La conscience d’Esther, enjeu de ce siècle ….

Pourquoi rappeler finalement ce récit celui d’Esther et ces récits bibliques, car il nous semble que la conscience est bien l’enjeu de ce siècle envahi par une forme de doxa imposée par la culture des médias. Toutes les sociétés totalitaires naissant finalement de l’indifférence des individus, il suffit de les distraire, de les divertir. Hannah Arendt avait relevé cette problématique morale d’une société plongée dans une forme de nihilisme culturel, détachée de la recherche de sens en déclarant que « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal. » Le refus de s’indigner, le renoncement de soi, de ne plus oser discerner. Les formes de léthargies des consciences, conduisent inévitablement à installer le caractère liberticide de l’état. Les sociétés totalitaires ont toujours pour démarche la volonté d’anéantir, d’aliéner la fonction de penser, la capacité de réagir. Les facultés de conscience, savoir alerter, savoir discerner, savoir poser les problèmes ont toujours dérangé les gouvernances. Ainsi c’est bien Le changement de la conscience qui est engagé à l’aune d’une société post humaniste, galvanisée par le monde des objets virtuels ou numériques, la facilité d’accéder au plaisir des sens et aux promesses que lui font miroiter les temples de la consommation.

Auteur Eric LEMAITRE

Le livre d’Esther a inspiré ce texte

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Le dernier livre du nouveau testament écrit par l’apôtre Jean, met en scène trois personnages énigmatiques, trois figures qui symbolisent l’hostilité contre le christianisme, une sorte de trinité à l’envers de celle révélée dans l’évangile par celui qui est l’auteur de cette lettre aux églises / intitulée Apocalypse c’est-à-dire révélation. Ces trois figures « formes » d’entités redoutables sont respectivement l’anti christ, le faux prophète, la bête. Ces trois entités catalysent le mal absolu et une hostilité profonde contre la révélation d’un Dieu incarné. L’anti christ mène une guerre farouche contre le Dieu des Chrétiens, son visage est celui de l’anti incarnation, il est assimilé par l’apôtre Paul à l’homme d’iniquité qui doit se révéler à la fin des temps, il est l’adversaire déclaré contre le Christ. Le faux prophète est l’instigateur d’une nouvelle religion et prendra clairement le contrepied de l’annonce de la bonne nouvelle contenue dans les évangiles, le faux prophète est l’allié de l’homme qui personnifiera à lui seul cette dimension s’opposant à Christ, ce faux prophète est l’anti thèse du prophète qui interroge, questionne la conscience qui n’est ni dans l’aveuglement ni l’auto proclamation de sa personne, il est la figure humble d’un Jean Baptiste qui interpelle celui qui l’écoute à prendre position pour ce changement en lui-même. Le faux prophète ne s’inscrit pas dans la dimension humble et spirituelle mais voudra incarner le présent et l’immédiat. La bête quant à elle peut aussi être la figure du dragon, elle incarne toutes les principautés des mondes humains ou spirituels qui s’opposent à Dieu, elle est celle qui inspire l’iniquité, la fausse religion, le relativisme de la vérité.

Le transhumanisme en soi incarne cette anti religion, les transhumanistes de la Silicon Valley professe en effet l’athéisme et une culture totalement matérialiste, leur évangile est une manière de corrompre l’évangile, de contrer la dimension surnaturelle comme la dimension spirituelle révélées par Jésus-Christ. Le transhumanisme est une préfiguration d’un anti christianisme qui sommeille depuis la nuit des temps à travers ses promesses qui pourraient séduire l’humanité par désir d’exaucer ici et maintenant tous ses fantasmes, de désirs de performances, d’extravagances.   La puissance sans doute technologique de la Bête va devenir de plus en plus manifeste, elle donnera l’illusion de résoudre beaucoup de problèmes et elle montrera au monde entier que les hommes « n’ont nullement besoin de connaitre le vrai Dieu » et qu’ils peuvent au travers des promesses de la Silicon Valley posséder l’avenir, la vie prolongée, la vie réussie, l’homme enfin possédera mais sera sans doute lui aussi domestiqué par le pouvoir des machines qui auront su asservir l’âme des hommes.

Évoquer « la bête », cette entité biblique peut paraître bien étrange pour nos lecteurs non familiers aux passages que nous trouvons à la fin du nouveau testament.  Pourtant la bête préfigure le monde à venir, la description qui en est donnée indique que l’on est en soi plus proche d’une entité qui serait de nature comme nous l’avions introduit au début de ce chapitre, de bousculer avec fracas, l’ordre du monde. La bête ou le Léviathan, deux créatures bibliques jouent un rôle finalement comparable, ces entités préfigurent les représentations d’un monde marqué par une autorité redoutable. Au moyen-âge, une fresque de Giacomo Rossignolo représente le jugement dernier,  le léviathan est au cœur même de cette fresque, il dessine clairement l’image d’une entité qui avale les âmes. Pour pousser l’image et la rendre plus contemporaine quant à son évocation, il me semble qu’aujourd’hui, un même léviathan est à l’œuvre aimantant le monde, aliénant la dimension qui touche l’intériorité, l’âme humaine. Et cette dimension est manifestée par l’anti incarnation, il faut s’opposer à Christ, comme autrefois le Nazisme s’est opposé aux Juifs car ils incarnaient la loi divine du droit à la vie, à la liberté et à la dignité, ensemble de principes articulés sur une même fondement « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Lévitique XIX, 18), ensemble de lois qui remettaient en cause l’idéologie Nazie fondée sur la suprématie d’une race supérieure. Le nazisme exécrait non seulement le peuple Juif mais également le peuple Chrétien dont le fondement repose sur l’idée d’un sauveur et de l’amour du prochain dépassant le lien du sang. Tout oppose Christianisme et Nazisme, tout oppose également Christianisme et Transhumanisme, ce qui les oppose fondamentalement c’est la croyance dans une forme d’immanence, l’idéologie Nazie s’inscrivant dans l’adulation des forces de la nature, le Transhumanisme dans sa capacité à changer et à transformer la nature, le dénominateur commun et funeste de ces idéologies, c’est l’anéantissement de la conscience puisque pour une idéologie, elle est corvéable à un état tout puissant et pour l’autre, elle est réductible à la matière lui déniant la dimension d’une conscience et d’une vie intérieure qui dépasse celle de notre corps.

Ce monde-là comme celui des siècles passés, semble être dépeint dans ce dernier livre du nouveau testament, celui écrit par Jean l’apôtre, ce dernier texte écrit par Jean, relate le dernier épilogue de l’humanité, le combat titanesque livré par l’immanence d’un monde qui s’oppose à toute idée de transcendance et livre sa destinée entre les mains d’une forme de Léviathan artificiel, une méga structure qui rassemble toutes les formes de pouvoirs à la fois religieux, économique et politique. Le monde religieux représenté dans cette lettre écrite par l’apôtre, est celui de l’anti incarnation, un monde où l’immanence prime, un monde qui réfute à la fois la dimension intérieure et le message relationnel contenu dans les évangiles, se refusant de reconnaître la divinité de Christ. Cette méga structure appelée Babylone et dominé par la Bête, révèle le monde politique qui est celui d’une gouvernance totalisante, aspirant que tout être humain soit assujetti et corvéable. Le monde économique figurant dans cette méga structure, cette nouvelle Babylone, symbolise la marchandisation comme la réification absolue de la vie y compris celle qui touche à la marchandisation des âmes. Dans le livre de l’apocalypse, nous avons affaire dans le chapitre 13 à la description d’un combat spirituel et à l’émergence de nouveaux cultes : cultes autour de de l’image (dogmes idolâtres) culte autour d’une nouvelle religion idéologique, dogmatique, destructrice et exclusive, promouvant une nouvelle théologie de l’homme, une conception syncrétique enfermant l’homme dans des schémas aliénants, même si l’apôtre Jean ne l’a pas explicitement décrit dans les termes qui sont les miens, je le concède volontiers. Pourtant le mal [a]git et se révèle dans les projets funestes d’une humanité qui résolument choisit de tourner le dos à toute transcendance, se détourne finalement du seul Dieu créateur. Le culte d’adoration au sein de ce monde Babylonien est non seulement dévolu aux entités formant une même trinité, mais il sera aussi celui des objets façonnés par l’homme, un culte pour ces objets, produits ou fruits du génie technique. Les hommes seront en effet fascinés par les prodiges de la science (l’intelligence artificielle et les performances techniques qui captiveront et séduiront les hommes en créant de nouvelles addictions pour nous extraire du réel, de la relation en face à face, la relation à l’autre. Le culte sera aussi celui de l’image de la liberté apparente, de l’homme débarrassé de toute référence à une quelconque transcendance. Il est curieux de noter que la bête réclamera également l’adoration pour elle-même[1] et cette adoration réclamée me fait songer au livre d’Esther[2]  notamment à ce personnage Haman nommé aux plus hautes fonctions de l’empire Perse et sujet du Roi Assuérus, le Roi influencé par Haman décrète un arrêté hostile au peuple Juif et fomente le désir de supprimer les juifs lorsque Mardochée refusa notamment de plier le genou, de se courber et de se prosterner comme un signe d’allégeance. Ce refus chez Mardochée de plier le genou, tenait aux convictions de sa conscience parce qu’il était juif. Ce haut fonctionnaire n’avait pas supporté que le Juif Mardochée attaché aux traditions Judaïques refusa ainsi de plier l’échine, choisissant plutôt de se soumettre aux lois de son cœur, celles héritées des lois qui lui ont été révélées par le Dieu de l’Univers. A la suite de ce refus le haut fonctionnaire consulta le Roi Assuérus afin qu’une lettre[3] proclame sur l’ensemble du Royaume, le massacre des Juifs, leur extermination totale, car le haut fonctionnaire du Royaume jugeait ce peuple comme étant à part, différent des nations habitant les 127 provinces du Royaume de Perse sous la gouvernance d’Assuérus.  Le peuple de Mardochée fut miraculeusement délivré d’un grand massacre à cause d’Esther qui trouva grâce aux yeux du Roi Assuérus dont elle était devenue la première concubine, c’est depuis cette délivrance miraculeuse que l’on commémore le Pourim afin de rappeler ce récit relaté dans le livre d’Esther.  Dans le chapitre 13 du livre de l’apocalypse, il est également fait mention comme d’ailleurs le livre de Daniel, de la volonté de l’entité d’être adoré :  « Et il lui fut donné d’animer l’image de la bête, afin que l’image de la bête parle, et qu’elle fasse que tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la bête soient tués » Or ceux qui ne soumettront pas à cette injonction seront massacrés.

