Le Léviathan cybernétique

Nous avons dans les textes déjà publiés sur notre site, cette nouvelle métaphysique qui se dessine à l’aune d’un monde qui entend se réduire à une forme de mécanique privée d’âme, la mécanisation du monde s’est installée dans l’esprit de notre humanité et avec la mécanisation a surgi, cette volonté de mathématiser la nature, d’artificialiser la vie. Pour reprendre les mots[1] du sociologue Edgar Morin cité par le philosophe Bertrand Vergely, nous entrons dans la formation d’un monde devenue une méga structure, « méga machine anthropo sociale […] inséparable d’un appareil d’état computeur, ordonnateur, décisionnel ». Cette méga-machine sociale prend de nos jours une ampleur inouïe du fait des avancées prodigieuses de cette science des algorithmes fondée sur le calcul d’opérations ou d’instructions permettant de résoudre une infinité de problèmes et affectant toutes les sphères de la vie sociale comme celle qui touche à tous les domaines de l’organisation. Pour le sociologue Edgar Morin le concept de machine qui est réplicable à tous les êtres dotés d’une organisation active, l’est également pour toutes les structures et modèles fondés sur ce principe d’organisation. « Je veux maintenant montrer que notre première notion de machine, conçue comme être physique praxique/transformateur/producteur a valeur universelle, c’est-à-dire s’applique à toutes les organisations actives connues… [2]».

 

Auteur Eric LEMAITRE

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Nous avons dans les textes déjà publiés sur notre site, décrit largement cette nouvelle métaphysique qui se dessine à l’aune d’un monde qui entend se réduire à une forme de mécanique privée d’âme, la mécanisation du monde s’est installée dans l’esprit de notre humanité et avec la mécanisation a surgi, cette volonté de mathématiser la nature, d’artificialiser la vie. Pour reprendre les mots[1] du sociologue Edgar Morin cité par le philosophe Bertrand Vergely, nous entrons dans la formation d’un monde devenue une méga structure, « méga machine anthropo sociale […] inséparable d’un appareil d’état computeur, ordonnateur, décisionnel ». Cette méga-machine sociale prend de nos jours une ampleur inouïe du fait des avancées prodigieuses de cette science des algorithmes fondée sur le calcul d’opérations ou d’instructions permettant de résoudre une infinité de problèmes et affectant toutes les sphères de la vie sociale comme celle qui touche à tous les domaines de l’organisation. Pour le sociologue Edgar Morin le concept de machine qui est réplicable à tous les êtres dotés d’une organisation active, l’est également pour toutes les structures et modèles fondés sur ce principe d’organisation. « Je veux maintenant montrer que notre première notion de machine, conçue comme être physique praxique/transformateur/producteur a valeur universelle, c’est-à-dire s’applique à toutes les organisations actives connues… [2]».

Autrement dit le pilotage, la gouvernance, l’organisation de la vie politique, sociale pourrait bien passer des mains d’une institution humaine, à celle d’une méga-machine.  Selon une conception purement immanente et matérialiste, le monde est intégralement constitué de systèmes, vivants ou non-vivants, imbriqués et en interaction, il ne serait pas ainsi inenvisageable de le gérer via un méga système contrôlant toutes les activités biologiques ou non. Dans ces contextes, la formule de Saint-Simon qui lui est attribuée sans certitude : « remplacer le gouvernement des hommes par l’administration des choses » montre en effet une forme de cheminement tenant à l’évolution des modèles d’organisations. Des modèles d’organisation qui pourraient bien demain ou à très court terme, se dispenser de l’intelligence de l’homme du fait du pouvoir absorbant de la norme. La norme consommée par la machine, ne rendant plus si indispensable la gouvernance dépendant des hommes, ce pouvoir-là passant entre les mains d’une méga machine artificielle bardée de logiques informationnelles et prenant les décisions conformes à cette logique.

Ainsi la conception technocratique qui adule le pouvoir des sciences fondées sur les algorithmes pourrait bien basculer entre les « mains » d’une méga machine sociale et qui sait si elle ne sera pas capable d’avoir sa propre autonomie, car l’homme aura eu « la paresse » pour reprendre la formule d’Emmanuel Kant, de lui déléguer trouvant là plus de confort, lui évitant les conflits d’un pouvoir toujours incertain. Avec la cybernétique, la gouvernance humaine va ainsi se doter d’une forme de « directrice de conscience » d’outils qui lui permettront de dépasser la subjectivité comme l’irrationnalité humaine au profit d’une conception purement structurante, efficiente, rationnelle et informationnelle de l’existence.

N’est-ce pas là l’émergence d’une forme de Léviathan, tel que le philosophe Hobbes l’imaginait, un homme artificiel. Ce n’est plus en effet la transcendance qui inspire, oriente la vie humaine, les lois divines qui lui sont données mais ce sont les règles immanentes, celles d’une méga-machine sociale dépendante de l’efficience technique, de la puissance des algorithmes qui orienteront demain les activités humaines dépendant ainsi du pouvoir des machines et de leurs injonctions.

L’intelligence artificielle est finalement l’arme d’un monde cybernétique qui est appelée à imposer sa loi, et imposer la conduite dans l’ensemble de la vie sociale. Nous prenons conscience d’un changement de paradigme concernant la technologie, celle-ci devenant plus intrusive, interagissant de plus en plus avec l’humain, nous sommes confrontés à une technologie servicielle certes mais qui revêt de plus en plus un « pouvoir injonctif » entraînant le déracinement progressif des sacro saintes valeurs et   principes qui ont fondé les bases de la civilisation humaine, partant de l’intelligence de l’homme , de notre libre arbitre, de la conscience qui exerce bien ou mal son action, l’humain était alors aux commandes de la civilisation mais ses échecs répétés lui font penser que la régulation de l’activité humaine doit dépendre désormais d’une supra intelligence mécanisée pour organiser la vie. Nous assistons là à la mutation et à l’évolution du pouvoir, une évolution qui résulte des échecs politiques, religieux et sociaux d’une humanité incapable de s’être jusque là autogéré. Il fallait réparer cette condition d’une civilisation qui porte en elle les stigmates de ses blessures, meurtrissures infligées par des conflits permanents, les frustrations qui émanent depuis le crime de Caïn ne supportant pas que son offrande ne trouva pas la reconnaissance de son créateur. L’évolution de l’histoire fut marquée non par la dialectique du maître et de l’esclave, de la lutte des classes mais l’histoire est marquée essentiellement par la rivalité des idéologies persuadées qu’elles portent en elles-mêmes les solutions pour résoudre, régler les affaires humaines. Or les échecs répétés ont fini par conduire l’homme à se confier dans l’espérance que sa propre machine « conçue comme être physique » artificiel qui réparera l’infamie de ses idéologies finalement inefficaces souvent mortifères et parfois semant la terreur, les conflits répétés. L’homme se mettant en quête d’une nouvelle gouvernance, ne croyant plus à l’intermédiation des assemblée humaines, a fini par se confier dans la machine et ses nouvelles chapelles techniques pour gérer, organiser, structurer sa vie sociale et surtout le divertir afin que les hommes ne prennent plus la peine de penser, de songer à eux même. La machine et l’ensemble de ses jouets s’emploieront à le divertir, l’homme iconoclaste adorera ses statuettes non plus muettes mais interactives et injonctives. L’homme se pliera aux règles de ces lois immanentes lui garantissant de façon factice, paix, sécurité et harmonie en échange de lui confier son âme docile.

Un nouveau léviathan se lèvera donc et nous sommes ici loin d’une quelconque lubie, ce léviathan est une forme d’anti humanisme qui porte en son sein la haine de l’humanité, puisque cette humanité doit lui être finalement corvéable, assujettie. La haine de l’homme s’exprime à travers la dimension injonctive, le rendre sujet d’un modèle mécanique sans consentement, sans le libre arbitre de sa conscience.  Ce modèle a été finalement rendu possible car l’homme a fini par nier l’existence d’une transcendance, a évacué l’idée de toute incarnation d’une vie intérieure, a fini par abdiquer avec sa conscience en la livrant au pouvoir de la machine qu’il a fini par adorer, contemplant les prodiges de sa création « pensante », épaté par l’artifice de ses raisonnements, oubliant même qu’il en a programmé le fonctionnement, les modalités de calculs. Nous entrons bel et bien dans l’univers de la cybernétique qui modélisera les échanges humains qui harmonisera les conduites et les affaires humaines. Or nous pourrions penser que tout ceci relève d’un registre délirant et insensé, qu’une telle chose ne saurait finalement advenir, pourtant nous arrivons à grands pas dans cet environnement et sans que nous en ayons pris conscience tout indique, que nous prenons le chemin de ce modèle social qui subrepticement colonise la vie de nos organisations, de nos entreprises, de nos villes. Vous pensez sans doute que nous agitions là un épouvantail à moineaux ou à corbeaux mais pourtant, le dispositif d’intelligence artificielle qui émerveille les humains, est bel et bien entrain de nous domestiquer. Il est faramineux de constater autour de nous, l’usage et l’emploi de ces objets sans corps qui nous renseignent et poliment nous informent, jusqu’au jour où nous recevrons leur injonction, « ferme tes lumières ! fais ta promenade avec ton chien, regard ce soir cette émission ! »

[1] Citation extraite pages 448-449 du livre du Philosophe Bertrand Vergely Transhumanisme la grande Illusion Editions le Passeur.

