L’apparition du transhumanisme !

Le transhumanisme se définit d’emblée comme une idéologie intriquant une vision scientiste et une conception progressiste de l’homme (Nous reviendrons plus largement sur cette vision dans ce chapitre).

Cette idéologie remet en cause les fondements touchant à la fois l’essence humaine en tant qu’identité et à la nature qui caractérise le vivant, l’origine humaine puisqu’il s’agit de casser les barrières homme et machine, de casser les codes du vivant et de matière inerte, en les intriquant, en les entremêlant. Selon une nouvelle formule définissant l’homme dans cette vision postmoderne, l’être humain se réduit à un programme. Un programme puisqu’en effet la génétique a su déchiffrer le génome, et en déchiffrant, il serait donc possible de codifier puis pas moins de reprogrammer l’homme.

Dépendance et fascination pour les nouveaux pouvoirs de la technologie.

Dans ce chapitre et les chapitres suivants nous mettons en évidence le cheminement idéologique post moderne qui voit l’avènement simultané de la technoscience[1] et du transhumanisme.

Le transhumanisme se définit d’emblée comme une idéologie intriquant une vision scientiste et une conception progressiste de l’homme (Nous reviendrons plus largement sur cette vision dans ce chapitre).

Cette idéologie remet en cause les fondements touchant à la fois l’essence humaine en tant qu’identité et à la nature qui caractérise le vivant, l’origine humaine puisqu’il s’agit de casser les barrières homme et machine, de casser les codes du vivant et de matière inerte, en les intriquant, en les entremêlant. Selon une nouvelle formule définissant l’homme dans cette vision postmoderne, l’être humain se réduit à un programme. Un programme puisqu’en effet la génétique a su déchiffrer le génome, et en déchiffrant, il serait donc possible de codifier puis pas moins de reprogrammer l’homme.

En découvrant puis appréhendant la charpente du génome, la science sans conscience s’autorise à manipuler, à modifier la structure du corps, à combiner et implémenter les pièces de la matière et les pièces de la nature humaine. Le savant transhumaniste s’ingéniant à se transformer en couturier démiurgique, assemblant le monde cybernétique et l’ADN humain.  Ainsi l’être humain ne sera plus « anthropos » mais un être technique.

Cette idéologie n’est pas seulement fondée sur la foi inconditionnelle dans les progrès illimités de la science, mais elle est ancrée à la fois dans une vision réformatrice qui touchera à toutes les dimensions de la vie sociale, culturelle et économique. Le transhumanisme en proposant une redéfinition de l’homme, fonde ainsi une vision rénovatrice de la société en l’articulant autour de l’économie numérique et de l’intelligence artificielle, poussé par une envie de survie et d’immortalité.

Dans un texte[2] de Hannah Arendt, extrait de son livre l’homme moderne, de manière quasi prémonitoire, l’auteure prédit les dérives du monde moderne « Il se pourrait, créatures terrestres qui avons commencé d’agir en habitants de l’univers, que nous ne soyons plus jamais capables de comprendre, c’est-à-dire de penser et d’exprimer, les choses que nous sommes cependant capables de faire… S’il s’avérait que le savoir (au sens moderne de savoir-faire) et la pensée se sont séparés pour de bon, nous serions bien alors les jouets et les esclaves non pas tant de nos machines que de nos connaissances pratiques créatures écervelées à la merci de tous les engins technologiquement possibles, si meurtriers soient-ils »

Cette réflexion d’Hannah Arendt est infiniment profonde, puisqu’elle nous renvoie à la dimension même de penser et à l’abandon qui nous guette de la léguer à la machine qui pourrait avoir la faculté de penser à notre place.  Le « Ne plus penser et ne plus exprimer » extrait de la citation de Hannah Arendt est infiniment prophétique puisque la Philosophe nous renvoie à cette domination de la machine cybernétique dont elle n’imaginait ni l’étendue ni les possibles, ni l’extravagance ni la tentation de rendre corvéable l’homme.

Cette machine cybernétique dont nous pourrions bien devenir addictes. En abdiquant peu à peu notre faculté de gouverner le monde, nous lui abandonnons les commandes au profit de son ingénierie, son intelligence artificielle et ses facultés d’auto apprentissage. Ainsi Hannah Arendt a raison, ce n’est pas le progrès technique qui devrait nous alarmer et nous amener à méditer sur les usages de la machine, mais notre propre rapport à la technologie, autrement dit notre probable dépendance et notre fascination pour ses nouveaux pouvoirs.

Cette technologie doit nous faire examiner comment organiser notre savoir de façon à ce que son développement exponentiel ne nous réduise pas définitivement à ne plus penser, au point que nous devenions de simples marionnettes numériques, des jouets et des esclaves à l’image des êtres humains guidés par le monde des « Pokémon ».

Le transhumanisme est-il un nouvel humanisme ?

Le « Nouvel Humanisme »[3] est un courant de pensée, contemporain visant une transformation du monde, aspirant à un changement de civilisation et à l’émergence d’une nation humaine universelle fondée sur des valeurs de diversité, d’égalité, de connaissance au-delà de ce qui est accepté comme vérité absolue.

Donc à la question le transhumanisme est-il nouvel humanisme, la réponse est probablement oui, mais diffère sans doute de ce courant auquel se rapporte notre début de réponse. Pour répondre de façon plus explicite, la question appelle d’emblée de préciser, de définir les deux termes qui forment le mot transhumanisme.

En effet le mot transhumanisme est la jonction des termes (préfixe) Trans et (suffixe) humanisme.

Trans : radical (préfixe) d’origine latine qui signifie de l’autre côté.

Humanisme : Si le terme humanisme étymologiquement découle du mot latin  « humanus » (cultivé), le terme humanisme désigne également un courant culturelphilosophique et politique, marqué par le retour aux textes antiques,  né au cours du XIVème XVème et XVIème siècle qui propose un « modèle humain »

Ce courant Intellectuel rassemblait des érudits manifestant une « appétence » pour les savoirs dans tous les domaines de la connaissance humaine, ces érudits humanistes comme Pétrarque[4], Erasme[5], Pic de la Mirandole[6] plaçaient l’homme au cœur de l’univers et considéraient l’homme comme étant doté de facultés intellectuelles quasi illimitées.

Le mot Trans associé à humanisme annonce donc d’un point de vue philosophique, un changement de paradigme, un autre monde, un monde inédit, le passage d’un monde ancien à un monde nouveau, la fin d’une époque et sa culture pour entrer dans un nouvel âge, une nouvelle histoire de l’humanité.

Le « transhumanisme » présente incontestablement des analogies avec la période historique de la renaissance mais les orientations, différent, la vision humaniste en effet est une vision du libre arbitre focalisée sur l’homme donnant une place centrale à l’homme, l’homme qui n’est pas soumis au déterminisme. En opposition la vision transhumaniste est une vision dominée par une approche purement mécaniste de l’homme, réduisant les phénomènes de la nature à des lois sans âme et sans vie, une vision mécaniste assimilant l’homme à un assemblage de matières qu’il est possible de corriger, d’améliorer et de performer.

Ainsi au XVème siècle l’humanisme se renforce comme mouvement intellectuel émergeant d’une période de crise spirituelle profonde héritée des premières remises en causes humanistes du siècle précédent et dévoile des analogies fortes avec notre propre époque.

Des analogies en effet avec notre époque actuelle qui est traversée par des mutations et crises importantes affectant la société dans son ensemble et plonge l’humanité dans une forme de vacuité et de vide spirituel.

Le transhumanisme s’inspire en partie des conceptions philosophiques de l’humanisme du XVème et du XVIème siècle de par ses similitudes et ce souci de proposer également un nouveau modèle humain considérant que l’homme a un rôle actif, impliqué dans la quête du savoir. Bien entendu le transhumanisme s’éloigne de l’humanisme en rompant avec sa philosophie à l’origine de conception chrétienne, en allant encore plus loin puisqu’il s’agit de refonder cette fois-ci l’anthropologie, d’arguer d’une nouvelle mutation nécessaire de l’espèce humaine. L’humanisme du XVème et XVIème siècle est née d’une époque en mutation, une révolution sociale avait été alors engagée, celle qui se dessine aujourd’hui avec le transhumanisme relève plus d’une déshumanisation que d’une humanisation du monde, d’une ouverture des esprits sur la culture, il s’agit davantage d’une époque qui naviguera sur les surfaces des écrans loin d’approfondir la lecture des livres sorties des imprimeries de Gutenberg.

Le transhumanisme ou le déni du réel

Nous entrons dans un monde ou le rapport au virtuel est plus prégnant ou le rapport à l’autre s’atténue, s’efface.  Nous sommes dans le monde de l’immédiat, d’ici et maintenant, nous entrons dans l’ailleurs, de l’autre côté, hors du lieu et du temps. L’espace technique se substitue à l’espace naturel, le forum numérique à l’agora, le virtuel à la rencontre de l’autre.

La révolution numérique nous fait entrer dans la dimension du monde désincarné. Quelques exemples illustrent notre propos :

  • Dans le monde de l’entreprise l’habitude chez les salariés est de s’adresser des courriels, l’usage des courriels devenant quasi envahissant, phagocytant la concentration, mobilisant toute l’attention.
  • Nous entrons également dans l’ère du télétravail avec ses avantages et ses inconvénients, l’inconvénient étant de nous éloigner de la sphère des relations tangibles, des contacts avec les autres, du face à face.
  • Le monde des réseaux sociaux est un monde de cyber espace donnant l’illusion narcissique d’exister pour les autres, mais en réalité nous nous détachons de la rencontre avec l’autre, bien qu’il soit aussi concevable que cela suscite l’envie de rencontrer l’autre puis d’incarner la relation. Mais l’usage de contacts numériques nous fait inévitablement entrer dans un espace virtuel nous détachant de l’existence tangible et temporel.

Ainsi le virtuel est l’absence de rapport à la réalité, l’absence d’un rapport au tangible, il n’y a plus un temps, un réel, un espace objectif, mais des temps et des espaces, des temps et des espaces parallèles au-delà de nos espaces réels et tangibles, que nous voudrons créer.

Au quotidien et en partant d’exemples non exhaustifs nous sommes également des usagers d’objets qui peu à peu, subrepticement, nous familiarise à un monde virtuel et transhumaniste …

Ainsi :

  • de plus en plus d’entreprises n’ont plus recours à des imprimés, transmettent des données ou des documents dématérialisés,
  • des hommes et des femmes pour favoriser leurs rencontres ont recours à des agences matrimoniales numériques, ce sont les algorithmes mathématiques qui décident lors des rencontres, des profils les plus idoines.
  • d’autres croient participer à des jeux ludiques mais sont également pilotés par des algorithmes et ils deviennent sans en prendre conscience, les produits de ces machines.
  • pour leurs activités physiques, des sportifs du quotidien ont recours à des bracelets connectés, de véritables capteurs d’activités pour tracer la dépense d’énergie.
  • Enfin de plus en plus de maisons sont connectés à des portables, des tablettes numériques et vous pouvez à distance préparer la tasse de thé ou de café au moment où vous arriverez chez vous, attendu par de gentils robots qui auront peut-être fait le ménage chez vous.

Je citre ici Laurent Alexandre[7] Chirurgien urologue militant du transhumanisme, dans l’émission Qu’est-ce que l’homme. Ainsi “On a de plus en plus de technologies très transgressives qui sont acceptées massivement par la société. En réalité la société devient massivement transhumaniste sans en connaître le mot.”

Le transhumanisme est porté par l’un des géants du monde numérique

Le transhumanisme est un courant idéologique porté principalement par l’un des Géants du WEB, la société Google. Ce courant idéologique dont emblématiquement la société Google est le porte-parole, propose une nouvelle lecture de l’homme (« trans ») au-delà de l’homme, un nouveau modèle anthropologique[8] par-delà l’encerclement du corps qui enferme l’homme dans cette idée de finitude et de mortalité.

Ce modèle anthropologique se résume comme la volonté explicite de corriger le génome humain entaché par l’imperfection génétique puis de glisser subrepticement vers l’amélioration performée de l’espèce humaine et l’émergence d’un nouvel homme, aspirant enfin à l’immortalité.

Le transhumanisme s’appuie sur la révolution numérique, demain une nouvelle révolution quantique[9] et technique pour engager la transformation radicale et sans limites de la société, comme autrefois l’humanisme s’est adossée à la révolution de l’imprimerie pour diffuser la connaissance, transformer la société en lui donnant accès au savoir. Les grands imprimeurs ont été eux même des humanistes tel Robert Estienne à Paris[10] ou l’Orléanais Etienne Dolet.

Via l’idéologie transhumaniste, une nouvelle conception de l’humanité se profile, elle est à la croisée d’une nouvelle transgression :

  • une volonté explicite de s’affranchir du monde réel,
  • de briser les barrières de la matière,
  • de dépasser la finitude telle qu’elle s’incarne dans le monde naturel,
  • d’engendrer de nouvelles révolutions …

… Révolutions anthropologiques, culturelles, théologiques, sociales et économiques dans une dimension du Nous « Collaboratif ». Une nouvelle Babel s’instaure, porteuse d’une vision d’une humanité sans Dieu, du refus de la souveraineté de Dieu.

Les valeurs, les croyances fondamentales qui caractérisent la vision transhumaniste l’opposant au monde tel que nous le connaissons à ce jour 

L’idée centrale du transhumanisme est de promouvoir le recours comme l’usage des nouvelles technologies (nanotechnologie[11], biotechnologie, technologie de l’information, découvertes des sciences cognitives, ce qui inclut aussi l’intelligence artificielle, la robotique, etc ).

La vocation fondamentale qui caractérise l’idéologie transhumaniste s’inscrit dès lors dans la volonté d’améliorer la condition humaine de façon radicale.

La valeur idéologique principale de ce courant repose notamment sur l’ambition de prolonger la vie humaine au-delà des limites naturelles (ralentissement, voire inversion du processus de vieillissement), amélioration de capacités physiques, sensorielles, cognitives et émotionnelles pour permettre de nouvelles expériences de pensée, de dialogue, de compréhension réciproque, d’interaction, de partage, et la découverte de notre environnement.

Les valeurs déclinées autour de cette volonté d’améliorer la condition humaine, s’articulent sur le souhait de faire émerger :

  • La société collective et communautaire versus Société clientéliste
  • La société de l’autonomie régulée dépassant le libre choix
  • La consommation durable par opposition à l’obsolescence programmée
  • La société virtuelle et dématérialisée à l’envers de la société réelle
  • La société servicielle et collaborative une avancée en regard de la société industrielle et capitaliste

Le transhumanisme ou l’idéologie (prométhéenne) de quoi s’agit-il exactement ?

En effet, une idéologie est un système structurant, modélisant une représentation du monde dans lequel nous vivons, c’est également un système de concepts et d’idées à partir desquels la réalité est pensée, une façon de se représenter et de voir le monde.

Dans ce contexte, le transhumanisme à travers son université (la singularity université basée à San Francisco) se définit comme un mouvement d’intellectuels, de savants et d’érudits technicistes. Le transhumanisme embrasse une idéologie prométhéenne[12] qui est ancrée dans une conception matérialiste et scientiste[13], fondamentalement liée au développement économique des nouvelles technologies.

Le mouvement transhumaniste valorise en effet, prône l’usage des sciences et des techniques afin :

  • de développer les capacités humaines,
  • d’augmenter les capacités physiques comme cognitives,
  • de dépasser les limites de l’homme conférées par son ADN, la finitude qui caractérise l’homme,
  • de casser la barrière liée à l’encerclement que constitue en quelque sorte le corps humain.
  • De susciter l’émergence d’une prétendue nouvelle économie sociale ou la totalité du monde numérique serait à votre service.

Citons Tugdual Derville[14] « Le transhumanisme participe pleinement d’un projet idéologique visant à ce que l’homme puisse se donner lui-même sa propre forme, en refusant de se recevoir d’un donné naturel pour lui signifiant ». C’est le refus de sa condition de créature au profit d’une tentative d’auto-divinisation

A quoi ressemble le futur pour les transhumanistes ?

 Pour les transhumanistes, il convient de dépasser la mort biologique. Améliorer le corps, défaillant par nature. Transformer le génome, modifier l’ADN. S’affranchir le plus possible des limites physiques, des limites de l’encerclement dans lequel nous enferme le monde réel.

Les transhumanistes revendiquent la liberté absolue d’augmentation corporelle et cérébrale en nous affranchissant de toute dimension corvéable, de toute attache, libérée enfin du sol.  Une volonté en quelque sorte d’en finir avec la « punition » divine : « C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre, d’où tu as été pris ; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière »[15].

Le futur transhumaniste est un chemin néopaganiste, une anti religion au sens de la relation, qui peut conduire au post humanisme dont l’apothéose est l’intelligence artificielle, la créature de l’homme devenue autonome mais restant une matière sans esprit, libre de toute contingence pour ne laisser que le conatus[16] spinozien aux commandes d’un corps transcendé. Tant et si bien que pour atteindre ce but il faut impérativement éteindre l’âme, ce pont vibrant créé par Dieu et incorporé à son environnement pour le relier à un monde réel et tangible.

Pour reprendre l’intuition du philosophe Levinas qui ira jusqu’à affirmer que « la technique nous délivre des attachements terrestres, des « dieux du lieu et du paysage » dont elle nous a montré « qu’ils ne sont que des choses, et qu’étant des choses ils ne sont pas grand-chose »[17]. C’est ainsi que nous pourrions résumer le futur transhumaniste tour à tour réalité augmentée et réalité virtuelle, une forme d’éden ou d’ersatz, d’un bonheur perdu que l’homme tente de réparer ou de retrouver le chemin du paradis mais sans réconciliation avec le créateur.

Les quatre prochaines révolutions du transhumanisme…  

Les bouleversements en réalité brève échéance sont à la fois métaphysique, anthropologique, culturelle et économique :

  • La révolution métaphysique, une nouvelle gnose, il faut reprendre en main un monde imparfait, un monde « raté » ou non abouti et c’est à « l’homme et à lui seul» d’engager le changement, de transformer le monde, de fonder le nouvel humanisme sans transcendance.
  • La révolution anthropologique : Il faut dépasser l’encerclement du corps, se démarquer du corps sexué, du corps fini, du corps mortel, il faut ainsi s’affranchir des limites inhérentes à l’humanité – le corps sexué, la finitude de l’homme, et la mort inévitable.
  • La révolution culturelle, il faut quitter l’ancien monde, assurer le bien-être planétaire, maximiser les services gratuits, collaboratifs ou participatifs, créer une intelligence collective qui pense l’équilibre et l’harmonie des éco systèmes, le développement durable de la planète.

Dans cette dimension collective Il faut réaliser l’autorégulation des composants écosystèmes et des humains pour favoriser la vie et s’en remettre demain à une supra intelligence artificielle qui assurera la régulation, c’est le réveil du Mythe de Gaïa[18]. Selon ce mythe tous les êtres vivants sur Terre formeraient ainsi un super organisme interagissant entre eux et assurant en fin de compte leur harmonie — appelé « Gaïa », d’après le nom de la déesse de la mythologie grecque personnifiant la Terre.

Ainsi dans cette révolution culturelle, le monde numérique de Gaïa grâce à la magie algorithme façonne le devenir des rencontres et des inter actions humaines en intervenant comme une agence matrimoniale.

  • La révolution économique, supprimer la verticalité, les circuits de distribution avec intermédiaires, inventer de nouveaux paradigmes et modèles économiques en renversant les institutions obsolètes Pôle Emploi, Les Navettes taxis. Dans cet univers totalement numérisé, l’homme percevra l’univers virtuel comme un monde à son service. Le monde économique sera alors remodelé puis gouverné, voire totalement supplanté par les algorithmes mathématiques qui déjà scrutent les modes de vie, établissent des profils de consommation, anticipent les marchés, les fluctuations boursières sont devancées par toute une machinerie de calculs qui font l’économie d’un recours à des interventions humaines.

Pourquoi tenions-nous à aborder dans cet ouvrage collectif le thème du transhumanisme ?

Comme Chrétiens, nous considérons que notre devoir est de savoir… :

  • …observer les signes des temps de les discerner,
  • …comprendre les mutations qui s’organisent,
  • …lire les changements qui s’opèrent à l’aune des Saintes Ecritures qui nous fournissent des

   clés pour comprendre où va le monde,

  • …expliquer ainsi à nos concitoyens afin de participer activement à l’éveil des consciences.

A l’heure de la mondialisation et d’une mondialisation accélérée des idéologies mortifères, il importe pour nous Chrétiens de connaître la nature des nouveaux paradigmes, des changements qui interviennent à l’aune des écritures décrivant en des termes si particuliers que les événements qui se dévoilent à nos yeux se voient confirmés par ces mêmes écritures comme étant prédits ou plus précisément prophétisés

A l’instar du Professeur Jérôme Lejeune[19] « Il faut clairement dire les choses, la qualité d’une civilisation se mesure au respect qu’elle porte aux plus faibles de ses membres. Il n’y a pas d’autre critère de jugement. » Or nous sommes en passe de changer de paradigme, la vulnérabilité, la finitude, comme la fragilité doivent être relégués à des mondes anciens qui seraient les facteurs aliénants. Le monde nouveau se construira autour de promesses technologiques, de progrès susceptibles demain d’enchanter le monde, mais toujours de progrès qui seront l’expression d’un eldorado qui détruira les valeurs fondatrices d’une civilisation ou l’on prend soin de l’humain, du plus fragile, du plus vulnérable.

Il est ainsi étrange de constater que tout une tradition idéologique ignore délibérément semble-t-il et très largement, la valeur de la vulnérabilité qui est quasi absente des discours philosophiques, hormis chez quelques auteurs qui ont su aborder la dimension de la déficience de l’homme.

« Comment pouvait-il en être autrement déclare le Philosophe Michel Terestchenko s’il s’agit pour tant de philosophes – de Platon à Kant, en passant par les Stoïciens ou Descartes – de nous mettre à l’abri, de nous apprendre la voie de l’autosuffisance, de la non dépendance, de la prééminence de la raison sur les émotions et les sentiments, autrement dit de nous apprendre à être le moins vulnérable possible ? »

Pourtant la vulnérabilité fait sens pour beaucoup d’entre nous, l’apôtre Paul n’affirme-t-il pas que « quand je suis faible, alors je suis fort »[20]. Or la vulnérabilité n’a-t-elle pas quelque chose à nous enseigner sur notre propre humanité.

La vulnérabilité nous invite en effet, nous qui pensons certainement « être forts » et dans « la norme sociale  » (efficaces, performants…), à prendre soin des plus faibles. Sans doute est-ce, à certains égards, une bonne chose que de témoigner de compassion, de vigilance pour les autres.

A l’endroit de nos enfants, de la famille nous entendons témoigner notre vigilance pour tous les enfants vis-à-vis de toutes ces idéologies mortifères et de l’esprit artificiel engendré par la puissance de l’idéologie qui veut façonner un nouvel homme libéré de ses stéréotypes, de la puissance de la technique qui nous laisse croire artificiellement à notre propre invulnérabilité.

[1] Néologisme mettant en évidence le caractère intriqué des liens entre les sciences et les techniques.

[2] Hannah Arendt citation extraite de son livre Conditions de l’homme moderne, Calman-Lévy, Paris 1961. P 9-10

[3] http://www.mouvementhumaniste.fr/nouvelhumanisme.htm#nouvel

[4] Pétraque (1304 – 1374) considéré comme le premier humaniste

[5] Erasme (1469-1536) élabora une conception de l’homme qui se définit indépendamment de sa foi religieuse et doué d’un libre arbitre.

[6] Pic de la Mirandole (1463-1494), appelé le « prince des érudits ».

[7] Laurent Alexandre, est un chirurgien-urologue français, il se passionne pour les questions qui touchent au transhumanisme et aux bouleversements que pourrait connaître l’humanité.

[8] Anthropologie :  Le terme anthropologie vient de deux mots grecs, anthrôpos, qui signifie « homme » (au sens générique), et logos, qui signifie parole, discours. L’anthropologie est la synthèse des différentes sciences humaines et naturelles. L’anthropologie dans son étude de l’être humain s’intéresse à sa diversité biologique et à sa diversité culturelle

[9] Ordinateurs quantiques : Construire des ordinateurs qui puissent interagir : voir, écouter, dialoguer. Développer des moteurs de recherche intelligents, qui comprennent ainsi la demande de leurs usagers

[10] Robert Estienne, est un humaniste qui établit sa propre imprimerie, succédant ainsi à son père Henri Estienne, premier d’une lignée d’imprimeurs réputés.

[11] Nanotechnologies : Ensemble des études et des procédés de fabrication et de manipulation de structures (électroniques, chimiques…), de dispositifs et de systèmes matériels à l’échelle du nanomètre (nm), ce qui est l’ordre de grandeur de la distance entre deux atomes Source Wikipédia.

[12] Dans la mythologie grecque, Prométhée est un Titan, il aurait conçu les hommes à partir d’eau et de terre. Prométhée fait en sorte que l’Homme puisse tenir debout, Prométhée donne à l’homme un corps, distingué et proche de celui des dieux, il enseigne aux hommes l’art et les métallurgies. Dans la mythologie grecque et qui est l’essence même du mythe prométhéen, Prométhée va être en guerre contre les Dieux et après la victoire des nouveaux dieux dirigés par Zeus sur les Titans, Prométhée va se rendre alors sur le char du Soleil avec une torche, dissimule un tison dans une tige creuse et donne le « feu sacré » à la race humaine. Le feu dans la mythologie grecque, représentait la divinité.

[13] Scientiste : Selon Ernest Renan n (1823-1892), le scientisme entend ni plus moins « organiser scientifiquement l’humanité ». Il s’agit dès lors d’appliquer à la vie sociale et dans toutes les sphères de la vie les principes et méthodes de la science moderne.

[14] Tugdual Derville est un des trois initiateurs du courant pour une écologie humaine, il a fondé l’association À bras ouverts pour organiser l’accueil par des accompagnateurs bénévoles d’enfants, d’adolescents et de jeunes adultes porteurs d’un handicap mental. Il est également Directeur Général d’Alliance Vita. Cette association s’est engagée à promouvoir la sensibilisation à la fois des publics et des décideurs à la protection de la vie humaine. Il est également l’auteur du livre « Le temps de l’homme ».

[15] Citation du livre de la Genèse chapitre 3 verset 15 dans la Bible version Louis Segond.

[16] Terme latin qui signifie l’effort « l’effort » d’exister, autrement dit de persévérer dans l’être constitue l’essence intime de chaque chose selon Spinoza

[17] Emmanuel Levinas (1906-1995) :  Dieu, la mort et le temps, p. 194, Grasset et Fasquelle, Livre de poche, 1993.

[18] Gaïa : Déesse grecque qui personnifie dans la mythologie, la terre. Sans l’aide d’un mâle elle met au monde Ouranos qui personnifie le Ciel. Avec Ouranos son fils, elle engendre les Titans et les Titanides, les Cyclopes et les Hécatonchires.

[19]  Jérôme LEJEUNE 1926-1994, médecin et professeur de génétique découvreur de l’anomalie chromosomique responsable de la trisomie 21.

[20] La Bible : 2 corinthiens chapitre 12. Verset 40

De l’Eden à la refonte de l’homme ! Gender et transhumanisme, une vision totalitaire de l’homme

artificial-intelligence-3382507_1920 (1).jpgDe l’Eden à la refonte de l’homme ! Gender et transhumanisme, une vision totalitaire de l’homme

10 février 2014

La conquête contemporaine de l’Eden « Vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal ». Le récit du livre de la genèse relate un événement qui semblerait bien à ce jour transcender la dimension de la légende ou du mythe dans laquelle, la bien-pensance matérialiste et conformiste aimerait enfermer ce passage qui fait sans doute partie d’une des dramaturgies mémorables et liée à la culture de l’humanité.

« Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs, que le SEIGNEUR Dieu avait faits. Il dit à la femme : Dieu a-t-il réellement dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? La femme répondit au serpent : Nous mangeons du fruit des arbres du jardin. Mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez point et vous n’y toucherez point, de peur que vous ne mouriez. Alors le serpent dit à la femme : Vous ne mourrez point ; mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. »
Livre de la Genèse chapitre 3.

Nous sommes frappés à l’aune des changements, des bouleversements traversés par l’humanité, d’un changement radical de paradigme, d’une conquête effrénée, accentuée de l’éden perdue. L’homme vit une forme de soif inexorable de ce paradis perdu, cherchant à atténuer sa souffrance, à gommer une forme de fêlure associée à cette rupture avec son créateur. Comment ne pas être frappé à la lecture des transformations sociétales, comment ne pas être étonné à l’aune des mutations technologiques, de cet appétit de l’homme à devenir Dieu.

Fabrice Hadjadj mentionne dans son livre la foi des démons ou l’athéisme dépassé que « Changer de nature fût-ce pour une nature supérieure, équivaut à une destruction de soi » ajoutant que le péché n’est pas de convoiter une absurde égalité avec Dieu, mais de vouloir une certaine similitude avec lui de manière désordonnée ».

La chute de l’homme s’exprime ainsi et également à travers ce comportement déraisonnable de transgresser tous les interdits en consommant jusqu’à la lie ce fruit de la connaissance du Bien et du Mal, de rechercher avec vanité la mémoire de cette éternité, de ce paradis dont l’accès lui a été fermé.

Toutes les idéologies se sont fondées sur ce besoin obsessionnel d’égalité, d’accès absurde à un bonheur sans douleur, en repoussant autant que possible les injustices insupportables ou celles qui même dans l’aberrante méprise pourraient être jugées comme telles, touchant la vie sociale, le corps, le milieu de l’homme.

L’homme a été créé fini, sexué, vulnérable. La chute précipite l’homme hors de l’éden, hors de cette identité qui l’avait conduit dans cette union avec Dieu. Le voici séparé depuis la chute, le voici éloigné en distance à la conquête d’un désir de similitude avec son créateur mais tout en feignant de l’ignorer, de le mettre en distance.

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via Actualités

Ecologie et transhumanisme

L’oxymore
Rapprocher les termes Ecologie et Transhumanisme apparait d’emblée comme un oxymore. Deux termes antinomiques qui s’entrechoquent, d’un côté la nature, un monde réel, de l’autre un environnement de matières et d’algorithmes, un monde virtuel, il est d’ailleurs plutôt rare que les transhumanistes aient à s’exprimer sur cette thématique touchant les domaines de l’écologie, pourtant les technos progressistes pourraient rencontrer la faveur des écologistes si ces derniers contribuent par leurs recherches à sauvegarder le vivant, soyons précis et avec un brin d’ironie, les organisme génétiquement modifiés.

Pourtant comme l’affirme Michel Henry dans son livre la Barbarie : « l’homme de l’ère technique ne sait plus prendre le temps de vivre. Ni goûter la beauté d’un paysage. Ni apprécier la valeur d’un acte. Ni saisir le sacré de la vie. Il ne sait plus se sentir vivre, s’éprouver vivant dans l’immanence ».

Nous sommes nonobstant réservés sur la probabilité que les transhumanistes réalisent à terme que pour la première fois dans l’Histoire de l’Humanité, selon Rony Akrich – professeur d’étude juive – « l’homme peut prendre conscience de l’unité de la Vie, de l’unité du genre humain, du lien qui unit l’Homme avec la Terre, dans une perspective qui est une véritable préoccupation, ce qui n’a pas toujours été le cas dans les siècles précédents ».

Jamais le monde en effet, n’a connu autant de signaux d’alertes, jamais l’homme n’a pris autant conscience d’un péril majeur qui concerne la pérennité même de son existence :

la biodiversité est en danger ;
les écosystèmes sont menacés dans leurs équilibres ;
« la société» dans ses valeurs « est devenue liquide »,
Les digues lâchent et ce sont parfois de véritables tsunamis qui amènent à des mutations sociales profondes du fait de la vacuité morale, de la déréliction, de l’isolement des hommes entre eux, loin des solidarités nécessaires à leur protection. Le réel pourrait ainsi se rappeler très vite aux rêves les plus fous caressés par les progressistes du transhumanisme.

L’oxymore

Rapprocher les termes Ecologie et Transhumanisme apparait d’emblée comme un oxymore. Deux termes antinomiques qui s’entrechoquent, d’un côté la nature, un monde réel, de l’autre un environnement de matières et d’algorithmes, un monde virtuel, il est d’ailleurs plutôt rare que les transhumanistes aient à s’exprimer sur cette thématique touchant les domaines de l’écologie, pourtant les technos progressistes pourraient rencontrer la faveur des écologistes si ces derniers contribuent par leurs recherches à sauvegarder le vivant, soyons précis et avec un brin d’ironie, les organisme génétiquement modifiés.

Pourtant comme l’affirme Michel Henry dans son livre la Barbarie : « l’homme de l’ère technique ne sait plus prendre le temps de vivre. Ni goûter la beauté d’un paysage. Ni apprécier la valeur d’un acte. Ni saisir le sacré de la vie. Il ne sait plus se sentir vivre, s’éprouver vivant dans l’immanence ».

Nous sommes nonobstant réservés sur la probabilité que les transhumanistes réalisent à terme que pour la première fois dans l’Histoire de l’Humanité, selon Rony Akrich – professeur d’étude juive –

« l’homme peut prendre conscience de l’unité de la Vie, de l’unité du genre humain, du lien qui unit l’Homme avec la Terre, dans une perspective qui est une véritable préoccupation, ce qui n’a pas toujours été le cas dans les siècles précédents ».

Jamais le monde en effet, n’a connu autant de signaux d’alertes, jamais l’homme n’a pris autant conscience d’un péril majeur qui concerne la pérennité même de son existence :

  • la biodiversité est en danger ;
  • les écosystèmes sont menacés dans leurs équilibres ;
  • « la société» dans ses valeurs « est devenue liquide »,

Les digues lâchent et ce sont parfois de véritables tsunamis qui amènent à des mutations sociales profondes du fait de la vacuité morale, de la déréliction, de l’isolement des hommes entre eux, loin des solidarités nécessaires à leur protection. Le réel pourrait ainsi se rappeler très vite aux rêves les plus fous caressés par les progressistes du transhumanisme.

La biodiversité,

un message fort contre une technicité sauvage et radicale 

Les idéologies mortifères ou de mort gagnent du terrain partout dans le monde, dévastant parfois des traditions millénaires ; la dimension anthropologique d’un être humain né d’un rapport sexué est remise en question et demain l’être humain sera n’importe quelle marchandise que l’on commandera sur Internet comme cela se pratique aujourd’hui aux USA ;

Le changement climatique interroge nos modes de consommation et nos modèles de croissances ; le consumérisme et les endettements des états font également craindre de véritables tempêtes sociales, car les sociétés ne sont pas prêtes à modifier les comportements et à accepter les dictats de la finance.

Ces éléments constitutifs d’un changement de paradigme sont en réalité intriqués, interdépendants et interagissent entre eux sur l’ensemble de la biodiversité. L’écologie ne se réduit donc pas à la seule nature mais l’écologie est autant environnementale qu’humaine. Le jardinier qui cultive la terre est une composante lui-même de l’écosystème. En entretenant le sol, le jardinier contribue à la floraison, à l’émergence des fruits qui émaneront du sol dont il a pris soin. Si ce jardinier ne prend pas soin du sol, s’il choisit d’intensifier son exploitation, il peut aussi ruiner la vie qui découle même de son jardin. Or à une échelle plus grande que le jardin, celle de notre planète, c’est bien l’ensemble des écosystèmes qui sont menacés et cette citation extraite du blog du magazine La vie confirme la problématique à l’aune d’un jardin :

« Sans la biodiversité, l’homme n’est rien ; sans la biodiversité, l’homme disparaît. » (Mahaut Hermann)

A travers ces éléments que nous avons énumérés précédemment, nous prenons conscience que nous ne sommes pas loin d’une faillite généralisée. Cette faillite est autant économique, culturelle, anthropologique, sociale et climatique. Jamais, il n’y a eu autant de corrélations entre différents phénomènes qui par leur conjugaison peuvent entrainer des maux irréversibles pour une grande partie de notre humanité.

Ainsi des pans entiers de notre environnement se délitent, s’étiolent, disparaissent. Tous les instruments qui examinent la terre, l’auscultent, la mesurent, convergent avec le même diagnostic, la planète s’est embrasée.

Les catastrophes même les plus apocalyptiques ne sont plus inenvisageables.

C’est dans ce contexte que ce chapitre aborde le thème de l’écologie et plus précisément quelle écologie pour demain ?

Quand on parle d’écologie, de quoi parle-t-on ?

Le mot écologie comme vous le savez sans doute, est formé de deux racines grecques :

  • « éco » qui correspond au nom « oikos» désignant « la maison »,
  • « logos» signifiant la parole, le discours, la raison, la science.

Ainsi la dimension écologique couvre largement une notion d’habitat, de milieu. Un habitat qui n’exclut pas l’homme mais l’inclut nécessairement, puisque l’homme est une partie intégrante de cette maison que forme notre planète.

Il est regrettable que le mot écologie ait dérivé, ait été également amalgamé par des courants de pensées politiques. Car l’écologie par définition est une dimension amplement transversale et dépasse les clivages droite/gauche. Nous habitons tous la même maison, nous sommes tous concernés par son architecture quand notamment, les colonnes, les piliers, les pans de cette maison sont menacés de s’effondrer.

Cette dimension de l’écologie est dès lors nécessairement universelle. Implicitement l’écologie est l’évocation d’un patrimoine commun ; un bien commun, puisque à partir de l’étymologie il s’agit bien de l’habitat, de notre maison, d’une maison commune ou la coexistence harmonieuse devrait être un principe qui s’impose à tous.

Il est également fâcheux de noter cette approche segmentant la vision écologique, qui met par ailleurs la focale sur le seul aspect de l’environnement. Cette vision de l’écologie est parfois étriquée, parcellaire, elle en occulte toutes les facettes. Il convient selon nous de ne pas avoir de vision réductrice ou caricaturale du mot écologie.

L’écologie dans son acceptation sémantique la plus large couvre des champs comme l’humain et l’environnement, l’homme et son milieu.

La dernière encyclique du pape François doit être considérée comme une œuvre magistrale. Cette pensée majeure inspire largement mon propos, tout comme le livre « Nos limites » de Gaultier Bès[1].

A travers l’approche du Pape François, du jeune philosophe Gauthier Bès, l’un des initiateurs de ce formidable mouvement des Veilleurs, reconnaissons une démarche de réflexion, une avancée forte sur tous les aspects que devraient couvrir l’écologie qui touche autant à l’humain, aux conditions de vie et à la gestion même de la planète.

Ainsi la notion même d’écologie devrait avoir une dimension universelle sans céder :

  • à une forme de religion panthéiste et idolâtre fascinée par la nature qui nie la différence, l’ascendance et la spécificité de l’identité humaine dans l’univers,
  • encore moins à l’idéologie anthropophobe, une conception malthusienne qui se représente l’expansion de l’humanité, la multiplication des êtres humains comme une menace.

L’interdépendance

de la biodiversité et des écosystèmes

Au fond nous percevons là deux grandes dérives extrêmes de l’écologie dans sa vision justement réductrice, celle :

  • d’une forme de philosophie panthéiste fascinée par la nature qui relativiserait l’existence humaine. L’homme selon cette approche est une espèce comme les autres. Chaque chose dans la Nature serait alors digne d’un culte.
  • et une conception eugéniste hostile à la croissance des populations, prônant le contrôle des naissances.

Nous considérons nonobstant qu’à juste titre, l’homme dès sa conception évoluant au sein d’un écosystème en est étroitement lié sans être assimilable à une forme d’immanence qui écraserait son identité et sa spécificité. Pour autant nous considérons que nous sommes liés à notre planète. Nos actes et nos gestes, notre activé « bien » ou « mal » a des effets non contestables ; tout est dès lors interdépendant.

C’est bien le vivant qu’il faut alors s’efforcer de préserver, de sauvegarder. Or nous voyons bien que si l’homme est minimisé dans une approche de l’écologie, il y aurait là comme un non-sens, une incohérence d’un point de vue philosophique ou sinon moral.

Dès lors la vision écologique devrait être intégrale ; elle devrait mettre en perspective les interdépendances entre l’homme et son milieu et non isoler les approches, leurs conséquences.

Dans cette vision d’interdépendance de la biodiversité et des écosystèmes, nous ne devrions pas seulement nous préoccuper des OGM, Organismes Génétiquement Modifiés ; mais nous devrions aussi nous soucier des Organismes Humains Génétiquement Modifiés, c’est-à-dire des OHGM. L’écologie qui se définit étymologiquement comme la maison inclut dès lors les habitants de cette maison, du stade embryonnaire à la fin de vie de l’homme. L’homme est une âme vivante et non n’importe quelle matière que l’on pourrait malmener, transformer, modifier, performer, améliorer.

Nous sommes ainsi frappés du paradoxe entre les efforts mis en œuvre pour préserver les habitats naturels menacés de dévastation et le manque parfois d’intérêt, de sensibilisation portée pour promouvoir les « conditions morales » sans lesquelles l’homme lui-même court à sa propre fin, sa propre destruction.

Nous ne pouvons dès lors ne pas comprendre la notion d’écologie sans cette dimension d’interdépendance morale, interdépendance morale entre l’homme et son milieu, l’humain et l’urbain, l’espèce humaine et son environnement. Vous notez le terme « morale » utilisé. Je ne crois pas ainsi que l’on puisse dissocier écologie et éthique, la morale, la dimension du bien dans une approche raisonnée de la gestion de notre planète, de notre environnement.

Habiter, cohabiter avec son milieu suppose l’impérieuse nécessité :

  • de savoir cohabiter harmonieusement,
  • d’assurer la cohésion respectueuse et solidaire,
  • de protéger la pérennité de l’existence humaine, loin d’un horizon menaçant.

La pérennité suppose que sur ce champ, nous intégrions cette dimension d’éthique qui pose les conditions morales d’une vie commune, j’évoque bien les conditions morales et non normatives.

Les conditions morales mettent en valeur l’éveil de la conscience, la part réflexive, au fond cette capacité à toucher notre esprit, à l’amener à se sentir concerné, c’est l’ambition même, la finalité de l’encyclique de toucher le cœur même de notre humanité.

La morale en matière d’écologie souligne les notions de frugalité, de sobriété, de maitrise à l’envers d’un rapport boulimique, d’une consommation qui ne se freine pas, d’achat compulsif où la carte bleue agit parfois comme un véritable antidépresseur.

Une société

consumériste devenue dévorante

La société consumériste est devenue dévorante, elle entend assouvir tous les appétits, ne mesure pas les conséquences d’une vie qui ne se donne pas de limites dans ses rapports éthique avec la nature. Dans un monde consumériste qui impose une lecture des besoins artificiels comme reposant sur une nécessité nous fait dès lors perdre de vue la dimension responsable que devrait être la relation du consommateur avec cette même nature.

Nous ne percevons pas que nos excès impactent notre environnement proche et lointain, nos voisinages et les autres habitants de la planète. Mais nos outrances technicistes, scientistes et boulimiques amènent et conduisent à une profonde déréliction en nous enfermant aujourd’hui dans un système matérialiste et un système de consommation et de consommation virtuelle nous isolant les uns des autres. Nous perdons de vue ainsi les notions de solidarité et de partages, de partages des biens, de frugalité et de capacité à secourir ceux qui sont dans le besoin.

Or la dimension normative vient comme s’imposer, contraindre, elle est forcément coercitive et non participative. Or aujourd’hui c’est bien la conscience qu’il convient d’éveiller, de toucher et pour l’atteindre, nous voyons bien que la norme s’avère impuissante, incapable de modifier les comportements transgressifs, modifier durablement ce rapport avec notre environnement.

Les défis

de l’écologie repensée

Nous avons perdu de vue notre relation à la nature et notre intime interdépendance avec tout ce qui constitue la maison commune, ce qui fait notre habitat.

Notre humanité s’est fourvoyée dans le technicisme et ce qui l’accompagne, une hyper consommation, gage de croissance. Notre humanité dans son appétit dévorant, a mis :

  • sa confiance absolue dans les dogmes du libéralisme, de la mondialisation, du libre-échange,
  • sa certitude dans le progrès technologique comme une réparation de son infirmité lié aux limites biologiques qui font l’homme,
  • sa foi dans la science au service du confort absolu de l’homme. Cette croyance discrétionnaire qui est en passe de devenir une religion de l’homme pour les tenants de l’idéologie transhumaniste,

Nous sommes dans des contextes :

  • de crise économique,
  • de crise climatique,
  • de crise sociale,
  • de crise culturelle.

Nous sommes en quelque sorte mis au défi de repenser l’écologie, nos modes d’habiter, et d’habiter autrement notre rapport à la création et à la nature. Mais il ne s’agit pas comme je l’ai souligné en préambule de souligner notre seul rapport à la nature, il s’agit bien de mettre l’accent sur notre rapport aux autres, sur notre façon de vivre la relation aux autres, ce respect dû à chacun, cette nécessité de savoir tendre la main, d’entraider, de secourir.

Nous ne pouvons pas dissocier les rapports d’interdépendances entre les humains d’une part et les rapports d’interdépendance avec notre milieu, il s’agit bien d’un tout, d’un ensemble, nous sommes tous une des composantes de cet ensemble. Nos gestes, nos actes, notre façon d’agir ont une incidence, l’adage ne dit-il pas que « c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase ». Chacun dès lors doit avoir cette conviction qu’il n’agit pas de manière isolée et indépendante des autres sans conséquences.

Nous faisons un. « En détruisant l’environnement, l’humanité se détruit elle-même ; en le préservant, nous nous préservons nous-mêmes, nous préservons notre prochain et les générations futures ».

Notre conscience morale doit dès lors être éveillée relativement à nos rapports avec les autres sur nos rapports de domination et d’exploitation de notre environnement. Au-delà de la conscience morale c’est aussi la conscience spirituelle.

La démarche écologique que nous prônons comme intégrale doit reposer sur un mouvement ontologique fondé sur la relation, l’échange, la participation, la conscience à rebours d’un monde « prométhéen » faiseur d’un homme nouveau.

Ce mouvement de l’écologie intégrale qui replace l’homme comme une composante essentielle de son milieu est enfin un formidable réveil de l’esprit qui est l’expression d’un refus, celui d’être encarté, celui d’être formaté, protestation légitime de se laisser enfermer dans le monde des idéologies et des univers virtuels, des univers désincarnés.

« Dieu se rit de ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. » – Bossuet

François Huguenin Maillot commentant l’encyclique du pape François (Laudato Si) écrivait à propos du consumérisme « qu’il aliène l’homme par un matérialisme qui lui donne l’illusion de la liberté et l’empêche de voir qu’il est prisonnier de ce que Charles Taylor a nommé « désirs inauthentiques ». »

Il est facile ajoute François Huguenin « de fabriquer des désirs factices que l’homme s’approprie en lieu et place des désirs naturels plus exigeants, plus difficiles à atteindre, mais plus épanouissants et humanisant que sont le désir de la vertu et du bien, du donner et du recevoir. Comme si l’accumulation des biens de consommation ensevelissait le cœur de l’homme sous une masse de détritus recouvrant la perle qui est en chacun. »

« L’abondance, la profusion ont rétréci notre horizon, ont barré l’accès à la profondeur intérieure où se fait la rencontre avec l’autre ou avec Dieu ». D’où cet éloge de la sobriété que souligne François Huguenin, « une vertu tellement étrangère à notre époque ».

Or les tenants d’une écologie politique ont une approche normative dénonçant surtout les effets mais ne s’attaquant pas directement aux racines du mal, aux origines mêmes d’une société consumériste qui ne s’est donné aucun frein à son appétit, à ses convoitises. N’est-il pas frappant de noter qu’aucun discours ne vient ici valoriser les notions de frugalité, de sobriété ? Ainsi un certain discours ambiant « déplore les effets mais en chérit les causes en ne les dénonçant pas ».

Cette écologie intégrale, défendue, que nous promouvons, n’est pas une idolâtrie de la nature mais elle est en revanche à rebours du désir de dénaturation de l’homme.

L’écologie intégrale que nous valorisons vise plutôt :

  • à prendre soin de la nature faune et flore,
  • à éviter cette tentative de déconstruire l’homme tel qu’il est, de défaire l’homme relativement à la réalité de son identité biologique…

Or toute tentative de dénaturation a forcément un impact sur son environnement… dont l’un des effets produit est celui d’un consumérisme sauvage ; l’un des avatars, le désir sans limites !

C’est pourquoi la conception de l’écologie que je partage est celle d’un « bio conservateur » qui est une anti thèse du transhumanisme. Il n’y a donc pas en effet d’écologie sans anthropologie qui replace l’homme comme le devoir de prendre soin de lui et du plus fragile, de respecter la nature et la nature de l’homme tel qu’il est sans chercher à le modifier pour le performer, l’améliorer ou l’augmenter.

L’écologie

dans une perspective biblique

Rappelons-nous que le premier habitat de l’homme après la création est un jardin, l’Eden. Il est frappant de noter que cet habitat n’est pas surdimensionné, n’est pas non plus une prison dorée, le jardin est à hauteur d’homme, l’homme n’est ni confiné, ni écrasé par le gigantisme, une mise en distance, c’est la proximité, le proche, le prochain qui constituent la matrice du jardin.

Dans ce jardin, l’Eden, l’homme est dans un espace de liberté, un espace également de libre arbitre, un espace qui n’est pas dans la démesure, la disproportion. Ce jardin est dans une échelle de proximité, de relations à trois dimensions, le créateur, la créature, la création.

Dans cette dimension de la création, il semble bon de rappeler que la création est d’abord un acte d’amour : Dieu crée pour se donner un autre à aimer. La création relève avant tout d’un acte relationnel. Avec la dimension de la relation, Dieu crée la liberté et non des pantins déterminés, la création serait ainsi contre nature, puisque la création procède d’un don, d’une grâce, d’une liberté, de l’amour et ne relève aucunement d’un hasard ou d’un déterminisme.

Rappelons que Dieu fait émerger au début de cette création libre, la lumière puis l’univers du chaos, du « tohu bohu »[2] des ténèbres. Dieu sépare comme le rappelle Alain LEDAIN auteur du livre « Regards d’un chrétien sur la société » ; Dieu différencie, distingue ; il sépare les éléments constitutifs de l’univers, en commençant par les corps célestes pour achever avec la création sexuée de l’homme ; Dieu pose le principe de l’altérité et de la différenciation ; il crée des espèces et confère à la flore et à la faune « un espace d’existence » en leur attribuant des fonctions et un rôle. Dieu n’est pas non plus un tout dans la création. Il transcende la création, il s’en distingue, il en est le Créateur.

Dieu crée l’Univers pour qu’il soit habité comme le rappelle le livre d’Esaïe chapitre 40 verset 22. A l’origine de la création, l’homme vit dans un cadre harmonieux, un lieu d’absolu bien être, qui est qualifié dans les Ecritures comme un jardin de délices. En effet l’Eden signifie en hébreu un jardin de délices, un lieu d’harmonie.

Non seulement l’être humain homme et femme est en harmonie avec lui-même mais il l’est avec les animaux et il est également en communion avec son Créateur, avec qui il échange, avec qui il parle. Dieu ne lui est pas caché, il lui est pleinement révélé. La transcendance coexiste avec l’homme et non une immanence dont l’homme rendrait un culte. La nature n’est pas divinisée ; la nature est au service d’un dessein, d’un projet à partit duquel l’homme créera, organisera, structurera, aménagera, transformera.

Genèse 2 : 8-10 « L’Eternel Dieu planta un jardin en Éden, à l’orient, et il y mit l’homme qu’il avait modelé. L’Eternel Dieu fit pousser du sol toute espèce d’arbres séduisants à voir et bons à manger, et l’arbre de Vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal. Un fleuve sortait d’Éden pour arroser le jardin et de là il se divisait pour former quatre bras. »

Or nous prenons conscience que notre monde évacue aujourd’hui toute idée de transcendance, tout rapport avec la transcendance, comme si Dieu n’existait pas, ou n’avait jamais existé.

Débarrassé de l’idée de Dieu, l’homme devient pour lui-même, la mesure de toutes choses. Dans le récit de la Genèse, la première inversion du rapport à la proximité, du rapport à la relation s’inscrit dans la création d’une ville : au-lieu de se disperser, de dupliquer l’échelle du jardin, les hommes se déploient, s’empilent sur un espace confiné, ils croient atteindre la liberté en voulant conquérir le ciel. Ils s’inscrivent même dans une contre diversité en fabriquant leurs villes avec des matériaux non différenciés, du bitume et des briques, là où Dieu avait pourtant créé la diversité et mis à sa disposition les ressources infiniment riches et variées.

Il convient aussi d’avoir en perspective que Babel et Babylone sont sémantiquement équivalents, ont les mêmes racines étymologiques, Babylone affichant l’image d’un empire marchand et totalitaire, Babel la ville uniforme, étant l’affichage d’une ambition démesurée de l’homme, celui d’atteindre la « porte du ciel ». L’Eden, le jardin est l’échelle de la proximité. La première société conviviale qui prône l’altérité, la différenciation complémentaire est soudainement balayée par le rêve de la démesure : atteindre les sommets, les cimes sans les racines, ces racines qui fondent, ancrent les sociétés afin que ces dernières ne chancellent pas.

« La nature

n’a d’autre raison d’existence que d’être au service de l’homme »,

une vision technicienne et dévastatrice à terme

Il est ainsi curieux que l’historien Lynn White dans « Les racines historiques de notre crise écologique » affirme de façon quasi péremptoire que les origines de nos crises sont « largement religieuses », que « la crise écologique que nous connaissons s’approfondira tant que nous n’aurons pas rejeté l’axiome chrétien selon lequel la nature n’a d’autre raison d’existence que d’être au service de l’homme ». Mais dans cette assertion brutale, l’auteur semble méconnaitre l’épisode du pêché, cette soif manifestée par l’homme de se libérer de ce qu’il pensait être comme une servitude de ne pas être l’égal de Dieu.

A travers le livre de la Genèse, s’exprime également la façon dont Dieu structure, organise l’univers et lui a donné un ordre, en procédant à une série de distinctions, de terme à terme : Dieu/l’homme ; l’ordre/ le Tohu Bohu, le jour/la nuit, l’homme Mâle/femelle, l’homme/les animaux ; les animaux/les végétaux ; la terre/l’eau/le ciel.

Dans le livre de la Genèse, la création du monde procède par éléments séparés. Pour respecter l’ordre introduit par Dieu, il convient de maintenir cette séparation, au risque de retourner au chaos, au Tohu Bohu, à une forme de confusion. Or, implicitement selon les Ecritures, l’un des enseignements majeurs que l’on peut ici extraire en partant de la lecture du livre de la Genèse, montrant définitivement la vision écologique de la création, ce qui a été différencié ne saurait être mélangé. La création ne saurait faire l’objet de transgressions en mêlant à nouveau ou en confondant ce qui a été à l’origine de la création, « séparé », ce qui entrainerait la confusion, celle de « ne pas distinguer la main droite et la main gauche », tel que le rapporte le livre du prophète Jonas qui décrit une ville plongée dans la confusion.