Mais pourquoi rappeler finalement ce récit celui d’Esther et ces récits bibliques, car il nous semble que la conscience est bien l’enjeu de ce siècle envahi par une forme de doxa imposée par la culture des médias. Toutes les sociétés totalitaires naissant finalement de l’indifférence des individus, il suffit de les distraire, de les divertir.  Hannah Arendt avait relevé cette problématique morale d’une société plongée dans une forme de nihilisme culturel, détachée de la recherche de sens en déclarant que « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal. »  Le refus de s’indigner, le renoncement de soi, de ne plus oser discerner. Les formes de léthargies des consciences, conduisent inévitablement à installer le caractère liberticide de l’état. Les sociétés totalitaires ont toujours pour démarche la volonté d’anéantir, d’aliéner la fonction de penser, la capacité de réagir. Les facultés de conscience, savoir alerter, savoir discerner, savoir poser les problèmes ont toujours dérangé les gouvernances. Ainsi c’est bien le changement de la conscience qui est engagé à l’aune d’une société post humaniste, galvanisée par le monde des objets virtuels ou numériques, la facilité d’accéder au plaisir des sens et aux promesses que lui font miroiter les temples de la consommation. Dans de tels contextes, le délitement de la conscience est engagé, altération du jugement qui puiserait son origine dans plusieurs sources : le nivellement de la culture, le divertissement, la crise économique qui épuise et déstructure l’homme et enfin le monde des objets dits intelligents qui préfigurent l’âge d’or du transhumanisme.

[1] 2 Thessaloniciens 2 : 34 : Que personne ne vous séduise d’aucune manière ; car il faut que l’apostasie soit arrivée auparavant, et qu’on ait vu paraître l’homme du péché, le fils de la perdition, 4l’adversaire qui s’élève au-dessus de tout ce qu’on appelle Dieu ou de ce qu’on adore, jusqu’à s’asseoir dans le temple de Dieu, se proclamant lui-même Dieu.

[2] Le livre d’Esther est un livre qui figure dans l’ancien testament et évoque notamment le projet d’exterminer le peuple juif déjoué par la Reine Esther qui fut l’instrument choisi par Dieu pour influencer le Roi Assuérus et l’amenant à condamner celui qui avait le projet de se débarrasser du peuple qui n’avait pas migré sur ses terres.

[3] Livre d’Esther chapitre 3 versets 12-15

De l’homo sapiens à l’homo cyborg

Auteur Eric LEMAITRE

De l’homo sapiens à l’homo cyborg

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« L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature ; mais c’est un roseau pensant ».

 Le post-humain sera-t-il le prochain stade de notre évolution ? La profusion en masse de produits technologiques de ces nouveaux artefacts, familiarise et conditionne l’homme sur l’avènement d’une suprématie de la technologie qui embrassera le monde ou l’embrasera.  La promesse de se façonner en s’appuyant sur les convergences technologiques dans les quatre domaines de l’informatique, de l’information cognitive, de la génétique et de la bio technologie afin de rendre possible la greffe l’homme avec de nouveaux attributs décuplant une puissance démiurgique.  L’homme cyborg ne relève plus de l’imaginaire de romanciers de science-fiction mais bien d’une réalité qui est bientôt aux portes de notre humanité.

Passer de l’homo sapiens à l’homo cyborg, c’est passer finalement à une autre nature, celle du « glébeux » comme l’entonne le cantique « comme l’argile entre les mains du potier », à celle d’un être qui le transcende biologiquement. Ce cantique spirituel nous rappelle que nous avons été façonnés par le potier, pétris par lui, autrement dit, nous avons été conçus par Dieu à partir de la poussière. Mais cette nature-là est contestée par l’homme qui ne se satisfait ni de ce corps, ni de cette faculté de penser dans les limites que lui confère la nature reçue. Comment alors ne pas songer à ce texte de Pascal :

« L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature ; mais c’est un roseau pensant ».

L’homme est ainsi et finalement « assis » entre deux infinis, lui, l’être fini, délimité mais la vanité l’emmène ou le conduit à dépasser sa finitude à reculer les frontières de ces deux infinis, il entend ici explorer au-delà de ces deux barrières, passer si possible par-dessus l’encerclement de son corps pour s’approcher de ces deux horizons de l’incalculable.

L’homme entend ainsi agir à l’échelle de l’infiniment petit, celle du nanomètre, échelle que nous avons souvent dû mal à imaginer mais qui avoisinerait à titre de comparaison la proportion d’une orange à l’échelle de la terre. Ici l’homme entend exécuter ses projets pour agir au niveau le plus élémentaire de la matière et juste au-dessus de cette échelle, modifier la structure de l’ADN comme nous l’avions vu précédemment. Mais l’aspiration de l’homme est aussi son dépassement, la possibilité de se connecter et d’implémenter ou d’embarquer de nouveaux composants, des composants extra biologiques, des micro structures bardés d’intelligence. C’est l’homme intriqué, homme biologique et homme matière, l’homme génétiquement modifié. Ce combat-là devrait intéresser les écologistes, mais je doute qu’ils en fassent en réalité leur priorité.

A l’envers de ce monde naturel, le monde de la cognitique[1], cette discipline de l’ingénierie rattachée aux sciences de l’information aurait pour vocation d’interfacer l’homme, interconnecter le vivant avec le numérique et conférer de nouveaux attributs, l’homme deviendrait de fait une nouvelle forme d’entité, une entité hybride moitié homme, moitié machine, un homme cyborg. De fait l’homme appareillé ne saurait en soi choqué ou bouleversé la pensée transhumaniste, puisque l’homme est vu comme une machine biologique et non un être trinaire corps, âme, esprit. De fait modifier, interfacer l’homme d’attributs non biologiques est au fond, selon la conception transhumaniste, une dimension qui fait partie intégralement de la nature future de l’homme. L’habillage technologique de l’être humain s’articulera dès lors autour de nouvelles technologies, résultant des progrès faramineux de l’ingénierie, associés aux sciences de l’informatique, cognitives, de l’information et génétiques, de la « convergence des NBIC ». Cette confluence des NBIC est considérée comme l’ultime saut qui permettra de penser l’évolution de l’homme, centrée sur la performance à la fois physique et cognitive de l’homme, le nouvel homme. Si cela paraît être impossible pour nos lecteurs, certains qui nous lisent ont dans leur entourage ou eux-mêmes un pacemaker, une prothèse auditive ou autres dispositifs bio embarqués dans l’organisme, la possibilité d’imaginer demain que l’être humain s’inocule de microstructures ne relève pas de fait de l’impossible. Subrepticement l’ingénierie cognitique entend bien s’affranchir de ces barrières morales et rendre de facto possible la mutation de l’être humain.

La vision projetée concernant l’évolution du genre humain relève d’une conception purement matérialiste et mécaniste touchant le fonctionnement du corps biologique, il n’y avait donc plus qu’un pas à faire entre l’approche de « l’homme machine » de Julien Offroy de la Mettrie et l’homme automate de Jacques Vaucanson[2] inventeur du premier automate reproduisant les principales fonctions mécaniques de l’homme. Il suffisait d’imaginer la symbiose de l’homme et de la machine. Le rêve de greffer ou de connecter le corps humain n’appartient plus ainsi au domaine de la science-fiction, de nombreuses avancées tendent toujours et aujourd’hui démontrer la possibilité d’unir à la chair de l’homme, des pièces artificielles, d’hybrider ainsi l’homme, de connecter les prothèses et le cerveau humain. Le cyborg, une nouvelle vision anthropologique de l’homme est devenue le fruit d’un fantasme humain visant à libérer finalement l’homme du dualisme corps/esprit, c’est l’homme composite, moitié nature, moitié artifice, c’est l’homme greffé d’extensions artificielles. L’hybridation notamment à l’intelligence artificielle, pourrait à terme le dispenser de raisonner, puisqu’en un clic, la greffe lui permettra d’arbitrer rationnellement ses choix, de penser le monde, l’environnement avec une vision augmentée, une acuité accrue, une perception étendue.

Notre Faust humain entend ainsi bouleverser les paradigmes, franchir le Rubicon, passer outre les lois de la nature et les interdits, l’homme fusionne avec la matière non cette fois-ci pour réparer les dysfonctionnements de son corps (oreilles, yeux, cœur, amputation) mais bien pour l’augmenter, l’homme devient non pas l’homme appareillé mais il devient l’homme mutant.

