Le transhumanisme :  critique de l’essentialisme et de la sacralisation de la vie

Auteur Eric LEMAITRE

Le transhumanisme :  critique de l’essentialisme et de la sacralisation de la vie

La sacralisation de la vie mérite en soi d’être appréhendée, que faut-il ici entendre ici ou comprendre. Le sacré est sans doute ce qui dépasse la vie même, la transcende et confère cette dimension à la fois de mystère et de sacré. Lorsque nous évoquons la sacralisation de la vie, cela sous-entend qu’il ne faut pas l’atteindre en éteignant par exemple la vie, en la blessant, en modifiant ce qui fait son essence.  La dimension du sacré témoigne d’un aspect qui est au-dessus de moi et que je dois infiniment respecter, la dignité de l’homme, de la vie humaine doit être le principe même qui régit l’existence et ce de manière inaliénable. La dignité de l’homme est par exemple un principe sur lequel il n’y a pas à céder, car au-dessus de nous-même. La sacralisation n’est pas le fétichisme, la vie n’est pas ainsi un objet, l’objet de la vie transcende la matière et nécessite qu’on lui voue non l’adoration mais le respect dû à cette dimension qui nous dépasse.

Or dans ces contextes, réduire la vie humaine à une dimension qui n’aurait pas de sens au-delà de la matière confine l’existence humaine à une forme de désacralisation, à une perte totale de sens. Or nous comprenons le transhumanisme comme l’expression en réalité d’une désespérance et d’un rejet de la vie imparfaite, où devrions-nous plutôt dire le rejet de l’homme déchu. Le transhumanisme est la révolte de l’homme ne supportant plus d’avoir été déchu de sa condition originelle, il faut donc comme nous l’avions déjà exploré : orienter la recherche scientifique dans l’exploration de solutions qui auront pour objet de changer la nature de l’homme y compris de gommer toute empreinte d’un récit ancien qui le relierait à l’idée même de Dieu. Le transhumanisme veut pourvoir redéfinir la nature et franchir les Rubicon des lois naturelles, ainsi la conception génétique et eugéniste que se donne les tenants d’un post humanisme, légitime selon eux la désacralisation, la désacralisation est légitime du fait que la figure de la personne handicapée leur est insupportable. Dans ces contextes de corriger la nature de l’homme, il faut à tout prix fustiger dans le génome humain, le gêne délétère ou défectueux. Puisque la liberté du corps est proclamée, il faut au nom de ce principe de désacralisation, désacraliser la naissance et comme nous l’avions déjà écrit précédemment, puisque la procréation sexuée est associée à la mort, il convient alors de modifier le modèle de la naissance humaine en proposant une autre voie qui pourrait être celle de la réplication de l’être humain par voie de clonage ou bien si l’IA l’autorise répliquer l’identité du cerveau.

Menant une réflexion bioéthique dense à la suite de sa lecture de CS LEWIS l’homme aboli, Léon Kass Médecin et promoteur de l’éducation libérale, partagea sa grande perplexité concernant le devenir de l’homme dans ces contextes de désacralisation de la vie, s’interrogeant sur les perspectives qui se dessinent à moyen ou long terme pour l’être, ou j’oserai écrire à court terme, « L’homme restera-t-il une créature créée à l’image de Dieu, aspirant à se rapprocher du divin, ou deviendra-t-il un artefact créé par l’homme à l’image de Dieu-, suivant les seules aspirations de la volonté humaine ? ».

La réflexion de Léon Kass nous conduit à la réflexion qui sous-tend la « théologie » transhumaniste à savoir une vision exclusivement matérialiste de l’homme. En effet la thèse matérialiste qui a pleinement prévalu au XIXème siècle prétend que tout ce qui existe, est une manifestation « mécanique » et physique, que tout phénomène est le résultat d’interactions matérielles. Cette conception purement matérialiste de l’être humain défait ainsi la dimension ontologique, déconstruit cette part de sacré consacré à l’existence humaine. Il s’agit ainsi pour le transhumaniste d’abolir la notion de finitude qui caractérise l’homme, il convient dès lors de prendre en main sa destinée afin de ne pas l’enfermer dans les limites défectueuses et imparfaites du corps biologique pour en fin de compte arracher l’homme à l’ordre des lois naturelles.

Cette nouvelle métaphysique, cette conception anthropologique entend remettre en cause la vision essentialiste celle de la primauté de l’essence sur l’existence, en redéfinissant en conséquence les frontières du corps entre réparation et amélioration, entre thérapie et augmentation.

Cette désacralisation de l’être humain donne ainsi naissance à une nouvelle médecine, celle non de la réparation mais de l’amélioration dont l’objectif n’est plus de remédier à des formes de handicap ou de guérir des maladies, mais de bien modifier l’homme ou de l’augmenter en termes de performances physiques, cognitives…

Hippocrate partageait une vision de l’homme qui n’est pas celle des idéologies enfermant l’homme ou le réduisant à une vision matérialiste ; mécanique, la dignité de l’homme est au cœur du serment d’Hippocrate, la nécessité d’en prendre soin. La sacralité de la vie est soulignée dans le serment dont le texte devrait interpeller toutes les consciences alors que cette vie dans sa dimension intégrale est le sujet aujourd’hui de remises en question. Réduire l’homme ainsi à la matière conduirait inévitablement à violer l’esprit du serment d’Hippocrate. N’oublions pas que les Pères de l’église ont été largement imprégnés de cette vision associée au respect du malade, notamment le Didaché, ce premier document du christianisme primitif qui souligne amplement le respect de la vie soulignant qu’il y a une « grande différence entre le chemin de la vie et celui de la mort ».

