Le messie technologique

Il est évident que le monde numérique tentera de se draper de ses plus beaux atours, d’habits seyants pour séduire la civilisation humaine face à ses crises en vantant sa contribution à améliorer le sort de la planète en déployant des solutions en matière de proximité, de déplacements, de télétravail, d’aides à la décision, de tâches jusqu’alors dévolues aux hommes.  Les outils numériques séduiront de toute évidence l’humanité du fait de l’amélioration des échanges, du meilleur partage de l’information, de la communication instantanée, de l’exactitude des informations transmises, de la puissance de calcul et de synthèse des données, de sa capacité à orienter, à rapprocher et laissant peu l’initiative au hasard des rencontres. Le déterminisme des rencontres sera à l’œuvre, nous entrons dans le monde de la vie rationnelle qui a horreur de l’improvisation, de l’imprévisible. Il sera alors devenu confortable de ne pas penser par soi et de subir l’injonction du navigateur « C’est l’heure de ta promenade, va à droite, achète-moi cet objet, divertis toi avec ce film, ne consomme pas cette viande… 

Le nouveau monde

La cité de Babel modernisée et rêvée par la nouvelle « civilisation » transhumaniste concentre toutes les envies de bien-être faisant vivre en harmonie une organisation sociale singulière fondée sur le progrès dont la matrice est la cybernétique et dont la reine mère est le léviathan, l’homme artificiel ou « l’intelligence artificielle ». La cybernétique comme nous le rappelions dans le premier chapitre de ce livre, est cette science des contrôles, une science qui contrôle les hommes, les systèmes, les écosystèmes, cette science qui surveille [ra] l’ensemble de nos écosystèmes dans ces contextes de crises notamment climatique, et régulera les harmonies planétaires, ce sera la bonne déesse, la déesse Maïa assurant la fertilité et le printemps de l’humanité.

Mais afin que toute ceci fonctionne, il faudra non pas s’en remettre à une organisation humaine dépassée par la complexité, l’enchevêtrement des galaxies qui touchent à toutes les formes de fonctionnement de la vie sociale mais à une organisation sophistiquée dominée par la mathématisation et le pouvoir des algorithmes. Ce changement de paradigme concernant la gestion des pouvoirs résulte de toute cette complexité et il conviendra en effet de la gérer, d’arbitrer, d’orienter, de la réguler, cela ne pourra être possible que par l’entremise d’un homme artificiel plutôt d’une intelligence artificielle, laquelle sera chargée d’assurer l’harmonie, la sécurité des humains en échange de leur domestication, de leur soumission, de leur obéissance, formant ainsi un pacte social et politique, harmonisant les rapports sociaux.

Manipulation et bricolage génétique

Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, il devient possible d’être l’acteur de sa propre évolution, de l’évolution de notre ADN. L’humain veut avoir la main mise dans sa propre chair, de la muter ce qui ne semble plus impossible de par la possibilité de changer le brin défectueux ou bien imparfait et d’attribuer un brin sain, sans défaut. Nous comprenons de fait beaucoup mieux cette intuition partagée par Aldous Huxley dans la préface de la nouvelle édition de son livre le meilleur des mondes, « La révolution véritablement révolutionnaire se réalisera non pas dans la société, mais dans l’âme et la chair des êtres humains. » du fait même et sans doute de côtoyer son frère biologiste, théoricien de l’eugénisme et père du terme « Transhumanisme ».

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