« La révolution véritablement révolutionnaire se réalisera non pas dans la société, mais dans l’âme et la chair des êtres humains. » Aldous Huxley
Étiquette : Transhumanisme
Transhumanisme : Un conte prophétique
Je tiens ici à remercier Stéphane B pour ce texte qu’il m’a transmis…
Je vous propose la lecture d’un conte absolument glaçant qui pourrait bien préfigurer l’avenir d »un age d’or promis par le transhumanisme… A lire et à partager
Stéphane est l’auteur d’un livre remarquable particulièrement documenté que je vous encourage à lire ….
De la Gnose au Transhumanisme de Stéphane B.

Stéphane m’a transmis ce conte, un récit qui est une dystopie particulièrement intrigante préfigurant l’âge d’or du transhumanisme et son projet particulièrement funeste de totalisation du monde…
Je vous renvoie également au Blog de Stéphane, particulièrement documenté…
https://lafrancechretienne.wordpress.com
je vous propose de lire ce petit récit imaginaire qui a été rédigé sur la base de discours prononcés par des financiers et de riches entrepreneurs lors de séminaires informatiques. Il s’agit d’un dialogue hyperbolique entre un milliardaire du secteur numérique et l’un de ses jeunes collaborateurs zélé. Les prénoms des protagonistes sont tirés d’un film des années 2000.
Le jeune homme entra dans le bureau du grand patron :
« Bonsoir Gary, vous m’avez fait appeler ?
– Oui, Milo, je ne pouvais pas me permettre de te parler tout à l’heure, devant la presse. Les masses ne sont pas prêtes pour entendre ce que je vais te dire. Ouvre bien tes oreilles, car je ne t’en parlerais plus jamais par la suite.
– Vous voulez me parler du nouveau prototype de cyborg ?
– C’est bien plus que cela. Il s’agit de notre système de croyance. J’ai remarqué chez toi une grande volonté et des qualités indéniables pour aller jusqu’au bout du projet.
– Merci Gary.
– Ne me remercie pas encore. La plupart des gens ne comprennent pas notre réelle motivation. Nous allons bientôt les soumettre à notre intelligence artificielle, grâce aux incommensurables progrès du deep learning et de ses applications.
– Vous parlez de cette fameuse puce implantée dans le cerveau qui permettrait de lire jusqu’à 100 mots à la minute ?
– Oui, en effet, mais cela va bien au-delà de ce que tu pourrais croire. Nous attendons ce moment depuis des siècles. Nous savions que de générations en générations nous parviendrons à écarter, peu à peu, les gêneurs.
– Qui sont ces gens ? demanda Milo d’un air interrogateur.
– Je parle de ceux qui vénèrent l’homme Dieu, lança Gary en levant un index menaçant devant lui. Pendant plusieurs siècles, ses paroles ont fédéré de nombreux adeptes. Nos ennemis nous ont empêché d’atteindre le Grand Œuvre, mais, notre heure approche à grand pas, s’exalta Gary en balançant soudainement les bras en arrière à la manière d’un empereur tyrannique. Ah ! Rome nous a joué des tours, mais, ceci ne sera bientôt qu’un souvenir. Où sont les saints des siècles précédents ? Je n’en vois plus aucun. C’est pourquoi je me réjouis de jour en jour, dit-il en fixant un point au plafond.
– Vous parlez de Jésus-Christ et de son Église ? demanda naïvement Milo.
– Ne prononce plus jamais ce nom devant moi. Ai-je bien été clair ? hurla Gary en tapant du poing sur la table.
– Oui, répondit Milo en baissant la tête devant cette violence qu’il n’aurait jamais pu concevoir.
– Alors, ouvre bien grands tes oreilles, siffla Gary en le fixant à la manière d’un serpent venimeux. D’ici quelques mois, nous allons proposer les premiers implants. Les offres commerciales et les spots publicitaires vont se succéder pour vanter les mérites de cette sublime invention, dit Gary en pointant un doigt sur sa poitrine. Ils voudront tous avoir notre produit dans leur tête, lança-t-il en plaçant ses index sur les tempes en plissant les paupières. Ils voudront accéder à toutes les ressources de l’internet et nous allons leur offrir ce rêve. Ils ne s’imaginent même pas que nous pourrons les surveiller jour et nuit, et, pourquoi pas, leur envoyer n’importe quel genre de données dans le cerveau. Le bruit sera permanent dans leur tête et nous leur permettrons de dormir seulement lorsque nous le voudrons. Ah, ah, ah, ah, s’exclama Gary. La plupart des gens vont suivre bêtement le mouvement. Nous aurons alors une armée de cyborgs en mesure d’effectuer gratuitement toutes sortes de tâches.
– Oui, j’ai vaguement entendu parler de ce projet, dit Milo d’une voix embarrassée.
– Après le succès de notre puce, les gens se bousculeront dans nos agences pour se faire greffer de nouveaux membres. Ils voudront avoir une force herculéenne. Ils voudront savoir viser comme des tireurs d’élite, lança Gary en mimant un homme tenant un revolver. Certains voudront même devenir des samouraïs ou des ninjas, des peintres, des pianistes ou ne sais-je quoi d’autre. Ce sera la folie à tous les étages, rigola Gary en brandissant ses poings sur les côtés à la manière d’un tribun fou.
– D’accord, répondit Milo en regardant une balle de golf posée sur la moquette blanche.
– Et c’est pour bientôt, lança Gary qui s’écoutait parler. Mais, la dernière phase, et c’est la plus importante, pourra enfin venir. Nous proposerons l’amélioration ultime, notre projet le plus secret. La grande transgression, souffla Gary en plaçant ses poings devant lui à la manière d’un boxeur enragé. Ils nous offriront leur libre-arbitre pour se prosterner devant notre lumière, ma lumière, siffla Gary. Nous leur vendrons des pouvoirs surhumains pour que la bête qui dort en eux se réveille enfin, s’esclaffa-t-il à la manière d’un psychopathe. Ils se prendront pour des êtres supérieurs, des élus. Ils n’auront plus besoin ni des commandements de l’homme Dieu, ni de son église, rigola Gary en marmonnant. Nous aurons le contrôle absolu des âmes et ce sera la fin de l’humanité, telle qu’on la connaît, cracha Gary en se tournant face à Milo qui semblait vouloir disparaître. Ai-je été clair, gamin ?