[2] Extrait de la citation de l’essai : Penser avec Edgard Morin Robert fortin Presse de l’Université Laval, Québec Collection Savoir penser 2008. https://docplayer.fr/52009736-Penser-avec-edgar-morin.html

Le nouveau monde

La cité de Babel modernisée et rêvée par la nouvelle « civilisation » transhumaniste concentre toutes les envies de bien-être faisant vivre en harmonie une organisation sociale singulière fondée sur le progrès dont la matrice est la cybernétique et dont la reine mère est le léviathan, l’homme artificiel ou « l’intelligence artificielle ». La cybernétique comme nous le rappelions dans le premier chapitre de ce livre, est cette science des contrôles, une science qui contrôle les hommes, les systèmes, les écosystèmes, cette science qui surveille [ra] l’ensemble de nos écosystèmes dans ces contextes de crises notamment climatique, et régulera les harmonies planétaires, ce sera la bonne déesse, la déesse Maïa assurant la fertilité et le printemps de l’humanité.

Mais afin que toute ceci fonctionne, il faudra non pas s’en remettre à une organisation humaine dépassée par la complexité, l’enchevêtrement des galaxies qui touchent à toutes les formes de fonctionnement de la vie sociale mais à une organisation sophistiquée dominée par la mathématisation et le pouvoir des algorithmes. Ce changement de paradigme concernant la gestion des pouvoirs résulte de toute cette complexité et il conviendra en effet de la gérer, d’arbitrer, d’orienter, de la réguler, cela ne pourra être possible que par l’entremise d’un homme artificiel plutôt d’une intelligence artificielle, laquelle sera chargée d’assurer l’harmonie, la sécurité des humains en échange de leur domestication, de leur soumission, de leur obéissance, formant ainsi un pacte social et politique, harmonisant les rapports sociaux.

Auteur Eric LEMAITRE

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Pour introduire ce nouveau texte, permettez-moi de citer Pascal Ruffenache auteur du roman NEVERSAY, cette citation est extraite de son livre publié en 2018 et illustrera le cœur même de notre sujet dans la mouvance de la toute-puissance des algorithmes informatiques, de l’omnipotence et de la suprématie numérique qui sont sur le point d’envahir l’ensemble de nos écosystèmes, toute la dimension de l’écologie intégrale l’homme et son milieu. Pour illustrer cet avant-propos je vous invite à vous laisser interpeller par le texte de l’écrivain Pascal Ruffenache qui écrit un roman intitulé Never Say dans les contextes de l’affaire Snowden ancien agent de la CIA et de la NSA qui révéla à l’opinion publique la surveillance quasi mondialisée de millions de citoyens qui consultent Internet. C’est à la suite de ce scandale planétaire, de surveillance généralisée que Pascal Ruffenache écrivit ce roman.

De ce livre « Never Say » nous avons extrait ce texte le plus symptomatique du roman qui nous semble le mieux introduire la réflexion que nous engageons autour de la société transhumaniste qui est à venir : « De l’homme transparent à l’homme tout puissant Gus (Gus Hant) inquiétant directeur d’une agence de surveillance généralisée), avait presque naturellement glissé vers les recherches menées par RAY Kurzweil, le pape du transhumanisme. Vie éternelle, fin des maladies, oubli du passé, brûlé par la lumière incandescente d’un présent continu. Kurzweil promettait de construire Babel, une cité sans souffrance, sans fragilité et sans mémoire. L’immortalité était son étendard. Une immortalité dégagée de l’histoire, sans récit. Et la promesse de corps trafiqués à l’infini pour accéder à l’éternelle jeunesse des Dieux ».

Le propos de Pascal Ruffenache évoque les deux dimensions de ce livre « de l’homme déchu à l’homme Deus ». La première de ces dimensions est celle de la toute-puissance de l’homme, la toute-puissance rêvée par la pensée transhumaniste qui traverse le nouveau siècle « inquiétant » dans lequel nous sommes aujourd’hui entrés, la seconde dimension aborde la cité sans souffrance, indolente, molle et sans relief d’un monde aseptisé aux couleurs de Gattaca, c’est la promesse d’une ruche fourmillante d’idées et d’innovations, monde aspiré par le progrès sans fin et à la conquête de ces deux infinis, les deux pôles d’un monde où tout reste à découvrir en dépassant autant que possible les frontières du réel. Pascal Ruffenache dans ce roman « Never Say », annonce que le projet de Ray Kurzweil est bel et bien la construction [qu]antique de la nouvelle Babel, la construction d’une cité rationnelle, l’incarnation de l’utopie concentrant les fantasmes d’un monde ravagé par l’envie de croissance, d’expansion, et le prolongement indéfini de la vie humaine « sans souffrance, sans fragilité et sans mémoire ».

La cité de Babel modernisée et rêvée par la nouvelle « civilisation » transhumaniste concentre toutes les envies de bien-être faisant vivre en harmonie une organisation sociale singulière fondée sur le progrès dont la matrice est la cybernétique et dont la reine mère est le léviathan, l’homme artificiel ou « l’intelligence artificielle ». La cybernétique comme nous le rappelions dans le premier chapitre de ce livre, est cette science des contrôles, une science qui contrôle les hommes, les systèmes, les écosystèmes, cette science qui surveille [ra] l’ensemble de nos écosystèmes dans ces contextes de crises notamment climatique, régulera les harmonies planétaires, ce sera la bonne déesse, la déesse Maïa assurant la fertilité et le « printemps de l’humanité ».

Mais afin que toute ceci fonctionne, il faudra non pas s’en remettre à une organisation humaine dépassée par la complexité, l’enchevêtrement des galaxies qui touchent à toutes les formes de fonctionnement de la vie sociale mais à une organisation sophistiquée dominée par la mathématisation et le pouvoir des algorithmes. Ce changement de paradigme concernant la gestion des pouvoirs, résulte de toute cette complexité qu’il conviendra en effet de gérer, d’arbitrer, d’orienter, de réguler. Cette complexité ne pourra être gérée que par l’entremise d’un homme artificiel plutôt d’une intelligence artificielle, laquelle sera chargée d’assurer l’harmonie, la sécurité des humains en échange de leur domestication, de leur soumission, de leur obéissance, formant ainsi un pacte social et politique, harmonisant la totalité des rapports sociaux.

Nous brossons là, le portrait de la « singularité technique[1] », celle d’un monde qui aura basculé entre les mains de la puissance technique, la puissance technique qui se verra déléguer bien entendu notre incapacité de gérer nos relations conflictuelles. Le léviathan technologique n’a-t-il pas le meilleur profil pour réguler le tempérament humain, et puisque aucun humain n’est franchement à sa hauteur, il prendra alors le relais, l’humanité se « machinisera » docilement. Le léviathan technologique et ses instruments de navigation préviendront et anticiperont les risques, établiront ou imposeront sous forme d’injonctions, l’itinéraire que nous devrons emprunter afin de ne pas déroger aux règles qui présideront l’harmonie établie, de ne pas enfreindre les principes normatifs qui guideront la vie quotidienne, la vie des citoyens seront ainsi assujettis au pouvoir de la « machine mathématisée ».  La mathématisation de la société, est une expression que j’avais déjà utilisé dans le premier essai « la déconstruction de l’homme » pour évoquer ce monde qui se métamorphose en formules algorithmiques.  Ces formules qui exprimeront dans la matrice cybernétique les liaisons causales générales, et les lois garantissant l’harmonie, celles qui préviendront les dérives et les conflits.

Il convient pour tous, de nous questionner sur ce phénomène qui subrepticement est sur le point d’envahir clandestinement toutes les sphères de la vie. Ces sphères de la vie, associées à tous les écosystèmes de l’existence sont en quelque sorte colonisées par une forme de mécanique matérialiste qui nous distrait de toute vie intérieure.  L’écrivain Bernanos auteur entre autres, du livre la France contre les robots a dit un jour « que l’on ne comprend rien au monde moderne tant que l’on ne perçoit pas que tout est fait pour empêcher l’homme d’avoir une vie intérieure ». Aujourd’hui ajoute le philosophe Bertrand Vergely « il importe d’aller plus loin, et de se rendre compte que l’on ne comprend rien à la postmodernité si l’on ne prend pas conscience que tout est fait pour faire disparaître l’homme ». En effet ce que le progrès technologique a détruit selon le Philosophe et urbaniste Paul Virilio « c’est l’humble préférence du proche et du prochain, le savoir être soi-même dont Montaigne nous entretenait comme la plus grande chose au monde ».

Dans ces contextes de vie sociale et des changements qui vont s’opérer sur la vie humaine, toutes les sphères de notre « vie intérieure » seront ainsi concernées, colonisées, vampirisées par ces objets du futur que nous avons déjà pour la plupart d’entre-nous soit dans la veste ou la poche. Tous ces objets du futur envahiront la totalité des étendues non seulement de notre vie intérieure mais celle de notre vie sociale, de la vie économique : l’agriculture, le transport, la santé, la justice, l’urbanisme, la finance, la consommation, la logistique. Pour les transhumanistes, le salut de la « vie » [l’humanité] passera par la technologie. Dans ces contextes d’un monde demain gouverné par la mathématisation, c’est Kepler qui a dit que la différence entre Dieu et l’homme, « c’est que Dieu connaît tous les théorèmes depuis toute l’éternité alors que l’homme ne connait pas tout…enfin pas encore … », mais la question est bien de savoir ce que l’homme prétendra faire de cette science et de la techniques si elle sont respectivement sans conscience et donc sans limites.