Livre de Jonas chapitre 4 verset 11 « Et moi, je n’aurais pas pitié de Ninive, la grande ville, dans laquelle se trouvent plus de cent vingt mille hommes qui ne savent pas distinguer leur droite de leur gauche… »

Or nous voyons clairement que le génie génétique transgresse ces différenciations qui sonnent comme autant d’interdits, rapprocher, fondre ce qui a été séparé. Nous voyons ainsi poindre ces forçages de la technoscience qui entend rapprocher le vivant et la matière, le végétal et le vivant. Il est utile de rappeler que l’Ancien Testament mentionne un grand nombre d’interdits concernant les mélanges, les unions tirées du milieu naturel ; la Bible rappelle par exemple l’interdiction de tisser ensemble le lin et la laine (végétal et animal).

Quelle écologie pour demain ?

Pour revenir au livre de la Genèse nous notons dans l’hébreu l’emploi du verbe shamar, shamar qui signifie garder, veiller sur, protéger, conserver. L’homme est ainsi appelé à veiller avec soin sur la nature, à l’image d’un jardinier qui cultive son jardin.

En usant de techniques pour aménager son environnement, l’homme s’emploie à aménager, à organiser et à structurer la terre, à cultiver comme le jardinier entretient, prend soin de son jardin. En binant, bêchant, sarclant la terre, le jardinier entretient le sol, le fertilise, fait prospérer le sol pour nourrir et bien au-delà de ses seuls proches.

Ce travail d’organisation et de transformation est une vocation à laquelle l’homme est appelé mais il est appelé à prendre soin c’est le sens même de shamar. Il veille et il protège afin de ne pas abîmer en surexploitant le sol. D’ailleurs la Bible, dans l’un des cinq livres du pentateuque, dans le livre du lévitique, ne parle-t-elle pas du repos de la terre, d’une mise en jachère qui est une pratique courante chez les agriculteurs, pour autant l’intensité du progrès peut impacter de manière négative et se faire au détriment du bien commun.

Nous vivons une forme de révolution concernant la civilisation humaine : Nous assistons à une inversion accélérée des rapports de force entre la civilisation humaine et  l’environnement naturel : Durant des millénaires, l’homme a développé une activité de transformation en apprenant à surmonter la pénibilité, les menaces liées l’environnement naturel, à limiter la peine, et à tirer profit des ressources que la nature lui a mis à sa disposition ; mais aujourd’hui, ce rapport à la nature où il convenait pour l’homme de tenter de dominer, devient un rapport de puissance. Il y a comme un effet de bascule déraisonnable. Le développement s’est fait sans conscience et souvent au détriment des plus pauvres et des plus fragiles faisant ici et là naître d’autres cataclysmes écologiques résultant de conflits, de guerres, d’exclusions ethniques ou religieuses, se traduisant également par des déplacements de populations fragilisées et pauvres vers les continents riches.

Aujourd’hui, la croissance de la civilisation a atteint un degré critique, il devient prégnant que l’épopée du progrès technique s’est de nos jours, accompagnée d’une tragédie humaine sans précédent.

Il s’agit dès lors de protéger la nature des effets néfastes d’une technologie sans conscience. Le progrès de notre civilisation doit donc être repensé et adapté en vue d’une meilleure intégration à long terme dans la biosphère.

Les pistes de ce changement peuvent être engagées à différentes échelles :

Une prise de conscience planétaire : en partant de la nécessité pour les nations riches d’être solidaires des nations les plus pauvres en contribuant à apporter les ressources nécessaires à la survie et au bien-être sans pour autant reconstruire un modèle consumériste et matérialiste, l’inspiration d’une démarche de type permaculture nous semble l’organisation la plus idoine, la plus satisfaisante.

Une prise de conscience locale : à la plus petite échelle, dans le cadre de la vie associative et c’est aussi un sujet d’espérance, des initiatives citoyennes sont portées par des hommes et des femmes qui par leurs gestes insignifiants (la goutte d’eau) peuvent changer le monde. Je pense à ces associations de permaculture, de jardins partagés, de lutte contre les gaspillages alimentaires, de réseaux de solidarité, de coopératives citoyennes.

Il existe des réponses concrètes pour inverser ce rapport à une technicité sauvage, un consumérisme sans éthique. Ainsi des hommes et des femmes inventent de nouveaux rapports à la nature dans une dimension de respect des écosystèmes, mais également d’équité dans les rapports aux autres en partant d’une échelle locale, en s’appropriant un lieu comme nous l’avons fait à l’Ilot Saint Gilles (à Reims) ou nous inventons une forme de vie sociale. La socialité d’un lieu est aussi importante que l’entretien du lieu proprement dit. Notre espace est un lieu ouvert, voulant ainsi éviter « l’entre nous », nous voulons affirmer ce lieu comme un espace de convivialité, de bienveillance, de relations avec les voisins au-delà de leurs croyances, de leurs convictions, de leurs positions sociales, de leurs statuts. C’est la création d’un monde commun dépassant les clivages qui anéantissent l’urgence de nous réunir pour sauvegarder l’idée d’un patrimoine social et naturel commun.

A partir d’un jardin partagé avec les habitants d’un quartier de la ville de Reims, nous nous sommes employés à valoriser la vie d’un lieu qui était en friche. Après avoir débroussaillé puis transformé cette friche, nous avons créé un jardin ; installé un compost, récupéré l’eau de pluie, mis en place des toilettes sèches, pratiqué le paillage afin de gêner le développement des mauvaises herbes, bref une somme de petits gestes qui définissent ce que l’on appelle la permaculture. Le mot est un peu savant,  le concept a été à l’initiative des australiens Bill Mollison et David Holmgren qui ont considéré que la dimension sociale est aussi importante qu’un dispositif écologique qui veut s’inscrire dans la durée. Pour les initiateurs la permaculture est bien plus qu’une agriculture permanente mais « c’est de la culture permanente ».

La permaculture s’inscrit ainsi comme une nouvelle conception de l’habitat, une nouvelle pratique de vie inspirée de l’éthique, de l’écologie naturelle, de valeurs transmises par la tradition.

La permaculture n’est pas un mode de pensée mais un mode d’agir qui prend en considération la biodiversité. L’objectif des associations qui fondent un principe de gouvernance autour de la permaculture est de permettre à des habitants de concevoir une forme de société conviviale, un habitat durable, une forme de résistance, de résilience à la modernité ou le tout techniciste triomphe.

La permaculture ne relève pas d’une démarche idéologique mais s’inscrit dans le réel, dans le paysage, le quotidien, une autre façon de vivre avec les autres une autre alternative de vie dans l’environnement d’une cité, d’un village. Voilà une piste concrète d’une autre écologie pour demain. Une forme d’économie de la bienveillance, de la relation aux autres, une autre forme de jardin qui a inspiré l’association Cultures à l’ilot Saint Gilles à Reims qui au-delà des clivages sociaux, idéologiques, décide de réinventer une société conviviale reposant sur l’envie de partager des biens en commun qui ne sont pas seulement les fruits, les légumes, mais aussi la culture, l’habitat en faisant émerger un projet de béguinage pour lutter contre l’isolement des personnes avançant dans l’âge, ainsi la dimension d’interdépendance l’homme dans son milieu est  mis en valeur. Le projet des jardins partagés que nous voyons fleurir partout en France, prennent alors tout leur sens, une forme d’utopie mais dont la dimension incarnée est nécessaire pour amener un peu de rêve dans un monde gagné par le technicisme et l’urbanisme occultant le paysage, la nature verdoyante et apaisante, la relation aux autres.

 

[1] Gaultier Bès, est professeur agrégé de Lettres, il est le coauteur du livre Nos Limites avec Marianne Durano et Axel Rokvam. Le livre partage le manifeste d’une écologie intégrale.

[2] tohu bohu terme hébraïque issu de la Torah et désignant le chaos originel.

 

La « bible » du transhumanisme face au Livre (la Genèse)

 

L’anthropologie transhumaniste est une manière de renverser un monde ancien 

Dans ses principes ontologiques, l’anthropologie transhumaniste est une inversion théologique de l’anthropologie Chrétienne…

Ainsi le livre de Job au chapitre 33.4 rappelle que L’esprit de Dieu a créé l’homme, et le souffle du Tout-Puissant anime tout son être, ce que rappelle le livre de la Genèse au chapitre  2 verset 7
« L’Eternel Dieu forma l’homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint un être vivant ».

Or le transhumanisme contredit cette dimension ontologique de l’âme humaine dont l’essence est insufflée par Dieu. Pour les transhumanistes a contrario l’âme n’est plus une entité ontologique intégrée dans l’homme. Ainsi la seule réalité ontologique de l’homme naturel se réduit à sa composante dite «animale » comme le rappelle dans le chapitre suivant Gérald Pech (cf Transhumanisme et doctrine de la création).

Le transhumanisme ne renoue-t-il pas avec les hérésies gnostiques des premiers siècles de la chrétienté ?

Les gnostiques en appelaient au savoir (la Gnose) pour parachever la Création que Dieu n’avait pu mener à son terme.

Dans cette hétérodoxie chrétienne, l’homme est en effet prisonnier du temps, de son corps, de son âme inférieure et du monde. A l’époque hellénistique (la Grèce Antique), les gnostiques considéraient le corps comme ipso facto mauvais, parce qu’il appartenait au monde de la matière

Le résultat de cette présupposition est qu’ils croient que tout ce qui se fait dans le corps n’a pas d’importance, puisque la vie réelle existe seulement dans le royaume de l’esprit autrement dit et pour sourire dans un monde virtuel, la réalité chez les transhumanistes devient virtuelle et permet de facto de s’affranchir du monde incarné.

Ce qui oppose fondamentalement, différencie les conceptions transhumanistes et les représentations que nous renvoient la Bible à propos de l’homme ?  

Si les écritures bibliques déclarent la finitude de l’homme en raison de son éloignement de Dieu, le transhumanisme nie la dimension du pêché, jusqu’à considérer le judéo-christianisme comme une aliénation du progrès et de facto ce courant idéologique entend transgresser les limites. Le transhumanisme aspire ainsi et inversement à modifier l’ADN, briser les barrières du génome. C’est également dans la finitude, dans la chair que Dieu nous rencontre, que Dieu se fait à l’échelle de l’homme partageant nos souffrances, nos angoisses, nos peurs, nos besoins, nos infirmités physiques.

Or l’homme fait en quelque sorte le chemin inverse aspirant à la divinité, à se désincarner et se libérer de son corps biologique ou le réparer via des prothèses bioniques, pourtant la notion de vivant selon l’anthropologie biblique est liée à cette dimension du corps naturel.

Nous relevons aujourd’hui toutes ces tentatives de dénaturation de l’homme, de déconstruction de l’homme, cette volonté de le suppléer ou d’aboutir à un homme bionique démembrant l’homme naturel pour palier à ces infirmités physiques, ce qui est en soi louable mais questionne sur le mariage du corps vivant et de la matière inanimée, animée de façon factice. Jusqu’où ira-t-on, dans cette conception robotique mariant l’homme et la machine qui de facto pourrait être envisageable et pas impossible dans un très proche avenir.

Nous pensons en revanche qu’une machine aussi sophistiquée serait-elle, ne sera jamais vivante, car la vie ou le vivant sont profondément et intrinsèquement associés à la dimension moléculaire (nous savons que les sciences naturelles ne donnent pas ici de définition du vivant, elles s’inscrivent dans une négation de la spécificité du vivant, qui se veut matérialiste, de plus elle confond le matérialisme épistémologique et les sciences de la matière).

Ainsi les objets inanimés et les machines y compris celles dotées d’une intelligence artificielle dite forte ne seront nullement habités par le souffle de vie, ne pourront avoir la prétention d’incarner le vivant.

Le retour à une dimension et une vision matérialiste de l’humain conduira l’humanité à sa plus grande folie, à un « système » est hégémonique qui transforme les manques en besoins, se nourrit des besoins qu’il fabrique et se légitime par une idéologie techniciste sans âme.

La tentation du transhumanisme concernant la redéfinition de l’homme, n’était-elle pas finalement prévisible dans l’histoire de l’humanité ? 

La Bible nous enseigne à la lecture de cette célèbre citation de l’ecclésiaste que rien n’est nouveau sous le soleil. La bible nous décrit qu’à l’origine de l’humanité, les hommes formaient déjà entre eux le projet de s’attaquer au ciel en construisant une tour qui devait être le symbole de leur toute puissance.

La Tour de Babel dans sa dimension symbolique va faire alors figure d’une forme de tour de guerre

Pour réaliser leur projet, les hommes opposèrent à la puissance de Dieu, une puissance qui se veut équivalente, la « force collective », l’entre-nous : « Ils se dirent l’un à l’autre : « Allons, faisons des briques et cuisons-les au feu. […] Ainsi nous nous ferons un nom (une marque : Apocalypse 13) , de peur d’être dispersés sur toute la face de la terre… ».

Ces quelques mots extraits des livres de Genèse et Apocalypse soulignent de manière prégnante cette dimension collective. L’homme expose sa crainte, celle de ses limites, de sa finitude, il prend conscience de la nécessité de former un projet ou les hommes doivent être reliés entre eux, ce rêve d’agglomérer l’humanité n’est pas abandonnée. (web :  la toile d’araignée mondiale, un maillage mondial des données, reliant également les hommes entre eux ).

Cette dimension collective est également l’aliénation de l’altérité, la singularité de chaque homme disparaît dans le nous…

Notez que virtuellement aujourd’hui c’est le cas, comme en témoigne les plus grandes mégapoles mondiales ou ce nouveau continent numérique (le maillage du web) assurant la connexion et l’interaction universelle des hommes.

Les mondes numériques et virtuels deviendront-ils demain des univers occultes ?

Nous souhaitons aborder une nouvelle fois avec nos lecteurs un thème qui ne peut pas nous laisser indifférent.  Ce sujet touche aux développements des sciences cognitives, des technologies numériques et digitales. L’ensemble des économistes, chercheurs, sociologues, pronostique un développement fabuleux de l’économie numérique et du monde virtuel dans lequel nous sommes en effet entrés en moins de deux décennies. Les évolutions technologiques liées au monde numérique si elles nous fascinent ne sont pas sans dangers notamment celles liées à leurs pouvoirs, leurs nouvelles capacités à tracer nos faits et gestes. Nous souhaitions donc aborder deux menaces occultes que font peser ces technologies sur l’homme, l’une touchant à son esprit, l’autre affectant ses ressources. Ce sont ces propensions de captation de la machine sur l’être humain que nous souhaitions dès lors débusquer en quelque sorte, mettre en lumière pour éveiller notre prudence.

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Nous souhaitons aborder une nouvelle fois avec nos lecteurs un thème qui ne peut pas nous laisser indifférent.  Ce sujet touche aux développements des sciences cognitives, des technologies numériques et digitales. L’ensemble des économistes, chercheurs, sociologues, pronostique un développement fabuleux de l’économie numérique et du monde virtuel dans lequel nous sommes en effet entrés en moins de deux décennies. Les évolutions technologiques liées au monde numérique si elles nous fascinent ne sont pas sans dangers notamment celles liées à leurs pouvoirs, leurs nouvelles capacités à tracer nos faits et gestes. Nous souhaitions donc aborder deux menaces occultes que font peser ces technologies sur l’homme, l’une touchant à son esprit, l’autre affectant ses ressources. Ce sont ces propensions de captation de la machine sur l’être humain que nous souhaitions dès lors débusquer en quelque sorte, mettre en lumière pour éveiller notre prudence.

L’envoûtement du monde numérique s’impose-t-il aujourd’hui comme une réalité ?

Le monde numérique comme le monde virtuel pourraient-ils demain, s’apparenter à un monde occulte dont nous aurions accepté les univers de divertissement, de contrôle et la prédiction concernant les orientations données à notre vie… ? Les data, les banques de données des principaux sites web utilisent, exploitent et mobilisent ainsi une quantité d’informations qui permettent d’affiner les corrélations entre nos activités et l’environnement dans lequel nous évoluons et ce à des échelles bien plus massives et plus détaillées que nous pourrions l’imaginer. Le monde virtuel qui se confond avec le réel, nous promet également de nous déconnecter de notre quotidien. Ce monde virtuel n’ouvre-t-il pas également des portes à un monde magique mais sans doute demain cauchemardesque ?

Ainsi avec les nouveaux objets du monde numérique, nous pouvons planifier et organiser notre vie en relation ou en fonction des données concernant le temps qu’il fera à partir de notre smartphone et identifier les amis que nous pourrions rencontrer, amis qui ont pris soin de laisser des informations permettant de les géolocaliser. Au cours de notre trajet nous nous laissons tenter de nous rendre dans un restaurant, où nous pouvons régler avec notre compte bancaire de notre smartphone. Lequel restaurant sachant que nous sommes dans les parages nous adresse une info promotionnelle sur notre smartphone pour nous inviter à prendre un menu à un tarif très spécial et ne pas nous laisser dérouter par le concurrent voisin dont le menu est si séduisant.

Pour nous y rendre, notre GPS nous conseille une autre voie en raison de travaux réalisés à proximité de ce restaurant. Puis après avoir dîné et commandé sur un grand écran numérique notre repas, nous décidons de finir notre soirée dans les mondes virtuels en nous plongeant dans celui des écrans, de la réalité augmentée pour nous divertir et nous plonger dans les univers imaginaires. Ces univers qui mobilisent tous nos sens, où nous nous sentons comme dans la réalité mais transportés dans un autre monde où nos sens, tous nos sens vibrent et semblent interagir. Ces univers virtuels nous font vivre des émotions supra naturelles, des relations connectées, des vies ‘par contumace’. Notre imagination se prend à croire que nous touchons là, un autre monde, que nous sommes en quelque sorte passés de l’autre côté comme dans l’armoire magique de Narnia. Un monde ‘magique’ mais qui peut être aussi terrifiant lorsque nous sommes ramenés à notre réalité.

Nous voilà ainsi séduits par le monde virtuel. Nous voilà ainsi organisés et gérés par le monde numérique. C’est bien ce monde « fascinant » qui se dessine et dont nous acceptons peu à peu de lui livrer sans y réfléchir, ni même apprécier toutes les conséquences induites. C’est également à ce monde envoûtant que nous livrons notre conscience voulant vivre de nouvelles sensations sans discerner les effets funestes. Ces « data » prennent au fur et à mesure possession de nous-même, ces mondes virtuels vus comme la quintessence du progrès envahissent notre monde intime un peu comme le monde occulte…

Nos gestes, nos usages, nos pratiques et nos actions dans ce monde virtuel comme dans le monde numérique sont susceptibles de participer à la construction de connaissances sans notre consentement et de dépendances sans que notre conscience l’ait réellement souhaitée. Peu à peu les data nous enferment dans des « segments et des ensembles comportementaux » liés aux traces que nous laissons suite à nos passages sur Internet. Peu à peu les mondes virtuels finiront par hypnotiser nos esprits car il est à parier que les télévisions de demain seront des objets qui nous projetteront dans les mondes irréels affichant des spectacles quasi surnaturels. Soyons assurés avec regret que nous passerons demain bien plus de temps dans ces mondes-là que d’aller prendre du temps pour boire une bonne bière ou partager une tasse de café avec un ami malade.

Des mondes virtuels et des « data » qui au fur et à mesure, développent leur emprise, envahissent notre monde intime un peu comme le monde occulte…

Le monde moderne ne nous entraînerait-il  pas vers ce monde occulte, celui des objets magiques et fantastiques. Tels que ces objets de la modernité se dessinent aujourd’hui, ces derniers nous renvoient de façon très étonnante, j’en conviens, au Nouveau Testament  duquel peuvent être tirés des enseignements riches.

Ainsi dans le récit des Actes, Luc l’évangéliste s’attarde sur le voyage missionnaire de Paul et son ministère auprès des éphésiens. La ville d’Ephèse  au premier siècle préfigure en miniature la civilisation Babylonienne décrite par l’apôtre Jean comme une civilisation devenue une habitation de démons, le « repaire » de tout esprit impur » . Pour revenir à Éphèse la ville au cours de ce premier siècle se caractérise par des pratiques occultes, les sciences touchant aux secrets de la nature. Les Actes nous disent qu’un grand nombre parmi les habitants d’Éphèse, pratiquait la magie, Actes XIX.17, une ville où plusieurs habitants étaient eux-mêmes et apparemment liés par des pratiques démoniaques, « entrainés et dévoyés » comme l’écrira[1] l’apôtre Paul aux corinthiens, « vers les idoles muettes ».

Le monde numérique contemporain et ses objets virtuels, semble dans l’apparence loin de cet univers occulte décrit dans les Actes des apôtres, tout du moins en apparence. Pourtant le monde numérique poussé à ses extrêmes entraîne bien une forme de dépendance et de contrôle sur les sujets qui en sont consommateurs, certains jeux virtuels qui provoquent une sensation de plaisir, de relaxation, de bien-être, voire d’euphorie sont également reconnus comme pouvant susciter de l’hostilité, des troubles de l’humeur, des phobies sociales, des désorientations, des perturbations et des troubles psychiques[2] importants similaires à des personnes dites possédées.

Or, nous prenons conscience que cet univers numérique est de nature à créer une forme finalement de fascination et de vampirisation sur la vie des humains en les rendant addictifs , dépendants. La vie des objets numériques, des écrans augmentant la réalité, s’apparente finalement à des « idoles muettes », ces objets occultes qui avaient cours dans cette période de l’antiquité où les livres de magie abondaient. Livres de magie qui fascinaient et ouvraient à des espaces offrant des promesses de vie meilleure. Or nous voyons bien que la technologie numérique dans certains cas, s’avère opérer comme un livre de magie. Un livre de magie qui a subi une forme de mutation se transformant en objet moderne de contenance sympathique et d’apparence inoffensive. Ce livre de magie est aujourd’hui cet écran virtuel augmentant la réalité, conduisant ses sujets dans l’expérience de déréalisation « spatio-temporel » .

Rappelons à nos lecteurs que la magie se définit comme une pratique fondée sur « la croyance en l’existence d’êtres ou de pouvoirs surnaturels et de lois naturelles occultes permettant ainsi d’agir sur le monde matériel ». En définissant ainsi la magie, nous prenons alors conscience que ce monde numérique et virtuel plein de séduction et d’enchantement nous promet de vivre dans un autre monde qui s’apparente bien à une forme d’envoûtement. Celui-ci suscite chez bon nombre de ses sujets, de réelles crises psychiques. Ces troubles de la personnalité liés à la pratique de jeux virtuels sont rapportés par de nombreux experts qui se sont intéressés à ces formes de divertissements désincarnés et aux conséquences touchant à l’addiction de ces mêmes pratiques.

Le monde matérialiste dans lequel nous sommes immergés n’échappe pas ainsi à l’attrait d’une forme de tentation de divination. Ce monde pourrait bien se laisser séduire par les univers occultes que produisent en quelque sorte la fascination et l’usage d’objets numériques et virtuels dont nous acceptons qu’ils puissent divertir, contrôler finalement notre existence et même la prédire. Aujourd’hui et pour conforter notre propos relatif à cette tentation de divination, certains n’hésitent pas , pour trouver leur alter ego  à s’en remettre à la machine, à une forme de IA (intelligence artificielle) pour se rapprocher de l’âme sœur. Cette pratique moderne de confier son destin à une machine s’apparente aux livres divinatoires que consultaient les habitants d’Éphèse (le livre des Actes chapitre XIX) et qui souhaitaient ainsi lire l’avenir ou avoir un meilleur sort. L’âme sœur qui pourrait être également rencontrée dans un artefact, un monde virtuel et paradisiaque promettant de vivre des sensations amplifiées si nos rencontres , dans le réel, n’ont pu finalement se réaliser.

Nous voyons ainsi la fascination opérée par cette nouvelle magie, l’emprise également que peut exercer l’IA, devenant une forme de troisième conscience, une sorte de surmoi. Ce surmoi doté d’un savoir inégalé ou tout au moins une capacité de calcul qui dépasse l’entendement humain. Cette IA qui est en mesure en un instant T, d’apporter à l’homme les bonnes décisions, les bonnes orientations. Ce surmoi qui, réduisant la part de risque en engrangeant de façon systématique toutes les données possibles, prédirait les conséquences possibles de ses choix.

C’est là où nous rapprochons l’IA d’une forme mécanisée et prédictive de la divination, c’est finalement un dispositif qui est de nature à réduire la liberté, la part impalpable et mystérieuse de l’existence humaine face à son avenir.

Il faut également voir l’addiction au monde virtuel comme un autre changement de niveau de conscience, livrant la conscience à un monde susceptible en l’enivrant, de l’enfermer, de la posséder. Cette magie-là pourrait bien ressembler à ce monde que décrit l’apôtre Jean dans le livre de l’apocalypse, un monde qu’il assimile à un repaire de démons.

Il faut bien divertir l’humanité et s’enrichir

Dans cette partie de notre texte, après avoir analysé les dangers auxquels conduit l’enchantement de l’innovation d’un monde numérique sans curseur, nous voulons susciter une prise de conscience : cette fascination n’a finalement pas d’autres objets que d’enrichir les auteurs de ces algorithmes.

En quelque sorte le monde numérique en effet est en train effet en train  de mettre au pas notre monde. C’est bien la dimension totalisante, tout en donnant l’apparence de l’innocence des objets qui nous environnent, véritables capteurs d’informations, senseurs de données et de pratiques touchant notre quotidien. Les ressources des marchands du monde numérique tirent en effet leurs bénéfices de nos comportements qu’ils ont rendus dépendants, de notre étrange fascination pour le divertissement du monde virtuel.

Aujourd’hui, les sociétés à la plus grosse capitalisation boursière  au monde sont des entreprises qui vivent principalement de nos usages numériques (Apple, Alphabet (Google), Microsoft, Facebook, Amzon.com), les entreprises citées sont classées parmi les premières au monde. Gageons que plusieurs entreprises de l’économie numérique les rejoindront.

Nous assistons de fait et dans notre monde contemporain à une marchandisation totale de la vie, à une intensification consumériste touchant à la chosification même de la vie. La numérisation du monde rend ainsi possible la cartographie de chaque existence, nous assistons massivement et passivement à l’émergence d’un monstre ‘doux’ qui nous place sous le sceau de ses prothèses technologiques et financières. Nous rentrons dans une forme d’asservissement pernicieux et malveillant de la société babylonienne… Notre culte est celui de la société marchande qui nous donne l’illusion de la fertilité et de l’abondance, nous dispensant de tout autre culte rendu au Dieu créateur des cieux et de la terre.

Cette visibilité continue de notre vie est une forme de diktat doux mais s’avère être en réalité un véritable asservissement, une subordination à un monde invisible, finalement ce qui est qualifié dans les Ecritures comme une forme d’empire occulte, de tentation divine, touchant à un monde invisible et virtuel, se rapportant à la connaissance de ce qui est caché.

Prenons ici pour exemple le ‘bitcoin’ crypto monnaie créée par un pseudo connu sous le nom de Satoshi Nakamoto, parmi les 600 et quelques monnaies virtuelles. De nombreux articles ont été publiés à son sujet et pourtant, elle reste toujours une énigme, sans que le commun des mortels dont je fais partie, ne sache très bien qui en sont les réels initiateurs et qui en tient les manettes aujourd’hui… Monero, une de ses ‘concurrentes’ caracole pourtant en tête des crypto monnaies, une des dernières nées réputée ‘sécurisée, privée, non traçable’… Tout est dit sur le bitcoin, il servirait à des exercices financiers occultes sur le ‘darknet’, trafics et règlements de compte en tout genre, car inviolable là encore… A qui profite cette monnaie sinon à un monde occulte déjà bien réel ?

Tout comme cela a déjà été le cas pour le bitcoin, des pirates informatiques peuvent traquer les failles de tout système et ainsi « voler » des données, voler vos biens ‘virtuellement protégés’ et s’approprier votre identité, votre ‘mémoire’ dans le nuage, votre signature électronique pour toutes sortes de raisons, peu reluisantes, on s’en doute. Quelle sécurité nous offre ce monde dans lequel nous nous  engouffrons tant il est en apparence, vecteur d’avenir ? Un miroir aux alouettes qui égare l’homme de ce 21e siècle dans le seul univers jamais exploré par un homo sapiens.

