Babel : l’IA peut-elle abattre les barrières linguistiques ?

Du mythe de la tour de Babel à la conception de l’espéranto, l’humanité a toujours rêvé d’une communication universalisée. À défaut d’inventer une nouvelle langue, l’intelligence artificielle se met au service de la traduction automatique. L’IA peut-elle abattre les barrières linguistiques et reformer ainsi Babel ?

Du mythe de la tour de Babel à la conception de l’espéranto, l’humanité a toujours rêvé d’une communication universalisée. À défaut d’inventer une nouvelle langue, l’intelligence artificielle se met au service de la traduction automatique. L’IA peut-elle abattre les barrières linguistiques et reformer ainsi Babel ?

Dès les origines de l’informatique moderne, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les informaticiens se sont engagés dans le développement de nouvelles formes de communication en donnant naissance aux langages de programmation.

De nos jours, les géants des nouvelles technologies mettent l’intelligence artificielle au service de la traduction. À défaut de créer une langue unique, le projet est bien de traduire toutes les langues instantanément de sorte qu’elles ne fassent plus obstacle à la communication universelle.

Alors, l’intelligence artificielle va-t-elle véritablement effacer les barrières linguistiques ? Échappera-t-on à l’enfermement sur soi-même et aux particularismes ? Le plurilinguisme finira-t-il par nous être implémenté pour enfin faire régner la concorde et la fraternité ?

 

Lire la suite sur France Culture et surtout écouter le PODCAST …..

https://www.franceculture.fr/emissions/cultures-monde/guerillas-linguistiques-44-de-babel-a-google-traduction-vers-un-nouveau-langage-universel#xtor=EPR-2-%5BLaLettre21032019%5D

L’homme domestiqué

Il est là, calé sur la banquette bleu-roi à côté de la fenêtre donnant sur le quai D. Alors que je pénètre dans ce compartiment du TER n° 17 757 à la gare de Paris-Bercy — une première — je ne me souviens pas qu’il ait daigné lever les yeux pour observer qui entrait. Je ne sais même pas s’il m’a vu franchir la porte, tellement il est plongé dans son monde.

Cheveux noirs mi-longs, légèrement bouclés, il est vêtu d’un sweat gris et d’un jean, baskets aux pieds, un casque vissé sur la tête. Il a les yeux fixés et rivés sur son écran d’ordinateur, comme si un fil invisible les empêchait de s’en détourner.

Marc BRUNET est un vieil ami de plus de 40 ans, oui cela compte… Sans aucune expérience de ce genre d’aventure, Marc s’est élancé dans un périple déconnecté de tout ce qui le reliait à son monde, de Valence pour rallier Erevan en vélo couché, capitale de l’Arménie, ce qui n’est pas en soi banal. Il a atteint son objectif après plus de 6 000 km en autonomie et à travers 13 pays, dont un pays qui n’existe pas, même pas sur Google Map c’est dire, dormant sous la tente dans les forêts d’Ukraine ou dans les champs de Géorgie. Ce voyage s’inscrivait aussi dans une démarche de solidarité afin de récolter des dons pour la réhabilitation de l’école maternelle de Chirakamout.  Il a écrit un livre   « J’irai manger des khorovadz » où il relate ce voyage insolite riche de mille anecdotes écrit dans un style fluide et plein d’humanité à conseiller. https://www.babelio.com/livres/BRUNET-Jirai-manger-des-khorovadz/1109735

Marc Récemment me transmit ce texte qui évoquait une rencontre qui traduit ce que ce site partage, de l’urgence de nous rencontrer dans le réel….

Marc BRUNET

    COÏNCIDENCES…

Il est là, calé sur la banquette bleu-roi à côté de la fenêtre donnant sur le quai D. Alors que je pénètre dans ce compartiment du TER n° 17 757 à la gare de Paris-Bercy — une première — je ne me souviens pas qu’il ait daigné lever les yeux pour observer qui entrait. Je ne sais même pas s’il m’a vu franchir la porte, tellement il est plongé dans son monde.

Cheveux noirs mi-longs, légèrement bouclés, il est vêtu d’un sweat gris et d’un jean, baskets aux pieds, un casque vissé sur la tête. Il a les yeux fixés et rivés sur son écran d’ordinateur, comme si un fil invisible les empêchait de s’en détourner. Peut-être 17-18 ans, un visage de poupon innocent, contrastant avec sa barbe qui s’émancipe. L’accoudoir de gauche n’est pas abaissé, car l’embonpoint du jeune homme l’oblige à déborder de sa place. Son manteau noir est posé négligemment sur le côté. Le rideau rouge illumine le temps maussade et l’ambiance.

Au travers de la vitre, je devine un passager affolé hélant le contrôleur. Celui-ci lui donne rapidement quelques explications soutenues par d’amples gestes, avant de gonfler ses joues et porter à ses lèvres ce petit instrument désuet et suranné encore en vigueur à l’heure du tout virtuel, alors que ce train était inconnu sur l’ordinateur du guichetier et même auprès de l’assistance téléphonique. Disponible uniquement sur internet. Comme par magie, un sifflement strident provoque le départ du convoi. Nous allons passer plus de cinq heures — rançon de la SNCF pour emmener mon vélo depuis Paris à Lyon, plus une heure pour rejoindre Valence — dans cet huis clos, presque face à face. Mais le jeune homme ne va pas bouger :

5 h sans se lever, 5 h sans manger, sans boire, quasiment sans lever les yeux.
5 h sans prêter attention au monde extérieur.

Par curiosité, je jette un coup d’œil sur son écran pour découvrir ce qui le fascine à ce point. Le reflet du soleil m’en empêche. Deuxième tentative quelques minutes plus tard : pas de doute, c’est un jeu vidéo.

Drôle de coïncidence : je suis justement en train de lire l’ouvrage d’Éric Lemaître « La déconstruction de l’homme ». Et je tombe sur ce passage :

« Une génération qui, à regret, confond la vraie vie et la vie virtuelle, les symboles et le réel, une génération qui se déconnecte de tout rapport à la transcendance […]  Or nous prenons conscience que cet univers numérique est de nature à créer une forme de fascination et de vampirisation sur la vie des humains, en les rendant addicts, dépendants » On ne pouvait trouver une illustration plus pertinente du propos !

