Transhumanisme et homme mutant

De quoi les hommes ont-ils aujourd’hui peur ? En fait pas depuis aujourd’hui mais depuis toujours. Les hommes appréhendent la mort, la maladie, les fléaux naturels, les crises sociales ou économique, les pandémies, ah si aujourd’hui ils ont peur du Coronavirus.

Aujourd’hui, l’humanité appréhende les dégâts irréversibles que leur activité consumériste et mondialiste fait subir à la planète. Cette même humanité appréhende également les dérives de l’exploitation outrancière des ressources de notre sol, des impacts et conséquences sur le climat. L’humanité redoute également la prochaine crise financière à la suite de la mise en quarantaine de la chine et des effets potentiellement explosifs.

De quoi les hommes ont-ils aujourd’hui peur ? En fait pas depuis aujourd’hui mais depuis toujours. Les hommes appréhendent la mort, la maladie, les fléaux naturels, les crises sociales ou économique, les pandémies, ah si aujourd’hui ils ont peur du Coronavirus comme ils avaient peur hier du choléra ou de la peste.

Aujourd’hui, l’humanité craint surtout les dégâts irréversibles que leur activité consumériste et mondialiste fait subir à la planète.  Cette même humanité appréhende autant les dérives de l’exploitation outrancière des ressources de notre sol, des impacts et conséquences sur le climat. L’humanité redoute également la prochaine crise financière à la suite de la mise en quarantaine de la chine et des effets potentiellement explosifs.

Face à ces crises qui devraient tous nous faire réfléchir, paradoxalement l’élite de la technoscience, une élite techniciste et insouciante à la limite puérile (pour reprendre l’expression de Jacques Testart) se donne des pouvoirs prodigieux auxquels les avancées de la science pourraient lui donner accès dans un avenir dont l’horizon temps est très proche de nous : manipulations génétiques, augmentations cognitives, mutation de l’espèce humaine.

C’est donc à cette rencontre avec l’homme mutant « l’homme de demain » que je vous convie dans mon dernier essai Transhumanisme : La conscience mécanisée…

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Pourtant, jamais l’homme n’a été autant confronté à ce sentiment de fragilité et de finitude, jamais notre jeunesse n’a autant pris conscience de l’impérieuse nécessité de s’emparer des thèmes de l’écologie. Malgré cela une frange de notre humanité se refuse toujours à toute idée d’alarmisme, de défaitisme et continue de livrer inconsciemment un combat titanesque contre une fin inéluctable, se persuadant qu’elle est en mesure de réécrire notre avenir et de mettre fin à tous les fléaux qui la menacent.

En entrant dans la postmodernité, le transhumaniste qui je définis comme une forme de VRP, est le représentant symbolique de l’économie numérique, des GAFAM. Ces GAFAM qui entendent être la mesure de toutes choses. Ce VRP du nouveau monde se persuade qu’il est en capacité de dépasser la mort et finalement de s’auto transcender pour projeter notre humanité vers un nouvel âge d’or.

Le transhumanisme n’est ainsi en réalité que le résumé d’un vieux fantasme enfoui dans la mémoire inconsciente de notre humanité.

Le transhumanisme est effet une histoire construite depuis l’aube de l’humanité dès les récits sumériens (Gilgamesh) et les mythologies grecques (Calypso, Pygmalion) et qui continue de s’écrire au fil des progrès de la technoscience. Le transhumanisme est une obsession, envoûtée par l’idée de mettre fin à la mort et de récrire aujourd’hui « l’Alphabet » du vivant.

Le transhumanisme est finalement habité par un slogan, il faut vaincre la mort et il faut en finir avec le récit de la mort qui a jalonné toute la civilisation humaine.

Or pour solder cette civilisation ancienne, il faut finalement en finir avec les vieux oripeaux philosophiques ou religieux agitant les chiffons rouges. Ces chiffons rouges souvent agités afin d’empêcher l’homme de franchir une nouvelle fois, le fameux Rubicon du fruit interdit.

Le courant idéologique transhumaniste n’en reste pas moins en perpétuelle évolution, du fait des bouleversements techniques et de nouvelles perspectives offertes par les découvertes dans les domaines de la génétique et de la science informatique notamment quantique. Et paradoxalement ce courant progresse de façon vertigineuse avec la vacuité montante qui gagne ce siècle, avec le vide de la pensée qui devient la fabrique du mal.

Le personnel soignant face aux mutations de la médecine

Auteur Eric LEMAITRE

Éric LEMAITRE, est à la fois socioéconomiste et enseignant dans une école d’ingénieurs, il s’est spécialisé dans les domaines de l’éthique, s’est également investi depuis plusieurs années sur les questions touchant l’anthropologie, le transhumanisme, l’économie numérique. Il aborde dans plusieurs ses ouvrages notamment l’essai « La déconstruction de l’homme », la prétention de la technoscience à satisfaire tous les besoins de l’homme aspirant à être l’égal de Dieu. Avec lui nous découvrirons la résonance que prend la lecture de la dimension relationnelle et de la conscience à l’aune des prochaines mutations engagées au sein de notre humanité visant à déconstruire l’homme. Éric s’est également engagé dans la vie associative auprès des personnes en difficulté, des migrants. La vie interpersonnelle est pour lui une priorité comme la solidarité à témoigner auprès des autres…

Éric vient récemment de publier un livre que nous vous recommandons : Transhumanisme : La conscience mécanisée et qui est aujourd’hui référencée dans les principales Libraires Cultura, Fnac et Furet.

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En l’espace de cinquante ans, le monde médical a connu un véritable chamboulement, bouleversement. Un constat qui n’étonne en soi personne sauf ceux qui ont connu ce monde des médecins de famille.

Aussi loin que remontent mes souvenirs d’enfant, je me remémore les passages fréquents de notre médecin de famille, toujours attentionné à notre égard, un homme marqué par la bienveillance et qui avait fait de son métier un authentique sacerdoce que partageaient également d’innombrables médecins de sa génération. Cet homme avancé en âge, que nous appelions «Docteur » était pour nous, bien plus qu’un médecin, il était selon moi le témoin d’une époque marquée par le dévouement, l’altruisme, le service aux autres. Dans sa vielle Citroën, il sillonnait le jour et parfois la nuit, les routes pas toujours goudronnées de nos campagnes, pour les petits soins, nos angines jusqu’aux contagions plus sérieuses ou maux plus sévères.

Nous n’appréhendions pas sa visite, elle était plutôt rassurante, il donnait autant d’importance à la qualité de son diagnostic et son ordonnance qu’à toute sa dimension relationnelle, qui faisait de lui et auprès de mes parents, le médecin de famille.

Ce vieux médecin incarnait l’image que je me faisais des soignants incluant ici l’ensemble du corps médical, ces personnes qui ont fait de leur métier une vocation, un sacerdoce celle de prendre soin de l’homme et de tout l’homme. Il me semblait à l’époque que l’on rentrait en médecine comme en rentre en religion, il fallait ressentir un appel, une vive inclination, une forme de mission pour embrasser ce métier. Enfant je ne m’imaginais pas qu’il fallait également du courage, pour s’affronter à l’armée des microbes, braver la légion des bactéries, et mener cette lutte impitoyable contre ces micro-organismes qui venaient générer fièvres ou boutons, affaiblir notre corps au point parfois de menacer son existence. Ce médecin de famille me semblait être une forme de héros, toujours prêt à se rendre disponible. Jamais, il ne renonçait à ses rendez-vous ou prétextait ne pas avoir le temps ou dire à ma mère, « ne vous inquiétez pas, il guérira tout seul » ! Non, notre « Docteur » faisait volontiers un détour, il passait à la maison, notre domicile prenait son stéthoscope pour écouter les battements de notre cœur ou les sifflements de nos poumons ; puis il enchainait en déclamant son diagnostic, mais mieux, il avait le remède pour nous soigner et les mots pour mettre fin à nos maux, à nos tourments d’enfants déjà démunis face à la maladie et ce qu’elle avait comme capacité à laminer notre énergie, à amoindrir notre « hyperactivité».

Voilà l’image de mon enfance, celle de ce vieux médecin de campagne, un brin paternaliste, soucieux de l’autre, homme de relation sachant embrasser le corps comme l’âme de ses patients. Évoquer pour moi ce vieux médecin de famille me renvoie à cette société qui est de nos jours, devenue comptable du temps, bureaucratique, matérialiste et technologique. Or le vrai sens de la vie se trouve peut-être dans l’intimité affective et la chaleur de la réassurance, des relations que l’on engage avec le patient, ce rapport avec l’entourage du malade pour prodiguer de l’attention et du conseil. L’image relationnelle que renvoie ce médecin avec ses patients allait bien au-delà d’un bilan méticuleux, il avait le souci de l’entourage familial, savait prendre le temps de l’écoute, mais ne pressait pas le pas pour dérouler sa journée. L’homme ne s’arrêtait pas au corps, il écoutait aussi l’âme de ses patients, il ne réduisait pas le corps à une mécanique qu’il fallait coûte que coûte réparer, il fallait traiter l’être dans sa complétude. Soigner n’était pas pour celui que l’on nommait « Docteur », seulement l’affaire d’une prescription d’un dopant, d’un sirop ou autre breuvage.   Ce médecin considérait son patient et non son client dans toute sa dimension ontologique, c’est-à-dire comme un être, un sujet, mais il n’occultait pas le corps, et cette préoccupation qui lui permettent de juger le patient comme un être unique, et en même temps, les symptômes comme signes pathognomoniques.