Le combat engagé dans la doctrine matérialiste, promue par le transhumanisme n’est pas le combat de la vie, c’est même exactement l’inverse, puisque ce qui est réduit à la matière n’est pas l’émotion, la vibration de l’âme, ce pont vibrant qui le relie au vivant mais à une dimension qui transcende notre être tout entier. Comme l’écrit[1] Mario-Beauregard chercheure en neuroscience « En dépit de déclarations fracassantes dans les médias grand public, les nouvelles découvertes n’ont pas permis d’expliquer les concepts basiques tels que conscience, l’esprit, le soi et le libre arbitre. Les hypothèses qui réduisent l’esprit aux fonctions du cerveau ou contestent son existence même en sont restés à ce stade- d’hypothèses. Elle ne repose pas sur des démonstrations convaincantes mais sur le matérialisme de promesse contre ce que le philosophe Karl Popper nous a mis en garde ».

En effet pour Karl Popper philosophe des sciences faisait valoir que « L’Univers, nous paraît intuitivement relever de la causalité, d’un enchaînement de causes et de conséquences, comme s’il s’agissait d’une horloge. En réalité, il n’en est rien. Depuis la mécanique quantique de Broglie, nous avons appris que nous vivons dans un univers de probabilités, un univers créatif, non mécaniste, et qui est en expansion. Cet univers est donc fondé sur des événements qui ont été guidés par certaines probabilités. Mais ces probabilités sont en général inégales : les probabilités deviennent des propensions, les phénomènes ayant tendance à s’orienter spontanément dans une seule direction. Donc, Dieu joue bien aux dés, mais les dés sont lestés : physique et métaphysique sont par conséquent indissociables. » (Misère de l’historicisme)

Autrement dit Karl Popper souligne que nous sommes en réalité aux antipodes du déterminisme, que nous avons notre propre liberté, que l’univers a lui-même sa propre liberté, nous ne sommes ni mus, ni contraints, libres de choisir, libres de nous déterminer. La responsabilité individuelle est au cœur même de la vie, cette liberté de l’homme était au cœur de l’Eden, la liberté est une dimension de la sacralité, l’essence devrais-je écrire de la dimension sacrée de notre existence.

Or je prends conscience que nous entrons dans un monde qui entend nous soumettre à l’injonction de ses directives, du poids de ses normes. Comme je l’indiquais dans une conférence ayant pour sujet le transhumanisme ce sera l’éthique du bien faire et non l’éthique de faire du bien, l’éthique du bien faire, c’est celle de la norme qui s’impose pour réguler, l’injonction de la norme qui réduit finalement la dimension de l’intelligence relationnelle, fait de tâtonnements, d’avancées, d’échanges argumentés, de postures, de freins ou d’envies. Le transhumanisme a une vision sociale nécessairement aux antipodes de la liberté, c’est le contraire de la liberté, la liberté qui est l’essence de la sacralisation de la vie. La liberté n’est pas l’autonomie, la liberté n’est pas le relativisme, la liberté est du côté de la vie, la liberté est du côté du sacré, contre la dimension mortifère ou liberticide.

Lors d’une réunion dans les locaux de la vie associative  de Reims, une réunion sur le climat, je m’entretenais des solutions applicables localement et je croisais le regard d’une élève de science po Paris particulièrement brillante mais qui plaçait son discours sur un mode virulent et injonctif prétendant qu’il y avait aujourd’hui urgence de modifier les comportements, or le mode injonctif de son discours s’apparente à un exposé en réalité autoritaire, si certes, je peux comprendre l’urgence, la décision en réalité appartient à tout-à-chacun, de choisir de changer ou non de modèle, de comportement. Or il me semble que la liberté bonne ou mauvaise est bien une caractéristique de la liberté de l’être humain et fait partie de la sacralité de la vie.  La vie ne se gouverne pas avec le monde des normes, la vie est fondée sur l’échange et le relationnel, la sacralité de la vie est dans la dimension de l’échange, du partage, de l’éveil de la conscience.

La sacralité de la vie humaine, se résume selon moi par ce commandement[2] que Jésus considérait comme étant le plus grand. « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est le premier commandement et le plus grand. Et voici le deuxième, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. ».

La sacralité de la vie doit être motivée par notre amour pour Dieu et pour les autres. Nous aimerons notre prochain et nous en prendrons soin (Galates 6.10, Colossiens 3.12-15), nous porterons secours à la veuve et l’orphelin, aux malades et aux laissés pour compte et nous ferons preuve de disponibilité pour protéger les autres contre toute forme de mal, qu’il s’agisse de l’avortement, de l’euthanasie, du trafic de personnes ou toutes les formes d’abus qui violeraient la dimension de la dignité. « La sacralité de la vie humaine peut être le fondement de nos actes, mais l’amour doit en être la motivation ».

[1] Citation extraite du livre « Du cerveau à Dieu » Editeur Guy Trédaniel éditeur. Page 151

[2] Bible évangile de Matthieu chapitre 22. Versets : 37- 39

Le transhumanisme

ÉMISSION avec le  

LIBRE JOURNAL DE LUMIÈRE DE L’ESPÉRANCE DU 2 JUIN 2019 : “LE TRANSHUMANISME”

PATRON D’ÉMISSION   –  LE 2 JUIN 2019

Faust et son rêve transhumaniste : le nouveau leurre

Faust[1] le transhumaniste

rêve de posséder toute la connaissance universelle,

Dans la quête aujourd’hui et d’une soif absolue des connaissances notamment dans les domaines de la génétique et des processus cognitifs qui touchent le domaine de nos cerveaux, les transhumanistes feraient bien de consulter cette fable écrite par Goethe à la fin du XVIIème siècle. Les transhumanistes déploient le même effort engagé par Faust, celui de la connaissance universelle qui prétend solutionner les problématiques vécues aujourd’hui par l’ensemble du genre humain et leur apporter le bonheur artificiel. Or ambitionner la connaissance parfaite des modes de fonctionnement de notre patrimoine génétique, des secrets qui touchent à toute la dimension du vivant afin de parfaire l’inachevé, est une forme de fable contemporaine, un autre épisode du fantasme du Docteur Faust qui espérait trouver le graal l’objet mythique de la légende arthurienne, présentant au monde de nouvelles connaissances lui permettant de lui ouvrir de nouvelles perspectives plus heureuses.

