La « nomophobie » ou l’angoisse d’être privé de son téléphone portable

Auteur 

le philosophe Didier Martz

www.cyberphilo.org

Si vous vous sentez angoissé à l’idée de perdre votre téléphone portable ou si vous êtes incapable de vous en passer plus d’une journée, consultez-vite votre médecin : vous êtes atteint de « nomophobie ». Il ne s’agit pas d’une peur de la loi comme pourrait le laisser entendre la racine grecque nomos qui signifie loi. Loin de là, la « nomophobie » est la contraction de « no mobile phobia« , l’angoisse de ne plus avoir son portable. Des études menées auprès d’utilisateurs de mobiles révèlent que la majorité d’entre eux se disent « très angoissés » à l’idée de perdre leur téléphone et beaucoup avouent qu’il leur est « impossible » de passer plus d’une journée sans lui. Qui d’ailleurs n’a pas vu celui-là plongé la main précipitamment dans la poche pour vérifier que l’objet est encore à sa place, le consulter, le replacer et, en proie au doute, replonger la main tout aussitôt après.

Pour désigner ce comportement obsessionnel et compulsif, on userait volontiers du terme d’addiction. Selon le dictionnaire,  l’addiction désigne l’asservissement d’un sujet à une substance ou une activité dont un individu a contracté l’habitude par un usage plus ou moins répété. C’est le cas pour l’usage intensif du téléphone portable même si le terme semble plus adapté à la toxicomanie. Il engendre néanmoins des états de dépendance psychique et/ou physique.

L’état de manque engendré par la perte de l’objet en question ne tient vraisemblablement pas à l’objet lui-même. Et comme il est tout aussi difficile de penser qu’il est indispensable d’être 24 heures sur 24 en contact permanent avec des proches ou avec le monde entier pour faire face à une improbable situation d’urgence, il faut bien que cet objet ait une autre fonction.

Alors quoi ? Le téléphone portable en concentrant ce qu’on appelle des fonctionnalités de plus en plus étendue est devenu un prolongement de nous-mêmes. C’est une sorte d’orthèse, c’est-à-dire, un appareil orthopédique servant à compenser une partie du corps affaiblie ou anormale. La genouillère est au genou ce que le mobile est à une mémoire fragilisée. C’est aussi une prothèse, un appareil destiné à remplacer, en tout ou en partie, un organe, un membre amputé, déformé ou mal formé et à lui restituer sa fonction et/ou son aspect original. La prothèse du genou remplace le cartilage usé comme le mobile par GPS incorporé, se substitue au sens de l’orientation. L’oreillette s’incorpore, bientôt une puce se greffera dans le cerveau.

Prothèse ou orthèse, le portable remplace progressivement une faculté vitale : le désir. Il donne tout tout de suite, fait faire l’économie de l’impatience, de l’attente. Il empêche d’éprouver le manque et par conséquent le désir. Il suffit de cliquer ou de caresser tactilement. Jouir sans différer, sans attendre, avoir tout à portée de mains, tel est le nouvel homme : l’homo mobilus portabilis. Privé de son portable, il retrouve l’insupportable manque. Il est en manque, donc.

Ou alors, il est un objet transitionnel, celui de Winicott, sorte de « ninnin » chargé de remplacer la mère manquante.

Ainsi va le monde

Didier Martz

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De notre rapport à la vérité

Qu’est-ce que donc que la vérité ? Une multitude mouvante de métaphores, de métonymies, d’anthropomorphismes, bref, une somme de relations humaines qui ont été poétiquement et rhétoriquement haussées, transposées, ornées, et qui, après un long usage, semblent à un peuple fermes, canoniales et contraignantes : les vérités sont des illusions dont on a oublié qu’elles le sont… [3]

Que se passe-t-il alors ? La vérité n’existe pas, tout est relatif. Notre société s’est profondément imprégnée de cette idée. Mon Petit Larousse (1998) poursuit ainsi sa définition :

Idée, proposition qui emporte l’assentiment général ou s’accorde avec le sentiment que quelqu’un a de la réalité. Vérités mathématiques.

Quel exemple ! Si tel est l’assentiment général (la voix de la majorité) ou mon sentiment subjectif (à chacun sa vérité), deux plus deux ne feraient plus quatre ?

Trouver cela dans un Larousse du siècle dernier m’a fait prendre conscience que cela fait bien longtemps que nous nous sommes habitués au « tout est relatif », au point, peut-être, de l’avoir intériorisé, de l’avoir fait nôtre. Il est devenu malséant de parler de vérité tout autant qu’il est devenu malséant de parler de Dieu, à tel point que nous-mêmes, nous n’osons pas toujours, publiquement, le faire. Dans notre combat contre les lois bioéthiques, pour atteindre un public large, de peur de gêner ‘‘certains’’, nous n’osons pas dire cette vérité : si la vie est sacrée, c’est parce que Dieu l’a établi ainsi. Malgré nos bonnes intentons, cette omission n’affadit-elle pas notre message ? Ne nous livre-t-elle pas à la dictature du relativisme ?

 

Réflexions partagées avec Les Veilleurs de Reims, soirée du 10 mars 2020

De notre rapport à la vérité

Anna Geppert[1]

Chers amis,

Merci beaucoup pour votre invitation. C’est un honneur et un plaisir que de m’adresser à vous ce soir. Je ne parlerai pas de ma spécialité universitaire, la ville, que nous évoquerons avec Eric lors d’un ‘‘café philo’’à la médiathèque de Reims, vendredi 23 octobre prochain à 18h. Aujourd’hui, j’ai voulu prolonger la réflexion que vous avez déjà menée sur ‘‘Mensonges et manipulations’’, en partant de la question de Ponce Pilate : « Qu’est-ce que la vérité » ?

La question de la vérité est essentielle pour comprendre les difficultés de notre époque. Notre société, en se détournant de Dieu, perd toute référence à la vérité. L’émergence d’une société totalitaire et violente en est la conséquence inéluctable. Dans ces conditions, que devons-nous faire ? Tenir… Je terminerai par la lecture d’une méditation d’un grand témoin de la vérité, le bienheureux Jerzy Popiełuszko, prêtre et martyr.

  1. Comment notre société a perdu le sens de la vérité.

Si je pose à un enfant la question de Ponce-Pilate, la réponse vient immédiatement : « La vérité, c’est ce qui est vrai ! ». Les enfants sont viscéralement attachés à la vérité, profondément bouleversés lorsqu’ils rencontrent, pour la première fois, le mensonge. Leur définition se retrouve dans celle du Petit Larousse (1998) :

  1. Caractère de ce qui est vrai ; adéquation entre la réalité et l’homme qui la pense.

Mais pour les adultes, comme pour notre société vieillissante, la vérité ne semble pas aller de soi.

Allons donc plus loin, avec la définition du Petit Robert (1992) :

  1. Ce à quoi l’esprit peut et doit donner son assentiment (par suite d’un rapport de conformité avec l’objet de pensée, d’une cohérence interne de la pensée) ; connaissance à laquelle on attribue la plus grande valeur (opposé à erreur, illusion). Théol. Dieu, fondement du vrai. (…)

Nous trouvons là deux niveaux, qui sont ceux de la philosophie thomiste. A un niveau surnaturel, transcendant, Dieu est la vérité. C’est pour cela que la vérité est une, absolue, immuable. Sur le plan terrestre, la vérité est définie par la conformité de l’intellect avec le réel. Cela implique que, dans la création, il existe une vérité que la raison humaine peut appréhender.

Telle est la mission de l’université, lorsqu’elle est fondée : chercher le vérité. À partir du XIIIe siècle, l’Église crée des universités. En leur sein, les facultés de théologie approfondissent la vérité révélée tandis que les autres facultés cherchent celle contenue dans la création. Dans l’Europe chrétienne du Moyen-Age, il va de soi que ces deux niveaux se rejoignent. L’Église n’a pas peur de la vérité, puisqu’elle va jusqu’à garantir aux professeurs l’indépendance de tout pouvoir, civil et religieux, afin qu’ils mènent à bien leur mission. La recherche de la vérité, aux yeux des hommes de ce temps, ne peut mener qu’à sa source, à Dieu.

Aujourd’hui, ces deux niveaux ont divorcé. Dans son discours de Ratisbonne du 12 septembre 2006[2], le pape Benoît XVI raconte cette séparation entre foi et raison. Emmanuel Kant, avec sa Critique de la raison pure, restreint le champ d’exercice de la raison à ce qui est mesurable : subséquemment, les sciences seront dominées par les sciences ‘‘exactes’’. Les encyclopédistes des pseudo ‘‘lumières’’ accentuent ce mouvement en proposant un référentiel qui se veut scientifique, construit sans Dieu et contre l’Église, dont l’esprit est encore largement présent dans les sciences humaines et sociales.

Le XIXe siècle abandonne l’idée que la vérité existe comme absolu. Kierkegaard la relie à la subjectivité, Nietzsche y voit une illusion collective, construite par la société :

Qu’est-ce que donc que la vérité ? Une multitude mouvante de métaphores, de métonymies, d’anthropomorphismes, bref, une somme de relations humaines qui ont été poétiquement et rhétoriquement haussées, transposées, ornées, et qui, après un long usage, semblent à un peuple fermes, canoniales et contraignantes : les vérités sont des illusions dont on a oublié qu’elles le sont… [3]

Que se passe-t-il alors ? La vérité n’existe pas, tout est relatif. Notre société s’est profondément imprégnée de cette idée. Mon Petit Larousse (1998) poursuit ainsi sa définition :

  1. Idée, proposition qui emporte l’assentiment général ou s’accorde avec le sentiment que quelqu’un a de la réalité. Vérités mathématiques.

Quel exemple ! Si tel est l’assentiment général (la voix de la majorité) ou mon sentiment subjectif (à chacun sa vérité), deux plus deux ne feraient plus quatre ?

Trouver cela dans un Larousse du siècle dernier m’a fait prendre conscience que cela fait bien longtemps que nous nous sommes habitués au « tout est relatif », au point, peut-être, de l’avoir intériorisé, de l’avoir fait nôtre. Il est devenu malséant de parler de vérité tout autant qu’il est devenu malséant de parler de Dieu, à tel point que nous-mêmes, nous n’osons pas toujours, publiquement, le faire. Dans notre combat contre les lois bioéthiques, pour atteindre un public large, de peur de gêner ‘‘certains’’, nous n’osons pas dire cette vérité : si la vie est sacrée, c’est parce que Dieu l’a établi ainsi. Malgré nos bonnes intentons, cette omission n’affadit-elle pas notre message ? Ne nous livre-t-elle pas à la dictature du relativisme ?