– Oui, Gary, balbutia Milo en regardant ses pieds.
– Alors, je compte sur toi pour la prochaine présentation de notre nouveau produit. Je veux que tu sois excellent. Nous avons besoin de toi Milo, continua Gary en s’approchant trop près de lui.
– Milo leva les yeux. Il respira profondément pour essayer de reprendre ses esprits. Il essaya de se concentrer pour être en mesure de prononcer son discours. Il se racla la gorge et se lança enfin. Les travailleurs du numérique doivent accepter de s’améliorer pour être en mesure de travailler au rythme de la machine. Un cadre rendu supérieur par notre technologie est un facteur de motivation pour son équipe. L’innovation est exaltante, dit Milo sans toutefois avoir l’air convaincu de ses propos. Notre entreprise ouvre les portes du monde de demain. Nos produits sont la voie du futur qui mènent vers l’âge rêvé.
– Stop ! Lança Gary d’un air agacé. Je t’ai déjà dit qu’on ne disait pas l’âge rêvé. Cette expression ne veut rien dire, grimaça-t-il. Nous parlons de l’âge d’or, je te le répète encore une fois : … l’âge d’or ! dit-il en ponctuant cette phrase d’un geste menaçant. Dans cette nouvelle ère de l’homme augmenté, nous pourrons régner à la manière des pharaons et des empereurs grâce à la force et à la puissance qui se dégagera de la technologie. Les réfractaires n’y pourront rien. Ce sera la disparition du travail, la fin des aides sociales, l’insalubrité et les maladies pour ceux qui refuseront de s’incliner devant nous, souffla Gary. Son haleine tiède semblait donner des hauts le cœur à Milo. Une partie des surnuméraires, ces inutiles, rejoindront nos rangs, reprit Gary de plus belle. Quant aux autres, tu sais que nous aurons besoin de compost humain. Ceux-là feront l’affaire pour embellir nos jardins. L’intelligence artificielle aura raison de la stupidité naturelle. N’est-ce pas, Milo, lança Gary d’un air étrange.
– Nos produits, dit Milo d’une voix chevrotante, sont la voie du futur qui mène vers l’âge d’or. Milo suait à grosses gouttes. Chaque consommateur, reprit-il d’une voix angoissée, aura la possibilité de se connecter à notre monde virtuel. Il y aura du bonheur pour tous. L’avenir de l’homme tient dans notre nouveau produit révolutionnaire. Vous serez comme des dieux et… Milo n’en pouvait plus. Une vive émotion sembla le submerger. Des larmes coulèrent le long de ses joues. Ce fut le point de non-retour. Il ne supportait plus cette folie et cette sourde cruauté. Sans regarder Gary, il s’élança vers la porte du bureau et disparut soudainement en la faisant claquer derrière lui.
Gary attrapa un club de golf pour le fracasser sur la photo de son équipe sur laquelle on y voyait Milo portant un diplôme de meilleur employé du mois. Après s’être calmé, il sortit un téléphone de son tiroir et composa un numéro spécial. La presse devrait bientôt annoncer le décès de Milo suite à un accident de la route. »
L’homme domestiqué
Il est là, calé sur la banquette bleu-roi à côté de la fenêtre donnant sur le quai D. Alors que je pénètre dans ce compartiment du TER n° 17 757 à la gare de Paris-Bercy — une première — je ne me souviens pas qu’il ait daigné lever les yeux pour observer qui entrait. Je ne sais même pas s’il m’a vu franchir la porte, tellement il est plongé dans son monde.
Cheveux noirs mi-longs, légèrement bouclés, il est vêtu d’un sweat gris et d’un jean, baskets aux pieds, un casque vissé sur la tête. Il a les yeux fixés et rivés sur son écran d’ordinateur, comme si un fil invisible les empêchait de s’en détourner.
Marc BRUNET est un vieil ami de plus de 40 ans, oui cela compte… Sans aucune expérience de ce genre d’aventure, Marc s’est élancé dans un périple déconnecté de tout ce qui le reliait à son monde, de Valence pour rallier Erevan en vélo couché, capitale de l’Arménie, ce qui n’est pas en soi banal. Il a atteint son objectif après plus de 6 000 km en autonomie et à travers 13 pays, dont un pays qui n’existe pas, même pas sur Google Map c’est dire, dormant sous la tente dans les forêts d’Ukraine ou dans les champs de Géorgie. Ce voyage s’inscrivait aussi dans une démarche de solidarité afin de récolter des dons pour la réhabilitation de l’école maternelle de Chirakamout. Il a écrit un livre « J’irai manger des khorovadz » où il relate ce voyage insolite riche de mille anecdotes écrit dans un style fluide et plein d’humanité à conseiller. https://www.babelio.com/livres/BRUNET-Jirai-manger-des-khorovadz/1109735
Marc Récemment me transmit ce texte qui évoquait une rencontre qui traduit ce que ce site partage, de l’urgence de nous rencontrer dans le réel….
Marc BRUNET
COÏNCIDENCES…
Il est là, calé sur la banquette bleu-roi à côté de la fenêtre donnant sur le quai D. Alors que je pénètre dans ce compartiment du TER n° 17 757 à la gare de Paris-Bercy — une première — je ne me souviens pas qu’il ait daigné lever les yeux pour observer qui entrait. Je ne sais même pas s’il m’a vu franchir la porte, tellement il est plongé dans son monde.