Johann Wolfgang von Goethe écrit une œuvre magistrale considéré comme l’une des œuvres les plus importantes de la littérature allemande « Faust ». L’histoire racontée par Goethe décrit le destin obsessionnel, funeste et tragique d’un savant frustré et déçu de ne pas parvenir à la connaissance universelle.  Ne trouvant finalement plus aucune certitude dans son art, peiné de ne pas aboutir à son projet  il finit par désespérer, tant et si bien qu’ il songea de mettre fin à sa vie.  Sur le point de basculer, Faust passe une forme de contrat, de pacte avec le Diable, ce dernier a la permission de Dieu de pervertir son âme et d’assouvir ses désirs. Le mythe n’est pas tout à fait une fiction, puisque le personnage de Faust qui a inspiré Goethe a été rencontré par le réformateur protestant Martin Luther, le personnage côtoyé par Martin Luther, pratiquait la magie noire et affirmait qu’il était capable de produire des miracles identiques à ceux accomplis par Jésus, il confessa même à un autre moine d’avoir fait don de son âme à Satan, « être sien dans l’éternité ».

 Pour revenir à l’œuvre, dans cette fiction écrite par Goethe, Faust est un alchimiste qui aspire depuis son plus jeune âge à posséder la connaissance universelle, de sonder les secrets de l’univers et de dévoiler les mystères qui entourent la création.

 Méphistophélès est l’émissaire de Satan, il apostrophe Dieu et évoque la situation de Faust commentant sa soif infinie de connaissances. Méphistophélès décrit alors l’ambition démesurée du Docteur Faust sa frustration permanente. Dans ce dialogue l’émissaire de Satan souligne son état psychologique « Il est demi-conscient, je crois, de sa folie. Il voudrait décrocher les étoiles des cieux, Se gorger des plaisirs les plus délicieux Et rien, proche ou lointain, de ce qu’offre la vie ». Pourtant Dieu a compassion de l’état de Faust et le dépeint comme étant simplement dans l’obscurité, Dieu souligne qu’il le conduira bientôt à la lumière !  Méphistophélès provoque alors Dieu et lui lance le pari de détourner Faust, de pervertir son âme « Bon ! Que pariez-vous ? Je vais, à mon plaisir, Vous le gagner aussi. Donnez-moi donc licence. Tout doucement, de vous le pervertir ! ».

Le début de ce dialogue me fait songer à celui de Job, c’est Dieu qui se promène sur toute la terre et voit l’âme de son serviteur Job et invite Satan à prendre note que Job dans toute l’humanité est un homme à part, un homme juste ! Il est vrai qu’entre Job et Faust, la différence de nature est significative, Job est un homme prospère, il sert Dieu, c’est une âme juste, la situation de Faust est à l’inverse, c’est une figure totalement opposée,  antagoniste, Faust a un appétit démesuré de connaissances, et c’est un homme frustré sur le point de capituler faute de parvenir à ce fantasme de connaissance universelle.

Et c’est ainsi qu’à la porte de la mort, le docteur Heinrich Faust, alors qu’il songe à se suicider, sympathise avec le diable qui lui promet le bonheur. Avant son entrevue avec l’émissaire de Satan, Faust l’âme tourmentée affiche son découragement « J’ignore le doute et n’ai peur ni de l’enfer, ni de son diable… Mais je suis, pour cela, privé de tout bonheur, Je cherche vainement quel savoir véritable Je pourrais enseigner à l’homme misérable Pour le reconvertir et le rendre meilleur ! ».

Le transhumanisme joue manifestement ici le rôle de Méphistophélès enseigner à l’homme comment le rendre meilleur et lui conférer des pouvoirs artificiels [surnaturels], dans le sens ou l’augmentation surnaturelle physique et cognitive s’apparente à un dépassement des limites dans lequel l’homme est encarté.

Le transhumanisme professe ainsi et finalement la libération de l’homme en artificialisant le bonheur.

Le transhumanisme promet le bonheur, le paradis artificiel en échange pour l’homme de lui abandonner son âme, toute vie intérieure comme nous l’avions déjà mentionné. C’est cette dualité du bonheur qui au cœur de la promesse transhumaniste. Le transhumanisme c’est finalement l’imposture de Méphistophélès, le miroir aux alouettes, les fausses promesses. Les transhumanistes sont de la sorte les marchands de la vie artificielle qui veulent nous faire goûter leurs pilules, nous faire essayer leurs prothèses magiques mais détruisent en échange notre âme, ce qui fait l’intime et le mystère de la vie.

[1] Pour accéder et lire l’œuvre de Johann Wolfgang von Goethe  http://www.rocler.qc.ca/cduret/usher/faust.html

L’éternité de la Nymphe Calypso est un jour comme un autre jour

Comme le monde de la Calypso, le monde transhumaniste qui promet la volupté factice d’une vie prolongée, évoque peu la dimension intérieure, la véritable intériorité recherchée par Ulysse celle de l’amour des êtres éphémères.  Le monde transhumaniste semble se focaliser sur la matière, la possession de la matière. Or réduire la vie à la dimension de la matérialité, c’est aliéner en quelque sorte le sensible, cette composante de l’âme, de la vie intérieure. Il vaut mieux vivre intensément cette vie intérieure sans être possédé par le monde des objets.