  1. La dictature du relativisme

Dans l’homélie du conclave de 2005 qui devait l’élire, le futur successeur de Pierre, le cardinal Joseph Ratzinger mettait en garde :

Nous nous dirigeons vers une dictature du relativisme qui ne reconnaît rien pour certain et qui a pour but le plus élevé son propre ego et ses propres désirs.

Le terme dictature est-il trop fort ? Je ne le pense pas. En effet, je crois que le totalitarisme est l’aboutissement naturel d’un monde sans Dieu.

Sans une vérité absolue, trouvant son fondement en Dieu, il n’y a plus, ni réalité biologique (tout est construit, culturel), ni loi naturelle (tout est convenu, contractuel). On n’est plus homme ou femme, mais ce que l’on veut ou croit être, ou ce que l’on nous a donné à croire, comme dans la ‘‘théorie du genre’’. Qu’est-ce qu’un homme ? L’embryon, la personne handicapée, le mourant, sont-ils pleinement des hommes ? Leur vie vaut-elle d’être vécue ? La question est renvoyée aux ‘‘experts’’ des comités d’éthique nommés par le pouvoir politique, et au législateur qui tranchera, dans un sens ou dans l’autre, au gré des fluctuations de l’opinion et des rapports de force.

Aucune société ne peut fonctionner sans que ses membres partagent, à tout le moins, un socle de valeurs communes tenues pour vraies. En rejetant Dieu comme source de vérité, la société se condamne à définir elle-même sa vérité. Dans nos démocraties occidentales, il s’agira de la voix de la majorité, ou mieux, de ce qui fait consensus. Tant que l’héritage chrétien imprégnait les mentalités, nos sociétés occidentales tenaient encore, sur quelques valeurs implicites. Désormais, le vertige du vide se fait pleinement sentir. Les positions se radicalisent, les oppositions s’accentuent, la violence augmente.

Privés de l’assurance qu’il existe une vérité absolue, trouvant son fondement en Dieu, les individus aussi sont fragiles. Alors, on se tourne vers ce que l’on trouve, ce que nous propose notre smartphone. Dans notre société qui se voit trop moderne, trop intelligente pour croire, prospèrent experts, psychologues et gourous. Des pratiques irrationnelles prolifèrent, astrologie, magnétisme, hypnose, sophrologie, reiki, chamanisme… peu importe l’explication, du moment que cela procure du bien-être.

Les émotions se substituent à la raison. Des vagues de compassion, d’indignation, de panique, de colère déferlent, amplifiées par la caisse de résonance d’Internet : #jesuischarlie, #metoo, #SOS !

Nous entrons alors dans l’ère de la « post-vérité », dans laquelle (dictionnaire d’Oxford, 2016) :

les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles.

La crise du coronavirus nous en offre un miroir, avec ses informations contradictoires, ses mouvements de panique dans les magasins, ses mesures réduisant fortement les libertés individuelles adoptées sans contestation. Des pays de tradition aussi indisciplinée que l’Italie ou la France s’y plient sans discussion. Au-delà du coronavirus lui-même, nous assistons à l’expérimentation in vivo d’un nouveau modèle de gouvernement. Dans cette situation, que faire ?

  1. Tenir.

Je me permets de m’appuyer sur les paroles de saint Jean-Paul II, prononcées dans l’homélie de sa messe d’intronisation, le 22 octobre 1978, et qui ont accompagné une génération de croyants :

N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ !

N’ayons pas peur ! Car les petits enfants ont raison contre Nietzsche et Kierkegaard : la vérité existe. On peut tuer un homme, mais on ne peut pas éviter de mourir. Et si l’assentiment général ou une perception subjective prétendait le contraire, ce serait une illusion.

N’ayons pas peur ! Car au-delà des moyens technologiques puissants qu’il mobilise aujourd’hui, le combat contre la vérité qui se livre aujourd’hui n’est rien d’autre que le combat éternel contre Dieu. Au fond, ce qui nous désempare aujourd’hui, c’est ce qui désemparait nos aïeux. Ce n’est pas la vérité qui est subjective, c’est nous, c’est l’expérience que chacun de nous doit vivre dans sa vie terrestre.

Contrairement à Ponce-Pilate, nous connaissons la réponse à sa question. Notre Seigneur Jésus Christ est « la Voie, la Vérité et la Vie » (Jean, 14,6). Il est vainqueur à jamais, du mal, du mensonge et de la mort. Notre Dame écrasera la tête du serpent. N’ayons pas peur !

Je terminerai par la lecture d’une méditation d’un grand témoin de la vérité.

Le bienheureux Jerzy Popiełuszko (1947-84), prêtre polonais, fut enlevé par les sbires du pouvoir communiste le 19 octobre 1984 et torturé jusqu’à la mort en haine de la foi. Peu de temps auparavant, j’ai eu l’honneur de le rencontrer, car il visitait ma grand-mère, handicapée, qui était dans sa paroisse. Il a été béatifié en 2010. Son intercession obtient de nombreuses grâces et des miracles. Le miracle retenu pour sa canonisation a eu lieu en 2012… à Créteil.

Le texte que nous allons lire provient de ses derniers mots. Le 19 octobre 1984, il pria le chapelet à l’église des Saints Martyrs polonais, à Bydgoszcz. Il fut enlevé sur le chemin du retour. C’était un vendredi, les mystères médités étaient les mystères douloureux. À chaque mystère, il avait associé une interrogation essentielle de l’homme. Dans le troisième mystère, il médite sur la vérité.

* Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, Amen.

Troisième mystère douloureux.

Être vainqueur du mal par le bien, c’est demeurer fidèle à la Vérité. La vérité est une propriété très délicate de notre raison. Dieu lui-même a implanté dans l’homme un désir naturel de vérité, et une répulsion pour le mensonge. Tout comme la justice, la vérité est liée à l’amour. Or, l’amour coûte – le véritable amour est sacrificiel. Donc la vérité, aussi, doit coûter. Le vérité réalise toujours l’unité et l’union entre les hommes. La grandeur de la vérité intimide et démasque les mensonges des hommes médiocres et craintifs. Depuis des siècles, le combat contre la vérité dure sans cesse. Mais la vérité est immortelle, tandis que le mensonge périt d’une mort rapide. Voilà pourquoi, selon les mots du défunt cardinal Wyszyński, il n’y a pas besoin d’un grand nombre de personnes pour dire la vérité. Le Christ a choisi un petit nombre de disciples pour annoncer la vérité. Le mensonge doit se parer de beaucoup de mots, car il est épicier : il faut sans cesse le renouveler, comme la marchandise dans les rayons. Ik doit être toujours nouveau, il doit avoir beaucoup de serviteurs qui, selon le programme, l’apprendront pour un jour, une semaine, ou un mois. Ensuite, on inculquera rapidement un autre mensonge. Il faut beaucoup de personnes pour contrôler toute l’ingénierie du mensonge programmé. Il n’en faut pas autant pour dire la vérité. Les hommes trouveront, les hommes viendront de loin pour trouver des paroles de vérité car il y a, au fond de l’homme, un désir naturel de vérité.

Nous devons apprendre à distinguer le mensonge de la vérité. Ce n’est pas facile, dans les temps où nous vivons. Ce n’est pas facile, dans ces temps dont un poète contemporain a dit que « jamais encore, on n’avait fouetté si cruellement nos dos avec le fouet du mensonge et de l’hypocrisie ».  Ce n’est pas facile, quand la censure supprime les paroles vraies et les pensées courageuses, surtout dans la presse catholique, quand elle élimine jusqu’aux paroles du Primat de Pologne et du Saint-Père.  Ce n’est pas facile, quand on interdit aux catholiques, non seulement de combattre les opinions de leurs adversaires, mais même de défendre leurs convictions, personnelles ou universelles, face aux attaques et aux calomnies les plus iniques. Il est interdit aux catholiques de rectifier les faussetés que d’autres ont entière liberté de proclamer et de propager impunément. Ce n’est pas facile, quand depuis plusieurs décennies on a ensemencé la terre de notre patrie avec les graines du mensonge et de l’athéisme. Le devoir du chrétien est de prendre parti pour la vérité, quand bien même il faudrait payer pour cela un prix élevé. Car la vérité coûte cher, seule la paille ne coûte rien.

Prions pour que la vérité remplisse notre vie quotidienne.

Amen.

[1] Professeur des universités, Sorbonne Université

[2] On trouvera une belle sélection de discours du Pape Benoît XVI, réunis et introduits par l’abbé Eric Iborra, dans : Benoît XVI (2013). Discours au monde. Eds. Artège, 127p.

[3] Friedrich Nietzsche, Le livre du philosophe, trad. A. Kremer-Marietti, Flammarion, coll. GF, 1991, p. 123-124.

L’ennemi ?

Étonnant de ne pas découvrir de vraies méditations et réflexions philosophiques sur ce Covid 19, ce nouveau fléau mondial qui finalement n’a rien de nouveau sous le soleil. La peste en son temps fut perçue comme un véritable cataclysme, la peur gagna alors l’Europe face à cette destruction massive liée à l’épidémie dévastatrice. L’époque, cette période appelée moyen-âge fut marquée comme vous le savez « par le sauve qui peut », un sentiment de frayeur, d’insécurité face à la brutalité de l’épidémie due au bacille de Yersin. Quand la peste se répandait en véritable pandémie, ce sont des foules qui tentèrent de prendre la fuite n’empêchant pas le virus de migrer également, Des processions avaient aussi été organisées partout en Europe, pour invoquer le secours de Dieu.

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Auteur Éric LEMAITRE

Socio économiste

auteur de l’Essai la conscience mécanisée

Le Covid 19, ce nouveau fléau mondial n’a finalement rien de nouveau sous le soleil. La peste en son temps fut perçue comme un véritable cataclysme, la peur gagna alors l’Europe face à cette destruction massive liée à l’épidémie dévastatrice. L’époque, cette période appelée moyen-âge fut marquée comme vous le savez « par le sauve-qui-peut », un sentiment de frayeur, d’insécurité face à la brutalité de l’épidémie due au bacille de Yersin. Quand la peste se répandait en véritable pandémie, ce sont des foules qui tentèrent de prendre la fuite n’empêchant pas le virus de migrer également, Des processions avaient aussi été organisées partout en Europe, pour invoquer le secours de Dieu. Mais notre monde a refoulé Dieu et s’emploie à imaginer que les distanciations et les barrières humaines suffiront à endiguer le mal.

Le monde est de ce fait secoué par une crise qui ressemble à l’expression d’une forme de terreur quasi mondiale propagée par une entité biologique qui ne choisit ni ses proies, ni ses victimes, qui n’a pas de visa et s’invite ou voyage incognito [nous sommes si nous sommes affectés le véhicule corporel, transportant le virus], invisible, pour frapper l’innocent comme le coupable, le riche et le pauvre, ne discrimine ni la couleur, ni l’orientation, pas même la religion de ses victimes, c’est l’humanité dans sa totalité qui est visée. L’appétit de ce virus semble insatiable et il met en péril tous les écosystèmes relationnels, sociaux, économiques. Ce virus est devenu le fléau de ce siècle. Il vient frapper la conscience humaine et nous interroge sur le modèle de société universaliste et consumériste, que nous avons bâti.