Nous reprenons ici les propos du philosophe Éric SADIN qui affirme que « que nous sommes en train de réaliser une dystopie, mais nous y allons enthousiastes, émerveillés, dans un état de somnambulisme béat. Il y a parfois des prises de conscience, comme celle qui a été déclenchée par Edward Snowden. Ce qu’il a révélé au sujet des agences de renseignement est éminemment répréhensible, mais aujourd’hui on est bien au-delà de la surveillance qu’il a mis au jour. Par nos comportements, par l’usage croissant d’objets connectés, nous participons à instaurer une visibilité continue de notre vie ».

La visibilité continue de notre vie sur Internet, via l’économie numérique, la dépendance à des promesses virtuelles nous met sous l’emprise d’un monstre doux et à terme cauchemardesque 

Selon le philosophe Éric Sadin et rejoint par de nombreux chrétiens, beaucoup de nos concitoyens, de nos hommes politiques restent particulièrement aveugles quant à l’étendue des graves conséquences civilisationnelles induites par l’industrie du numérique.

Nous devrions ainsi particulièrement nous méfier de l’infiltration quasi sauvage des objets numériques qui envahissent notre quotidien et notre habitat. Une infiltration sauvage qui , de façon insidieuse , promet monts et merveilles , voulant enchanter notre monde. Cet enchantement  forme d’artefact qui entend réparer notre monde réel, mais qui reste un monde profondément virtuel. L’univers numérique est ainsi une société finalement cachée, occultant l’emprise qu’elle veut exercer sur chacun, en contrôlant, auscultant, surveillant et répondant aux moindres de nos besoins artificiels.

Comment également avec l’émergence du monde virtuel, s’étonner alors des frustrations grandissantes de cette génération baignée dans le divertissement des écrans. Une génération qui à regret confond la vraie vie et la vie virtuelle, les symboles et le réel, une génération qui se déconnecte de tout rapport à la transcendance, qui magnifie une forme d’écologie sans avoir de contact avec la nature. Nous comprenons alors les termes employés par l’apôtre Jean quand ce dernier parle de la Babylone comme un repère de marchands et un repaire où se niche les esprits impurs. Ce monde-là pourrait bien être associé à un lieu de démonologie, puisque l’homme absorbé, fasciné, hypnotisé par la magie numérique a fini par lui livrer son âme et sa conscience. Un homme potentiellement connecté au monde occulte, s’il ne sait pas utiliser le monde numérique à des fins bonnes en maîtrisant  son usage, pourrait laisser ainsi, la porte ouverte à des démons.

Un monde numérique raisonné et bienveillant existe pourtant 

Pour autant en tant que chrétiens , nous ne pouvons pas mépriser et jeter aux orties la puissance numérique qui s’affranchit des frontières qui se dressent contre l’Evangile , dans les mondes des pays totalitaires où notamment, les chrétiens sont persécutés, nous portons jusqu’à eux un message magnifique à travers un outil qui finalement n’obéit pas aux frontières administratives…

Nous ne souhaitons pas non plus conclure sur une note négative concernant Internet, sur ce « sixième continent ». Notre propos vise plutôt à lancer un message d’alerte sur le souhait d’identifier un curseur sur nos usages, de lancer un travail sur l’éthique à engager autour de l’innovation numérique, d’identifier les enjeux et d’analyser les problématiques que pourraient amener le mauvais emploi des algorithmes. Il serait ainsi temps d’exiger des sociétés web de créer des ponts et des passerelles avec le monde des boutiques, des enseignes de proximité afin qu’elles ne disparaissent pas, de favoriser autant que possible les rencontres incarnées, l’entraide ou l’information citoyenne qui mobilise lorsque l’urgence a pris rendez-vous.

Nous voulons enfin autant qu’il est possible valoriser la dimension de contacts qui peuvent se traduire en véritables relations, rapprochant ceux qui nous sont éloignés. Nous voyons aussi dans cet univers la possibilité de toucher ceux qui sont isolés, ceux qui n’ont pas la possibilité de sortir des murs, pour de nombreux malades et personnes handicapées, personnes très isolées, l’outil Internet peut s’avérer comme un lieu d’évasion et de réassurance et provoquer les relations et enfin les visites espérées. Nous voulons également pour terminer notre propos, souligner la facilité d’accéder à la connaissance, au savoir, et à travers l’usage raisonné de l’outil numérique, approfondir la connaissance des sujets qui mobilisent notre intérêt.

 

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La société iconoclaste, la nouvelle culture numérique

L’organisation sociale dans cet univers numérique dessine subtilement une forme d’idolâtrie de l’image. Dans ce monde virtuel, la relation à l’autre et aux autres, devient si compliquée que l’on se réfugie dans un ersatz, un paradis artificiel, dans un monde parallèle qui se substitue à un autre monde, le monde virtuel et son empire « spirituel » nous conduit à l’autosatisfaction d’avoir une quantité d’amis, une quantité de contacts, « de gens qui me suivent », les fameux followers (les suiveurs).

Nous sommes dans ce monde de l’image, monde envahi par une foule d’icônes désacralisées, d’écrans ou autant d’écrans qui deviennent des lieux de fascination, oserai-je l’écrire des lieux de cultes, les nouveaux médiums, les nouvelles idoles des temps modernes. Nous sommes passés d’un monde de lieux de rencontres, de relations et d’écrits à un monde des images et des écrans sans rencontres avec le réel, la société transhumaniste nous persuade qu’il s’agira incontestablement d’un nouveau progrès ouvrant de nouvelles connaissances, de nouvelles perspectives culturelles, de nouveaux plaisirs cognitifs. Comme l’écrit Jacques Ellul avec lequel nous partageons pleinement ce point de vue « Il n’y a pas vraiment d’informations à la télévision, il n’y a que la télévision dont seul émerge l’écran lui-même de l’appareil, il n’y a aucune information sur le réel 

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Une société iconoclaste rivée sur l’image qui aliène le rapport à l’autre

L’organisation sociale dans cet univers numérique dessine subtilement une forme d’idolâtrie de l’image. Dans ce monde virtuel, la relation à l’autre et aux autres, devient si compliquée que l’on se réfugie dans un ersatz, un paradis artificiel, dans un monde parallèle qui se substitue à un autre monde, le monde virtuel et son empire « spirituel » nous conduit à l’autosatisfaction d’avoir une quantité d’amis, une quantité de contacts, « de gens qui me suivent », les fameux followers (les suiveurs).

Nous sommes dans ce monde de l’image, monde envahi par une foule d’icônes désacralisées, d’écrans ou autant d’écrans qui deviennent des lieux de fascination, oserai-je l’écrire des lieux de cultes, les nouveaux médiums, les nouvelles idoles des temps modernes. Nous sommes passés d’un monde de lieux de rencontres, de relations et d’écrits à un monde des images et des écrans sans rencontres avec le réel, la société transhumaniste nous persuade qu’il s’agira incontestablement d’un nouveau progrès ouvrant de nouvelles connaissances, de nouvelles perspectives culturelles, de nouveaux plaisirs cognitifs. Comme l’écrit Jacques Ellul avec lequel nous partageons pleinement ce point de vue « Il n’y a pas vraiment d’informations à la télévision, il n’y a que la télévision dont seul émerge l’écran lui-même de l’appareil, il n’y a aucune information sur le réel »[1].

Michel Henry n’écrit pas autre chose sur la télévision et sur le monde des images artificielles, en dressant un jugement sans appel sur ce média, la télévision selon le philosophe est « la fuite sous forme d’une projection de l’extériorité, c’est ce qu’on exprime en disant qu’elle noie le spectateur dans un flot d’images… »[2]

Comment ne pas imaginer une forme de dépendance, relativement à l’usage quasi addictif d’Internet qui est devenu artificiellement le nouvel Ersatz, en réalité une drogue nocive. Comment ne pas sourire à ceux qui vous déclarent « je ne regarde désormais plus la télévision » mais sont rivés sur l’usage des réseaux sociaux, consultent systématiquement l’information véhiculée par le médium web.  Pourtant je ne jetterai nullement la pierre, j’en ai fait usage mais un usage qui a été jusqu’à une forme de dépendance.

J’ai pris conscience que le monde de l’image instaure un nouveau culte des temps modernes. Ne voyons-nous pas ainsi ces nouveaux prêtres de l’image, ces nouveaux dieux de la téléréalité qui sont adulés, ces nouveaux officiants du monde cathodique qui sont admirés. Ces vicaires médiatiques mutent en nouveaux confesseurs du monde contemporain.

Ces commentateurs de notre petit écran, occupent l’espace virtuel de notre maisonnée et sont devenus les nouveaux sages, installés dans un nouveau pouvoir édictant la norme, décrétant la façon dont il convient aujourd’hui de penser la réalité. En réalité ces vicaires de l’information ne pensent pas, ils sont les sujets de l’égrégore, cette masse informe de paroissiens auditeurs dont nous évoquions la figure au début de ce livre. Ces ministres du culte commentent en pensant être les consciences intellectuelles du monde contemporain mais en réalité ne sont que le reflet, le miroir d’une opinion qu’il faut tenir en laisse pour ne pas la laisser dériver dans la rébellion.

Dans ce monde de l’image nous sommes également devenus, des sujets passifs, des consommateurs d’informations en prise avec une information, une image, autant que possible dramatique mais en distance souvent avec sa réalité, ses contextes. Nous sommes abreuvés par des flots d’images continus, des vagues parfois déferlantes émanant des mondes cathodiques et numériques. Or pour ces pouvoirs de la finance, de la consommation, ou ces pouvoirs idéologiques, il faut bien créer, ces messes cathodiques pour nous tenir en dépendance, loin des lieux qui rassemblent et des lieux qui nous feraient prendre conscience de cette indolente passivité qui nous font adorer l’image, qui nous font adorer l’image plutôt que le créateur.

En écrivant ces lignes nous pensons à l’évocation de la figure de la bête et de son image. Le mot image est sans cesse répété dans le dernier livre de Saint Jean, comme si l’apôtre Jean fut frappé par cette dimension iconoclaste. Nous sommes ainsi convaincus que la modernité ne nous conduit pas à adorer des statues de bois, de pierre ou de terre, mais la modernité nous convie à adorer de nouveaux dieux et ces dieux sont numériques ou cathodiques nous privant de la relation verticale et horizontale, nous privant de communion avec Dieu et de communion avec le prochain.

Dans un monde totalitaire, la dimension iconoclaste sera à son paroxysme, Saint Jean, décrit cette puissance totalitaire, l’apôtre évoque l’image terrifiante de la bête qui exerce son pouvoir et sa marque sur l’ensemble de l’humanité devenue corvéable et adoratrice de l’image de la bête. Sans doute que le propos que nous tenons sera jugé exagéré par nos lecteurs ou extrême, nonobstant comment ne pas imaginer qu’il ne soit pas impossible pour une dictature de dominer les médias, de les utiliser pour exercer une totale emprise sur les individus. Il est évident que le monde d’aujourd’hui nous familiarise subrepticement et par capillarité à un tel pouvoir mortifère de l’image sur les âmes et les esprits.

Le dernier livre de la Bible l’Apocalypse décrit une forme de fascination totalitaire de l’image de la bête. Dans ce texte visionnaire et prophétique, il est intéressant de noter et en regard du sujet que nous traitons (le transhumanisme) qu’animer l’image signifie également « devenir un être en grec » en latin animer c’est donner le souffle, en réalité il s’agira de donner l’illusion du souffle de vie dans ces concepts d’intelligence      artificielle promus par le transhumanisme. Comme si l’ultime rêve fut de donner un corps animé, puisqu’il sera impossible de doter cette intelligence forte d’une âme.

Sur ce point le co-auteur Gérard Pech de cet ouvrage collectif appréhendera également cette dimension.

Apocalypse 13.15 « Et il lui fut donné d’animer l’image de la bête, afin que l’image de la bête parlât, et qu’elle fît que tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la bête fussent tués. »

La dépendance numérique chez les plus jeunes et leurs conséquences sur le développement psychique.

« Il n’y a pas de lieu qui ne soit exempté, ou pour tenir tranquille l’enfant, on lui donne de consommer un objet numérique, un biberon numérique ou à défaut une tétine … » Voilà ce que partageait une amie, stupéfaite de constater une forme de démission des parents, des parents s’abandonnant à un recours à l’objet numérique pour obtenir un peu de paix ou de calme, les livrant demain à une addiction, à une dépendance atrophiant la qualité relationnelle et la dimension affective de l’enfant au lieu de l’occuper par des activités ludiques et manuelles.

Sans doute que cette assertion pourrait être perçue comme un peu rapide, un raccourci hâtif, convenons-en, mais combien de situations semblables à celles-ci, n’ai-je pas constater lors de mes entretiens avec des habitants dans leurs appartements où la télévision exerçait une véritable emprise sur les esprits et les âmes. La télévision devenant le docile compagnon, la présence comblant le vide, berçant l’ennui de ses auditeurs et de leurs enfants.

La télévision qui devient très tôt une forme de biberon numérique ou de tétine cathodique, les temps d’écran dans les familles phagocytent les esprits et ne sont pas sans conséquences sur une forme de lobotomisation des intelligences relationnelles.

Serge Tisseron, psychiatre, psychanalyste, auteur du livre « Les Dangers de la télé pour les bébés »[3], fait valoir que l’exposition à la télévision retarde le développement de l’enfant ; plusieurs études américaines soulignent les problématiques des usages de la télévision chez les très jeunes enfants. En effet ce médium chez l’enfant de moins de 3 ans ne favorise pas selon ces études son développement et serait même de nature à freiner ses facultés cognitives.

D’autres études[4] corroborent qu’une trop grande exposition de l’enfant aux écrans (tablettes, ordinateurs, télévision…) nuit au développement du langage, de l’attention, mais également génère des troubles du comportement.

Si effectivement la télévision peut présenter de magnifiques opportunités pour découvrir le monde, nous ne pouvons occulter que la télévision peut concourir à annihiler l’esprit critique et décourager la capacité d’apprendre y compris chez les adultes.

L’écran façonnerait-il alors une société docile, obéissante peu à peu soumise, voilà sans doute un aspect de la réflexion à engager sur le devenir même de la société transhumaniste, une forme d’idole paganiste.  Psaume 97 : 7 « Ils sont confus, tous ceux qui servent les images, Qui se font gloire des idoles. Tous les dieux se prosternent devant lui ».

De l’empire cathodique à celui du numérique

Nous sommes sans doute nombreux à utiliser les réseaux sociaux, à poster photos, textes, images et vidéos. Par paresse ou bien par facilité, nous sommes nombreux à relayer, à avoir recours à des visuels, ces nouvelles icônes, ces nouvelles représentations du monde qui viennent refléter l’opinion, l’humeur, du moment.

Nous sommes aujourd’hui devenus les sujets de la « culture de l’image », une culture de l’image qui laisserait penser que nous en partageons les codes, les usages, les termes, mais en réalité cette culture de l’image est une culture sauvage, celle de la plasticité hétérogène, floue. Sans méfiance parfois nous subissons le diktat de cette nouvelle culture du numérique jetable, de l’image furtive. Le plus souvent nous ne prenons pas la distance nécessaire pour comprendre ses effets qui peuvent s’avérer néfastes ou désastreux.

Nous prenons conscience que les guerres sont aussi des batailles d’image, les guerres de l’image pour conquérir les esprits, les assujettir parfois. Dans ces batailles, les chaines de divertissement, les réseaux sociaux font de nos cerveaux, les lieux de prospection, les lieux de soumission des âmes, il s’agit en effet pour ces empires cathodiques ou numériques de mobiliser notre attention, toute notre attention, déplaçant ainsi le sens de la relation à l’autre, pour n’être captif que d’un écran qui assouvit, domine notre esprit.

Notre civilisation longtemps baignée dans l’écriture ou la parole, est entrée dans la civilisation de l’image. Cette culture de l’image nous conduit souvent à des postures pleines de contradictions, tour à tour nous dénonçons la transgression de l’image, le simulacre, l’artificiel, l’enfermement narcissique iconoclaste d’un reflet, d’une représentation, pour en louer paradoxalement la valeur descriptive, pédagogique, la capacité à reproduire le réel, à l’incarner, à partager la beauté, à sublimer, la valeur de l’existence.

Surtout ne pas apercevoir le réel

Jacques Ellul le grand penseur Chrétien ne dit pas autre chose dans son livre magistral « La parole Humiliée » avec une acuité saisissante, une vision pénétrante, il dénonce de façon quasi prémonitoire dans un livre écrit en 1979, oui écrit en 1979, le devenir de la parole qui serait supplantée par l’image. Ainsi pour Jacques Ellul, l’image vient se substituer au réel, vient en quelque sorte, désosser, stéréotyper la parole « La parole (qui) ne ferait qu’augmenter mon angoisse et mes incertitudes. Elle me ferait prendre conscience davantage de mon vide, de mon impuissance, de l’insignifiance de ma situation, tout est heureusement effacé, garni par le charme des images et leur scintillement. Surtout ne pas apercevoir le réel. Elles substituent un autre réel ». Pour Jacques Ellul nous entrons immanquablement dans un monde qui est sur le point de dévaluer l’écrit et la parole.

De façon sublime Jacques Ellul toujours dans ce livre « La parole Humiliée » que nous vous recommandons indique à propos de cette actualité saturée par l’image qu’elle « … implique la réalisation actuelle et sans délai de nos désirs. Un gouvernement qui dit qu’il faudra deux ans pour résoudre une crise est un gouvernement condamné. Une morale qui apprend à attendre et agir patiemment vers un objectif est une morale rejetée. Une promesse pour demain fait considérer comme un menteur celui qui la formule. Tout et tout de suite, c’est l’expression de la présence des images qui en effet nous accoutument à voir tout et d’un seul coup d’œil ».

Je pense que la lecture de ces mots, montre à quel point cette dimension que décrit ce grand théologien Chrétien est quasi prémonitoire relativement à une actualité assaillie par le tout numérique, le petit et le grande écran, la puissance de l’image cathodique qui installe dans tous les foyers le monde qu’elle regarde, qu’elle visualise pour nous, en prenant soin de trier, de sélectionner ce qui fait événement au risque même d’abîmer, de blesser l’âme, l’esprit, la conscience de tout à chacun.

Nous interagissons ainsi avec l’image sans avoir toujours le recul nécessaire, la distance qui devrait être nécessaire. Nous réagissons de façon abrupte soit en rejetant l’artificiel, soit en la relayant et en participant à l’émotion du moment. Nous nous servons alors de l’image pour interpeller nos contacts, nos amis, notre réseau. Nous voulons créer un effet pour participer à l’émotion du moment, vivre un moment collectif, partager la même opinion face à l’événement qui nous a affecté ou touché.

Les auteurs de ce livre n’ont pas échappé eux-mêmes à cette mode du petit ou du grand écran et reconnaissent fort volontiers avoir cédé parfois légèrement à cette nouvelle culture de l’image que l’on diffuse, que l’on distribue épisodiquement avec trop de docilité, de légèreté sans prendre conscience du pouvoir de la culture de l’image. Cette image qui n’est pas toujours ou jamais totalement neutre, une image qui a pu être instrumentalisée, manipulée à des fins de toucher l’opinion.

Dans cette culture de l’image, massivement nous nous laissons contaminer finalement par cette communication désincarnée qui peut échapper parfois à tout contrôle, à toute réalité. Le monde virtuel symbolisé par nos réseaux sociaux montre un affichage d’images idylliques qui ne reflètent pas nécessairement les réalités que nous vivons qui donnent à nos interventions narcissiques l’illusion d’exister. Nous sommes en effet loin de cette dimension illustrée par ce verset des écritures « l’homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l’Éternel regarde au cœur. » (1 Samuel 16 : 7)

Nous nous donnons ainsi en spectacle dans une forme proche de la télé réalité en prenant soin de maquiller, de corriger l’image que l’on veut bien renvoyer de nous. Notre rapport au monde et à autrui passe aujourd’hui non par la relation mais par des connexions. Nous sommes connectés au monde mais non plus reliés à notre village, à nos voisins, à nos amis, à ceux qui nous sont proches.

De la parole à l’écrit de l’écrit à l’écran numérisé :

La société moderne, celle que nous connaissons, que nous appréhendons dans notre quotidien est ainsi envahie par l’image. Nous sommes ainsi passés en quelques décennies d’une société dominée par l’écrit à une société de l’écran numérisé, de l’image.

Jamais de nos jours, l’image n’a été si prolifique, si envahissante. Nous recevons une quantité d’informations numérisées et cette quantité, cette déferlante d’informations dématérialisées est le plus souvent véhiculée par un flux de pixels, de photos, de films, de vidéos.

Notre société est imprégnée ou immergée voire submergée dans la culture du visuel, amplifiée par le règne des grands et des petits écrans, dans les foyers ou la puissance de l’image cathodique façonne nos modèles de vie en société, nous conduisant même à une culture d’addictions.

Nous vivons une forme de changement radical, de mutation finalement sociale ou le papier, la plume, l’écriture ont aujourd’hui une bien moindre emprise pour porter les idées du monde et l’impacter, mais l’image aujourd’hui en a pris le relais pour façonner le monde. Nous préférons le plus souvent utiliser les images plutôt que les mots, ces images qui deviennent nos icônes. Pourquoi au fond ce besoin existentiel d’avoir ce rapport à l’image qui nous éloigne d’un rapport à la transcendance. Cette phrase de Jésus qui indique que « le Père cherche des adorateurs en esprit et en vérité » est à mille lieux d’un monde qui vénère et adore les images, a besoin de se raccrocher à des représentations pour croire, pour fonder une émotion qui s’incarne, car « l’image m’a impressionné ».

Longtemps en effet l’écriture a influencé de manière parfois déterminante la formation des sociétés.

Il y a immanquablement dans le rapport au texte, une dimension réflexive à l’envers d’une image qui relève davantage d’un discours forcément réducteur, voulant refléter une réalité mais une réalité qui peut aussi être tronquée, bien entendu l’écriture peut aussi être mensongère et trahir le réel. Mais l’image par sa dimension fugace peut être, manipulatrice quand elle est au service de l’émotion que l’on veut atteindre.

Mais il est aussi vrai que l’image reportage peut être au service du bien quand celle-ci n’est pas tronquée, mais se veut un parti pris pour aider, pour influencer, pour toucher, pour émouvoir. Ma propre fille qui est photographe, s’inscrit totalement dans cette démarche pour illustrer l’étonnement, la beauté, l’émerveillement.

Nous pouvons ainsi tous convenir que l’impact émotif de l’image est puissante (beaucoup plus que dans un texte écrit, plus qu’une parole qui s’envole) et parfois même plus agressive, ce qui nous fait parfois dire qu’« une image vaut plus que milles paroles », « qu’une image résume un discours », « qu’une image parle mieux qu’un long plaidoyer ».

Dans cette société de postmodernité qui est la nôtre, force est de reconnaitre que les images tendent à se substituer à l’écriture, aux textes, les images deviennent les icones dans lesquelles se reflètent les opinions, les idées, l’image est devenue la culture dominante.

Sa profusion atteint des sommets tant dans les domaines de l’information, de la consommation. Notre esprit, notre conscience, notre pensée est imprégnée par un déferlement d’affiches, d’annonces, de messages, de photos, de vidéos, d’illustrations. Les images prennent des formes multiples tour à tour accrocheuses ou racoleuses, provocantes ou émouvantes, sensibles ou rébarbatives.

Si l’image a été au service de l’art, elle est aussi au service de la mémoire. Mais l’image est aussi le message consumériste, l’image peut aussi être propagande politique, la religion est-elle même influencée par le monde de l’image. Cette culture visuelle, a besoin de voir, de se représenter, finalement pour croire.

Les images jouent de nos jours un rôle central dans la fabrication des opinions, des émotions, la construction de la vie sociale, dans la construction de nos repères. Mais l’image est parfois biaisée, déformée, instrumentalisée, utilisée à des fins de susciter une réaction de l’opinion.

L’image est forcément ambiguë, par nature, une image ne devrait pas être le seul vecteur de communication mais force est de reconnaitre une dérive de nos univers sociaux entrainés par le flot d’un monde de moins en moins incarné.

Nous sommes ainsi entrés dans une nouvelle ère, celle de la visualisation du monde : elle suppose que les images ne soient pas la réalité ni même sa représentation. La retouche photographique et le montage d’une vidéo s’inscrivent comme un exposé rapide, une construction et une interprétation de la réalité, entretenant un rapport arrangé ou s’accommodant avec le réel.

Ainsi dans la récente actualité et dans un contexte de dramaturgie qui touche la Syrie, le monde occidental dans sa torpeur fut secoué violemment par une image, celle d’un enfant gisant «retrouvé » sur une plage. L’image était bel et bien tronquée, le drame syrien lui bien réel. Mais il fallait provoquer l’électro choc pour créer une émotion massive au sein d’une Europe qui n’avait sans doute pas pris la mesure d’une dramaturgie qui pourtant, inlassablement lui fut rapportée, y compris d’enfants pris dans les filets de pêches.

Dans ce dernier contexte et comme d’ailleurs l’histoire de l’image l’a montré jadis, nous prenons conscience de la puissance manipulatrice que l’image que revêt son pouvoir.

La puissance manipulatrice de l’image tient aussi à la dimension manipulatrice inhérente à l’argumentation par le pathos. Le pathos est en effet l’une des techniques d’argumentation destinées à produire la persuasion, à produire de l’émotion. L’image mieux que la parole, mieux que l’écriture est dotée de cette faculté de toucher, d’impacter, de résumer la pensée. Elle peut donc être dangereuse dans son aspect propagande, pointer l’ennemi, dénoncer l’étranger, ou pire idolâtrer l’homme providentiel.

L’homme providentiel pourrait ainsi avoir cette capacité d’utiliser l’image, de l’employer à ses desseins pour imposer sa figure, son icône au monde. Si Dieu se rencontre en Esprit, le livre de l’apocalypse rapporte que le bête se sert de son image pour l’imposer à la face de ce monde.

Apocalypse 13 verset 14-15 « Et elle séduisait les habitants de la terre par les prodiges qu’il lui était donné d’opérer en présence de la bête, disant aux habitants de la terre de faire une image à la bête qui avait la blessure de l’épée et qui vivait. Et il lui fut donné d’animer l’image de la bête, afin que l’image de la bête parlât, et qu’elle fît que tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la bête fussent tués … »

Nous prenons aussi conscience que dans cette culture de l’image, nos sociétés du numérique comme l’écrivait une amie Chrétienne, que celles-ci veulent nier Le verbe, le verbe incarné. Il s’agit de gommer, d’effacer Dieu dans nos représentations mentales, faire en quelque sorte l’éviction de toute référence à un Dieu Créateur que l’on ne peut connaître qu’en Esprit… Je cite là un de ses propos « L’image devient icône, et en adorant « l’image » on en vient à ignorer Dieu, à haïr Dieu. Ce qu’on ne montre pas n’existe pas… » Oui ce que l’on ne montre pas, n’existe pas. Notre société de l’image puisqu’elle ne peut pas montrer Dieu, forcément nie Dieu, montre qu’il ne peut exister puisque son image ne peut être produite, ne peut nous être restituée.

L’amour de l’image

Il me semble que l’amour de notre image mise en scène dans les mondes numériques, traduit au fond une forme de caprice d’adolescent, d’infantilisation, d’insensibilité et d’indifférence à l’autre comme l’est l’avarice. L’amour du reflet de son image sur le petit ou le grand écran surpasse ainsi l’intérêt que l’on devrait porter à autrui. Seule son image compte et celle que l’on veut donner à voir aux autres.