50 années plus tard, l’enfant que je fus, n’a pas au moment présent, de perceptions altérées concernant cette médecine proche du patient, de ces médecins, infirmières et aide-soignants, soucieux du confort, du bien-être de leurs patients. Effectuant aujourd’hui de nombreuses visites de patients hospitalisés, je songe notamment à cet ami de 47 ans qui est un habitué des hôpitaux, cet ami que j’appellerai ici Fred est confronté à une grave pathologie qui l’a conduit dans ces dernières années à passer davantage de temps dans une chambre d’hôpital qu’au sein d’une maisonnée. La maisonnée de Fred, si le terme maison convient, est « habitée » par la précarité, l’insalubrité, des conditions de vie qui sans aucun doute ont une relation de cause à effet sur sa santé. Longtemps je fus surpris tout comme un autre ami qui le suit, que l’hôpital ne traite sérieusement ses problèmes récurrents de récidive touchant à sa santé. Cette santé fragilisée notamment par son obésité et cette maladie respiratoire qui l’ont amené à connaitre, des pertes de connaissances, des syncopes répétées.

J’avais durablement le sentiment que nous étions confrontés à cette médecine qui devait obéir à des règles de gestion, subissant l’étau de la rationalité financière, des pressions croissantes pour fournir des soins minimums, réduire les temps d’attente avec des ressources limitées, mais une médecine qui n’avaient pas pris la mesure de couvrir l’ensemble des problèmes affectant la vie de mon ami Fred. Pourtant un professeur de médecine est sorti de cet étau comptable, du cadre médical, de son périmètre de spécialiste démêlant l’écheveau formé par toutes les données biologiques et cliniques, et leur application au cas de Fred. Ce professeur de médecine s’est employé à s’intéresser non seulement au corps de son patient, mais à l’être humain, à ses conditions de vie, à son entourage, à sa maison. Fred a été affecté à son service et une vraie mobilisation s’en est suivie, entrainant l’ensemble du service et tout le personnel à remédier aux problèmes qui perturbaient la santé de Fred. Ce professeur de médecine me fit songer finalement à notre médecin de famille, à cette dimension qui touche à l’intelligence relationnelle qui embrasse la vie du malade et cette vie qui ne se réduit aux symptômes que renvoie le corps qui n’est finalement que le réceptacle plus large d’un enchevêtrement complexe fait d’ambiances et de conditions de vie. Fred est aujourd’hui sur un chemin de renaissance, perdant du poids, respirant mieux, il est sur la voie de la guérison. Et sur ce chemin, Fred aura besoin de soutien, celui des infirmières et des aide-soignants, du pasteur Christian qui l’entoure de toute son affection fraternelle. Le professeur de Médecine s’est finalement gardé d’abandonner Fred à sa seule autonomie et sa vulnérabilité de malade, ce professeur s’est soucié avant tout d’un être humain, de sa dignité de patient.

S’il existe des ilots d’une médecine garante de la qualité relationnelle à offrir aux malades, la médecine change pourtant, parce que le monde change, traversé par ses transitions plurielles que viennent afficher les nouvelles normes sociétales, les nouvelles sociologies, l’envahissement de la sphère administrative et la dimension technologique qui rendent les rapports médecins et patients infiniment plus complexes qu’ils ne l’avaient été dans les années 60, celles de mon enfance.   Les questions autour du monde des soignants se posent déjà et sont multiples, celles du poids que revêt une bureaucratie de plus en plus lourde et qui viennent entacher les rapports avec le malade réduisant ainsi le temps donné à l’âme et la consacrer davantage au corps malade. Le malade n’est pas juste une mécanique qu’il conviendrait de réparer, un patient qui se voit attribuer une identité que lui donne une carte de sécurité sociale, non le malade reste un être dans toute sa singularité et sa fragilité. Mais les temps changent et les mutations sont innombrables, les relations avec le monde médical nous conduisent à de nouveaux paradigmes, celles de l’efficience médicale, celle de la culture technologique qui construit la médecine du futur ou oserais-je dire transhumaniste, celle de la rentabilité, des quotas de patients imposés aux médecins sous peine d’une baisse de leur rémunération. Mais au-delà de ces constats, c’est également le rapport au malade qui s’en est trouvé bouleversé, il fallait aussi reporter l’implication sur le malade, le conduire à s’auto déterminer, prendre ainsi toutes les précautions pour amener davantage d’autonomie, de prise de responsabilité chez le malade, ce qui n’est pas en soi une détérioration de la relation patient et médecin, mais en revanche peut conduire à rejeter toute la dimension de la décision médicale sur le patient. De tels contextes risquent alors d’entretenir chez le médecin une forme d’indifférence à l’égard du devenir du patient. Une indifférence qui tendrait à s’accentuer avec l’avènement d’une technoscience qui s’en remet au pouvoir de la machine toute puissante pour assister le médecin dans le diagnostic focalisé sur le seul corps du patient.

En 2018, je fus convié à participer à une journée de réflexion sur les projets de la loi bioéthiques, plusieurs groupes de travail avaient été organisés autour de nombreuses thématiques, j’avais choisi pour ma part la thématique orientée sur la médecine augmentée qui aborde entre autres l’avènement de l’intelligence artificielle. D’emblée, j’ai ressenti à la fois une vraie convergence de questionnements entre les participants de cette table ronde, comme une méfiance partagée vis-à-vis d’une robotisation susceptible demain d’envahir toutes les sphères de la médecine et le monde des soins. L’enjeu est bien ici l’homme et le respect dû à sa finitude, sa fragilité. Confier à la machine le soin de diagnostiquer et demain pourquoi pas de l’opérer via des « automates » experts, en dit long sur le chemin que prend le développement d’une médecine à l’aune d’une science post-moderne qui n’est plus celle d’Hippocrate. L’avènement de l’Intelligence artificielle va transformer les pratiques médicales et va sans doute induire une mutation radicale et profonde des processus d’analyse et de prise de décision dans toutes les sphères de la santé réorientant les pratiques professionnelles, de toutes les professions de santé, mais surtout impactant la dimension relationnelle entre le patient et son médecin, mais aussi et également tout l’environnement médical. Ainsi se pointera dans votre chambre un gentil robot vous apportant le repas du soir, après la visite d’un autre androïde relevant les indicateurs santé de la veille et vous prenant bien entendu la température.

L’autre grand point d’inquiétude pour les personnels soignants est l’avenir de la relation patients-soignants : l’ensemble des personnels du corps médical est en effet de plus en plus nombreux à penser que la proximité et la confiance entre soignants et patients risquent de se détériorer dans les années à venir, pointant notamment le risque d’éloignement, de distance voire de « déshumanisation » de la médecine livrée entre les mains de ces nouveaux appareillages hyper technicisés. Plus prosaïquement il faudra à terme également s’effrayer du rôle que jouent déjà et que vont jouer les applicatifs numériques ou les sites virtuels référencés sur Internet permettant au patient de « consulter », d’avoir accès à une somme artificielle d’informations, puis de se soigner par lui-même, de s’auto médicamenter. Ce mouvement inéluctable de notre société post médical nous conduira vers un malade « déconnecté » de tout rapport avec le réel, un malade qui sera sans aucun doute dans le déni de contextes qui sont de nature à expliquer ses symptômes. Ne nous leurrons pas, l’univers numérique découle de l’hyper-individualisme de notre post modernité, cet univers digital envahit peu à peu notre monde relationnel, il affaiblira sans nul doute le rapport de confiance qui s’était jusqu’alors instauré avec les avis prodigués et émanant de tous les corps médicaux et de vrais spécialistes non virtuels. Les réalités de la numérisation de la santé amorcent un basculement dont on peine encore à anticiper toutes les conséquences, tous les effets délétères ; les rêves des partisans d’une techno médecine interrogent viscéralement nos repères éthiques comme philosophiques et sont sur le point d’effacer le souvenir de ce médecin attaché à la relation avec son malade, le médecin de mon enfance, un médecin qui traitait dans toute sa dimension : le corps comme l’âme et la conscience qui l’habite.