Quelques instants avant notre arrivée, je scrute discrètement ses yeux. Ils sont hagards, vitreux, son regard est complètement embrumé par cette réalité virtuelle. Son monde. Ce n’est pas le mien. Mon rêve est ailleurs.
Il se rend compte que nous atteignons le terminus, alors quelques minutes avant l’entrée en gare il range ses affaires. Puis une fois son ordinateur fermé il se précipite sur un autre écran : son téléphone. Il prépare ensuite un petit rouleau de feuilles séchées pour l’envelopper dans un papier fin, faisant fi du texte imprimé en grandes lettres figurant sur la boite d’où il extrait sa dose « fumer nuit gravement à votre santé et à celle de votre entourage ».
Je le retrouve sur le quai, cette fois-ci avec des écouteurs qui ont remplacé le casque, branchés à son smartphone engoncé dans une poche. Connecté à lui-même, déconnecté des autres, reconnecté à son monde.Je ne sais pas si c’est une génération à la dérive, mais probablement un jeune en perte de repères. Ce n’est peut-être pas complètement de sa faute.
Quel est son rêve dans la vie ? Comment se voit-il à 2, 3 ans ? Je ne le saurai pas.
Mais je sais que son comportement m’encourage et me motive encore plus pour mes interventions dans les écoles et les lycées, pour essayer d’extraire ses semblables du virtuel et les connecter au réel, leur insuffler l’envie de rêves.Et quand je découvre ce que des enfants de 8 ans ont écrit après mon passage dans une école : « Ce que j’ai retenu, c’est qu’on a beaucoup de chance ; grâce à toi tu m’as donné envie de faire le tour du monde », je me dis que c’est déjà une première étape et qu’il y a encore de l’espoir.

‘La déconstruction de l’homme’ Deuxième édition…

 Nous vous annonçons la sortie de la seconde édition du livre la déconstruction de l’homme.

Commandez-le maintenant en ligne sur Lulu au prix de 25 euros TTC.

L’essai  a été préfacé par

le Philosophe Bertrand Vergely …   

Cette seconde édition a été enrichie d’une troisième partie intitulée Alternatives. Cette troisième partie, décrit comment il est possible et quel est le chemin pour faire face à « l’ouragan » technologique ! Nous avons également introduit l’ouvrage par une note de lecture pour expliquer les motivations qui nous ont conduits à écrire cet essai ! D’autres textes enfin complètent la précédente édition décrivant les dimensions des mutations technologiques et l’accélération des processus qui coloniseront l’ensemble de notre vie sociale.

Cette seconde édition a été préfacée par le Philosophe Bertrand Vergely auteur de l’essai « Transhumanisme la grande Illusion »

Nous vous produisons ci-dessous un extrait de sa préface ! 

Si, l’homme ludique se réjouit de l’avènement de ce nouveau monde, Éric Lemaître et son équipe  introduisent une question : avec le dispositif qui est en train de se mettre en place, n’assiste-t-on pas à l’émergence d’un nouveau dispositif d’oppression et plus précisément de l’un des  dispositifs d’oppression sans doute le plus redoutable que l’humanité ait jamais connu ?

     Dans cet univers de combinaisons à l’infini qui est en train de se mettre en place, l’être humain est-il libre ? N’est-il pas l’otage, le jouet, le prisonnier des fabricants et des vendeurs de machines à jouer, à connecter, à combiner ?

     En outre, vivre, est-ce passer son temps à jouer, à combiner, à connecter ? Jouer, soit. Mais jouer quoi ? Combiner, soit, mais combiner quoi ? Connecter, soit, mais connecter quoi ? S’il n’y a pas de sens dans ce que ‘on vit est-on libre ? N’est-on pas prisonnier du vide ?

     La postmodernité veut nous faire croire qu’en déconstruisant l’homme nous allons être plus libres et  plus humains. Est-on vraiment plus humain quand l’homme a volé en éclats  et qu’il ne reste que ses miettes ? Ce qui libère l’homme est-ce la mort de l’homme ? N’est-ce pas ce qui se passe quand, comme le dit Pascal, l’homme passe l’homme ? Ce passionnant et imposant travail nous invite à nous poser cette question et à la poser à notre temps.

Collapsologie : Sommes-nous à l’aube de l’effondrement de nos sociétés ?

« Une société basée sur les concepts de « simplicité, solidarité et résilience », composée de communautés locales. « Recréer du lien dans notre société, c’est absolument indispensable, du lien entre nous, du lien avec nos émotions »

La collapsologie, une théorie sur la fin de notre société qui a la cote

Notre civilisation serait sur la voie de l’effondrement selon les collapsologues. Une solution: tisser du lien entre humains. 19h30 /2 min. / hier à 19:30
Un nouveau concept a fait son apparition dans le monde francophone, la collapsologie, soit l’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle. Popularisé par Pablo Servigne, ce discours est entré dans le débat public.

La fin du monde est annoncée et il faut se préparer à l’après. Ce discours constitue l’idée centrale de la collapsologie, l’étude de l’effondrement de nos différents systèmes, qu’ils soient alimentaires, énergétiques ou sanitaires.

Le néologisme a été inventé par l’ingénieur agronome français Pablo Servigne et l’écoconseiller belge Raphaël Stevens, qui ont rédigé plusieurs ouvrages sur la question, dont « Une autre fin du monde est possible », paru l’an dernier.

>> Lire:  « Une autre fin du monde est possible », le livre qui redonne du courage

Au coeur du discours des collapsologues figurent la crise environnementale et les limites de la croissance économique. Le point de non-retour aurait été atteint. L’effondrement de notre civilisation thermo-industrielle – c’est-à-dire dépendante des énergies fossiles – aura lieu entre 2020 et 2030, affirment les collapsologues, ne croyant pas à la possibilité d’une transition écologique.

Vers une nouvelle société et davantage de liens

Est-ce une vision apocalyptique de notre avenir? Pour Gabriel Salerno, assistant-doctorant au sein de la faculté des géosciences et de l’environnement de l’Université de Lausanne, les éléments principaux de la collapsologie empruntent davantage à une interprétation cyclique. Car pour ceux qui tiennent ce discours, l’effondrement annoncé permettra aux hommes et femmes de construire ensemble une nouvelle société.

