme d’humanisme postchrétien, elle entend aussi se débarrasser des oripeaux de la religion Chrétienne en donnant des coups de butoir à cette dimension de la filiation, de l’altérité, en soutenant un capitalisme de la consommation, l’ubérisation de la société. Cette idéologie du progrès appelle de ses vœux l’ère du tout numérique qui détruira finalement le lien social, les solidarités et l’héritage culturel issu de l’annonce de l’Évangile. Nous entrons avec le progressisme dans une logique numérique, une logique horizontale celle de la consommation et du divertissement.

Ce mouvement dit des lumières au XVIIIe siècle à l’instar au XXIe siècle d’une république progressiste, se persuadait déjà de changer le monde à partir de la diffusion d’une nouvelle conception sociale nécessaire à la mise en cause et à la transformation de la société de l’ancien monde.

Cette philosophie entendait ainsi briser les codes, les structures politiques et culturelles héritées de plusieurs siècles de Christianisme. Or aujourd’hui nous observons les mêmes motifs de volonté de transformation de la vie politique, de sortir des divisions sociales, des clivages d’opinions ou idéologiques et des conflits culturels pour s’engager sur une nouvelle idéologie marxiste du progrès humaniste, d’égalité sociétale. Cette nouvelle idéologie marxiste est fondée sur la puissance technologique, cette nouvelle ère des robots qui libèrent enfin l’homme de l’asservissement des tâches. Cette nouvelle idéologie marxiste au plan sociétal s’inscrit dans la dimension de l’égalité et l’interchangeabilité des sexes qui devront être demain les nouvelles normes, les nouveaux codes et stéréotypes culturels. Il faut ainsi apprendre à l’enfant et le plus tôt possible que le masculin et le féminin sont de pures conventions, et qu’il lui appartient de s’en délier, de s’en défaire, tout cela s’impose de manière sournoise et subrepticement. Si vous le dénoncez, vous êtes alors invectivé, vilipendé comme de vieux ringards réactionnaires hostiles à toute idée de progrès.

Le progressiste ne veut donc plus ainsi les règles héritées d’un christianisme qu’il faut absolument dépoussiérer. Il faut ainsi casser les prescriptions d’une époque révolue, se libérer de la transmission des stéréotypes, se désaffilier, ouvrir les frontières du genre, jeter des passerelles vers un monde nouveau ou la confusion peut demain devenir le règne social partagé par une multitude d’hommes et de femmes sans repères.

Un monde postchrétien qui veut redonner à l’homme d’autres aspirations spirituelles

En d’autres termes, notre monde contemporain incarné dans cette nouvelle vision du progrès exprimerait alors le besoin d’un progressisme qui redonne sa place à de nouvelles aspirations spirituelles, et à de véritables emblèmes symboliques compris de tous ; en un mot, d’un nouvel humanisme, un nouvel évangile raisonné à une nouvelle sauce humaniste et éclairé tel qu’a cherché à le construire le Siècle des lumières qui n’a pas su achever au cours de la Révolution française, cette vision de l’humanisme sans Dieu. N’est-ce pas cette vision qu’incarna Maximilien de Robespierre, député de l’Artois, qui prononça ce discours à la Convention dans lequel il réaffirma ses valeurs révolutionnaires et républicaines :

« L’homme est né pour le bonheur et pour la liberté, et partout il est esclave et malheureux ! La société a pour but la conservation de ses droits et la perfection de son être, et partout la société le dégrade et l’opprime ! Le temps est arrivé de le rappeler à ses véritables destinées ; les progrès de la raison humaine ont préparé cette grande révolution ».

Les progrès de la raison humaine ont préparé cette grande révolution, c’est ainsi la foi dans la raison humaine qui est au cœur de ce changement pour Robespierre et qui le conduira au progrès… Le progressisme n’est pas seulement un courant philosophique et social mais c’est aussi une idéologie qui a su s’appuyer sur le libéralisme prôné par le capitalisme mondialiste s’adossant à ce monde consumériste et universaliste.