Se théâtraliser, se mettre en scène, finit par nous faire perdre tout sens et tout contact avec le réel, avec la vraie vie, les vrais gens. Dès le moment où nous voulons médiatiser un événement, est-ce vraiment la réalité, la médiatisation ne procède-t-elle pas le plus d’une démarche à la fois sélective et biaisée d’images, ce que l’on veut faire absolument voir, ce que l’on veut donner à voir de soi ?

Avec cette forme de télé réalité, le monde des pixels, l’image numérisée, cette société de l’écran, nous construisons dans ce rapport au monde de l’image : une vision du bonheur factice pour se donner à voir, une vitrine de la misère humaine valorisant l’artifice des connexions plutôt que la relation discrète.

Nous cédons en quelque sorte à l’abrutissement de la mode cathodique qui dénude les gens en les accoutrant d’un vernis qui masque une forme de frustration, le vrai visage d’hommes et de femmes en quête de bonheur mais n’étant que des acteurs d’une mauvaise comédie.

C’est ce que m’inspire la lecture du monde des réseaux sociaux et d’une certaine façon You tube pour ces hommes et ces femmes qui se mettent en scène. Mais ne jetons pas trop facilement la pierre. Nous aussi, nous sommes parfois les sujets de cette surexposition à laquelle nous sommes familiers depuis que la télé réalité et les réseaux sociaux sont venus inonder les écrans cathodiques et s’imposer parfois à nous.

Le succès sans doute de la télé réalité comme des réseaux sociaux repose essentiellement sur deux fictions : l’apparence d’un accès facile à la notoriété, l’illusion que nous renvoient nos images qui deviennent en quelque sorte nos avatars. Nous nous identifions à eux, nous sommes eux.

La télé réalité est le reflet symptomatique de la post modernité, d’individus narcissiques heureux de gagner en notoriété mais au fond des individus fragiles, incapables de vivre dans ce monde dans la durée, car la télé réalité est forcément éphémère, un jour dans la lumière, demain dans l’ombre qui vous congédie à un triste vous-même sans miroir.

Nous devrions en conclusion de ce chapitre nous inspirer de la conduite de Jésus qui n’a pas cherché à attirer l’attention sur lui, refusant les pouvoirs que lui donne la notoriété immédiate, appelant à la discrétion de chacun afin que lui-même ne soit pas idolâtré. Car le risque est bien l’idolâtrie de la créature et non l’adoration du créateur. Ce rapport à la télé réalité est également une manière artificielle de construire une représentation de soi

Ainsi le rapport narcissique de la société à la consommation, ce rapport à la télé réalité est également une manière artificielle de construire une représentation de soi, une idéalisation de l’égo, comme l’écrit Alain LEDAIN dans son livre Regard d’un Chrétien sur la société « …mais d’un soi déraciné, arraché à sa réalité. C’est comme si le monde cherchait à créer, non l’identité par ce que l’on est, mais « d’être » par ce que l’on possède. »

[1] Citation extraite du livre de Jacques ELLUL, le bluff technologique. Page 597 Pluriel.

[2] Citation extraite du livre de Michel Henry La barbarie page 190 : PUF

[3] http://www.lemonde.fr/vous/chat/2009/11/17/faut-il-interdire-la-tele-aux-tout-petits_1268448_3238.html#4mvGfc49XfsvK6mF.99

[4] Lire à ce propos l’article Naitre et grandir : http://naitreetgrandir.com/fr/etape/1_3_ans/jeux/fiche.aspx?doc=ecrans-jeunes-enfants-television-ordinateur-tablette

Vers une nouvelle organisation sociale

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De la loi à la norme, la technicité qui est au service de l’organisation rationnelle

D’un côté le monde numérique, le monde des écrans exerce une influence négative sur les jeunes enfants, de l’autre ce même monde numérique opère une influence considérable dans l’organisation sociale.

De nombreux penseurs, philosophes politiques mais également Chrétiens engagés dans la vie de la cité ont pris conscience d’un changement complet qui touche aujourd’hui l’organisation de nos sociétés. Si hier les institutions étaient marquées par le caractère moral et disciplinaire, la société de nos jours évolue vers une dimension particulièrement normative, codifiant et contrôlant les comportements. Ce serait ainsi une tendance de fond qui caractériserait la façon dont le monde tendrait aujourd’hui à s’organiser. Une organisation sociale dont la technicité numérique pourrait être à terme l’arme fatale, l’instrument délibérément choisi pour contrôler l’ensemble de l’appareil social et sociétal.

Après un basculement des valeurs qui remet en question la vision traditionnelle d’une société marquée par une forme de responsabilité de soi, de discipline (L’armée et jadis le Service National) et de morale (Religion), la société dérive vers une volonté idéologique dont la finalité est de construire avec la fin ou le délitement des « institutions disciplinaires » un nouveau modèle sociétal. Il s’agit de refonder l’homme autour de nouvelles représentations technicistes, progressistes, de nouvelles normes, et de nouvelles valeurs de l’idéologie contemporaine visant à arracher l’homme de stéréotypes culturels et issus de la religion judéo chrétienne.

Il y a en outre ce besoin prégnant d’organiser le monde dans lequel nous évoluons par la norme et la « raison purement instrumentale » subordonnée à des fins de domination et non par la relation et l’intelligence.

Nous assistons d’ailleurs à une accélération sans précédent de la technicité numérique qui est au service de l’organisation rationnelle pour gérer un monde de plus en plus sophistiqué, complexe et fragile. Il s’agit dans cette société numérique et ce monde virtuel, d’amener les hommes à être rivés sur les écrans et à ne dépendre que d’une vie sans souffle, sans vie dont le substitut est devenu un monde de connexions. L’humanité a ainsi à son service une science et une technologie, aptes à répondre à ses appétits de connaissance, de bien-être, de gestion du quotidien, et de savoir, mais une technologie puissante et de plus en plus intrusive qui peut desservir demain, notre libre arbitre, notre liberté de conscience, notre liberté de mouvements.

Même de nos jours, les algorithmes interviennent pour déterminer notamment dans les grandes villes les établissements des futurs lycéens et collégiens, les familles s’en remettent aux algorithmes pour déterminer l’affectation choisie pour leurs chères têtes blondes. Nous lisions ainsi sur le site de l’académie de Reims que pour aider au travail de classement des commissions préparatoires à l’affectation, un outil informatisé (AFFELNET)[1] était dorénavant utilisé, il permettrait de classer les élèves… il est précisé « selon leurs vœux », mais gageons qu’à terme ce terme « vœux » finalement très humain finira bien par disparaître.

Le post humanisme se dessine ainsi et dans cet effet de bascule d’une nouvelle humanité, la vulnérabilité de l’homme sera largement compensée par un appareillage technologique qui performera ses limites afin de corriger le droit à l’erreur, le libre arbitre, la faiblesse au risque de n’être plus qu’un homme déshumanisé car des implants auront relayé ses insuffisances.

Nous glissons ainsi subrepticement vers une société qui ressemblerait à l’organisation de BABEL, un monde d’uniformisation visant à mener les hommes vers une « nouvelle conscience universelle », expression que j’emprunte ici au Théologien Philippe PLET (Philippe PLET « Babel et le culte du Bonheur »).

L’essayiste Jacques ATTALI ne dit d’ailleurs pas autre chose à propos de cette « nouvelle conscience universelle », dans un article publié sur le Blog State.fr « Après avoir connu d’innombrables formes d’organisations sociales, dont la famille nucléaire n’est qu’un des avatars les plus récents, et tout aussi provisoire que ceux qui l’ont précédé, nous allons lentement vers une humanité unisexe, où les hommes et les femmes seront égaux sur tous les plans, y compris celui de la procréation, qui ne sera plus le privilège, ou le fardeau, des femmes. » Une société unisexe qui revendique finalement l’interchangeabilité, les femmes et les hommes seront égaux sur tous les plans, c’est bien sur ce point que l’on parle de « nouvelle conscience universelle », une remise en cause de l’altérité, de la différence des complémentarités des hommes et des femmes.

Repenser l’organisation sociale et sociétale

Or pour mener les hommes à cette nouvelle conscience universelle et citoyenne dont l’écologie est l’un de ses aspects en regard des problématiques mutantes du climat qui vient impacter l’ensemble des continents, il faut bien repenser l’organisation sociale et sociétale.

Outre la problématique touchant les bouleversements écologiques, d’autres mutations sont en cours comme :

  • les valeurs d’égalitarisme, de libéralisme moral, de relativisme et d’interchangeabilité sont en vogue,
  • le projet également d’une éviction de toute forme de transcendance, l’homme devenant son propre maitre, son propre Dieu.
  • Le processus engagé pour arracher de la mémoire de l’humanité le souvenir des lois divines transmises via la thora et l’évangile.
  • L’évacuation du « droit naturel » dans le positivisme juridique moderne, car il est aujourd’hui difficile de se référer directement à la révélation et à la transcendance, mais le droit naturel en était l’équivalent sur le plan métaphysique.

Dans de tels contextes, il est impérieux pour la nouvelle idéologie transhumaniste dont le rêve utopique est de refonder l’homme, de se conformer, de conduire les hommes à adhérer aux nouvelles représentations, cela passe bien entendu par de nouveaux programmes d’éducation, mais également par :

  • cette société des médias qui s’emploie à formater et conditionner les esprits,
  • cette société du divertissement qui lobotomise la faculté de penser.
  • Cette société qui devient infiniment sécuritaire et qui glisse vers la surveillance des citoyens sous prétexte de garantir leurs libertés

Sur ce dernier point soulignant l’aspect sécuritaire vers lequel tend la société, force est d’observer sa dimension anxiogène dans son ensemble, du trouble causé par les attentats terroristes qui ont ensanglanté récemment le Pays (Janvier 2015, l’attentat meurtrier contre la revue Charlie et le magasin fréquenté et géré par des personnes de confession Juive). Ce climat d’insécurité précipite ainsi l’Etat, en appui de sa volonté de légiférer puis d’organiser les moyens de surveillance de ses citoyens, moyens de surveillance sans précédent pour anticiper d’autres risques terroristes (moyens qu’un rapport récent de la CNIL dénonçait).

Nous nous interrogeons si l’appel à la sécurité n’est pas un simple prétexte pour instaurer une société de surveillance qui de toute façon était programmée de manière latente, bien avant les attentats terroristes…

Une nouvelle dialectique du sens donné au mot liberté

Or nous observons à ce jour dans une nouvelle évolution de la dialectique du sens donné aux mots mêmes.

Ainsi le mot liberté aujourd’hui ne se définit plus comme le seul exercice en conscience de sa propre volonté. Nous assistons à une forme de mutation du mot liberté, une transformation radicale du sens qui était jusque-là conféré au mot liberté. La liberté à laquelle on attachait :

  • l’expression,
  • la conscience,
  • l’action,
  • le mouvement.

Aujourd’hui la sécurité est promue comme la première des « libertés », ce qui constitue bien un changement de paradigme.

La notion même de liberté s’est muée, s’est adossée à toutes ces notions associées à des évènements anxiogènes qui troublent de nos jours la modernité de notre époque, la sécurité des personnes, la sécurité sanitaire et alimentaire, l’ordre public.

Rappelons comme le mentionne explicitement la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789,  à l’instar de ces textes que La « liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » (art. 4 de la Déclaration des droits de l’homme), ce qui implique la possibilité de « faire tout ce qui n’est point interdit, comme ne pas faire ce qui n’est point obligatoire » (art. 5), la « liberté de dire ou de faire ce qui n’est pas contraire à l’ordre public ou à la morale publique »

Ainsi la sécurité ne saurait constituer un principe général du Droit. Dans les textes du droit Français comme Européen, il s’agissait au contraire, non d’annoncer, le droit à la sécurité, mais de souligner de manière intangible le droit pour chaque citoyen à la sûreté, de garantir sa protection contre l’intrusion du pouvoir, l’ingérence ou l’arbitraire, ou demain de la police de la pensée.

Un être autonome plutôt qu’un être libre

Dans la logique d’une conception matérialiste touchant l’homme, le terme liberté pourrait à terme être assimilé à une conception de l’ancien monde, il est fort à parier que le terme en vogue sera demain celui d’être autonome. Au fond l’autonomie dans cette logique matérialiste serait celle de l’électron libre, un être prêt à créer ses propres normes, ses propres lois, son propre mouvement tout en appartenant à une organisation globale, dont il aurait l’illusion de s’échapper et de choisir comme il l’entend ses références. Toutefois cette autonomie ne sera qu’apparente, car le mouvement de l’électron libre sera codifié, normé, il aura l’illusion du choix mais évoluera dans un système où il deviendra un sujet, une parcelle à la fois atomisée et formatée. De fait toute avancée dans l’autonomie ne pourra évoluer paradoxalement que dans la dépendance.

L’univers de l’autonomie serait astreint à dépendre paradoxalement d’un système dont il n’échapperait pas, un sujet « libre » corvéable à un monde sans limites et pourtant assujetti à des normes qui lui seraient imposées.

Vers une société de surveillance

Au cours du XVIIIème siècle, le philosophe anglais Jeremy Bentham s’est approprié le thème de la surveillance. En consacrant sa réflexion sur la dimension de la surveillance, le philosophe s’improvise architecte et conçoit les plans d’une prison idéale. Le but de Jérémy Bentham via un nouveau modèle de prison, fut de concevoir un bâtiment qui devait influer sur le comportement des prisonniers et optimiser les conditions d’une surveillance absolue et intrusive des personnes incarcérées.

Cette approche de la surveillance suscita plus tard chez un autre philosophe Michel Foucault (livre écrit en 1975 : Surveiller et punir) une réflexion sur les développements du concept de surveillance. Dès 1975 Michel Foucault partage l’intuition du pouvoir que donne la technologie. Le philosophe entrevoit ainsi avec clairvoyance les modalités sans pareil que la technologie, peut décliner via des dispositifs de surveillance de plus en plus performants qui seront susceptibles d’être mis en œuvre de manière totalement efficiente.

Si l’auteur de l’article ne partage pas toutes les conceptions philosophiques avancées par le Philosophe, force est de reconnaitre que l’intuition d’une société hyper technique en dérive et fondée sur le contrôle de ses citoyens se dessine, en ce sens Michel FOUCAULT avait raison comme bien avant lui Georges ORWELL l’avait également pressenti en écrivant son fameux livre 1984.

Pour revenir au livre « Surveiller et Punir », ne voit-on pas ainsi la vision du Philosophe Michel FOUCAULT se dessiner chaque jour de façon tangible, des milliards d’êtres humains sont aujourd’hui connectés à Internet et des centaines de millions connectées à des réseaux sociaux. Les fichages numériques sont rendus possibles et les garanties données par les opérateurs Internet seront soumises aux évolutions d’une loi de plus en plus sécuritaire.  Des dispositifs technologiques et qui ne se réduisent pas à l’usage d’Internet (Les cartes à puces, la biotechnologie, tous les produits numériques qui sont susceptibles dès aujourd’hui et demain de tracer les individus) et qui nous rapprochent de l’aspiration sécuritaire des sociétés modernes, de l’Angsoc que décrit Georges Orwell dans son fameux livre 1984.

Nous pressentons la force de cette société technique dont la puissance s’appuiera sur le développement des datasciences, de l’analytique prédictive, l’augmentation de l’intelligence embarquée dans un nombre croissant d’objets eux-mêmes connectés, la personnalisation de plus en plus grande des biens et des services identifiant les particularismes des profils consommateurs, les caractéristiques qui font leur ADN, les bulles algorithmiques de plus en plus adaptées aux personnalités, un monde de plus en plus serviciel mais dont nous finirons par devenir les purs produits, alors que nous étions appelés à dominer la matière mais non à lui être soumis, or c’est bien là l’émergence de la société …

Là encore, nous citons Jacques ELLUL : « La mort, la procréation, la naissance, l’habitat sont soumis à la rationalisation comme étant le dernier stade de la chaîne sans fin industrielle…ce qui semblerait être le plus personnel dans l’homme est maintenant technisé : la façon dont il se repose et se détend … la façon dont il prend une décision … fait l’objet des techniques de la recherche opérationnelle… »[2]

Les technologies du numérique conduisent à un appauvrissement de la culture, anesthésient la faculté de penser

En écrivant ces lignes nous songions également au célèbre livre de Ray Bradbury (Fahrenheit 451) qui décrit une société américaine dans laquelle la lecture des livres est prohibée.  Les autorités du pays obligent la population à l’usage des nouvelles technologies et ce en les incitant à des conduites addictives.

Le livre de Ray Bradbury décrit la façon dont la puissance cathodique (et les autres technologies) anéantissent l’intérêt du peuple dans les plaisirs tels que la littérature et la lecture.

Dans un univers totalement désincarné sur le plan de la relation et déshumanisé, Fahrenheit 451 dépeint le fonctionnement d’une société totalitaire et de surveillance qui s’est plu à détruire le livre au motif que l’édification culturelle entraîne des désordres et qu’elle est susceptible d’éveiller les consciences.

Dans ce monde dystopique[3] (contraire d’utopique) où l’étourdissement anesthésiant de l’image cathodique règne en masse, des agents sont chargés de réprimer tout contrevenant surpris de lire, cette police de la pensée (des pompiers pyromanes) est chargée d’organiser la répression littéraire en brûlant la mémoire d’une culture ancienne, d’une culture des origines, d’une culture séculaire.

Tocqueville, n’avait-il pas lui-même anticipé, dès le XIX è siècle, cette emprise que le pouvoir social d’une société totalitaire, exercerait sur les individus. Tocqueville avait ainsi montré que l’Etat Providence finirait, au nom du bonheur et du divertissement de ses membres, à exercer un contrôle total sur la société, retirant toute initiative aux individus en les poussant à se transformer en moutons peureux et passifs, en un troupeau atomisé et servile.

Dans son livre Démocratie en Amérique, livre d’une acuité marquante, dans une vision fulgurante, Tocqueville prophétisait ainsi l’avènement d’un nouvel ordre social, d’une société individualiste marquée par l’égalitarisme, chacun sera devenu ainsi l’identique de l’autre : « Je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs. » (Démocratie, II 4.6) Et aussi l’avènement d’une oppression d’un genre nouveau, qui n’est plus despotisme ou tyrannie, mais une « sorte de servitude, réglée, douce et paisible (…), un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissant, [agissant par] un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes [qui] ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse; il ne détruit point, il empêche de naître; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger. » (Démocratie, II 4.6)

Les mutations d’une société qui se dirige vers une dimension de surveillance conjuguée à des ressources technologiques sans précédent, immanquablement nous font enfin songer au texte d’Apocalypse 13 qui décrit un monde de contrôle marqué par la puissance consumériste et totalitaire qui a une emprise sur tous les hommes via leur marquage tel un troupeau ne pouvant ni acheter, ni vendre s’ils n’avaient pas le sceau qui les identifie comme asservis au pouvoir de la Bête.

La bête est ainsi cette figure tyrannique qui a vocation à mettre l’homme sous son emprise n’autorisant pas une quelconque dérive, une quelconque rébellion, « réduisant enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger. Tocqueville ». Ainsi cette idéologie construisant une nouvelle conscience universelle aura besoin de contrôler la diffusion des pensées, d’exercer sur les consciences sa police pour n’autoriser aucune marginalisation possible.

[1] http://www.ac-reims.fr/cid76345/apres-troisieme.html

[2] Jacques Ellul La technique ou l’enjeu du siècle, Economica extrait d’une citation page 117

[3] Au contraire de l’utopie, la dystopie relate une histoire ayant lieu dans une société imaginaire difficile ou impossible à vivre.

Exemple de dystopie : 1984, de G. Orwell, est l’exemple parfait de la dystopie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La nouvelle vision économique du monde numérisé

L’économie numérique via les progrès fulgurants de l’intelligence artificielle entend dessiner une forme de société vertueuse et idyllique, cachant en réalité la volonté d’intégrer l’ensemble des données qui caractérisent la vie humaine 

Ce nouveau texte écrit par Eric LEMAITRE est consacré à la vision instaurée peu à peu l’économie numérique dans les rapports qui se tissent transformant les informations en services et applications mercantiles visant sans aucuns scrupules à exploiter puis à monétiser l’ensemble de nos comportements, à favoriser de nouveaux gisements financiers.

La vision de ce capitalisme numérique nous fait entrer dans une forme d’âge d’or qui entend personnaliser à outrance les réponses apportées individuellement à chaque consommateur. Ce capitalisme se donne également les habits d’une forme de grande communauté numérique, une forme de communisme vertueux, de société de partages avec l’émergence de services apparemment gratuits ou à des coûts marginaux. Mais cette offre numérique opère en réalité une conquête insidieuse, sournoise de l’esprit humain, c’est une conquête absolue de la vie humaine jusqu’à nous rendre dépendant, addicte en nous suggérant des réponses aux besoins et aux attentes qui s’expriment dans le quotidien. Les variables changent, le monde économique est en train de muter à toute vitesse vers le tout numérique, vers la dématérialisation. Cette mutation se traduisant par moins de travail pour les hommes, par des discriminations et des exclusions possibles, ceux socialement jugés indignes. Les mutations vécues via ce monde numérique se traduisent ainsi comme un changement de modèle radical, un bouleversement de paradigme, avec des implications sociales équivalentes à celles de la révolution industrielle.

Pour être appréhendé par le plus grand nombre, ce monde en mutation incessante nécessite de nouvelles grilles de lecture, pour les citoyens, les usagers d’un service, les consommateurs. Le monde numérique n’offre aucune assistance en face à face, mais une pléiade d’intelligences artificielles et de services, en changement permanent, suivant des modes et des tendances, à la merci de marchés à conquérir, ou de parts de marchés.

Que dire de tous ceux qui n’ont pas accès à ce type de services, qui sont donc de facto « exclus » des data. Seront-ils représentés ailleurs ? Comment et par qui ? Pas de téléphone, pas de place de ciné ; pas de courses, pas de commandes ; pas de smartphone lié à un compte, pas de livraisons etc…

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Nous assistons à l’émergence d’un nouveau modèle à la fois civilisationnel et économique.  L’économie numérique via les progrès fulgurants de l’intelligence artificielle entend dessiner une forme de société vertueuse et idyllique, cachant en réalité la volonté d’intégrer l’ensemble des données qui caractérisent la vie humaine

Ce nouveau texte est consacré à la vision qu’instaure peu à peu l’économie numérique dans les rapports qui se tissent transformant les informations en services et applications mercantiles visant sans aucuns scrupules à exploiter puis à monétiser l’ensemble de nos comportements, à favoriser de nouveaux gisements financiers.

La vision de ce capitalisme numérique nous fait entrer dans une forme d’âge d’or qui entend personnaliser à outrance les réponses apportées individuellement à chaque consommateur. Ce capitalisme se donne également les habits d’une forme de grande communauté numérique, une forme de communisme vertueux, de société de partages avec l’émergence de services apparemment gratuits ou à des coûts marginaux. Mais cette offre numérique opère en réalité une conquête insidieuse, sournoise de l’esprit humain, c’est une conquête absolue de la vie humaine jusqu’à nous rendre dépendant, addicte en nous suggérant des réponses aux besoins et aux attentes qui s’expriment dans le quotidien.

Cette hyper personnalisation est sous tendue par le développement de capteurs de données qui se nichent dans toutes les dimensions de la vie incluant l’intime, les déplacements, les relations. Ces capteurs que sont les smartphones, les téléviseurs, les véhicules embarquant elles-mêmes des capteurs numériques, jusqu’aux compteurs d’énergie, en passant par les montres les bracelets numériques qui encerclent toutes les dimensions du quotidien du domicile à l’usage de sa voiture, de sa vie professionnelle à ses loisirs.

Ce modèle économique est également entrain de refondre le capitalisme moderne en déconstruisant la verticalité des circuits de production et de distribution, en développant également des services dématérialisés sans qu’il soit nécessaire d’avoir besoin de rapport avec un agent, c’est ainsi que le monde des assurances et de la banque se développeront sans qu’il soit nécessaire de s’appuyer sur des guichets ; les guichets seront virtuels, les contacts désincarnés.  La médiation qui s’incarnait à travers l’existence d’agents humains en contact, en relation, de succursales se manifestant au travers de contacts humains, tendra ainsi à se réduire puis sans doute à disparaitre.

Ce modèle économique déconstruit le rapport à la proximité et modifie substantiellement le rapport à la valeur dans un rapport à l’autre, nous devenons chacun d’entre nous une valeur « dématérialisée » et monétisée.

Le monde numérique est en train de façonner l’économie mondiale

Les chiffres publiés par l’UIT montrent que les technologies de l’information et de la communication (TIC) ont connu « un essor sans précédent au cours des 15 dernières années, ouvrant ainsi de vastes perspectives pour le développement socio-économique »[1]. Les perspectives annoncées d’ici les quinze prochaines années, promettent également une expansion galopante des univers numériques embrassant d’autres domaines de notre existence, touchant à la santé, la sécurité, les déplacements, les rencontres.

La création de données numériques[2] n’a jamais été aussi féconde, l’augmentation est exponentielle. Plus de 40% de la population mondiale fait aujourd’hui usage d’Internet[3].

Entre 2000 et 2015, le taux de pénétration du web a été multiplié par sept, passant de 6,5 à 43% de la population mondiale.

Selon les estimations d’un rapport de l’UIT, 29% des 3,4 milliards de personnes dans le monde qui vivent dans des zones rurales seront desservies par un réseau mobile large bande 3G d’ici à la fin de 2015″

La proportion de ménages qui a accès à l’Internet au domicile a ainsi considérablement progressé, passant de 18% en 2005 à 46% en 2015.

Les ambitions des géants mondiales du web (Facebook, Google) sont également de numériser le monde entier[4]. Leurs projets sont de démultiplier les satellites ou les ballons stratosphériques pour se passer des opérateurs télécoms traditionnels afin de connecter les 4 milliards d’habitants n’ayant pas encore accès à Internet.

La révolution du digital se répand à la vitesse de l’éclair à l’échelle de l’histoire de l’humanité et de manière bien plus rapide que les précédentes révolutions industrielles de l’électricité et des télécommunications. Le monde entier est ainsi sur le point d’être connecté, aucun habitant de cette planète à terme ne sera oublié. Dans cette démultiplication exponentielle des connexions, l’univers numérique se confondra de plus en plus avec l’économie et pour l’ensemble des sphères de l’économie. En d’autres termes le monde numérique est en train de façonner le monde et ses conséquences doivent être appréhendées, analysées pour comprendre un autre aspect de la déconstruction de l’homme.   

L’homme comblé au sein d’un nouvel eldorado  

Dans des contextes de révolution digitale mondiale, souvenons-nous que le XIXème siècle consacra le primat de la matière sur l’esprit, le XXIème siècle lui entérinera en quelque sorte le règne du virtuel sur la matière, le règne des connexions internet sur les relations, le règne des robots sur l’outil comme prolongement du travail accompli par l’homme.

Il n’est pas contestable que la société consumériste qui accompagne les changements technologiques introduit un changement dans les rapports aux autres, promouvant outrancièrement leurs quêtes respectives du désir de s’accomplir, de se réaliser.

Le rêve de l’homme est toujours poussé à aller plus loin jusqu’à créer des réponses virtuelles ou matérielles de bonheur artificiel, le libérant des corvées, des servitudes, de la « sueur ».

Alain Ledain auteur du livre Chrétien dans la cité aborde « Le rapport narcissique de la société à la consommation ». L’auteur professeur de mathématiques décrit, comment d’une manière artificielle l’homme consumériste construit une représentation de soi, une idéalisation de l’égo… mais d’un soi déraciné, un narcissique arraché à sa réalité.

Il ajoute : « C’est comme si le monde cherchait à créer, non l’identité par ce que l’on est, mais « d’être » par ce que l’on possède. Les objets que l’on porte sur soi deviennent ainsi les marqueurs de cette identité, transcendant l’être dans ses émotions, sa culture, ses croyances.