Notre humanité s’est ainsi prise d’ivresse et de passion pour la technique au sens où Jacques Ellul le définit. Cette technique se modernise et a le vent en poupe avec l’impulsion des convergences technologiques et par capillarité est sur le point de façonner l’homme nouveau, l’homme domestiqué, l’homme sous l’étau des algorithmes qui le surveillent, le contrôlent, le consomment même.

La technique dans cet univers de la modernité est englobante et va au-delà de la technologie, quand Jacques Ellul[2] emploie le terme de technique, il l’associe à la dimension à la fois de phénomène et de système.  Selon Jacques Ellul la technique c’est avant tout « rechercher en toute chose la méthode absolument la plus efficace ». Or, c’est bien la méthode la plus efficace qui est recherchée depuis la nuit des temps, et c’est bien l’approche de la modernité de s’en remettre au pouvoir de la technique pour penser rationnellement le monde, et trouver les solutions rationnelles pour le gérer. Or aujourd’hui penser la technique à l’échelle d’un pays ou du monde, c’est imaginer la mise en place d’un système assurant l’efficacité ou la capacité afin de réduire les problématiques, les tensions, les conflits, les disputes qui se dessinent.

Dans les contextes de modernité et de la suprématie de la technique, comme le précise par ailleurs le théologien et penseur de la modernité Jacques Ellul, la technique renforce nécessairement l’État : « une société technicienne est [une société qui pensera globalement] nécessairement une société de surveillance et de contrôle ». Et de cette dimension de contrôle à la contrainte, ce n’est l’affaire que de quelques paliers, nous sommes en train de franchir et sans doute, nous sommes sur le point de franchir la dernière marche pour basculer dans un monde incertain, celui de la singularité technique « déclenchant des changements imprévisibles sur la société humaine ».

Or cela pourrait bien être un monde sans état, c’est-à-dire sans organisation humaine ; cela pourrait bien être la suppression de l’état et des corps intermédiaires, la fin des institutions humaines, le léviathan technologique prenant le relais de « la nouvelle civilisation ». Si notre monde débouche vers cette forme nouvelle d’organisation dont « les sujets devront agir comme la technique le leur imposera » c’est-à-dire la singularité technologique dont la figure pourrait bien être une nouvelle super intelligence qui poursuivra l’augmentation et l’amélioration technologique en encartant l’humanité sous le marteau de ses algorithmes et l’étau de ses normes rationnelles.

Jacques Ellul n’exprime pas autrement cette pensée que nous exprimons : « La technique conduit à deux conséquences : la suppression du sujet [Le marteau] et la suppression du sens [l’étau].». La technique conduit à la suppression du sujet, à son aliénation. « Le sujet ne peut pas se livrer à des fantaisies purement subjectives : dans la mesure où il est entré dans un cadre technique, le sujet doit agir comme la technique l’impose. Cette suppression du sujet par la technique est acceptée par un certain nombre d’intellectuels, Michel Foucault par exemple, qui estiment que l’on peut très bien abandonner le sujet ». La technique c’est également la fin de la dimension du sens. « Les finalités de l’existence semblent progressivement effacées par la prédominance des moyens. La technique, c’est le développement extrême des moyens. Tout, dans le développement technique, est moyen et uniquement moyen, et les finalités ont pratiquement disparu. La technique ne se développe pas en vue d’atteindre quelque chose, mais parce que le monde des moyens s’est développé. En même temps, il y a suppression du sens, du sens de l’existence dans la mesure où la technique a développé considérablement la puissance. La puissance est toujours destructrice de valeur et de sens. Là où la puissance augmente indéfiniment, il y a de moins en moins de significations.» Au total, la suppression du sujet et la suppression du sens sont des conséquences importantes de la technique et contribuent au malaise et au malheur de l’humanité. »

Dans la réflexion de cette deuxième partie de l’ouvrage, j’hésitais sur l’emploi du mot civilisation, il était tentant d’utiliser le terme civilisationnel ; puis au cours d’une émission radio, mon ami Dominique qui m’interrogeait sur un des aspects du transhumanisme me reprit sur le terme de « nouvelle civilisation ». Si la vie technologique devient notre milieu, notre environnement, si le monde est gouverné par la puissance des algorithmes, ; pourra-t-on en effet parler de civilisation ?

Pourtant la civilisation définie par les philosophes des lumières est centrée sur l’idée de progrès, un terme qui caractérisait la pensée des lumières et qui s’oppose au sauvage, au non civilisé. De fait parler de civilisation transhumaniste n’est pas en soi entachée d’un problème particulier. Sauf à penser que la civilisation est celle qui est dominée par l’homme, mais si l’homme n’était plus le sujet de cette civilisation et si l’inverse se produisait ? Autrement dit le règne de la technologie ! Un tel basculement amènerait de facto un changement de paradigme, conduirait à des changements de contours de la société humaine, celle-ci serait régulée et surveillée par l’ère des machines et des cyborgs, ce ne serait une civilisation au sens où nous l’entendions.

Rappelons que la civilisation est définie comme cette culture qui embrasse tous les phénomènes de la vie humaine.  Le terme civilisation ne se départit pas de l’histoire, des confluences de l’histoire, la civilisation est en soi liée à des dimensions multiples touchant la morale, le progrès, les religions. Au sein des civilisations humaines, les arrières plans, les croyances pluriformes irréductibles les uns aux autres qui ont façonné bien ou mal l’humanité. Mais comme nous le formulions précédemment, est-ce qu’en soi la civilisation qui se définit comme une caractéristique humaine sera toujours une civilisation si c’est la technique gère demain l’humain ?

Mais quand viendra l’avènement de la communauté technique, l’ère de la singularité technologique, pourra-t-on encore parler de fait de civilisation ? Pourra-ton encore parler de civilisation si la modernité s’emploie à supprimer le récit passé ? Si l’histoire a été gommée pour reprendre la citation extraite du livre « Never Say » et commentée précédemment nous ne pourrons plus ainsi utiliser le concept de civilisation, car une ère nouvelle serait alors née, celle d’un monde sans transcendance, qui a fait l’éviction de la mort !

Vous me rétorquerez poliment je présume, mais ce que vous racontez là, c’est de la pure fantaisie, vous élucubrez, vous divaguez sur un avenir qui n’adviendra pas ! Alors j’aimerais dire à cette personne, commencez donc par ne plus tapoter sur vos écrans et ne pas vous y plonger quand vos enfants vous parlent, quand votre épouse veut avoir un moment d’intimité avec vous ! Vous enchaînerez en m’indiquant mais quel est le rapport Monsieur ? Le rapport est que le monde technique a progressé lorsque la dimension relationnelle a fini par être occulté comme celle de la proximité !

[1] Source Wikipédia : La singularité technologique (ou simplement la singularité) est l’hypothèse selon laquelle l’invention de l’intelligence artificielle déclencherait un emballement de la croissance technologique qui induirait des changements imprévisibles sur la société humaine

[2] Pour retrouver toute la pensée de Jacques Ellul, nous vous renvoyons à ce document PDF qui résume les échanges entre Bernard Charbonneau et Jacques Ellul. Jacques Ellul y aborde la technique Selon Jacques Ellul  la technique n’est pas l’équivalent du mot machine, alors que la technologie en est le terme voisin puisque la technologie est le discours sur la machine, a contrario la technique pour Jacques Ellul, « c’est rechercher en toute chose la méthode absolument la plus efficace »https://lesamisdebartleby.files.wordpress.com/2017/01/bcje-toile.pdf

De la mécanisation agricole à l’Intelligence artificielle ?

Lorsque nous pensons technologie, c’est à tort que nous l’associons à l’environnement des grandes métropoles urbaines. Or c’est bien l’environnement rural qui est aujourd’hui largement impacté par les transformations technologiques qui sont en passe de modifier le milieu agricole. L’image archaïque du semeur d’Emile ZOLA est une image surannée, dépassée. Une frange de l’agriculture appelée à se développer s’équipe d’ores et déjà d’outils sophistiqués qui font rentrer l’agriculture dans l’ère du numérique.

Des outils sophistiqués comme l’intelligence artificielle [le deep learning, dispositif de calculs permettant d’interpréter des informations], contribueront à l’amélioration des rendements agricoles à l’optimisation des flux associés aux travaux de semences dans les champs, mais également à la prévention des contaminations agricoles.

L’agriculture vit sans doute la plus importante mutation de son histoire, après celle du tracteur apparu à la fin de la Seconde Guerre mondiale

“Le spectacle de la machine qui produit du sens dispense l’homme de penser.”

Auteur Eric LEMAITRE

Lorsque nous pensons technologie, c’est à tort que nous l’associons à l’environnement des grandes métropoles urbaines. Or c’est bien l’environnement rural qui est aujourd’hui largement impacté par les transformations technologiques qui sont en passe de modifier le milieu agricole. L’image archaïque du semeur d’Emile ZOLA est une image surannée, dépassée. Une frange de l’agriculture appelée à se développer s’équipe d’ores et déjà d’outils sophistiqués qui font rentrer l’agriculture dans l’ère du numérique.