« Une société basée sur les concepts de « simplicité, solidarité et résilience », composée de communautés locales. « Recréer du lien dans notre société, c’est absolument indispensable, du lien entre nous, du lien avec nos émotions », explique Pablo Servigne dans une de ses vidéos à succès diffusées sur internet.

« Le pouvoir de ces récits réside dans le fait de chercher à créer un futur que l’on désire, de pousser dans une direction, pas tant de prévoir ce qu’il va se passer », analyse Gabriel Salerno au 19h30. La collapsologie ne constitue ainsi pas une théorie comme par exemple celle sur l’effondrement de la civilisation maya, précise le chercheur. Il s’agit plutôt d’un discours ancré dans le présent.

Une discipline balbutiante

Mêlant écologie, économie, psychologie et bien d’autres disciplines, la collapsologie est qualifiée de balbutiante par ses propres auteurs. Une discipline balbutiante qui suscite des critiques.

Le concept d’effondrement – commun à toutes ces branches – suffit-il à construire une nouvelle discipline scientifique? La collapsologie constitue-t-elle un discours réactionnaire? Enlève-t-elle son aspect politique à l’écologie? Pousse-t-elle les habitants de la planète à baisser les bras?

« Aujourd’hui, nous sommes des pantins rattachés au système par des fils dont nous sommes dépendants pour nous mouvoir et exister. Ces fils sont l’industrie agroalimentaire, les banques, internet, etc. S’ils se cassent, on meurt. Il faut donc apprendre dès aujourd’hui à se débrouiller sans », déclarait en décembre dernier Pablo Servigne lors d’une conférence à Paris, soulignant avant tout l’aspect préventif de sa démarche.

>> Les explications du professeur Dominique Bourg:

Reportage TV: Chloé Steulet

Adaptation web: Tamara Muncanovic

L’Argent texte de Charles Peguy

Ce texte est une longue citation de ce livre étonnant d’acuité et d’actualité, écrit en 1913.

Ce texte est une longue citation de ce livre étonnant d’acuité et d’actualité, écrit en 1913.

Pour la première fois dans l’histoire du monde toutes les puissances spirituelles ensemble et toutes les autres puissances matérielles ensemble et d’un seul mouvement et d’un même mouvement ont reculé sur la face de la terre. Et comme une immense ligne elles ont reculé sur toute la ligne. Et pour la première fois dans l’histoire du monde l’argent est maître sans limitation ni mesure. Pour la première fois dans l’histoire du monde l’argent est seul en face de l’esprit.

*******************************

« Le croira-t-on, nous avons été nourris dans un peuple gai. Dans ce temps-là un chantier était un lieu de la terre où des hommes étaient heureux. Aujourd’hui un chantier est un lieu de la terre où des hommes récriminent, s’en veulent, se battent ; se tuent.

De mon temps tout le monde chantait. (Excepté moi, mais j’étais déjà indigne d’être de ce temps-là.) Dans la plupart des corps de métiers on chantait. Aujourd’hui on renâcle. Dans ce temps-là on ne gagnait pour ainsi dire rien. Les salaires étaient d’une bassesse dont on n’a pas idée. Et pourtant tout le monde bouffait. Il y avait dans les plus humbles maisons une sorte d’aisance dont on a perdu le souvenir. Au fond on ne comptait pas. Et on n’avait pas à compter. Et on pouvait élever des enfants. Et on en élevait. Il n’y avait pas cette espèce d’affreuse strangulation économique qui à présent d’année en année nous donne un tour de plus. On ne gagnait rien ; on ne dépensait rien ; et tout le monde vivait.

Il n’y avait pas cet étranglement économique d’aujourd’hui, cette strangulation scientifique, froide, rectangulaire, régulière, propre, nette, sans une bavure, implacable, sage, commune, constante, commode comme une vertu, où il n’y a rien à dire, et où celui qui est étranglé a si évidemment tort.

On ne saura jamais jusqu’où allait la décence et la justesse d’âme de ce peuple ; une telle finesse, une telle culture profonde ne se retrouvera plus. Ni une telle finesse et précaution de parler. Ces gens-là eussent rougi de notre meilleur ton d’aujourd’hui, qui est le ton bourgeois. Et aujourd’hui tout le monde est bourgeois.

Nous croira-t-on, et ceci revient encore au même, nous avons connu des ouvriers qui avaient envie de travailler. On ne pensait qu’à travailler. Nous avons connu des ouvriers qui le matin ne pensaient qu’à travailler. Ils se levaient le matin, et à quelle heure, et ils chantaient à l’idée qu’ils partaient travailler. A onze heures ils chantaient en allant à la soupe. En somme c’est toujours du Hugo ; et c’est toujours à Hugo qu’il en faut revenir : Ils allaient, ils chantaient. Travailler était leur joie même, et la racine profonde de leur être. Et la raison de leur être. Il y avait un honneur incroyable du travail, le plus beau de tous les honneurs, le plus chrétien, le seul peut-être qui se tienne debout. C’est par exemple pour cela que je dis qu’un libre penseur de ce temps-là était plus chrétien qu’un dévot de nos jours. Parce qu’un dévot de nos jours est forcément un bourgeois. Et aujourd’hui tout le monde est bourgeois.

Nous avons connu un honneur du travail exactement le même que celui qui au Moyen Age régissait la main et le cuir. C’était le même conservé intact en dessous. Nous avons connu ce soin poussé jusqu’à la perfection, égal dans l’ensemble, égal dans le plus infime détail. Nous avons connu cette piété de l’ouvrage bien faite poussée, maintenue jusqu’à ses plus extrêmes exigences. J’ai vu toute mon enfance rempailler des chaises exactement du même esprit et du même cuir, et de la même main, que ce même peuple avait taillé ses cathédrales.

Que reste-t-il aujourd’hui de tout cela ? Comment a-t-on fait, du peuple le plus laborieux de la terre, et peut-être du seul peuple laborieux de la terre, du seul peuple peut-être qui aimait le travail pour le travail, et pour l‘honneur, et pour travailler, ce peuple de saboteurs, comment a-t-on pu en faire ce peuple qui sur un chantier met toute son étude à ne pas en fiche un coup. Ce sera dans l’histoire une des plus grandes victoires, et sans doute la seule, de la démagogie bourgeoise intellectuelle. Mais il faut avouer qu’elle compte. Cette victoire.