Cheveux noirs mi-longs, légèrement bouclés, il est vêtu d’un sweat gris et d’un jean, baskets aux pieds, un casque vissé sur la tête. Il a les yeux fixés et rivés sur son écran d’ordinateur, comme si un fil invisible les empêchait de s’en détourner. Peut-être 17-18 ans, un visage de poupon innocent, contrastant avec sa barbe qui s’émancipe. L’accoudoir de gauche n’est pas abaissé, car l’embonpoint du jeune homme l’oblige à déborder de sa place. Son manteau noir est posé négligemment sur le côté. Le rideau rouge illumine le temps maussade et l’ambiance.
Au travers de la vitre, je devine un passager affolé hélant le contrôleur. Celui-ci lui donne rapidement quelques explications soutenues par d’amples gestes, avant de gonfler ses joues et porter à ses lèvres ce petit instrument désuet et suranné encore en vigueur à l’heure du tout virtuel, alors que ce train était inconnu sur l’ordinateur du guichetier et même auprès de l’assistance téléphonique. Disponible uniquement sur internet. Comme par magie, un sifflement strident provoque le départ du convoi. Nous allons passer plus de cinq heures — rançon de la SNCF pour emmener mon vélo depuis Paris à Lyon, plus une heure pour rejoindre Valence — dans cet huis clos, presque face à face. Mais le jeune homme ne va pas bouger :
5 h sans se lever, 5 h sans manger, sans boire, quasiment sans lever les yeux.
5 h sans prêter attention au monde extérieur.
Par curiosité, je jette un coup d’œil sur son écran pour découvrir ce qui le fascine à ce point. Le reflet du soleil m’en empêche. Deuxième tentative quelques minutes plus tard : pas de doute, c’est un jeu vidéo.
Drôle de coïncidence : je suis justement en train de lire l’ouvrage d’Éric Lemaître « La déconstruction de l’homme ». Et je tombe sur ce passage :
« Une génération qui, à regret, confond la vraie vie et la vie virtuelle, les symboles et le réel, une génération qui se déconnecte de tout rapport à la transcendance […] Or nous prenons conscience que cet univers numérique est de nature à créer une forme de fascination et de vampirisation sur la vie des humains, en les rendant addicts, dépendants » On ne pouvait trouver une illustration plus pertinente du propos !
Quelques instants avant notre arrivée, je scrute discrètement ses yeux. Ils sont hagards, vitreux, son regard est complètement embrumé par cette réalité virtuelle. Son monde. Ce n’est pas le mien. Mon rêve est ailleurs.
Il se rend compte que nous atteignons le terminus, alors quelques minutes avant l’entrée en gare il range ses affaires. Puis une fois son ordinateur fermé il se précipite sur un autre écran : son téléphone. Il prépare ensuite un petit rouleau de feuilles séchées pour l’envelopper dans un papier fin, faisant fi du texte imprimé en grandes lettres figurant sur la boite d’où il extrait sa dose « fumer nuit gravement à votre santé et à celle de votre entourage ».
Je le retrouve sur le quai, cette fois-ci avec des écouteurs qui ont remplacé le casque, branchés à son smartphone engoncé dans une poche. Connecté à lui-même, déconnecté des autres, reconnecté à son monde.Je ne sais pas si c’est une génération à la dérive, mais probablement un jeune en perte de repères. Ce n’est peut-être pas complètement de sa faute.
Quel est son rêve dans la vie ? Comment se voit-il à 2, 3 ans ? Je ne le saurai pas.
Mais je sais que son comportement m’encourage et me motive encore plus pour mes interventions dans les écoles et les lycées, pour essayer d’extraire ses semblables du virtuel et les connecter au réel, leur insuffler l’envie de rêves.Et quand je découvre ce que des enfants de 8 ans ont écrit après mon passage dans une école : « Ce que j’ai retenu, c’est qu’on a beaucoup de chance ; grâce à toi tu m’as donné envie de faire le tour du monde », je me dis que c’est déjà une première étape et qu’il y a encore de l’espoir.
Ecologie au quotidien Conférence donnée à Die sur le transhumanisme
Le diaporama de la conférence sur le transhumanisme
Clés de lecture pour lire l’essai ‘La déconstruction de l’homme’
L’essai « La déconstruction de l’homme » énonce une analyse critique des mythes qu’entretiennent ces nouvelles idéologies touchant à ce soi-disant « nouveau monde » !
Les critiques s’adressent à ce monde marchand, ces nouvelles croyances et démarches normatives qui impactent toutes les sphères de la vie sociale :
Le transhumanisme en tant que système scientiste qui vise à modifier le réel,
Le progressisme en tant que système culturel et politique qui vise à réformer les esprits pour les préparer au nouveau monde et à une nouvelle conception du récit anthropologique concernant l’homme.
Le consumérisme qui nous invite à consommer pour exister et nous conduit peu à peu à une domestication par les objets et à leurs injonctions permanentes
Le technicisme bureaucratique (le château décrit par Kafka) qui vise à formater et à faire rentrer la vie sociale dans un monde de normes, normes consommées par l’Intelligence artificielle, ce nouveau despote prétendant être au service de l’humain.
L’ouvrage
« La déconstruction de l’homme »
vient de paraître (12 octobre 2018)
Commandez-le maintenant en ligne sur Lulu au prix de 23 euros HT.
L’auteur Éric LEMAITRE
Père de famille, marié avec Sabine, Éric LEMAITRE est Rémois, socio économiste de profession, Enseignant à l’ESI Reims, de confession chrétienne.
Éric a également contribué à lancer le courant pour une écologie humaine au sein de sa propre région. Est également le coauteur avec Alain Ledain et d’autres auteurs de deux ouvrages, l’un sur le concept de genre « Masculin/féminin faut-il choisir » éditions FAREL, l’autre « Vers une société de l’uniformisation » Editions Ethique Chrétienne.