Des outils sophistiqués comme l’intelligence artificielle [le deep learning, dispositif de calculs permettant d’interpréter des informations], contribueront à l’amélioration des rendements agricoles à l’optimisation des flux associés aux travaux de semences dans les champs, mais également à la prévention des contaminations agricoles.

L’agriculture vit sans doute la plus importante mutation de son histoire, après celle du tracteur apparu à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans le monde agricole, les technologies drones, GPS, « Smart Ferme », Intelligence Artificielle, et bientôt les tracteurs sans chauffeur, envahissent subrepticement et d’ores et déjà, les champs.  De sa ferme connectée ou de son smart phone, l’agriculteur pilotera ses puissantes « machines high-tech » assistée d’une « enceinte IA » qui lui fournira les recommandations et les solutions pour un désherbage efficace, la juste dose de fongicide ou un ensemencement optimisé. Les évolutions technologiques qui gagnent en agriculture connaissent un renouveau grâce aux avancées de la recherche en robotique, en technologie de l’information et satellitaire.

Les défis de l’agriculture du XXIe siècle

Les défis du XXIème siècle, que doit affronter le monde agricole sont multiformes, pluriels. Il y a tout d’abord celui de la fameuse transition écologique. Les innovations technologiques autoriseront en effet dans la prochaine décennie une agriculture de plus en plus raisonnée moins dévorante en termes de consommation chimique, moins vorace également en termes de coûts d’énergie.

Puis il y a ce défi numérique qui va impacter considérablement et probablement transformer le monde agricole, les conditions mêmes de son exploitation. Depuis moins d’une décennie, un bouleversement agricole majeur est véritablement en train de s’opérer, une nouvelle révolution après celle du passage à une agriculture mécanique puis celle qui touche à la dimension ‘chimique’, le monde numérique va également modifier et métamorphoser littéralement « les rapports avec le sol ».

Si la révolution mécanique de l’agriculture avait en quelque sorte reconfiguré l’éco système sol- homme-machine, avec la numérisation progressive enveloppant le monde agricole, c’est bien l’ensemble de la gestion de l’information qui conduira inévitablement à repenser le métier de l’agriculteur et à refonder en quelque sorte l’agriculture de demain. Le développement de l’intelligence artificielle fondés sur le recueil de données en temps réel et l’analyse prédictive, amèneront l’agriculture à une disruption avec les techniques que l’on rangera définitivement parmi les pratiques ancestrales ou médiévales. Nonobstant, ne risque-t-on, pas si cette agriculture sophistiquée est conduite à devenir hyper technicienne, d’aliéner la part du « paysan jardinier » respectueux d’un environnement profondément enraciné dans l’humain ? N’y aurait-il pas en revanche un juste équilibre à trouver entre ce « paysan jardinier » et « l’agritech » ?

Il ne fait pas de doute que les outils numériques amélioreront sans doute la compétitivité des agriculteurs et leurs conditions de travail, mais ces mêmes outils soulèvent parfois dans le monde agricole quelques réserves, un certain scepticisme. Des agriculteurs que nous avons interrogés, confessent ne plus vivre décemment de leur métier. « Cette technologie de haute précision qui leur est promise, contribuera-t-elle réellement, à améliorer une qualité de vie ? » s’interroge, Hervé agriculteur dans le département de l’Aisne qui doute de l’avenir concernant l’exploitation à moyen terme de sa ferme.  Jean-Marie Agriculteur dans le département de la Drôme questionne ces bouleversements technologiques ; il fait valoir « le besoin de cette relation homme et terre » au fond le risque peut être finalement une disparition pure et simple de la compétence de l’agriculteur supplanté par celle de la machine agricole devenue pensante et bien plus efficiente.

Certes ces nouvelles technologies numériques couplées à ces autres technologies satellitaires, feront entrer littéralement l’agriculture dans le monde de la technoscience. Avec l’intelligence artificielle c’est une agriculture prédictive, précise « au grain près » et seront ainsi en mesure de prévoir ce qui va se passer dans leurs champs »

Avec l’apparition des fermes connectées, c’est également le monde paysan dans son ensemble, qui voit tous ses fondements bouleversés et y compris dans ce rapport de l’homme avec la nature, dont l’agriculteur est l’incontournable interface.

Les questionnements

Cependant, l’enthousiasme que suscite la fascination pour le monde numérique n’est pas sans questionnement et nous renvoie à cette réflexion de Charles Péguy sur l’outil. « Un respect de l’outil, et de la main, ce suprême outil (la main). – Je perds ma main à travailler, disaient les vieux. Et c’était la fin des fins. ». Dans ce texte Charles Péguy évoque l’outil comme le prolongement de la main mais un outil qui ne l’efface pourtant pas, ne la gomme pas, la main intelligente de l’homme demeurant son formidable instrument, ce qui nous renvoie au propos de Jean-Marie, paysan dans la Drôme qui voit dans la technique du Deep Learning, une couche supplémentaire qui lui aliène cette relation à la terre.

De fait, les modifications fondamentales de l’agriculture contemporaine touchent bien au passage d’un outil dominé par la main de l’homme à l’homme dominé par son outil, cet outil du nouveau monde numérique qui est en passe de commander le geste de sa main. Or face aux mutations prochaines, à l’avènement d’une technologie toute puissante, nous ferions bien de réfléchir à cette réflexion de Charles de Foucault « C’est quand l’homme abandonne le sensible que son âme devient démente. ».

Dans les contextes technologiques des mutations qui touchent le monde agricole et aussi loin que porte ma mémoire d’enfant d’agriculteur, je me souviens arpenter avec mon Père ou mon Grand-Père les sillons tracés par la herse, tirée par un cheval de trait. La ferme de mes grands parents occupait à l’époque, dans les années 60, plus d’une dizaine de salariés, la ferme vivante, fourmillait, grouillait de tous ces bruits qui faisaient alors la vie du monde paysan. La mécanisation agricole était à ses débuts, elle soulageait la pénibilité des travaux des champs et au fil du temps allait prendre le relais du collier du cheval.

Le contraste saisissant  

La force mécanique était en marche et allait révolutionner le monde agricole, modifiant considérablement le récit dépeint par Emile Zola, décrivant le travail des « semeurs » dans les champs dans ce fameux roman ethnologique « la Terre ». Émile Zola au début de ce roman, évoquait la figure de Jean qui prenant une poignée de blé, d’un geste, à la volée, jetait la semence, alternant sa marche de pauses pour reprendre le souffle nécessaire à cet effort continu. Puis Émile Zola poursuivant son récit indiquait que de toutes parts on semait : « il y avait un autre semeur à gauche, à trois cents mètres, un autre plus loin, vers la droite ; et d’autres, d’autres encore s’enfonçaient en face, dans la perspective fuyante des terrains plats. C’étaient de petites silhouettes noires, de simples traits de plus en plus minces, qui se perdaient à des lieues. Mais tous avaient le geste, l’envolée de la semence, que l’on devinait comme une onde de vie autour d’eux. La plaine en prenait un frisson, jusque dans les lointains noyés, où les semeurs épars ne se voyaient plus ».

Formidable récit où l’humain est ici largement décrit dans la dimension du geste, il ne s’agit pourtant pas d’exprimer un regret nostalgique mais ici de souligner le changement de paradigme où le paysan ce « cul-terreux, cet amoureux de la terre » comme le disait mon grand-père, n’est plus désormais cet « aménageur paysagiste et nourricier » auquel il fut longtemps confiné. Quel immense fossé, disruption de l’histoire agricole, entre le geste de Jean décrit par Zola dont le semoir était noué sur le ventre, cheminant dans les labours, avec ce mouvement continu pour lancer sa semaille et ce monde du progrès agricole dont la justesse de la distribution de la semence est pilotée, guidée aujourd’hui « au grain près » par le GPS.

L’objectif de ces guidages assistés par GPS est ainsi, bel et bien d’optimiser et de rentabiliser les passages des tracteurs sillonnant les parcelles de terres. Toutefois ces évolutions, questionnent malgré tout, l’avenir de l’agriculture dépendante de ces nouveaux outils qui certes arrachent l’homme de la corvée du sol mais l’asservissent en inspectant sans doute demain et de manière intrusive son activité.

Ensemencer ainsi la terre ne relève plus du geste aléatoire, mais d’un geste mécanisé, devenu totalement rationnel. Le contraste est dès lors saisissant entre le travail de Jean au milieu du XIXème siècle et ses semailles, et aujourd’hui l’activité de Jean au début du XXIème, dont le semoir est guidé par un système satellitaire. Mais certains paysans veulent résister à cette agriculture qui va jusqu’à tracer et demain contrôler le geste agricole, les intrants et la gestion de l’ensemencement au sein des parcelles de terres. « L’ouragan technologique » est bel et bien en marche dans le monde agricole mais n’est-elle pas finalement, en même temps de condamner les paysans dont les surfaces d’exploitations sont trop petites pour être capables d’absorber les investissements que suppose une telle révolution numérique.

L’assistance de l’IA

Au-delà des technologies GPS, prétexte pour décrire la révolution en cours, d’autres technologies continueront la transformation du milieu agricole comme l’intelligence artificielle, la digitalisation, les drones, les « smart ferme », le tracteur autonome. L’analyse qualitative des champs, le diagnostic fin de l’exploitation, l’anticipation des risques pour la préserver des menaces de contamination sont un des enjeux de l’agriculture de demain.

