Neil Postman : Étourdir ou Museler la conscience

L’attention n’est plus celle donnée aux autres, mais à celle donnée à nos objets toujours augmentés, à la ronde perpétuelle des divertissements, ces « vaudevilles » et « babillages » diffusés à longueur de journée par nos écrans[3]. La société transhumaniste développe ses supports numériques qui agissent en nous comme de véritables « derricks[4] », de véritables plateformes pétrolières, aspirant les données de toutes nos consommations quotidiennes associées aux usages que nous faisons de nos smartphones et autres objets de communication. Aussi comme le souligne Bruno Patino dirigeant de presse, et auteur du livre « la civilisation du poisson rouge », la prédation s’est greffée sur nos usages numériques « c’est la prédation de notre attention ». Or plus notre vie intérieure est forée par les derricks du monde numérique, plus ce monde corrompt et endommage, la source de vie qui nourrit notre âme. Quelle est donc la valeur morale d’une société quand cette dernière promeut la culture consumériste comme la seule dimension qui vaille ?

L’arrogance transhumaniste

Si l’amour de soi et la dimension de l’avidité à toujours posséder plus, constituent finalement la matrice d’une appétence pour les biens augmentés, il n’est pas contestable que l’arrogance est une posture qui conduit l’homme à cette recherche inénarrable de la toute-puissance, cette envie de posséder éventuellement l’objet qui reflète en quelque sorte le besoin d’exprimer une forme d’autorité.  Ainsi l’arrogance est bien le prolongement d’une forme de narcissisme, d’amour de soi, une manifestation, une posture de l’hégémonie qui peut naître ou résulter de cette volonté de disposer des attributs qui me donnent l’illusion de la supériorité, l’illusion d’une supériorité physique, intellectuelle, une forme de pathologie déviante exprimée par la soif d’impressionner les autres, de désir de pouvoir, d’équipements cognitifs ou de nouvelles prothèses qui confirmeront ma supériorité, ou ce besoin impérieux d’écraser, d’imposer une forme de force, d’autorité.

La vie relationnelle grignotée

En déplacement à DIE pour présenter mon premier essai « la déconstruction de l’homme », je décide au retour de m’arrêter chez de vieux amis rémois pour les saluer. Mon court séjour fut empreint de cette dimension relationnelle à laquelle je reste profondément attaché. Ecoutant mes amis, je fus attentif à celui de Marc dont le récit de vie est particulièrement touchant. Marc n’est pas une personnalité exubérante, extravertie, chez Marc tout est intériorisé, feutré, ce garçon habituellement réservé me relata avec beaucoup d’entrain son déplacement entre Valence et Erevan, du Vercors au Caucase, de la Drôme à l’Arménie, un périple de quelques milliers de kilomètres parcourus en vélo couché. Ce périple était animé par le désir d’investir l’effort au profit de la réhabilitation de l’école de Chirakamout.

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