L’émotion (surtout pour soi) est en train de gagner aujourd’hui le globe dans son ensemble, notre monde. Avec l’endémie suscitée par ce germe dévastateur, ce que j’observe, est bien l’émergence d’une forme de repli sur soi associé aux mesures de confinement prises par les états : la fin des rassemblements, de toute forme de convivialité, l’évitement de tous les lieux de rendez-vous, l’isolement claquemuré de préférence. Pourtant toutes les mesures de prévention n’ont pas anéanti la fulgurance de la diffusion de ce virus, ce virus ne semble pas craindre les mesures d’endiguement et nous fait prendre conscience de notre finitude, de notre vulnérabilité que nous redécouvrons. Notre société a tellement refoulé la mort, la maladie que leurs spectres se sont finalement tapis, incrustés sur les paliers de nos maisons.

Dans ces contextes d’appréhension et même de terreur planétaire, une matinée, je suis allé chez le boulanger. Habituellement cette boulangerie fait le plein de clients et je remarquais que j’étais étrangement seul dans le magasin, absence de mondes, absence de contacts. J’ai fait rire l’aimable vendeuse, en lui proposant de payer le pain « sans contact ». Ce « sans contact », ce mode de paiement qui est finalement à l’image d’une société qui se dessine, évitons de nous toucher, de nous embrasser, de tendre la main, d’échanger un sourire des fois que ce sourire ne transpire le visage de cette calamité et qu’à mon tour je ne croise le virus assassin. Je me suis également rendu dans une école d’ingénieurs pour surveiller un examen le 13 mars 2020, trois jours avant le confinement décidé par les autorités du pays, et je fus frappé par le regard inquiet chez quelques élèves s’interrogeant sur leur avenir après que leur fussent annoncées les mesures de fermeture des frontières alors que certains devaient se rendre à l’étranger pour effectuer un stage devant valider leur futur diplôme d’ingénieur.

Pourtant il faut en convenir, prenons soin des uns et des autres et ne nous prêtons pas inutilement à cette folie de croire que l’on est protégé et insubmersible ; que l’on ne transmettra pas le virus autour de nous. Une proche travaillant dans un établissement a été la première à s’appliquer les consignes, saluer aimablement ses collègues, mais sans embrassades et serrages de mains. Quand elle fit ce choix, gentiment ses collègues ne se sont pas souciés de cette prévention et continuèrent leurs aimables pratiques. Un soir, un message d’alerte fut partagé par la direction de l’entreprise, un cas de coronavirus [suspecté puis démenti] a été signalé, une collègue en était atteinte, ce fut le vent de panique, le chacun pour soi, le repli, la stratégie de calfeutrage. Lorsque le virus était loin de chez soi, nous avons tendance parfois à en rire, à jouer aux braves, à nous moquer gentiment des autres, mais voilà, c’est arrivé à la porte de l’entreprise [démenti par la suite] de cette proche, qui fut l’une des rares employé(e)s, à retourner pourtant dans son entreprise, mais une entreprise quasi désertée. Le coronavirus est un agent antisocial, et sans doute cette épidémie à l’heure où ces lignes ont été écrites (le 16 mars 2020) va s’aggraver, n’épargnera aucune ville, aucune commune, aucun village, îlot, aucun quartier, aucune rue, aucun voisinage. Ce virus antisocial est aussi mondialiste [métaphore], il ne connait pas de frontières et même si le président Trump ferme les frontières US, barricade l’Amérique, il n’empêchera pas la propagation de cette peste nouvelle, car il faut bien que les Américains séjournant en Europe reviennent dans leurs pays. D’ailleurs la Californie, état américain a déclaré récemment l’État d’urgence, dans la région de Seattle, siège des géants de la technologie digitale qui dominent le marché mondial du numérique, plusieurs cas de coronavirus ont été signalés, multipliant les mesures de protection, encourageant les salariés à se terrer chez eux, à une forme de burrowing. J’entends ici là que le monde numérique va finalement sauver le monde en réinventant les conditions d’une vie sociale sécurisée, grâce à l’intelligence artificielle, au télétravail, aux mails, aux robots qui viendront nous apporter les colis, à Skype ou autres supports pour continuer le lien social avec nos aînés privés de relations vivantes susceptibles de les mettre en danger. Mais hélas, nous créons chez ces derniers de l’insécurité affective et un sentiment de repli, d’abandon qui pourrait les gagner du fait du délitement des interactions sociales. Ces aînés seront aussi les victimes directes ou collatérales de la pandémie.

Nous allons, avec la propagation du virus, entrer dans un monde d’hyperconnectivité accélérée, l’esclavagisme virtuel des temps modernes et sans doute les mesures de confinement vont amplifier et précipiter un mouvement d’inventions numériques [géolocalisation du virus : lieux à ne plus fréquenter, rues à éviter et qui sait voisins à éviter] et d’applicatifs à télécharger pour mieux nous divertir, nous tenir en laisse, tracer les mouvements des populations,  mais c’est un leurre, le numérique ne sauvera pas le monde, le numérique ne nous sauvera pas de cette pandémie. Je crains que d’autres mesures ne soient aussi prises afin de mieux gouverner et tracer les populations, de les traquer, de contrôler leurs ventes et leurs achats.

Pourtant dans ces contextes, nous devrions absolument lire les recommandations de ceux qui nous ont précédés au cours de notre histoire, Je m’en tiendrais ainsi  à la lettre de Luther qui lui-même a été confronté à la peste, il écrivait ces mots[1] pleins de sagesses qui peuvent nous éclairer sur la façon dont nous abordons les événements qui se passent dans les contextes d’une époque angoissée.

« Je demanderai à Dieu par miséricorde de nous protéger. Ensuite, je vais enfumer, pour aider à purifier l’air, donner des médicaments et les prendre. J’éviterai les lieux, et les personnes, où ma présence n’est pas nécessaire pour ne pas être contaminée et aussi infliger et affecter les autres, pour ne pas causer leur mort par suite de ma négligence. Si Dieu veut me prendre, il me trouvera sûrement et j’aurai fait ce qu’il attendait de moi, sans être responsable ni de ma propre mort ni de la mort des autres. Si mon voisin a besoin de moi, je n’éviterai ni lieu ni personne, mais j’irai librement comme indiqué ci-dessus. Voyez, c’est une telle foi qui craint Dieu parce qu’elle n’est ni impétueuse ni téméraire et ne tente pas Dieu. »

 Alors mes chers amis, c’est le moment de redoubler de compassion, d’amour pour vos nos prochains, ne craignons pas le virus, mais ce mal anti relationnel, ne craignons pas la rencontre avec l’autre [Sans le mettre en danger], mais notre isolement, le repli chez soi… Dieu nous appelle à sortir de nos murs, et d’ouvrir nos maisons pour accueillir le prochain, à prier pour les malades à tendre justement la main [le geste de la main est une métaphore, nous n’incitons pas les gens à braver les recommandations]. Ne nous laissons pas intimider par celui que l’on a coutume d’appeler le malin.  Aussi je lance cet appel à la prière pour notre pays, pour ses autorités, pour ses médecins, ses personnels soignants et pour la conscience de tous, de revenir à l’essentiel de la vie, l’amour du prochain. Malheur à nous si nous n’écoutons pas l’exhortation véritable qui nous invite à un changement de modèle de vie, à un changement complet de nos habitudes et notre souhait de rester dans notre salière. Soyons le sel et la lumière du monde, soyons l’espérance dans une ambiance profondément mortifère…

[1] Source: Œuvres de Luther Volume 43 p. 132 la lettre « Que l’on puisse fuir une peste mortelle » écrite au révérend Dr. John Hess.

CS Lewis : sa critique contre le scientisme

La grande intuition de Lewis, qui rejoint en cela de nombreux auteurs classiques, est que la connaissance rationnelle des lois physiques (scientia) doit être ordonnée par une sagesse philosophique adéquate (sapientia). Faute de quoi, la pensée se condamne au matérialisme, qui est l’empire du relativisme moral absolu. Science sans conscience, disait déjà Rabelais, n’est que ruine de l’âme…

Quand l’auteur de Narnia écrivait contre le transhumanisme

Article extrait de : https://www.lefigaro.fr/vox/culture/quand-l-auteur-de-narnia-ecrivait-contre-le-transhumanisme-20200306

FIGAROVOX/LECTURE -Enfin traduit en français, l’ouvrage de Michael D. Aeschliman, La Restauration de l’homme, explore la critique adressée par C. S. Lewis à l’idéologie scientiste qu’il accuse de vouloir abolir l’humanité.

Le Monde de Narnia: chapitre 1 - le lion, la sorciere blanche et l’armoire magique.
Le Monde de Narnia: chapitre 1 – le lion, la sorciere blanche et l’armoire magique. Rue des Archives

Une armée de robots, programmés par l’intelligence artificielle pour pacifier la galaxie? Le rêve de Dark Vador est aussi celui d’un professeur et informaticien finlandais, Timo Honkela, selon qui une «machine de paix» verra bientôt le jour. Un robot étranger aux émotions humaines, qui répandrait l’harmonie et la concorde entre les gens. Bienvenue dans le meilleur des mondes…

L’idée, pourtant, n’est pas si neuve: en réalité, elle est même au cœur du vieux mythe scientiste, qui rêve d’une science parvenue à un tel degré de puissance qu’elle serait un jour en mesure de répandre d’elle-même la morale jusqu’aux confins du monde. Érigée au rang de quasi-divinité, la technique a vu pourtant sa toute-puissance sérieusement mise à mal tout au long du siècle passé, sous le coup de critiques portées par certains des plus brillants esprits contemporains. Celles notamment de Jacques Ellul, de Hans Jonas ou de Georges Bernanos sont relativement bien connues du public français.

L’une, en revanche, nous est moins familière, c’est celle de Clive Staples Lewis, professeur de littérature à Oxford – qui fut surtout le génial auteur des Chroniques de Narnia. L’essai de Michael D. Aeschliman, La Restauration de l’homme*, publié en 1983 et traduit pour la première fois cette année en français, rend enfin accessible au grand public l’essentiel des réflexions de C. S. Lewis sur le scientisme et le transhumanisme.