Le recours à l’intelligence artificielle permettra ainsi de poursuivre cette course bénéfique ou furieuse et frénétique du « progrès », et renforcera l’avancée de la technoscience dans le monde agricole. Les algorithmes seront au service de l’agriculteur qui pourra s’appuyer sur les savants calculs de ses logiciels pour analyser rigoureusement la santé des sols, diagnostiquer les contagions ou les contaminations possibles, mais également combattre les proliférations bactériennes, en comptant sur l’automatisation des réponses idoines apportées par les logiciels et ces fameuses machines apprenantes, afin de gagner en performance. Les nouveaux calculateurs numériques, les puissants algorithmes, reconnaissance d’images et vision numérique apporteront de nouveaux outils de contrôle, d’identification concernant l’état mais également les besoins des champs et dans un temps court. Il n’est dès lors pas contestable que la vertu des algorithmes sera de contribuer à détecter puis prévenir les menaces ou les périls agricoles de demain comme les mutations génétiques nuisibles qui seront les problématiques de demain.

Pour Dominique Agriculteur [ingénieur des mines ingénieur des Mines et docteur en philosophie ] dans les Ardennes,

« l’IA, comme la mécanisation, peut avoir des effets très utiles, en particulier pour sortir de l’agriculture chimique, avec toutes ses conséquences sur la santé des populations même si je crois que l’alimentation industrielle, avec ses procédés et ses conservateurs, est plus nocive que la simple culture chimique. Ainsi, il n’est pas contestable que Les robots « désherbeurs », par exemple, le binage autoguidé, l’inspection des parcelles par les drones, sont, en soi, de bonnes choses. Mais ces inventions ne sont pas toujours faites dans un esprit qualitatif visant à réduire la seule pénibilité ».

Aussi, ce qui serait ici en cause selon Dominique ce serait l’idée d’une machine au seul service de la performance technique, et non au service de l’homme, un outil injonctif, obligeant l’agriculteur et non un outil coopératif facilitant le travail de la terre.

La ferme manœuvrée par la puissance des algorithmes.

Le GPS sera à terme couplé à de multiples capteurs et signaux qui envahiront demain les champs. Ces capteurs auront pour fonction de recueillir de multiples données.  Grâce à l’implémentation d’une nouvelle architecture électronique, les tracteurs d’une nouvelle génération manœuvreront avec une très grande précision. Dotés de cette technologie de conduite assistée, ces engins « de troisième type » communiqueront avec les véhicules autonomes se coordonneront par exemple avec des moissonneuses-batteuses, elles-mêmes pilotées de façon automatique.

Les drones au moyen de caméras numériques, effectueront les cartographies des sols. Les données ainsi cartographiées seront ensuite transmises à des serveurs informatiques que l’on appelle les cloud ou encore l’infonuagique. Ces données « récoltées » seront scrutées, brassées, analysées minutieusement par les algorithmes.  L’analyse de ces données va de facto faciliter les décisions éclairées, appuyées sur d’importants corpus de datas, « écossés » par les dispositifs de calculs au moyen d’algorithmes sophistiqués. Ainsi, les « agritechs » seront dotés de toutes les informations nécessaires pour faire des choix déterminants : date de semence, de récolte ou d’ajout d’entrants phytosanitaires, proportionnant et adaptant les irrigations… Les algorithmes savamment, absorberont les informations et guideront les choix des traitements, leurs dosages, leurs ajustements équilibrés selon les parcelles de terres à prioriser.

Interrogés sur ces mutations du monde agricole ; d’autres agriculteurs partagent une lecture positive de ce changement de paradigme technologique qui s’offre à l’agriculture contemporaine « Comment ne pas être séduit par les avancées technologiques quand les équipementiers agricoles détectent les origines des pannes à distance et font intervenir les techniciens dans les meilleurs délais, tout cela est séduisant voire mêmes très intéressant, voire également les propositions développées pour anticiper les risques de contaminations agricoles et ce afin de protéger nos parcelles de terres. Nous avons aujourd’hui une réponse via le web à l’ensemble des problèmes traversés par l’agriculture, c’est une révolution de nos systèmes de productions qui est en cours et nous sommes plutôt favorables à ce type d’évolutions »   

Or, dans ces contextes, aurons-nous encore besoin demain dans la « Smart Ferme ou la Smart Farms » de superviseurs humains pour contrôler un tel dispositif technique qui pourrait être à terme contrôlé par la machine elle-même, machine gérant de multiples données et embarquant de multiples capteurs ?    

Pourtant pondérant la fascination que nous pourrions avoir face au développement de l’IA , Hubert Defrancq dirigeant des établissements Laforge, indique que si « la machine deep learning,  est en effet infiniment supérieure à l’homme  quant à ses capacités de calcul, et elle le démontre en battant au jeu de GO le meilleur joueur au monde, devra être capable de comprendre pourquoi la plante verte est plus claire et de fait pourrait vous induire en erreur en vous préconisant d’ajouter de l’azote à votre plante alors qu’il lui faudrait plutôt drainer ou irriguer pour quelle puisse absorber l’azote disponible».

Les scenarii de l’Agriculture de demain

Pourtant dans les dix prochaines années, la production alimentaire devra faire face à une croissance démographique toujours plus importante, alors que la quantité de terres cultivables tendra à diminuer en raison de l’artificialisation des sols et des menaces climatiques. L’agriculture sera aussi face à un autre impondérable la ressource en eau plus limitée.

Partout dans le monde, de nombreuses initiatives mobilisent l’intelligence artificielle pour lutter contre la pollution des écosystèmes, le risque climatique. Et effectivement dans ces contextes de bouleversement de nos écosystèmes, les discours promouvant le recours à l’IA, au « deep learning » dans le monde agricole, ne manquent pas. Mais il apparaît plus que nécessaire au-delà, de discours pro ou anti technique, de mesurer les conséquences nocives ou bénéfiques de la montée en puissance des « techno-sciences » dans l’agriculture.

Il est dès lors devenu inéluctable que l’agriculture se transforme, pour mieux gérer la consommation issue des exploitations agricoles et éviter la dilapidation des ressources.

Pourtant il ne faudrait surtout pas imaginer que la technologie soit la seule alternative pour endiguer les menaces, car la consommation technique peut aussi s’avérer toxique, les machines sont condamnées à l’obsolescence et génèrent d’autres formes de pollutions après leurs usages.

De fait et à la lecture de la colonisation technologique inévitable et engagée dans le monde agricole, deux scenarii sont possibles. Soit, nous voyons à terme l’émergence d’un entrepôt industriel en lieu et place de la ferme abritant drones, robots et autres automates avec en fin de compte la disparition de l’agriculteur amoureux de sa terre ou bien nous aurons un agriculteur préservant sa dimension dans un écosystème équilibré maîtrisant les outils garant de l’harmonie humaine dans son appel à cultiver et à entretenir le sol !

Il me semble important de prendre en compte le risque dystopique mais probable de l’industrialisation agricole dans sa dimension extrême qui aura pour effet de dépeupler définitivement les villages du fait d’une déshumanisation totale en abdiquant le soin de laisser à la machine d’œuvrer à sa place…

Nous rejoignons ainsi Gilles Babinet vice-président du conseil national du numérique qui avance un point de vue prudent concernant l’IA : « avec l’émergence de l’intelligence artificielle, le risque serait que ce ne soient plus nos auxiliaires, mais bien que ce soit nous qui en soyons devenus les auxiliaires ».  Or il importe pour l’agriculteur de ne pas se transformer en auxiliaire de sa machine, n’est-ce pas le sociologue français Jean Baudrillard penseur de l’innovation sociale, penseur de la modernité qui dans l’un de sens propos indiquait que :

“Le spectacle de la machine qui produit du sens dispense l’homme de penser.”

mais ce n’est pas le progrès technique qui devrait nous alarmer et nous amener à méditer sur les usages de l’intelligence artificielle, mais notre propre rapport à la technologie, autrement dit, notre probable dépendance et notre fascination pour ses nouveaux pouvoirs

