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L’arrogance transhumaniste

Auteur Eric LEMAITRE 

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Si l’amour de soi et la dimension de l’avidité à toujours posséder plus, constituent finalement la matrice d’une appétence pour les biens augmentés, il n’est pas contestable que l’arrogance est une posture qui conduit l’homme à cette recherche inénarrable de la toute-puissance, cette envie de posséder éventuellement l’objet qui reflète en quelque sorte le besoin d’exprimer une forme d’autorité.  Ainsi l’arrogance est bien le prolongement d’une forme de narcissisme, d’amour de soi, une manifestation, une posture de l’hégémonie qui peut naître ou résulter de cette volonté de disposer des attributs qui me donnent l’illusion de la supériorité, l’illusion d’une supériorité physique, intellectuelle, une forme de pathologie déviante exprimée par la soif d’impressionner les autres, de désir de pouvoir, d’équipements cognitifs ou de nouvelles prothèses qui confirmeront ma supériorité, ou ce besoin impérieux d’écraser, d’imposer une forme de force, d’autorité.

La soumission et la domestication de la nature aux fantasmes de la Silicon Valley est bien là l’expression de l’arrogance, le souhait de transgresser les interdits d’hier, de s’en affranchir pour prétendre à une nouvelle vision du monde, gommant les représentations qui ont façonné « l’ancien monde ». Une amie écoutant mon intervention lors d’un exposé sur l’anthropologie transhumaniste, m’indiqua de consulter un passage de la Bible dans 2 Chroniques 26.15[1], dans ce passage, ce qui est en effet interpellant, n’est pas finalement le problème posé par l’innovation mécanique conçue par un ingénieur et qui devait assurer la défense d’Israël, mais bien l’usage et le rapport à la machine. Le Roi Ozias a en effet fait un mauvais usage de cette machine destinée à défendre Jérusalem, la conception de cette machine par un ingénieur lui permit en effet d’étendre son pouvoir et de bâtir sa renommée. Lorsque le Roi Ozias eût affermi, « son cœur » nous rapporte le livre des Chroniques, « s’enhardit jusqu’à entrainer sa perte », le roi Ozias s’enhardit finalement de ses succès, de ses réussites. La toute puissance du Roi Ozias résultant des inventions ont fini par lui garantir son autorité, cette toute puissance l’emmena finalement à transgresser les interdits religieux d’Israël, puisqu’il avait l’intention d’administrer lui-même le temple en s’appropriant en quelque sorte l’exercice du culte. Ce roi ne se donna plus aucunes limites du fait d’un appétit quasi hégémonique. Cet appétit hégémonique qui est dans le cœur des ingénieurs de la Silicon Valley et de l’Etat Chinois qui rêvent de faire naitre l’âge d’or du fait de la confluence des grandes avancées technologiques qui vont façonner demain les demandes, les désirs des consommateurs, eux-mêmes devenus les gisements de ces nouveaux empires numériques puisant à partir de ces nouvelles ressources, les nouvelles royalties, les pétrodollars, ou devrai-je plutôt écrire les « pétrodata ».