À la fois au travers de sa vie sociale et de ses engagements personnels en tant que blogueur (Son site : https://deconstructionhomme.com/), Éric a été largement sensibilisé par les questions qui touchent autour de la technique. En raison de sa vie professionnelle impactée par les mutations associées à l’économie numérique, et de la conviction que le monde virtuel est sur le point de façonner la vie sociale, Éric a entrepris l’écriture avec le concours de Gérald Pech et de plusieurs amis issus des sciences dures et des sciences sociales, d’un essai très ambitieux pour dénoncer ces nouvelles idéologies contemporaines et hors sol progressisme, transhumanisme, …) qui puisent leurs sources dans la philosophie des lumières ou dans la croyance du progrès sans fin, le récit d’une vie toujours meilleure, le mythe d’un avenir aux « lendemains qui chantent ».
Présentation du livre par Etienne OMNES
Notre époque est déterminée par un objet philosophique que l’on appelle la Technique. La Technique (décrite par Jacques Ellul dans son livre « La Technique ou l’enjeu du siècle » écrit dans les années 50) est cette démarche de rationalisation et de mathématisation du monde au profit d’une plus grande efficacité et d’une plus grande force pour l’être humain. Le sommet de cette Technique est le transhumanisme, une démarche qui vise à améliorer l’être humain par la technologie, quitte à en transgresser toutes les limites comme la mort. Voilà le principal objet du livre d’Éric Lemaître : cette technique omniprésente, qui sert aujourd’hui de dieu et sauveur à notre civilisation.
Il procède donc en deux parties : 1. Les fondements philosophiques de la déconstruction : une présentation plutôt complète du « système technicien » au travers du phénomène transhumaniste. 2. Les révolutions de la déconstruction : Éric décrit aspect par aspect chaque domaine atteint par la Technique, et comment il est redéfini par celle-ci, et comment y répondre.
Globalement, le livre peut être défini comme une suite d’essais indépendants, qui explorent méthodiquement l’empreinte de la Technique et des idéologies progressistes, sur notre monde et à tous les étages de la vie et toutes les dimensions anthropologiques, culturelles, sociales, économiques… Je conseille d’ailleurs de le lire lentement, pour bien s’imprégner de ce qui est écrit. Le livre n’est pas fait pour le gobage…
Note de l’auteur Eric LEMAITRE
La critique engagée vis-à-vis de l’idéologie transhumaniste, progressiste et du système technicien
L’essai « La déconstruction de l’homme » énonce en effet une analyse critique des mythes qu’entretiennent ces nouvelles idéologies touchant à ce soi-disant « nouveau monde » !
Les critiques s’adressent à ce monde marchand, ces nouvelles croyances et démarches normatives qui impactent toutes les sphères de la vie sociale :
- Le transhumanisme en tant que système scientiste qui vise à modifier le réel,
- L’idéologie du progrès en tant que système culturel et politique qui vise à réformer les esprits pour les préparer au « nouveau monde » et à une nouvelle conception du récit anthropologique concernant l’homme.
- Le consumérisme qui nous invite à consommer pour exister et nous conduit peu à peu à une domestication par les objets et à leurs injonctions permanentes
- Le technicisme bureaucratique (le château décrit par Kafka) qui vise à formater et à faire rentrer la vie sociale dans un monde de normes, normes consommées par l’Intelligence artificielle, ce nouveau despote prétendant être au service de l’humain.
Cette critique peut étonner, parfois agacer le lecteur mais n’a pas d’autres objectifs que d’enfoncer en quelque sorte le clou. La révolution est à la fois culturelle (conditionnement des esprits), idéologique (une croyance aveugle d’un progrès qui ne viendrait pas seulement soulager l’homme mais augmenter toutes ses facultés) et technique (les objets qui nous divertissent et nous détournent du sens de l’autre).
Cette révolution comme nous le rappelions précédemment à la fois idéologique et techniciste est en effet à notre sens totale, elle vient comme absorber, consommer, l’identité de l’homme dans l’ensemble des composantes liées à son humanité, sa vie sociale et culturelle. Je vous invite à lire ce livre dont la dimension inédite réside dans une lecture à l’aune de ce que nous enseigne la Bible à propos de l’homme. Qu’est-ce que l’homme pour que tu souviennes de lui… ? Psaume 8.
Rentrant d’un enterrement, ce sont des moments qui paradoxalement vous ramènent souvent à la vie, à la vraie vie, je croisais sur le trottoir étroit, une jeune femme qui avait ses yeux rivés sur l’écran et avançait d’un pas rapide mais sans prendre soin de regarder à son environnement, j’ai dû m’écarter de ce trottoir étroit face à l’indifférence de cette jeune personne, à la fois pressée et absorbée sans doute, par les textos lus. Je lui fis remarquer avec humour que la vraie vie était ailleurs, ni dans les écrans l’absorbant, ni dans son monde virtuel la vampirisant, car elle a bien failli bousculer le réel …
L’homme est ainsi comme environné, ingéré puis envoûté par la technique… N’est-ce pas Jacques ELLUL qui partagea son scepticisme vis-à-vis de la technique en déclarant ceci :
« Je me méfie totalement de tout le mouvement utopiste, car il n’évitera pas le piège de la reconstruction de la cité rationnelle et parfaite, c’est-à-dire où la Technique sera Tout et en Tous. ».
« La cité rationnelle » comme l’écrit Jacques ELLUL, a une forme utopique, le meilleur des mondes, celle de l’égrégore. L’égrégore est une collectivité universelle bienveillante, pour tous, la bienveillance elle s’est exprimée au travers du communisme numérique qui en quelque sorte vous happe puis vous enveloppe avec ses promesses de facilité et vie sans effort, parfois de gratuité mais vous rend dépendant à son objet.
Dans cette cité numérique mais en réalité dystopique, le pire des mondes, nous devenons les objets d’un système technicien nous liant tous aux projets d’une société virtuelle et finalement déshumanisante. Cet égrégore ne fait plus de l’homme un être incarné dont il conviendrait de prendre soin, un être d’abord de relations, mais fait de chacun, une matière connectée à d’autres matières : Smart Phone, tablette, montre digitale et sans doute demain biopucé….