Nous entrons ainsi inévitablement et avec ce courant progressiste dans une nouvelle ère, une nouvelle époque. Je crains qu’elle ne soit funeste et chargée d’illusions…

Qui sont les responsables

des grandes déstructurations sociales ?

N’apercevez-vous pas d’ores et déjà les résultats de cette idéologie progressiste, de cette vision mondialiste : des états affaiblis, des multinationales qui prennent le pouvoir sur tout, des migrations massives car les états riches dans leurs égoïsmes patentés n’ont jamais su développer, ni entrer dans des stratégies de coopération avec les nations africaines en crise, pire l’occident est largement responsable de la déstructuration des peuples d’Afrique et de l’entretien des illusions d’un monde d’opulence factice.

Les responsables de ces déstructurations ? Les multinationales, qui vont remplacer les lois des États à l’image des accords transatlantiques qui tôt ou tard reviendront sur le tapis, et remettront en cause les principes de subsidiarité, de souveraineté des nations. Cette démocratie des nations autour d’une dimension, locale et d’une relation institutionnelle de proximité vit sans doute ses derniers jours et sera dominée par le technicisme d’un monde fédéraliste et multipolaire, sans frontières plus ouvert mais sans humanité puisque sans cette relation de proximité et de contre-pouvoir au plan local.

Nous le voyons bien aujourd’hui des multinationales dominées par quelques hommes fortunés célébrant Mamon, qui exercent un monopole dévastateur et absolu sur les marchés. Comme c’est le cas dans le monde agricole dont les semences sont de plus en plus cadenassées de par le monde, comme c’est également le cas dans le monde des médias faiseurs d’opinions ; muselés par quelques empires financiers lobotomisant et manipulant allègrement la conscience. N’oublions jamais l’avertissement du prophète Ésaïe 5.8-9

« Malheur à ceux qui ajoutent maison à maison, Et qui joignent champ à champ, Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace, Et qu’ils habitent seuls au milieu du pays ! Voici ce que m’a révélé l’Éternel des armées : Certainement, ces maisons nombreuses seront dévastées, Ces grandes et belles maisons n’auront plus d’habitants… »

Finalement l’oublié de cette mondialisation, de ce « progressisme », c’est l’humanité, le grand perdant c’est la biodiversité. Les inégalités n’ont jamais été aussi importantes ; jamais la pollution n’a été aussi élevée, jamais les peuples des pays en voie de développement n’ont été autant dominés, dédaignés, niés, oubliés. Qui se soucie du Centre Afrique Chrétien qui subit les coupes d’assommoirs de la barbarie djihadiste, dont les maisons sont brûlées avec leurs habitants… Nous pleurons les victimes européennes et tout le monde déclame sa compassion sur les réseaux sociaux mais qui ose dire « je suis centre africain, nigérien, sénégalais ».

Nous entrons dans l’ère d’une république progressiste et multiculturelle, qui nous bercera d’illusions avec son monde humaniste mais qui laminera les plus fragiles en encourageant à la fois le développement d’un monde plus eugéniste que jamais et l’ubérisation de la société, en encourageant les investissements autour de l’économie numérique et en ouvrant la boîte de pandore de l’eldorado transhumaniste promettant l’homme nouveau, augmenté et performé.

Les nouveaux prêcheurs

Une nouvelle idéologie se façonne sous nos yeux portés par l’oraison des prêcheurs qui envahissent nos écrans cathodiques. Ce sont eux, ces prêcheurs télévangélistes de l’idéal progressiste, qui sont chargés de nous apporter la bonne nouvelle, ils ont ce pouvoir de conditionner les esprits pour l’avènement d’un monde ouvert, tournant la page à l’ancien monde baignant dans ses stéréotypes de souveraineté des peuples.

