L’arrogance transhumaniste

Si l’amour de soi et la dimension de l’avidité à toujours posséder plus, constituent finalement la matrice d’une appétence pour les biens augmentés, il n’est pas contestable que l’arrogance est une posture qui conduit l’homme à cette recherche inénarrable de la toute-puissance, cette envie de posséder éventuellement l’objet qui reflète en quelque sorte le besoin d’exprimer une forme d’autorité.  Ainsi l’arrogance est bien le prolongement d’une forme de narcissisme, d’amour de soi, une manifestation, une posture de l’hégémonie qui peut naître ou résulter de cette volonté de disposer des attributs qui me donnent l’illusion de la supériorité, l’illusion d’une supériorité physique, intellectuelle, une forme de pathologie déviante exprimée par la soif d’impressionner les autres, de désir de pouvoir, d’équipements cognitifs ou de nouvelles prothèses qui confirmeront ma supériorité, ou ce besoin impérieux d’écraser, d’imposer une forme de force, d’autorité.

La vie relationnelle grignotée

En déplacement à DIE pour présenter mon premier essai « la déconstruction de l’homme », je décide au retour de m’arrêter chez de vieux amis rémois pour les saluer. Mon court séjour fut empreint de cette dimension relationnelle à laquelle je reste profondément attaché. Ecoutant mes amis, je fus attentif à celui de Marc dont le récit de vie est particulièrement touchant. Marc n’est pas une personnalité exubérante, extravertie, chez Marc tout est intériorisé, feutré, ce garçon habituellement réservé me relata avec beaucoup d’entrain son déplacement entre Valence et Erevan, du Vercors au Caucase, de la Drôme à l’Arménie, un périple de quelques milliers de kilomètres parcourus en vélo couché. Ce périple était animé par le désir d’investir l’effort au profit de la réhabilitation de l’école de Chirakamout.

Le messie technologique

Il est évident que le monde numérique tentera de se draper de ses plus beaux atours, d’habits seyants pour séduire la civilisation humaine face à ses crises en vantant sa contribution à améliorer le sort de la planète en déployant des solutions en matière de proximité, de déplacements, de télétravail, d’aides à la décision, de tâches jusqu’alors dévolues aux hommes.  Les outils numériques séduiront de toute évidence l’humanité du fait de l’amélioration des échanges, du meilleur partage de l’information, de la communication instantanée, de l’exactitude des informations transmises, de la puissance de calcul et de synthèse des données, de sa capacité à orienter, à rapprocher et laissant peu l’initiative au hasard des rencontres. Le déterminisme des rencontres sera à l’œuvre, nous entrons dans le monde de la vie rationnelle qui a horreur de l’improvisation, de l’imprévisible. Il sera alors devenu confortable de ne pas penser par soi et de subir l’injonction du navigateur « C’est l’heure de ta promenade, va à droite, achète-moi cet objet, divertis toi avec ce film, ne consomme pas cette viande… 

La ville digitalisée, la tentation de Babel

Dans les dix prochaines années, la ville fera l’objet certainement d’une reconversion révolutionnaire de sa conception à son organisation, avec le devoir de gérer de nouvelles contraintes, de nouvelles tensions sociales qui pourraient émerger. La ville devient en effet complexe, et cette complexité tient à l’humain et à l’évolution de leurs comportements au sein de la ville du fait même de l’évolution des technologies employées et des modifications tenant à des comportements plus isolés, marqués par la dimension de l’ego, la société du « pour moi ».  Pour répondre aux besoins, à ces besoins humains, la cité urbaine évolue vers davantage de technicité et de réponses servicielles qui seront dématérialisées et numériques, satisfaisant à ces nouvelles attentes hédonistes et consuméristes. La nécessité s’est alors imposée de savoir anticiper les besoins, de savoir gérer, de savoir organiser la structure sociale, de réguler l’attractivité des réponses à apporter à l’ensemble des attentes issues des activités humaines. Avec l’émergence des nouveaux outils numériques, de l’intelligence artificielle, de la multiplication des connectivités dans la ville, les urbanistes réfléchissent à de nouvelles méthodes de réponses aux besoins et de contrôle de la vie humaine, de régulation des activités, comme celles liées aux déplacements, aux flux à gérer au sein de la ville. Les GAFAM sont également tentés de s’emparer du sujet et de contribuer à optimiser la gestion des villes, en exploitant leurs innovations ou la découverte de nouveaux outils qui permettront une meilleure gestion. 

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