Éric dans son livre « La déconstruction de l’homme » ose le proclamer : l’humanité qui a voulu l’égalité avec Dieu est en passe de vivre « la honte prométhéenne » en ce sens qu’après avoir créé son Golem, fasciné par sa créature, il lui cède en quelque sorte son âme en nous partageant une perplexité, il a été capable d’être l’auteur de quelque chose qui le dépasse désormais, sans comprendre que lui-même fut aussi « créé de peu inférieur à Dieu ».
L’homme démiurgique finit en fin de compte par adorer sa propre créature.
Finissant ainsi par gommer Dieu, déclarant même sa mort. L’humanité a pris sa revanche, elle a enfin chassé Dieu de sa cité, le même homme qui fut au commencement de son existence chassé du jardin. Cette humanité iconoclaste est en passe d’adorer une nouvelle idole produit de sa création, de reconstruire un monde idéalisé, un nouvel EDEN, un nouveau monde célébrant le progrès, signant en quelque sorte la fin d’une partie de son identité… Voilà ce que nous pouvons appeler « la honte prométhéenne » que décrivit fort bien le philosophe Allemand Günther Anders.
Ainsi comme l’écrivait Bernard Charbonneau penseur de l’écologie ami de Jacques ELLUL
« Il nous faut le temps d’oublier l’ancien Dieu pour nous en fabriquer un nouveau et recréer totalement l’univers à son image. La Totalité sur terre : depuis l’alpha du réel jusqu’à l’oméga du vrai ? Nous n’aurons de cesse que nous ne l’ayons atteinte. Voilà l’entreprise raisonnable dans laquelle l’âge de raison a engagé l’humanité. ».
Toute la pensée de Bernard Charbonneau est marquée par la dimension de l’écologie et sans doute par une écologie qui replace l’idée d’un homme réellement libre et non le sujet d’une « société des individus », individus qui seraient en somme incapables de prendre leurs distances avec l’emballement d’un monde collectif structurant et organisant la vie sociale et qui anéantit en réalité les libertés.
En définitive la révolution numérique, ce phénomène brutal et massif se déploie aujourd’hui sous nos yeux comme une véritable déferlante, phénomène qui est sur le point de remodeler la société de demain. Sa dynamique propre et la vitesse à laquelle elle s’étend sont de nature à rebattre toutes les cartes de la vie sociale.
Chaque révolution industrielle s’est enfin de compte, accompagnée autrefois d’une restructuration de la vie sociale, chaque révolution industrielle a imposé une forme de réadaptation de la vie et des rapports aux autres. La rapidité avec laquelle les innovations du monde numérique s’étalent aujourd’hui ne laissera dès lors aucun répit, d’où une désorientation sociale et psychologique qui sera sans précédent dans l’histoire. Le monde numérique est en train de casser les repères culturels qui avaient été à présent les nôtres ; le nouveau monde qui se déploie sous nos yeux est sur le point d’être recomposée avec de nouvelles règles, de nouveaux codes, une nouvelle normalisation, de nouvelles oligarchies (les scientistes) dont les projets autour de la technicité sont de nature à fragiliser, à déconstruire l’homme, à renverser les valeurs, les tables de l’ancien monde, leurs hiérarchies, leurs institutions. Ainsi nous faisons notre le propos du Philosophe Éric Sadin un des meilleurs penseurs majeurs du numérique et de son effets et conséquences sur nos vies et nos sociétés : « allons-nous accepter, au nom de la croissance, de voir s’instituer, par le fait de ces systèmes, un dessaisissement de notre faculté de jugement, une marchandisation intégrale de la vie ainsi qu’une extrême rationalisation de tous les secteurs de la société ?[1] »
Enfin pour conclure une grande partie du livre « La déconstruction de l’homme » est consacrée à cette dimension anthropologique « Qu’est-ce que l’homme ? » le livre toutefois, ne s’enferme pas dans un tableau noir, le livre offre une feuille de route préconisant un autre chemin à emprunter et les moyens d’une résilience face aux mutations promises par le nouveau monde. Le livre nous propose ainsi de revenir aux sources bibliques, de découvrir avec étonnement des préconisations parfaitement applicables au sein même de notre modernité…
Merci de nous avoir lus et surtout de lire ce livre « La déconstruction de l’homme » ! N’hésitez pas en parler autour de vous et à inviter vos amis à se le procurer….
[1] Extrait de l’interview de Éric SADIN par le figaro Magazine http://premium.lefigaro.fr/vox/economie/2018/10/26/31007-20181026ARTFIG00370-l-intelligence-artificielle-est-un-assaut-antihumaniste.php Publié le 26/10/2018
Teilhard de Chardin, une figure philosophique du transhumanisme/

Teilhard de Chardin, scientifique théologien et philosophe français, insistait dans ses différents livres et notamment dans Le Phénomène humain, du caractère inéluctable du progrès de l’évolution, celle-ci s’achèvera selon lui « lorsque les consciences, mises en réseau les unes avec les autres, créeront de facto, une sorte de super-être. » Ce sera, selon le théologien, le point ultime de l’humanité.
Pour Teilhard de Chardin, le christianisme est la religion du progrès, la religion de l’évolution. Toute son oeuvre et son intuition seront marquées par le désir d’un progrès qui s’accomplit dans une figure qui se voudrait Christique (Nous employons ici figure, car la pensée de Teilhard nous semble très éloigné de celle que nous renvoie les évangiles, Christ nous est présenté plutôt comme celui qui s’incarne et épouse la finitude de l’homme pour manifester la grandeur de Dieu, l’église qui est son corps n’est pas l’humanité dans son ensemble mais le peuple de ceux qui ont accepté la dimension de la croix et ce qu’elle symbolise) .