La grande intuition de Lewis, qui rejoint en cela de nombreux auteurs classiques, est que la connaissance rationnelle des lois physiques (scientia) doit être ordonnée par une sagesse philosophique adéquate (sapientia). Faute de quoi, la pensée se condamne au matérialisme, qui est l’empire du relativisme moral absolu. Science sans conscience, disait déjà Rabelais, n’est que ruine de l’âme…

Une expérience toutefois sépare Rabelais (mais aussi Thomas d’Aquin, Érasme, Thomas More ou encore le cardinal Newman, qui sont ici tour à tour convoqués) de Lewis, celle du totalitarisme, qui illustra de la plus tragique des manières ce que peut produire une foi déraisonnée dans la capacité de la science à améliorer le genre humain.

Car, enfin, et c’est là le cœur de la préoccupation de C. S. Lewis, le grand risque du scientisme est tout bonnement de parvenir à «l’abolition de l’homme», relégué au rang des choses matérielles faute d’avoir considéré à sa juste place la spécificité de la pensée humaine qui n’est pas réductible à la connaissance scientifique. Lewis, donc, fait le pari de la sagesse, c’est-à-dire, en somme, de la culture: la littérature, l’art ou la philosophie, et plus largement tous les savoirs humains qui échappent aux lois de la physique, sont précisément ce qui nous constitue en tant qu’humains. Et nous fait accéder à la connaissance du Bien, objectif et universel.

À l’heure où certains tentent maladroitement de bricoler l’éthique pour en faire la chambre d’enregistrement des progrès les plus effrayants de la technique, cette lecture semble plus nécessaire que jamais.

*La Restauration de l’homme, de Michael D. Aeschliman, traduit de l’anglais par Hubert Darbon, éd. Pierre Téqui, 288 p., 19 €.

CRISPR CAS 9 la modification génétique à des fins thérapeutiques

Pour la première fois, les scientifiques ont utilisé la technique d’édition de gènes CRISPR pour essayer d’éditer un gène alors que l’ADN est encore à l’intérieur du corps d’une personne.

La procédure révolutionnaire a consisté à injecter l’outil microscopique d’édition de gènes dans l’œil d’un patient aveuglé par une maladie génétique rare, dans l’espoir de permettre au volontaire de voir.

Article extrait du site http://www.npr.org

https://www.npr.org/sections/health-shots/2020/03/04/811461486/in-a-1st-scientists-use-revolutionary-gene-editing-tool-to-edit-inside-a-patient?t=1583415908875

Pour la première fois, les scientifiques ont utilisé la technique d’édition de gènes CRISPR pour essayer d’éditer un gène alors que l’ADN est encore à l’intérieur du corps d’une personne.

La procédure révolutionnaire a consisté à injecter l’outil microscopique d’édition de gènes dans l’œil d’un patient aveuglé par une maladie génétique rare, dans l’espoir de permettre au volontaire de voir. Ils espèrent savoir dans quelques semaines si l’approche fonctionne et, dans l’affirmative, savoir dans deux ou trois mois quelle vision sera rétablie.

« Nous sommes vraiment ravis de cela », a déclaré le Dr Eric Pierce , professeur d’ophtalmologie à la Harvard Medical School et directeur du service des troubles héréditaires de la rétine du Massachusetts Eye and Ear. Pierce dirige une étude que la procédure a lancée.

« Nous aidons à ouvrir, potentiellement, une ère de modification génétique à des fins thérapeutiques qui pourrait avoir un impact dans de nombreux aspects de la médecine », a déclaré Pierce à NPR.

La technique d’édition de gènes CRISPR a révolutionné la recherche scientifique en facilitant la réécriture du code génétique. Cela suscite également de grands espoirs de guérir de nombreuses maladies.

Avant cette étape, les médecins n’avaient utilisé CRISPR que pour tenter de traiter un petit nombre de patients atteints de cancer , ou des troubles sanguins rares, l’anémie falciforme ou la bêta-thalassémie. Bien que certains des premiers résultats aient été prometteurs, il est encore trop tôt pour savoir si la stratégie fonctionne.

Dans ces autres cas, les médecins ont retiré des cellules du corps des patients, édité des gènes dans les cellules avec CRISPR en laboratoire, puis réinjecté les cellules modifiées dans le corps des volontaires pour attaquer leur cancer ou produire une protéine dont leur corps manque.

Dans cette nouvelle expérience, des médecins du Casey Eye Institute de Portland, Oregon , ont injecté (dans l’œil d’un patient presque aveugle atteint d’une maladie appelée amaurose congénitale de Leber ) des gouttelettes microscopiques transportant un virus inoffensif conçu pour délivrer les instructions de fabrication de la machine d’édition de gènes CRISPR.

À partir de la petite enfance, la maladie génétique rare détruit progressivement les cellules sensibles à la lumière de la rétine qui sont nécessaires à la vision. La déficience visuelle associée à l’ACV varie considérablement, mais la plupart des patients sont légalement aveugles et ne peuvent faire la différence entre la lumière et l’obscurité ou peut-être détecter un mouvement.

« La majorité des personnes touchées par cette maladie ont l’extrémité la plus grave du spectre, en termes de mauvaise vision », explique Pierce. « Ils sont fonctionnellement aveugles. »

L’objectif est qu’une fois, le virus porteur des instructions CRISPR a été infusé dans l’œil, l’outil d’édition de gènes supprime le défaut génétique à l’origine de la cécité. Les chercheurs espèrent que cela permettrait de restaurer la production d’une protéine cruciale et d’empêcher la mort des cellules de la rétine, ainsi que de raviver d’autres cellules – permettant aux patients de retrouver au moins une certaine vision.

«C’est la première fois que l’édition de gènes CRISPR est utilisée directement chez un patient», explique Pierce. « Nous sommes vraiment optimistes quant à l’efficacité du traitement. »

L’étude est parrainée par Editas Medicine, de Cambridge, Massachusetts, et Allergan , basée à Dublin. Il impliquera à terme un total de 18 patients, dont certains dès l’âge de 3 à 17 ans, qui recevront trois doses différentes.

« Nous sommes très enthousiastes à ce sujet. C’est la première fois que nous effectuons des montages à l’intérieur du corps », déclare Charles Albright, directeur scientifique d’Editas.

«Nous pensons que la possibilité de modifier l’intérieur du corps va ouvrir de nouveaux domaines entiers de la médecine et conduire à une toute nouvelle classe de thérapies pour des maladies qui ne peuvent être traitées d’aucune autre manière», dit Albright.

Francis Collins, directeur des National Institutes of Health, qualifie cette avancée de «moment significatif».

« Nous rêvons tous qu’un moment pourrait arriver où nous pourrions appliquer cette approche à des milliers de maladies », a déclaré Collins à NPR. « C’est la première fois que l’on essaie sur un être humain. Et cela nous donne l’espoir que nous pourrons l’étendre à de nombreuses autres maladies – si cela fonctionne et si c’est sûr. »

Pierce, Albright et d’autres ont souligné qu’un seul patient a été traité jusqu’à présent et que l’étude, encore à un stade très précoce, est conçue principalement pour déterminer si l’injection de l’outil d’édition de gènes directement dans l’œil est sûre.

À cette fin, les chercheurs commencent avec la dose la plus faible et les patients les plus âgés, qui ont déjà subi des dommages importants à leur vision. Et les médecins ne traitent qu’un œil par patient. Toutes ces mesures sont prises au cas où le traitement se retournerait contre lui, causant plus de dégâts au lieu d’être utile.

«CRISPR n’a jamais été utilisé directement à l’intérieur d’un patient auparavant», explique Pierce. « Nous voulons nous assurer que nous le faisons bien. »

Pourtant, dit-il, si le défaut sous-jacent peut être réparé chez ce patient et d’autres avec des dommages avancés, « nous avons le potentiel de restaurer la vision des personnes qui n’ont jamais eu une vision normale auparavant. Ce serait en effet incroyable. »

L’étude implique une forme d’ amaurose congénitale de Leber connue sous le nom de Type 10, qui est causée par un défaut du gène CEP290.

Si l’approche semble sûre et efficace, les chercheurs commenceront à traiter des patients plus jeunes.

«Nous pensons que les enfants peuvent tirer le meilleur parti de leur thérapie, car nous savons que leurs voies visuelles sont toujours intactes», explique Albright.

La procédure, qui prend environ une heure à effectuer, consiste à faire de minuscules incisions qui permettent d’accéder à l’arrière de l’œil. Cela permet à un chirurgien d’injecter trois gouttelettes de liquide contenant des milliards de copies du virus qui ont été conçues pour transporter les instructions d’édition génique CRISPR sous la rétine.

L’idée est qu’une fois sur place, les éléments d’édition CRISPR élimineraient la mutation qui provoque un défaut dans CEP290. L’espoir est que ce serait un traitement unique qui corrigerait la vision pour la vie.

Si cela fonctionne, les volontaires de l’étude pourront peut-être répéter la procédure sur l’autre œil plus tard.

« Si nous pouvons le faire en toute sécurité, cela ouvre la possibilité de traiter de nombreuses autres maladies où il n’est pas possible de retirer les cellules du corps et de faire le traitement à l’extérieur », explique Pierce.

La liste de ces conditions pourrait inclure certains troubles cérébraux, tels que la maladie de Huntington et les formes héréditaires de démence, ainsi que des maladies musculaires, telles que la dystrophie musculaire et la dystrophie myotonique , selon Pierce et Albright.

« Les maladies héréditaires de la rétine sont un bon choix en termes de thérapies géniques », explique Artur Cideciyan, professeur d’ophtalmologie à l’Université de Pennsylvanie , étant donné que la rétine est facilement accessible.

Mais Cideciyan avertit que d’autres approches pour ces conditions sont également prometteuses, et il reste difficile de savoir qui se révélera être le meilleur.

« L’approche de l’édition de gènes est supposée être une solution définitive », dit-il. « Cependant, ce n’est pas connu. Et les données devront être évaluées pour voir la durabilité de cela. Nous devrons voir ce qui se passe. »

Préface de Anna Geppert Professeure des universités

Disons-le d’emblée : le livre d’Éric Lemaître sur la ‘‘conscience mécanisée’’ est un cadeau offert à nos contemporains. Il participe au débat concernant les effets des ‘‘progrès’’ technologiques fulgurants dont nous sommes témoins. Certains s’émerveillent, se voient déjà tout puissants, universellement savants, immortels. D’autres s’inquiètent des menaces qui pèsent, sur nous, sur la nature trafiquée, sur la société hypercontrôlée, sur l’homme dit ‘‘augmenté’’, mais en réalité diminué, amputé dans son humanité.

Ces dernières années, les ouvrages se sont multipliés sur ces sujets. Mais le livre que nous avons entre les mains remet ces interrogations dans la seule perspective qui, finalement, a du sens : celle de la foi. Lorsque, dans leur orgueil, les hommes se détournent de Dieu, les ténèbres emplissent leurs cœurs. Ils font alors leur propre ruine :

« Ces soi-disant sages sont devenus fous. » (Rm 1,22).