Ces prêcheurs qui occupent l’espace médiatique ont hélas le pouvoir, ils sont prêts à tout pour réussir l’entreprise, atomiser la personne libre, en la façonnant en individu corvéable. C’est bien là le projet de nouveau monde, passer, du monde de la personne à celle de l’individu puis passer de l’individu à celui d’un nombre numérisé.

Enfin pour conclure Je cite ici ce propos extrait d’un article d’agora vox du 21 mars 2016 dans lequel je me retrouve. Je cite ici l’extrait de cet article « Face à eux, des gens isolés, déstructurés, des personnes devenus travailleurs et consommateurs, à leurs ordres, soumis à leur pensée uniformisée, d’où ils croient que l’humanité en sera apaisée, grandie, quand elle en ressort laminée, détruite, et nullement pacifiée.

Leur œuvre, c’est une régression uniformisée, mondialisée de l’humanité, dont il sera difficile de se débarrasser.

Après les religions dont nous ne sommes toujours pas sortis, l’humanité, avec le nazisme, le communisme puis ce « progressisme » est-elle vouée à ne pas progresser intellectuellement ? A préférer la quantité à la qualité ? A prôner l’union uniforme et inculte ?

Depuis les premiers penseurs, l’humanité n’a pas évolué, ou si peu. Nos connaissances et nos technologies ont progressé de façon gigantesque, mais nous, nous n’avons pas évolué. Au fond, si ces idées, ces régimes, ces religions s’imposent, ne serait-ce pas parce que nous le désirons, n’est-ce pas parce que nous recherchons ce genre de facilités ? Une vie qu’on nous impose, aseptisée, uniformisée, ou l’on se croit supérieurs aux autres tout en étant identiques ?

Chers amis progressistes ouverts à la critique « Est-ce vraiment cela que vous voulez ? »

Notre espérance

à l’envers des promesses d’un monde ou le progrès est sans curseur

Pourtant la lettre qui vous est écrite, ne se veut nullement marquée par le désespoir concernant l’idéologie que vous portez, car l’histoire nous apprend toujours la temporalité des idées qui déconstruisent l’homme. Tandis que l’église non la religion mais le corps vivant de Christ traverse elle les temps, les générations et reste une la lumière dans un monde ou le lien se délite.

Si la civilisation qui se construit devient plus impersonnelle et à l’envers de la proximité, souvenons-nous que le message de l’évangile, doit être marqué par la relation en face à face, la solidarité, empreint par la dimension de l’autre, le prochain.

Face à l’offensive depuis des siècles, d’un monde des idées et des techniques qui étiolent et dégradent notre humanité, l’église authentiquement façonnée par Christ, doit devenir sans aucun doute, un lieu ressource, une communauté ouverte sur les autres, un lieu de réparation, de restauration, de socialisation.

L’église comme communauté permanente et vivante, régénérée par l’esprit saint doit être un lieu d’espérance essentiel, vital pour le monde qui a soif de vérité, de justice, elle doit assurer à la personne la reconnaissance d’autrui, il n’y a plus ni juif, ni grec, ni étranger, ni autochtone mais une personne aimée de Christ qui a besoin de retrouver du sens et la vraie vie qui vient d’en haut. Les plus défavorisés doivent trouver dans l’église les services et les ressources pour tisser et entretenir des liens capables d’assurer une aide pour ouvrir des perspectives d’avenir.

Il est urgent sans doute de retrouver l’espérance et le sens de l’autre mais également la persévérance dans l’aide et l’entraide auprès de ceux qui ont soif et faim de justice. Soyons alors débonnaires et plein d’enthousiasme à servir notre communauté

Smart phone et Smart City le couple infernal  

Le terme de Smart City est étrange, à première vue, nous aurions pu penser qu’il s’agissait tout simplement d’un nouveau concept d’automobile, d’une nouvelle technologie embarquée dans un véhicule. En fait nous n’en sommes pas très loin, il s’agit bien en effet de technologies, de dispositifs, de capteurs numériques qui envahissent non pas les innovations dont font l’objet les véhicules contemporains, mais de procédés qui s’intègrent dans la conception des villes aujourd’hui, d’applicatifs qui s’intègrent à toute la vie urbaine. Technologies qui font partie de notre quotidien sans que nous l’ayons nécessairement réalisé !