Attribuée à l’aède Homère (fin du du VIIIème siècle av. J.-C), composée après l’Illiade, l’Odyssée relate le voyage entrepris par Ulysse à son retour de la guerre de Troyes et qui mit près de dix années avant de revenir à son île d’Ithaque sa patrie pour y retrouver sa famille. Dans l’épopée d’Ulysse et son retour à Ithaque, son voyage est mouvementé, éprouvé, perturbé, troublé et même dérouté par le Dieu Poséidon. Dans ce voyage tumultueux, un des récits, relaté par Homère s’arrête sur la mystérieuse nymphe Calypso, [celle qui dissimule]. La nymphe tente de le charmer, elle retient Ulysse pendant 7 années, éperdument amoureuse, la Nymphe lui promet l’éternité, mais cette éternité est un jour comme un autre, Ulysse se morfond et veut rentrer à Ithaque, retrouver sa femme Pénélope et son fils Télémaque.

Lors d’une étude biblique, un ami nous partagea cette parole de l’ecclésiaste « A quoi bon vivre deux fois mille ans, sans jouir du bonheur ». Ulysse ne sembla pas jouir de ce bonheur, Ulysse fut comme enveloppée par la Nymphe, mais cette éternité-là promise par la Nymphe était loin finalement de cette vie intérieure qu’il connaissait au sein de son Ile Ithaque, auprès de son épouse Pénélope, loin finalement de ce bonheur éphémère.

 Le bonheur en hébreu est Towb, ce qui signifie bien avec, être heureux, le bonheur nous renvoie en soi au bonheur intérieur, à un bonheur également partagé avec, à une joie également indicible.

Comme le monde de la Calypso, le monde transhumaniste qui promet la volupté factice d’une vie prolongée, évoque peu la dimension intérieure, la véritable intériorité recherchée par Ulysse celle de l’amour des êtres éphémères.  Le monde transhumaniste semble se focaliser sur la matière, la possession de la matière. Or réduire la vie à la dimension de la matérialité, c’est aliéner en quelque sorte le sensible, cette composante de l’âme, de la vie intime. Il vaut mieux vivre intensément cette vie intérieure sans être possédé par le monde des objets. Le transhumanisme est de fait une perte de sens, l’existentialisme transhumaniste ne rêve pas l’émotion, un jour est un jour comme un autre jour régulé par la matière interactive qui nous enveloppe (la calypso) et régit notre vie, qui entend aussi effacer le souvenir d’Ithaque, le ressenti au plus profond de soi, l’amour.

Le monde de l’homme augmenté est celui de la performance, de l’amélioration de soi [cognitif ou physique] mais non cette dimension de profondeur. Le monde transhumaniste entend abolir finalement la faiblesse, la fragilité, la finitude, l’éphémère, un jour dans cet univers de la vie prolongée sera un jour comme un autre jour. Est-ce là le vrai bonheur s’interroge le Qohèleth, celui qui s’adresse en hébreu à la foule, ainsi Salomon l’auteur de l’ecclésiaste aurait-il pu proclamer l’inanité, la vanité, la folie de cette vision partagée par les idéologues du transhumanisme d’une vie indéfiniment prolongée sans la quête relationnelle, sans la quête du bonheur, sans vie intérieure, sans réel lendemain.

L’épopée transhumaniste de Gilgamesh

Entre Gilgamesh vieux récit de Mésopotamie et les transhumanistes, il serait sans doute judicieux de s’interroger de la pertinence de cet étrange rapprochement. Au fond sans tourner autour du pot, le rapprochement s’inscrit bien dans la quête de l’immortalité, l’obsession des transhumanistes mais qui était aussi celle de l’épopée de Gilgamesh. Cette épopée  est un des plus anciens et vieux récits épiques de Mésopotamie, récit écrit sur une tablette cunéiforme par le scribe Mésopotamien Unini vers 2650 av. J.-C

Gilgamesh est finalement et en quelque sorte l’avatar contemporain de ces nouveaux apôtres de la Silicon Valley en quête d’immortalité, une quête technologique de la reconquête de l’arbre de vie. Une quête sans conscience, sans conscience qu’au bout de ce voyage, comme le relate le récit sumérien, le serpent s’emparera de la plante et plongera l’homme dans le désarroi, le désespoir, rendant ainsi vain toute tentative de vaincre la mort. La légende sumérienne illustre cette vanité en quelque sorte de l’homme de vouloir s’extraire de sa condition et de modifier ainsi sa destinée en prétendant retrouver le chemin de l’éternité.

La légende sumérienne nous relate donc la quête de l’immortalité de Gilgamesh. Gilgamesh est le cinquième roi de la première dynastie d’Uruk. Le récit nous relate la colère des Dieux et notamment d’un Dieu contre la totalité de l’humanité, le Dieu Enlil qui fit le projet de détruire tout le genre humain en provoquant un déluge. Ce vieux récit antérieur à la Bible n’est pas sans nous rappeler l’épisode du même déluge relaté dans le premier livre du pentateuque.

Le Dieu Enlil prit soin d’avertir Utanapishtim (Noé dans le récit biblique) de son projet fomentant de faire disparaître toute trace de vie humaine. La divinité chargea Utanapishtim [Noé] d’amener sa famille et ses proches, ainsi qu’une partie des animaux de la terre. L’inondation atteindrait tous les animaux et les humains qui n’avaient pas  été abrités dans le navire, un récit identique à celui rapporté dans le livre de genèse dont les similitudes avec le texte sumérien sont fascinantes.

Uta-Napishtim [Noé] qui fut épargné par le déluge en raison de sa fidélité envers les Dieux, reçut de leur part la vie éternelle. Entre temps Gilgamesh traumatisé par la mort de son ami Enkidu décide de ne pas mourir et se met en quête de rechercher l’éternité. Gilgamesh entame alors un voyage pour rencontrer celui qui fut épargné par le déluge et qui reçut des dieux, la faveur de devenir immortel, Gilgamesh rencontrant Uta-Napishtim, l’interrogea et lui demande les secrets de la vie éternelle. Uta-Napishtim [Noé] tout en conseillant Gilgamesh le mit en garde de cette quête vaine et dangereuse mais cependant révèle alors l’existence d’une plante mystérieuse capable de répondre à ce besoin d’immortalité éprouvé par Gilgamesh. Gilgamesh, reprit alors espoir, partit à la conquête de la plante au péril de sa vie et l’emporte avec lui dans son voyage de retour à Uruk… Mais à son retour, la plante lui est subtilisé par un serpent.