L’arrogance c’est lorsque nous ne sommes plus déterminés à fixer des bornes, ce qui fut le cas du Roi Ozias, qui ne donna aucune limite à l’hégémonie de son pouvoir politique tant il fut fasciné par le pouvoir que lui conférait le succès de ses machines. Grisé par ses succès techniques, le roi Ozias souhaita aussi investir la sphère religieuse qui lui était interdite selon la loi juive. Le monde des ingénieurs de la Silicon Valley, eux-mêmes étourdis par les nouveaux gisements que leur offrent ces nouvelles technologies absorbant l’or noir de nos datas, se caractérise ainsi par une idéologie ou bien une nouvelle théologie qui entend bien ne donner, plus aucune limite, souhaitant investir tous les domaines, en transgressant tous les champs de la vie sans respect pour la condition humaine et la dimension qui touche à la liberté de l’homme. Cette soif de posséder toutes les données de la vie est la condition du Roi Ozias qui entre dans le sanctuaire du temple, s’approprie l’interdit en brûlant lui-même les parfums du temple, ce passage biblique préfigure la condition de la Silicon Valley, ce monde numérique qui entre finalement dans le sanctuaire de la vie, celle de l’être humain. En aspirant à posséder finalement la conscience de l’homme et en répliquant cette conscience en aspirant créer des ordinateurs qui auront une âme, grâce à certaines propriétés quantiques, la Silicon Valley manifeste toute l’étendue de son arrogance sans conscience.   L’arrogance de la Silicon Valley [idem l’état capitaliste chinois] vise un objectif, se conférer en quelque sorte un pouvoir absolu sur la dimension de la vie, en dominant la vie, en la façonnant à coups d’algorithmes. La toute-puissance de la Silicon Valley se manifeste en ce qu’elle parla à la place de l’homme, en s’appuyant seulement sur la vision qu’elle se fait de l’homme sans consulter l’humanité, sans se laisser interpeller par le devoir de réfléchir ensemble à cette dimension qui caractérise l’âme humaine dans la dimension de sa conscience. Pour le monde des transhumanistes, l’être humain occupe seulement une place en tant qu’objet, en tant que donnée et non en tant que personne, non en tant qu’être sensible. En réalité le monisme spirituel des transhumanistes, qui nous réduit à la matière, fait de chaque homme l’expression en soi d’une donnée à capter ou à consommer, d’un objet à orienter afin qu’il consomme. Le transhumaniste est persuadé que sa vision du monde est la bonne, qu’elle doit s’imposer à tous. L’arrogance transhumaniste c’est finalement penser posséder la vérité dans le sens d’invalider ou de défaire toute autre perception et notamment celle spirituelle qui est de considérer la conscience et le sens de la vie associé à cette conscience comme étant l’empreinte de Dieu.  Réduire l’âme à un objet est une funeste arrogance, abaisser l’humain à la seule dimension des interactions biologiques ouvre finalement des perspectives mortifères, d’aliénation de la personne, d’aliénation de soi : vous ne vous appartenez plus, vous appartenez à une toute puissance arrogante qui prétend solutionner votre existence, en gérant le futur utile de votre génome, en décidant ce qui est utile, digne d’exister ou indigne d’existence. Le transhumanisme dans son arrogance entend finalement remettre en question toute la vision de la conscience de l’homme, en prétendant améliorer substantiellement la vie de son âme. L’approche transhumaniste dans sa vanité est ainsi de participer au bien-être de chaque être humain et de facto de participer à l’amélioration du monde, un beau programme qui finalement se débarrasse de tous les oripeaux de notre vieux monde et de ses principes qui recherchaient l’organisation de la cité autour du bien commun. Le transhumanisme est un formidable leurre, une fallacieuse politique de l’homme fondée sur l’égo-utilité, en déclarant ce qui est en soi bien et juste pour l’espèce humaine, surtout ce qui est bien et qui rapporte à ces centres d’extraction et de récupération de données que forment ces instruments de pompages des GAFAMI et BATX[2].

[1] 2 Chroniques 26.15-16 Il fit faire à Jérusalem des machines inventées par un ingénieur, et destinées à être placées sur les tours et sur les angles, pour lancer des flèches et de grosses pierres. Sa renommée s’étendit au loin, car il fut merveilleusement soutenu jusqu’à ce qu’il devînt puissant, Mais lorsqu’il fut puissant, son cœur s’éleva pour le perdre.

[2] BATX est un sigle forgé sur le même modèle de GAFA, il juxtapose les initiales de quatre entreprises chinoises considérées comme des « géants du net » (les puissantes multinationales liées aux TIC), à l’instar de leurs équivalents états-uniens. BATX : Baidu le Google chinois, Alibaba l’équivalent de AMAZON, Tencent applications de messageries et Xiaomi fabrication de SMARTPHONES.

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