Ainsi l’évolution continue des progrès technologiques vise bien à mettre en place les technologies de réparation et d’amélioration en proposant un dépassement progressif de notre condition humaine actuelle : prothèses contrôlées par la pensée, cœurs artificiels, yeux bioniques. Dépasser la mort biologique c’est bien s’affranchir le plus possible des limites physiques. Le rêve transhumaniste comme le décrit Laurent Alexandre dans son livre « La guerre des intelligences » c’est décupler les connaissances cognitives et corporelles, c’est dépasser les frontières, les clôtures entre le vivant et la matière.  Ainsi en s’affranchissant des barrières du vivant et de la matière inerte, nous banalisons le vivant, nous transformons le vivant en jeu de lego, remplaçable, transformable à souhait, interchangeable.

Ray Kurzweil   ingénieur, chercheur, et futurologue américain, directeur de recherche chez google prédit que dès les années 2030 « nous allons grâce à l’hybridation de nos cerveaux, avec des nano composants électroniques, disposer d’un pouvoir démiurgique ». Pour la neuro biologiste Catherine Vidal pondère l’enthousiasme de Ray Kurzweil « Le cerveau humain est d’abord et avant tout spécifique de la matière vivante … Si la connaissance que l’on en a est encore très sommaire, vu son immense complexité, on sait qu’il compte 100 milliards de neurones ». Chaque neurone est connecté à 10.000 autres. Elle poursuit : « L’information qui circule dans le cerveau est à la fois électrique et chimique. C’est cette combinaison absolument unique qui va permettre de nuancer à l’infini les messages qui y circulent entre les neurones ». Pourtant grâce à des interfaces cerveau machine, des résultats spectaculaires ont été obtenus. Notamment chez des patients tétraplégiques. La prédiction de Ray Kurzweil n’est pourtant pas dénuée de fondements absurdes mais on ne peut cependant faire l’impasse de la complexité du vivant jusqu’à présent inimitable comme le souligne la neuro biologiste Catherine Vidal.

Mais le cyborg sera-t-il vraiment la fin du processus de l’évolution ? Serait-il la fin de l’évolution de l’espèce humaine, ou bien l’imaginaire nous projettera-t-il vers d’autres formes possibles de l’humanité. Il ne semble pas que ce processus s’achèvera, sans doute que Dieu mettra fin à cette entreprise démente, une humanité qui se transcende elle-même. Le délire des transhumanistes est aussi de songer de dématérialiser l’humain, autrement dit de le scanner numériquement, de scanner l’ensemble de son cerveau ou bien la totalité de ses souvenirs pour le réimplanter dans un cerveau reconstitué. Mais la conscience humaine ne se réduit pas un corps et je reprends cette citation extraite d’un blog « Est-ce uniquement la conscience qui fait notre identité ou bien l’union du corps et de la conscience ? », dans les deux cas la radicalisation transhumaniste touchant à la transformation de notre être modifie la perception de l’être humain, bouscule la vision anthropologique de l’homme.

Or il est urgent pour l’homme de se raisonner et de considérer que c’est bien dans l’éphémère d’une vie si fragile soit-elle que nous puisons le vrai sens de la vie et que la beauté d’un sourire, celui d’un proche, d’une main tendue pourrait bien changer notre condition d’homme et lui conférer l’espérance parfaite, d’être aimé, car c’est bien dans l’amour que nous trouvons la dimension parfaite que nous recherchons et qu’en vain nous courrons vers un bonheur factice en investissant la matière.

[1] La cognitique est une discipline de l’ingénierie rattachée au cadre plus global des sciences de l’information

[2] Jacques Vaucanson, 17091782 à Parisinventeur  Il conçut plusieurs automates, il perfectionna également et  entre autres les métiers à tisser.

Le transhumanisme :  critique de l’essentialisme et de la sacralisation de la vie

Auteur Eric LEMAITRE

Le transhumanisme :  critique de l’essentialisme et de la sacralisation de la vie

La sacralisation de la vie mérite en soi d’être appréhendée, que faut-il ici entendre ici ou comprendre. Le sacré est sans doute ce qui dépasse la vie même, la transcende et confère cette dimension à la fois de mystère et de sacré. Lorsque nous évoquons la sacralisation de la vie, cela sous-entend qu’il ne faut pas l’atteindre en éteignant par exemple la vie, en la blessant, en modifiant ce qui fait son essence.  La dimension du sacré témoigne d’un aspect qui est au-dessus de moi et que je dois infiniment respecter, la dignité de l’homme, de la vie humaine doit être le principe même qui régit l’existence et ce de manière inaliénable. La dignité de l’homme est par exemple un principe sur lequel il n’y a pas à céder, car au-dessus de nous-même. La sacralisation n’est pas le fétichisme, la vie n’est pas ainsi un objet, l’objet de la vie transcende la matière et nécessite qu’on lui voue non l’adoration mais le respect dû à cette dimension qui nous dépasse.

Or dans ces contextes, réduire la vie humaine à une dimension qui n’aurait pas de sens au-delà de la matière confine l’existence humaine à une forme de désacralisation, à une perte totale de sens. Or nous comprenons le transhumanisme comme l’expression en réalité d’une désespérance et d’un rejet de la vie imparfaite, où devrions-nous plutôt dire le rejet de l’homme déchu. Le transhumanisme est la révolte de l’homme ne supportant plus d’avoir été déchu de sa condition originelle, il faut donc comme nous l’avions déjà exploré : orienter la recherche scientifique dans l’exploration de solutions qui auront pour objet de changer la nature de l’homme y compris de gommer toute empreinte d’un récit ancien qui le relierait à l’idée même de Dieu. Le transhumanisme veut pourvoir redéfinir la nature et franchir les Rubicon des lois naturelles, ainsi la conception génétique et eugéniste que se donne les tenants d’un post humanisme, légitime selon eux la désacralisation, la désacralisation est légitime du fait que la figure de la personne handicapée leur est insupportable. Dans ces contextes de corriger la nature de l’homme, il faut à tout prix fustiger dans le génome humain, le gêne délétère ou défectueux. Puisque la liberté du corps est proclamée, il faut au nom de ce principe de désacralisation, désacraliser la naissance et comme nous l’avions déjà écrit précédemment, puisque la procréation sexuée est associée à la mort, il convient alors de modifier le modèle de la naissance humaine en proposant une autre voie qui pourrait être celle de la réplication de l’être humain par voie de clonage ou bien si l’IA l’autorise répliquer l’identité du cerveau.

Menant une réflexion bioéthique dense à la suite de sa lecture de CS LEWIS l’homme aboli, Léon Kass Médecin et promoteur de l’éducation libérale, partagea sa grande perplexité concernant le devenir de l’homme dans ces contextes de désacralisation de la vie, s’interrogeant sur les perspectives qui se dessinent à moyen ou long terme pour l’être, ou j’oserai écrire à court terme, « L’homme restera-t-il une créature créée à l’image de Dieu, aspirant à se rapprocher du divin, ou deviendra-t-il un artefact créé par l’homme à l’image de Dieu-, suivant les seules aspirations de la volonté humaine ? ».

La réflexion de Léon Kass nous conduit à la réflexion qui sous-tend la « théologie » transhumaniste à savoir une vision exclusivement matérialiste de l’homme. En effet la thèse matérialiste qui a pleinement prévalu au XIXème siècle prétend que tout ce qui existe, est une manifestation « mécanique » et physique, que tout phénomène est le résultat d’interactions matérielles. Cette conception purement matérialiste de l’être humain défait ainsi la dimension ontologique, déconstruit cette part de sacré consacré à l’existence humaine. Il s’agit ainsi pour le transhumaniste d’abolir la notion de finitude qui caractérise l’homme, il convient dès lors de prendre en main sa destinée afin de ne pas l’enfermer dans les limites défectueuses et imparfaites du corps biologique pour en fin de compte arracher l’homme à l’ordre des lois naturelles.

Cette nouvelle métaphysique, cette conception anthropologique entend remettre en cause la vision essentialiste celle de la primauté de l’essence sur l’existence, en redéfinissant en conséquence les frontières du corps entre réparation et amélioration, entre thérapie et augmentation.

Cette désacralisation de l’être humain donne ainsi naissance à une nouvelle médecine, celle non de la réparation mais de l’amélioration dont l’objectif n’est plus de remédier à des formes de handicap ou de guérir des maladies, mais de bien modifier l’homme ou de l’augmenter en termes de performances physiques, cognitives…

Hippocrate partageait une vision de l’homme qui n’est pas celle des idéologies enfermant l’homme ou le réduisant à une vision matérialiste ; mécanique, la dignité de l’homme est au cœur du serment d’Hippocrate, la nécessité d’en prendre soin. La sacralité de la vie est soulignée dans le serment dont le texte devrait interpeller toutes les consciences alors que cette vie dans sa dimension intégrale est le sujet aujourd’hui de remises en question. Réduire l’homme ainsi à la matière conduirait inévitablement à violer l’esprit du serment d’Hippocrate. N’oublions pas que les Pères de l’église ont été largement imprégnés de cette vision associée au respect du malade, notamment le Didaché, ce premier document du christianisme primitif qui souligne amplement le respect de la vie soulignant qu’il y a une « grande différence entre le chemin de la vie et celui de la mort ».