Or, en fin de compte, c’est bien de cela qu’il s’agit : derrière les défis du soi-disant progrès se joue un combat plus profond, plus grave, ultime : celui pour la conscience de l’homme.

A propos du livre ; Transhumanisme : La conscience mécanisée 

       Couverture - Eric Lemaitre - 1

Le bon combat

Anna Geppert

Professeur des Universités en Urbanisme et Aménagement, Sorbonne Université

Avant d’aller plus loin, j’aimerais dire comment j’ai rencontré Éric Lemaître. En 2005, l’agence d’urbanisme cherchait à remettre sur le métier un sujet ancien, la collaboration entre Reims et les villes voisines. Les tentatives précédentes avaient fait long feu, faute de volonté politique. Le directeur de l’agence eût l’idée de confier une étude à la collaboration de deux personnes différentes, un consultant socioéconomiste, Éric, et une universitaire spécialiste de l’aménagement du territoire, moi-même.

Pour rencontrer les maires concernés, nous devions sillonner les routes champenoises, ardennaises, picardes. Des voyages riches d’échanges, au cours desquels naissait une complicité intellectuelle. Il ne nous fallut pas beaucoup de temps pour en découvrir la source : notre foi. Il y a des différences entre celle d’Éric, protestant évangélique, et la mienne, catholique romaine. Mais, plus grand que nos différences, il y a le Christ :

« En tous, il est tout » (Col 3,11).

Par la suite, nous nous sommes croisés, de loin en loin. Le hasard, cet autre nom de la Providence, nous a réunis ces derniers jours sur un terrain plus politique. Éric m’a adressé son livre en me proposant de le préfacer. En lisant sa Conscience humanisée, j’ai retrouvé l’ancienne connivence : dans les changements accélérés qui se sont produits au cours des dix dernières années, nous avions mené des réflexions qui se faisaient, à maints égards, écho. C’est donc un réel plaisir que d’écrire les quelques mots qui suivent.

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Disons-le d’emblée : le livre d’Éric Lemaître sur la ‘‘conscience mécanisée’’ est un cadeau offert à nos contemporains. Il participe au débat concernant les effets des ‘‘progrès’’ technologiques fulgurants dont nous sommes témoins. Certains s’émerveillent, se voient déjà tout puissants, universellement savants, immortels. D’autres s’inquiètent des menaces qui pèsent, sur nous, sur la nature trafiquée, sur la société hypercontrôlée, sur l’homme dit ‘‘augmenté’’, mais en réalité diminué, amputé dans son humanité.

Ces dernières années, les ouvrages se sont multipliés sur ces sujets. Mais le livre que nous avons entre les mains remet ces interrogations dans la seule perspective qui, finalement, a du sens : celle de la foi. Lorsque, dans leur orgueil, les hommes se détournent de Dieu, les ténèbres emplissent leurs cœurs. Ils font alors leur propre ruine :

« Ces soi-disant sages sont devenus fous. » (Rm 1,22).

Or, en fin de compte, c’est bien de cela qu’il s’agit : derrière les défis du soi-disant progrès se joue un combat plus profond, plus grave, ultime : celui pour la conscience de l’homme.

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L’urbaniste que je suis est interpellée par les passages du présent ouvrage qui concernent la ville digitale. Je ne résiste pas au plaisir de rapporter ici un éditorial que j’ai publié très récemment dans la très revue nommée disP- The Planning Review, et intitulé… La tour de Babel[1]:

Toute la terre avait alors la même langue et les mêmes mots. Au cours de leurs déplacements du côté de l’orient, les hommes découvrirent une plaine en Mésopotamie, et s’y établirent. Ils se dirent l’un à l’autre : « Allons ! Fabriquons des briques et mettons-les à cuire ! » Les briques leur servaient de pierres, et le bitume, de mortier. Ils dirent : « Allons ! Bâtissons-nous une ville, avec une tour dont le sommet soit dans les cieux. Faisons-nous un nom, pour ne pas être disséminés sur toute la surface de la terre. » (Genèse 11 : 1-4).

Nous y voilà, à nouveau. Toute la terre a une même langue : le pidgin English. Peu de mots, pas de grammaire, une prononciation saccadée : une langue tout juste bonne pour les affaires, sans subtilité ni culture, ne permettant pas une communication profonde. Et, tandis qu’ils migrent de toutes parts, les hommes s’établissent dans les mégapoles : São Paulo, Mumbai, Séoul, New York. Le secteur de la construction caracole à des niveaux d’activité sans précédent[2]. Les mégapoles s’affrontent dans les classements et essaient de se faire un nom. Elles érigent des tours dont le sommet atteint les cieux, et chaque nouveau record de hauteur annonce une nouvelle crise économique[3]… Mais nous poursuivons, éperonnés par la cupidité, ivres d’orgueil. Tout est possible, the sky is the limit!

Depuis l’Antiquité, philosophes et urbanistes ont réfléchi à la taille des villes. À différentes époques et pour différentes raisons, Hippodamos de Milet, St Thomas More, Sir Ebenezer Howard, Lewis B. Keeble et bien d’autres ont tenté de limiter leur croissance. Qu’elle fût le lieu du succès ou de la perdition, la grande ville était l’exception et non la norme. Aujourd’hui, grâce à la technologie, les mégapoles paraissent capables de s’affranchir de toute limite de taille d’une manière qui, auparavant, n’était pas concevable. Nous savons bien qu’elles sont des géants aux pieds d’argile, à la merci d’un accident naturel, technologique, énergétique… Mais nous espérons que le progrès palliera ces risques, nous ouvrant monde d’opportunités.

Mais qu’en est-il dans la réalité ? Lorsque j’enseignais à Abu Dhabi, j’avais été atterrée d’apprendre que certains ouvriers du bâtiment ignoraient dans quelle ville ou pays ils se trouvaient. Puis je me pris à songer à mon voisin, l’homme d’affaires accoudé au bar du Hilton. Finalement, que sait-il de l’endroit où il se trouve ? Délesté de son smartphone et de son portefeuille, il n’irait pas bien loin… Et nous ? Que connaissons-nous vraiment, dans les métropoles que nous habitons ?

Nous vivons dans des archipels. Nos îles de résidence, de travail, de loisirs sont séparées de vastes océans inconnus. Sortis de quelques lieux familiers, nous sommes perdus : rien d’étonnant à ce que les promoteurs nous promettent tous les havres de paix auxquels nous aspirons. Mais, au bout du compte, que ce soit dans les ‘‘petites boîtes faites en ticky-tacky’’ de la chanson de Reynolds, dans d’arrogants gratte-ciels, dans les courbes lourdes du post-modernisme, dans les pastiches éclectiques de l’urbanisme néo-traditionnel, ils reproduisent la même erreur, la fameuse ‘‘Unité d’Habitation’’ de Le Corbusier : un ‘‘module’’, fragment de cité relié à d’autres fragments lointains, mais déconnecté de son environnement. Et, désormais, protégé par des clôtures et des caméras de reconnaissance faciale.

Inlassablement, nous ajoutons de nouveaux modules à nos métropoles. La cité et sa communauté d’habitants sont remplacées par ‘‘l’urbain’’, un univers en expansion permanente qui n’appartient plus à personne. Son gigantisme affecte nos relations aux lieux et aux personnes. Dans le métro, je ressens de la compassion pour le premier mendiant, mais lorsque je suis sollicitée pour la cinquième fois, je suis seulement contrariée. Nous n’avons pas la capacité d’absorber le torrent d’hommes, d’événements, d’informations, de stimuli charriés par la vie métropolitaine.

Dans l’anonymat de grands nombres, les stéréotypes remplacent les personnes et les slogans de tolérance, de justice et de fraternité sonnent creux. Des silhouettes sans visage habitent les métropoles dystopiques des films de science-fiction : des travailleurs athlétiques et anonymes dans la Metropolis de Fritz Lang (1927), des policiers et des gangs de malfaiteurs dans la ville de Gotham, des « réplicant » androïdes dans Blade Runner de Ridley Scott (1982). Ce dernier prend pour décor Los Angeles en… 2019. En sommes-nous arrivés là ? Par l’intelligence artificielle et par l’eugénisme, nous essayons bien de produire des androïdes. Et notre société est en train de devenir de plus en plus dure. Sur mon trajet quotidien, au cœur de Paris, je croise des personnes hurlant dans le métro, des comportements agressifs, des personnes sans domicile dormant à même le pavé, des rats courant en plein jour dans les rues. Il y a seulement cinq ans, ce n’était pas ainsi.

Bâtissons des villes pour les hommes, des villes où l’on peut vivre et travailler. Des villes aux distances courtes, aux rues invitant à la déambulation, aux jardins accueillants ; des villes préservées des panneaux publicitaires criards, des haut-parleurs hurlants et de l’Internet ; des cités en harmonie avec leur arrière-pays ; des cités riches de toute leur histoire ; des cités bâties autour d’une église, et non d’une usine, d’une banque, d’une attraction touristique ou d’un centre commercial.

En Europe, ces villes existent. Nous avons un réseau unique de villes et de bourgs historiques. Elles offrent toutes ces qualités et participent d’un aménagement harmonieux du territoire. Mais beaucoup sont en déclin, concurrencées par les métropoles, ces territoires gagnants de la mondialisation. Nous sommes à un tournant. Comme au lendemain de la chute de Rome, sans politique volontaire en termes d’emploi, d’infrastructures, de soutien aux services, beaucoup de villes petites et moyennes vont dépérir. Mais la volonté politique fait défaut, comme nous l’avons vu lorsque la déclaration de Riga[4] fit long feu.

Plus que jamais, des travaux de recherche et des propositions politiques clairvoyantes sont nécessaires. Retroussons nos manches et prenons soin de nos petites villes – ainsi, nous aurons un refuge lorsque la tour de Babel s’effondrera ».

J’ai été frappée par les convergences entre les propos sur la ville tenus par Éric Lemaître dans le cadre d’une réflexion sur le transhumanisme, et la mise en garde que j’adresse aux urbanistes dans le cadre d’une revue de référence dans ce champ.

L’un comme l’autre, nous dressons le constat d’une ville financiarisée, au service d’un néolibéralisme débridé, avec des possibilités de contrôle de la vie privée digne des rêves les plus fous des dictateurs communistes ou d’un 1984 de George Orwell (1949).

Derrière ce tableau se dessine également la préoccupation de l’homme asservi à la machine, coupé de la nature et isolé de ses semblables… Soumis à la “dictature du bruit” dont parle remarquablement le Cardinal Robert Sarah[5], noyé sous une déferlante de sons, d’images, d’écrans, happé par la vitesse, le consumérisme, la course au profit, l’homme peine à se trouver lui-même – et à rencontrer Dieu.