Éric LEMAITRE

Les enfants cobayes modifiés par CRISPR Cas9

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Source : Alliance Vita :

Bébés CRISPR : Les inquiétudes se confirment

L’affaire des premiers bébés génétiquement modifiés par CRISPR-Cas9, nés en novembre 2018, ne cesse de se compléter d’informations alarmantes. Cette expérimentation a abouti à la naissance de deux fillettes, véritables cobayes de la technique qui les a créées.

Lors de son annonce, qui avait suscité une réprobation mondiale, le scientifique à l’origine de cette grave transgression, He Jiankui, expliquait avoir franchi cette ligne rouge car il poursuivait l’hypothèse de « rendre ces bébés résistants au VIH », en désactivant un gène, le gène CCR5. Ce gène code, notamment, pour un récepteur placé sur des cellules du système immunitaire (les lymphocytes). Or, le virus VIH utilise justement ce récepteur pour pénétrer ces cellules et les infecter.

Peu après, des voix se sont élevées pour dénoncer ce qui semble être les réelles intentions de cet apprenti-sorcier. Il souhaitait expérimenter l’impact de cette modification sur les facultés cognitives, car ce même gène CCR5 pourrait être impliqué dans les facultés d’apprentissage, ce qui n’est qu’une supposition.

Rapidement, et face au tollé mondial suscité, les revues scientifiques avaient refusé de publier l’étude, car le scientifique avait enfreint des règles éthiques et déontologiques. Si bien que ce document a été tenu relativement secret. Mais il semblerait que JAMA (Journal of the American Medical Association) soit actuellement en train de l’étudier, et l’aurait confié à de nombreux experts, y compris à George Church de la Harvard Medical School. Mais est-ce aux revues scientifiques de faire « la police » des transgressions éthiques ? Des experts ont demandé à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) de se pencher sur ce grave problème. L’OMS a créé un groupe d’experts et élaboré l’idée d’une hotline pour signaler toute tentative de fabrication de bébés génétiquement modifiés.

Une journaliste de la MIT Technology Review a pu se procurer le document d’origine et l’a transmis à quelques experts. Leurs conclusions, présentées en 12 points, sont accablantes. Les questions soulevées sont multiples. Elles concernent, par exemple, la liberté et le consentement éclairé des parents ; n’ont-ils pas été contraints, tenus dans l’ignorance des enjeux, manipulés ? Mais aussi les données tenues secrètes, comme les noms des personnes impliquées (spécialistes de la fécondation in vitro, obstétriciens) ne sont pas mentionnés. Pourquoi ? Etaient-ils au courant de ce qu’ils faisaient ? Et bien entendu, ces experts dénoncent les nombreux biais scientifiques, une fraude à la réglementation de la procréation assistée etc.

Le document de He Jiankui démontrait déjà que ces embryons génétiquement modifiés étaient des « mosaïques », c’est-à-dire que d’autres mutations que celles ayant motivé l’expérience se sont produites à d’autres endroits du génome, de manière différente d’une cellule embryonnaire à l’autre, ce qui rend les conséquences imprévisibles.

Ces enfants, nés de bricolages procréatifs, sont pris en otage de leur mode de conception, et en payent le prix. Il est urgent de mettre un coup d’arrêt mondial à ces transgressions, qui ne sont même plus des essais sur l’homme, mais des essais d’homme.

En ouvrant la voie à la création d’embryons transgéniques pour la recherche, la loi bioéthique française alimenterait cette transgression. Il est encore temps pour les sénateurs, qui examineront cette loi en janvier 2020, de revenir sur cette mesure.

La mécanisation de l’humanité est en cours…

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Des scientifiques

viennent de créer les premiers neurones bioniques au monde

Derrière les prouesses technologiques, il est nécessaire d’avoir toujours une lecture circonspecte….

Pour la toute première fois, des chercheurs ont réussi à créer des neurones artificiels sur des puces de silicium qui agissent comme si c’était la réalité. Il s’agit d’une réalisation majeure qui laisse beaucoup de place aux dispositifs médicaux qui peuvent guérir les maladies chroniques. Elles sont très petites et nécessitent incroyablement peu d’énergie pour fonctionner, elles sont donc adaptées aux implants médicaux. Le potentiel est énorme.

Les neurones artificiels sont quelque chose qui était attendu depuis longtemps et maintenant qu’ils sont enfin là, les possibilités sont infinies ! Elle ouvre d’énormes possibilités pour toutes sortes de dispositifs médicaux qui pourraient changer des vies à jamais, voire les sauver. Nous entrons dans une nouvelle ère de la médecine.

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Des scientifiques viennent de créer les premiers neurones bioniques au monde

Guerre et Paix : les nouveaux maîtres du Monde

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Auteur Eric LEMAITRE

Le XXe siècle a été le témoin de tragédies meurtrières. Témoins de ces désastres, les deux guerres mondiales qui ont agrégé ensemble des pertes humaines, avoisinant, 77 millions de morts, sans doute beaucoup plus. Ces fléaux apocalyptiques ont laissé une empreinte indélébile dans la mémoire de l’humanité y compris dans la suite des générations. Les commémorations entretiennent depuis la mémoire de ces fléaux dévastateurs. Les nations dominantes ont longtemps cru que l’arme atomique suffisait à paralyser définitivement les intentions bellicistes, mais pour combien de temps ? Comme pour effacer les ravages de leurs conquêtes ; ces mêmes nations se sont ensuite engouffrées dans une autre forme de colonisation du monde, celle des affaires, du business, du commerce. Un commerce pacifique, mais qui s’en prend aujourd’hui aux ressources de la Terre. Après s’en être pris à la chair de l’homme, le monde s’en prend désormais à la Terre comme pour achever ce cycle infernal commencé avec Caïn[1] le forgeron devenu meurtrier de son frère. Mais pour échapper à de nouveaux conflits sanglants et destructeurs, la technologie savante s’est inventé l’arme fatale capable d’éloigner d’éventuelles nations farouches tentées d’en découdre à nouveau.  Fort d’un arsenal atomique capable d’éliminer l’humanité, les états se sont investis par la suite sur d’autres champs de conquêtes, imaginant sans doute plus subtil de s’employer à posséder l’âme des hommes, plutôt que d’écraser les corps.

Ensuite de quoi, je suis persuadé que l’arme atomique est en soi dépassée ; cette arme destructrice qui en voulant imposer la terreur ou une simple menace ne constitue plus une arme stratégique suffisamment puissante et dissuasive. La machine soi-disant pensante est en réalité cette nouvelle arme à la fois dissuasive et offensive qui permettra demain de régner sur les peuples et avec ce monde hyperconnecté de contrôler y compris la folie humaine. Le but de ce système est bien in fine de soumettre les peuples, un but qui est en fin de compte commun avec le milieu belliqueux qui emploie la force guerrière pour imposer ou imprimer sa loi. S’il est vrai que la machine pensante n’a pas finalement l’aspect coercitif que revêt la force mécanique d’une division militaire, il n’en demeure pas moins que la finalité de l’IA sera la même ; discipliner les peuples puis les contraindre en manipulant les âmes. Nonobstant la stratégie pour atteindre ce but passera par le divertissement, les gens seront sommés de se distraire, mais cela ne leur sera pas imposé puisque c’est l’habitude addictive qui les conduira à la servitude.

La Silicon Valley de l’oncle Sam’s ou celle de « l’Empire du Milieu » ont ainsi un seul rêve, ce rêve n’est pas celui de conquérir des territoires, mais bien d’exercer leur emprise sur les consciences. L’enjeu est d’assujettir les comportements et d’habiter les âmes plutôt que d’envahir les espaces géographiques. Le nouvel affrontement qui se livre de cette façon au sein même de notre postmodernité relève davantage d’une conquête de la conscience de l’homme, plutôt que la mise au pas, des nations subissant le joug de l’oppresseur. Chers amis les nouveaux maîtres du monde sont bien les algorithmes qui orientent la vie des consommateurs qui n’ont pas eu besoin ni de la terreur ni des armes de guerre pour imposer leurs lois et asservir les peuples. La technologie des algorithmes est la nouvelle artillerie numérisée au service de l’ambition des Silicon Valley pour imposer son joug et son système digital afin de civiliser l’homme prédateur et assurer un règne de « volupté », de « paix » et de « sécurité ». Mais pour combien de temps ?

[1] Le mot hébreu : קין Qáyin signifie « javelot », mais aussi par métonymie « forgeron ». Ce qui nous rapproche ici au Mythe de Prométhée.