L’idolâtrie des temps modernes, c’est le consumérisme qui joue à fond sur le plaisir de consommer, de posséder. Nous consommons, non seulement par utilité, mais pour combler des désirs. Il y a une véritable quête de plaisir ; plaisir qui favorise certains secteurs : les loisirs et les nouvelles technologies notamment. »

Au cours d’un discours prononcé à l’assemblé nationale[5], Victor Hugo ce géant de la littérature parlant de son siècle, le XIXème, soulignait déjà la tentation consumériste et mettait ainsi en exergue un même mal qui au fil de l’histoire de l’humanité ronge l’homme, lamine, broie, atrophie son esprit, la conscience du bien, du beau et du vrai.

Dans ce discours, Victor Hugo évoquera un mal « un mal moral, un mal moral profond nous travaille et nous tourmente ; ce mal moral, cela est étrange à dire, n’est autre chose que l’excès des tendances matérielles » puis plus loin il ajoute « Eh bien, la grande erreur de notre temps, ça a été de pencher, je dis plus, de courber l’esprit des hommes vers la recherche du bien matériel. Il importe, messieurs, de remédier au mal ; il faut redresser pour ainsi dire l’esprit de l’homme ; il faut, et c’est la grande mission […] relever l’esprit de l’homme, le tourner vers la conscience, vers le beau, le juste et le vrai, le désintéressé et le grand. C’est là, et seulement là, que vous trouverez la paix de l’homme avec lui-même et par conséquent la paix de l’homme avec la société. ». Que dire alors des tentations consuméristes associées à ce monde virtuel qui caractérise la société contemporaine, le discours de Victor Hugo aurait été identique à celui prononcé il y a un peu plus d’un siècle.

Dans texte admirable de Charles Péguy[6], texte qui fait écho à Victor Hugo, Charles Péguy souligne la Babylone matérialiste et consumériste qui se dessine et souligne ce mal chronique et puissant d’une société soumise au veau d’or :

« Pour la première fois dans l’histoire du monde, les puissances spirituelles ont été toutes ensemble refoulées non point par les puissances matérielles mais par une seule puissance matérielle qui est la puissance de l’argent. Et pour être juste, il faut même dire : Pour la première fois dans l’histoire du monde toutes les puissances spirituelles ensemble et du même mouvement et toutes les autres puissances matérielles ensemble et d’un même mouvement qui est le même ont été refoulées par une seule puissance matérielle qui est la puissance de l’argent. Pour la première fois dans l’histoire du monde toutes les puissances spirituelles ensemble et toutes les autres puissances matérielles ensemble et d’un même mouvement ont reculé sur la face de la terre. Et comme une immense ligne elles ont reculé sur toute la ligne. Et pour la première fois dans l’histoire du monde l’argent est maître sans limitation ni mesure. Pour la première fois dans l’histoire du monde l’argent est seul en face de l’esprit… »

Gilles Lipovetsky dans son livre Le bonheur paradoxal décrivant la modernité, évoque à propos de cette société matérialiste quant à lui, l’idée d’une société dopante flattant la performance construite autour « des idéaux de compétition et de dépassement ». C’est l’impératif de l’optimisation de soi en toute situation, à tout âge et ce par tous les moyens. Gilles Lipovetsky dénonce ainsi cette société de la prouesse, cette société qui pousse les individus de façon continue à idéaliser les savoir-faire, les savoir être. Il faut se construire, se surpasser, toujours exceller, briller. « La société de performance tend ainsi à devenir l’image d’une nouvelle prévalence résultant de l’hyper modernité. »

La marchandisation numérisée et généralisée de la vie.

Dans ces contextes nous entrons dans une marchandisation totale et globale de toutes les parcelles de la vie sociale et des besoins qui l’accompagnent.

Cet extrait d’un article du monde[7] est tout à fait éclairant « Derrière les bonnes intentions déclarées des GAFA[8], l’objectif est bien de marchandiser toutes les parcelles de nos existences. La libération promise par les technologies est aussi notre prison ». C’est ce que le philosophe Eric Sadin souligne : « le modèle dominant développé par l’industrie du numérique consiste à offrir une infinité de « solutions » à l’égard de tous les moments du quotidien. Nous assistons actuellement à une « servicisation » généralisée de la vie ».

Nous « infiltrons » comme nous l’avons par ailleurs écrit dans un monde « serviciel » et dématérialisé ou tout est construit pour offrir la plus large palette de services, donnant l’illusion de combler la totalité des besoins dérivés de l’être humain, l’ensemble de ses désirs.

Au-delà de la marchandisation numérique des biens et des services, nous voyons le jour d’un nouveau commerce c’est aujourd’hui la marchandisation de tous les processus vitaux qui représente une nouvelle phase de la mondialisation et de la globalisation – concernant au premier chef le corps. Le corps humain constitue également et de nos jours une « matière première essentielle au déploiement de l’industrie biomédicale » et « destinataire des innovations biotechnologiques ». Ce corps en morceaux, en pièces détachées pourrait être demain achalandé dans les rayons du web. Cette marchandisation touchera non seulement le corps mais également la commercialisation du sperme et d’ovocytes, l’eugénisme « high tech », cette pratique d’achat en ligne du sperme semble avoir déjà eu lieu[9].

Il est impossible de ne pas songer dans cette réflexion sur la marchandisation généralisée de la vie au livre de Saint Jean Apocalypse 18, un passage au verset 11 aborde littéralement la vente des corps et des âmes d’hommes comme objets de commerce de la Grande Babylone.

L’eldorado numérique un leurre social et économique

L’eldorado numérique brosse l’idée d’une économie florissante, d’un nouvel âge d’or, libéré des astreintes de l’économie issue du monde réel. Les axiomes posés promettent un changement des paradigmes, promettant un monde libéré de toute attache, une liberté des consommateurs sans cesse augmentée, promettant à chacun du moins en apparence de n’obéir qu’à sa seule « autonomie », sa propre volonté. En fait le consommateur « autonome » sera assujetti à de nouvelles normes sociales encadrant son vouloir et son faire. Les normes sociales sans cesse codifieront les gestes, remplaceront les lois de l’ancien monde. La « disparition des lois » donneront l’illusion de la liberté, en réalité les normes s’avéreront être de véritables carcans, encartant la liberté de penser, de mouvement. Certes l’homme se considérera comme autonome mais non libre, libre de sa mobilité mais sans cesse surveillé.

L’eldorado numérique ne sera pas accompagné en réalité d’un plein emploi et risque bien, sinon avec certitude de créer de nouveaux fossés entre les riches et les pauvres. L’eldorado économique sera un leurre, une tromperie, l’économie numérique n’effacera et n’endiguera nullement le chômage. La croissance économique comme nous le savons n’est pas nécessairement associé à l’emploi, mais elle peut être adossé à des efforts de rationalisation et d’économie d’échelle avec la volonté drastique de toujours réduire le coût des ressources humaines dans la seule optique de satisfaire les investisseurs spéculateurs.

Comme l’écrivait Jacques Ellul dans son livre le Bluff technologique « Est-ce que les techniques de pointe nouvelles, ne seraient pas à l’origine de la crise économique (exactement l’inverse de ce que croient les politiques) ? L’hypothèse (qui est plus qu’une hypothèse, puisqu’elle reçoit un début de démonstration) avait été soutenue entre les deux guerres par des économistes comme Kondratieff et Schumpeter. Elle reparait aujourd’hui en reprenant la thèse essentielle de Schumpeter : le progrès technique représente le principal facteur dynamique caractérisant le développement économique, mais il a un effet déstabilisant en raison de son moment d’apparition, de sa vitesse de diffusion et de la multiplication de ses applications qui sont toutes perturbantes. Chaque grande innovation met en question des secteurs entiers des activités économiques, traditionnelles… »[10]

Ecrivain américain, futuriste et auteur de romans de science-fiction Ramez Naam dit que nous devons absolument prendre conscience du potentiel « chômage technologique » susceptible d’être engendré par l’économie numérique et robotique, par l’économie de l’automatisation. Ce non emploi des êtres humains sera créé par le déploiement sauvage de l’automatisation des technologies numériques et robotiques qui remplaceront demain le travail humain.   Pour conforter notre propos, nous renvoyons notre lecteur à son usage des autoroutes, s’il est un « vieux » conducteur, il se souvient sans doute, des aires d’autoroutes équipées de cabines dans lesquelles des hommes et des femmes effectuaient l’encaissement des paiements. Ces personnels des aires d’autoroutes ont finalement fini par totalement disparaitre, remplacés par l’automatisation des péages.

Ainsi l’auteur de romans de sciences fiction Ramez Naam, précise les enjeux prospectifs liés aux développement d’une société devenue hyper technique, numérisée et robotisée, en précisant les conséquences et les ravages d’un monde dominé par l’automatisation, l’« ordinisation » le pouvoir technicien.  L’un des enjeux décrit par le romancier est celui concernant « le taux de chômage potentiel des chauffeurs de taxi, les conducteurs de poids lourds, suscité vraisemblablement par des véhicules demain sans conducteurs, des voitures autonomes ».

Ce phénomène de destruction de l’emploi n’est certes pas nouveau, la problématique date des siècles, et a souvent galvanisé les transformations sociales les plus radicales. Un tel mouvement de transformation sociale tendra à s’amplifier avec la révolution numérique et transhumaniste. Pour éclairer notre propos et aller au-delà de la simple assertion, prenons quelques exemples issus de secteurs en pleine mutation, le textile, l’agriculture, la logistique e. commerce, le transport…

Jadis la fabrication des textiles était initialement un art manuel pratiqué soit par des fileurs ou des tisseurs qui exerçaient leur activité à domicile. Or en quelques siècles les progrès techniques, la révolution technologique dans le monde du textile ont fait naître de grandes entreprises textiles économiquement plus performantes.   Ainsi, les progrès techniques accomplis au cours des XVIIIe et XIXe siècles n’ont pas seulement donné le coup d’envoi à l’industrie textile moderne, mais ont été à l’origine de mutations considérables issues de cette révolution industrielle, révolution industrielle accompagnée de transformations familiales et sociales profondes.

De nouveaux changements ont lieu aujourd’hui, puisque les entreprises textiles les plus importantes se délocalisent vers les pays en voie de développement offrant une main-d’œuvre et des ressources moins onéreuses, tandis que la bataille concurrentielle suscite des développements techniques incessants tels que la robotisation, l’informatisation. Ces avancées technologiques permettent de réduire drastiquement les effectifs et d’améliorer sans cesse la productivité, hélas les conséquences sociales sont vécues comme une fatalité quasi programmée dans ce monde où la rationalité et l’efficience technique deviennent les règles d’une nouvelle gouvernance du monde marchand.

L’autre révolution touche également le monde paysan, l’image passéiste du paysan jardinier de nos campagnes se ringardise. Enfant j’arpentais et sillonnais les champs avec mon Père qui me faisait découvrir toute la biodiversité, et me sensibilisait à la terre, au monde des végétaux. Aussi loin que remonte mes souvenirs, je me souviens de chevaux qui tiraient une herse, c’était dans le début des années 60. La ferme de mes grands-parents occupait alors plus d’une dizaine de personnes vaquant à toutes les tâches agricoles y compris l’élevage.

Enfant, puis adolescent, J’étais le témoin d’une mécanisation progressive de la terre et d’une réduction drastique des personnels. La mécanisation de la terre se poursuit et au cours d’un échange avec mon père qui fut lui-même paysan, ce dernier me confia que pour viabiliser l’exploitation agricole, cette dernière devait être adossée à la fois à une gestion nettement plus techniciste et à la gestion d’une terre comprenant au moins deux cents hectares, demain probablement 400 hectares. En l’espace de 40 années de vie agricole, le monde paysan a vu le départ d’un nombre important d’agriculteurs et parfois même le suicide de nombreux paysans n’étant plus en mesure d’assurer leurs charges.

Or le monde agricole est en train de franchir un nouveau cap, l’agriculture comme l’univers industriel est en passe de vivre une profonde mutation[11], ces champs qui étaient l’espace du réel, une image d’un monde évoquant la nature sera lui aussi envahi par les drones, les robots, de nouvelles applications du génie génétique et du monde numérique, les GPS[12] qui constitueront demain les guides de machines sans chauffeurs.

Yves Darcourt Lézat dans un article le paysage une question de société souligne cette mutation qui se déroule à grands pas : « Le développement techno-scientifique qui prévaut depuis la fin du XVIIIeme siècle a changé la donne : la fonctionnalisation des espaces agricoles, l’industrialisation de l’agriculture, l’expansion des villes, le foisonnement des périphéries urbaines, la propension à “grossir coûte que coûte”, les spéculations à outrance… se conjuguent pour percuter des trames structurantes et leur substituer, trop souvent, l’exhibition spectaculaire d’une modernité conquérante et hégémonique, la gestion des flux et des temps primant sur la qualité et la singularité des territoires. »

L’agriculture vit sans doute la plus importante mutation de son histoire après celle du tracteur apparu à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans le monde agricole, les technologies toujours plus perfectionnées envahissent d’ores et déjà les exploitations. Les engins deviennent de super véhicules high-techs, les agriculteurs sont de plus en plus des hommes connectés, rivés sur leurs écrans et pilotant sans doute dans un très proche avenir de leurs bureaux, leurs « machines high tech » sans chauffeurs. D’ailleurs aura-t-on encore besoin de superviseurs humain pour contrôler un tel dispositif technique qui pourrait être contrôlé par lui-même.

La logistique « e. commerce » est également sur le point de connaitre une profonde mutation et l’exemple vient de l’une des quatre grandes entreprises du WEB, la société AMAZON qui a engagé une évolution majeure de son organisation, l’articulant autour de la robotisation de l’entreprise. L’enjeu pour l’entreprise est d’augmenter constamment l’efficience, ses cadences, ses marges, son efficacité et de remplacer l’humain par la machine effectuant les tâches de gestion logistique, de préparation des commandes.

La robotique n’est qu’un des aspects de l’innovation logistique made in Amazon.  Toutes les tâches liées aux contacts clients, à la vente des produits font l’objet des dernières applications techniques qui sont des concentrés de savoir-faire numérique, et de gestion des données.[13]

Dans le domaine du transport, c’est également là, l’autre révolution technologique qui n’est pas pour demain, mais qui est bel et bien amorcé. La « google car [14]» a été le premier prototype de véhicule de transport, piloté sans chauffeur grâce à de nombreux applicateurs, adossé à un système de guidage particulièrement sophistiqué.

Aujourd’hui c’est dans le domaine du transport collectif et également dans le transport de frets que les changements s’opèrent avec des expérimentations déjà mises en œuvre, y compris en France. Ces transports collectifs ou transports de marchandises sont aujourd’hui parfaitement en mesure de détecter les obstacles statiques et dynamiques, d’adapter et de synchroniser la conduite à l’environnement, en fonction également des flux routiers en journée.

Aujourd’hui, le remplacement des ressources humaines par l’automatisation, les systèmes de guidage, la robotisation s’étend au-delà de la production industrielle.

Dans les années 86, au début de ma carrière professionnelle, je menais une étude de marché sur la gestion automatisée des files d’attente et je fus conduis à rencontrer les administrations, les banques et les hypermarchés.

Un directeur d’hypermarché m’avait indiqué en 1987 lorsque je lui exposais le concept de caisse automatisée (produits auto-scannés par les clients sans l’intervention d’une caissière), que cette idée avait certainement un grand avenir et il pronostiquait l’avènement des caisses entièrement automatisées dans les cinquante prochaines années. Aujourd’hui et au début de ce XXIème siècle, dans les supermarchés, les caissières sont peu à peu remplacées par une série de machines enregistreuses en self-service qui permettent aux clients de transcrire leurs achats sous la surveillance d’un seul employé, ce qui est d’ailleurs le cas dans les enseignes IKEA.

Pour ceux qui appréhendent la menace que l’automatisation fait peser sur les travailleurs non qualifiés, la première réponse qui vient à l’esprit est d’adapter les ressources humaines, de former les salariés. Mais voilà inéluctablement le progrès technologique commence également à détruire, anéantir les emplois qualifiés, y compris les emplois hautement qualifiés, et il n’y a probablement aucune sphère qui ne soit demain impactée par la conquête technique celle de la digitalisation, robotisation, de l’automatisation et de l’« ordinisation ».

La déshumanisation de la société est dès lors bel et bien en marche et cette marche est incontestablement violente et augure d’une prochaine barbarie à visage économique.

Vers l’ubérisation[15] de la société

La question à ce jour est d’appréhender la capacité de l’homme à s’adapter à un monde en perpétuel changement, à des changements qui se dessinent avec la mutation révolutionnaire de l’économie numérique susceptible d’engendrer de nouvelles crises sur l’emploi. C’est « l’uberisation » de la société qui est en route, un phénomène social récent dans le domaine de l’économie numérique qui se traduit par l’utilisation de services permettant ainsi aux professionnels comme à leurs clients de construire des transactions commerciales directes, de manière quasi-instantanée, grâce à l’utilisation des nouvelles technologies. La mutualisation de la gestion administrative et des nouveaux systèmes de l’économie numérique réduit de facto le coût de revient de ce type de service mais cette ubérisation n’est pas sans conséquence sur la vie sociale des artisans qui légitimement s’inquiètent des développements et des avancées du monde numérique, d’un monde transhumaniste.

Dans ce contexte de bouleversements introduits par l’industrie numérique, la robotique et l’intelligence artificielle, il importe de prendre conscience du leurre numérique, fossoyeur social des temps modernes et des desseins qui se dessinent dans un monde qui chancelle, dont les fondations au fur et à mesure des avancées de la technique fragilisent les ressources issues de la vie relationnelle, les rapports entre les hommes, les équilibres des écosystèmes dans lesquels l’humain est fondamentalement inscrit. Inévitablement les bouleversements conduiront les salariés dans l’ensemble des secteurs économiques à des situations anxiogènes, des troubles résultant de taux massifs de chômage, d’effondrements sociaux et de crises déconstruisant les liens au sein même des familles.

Le client consommateur sous contrôle de l’intelligence artificielle

Nous sommes nombreux à avoir effectué des achats sur des sites Internet, nous ignorons sans doute que pendant l’achat, des robots assistants peuvent guider le client en comprenant et interprétant ses besoins et en enrichissant l’expérience client. L’intelligence artificielle est devenue de façon quasi incontournable, l’outil informatique intrusif mobilisé par les plateformes des grandes enseignes d’achat du monde numérique. L’Intelligence artificielle est devenue ainsi un outil capable de fouiller les habitudes, de suggérer, d’adapter les réponses, capables même d’empathie envers le client.

Pour Catherine Michaud[16] ; l’intelligence artificielle est devenue l’instrument de la relation client permettant de comprendre les modalités d’achat et d’interpréter les données de l’achat client[17]: « L’intelligence artificielle offre une capacité de connaissance qui devient infinie. Non seulement c’est de la connaissance en temps réel mais elle apporte en prime une information précise et puissante dans la relation client ». Elle inaugure aussi une nouvelle ère dans la relation client car elle est adaptative. Elle permet en amont du parcours d’achat d’aller chercher et interpréter des données dans le monde ouvert.

 Le monde de la finance régulée par la machine[18]

Le monde des transactions boursières manifeste un appétit marchand de plus en plus dévorant. Ce monde de la finance est aujourd’hui au pouvoir des algorithmes et des logiciels les plus sophistiqués. Les transactions boursières s’effectuent au moyen de robots, surnommés les robots de trading.  Les démarches spéculatives et organisées au moyen d’algorithmes et de techniques élaborées permettent d’engranger des revenus substantiels mais totalement immoraux puisque fondés sur des gains spéculatifs et virtuels.

Ainsi l’ensemble des volumes de transactions sur les marchés de la bourse sont désormais traités par de nouveaux acteurs non humains mais des traders technologiques appelés « les traders à haute fréquence ». Pour l’expliquer en des termes simples, le trading à haute fréquence consiste à recourir de façon automatisée à des algorithmes et des technologies sophistiqués pour repérer et exploiter les mouvements de marché avec une échelle de temps d’une dizaine de millisecondes, un temps qui ne saurait être maitrisé par l’homme.

Citons le journaliste suisse François Pilet[19] « On est passé d’une seconde à une microseconde [un millionième de seconde qu’on peut appeler la nouvelle seconde puisque c’est la nouvelle unité de temps du fonctionnement des marchés : c’est un million de fois plus petit. Un exemple : si vous prenez une journée et que vous l’agrandissez un million de fois ça fait 4000 ans de transaction boursière et durant ce temps, il se passe beaucoup de choses. Ce qui veut dire qu’aujourd’hui dans une seconde il se passe énormément de choses. »

Les transactions menées au moyen des logiciels sophistiqués totalisent désormais plus de la moitié des échanges sur les marchés de la bourse. Ces transactions traduites en ordres de bourses (acheter ou vendre) se réalisent dans des temps qui ne peuvent être gérés par l’être humain puisque les transactions s’opèrent en millième de seconde.

Or ces transactions, ces ordres de bourses confiées aux algorithmes ont été la cause de dysfonctionnements graves, d’un mini krach le 6 mai 2010[20] et les problématiques posées aujourd’hui par l’intervention de ces traders non humains inclinent largement à penser qu’une régulation de leur usage est devenu absolument nécessaire.

La révolution numérique est aussi une révolution sociale et économique effeuillant l’individu

La révolution numérique a commencé, elle relève bien plus que d’une innovation majeure, d’un événement technique fascinant, cette révolution touchera en réalité toute la vie sociale d’abord en la décryptant puis en l’organisant. SI le lien social à l’heure numérique est « fabriqué » par les ordinateurs, la numérisation du monde franchira un nouveau pas, en emmagasinant toutes les données concernant notre quotidien puis en contrôlant une vie sociale intégralement numérisée. Avec ce monde numérique à qui nous léguons de l’information sur nous-même ; nous sommes sur le point de lui troquer une partie de nous-même croyant gagner la liberté, la fluidité, la facilité, le gain de temps, or nous sommes sur le point de lui céder notre âme contre un nombre.

Nous sommes comme chacun le sait, environnés d’objets numériques, nous nous en accommodons depuis trois décennies. Nous sommes également usagers de cartes de paiement contenant un microprocesseur (une puce) capable de traiter une information. Chaque fois que nous faisons usage d’internet, que nous réalisons une commande sur un site commercial, laissons un commentaire sur un réseau social, effectuons un achat avec notre carte bancaire, nous laissons une trace, nous abandonnons une information, nous communiquons une partie de nous-même.

Cette trace est une donnée, elle constitue un support d’informations, propagée dans l’environnement du WEB mais également exploitée par les réseaux bancaires. Ces données, associées à nos usages d’internet, nos usages de paiements numérisés sont immédiatement consignés. Toutes ces données indexées, enregistrées, autorisent de fait une lecture de nos pratiques, de nos habitudes d’achat, de nos façons d’utiliser les réseaux sociaux.

Peu à peu notre personnalité numérique s’affiche, nous devenons un livre ouvert (là où un livre ne donne accès qu’à des connaissances, votre personnalité numérique ouvre les portes de votre intimité), une forme de tableau qui restitue peu à peu une image et au-delà même une identité. Nous constituons peu à peu un matériel d’informations pour les géants du WEB et pour l’ensemble des acteurs du monde bancaire. Aujourd’hui ces acteurs, ceux du WEB et du monde bancaire sont conscients de posséder une mine de renseignements.

Or, posséder cette double information touchant simultanément les registres des comportements sociaux et de consommation, constitue le rêve d’une société totalisante qui pourrait de fait posséder une forme de pouvoir et de contrôle sur les individus. Dans ce nouveau chapitre, nous vous invitons à regarder avec nous comment ce processus est devenu possible. Nous vous convions à comprendre pourquoi notre monde est en train de basculer, de dériver vers une forme d’asservissement des êtres humains.

La numérisation du secteur bancaire

La numérisation du secteur bancaire est en marche : « La numérisation pousse les banques vers la plus grande transformation de leur histoire », de nombreuses banques se sont d’ores et déjà lancées dans le monde digital. Cette révolution est également inquiétante, elle augure une nouvelle fois une déshumanisation du monde dans lequel nous entrons inévitablement.

Le constat de cette révolution numérique est sans appel, les agences dans le secteur bancaire sont de moins en moins sollicitées, fréquentées. En effet, dans des proportions de plus en plus importantes, les usagers déjà largement familiarisés au monde numérique, ont pris l’habitude, de consulter leurs comptes à partir de leurs écrans tablettes, ordinateurs, smartphones…

C’est l’organisation de la banque de détail qui a maillé autrefois les territoires qui est remise en cause radicalement. Cette transformation que le monde numérique opère, n’affecte pas seulement le monde bancaire : nous n’évoquerons pas ici la disparition des services dans certaines zones de nos territoires, tels que les services sociaux, la Poste, les points de distribution s alimentaires, les écoles, les maternités etc. qui sont autant d’agoras, de lieux désormais inopérants.

Aujourd’hui le modèle économique bancaire (la banque de détails) est confronté à des crises successives, à une baisse implacable des fréquentations de clientèles.  L’accélération et la conversion de la banque de détails au modèle d’organisation numérique de la banque digitale se sont littéralement imposées.  Cette mutation numérique est un couperet net en matière de nombre d’emplois.  Pourtant le consommateur lambda ne se lamente pas de la disparition de son guichetier, il voit à travers ses opérations effectuées sur son smartphone, un gain de temps extraordinaire, fini pour lui les files d’attente interminable et ses rendez-vous ratés.

Face à ce phénomène touchant les nouvelles pratiques de ses clients, les banques sont conduites à faire évoluer leurs services, elles seront à terme amenées à diminuer physiquement le nombre de succursales. Nous pourrions d’ailleurs parier la disparition prochaine des agences bancaires de proximité. Cette disparition se fera au profit du monde des portables téléphoniques, ces smartphones deviendront ainsi le premier guichet pour bon nombre d’usagers.

Le monde bancaire deviendra digital, c’est l’autre révolution qui est en marche. Le client pourra éventuellement rencontrer son conseiller sur écran avec « Skype », ou échanger avec une intelligence artificielle sur d’éventuels conseils financiers, des transactions ou des demandes de prêts. Les conséquences pour les salariés seront évidemment dramatiques, l’emploi dans le secteur bancaire subira les effets de la numérisation. Cette numérisation de la banque aggravera, accentuera la baisse tendancielle des effectifs déjà connue dans le monde bancaire. Cette tendance mondiale ne touche pas seulement le monde bancaire. La recherche du profit via la numérisation du monde économique n’est que le facteur d’une transformation majeure de nos sociétés : le travail n’est plus ainsi le seul outil de répartition des richesses.

C’est cette fragilité du monde bancaire qui pourrait bien constituer le socle des ambitions des géants du WEB, de leurs velléités à vouloir franchir un nouveau cap dans la gestion des profits en exploitant au mieux les « datas » de leurs clients.

L’intrusion du monde bancaire dans la vie privée des consommateurs

Comme nous l’avons déjà largement appréhendé dans le livre « La déconstruction de l’homme », les nouveaux services déclinés par les géants du WEB apportés aux consommateurs seront de nature à chambouler la donne des grands équilibres économiques actuels. À terme ces bouleversements seront inévitablement destructeurs de valeurs.

L’autre réalité du monde numérique, c’est celui d’avoir fait émerger un média (le WEB) qui a généré de multiples marchés sans équivalent dans le monde, cassant certains monopoles de la distribution et du commerce physique. Demain, il est à parier que c’est l’ensemble du monde bancaire dans sa forme traditionnelle, qui sera remis en cause.

