Intelligence artificielle et confinement… le futur cybernétique

Avec l’avènement du Covid 19 qui a fait son entrée dans le monde nous sommes face à un  tsunami terrifiant de désocialisation de la société prolongée par ces vagues répétées liées aux mesures de confinement.  Mais pour sortir du confinement  se met en place  un ensemble de réflexions devant conduire, à la régulation de la vie sociale légitimée par la crise sanitaire, mais là aussi n’allons-nous pas nous habituer à une forme de conditionnement autoritaire des esprits, une domestication et l’apprentissage de tous, puis en fin de compte à accepter demain le couronnement de la cité cybernétique, celle d’une gouvernance hyper technicisée au moyen d’algorithmes gérant toutes les activités humaines,  les pistant, autorisant ou non nos bons de sorties  …  Ne sommes-nous pas là en train d’ouvrir tout simplement la boite de Pandore ?
Eric LEMAITRE Auteur de l’essai, l’homme mécanisé paru en décembre 2019

Avec l’avènement du Covid 19 qui a fait son entrée dans le monde nous sommes face à un  tsunami terrifiant de désocialisation de la société prolongée par ces vagues répétées liées aux mesures de confinement.  Mais pour sortir du confinement  se met en place  un ensemble de réflexions devant conduire, à la régulation de la vie sociale légitimée par la crise sanitaire, mais là aussi n’allons-nous pas nous habituer à une forme de conditionnement autoritaire des esprits, une domestication et l’apprentissage de tous, puis en fin de compte à accepter demain le couronnement de la cité cybernétique, celle d’une gouvernance hyper technicisée au moyen d’algorithmes gérant toutes les activités humaines,  les pistant, autorisant ou non nos bons de sorties  …  Ne sommes-nous pas là en train d’ouvrir tout simplement la boite de Pandore ?

Eric LEMAITRE socio-économiste : Auteur de l’essai, l’homme mécanisé paru en décembre 2019

 

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Patrick Joubert, CEO de Ponicode et membre fondateur de Covid-IA.

Pour lire l’article cliquez sur le lien : https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-lintelligence-artificielle-au-service-du-deconfinement-1192769

Face à une pandémie inédite, l’intelligence artificielle (IA) peut nous permettre d’inventer les scénarios de déconfinement les plus efficaces. L’initiative Covid-IA, portée bénévolement par des médecins, des chercheurs et des experts en IA, propose de participer à la réflexion de modélisation des différentes sorties de crise.

Nous devons inventer de toutes pièces le modèle de déconfinement qui caractérisera la sortie de crise. L’intelligence artificielle peut nous aider à relever ce défi. Nous pouvons disposer actuellement de trois types de données : les données démographiques, les données relatives aux personnes malades ou aux patients porteurs ou suspectés (comme le propose la solution de télésuivi à domicile Covidom développée par l’AP-HP et Nouveal e-santé) et les données de localisation qui peuvent nous être fournies – de manière agrégée, donc anonyme – par les opérateurs de téléphonie mobile. Les données de localisation nous permettraient, par exemple, de savoir où les personnes se trouvaient la semaine avant le confinement, quels contacts éventuels elles ont pu avoir avec des sujets potentiellement vecteurs du virus.

Utiliser les données passées pour modéliser l’avenir

Grâce à ces données, que l’on peut qualifier d’« historiques », nous pouvons alimenter et entraîner des algorithmes de machine learning qui parviendront à créer des modèles stables et performants. Ces modèles nous expliqueront comment la pandémie s’est propagée et comment elle évoluera en fonction des plans de déconfinement.

Si nous enrichissons les modèles créés par les algorithmes de machine learning avec des informations de très haute qualité, directement fournies par les citoyens en mode « opt-in », c’est-à-dire de manière volontaire, via une application mobile, nous pourrons réaliser des prédictions encore plus fines. Les questions consisteraient à savoir quelles personnes ont été malades, où elles se trouvent actuellement et quelles sont les personnes autour d’elles. Les réponses à ces questions permettraient de dire quelles personnes peuvent, ou non, sortir du confinement .

Prenons l’exemple d’un foyer composé d’un couple et de deux enfants. Si une seule personne du foyer se soumet à un test sérologique (analyse d’une goutte de sang), on peut savoir si elle a été en contact avec le Covid-19. On peut supposer que l’ensemble des membres du foyer a été exposé. La technologie nous permet de faire des déductions (on appelle cela l’inférence) avec une grande précision. Dans tous les cas, les hypothèses de transmission sont indissociables d’ une campagne de tests massive (virologiques et/ou sérologiques selon les situations) qu’il faudrait cibler au mieux.

Dans un contexte de pénurie de tests sérologiques, il ne serait donc pas nécessaire de tester l’ensemble de la population française. Grâce à cette connaissance ultrafine, nous pourrions bâtir une stratégie de déconfinement non pas au niveau d’un département, ni d’une commune, mais au niveau d’une personne.

Remettre la vie en marche

Pour éviter que cette crise sanitaire ne se transforme en désastre économique, nous pourrions appliquer la méthode aux collaborateurs des entreprises et constituer des binômes, des brigades, des équipes composées uniquement de personnes séropositives. On pense en effet, même si les données scientifiques sont encore parcellaires, que les sujets qui ont rencontré le virus développent une immunité antivirale qui pourrait les protéger d’une réinfection, une donnée qu’il faudra établir avec certitude le plus rapidement possible. A l’inverse, les salariés non immunisés (on les appelle des « naïfs ») devront respecter des précautions particulières (ateliers ou bureaux où les gens ne se croisent pas) et bénéficier en priorité de protections individuelles qui font encore cruellement défaut.

L’idée est d’organiser le retour au travail des Français de manière différenciée et de remettre la vie en route avec le Covid-19, qui, quoi qu’il arrive, est présent et restera présent pendant de nombreux mois encore. Tant qu’il n’y a pas de vaccin ni de traitement, il n’y aura pas de solution pour soigner et protéger les gens. L’objectif est donc de déconfiner de manière intelligente, en protégeant les plus fragiles et en évitant la recirculation active du virus, ce qui réexposerait notre système de soins à une nouvelle surcharge. Surtout, cela éviterait de remettre les Français en confinement, ce qui ne serait probablement pas compris.

L’IA permet de raccourcir le temps nécessaire à l’évaluation du pourcentage de la population qui a été confrontée au virus. On estime actuellement que ce pourcentage est compris entre 5 et 10 %. C’est beaucoup trop imprécis et la marge d’erreur est trop importante.

Aujourd’hui, nous nous heurtons à la question suivante : peut-on accéder à toutes ces données ? Nous sommes aujourd’hui en état d’urgence sanitaire. Qu’attendons-nous pour libérer ces données de manière anonyme, pour pouvoir établir une modélisation de la pandémie et sortir du confinement de manière optimale à tous points de vue ?

Patrick Joubert, CEO de Ponicode et membre fondateur de Covid-IA.

L’écran total

Nous assistons comme à une forme de bombe nucléaire : d’atomisation massive, la fragmentation des populations obligée à l’hyper individualisation non en raison d’une idéologie qui aurait été décrétée par un gouvernement totalitaire mais résultant d’une pandémie virale et mortifère qui touche la totalité de notre planète. La force virale de ce Coronavirus, l’ennemi de l’homme, impacte tous les écosystèmes, renversant, fauchant les cités arrogantes : ces cités babyloniennes, visages de l’orgueil et de la suffisance humaine. Ce phénomène déconcertant, désarçonnant, et viral vient en quelque sorte mettre comme une couche supplémentaire à ce processus déjà engagé de dislocation de la société, même s’il en était besoin de l’aggraver en mettant à genoux toutes les principautés, les autorités, les gouvernances politiques dont aucunes ne lui résistent, ne sont en capacité de faire front. Un micro-organisme quasi invisible mais d’une dangerosité extrême, est là en mesure d’abattre tous les systèmes sophistiqués de protection médicalisée, toutes les défenses « sanitaires » en imposant sa loi totalitaire sommant les êtres humains de se réfugier dans leurs frêles abris.

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Auteur Eric LEMAITRE

Ce texte est à la suite d’un excellent article écrit par Liliane Held-Khawam : https://lilianeheldkhawam.com/2020/03/31/creer-une-nouvelle-societe-digitalisee-sous-surveillance-permanente-lhk/

Lors d’une conférence en Octobre sur l’homme mutant, j’évoquais l’atomisation future de notre société en citant Tocqueville et surtout l’économiste Jacques Généreux lorsque ce dernier abordait une des caractéristiques de la vie sociale de notre modernité : la dissociété. Or cette dissociété qui est un marqueur de notre vie occidentale, cette mutation anthropologique déjà bien avancée, est un phénomène amplifié par le confinement quasi mondial des populations et décrété par l’ensemble des nations. Avec le confinement vécu par des milliards d’êtres humains, nous sommes en quelque sorte dé-reliés aux autres, détachés, désunis, désolidarisés parce que emmurés, calfeutrés et avec cette situation de confinement nous aboutissons finalement à l’hyper connectivité qui accentue l’ère d’un monde sans relation incarnée.