L’homme Cyborg : Rien de nouveau sous le soleil…

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L’homme mutant préfigurant le post-humain sera-t-il le prochain stade de notre évolution ? La profusion de produits technologiques de ces nouveaux artefacts, familiarise et conditionne l’homme sur l’avènement d’une suprématie de la technologie qui embrassera le monde ou l’embrasera.  La promesse de se façonner, en s’appuyant sur les convergences technologiques de l’informatique, de l’information cognitive, de la génétique et de la bio technologie afin de rendre possible la greffe l’homme avec de nouveaux attributs décuplant une puissance démiurgique se fait réalité. Pourtant l’homme mutant, l’homo cyborg ou l’homme « machinisé » est bien ancré lui aussi dans la mémoire de notre humanité, l’androïde comme nous pouvons le concevoir aujourd’hui appartient lui aussi à l’imaginaire des grands mythes qui ont façonné la civilisation antique grecque et romaine. Un des visages qui préfigure l’homme « machinisé » est cette création en ivoire qui représente la nymphe Galatée dont le sculpteur Pygmalion fut éperdument amoureux. La statue reçut le souffle de vie qui lui avait été donné par la déesse de l’amour Aphrodite. Ce rêve d’embrasser l’objet de ses désirs ou de fantasmer la reprogrammation de notre cerveau dans un robot, est finalement celui des transhumanistes. Ces transhumanistes comme le sculpteur Pygmalion qui caressent le désir eux aussi de se laisser fasciner par un objet pensant et interactif, également implantable à notre cerveau qui devient pour le coup un objet vivant ou un supplétif hybridé qui renforce nos capacités cognitives. Toute la littérature qui traverse l’histoire de notre humanité et précède cette fameuse « singularité technologique »[1] est tout simplement fascinante ! Que dire également de ce géant de Bronze Talos forme d’automate forgé par Héphaïstos le Dieu du Feu, gardien de l’île de Crête. L’imagination de l’homme bien au-delà d’un environnement qui serait celui des machines, transcende toute la dimension technique. Cette imagination devance les plus grandes innovations technologiques que nous connaissons à ce jour. De l’androïde humanisé à l’homme machinisé, bien plus tôt qu’Isaac Asimov qui imagina le personnage de Andrew le robot, le romancier Edgar Allan Poe nous dépeint le personnage d’un général rafistolé, rebricolé à partir de prothèses. En 1879 le journaliste Edward Page Mitchell publia lui aussi une nouvelle tout à fait remarquable « L’Homme le plus doué du monde », l’écrivain qui baignait dans le monde paranormal et surnaturel fut le premier à imaginer un ordinateur “pensant” trois quarts de siècle avant que l’idée ne germe elle aussi chez les romanciers de science-fiction. En se basant sur les travaux du mathématicien Charles Babbage qui fut le premier inventeur à concevoir une machine analytique, une calculatrice mécanique, appelée machine à différences destinée au calcul et à l’impression de tables arithmétiques, et d’Ada Lovelace une des grandes pionnières de la science informatique, Edward Page Mitchell imagina également la pensée artificielle, mais aussi le cyborg, en effet dans une nouvelle, il conçut  que le cerveau d’un simple d’esprit pouvait être remplacé par celui d’un ordinateur.

L’homme cyborg ne relève plus seulement de l’imaginaire d’Homère et les poèmes d’Hésiode, ou des romanciers de science-fiction contemporains ou non mais bien d’une réalité qui est aujourd’hui aux portes de notre humanité.

A lire également… Les cyborgs sont déjà là… !

https://hitek.fr/actualite/cyborgs-parmi-nous-20-personnes_5727

[1] Source Wikipédia : La singularité technologique est l’hypothèse selon laquelle l’invention de l’intelligence artificielle déclencherait un emballement de la croissance technologique qui induirait des changements imprévisibles sur la société humaine.

Neil Postman : Étourdir ou Museler la conscience

L’attention n’est plus celle donnée aux autres, mais à celle donnée à nos objets toujours augmentés, à la ronde perpétuelle des divertissements, ces « vaudevilles » et « babillages » diffusés à longueur de journée par nos écrans[3]. La société transhumaniste développe ses supports numériques qui agissent en nous comme de véritables « derricks[4] », de véritables plateformes pétrolières, aspirant les données de toutes nos consommations quotidiennes associées aux usages que nous faisons de nos smartphones et autres objets de communication. Aussi comme le souligne Bruno Patino dirigeant de presse, et auteur du livre « la civilisation du poisson rouge », la prédation s’est greffée sur nos usages numériques « c’est la prédation de notre attention ». Or plus notre vie intérieure est forée par les derricks du monde numérique, plus ce monde corrompt et endommage, la source de vie qui nourrit notre âme. Quelle est donc la valeur morale d’une société quand cette dernière promeut la culture consumériste comme la seule dimension qui vaille ?

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Auteur : Eric LEMAITRE

Entre deux Léviathans : le monde de Orwell « 1984 » et le monde de Huxley « Le meilleur des mondes », le léviathan que nous aurions à craindre, n’est pas celui de Orwell qui muselle la conscience, mais bien le « Meilleur des mondes » qui l’étourdit. Pour Neil Postman[1], les gens viendront à aimer et à apprécier ce qui les opprime finalement, ils se laisseront volontiers déposséder de leur liberté préférant l’hédonisme et les petits plaisirs « ils finiront par aimer « [2]les technologies qui détruiront leur faculté de penser ». 

Nous sommes aujourd’hui dans le temps volé, le temps gaspillé, le temps des âmes devenues les otages de prédateurs qui maîtrisent les communications chronophages, celles qui phagocytent notre relation qui n’est plus ainsi donnée aux autres. Ce temps volé est bien l’assèchement de ce qui nous relie aux autres. Je consultais et visualisais une page de couverture d’une revue qui titrait « notre planète a soif » avec l’illustration d’une photo présentant un sol craquelé, morcelé, un sol désolidarisé et asséché. Si le monde semble bien frappé par une crise climatique, ce même monde ne semble pas avoir compris qu’une crise des consciences est également en cours. Cette crise est celle des consciences asséchées, une crise aussi cataclysmique que celle qui concerne le climat, car cette crise affecte la dimension relationnelle. Elle provoque la désocialisation créant le délitement de la communauté. Le transhumanisme qui vante et promeut l’individu est finalement un processus de démantèlement de la conscience collective, son projet est bel et bien de détruire ce qui me relie à l’autre pour amorcer cette subordination aux objets de la civilisation transhumaniste. L’enjeu d’une telle civilisation sera dès lors de capter l’attention, et de me détourner de toute vie intérieure et de toute vie relationnelle et aimante.

Les nouveaux « derricks » chasseurs de data

L’attention n’est plus celle donnée aux autres, mais à celle donnée à nos objets toujours augmentés, à la ronde perpétuelle des divertissements, ces « vaudevilles » et « babillages » diffusés à longueur de journée par nos écrans[3]. La société transhumaniste développe ses supports numériques qui agissent en nous comme de véritables « derricks[4] », de véritables plateformes pétrolières, aspirant les données de toutes nos consommations quotidiennes associées aux usages que nous faisons de nos smartphones et autres objets de communication. Aussi comme le souligne Bruno Patino dirigeant de presse, et auteur du livre « la civilisation du poisson rouge », la prédation s’est greffée sur nos usages numériques « c’est la prédation de notre attention ». Or plus notre vie intérieure est forée par les derricks du monde numérique, plus ce monde corrompt et endommage, la source de vie qui nourrit notre âme. Quelle est donc la valeur morale d’une société quand cette dernière promeut la culture consumériste comme la seule dimension qui vaille ? C’est Neil Postman qui nous relate « [5]qu’à une époque de technologie avancée, la dévastation spirituelle risque davantage de venir d’un ennemi au visage souriant que d’un ennemi qui inspire les soupçons et la haine. Dans la prophétie de Huxley, Big Brother ne cherche pas à nous surveiller. C’est nous qui avons les yeux sur lui, de notre plein gré. Nul besoin de tyran, ni de grilles, ni de ministres de la Vérité… ». C’est ainsi que docilement, nous avons fini par accepter la souveraineté des « derricks numériques », nous avons tellement cru à la dimension du progrès, que nous n’avons pas réellement pris conscience que l’alphabet numérique était sur le point de façonner, de conditionner nos esprits puis de  transformer nos comportements en êtres corvéables.

Or de toute évidence, le monde transhumaniste ne peut en soi se déployer que s’il accède à cette capacité de nous distraire, de nous divertir de nous-même, voire même de modifier génétiquement les comportements des êtres humains pour obtenir d’eux plus de docilité, de malléabilité.  L’ère transhumaniste l’emportera et ne s’accomplira que si ses artefacts sont réellement parvenus soit à étourdir ou à museler notre conscience, à endormir notre capacité de penser. Or les signaux d’un tel monde nous sont déjà renvoyés, eu égard à l’abondance des consciences rivées sur leurs écrans, dépendantes des messages, de cette abondante dopamine émanant des réseaux sociaux, déversée également par les flots continuels d’informations reçus quotidiennement.

La modernité de notre époque est dominée par des formes d’idolâtrie et une nouvelle féodalisation celle de nos écrans.