Le combat engagé dans la doctrine matérialiste, promue par le transhumanisme n’est pas le combat de la vie, c’est même exactement l’inverse, puisque ce qui est réduit à la matière n’est pas l’émotion, la vibration de l’âme, ce pont vibrant qui le relie au vivant mais à une dimension qui transcende notre être tout entier. Comme l’écrit[1] Mario-Beauregard chercheure en neuroscience « En dépit de déclarations fracassantes dans les médias grand public, les nouvelles découvertes n’ont pas permis d’expliquer les concepts basiques tels que conscience, l’esprit, le soi et le libre arbitre. Les hypothèses qui réduisent l’esprit aux fonctions du cerveau ou contestent son existence même en sont restés à ce stade- d’hypothèses. Elle ne repose pas sur des démonstrations convaincantes mais sur le matérialisme de promesse contre ce que le philosophe Karl Popper nous a mis en garde ».

En effet pour Karl Popper philosophe des sciences faisait valoir que « L’Univers, nous paraît intuitivement relever de la causalité, d’un enchaînement de causes et de conséquences, comme s’il s’agissait d’une horloge. En réalité, il n’en est rien. Depuis la mécanique quantique de Broglie, nous avons appris que nous vivons dans un univers de probabilités, un univers créatif, non mécaniste, et qui est en expansion. Cet univers est donc fondé sur des événements qui ont été guidés par certaines probabilités. Mais ces probabilités sont en général inégales : les probabilités deviennent des propensions, les phénomènes ayant tendance à s’orienter spontanément dans une seule direction. Donc, Dieu joue bien aux dés, mais les dés sont lestés : physique et métaphysique sont par conséquent indissociables. » (Misère de l’historicisme)

Autrement dit Karl Popper souligne que nous sommes en réalité aux antipodes du déterminisme, que nous avons notre propre liberté, que l’univers a lui-même sa propre liberté, nous ne sommes ni mus, ni contraints, libres de choisir, libres de nous déterminer. La responsabilité individuelle est au cœur même de la vie, cette liberté de l’homme était au cœur de l’Eden, la liberté est une dimension de la sacralité, l’essence devrais-je écrire de la dimension sacrée de notre existence.

Or je prends conscience que nous entrons dans un monde qui entend nous soumettre à l’injonction de ses directives, du poids de ses normes. Comme je l’indiquais dans une conférence ayant pour sujet le transhumanisme ce sera l’éthique du bien faire et non l’éthique de faire du bien, l’éthique du bien faire, c’est celle de la norme qui s’impose pour réguler, l’injonction de la norme qui réduit finalement la dimension de l’intelligence relationnelle, fait de tâtonnements, d’avancées, d’échanges argumentés, de postures, de freins ou d’envies. Le transhumanisme a une vision sociale nécessairement aux antipodes de la liberté, c’est le contraire de la liberté, la liberté qui est l’essence de la sacralisation de la vie. La liberté n’est pas l’autonomie, la liberté n’est pas le relativisme, la liberté est du côté de la vie, la liberté est du côté du sacré, contre la dimension mortifère ou liberticide.

Lors d’une réunion dans les locaux de la vie associative  de Reims, une réunion sur le climat, je m’entretenais des solutions applicables localement et je croisais le regard d’une élève de science po Paris particulièrement brillante mais qui plaçait son discours sur un mode virulent et injonctif prétendant qu’il y avait aujourd’hui urgence de modifier les comportements, or le mode injonctif de son discours s’apparente à un exposé en réalité autoritaire, si certes, je peux comprendre l’urgence, la décision en réalité appartient à tout-à-chacun, de choisir de changer ou non de modèle, de comportement. Or il me semble que la liberté bonne ou mauvaise est bien une caractéristique de la liberté de l’être humain et fait partie de la sacralité de la vie.  La vie ne se gouverne pas avec le monde des normes, la vie est fondée sur l’échange et le relationnel, la sacralité de la vie est dans la dimension de l’échange, du partage, de l’éveil de la conscience.

La sacralité de la vie humaine, se résume selon moi par ce commandement[2] que Jésus considérait comme étant le plus grand. « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est le premier commandement et le plus grand. Et voici le deuxième, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. ».

La sacralité de la vie doit être motivée par notre amour pour Dieu et pour les autres. Nous aimerons notre prochain et nous en prendrons soin (Galates 6.10, Colossiens 3.12-15), nous porterons secours à la veuve et l’orphelin, aux malades et aux laissés pour compte et nous ferons preuve de disponibilité pour protéger les autres contre toute forme de mal, qu’il s’agisse de l’avortement, de l’euthanasie, du trafic de personnes ou toutes les formes d’abus qui violeraient la dimension de la dignité. « La sacralité de la vie humaine peut être le fondement de nos actes, mais l’amour doit en être la motivation ».

[1] Citation extraite du livre « Du cerveau à Dieu » Editeur Guy Trédaniel éditeur. Page 151

[2] Bible évangile de Matthieu chapitre 22. Versets : 37- 39

La noosphère de Teilhard de Chardin, l’autre gnose transhumaniste

Auteur Eric LEMAITRE

La noosphère de Teilhard de Chardin, l’autre gnose transhumaniste

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 Teilhard de Chardin, scientifique théologien et philosophe français, insistait dans ses différents livres et notamment dans Le Phénomène humain sur le caractère inéluctable du progrès de l’évolution, celle-ci s’achèvera selon lui vers une transhumanité « lorsque les consciences, mises en réseau les unes avec les autres, créeront de facto, une sorte de super-être. ». Cette mise en réseau des consciences chez Teilhard s’appelle la noosphère mais le concept est également développé par le chimiste russe Vladimir Vernadsky comme nous l’avions déjà rappelé précédemment. Pour Teilhard la noosphère sera, le point ultime de l’humanité, la fin de cycles de développements, d’une succession de phases de développement de la création.

Le rapprochement osé et parfois contesté entre Teilhard et la gnose transhumaniste tient selon moi à l’idée que Teilhard se fait du progrès, il rejoint la pensée Gnostique lorsque notamment il considère que le monde est inachevé, que la création du monde résulte d’un processus continu. Cette création ou la création plus exactement pour Teilhard est un devenir, la création est inachevée et ceci est bien la thèse soutenue par les gnostiques du premier siècle. Teilhard n’écrira-t-il pas dans une de ses œuvres « Le milieu divin » ceci : « Nous nous imaginions peut-être que la Création est depuis longtemps finie. Erreur, elle se poursuit de plus belle, et dans les zones les plus élevées du monde… Et c’est à l’achever que nous servons, même par le travail le plus humble de nos mains »

Pour Teilhard l’achèvement de la création impliquera donc l’humanité qui sera la source de cette transformation [N’est-il pas écrit pas Teilhard que c’est à cela que nous servons]. Il est évident que Teilhard associe à cette transformation, une dimension spirituelle, et qu’il le fait en effet, en évoquant la figure du Christ. Christ l’auteur de l’achèvement de cette création, mais Teilhard occulte le message de l’évangile fondé sur la dimension du rachat et de la réconciliation du monde au travers de la dimension de la croix. Le mal est au cœur de l’évangile mais la restauration de l’homme ne résulte nullement d’un processus mécanique dont le progrès serait la matrice, le mal est effacé dans la dimension de la croix [Pour Teilhard dans le progrès moral et technique] ce qui suppose et de manière incontournable la réconciliation avec Christ qui prend sur lui le mal qui résulte du péché. La prétention de l’homme de réparer et d’être lui-même l’artisan moral, d’être co-responsable de l’achèvement de cette création constitue de fait le pendant de la gnose chrétienne. Ce qui renforce également le rapprochement entre Teilhard et la conception gnostique, c’est l’idée d’un mouvement, d’une évolution totalisante et universelle qui embrasse l’ensemble des êtres pour aller vers une idée de plénitude. Teilhard a en perspective la vision de l’unité humaine et ceci passe par l’idée d’une évolution continue, dont la matrice est le progrès.

« Le Monde matériel nous apparaît comme suspendu, aujourd’hui, à la conscience spirituelle des hommes. Que nous apprend l’Union créatrice sur l’équilibre et l’avenir de ce système ? – Elle nous avertit formellement que le monde que nous voyons est encore profondément instable et inachevé : instable parce que les millions d’âmes (vivantes ou disparues) incluses aujourd’hui dans le Cosmos forment un multiple branlant qui a besoin, mécaniquement, d’un Centre pour « tenir » ; inachevé, parce que leur pluralité même, en même temps qu’elle représente une faiblesse, est une puissance et une espérance d’avenir, – l’exigence ou l’attente d’une unification ultérieure dans l’esprit […].

 Si le Monde infra-humain est consolidé par nos âmes à nous, le Monde humain, à son tour, n’est concevable que supporté par des centres conscients plus vastes et plus puissants que les nôtres. Et ainsi, de proche en proche (de plus multiple en moins multiple), nous sommes amenés à concevoir un Centre premier et suprême, un oméga, en qui se relient toutes les fibres, les fils, les génératrices de l’Univers, – Centre encore en formation (virtuel), si on envisage la complétion du mouvement qu’il dirige, mais Centre déjà réel aussi, puisque, sans son attraction actuelle, le flux général d’unification ne pourrait soulever le Multiple »

Ainsi la perspective pour les transhumanistes de métamorphoser dans son ensemble l’humanité en une conscience unique dont les éléments seront partagés et interconnectés comme de simples neurones, constitue le socle de la philosophie de Teilhard. Cette vision nie en réalité l’altérité des êtres et la vision biblique de la résurrection des corps. La vision de Teilhard n’est pas la vision biblique car dans l’épilogue Biblique, la création ancienne est anéantie, et Dieu crée de nouveaux cieux et une nouvelle terre. La création actuelle ne sera pas achevée, mais Dieu ouvre une autre perspective en créant de nouveau, des cieux et une terre.