Ce monde numérique génère dès lors des problématiques nouvelles, typiques parce que nous sommes face à de nouveaux géants mondiaux (Google, Facebook, Apple, Amazon…) qui cumulent des caractéristiques leur conférant un pouvoir sur les marchés économiques sans égal au monde. Les géants du numérique ont ainsi une parfaite maîtrise des algorithmes. La maîtrise  liée à la gestion des data (données sur nos usages, nos opinions, nos humeurs, leur confère à ce jour la détention de données comportementales, touchant à nos représentations, croyances, convictions, sans équivalent dans le monde. Mais le risque à venir, c’est celui du franchissement d’un nouveau « Rubicon », croisant les « data » de notre vie sociale et les « data » de consommations gérées par le monde bancaire.

Il n’est pas inimaginable de concevoir l’émergence au sein même de l’économie numérique de nouvelles alliances, entre les géants du WEB et le secteur bancaire. Les géants de l’Internet ne font plus mystère de leurs ambitions de développement dans les services bancaires et notamment dans le domaine des paiements, de monnaies électroniques (Facebook serait en passe de réfléchir à de nouvelles modalités d’échanges entre consommateurs, permettant aux usagers du réseau social de procéder à des transferts d’argent entre eux). Votre téléphone scanne les codes-barres et peut permettre déjà dans de nombreux pays, d’effectuer des paiements de factures, de les effectuer chez les commerçants. Dans ce monde totalement numérisé à terme, les banques et les opérateurs de téléphonie mobile ne feront plus qu’un dans l’émergence de ce nouveau marché.

Nous le savons bien , les moyens de paiement transitant par la banque est une des sources de revenus du monde bancaire. Comment alors ne pas se saisir pour les géants du WEB, d’une telle aubaine et telle une pieuvre, agripper une nouvelle proie augmentant ainsi sa soif intarissable de puissance et de domination.  La connaissance du client et la possibilité de gérer le risque prédictif le concernant, sont sans doute l’investissement à venir. La capitalisation des données clients pour adapter les services et générer des sources de revenus est sans doute l’autre enjeu.

Comme me le confiait le cadre d’une très grande banque française, le client n’a plus de secret pour sa banque. La monétisation numérisée de nos moyens de paiement (5,9 milliards de transactions par an sont effectuées en France) nous rend soudainement totalement transparent aux yeux de notre banque. Grâce à ses algorithmes en un clic, la banque est en effet en capacité aujourd’hui, d’analyser le profil des comptes de ses clients. Le client est mis à nu, effeuillé, la banque sonde les data des achats effectués, l’intégrité et la plénitude du portrait de son client se dessinent.

Sur l’écran, le banquier a immédiatement connaissance des caractéristiques des dépenses et du profil risque que représente le client. La banque croise, analyse, recoupe les données, établit des corrélations, structure les informations touchant les dépenses, les mouvements des comptes. Une véritable intrusion s’organise. Une connaissance fine et détaillée du client se déploie sous les yeux du banquier. Le client devient prévisible, il est possible de le catégoriser, de le caser dans des typologies de client Pépère, client Flambeur, client Prometteur, client sans Avenir.

C’est toute la vie du client qui se confesse devant ses yeux, même si ce dernier s’imagine qu’il n’a pas mis tous ses œufs dans le même panier. Aucune autre entreprise, comme la banque ne détient ainsi autant de données sur ses clients : revenus, propension à dépenser ou au contraire à épargner, enseignes fréquentées, habitudes alimentaires, dépenses santé. Le client est dévisagé, totalement dévisagé. Dans ce jeu des data, la banque est en mesure d’apprécier les évolutions, les changements intervenus, les rythmes de consommation, y compris l’intime du client ce que lui-même n’oserait confier à ses amis, sa banque, elle en revanche le sait. Le client ne saurait alors tricher, mentir, les demi-vérités n’existent pas pour le banquier.

Le client est en quelque sorte en train de devenir un livre ouvert, un livre que toutes les entreprises aimeraient pouvoir lire, que des organisations étatiques, que les géants du WEB, pourraient bien vouloir sonder, si les mesures touchant à la sécurité des citoyens devaient se développer. D’ores et déjà ces big data bancaires savent localiser les déplacements, les lieux que vous fréquentez, les habitudes, les récurrences de ces achats.

Le mariage quasi diabolique du secteur bancaire et des GAFA

Mais le plus inquiétant est à venir, face à la puissance financière des big data, nous pourrions dans un proche avenir, imaginer sans peine les fusions des majors de la finance mondiale et des entreprises comme Google et Facebook.

Le souci de la connaissance client est en effet un axe de développement primordial pour le secteur bancaire et d’ailleurs cela est aussi vrai pour l’économie numérique, qui peut espérer l’emploi et l’usage des nouvelles formes d’interactivité offertes par les réseaux sociaux. Les mondes des réseaux sociaux et des data exploités dans le secteur bancaire, inéluctablement et inévitablement s’intriqueront et se croiseront.

Dans ce monde déjà dystopique, les partenariats  entre les secteurs bancaires et les géants du WEB se renforcent. La collaboration entre les banques et les géants du numérique, œuvre pleinement en ce sens. Ces collaborations s’appuient sur une nouvelle gouvernance des rapports clients, construite autour d’une feuille de route nécessairement commune celui de la connaissance du client. Mais au-delà des ententes possibles et envisageables, il est tout à fait concevable que les géants du WEB, disposeront demain de leurs propres moyens de paiement comme nous l’avons indiqué en préambule en évoquant cette possibilité par Facebook de permettre à ses internautes de transférer de l’argent numérique entre eux.

Les géants du WEB disposent de moyens financiers colossaux et sont en mesure de déstabiliser les banques traditionnelles, de faire demain irruption non seulement sur les marchés des moyens de paiement mais également de l’épargne.

Notons, pour illustrer notre propos, ce service de paiement en ligne appelé PayPal qui permet de payer des achats, de recevoir des paiements, d’envoyer et de recevoir de l’argent. PayPal a été créé en 1998 par la fusion de deux start-ups : Confinity et X.com. En 2002 PayPal a été racheté par la société eBay pour 1,5 milliard de dollars US, ce rachat était expliqué par l’usage important du site d’enchère lié aux transactions utilisant ce service de paiement en ligne.  Nous voyons bien dès lors l’intrusion de sociétés spécialistes du WEB investissant le monde bancaire et la possibilité immense d’exploiter allégrement les données clients pour augmenter le pouvoir d’informations sur les clients.

Le secteur bancaire est sur le point de connaître  des bouleversements sans précédent quand on sait aujourd’hui à quel point les consommateurs sont devenus si familiers avec l’usage de leur smartphone, dont la convivialité d’usage est devenue si intuitive. Le smartphone devenant à terme le concurrent de la banque de proximité, du guichet bancaire, qui pourrait à terme disparaître. Rappelons ce chiffre, 67 % des détenteurs de smartphone (étude TNS Sofres) se servent de leur téléphone mobile pour effectuer des opérations bancaires. Les Banques se doivent dès lors de suivre en permanence les performances de leurs supports on line de manière à les faire évoluer afin de s’adapter aux nouvelles pratiques consuméristes de leurs clients.

Mais au-delà de la disparition plus que probable du guichet bancaire, le plus inquiétant n’est sans doute pas cette transformation inévitable des modalités de vente, d’achat, d’emprunts bancaires mais bien l’utilisation intrusive des données touchant les comportements de consommation et les croyances des consommateurs. Il deviendrait donc aisé en numérisant les connaissances des comportements et les connaissances des croyances de tracer, de suivre, d’ausculter, de surveiller chaque consommateur. Le consommateur ne devenant ainsi qu’un nombre.

Nous comprenons alors beaucoup mieux la dimension prémonitoire que nous trouvons dans le livre de l’apocalypse 13.17 : « personne ne pût acheter ni vendre, sans avoir la marque, le nom de la bête ou le nombre de son nom ».

Les perspectives discriminantes du monde numérique

Les variables changent, le monde économique est en train de muter à toute vitesse vers le tout numérique, vers la dématérialisation. Cette mutation se traduisant par moins de travail pour les hommes, par des discriminations et des exclusions possibles, ceux socialement jugés indignes. Les mutations vécues via ce monde numérique se traduisent ainsi comme un changement de modèle radical, un bouleversement de paradigme, avec des implications sociales équivalentes à celles de la révolution industrielle.

Pour être appréhendé par le plus grand nombre, ce monde en mutation incessante nécessite de nouvelles grilles de lecture, pour les citoyens, les usagers d’un service, les consommateurs. Le monde numérique n’offre aucune assistance en face à face, mais une pléiade d’intelligences artificielles et de services, en changement permanent, suivant des modes et des tendances, à la merci de marchés à conquérir, ou de parts de marchés.

Que dire de tous ceux qui n’ont pas accès à ce type de services, qui sont donc de facto « exclus » des data. Seront-ils représentés ailleurs ? Comment et par qui ? Pas de téléphone, pas de place de ciné ; pas de courses, pas de commandes ; pas de smartphone lié à un compte, pas de livraisons etc…

Nous parlions dans un précédent article du vol de données, nous reposons la question, tout en voulant bien accepter le bond en avant que constituent toutes ces avancées, il est plus facile aujourd’hui de pirater un téléphone que de cambrioler une banque : avantage ou inconvénient du numérique… ?

Enfin pour terminer cet article, nous aimerions donner une illustration à l’ensemble de notre propos, cette illustration nous vient de Chine. L’état chinois entend en effet utiliser les fameux big data pour mieux évaluer ses citoyens dans leurs actes sociaux et citoyens, leurs bonnes conduites par exemple comme automobiliste, leurs comportements vis-à-vis du parti unique. Sur quelques zones tests la chine met ainsi en place, un dispositif d’évaluation qui permettra aux personnes les mieux évaluées d’accéder à tels ou tels services, d’autoriser ou non ses citoyens à voyager hors de chine. Cette information nous l’avons relevé dans un article écrit dans la revue la Tribune publié le 24 octobre 2016 dont nous vous proposons un extrait :

« Prévu pour 2020, ce dispositif dénommé « Système de crédit social »[21] doit collecter les données des 700 millions d’internautes chinois. Du respect du code de la route aux discours tenus sur les réseaux, tout élément pouvant décrire le comportement d’un citoyen est comptabilisé. Il suffit donc d’un feu rouge grillé pour voir sa note s’abaisser. »

[1] http://www.itu.int/net/pressoffice/press_releases/2015/17-fr.aspx

[2] 90% des données numériques ont été créées durant ces deux dernières années

[3] Données issus d’un rapport de la Banque Mondiale.

[4] http://www.numerama.com/sciences/188251-les-ballons-stratospheriques-de-google-une-opportunite-pour-le-cnes.html

[5]http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/victor_hugo/discours_fichiers/seance_11novembre1848.asp

[6]  Charles Péguy – L’argent (1913) Éditions des Équateurs parallèles, 1992, p. 29-37.

[7] Le Monde du 14.02.2016.  citation extrait d’un article rédigé par Lionel Meneghin (Rédacteur en chef du magazine « Dirigeant »)

[8] GAFA est l’acronyme de Google, Amazon, Facebook et Apple

[9] http://www.e-sante.fr/achat-sperme-en-ligne/actualite/1454

[10] Citation de Jacques ELLUL reprise du livre le Bluff technologique Page 465 Pluriel.

[11] Lire l’article de Romain Charbonnier Demain l’agriculteur sera encore-t-il dans le pré : http://acteursdeleconomie.latribune.fr/territoire/attractivite/2015-10-08/demain-l-agriculteur-sera-t-il-encore-dans-le-pre.html

[12] GPS : « Global Positioning System ». « Système de positionnement par satellite ». Système qui permet de se repérer et de se mouvoir par guidage satellite.

[13] Nous vous renvoyons à l’article des échos, qui décrit la révolution technologique engagée par la société AMAEON

http://www.lesechos.fr/16/10/2015/LesEchosWeekEnd/00003-009-ECWE_amazon-danse-avec-les-robots.htm#SRQFjikaGUxEGJOi.99

[14] La Google Car est un système de pilotage automatique pour automobile aidé de radars, caméras vidéo et GPS lancé en octobre 2010 par la société Google devenu Alphabet

[15] Ubérisation est un néologisme un terme provient de l’entreprise Uber qui a généralisé à l’échelle planétaire un service de voiture de tourisme avec chauffeur entrant directement en concurrence avec les taxis.  Ce service se caractérise par la mutualisation des ressources et la faible part d’infrastructure lourde (bureaux, services supports, etc.) dans le coût du service, ainsi que la maîtrise des outils numériques.

[16] Catherine Michaud est CEO d’Integer et administrateur à l’AACC.

[17]Extrait d’un commentaire paru sur le web e.marketing :  http://www.e-marketing.fr/Thematique/general-1080/Breves/Intelligence-artificielle-quelles-opportunites-marques-308916.htm#lbH6mDwoSU5xtW0z.99

[18] http://www.creg.ac-versailles.fr/la-regulation-de-la-finance-et-ses-limites

[19] Citation de François Pillet extraite du site France Inter

[20] https://www.franceinter.fr/emissions/l-enquete/l-enquete-08-avril-2016

[21] Extrait de l’article lu dans la tribune : http://www.latribune.fr/economie/international/chine-le-big-data-pour-noter-les-citoyens-et-sanctionner-les-deviants-610374.html

 [Auteur in1]smartphones (tout pluriel)

 [Auteur in2]distributions

 [Auteur in3]valeurs

 [Auteur in4]maîtrise

 [Auteur in5], (virgule)

 [Auteur in6]Entre les

 [Auteur in7]connaître

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Transhumanisme : la vision sociale

Le propos de Tocqueville pour mémoire rappelle l’événement d’une société doucereuse mais vampirisant et atomisant les individus que nous sommes : « Je vois [Nous rappelle l’auteur de Démocratie en Amérique] une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine… »

Ce monde que décrit Tocqueville s’impose à la modernité à travers trois commandements [que l’on pourrait opposer aux trois mots d’ordre de l’épitre de Jean nous invitant à fuir la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie »

 L’apôtre Jean en effet avait en effet écrit : N’aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est point en lui ; car tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, ne vient point du Père, mais vient du monde. Et le monde passe, et sa convoitise aussi ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement. 1 Jean 2 :15-17

Comme par opposition à cette épitre de Jean, nous sommes au contraire conviés à consommer, à nous évader avec nos yeux dans les espaces immatériels et à nous enorgueillir de notre apparence. 

Le premier commandement est consommé, la convoitise de la chair. C’est la clef du système. Le premier devoir citoyen., le lèche-vitrine, l’argent facile, nous préférons le gaspillage à l’épargne, l’achat à la sobriété, le maintien de son style de vie au respect de l’environnement.

Le deuxième commandement est le plaisir des yeux de se divertir dans le monde virtuel. Le travail est de plus en plus dévalorisé, le labeur devient secondaire dans l’empire du divertissement et sous l’emprise d’une mécanisation totale de la société dans son ensemble qui soulage l’homme de l’asservissement de la terre et de la sueur pour l’exploiter.  Alors le bonheur réside dans la consommation des écrans, ces mêmes écrans qui libèrent l’esprit de l’ennui, de la solitude, gouvernent nos vies et rythment notre quotidien.

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Raffaele Simone[1], philosophe et linguiste, décrit dans son essai « le monstre doux » (2010) la société nouvelle, globalisée, dominée par ce que Tocqueville aurait pu appeler le totalitarisme suave.

A l’instar de l’essayiste et historien Tocqueville qui prophétisait l’avènement possible d’un despotisme diffus, Raffaele Simone évoquait ainsi l’image d’un « Monstre doux ».

Le propos de Tocqueville pour mémoire rappelle l’événement d’une société doucereuse mais vampirisant et atomisant les individus que nous sommes : « Je vois [Nous rappelle l’auteur de Démocratie en Amérique] une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine… »

Ce monde que décrit Tocqueville s’impose à la modernité à travers trois commandements [que l’on pourrait opposer aux trois mots d’ordre de l’épitre de Jean nous invitant à fuir la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie »

 L’apôtre Jean en effet avait en effet écrit : N’aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est point en lui ; car tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, ne vient point du Père, mais vient du monde. Et le monde passe, et sa convoitise aussi ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement. 1 Jean 2 :15-17

Comme par opposition à cette épitre de Jean, nous sommes au contraire conviés à consommer, à nous évader avec nos yeux dans les espaces immatériels et à nous enorgueillir de notre apparence.

Le premier commandement est consommé, la convoitise de la chair. C’est la clef du système. Le premier devoir citoyen., le lèche-vitrine, l’argent facile, nous préférons le gaspillage à l’épargne, l’achat à la sobriété, le maintien de son style de vie au respect de l’environnement.

Le deuxième commandement est le plaisir des yeux de se divertir dans le monde virtuel. Le travail est de plus en plus dévalorisé, le labeur devient secondaire dans l’empire du divertissement et sous l’emprise d’une mécanisation totale de la société dans son ensemble qui soulage l’homme de l’asservissement de la terre et de la sueur pour l’exploiter.  Alors le bonheur réside dans la consommation des écrans, ces mêmes écrans qui libèrent l’esprit de l’ennui, de la solitude, gouvernent nos vies et rythment notre quotidien.

« Le troisième commandement, c’est le culte de l’orgueil de la vie, la beauté du corps et de l’apparence », de la jouvence, de la jeunesse, de la vitalité. Ce culte de la jouvence se traduit également par l’infantilisation irrévocable des adultes que renvoie le monde la publicité qui fixe l’image et finit par modéliser son empreinte dans les esprits.  Ce « monstre doux » qui « n’a ni corps, ni adresse postale » selon l’essayiste Raffaele Simone se manifeste de mille manières, terrorise tous ceux qui ne sont pas dans la norme sociale, grossissent, se rident et vieillissent, complexe les gens naturellement enrobés, exclut les personnes âgées, condamne les enfants nés différents.

C’est dans ce contexte de divertissement et de monde désincarné qu’est en train de naitre une nouvelle organisation sociale qui nous rendra « étranger à la destinée de l’autre ».

Les scenarii du transhumanisme relativement à l’organisation sociale

Parce que les évolutions et les progrès techniques influent largement les organisations sociales, nous émettons l’hypothèse que les développements de la technique sont intriqués avec les modèles philosophiques ou idéologiques pensant, modélisant, façonnant la société.

Compte tenu des nouvelles évolutions techniques, nous ne sommes probablement pas loin d’une nouvelle bascule, d’un nouveau saut qui verra l’émergence à terme de nouvelles orientations philosophiques voire même métaphysiques, pour bâtir une nouvelle société, une nouvelle organisation sociale afin de reculer les limites liées à la finitude de l’homme.

Cette bascule n’est probablement pas binaire mais plurielle pour Serge Tisseron (Psychiatre, docteur en psychologie, psychanalyste.) « Le monde a changé. Il n’est justement plus binaire, il est devenu multiple, et fondamentalement instable. Ce ne sont plus seulement les idéologies qui se succèdent à un rythme accéléré, ce sont les situations économiques, politiques et militaires. Les idéologies suivent, s’adaptent, se métissent. Ce ne sont plus elles, et les intellectuels qui prétendent en être les garants, qui impulsent les actions. Aujourd’hui, l’extrême fragmentation des rapports de force entre entité politique ou idéologique rend impossible la délimitation d’affrontements entre des forces clairement identifiées et circonscrites. »[2]

En même temps, un grand nombre de problèmes nouveaux surgissent du fait des progrès techniques qui évoluent à une vitesse exponentielle. L’atomisation des rapports de force et le métissage des idéologies sont d’abord à envisager comme un effet des bouleversements technologiques, de leur intrication croissante, et des nouveaux paysages économiques et politiques qui en surgissent.

Le monde numérique nous fait d’ores et déjà entrer dans l’ère du savoir absolu, des relations désincarnées et virtuelles. Les systèmes techniques modifient le paysage industriel avec les développements de l’économie virtuelle et de l’industrie robotique, nous entrons également dans les économies horizontales, collaboratives et participatives, d’une croissance du télétravail et d’échanges numériques interactifs.

De fait nous pouvons imaginer demain comme scenarii possibles :

  • Soit des systèmes ou la puissance à la fois matérialiste et technique domine, engendrant l’horizontalité immanente y compris religieuse sans transcendance, sans Dieu, un monde social virtuel.
  • Soit Une société dominée par les seules dimensions numériques, également envahie par l’univers robotique, le Transhumanisme dans ses dimensions biologiques d’amélioration de l’homme conduisent à une société de confort.
  • Soit inversement l’envie d’un monde réel qui ne rejette pas nécessairement le progrès, mais un monde réel fait d’incarnations dans les relations à l’autre, de dépasser l’horizontalité promise pour aspirer à la dimension de la transcendance en n’étant :

–   ni corvéable à la technologie,

–   ni déraciné du réel et de notre envie de convivialité incarnée….

Une humanité à la recherche de sens et d’éternité….

L’histoire des sciences et des techniques sont étroitement liées à celles des organisations sociales. De la sorte la Rome Antique a assuré sa domination en raison de ses capacités technologiques, comme le démontre l’ingénierie civile de l’empire Romain qui sans conteste a marqué l’histoire et probablement influencé son organisation sociale et politique.

Il n’échappera dès lors à aucun d’entre nous que les relations « techniques » et « organisations sociales » s’influent réciproquement et que cette tendance s’amplifiera et augmentera de par les évolutions techniques connues depuis des siècles, qui ont contribué, marqué, façonné la vie sociale.

Compte tenu des progrès techniques qui ont conduit à des changements de paradigmes avec les différentes révolutions industrielles connues d’ailleurs dans toutes les sphères économiques, Il s’agit dès lors de s’interroger sur les tendances de fond liées aux avancées des progrès de la technicité dans notre monde contemporain, de l’influence quasi parallèle des idéologies qui ont également accompagné les avancées scientifiques aspirant à construire de nouveaux mondes ou pire une nouvelle « race d’hommes ».

En regard de l’émergence d’une mondialisation accélérée et associée à l’accès de tous aux nouvelles technologies issues du monde numérique, il est sans doute utile de s’interroger sur les nouvelles aspirations d’une humanité à la recherche de sens, confronté à sa fragilité associée aux crises majeures qu’elle traverse (migrations, économie, terrorisme, climats…). La tentation aujourd’hui pour l’homme est de se tourner activement vers des solutions drastiques pour assurer la pérennité de l’espèce humaine, pallier les risques qui touchent à sa vulnérabilité et engager un processus de dépassement de lui-même.

Les Lames de fond sociétales et transformations amenées par la modernité et l’évolution technique

L’évolution technique s’inscrit dans un processus bien plus large que le seul aspect associé à des solutions services facilitant de façon efficiente le quotidien social. Le processus d’innovation est certes technique, mais il relève de dimensions qui vont influencer la vie sociale.

Face à des solutions souvent innovatrices mais forcément limitatives d’autres aspirent à des rêves démiurgiques et parfois radicaux de sauts technologiques, de transformation de l’espèce humaine en optant pour des solutions qui toucheront la génétique et l’économique. Le rêve disruptif d’une humanité augmentée ou améliorée est sous-jacent.

Ainsi le monde entre dans une nouvelle révolution industrielle qui ne relève plus des fantasmes des alchimistes du moyen-âge ou des mythologies extravagantes de l’antiquité. La réalité de la sophistication des nouvelles technologies est en train de rattraper la science-fiction, de ringardiser les films dits d’anticipation.

A terme transformer la matière, modifier l’espèce humaine, corriger l’ADN, modéliser le cerveau humain, rendre la substance des composants informatiques pensante, fusionner l’intelligence humaine avec celle des machines comme l’anticipait le film Chappie de Neill Blomkamp[3], sorti en 2015.

Notre propos vise donc à s’interroger à la fois sur les tendances lames de fond qui concernent les évolutions ou les révolutions technologiques dont nous sommes les témoins tout comme leurs rapprochements avec de nouvelles idéologies économiques ou politiques dont les aspirations influeront nécessairement les organisations sociales de moins en moins verticales, de plus en plus horizontales ; Ainsi le monde numérique a suscité un foisonnement de services dont les dimensions participatives et collaboratives sont devenues prégnantes.

De facto, notre propos liminaire et introductif est de questionner l’avenir et d’imaginer un scenario ou scenarii possibles ou peuvent se conjuguer idéologies, organisations sociales et monde technique.

Notre souci est ici de poser une lecture critiques au sens d’une lecture réflexive sur les organisations ou les incidences des aspirations idéologiques promues par les militants d’un monde nouveau annoncé comme une hypothèse.

Les développements de la modernité et les idéologies sous tendues promettant un nouvel âge pour l’humanité.

Relativement à la vie sociale, l’histoire industrielle rapporte sur le plan des mœurs, les transformations radicales qui, à partir de la fin du XVIIIème et du début du XIXème siècle, ont impacté nos sociétés.

Les transformations industrielles sont aussi sujets à des développements de pensées idéologiques accompagnant les conquêtes de l’industrie et leurs impacts sur les pratiques sociales, les rapports entre les hommes. Pensons à Saint Simon[4] ou à Karl Marx qui en quelque sorte ont idéologisé le progrès et ont construit une philosophie sociale en relation avec les modes de production interagissant avec les mœurs et les institutions.

Le philosophe Saint Simon (1760-1825) est décrit comme s’inscrivant comme une forme de théoricien de la transition sociale. Dans une époque de révolution industrielle, Saint Simon considérait, la révolution française comme inachevé et non adapté aux évolutions du monde industriel.

Sa pensée est ici extrêmement intéressante. Saint Simon entendait ainsi construire le changement social et remettre selon lui la « société à l’endroit », l’enjeu n’était pas selon lui « de remplacer des hommes par d’autres hommes », en occupant des positions dans une structure qui demeurerait immuable, « il fallait un système » pour remplacer un « système » jugé ancien, ou inachevé. Il nous semble que ce type d’idéologie est aujourd’hui sous-jacente au sein de notre société contemporaine traversé par des sauts technologiques et qui nécessitent de repenser différemment les systèmes « anciens » régissant, codifiant parfois les mœurs, les institutions, les mondes des relations économiques.

En quelque sorte, nous posons le postulat qu’immanquablement il existe une corrélation entre les développements de la modernité, associés aux progrès de la technique et les idéologies progressistes qui pensent le monde, les mœurs qu’elles engendrent découlant des progrès techniques.

N’est-ce pas DESCARTES qui d’une certaine façon faisait l’éloge des mathématiques et de leurs contributions à diminuer la pénibilité « Les mathématiques ont des inventions très subtiles, et qui peuvent beaucoup servir, tant à contenter les curieux, qu’à faciliter tous les arts, et diminuer le travail des hommes »[5]. En citant DESCARTES nous pensons aujourd’hui à la puissance des algorithmes et l’émergence de l’économie numérique qui vient impacter de nouvelles façons d’entrevoir des solutions services concourant à faciliter le quotidien. Le monde est en train de se réinventer sous nos yeux avec une accélération que l’on a peine à imaginer.

Citons cet article de George Dvorsky[6] qui mentionne le futurologue Ramez Naam. Ce dernier souligne que nous devons être conscients du potentiel de « chômage technologique ». « Il le décrit comme le chômage créé par le déploiement de la technologie qui peut remplacer le travail humain. »

En posant en outre ce postulat d’une interaction entre les mutations traversées par les mondes industriels, les mondes numériques et les évolutions idéologiques, nous pensons (Cf Chapitre 1 l’avènement de la singularité de la technologie ) de nouveau à ce grand penseur Jacques ELLUL théologien visionnaire, qui avec une grande acuité dans un ouvrage qui reste la référence (La technique ou l’enjeu du siècle), ouvrage dans lequel l’auteur perçoit  les développements de l’ère technique dans toutes ses dimensions matérielles ou immatérielles, de ses connexions avec la vie sociale.