Nous assistons comme à une forme de bombe nucléaire : d’atomisation massive, la fragmentation des populations obligées à l’hyper individualisation non en raison d’une idéologie qui aurait été décrétée par un gouvernement totalitaire mais résultant d’une pandémie virale et mortifère qui touche la totalité de notre planète. La force virale de ce coronavirus, l’ennemi de l’homme, impacte tous les écosystèmes, renversant, fauchant les mégapoles arrogantes (Londres, New York Paris…) : ces cités babyloniennes, visages de l’orgueil et de la suffisance humaine. Ce phénomène déconcertant, désarçonnant, et viral vient en quelque sorte mettre comme une couche supplémentaire à ce processus déjà engagé de dislocation de la société, même s’il en était besoin de l’aggraver en mettant à genoux toutes les principautés, les autorités, les gouvernances politiques dont aucunes ne lui résistent, ne sont en capacité de faire front. Un micro-organisme quasi invisible mais d’une dangerosité extrême, est là en mesure d’abattre tous les systèmes sophistiqués de protection médicalisée, toutes les défenses « sanitaires » en imposant sa loi totalitaire, sommant les êtres humains de se réfugier dans leurs frêles abris, claquemurant même toute notre humanité, la piétinant parfois en laissant les plus faibles au bord de la route « certains pays » parmi les plus pauvres de la planète, relatent de véritables désastres, de personnes en proie aux pires souffrances que l’on ne peut même plus accueillir dans les hôpitaux et les morts mêmes jonchent les rues.

Ce phénomène, ce choc pandémique, semble pourtant être atténué dans le monde occidental [pour combien de temps ?]. Ce monde occidental qui s’imagine à l’abri via ses relais et ses réseaux, cet ensemble de relations préfabriquées qui s’appuient sur toutes les technologies mises en place au cours de ce confinement, d’inventivité dont font preuve plusieurs d’entre nous. Pourtant il faut bien reconnaître que tout ceci est bien spécieux, superflu et ne remplacera pas la relation vivante, la rencontre salutaire avec l’autre.  Or pour compenser l’absence de l’autre, l’interactivité sociale, nous notons une progression des usages internet, nous glissons peu à peu vers le monde transhumaniste des écrans qui devient l’autre, le substitut, l’aide thérapeutique, l’assistant palliant la solitude insupportable. En attendant sans doute demain le robot affectif palliant à l’ami absent, simulant des capacités de cognition mais sans conscience, sans ressentis ni aucun sens de l’autre, ni aucun désir de vivre notre humanité surtout lorsque la fragilité de l’homme est mise à mal.

Avec ce confinement généralisé, le monde connecté celui de l’écran est en passe de devenir le monde réel, mais un monde surtout factice, un univers d’artefacts conditionnant au fil des jours notre future apathie, notre immobilisme contraint. Notre seul horizon est à peine la fenêtre des voisins, mais devient une fenêtre fermée, un mur sans visage, car ce visage est sans doute rivé à son écran. Nous entrons finalement dans l’habituation d’un monde d’informations qui devient pour le coup le substitut de l’autre en chair. L’habituation est ce syndrome de l’addiction, celle de l’accoutumance à être privé de vie relationnelle, de vie associative ou de vie d’église pour les chrétiens, une accoutumance qui n’est pas facile à vivre pour nos aînés, une situation que j’ose écrire de cataclysmique pour nos aînés, qui plus que jamais ont besoin d’un geste réel et non d’un écran qui simule une animation qui n’est pas la chaleur de l’être aimé. Ces aînés souffrent, sans doute endurent pour certains, d’être privés de cette rencontre avec leurs enfants, de l’absence, de la non-incarnation d’un geste de tendresse d’un petit fils, d’une petite fille, de rires que l’on entend et qui nous relie à celui des vivants, ces personnes avancées dans l’âge, privés à l’heure de leur mort de la main tendre qui les accompagne.

A vivre le monde virtuel qui soi-disant nous protège, sommes-nous réellement en vie, sommes-nous toujours en vie ? Si j’évoquais le monde de nos aînés très âgés, comment ne pas songer également à toutes les personnes qui vivent seules, isolées, chez elles. Ces personnes qui vivent parfois en êtres désolés sans ressources (ni compagnies, ni livres) et passant des journées dans une solitude qui les emmure. Une amie, m’a invité à suivre par téléphone (hélas) cette personne veuve, qui vit dans le mal être d’un espace fermé. Cette personne passe sa vie dans les écrans à consulter et à rechercher désespérément l’âme sœur dans le monde désincarné des réseaux de rencontres, mais sans réponses, se perdant ainsi dans les méandres de ces univers virtuels sans lendemains, un monde de désenchantement comme tout ce qui est virtuel.

L’écran ne remplacera jamais le monde réel ; le monde vivant n’est pas celui du domaine calfeutré du monde virtuel, de cet écosystème envahi par les connexions, les bits, les data. Pourtant ce monde virtuel deviendra notre nouvel écosystème, ce monde se dessine subrepticement et l’ennemi demain sera la rencontre, la peur de l’autre, celui qui vit en chair mais qui pourrait loger un corps étranger. Cette peur nous envahit malgré nous, tant nous sommes habitués à vivre en confinés. Nous sommes soumis ainsi à ce nouvel ordre social, l’ordre de l’immanence fondé sur la peur, imposé par un virus bricolé ou naturel [« sur naturel » en ce sens que virus semble ne s’en prendre qu’à l’homme] . Nous sommes devenus les sujets des réseaux connectés, celle de nos écrans d’où nous recevons de l’information et des injonctions en permanence. Nous sommes dans l’habituation comme je l’ai déjà écrit, une forme d’apprentissage conditionnée à échelle planétaire, l’apprentissage d’un monde virtuel, vide de relations humaines. Oui j’entends bien qu’il faille se protéger et comment faire autrement, surtout parce que nous n’avons pas su anticiper en France, le naufrage de cette crise sanitaire exposant puis plongeant nos armées médicales dans le stress, la peur au ventre face à une peur, loin d’être une paranoïa.

L’habituation à ce monde virtuel, celui des écrans, des smart phones dont il faudra même s’équiper pour justifier et légitimer nos sorties. Nous allons sous peu découvrir les applications qui demain anticiperont et géreront pour nous les interactions sociales qu’il faudra éviter, car selon un sondage les Français seraient prêts à se laisser géolocaliser, autrement dit pister, pour prévenir d’éventuels risques de contamination, fuir les pestiférés, les contaminés et demain d’autres dangers émanant des tensions découlant de l’effroyable crise sanitaire (crises sociales, politiques, révoltes issues de la crise économique).

Le Prince de l’air et oui car il faut bien parler de lui, nous prépare à des moments pénibles, difficiles en voulant domestiquer l’espèce humaine et en la privant d’incarnation. Cette crise sanitaire va aussi révéler la réalité qui touche au cœur de l’homme, ceux qui hier de leurs balcons applaudissaient les blouses blanches pourraient bien se transformer en hydres pour chercher les prétendus boucs émissaires d’un véritable désastre pour l’humanité. Pourtant à l’heure de ce désastre, de ce bouleversement, chacun avec une profonde humilité devrait réfléchir à l’orientation qu’il avait jusqu’à présent, donner à sa vie, et peut-être changer de voie pour mieux s’engager vers les autres, les proches, les parents, les amis, la personne que je croise, celui qui est en réalité mon prochain et non mon ennemi. il nous faut revenir à une vie d’authenticité et de simplicité et fuir ce monde qui nous invite à toujours plus, et à l’homme augmenté, alors que la vraie grandeur est de savoir s’abaisser devant la grandeur de Dieu.

La vérité de ce nouvel ordre se révèle, hélas s’incarne dans le confinement, à nous dés lors de discerner, de ne pas nous laisser séduire par la vanité de ce monde. A nous de relier les autres et à prévenir les dégâts d’une atomisation : l’atomisation de notre vie sociale comme je l’écrivais précédemment, ce risque de délitement du lien social et qui pourrait s’amplifier : chacun à son écran, tous impuissants, en passe de nous laisser domestiquer, naviguant entre deux mondes : le social-réseau virtuel où chacun se donne le sentiment d’exister et l’individu atomisé privé de contacts avec l’autre et qui souffre pourtant, toujours, en secret d’être privé de communion avec ses frères en humanité. Alors changeons de voie et revenons à cette offrande que nous offre la vraie vie, les choses simples, celles d’une proximité avec le prochain…En écrivant ces lignes, je mesure aussi toute notre vanité humaine, notre mémoire qui oublie si facilement son passé, ses terreurs, les  terreurs qui enserrèrent dans les plus grandes frayeurs, ceux que l’on appelait les poilus, confinés dans leurs tranchées, habités par l’angoisse d’une mort à leur trousse; Nous mesurons ainsi que nous ne sommes pas en réalité en guerre mais oui un virus nous interpelle et interpelle la conscience de l’homme à revenir à d’autres valeurs et à contempler une autre grandeur, refoulée par l’homme, niée par l’homme, et sans doute nous invite à contempler celui qui est à l’origine de toutes choses, de la vie, du souffle de vie.

Coronavirus : les Français favorables à une application mobile pour combattre la pandémie

Une nette majorité de Français seraient favorables à l’utilisation d’une application enregistrant leurs interactions sociales et les avertissant s’ils ont été en contact avec une personne malade du Covid-19, ou prévenant ceux qu’ils ont côtoyés s’ils sont eux-mêmes infectés. C’est l’enseignement d’un sondage publié mardi 31 mars, réalisé auprès d’un échantillon représentatif de plus de 1 000 Français possédant un téléphone mobile les 26 et 27 mars. Cette étude a été commandée par une équipe de recherche de l’université britannique d’Oxford qui travaille justement sur ce type d’application pour lutter contre la pandémie.