Pour Teilhard de Chardin, le christianisme est la religion du progrès, la religion de l’évolution. Toute son œuvre et son intuition seront marquées par le désir d’un progrès qui s’accomplit dans une figure qui se voudrait Christique (Nous employons ici figure, car la pensée de Teilhard nous semble très éloigné de celle que nous renvoie les évangiles, Christ nous est présenté plutôt comme celui qui s’incarne et épouse la finitude de l’homme pour manifester la grandeur de Dieu, l’église qui est son corps n’est pas l’humanité dans son ensemble mais le peuple de ceux qui ont accepté la dimension de la croix et ce qu’elle symbolise) .

Teilhard de Chardin, percevait l’évolution technique comme une démarche qui doit conduire au « bien général de tous les hommes » et « rendre communément les hommes plus sages et plus habiles. »

Pour le théologien la planète est destinée immanquablement à s’unifier : « Il est inévitable qu’un processus d’unification se trouve amorcé, marqué de proche en proche par les étapes suivantes : totalisation de chaque opération par rapport à l’individu ; totalisation de l’individu par rapport à lui-même ; totalisation enfin des individus dans le collectif humain. »

N’est-ce pas ce que l’on perçoit de nos jours, de ce processus de maillage, totalisant, mis en œuvre via le WEB, même si Teilhard de Chardin évoquait un processus harmonieux qui relève plutôt de l’amour, il n’en demeure pas moins que l’intuition du Théologien est intéressante dans l’optique d’un univers numérique fondé sur les connexions multiples, et le projet d’un égrégore numérique, forme de ruche humaine.

Teilhard de Chardin percevait enfin la technique comme le facteur ultime de l’ascension vers le « Point Oméga », le point ou s’achève le développement de la complexité et de la conscience vers lequel se dirige l’univers, pour imager un cerveau unique amalgamant les consciences, ce qui est en soi aux antipodes du projet initial de la création qui est celui de générer des êtres semblables mais distincts de soi.   Par analogie avec la pensée de Teilhard, la conception transhumaniste défendue par la société Google, devrait de facto nous rendre capable de communiquer entre nous. Ce qui sera rendu possible avec les outils numériques ou quantiques de la techno science nous reliant désormais à l’intelligence artificielle. Nous sommes sur le point de fait par les réseaux de connexions de former un seul et même esprit. C’est un peu ce que Teilhard de Chardin tentait d’expliquer, en évoquant le point Oméga qui représente, selon le théologien, le point ultime du développement de la conscience, vers lequel se dirige l’univers en assemblant la totalité des consciences humaines.

Le transhumanisme de Teilhard est dès lors une idéologie corrélée à la puissance technicienne, cette puissance technicienne est liée aux avancées fulgurantes et à la convergence des NBIC nous faisant en fait entrer dans une forme de totalisation du monde, nourrie par la capacité d’absorber toutes les données associées à la vie sociale des être humains., c’est la fameuse noosphère imaginée par Teilhard et Vladimir Vernadsky c’est-à-dire le déploiement de la technologie la plus sophistiquée capable de concevoir  la sphère de la pensée humaine.

Matrix, Transhumanisme, monisme et pensée matérialiste

La conception purement matérialiste de l’être humain défait ainsi la dimension ontologique, déconstruit cette part de sacré consacré à l’existence humaine. Il s’agit ainsi pour le transhumaniste comme finalement une forme de point d’orgue, résultant d’une succession de thèses philosophiques, d’abolir la notion de finitude qui caractérise l’homme, il convient dès lors de prendre en main un destin qui ne l’enferme plus dans les limites du corps biologique. Comprenons bien ici que le transhumanisme, ne vient pas de nulle part, il se fait finalement l’écho d’une conception ontologique réduite à la seule matière qui prévalait plusieurs siècles plus tôt et dès l’antiquité.

Auteur Eric LEMAITRE 

La thèse matérialiste qui a pleinement prévalu au XIXème siècle mais également présente dans la philosophie grecque notamment chez Thalès, Démocrite, Épicure, Lucrèce, prétend que tout ce qui existe, est une manifestation « mécanique » et physique, que tout phénomène est le résultat d’interactions matérielles. Pour tous ces philosophes, tous les phénomènes associés à notre environnement naturel ou humain résultent d’interactions, de mouvements et de combinaisons d’atomes matériels. Au XVIIème siècle le philosophe Hobbes contemporain de Descartes, contribuera à l’avancement des idées matérialistes et mécanistes, pour Hobbes, tous les phénomènes se ramènent à des réactions purement mécaniques entre les corps et de facto ces phénomènes, embrassent le vivant et par conséquent l’être humain.

Cette approche matérialiste est d’autant plus intéressante que déjà chez Hobbes, la problématique était d’imaginer comment gérer, et contenir la multitude des individus, cette conception matérialiste devra être lue à l’aune des avancées de l’intelligence artificielle, forme de léviathan mécanique, de logiciel codé, la matrice de Matrix[1] qui gouvernera et régulera les individus « matière » qui seront mus et contrôlés par la force mécanique, manipulés par les instruments logiciels fruits du génie humain, fabriqués par l’homme. L’intelligence artificielle offre d’ores et déjà les prémices de ce monde virtuel, artificiel, du futur dystopique où l’homme a déjà pris l’initiative de déléguer à sa machine, le soin d’organiser, d’arbitrer, de nous conduire vers la vie rationnelle pour régler la folie déraisonnable de l’homme émotif, conduit par la seule dimension passionnelle.

Cette conception purement matérialiste de l’être humain défait ainsi la dimension ontologique, déconstruit cette part de sacré consacré à l’existence humaine. Il s’agit ainsi pour le transhumaniste comme finalement une forme de point d’orgue, résultant d’une succession de thèses philosophiques ou théologiques, d’abolir la notion de finitude qui caractérise l’homme, il convient dès lors de prendre en main un destin qui ne l’enferme plus dans les limites du corps biologique. Comprenons bien ici que le transhumanisme, ne vient pas de nulle part, il se fait finalement et de manière tout à fait cohérente, l’écho d’une conception ontologique réduite à la seule matière qui prévalait plusieurs siècles plus tôt et ce dès l’antiquité. Le film Matrix est de fait extrêmement intéressant, riche d’enseignements car au-delà de la science-fiction, le film nous fait entrer dans l’ère des machines ou les êtres humains en sont réduits à n’être que des sources d’énergie, des êtres sans âmes, manipulables. Substantiellement, l’univers  des objets sophistiqués et interactifs à la fois captif et ensorcelant  peut finalement devenir un monde toxique pour l’âme.

Dans cette vision matérialiste, le monisme pose une seule réalité, une seule substance, une forme de totalisation de l’être ne faisant de lui qu’une et même substance biologique ou tout est un ! C’est la mort du libre arbitre, l’homme ne choisit pas, il est déterminé par son auto alchimie, ce que plaide le penseur Yuval Noah Harari, auteur des livres « Sapiens : une brève histoire de l’humanité » et « Homo Deus: Brève histoire de l’avenir » . Yuval Noah Harari, s’appuie sur les découvertes des généticiens et des spécialistes du fonctionnement cognitif associé à l’activité cérébrale, l’analyse de tous nos « choix » serait selon l’écrivain Israélien, réductible aux seuls processus cérébraux électrochimiques dans lesquels la « liberté » n’aurait strictement aucune part, comme chez le reste du règne animal. « Quand une réaction biochimique en chaîne me fait désirer d’actionner l’interrupteur de droite, j’ai le sentiment d’avoir réellement envie d’appuyer sur ce bouton-là. (…) Je ne choisis pas mes désirs. Je ne fais que les sentir, et agir en conséquence. ». C’est ici encore le règne de la matrice, un monde désincarné qui devient l’environnement de l’être humain sans âme.  

Ainsi le réel chez les matérialistes est un tout non dissociable, c’est la vision de Teilhard, celle de sa conception philosophique du monde qui rejoint la vision partagée par l’idéologie transhumaniste. Hobbes se serait finalement émerveillé de son intuition du monde et de l’aboutissement de l’Etat-Léviathan qui tire sa légitimité de cette toute-puissance mécanique, résultant de la capacité de la machine, de réguler le monde, de réguler, de contrôler, d’organiser, de tracer la multitude des individus. Le léviathan est associé dans la bible à une force qui n’a pas de pareil dans la nature, d’équivalent dans le monde, c’est bel et bien la fameuse matrice décrite dans cette saga de science-fiction que nous relations précédemment. La bête que décrit l’évangéliste Jean n’aura de fait aucun équivalent, l’homme sera sous son emprise, soumis en quelque sorte à une forme d’esclavage docile, marquée et fascinée par la toute puissance de cette créature, fruit de ses aspirations idéologiques et résultat de ses inventions prométhéennes.

Mais pour nous Chrétiens, l’origine de la conscience est extérieure à notre monde et à cette matrice virtuelle qui nous enferme, de fait la compréhension de la conscience, de  son fonctionnement est hors de notre portée, nous comprenons de fait que l’enjeu titanesque qui se livre à travers ce combat matérialiste est d’anéantir toute vie intérieure reliée à celle de l’esprit, nous comprenons mieux ce que nous écrivions dans le prologue de ce livre, l’importance de l’amour relationnel, le fait de prendre soin de l’autre, le fait de s’émouvoir de la beauté que nous offre la nature, dont tout nous rappelle que le monde visible a été créé et qu’il émane de l’invisible. Cet invisible que nous pouvons voir avec nos yeux, que nous pouvons seulement voir avec notre cœur, que nous pouvons voir avec la foi.  Pour revenir à nouveau au Film Matrix, nous comprenons ainsi et in fine la dimension sous-jacente du film qui évoque une humanité sous le pouvoir d’un univers virtuel qui artificialise le réel dans lequel les humains sont devenus les prisonniers. Dans ce fil Matrix, la terre est en ruine, c’est un monde sombre, le soleil est caché, la nature est voilée, l’homme a été humilié par ses machines, ces machines qui empêchent l’homme de prendre conscience de son état et lui font simuler une liberté factice.