Pour immédiatement comprendre ce terme de Smart City que nous habitions une petite ville ou une grande ville comme Zurich, Bruxelles ou Paris, chaque jour nous sommes amenés à emprunter les voies urbaines, or c’est toute une organisation quasi automatisée qui vient réguler les flux, les trafics, la circulation automobile. La ville devient donc intelligente pour assurer de façon harmonieuse la circulation automobile via notamment les feux tricolores. Or ce concept de ville intelligente va encore beaucoup plus loin et sera amené à réguler encore davantage notre vie sociale…

En effet le monde de l’intelligence artificielle et ses applicatifs numériques font leur entrée dans la ville, celle-ci est de plus en plus confrontée à l’urbanisation galopante, à des problèmes croissants de pollution, de criminalité, de cohésion sociale. La ville de demain va dès lors devoir repenser en profondeur et administrer les périls du futur en raison des enjeux environnementaux, des contraintes énergétiques, des problèmes de sécurité, de vie culturelle et d’écologie urbaine.  Nous évoquions précédemment les technologies qui caractérisent aujourd’hui les téléphones portables, la technologie embarquée dans ces  « smart phone » autorise de plus en plus la géolocalisation de nos déplacements, or dès demain ce sont les connexions citoyens et ville qui vont s’intriquer, s’accentuer, s’amplifier. C’est bel et bien toute une architecture quasi organique qui se dessine intriquant demain les usagers et le système numérisé de la ville, unifiant connectant, reliant toutes les composantes de la ville, associant habitants et habitat au risque de piétiner l’écologie, en prétendant artificiellement la défendre via ses artefacts promouvant de soit disant énergies durables.

Ainsi si d’ores et déjà nous pouvons organiser nos sorties selon le taux de pollution dans la ville, programmer nos sorties selon les manifestations organisées, ou rester calfeutré dans nos quatre murs face à un grave dysfonctionnement qui perturberait la vie sociale, inévitablement nous entrons dans cette ère du tout numérique vers une société de type big brother.

En effet cette belle machine urbaine, qui est de nature à résoudra tous les problèmes grâce à la diffusion de bornes publiques, d’applicatifs innovants assurant les services toujours plus performants, la vie harmonieuse au sein de la ville,  s’achemine cependant vers une ville sous contrôle, une ville sous l’emprise des capteurs numériques qui demain nous placeront tous sous surveillance, pilotés tels des automates pour réguler nos allées et venues, nos sorties, nos déplacements, accordant les autorisations nécessaires pour emprunter tel ou tel circuit dans la ville, pour y effectuer ou non nos achats. Or vous le savez ces connexions numériques ville et citoyens doivent être bien regardées demain comme une menace potentielle pour nos libertés si les curseurs jalonnant leurs usages n’ont pas été mis en place.

La mixité des données, des smart phone et smart city représentent bien et inévitablement un vrai risque en termes de liberté. Même si l’utilisation des données personnelles est devenue très réglementée, il sera de plus en plus difficile, au vu de l’explosion du volume de données et des applications dans le Cloud, de garantir l’intégrité des données personnelles dans ces entrepôts virtuels qui gèrent l’ensemble des data issues de notre vie sociale, de nos usages et pratiques liées aux réseaux sociaux et à toutes les empreintes bancaires, marchandes que nous laissons tels des petits poucets dans ce quotidien socialement contrôlé.

Pour aller plus loin, lire l’article qui a inspiré cette courte chronique…
http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/laurence-neuer/la-ville-intelligente-est-devenue-une-sorte-de-mythe-salvateur-27-05-2018-2221700_56.php
Lire également cet  autre article
https://usbeketrica.com/article/les-smart-cities-au-service-de-l-usager