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Réflexion sur l’Intelligence artificielle

Réflexion de Maxime GEORGEL

à propos de l’Intelligence Artificielle 

L’écart et même le fossé entre le niveau actuel d’instruction et celui des générations passées est désastreux. Notre époque a réussi le double exploit, par la sur-spécialisation des savoirs académiques, d’accumuler une quantité de savoir collectif immense et de diminuer en même temps le savoir individuel : rares sont ceux qui ont une vision d’ensemble, ils se confient plutôt en des experts et bientôt aux Intelligences Artificielles et démontrent la maxime de Suétone : chacun préfère plutôt croire que juger (De Vita Beata). Cet exploit nous permet d’être arrogant en regardant ces « anciens ignorants et illettrés » tout en ne leur arrivant pas à la cheville.
Placer ainsi notre savoir dans des communautés d’experts et dans des clouds ne nous rendra au final pas plus intelligents, même pas collectivement. Car la pensée humaine, dans son unité, est loin d’être comparable à la société humaine et encore moins à une pseudo-intelligence artificielle. Si l’on utilise l’IA ainsi, on aboutira surtout à une BR : une Bêtise Réelle.
J’ai pu constater ce fossé au cours de mes lectures ces dernières années. Mon livre préféré de philo ? Le premier tome d’une introduction à la philo… destinée au lycéen des années 50. Ou alors quand j’ai réalisé que les 5 volumes d’histoire de France que je m’apprêtais à lire s’intitulaient « Histoire de France racontée à mes petits enfants ». Ou encore lorsqu’au Cameroun j’ai pu feuilleter ces anciens manuels français de littérature, pour une filière équivalent à notre Bac pro où l’on pouvait voir une étude approfondie de plus de 50 auteurs classiques français, en commençant par Clément Marot, le huguenot célèbre pour sa versification des Psaumes de David. Ou encore lorsque j’ai ouvert ce manuel d’histoire de France de CM1 des années 50 alors que je visitais un ami près d’Aix-en-Provence. Ou encore quand j’ouvre ces théologies systématiques du XVIIème-XVIIIème et que je réalise avec douleur que probablement aucun théologien de nos jours n’aurait pu écrire un seul de ces volumes.
Soyez-en conscients : oui nous savons lire aujourd’hui et oui nous accomplissons des prouesses technologiques inédites, mais ce n’est pas parce que la société, par ses experts sur-spécialisés, dans laquelle nous vivons fait cela que nous sommes plus intelligents au niveau individuel. Bien au contraire.
On m’a dit une fois qu’il était désormais impossible de devenir un polymathe, ces savants de la Renaissance qui étaient érudits dans tous les domaines. Je pense aujourd’hui que c’est faux. S’il est vrai que la somme des connaissances humaines est aujourd’hui trop grande pour être maîtrisée par un seul homme, il est toutefois possible d’atteindre un niveau moyen entre la précision académique et l’exposition populaire, avec la rigueur du premier mais le bon sens et le jugement synthétique du second. Comme l’a dit Aristote, l’homme éduqué libéralement peut juger des arguments, et un esprit ouvert est capable de traverser les disciplines et de voir l’unité de la connaissance sans tomber dans des simplifications bon marché et des généralisations excessives. C’est l’ambition que j’ai pour moi et mes enfants, si Dieu m’en donne.
Un dernier mot au sujet de Dieu et de l’Eglise justement. On sera étonné d’apprendre que le chapitre 2 de la discipline des églises réformées à l’époque de Calvin concerne l’instruction et les écoles. Autrement dit, l’Eglise considérait que l’éducation des enfants était une question de discipline d’Église ! Et que ce sujet était tellement important qu’il fallait le traiter dès le début (il y a 14 chapitres à ce document disciplinaire). Pourquoi cela ? Car l’instruction, dans toute la Bible (qui ne sépare pas, je le pense, morale et savoir), est une tâche qui incombe aux parents et aux familles et non à l’État. L’Eglise étant une famille de familles, c’est à elle d’agir ici. Je ne veux pas dire par cela que les parents ont pour devoir de mettre leurs enfants dans des écoles chrétiennes ou de leur faire école à la maison (même si cela me semble être des choix éducatifs excellents).
L’éducation et la santé de l’Eglise sont intimement liées. C’est le monde de Dieu que les sciences étudient, c’est en étant des créateurs à l’image du Créateur que les arts glorifient Dieu, c’est par les lettres et les sciences que s’est faite la Réforme. Nous n’aurons pas de réveil durable (c’est-à-dire de Réforme) de notre pays sans révolution de l’éducation.

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