Réflexion sur l’Intelligence artificielle

Réflexion de Maxime GEORGEL

à propos de l’Intelligence Artificielle 

L’écart et même le fossé entre le niveau actuel d’instruction et celui des générations passées est désastreux. Notre époque a réussi le double exploit, par la sur-spécialisation des savoirs académiques, d’accumuler une quantité de savoir collectif immense et de diminuer en même temps le savoir individuel : rares sont ceux qui ont une vision d’ensemble, ils se confient plutôt en des experts et bientôt aux Intelligences Artificielles et démontrent la maxime de Suétone : chacun préfère plutôt croire que juger (De Vita Beata). Cet exploit nous permet d’être arrogant en regardant ces « anciens ignorants et illettrés » tout en ne leur arrivant pas à la cheville.
Placer ainsi notre savoir dans des communautés d’experts et dans des clouds ne nous rendra au final pas plus intelligents, même pas collectivement. Car la pensée humaine, dans son unité, est loin d’être comparable à la société humaine et encore moins à une pseudo-intelligence artificielle. Si l’on utilise l’IA ainsi, on aboutira surtout à une BR : une Bêtise Réelle.
J’ai pu constater ce fossé au cours de mes lectures ces dernières années. Mon livre préféré de philo ? Le premier tome d’une introduction à la philo… destinée au lycéen des années 50. Ou alors quand j’ai réalisé que les 5 volumes d’histoire de France que je m’apprêtais à lire s’intitulaient « Histoire de France racontée à mes petits enfants ». Ou encore lorsqu’au Cameroun j’ai pu feuilleter ces anciens manuels français de littérature, pour une filière équivalent à notre Bac pro où l’on pouvait voir une étude approfondie de plus de 50 auteurs classiques français, en commençant par Clément Marot, le huguenot célèbre pour sa versification des Psaumes de David. Ou encore lorsque j’ai ouvert ce manuel d’histoire de France de CM1 des années 50 alors que je visitais un ami près d’Aix-en-Provence. Ou encore quand j’ouvre ces théologies systématiques du XVIIème-XVIIIème et que je réalise avec douleur que probablement aucun théologien de nos jours n’aurait pu écrire un seul de ces volumes.
Soyez-en conscients : oui nous savons lire aujourd’hui et oui nous accomplissons des prouesses technologiques inédites, mais ce n’est pas parce que la société, par ses experts sur-spécialisés, dans laquelle nous vivons fait cela que nous sommes plus intelligents au niveau individuel. Bien au contraire.
On m’a dit une fois qu’il était désormais impossible de devenir un polymathe, ces savants de la Renaissance qui étaient érudits dans tous les domaines. Je pense aujourd’hui que c’est faux. S’il est vrai que la somme des connaissances humaines est aujourd’hui trop grande pour être maîtrisée par un seul homme, il est toutefois possible d’atteindre un niveau moyen entre la précision académique et l’exposition populaire, avec la rigueur du premier mais le bon sens et le jugement synthétique du second. Comme l’a dit Aristote, l’homme éduqué libéralement peut juger des arguments, et un esprit ouvert est capable de traverser les disciplines et de voir l’unité de la connaissance sans tomber dans des simplifications bon marché et des généralisations excessives. C’est l’ambition que j’ai pour moi et mes enfants, si Dieu m’en donne.
Un dernier mot au sujet de Dieu et de l’Eglise justement. On sera étonné d’apprendre que le chapitre 2 de la discipline des églises réformées à l’époque de Calvin concerne l’instruction et les écoles. Autrement dit, l’Eglise considérait que l’éducation des enfants était une question de discipline d’Église ! Et que ce sujet était tellement important qu’il fallait le traiter dès le début (il y a 14 chapitres à ce document disciplinaire). Pourquoi cela ? Car l’instruction, dans toute la Bible (qui ne sépare pas, je le pense, morale et savoir), est une tâche qui incombe aux parents et aux familles et non à l’État. L’Eglise étant une famille de familles, c’est à elle d’agir ici. Je ne veux pas dire par cela que les parents ont pour devoir de mettre leurs enfants dans des écoles chrétiennes ou de leur faire école à la maison (même si cela me semble être des choix éducatifs excellents).
L’éducation et la santé de l’Eglise sont intimement liées. C’est le monde de Dieu que les sciences étudient, c’est en étant des créateurs à l’image du Créateur que les arts glorifient Dieu, c’est par les lettres et les sciences que s’est faite la Réforme. Nous n’aurons pas de réveil durable (c’est-à-dire de Réforme) de notre pays sans révolution de l’éducation.

Le hardware et l’Intelligence Artificielle

Une conférence [que vous trouverez dans le lien : https://www.sondekla.com/user/event/9779 ] extrêmement intéressante et qui fait l’état des lieux des avancées dans le domaine des IA et des supports, des architectures hardware optimisant les capacités de calculs dans tous les domaines de la vie économique, sociale et santé.  Les avancées dans le domaine sont remarquables et ouvrent des perspectives permettant de nouvelles interactions avec des environnements multiformes, d’appréhender des représentations d’espaces  complexes. La conférence s’adresse à des experts en IA mais est accessible à tous pour comprendre les enjeux et les impacts qui vont bouleverser l’histoire humaine. L’aspect philosophique de ces recherches n’est pas abordé par ces experts, mais nous ne manquerons pas de développer nos analyses sur le sujet…

L'IA d'aujourd'hui fonctionne grâce à quatre composantes : les algorithmes, les logiciels, les données et le matériel. Celui colle au plus près des autres composantes. Ses progrès continus ouvrent la voie à de nouvelles applications et des

https://www.sondekla.com/user/event/9779

 

Informatique : La révolution quantique est en marche

L’ordinateur quantique tire parti des lois de la mécanique quantique, une théorie qui décrit les phénomènes physiques à l’échelle atomique. Ces étonnantes lois autorisent une particule, un atome ou une molécule à se trouver dans différents états en même temps – on parle d’états superposés. Ainsi, alors que dans un ordinateur ordinaire, les informations sont codées sous la forme de bits qui ne peuvent prendre que deux valeurs, 0 ou 1, selon le passage au non de courant électrique à travers un transistor, les bits quantiques (ou qubits) peuvent simultanément prendre les valeurs 0 et 1. Qui plus est, lorsque deux qubits interagissent, leurs états physiques « s’enchevêtrent », si bien que les deux systèmes ne peuvent plus être décrits de façon indépendante – on parle d’états intriqués.

Un ordinateur quantique peut en théorie avoir accès à la totalité des résultats possibles d’un calcul en une seule étape, là où un ordinateur classique doit traiter l’information de façon séquentielle, un résultat après l’autre.

 

Nous publions ici un extrait de l’article écrit sur le blog du CNRS, lire la suite sur le même blog….

https://lejournal.cnrs.fr/articles/ordinateur-les-promesses-de-laube-quantique

L’ordinateur quantique tire parti des lois de la mécanique quantique, une théorie qui décrit les phénomènes physiques à l’échelle atomique. Ces étonnantes lois autorisent une particule, un atome ou une molécule à se trouver dans différents états en même temps – on parle d’états superposés. Ainsi, alors que dans un ordinateur ordinaire, les informations sont codées sous la forme de bits qui ne peuvent prendre que deux valeurs, 0 ou 1, selon le passage au non de courant électrique à travers un transistor, les bits quantiques (ou qubits) peuvent simultanément prendre les valeurs 0 et 1. Qui plus est, lorsque deux qubits interagissent, leurs états physiques « s’enchevêtrent », si bien que les deux systèmes ne peuvent plus être décrits de façon indépendante – on parle d’états intriqués.

La vitesse de calcul des algorithmes quantiques

Dès les années 1990, les chercheurs ont proposé des algorithmes pour de tels ordinateurs. Et démontré mathématiquement que mis en œuvre sur ces machines, ils réaliseraient effectivement certains calculs à une vitesse dépassant tout ce qu’on pourrait imaginer avec un ordinateur classique. Ainsi, en 1994, le mathématicien américain Peter Shor, du MIT, présente un algorithme avec lequel il serait possible de factoriser n’importe quel nombre, c’est-à-dire le décomposer en un produit de nombres premiers, en un temps record. 

Une révolution pour l’apprentissage automatique ?

L’accélération de la vitesse de calcul promet aussi d’importantes retombées en matière d’apprentissage automatique, une technique très à la mode d’intelligence artificielle utilisée pour analyser et trier les informations dans de très grandes bases de données numériques. Là aussi, les applications seront multiples : amélioration des moteurs de recherche sur Internet, diagnostics médicaux beaucoup plus précis, pour ne citer qu’eux. « En optimisation comme en apprentissage automatique, on ne recherche pas des solutions exactes mais on cherche à apporter des réponses qui soient suffisamment satisfaisantes. On peut donc beaucoup mieux tolérer les erreurs que pour un problème de factorisation par exemple. C’est pourquoi l’utilisation d’ordinateurs quantiques même intermédiaires apportera énormément », insiste Iordanis Kerenidis.

Vue de l'intérieur de l'ordinateur quantique IBM Q.

Vue de l’intérieur de l’ordinateur quantique IBM Q. IBM Research

Ce n’est donc pas un hasard si le champ de l’algorithmique quantique n’a jamais été aussi actif qu’aujourd’hui. Un seul exemple : en 2017, Iordanis Kerenidis a présenté un algorithme d’apprentissage automatique permettant, en théorie, de faire de la recommandation de films, de livres ou de rencontres de manière exponentiellement plus efficace qu’avec les méthodes actuelles.

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Conclusion de l’auteur du Blog

« la déconstruction de l’homme »

Il n’est pas improbable malgré quelques difficultés relevées à ce jour, que les barrières  techniques soient levées et autorisent l’émergence d’un calculateur aux capacités de calculs gigantesques et avec des applications infinies enrichies par des   exaoctet de milliards de données et des données qui toucheront toute la vie sociale des êtres humains … Les combinaisons de ces données permettront l’intrusion dans tous les espaces de la vie sociale et plus rien n’échappera au pouvoir de « colonisation »  et de contrôle de ces ordinateurs bardés de calculs algorithmiques, capables de factoriser toutes les dimensions de la vie humaine avec des capacités de prédiction, de guidage, d’espionnage, de surveillance généralisée de nos faits et gestes assurant sans doute une paix factice mais éphémère, car le moindre cataclysme pourrait bien amener l’effondrement de cette nouvelle cathédrale humaine …

Babel : l’IA peut-elle abattre les barrières linguistiques ?

Du mythe de la tour de Babel à la conception de l’espéranto, l’humanité a toujours rêvé d’une communication universalisée. À défaut d’inventer une nouvelle langue, l’intelligence artificielle se met au service de la traduction automatique. L’IA peut-elle abattre les barrières linguistiques et reformer ainsi Babel ?