Le serpent est ici et finalement le symbole de la condition humaine, la condition de l’homme déchu relaté dans le livre de la Genèse. La mort est l’épilogue de l’homme déchu, son salaire en quelque sorte. De fait l’arbre de vie devient inaccessible comme le rapporte le livre de la genèse. Lorsque il prend conscience de l’impair, Gilgamesh désespère et se déplore de cette situation existentielle. Il louvoie et hésite à reprendre le chemin pour se mettre à nouveau en quête de trouver cette plante, finalement il abandonne apprenant que son rêve d’immortalité n’est qu’une vaine illusion.

Il y a là comme une forme d’analogie étonnante avec l’épilogue du livre de la genèse qui évoque cette rupture entre l’homme et son créateur, chassé du Paradis, deux chérubins s’interposent et interdisent l’accès à l’arbre de vie [La plante qui procure la vie éternelle] « Il mit à l’orient du jardin d’Éden les chérubins qui agitent une épée flamboyante, pour garder le chemin de l’arbre de vie » (Genèse 3, 24). Le récit de Gilgamesh est certainement l’évocation de cette aspiration à retrouver sa condition initiale de l’Adam non déchu et nourri par l’arbre de vie, lui assurant si possible son éternité.

Le transhumanisme est de fait l’aspiration trouble de l’homme déchu, désireux de revenir en Eden tout en s’affranchissant de tout accès par Dieu. L’homme errant devenu démiurgique se faisant ainsi l’égal de Dieu, auteur de son projet d’homme augmenté mais désespéré de lui, ne pas réaliser son fantasme car au bout de ce voyage, de cette frénétique quête d’immortalité, il rencontre le serpent qui s’empare de sa trouvaille, son arbre technologique, la connaissance sans l’éternité.

Aux origines du transhumanisme

La perfectibilité de l’espèce humaine est l’impensé majeur d’une nouvelle métaphysique et anthropologie qui se dessine à l’aune des avancées prodigieuses de l’univers techno-scientifique.

Le récit transhumaniste commence dès le livre de la genèse, le premier livre du pentateuque avec cette promesse « vous ne mourrez pas », tous les mythes et légendes anciennes, celles des sumériens de la Mésopotamie, des fables de l’odyssée de Homère, l’élixir des alchimistes des chinois et leurs pilules d’immortalité, nous rapportent des rêves de dépassement de l’humanité et de conquêtes contre la mort.

L’histoire très ancienne de ces récits nous évoquent de fait la mémoire d’une humanité à la quête de son paradis perdu et sa volonté de conquérir le fruit interdit en gommant si possible le récit construit de la civilisation humaine fondée depuis la chute, sur l’idée de la mort.

Auteur Eric LEMAITRE

Partie I

La perfectibilité de l’espèce humaine est l’impensé majeur d’une nouvelle métaphysique et anthropologie qui se dessine à l’aune des avancées prodigieuses de l’univers techno-scientifique.

Le récit transhumaniste commence dès le livre de la genèse, le premier livre du pentateuque avec cette promesse « vous ne mourrez pas », tous les mythes et légendes anciennes, celles des sumériens de la Mésopotamie, des fables de l’odyssée de Homère, l’élixir des alchimistes des chinois et leurs pilules d’immortalité, nous rapportent des rêves de dépassement de l’humanité et de conquêtes contre la mort.

L’histoire très ancienne de ces récits nous évoquent de fait la mémoire d’une humanité à la quête de son paradis perdu et sa volonté de conquérir le fruit interdit en gommant si possible le récit construit de la civilisation humaine fondée depuis la chute, sur l’idée de la mort.

Définir le transhumanisme

Pour aborder le transhumanisme, Jacques Testart, célèbre biologiste français co-auteur du livre « Au péril de l’humain » emploie les termes « d’infantilisme archaïque » pour dépeindre le mouvement transhumaniste montrant ainsi la puérilité d’un désir de transcendance, comme la vanité du mouvement qui l’incarne, sa futilité vaine, de « gosses » immatures bricolant dangereusement le génome, le « lego » humain qui impacterait lourdement la civilisation humaine.

Le transhumanisme est ainsi un mouvement idéologique porté par la Silicon Valley, des auteurs de sciences fiction, des universitaires, des chercheurs en neuro science. Ces derniers vont   mêler une pensée idéologique parfaitement construite et l’usage des techno sciences visant l’amélioration des propriétés physiques et cognitives des êtres humains. Ce fantasme transhumaniste va ainsi se nourrir de l’idée de mettre fin à la mort et de récrire l’alphabet du vivant. Le courant idéologique n’en reste pas moins en perpétuel évolution, du fait des bouleversements techniques et de nouvelles perspectives offertes par les découvertes dans les domaines de la science notamment quantique.

Aboutir à la mutabilité du gendre humain dans une forme nouvelle

Mais au juste de quoi parle-ton lorsque nous évoquons le mot transhumanisme, ce serait une erreur selon moi de réduire le transhumanisme à ces dernières décennies, au fantasme d’un théologien Teilhard de Chardin et son modèle de la noosphère[1], à la vision du Biologiste Britannique Julian Huxley [le frère d’Aldous Huxley] qui utilisèrent respectivement et pour la première fois les néologismes de transhumanité et de transhumanisme. Ces termes de transhumanisme, de transhumanité désignaient selon leurs auteurs, les métabolismes de l’humanité via les progrès d’une technoscience maîtrisant une nouvelle phase de l’espèce humaine mais en étant cette fois les instigateurs de l’évolution Darwinienne. L’évolution de la technoscience espérée par le courant transhumaniste, devrait en effet, aboutir à mutabilité du genre humain dans une forme nouvelle comme le prédisait la fameuse fable de Pic de La Mirandole. Cette fable faisait l’éloge des potentialités de l’homme plaidant pour son auto détermination, qui au gré de ses transformations, s’égalera à Dieu.