Ces chercheurs ont modélisé mathématiquement l’effet d’une application de pistage permettant d’identifier immédiatement les personnes risquant d’être infectées avant même qu’elles présentent des symptômes du Covid-19 et ont estimé qu’une telle application était de nature à « contrôler l’épidémie sans avoir besoin de recourir à des mesures prolongées et très coûteuses de confinement général ». Leurs recherches viennent de faire l’objet d’une publication dans la prestigieuse revue Science.

Le Monde :

Article mis à jour le 02 avril 2020

Une nette majorité de Français seraient favorables à l’utilisation d’une application enregistrant leurs interactions sociales et les avertissant s’ils ont été en contact avec une personne malade du Covid-19, ou prévenant ceux qu’ils ont côtoyés s’ils sont eux-mêmes infectés. C’est l’enseignement d’un sondage publié mardi 31 mars, réalisé auprès d’un échantillon représentatif de plus de 1 000 Français possédant un téléphone mobile les 26 et 27 mars. Cette étude a été commandée par une équipe de recherche de l’université britannique d’Oxford qui travaille justement sur ce type d’application pour lutter contre la pandémie.

Ces chercheurs ont modélisé mathématiquement l’effet d’une application de pistage permettant d’identifier immédiatement les personnes risquant d’être infectées avant même qu’elles présentent des symptômes du Covid-19 et ont estimé qu’une telle application était de nature à « contrôler l’épidémie sans avoir besoin de recourir à des mesures prolongées et très coûteuses de confinement général ». Leurs recherches viennent de faire l’objet d’une publication dans la prestigieuse revue Science.

Une application utilisant le Bluetooth

Les chercheurs ont présenté aux sondés le dispositif qu’ils ont imaginé : une application, installée sur un smartphone et utilisant la technologie sans fil Bluetooth, capable de détecter si un autre téléphone mobile équipé de cette même application se trouve à proximité immédiate.

L’application envisagée n’accède à rien d’autre qu’au Bluetooth (pas d’accès au répertoire, aux messages…) et ne permet pas de géolocalisation : elle se contente d’enregistrer les appareils munis de la même application ayant été dans son environnement immédiat pendant au moins 15 minutes, une situation présentant un risque d’infection au nouveau coronavirus.

Dans le système présenté aux sondés, lorsque le possesseur d’une telle application est diagnostiqué positif au Covid-19, ceux que le malade a côtoyés sont avertis immédiatement et il leur est demandé, par les autorités sanitaires, de se mettre en quarantaine stricte. Les personnes ainsi alertées ne savent pas qui leur a fait courir le risque d’être contaminé, ni où. Les plus de 1 000 Français sondés dont les réponses ont été prises en compte ont d’abord dû répondre correctement à plusieurs questions pour s’assurer de leur bonne compréhension du dispositif imaginé par les chercheurs.

Lire aussi  Contre la pandémie due au coronavirus, de nombreux pays misent sur la surveillance permise par le « big data »

Dans ce contexte, ils seraient près de 48 % des personnes interrogées à l’installer « sans aucun doute » et 31 % à le faire « probablement », un pourcentage qui n’évolue guère avec l’âge. Huit personnes sur dix envisagent donc directement d’installer une telle application. Cette probabilité augmente au cas où une infection se déclarerait dans son entourage : ils seraient alors presque deux tiers à l’installer « sans aucun doute ». Paradoxalement, plus de 93 % des personnes interrogées respecteraient la consigne de quarantaine reçue de l’application – soit davantage que de personnes qui installeraient l’application en premier lieu. Une part qui augmente si, à cette quarantaine, est assortie la possibilité d’être testé au Covid-19.

Des chiffres à mettre en perspective, selon les auteurs de l’étude. « Nous n’avons pu discuter le mode de fonctionnement et l’installation de l’application qu’en termes très généraux, alors que les détails précis de mise en œuvre pourraient grandement affecter les décisions d’installation », écrivent-ils, tout en concluant que « même si 80 % de nos répondants ont exprimé une volonté d’installer une telle application si elle était disponible, le taux d’installation pourrait être beaucoup plus faible en réalité ».

Des sondés favorables à une installation « automatique »

Près de deux personnes interrogées sur trois seraient favorables à ce que l’installation de cette application soit automatique, par les opérateurs téléphoniques – un mode de fonctionnement qui ne semble cependant pas être techniquement réalisable. Un pourcentage similaire garderait « probablement » ou « sans aucun doute » l’application sur leur téléphone si elle y était installée automatiquement.

L’étude identifie trois principaux freins à l’adoption large de cette application, condition sine qua non de son efficacité : les risques d’un piratage du téléphone sur lequel l’application est installée ainsi que la possibilité que cette surveillance puisse être prolongée même après la pandémie (un quart des sondés respectivement) et le risque d’une augmentation de l’anxiété liée à l’utilisation de cette application (un cinquième des personnes interrogées). Les difficultés techniques d’installation ou d’activation restent marginales.

Par ailleurs, plus de la moitié des sondés seraient favorables à ce que les données récoltées par l’application soient mises à disposition des chercheurs après la fin de l’épidémie. Enfin, les chercheurs notent qu’en Allemagne, au Royaume-Uni et en Italie, où les chercheurs ont également réalisé un sondage, les résultats sont « très similaires » à ceux observés en France. « L’application n’étant utile que s’il y a un nombre suffisant d’utilisateurs, nous jugeons nos résultats comme étant porteurs d’espoir quant à la viabilité d’une telle approche », se félicitent ainsi les chercheurs.

La société digitalisée après le Coronavirus

Par la digitalisation, le phénomène informationnel a explosé depuis la mise en place du confinement.  Ainsi, à l’heure actuelle, la quasi totalité des activités a été transformée en… information. Nous devrions plutôt dire qu’elle est transformée en bit, unité de l’unité de mesure de base de l’information en informatique.

 

Auteur 

Liliane Held-Khawam 

 Créer une Nouvelle Société digitalisée sous surveillance permanente.  

 

https://campus.hesge.ch/blog-master-is/wp-content/uploads/2018/12/Digital_information_simulation.png

Source image: ICI

Le confinement que nous avons commencé à expérimenter pourrait bien être le départ d’une nouvelle forme de société entièrement digitalisée.

Vers un post-humanisme

Les concepteurs du Nouveau monde prône d’ailleurs le post-humanisme. « Selon cette conception, la science aurait modifié la condition humaine et serait capable de la modifier encore (par le génie génétique par exemple) au point que l’humanité serait à un tournant radical de son histoire3, voire à la fin de son histoire4. Elle devrait aussi « s’élargir au non humain (cyborgs, clones, robots, tous les objets intelligents), l’espèce humaine perdant son privilège au profit d’individus inédits, façonnés par les technologies »2.  » (Wikipédia)

Pour l’heure, le cher coronavirus pourrait être le catalyseur qui permettrait de faire basculer l’humanité vers cette nouvelle société, constituée d’êtres ou d’objets dont le dénominateur commun est d’être connectés à la machine. Comment? Par le confinement qui progressivement amènerait l’individu à être coupé relationnellement, affectivement, et socialement de tout contact choisi, librement décidé.

https://lilianeheldkhawam.com/2018/10/28/etes-vous-daccord-davoir-un-clone-numerique-vous-laurez-quand-meme-lhk/

Suprématie de la machine informationnelle

Cette nouvelle société totalement digitalisée est centrée sur le mariage de tous les instants de la technologie et de l’information. L’idée est que vous ne puissiez communiquer hors de la surveillance et du contrôle d’une plateforme dédiée à la technologie de l’information et de la communication. Nous appellerons une telle plateforme qui engloberait l’ensemble de la technologie de l’information et de la communication: machine informationnelle. Un super ordinateur qui récupèrerait l’ensemble des informations émises. Mais pas seulement.

Cette machine est alimentée dans l’autre sens, en direction des « membres » qui la constituent. Elle émet elle-même des informations sous contrôle de la superstructure. Le but étant de corriger les perceptions et croyances de la masse de ses ressources humaines. Dans ce sens, l’envoi d’information est vital afin de changer les valeurs individuelles et collectives, d’admettre la fin des  libertés, et générer la conviction que hors du système en place point de salut.

L’importance de la machine informationnelle est donc stratégique pour arriver à accompagner la révolution sociétale, et maintenir ses actions durablement. C’est pourquoi, les ambassadeurs de la très haute finance planétaire ont mis la main sur l’industrie du divertissement, les principaux médias (sous toutes leurs formes), et ce que ceux-ci soient de droite ou de gauche, religieux ou athées, destinés aux petits/ados/adultes/vieux, etc.  Aucune importance.

Un confinement, oui mais… digitalisé

Par la digitalisation, le phénomène informationnel a explosé depuis la mise en place du confinement.  Ainsi, à l’heure actuelle, la quasi totalité des activités a été transformée en… information. Nous devrions plutôt dire qu’elle est transformée en bit, unité de l’unité de mesure de base de l’information en informatique.

Chaque fois que vous traitez quelque chose avec votre smartphone, vous échangez automatiquement de l’information informatisée. Ce faisant, vous n’êtes jamais à 2 avec l’interlocuteur, mais au moins à 3 avec le gestionnaire de la plateforme technologique.