***

Car au-delà de la question de la ville, c’est bien de notre relation à Dieu qu’il s’agit. Comment ne pas nous reconnaître dans les propos de l’Apôtre Saint Paul :

« Un temps viendra où les gens ne supporteront plus l’enseignement de la saine doctrine ; mais, au gré de leurs caprices, ils iront se chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. Ils refuseront d’entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques. » (2Tm, 4,3-4).

« Ils ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge ; ils ont vénéré la création et lui ont rendu un culte plutôt qu’à son Créateur, lui qui est béni éternellement. Amen. » (Rm 1,25)

Il en va du salut des âmes, mais il en va également de nos sociétés :

« Un monde sans Dieu ne peut être qu’un monde dépourvu de sens. Car sinon, d’où vient tout ce qui est ? En tout cas, il n’y aurait pas de fondement spirituel. C’est simplement là, sans véritable but ni sens. Il n’y a alors pas de notion de bien ou de mal. Celui qui est plus fort que l’autre s’impose. Le pouvoir est alors l’unique principe. La vérité ne compte pas, elle n’existe d’ailleurs pas. C’est seulement quand les choses ont un fondement spirituel, qu’elles sont voulues et pensées — seulement quand il y a un Dieu créateur qui est bon et qui veut le Bien — que la vie de l’homme peut également avoir un sens. (…)

Une société sans Dieu — une société qui ne Le connaît pas et qui Le considère comme inexistant — est une société qui perd son équilibre. Notre époque a vu l’émergence de la formule coup de poing annonçant la mort de Dieu. Quand Dieu meurt dans une société, elle devient libre, nous assurait-on. En réalité, la mort de Dieu dans une société signifie aussi la mort de la liberté, parce que ce qui meurt, c’est le sens, qui donne son orientation à la société. Et parce que la boussole qui nous oriente dans la bonne direction en nous apprenant à distinguer le bien du mal disparaît. La société occidentale est une société dans laquelle Dieu est absent de la sphère publique et n’a plus rien à y dire. Et c’est pour cela que c’est une société dans laquelle l’équilibre de l’humain est de plus en plus remis en cause. » (Benoît XVI, 2019).[6]

***

Les atours dont se pare le soi-disant progrès ne résistent pas à l’analyse. C’est pour cela qu’il nous est présenté dans le registre compassionnel, incantatoire, agrémenté de force ‘‘likes’’ – il paraît qu’ils sont addictifs. La tentative de remplacement de la conscience humaine par une ‘‘conscience humanisée’’ n’attendra pas la greffe de puces dans le cerveau. Elle est déjà en cours : l’usage massif du digital, sous toutes ses formes, affecte le cerveau et les processus de cognition, entraînant addictions, pertes de mémoire, dépressions, anxiétés, difficultés à communiquer… Depuis une dizaine d’années, les travaux sur ce sujet se multiplient parmi les psychologues, les psychiatres, les spécialistes en neurosciences et en imagerie du cerveau. Une synthèse très exhaustive publiée en 2019 par une équipe de chercheurs conclut que l’ensemble de ces conséquences n’est pas pleinement connu ni maîtrisé.[7] En d’autres termes, nous jouons aux apprentis-sorciers.

La ‘‘conscience mécanisée’’ est un phénomène de nature totalitaire. Ce n’est pas le premier, dans la longue histoire de l’humanité. J’ai eu l’immense honneur, sous la dictature communiste, de rencontrer le bienheureux Père Jerzy Popiełuszko. Le vendredi 19 octobre 1984, quelques instants avant son enlèvement, il conduisait la méditation des mystères douloureux du chapelet :

« Depuis des siècles, le combat contre la vérité dure sans cesse. Mais la vérité est immortelle, tandis que le mensonge meurt d’une mort rapide. Voilà pourquoi, selon les mots du défunt Cardinal Wyszyński, il n’y a pas besoin d’un grand nombre de personnes pour dire la vérité. Le Christ a choisi un petit nombre de disciples pour annoncer la vérité. Le mensonge doit se parer de beaucoup de mots, car il est épicier : il doit sans cesse se renouveler, comme la marchandise dans les rayons. Il doit toujours sembler nouveau, il doit avoir beaucoup de serviteurs qui apprendront son programme, pour un jour ou un mois. Puis, rapidement, on inculquera un autre mensonge. Il faut beaucoup de personnes pour diffuser le mensonge. Il n’en faut pas autant pour dire la vérité. Les hommes trouveront, les hommes viendront de loin pour trouver les paroles de vérité car Dieu a mis, au fond de l’homme, un désir naturel de vérité. »

Merci à Éric Lemaître de nous alerter sur les dangers de la ‘‘conscience mécanisée’’, qui cherche à se substituer au désir de vérité inscrit dans le cœur de l’homme.

L’avertissement contenu dans le livre d’Éric Lemaître arrive à point nommé. Car nous ne sommes pas condamnés à subir, nous ne sommes pas réduits au rang de simples observateurs. Dans le périmètre de notre devoir d’état, nous pouvons agir. Depuis 2011, constatant pragmatiquement les dégâts qu’ils effectuent sur l’apprentissage, j’ai interdit à mes étudiants le recours au numérique, et j’ai moi-même banni de mes cours les PowerPoint et autres supports passant par les écrans. Jusqu’à présent, c’est un réel succès.[8] Cela ne transformera pas le monde entier, mais est-ce ce qui m’est demandé ? Sous l’effet d’une étrange inflation, la ‘‘conscience mécanisée’’ nous porte à croire que nous sommes liés à tout, que tout dépend de nous… Quelle illusion !

Prions et travaillons. La lecture de ce livre peut nous aider à agir en nous fournissant des arguments. Ne doutons pas de la victoire : L’église écrasera la tête du Serpent. Quant à nous, puissions-nous dire un jour, comme Saint Paul : J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. (2Tm, 4,7)

[1] Geppert Anna. 2019. « The Tower of Babel. » disP – The Planning Review, 55(3), pp. 4-5. DOI : 10.1080/02513625.2019.1670980 Original en anglais, traduit par moi-même.

[2]GlobalData (2019): Global Construction Outlook to 2023 – Q2 2019 Update. Lien: https://www.globaldata.com/store/report/gdcn0015go–global-construction-outlook-to-2023-q2-2019-update/ (consulté 23 Août 2019)

[3]L’économiste Andrew Lawrence a illustré de manière amusante et convaincante cette correspondance entre records de construction et crises économiques à travers son ‘‘skyscraper index’’. cf.  Lawrence, A. (1999): The Skyscraper Index: Faulty Towers. Property Report. Dresdner Kleinwort Wasserstein Research

[4]En 2015, la Lettonie assurait la présidence du Conseil de l’Union européenne : elle a promu cette déclaration qui appelait à une politique de revitalisation des villes petites et moyennes. Signée par tous les états-membres, elle n’a pas été suivie d’effet.

[5]Sarah, Card. Robert. 2016. La force du silence: contre la dictature du bruit. Fayard.

[6]Note du Pape émerité Benoît XVI sur les abus sexuels de février 2019, traduction française site Aleteia: https://fr.aleteia.org/2019/04/12/document-lintegralite-du-texte-du-pape-emerite-benoit-xvi-sur-les-abus-sexuels/ consulté le 21/12/2019

[7]Firth, Joseph, John Torous, Brendon Stubbs, Josh A. Firth, Genevieve Z. Steiner, Lee Smith, Mario Alvarez-Jimenez, John Gleeson, Davy Vancampfort, Christopher J. Armitage and Jerome Sarris (2019). « The ‘online brain’: How the Internet may be changing our cognition. » World Psychiatry, 18 (2), pp.119-129.

[8]    Je rends compte de cette expérience dans l’article suivant, paradoxalement accessible… en ligne. Geppert Anna (2019). « Let us teach for real ! A plea for traditional teaching. » Transactions of the Association of European Schools of Planning • 3 (2019) doi: 10.24306/TrAESOP.2019.01.001

Transhumanisme et homme mutant

De quoi les hommes ont-ils aujourd’hui peur ? En fait pas depuis aujourd’hui mais depuis toujours. Les hommes appréhendent la mort, la maladie, les fléaux naturels, les crises sociales ou économique, les pandémies, ah si aujourd’hui ils ont peur du Coronavirus.

Aujourd’hui, l’humanité appréhende les dégâts irréversibles que leur activité consumériste et mondialiste fait subir à la planète. Cette même humanité appréhende également les dérives de l’exploitation outrancière des ressources de notre sol, des impacts et conséquences sur le climat. L’humanité redoute également la prochaine crise financière à la suite de la mise en quarantaine de la chine et des effets potentiellement explosifs.

De quoi les hommes ont-ils aujourd’hui peur ? En fait pas depuis aujourd’hui mais depuis toujours. Les hommes appréhendent la mort, la maladie, les fléaux naturels, les crises sociales ou économique, les pandémies, ah si aujourd’hui ils ont peur du Coronavirus comme ils avaient peur hier du choléra ou de la peste.

Aujourd’hui, l’humanité craint surtout les dégâts irréversibles que leur activité consumériste et mondialiste fait subir à la planète.  Cette même humanité appréhende autant les dérives de l’exploitation outrancière des ressources de notre sol, des impacts et conséquences sur le climat. L’humanité redoute également la prochaine crise financière à la suite de la mise en quarantaine de la chine et des effets potentiellement explosifs.

Face à ces crises qui devraient tous nous faire réfléchir, paradoxalement l’élite de la technoscience, une élite techniciste et insouciante à la limite puérile (pour reprendre l’expression de Jacques Testart) se donne des pouvoirs prodigieux auxquels les avancées de la science pourraient lui donner accès dans un avenir dont l’horizon temps est très proche de nous : manipulations génétiques, augmentations cognitives, mutation de l’espèce humaine.

C’est donc à cette rencontre avec l’homme mutant « l’homme de demain » que je vous convie dans mon dernier essai Transhumanisme : La conscience mécanisée…

Couverture - Eric Lemaitre - 1

Pourtant, jamais l’homme n’a été autant confronté à ce sentiment de fragilité et de finitude, jamais notre jeunesse n’a autant pris conscience de l’impérieuse nécessité de s’emparer des thèmes de l’écologie. Malgré cela une frange de notre humanité se refuse toujours à toute idée d’alarmisme, de défaitisme et continue de livrer inconsciemment un combat titanesque contre une fin inéluctable, se persuadant qu’elle est en mesure de réécrire notre avenir et de mettre fin à tous les fléaux qui la menacent.

En entrant dans la postmodernité, le transhumaniste qui je définis comme une forme de VRP, est le représentant symbolique de l’économie numérique, des GAFAM. Ces GAFAM qui entendent être la mesure de toutes choses. Ce VRP du nouveau monde se persuade qu’il est en capacité de dépasser la mort et finalement de s’auto transcender pour projeter notre humanité vers un nouvel âge d’or.