Il y a eu la révolution chrétienne. Et il y a eu la révolution moderne. Voilà les deux qu’il faut compter. Un artisan de mon temps était un artisan de n’importe quel temps chrétien. Et sans doute peut-être de n’importe quel temps antique. Un artisan d’aujourd’hui n’est plus un artisan.

 Dans ce bel honneur de métier convergeaient tous les plus beaux, tous les plus nobles sentiments. Une dignité. Une fierté. Ne jamais rien demander à personne, disaient-ils. Voilà dans quelles idées nous avons été élevés. Car demander du travail, ce n’était pas demander. C’était le plus normalement du monde, le plus naturellement réclamer, pas même réclamer. C’était se mettre à sa place dans un atelier. C’était, dans une cité laborieuse, se mettre tranquillement à la place de travail qui vous attendait. Un ouvrier de ce temps-là ne savait pas ce que c’est que quémander. C’est la bourgeoisie qui quémande. C’est la bourgeoisie qui, les faisant bourgeois, leur a appris à quémander. Aujourd’hui dans cette insolence même et dans cette brutalité, dans cette sorte d’incohérence qu’ils apportent à leurs revendications il est très facile de sentir cette honte sourde, d’être forcés de demander, d’avoir été amenés, par l’événement de l’histoire économique, à quémander. Ah oui ils demandent quelque chose à quelqu’un, à présent. Ils demandent même tout à tout le monde. Exiger, c’est encore demander. C’est encore servir.

Ces ouvriers ne servaient pas. Ils travaillaient. Ils avaient un honneur, absolu, comme c’est le propre d’un honneur. Il fallait qu’un bâton de chaise fût bien fait. C’était entendu. C’était un primat. Il ne fallait pas qu’il fût bien fait pour le salaire ou moyennant le salaire. Il ne fallait pas qu’il fût bien fait pour le patron ni pour les connaisseurs ni pour les clients du patron. Il fallait qu’il fût bien fait lui-même, en lui-même, pour lui-même, dans son être même. Une tradition, venue, montée du plus profond de la race, une histoire, un absolu, un honneur voulait que ce bâton de chaise fût bien fait. Toute partie, dans la chaise, qui ne se voyait pas, était exactement aussi parfaitement faite que ce qu’on voyait. C’est le principe même des cathédrales.

Et encore c’est moi qui en cherche si long, moi dégénéré. Pour eux, chez eux il n’y avait pas l’ombre d’une réflexion. Le travail était là. On travaillait bien.

 Il ne s’agissait pas d’être vu ou pas vu. C’était l’être même du travail qui devait être bien fait. Et un sentiment incroyablement profond de ce que nous nommons aujourd’hui l’honneur du sport, mais en ce temps-là répandu partout. Non seulement l’idée de faire rendre le mieux, mais l‘idée, dans le mieux, dans le bien, de faire rendre le plus. Non seulement à qui ferait le mieux, mais à qui en ferait le plus, c’était un beau sport continuel, qui était de toutes les heures, dont la vie même était pénétrée. Tissée. Un dégoût sans fond pour l’ouvrage mal fait. Un mépris plus que de grand seigneur pour celui qui eût mal travaillé. Mais l’idée ne leur en venait même pas.

Tous les honneurs convergeaient en cet honneur. Une décence, et une finesse de langage. Un respect du foyer. Un sens du respect, de tous les respects, de l’être même du respect. Une cérémonie pour ainsi dire constante. D’ailleurs le foyer se confondait encore très souvent avec l’atelier et l’honneur du foyer et l’honneur de l’atelier était le même honneur. C’était l’honneur du même lieu. C’était l’honneur du même feu. Qu’est-ce que tout cela est devenu. Tout était un rythme et un rite et une cérémonie depuis le petit lever. Tout était un événement ; sacré. Tout était une tradition, un enseignement, tout était légué, tout était la plus sainte habitude. Tout était une élévation, intérieure, et une prière, toute la journée, le sommeil et la veille, le travail et le peu de repos, le lit et la table, la soupe et le bœuf, la maison et le jardin, la porte et la rue, la cour et le pas de porte, et les assiettes sur la table.

Ils disaient en riant, et pour embêter les curés, que travailler c’est prier, et ils ne croyaient pas si bien dire. Tant leur travail était une prière. Et l’atelier un oratoire.

Tout était le long événement d’un beau rite. Ils eussent été bien surpris, ces ouvriers, et quel eût été, non pas même leur dégoût, leur incrédulité, comme ils auraient cru que l’on blaguait, si on leur avait dit que quelques années plus tard, dans les chantiers, les ouvriers, – les compagnons, – se proposeraient officiellement d’en faire le moins possible ; et qu’ils considéreraient ça comme une grande victoire. Une telle idée pour eux, en supposant qu’ils la pussent concevoir, c’eût été porter une atteinte directe à eux-mêmes, à leur être, ç’aurait été douter de leur capacité, puisque aurait été supposer qu’ils ne rendraient pas tant qu’ils pouvaient. C’est comme de supposer d’un soldat qu’il ne sera pas victorieux.

Eux aussi ils vivaient dans une victoire perpétuelle, mais quelle autre victoire. Quelle même et quelle autre. Une victoire de toutes les heures du jour dans tous les jours de la vie. Un honneur égal à n’importe quel honneur militaire. Les sentiments mêmes de la garde impériale.

Et par suite ou ensemble tous les beaux sentiments adjoints ou connexes, tous les beaux sentiments dérivés et filiaux. Un respect des vieillards ; des parents, de la parenté. Un admirable respect des enfants. Naturellement un respect de la femme. (Et il faut bien le dire, puisqu’aujourd’hui c’est cela qui manque tant, un respect de la femme par la femme elle-même.) Un respect de la famille, un respect du foyer. Et surtout un goût propre et un respect du respect même. Un respect de l’outil, et de la main, ce suprême outil. – Je perds ma main à travailler, disaient les vieux. Et c’était la fin des fins. L’idée qu’on aurait pu abîmer ses outils exprès ne leur eût pas même semblé le dernier des sacrilèges. Elle ne leur eût pas même semblé la pire des folies. Elle ne leur eût pas même semblé monstrueuse. Elle leur eût semblé la supposition la plus extravagante. C’eût été comme si on leur eût parlé de se couper la main. L’outil n’était qu’une main plus longue, ou plus dure, (des ongles d’acier), ou plus particulièrement affectée. Une main qu’on s’était faite exprès pour ceci ou pour cela. Un ouvrier abîmer un outil, pour eux, c’eût été, dans cette guerre, le conscrit qui se coupe le pouce.