Ce qui précède est très important pour les concepteurs de la Nouvelle Société. C’est si vrai que  « selon certaines idées au confluent de l’informatique et de la physique, l’information immatérielle donnerait naissance à la matière. » Le physicien John Wheeler a été jusqu’à présenter en 1989 « l’idée que l’information soit première et que la matière et les lois de la physique émergent dans un monde d’information, ce qu’il a résumé avec l’expression it from bit.«

Lire la suite de l’article passionnant … https://lilianeheldkhawam.com/2020/03/31/creer-une-nouvelle-societe-digitalisee-sous-surveillance-permanente-lhk/

L’ennemi ?

Étonnant de ne pas découvrir de vraies méditations et réflexions philosophiques sur ce Covid 19, ce nouveau fléau mondial qui finalement n’a rien de nouveau sous le soleil. La peste en son temps fut perçue comme un véritable cataclysme, la peur gagna alors l’Europe face à cette destruction massive liée à l’épidémie dévastatrice. L’époque, cette période appelée moyen-âge fut marquée comme vous le savez « par le sauve qui peut », un sentiment de frayeur, d’insécurité face à la brutalité de l’épidémie due au bacille de Yersin. Quand la peste se répandait en véritable pandémie, ce sont des foules qui tentèrent de prendre la fuite n’empêchant pas le virus de migrer également, Des processions avaient aussi été organisées partout en Europe, pour invoquer le secours de Dieu.

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Auteur Éric LEMAITRE

Socio économiste

auteur de l’Essai la conscience mécanisée

Le Covid 19, ce nouveau fléau mondial n’a finalement rien de nouveau sous le soleil. La peste en son temps fut perçue comme un véritable cataclysme, la peur gagna alors l’Europe face à cette destruction massive liée à l’épidémie dévastatrice. L’époque, cette période appelée moyen-âge fut marquée comme vous le savez « par le sauve-qui-peut », un sentiment de frayeur, d’insécurité face à la brutalité de l’épidémie due au bacille de Yersin. Quand la peste se répandait en véritable pandémie, ce sont des foules qui tentèrent de prendre la fuite n’empêchant pas le virus de migrer également, Des processions avaient aussi été organisées partout en Europe, pour invoquer le secours de Dieu. Mais notre monde a refoulé Dieu et s’emploie à imaginer que les distanciations et les barrières humaines suffiront à endiguer le mal.

Le monde est de ce fait secoué par une crise qui ressemble à l’expression d’une forme de terreur quasi mondiale propagée par une entité biologique qui ne choisit ni ses proies, ni ses victimes, qui n’a pas de visa et s’invite ou voyage incognito [nous sommes si nous sommes affectés le véhicule corporel, transportant le virus], invisible, pour frapper l’innocent comme le coupable, le riche et le pauvre, ne discrimine ni la couleur, ni l’orientation, pas même la religion de ses victimes, c’est l’humanité dans sa totalité qui est visée. L’appétit de ce virus semble insatiable et il met en péril tous les écosystèmes relationnels, sociaux, économiques. Ce virus est devenu le fléau de ce siècle. Il vient frapper la conscience humaine et nous interroge sur le modèle de société universaliste et consumériste, que nous avons bâti.

L’émotion (surtout pour soi) est en train de gagner aujourd’hui le globe dans son ensemble, notre monde. Avec l’endémie suscitée par ce germe dévastateur, ce que j’observe, est bien l’émergence d’une forme de repli sur soi associé aux mesures de confinement prises par les états : la fin des rassemblements, de toute forme de convivialité, l’évitement de tous les lieux de rendez-vous, l’isolement claquemuré de préférence. Pourtant toutes les mesures de prévention n’ont pas anéanti la fulgurance de la diffusion de ce virus, ce virus ne semble pas craindre les mesures d’endiguement et nous fait prendre conscience de notre finitude, de notre vulnérabilité que nous redécouvrons. Notre société a tellement refoulé la mort, la maladie que leurs spectres se sont finalement tapis, incrustés sur les paliers de nos maisons.

Dans ces contextes d’appréhension et même de terreur planétaire, une matinée, je suis allé chez le boulanger. Habituellement cette boulangerie fait le plein de clients et je remarquais que j’étais étrangement seul dans le magasin, absence de mondes, absence de contacts. J’ai fait rire l’aimable vendeuse, en lui proposant de payer le pain « sans contact ». Ce « sans contact », ce mode de paiement qui est finalement à l’image d’une société qui se dessine, évitons de nous toucher, de nous embrasser, de tendre la main, d’échanger un sourire des fois que ce sourire ne transpire le visage de cette calamité et qu’à mon tour je ne croise le virus assassin. Je me suis également rendu dans une école d’ingénieurs pour surveiller un examen le 13 mars 2020, trois jours avant le confinement décidé par les autorités du pays, et je fus frappé par le regard inquiet chez quelques élèves s’interrogeant sur leur avenir après que leur fussent annoncées les mesures de fermeture des frontières alors que certains devaient se rendre à l’étranger pour effectuer un stage devant valider leur futur diplôme d’ingénieur.

Pourtant il faut en convenir, prenons soin des uns et des autres et ne nous prêtons pas inutilement à cette folie de croire que l’on est protégé et insubmersible ; que l’on ne transmettra pas le virus autour de nous. Une proche travaillant dans un établissement a été la première à s’appliquer les consignes, saluer aimablement ses collègues, mais sans embrassades et serrages de mains. Quand elle fit ce choix, gentiment ses collègues ne se sont pas souciés de cette prévention et continuèrent leurs aimables pratiques. Un soir, un message d’alerte fut partagé par la direction de l’entreprise, un cas de coronavirus [suspecté puis démenti] a été signalé, une collègue en était atteinte, ce fut le vent de panique, le chacun pour soi, le repli, la stratégie de calfeutrage. Lorsque le virus était loin de chez soi, nous avons tendance parfois à en rire, à jouer aux braves, à nous moquer gentiment des autres, mais voilà, c’est arrivé à la porte de l’entreprise [démenti par la suite] de cette proche, qui fut l’une des rares employé(e)s, à retourner pourtant dans son entreprise, mais une entreprise quasi désertée. Le coronavirus est un agent antisocial, et sans doute cette épidémie à l’heure où ces lignes ont été écrites (le 16 mars 2020) va s’aggraver, n’épargnera aucune ville, aucune commune, aucun village, îlot, aucun quartier, aucune rue, aucun voisinage. Ce virus antisocial est aussi mondialiste [métaphore], il ne connait pas de frontières et même si le président Trump ferme les frontières US, barricade l’Amérique, il n’empêchera pas la propagation de cette peste nouvelle, car il faut bien que les Américains séjournant en Europe reviennent dans leurs pays. D’ailleurs la Californie, état américain a déclaré récemment l’État d’urgence, dans la région de Seattle, siège des géants de la technologie digitale qui dominent le marché mondial du numérique, plusieurs cas de coronavirus ont été signalés, multipliant les mesures de protection, encourageant les salariés à se terrer chez eux, à une forme de burrowing. J’entends ici là que le monde numérique va finalement sauver le monde en réinventant les conditions d’une vie sociale sécurisée, grâce à l’intelligence artificielle, au télétravail, aux mails, aux robots qui viendront nous apporter les colis, à Skype ou autres supports pour continuer le lien social avec nos aînés privés de relations vivantes susceptibles de les mettre en danger. Mais hélas, nous créons chez ces derniers de l’insécurité affective et un sentiment de repli, d’abandon qui pourrait les gagner du fait du délitement des interactions sociales. Ces aînés seront aussi les victimes directes ou collatérales de la pandémie.

Nous allons, avec la propagation du virus, entrer dans un monde d’hyperconnectivité accélérée, l’esclavagisme virtuel des temps modernes et sans doute les mesures de confinement vont amplifier et précipiter un mouvement d’inventions numériques [géolocalisation du virus : lieux à ne plus fréquenter, rues à éviter et qui sait voisins à éviter] et d’applicatifs à télécharger pour mieux nous divertir, nous tenir en laisse, tracer les mouvements des populations,  mais c’est un leurre, le numérique ne sauvera pas le monde, le numérique ne nous sauvera pas de cette pandémie. Je crains que d’autres mesures ne soient aussi prises afin de mieux gouverner et tracer les populations, de les traquer, de contrôler leurs ventes et leurs achats.

Pourtant dans ces contextes, nous devrions absolument lire les recommandations de ceux qui nous ont précédés au cours de notre histoire, Je m’en tiendrais ainsi  à la lettre de Luther qui lui-même a été confronté à la peste, il écrivait ces mots[1] pleins de sagesses qui peuvent nous éclairer sur la façon dont nous abordons les événements qui se passent dans les contextes d’une époque angoissée.