Le transhumanisme n’est ainsi en réalité que le résumé d’un vieux fantasme enfoui dans la mémoire inconsciente de notre humanité.

Le transhumanisme est effet une histoire construite depuis l’aube de l’humanité dès les récits sumériens (Gilgamesh) et les mythologies grecques (Calypso, Pygmalion) et qui continue de s’écrire au fil des progrès de la technoscience. Le transhumanisme est une obsession, envoûtée par l’idée de mettre fin à la mort et de récrire aujourd’hui « l’Alphabet » du vivant.

Le transhumanisme est finalement habité par un slogan, il faut vaincre la mort et il faut en finir avec le récit de la mort qui a jalonné toute la civilisation humaine.

Or pour solder cette civilisation ancienne, il faut finalement en finir avec les vieux oripeaux philosophiques ou religieux agitant les chiffons rouges. Ces chiffons rouges souvent agités afin d’empêcher l’homme de franchir une nouvelle fois, le fameux Rubicon du fruit interdit.

Le courant idéologique transhumaniste n’en reste pas moins en perpétuelle évolution, du fait des bouleversements techniques et de nouvelles perspectives offertes par les découvertes dans les domaines de la génétique et de la science informatique notamment quantique. Et paradoxalement ce courant progresse de façon vertigineuse avec la vacuité montante qui gagne ce siècle, avec le vide de la pensée qui devient la fabrique du mal.

Transhumanisme : La conscience mécanisée

Vient de paraître   La conscience mécanisée Essai philosophique et théologique sur le transhumanisme Auteur Eric LEMAITRE https://www.librinova.com/librairie/lemaitre-eric-1/transhumanisme-la-conscience-mecanisee En 2018, les deux premiers bébés génétiquement modifiés sont nés en Chine. Un premier pas vers le transhumanisme, qui a bouleversé le monde scientifique. Dans cet ouvrage, Éric Lemaitre démontre que ce phénomène est le résultat d’un long… Lire la suite Transhumanisme : La conscience mécanisée

Vient de paraître  

La conscience mécanisée

Essai philosophique et théologique sur le transhumanisme

Auteur Eric LEMAITRE

Couverture - Eric Lemaitre - 1https://www.librinova.com/librairie/lemaitre-eric-1/transhumanisme-la-conscience-mecanisee

En 2018, les deux premiers bébés génétiquement modifiés sont nés en Chine. Un premier pas vers le transhumanisme, qui a bouleversé le monde scientifique. Dans cet ouvrage, Éric Lemaitre démontre que ce phénomène est le résultat d’un long processus de réification au sein même de l’espèce humaine, entre mythes du surhomme et l’idéal d’un homme cyborg immortel. Cette volonté de dépasser l’Homo sapiens se traduit désormais à travers une confiance aveugle dans les savoir techniques, devenus omniprésents dans nos sociétés. Les technologies toujours plus performantes et augmentés instaurent une étape nécessaire au transhumanisme et malheureusement, génératrices d’une forme de vacuité, de vide de la conscience, d’une conscience devenue servile. La toute-puissance de ses nouveaux instruments scientifiques fera alors passer l’humanité du côté de ses inventions, de ses objets, de ses prouesses technologiques. Et si la machinisation de l’homme se transformait en une entité que nous ne contrôlions plus ? L’émergence de cette entité adviendra certainement dans un monde qui ne semble pas avoir totalement compris qu’une crise majeure des consciences est en cours. Cette crise est celle des consciences asséchées, une crise aussi cataclysmique que celle qui concerne le climat, car cette crise affecte la dimension relationnelle. Elle provoque la désocialisation créant le délitement de la communauté humaine. Le transhumanisme qui vante et promeut l’individu augmenté, est finalement un processus de démantèlement de la conscience collective qui nous conduira vers la conscience mécanisée. Son projet est bel et bien de détruire ce qui me relie à l’autre pour amorcer cette subordination aux objets d’une société technocratique. L’enjeu d’une telle civilisation sera, dès lors, de capter l’attention, et de me détourner de toute vie intérieure et de toute vie relationnelle et aimante.

Le transhumanisme marquerait-il alors la fin de l’espèce humaine sur Terre ?  Un sujet passionnant que traite Éric LEMAITRE avec un regard critique sur le progrès sans conscience. Pour vous procurer son livre en ligne ou vous le procurer en version Papier : Rendez-vous sur …

– Sur le site de Librinova : https://www.librinova.com/librairie/lemaitre-eric-1/transhumanisme-la-conscience-mecanisee

– Sur le site de la FNAC : https://www.fnac.com/livre-numerique/a14051507/Lemaitre-Eric-Transhumanisme-la-conscience-mecanisee

– Sur le site de CULTURA : https://www.cultura.com/transhumanisme-la-conscience-mecanisee-tea-9791026245841.html

Le personnel soignant face aux mutations de la médecine

Auteur Eric LEMAITRE

Éric LEMAITRE, est à la fois socioéconomiste et enseignant dans une école d’ingénieurs, il s’est spécialisé dans les domaines de l’éthique, s’est également investi depuis plusieurs années sur les questions touchant l’anthropologie, le transhumanisme, l’économie numérique. Il aborde dans plusieurs ses ouvrages notamment l’essai « La déconstruction de l’homme », la prétention de la technoscience à satisfaire tous les besoins de l’homme aspirant à être l’égal de Dieu. Avec lui nous découvrirons la résonance que prend la lecture de la dimension relationnelle et de la conscience à l’aune des prochaines mutations engagées au sein de notre humanité visant à déconstruire l’homme. Éric s’est également engagé dans la vie associative auprès des personnes en difficulté, des migrants. La vie interpersonnelle est pour lui une priorité comme la solidarité à témoigner auprès des autres…

Éric vient récemment de publier un livre que nous vous recommandons : Transhumanisme : La conscience mécanisée et qui est aujourd’hui référencée dans les principales Libraires Cultura, Fnac et Furet.

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En l’espace de cinquante ans, le monde médical a connu un véritable chamboulement, bouleversement. Un constat qui n’étonne en soi personne sauf ceux qui ont connu ce monde des médecins de famille.

Aussi loin que remontent mes souvenirs d’enfant, je me remémore les passages fréquents de notre médecin de famille, toujours attentionné à notre égard, un homme marqué par la bienveillance et qui avait fait de son métier un authentique sacerdoce que partageaient également d’innombrables médecins de sa génération. Cet homme avancé en âge, que nous appelions «Docteur » était pour nous, bien plus qu’un médecin, il était selon moi le témoin d’une époque marquée par le dévouement, l’altruisme, le service aux autres. Dans sa vielle Citroën, il sillonnait le jour et parfois la nuit, les routes pas toujours goudronnées de nos campagnes, pour les petits soins, nos angines jusqu’aux contagions plus sérieuses ou maux plus sévères.

Nous n’appréhendions pas sa visite, elle était plutôt rassurante, il donnait autant d’importance à la qualité de son diagnostic et son ordonnance qu’à toute sa dimension relationnelle, qui faisait de lui et auprès de mes parents, le médecin de famille.

Ce vieux médecin incarnait l’image que je me faisais des soignants incluant ici l’ensemble du corps médical, ces personnes qui ont fait de leur métier une vocation, un sacerdoce celle de prendre soin de l’homme et de tout l’homme. Il me semblait à l’époque que l’on rentrait en médecine comme en rentre en religion, il fallait ressentir un appel, une vive inclination, une forme de mission pour embrasser ce métier. Enfant je ne m’imaginais pas qu’il fallait également du courage, pour s’affronter à l’armée des microbes, braver la légion des bactéries, et mener cette lutte impitoyable contre ces micro-organismes qui venaient générer fièvres ou boutons, affaiblir notre corps au point parfois de menacer son existence. Ce médecin de famille me semblait être une forme de héros, toujours prêt à se rendre disponible. Jamais, il ne renonçait à ses rendez-vous ou prétextait ne pas avoir le temps ou dire à ma mère, « ne vous inquiétez pas, il guérira tout seul » ! Non, notre « Docteur » faisait volontiers un détour, il passait à la maison, notre domicile prenait son stéthoscope pour écouter les battements de notre cœur ou les sifflements de nos poumons ; puis il enchainait en déclamant son diagnostic, mais mieux, il avait le remède pour nous soigner et les mots pour mettre fin à nos maux, à nos tourments d’enfants déjà démunis face à la maladie et ce qu’elle avait comme capacité à laminer notre énergie, à amoindrir notre « hyperactivité».

Voilà l’image de mon enfance, celle de ce vieux médecin de campagne, un brin paternaliste, soucieux de l’autre, homme de relation sachant embrasser le corps comme l’âme de ses patients. Évoquer pour moi ce vieux médecin de famille me renvoie à cette société qui est de nos jours, devenue comptable du temps, bureaucratique, matérialiste et technologique. Or le vrai sens de la vie se trouve peut-être dans l’intimité affective et la chaleur de la réassurance, des relations que l’on engage avec le patient, ce rapport avec l’entourage du malade pour prodiguer de l’attention et du conseil. L’image relationnelle que renvoie ce médecin avec ses patients allait bien au-delà d’un bilan méticuleux, il avait le souci de l’entourage familial, savait prendre le temps de l’écoute, mais ne pressait pas le pas pour dérouler sa journée. L’homme ne s’arrêtait pas au corps, il écoutait aussi l’âme de ses patients, il ne réduisait pas le corps à une mécanique qu’il fallait coûte que coûte réparer, il fallait traiter l’être dans sa complétude. Soigner n’était pas pour celui que l’on nommait « Docteur », seulement l’affaire d’une prescription d’un dopant, d’un sirop ou autre breuvage.   Ce médecin considérait son patient et non son client dans toute sa dimension ontologique, c’est-à-dire comme un être, un sujet, mais il n’occultait pas le corps, et cette préoccupation qui lui permettent de juger le patient comme un être unique, et en même temps, les symptômes comme signes pathognomoniques.

50 années plus tard, l’enfant que je fus, n’a pas au moment présent, de perceptions altérées concernant cette médecine proche du patient, de ces médecins, infirmières et aide-soignants, soucieux du confort, du bien-être de leurs patients. Effectuant aujourd’hui de nombreuses visites de patients hospitalisés, je songe notamment à cet ami de 47 ans qui est un habitué des hôpitaux, cet ami que j’appellerai ici Fred est confronté à une grave pathologie qui l’a conduit dans ces dernières années à passer davantage de temps dans une chambre d’hôpital qu’au sein d’une maisonnée. La maisonnée de Fred, si le terme maison convient, est « habitée » par la précarité, l’insalubrité, des conditions de vie qui sans aucun doute ont une relation de cause à effet sur sa santé. Longtemps je fus surpris tout comme un autre ami qui le suit, que l’hôpital ne traite sérieusement ses problèmes récurrents de récidive touchant à sa santé. Cette santé fragilisée notamment par son obésité et cette maladie respiratoire qui l’ont amené à connaitre, des pertes de connaissances, des syncopes répétées.