 On ne gagnait rien, on ne vivait de rien, on était heureux. Il ne s’agit pas là-dessus de se livrer à des arithmétiques de sociologue. C’est un fait, un des rares faits que nous connaissions, que nous ayons pu embrasser, un des rares faits dont nous puissions témoigner, un des rares faits qui soit incontestable.

Notez aujourd’hui, au fond, ça ne les amuse pas de ne rien faire sur les chantiers. Ils aimeraient mieux travailler. Ils ne sont pas en vain de cette race laborieuse. Ils entendent cet appel de la race. La main qui démange, qui a envie de travailler. Le bras qui s’embête, de ne rien faire. Le sang qui court dans les veines. La tête qui travaille et qui par une sorte de convoitise, anticipée, par une sorte de préemption, par une véritable anticipation s’empare d’avance de l’ouvrage fait. Comme leurs pères ils entendent ce sourd appel du travail qui veut être fait. Et au fond ils se dégoûtent d’eux-mêmes, d’abimer les outils. Mais voilà, des messieurs très bien, des savants, des bourgeois leur ont expliqué que c’était ça le socialisme, et que c’était ça la révolution. »

Largent, Charles Péguy,

 

L’IA le réveil de la bête non humaine….

‘IA qui vient est à la fois un outil de surveillance des déplacements, activités, désirs ou pensées mais aussi un outil d’assistanat permanent dont l’objectif est de précéder les comportements de chacun, depuis son lit jusqu’à sa voiture, en passant par sa salle de bains ou son lieu de travail. Il s’agit autant de participer à la «mise en données du monde» que de réaliser l’utopie techno-économique d’une «société automatisée», selon Villani. Autrement dit, de développer des technologies à même de diriger nos conduites et nos choix quotidiens, de livrer l’humain, jugé inférieur, à une entité, l’IA, conçue sur notre modèle mais nous ayant «dépassés». Une maman non humaine, directement issue de laboratoires de recherche publics mais aussi privés. Voitures autonomes, villes pilotées par le numérique, caméras à reconnaissance faciale, maisons automatisées, puces électroniques, écrans publicitaires personnalisés dans les rues, sexualité et goûts en général, la totalité de nos existences serait vouée à dépendre de l’IA, qui n’est pas l’informatique de papa mais une sorte de fichage virtuel généralisé visant à ce que nous déléguions nos comportements à une entité supposée plus intelligente, et plus à même d’apprendre sans cesse, que nous. Le numérique avait vocation à être au service de l’humain, comme le sont tous les outils ; l’IA rêvée par LREM nourrie au lait de la Silicon Valley n’est plus à notre service mais se sert de nous afin d’orienter nos comportements et de définir des dogmes auxquels nous devrions nous plier, à commencer par celui de la «transparence» de nos existences.

Extrait d’un Article publié dans le figaro …


http://premium.lefigaro.fr/vox/politique/2018/11/29/31001-20181129ARTFIG00357–l-intelligence-artificielle-revee-par-la-silicon-valley-cherche-a-nous-aliener.php

L’IA qui vient est à la fois un outil de surveillance des déplacements, activités, désirs ou pensées mais aussi un outil d’assistanat permanent dont l’objectif est de précéder les comportements de chacun, depuis son lit jusqu’à sa voiture, en passant par sa salle de bains ou son lieu de travail. Il s’agit autant de participer à la «mise en données du monde» que de réaliser l’utopie techno-économique d’une «société automatisée», selon Villani. Autrement dit, de développer des technologies à même de diriger nos conduites et nos choix quotidiens, de livrer l’humain, jugé inférieur, à une entité, l’IA, conçue sur notre modèle mais nous ayant «dépassés». Une maman non humaine, directement issue de laboratoires de recherche publics mais aussi privés. Voitures autonomes, villes pilotées par le numérique, caméras à reconnaissance faciale, maisons automatisées, puces électroniques, écrans publicitaires personnalisés dans les rues, sexualité et goûts en général, la totalité de nos existences serait vouée à dépendre de l’IA, qui n’est pas l’informatique de papa mais une sorte de fichage virtuel généralisé visant à ce que nous déléguions nos comportements à une entité supposée plus intelligente, et plus à même d’apprendre sans cesse, que nous. Le numérique avait vocation à être au service de l’humain, comme le sont tous les outils ; l’IA rêvée par LREM nourrie au lait de la Silicon Valley n’est plus à notre service mais se sert de nous afin d’orienter nos comportements et de définir des dogmes auxquels nous devrions nous plier, à commencer par celui de la «transparence» de nos existences.

Le magistrat et l’intelligence artificielle : la Justice de demain sera prédictive et expéditive !

                                

 

La Justice prédictive est-elle un pas de plus vers la déshumanisation de l’homme ?

J’écoutais à la radio au cours d’une matinée un avocat inquiet mais décidé de s’opposer à la volonté de l’état français de presser le pas de la Justice en incorporant davantage d’intelligence artificielle pour l’analyse des affaires simples à traiter et ainsi offrir aux magistrats de se concentrer sur des dossiers plus complexes. Le recours à un système judiciaire impacté par l’intelligence artificielle est un premier pas qui est de nature à bouleverser demain le rapport de l’homme à ce qui pourrait prendre la forme d’une véritable machine judiciaire.

Ce terme machine qui qualifiait le plus souvent une justice souvent complexe mêlant l’empilement des lois et de leurs dérivées, la multitude des contextes nuançant les appréciations et les acteurs aux caractères multiformes, mais également l’absence de célérité de la justice de par la complexité des procédures de saisies.  

Le rêve de l’état progressiste devenu ainsi lasse de cette justice lente et bureaucrate, décide d’entamer une révolution dans les process des juridictions. Il faut selon l’idéologie du progrès, face à la lenteur de cette vielle Dame, la remuer, l’amener à cohabiter avec l’autre machine : l’intelligence artificielle qui devrait lui servir de support afin de simplifier les intrications du monde juridique et de réduire le temps chronophage des dossiers à digérer.