Le monisme transhumaniste, cette philosophie de la Matrix, s’appuie sur une conception entièrement matérialiste et mécanique, Le monisme transhumaniste perçoit la conscience comme un phénomène émergent, dont le support s’appuie exclusivement sur les atomes de notre corps, le cerveau support de la conscience en est réduit à une suite de contacts fonctionnels, par une série de signaux, d’informations déclenchés dans les neurones présynaptiques. L’information est transmise au moyen des neurotransmetteurs constituant le cerveau, De fait la conscience pourrait être réplicable en recopiant matériellement le cerveau humain. L’homme est ainsi une machine comme l’écrivait en 1748 Julien Offroy de La Mettrie dans son livre « l’homme machine « Le corps humain est une Machine qui monte elle-même ses ressorts ; vivante image du mouvement perpétuel » ,

Julien Offray de La Mettrie, précurseur du transhumanisme considérait ainsi que l’esprit devait être vu comme une suite déterminée et mécaniste de l’organisation sophistiquée de la matière dans le cerveau humain, Cette représentation de l’homme rejoint celle des transhumanistes et la vision des tenants d’une intelligence artificielle consciente

Il ajoutait également que l’« l’âme n’est qu’un principe de mouvement, ou une partie matérielle sensible du cerveau, qu’on peut, sans craindre l’erreur, regarder comme un ressort principal de toute la machine, qui a une influence visible sur tous les autres, et même paraît avoir été fait le premier ; en sorte que tous les autres n’en seraient qu’une émanation… ».

Comme l’écrit[1] Thierry Magnin Physicien et théologien, le problème du matérialisme est qu’il est mis à mal par la physique quantique, la physique quantique tendrait à montrer que « la matière n’est pas  chosifiable » que le réel échappe au physicien, le réel est voilé finalement au physicien, le réel ajoute à nouveau Thierry Magnin « est le magnifique signe de liberté qui devrait nous conduire à ne pas nous approprier le réel mais à le recevoir et l’écouter », le réel reste comme voilé aux scientifiques qui expérimentent alors une forme « d’incomplétude » devant celui-ci, le réel est en soi inatteignable, inaccessible par le scientifique, c’est cette réalité que ce monde de l’immanence matérialiste entend finalement nous cacher, comme dans la « matrix », l’homme crée sa propre machine pour nous empêcher de connaitre Dieu au moyen du cœur, le cœur aliéné par cette conception matérialiste que le transhumaniste s’est forgée.

[1] Je fais référence au livre de Thierry Magnin Théologien et Philosophe « Penser l’humain au temps de l’homme augmenté », la référence de cette réflexion est tirée de son livre publié par Albin Michel page 196.

[1] Dans cette série de films de science fiction, Matrix, les machines ont pris le contrôle du monde, les machines utilisent les êtres humains comme source d’énergie. Les machines se promenant dans le monde réel afin de tuer toute forme de vie non autorisée. Elles sont contrôlées par Deus Ex Machina (interface centrale de la ville des machines).

[2] Je fais référence au livre de Thierry Magnin Théologien et Philosophe « Penser l’humain au temps de l’homme augmenté », la référence de cette réflexion est tirée de son livre publié par Albin Michel page 196.

Faust et son rêve transhumaniste : le nouveau leurre

Faust[1] le transhumaniste

rêve de posséder toute la connaissance universelle,

Dans la quête aujourd’hui et d’une soif absolue des connaissances notamment dans les domaines de la génétique et des processus cognitifs qui touchent le domaine de nos cerveaux, les transhumanistes feraient bien de consulter cette fable écrite par Goethe à la fin du XVIIème siècle. Les transhumanistes déploient le même effort engagé par Faust, celui de la connaissance universelle qui prétend solutionner les problématiques vécues aujourd’hui par l’ensemble du genre humain et leur apporter le bonheur artificiel. Or ambitionner la connaissance parfaite des modes de fonctionnement de notre patrimoine génétique, des secrets qui touchent à toute la dimension du vivant afin de parfaire l’inachevé, est une forme de fable contemporaine, un autre épisode du fantasme du Docteur Faust qui espérait trouver le graal l’objet mythique de la légende arthurienne, présentant au monde de nouvelles connaissances lui permettant de lui ouvrir de nouvelles perspectives plus heureuses.

Johann Wolfgang von Goethe écrit une œuvre magistrale considéré comme l’une des œuvres les plus importantes de la littérature allemande « Faust ». L’histoire racontée par Goethe décrit le destin obsessionnel, funeste et tragique d’un savant frustré et déçu de ne pas parvenir à la connaissance universelle.  Ne trouvant finalement plus aucune certitude dans son art, peiné de ne pas aboutir à son projet  il finit par désespérer, tant et si bien qu’ il songea de mettre fin à sa vie.  Sur le point de basculer, Faust passe une forme de contrat, de pacte avec le Diable, ce dernier a la permission de Dieu de pervertir son âme et d’assouvir ses désirs. Le mythe n’est pas tout à fait une fiction, puisque le personnage de Faust qui a inspiré Goethe a été rencontré par le réformateur protestant Martin Luther, le personnage côtoyé par Martin Luther, pratiquait la magie noire et affirmait qu’il était capable de produire des miracles identiques à ceux accomplis par Jésus, il confessa même à un autre moine d’avoir fait don de son âme à Satan, « être sien dans l’éternité ».

 Pour revenir à l’œuvre, dans cette fiction écrite par Goethe, Faust est un alchimiste qui aspire depuis son plus jeune âge à posséder la connaissance universelle, de sonder les secrets de l’univers et de dévoiler les mystères qui entourent la création.

 Méphistophélès est l’émissaire de Satan, il apostrophe Dieu et évoque la situation de Faust commentant sa soif infinie de connaissances. Méphistophélès décrit alors l’ambition démesurée du Docteur Faust sa frustration permanente. Dans ce dialogue l’émissaire de Satan souligne son état psychologique « Il est demi-conscient, je crois, de sa folie. Il voudrait décrocher les étoiles des cieux, Se gorger des plaisirs les plus délicieux Et rien, proche ou lointain, de ce qu’offre la vie ». Pourtant Dieu a compassion de l’état de Faust et le dépeint comme étant simplement dans l’obscurité, Dieu souligne qu’il le conduira bientôt à la lumière !  Méphistophélès provoque alors Dieu et lui lance le pari de détourner Faust, de pervertir son âme « Bon ! Que pariez-vous ? Je vais, à mon plaisir, Vous le gagner aussi. Donnez-moi donc licence. Tout doucement, de vous le pervertir ! ».

Le début de ce dialogue me fait songer à celui de Job, c’est Dieu qui se promène sur toute la terre et voit l’âme de son serviteur Job et invite Satan à prendre note que Job dans toute l’humanité est un homme à part, un homme juste ! Il est vrai qu’entre Job et Faust, la différence de nature est significative, Job est un homme prospère, il sert Dieu, c’est une âme juste, la situation de Faust est à l’inverse, c’est une figure totalement opposée,  antagoniste, Faust a un appétit démesuré de connaissances, et c’est un homme frustré sur le point de capituler faute de parvenir à ce fantasme de connaissance universelle.

Et c’est ainsi qu’à la porte de la mort, le docteur Heinrich Faust, alors qu’il songe à se suicider, sympathise avec le diable qui lui promet le bonheur. Avant son entrevue avec l’émissaire de Satan, Faust l’âme tourmentée affiche son découragement « J’ignore le doute et n’ai peur ni de l’enfer, ni de son diable… Mais je suis, pour cela, privé de tout bonheur, Je cherche vainement quel savoir véritable Je pourrais enseigner à l’homme misérable Pour le reconvertir et le rendre meilleur ! ».

Le transhumanisme joue manifestement ici le rôle de Méphistophélès enseigner à l’homme comment le rendre meilleur et lui conférer des pouvoirs artificiels [surnaturels], dans le sens ou l’augmentation surnaturelle physique et cognitive s’apparente à un dépassement des limites dans lequel l’homme est encarté.

Le transhumanisme professe ainsi et finalement la libération de l’homme en artificialisant le bonheur.

Le transhumanisme promet le bonheur, le paradis artificiel en échange pour l’homme de lui abandonner son âme, toute vie intérieure comme nous l’avions déjà mentionné. C’est cette dualité du bonheur qui au cœur de la promesse transhumaniste. Le transhumanisme c’est finalement l’imposture de Méphistophélès, le miroir aux alouettes, les fausses promesses. Les transhumanistes sont de la sorte les marchands de la vie artificielle qui veulent nous faire goûter leurs pilules, nous faire essayer leurs prothèses magiques mais détruisent en échange notre âme, ce qui fait l’intime et le mystère de la vie.