« Je demanderai à Dieu par miséricorde de nous protéger. Ensuite, je vais enfumer, pour aider à purifier l’air, donner des médicaments et les prendre. J’éviterai les lieux, et les personnes, où ma présence n’est pas nécessaire pour ne pas être contaminée et aussi infliger et affecter les autres, pour ne pas causer leur mort par suite de ma négligence. Si Dieu veut me prendre, il me trouvera sûrement et j’aurai fait ce qu’il attendait de moi, sans être responsable ni de ma propre mort ni de la mort des autres. Si mon voisin a besoin de moi, je n’éviterai ni lieu ni personne, mais j’irai librement comme indiqué ci-dessus. Voyez, c’est une telle foi qui craint Dieu parce qu’elle n’est ni impétueuse ni téméraire et ne tente pas Dieu. »

 Alors mes chers amis, c’est le moment de redoubler de compassion, d’amour pour vos nos prochains, ne craignons pas le virus, mais ce mal anti relationnel, ne craignons pas la rencontre avec l’autre [Sans le mettre en danger], mais notre isolement, le repli chez soi… Dieu nous appelle à sortir de nos murs, et d’ouvrir nos maisons pour accueillir le prochain, à prier pour les malades à tendre justement la main [le geste de la main est une métaphore, nous n’incitons pas les gens à braver les recommandations]. Ne nous laissons pas intimider par celui que l’on a coutume d’appeler le malin.  Aussi je lance cet appel à la prière pour notre pays, pour ses autorités, pour ses médecins, ses personnels soignants et pour la conscience de tous, de revenir à l’essentiel de la vie, l’amour du prochain. Malheur à nous si nous n’écoutons pas l’exhortation véritable qui nous invite à un changement de modèle de vie, à un changement complet de nos habitudes et notre souhait de rester dans notre salière. Soyons le sel et la lumière du monde, soyons l’espérance dans une ambiance profondément mortifère…

[1] Source: Œuvres de Luther Volume 43 p. 132 la lettre « Que l’on puisse fuir une peste mortelle » écrite au révérend Dr. John Hess.

CS Lewis : sa critique contre le scientisme

La grande intuition de Lewis, qui rejoint en cela de nombreux auteurs classiques, est que la connaissance rationnelle des lois physiques (scientia) doit être ordonnée par une sagesse philosophique adéquate (sapientia). Faute de quoi, la pensée se condamne au matérialisme, qui est l’empire du relativisme moral absolu. Science sans conscience, disait déjà Rabelais, n’est que ruine de l’âme…

Quand l’auteur de Narnia écrivait contre le transhumanisme

Article extrait de : https://www.lefigaro.fr/vox/culture/quand-l-auteur-de-narnia-ecrivait-contre-le-transhumanisme-20200306

FIGAROVOX/LECTURE -Enfin traduit en français, l’ouvrage de Michael D. Aeschliman, La Restauration de l’homme, explore la critique adressée par C. S. Lewis à l’idéologie scientiste qu’il accuse de vouloir abolir l’humanité.

Le Monde de Narnia: chapitre 1 - le lion, la sorciere blanche et l’armoire magique.
Le Monde de Narnia: chapitre 1 – le lion, la sorciere blanche et l’armoire magique. Rue des Archives

Une armée de robots, programmés par l’intelligence artificielle pour pacifier la galaxie? Le rêve de Dark Vador est aussi celui d’un professeur et informaticien finlandais, Timo Honkela, selon qui une «machine de paix» verra bientôt le jour. Un robot étranger aux émotions humaines, qui répandrait l’harmonie et la concorde entre les gens. Bienvenue dans le meilleur des mondes…

L’idée, pourtant, n’est pas si neuve: en réalité, elle est même au cœur du vieux mythe scientiste, qui rêve d’une science parvenue à un tel degré de puissance qu’elle serait un jour en mesure de répandre d’elle-même la morale jusqu’aux confins du monde. Érigée au rang de quasi-divinité, la technique a vu pourtant sa toute-puissance sérieusement mise à mal tout au long du siècle passé, sous le coup de critiques portées par certains des plus brillants esprits contemporains. Celles notamment de Jacques Ellul, de Hans Jonas ou de Georges Bernanos sont relativement bien connues du public français.

L’une, en revanche, nous est moins familière, c’est celle de Clive Staples Lewis, professeur de littérature à Oxford – qui fut surtout le génial auteur des Chroniques de Narnia. L’essai de Michael D. Aeschliman, La Restauration de l’homme*, publié en 1983 et traduit pour la première fois cette année en français, rend enfin accessible au grand public l’essentiel des réflexions de C. S. Lewis sur le scientisme et le transhumanisme.

La grande intuition de Lewis, qui rejoint en cela de nombreux auteurs classiques, est que la connaissance rationnelle des lois physiques (scientia) doit être ordonnée par une sagesse philosophique adéquate (sapientia). Faute de quoi, la pensée se condamne au matérialisme, qui est l’empire du relativisme moral absolu. Science sans conscience, disait déjà Rabelais, n’est que ruine de l’âme…

Une expérience toutefois sépare Rabelais (mais aussi Thomas d’Aquin, Érasme, Thomas More ou encore le cardinal Newman, qui sont ici tour à tour convoqués) de Lewis, celle du totalitarisme, qui illustra de la plus tragique des manières ce que peut produire une foi déraisonnée dans la capacité de la science à améliorer le genre humain.

Car, enfin, et c’est là le cœur de la préoccupation de C. S. Lewis, le grand risque du scientisme est tout bonnement de parvenir à «l’abolition de l’homme», relégué au rang des choses matérielles faute d’avoir considéré à sa juste place la spécificité de la pensée humaine qui n’est pas réductible à la connaissance scientifique. Lewis, donc, fait le pari de la sagesse, c’est-à-dire, en somme, de la culture: la littérature, l’art ou la philosophie, et plus largement tous les savoirs humains qui échappent aux lois de la physique, sont précisément ce qui nous constitue en tant qu’humains. Et nous fait accéder à la connaissance du Bien, objectif et universel.

À l’heure où certains tentent maladroitement de bricoler l’éthique pour en faire la chambre d’enregistrement des progrès les plus effrayants de la technique, cette lecture semble plus nécessaire que jamais.

*La Restauration de l’homme, de Michael D. Aeschliman, traduit de l’anglais par Hubert Darbon, éd. Pierre Téqui, 288 p., 19 €.

CRISPR CAS 9 la modification génétique à des fins thérapeutiques

Pour la première fois, les scientifiques ont utilisé la technique d’édition de gènes CRISPR pour essayer d’éditer un gène alors que l’ADN est encore à l’intérieur du corps d’une personne.

La procédure révolutionnaire a consisté à injecter l’outil microscopique d’édition de gènes dans l’œil d’un patient aveuglé par une maladie génétique rare, dans l’espoir de permettre au volontaire de voir.

Article extrait du site http://www.npr.org

https://www.npr.org/sections/health-shots/2020/03/04/811461486/in-a-1st-scientists-use-revolutionary-gene-editing-tool-to-edit-inside-a-patient?t=1583415908875

Pour la première fois, les scientifiques ont utilisé la technique d’édition de gènes CRISPR pour essayer d’éditer un gène alors que l’ADN est encore à l’intérieur du corps d’une personne.

La procédure révolutionnaire a consisté à injecter l’outil microscopique d’édition de gènes dans l’œil d’un patient aveuglé par une maladie génétique rare, dans l’espoir de permettre au volontaire de voir. Ils espèrent savoir dans quelques semaines si l’approche fonctionne et, dans l’affirmative, savoir dans deux ou trois mois quelle vision sera rétablie.

« Nous sommes vraiment ravis de cela », a déclaré le Dr Eric Pierce , professeur d’ophtalmologie à la Harvard Medical School et directeur du service des troubles héréditaires de la rétine du Massachusetts Eye and Ear. Pierce dirige une étude que la procédure a lancée.

« Nous aidons à ouvrir, potentiellement, une ère de modification génétique à des fins thérapeutiques qui pourrait avoir un impact dans de nombreux aspects de la médecine », a déclaré Pierce à NPR.

La technique d’édition de gènes CRISPR a révolutionné la recherche scientifique en facilitant la réécriture du code génétique. Cela suscite également de grands espoirs de guérir de nombreuses maladies.

Avant cette étape, les médecins n’avaient utilisé CRISPR que pour tenter de traiter un petit nombre de patients atteints de cancer , ou des troubles sanguins rares, l’anémie falciforme ou la bêta-thalassémie. Bien que certains des premiers résultats aient été prometteurs, il est encore trop tôt pour savoir si la stratégie fonctionne.

Dans ces autres cas, les médecins ont retiré des cellules du corps des patients, édité des gènes dans les cellules avec CRISPR en laboratoire, puis réinjecté les cellules modifiées dans le corps des volontaires pour attaquer leur cancer ou produire une protéine dont leur corps manque.

Dans cette nouvelle expérience, des médecins du Casey Eye Institute de Portland, Oregon , ont injecté (dans l’œil d’un patient presque aveugle atteint d’une maladie appelée amaurose congénitale de Leber ) des gouttelettes microscopiques transportant un virus inoffensif conçu pour délivrer les instructions de fabrication de la machine d’édition de gènes CRISPR.

À partir de la petite enfance, la maladie génétique rare détruit progressivement les cellules sensibles à la lumière de la rétine qui sont nécessaires à la vision. La déficience visuelle associée à l’ACV varie considérablement, mais la plupart des patients sont légalement aveugles et ne peuvent faire la différence entre la lumière et l’obscurité ou peut-être détecter un mouvement.

« La majorité des personnes touchées par cette maladie ont l’extrémité la plus grave du spectre, en termes de mauvaise vision », explique Pierce. « Ils sont fonctionnellement aveugles. »

L’objectif est qu’une fois, le virus porteur des instructions CRISPR a été infusé dans l’œil, l’outil d’édition de gènes supprime le défaut génétique à l’origine de la cécité. Les chercheurs espèrent que cela permettrait de restaurer la production d’une protéine cruciale et d’empêcher la mort des cellules de la rétine, ainsi que de raviver d’autres cellules – permettant aux patients de retrouver au moins une certaine vision.