La dimension humaine dans l’histoire de la Justice

Dans toute l’histoire, comme institution, la dimension humaine même de la Justice est revêtue à la fois comme un modèle de régulation de la vie sociale, un modèle quasi universel d’arbitrage des conflits, avec cette vocation en arrière fond, de pacifier les querelles issues de toute la vie sociale et de rendre justice dans les crimes et les délits.

C’est ainsi un fait de toute notre histoire, la justice a été rendue jusqu’à aujourd’hui par les hommes, qui se soumettent aux lois en rigueur ou se pliant aux exigences des législateurs pour faire appliquer le droit. Des hommes de droit qui arbitrent, appliquent la sentence ou bien innocentent celui ou celle qui fut qualifié de coupable. La justice comporte en soi, une dimension d’inachevée, parce ce que la justice est entachée de faiblesse et d’humanité incarnées parfois ou bien souvent par une dimension irrationnelle, fragile, parfois inéquitable, parce que cette justice est encore une fois, et nous insistons profondément ancrée dans l’humain ! Ces juges humains qui mêlent la clémence, la tolérance ou bien la sévérité implacable témoignent ou révèlent les distorsions liées à son fonctionnement.  La justice est ainsi imparfaite parce que complexe, changeante, mêlant les émotions et la raison, la passion et la distance nécessaire pour juger.

La Justice est certes lente, elle prend trop souvent son temps entassant les dossiers, empilant les affaires, et forcément des tensions se créent avec ceux qui aspirent à une justice plus rapide.  Les attentes sont nombreuses parmi les justiciables qui aspirent à une juridiction sans tâches, absolument compétente et savante, équitable et inattaquable : en un mot une justice parfaite et dont la balance ne serait jamais fausse.

Cette quête éternelle des sociétés humaines vers une justice omnisciente, incontestable, avisée ou prudente dans l’énoncé de ses jugements est une chimère. L’homme malgré sa quête d’absolu n’a pas les attributs divins pour rendre un jugement plein de discernement, parfaitement loyal envers le coupable comme envers la victime. La justice engendrera toujours des sentiments de frustration, d’agacement et de révolte même si elle s’abrite derrière le code, la règle non arbitraire qui régit ses décisions.

La tentation de la justice de s’en remettre à l’Intelligence Artificielle

Alors cette juridiction imparfaite n’est-elle pas incitée à céder à cette nouvelle tentation de s’en remettre non à Dieu mais à cette puissance qui aujourd’hui fascine le monde, cette puissance de calcul qu’offre le monde des algorithmes capables d’emmagasiner les données laissées par les arrêts des magistrats et de consommer ainsi les jurisprudences de tous les tribunaux. Fascinante car la puissance de calcul, c’est le monde de la cité rationnelle parfaite, qui ne commet pas d’erreur. La machine algorithmique ne peut pas commettre d’erreur, voilà bien la chimère, la nouvelle tromperie de ce siècle. Cette justice implacable car elle serait gouvernée par les formules savantes ne serait au fond qu’un Dieu froid, qui mécaniquement traite les dossiers puis envoie au moyen de ses algorithmes robots la sentence à des sujets humains, puis mécaniquement les relancera s’ils ne s’acquittent pas de leur condamnation.  Est-ce là le monde du futur que nous décrivons ?   

Non nous ne décrivons pas un monde glaçant et dystopique, c’est bel et bien et hélas le monde d’aujourd’hui qui commence, celui de la « cité rationnelle » ! La cité parfaite, normative compilant toutes les informations, toutes les données, « la cité rationnelle [1]» qui ne peut se tromper ! Comment cette juridiction pourrait-elle d’ailleurs se tromper, cette nouvelle juridiction se ressource en effet au sein de la mathématisation de notre société. Le magistrat se laissera dicter le verdict dompté par ses robots calculateurs, comme ces médecins dessaisis demain de la faculté de diagnostiquer puisque les logiciels de séquençage, décodent des millions de fragments d’ADN en un temps record ! Ces algorithmes savent mieux que le médecin détecter l’origine des maux, et demains ces nouvelles juridictions codées offriront l’exécution la plus rapide, car bien évidemment, les logiciels nouveaux Dalloz[2] analyseront et traiteront toute la vie judiciaire, comme aucun humain lent et sujet à l’erreur !

La robotisation de la justice aux mains des algorithmes   !

Qu’en est-il exactement de cette avancée de la judiciarisation robotisée, est-ce exagéré de prétendre que là aussi le monde des algorithmes est sur le point de coloniser la Justice. Les tribunaux humains, magistrats et avocats feront bien de s’en inquiéter. Aux Etats-Unis les cabinets d’avocat sont d’ores et déjà assistés par ces machines algorithmes pour traiter des affaires touchant le monde des entreprises.  D’autres logiciels interviennent quant à eux dans la prise de décision des juges chargés des remises en liberté. Les exemples s’enchainent et se multiplient, les exemples qui préfigurent demain la généralisation d’une justice algorithmique, portée par les progrès de l’intelligences artificielle toujours plus performante, toujours plus experte et incarnant le rêve d’une forme de justice divine, objective et omnisciente ? 

La juridiction algorithmique n’est que le nouvel avatar d’une soif d’équité absolue exprimée par le monde humain. Le monde humain obsédé par cette quête d’une justice utopique, nécessairement parfaite et devant nécessairement être extérieure à l’homme et à ses imperfections. L’homme ne croit plus à aucune verticalité divine, à aucune pythie qui rendrait ses oracles et orienterait le sort réservé à la cité des hommes. L’homme n’invoque plus son créateur, préférant remettre son sort entre les mains de sa création qu’il croira être sous son contrôle.

La révolution numérique en marche 

La révolution numérique bel et bien en marche y compris dans le domaine du Droit envahi par la règle, la norme, et des normes qui vont de complexité en complexité.