Pour Jacques ELLUL la technique a un rapport « intime » avec l’univers de la rationalité : c’est la recherche de l’efficience, du moyen le plus efficace dans tous les domaines. Le développement de l’efficience technique s’exprime donc autant dans le domaine matériel que dans l’immatériel, en particulier dans le domaine de l’organisation sociale et relationnelle.

De fait il nous semble qu’inévitablement le monde contemporain pétri par la technicité, verra son organisation sociale intriquée par l’émergence de nouvelles approches structurant de nouvelles croyances, organisant de nouvelles avancées concernant la vie en société.

Ce monde favorisera l’éclosion de mœurs nouvelles de nouvelles pratiques de vie en société régies par les codes et les normes suscitées et encouragées par les idéologies progressistes fabriquées par les penseurs. Ces futurs penseurs qui seront conquis par les mutations et les perspectives offertes par les innovations technologiques et les révolutions industrielles induites comme l’augure par ailleurs le livre de Luc Ferry qui souligne la dimension servicielle et collaborative que prépare la révolution du WEB en introduisant l’intelligence collective, une nouvelle façon de vivre le rapport à l’économie mais également les coopérations et les rapports aux autres.

Ainsi nous assistons à la transformation inéluctable de notre société qui poursuit une course effrénée vers un monde absolument dominé par la technicité et en parallèle une forme de dématérialisation des moyens d’échanges, des moyens d’échanges économiques, des moyens d’échanges relationnels.

Le monde entre dans une nouvelle ère, une nouvelle étape à la fois virtuelle et désincarnée. Nous sommes passés ainsi d’un monde tangible à l’intangible, du réel au virtuel, de la matière au numérique, sans doute demain une autre étape.

Notre monde contemporain en quelques décennies, a été ainsi traversé par une série de mutations sans précédent qui affectent en grande partie toute l’organisation sociale des communautés humaines. En grande partie la révolution technique vécue depuis la fin du XXème siècle et au début du XXIème se caractérise par la révolution numérique qui incontestablement impacte les rapports, les relations en transformant également et radicalement la gouvernance des sociétés, des communautés, des entreprises et des hommes.

Force est dès lors de constater le poids de la technicité qui envahit toutes les sphères, toutes les dimensions de la vie humaine dans toutes ses composantes économiques, culturelles et sociétales.

La technicisation de la société envahit le quotidien par l’abondance des outils numériques et les transformations opérées par toutes les recherches concernant les sciences de l’information, les sciences neurocognitives qui constituent une forme de révolution, de changement de paradigme qui progresse inexorablement aboutissant à l’émergence de technologies toujours plus performantes, toujours plus efficientes.

Le manifeste transhumaniste et ses perspectives.

Sur le plan philosophique, le mouvement transhumaniste s’est constitué en association mondiale[3] et a rédigé une déclaration en 1999[7] (Transhumanist Declaration). Il s’agit d’un manifeste qui proclame « le droit naturel, pour ceux qui le désirent, de se servir de la technologie pour accroître leurs capacités physiques, mentales ou reproductives et d’être davantage maîtres de leur propre vie ».

Le manifeste transhumaniste s’adosse à une nouvelle conception anthropologique. L’article 4 du manifeste stipule : « Nous souhaitons nous épanouir en transcendant nos limites biologiques actuelles »[8].

Puis un autre article du manifeste souligne ce point « Nous promouvons la liberté morphologique – le droit de modifier et d’améliorer son corps, sa cognition et ses émotions. Cette liberté inclut le droit d’utiliser ou de ne pas utiliser des techniques et technologies pour prolonger la vie, la préservation de soi-même grâce à la cryogénisation, le téléchargement et d’autres moyens, et de pouvoir choisir de futures modifications et améliorations »

L’enjeu du Transhumanisme est donc bien la volonté de performer, d’augmenter l’homme, de modifier le génome humain, la conception transhumaniste vise l’amélioration du genre humain, une amélioration du genre humain qui passe par la technique.

Comme nous l’indiquions en préambule lorsque nous soulignons l’intrication des révolutions industrielles et des idéologies, nécessairement le mouvement Transhumaniste commandera à l’évolution d’une nouvelle organisation sociale sous-jacente à cette nouvelle révolution industrielle.

Cette conception de l’homme de notre point de vue interroge de conflits possibles avec des approches théologiques qui conçoivent l’homme dans l’acceptation de sa fragilité et de sa vulnérabilité, transcendant sa condition dans l’espérance de sa seule régénération dans le salut et de son salut spirituel.

Nous assistons sous nos yeux et sans doute à l’émergence d’une nouvelle religion prônant une forme de désincarnation des relations et des échanges pour aboutir à l’émergence d’un monde virtuel, déconnecté d’un rapport au réel.

Et en s’appuyant sur la modélisation informatique offrant de nouveaux moyens d’étudier le fonctionnement de l’esprit et approchant une puissance de calcul et d’auto apprentissage avec ce rêve quasi démiurgique de conférer à cette puissance de calcul une conscience, nous percevons là le défi transhumaniste qui est de conférer à l’homme d’être sa propre transcendance

[1] Raffaele Simone né en 1944   linguiste, Philosophe auteur de plusieurs essais dont le Monstre Doux. Cet essai a inspiré notre propos comme celui de l’essayiste Tocqueville par ailleurs.

[2] Extrait de l’article du monde : Le Monde | 06.10.2015 à 18h38 • Mis à jour le 09.10.2015 à 12h27 | Par Serge Tisseron (Psychiatre, docteur en psychologie, psychanalyste.)

[3] Chappie de Neill Blomkamp Dans un futur proche, la population, opprimée par une police entièrement robotisée, commence à se rebeller. Chappie, l’un de ces droïdes policiers, est kidnappé. Reprogrammé, il devient le premier robot capable de penser et ressentir par lui-même.

[4] Saint Simon (1760-1825) philosophe, économiste, penseur de la société industrielle. Sa pensée a largement contribué à valoriser le travail des scientifiques.

[5] Extrait du discours de la méthode de René DESCARTES (1596-1650) Mathématicien, Physicien et philosophe. Un des Pères de la philosophie moderne, et l’auteur célèbre du discours de la méthode.

[6] Vous trouverez l’article de George Dvorsky en consultant le lien http://www.gizmodo.co.uk/2016/03/20-crucial-terms-every-21st-century-futurist-should-know/

[7] http://www.transhumanism.org/index.php/WTA/more/148/

[8]https://iatranshumanisme.com/a-propos/transhumanisme/la-declaration-transhumaniste/

 

La famille, le changement de paradigme

Il est sans doute sans doute curieux d’aborder le thème de la famille dans ce livre. C’est bien parce que la famille est impactée par la technologie et l’économie numérique qu’il convenait d’aborder toutes les dimensions du changement qu’opère l’économie numérique et l’idéologie transhumaniste à commencer par ce bouleversement des rapports aux autres. Le monde des réseaux sociaux atomise en réalité les relations à commencer par la famille, ce monde des réseaux sociaux fabriquant en réalité l’être asocial. Parce que la socialisation d’un être s’inscrit dans ses rapports à la famille qui est l’essence des premiers rapports au monde des vivants, il convenait d’appréhender les enjeux de ce siècle et l’impact sur la cellule familiale.

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Il est sans doute sans doute curieux d’aborder le thème de la famille dans ce livre. C’est bien parce que la famille est impactée par la technologie et l’économie numérique qu’il convenait d’aborder toutes les dimensions du changement qu’opère l’économie numérique et l’idéologie transhumaniste à commencer par ce bouleversement des rapports aux autres. Le monde des réseaux sociaux atomise en réalité les relations à commencer par la famille, ce monde des réseaux sociaux fabriquant en réalité l’être asocial. Parce que la socialisation d’un être s’inscrit dans ses rapports à la famille qui est l’essence des premiers rapports au monde des vivants, il convenait d’appréhender les enjeux de ce siècle et l’impact sur la cellule familiale.

Tout a changé !

Le XXème siècle a métamorphosé la famille, le XXIème siècle nous prépare à d’autres chamboulements violents et à un changement radical de paradigme. Le changement de modèle se définit ici à la fois comme une révolution conceptuelle et une mutation de la cellule familiale. La famille par exemple ne se définira pas au travers du seul lien de parenté et de l’adoption, c’est une révolution conceptuelle, le bricolage génétique de savants fous sans doute marginal à ce jour, mais modifiant la dimension de la filiation, c’est un changement de modèle humain.

A la lecture de ce chapitre, souvenons de cette citation que l’on prête à Saint Augustin pour comprendre les enjeux et les menaces qui se dessinent autour de la famille :

« A force de tout voir, on finit par tout supporter…

A force de tout supporter, on finit par tout tolérer…

A force de tout tolérer, on finit par tout accepter…

A force de tout accepter, on finit par tout approuver »

Les facteurs de ce changement !

La famille évolue :

  • …dans des contextes d’individualisation comprise comme une atomisation de la société, et de la cellule familiale, ce mouvement tendra à s’accélérer à l’aune d’une techno science et d’une société numérique qui renforceront cette notion d’atomisation via un dispositif de services qui nous rendra moins dépendant de la relation à l’autre et de la manière même de naitre.
  • Les rapports sociaux tendent à se fragmenter, nous assistons à l’émergence d’un monde qui tend à aller vers le repli de soi ou du chacun pour soi. L’individualisation correspond à une culture du choix, chacun affirmant pour lui-même la revendication de son autonomie, sa capacité à savoir orienter sa vie sans devoir à l’autre, sans être épié, guetté, dévisagé, et contraint, alors que paradoxalement nous avons accepté de l’être par le ‘big brother’ numérique.
  • Le jeu de l’ego, la vanité du reflet de soi trouve son point culminant, son apogée dans le monde des écrans, le lieu de l’univers numérique où s’affirme l’individualisme. L’individualisme qui se définit également comme la revendication explicite d’un culte pour soi, ni altruiste, ni solidaire. C’est dans ces contextes que se développe la culture de l’économie numérique et des écrans qui tend à construire une société de mosaïques en pièces détachées, des pièces humaines fragmentées, artificiellement connectées les unes aux autres mais non reliées.

Le délitement de la foi chrétienne, sa perte de prégnance sur les consciences accompagnent ce changement – « ce qu’on peut appeler le mouvement de sécularisation de la société – contribue fortement à cette affirmation de l’autonomie individuelle ».

La famille change :  

  • …dans des contextes anxiogènes de transformation des environnements : climatique, environnements sociaux, sociétaux, économiques, techniques et même culturels.
  • Sur le plan climatique, et selon nos experts onusiens, la problématique du réchauffement résulterait principalement de la croissance démographique, en conséquence des enfants à naître, autant de consommateurs-pollueurs en puissance. Ce qui induit un nécessaire contrôle actif des naissances voire même la mise en œuvre d’un programme malthusien à grande échelle, c’est-à-dire une limitation draconienne des naissances pour éviter les potentielles famines. Ainsi pour relayer ce propos, adossons-le à cette intervention de Kofi Annan que nous citons :

« Si nous continuons dans cette voie, si nous ne faisons rien pour enrayer l’accroissement de la population, nous allons en payer le prix, nous allons nous retrouver dans un monde surpeuplé. La démographie a un impact sur le développement économique, sur l’environnement et sur les ressources de la Terre qui sont limitées » Kofi Annan, Secrétaire général des Nations Unies de 1997 à 2006.

  • Sur le plan social, la contraception moderne a libéré les choix de construction familiale.
  • Les récentes lois sociétales ont permis de légaliser de nouvelles formes de conjugalités engendrant une nouvelle donne concernant la définition attribuée jusque à présent à la famille.
  • Les environnements économiques caractérisés par l’instabilité, issus des crises monétaires mais aussi de la frénésie consumériste ont fragilisé la maille familiale, le monde consumériste a ainsi détricoté la famille en favorisant la paupérisation, l’individualisation et l’atomisation des individus, en chamboulant les rapports à la valeur, confondant valeurs et veau d’or.
  • Dans les univers des innovations technologiques, les techniques de fécondation artificielle sont en train de créer de nouvelles façons de faire des enfants. Et ici notre propos n’est pas d’évoquer la fécondation in vitro mais d’évoquer l’ectogenèse qui est une fécondation hors de l’utérus féminin et dont les recherches techniques sont bel et bien engagées, puisque on est aujourd’hui capable de pousser la fécondation d’un embryon humain jusque à 13 jours. Ce record de 13 jours, vous l’imaginez bien, ne s’arrêtera pas là.
  • Les environnements culturels ou l’idolâtrie de l’image est en train d’aliéner le sens de l’autre et congédie le rapport à l’autre dans une relation incarnée. Nous aimons souvent évoquer l’image de ces enfants et de leurs parents rivés sur leurs écrans connectés au monde mais non reliés à leur table lorsque l’occasion leur est donnée de dîner ensemble.

La famille, ‘donné’ d’un ensemble : une rencontre d’un père et d’une mère 

Dans nos représentations traditionnelles, l’ensemble familial est un donné de la nature même d’une rencontre d’un couple sexué. Les parents conçoivent l’enfant, l’enfant est conçu de parents, pas l’un sans l’autre ! On « est » famille parce qu’on « naît » d’un ensemble père et mère. La famille est chargée de mystère parce que c’est « là qu’on naît », avant d’y grandir. Cette définition désigne la famille comme une matrice. D’une même chair, « de l’os de mes os et chair de ma chair » sortirait chacun de ses membres.

« L’os de mes os, chair de ma chair », cette matrice familiale est aujourd’hui remise violemment en cause par l’idéologie transhumaniste et les évolutions majeures de la techno science permettant la rencontre du désir et de la technique et qui rêve d’une conception hors du ventre de la mère.

La famille est également une communauté solidaire d’appartenance, composée de ceux qui consentiront des sacrifices, ses membres vont devoir m’aider sans réfléchir ni calculer. On s’y serre les coudes dans une chaîne d’unions réciproques. Cette communauté solidaire se vit souvent dans les familles africaines.

La famille dans tous ses états !

La famille dans tous ses états est une expression qui renvoie en réalité à plusieurs évocations possibles, le monde dans ses processus d’évolution et dans son histoire est en mouvement perpétuel, il réinvente la famille, mais le monde au travers d’un changement de modèle et de redéfinition idéologique, est également en train de blesser la famille en fragilisant ses socles de lectures concernant ses repères.

La famille dans tous ses états est certes une expression mais reflète bien de notre point de vue, une forme de mosaïque dont les pièces sont fragmentées. La famille vit en effet aujourd’hui une forme d’ébullition, de bouillonnements, de tumultes des familles, dans les familles.

La famille est traversée par des zones de turbulences. L’expression ‘dans tous ses états’, évoquerait également une forme d’agitation voire même d’état de chocs.

Les zones de turbulences sont notamment soulignées par les vecteurs de socialisation qui au sein de la famille sont malmenés ; maltraités à la fois par les idéologies en cours, le monde consumériste, les tendances à l’individualisation. Les dimensions de cette socialisation sont ainsi perturbées et n’autorisent pas de nos jours, leur inscription dans une histoire, l’enracinement dans un passé et la projection dans un avenir.

La famille, cellule de base de la société, est en crise car elle est LE lieu, l’essence même de l’expression de la société, si la famille est en crise, la société l’est aussi nécessairement, par symétrie.

La famille est ainsi le lieu d’expression et se décline en « macro » dans la société. C’est la cellule qui compose le corps tout entier. En tant que telle, elle est perméable aux fluctuations, aux crises, aux nouveaux systèmes, lieu d’expression, lieu de crise, elle ingère les coups comme elle est le réceptacle des chocs de société, la souffrance familiale mal vécue se réplique à plus grande échelle comme une forme de métastase à l’ensemble de la société.

Les représentations que nous avions de la famille, se modifient à l’époque d’une déconstruction de l’homme, traversée par des nouveaux courants idéologiques et transhumanistes qui visent à démanteler, modifier et performer l’homme.

Mais notre propos est aussi habité par des questions et des doutes, nous n’avons aucune prétention à vous partager des réponses tant les sujets peuvent faire débat.

La famille s’enferme-t-elle au travers d’un concept général et se définit-elle par la seule filiation autrement dit par le lien de parenté ? La notion de famille fait-elle encore sens ? Qu’est-ce que la famille ? Existe-t-il une définition du mot famille ?

Ces questions que nous formulons, que je formule devrais-je dire, se seraient-elles posées il y a cinquante ans de cela … ? La réponse est probablement non ! Mes grands-parents paysans auraient souri et m’auraient légitimement interpellé, me demandant si je ne m’étais pas égaré en faisant quelques nœuds à mon cerveau.

Aborder la famille dans tous ses états, c’est au fond appréhender l’expression dans toutes les formes de mutations qui traversent la société, les chamboulements, les transformations radicales qui parcourent le monde d’aujourd’hui. Y compris le changement de paradigme que provoquent les apprentis sorciers qui manipulent aujourd’hui le génome humain et qui mettront à mal la notion même de filiation, imposant une redéfinition génétique de l’ascendance dans une famille.

Des manipulations génétiques susceptibles de déconstruire le lien de parenté qui définit la famille.

A propos des bouleversements vécus, nous évoquions au cours de notre préambule, le changement de modèle concernant l’approche même que nous avions de la famille définie par le lien de la parenté. Ce modèle familial est tout simplement en train de basculer.

C’est en effet la génétique qui brouille au début de ce XXIème siècle, le destin de l’homme, mettant en œuvre un programme d’amélioration de l’espèce humaine. Ainsi les bébés issus de plusieurs personnes, pour obtenir un être humain « génétiquement parfait » n’est plus discutable, le premier bébé résultant d’une manipulation du génome de trois parents est né au Mexique en mars 2016, l’enfant en bonne santé, est en effet né respectivement de la manipulation de leurs ADN.

Il s’agissait de transférer des matériaux génétiques du noyau pour éviter que la mère ne transmette à son enfant des gènes défectueux, une maladie neurologique progressive.

Imaginez que l’on vienne ajouter la gestation par autrui d’un quatrième parent dans la conception de l’enfant, ce qui aurait pu être le cas. Et si cela avait été envisagé, cela se serait traduit par une modification radicale de toute la conception que nous nous faisions jusqu’à aujourd’hui de l’homme. Ici nous parlons d’un homme finalement déconstruit, d’une famille déconstruite par les effets de la science prométhéenne confiée à des scientistes manipulant le sens de la fécondation et d’une rencontre sexuée.

Cette manipulation génétique comme la gestation par autrui est aussi une forme de gestation par abandon (la GPA). Ce remaniement génétique de la personne humaine provoque nécessairement un changement de modèle. La gestation par autrui impacte sans aucun doute le référentiel autour d’un patrimoine génétique homme et femme qui participait à la définition de la notion de famille.

Le fossé s’est dessiné entre la conception de la famille au début du XXème siècle et celle qui émerge au début de ce XXIème siècle

Pour définir la famille, le plus souvent nous nous référons à elle. L’idée que nous nous faisons de la famille nous renvoie nécessairement à notre propre histoire, à notre propre référentiel culturel. Sans doute nous formons nos propres représentations à travers le prisme de la société, c’est-à-dire, l’idée même que la société se fait de la famille, la même société qui peut par ailleurs défaire l’approche de la famille, qu’elle s’était jadis forgée.

Dans ces contextes déclinés précédemment, ne vivons-nous pas finalement une forme de fossé entre la famille telle que nous la connaissions il y a à peine cinquante ans de cela, et la famille qui se présente à nous aujourd’hui, finalement, une famille composite, recomposée, déconstruite, reconstruite :

  • De forme classique un père, une mère,
  • Puis les contingences sociales provoquant des déchirures une mère seule, un père seul
  • Et les familles recomposées ? Avec papa et ses enfants, maman et ses enfants et les enfants que papa et maman ont eus ensemble… !!!
  • Puis les idéologies montantes inventant de nouvelles familles, les nouvelles conjugalités qu’offrent la nouvelle loi sociétale : le mariage pour tous.
  • Puis les inventions prométhéennes susceptibles d’engendrer de nouveaux types humains dont les géniteurs sont multiples, cassant ainsi la notion de filiation qui fut l’essence et l’un des vecteurs de la dimension essentialiste de la famille.

La famille confrontée aux formes déstructurantes de la société libérale

Les formes déstructurantes de la société libérale ont considérablement métamorphosé la notion même de famille. L’histoire de la famille en quelques décennies a complètement évolué…

Aujourd’hui, l’essor considérable des foyers monoparentaux, l’augmentation des ruptures familiales et des remariages modifient profondément le paysage familial traditionnel Vers la fin du XXème siècle, plus de deux millions d’enfants de moins de dix-neuf ans ne vivaient plus avec leurs deux parents biologiques mais faisaient déjà partie des 600 000 familles recomposées ; depuis bientôt trois décennies le nombre de familles monoparentales enregistre une croissance annuelle cinq fois plus rapide que celle des couples avec enfants.

En 2005 (l’INSEE ne communique pas de données plus récentes), 2,84 millions d’enfants de moins de 25 ans vivent dans une famille monoparentale. Les risques de rupture d’union croissent au fil des années[5] et conduisent à une réelle fragilisation du socle social.

L’émergence croissante des familles mono parentales ne préjuge ainsi en rien des difficultés majeures qu’elles génèrent, cela complexifie tout simplement les biographies familiales, le récit d’une vie à travers ses ancêtres et rend plus opaques les origines, issues des unions.

Les contextes consuméristes : La famille ne fait plus sens pour la société  

Au cours de quelques décennies, le lien familial a été fortement modifié par de profondes transformations sociales.

Les transformations sociales opérées depuis plusieurs décennies posent en réalité une problématique consumériste : celle de l’évolution marchande de la société. Cette évolution est poussée à son paroxysme, crée des dysfonctionnements bien réels qui poussent les hommes et les femmes au désir exacerbé de toujours consommer davantage. Nous ne consommons plus pour vivre mais nous vivons pour consommer.

Nous avons cru à une nouvelle forme de libération mais en réalité, nous subissons le totalitarisme du marketing qui est de nature à fragiliser la cellule familiale.

Le système marchand aspire en effet à l’autonomie et déconstruit la solidarité au sein même de la cellule familiale, cela se traduit par exemple par l’individualisation des repas, au lieu d’un plat partagé en commun. Seules les règles du marché sont appelées à régner et transforment cette liberté en addictions, en nouvelles servitudes, en dépendance à la consommation. La crise abyssale, qui est bien plus qu’une crise économique, devrait nous conduire à réfléchir et à reposer les fondements d’une existence qui ne soit pas fondée que sur les seules règles du marché bâtissant des miroirs aux alouettes.

A l’inverse, la déstructuration de la famille s’est enclenchée dès lors que les solidarités au sein du couple se sont trouvées affaiblies avec les évolutions sociales, le bonheur matérialiste, l’activité marchande et consumériste. La conjugaison de tous ces facteurs a effrité le lien familial, a distendu la réalité de l’amour qui consent une part de sacrifice.

La sexualité de même est aujourd’hui dévoyée de sa finalité, un projet qui devrait s’inscrire pour la vie afin de donner la vie. Force est de reconnaître que la sexualité est devenue objet de consommation et non l’aboutissement d’un projet amoureux construit pour vivre ensemble et pour toujours. La sexualité devenue consommation, performance, mène à de nombreux désastres, dégâts, ruptures, tensions, délitement du lien familial…

Dans cette époque transhumaniste, le sujet de la famille apparaît essentiel pour éviter de sombrer dans la société mortifère, consumériste et narcissique. Promouvons la famille. Elle est un refuge et le lieu de toutes les solidarités quand elle se vit dans l’unité. Puis l’église locale peut aussi être le lieu communautaire et réparateur en l’absence de famille ou lorsqu’on est confronté soi-même au choc de la séparation, de l’isolement.

L’enfant déstabilisé l’est souvent lors de la recomposition de sa famille, des divorces, des ruptures… La famille doit devenir, sans nul doute, l’objet de l’enseignement des églises en regard de sujets tout aussi passionnants mais pas nécessairement primordiaux.

Le combat pour la famille est légitime !  

Malgré l’ensemble des turbulences, de ces états déclinés précédemment, la famille reste un enjeu sociétal, or tout est fait pour la déconstruire. Ce combat pour la famille est légitime et nous nous félicitons que beaucoup ne soient pas indifférents à ces enjeux et choisissent d’en défendre les fondements pour permettre à tout enfant de connaitre le même privilège d’avoir connu la figure paternelle et maternelle structurant son épanouissement.

Si nous devions vous interpeller et provoquer un échange interactif, nous pourrions également vous interroger et vous solliciter pour partager l’idée même que vous vous faites de la famille.

Mais si vous voulez bien nous y reviendrons dans quelques lignes et vous donnerons une approche plutôt originale du mot famille, sans doute rarement partagée ou déclinée.

Mais une notion essentialiste de la famille vous interpellera sans doute. Cette notion nous semble riche et à l’envers des concepts de la modernité qui entend redéfinir la famille sous de nouveaux vocables.

Nous utilisons dans ce texte, le terme d’essentialiste et ce terme mérite que l’on s’y attarde, l’essentialisme s’intéresse à l’essence — ce qui fait qu’un être « est ce qu’il est », qu’une famille est ce qu’elle est — « par opposition aux contingences, que l’essentialisme traditionnellement nomme accidents », dont l’absence ne remet pas en cause la nature ontologique de cet être, ne remet pas en cause également la nature même de la famille qui est définie dès l’origine des temps par la parenté.

Ainsi un homme perdrait-il l’usage d’un de ses sens l’ouïe, l’audition, à jamais handicapé, il restera par sa nature même un homme. Ainsi la famille se définit par la parenté, le lien, la transmission, l’adoption, la solidarité, l’amour et définit la communauté, ce que nous avons en commun issu de la relation entre deux être aimants.

La famille est ainsi une communauté de parents qui partage solidairement une descendance commune ! Celle-ci idéalement structurée dans la complémentarité d’un père et d’une mère, a vocation à engendrer, à donner la vie, et à créer autour de leur couple une famille.

La famille : une mémoire du passé, l’expression de la solidarité, la continuité dans le temps !

 Récemment le Pape François alertait le monde et indiquait qu’un véritable combat contre la famille était en train d’être livré, qu’il convenait dès lors de défendre l’anthropologie biblique.

Il nous semble dès lors important de revenir à la source et de redécouvrir les merveilles des écritures bibliques concernant la famille.

Nonobstant nous avons cherché en hébreu le mot famille dans l’ancien testament et nous ne l’avons pas trouvé, en revanche le terme le plus approchant est celui de Maison ; Bayith en hébreu signifiant la maisonnée, ceux qui vivent sous le même toit et le mot Bayith vient de l’hébreu « Banah ». « Banah » signifie construire, former une maison, établir une famille. La première fois que l’on voit le mot « Banah » c’est en genèse 2.22, l’Eternel Dieu forma (Banah) une femme de la côte qu’il avait prise de l’homme, et il l’amena vers l’homme.

Je citerai Gérard Hoareau de la Mission Vie et famille qui commente le verset suivant Genèse 2 ;24.  » L’homme quittera son père et sa mère, s’attachera à sa femme et les deux deviendront une seule chair « . « Ainsi la famille est le lieu où passé, présent et avenir se croisent et s’entrecroisent, sans pour autant se confondre. Parce que les enfants sont liés à leurs parents, ils partagent une histoire commune avec eux. C’est ce que l’on peut appeler  » la mémoire du passé « , Il y a donc aussi  » continuité dans le temps « , par les générations qui se succèdent ».

Nous retrouvons ainsi ces trois repères de l’enseignement biblique sur la famille :

La Mémoire du passé, d’où je viens et ce qui construit du sens en raison de mes racines, la généalogie, mes origines et ma filiation.

La solidarité, la dimension du partage, la famille est une communauté et la continuité dans le temps… la pérennisation de l’humanité et de notre propre humanité, à travers une descendance qui a reçu la vie et qui la transmet à son tour.