Les écrans occupent une place envahissante dans nos vies et personne n’évite leurs pouvoirs captivants et assujettissants. Je n’échappe pas moi-même à l’addiction cathodique, à celle du smart phone, de la tablette, de l’ordinateur. J’éprouve aussi ce sentiment bizarre d’être comme dans un « bocal numérique », ce sentiment étrange d’être ainsi enserré ou piégé dans les griffes des algorithmes de l’internet.   Quotidiennement nous faisons l’objet, de stimuli, de sollicitations liées aux multiples notifications et autres signaux d’informations émanant de nos écrans. Les économistes comme les sociologues ont donné un nom à ce phénomène qu’ils ont appelé l’économie de l’attention. Une bataille économique se livre en effet dans les esprits, il s’agit de retenir l’attention, de la capter, de la solliciter, de la détourner. L’attention est devenue une ressource, une ressource même rare tant les sollicitations sont plurielles, innombrables. L’attention est le véritable enjeu pour le monde de l’économie numérique. Sur ces marchés de l’attention, nous sommes ainsi comme consommés, gérés par nos artefacts qui viennent en quelque sorte grignoter une part de nous-même, éroder une part de notre vie intérieure, une part finalement de notre conscience. Nous nous laissons ainsi comme absorbés, vampirisés par les signaux numériques. C’est comme si toute notre conscience se laissait elle-même impacter par le pouvoir des images, divertir par ce cirque numérique, nous laissant entraîner dans l’indolence, l’apathie d’un divertissement de notre âme. Or je pressens chez bon nombre de contemporains une forme de fatigue, de saturation, d’épuisement et d’incapacité finalement à réagir, l’impossibilité de s’opposer vigoureusement à cette force captivante qui veut s’emparer de toute notre âme. Nous nous laissons entraîner comme emportés par la spirale de l’ennui, la volupté de la monotonie, il est devenu ainsi comme vital de nous distraire. L’économie de l’attention nous plonge peu à peu dans la somnolence, l’engourdissement et la paresse de discerner ce qui est utile ou non. Pour Neil Postman, nous devons redouter cette post modernité en ce sens qu’elle porte en soi les germes d’une forme de destruction de nous-même, en raison du plaisir qu’elle nous inflige « au point que nous en soyons réduits à la passivité et à l’égoïsme[6] »

Dans cet univers dystopique du transhumanisme, deux mondes possibles de l’information finalement se dessinent, celui du meilleur des mondes nous abreuvant d’une multitude de messages, de communications, ou rien, nous est en soi interdit, nous pouvons tout lire, tout découvrir, ou bien c’est le monde du contrôle, de la conscience entravée, tenue en laisse comme ligaturée. Ces deux mondes existent bel et bien, incarnés par les consumérismes d’état ou celui de sphères économiques privées. La chine est le symbole même de la totalisation des esprits sanglés, le monde occidental libéral et libertaire celui des esprits que l’on étourdit, que l’on distrait. D’un côté il convient de distraire puis d’anéantir l’âme, de l’autre il faut soumettre et de nous déposséder de toute liberté. Des deux côtés, la conscience devient littéralement passive parce qu’assommée. Rappelant la pensée de Aldous Huxley, Neil Postman l’auteur de « se distraire à en mourir » évoque à nouveau l’apathie de la conscience « qui s’est adaptée aux distractions technologiques ». Dans le monde néo consumériste, il faut à tout prix inoculer du plaisir dans l’esprit des gens, provoquer une forme d’ivresse, par l’abondance de biens et d’images. Pour Neil Postman la tragédie de notre époque ne sera « pas de rire au lieu de penser, mais de ne pas savoir pourquoi ils riaient et pourquoi ils avaient arrêté de penser[7] ». Réveiller la conscience semble être la seule alternative, elle passait selon Neil Postman par l’école, mais nous assistons à cette longue dérive de l’école, elle-même happée par l’aspiration du bocal numérique, conditionnant les futures générations à l’ère d’un monde transhumaniste qui aura su harponner la conscience intérieure afin de nous conduire à une absolue docilité sous peine de mourir.

[1] Neil Postman 1931 – 2003) critique culturel et théoricien des médias américain

[2] Citation extraite du livre « se distraire à en mourir » de Neil Postman Editions Pluriel page 14

[3] Propos inspirés par la lecture « Se distraire à en mourir » de Neil Postman Edition Pluriel page 232

[4] Le terme « derrick » est utilisé comme une métaphore il fait référence à ces tours en bois ou en métal soutenant le dispositif de forage d’un puits de pétrole

[5] Citation extraite du livre « se distraire à en mourir » de Neil Postman Editions Pluriel page 232

[6] Citation extraite du livre « se distraire à en mourir » de Neil Postman Editions Pluriel page 14

[7]  Citation extraite du livre « se distraire à en mourir » de Neil Postman Editions Pluriel page 242

L’arrogance transhumaniste

Si l’amour de soi et la dimension de l’avidité à toujours posséder plus, constituent finalement la matrice d’une appétence pour les biens augmentés, il n’est pas contestable que l’arrogance est une posture qui conduit l’homme à cette recherche inénarrable de la toute-puissance, cette envie de posséder éventuellement l’objet qui reflète en quelque sorte le besoin d’exprimer une forme d’autorité.  Ainsi l’arrogance est bien le prolongement d’une forme de narcissisme, d’amour de soi, une manifestation, une posture de l’hégémonie qui peut naître ou résulter de cette volonté de disposer des attributs qui me donnent l’illusion de la supériorité, l’illusion d’une supériorité physique, intellectuelle, une forme de pathologie déviante exprimée par la soif d’impressionner les autres, de désir de pouvoir, d’équipements cognitifs ou de nouvelles prothèses qui confirmeront ma supériorité, ou ce besoin impérieux d’écraser, d’imposer une forme de force, d’autorité.

Auteur Eric LEMAITRE 

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Si l’amour de soi et la dimension de l’avidité à toujours posséder plus, constituent finalement la matrice d’une appétence pour les biens augmentés, il n’est pas contestable que l’arrogance est une posture qui conduit l’homme à cette recherche inénarrable de la toute-puissance, cette envie de posséder éventuellement l’objet qui reflète en quelque sorte le besoin d’exprimer une forme d’autorité.  Ainsi l’arrogance est bien le prolongement d’une forme de narcissisme, d’amour de soi, une manifestation, une posture de l’hégémonie qui peut naître ou résulter de cette volonté de disposer des attributs qui me donnent l’illusion de la supériorité, l’illusion d’une supériorité physique, intellectuelle, une forme de pathologie déviante exprimée par la soif d’impressionner les autres, de désir de pouvoir, d’équipements cognitifs ou de nouvelles prothèses qui confirmeront ma supériorité, ou ce besoin impérieux d’écraser, d’imposer une forme de force, d’autorité.

La soumission et la domestication de la nature aux fantasmes de la Silicon Valley est bien là l’expression de l’arrogance, le souhait de transgresser les interdits d’hier, de s’en affranchir pour prétendre à une nouvelle vision du monde, gommant les représentations qui ont façonné « l’ancien monde ». Une amie écoutant mon intervention lors d’un exposé sur l’anthropologie transhumaniste, m’indiqua de consulter un passage de la Bible dans 2 Chroniques 26.15[1], dans ce passage, ce qui est en effet interpellant, n’est pas finalement le problème posé par l’innovation mécanique conçue par un ingénieur et qui devait assurer la défense d’Israël, mais bien l’usage et le rapport à la machine. Le Roi Ozias a en effet fait un mauvais usage de cette machine destinée à défendre Jérusalem, la conception de cette machine par un ingénieur lui permit en effet d’étendre son pouvoir et de bâtir sa renommée. Lorsque le Roi Ozias eût affermi, « son cœur » nous rapporte le livre des Chroniques, « s’enhardit jusqu’à entrainer sa perte », le roi Ozias s’enhardit finalement de ses succès, de ses réussites. La toute puissance du Roi Ozias résultant des inventions ont fini par lui garantir son autorité, cette toute puissance l’emmena finalement à transgresser les interdits religieux d’Israël, puisqu’il avait l’intention d’administrer lui-même le temple en s’appropriant en quelque sorte l’exercice du culte. Ce roi ne se donna plus aucunes limites du fait d’un appétit quasi hégémonique. Cet appétit hégémonique qui est dans le cœur des ingénieurs de la Silicon Valley et de l’Etat Chinois qui rêvent de faire naitre l’âge d’or du fait de la confluence des grandes avancées technologiques qui vont façonner demain les demandes, les désirs des consommateurs, eux-mêmes devenus les gisements de ces nouveaux empires numériques puisant à partir de ces nouvelles ressources, les nouvelles royalties, les pétrodollars, ou devrai-je plutôt écrire les « pétrodata ».