Du mythe de la tour de Babel à la conception de l’espéranto, l’humanité a toujours rêvé d’une communication universalisée. À défaut d’inventer une nouvelle langue, l’intelligence artificielle se met au service de la traduction automatique. L’IA peut-elle abattre les barrières linguistiques et reformer ainsi Babel ?

Dès les origines de l’informatique moderne, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les informaticiens se sont engagés dans le développement de nouvelles formes de communication en donnant naissance aux langages de programmation.

De nos jours, les géants des nouvelles technologies mettent l’intelligence artificielle au service de la traduction. À défaut de créer une langue unique, le projet est bien de traduire toutes les langues instantanément de sorte qu’elles ne fassent plus obstacle à la communication universelle.

Alors, l’intelligence artificielle va-t-elle véritablement effacer les barrières linguistiques ? Échappera-t-on à l’enfermement sur soi-même et aux particularismes ? Le plurilinguisme finira-t-il par nous être implémenté pour enfin faire régner la concorde et la fraternité ?

 

Lire la suite sur France Culture et surtout écouter le PODCAST …..

https://www.franceculture.fr/emissions/cultures-monde/guerillas-linguistiques-44-de-babel-a-google-traduction-vers-un-nouveau-langage-universel#xtor=EPR-2-%5BLaLettre21032019%5D

L’IA le réveil de la bête non humaine….

‘IA qui vient est à la fois un outil de surveillance des déplacements, activités, désirs ou pensées mais aussi un outil d’assistanat permanent dont l’objectif est de précéder les comportements de chacun, depuis son lit jusqu’à sa voiture, en passant par sa salle de bains ou son lieu de travail. Il s’agit autant de participer à la «mise en données du monde» que de réaliser l’utopie techno-économique d’une «société automatisée», selon Villani. Autrement dit, de développer des technologies à même de diriger nos conduites et nos choix quotidiens, de livrer l’humain, jugé inférieur, à une entité, l’IA, conçue sur notre modèle mais nous ayant «dépassés». Une maman non humaine, directement issue de laboratoires de recherche publics mais aussi privés. Voitures autonomes, villes pilotées par le numérique, caméras à reconnaissance faciale, maisons automatisées, puces électroniques, écrans publicitaires personnalisés dans les rues, sexualité et goûts en général, la totalité de nos existences serait vouée à dépendre de l’IA, qui n’est pas l’informatique de papa mais une sorte de fichage virtuel généralisé visant à ce que nous déléguions nos comportements à une entité supposée plus intelligente, et plus à même d’apprendre sans cesse, que nous. Le numérique avait vocation à être au service de l’humain, comme le sont tous les outils ; l’IA rêvée par LREM nourrie au lait de la Silicon Valley n’est plus à notre service mais se sert de nous afin d’orienter nos comportements et de définir des dogmes auxquels nous devrions nous plier, à commencer par celui de la «transparence» de nos existences.

Extrait d’un Article publié dans le figaro …


http://premium.lefigaro.fr/vox/politique/2018/11/29/31001-20181129ARTFIG00357–l-intelligence-artificielle-revee-par-la-silicon-valley-cherche-a-nous-aliener.php

L’IA qui vient est à la fois un outil de surveillance des déplacements, activités, désirs ou pensées mais aussi un outil d’assistanat permanent dont l’objectif est de précéder les comportements de chacun, depuis son lit jusqu’à sa voiture, en passant par sa salle de bains ou son lieu de travail. Il s’agit autant de participer à la «mise en données du monde» que de réaliser l’utopie techno-économique d’une «société automatisée», selon Villani. Autrement dit, de développer des technologies à même de diriger nos conduites et nos choix quotidiens, de livrer l’humain, jugé inférieur, à une entité, l’IA, conçue sur notre modèle mais nous ayant «dépassés». Une maman non humaine, directement issue de laboratoires de recherche publics mais aussi privés. Voitures autonomes, villes pilotées par le numérique, caméras à reconnaissance faciale, maisons automatisées, puces électroniques, écrans publicitaires personnalisés dans les rues, sexualité et goûts en général, la totalité de nos existences serait vouée à dépendre de l’IA, qui n’est pas l’informatique de papa mais une sorte de fichage virtuel généralisé visant à ce que nous déléguions nos comportements à une entité supposée plus intelligente, et plus à même d’apprendre sans cesse, que nous. Le numérique avait vocation à être au service de l’humain, comme le sont tous les outils ; l’IA rêvée par LREM nourrie au lait de la Silicon Valley n’est plus à notre service mais se sert de nous afin d’orienter nos comportements et de définir des dogmes auxquels nous devrions nous plier, à commencer par celui de la «transparence» de nos existences.

Robot vers la disparition du travail humain ?

La profession est décrite comme l’une des plus menacées par l’automatisation. Un fait qui conduit les cabinets d’expertise-comptable à se recentrer sur le conseil et la relation client…. Un article à lire : https://www.lemonde.fr/campus/article/2017/04/27/la-guerre-des-comptables-et-des-robots-aura-t-elle-lieu_5118931_4401467.html

La guerre des comptables et des robots aura-t-elle lieu ?

                                Adrien de Tricornot

« Les entreprises les plus en pointe ont pris depuis plusieurs années le virage vers le numérique, grâce à des logiciels liés à des plates-formes de gestion en ligne (technologies Software as a service), principalement proposés par de grands cabinets. « Ces solutions permettent aux entreprises de tenir elles-mêmes une comptabilité directement mise à jour, accessible sur tous les canaux, comme une tablette, par exemple. Ce sont désormais les entreprises clientes qui saisissent leurs pièces comptables, et non plus notre cabinet, et elles peuvent même automatiser cette tâche si elles disposent d’un outil de facturation et de vente intégré à leur comptabilité », explique Pierre d’Agrain, associé du cabinet ExCo A2A, à Toulouse, membre du sixième réseau d’expertise-comptable en France.

Dans ce schéma, les cabinets sont dans une nouvelle relation avec leurs clients. Ils ne facturent plus des heures de saisie des pièces comptables par leurs salariés, mais un abonnement à la plate-forme. Leurs salariés se recentrent donc sur la gestion des informations, leur analyse, ou la relation avec les clients, des tâches à plus forte valeur ajoutée et plus intéressantes : « Rien ne remplacera le fait d’écouter les clients et de les conseiller », fait valoir M. d’Agrain. Pour lui, les robots, s’ils prendront leur part, en allégeant les tâches les plus répétitives et en fluidifiant la tenue des comptes, ne remplaceront pas les experts-comptables.

Les moins qualifiés impactés

L’impact sur l’emploi est néanmoins réel : il concerne surtout les profils les moins qualifiés, de niveau bac ou inférieur, chargés de la saisie des pièces comptables. Mais aussi les métiers d’experts : détachés désormais d’une partie de leurs tâches, ils peuvent servir un portefeuille de clients plus large. « On a besoin de moins d’effectifs, on peut faire de la croissance sans recruter », témoigne Pierre d’Agrain.

Le mouvement n’en est qu’à ses débuts. D’abord parce que les solutions numériques de saisie vont gagner du terrain auprès des PME. Mais aussi parce que de nouvelles évolutions se préparent : le développement de la blockchain, chaîne de paiement sécurisée sur Internet qui est utilisée pour le bitcoin, la monnaie numérique, laisse augurer que chaque transaction effectuée soit simultanément inscrite dans les comptabilités des parties prenantes.

A la faveur de la robotisation et du développement de l’intelligence artificielle, la profession a en ligne de mire le fast closing (la clôture rapide des comptes) : alors qu’actuellement, les grandes entreprises mettent plusieurs mois à publier leurs comptes certifiés de l’année précédente, ces délais devraient considérablement se raccourcir.

Si les innovations à l’œuvre bouleversent les métiers, elles devraient permettre, selon l’Ordre des experts-comptables, d’empêcher l’irruption de nouveaux acteurs désireux de concurrencer les cabinets traditionnels ou d’imposer leurs outils. « Nous sommes menacés par l’automatisation, mais pas par l’ubérisation », assure Dominique Jourde, pour qui les tentatives d’intermédiaires Web de se glisser, sur le modèle d’Uber, entre les cabinets comptables et leurs clients restent aujourd’hui « très marginales ».

Le magistrat et l’intelligence artificielle : la Justice de demain sera prédictive et expéditive !

                                

 

La Justice prédictive est-elle un pas de plus vers la déshumanisation de l’homme ?

J’écoutais à la radio au cours d’une matinée un avocat inquiet mais décidé de s’opposer à la volonté de l’état français de presser le pas de la Justice en incorporant davantage d’intelligence artificielle pour l’analyse des affaires simples à traiter et ainsi offrir aux magistrats de se concentrer sur des dossiers plus complexes. Le recours à un système judiciaire impacté par l’intelligence artificielle est un premier pas qui est de nature à bouleverser demain le rapport de l’homme à ce qui pourrait prendre la forme d’une véritable machine judiciaire.

Ce terme machine qui qualifiait le plus souvent une justice souvent complexe mêlant l’empilement des lois et de leurs dérivées, la multitude des contextes nuançant les appréciations et les acteurs aux caractères multiformes, mais également l’absence de célérité de la justice de par la complexité des procédures de saisies.  