Mais on peut légitiment imaginer que l’érudit Pic de la Mirandole avant sans doute lu Plotin[2] philosophe gréco-romain, néo platonien, qui lui-même avait écrit : « Si tu ne vois pas encore ta propre beauté, fais comme le sculpteur d’une statue qui doit devenir belle : il enlève ceci, il gratte cela… De la même manière, toi aussi, enlève tout ce qui est superflu, redresse ce qui est oblique. »

Ainsi le rêve de transcender la mort et de rupture avec la dimension de la finitude habite l’imaginaire humain depuis ses origines, et ne dissocie pas aujourd’hui de l’avancée fulgurante de la technique qui permet « le séquençage à haut débit » du génome humain

Le transhumanisme est en réalité ancré dans l’histoire de l’humanité, depuis le commencement et si quelques mots devaient définir le transhumanisme, ce sont bien ces termes ; « Rêve de dépassement ; d’en finir avec les barrières d’un corps promis à la finitude ». Or ce rêve de dépassement, de s’affranchir des limites du corps et même de prolonger la vie indéfiniment, jalonnent en réalité toute l’histoire de notre humanité. Le transhumanisme comme idéologie construite par les quelques penseurs de la Silicon Valley s’ancre en réalité dans la gnose chrétienne, les fameuses légendes ou les grands mythes de l’humanité. Il n’y a donc rien de nouveau sous le soleil quoiqu’en disent certains historiens du transhumanisme qui enferment les débuts du transhumanisme dans des projets purement techniques qui consistaient à vaincre un jour la mort comme la cryogénisation du corps humain avec l’espérance fallacieuse que les avancées technologiques du futur autoriseront de réanimer le corps devenu inerte avec la mort des fonctions biologiques.

En finir avec les barrières du réel

 En réalité le transhumanisme avant d’être le pensé d’une technoscience, entend avant tout vaincre la mort. Le transhumanisme est en conséquence et en premier lieu un fantasme humain, celle d’une mémoire de l’éden perdu. Tous les récits légendaires comme celles de certaines croyances religieuses, convergent et s’inscrivent dans la même aspiration, la condition de la mort est insupportable à l’homme. Cette idée de la mort est en effet insupportable au transhumaniste qui aspire le dépassement de la condition humaine via la reprogrammation des gènes de l’homme ou même de générer une autre forme humaine, un humain hybridé avec la machine dont il suffirait de remplacer les pièces obsolètes promettant ainsi de prolonger indéfiniment la vie, chacun ici a pu entendre l’enthousiasme délirant des transhumanistes « Vaincre la Mort ». Le transhumanisme qui est une forme nouvelle de la gnose chrétienne[3] a une perception qui se traduit par une forme de révolte contre ce corps emprisonné par l’imperfection et voué à une fin inéluctable. Le transhumanisme qui n’est pas une nouvelle science humaine, instrumentalise et entend coloniser la science pour combattre à la fois, la mort et abolir le récit d’une civilisation enfermée par l’idée même de la mort.

Capitaliser sur les moyens de la technoscience pour réaliser les fantasmes de l’homme devenu Dieu

Le transhumanisme dans sa conception thaumaturgique comprend la réparation de l’homme à savoir son amélioration grâce à la maîtrise scientifique, des gênes des atomes, des bits, des neurones, et à la convergence des progrès fulgurants accomplis par la science dans les quatre domaines des nanotechnologies, des biotechnologies, de l’informatique, et des réseaux cognitifs. Le transhumanisme entend prendre les commandes de l’’évolution des darwinistes, capitaliser sur tous les moyens techniques soit en hybridant le corps, soit en modifiant le génome. Les transhumanistes réduisent ainsi le corps à une matière mécanique, à une machine utile et façonnable à l’infini.  La construction d’un corps augmenté devient ainsi la lubie de ce siècle pour s’adapter aux valeurs de la perfectibilité humaine et des valeurs progressistes qui soutiennent ce fantasme du corps mutant, libéré de ses stéréotypes, de « corps amélioré conçu avec soin et expertise, corrigé de ses imperfections naturelles » comme le soulignaient Jacques Testart et Agnès Rousseaux.

J’écrivais dans mon précédent livre que le transhumanisme est un chemin néopaïen, une antireligion au sens de la relation, qui nous conduira au post humanisme, dont l’apothéose et la prothèse est l’intelligence artificielle : la créature de l’homme mutant, devenue autonome, mais restant une matière sans esprit, libre de toute contingence, pour ne laisser que le conatus spinozien (l’effort d’exister) aux commandes d’un corps augmenté. Tant et si bien que, pour atteindre ce but, il faut impérativement éteindre l’âme, ce pont vibrant créé par Dieu, et incorporé à son environnement, pour le relier exclusivement à un monde réel et tangible.

Depuis l’Eden perdu, le transhumanisme est l’aboutissement d’une quête absolue de bien-être, de prolonger la vie et non une recherche de sens.

Mais comment en sommes-nous arrivés là ? Il me semble en réalité que le transhumanisme est l’aboutissement à la fois logique et cohérent de la recherche absolue du bien-être, de l’investissement dans la dimension technique pour solutionner les besoins inhérents d’une espèce humaine confrontée à sa fragilité. L’enjeu de toute la civilisation fut ainsi de conduire l’être humain à s’émanciper de toutes les contraintes qui ont fait obstacle à ce souhait existentiel de s’affranchir de toute corvéabilité et pénibilité qui vont à l’encontre de son bien-être. La technique évolutive a été finalement le palliatif, l’expédient heureux pour entamer ce rêve de dépassement concernant les limites ontologiques qui caractérisent l’être humain.