«C’est la première fois que l’édition de gènes CRISPR est utilisée directement chez un patient», explique Pierce. « Nous sommes vraiment optimistes quant à l’efficacité du traitement. »

L’étude est parrainée par Editas Medicine, de Cambridge, Massachusetts, et Allergan , basée à Dublin. Il impliquera à terme un total de 18 patients, dont certains dès l’âge de 3 à 17 ans, qui recevront trois doses différentes.

« Nous sommes très enthousiastes à ce sujet. C’est la première fois que nous effectuons des montages à l’intérieur du corps », déclare Charles Albright, directeur scientifique d’Editas.

«Nous pensons que la possibilité de modifier l’intérieur du corps va ouvrir de nouveaux domaines entiers de la médecine et conduire à une toute nouvelle classe de thérapies pour des maladies qui ne peuvent être traitées d’aucune autre manière», dit Albright.

Francis Collins, directeur des National Institutes of Health, qualifie cette avancée de «moment significatif».

« Nous rêvons tous qu’un moment pourrait arriver où nous pourrions appliquer cette approche à des milliers de maladies », a déclaré Collins à NPR. « C’est la première fois que l’on essaie sur un être humain. Et cela nous donne l’espoir que nous pourrons l’étendre à de nombreuses autres maladies – si cela fonctionne et si c’est sûr. »

Pierce, Albright et d’autres ont souligné qu’un seul patient a été traité jusqu’à présent et que l’étude, encore à un stade très précoce, est conçue principalement pour déterminer si l’injection de l’outil d’édition de gènes directement dans l’œil est sûre.

À cette fin, les chercheurs commencent avec la dose la plus faible et les patients les plus âgés, qui ont déjà subi des dommages importants à leur vision. Et les médecins ne traitent qu’un œil par patient. Toutes ces mesures sont prises au cas où le traitement se retournerait contre lui, causant plus de dégâts au lieu d’être utile.

«CRISPR n’a jamais été utilisé directement à l’intérieur d’un patient auparavant», explique Pierce. « Nous voulons nous assurer que nous le faisons bien. »

Pourtant, dit-il, si le défaut sous-jacent peut être réparé chez ce patient et d’autres avec des dommages avancés, « nous avons le potentiel de restaurer la vision des personnes qui n’ont jamais eu une vision normale auparavant. Ce serait en effet incroyable. »

L’étude implique une forme d’ amaurose congénitale de Leber connue sous le nom de Type 10, qui est causée par un défaut du gène CEP290.

Si l’approche semble sûre et efficace, les chercheurs commenceront à traiter des patients plus jeunes.

«Nous pensons que les enfants peuvent tirer le meilleur parti de leur thérapie, car nous savons que leurs voies visuelles sont toujours intactes», explique Albright.

La procédure, qui prend environ une heure à effectuer, consiste à faire de minuscules incisions qui permettent d’accéder à l’arrière de l’œil. Cela permet à un chirurgien d’injecter trois gouttelettes de liquide contenant des milliards de copies du virus qui ont été conçues pour transporter les instructions d’édition génique CRISPR sous la rétine.

L’idée est qu’une fois sur place, les éléments d’édition CRISPR élimineraient la mutation qui provoque un défaut dans CEP290. L’espoir est que ce serait un traitement unique qui corrigerait la vision pour la vie.

Si cela fonctionne, les volontaires de l’étude pourront peut-être répéter la procédure sur l’autre œil plus tard.

« Si nous pouvons le faire en toute sécurité, cela ouvre la possibilité de traiter de nombreuses autres maladies où il n’est pas possible de retirer les cellules du corps et de faire le traitement à l’extérieur », explique Pierce.

La liste de ces conditions pourrait inclure certains troubles cérébraux, tels que la maladie de Huntington et les formes héréditaires de démence, ainsi que des maladies musculaires, telles que la dystrophie musculaire et la dystrophie myotonique , selon Pierce et Albright.

« Les maladies héréditaires de la rétine sont un bon choix en termes de thérapies géniques », explique Artur Cideciyan, professeur d’ophtalmologie à l’Université de Pennsylvanie , étant donné que la rétine est facilement accessible.

Mais Cideciyan avertit que d’autres approches pour ces conditions sont également prometteuses, et il reste difficile de savoir qui se révélera être le meilleur.

« L’approche de l’édition de gènes est supposée être une solution définitive », dit-il. « Cependant, ce n’est pas connu. Et les données devront être évaluées pour voir la durabilité de cela. Nous devrons voir ce qui se passe. »

Préface de Anna Geppert Professeure des universités

Disons-le d’emblée : le livre d’Éric Lemaître sur la ‘‘conscience mécanisée’’ est un cadeau offert à nos contemporains. Il participe au débat concernant les effets des ‘‘progrès’’ technologiques fulgurants dont nous sommes témoins. Certains s’émerveillent, se voient déjà tout puissants, universellement savants, immortels. D’autres s’inquiètent des menaces qui pèsent, sur nous, sur la nature trafiquée, sur la société hypercontrôlée, sur l’homme dit ‘‘augmenté’’, mais en réalité diminué, amputé dans son humanité.

Ces dernières années, les ouvrages se sont multipliés sur ces sujets. Mais le livre que nous avons entre les mains remet ces interrogations dans la seule perspective qui, finalement, a du sens : celle de la foi. Lorsque, dans leur orgueil, les hommes se détournent de Dieu, les ténèbres emplissent leurs cœurs. Ils font alors leur propre ruine :

« Ces soi-disant sages sont devenus fous. » (Rm 1,22).

Or, en fin de compte, c’est bien de cela qu’il s’agit : derrière les défis du soi-disant progrès se joue un combat plus profond, plus grave, ultime : celui pour la conscience de l’homme.

A propos du livre ; Transhumanisme : La conscience mécanisée 

       Couverture - Eric Lemaitre - 1

Le bon combat

Anna Geppert

Professeur des Universités en Urbanisme et Aménagement, Sorbonne Université

Avant d’aller plus loin, j’aimerais dire comment j’ai rencontré Éric Lemaître. En 2005, l’agence d’urbanisme cherchait à remettre sur le métier un sujet ancien, la collaboration entre Reims et les villes voisines. Les tentatives précédentes avaient fait long feu, faute de volonté politique. Le directeur de l’agence eût l’idée de confier une étude à la collaboration de deux personnes différentes, un consultant socioéconomiste, Éric, et une universitaire spécialiste de l’aménagement du territoire, moi-même.

Pour rencontrer les maires concernés, nous devions sillonner les routes champenoises, ardennaises, picardes. Des voyages riches d’échanges, au cours desquels naissait une complicité intellectuelle. Il ne nous fallut pas beaucoup de temps pour en découvrir la source : notre foi. Il y a des différences entre celle d’Éric, protestant évangélique, et la mienne, catholique romaine. Mais, plus grand que nos différences, il y a le Christ :

« En tous, il est tout » (Col 3,11).

Par la suite, nous nous sommes croisés, de loin en loin. Le hasard, cet autre nom de la Providence, nous a réunis ces derniers jours sur un terrain plus politique. Éric m’a adressé son livre en me proposant de le préfacer. En lisant sa Conscience humanisée, j’ai retrouvé l’ancienne connivence : dans les changements accélérés qui se sont produits au cours des dix dernières années, nous avions mené des réflexions qui se faisaient, à maints égards, écho. C’est donc un réel plaisir que d’écrire les quelques mots qui suivent.

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Disons-le d’emblée : le livre d’Éric Lemaître sur la ‘‘conscience mécanisée’’ est un cadeau offert à nos contemporains. Il participe au débat concernant les effets des ‘‘progrès’’ technologiques fulgurants dont nous sommes témoins. Certains s’émerveillent, se voient déjà tout puissants, universellement savants, immortels. D’autres s’inquiètent des menaces qui pèsent, sur nous, sur la nature trafiquée, sur la société hypercontrôlée, sur l’homme dit ‘‘augmenté’’, mais en réalité diminué, amputé dans son humanité.

Ces dernières années, les ouvrages se sont multipliés sur ces sujets. Mais le livre que nous avons entre les mains remet ces interrogations dans la seule perspective qui, finalement, a du sens : celle de la foi. Lorsque, dans leur orgueil, les hommes se détournent de Dieu, les ténèbres emplissent leurs cœurs. Ils font alors leur propre ruine :

« Ces soi-disant sages sont devenus fous. » (Rm 1,22).

Or, en fin de compte, c’est bien de cela qu’il s’agit : derrière les défis du soi-disant progrès se joue un combat plus profond, plus grave, ultime : celui pour la conscience de l’homme.

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L’urbaniste que je suis est interpellée par les passages du présent ouvrage qui concernent la ville digitale. Je ne résiste pas au plaisir de rapporter ici un éditorial que j’ai publié très récemment dans la très revue nommée disP- The Planning Review, et intitulé… La tour de Babel[1]:

Toute la terre avait alors la même langue et les mêmes mots. Au cours de leurs déplacements du côté de l’orient, les hommes découvrirent une plaine en Mésopotamie, et s’y établirent. Ils se dirent l’un à l’autre : « Allons ! Fabriquons des briques et mettons-les à cuire ! » Les briques leur servaient de pierres, et le bitume, de mortier. Ils dirent : « Allons ! Bâtissons-nous une ville, avec une tour dont le sommet soit dans les cieux. Faisons-nous un nom, pour ne pas être disséminés sur toute la surface de la terre. » (Genèse 11 : 1-4).