Teilhard de Chardin, percevait l’évolution technique comme une démarche qui doit conduire au « bien général de tous les hommes » et « rendre communément les hommes plus sages et plus habiles. »
Pour le théologien la planète est destinée immanquablement à s’unifier :
« Il est inévitable qu’un processus d’unification se trouve amorcé, marqué de proche en proche par les étapes suivantes : totalisation de chaque opération par rapport à l’individu ; totalisation de l’individu par rapport à lui-même ; totalisation enfin des individus dans le collectif humain. »
N’est-ce pas ce que l’on perçoit de nos jours, de ce processus de maillage totalisant mis en oeuvre via le WEB, même si Teilhard de Chardin évoquait un processus harmonieux qui relève plutôt de l’amour, il n’en demeure pas moins que l’intuition du Théologien est intéressante dans l’optique d’un univers numérique fondé sur les connexions multiples, et le projet d’un égrégore numérique.
Teilhard de Chardin percevait enfin la technique comme le facteur ultime de de l’ascension vers le « Point Oméga », le point ou s’achève le développement de la complexité et de la conscience vers lequel se dirige l’univers. Par analogie avec la pensée de Teilhard, la conception transhumaniste défendue par la société Google, devrait de facto nous rendre capable de communiquer entre nous. Ce qui sera rendu possible avec les outils de la techno science nous reliant désormais à l’intelligence artificielle. Nous sommes sur le point de fait par les réseaux de connexions de former un seul et même esprit. C’est un peu ce que Teilhard de Chardin tentait d’expliquer, en évoquant le point Oméga qui représente, selon le théologien, le point ultime du développement de la conscience, vers lequel se dirige l’univers en assemblant la totalité des consciences humaines.
Pour une analyse complète de l’oeuvre de Teilhard et du rapport entretenu avec le transhumanisme, nous vous renvoyons à l’excellent blog : LES AMIS DE BARTLEBY
https://lesamisdebartleby.wordpress.com/2018/10/23/jean-philippe-qadri-pierre-teilhard-de-chardin-un-affligeant-florilege/
Eric SADIN : L’Intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle….

Article Extrait du Figaro….
Écrivain et philosophe, Éric Sadin est l’un des penseurs majeurs du numérique et de son impact sur nos vies et nos sociétés. Il est invité à donner des conférences dans le monde entier et ses livres sont de plus en plus lus et commentés. Son dernier essai La Vie algorithmique. Critique de la raison numérique (L’échappée, 2015) a rencontré un accueil enthousiaste de la part de la critique et du public. Il vient de publier L’Intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle. Anatomie d’un antihumanisme radical(L’échappée, 2018).
FIGAROVOX.- Dans votre livre, L’intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle, vous abordez le mouvement de numérisation intégrale du monde. En quoi assiste-t-on à un «changement de statut des technologies numériques»?
Éric SADIN.- Ce qui caractérise l’intelligence artificielle, c’est que c’est une puissance d’expertise qui ne cesse de se perfectionner. Ses systèmes auto-apprenants sont capables d’analyser des situations toujours plus variées et de nous révéler des états de fait dont certains étaient ignorés à notre conscience. Et ils le font à des vitesses qui dépassent sans commune mesure nos capacités cognitives. C’est pourquoi nous vivons un changement de statut des technologies numériques: elles ne sont plus seulement destinées à nous permettre de manipuler de l’information à diverses fins, mais à nous divulguer la réalité des phénomènes au-delà des apparences. En cela, ces systèmes computationnels sont dotés d’une singulière et troublante vocation: énoncer la vérité. La technique se voit attribuer des prérogatives inédites: éclairer de ses lumières le cours de notre existence. C’est là le fait majeur.
En quoi l’intelligence artificielle fait-elle advenir un «nouveau régime de vérité»?
Les systèmes d’intelligence artificielle sont appelés à évaluer une multitude de situations de tous ordres. Ce qui caractérise les résultats de leurs analyses, c’est qu’ils ne se contentent pas de produire une exactitude supposée, mais recouvrent une valeur de vérité dans la mesure où c’est dans le sens des conclusions arrêtées qu’il faut ensuite engager des actions correspondantes. Voilà ce qui distingue l’exactitude de la vérité: la première prétend restituer un état objectif supposé, alors que la seconde appelle, par le seul principe de son énonciation, à s’y conformer par des gestes concrets. Car toute vérité énoncée recouvre in fine une dimension performative.
La complémentarité homme-machine est une fable.
En ce sens, nous vivons le «tournant injonctif de la technique». Il s’agit là d’un phénomène unique dans l’histoire de l’humanité qui voit des techniques nous enjoindre d’agir de telle ou telle manière. Et cela ne s’opère pas de façon homogène, mais s’exerce à différents degrés. Cela peut aller d’un niveau incitatif, dans une application de coaching sportif suggérant tel complément alimentaire par exemple, à un niveau prescriptif, dans le cas de l’examen de l’octroi d’un emprunt bancaire, ou dans le secteur du recrutement qui use de robots numériques et de «chatbots» afin de sélectionner les candidats.
Alors, on argue de la fable de la «complémentarité homme-machine». En réalité, plus le niveau de l’expertise automatisée se perfectionnera et plus l’évaluation humaine sera marginalisée. Et cela va jusqu’à atteindre des niveaux coercitifs, emblématiques dans le champ du travail, qui voit des systèmes édicter à des personnes les gestes à exécuter. Le libre exercice de notre faculté de jugement se trouve remplacé par des protocoles destinés à orienter et à encadrer nos actes. Voit-on la rupture juridico-politique qui est en train de s’opérer?
N’êtes-vous pas dans le catastrophisme en professant une vision aussi sombre des technologies? Après tout, les luddites du XIXe siècle tenaient le même discours…
Vu l’ampleur des incidences présentes et futures de l’intelligence artificielle, il serait temps de nous défaire de la sempiternelle et infructueuse opposition mettant en vis-à-vis les «inquiets» et les «enthousiastes». Ce mode de perception a le grand défaut de nous enfermer dans une vision restreinte des choses et mobilise bien trop nos affects. Pour ma part, je ne me reconnais nullement dans ce «catastrophisme», en revanche je m’attelle à analyser de près les phénomènes majoritairement structurants. Et le fait décisif auquel nous sommes en train d’assister, ce n’est rien de moins que le dessaisissement, à grande vitesse, de notre autonomie de jugement et de notre faculté à nous déterminer librement relativement au cours de nos destins individuels et collectifs.