L’appétence du genre humain pour la nouveauté est invariablement posée comme « l’équivalent du mieux », ce qui tend à nous rapprocher de la vie idéale Cette appétence du progrès va finalement et rapidement devenir l’une des obsessions de l’idéologie transhumaniste, la recherche du confort et demain celle de l’éternité sans lendemain, la quête inachevée ou le rêve inabouti en quelque sorte de Gilgamesh.

[1] La noosphère : Néologisme dérivé de deux mots grecs [Esprit et Sphère], concept élaboré par le théologien Teilhard de Chardin et par Vladimir Vernadsky chimiste russe :  la noosphère est la résultante d’un processus d’évolution, allant de la matière inanimée en passant par la vie biologique puis finissant par la connexion de toutes les consciences humaines, l’humanité serait ainsi en voie d’une forme de planétisation [terme emprunté à Teilhard], de totalisation des esprits, des consciences de plus en plus solidaires et reliée entre toutes les êtres, une forme de sociosphère planétaire.

[2] Citation extraite : Ennéades, tome 1 de Plotin

[3] La gnose chrétienne : le salut de l’âme passe par la connaissance et pour la gnose dite dualiste le corps et la vie terrestre sont perçus comme une forme de prison dont l’homme doit se libérer pour être sauvé.

« L’abolition de l’homme? » de CS LEWIS

L’avertissement que CS Lewis nous livre un véritable pamphlet contre ces idéologies mortifères qui se moquent du bien, de la morale transmise (son livre est écrit dans les contextes du Nazisme. « L’abolition de l’homme » est rédigé pendant la seconde guerre mondiale, sans que pour autant le nazisme soit nommé ). Le livre de CS LEWIS,  n’a pas pris une seule ride dans les contextes de la vacuité de notre modernité : cette modernité qui tente de nous affranchir  de toute valeur, en refusant de soumettre nos découvertes scientifiques à des normes morales universelles. Depuis des siècles, ce mouvement de déconstruction s’est accéléré en quelques décennies, tend toujours plus à dénaturer l’homme et pour reprendre l’expression de CS LEWIS à l’abolir, abolir l’homme dans ce qu’il a d’unique et de sacré.

« Nous faisons des hommes sans cœur et attendons d’eux vertu et hardiesse. Nous tournons l’amour en dérision et sommes choqués de trouver des traîtres parmi nous. » 
C.S. Lewis

 Le Livre  court mais magistral,  [Livre de 90 pages] nous entraîne dans une dimensions prophétique  dense…. Ce livre est destiné à nous tous, à n’importe qui d’entre nous, à ceux qui remettent en question l’idée d’une morale universelle qui transcende l’histoire.

Le livre est écrit en réponse à une phrase malheureuse que l’écrivain britannique a trouvée dans un manuel scolaire, C.S. Lewis la soumet à l’analyse et il y décèle une vision du monde qui nie toute valeur objective. CS LEWIS [1898-1963]  s’interroge sur ces valeurs que nous léguons au monde et de ce monde futur qui se prépare …

Pour CS LEWIS, une nouvelle tragédie se dessine depuis plusieurs siècles sur le continent Européen. L’homme démiurgique en raison de sa puissance technicienne a aujourd’hui la capacité de soumettre toute la nature à sa volonté, il a, grâce au développement technique, la possibilité que la création dont il n’est pas l’auteur lui soit ordonnée.  L’homme dans sa vanité cherche de plus en plus à s’en affranchir. « Or maîtriser la nature et la mettre au service de l’homme est une chose, mais cette situation aboutie, paradoxalement, au contrôle de l’homme ».

Ainsi; pour CS LEWIS, il est essentiel de bannir la relativité des idées morales,  de transmettre une vérité solide pour ne pas subir demain le diktat des désirs qui franchissent le Rubicon après le déni de toute morale universelle .

« En un mot, l’ancienne éducation était une sorte de propagation – des hommes transmettant l’humanité à des hommes – la nouvelle n’est que propagande »

Dans cette optique, l’écrivain et universitaire britannique, auteur du monde de Narnia considère la nécessité de former les cœurs, ce qui passe par l’acquisition de sentiments, d’une vraie sensibilité à l’autre. « Vouloir faire des hommes durs, des hommes sans cœur« , c’est selon CS LEWIS, conduire le monde et notre jeunesse à la tyrannie des propagandes futures.

L’analyse qu’entreprend CS LEWIS; le conduit à débusquer comme à démasquer les sinistres conséquences d’un rejet de toute morale. Ce livre magistral, se termine par la description prémonitoire et apocalyptique de l’instant où l’homme fera de lui-même la matière de ses propres inventions et manipulations.

« Il y a quelque chose qui unit la magie et la science appliquée tout en les séparant toutes les deux de ce que les siècles précédents appelaient la ″sagesse″. Pour les sages d’autrefois, le problème essentiel était de mettre l’âme en conformité avec la réalité, et les moyens d’y parvenir étaient principalement la connaissance, l’autodiscipline et la vertu. Pour la magie, aussi bien que pour la science appliquée, le problème principal est de soumettre la réalité aux désirs humains ; et la solution est une technique ; dans la mise en pratique de cette dernière, toutes les deux sont disposées à faire des choses considérées jusqu’alors comme repoussante et impies –comme déterrer et mutiler les morts . »

L’avertissement que CS Lewis nous livre un véritable pamphlet contre ces idéologies mortifères qui se moquent du bien, de la morale transmise (son livre est écrit dans les contextes du Nazisme. « L’abolition de l’homme » est rédigé pendant la seconde guerre mondiale, sans que pour autant le nazisme soit nommé ). Le livre de CS LEWIS,  n’a pas pris une seule ride dans les contextes de la vacuité de notre modernité : cette modernité qui tente de nous affranchir  de toute valeur, en refusant de soumettre nos découvertes scientifiques à des normes morales universelles. Depuis des siècles, ce mouvement de déconstruction s’est accéléré en quelques décennies, ce mouvement comme un ouragan  tend toujours plus à dénaturer l’homme et pour reprendre l’expression de CS LEWIS à l’abolir, abolir l’homme dans ce qu’il a d’unique et de sacré.