L’arrogance c’est lorsque nous ne sommes plus déterminés à fixer des bornes, ce qui fut le cas du Roi Ozias, qui ne donna aucune limite à l’hégémonie de son pouvoir politique tant il fut fasciné par le pouvoir que lui conférait le succès de ses machines. Grisé par ses succès techniques, le roi Ozias souhaita aussi investir la sphère religieuse qui lui était interdite selon la loi juive. Le monde des ingénieurs de la Silicon Valley, eux-mêmes étourdis par les nouveaux gisements que leur offrent ces nouvelles technologies absorbant l’or noir de nos datas, se caractérise ainsi par une idéologie ou bien une nouvelle théologie qui entend bien ne donner, plus aucune limite, souhaitant investir tous les domaines, en transgressant tous les champs de la vie sans respect pour la condition humaine et la dimension qui touche à la liberté de l’homme. Cette soif de posséder toutes les données de la vie est la condition du Roi Ozias qui entre dans le sanctuaire du temple, s’approprie l’interdit en brûlant lui-même les parfums du temple, ce passage biblique préfigure la condition de la Silicon Valley, ce monde numérique qui entre finalement dans le sanctuaire de la vie, celle de l’être humain. En aspirant à posséder finalement la conscience de l’homme et en répliquant cette conscience en aspirant créer des ordinateurs qui auront une âme, grâce à certaines propriétés quantiques, la Silicon Valley manifeste toute l’étendue de son arrogance sans conscience.   L’arrogance de la Silicon Valley [idem l’état capitaliste chinois] vise un objectif, se conférer en quelque sorte un pouvoir absolu sur la dimension de la vie, en dominant la vie, en la façonnant à coups d’algorithmes. La toute-puissance de la Silicon Valley se manifeste en ce qu’elle parla à la place de l’homme, en s’appuyant seulement sur la vision qu’elle se fait de l’homme sans consulter l’humanité, sans se laisser interpeller par le devoir de réfléchir ensemble à cette dimension qui caractérise l’âme humaine dans la dimension de sa conscience. Pour le monde des transhumanistes, l’être humain occupe seulement une place en tant qu’objet, en tant que donnée et non en tant que personne, non en tant qu’être sensible. En réalité le monisme spirituel des transhumanistes, qui nous réduit à la matière, fait de chaque homme l’expression en soi d’une donnée à capter ou à consommer, d’un objet à orienter afin qu’il consomme. Le transhumaniste est persuadé que sa vision du monde est la bonne, qu’elle doit s’imposer à tous. L’arrogance transhumaniste c’est finalement penser posséder la vérité dans le sens d’invalider ou de défaire toute autre perception et notamment celle spirituelle qui est de considérer la conscience et le sens de la vie associé à cette conscience comme étant l’empreinte de Dieu.  Réduire l’âme à un objet est une funeste arrogance, abaisser l’humain à la seule dimension des interactions biologiques ouvre finalement des perspectives mortifères, d’aliénation de la personne, d’aliénation de soi : vous ne vous appartenez plus, vous appartenez à une toute puissance arrogante qui prétend solutionner votre existence, en gérant le futur utile de votre génome, en décidant ce qui est utile, digne d’exister ou indigne d’existence. Le transhumanisme dans son arrogance entend finalement remettre en question toute la vision de la conscience de l’homme, en prétendant améliorer substantiellement la vie de son âme. L’approche transhumaniste dans sa vanité est ainsi de participer au bien-être de chaque être humain et de facto de participer à l’amélioration du monde, un beau programme qui finalement se débarrasse de tous les oripeaux de notre vieux monde et de ses principes qui recherchaient l’organisation de la cité autour du bien commun. Le transhumanisme est un formidable leurre, une fallacieuse politique de l’homme fondée sur l’égo-utilité, en déclarant ce qui est en soi bien et juste pour l’espèce humaine, surtout ce qui est bien et qui rapporte à ces centres d’extraction et de récupération de données que forment ces instruments de pompages des GAFAMI et BATX[2].

[1] 2 Chroniques 26.15-16 Il fit faire à Jérusalem des machines inventées par un ingénieur, et destinées à être placées sur les tours et sur les angles, pour lancer des flèches et de grosses pierres. Sa renommée s’étendit au loin, car il fut merveilleusement soutenu jusqu’à ce qu’il devînt puissant, Mais lorsqu’il fut puissant, son cœur s’éleva pour le perdre.

[2] BATX est un sigle forgé sur le même modèle de GAFA, il juxtapose les initiales de quatre entreprises chinoises considérées comme des « géants du net » (les puissantes multinationales liées aux TIC), à l’instar de leurs équivalents états-uniens. BATX : Baidu le Google chinois, Alibaba l’équivalent de AMAZON, Tencent applications de messageries et Xiaomi fabrication de SMARTPHONES.

Mère Térésa et Jean Vanier, les figures universelles de l’humanité non corrompues par le rêve transhumaniste

Note de l’auteur : Quand cet article fut publié, nous ignorions le séisme médiatique qu’allait provoqué l’affaire Jean VANIER. Si l’homme est remis en cause en raison de ses méfaits, l’oeuvre reste une mission magnifique et loin de nous de la remettre en cause. Les personnels de l’arche que nous connaissons doivent être ainsi très largement soutenus, car incontestablement , ils offrent à toute une population, un havre d’accueil et d’humanité. 

Auteur Eric LEMAITRE 

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Quelles figures demain s’imposeront au monde ? Serait-ce les philosophes, les grands noms de la science, non je ne le crois absolument pas ! Mais ce sont des figures banales, profondément banales qui imposeront leur mémoire,  des mémoires traversées par l’humanité de leurs gestes, celles entres autres de Mère Térésa, de Jean Vanier,  la liste de ces hommes et de ces femmes est évidement loin d’être exhaustive , mais ce qui me frappe en rappelant les figures de Mère Térésa et jean Vanier, c’est celle de leurs propres fragilité, un homme une femme qui ont osé être les voix de ce monde. Ces deux voix parmi d’autres sont selon moi, l’expression de voix discordantes,  révélant symboliquement un antagonisme, un contraste violent, avec ce nouveau monde qui nous fait entrer dans le post humain. Ainsi je songe à nouveau à Mère Térésa et son combat contre la mort, aux côtés des mourants de Calcutta. Ce combat auprès des mourants, ces laissés pour compte, ces miséreux abandonnés, est aux antipodes des transhumanistes, il me semble même que ce contraste est tellement pitoyable, si dérisoire, que cette vanité des transhumanistes est finalement minable aux côtés de celle qui a donné une humanité à un homme gisant sur un trottoir et à qui lui fut refusée la dignité d’un lit pour mourir. Le transhumanisme est un égotisme excentrique qui finalement n’engendrera ni la vie ni la dignité, tandis que la figure de Mère Térésa est le rayonnement planétaire de l’humanité transcendé par l’amour du prochain, transcendé par la dimension du cœur. Mère Térésa fut ainsi baignée par la dimension de la prière et fut rassasiée de cette dimension relationnelle portée par sa foi, cette foi qui incarnait et reflétait celle qu’elle aimait Jésus-Christ.  La conscience de Mère Térésa fut fondée sur cette dimension de la compréhension des autres en partant de cette conscience de nous-mêmes « [1]Pour mieux comprendre ceux avec lesquels nous vivons, il faut d’abord nous comprendre nous-mêmes », or l’enfermement sur soi, notre isolement égoïste nous conduit à cette désolation de l’âme, à cette pauvreté spirituelle, qui nous conduit à espérer une promesse qui ne peut vivifier ni la conscience, ni l’âme ni le cœur. Comment ne pas non plus, rapprocher la figure de Mère Térésa et celle de Jean Vanier, le fondateur de l’arche, Jean Vanier fut résolument tourné lui aussi vers les laissés pour compte, ceux que l’on appelle les déficients intellectuels. Le parcours de cet homme, simple a été orienté par une pleine conscience que l’identité de l’homme ne saurait être construite sans cette capacité d’ouvrir son cœur, sans cette capacité d’accueillir la bonté et la compassion qui éveillent en nous le désir d’humanité : « [2]Si chacun ouvre son cœur à des personnes faibles, une source de bonté et de compassion s’éveille en lui et forge son identité profonde ». Au fond à l’heure de l’homme augmenté, ces deux figures nous disent quelque chose de la conscience de la banalité du quotidien, eux qui secouent finalement la conscience universelle d’une humanité tentée par la vanité d’un saut dans le monde de la matière sans conscience, par la prétention d’augmenter l’homme tout en détruisant son âme, en déconstruisant sa conscience. Ainsi le plus grand ressourcement personnel, c’est lorsque nous n’avons plus peur d’aimer l’autre que moi-même et même si sa figure me semble si éloignée de moi-même, ainsi ce texte se conclue avec ces paroles admirables de Jean Vanier qui expriment en soi la beauté de la finitude, l’émerveillement de la fragilité, le mystère d’une vie présente auprès de ceux qui dans leur chair souffrent : « [3]Quand des personnes se rassemblent au-delà de leur appartenance culturelle ou religieuse, ce sont des cœurs qui se rencontrent, les préjugés commencent à disparaître et l’on découvre combien l’appartenance à un groupe fermé peut encourager l’illusion de la supériorité. » … « Par la relation avec le pauvre, le faible ou l’enfant, le cœur, la compassion et la bonté sont éveillés, et une unité intérieure nouvelle s’établit entre le corps et l’âme. Comme si la tension entre l’intelligence et le corps trouvait une résolution mystérieuse dans cette présence au pauvre. ».