Nous y voilà, à nouveau. Toute la terre a une même langue : le pidgin English. Peu de mots, pas de grammaire, une prononciation saccadée : une langue tout juste bonne pour les affaires, sans subtilité ni culture, ne permettant pas une communication profonde. Et, tandis qu’ils migrent de toutes parts, les hommes s’établissent dans les mégapoles : São Paulo, Mumbai, Séoul, New York. Le secteur de la construction caracole à des niveaux d’activité sans précédent[2]. Les mégapoles s’affrontent dans les classements et essaient de se faire un nom. Elles érigent des tours dont le sommet atteint les cieux, et chaque nouveau record de hauteur annonce une nouvelle crise économique[3]… Mais nous poursuivons, éperonnés par la cupidité, ivres d’orgueil. Tout est possible, the sky is the limit!

Depuis l’Antiquité, philosophes et urbanistes ont réfléchi à la taille des villes. À différentes époques et pour différentes raisons, Hippodamos de Milet, St Thomas More, Sir Ebenezer Howard, Lewis B. Keeble et bien d’autres ont tenté de limiter leur croissance. Qu’elle fût le lieu du succès ou de la perdition, la grande ville était l’exception et non la norme. Aujourd’hui, grâce à la technologie, les mégapoles paraissent capables de s’affranchir de toute limite de taille d’une manière qui, auparavant, n’était pas concevable. Nous savons bien qu’elles sont des géants aux pieds d’argile, à la merci d’un accident naturel, technologique, énergétique… Mais nous espérons que le progrès palliera ces risques, nous ouvrant monde d’opportunités.

Mais qu’en est-il dans la réalité ? Lorsque j’enseignais à Abu Dhabi, j’avais été atterrée d’apprendre que certains ouvriers du bâtiment ignoraient dans quelle ville ou pays ils se trouvaient. Puis je me pris à songer à mon voisin, l’homme d’affaires accoudé au bar du Hilton. Finalement, que sait-il de l’endroit où il se trouve ? Délesté de son smartphone et de son portefeuille, il n’irait pas bien loin… Et nous ? Que connaissons-nous vraiment, dans les métropoles que nous habitons ?

Nous vivons dans des archipels. Nos îles de résidence, de travail, de loisirs sont séparées de vastes océans inconnus. Sortis de quelques lieux familiers, nous sommes perdus : rien d’étonnant à ce que les promoteurs nous promettent tous les havres de paix auxquels nous aspirons. Mais, au bout du compte, que ce soit dans les ‘‘petites boîtes faites en ticky-tacky’’ de la chanson de Reynolds, dans d’arrogants gratte-ciels, dans les courbes lourdes du post-modernisme, dans les pastiches éclectiques de l’urbanisme néo-traditionnel, ils reproduisent la même erreur, la fameuse ‘‘Unité d’Habitation’’ de Le Corbusier : un ‘‘module’’, fragment de cité relié à d’autres fragments lointains, mais déconnecté de son environnement. Et, désormais, protégé par des clôtures et des caméras de reconnaissance faciale.

Inlassablement, nous ajoutons de nouveaux modules à nos métropoles. La cité et sa communauté d’habitants sont remplacées par ‘‘l’urbain’’, un univers en expansion permanente qui n’appartient plus à personne. Son gigantisme affecte nos relations aux lieux et aux personnes. Dans le métro, je ressens de la compassion pour le premier mendiant, mais lorsque je suis sollicitée pour la cinquième fois, je suis seulement contrariée. Nous n’avons pas la capacité d’absorber le torrent d’hommes, d’événements, d’informations, de stimuli charriés par la vie métropolitaine.

Dans l’anonymat de grands nombres, les stéréotypes remplacent les personnes et les slogans de tolérance, de justice et de fraternité sonnent creux. Des silhouettes sans visage habitent les métropoles dystopiques des films de science-fiction : des travailleurs athlétiques et anonymes dans la Metropolis de Fritz Lang (1927), des policiers et des gangs de malfaiteurs dans la ville de Gotham, des « réplicant » androïdes dans Blade Runner de Ridley Scott (1982). Ce dernier prend pour décor Los Angeles en… 2019. En sommes-nous arrivés là ? Par l’intelligence artificielle et par l’eugénisme, nous essayons bien de produire des androïdes. Et notre société est en train de devenir de plus en plus dure. Sur mon trajet quotidien, au cœur de Paris, je croise des personnes hurlant dans le métro, des comportements agressifs, des personnes sans domicile dormant à même le pavé, des rats courant en plein jour dans les rues. Il y a seulement cinq ans, ce n’était pas ainsi.

Bâtissons des villes pour les hommes, des villes où l’on peut vivre et travailler. Des villes aux distances courtes, aux rues invitant à la déambulation, aux jardins accueillants ; des villes préservées des panneaux publicitaires criards, des haut-parleurs hurlants et de l’Internet ; des cités en harmonie avec leur arrière-pays ; des cités riches de toute leur histoire ; des cités bâties autour d’une église, et non d’une usine, d’une banque, d’une attraction touristique ou d’un centre commercial.

En Europe, ces villes existent. Nous avons un réseau unique de villes et de bourgs historiques. Elles offrent toutes ces qualités et participent d’un aménagement harmonieux du territoire. Mais beaucoup sont en déclin, concurrencées par les métropoles, ces territoires gagnants de la mondialisation. Nous sommes à un tournant. Comme au lendemain de la chute de Rome, sans politique volontaire en termes d’emploi, d’infrastructures, de soutien aux services, beaucoup de villes petites et moyennes vont dépérir. Mais la volonté politique fait défaut, comme nous l’avons vu lorsque la déclaration de Riga[4] fit long feu.

Plus que jamais, des travaux de recherche et des propositions politiques clairvoyantes sont nécessaires. Retroussons nos manches et prenons soin de nos petites villes – ainsi, nous aurons un refuge lorsque la tour de Babel s’effondrera ».

J’ai été frappée par les convergences entre les propos sur la ville tenus par Éric Lemaître dans le cadre d’une réflexion sur le transhumanisme, et la mise en garde que j’adresse aux urbanistes dans le cadre d’une revue de référence dans ce champ.

L’un comme l’autre, nous dressons le constat d’une ville financiarisée, au service d’un néolibéralisme débridé, avec des possibilités de contrôle de la vie privée digne des rêves les plus fous des dictateurs communistes ou d’un 1984 de George Orwell (1949).

Derrière ce tableau se dessine également la préoccupation de l’homme asservi à la machine, coupé de la nature et isolé de ses semblables… Soumis à la “dictature du bruit” dont parle remarquablement le Cardinal Robert Sarah[5], noyé sous une déferlante de sons, d’images, d’écrans, happé par la vitesse, le consumérisme, la course au profit, l’homme peine à se trouver lui-même – et à rencontrer Dieu.

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Car au-delà de la question de la ville, c’est bien de notre relation à Dieu qu’il s’agit. Comment ne pas nous reconnaître dans les propos de l’Apôtre Saint Paul :

« Un temps viendra où les gens ne supporteront plus l’enseignement de la saine doctrine ; mais, au gré de leurs caprices, ils iront se chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. Ils refuseront d’entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques. » (2Tm, 4,3-4).

« Ils ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge ; ils ont vénéré la création et lui ont rendu un culte plutôt qu’à son Créateur, lui qui est béni éternellement. Amen. » (Rm 1,25)

Il en va du salut des âmes, mais il en va également de nos sociétés :

« Un monde sans Dieu ne peut être qu’un monde dépourvu de sens. Car sinon, d’où vient tout ce qui est ? En tout cas, il n’y aurait pas de fondement spirituel. C’est simplement là, sans véritable but ni sens. Il n’y a alors pas de notion de bien ou de mal. Celui qui est plus fort que l’autre s’impose. Le pouvoir est alors l’unique principe. La vérité ne compte pas, elle n’existe d’ailleurs pas. C’est seulement quand les choses ont un fondement spirituel, qu’elles sont voulues et pensées — seulement quand il y a un Dieu créateur qui est bon et qui veut le Bien — que la vie de l’homme peut également avoir un sens. (…)

Une société sans Dieu — une société qui ne Le connaît pas et qui Le considère comme inexistant — est une société qui perd son équilibre. Notre époque a vu l’émergence de la formule coup de poing annonçant la mort de Dieu. Quand Dieu meurt dans une société, elle devient libre, nous assurait-on. En réalité, la mort de Dieu dans une société signifie aussi la mort de la liberté, parce que ce qui meurt, c’est le sens, qui donne son orientation à la société. Et parce que la boussole qui nous oriente dans la bonne direction en nous apprenant à distinguer le bien du mal disparaît. La société occidentale est une société dans laquelle Dieu est absent de la sphère publique et n’a plus rien à y dire. Et c’est pour cela que c’est une société dans laquelle l’équilibre de l’humain est de plus en plus remis en cause. » (Benoît XVI, 2019).[6]

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Les atours dont se pare le soi-disant progrès ne résistent pas à l’analyse. C’est pour cela qu’il nous est présenté dans le registre compassionnel, incantatoire, agrémenté de force ‘‘likes’’ – il paraît qu’ils sont addictifs. La tentative de remplacement de la conscience humaine par une ‘‘conscience humanisée’’ n’attendra pas la greffe de puces dans le cerveau. Elle est déjà en cours : l’usage massif du digital, sous toutes ses formes, affecte le cerveau et les processus de cognition, entraînant addictions, pertes de mémoire, dépressions, anxiétés, difficultés à communiquer… Depuis une dizaine d’années, les travaux sur ce sujet se multiplient parmi les psychologues, les psychiatres, les spécialistes en neurosciences et en imagerie du cerveau. Une synthèse très exhaustive publiée en 2019 par une équipe de chercheurs conclut que l’ensemble de ces conséquences n’est pas pleinement connu ni maîtrisé.[7] En d’autres termes, nous jouons aux apprentis-sorciers.