La« République numérique »[3] voulue par la gouvernance de François Hollande puis accentuée par le nouveau Président Emmanuel Macron,ce nouveau monde entend étendre le mouvement d’ouverture des data aux décisions de justice. C’est un processus qui annonce une forme de mécanisation dont l’emprise envahira les tribunaux et on a peine à imaginer l’existence d’un robot siégeant « assis ou debout » avec le magistrat si ce dernier aurait encore une légitimité.   Mais c’est vrai la transition ne serait pas aussi bruyante ou inquiétante, nous nous familiariserons, nous nous habituerons à voir le juge en compagnie d’un gentil Robot « Pepper[4] »spécialiste du droit mais certainement pas Pépère.  Ces « Pepper » aideront nos magistrats,les assisteront en apportant une somme d’informations sur les prévenus recensant par exemple les procès-verbaux, les infractions commises par le prévenu. Nous assisterons  à une forme de traçage systématisées des justiciables, effeuillés par l’intrusion des calculs des algorithmes implacables et qui ne produiront pas d’erreurs sur la lecture des prévenus se présentant devant les juges.

Ces algorithmes seront programmés pour recommander une évaluation de la peine encourue, et mécaniseront le discours à tenir auprès du justiciable. Le Juge et son assistant se « concerteront » ou plutôt le juge finira par s’en remettre au délibéré de « Pepper » et c’est le juge Pépère qui finira par perdre toute faculté de jugement puisqu’il n’aura plus pour guide son discernement, cette conscience de lui-même qui lui permet de discerner du fait même qu’il est lui-même humain. 

Dans un premier temps le gentil « Pepper » se cantonnera au rôle d’outil, d’assistant juridique pour décortiquer les nœuds des affaires de plus en plus complexes mais au fil de son apprentissage, « parce que l’intelligence artificielle apprend » ce petit robot souriant et bien sympathique offrira au fil d’une expertise croissante, une aide certaine à la prise de décision, le juge ne sera bientôt plus irremplaçable !

Ainsi l’apparition des nouvelles technologies dans les juridictions ira bien en s’accélérant.  Nous assistons ainsi depuis quelque temps à une montée en puissance des legal-tech, ces sociétés et ces startups qui proposent des services juridiques aussi bien aux cabinets d’avocats, qu’aux magistrats afin de les assister dans leurs prises de décisions

L’intelligence artificielle investit bel et bien et colonisera comme nous le rappelions précédemment, le domaine du droit. Elle bouleversera demain le quotidien des tribunaux et couronnera le nouveau monde devenu si docile à la domestication du « système technicien ».  Aussi est-il temps qu’avocats et magistrats disent stop à cette ingénierie de l’espace judiciaire qui annonce la déshumanisation d’un tribunal qui doit pourtant privilégier la seule dimension relationnelle et son humanité même sujet à l’erreur !

Lire également cette info confortant notre propos écrit plusieurs mois plus tôt…

https://usbeketrica.com/article/estonie-robots-justice


[1] Terme emprunté à Jacques ELLUL

[2] Célèbre maison d’éditions que connaissent tous les juristes

[3] La loi pour une République numérique, publiée au Journal officiel 8 Octobre 2016, vise à favoriser l’ouverture et la circulation des données et du savoir.

[4]  Pepper est un robot humanoïde, développé par la société SoftBank Robotics

 

Les vertus du zapping

Auteur :  

Didier Martz

 

Les vertus du zapping

Qui n’a pas fulminé ouvertement ou en son for intérieur à la vue de cet adolescent, devant l’écran de télévision, rester 30 secondes sur une émission puis passer autant de temps sur une autre pour revenir à la première et ainsi de suite ? Pour celui qui est habitué à la durée contre l’éphémère, la permanence contre le jetable, le zapping, puisque c’est de cela qu’il s’agit, est une sorte d’affront à la rationalité. Cette esquive permanente du téléspectateur, ce papillonnage est une offense à la Raison.

En effet, qu’il s’agisse de se divertir ou d’apprendre, cela suppose du temps et de la constance. De l’ordre et de la rigueur. Les choses se succèdent dans une temporalité, avec un avant et un après et en général avec une explication causale. Un film, un documentaire, un débat, se déroulent dans un ordre logique de façon linéaire. C’est d’ailleurs ainsi qu’on est capable d’apprécier ou de critiquer, d’argumenter, d’analyser, en somme de réfléchir. Et même s’il s’agit d’un film de série B, indépendamment de son contenu, il se déroule logiquement.

Le zapping est tout autre. Zapper c’est passer d’un sujet à un autre, sans transition comme l’on dit ; c’est arriver après alors que tout s’est dit avant ; c’est se retirer d’une pub pour aller vers un documentaire animalier, tout de suite délaissé pour Star Académy et enfin échouer pas plus d’une minute sur un téléfilm.

Il est vrai que la télévision, notamment dans ses bulletins d’informations nous a habitué aux zapping permanent, elle qui passe d’un sujet à l’autre, grave ou anodin, et ce sans transition. Météo, bourse, politique, anecdotique, publicité, tout se mêle sans cohérence aucune. Prenant en compte cette pratique, elle produit même des émissions dites « Zapping ».

Zapper est sans doute devenu une façon nouvelle d’être en rapport avec le monde : l’urgence prétendue, la vie s’accommode mal de rythme lent, de temps où l’on se pose. A la frénésie des spectacles correspond la frénésie de la vie. Ainsi progressivement, se détache-t-on de nos modes de pensée antérieurs.

Le zapping est en passe de devenir la structure mentale probable du siècle nous dit Hervé Fischer. Il tient l’esprit en éveil, le provoque par l’incongruité de la succession de toutes ces informations qui n’ont aucun lien entre elles. A la pensée figée, organisée du rationalisme, il oppose une pensée souple, imaginative qui est capable de trouver du sens dans un monde dont la complexité est croissante.

De plus, et c’est son aspect réjouissant, le zapping est le symbole de la liberté de l’esprit du télespectateur-objet qui choisit d’échapper au piège commercial en esquivant la publicité ; qui refuse l’ennui provoqué par certaines émissions. Le zapping est ainsi une forme de sanction et on peut lui trouver quelques vertus. Et par cette manifestation intempestive de liberté, on comprend qu’il est mauvaise réputation !!!

Chine : La reconnaissance faciale de masse

Lu dans l’article :  https://siecledigital.fr/2018/11/08/la-chine-developpe-une-reconnaissance-de-marche-basee-sur-lintelligence-artificielle/

Le dispositif de reconnaissance facial mise en place en chine a  a mis au point  une technologie qui va permettre de reconnaître une personne jusqu’à 50 mètres de distance, qu’elle soit de dos ou de face.