[1] Mère Teresa ; Les pensées spirituelles (2000)

[2] Jean Vanier Lettre à des Amis

[3] Jean Vanier Accueillir notre humanité et Le Goût du bonheur

La vie relationnelle grignotée

En déplacement à DIE pour présenter mon premier essai « la déconstruction de l’homme », je décide au retour de m’arrêter chez de vieux amis rémois pour les saluer. Mon court séjour fut empreint de cette dimension relationnelle à laquelle je reste profondément attaché. Ecoutant mes amis, je fus attentif à celui de Marc dont le récit de vie est particulièrement touchant. Marc n’est pas une personnalité exubérante, extravertie, chez Marc tout est intériorisé, feutré, ce garçon habituellement réservé me relata avec beaucoup d’entrain son déplacement entre Valence et Erevan, du Vercors au Caucase, de la Drôme à l’Arménie, un périple de quelques milliers de kilomètres parcourus en vélo couché. Ce périple était animé par le désir d’investir l’effort au profit de la réhabilitation de l’école de Chirakamout.

Un avant goût de mon prochain Essai :

Transhumanisme : Le réveil de la Conscience ?

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Auteur Eric LEMAITRE 

En déplacement à DIE pour présenter mon premier essai « la déconstruction de l’homme », je décide au retour de m’arrêter chez de vieux amis rémois pour les saluer. Mon court séjour fut empreint de cette dimension relationnelle à laquelle je reste profondément attaché. Écoutant mes amis, je fus attentif à celui de Marc dont le récit de vie est particulièrement touchant. Marc n’est pas une personnalité exubérante, extravertie, chez Marc tout est intériorisé, feutré, ce garçon habituellement réservé me relata avec beaucoup d’entrain son déplacement entre Valence et Erevan, du Vercors au Caucase, de la Drôme à l’Arménie, un périple de quelques milliers de kilomètres parcourus en vélo couché. Ce périple était animé par le désir d’investir l’effort au profit de la réhabilitation de l’école de Chirakamout[1].

Son déplacement fut balisé par l’intensité des rencontres, de mille anecdotes, de richesses d’hommes et de femmes chez lesquelles il séjourna, d’entrevues inattendues, accidentelles. Plongé dans son récit, le visage de Marc fut celui d’un homme émerveillé, partageant cette découverte de l’intériorité enrichie par les milliers de visages croisés sur sa route. Le voyage de Marc est à mille lieues des vies urbaines assommantes et abasourdies par les rythmes trépidants, morcelés par les temps d’une consommation qui n’a plus pris goût à vivre dans les espaces d’une vie où l’horloge du temps peut s’arrêter pour celui qui veut vivre le présent qui s’offre à lui comme une offrande vivante.

Marc lui décida de ne pas emporter cette horloge, se délestant même de tous les objets encombrants, de tous ces objets techniques qui le relient au monde à l’exception de son téléphone qui le rapprochait en revanche de sa chère épouse Françoise. Mais au cours de son périple dans un lieu de nulle part, en Transnistrie une région autonome de Moldavie, par distraction ou inadvertance, il égara son téléphone et ne le retrouva plus, Marc était à mille bornes de chez lui, comment joindre alors son épouse, la rassurer, il décide d’entreprendre le chemin inverse pour scruter sur l’asphalte l’objet perdu, son regard se désole finalement de ne le trouver ni aux bordures des routes, ni dans les caniveaux.

La tristesse l’envahit sur ce chemin qui devait le mener en Arménie, la nuit de son manteau sombre commence à envelopper Marc, Marc poursuit sa route. Un homme lui fit des signes l’arrêta, cet homme qui se nomme Alex, lui adressa la parole, ou plutôt ils échangèrent en signes ne parlant ni l’un l’autre une langue commune, ils se firent cependant aider par une autre personne qui put s’exprimer en anglais, Alex, lui indiqua qu’il allait revenir pour le rechercher afin de le loger chez lui, il tiendra sa parole et il était accompagné de son épouse et de sa sœur. Marc embarqua dans sa camionnette et logea dans une assemblée chrétienne.  Le couple qui accueillit Marc avait préparé un repas gargantuesque, un menu à profusion, un véritable festin d’amitié, un accueil chaleureux. Le couple permit à Marc de joindre Françoise, l’épouse de Marc. Après cette rencontre dont l’empreinte de l’amour était manifeste, Marc eut ce propos sublime pour magnifier cette relation « Que valent quelques grammes de technologies face à des tonnes d’amour ? Une leçon dans ce monde où l’on privilégie la possession à la relation ».

Comment ne pas songer à ce roman fiction Fahrenheit 451, roman dystopique décrivant une société pleinement déshumanisée où la dimension même de l’amour semble totalement absente, chacun vivant pour soi désintéressé des autres et désintéressé par la mémoire que transmet la culture, dans un furieux égotisme, le monde de Fahrenheit 451 est celui de l’écran cathodique, préfigurant notre monde envahi par les tablettes et smartphones, le livre papier dans cette société sans âme étant interdit, il risque d’éveiller la conscience, les mots d’un livre impriment mieux l’âme de celui qui aime les pages, les touche. Ray Bradbury auteur du roman considère que le bonheur, le véritable bonheur émane de notre relation avec la nature et ne résulta pas de bonheurs artificiels : « Regarde le monde, il est plus extraordinaire que tous les rêves fabriqués ou achetés en usine. » ! Au fond Marc s’est employé à regarder le monde, c’est-à-dire les gens, ces gens, bien plus importants que les objets artificiels fabriqués dans les usines consuméristes, ces biens artificiels qui ne nous font pas de bien, le bien qui résulte seulement d’un geste amical, d’une main tendue. Marc a sans doute magnifié les paysages et cette relation avec l’air, la diversité que lui offre la vue de ces perspectives qui enchantent nos yeux, mais Marc a surtout magnifié l’amour, la relation à l’autre, au prochain.

La dimension relationnelle fut le fil conducteur de mon premier essai « La déconstruction de l’homme » coécrit avec Gérald Pech. Cette dimension relationnelle à laquelle est attaché Marc est aussi ce bien commun que je partage avec lui.  Cette dimension relationnelle comme la vie intérieure sont aujourd’hui grignotées, écorchées, dépouillées par une « civilisation[2] » technicienne qui a fait de l’homme son objet pour emprunter ici le propos du théologien Jacques Ellul.

Cette dimension relationnelle se délite, se désagrège au profit de connexions numériques, ces échanges désincarnés sans chair, sans substance, sans vie. Pour caractériser une société qui ne s’inscrit plus dans la dimension du lien. L’économiste et sociologue Jacques Généreux, utilisa ce mot étrange, celui de la « dissociété », une société désunie, vampirisée par l’assèchement des solidarités entre personnes, un monde à l’inverse de ce moment providentiel relaté par Marc.

Face au délitement de la vie relationnelle nous assistons bel et bien à l’émergence d’une société marchande qui entend redéfinir la vie relationnelle, l’anthropologie, prétendant ainsi civiliser l’homme en l’anesthésiant via la consommation des objets numériques, lui assurant le confort d’une vie programmée en lui faisant miroiter un âge d’or d’un monde augmenté, autonome et s’auto déterminant.

Nous entrons dans la civilisation de la rationalité indolente, celle qui calcule, régente, promet paix et sécurité, s’obstine à réduire nos actes et nos gestes à l’expression de données, traduites en codes. Nous subissons docilement l’injonction des machines prédictives qui ayant appris de nos comportements finissent par nous domestiquer, à nous emmener dans la dépendance, la subordination et à la toute-puissance d’une matière façonnée en nouveau golem[3].

Ce qui est ainsi à craindre c’est l’excès de confiance attribuée à l’homme aux objets numériques qui deviennent les nouvelles idoles, les nouvelles, statuettes idolâtres de notre siècle, car leur ont été conférées cette capacité de ne plus être muettes et de faire appel à l’imaginaire superstitieux, mais d’être des objets interactifs et de répondre à l’ensemble des besoins changeant ainsi nos rapports aux autres et au besoin de relationnel.