Le rêve de l’état progressiste devenu ainsi lasse de cette justice lente et bureaucrate, décide d’entamer une révolution dans les process des juridictions. Il faut selon l’idéologie du progrès, face à la lenteur de cette vielle Dame, la remuer, l’amener à cohabiter avec l’autre machine : l’intelligence artificielle qui devrait lui servir de support afin de simplifier les intrications du monde juridique et de réduire le temps chronophage des dossiers à digérer.

La dimension humaine dans l’histoire de la Justice

Dans toute l’histoire, comme institution, la dimension humaine même de la Justice est revêtue à la fois comme un modèle de régulation de la vie sociale, un modèle quasi universel d’arbitrage des conflits, avec cette vocation en arrière fond, de pacifier les querelles issues de toute la vie sociale et de rendre justice dans les crimes et les délits.

C’est ainsi un fait de toute notre histoire, la justice a été rendue jusqu’à aujourd’hui par les hommes, qui se soumettent aux lois en rigueur ou se pliant aux exigences des législateurs pour faire appliquer le droit. Des hommes de droit qui arbitrent, appliquent la sentence ou bien innocentent celui ou celle qui fut qualifié de coupable. La justice comporte en soi, une dimension d’inachevée, parce ce que la justice est entachée de faiblesse et d’humanité incarnées parfois ou bien souvent par une dimension irrationnelle, fragile, parfois inéquitable, parce que cette justice est encore une fois, et nous insistons profondément ancrée dans l’humain ! Ces juges humains qui mêlent la clémence, la tolérance ou bien la sévérité implacable témoignent ou révèlent les distorsions liées à son fonctionnement.  La justice est ainsi imparfaite parce que complexe, changeante, mêlant les émotions et la raison, la passion et la distance nécessaire pour juger.

La Justice est certes lente, elle prend trop souvent son temps entassant les dossiers, empilant les affaires, et forcément des tensions se créent avec ceux qui aspirent à une justice plus rapide.  Les attentes sont nombreuses parmi les justiciables qui aspirent à une juridiction sans tâches, absolument compétente et savante, équitable et inattaquable : en un mot une justice parfaite et dont la balance ne serait jamais fausse.

Cette quête éternelle des sociétés humaines vers une justice omnisciente, incontestable, avisée ou prudente dans l’énoncé de ses jugements est une chimère. L’homme malgré sa quête d’absolu n’a pas les attributs divins pour rendre un jugement plein de discernement, parfaitement loyal envers le coupable comme envers la victime. La justice engendrera toujours des sentiments de frustration, d’agacement et de révolte même si elle s’abrite derrière le code, la règle non arbitraire qui régit ses décisions.

La tentation de la justice de s’en remettre à l’Intelligence Artificielle

Alors cette juridiction imparfaite n’est-elle pas incitée à céder à cette nouvelle tentation de s’en remettre non à Dieu mais à cette puissance qui aujourd’hui fascine le monde, cette puissance de calcul qu’offre le monde des algorithmes capables d’emmagasiner les données laissées par les arrêts des magistrats et de consommer ainsi les jurisprudences de tous les tribunaux. Fascinante car la puissance de calcul, c’est le monde de la cité rationnelle parfaite, qui ne commet pas d’erreur. La machine algorithmique ne peut pas commettre d’erreur, voilà bien la chimère, la nouvelle tromperie de ce siècle. Cette justice implacable car elle serait gouvernée par les formules savantes ne serait au fond qu’un Dieu froid, qui mécaniquement traite les dossiers puis envoie au moyen de ses algorithmes robots la sentence à des sujets humains, puis mécaniquement les relancera s’ils ne s’acquittent pas de leur condamnation.  Est-ce là le monde du futur que nous décrivons ?   

Non nous ne décrivons pas un monde glaçant et dystopique, c’est bel et bien et hélas le monde d’aujourd’hui qui commence, celui de la « cité rationnelle » ! La cité parfaite, normative compilant toutes les informations, toutes les données, « la cité rationnelle [1]» qui ne peut se tromper ! Comment cette juridiction pourrait-elle d’ailleurs se tromper, cette nouvelle juridiction se ressource en effet au sein de la mathématisation de notre société. Le magistrat se laissera dicter le verdict dompté par ses robots calculateurs, comme ces médecins dessaisis demain de la faculté de diagnostiquer puisque les logiciels de séquençage, décodent des millions de fragments d’ADN en un temps record ! Ces algorithmes savent mieux que le médecin détecter l’origine des maux, et demains ces nouvelles juridictions codées offriront l’exécution la plus rapide, car bien évidemment, les logiciels nouveaux Dalloz[2] analyseront et traiteront toute la vie judiciaire, comme aucun humain lent et sujet à l’erreur !

La robotisation de la justice aux mains des algorithmes   !

Qu’en est-il exactement de cette avancée de la judiciarisation robotisée, est-ce exagéré de prétendre que là aussi le monde des algorithmes est sur le point de coloniser la Justice. Les tribunaux humains, magistrats et avocats feront bien de s’en inquiéter. Aux Etats-Unis les cabinets d’avocat sont d’ores et déjà assistés par ces machines algorithmes pour traiter des affaires touchant le monde des entreprises.  D’autres logiciels interviennent quant à eux dans la prise de décision des juges chargés des remises en liberté. Les exemples s’enchainent et se multiplient, les exemples qui préfigurent demain la généralisation d’une justice algorithmique, portée par les progrès de l’intelligences artificielle toujours plus performante, toujours plus experte et incarnant le rêve d’une forme de justice divine, objective et omnisciente ? 

La juridiction algorithmique n’est que le nouvel avatar d’une soif d’équité absolue exprimée par le monde humain. Le monde humain obsédé par cette quête d’une justice utopique, nécessairement parfaite et devant nécessairement être extérieure à l’homme et à ses imperfections. L’homme ne croit plus à aucune verticalité divine, à aucune pythie qui rendrait ses oracles et orienterait le sort réservé à la cité des hommes. L’homme n’invoque plus son créateur, préférant remettre son sort entre les mains de sa création qu’il croira être sous son contrôle.

La révolution numérique en marche 

La révolution numérique bel et bien en marche y compris dans le domaine du Droit envahi par la règle, la norme, et des normes qui vont de complexité en complexité.

La« République numérique »[3] voulue par la gouvernance de François Hollande puis accentuée par le nouveau Président Emmanuel Macron,ce nouveau monde entend étendre le mouvement d’ouverture des data aux décisions de justice. C’est un processus qui annonce une forme de mécanisation dont l’emprise envahira les tribunaux et on a peine à imaginer l’existence d’un robot siégeant « assis ou debout » avec le magistrat si ce dernier aurait encore une légitimité.   Mais c’est vrai la transition ne serait pas aussi bruyante ou inquiétante, nous nous familiariserons, nous nous habituerons à voir le juge en compagnie d’un gentil Robot « Pepper[4] »spécialiste du droit mais certainement pas Pépère.  Ces « Pepper » aideront nos magistrats,les assisteront en apportant une somme d’informations sur les prévenus recensant par exemple les procès-verbaux, les infractions commises par le prévenu. Nous assisterons  à une forme de traçage systématisées des justiciables, effeuillés par l’intrusion des calculs des algorithmes implacables et qui ne produiront pas d’erreurs sur la lecture des prévenus se présentant devant les juges.

Ces algorithmes seront programmés pour recommander une évaluation de la peine encourue, et mécaniseront le discours à tenir auprès du justiciable. Le Juge et son assistant se « concerteront » ou plutôt le juge finira par s’en remettre au délibéré de « Pepper » et c’est le juge Pépère qui finira par perdre toute faculté de jugement puisqu’il n’aura plus pour guide son discernement, cette conscience de lui-même qui lui permet de discerner du fait même qu’il est lui-même humain. 

Dans un premier temps le gentil « Pepper » se cantonnera au rôle d’outil, d’assistant juridique pour décortiquer les nœuds des affaires de plus en plus complexes mais au fil de son apprentissage, « parce que l’intelligence artificielle apprend » ce petit robot souriant et bien sympathique offrira au fil d’une expertise croissante, une aide certaine à la prise de décision, le juge ne sera bientôt plus irremplaçable !

Ainsi l’apparition des nouvelles technologies dans les juridictions ira bien en s’accélérant.  Nous assistons ainsi depuis quelque temps à une montée en puissance des legal-tech, ces sociétés et ces startups qui proposent des services juridiques aussi bien aux cabinets d’avocats, qu’aux magistrats afin de les assister dans leurs prises de décisions

L’intelligence artificielle investit bel et bien et colonisera comme nous le rappelions précédemment, le domaine du droit. Elle bouleversera demain le quotidien des tribunaux et couronnera le nouveau monde devenu si docile à la domestication du « système technicien ».  Aussi est-il temps qu’avocats et magistrats disent stop à cette ingénierie de l’espace judiciaire qui annonce la déshumanisation d’un tribunal qui doit pourtant privilégier la seule dimension relationnelle et son humanité même sujet à l’erreur !

Lire également cette info confortant notre propos écrit plusieurs mois plus tôt…

https://usbeketrica.com/article/estonie-robots-justice


[1] Terme emprunté à Jacques ELLUL

[2] Célèbre maison d’éditions que connaissent tous les juristes

[3] La loi pour une République numérique, publiée au Journal officiel 8 Octobre 2016, vise à favoriser l’ouverture et la circulation des données et du savoir.

[4]  Pepper est un robot humanoïde, développé par la société SoftBank Robotics