J’avais durablement le sentiment que nous étions confrontés à cette médecine qui devait obéir à des règles de gestion, subissant l’étau de la rationalité financière, des pressions croissantes pour fournir des soins minimums, réduire les temps d’attente avec des ressources limitées, mais une médecine qui n’avaient pas pris la mesure de couvrir l’ensemble des problèmes affectant la vie de mon ami Fred. Pourtant un professeur de médecine est sorti de cet étau comptable, du cadre médical, de son périmètre de spécialiste démêlant l’écheveau formé par toutes les données biologiques et cliniques, et leur application au cas de Fred. Ce professeur de médecine s’est employé à s’intéresser non seulement au corps de son patient, mais à l’être humain, à ses conditions de vie, à son entourage, à sa maison. Fred a été affecté à son service et une vraie mobilisation s’en est suivie, entrainant l’ensemble du service et tout le personnel à remédier aux problèmes qui perturbaient la santé de Fred. Ce professeur de médecine me fit songer finalement à notre médecin de famille, à cette dimension qui touche à l’intelligence relationnelle qui embrasse la vie du malade et cette vie qui ne se réduit aux symptômes que renvoie le corps qui n’est finalement que le réceptacle plus large d’un enchevêtrement complexe fait d’ambiances et de conditions de vie. Fred est aujourd’hui sur un chemin de renaissance, perdant du poids, respirant mieux, il est sur la voie de la guérison. Et sur ce chemin, Fred aura besoin de soutien, celui des infirmières et des aide-soignants, du pasteur Christian qui l’entoure de toute son affection fraternelle. Le professeur de Médecine s’est finalement gardé d’abandonner Fred à sa seule autonomie et sa vulnérabilité de malade, ce professeur s’est soucié avant tout d’un être humain, de sa dignité de patient.

S’il existe des ilots d’une médecine garante de la qualité relationnelle à offrir aux malades, la médecine change pourtant, parce que le monde change, traversé par ses transitions plurielles que viennent afficher les nouvelles normes sociétales, les nouvelles sociologies, l’envahissement de la sphère administrative et la dimension technologique qui rendent les rapports médecins et patients infiniment plus complexes qu’ils ne l’avaient été dans les années 60, celles de mon enfance.   Les questions autour du monde des soignants se posent déjà et sont multiples, celles du poids que revêt une bureaucratie de plus en plus lourde et qui viennent entacher les rapports avec le malade réduisant ainsi le temps donné à l’âme et la consacrer davantage au corps malade. Le malade n’est pas juste une mécanique qu’il conviendrait de réparer, un patient qui se voit attribuer une identité que lui donne une carte de sécurité sociale, non le malade reste un être dans toute sa singularité et sa fragilité. Mais les temps changent et les mutations sont innombrables, les relations avec le monde médical nous conduisent à de nouveaux paradigmes, celles de l’efficience médicale, celle de la culture technologique qui construit la médecine du futur ou oserais-je dire transhumaniste, celle de la rentabilité, des quotas de patients imposés aux médecins sous peine d’une baisse de leur rémunération. Mais au-delà de ces constats, c’est également le rapport au malade qui s’en est trouvé bouleversé, il fallait aussi reporter l’implication sur le malade, le conduire à s’auto déterminer, prendre ainsi toutes les précautions pour amener davantage d’autonomie, de prise de responsabilité chez le malade, ce qui n’est pas en soi une détérioration de la relation patient et médecin, mais en revanche peut conduire à rejeter toute la dimension de la décision médicale sur le patient. De tels contextes risquent alors d’entretenir chez le médecin une forme d’indifférence à l’égard du devenir du patient. Une indifférence qui tendrait à s’accentuer avec l’avènement d’une technoscience qui s’en remet au pouvoir de la machine toute puissante pour assister le médecin dans le diagnostic focalisé sur le seul corps du patient.

En 2018, je fus convié à participer à une journée de réflexion sur les projets de la loi bioéthiques, plusieurs groupes de travail avaient été organisés autour de nombreuses thématiques, j’avais choisi pour ma part la thématique orientée sur la médecine augmentée qui aborde entre autres l’avènement de l’intelligence artificielle. D’emblée, j’ai ressenti à la fois une vraie convergence de questionnements entre les participants de cette table ronde, comme une méfiance partagée vis-à-vis d’une robotisation susceptible demain d’envahir toutes les sphères de la médecine et le monde des soins. L’enjeu est bien ici l’homme et le respect dû à sa finitude, sa fragilité. Confier à la machine le soin de diagnostiquer et demain pourquoi pas de l’opérer via des « automates » experts, en dit long sur le chemin que prend le développement d’une médecine à l’aune d’une science post-moderne qui n’est plus celle d’Hippocrate. L’avènement de l’Intelligence artificielle va transformer les pratiques médicales et va sans doute induire une mutation radicale et profonde des processus d’analyse et de prise de décision dans toutes les sphères de la santé réorientant les pratiques professionnelles, de toutes les professions de santé, mais surtout impactant la dimension relationnelle entre le patient et son médecin, mais aussi et également tout l’environnement médical. Ainsi se pointera dans votre chambre un gentil robot vous apportant le repas du soir, après la visite d’un autre androïde relevant les indicateurs santé de la veille et vous prenant bien entendu la température.

L’autre grand point d’inquiétude pour les personnels soignants est l’avenir de la relation patients-soignants : l’ensemble des personnels du corps médical est en effet de plus en plus nombreux à penser que la proximité et la confiance entre soignants et patients risquent de se détériorer dans les années à venir, pointant notamment le risque d’éloignement, de distance voire de « déshumanisation » de la médecine livrée entre les mains de ces nouveaux appareillages hyper technicisés. Plus prosaïquement il faudra à terme également s’effrayer du rôle que jouent déjà et que vont jouer les applicatifs numériques ou les sites virtuels référencés sur Internet permettant au patient de « consulter », d’avoir accès à une somme artificielle d’informations, puis de se soigner par lui-même, de s’auto médicamenter. Ce mouvement inéluctable de notre société post médical nous conduira vers un malade « déconnecté » de tout rapport avec le réel, un malade qui sera sans aucun doute dans le déni de contextes qui sont de nature à expliquer ses symptômes. Ne nous leurrons pas, l’univers numérique découle de l’hyper-individualisme de notre post modernité, cet univers digital envahit peu à peu notre monde relationnel, il affaiblira sans nul doute le rapport de confiance qui s’était jusqu’alors instauré avec les avis prodigués et émanant de tous les corps médicaux et de vrais spécialistes non virtuels. Les réalités de la numérisation de la santé amorcent un basculement dont on peine encore à anticiper toutes les conséquences, tous les effets délétères ; les rêves des partisans d’une techno médecine interrogent viscéralement nos repères éthiques comme philosophiques et sont sur le point d’effacer le souvenir de ce médecin attaché à la relation avec son malade, le médecin de mon enfance, un médecin qui traitait dans toute sa dimension : le corps comme l’âme et la conscience qui l’habite.

Éric LEMAITRE

Les enfants cobayes modifiés par CRISPR Cas9

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Source : Alliance Vita :

Bébés CRISPR : Les inquiétudes se confirment

L’affaire des premiers bébés génétiquement modifiés par CRISPR-Cas9, nés en novembre 2018, ne cesse de se compléter d’informations alarmantes. Cette expérimentation a abouti à la naissance de deux fillettes, véritables cobayes de la technique qui les a créées.

Lors de son annonce, qui avait suscité une réprobation mondiale, le scientifique à l’origine de cette grave transgression, He Jiankui, expliquait avoir franchi cette ligne rouge car il poursuivait l’hypothèse de « rendre ces bébés résistants au VIH », en désactivant un gène, le gène CCR5. Ce gène code, notamment, pour un récepteur placé sur des cellules du système immunitaire (les lymphocytes). Or, le virus VIH utilise justement ce récepteur pour pénétrer ces cellules et les infecter.

Peu après, des voix se sont élevées pour dénoncer ce qui semble être les réelles intentions de cet apprenti-sorcier. Il souhaitait expérimenter l’impact de cette modification sur les facultés cognitives, car ce même gène CCR5 pourrait être impliqué dans les facultés d’apprentissage, ce qui n’est qu’une supposition.

Rapidement, et face au tollé mondial suscité, les revues scientifiques avaient refusé de publier l’étude, car le scientifique avait enfreint des règles éthiques et déontologiques. Si bien que ce document a été tenu relativement secret. Mais il semblerait que JAMA (Journal of the American Medical Association) soit actuellement en train de l’étudier, et l’aurait confié à de nombreux experts, y compris à George Church de la Harvard Medical School. Mais est-ce aux revues scientifiques de faire « la police » des transgressions éthiques ? Des experts ont demandé à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) de se pencher sur ce grave problème. L’OMS a créé un groupe d’experts et élaboré l’idée d’une hotline pour signaler toute tentative de fabrication de bébés génétiquement modifiés.

Une journaliste de la MIT Technology Review a pu se procurer le document d’origine et l’a transmis à quelques experts. Leurs conclusions, présentées en 12 points, sont accablantes. Les questions soulevées sont multiples. Elles concernent, par exemple, la liberté et le consentement éclairé des parents ; n’ont-ils pas été contraints, tenus dans l’ignorance des enjeux, manipulés ? Mais aussi les données tenues secrètes, comme les noms des personnes impliquées (spécialistes de la fécondation in vitro, obstétriciens) ne sont pas mentionnés. Pourquoi ? Etaient-ils au courant de ce qu’ils faisaient ? Et bien entendu, ces experts dénoncent les nombreux biais scientifiques, une fraude à la réglementation de la procréation assistée etc.

Le document de He Jiankui démontrait déjà que ces embryons génétiquement modifiés étaient des « mosaïques », c’est-à-dire que d’autres mutations que celles ayant motivé l’expérience se sont produites à d’autres endroits du génome, de manière différente d’une cellule embryonnaire à l’autre, ce qui rend les conséquences imprévisibles.

Ces enfants, nés de bricolages procréatifs, sont pris en otage de leur mode de conception, et en payent le prix. Il est urgent de mettre un coup d’arrêt mondial à ces transgressions, qui ne sont même plus des essais sur l’homme, mais des essais d’homme.

En ouvrant la voie à la création d’embryons transgéniques pour la recherche, la loi bioéthique française alimenterait cette transgression. Il est encore temps pour les sénateurs, qui examineront cette loi en janvier 2020, de revenir sur cette mesure.