Dans la même veine, C.S LEWIS écrivain britannique auteur de série de sept romans : « Le Monde de Narnia » prédit de manière magistrale cette tragédie qui se dessine au fil des siècles. L’homme démiurgique en raison de sa puissance technicienne a aujourd’hui la capacité de soumettre toute la nature à sa volonté, il a, grâce au développement technique, la possibilité que la création dont il n’est pas l’auteur lui soit ordonnée, il lui est désormais possible de transgresser les lois naturelles, de franchir le Rubicon que lui imposait la nature après avoir consommé le fruit interdit.  L’homme dans sa vanité prométhéenne cherche de plus en plus à s’en affranchir. De manière quasi intuitive ce qui n’est pas sans nous rappeler la pensée de Jacques ELLUL, CS LEWIS, nous rappelle que « …Maîtriser la nature et la mettre au service de l’homme est une chose, mais cette situation aboutie, paradoxalement, au contrôle de l’homme ».

Ainsi ; pour CS LEWIS, il est essentiel de dénoncer l’esprit de relativité qui caractérise la pensée de ce monde, de transmettre de façon urgente et avant qu’il ne soit trop tard, une « vérité solide » pour ne pas subir demain le diktat des désirs qui franchissent le Rubicon après le déni de toute « morale universelle » inscrit dans la vie relationnelle. L’avertissement que CS Lewis nous livre dans son livre « L’abolition de l’homme » est un véritable pamphlet contre ces idéologies mortifères qui se moquent du bien, de la morale transmise (son livre est écrit dans le contexte du Nazisme).

Le livre « L’abolition de l’homme » est rédigé pendant la Seconde Guerre mondiale, sans que pour autant le nazisme soit nommé. Le livre de CS LEWIS, n’a pas pris une seule ride en regard de la vacuité de notre modernité : cette modernité qui tente de nous affranchir de toute valeur, en refusant de soumettre nos découvertes scientifiques à des normes morales universelles. Depuis des siècles, ce mouvement de déconstruction, s’est accéléré en quelques décennies, ce mouvement comme un ouragan tend toujours plus à dénaturer l’homme et pour reprendre l’expression de CS LEWIS à l’abolir, abolir l’homme dans ce qu’il y a d’unique et de sacré.

Le sacré réside dans cette dimension relationnelle, de ce rapport à l’autre certes compliqué, car notre nature humaine est complexe, car elle nous porte sur des envies, des désirs qui ne sont pas toujours partagés par nos voisins. Mais laisser à la machine le soin de réguler nos rapports à l’autre en dit long sur le « vide de la pensée [4]», la déréliction morale qui caractérise cette société où l’individu est un être morcelé, réduit à la seule matière, et comme le dépeint l’économiste Jacques Généreux « écartelé et anesthésié ». La condition de l’homme contemporain est celle finalement de vivre une forme d’extase extravagante dans le narcissisme et la profusion des biens voire jusqu’à la dépendance, jusqu’à même à livrer son âme à son propre golem, sa propre créature artificielle, renonçant à son intelligence. L’homme contemporain s’envole vers cet âge d’or, part avec ses milliards de coreligionnaires en transhumance, vers le pays promis, le nouvel Éden, l’âge d’or des transhumanistes. Une nouvelle civilisation technicienne voit le jour où le roi sera une forme de nouveau « Léviathan[5] », de messie numérique régnant sur le monde, le monde humain qui n’a pas souhaité craindre son avènement, voire même s’en est moqué, jusqu’au jour où les hommes acceptèrent sa signature sur leur propre peau, dans leur propre chair. Ce que présageait Aldous Huxley dans la seconde préface [1946 seconde édition du meilleur des mondes] dans son livre où l’auteur souligna que :

« La révolution véritablement révolutionnaire se réalisera non pas dans la société, mais dans l’âme et la chair des êtres humains. » 

Ce nouvel essai n’est pas la réplique ou la reformulation du précédent ouvrage « La déconstruction de l’homme », mais il décrit le long processus qui nous conduit depuis le commencement de l’humanité, jusqu’à cette nouvelle civilisation où l’empreinte technique signera définitivement un changement de société, un basculement où les hommes auront cessé d’être libres, d’être des êtres relationnels, de connaitre une vie intérieure parce qu’ils ont souhaité posséder les objets et ont accepté leurs pouvoirs, leurs dominations. Le transhumanisme est en réalité une histoire construite depuis l’Eden perdu, enfoui dans l’inconscient humain avec ce rêve prométhéen de dépassement de lui-même, de s’affranchir de toutes les barrières, de toutes les limites. C’est un nouvel alphabet qui s’écrit sous nos yeux, une nouvelle écriture numérique de l’humanité qui se déploie sous nos yeux, une nouvelle anthropologie qui se dessine, fondée sur une métamorphose artificielle du génome humain au prétexte que ce corps ne fonde pas notre identité. Si certes ce livre ne fait pas l’impasse des éléments déjà connus par de nombreux lecteurs, l’ouvrage entend démontrer que sous nos yeux se construit une nouvelle civilisation, un nouveau monde barbare dont l’idéologie technique n’est ni plus ni moins que la domestication de l’homme machiniste, dont l’âme a été rendue corvéable au produit de son fantasme et de ses rêves de dépassement.

Le livre ne se conclura pas par une note pessimiste, car le Chrétien que je suis, préfère mettre son espérance dans la vie relationnelle incarnée, seul cap pour renverser Prométhée, l’homme démiurgique et me réjouir comme Marc quand il confessa qu’est-ce que quelques grammes de technologies perdues, face à la tonne d’amour reçu ». Alors possédons le bien le plus précieux qui soit à savoir l’amour, plutôt que d’embrasser l’hédonisme des objets, de spéculer sur les services factices qu’ils seraient susceptibles de nous rendre, méfions-nous de ces nouvelles idoles en réalité muettes, incapables de nous rendre le véritable change, la véritable joie, l’authentique relation d’âme à âme. Il nous semble dès lors impératif de nous recentrer sur la dimension de la conscience, l’esprit qui réside en nous et de revenir à la dimension du souffle pour résister à cette tentation technique que nous offre ce monde pour nous dédouaner de toute forme de vie intérieure. Toute la trame de ce livre sera guidée par la dimension de la conscience, entreprenons tout pour que cette conscience ne soit pas éteinte, qu’elle revienne à la source qui l’étanche et l’éloigne de toutes les appétences artificielles. Sans cette source, nous serons comme des hommes et des femmes inhabitées toujours à la quête de réponses qui ne remplissent ni l’esprit, ni le cœur. Aussi ce livre ne se conclura pas par la recherche d’un nouveau modèle social, car il ne me semble pas que cela soit la bonne réponse à apporter, ce dont l’homme a besoin, c’est de renouer prioritairement avec sa vie intérieure, de recevoir cette naissance d’en haut, comme Nicodème[6] qui était en quête de réponses, comme la Samaritaine[7] qui se rendait à la fontaine pour remplir sa cruche d’eau. L’homme a besoin de renouer avec ses racines, pour résister à l’ouragan d’un monde qui veut emporter avec lui la conscience de l’homme. Je rejoins ainsi la pensée de Sénèque qui évoque la vigueur de l’arbre qui résiste aux assauts vigoureux de la tempête : « Seul l’arbre qui a subi les assauts du vent est vraiment vigoureux, car c’est dans cette lutte que ses racines, mises à l’épreuve, se fortifient ». Cette phrase de Sénèque[8] a une résonance particulière dans ce monde qui subit les assauts répétés d’une pensée idéologique qui entend évacuer toute référence à la transcendance, à un Dieu créateur, dont le souffle de l’esprit n’a jamais en soi était éteint.

[1] L’actuel village de Chirakamout (ou Shirakamout) a été fondé au XIXe siècle : le village primitif s’étendait un peu plus loin, à proximité de la petite église ruinée de Tchitchkhanavank, appelée de nos jours Hin jam (« La vieille église »). Cette appellation s’explique par l’existence d’une église moderne beaucoup plus grande construite dans l’actuel village après sa fondation, et qui a été complètement renversée par le tremblement de terre, au point que ses ruines sont irrécupérables.

[2] Le mot culture serait ici plus approprié mais nous conservons le terme de civilisation comme l’ensemble des traits qui caractérisent la société contemporaine et ces traits concernent aussi bien la technique, la culture mais également les idéologies

[3] Golem : Dans la mythologie talmudique, le golem est un être artificiel, conçu à partir de l’argile chargé d’assister l’homme, une première forme d’être humanoïde.

[4] Hannah Arendt : « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal »

[5]  La Bible décrit le léviathan comme un monstre féroce et puissant Esaïe 27.1 le Léviathan, le serpent fugitif, […], le serpent tortueux ; {…], ce monstre qui habite la mer

[6] Bible : Evangile de Jean 3 : 1-21

[7] Bible : Evangile de Jean 4 : 1-42

[8] Sénèque, Dramaturge, Homme d’état, Philosophe (- 65)