[1] Pour accéder et lire l’œuvre de Johann Wolfgang von Goethe  http://www.rocler.qc.ca/cduret/usher/faust.html

L’éternité de la Nymphe Calypso est un jour comme un autre jour

Comme le monde de la Calypso, le monde transhumaniste qui promet la volupté factice d’une vie prolongée, évoque peu la dimension intérieure, la véritable intériorité recherchée par Ulysse celle de l’amour des êtres éphémères.  Le monde transhumaniste semble se focaliser sur la matière, la possession de la matière. Or réduire la vie à la dimension de la matérialité, c’est aliéner en quelque sorte le sensible, cette composante de l’âme, de la vie intérieure. Il vaut mieux vivre intensément cette vie intérieure sans être possédé par le monde des objets.

Attribuée à l’aède Homère (fin du du VIIIème siècle av. J.-C), composée après l’Illiade, l’Odyssée relate le voyage entrepris par Ulysse à son retour de la guerre de Troyes et qui mit près de dix années avant de revenir à son île d’Ithaque sa patrie pour y retrouver sa famille. Dans l’épopée d’Ulysse et son retour à Ithaque, son voyage est mouvementé, éprouvé, perturbé, troublé et même dérouté par le Dieu Poséidon. Dans ce voyage tumultueux, un des récits, relaté par Homère s’arrête sur la mystérieuse nymphe Calypso, [celle qui dissimule]. La nymphe tente de le charmer, elle retient Ulysse pendant 7 années, éperdument amoureuse, la Nymphe lui promet l’éternité, mais cette éternité est un jour comme un autre, Ulysse se morfond et veut rentrer à Ithaque, retrouver sa femme Pénélope et son fils Télémaque.

Lors d’une étude biblique, un ami nous partagea cette parole de l’ecclésiaste « A quoi bon vivre deux fois mille ans, sans jouir du bonheur ». Ulysse ne sembla pas jouir de ce bonheur, Ulysse fut comme enveloppée par la Nymphe, mais cette éternité-là promise par la Nymphe était loin finalement de cette vie intérieure qu’il connaissait au sein de son Ile Ithaque, auprès de son épouse Pénélope, loin finalement de ce bonheur éphémère.

 Le bonheur en hébreu est Towb, ce qui signifie bien avec, être heureux, le bonheur nous renvoie en soi au bonheur intérieur, à un bonheur également partagé avec, à une joie également indicible.

Comme le monde de la Calypso, le monde transhumaniste qui promet la volupté factice d’une vie prolongée, évoque peu la dimension intérieure, la véritable intériorité recherchée par Ulysse celle de l’amour des êtres éphémères.  Le monde transhumaniste semble se focaliser sur la matière, la possession de la matière. Or réduire la vie à la dimension de la matérialité, c’est aliéner en quelque sorte le sensible, cette composante de l’âme, de la vie intime. Il vaut mieux vivre intensément cette vie intérieure sans être possédé par le monde des objets. Le transhumanisme est de fait une perte de sens, l’existentialisme transhumaniste ne rêve pas l’émotion, un jour est un jour comme un autre jour régulé par la matière interactive qui nous enveloppe (la calypso) et régit notre vie, qui entend aussi effacer le souvenir d’Ithaque, le ressenti au plus profond de soi, l’amour.

Le monde de l’homme augmenté est celui de la performance, de l’amélioration de soi [cognitif ou physique] mais non cette dimension de profondeur. Le monde transhumaniste entend abolir finalement la faiblesse, la fragilité, la finitude, l’éphémère, un jour dans cet univers de la vie prolongée sera un jour comme un autre jour. Est-ce là le vrai bonheur s’interroge le Qohèleth, celui qui s’adresse en hébreu à la foule, ainsi Salomon l’auteur de l’ecclésiaste aurait-il pu proclamer l’inanité, la vanité, la folie de cette vision partagée par les idéologues du transhumanisme d’une vie indéfiniment prolongée sans la quête relationnelle, sans la quête du bonheur, sans vie intérieure, sans réel lendemain.

L’épopée transhumaniste de Gilgamesh

Entre Gilgamesh vieux récit de Mésopotamie et les transhumanistes, il serait sans doute judicieux de s’interroger de la pertinence de cet étrange rapprochement. Au fond sans tourner autour du pot, le rapprochement s’inscrit bien dans la quête de l’immortalité, l’obsession des transhumanistes mais qui était aussi celle de l’épopée de Gilgamesh. Cette épopée  est un des plus anciens et vieux récits épiques de Mésopotamie, récit écrit sur une tablette cunéiforme par le scribe Mésopotamien Unini vers 2650 av. J.-C

Gilgamesh est finalement et en quelque sorte l’avatar contemporain de ces nouveaux apôtres de la Silicon Valley en quête d’immortalité, une quête technologique de la reconquête de l’arbre de vie. Une quête sans conscience, sans conscience qu’au bout de ce voyage, comme le relate le récit sumérien, le serpent s’emparera de la plante et plongera l’homme dans le désarroi, le désespoir, rendant ainsi vain toute tentative de vaincre la mort. La légende sumérienne illustre cette vanité en quelque sorte de l’homme de vouloir s’extraire de sa condition et de modifier ainsi sa destinée en prétendant retrouver le chemin de l’éternité.

La légende sumérienne nous relate donc la quête de l’immortalité de Gilgamesh. Gilgamesh est le cinquième roi de la première dynastie d’Uruk. Le récit nous relate la colère des Dieux et notamment d’un Dieu contre la totalité de l’humanité, le Dieu Enlil qui fit le projet de détruire tout le genre humain en provoquant un déluge. Ce vieux récit antérieur à la Bible n’est pas sans nous rappeler l’épisode du même déluge relaté dans le premier livre du pentateuque.

Le Dieu Enlil prit soin d’avertir Utanapishtim (Noé dans le récit biblique) de son projet fomentant de faire disparaître toute trace de vie humaine. La divinité chargea Utanapishtim [Noé] d’amener sa famille et ses proches, ainsi qu’une partie des animaux de la terre. L’inondation atteindrait tous les animaux et les humains qui n’avaient pas  été abrités dans le navire, un récit identique à celui rapporté dans le livre de genèse dont les similitudes avec le texte sumérien sont fascinantes.

Uta-Napishtim [Noé] qui fut épargné par le déluge en raison de sa fidélité envers les Dieux, reçut de leur part la vie éternelle. Entre temps Gilgamesh traumatisé par la mort de son ami Enkidu décide de ne pas mourir et se met en quête de rechercher l’éternité. Gilgamesh entame alors un voyage pour rencontrer celui qui fut épargné par le déluge et qui reçut des dieux, la faveur de devenir immortel, Gilgamesh rencontrant Uta-Napishtim, l’interrogea et lui demande les secrets de la vie éternelle. Uta-Napishtim [Noé] tout en conseillant Gilgamesh le mit en garde de cette quête vaine et dangereuse mais cependant révèle alors l’existence d’une plante mystérieuse capable de répondre à ce besoin d’immortalité éprouvé par Gilgamesh. Gilgamesh, reprit alors espoir, partit à la conquête de la plante au péril de sa vie et l’emporte avec lui dans son voyage de retour à Uruk… Mais à son retour, la plante lui est subtilisé par un serpent.

Le serpent est ici et finalement le symbole de la condition humaine, la condition de l’homme déchu relaté dans le livre de la Genèse. La mort est l’épilogue de l’homme déchu, son salaire en quelque sorte. De fait l’arbre de vie devient inaccessible comme le rapporte le livre de la genèse. Lorsque il prend conscience de l’impair, Gilgamesh désespère et se déplore de cette situation existentielle. Il louvoie et hésite à reprendre le chemin pour se mettre à nouveau en quête de trouver cette plante, finalement il abandonne apprenant que son rêve d’immortalité n’est qu’une vaine illusion.

Il y a là comme une forme d’analogie étonnante avec l’épilogue du livre de la genèse qui évoque cette rupture entre l’homme et son créateur, chassé du Paradis, deux chérubins s’interposent et interdisent l’accès à l’arbre de vie [La plante qui procure la vie éternelle] « Il mit à l’orient du jardin d’Éden les chérubins qui agitent une épée flamboyante, pour garder le chemin de l’arbre de vie » (Genèse 3, 24). Le récit de Gilgamesh est certainement l’évocation de cette aspiration à retrouver sa condition initiale de l’Adam non déchu et nourri par l’arbre de vie, lui assurant si possible son éternité.

Le transhumanisme est de fait l’aspiration trouble de l’homme déchu, désireux de revenir en Eden tout en s’affranchissant de tout accès par Dieu. L’homme errant devenu démiurgique se faisant ainsi l’égal de Dieu, auteur de son projet d’homme augmenté mais désespéré de lui, ne pas réaliser son fantasme car au bout de ce voyage, de cette frénétique quête d’immortalité, il rencontre le serpent qui s’empare de sa trouvaille, son arbre technologique, la connaissance sans l’éternité.