Que répondez-vous à ceux qui soulignent qu’on ne peut pas lutter contre le sens de l’histoire, et que si nous ne nous mettons pas à l’intelligence artificielle, d’autres pays qui n’ont pas les mêmes scrupules que nous (la Chine par exemple), s’y mettront et nous domineront?
Derrière l’IA, c’est l’imposition du primat de l’impératif économique sur toute autre considération.
L’intelligence artificielle représente, depuis le début des années 2010, l’enjeu économique jugé le plus décisif et dans lequel il convient d’investir massivement. Outre les entreprises, ce sont également les États qui mobilisent tous les moyens nécessaires en vue de se situer aux avant-postes ; chacun faisant désormais de cet objectif une grande cause nationale. Aux premiers rangs desquels les États-Unis et la Chine. De son côté, Emmanuel Macron entend faire de la France un «hub mondial de l’IA» et «attirer les meilleurs chercheurs étrangers». Comme il est entendu qu’«il ne faut pas rater le train de l’histoire», les investissements s’opèrent dans la plus grande précipitation. À tel point que Mounir Mahjoubi, le secrétaire d’État au Numérique, dit comprendre que «certains préfèrent avancer sur les technologies d’abord et réfléchir ensuite»! Vu la portée des conséquences, il est au contraire impératif que ces questions fassent l’objet de débats à la hauteur des enjeux, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
Car ce qui est à l’œuvre avec les développements incessants de l’IA, c’est l’imposition du primat de l’impératif économique sur toute autre considération. Le technoloibéralisme aura réussi à faire croire que ces développements s’inscrivent dans le «cours naturel des choses» et à imposer la rhétorique de l’inéluctable. La question qui nous revient est finalement celle-ci: allons-nous accepter, au nom de la croissance, de voir s’instituer, par le fait de ces systèmes, un dessaisissement de notre faculté de jugement, une marchandisation intégrale de la vie ainsi qu’une extrême rationalisation de tous les secteurs de la société? Car au-delà de tous les discours, ce sont là les conséquences majeures de l’exploitation croissante de l’IA. Pour ma part, je crois qu’au nom des principes qui nous fondent, nous ne devons pas nous résoudre à cette vision hygiéniste et utilitariste du monde, et plus encore, nous devons nous y opposer.
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Intelligence artificielle : « Les scientifiques ne peuvent pas dire ce qui est bien ou mal »
EXTRAIT du Monde.fr lire la suite de l’article :
Où s’arrêter ? Faut-il interdire une trop grande ressemblance des robots avec les humains ? Qui doit poser les limites ? Raja Chatila, qui préside au sein de l’IEEE une initiative internationale pour « les considérations éthiques dans l’intelligence artificielle et les systèmes autonomes », plaide pour un « code éthique », car « tout ce qui peut être fait n’est pas bon. Seule la protection des données personnelles fait aujourd’hui l’objet d’une régulation. Or, dans la communauté des chercheurs, certains n’ont pas conscience que leurs travaux peuvent être dangereux ».
Cette régulation doit venir « avant tout des citoyens », estime, de son côté, Véronique Aubergé, qui lance un appel pour que le débat ne reste pas « entre les mains des chercheurs, des entreprises ou des politiques qui font les lois. Les scientifiques ne peuvent pas dire ce qui est bien ou mal. Le débat doit devenircollectif ». A Grenoble, la chercheuse ouvre son laboratoire à « toutes les personnes confrontées à l’IA dans leur métier ou leur vie afin qu’ils puissent venir échanger sur ces travaux ».
Le livre : La déconstruction de l’homme ! un mot de son auteur …
« La cité rationnelle » comme l’écrit Jacques ELLUL, a une forme utopique, le meilleur des mondes, celle de l’égrégore, l’égrégore qui est une collectivité universelle bienveillante, pour tous, la bienveillance du communisme numérique en quelque sorte.
Dans cette cité numérique mais en réalité « dystopique », le pire des mondes, nous devenons les objets d’un système technicien nous liant tous aux projets d’une société virtuelle et déshumanisante. Cet égrégore ne fait plus de l’homme un être incarné dont il conviendrait de prendre soin, un être d’abord de relations, mais fait de lui, une matière connectée à d’autres matières.

L’insistance concernant la critique du système technicien peut étonner, parfois agacer mon lecteur mais n’a pas d’autres objectif que d’enfoncer en quelque sorte le clou. La révolution technique est en effet à mon sens totale, elle vient comme absorber, consommer, l’identité de l’homme dans l’ensemble des composantes liées à son humanité, sa vie sociale et culturelle. Je rentrais en effet hier d’un enterrement, ce sont des moments qui paradoxalement vous ramènent souvent à la vie, à la vraie vie et sur le trottoir que j’empruntais, une jeune femme avait ses yeux rivés sur l’écran et avançait d’un pas rapide mais sans prendre garde à son environnement, j’ai dû m’écarter face à son indifférence tant elle semblait absorber sans doute, par les textos lus et je lui fis remarquer que la vraie vie était ailleurs mais pas dans les écrans …
L’homme est ainsi comme environné, ingéré puis envoûté par la technique… N’est-ce pas Jacques ELLUL qui partagea son scepticisme vis-à-vis de la technique en déclarant ceci :
« Je me méfie totalement de tout le mouvement utopiste, car il n’évitera pas le piège de la reconstruction de la cité rationnelle et parfaite, c’est-à-dire où la Technique sera Tout et en Tous. ».