Associé à la reconnaissance faciale, cette innovation est d’ores et déjà utilisée par les services de protection civile. Ce progrès technologique offre donc à la police la possibilité de travailler rapidement en repérant plus facilement les délits criminels. Un point crucial pour la sécurité du peuple Chinois.

Néanmoins, la réalité nous révèle des utilisations moins respectueuses que le repérage de délits graves. Au regard de certaines actions, il aurait été démontré que le gouvernant utiliserait la reconnaissance faciale à des fins beaucoup moins nobles, comme par exemple le contrôle de la population.

Le Gouvernement chinois, face à des tensions dans la province de Xinjiang, aurait mis à exécution la reconnaissance faciale afin de suivre des personnes « ciblées ». Cette région regroupe près de 10 millions de musulmans « ouïghours », chose peu appréciée par le Gouvernement chinois. De cette façon, l’utilisation de la technologie de marche pourrait être une aide capitale pour le gouvernement et une tragédie pour les personnes dites « ouïghours ».

En effet, l’État Chinois est accusé d’avoir organisé un « camp de rééducation » avec près d’un million de musulmans. L’utilisation de la nouvelle technologie n’est donc pas totalement positive et représente même un danger pour la population ouïghours.

Le programme biométrique des enjeux funestes

L’identification biométrique connait un essor mondial, considérable et notamment dans un grand nombre de Pays Asiatiques, les brevets biométriques déposés en Chine, au Japon, en Corée témoignent d’un intérêt manifeste pour ce type de technologie, mais l’identification biométrique enregistre également un regain d’intérêt sur l’ensemble de la planète.

Que ce soit pour les tablettes numériques, les cartes bancaires avec empreinte digitale, les smartphones, les voitures, la sécurisation des paiements sur Internet, le paiement dans les cantines scolaires, la biométrie connaît partout dans le monde un développement sans précédent, un développement spectaculaire. Ainsi l’analyse des portefeuilles de brevets est révélatrice de l’essor considérable de ces technologies de par le monde, des technologies qui couvrent de multiples domaines et sphères de la vie sociale allant de la reconnaissance faciale et vocale, à l’empreinte digitale et l’Iris de l’œil. Ce développement phénoménal n’est pas sans nous interroger sur les conséquences en termes d’entraves possible sur nos libertés ? 

L’identification biométrique connait un essor mondial, considérable et notamment dans un grand nombre de Pays Asiatiques, les brevets biométriques déposés en Chine, au Japon, en Corée témoignent d’un intérêt manifeste pour ce type de technologie, mais l’identification biométrique enregistre également un regain d’intérêt sur l’ensemble de la planète.

Que ce soit pour les tablettes numériques, les cartes bancaires avec empreinte digitale, les smartphones, les voitures, la sécurisation des paiements sur Internet, le paiement dans les cantines scolaires, la biométrie connaît partout dans le monde un développement sans précédent, un développement spectaculaire. Ainsi l’analyse des portefeuilles de brevets est révélatrice de l’essor considérable de ces technologies de par le monde, des technologies qui couvrent de multiples domaines et sphères de la vie sociale allant de la reconnaissance faciale et vocale, à l’empreinte digitale et l’Iris de l’œil. Ce développement phénoménal n’est pas sans nous interroger sur les conséquences en termes d’entraves possible sur nos libertés ?

Plusieurs Pays dans le monde ont mis en place des dispositifs biométriques, notamment le Japon. Faire aujourd’hui des achats au Japon, ne nécessitera plus à terme l’usage de cartes bancaires, les Japonais n’auront désormais, plus nécessairement besoin de taper un code, il leur suffira de présenter à un scan leurs mains et leurs yeux, ce en ayant recours à un dispositif associant des bases de données et des technologies très avancées d’authentification biométrique. Au Canada[1] Depuis le 31 juillet 2018, les ressortissants des différents pays européens devront se soumettre au prélèvement de leurs données biométriques pour obtenir un permis de travail, un permis d’études, un visa de visiteur ou encore la résidence permanente. Seuls les ressortissants des pays exemptés de visa pour visiter le Canada n’ont pas à se soumettre au prélèvement de leurs données biométriques comme le mentionne le gouvernement Canadien.

Le dispositif biométrique peut être également étendu à l’échelle de tous les habitants, ce qui est ainsi le cas en Inde qui a mis en place un système d’identification de la population basé sur la biométrie, ce système est appelé Aadhaar. Ce dispositif biométrique est administré par l’Unique Identification Authority of India. Le système comprend un numéro d’identification national à 12 chiffres associés à chaque personne en plus de données biométriques, incluant la photographie des iris, la photographie du visage et les empreintes digitales. Le projet intègre également des données, comme le nom, le sexe, la date et le lieu de naissance.

Le programme Indien Aadhaar est le seul projet d’identification numérique étatique qui ne prend pas appui sur des registres d’état civil. Or ce projet biométrique Indien qui détient les données personnelles de plus de 1,13 milliard de citoyens et résidents pourrait bien s’avérer à terme être un dispositif discriminatoire, en effet ces informations biométriques sont toutes stockées dans des bases de données centralisées, qui sont ensuite rendues accessibles à une longue liste d’agences gouvernementales qui peuvent consulter ces informations pour administrer les services publics mais également enquêter sur les personnes voire les exclure ou les poursuivre si leurs opinions, leurs religions ne sont pas conformes à celles promues par l’Etat.

Rappelons que depuis la prise de pouvoir du premier ministre nationaliste hindou Narendra Modi, les chrétiens sont persécutés en toute impunité et sont de plus en plus victimes de violences comme le rappelle l’ONG Portes Ouvertes. Le mouvement nationaliste hindou cherche à éliminer toute expression religieuse qui ne relève pas de la foi hindoue et veut faire de l’Inde une nation hindoue d’ici 2021. Qu’en sera-t-il demain dans les autres états du monde si les opinions ou les convictions que vous partagez ne sont pas celles promues par les nations dont vous êtes les résidents ? Votre empreinte biométrique laissée, vous permettra aisément d’être identifiée et d’être poursuivie, si on les croise avec les données que vous laissez sur l’ensemble des réseaux sociaux ou bien celles que vous laissez lors de vos achats de livres, déplacements dans les lieux surveillés par les Etats Nations….

[1] https://www.canada.ca/fr/immigration-refugies-citoyennete/campagnes/biometrie.html