« Les professeurs ne façonnaient pas l’homme selon un modèle choisi. Ils transmettaient ce qu’ils avaient reçu ; l’enseignant initiait le jeune néophyte au mystère de l’humain qui les recouvrait l’un et l’autre de sa majesté. (. . .) Cela change désormais. Les valeurs ne sont plus que de simples phénomènes naturels. Dans le cadre du conditionnement, on s’efforce de produire chez l’élève des jugements de valeur. (. . .) Ils [les pédagogues] savent comment produire une conscience et décident quel genre de conscience ils veulent produire. Eux-mêmes se situent en dehors, au-dessus …. Les conditionneurs vont par conséquent devoir choisir quel genre de Tao artificiel ils veulent, pour des raisons qui leur sont propres, produire dans l’espèce humaine. Ils pousseront les autres à agir, ils seront créateurs de motivations. Mais d’où tireront-ils eux-mêmes leurs motifs d’agir ? »

Dans les contextes du transhumanisme, ce livre est à lire de toute urgence….

Le transhumanisme c’est quoi au juste ?

La civilisation du laisser faire, le nouvel âge d’or, le monde sans limites, la civilisation sans curseur ou tout demain deviendra possible [Lire ce manifeste transhumaniste : https://iatranshumanisme.com/wp-content/uploads/2015/10/le-transhumanisme-prochaine-c3a9tape-de-la-civilisation.pdf ] ….  Une vidéo à voir pour comprendre les enjeux du post humanisme !

https://www.youtube.com/watch?time_continue=112&v=s1341NL7RdY

Un deuxième Ouvrage de Eric LEMAITRE en préparation : Publication fin 2019 ou 2020

La perfectibilité de l’espèce humaine est l’impensé majeur d’une métaphysique et d’une nouvelle anthropologie qui se dessine à l’aune des avancées prodigieuses de l’univers technoscientifique.

Si le mouvement transhumaniste apparaît comme récent, le courant s’inscrit en réalité dans la mémoire latente de l’humanité comme le récit d’une conquête contre la mort et d’une lutte s’opposant à la finitude de l’espèce humaine !

Auteur : Eric LEMAITRE

Quelle anthropologie

à l’heure du transhumanisme ?

Anthropologie

« La révolution véritablement révolutionnaire se réalisera non pas dans la société, mais dans l’âme et la chair des êtres humains. » Aldous Huxley

Première partie  

La perfectibilité de l’espèce humaine est l’impensé majeur d’une métaphysique et d’une nouvelle anthropologie qui se dessine à l’aune des avancées prodigieuses de l’univers technoscientifique.

Si le mouvement transhumaniste apparaît comme récent, le courant s’inscrit en réalité dans la mémoire latente de l’humanité comme le récit d’une conquête contre la mort et d’une lutte s’opposant à la finitude de l’espèce humaine !

Les origines du transhumanisme

***L’homme déchu, une triple rupture***

  • Définir simplement le transhumanisme
  • Le transhumanisme ses origines
  • Le transhumanisme, une histoire enfouie

Le transhumanisme : Une nouvelle anthropologie

*** Le détournement de l’homme***

  • Critique de l’essentialisme et de la sacralisation de la vie
  • L’homme machine [Le monisme]
  • La dénaturation du Vivant ?
  • De l’homo-Sapiens à l’homo cyborg

Le transhumanisme : Portrait de l’homme augmenté

*** L’homme augmenté : la dissociation du lien social *** 

  • Matérialiste
  • Narcissique
  • Technoscientifique
  • Consumériste
  • Eugéniste

Deuxième partie  

Changer techno scientifiquement l’être humain plutôt que de le changer via la religion, l’éducatif ou le politique est la nouvelle dynamique qui fonde aujourd’hui la civilisation humaine.  L’amélioration de l’homme passera par la civilisation technique et l’hybridation homme machine qui le domestiquera et l’asservira…

 L’empreinte technique dans la civilisation de l’homme augmenté

*** La faillite de l’homme augmenté ***

  • La civilisation transhumaniste
  • L’empreinte technique dans la civilisation de l’homme augmenté
  • Le phénomène de la croissance technicienne [Jacques ELLUL]

L’Intelligence artificielle ou le rêve de l’hybridation Homme Machine

*** De l’anthropologie de l’émancipation à L’homme machine ***

  • Qu’est-ce l’intelligence artificielle [Le deep learning] ?
  • Hybridation Homme / Machine
  • Les enjeux et menaces

Troisième partie

 

La dernière partie du livre sera un plaidoyer pour retrouver le sens du prochain

Quelle anthropologie pour demain où notre devoir de résilience 

*** L’âme et le prochain ***

  • Les constats d’une vie déchue
    • L’homme a un besoin vital de vie relationnelle
    • Vivre la proximité
    • Pour conclure

 

 

Transhumanisme : De l’homme déchu à l’homme augmenté

 

Conférence de Eric LEMAITRE

Le transhumanisme, porté par l’intelligence artificielle, la robotique et l’idéologie scientiste, se présente comme un ouragan menaçant l’homme lui-même, y compris l’homme intérieur, son âme et sa conscience. Est-il vraiment possible, cependant, d’améliorer l’homme dans son être propre ?