« La cité rationnelle » comme l’écrit Jacques ELLUL, a une forme utopique, le meilleur des mondes, celle de l’égrégore, l’égrégore qui est une collectivité universelle bienveillante, pour tous, la bienveillance du communisme numérique en quelque sorte.
Dans cette cité numérique mais en réalité « dystopique », le pire des mondes, nous devenons les objets d’un système technicien nous liant tous aux projets d’une société virtuelle et déshumanisante. Cet égrégore ne fait plus de l’homme un être incarné dont il conviendrait de prendre soin, un être d’abord de relations, mais fait de lui, une matière connectée à d’autres matières : smartphone, tablette, montre digitale, carte à puce et demain qui sait son propre corps connecté…
J’ose ici le proclamer que l’humanité qui a voulu l’égalité avec Dieu est en passe de vivre « la honte prométhéenne » en ce sens qu’après avoir créé son Golem, fasciné par sa créature, il lui cède en quelque sorte son âme en nous partageant une perplexité, il a été capable d’être l’auteur de quelque chose qui le dépasse désormais, sans comprendre que lui-même fut aussi créé de peu inférieur à Dieu.
L’homme démiurgique finit en fin de compte par adorer sa propre créature. Finissant ainsi par gommer Dieu, déclarant même sa mort. L’humanité a pris sa revanche, elle a enfin chassé Dieu de sa cité, elle est sur le point d’adorer une nouvelle idole et de reconstruire un monde idéalisé, un nouvel EDEN, un nouveau monde célébrant le progrès, signant en quelque sorte la fin d’une partie de son humanité… Voilà ce que nous pouvons appeler « la honte prométhéenne » que décrivit fort bien le philosophe Allemand Günther Anders.
Ainsi comme l’écrit Bernard Charbonneau dans un texte que nous avons récemment publié sur ce blog,
« Il nous faut le temps d’oublier l’ancien Dieu pour nous en fabriquer un nouveau et recréer totalement l’univers à son image. La Totalité sur terre : depuis l’alpha du réel jusqu’à l’oméga du vrai ? Nous n’aurons de cesse que nous ne l’ayons atteinte. Voilà l’entreprise raisonnable dans laquelle l’âge de raison a engagé l’humanité. »
Enfin la révolution numérique, ce phénomène brutal et massif se déploie aujourd’hui sous nos yeux comme une véritable déferlante, phénomène qui est sur le point de remodeler la société de demain. Sa dynamique propre et la vitesse à laquelle elle s’étend sont de nature à rebattre toutes les cartes de la vie et de l’organisation sociale. Chaque révolution industrielle s’est enfin de compte, accompagnée autrefois d’une restructuration de la vie sociale, chaque révolution industrielle a imposé une forme de réadaptation de la vie et des rapports aux autres.
La rapidité avec laquelle les innovations du monde numérique s’étale aujourd’hui ne laissera dès lors aucun répit, d’où une désorientation sociale et psychologique qui sera sans précédent dans l’histoire. Le monde numérique est en train de casser les repères culturels qui avaient été à présent les nôtres ; le nouveau monde qui se déploie sous nos yeux est sur le point d’être recomposée avec de nouvelles règles, de nouveaux codes, une nouvelle normalisation, de nouvelles oligarchies (les scientistes) dont les projets autour de la technicité sont de nature à fragiliser, à déconstruire l’homme, à renverser les valeurs, les tables de l’ancien monde, leurs hiérarchies, leurs institutions.
Enfin pour conclure une grande partie du livre est consacrée à cette dimension « Qu’est-ce que l’homme ? » Nous traitons largement de l’anthropologie Chrétienne, je vous invite notamment à découvrir le texte de Gérald PECH un authentique bijou théologique … merci de m’avoir lu et surtout de lire ce livre « La déconstruction de l’homme »!
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La honte Prométhéenne
Etienne Klein s’interroge sur le sens du progrès si la promesse de l’homme bionique ne comporte pas en soi l’absurdité et évoque la honte prométhéenne … La honte prométhéenne a été défini par le philossophe Günther Anders comme « la honte qui s’empare du « honteux » (« beschämend ») devant l’humiliante qualité des choses qu’il a lui-même fabriquées ». L’homme crée des programmes informatiques comme l’intelligence artificielle qui le dépasse et l’humilie aujourd’hui. L’intelligence artificielle fascine, stupéfie, voir même hypnotise l’humanité en regard des prouesses techniques qu’elle peut accomplir mais terrorise également l’homme.

Le transhumanisme est-il un progrès ?
Le philosophe des sciences Etienne Klein s’interrogeait sur le sens du progrès si la promesse de l’homme bionique ne comportait finalement pas en soi l’absurdité. Le philosophe évoquait la dans une conférence, la honte prométhéenne … La honte prométhéenne a été défini par le philosophe Günther Anders comme « la honte qui s’empare du « honteux » (« beschämend« ) devant l’humiliante qualité des choses qu’il a lui-même fabriquées ». L’homme crée ainsi des programmes informatiques comme l’intelligence artificielle qui le dépasse et l’humilie aujourd’hui. L’intelligence artificielle fascine, stupéfie, hypnotise voir même envoûte l’humanité en regard des prodiges et des prouesses techniques qu’elle peut accomplir mais potentiellement le terrorisera également en généralisant la reconnaissance faciale, le « tracking » des individus .
L’homme expérimente ainsi et à travers ses propres créations comme une forme d’aliénation de lui même, une perte de sa propre identité, comme ayant perdu une part ou la totalité de son humanité, lorsque il se sent comme dépassé, pire, submergé par sa propre création qui l’anéantit , le prive de sa dimension ontologique. L’homme ayant perdu tout lien et toute relation avec une dimension qui le transcende, se sent comme, déboussolé puis désarçonné de créer des produits qui seront amenés demain à le dépasser et à l’anéantir du fait qu’il est renoncé lui même à croire qu’il fut créé…. L’absurdité d’avoir songé que lui n’est que le fruit d’un assemblage hasardeux capable d’engendrer au travers de sa propre science son Golem !