La ‘‘conscience mécanisée’’ est un phénomène de nature totalitaire. Ce n’est pas le premier, dans la longue histoire de l’humanité. J’ai eu l’immense honneur, sous la dictature communiste, de rencontrer le bienheureux Père Jerzy Popiełuszko. Le vendredi 19 octobre 1984, quelques instants avant son enlèvement, il conduisait la méditation des mystères douloureux du chapelet :

« Depuis des siècles, le combat contre la vérité dure sans cesse. Mais la vérité est immortelle, tandis que le mensonge meurt d’une mort rapide. Voilà pourquoi, selon les mots du défunt Cardinal Wyszyński, il n’y a pas besoin d’un grand nombre de personnes pour dire la vérité. Le Christ a choisi un petit nombre de disciples pour annoncer la vérité. Le mensonge doit se parer de beaucoup de mots, car il est épicier : il doit sans cesse se renouveler, comme la marchandise dans les rayons. Il doit toujours sembler nouveau, il doit avoir beaucoup de serviteurs qui apprendront son programme, pour un jour ou un mois. Puis, rapidement, on inculquera un autre mensonge. Il faut beaucoup de personnes pour diffuser le mensonge. Il n’en faut pas autant pour dire la vérité. Les hommes trouveront, les hommes viendront de loin pour trouver les paroles de vérité car Dieu a mis, au fond de l’homme, un désir naturel de vérité. »

Merci à Éric Lemaître de nous alerter sur les dangers de la ‘‘conscience mécanisée’’, qui cherche à se substituer au désir de vérité inscrit dans le cœur de l’homme.

L’avertissement contenu dans le livre d’Éric Lemaître arrive à point nommé. Car nous ne sommes pas condamnés à subir, nous ne sommes pas réduits au rang de simples observateurs. Dans le périmètre de notre devoir d’état, nous pouvons agir. Depuis 2011, constatant pragmatiquement les dégâts qu’ils effectuent sur l’apprentissage, j’ai interdit à mes étudiants le recours au numérique, et j’ai moi-même banni de mes cours les PowerPoint et autres supports passant par les écrans. Jusqu’à présent, c’est un réel succès.[8] Cela ne transformera pas le monde entier, mais est-ce ce qui m’est demandé ? Sous l’effet d’une étrange inflation, la ‘‘conscience mécanisée’’ nous porte à croire que nous sommes liés à tout, que tout dépend de nous… Quelle illusion !

Prions et travaillons. La lecture de ce livre peut nous aider à agir en nous fournissant des arguments. Ne doutons pas de la victoire : L’église écrasera la tête du Serpent. Quant à nous, puissions-nous dire un jour, comme Saint Paul : J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. (2Tm, 4,7)

[1] Geppert Anna. 2019. « The Tower of Babel. » disP – The Planning Review, 55(3), pp. 4-5. DOI : 10.1080/02513625.2019.1670980 Original en anglais, traduit par moi-même.

[2]GlobalData (2019): Global Construction Outlook to 2023 – Q2 2019 Update. Lien: https://www.globaldata.com/store/report/gdcn0015go–global-construction-outlook-to-2023-q2-2019-update/ (consulté 23 Août 2019)

[3]L’économiste Andrew Lawrence a illustré de manière amusante et convaincante cette correspondance entre records de construction et crises économiques à travers son ‘‘skyscraper index’’. cf.  Lawrence, A. (1999): The Skyscraper Index: Faulty Towers. Property Report. Dresdner Kleinwort Wasserstein Research

[4]En 2015, la Lettonie assurait la présidence du Conseil de l’Union européenne : elle a promu cette déclaration qui appelait à une politique de revitalisation des villes petites et moyennes. Signée par tous les états-membres, elle n’a pas été suivie d’effet.

[5]Sarah, Card. Robert. 2016. La force du silence: contre la dictature du bruit. Fayard.

[6]Note du Pape émerité Benoît XVI sur les abus sexuels de février 2019, traduction française site Aleteia: https://fr.aleteia.org/2019/04/12/document-lintegralite-du-texte-du-pape-emerite-benoit-xvi-sur-les-abus-sexuels/ consulté le 21/12/2019

[7]Firth, Joseph, John Torous, Brendon Stubbs, Josh A. Firth, Genevieve Z. Steiner, Lee Smith, Mario Alvarez-Jimenez, John Gleeson, Davy Vancampfort, Christopher J. Armitage and Jerome Sarris (2019). « The ‘online brain’: How the Internet may be changing our cognition. » World Psychiatry, 18 (2), pp.119-129.

[8]    Je rends compte de cette expérience dans l’article suivant, paradoxalement accessible… en ligne. Geppert Anna (2019). « Let us teach for real ! A plea for traditional teaching. » Transactions of the Association of European Schools of Planning • 3 (2019) doi: 10.24306/TrAESOP.2019.01.001

Transhumanisme et homme mutant

De quoi les hommes ont-ils aujourd’hui peur ? En fait pas depuis aujourd’hui mais depuis toujours. Les hommes appréhendent la mort, la maladie, les fléaux naturels, les crises sociales ou économique, les pandémies, ah si aujourd’hui ils ont peur du Coronavirus.

Aujourd’hui, l’humanité appréhende les dégâts irréversibles que leur activité consumériste et mondialiste fait subir à la planète. Cette même humanité appréhende également les dérives de l’exploitation outrancière des ressources de notre sol, des impacts et conséquences sur le climat. L’humanité redoute également la prochaine crise financière à la suite de la mise en quarantaine de la chine et des effets potentiellement explosifs.

De quoi les hommes ont-ils aujourd’hui peur ? En fait pas depuis aujourd’hui mais depuis toujours. Les hommes appréhendent la mort, la maladie, les fléaux naturels, les crises sociales ou économique, les pandémies, ah si aujourd’hui ils ont peur du Coronavirus comme ils avaient peur hier du choléra ou de la peste.

Aujourd’hui, l’humanité craint surtout les dégâts irréversibles que leur activité consumériste et mondialiste fait subir à la planète.  Cette même humanité appréhende autant les dérives de l’exploitation outrancière des ressources de notre sol, des impacts et conséquences sur le climat. L’humanité redoute également la prochaine crise financière à la suite de la mise en quarantaine de la chine et des effets potentiellement explosifs.

Face à ces crises qui devraient tous nous faire réfléchir, paradoxalement l’élite de la technoscience, une élite techniciste et insouciante à la limite puérile (pour reprendre l’expression de Jacques Testart) se donne des pouvoirs prodigieux auxquels les avancées de la science pourraient lui donner accès dans un avenir dont l’horizon temps est très proche de nous : manipulations génétiques, augmentations cognitives, mutation de l’espèce humaine.

C’est donc à cette rencontre avec l’homme mutant « l’homme de demain » que je vous convie dans mon dernier essai Transhumanisme : La conscience mécanisée…

Couverture - Eric Lemaitre - 1

Pourtant, jamais l’homme n’a été autant confronté à ce sentiment de fragilité et de finitude, jamais notre jeunesse n’a autant pris conscience de l’impérieuse nécessité de s’emparer des thèmes de l’écologie. Malgré cela une frange de notre humanité se refuse toujours à toute idée d’alarmisme, de défaitisme et continue de livrer inconsciemment un combat titanesque contre une fin inéluctable, se persuadant qu’elle est en mesure de réécrire notre avenir et de mettre fin à tous les fléaux qui la menacent.

En entrant dans la postmodernité, le transhumaniste qui je définis comme une forme de VRP, est le représentant symbolique de l’économie numérique, des GAFAM. Ces GAFAM qui entendent être la mesure de toutes choses. Ce VRP du nouveau monde se persuade qu’il est en capacité de dépasser la mort et finalement de s’auto transcender pour projeter notre humanité vers un nouvel âge d’or.

Le transhumanisme n’est ainsi en réalité que le résumé d’un vieux fantasme enfoui dans la mémoire inconsciente de notre humanité.

Le transhumanisme est effet une histoire construite depuis l’aube de l’humanité dès les récits sumériens (Gilgamesh) et les mythologies grecques (Calypso, Pygmalion) et qui continue de s’écrire au fil des progrès de la technoscience. Le transhumanisme est une obsession, envoûtée par l’idée de mettre fin à la mort et de récrire aujourd’hui « l’Alphabet » du vivant.

Le transhumanisme est finalement habité par un slogan, il faut vaincre la mort et il faut en finir avec le récit de la mort qui a jalonné toute la civilisation humaine.

Or pour solder cette civilisation ancienne, il faut finalement en finir avec les vieux oripeaux philosophiques ou religieux agitant les chiffons rouges. Ces chiffons rouges souvent agités afin d’empêcher l’homme de franchir une nouvelle fois, le fameux Rubicon du fruit interdit.

Le courant idéologique transhumaniste n’en reste pas moins en perpétuelle évolution, du fait des bouleversements techniques et de nouvelles perspectives offertes par les découvertes dans les domaines de la génétique et de la science informatique notamment quantique. Et paradoxalement ce courant progresse de façon vertigineuse avec la vacuité montante qui gagne ce siècle, avec le vide de la pensée qui devient la fabrique du mal.