Réflexion sur l’Intelligence artificielle

Réflexion de Maxime GEORGEL

à propos de l’Intelligence Artificielle 

L’écart et même le fossé entre le niveau actuel d’instruction et celui des générations passées est désastreux. Notre époque a réussi le double exploit, par la sur-spécialisation des savoirs académiques, d’accumuler une quantité de savoir collectif immense et de diminuer en même temps le savoir individuel : rares sont ceux qui ont une vision d’ensemble, ils se confient plutôt en des experts et bientôt aux Intelligences Artificielles et démontrent la maxime de Suétone : chacun préfère plutôt croire que juger (De Vita Beata). Cet exploit nous permet d’être arrogant en regardant ces « anciens ignorants et illettrés » tout en ne leur arrivant pas à la cheville.
Placer ainsi notre savoir dans des communautés d’experts et dans des clouds ne nous rendra au final pas plus intelligents, même pas collectivement. Car la pensée humaine, dans son unité, est loin d’être comparable à la société humaine et encore moins à une pseudo-intelligence artificielle. Si l’on utilise l’IA ainsi, on aboutira surtout à une BR : une Bêtise Réelle.
J’ai pu constater ce fossé au cours de mes lectures ces dernières années. Mon livre préféré de philo ? Le premier tome d’une introduction à la philo… destinée au lycéen des années 50. Ou alors quand j’ai réalisé que les 5 volumes d’histoire de France que je m’apprêtais à lire s’intitulaient « Histoire de France racontée à mes petits enfants ». Ou encore lorsqu’au Cameroun j’ai pu feuilleter ces anciens manuels français de littérature, pour une filière équivalent à notre Bac pro où l’on pouvait voir une étude approfondie de plus de 50 auteurs classiques français, en commençant par Clément Marot, le huguenot célèbre pour sa versification des Psaumes de David. Ou encore lorsque j’ai ouvert ce manuel d’histoire de France de CM1 des années 50 alors que je visitais un ami près d’Aix-en-Provence. Ou encore quand j’ouvre ces théologies systématiques du XVIIème-XVIIIème et que je réalise avec douleur que probablement aucun théologien de nos jours n’aurait pu écrire un seul de ces volumes.
Soyez-en conscients : oui nous savons lire aujourd’hui et oui nous accomplissons des prouesses technologiques inédites, mais ce n’est pas parce que la société, par ses experts sur-spécialisés, dans laquelle nous vivons fait cela que nous sommes plus intelligents au niveau individuel. Bien au contraire.
On m’a dit une fois qu’il était désormais impossible de devenir un polymathe, ces savants de la Renaissance qui étaient érudits dans tous les domaines. Je pense aujourd’hui que c’est faux. S’il est vrai que la somme des connaissances humaines est aujourd’hui trop grande pour être maîtrisée par un seul homme, il est toutefois possible d’atteindre un niveau moyen entre la précision académique et l’exposition populaire, avec la rigueur du premier mais le bon sens et le jugement synthétique du second. Comme l’a dit Aristote, l’homme éduqué libéralement peut juger des arguments, et un esprit ouvert est capable de traverser les disciplines et de voir l’unité de la connaissance sans tomber dans des simplifications bon marché et des généralisations excessives. C’est l’ambition que j’ai pour moi et mes enfants, si Dieu m’en donne.
Un dernier mot au sujet de Dieu et de l’Eglise justement. On sera étonné d’apprendre que le chapitre 2 de la discipline des églises réformées à l’époque de Calvin concerne l’instruction et les écoles. Autrement dit, l’Eglise considérait que l’éducation des enfants était une question de discipline d’Église ! Et que ce sujet était tellement important qu’il fallait le traiter dès le début (il y a 14 chapitres à ce document disciplinaire). Pourquoi cela ? Car l’instruction, dans toute la Bible (qui ne sépare pas, je le pense, morale et savoir), est une tâche qui incombe aux parents et aux familles et non à l’État. L’Eglise étant une famille de familles, c’est à elle d’agir ici. Je ne veux pas dire par cela que les parents ont pour devoir de mettre leurs enfants dans des écoles chrétiennes ou de leur faire école à la maison (même si cela me semble être des choix éducatifs excellents).
L’éducation et la santé de l’Eglise sont intimement liées. C’est le monde de Dieu que les sciences étudient, c’est en étant des créateurs à l’image du Créateur que les arts glorifient Dieu, c’est par les lettres et les sciences que s’est faite la Réforme. Nous n’aurons pas de réveil durable (c’est-à-dire de Réforme) de notre pays sans révolution de l’éducation.

« L’abolition de l’homme? » de CS LEWIS

L’avertissement que CS Lewis nous livre un véritable pamphlet contre ces idéologies mortifères qui se moquent du bien, de la morale transmise (son livre est écrit dans les contextes du Nazisme. « L’abolition de l’homme » est rédigé pendant la seconde guerre mondiale, sans que pour autant le nazisme soit nommé ). Le livre de CS LEWIS,  n’a pas pris une seule ride dans les contextes de la vacuité de notre modernité : cette modernité qui tente de nous affranchir  de toute valeur, en refusant de soumettre nos découvertes scientifiques à des normes morales universelles. Depuis des siècles, ce mouvement de déconstruction s’est accéléré en quelques décennies, tend toujours plus à dénaturer l’homme et pour reprendre l’expression de CS LEWIS à l’abolir, abolir l’homme dans ce qu’il a d’unique et de sacré.

« Nous faisons des hommes sans cœur et attendons d’eux vertu et hardiesse. Nous tournons l’amour en dérision et sommes choqués de trouver des traîtres parmi nous. » 
C.S. Lewis

 Le Livre  court mais magistral,  [Livre de 90 pages] nous entraîne dans une dimensions prophétique  dense…. Ce livre est destiné à nous tous, à n’importe qui d’entre nous, à ceux qui remettent en question l’idée d’une morale universelle qui transcende l’histoire.

Le livre est écrit en réponse à une phrase malheureuse que l’écrivain britannique a trouvée dans un manuel scolaire, C.S. Lewis la soumet à l’analyse et il y décèle une vision du monde qui nie toute valeur objective. CS LEWIS [1898-1963]  s’interroge sur ces valeurs que nous léguons au monde et de ce monde futur qui se prépare …

Pour CS LEWIS, une nouvelle tragédie se dessine depuis plusieurs siècles sur le continent Européen. L’homme démiurgique en raison de sa puissance technicienne a aujourd’hui la capacité de soumettre toute la nature à sa volonté, il a, grâce au développement technique, la possibilité que la création dont il n’est pas l’auteur lui soit ordonnée.  L’homme dans sa vanité cherche de plus en plus à s’en affranchir. « Or maîtriser la nature et la mettre au service de l’homme est une chose, mais cette situation aboutie, paradoxalement, au contrôle de l’homme ».

Ainsi; pour CS LEWIS, il est essentiel de bannir la relativité des idées morales,  de transmettre une vérité solide pour ne pas subir demain le diktat des désirs qui franchissent le Rubicon après le déni de toute morale universelle .

« En un mot, l’ancienne éducation était une sorte de propagation – des hommes transmettant l’humanité à des hommes – la nouvelle n’est que propagande »

Dans cette optique, l’écrivain et universitaire britannique, auteur du monde de Narnia considère la nécessité de former les cœurs, ce qui passe par l’acquisition de sentiments, d’une vraie sensibilité à l’autre. « Vouloir faire des hommes durs, des hommes sans cœur« , c’est selon CS LEWIS, conduire le monde et notre jeunesse à la tyrannie des propagandes futures.

L’analyse qu’entreprend CS LEWIS; le conduit à débusquer comme à démasquer les sinistres conséquences d’un rejet de toute morale. Ce livre magistral, se termine par la description prémonitoire et apocalyptique de l’instant où l’homme fera de lui-même la matière de ses propres inventions et manipulations.

« Il y a quelque chose qui unit la magie et la science appliquée tout en les séparant toutes les deux de ce que les siècles précédents appelaient la ″sagesse″. Pour les sages d’autrefois, le problème essentiel était de mettre l’âme en conformité avec la réalité, et les moyens d’y parvenir étaient principalement la connaissance, l’autodiscipline et la vertu. Pour la magie, aussi bien que pour la science appliquée, le problème principal est de soumettre la réalité aux désirs humains ; et la solution est une technique ; dans la mise en pratique de cette dernière, toutes les deux sont disposées à faire des choses considérées jusqu’alors comme repoussante et impies –comme déterrer et mutiler les morts . »

L’avertissement que CS Lewis nous livre un véritable pamphlet contre ces idéologies mortifères qui se moquent du bien, de la morale transmise (son livre est écrit dans les contextes du Nazisme. « L’abolition de l’homme » est rédigé pendant la seconde guerre mondiale, sans que pour autant le nazisme soit nommé ). Le livre de CS LEWIS,  n’a pas pris une seule ride dans les contextes de la vacuité de notre modernité : cette modernité qui tente de nous affranchir  de toute valeur, en refusant de soumettre nos découvertes scientifiques à des normes morales universelles. Depuis des siècles, ce mouvement de déconstruction s’est accéléré en quelques décennies, ce mouvement comme un ouragan  tend toujours plus à dénaturer l’homme et pour reprendre l’expression de CS LEWIS à l’abolir, abolir l’homme dans ce qu’il a d’unique et de sacré.

« Les professeurs ne façonnaient pas l’homme selon un modèle choisi. Ils transmettaient ce qu’ils avaient reçu ; l’enseignant initiait le jeune néophyte au mystère de l’humain qui les recouvrait l’un et l’autre de sa majesté. (. . .) Cela change désormais. Les valeurs ne sont plus que de simples phénomènes naturels. Dans le cadre du conditionnement, on s’efforce de produire chez l’élève des jugements de valeur. (. . .) Ils [les pédagogues] savent comment produire une conscience et décident quel genre de conscience ils veulent produire. Eux-mêmes se situent en dehors, au-dessus …. Les conditionneurs vont par conséquent devoir choisir quel genre de Tao artificiel ils veulent, pour des raisons qui leur sont propres, produire dans l’espèce humaine. Ils pousseront les autres à agir, ils seront créateurs de motivations. Mais d’où tireront-ils eux-mêmes leurs motifs d’agir ? »

Dans les contextes du transhumanisme, ce livre est à lire de toute urgence….