La fin de l’ancien monde annonce t-elle celle de nos démocraties ?

Charles Éric de Saint Germain est Philosophe, il est l’auteur de la défaite de la raison et fut invité par l’église réformée de Reims à Science Po pour aborder les fondements de l’autorité dans des contextes de crise de la démocratie.

Résumé de la Conférence du Philosophe Charles Eric de Saint Germain auteur de la défaite de la Raison

Rappelons que l’épitre aux Romains souligne que toute autorité vient de Dieu, lui seul en est la source.  L’autorité fut fondée dans la dimension de la transcendance qui s’enracine dans la tradition. Or nous rappelle Charles Éric le monde moderne se caractérise par le délitement de toute référence à la tradition qui conduit de fait comme le souligne également la Philosophe Anah Arendt. Anah Arendt n’évoque-t-elle pas la fin ou la disparition de l’autorité dans le monde moderne, en raison de toute absence de repères forgés par la dimension de la transcendance qui légitimerait dès lors l’autorité.

L’autorité est une forme de pouvoir mais un pouvoir qui s’inscrit dans la dimension relationnelle qui n’est de fait pas exclusivement verticale, l’autorité c’est également faire avec mais non contre, la violence ou la contrainte imposée d’en haut,  est ainsi le contraire du véritable pouvoir.

Sans la dimension relationnelle, et celle finalement qui touche à la transcendance (ce pouvoir je ne le détiens pas, je n’en suis pas le possesseur, il m’a été confiée, il est d’essence divine), les pouvoirs seront fragiles, contestables car sans ancrage, sans enracinement, sans référence à une relation mais également à un droit naturel qui fonde la société. Le monde s’en trouve dès lors livré à lui-même. Or c’est bien l’autorité de droit divin, si celle-ci est bien comprise et non instrumentalisée qui peut apportée en réalité une solution à la crise de l’autorité que vit la démocratie de nos jours.

La perte du sens de la transcendance pour Anah Arendt comme le souligne Charles Éric, rend de fait nos démocraties ingouvernables car après s’être débarrassées du sacré, ces mêmes démocraties ont perdu la légitimité de gouverner et de s’appuyer sur la protection de conduites traditionnelles, de traditions transmises qui constituent les socles élémentaires et fondamentaux du vivre ensemble.

Ainsi les valeurs du monde moderne avec notamment l’esprit des lumières (les philosophes), ont contribué au fil de l’eau à affaiblir l’autorité. Ces valeurs ont transformé de fond en comble, les relations que nous entretenons avec nous-même et avec les autres.

Les raisons de ce délitement de l’autorité mais pas seulement, nous les trouvons dans les œuvres respectives de Pic de la Mirandole qui indiqua que le créateur n’a fait grâce à l’homme que celle de s’affirmer comme son propre maître et de conquérir par sa volonté, la place qu’il voudra occuper au sein du monde réel.  Un pas de plus sera franchi avec Descartes qui explique qu’il dépend de l’homme de s’établir « comme maître et possesseur de la nature » ce qui marqua avec Descartes une rupture de l’autorité de la tradition, en remettant en cause les principes de la liberté de conscience de ce qui pourrait être tenu pour vrai. Ainsi avec les philosophes des Lumières, l’homme va se concevoir et ce que souligne Charles Éric comme une puissance créatrice achevant sa nature par l’éducation et construisant un nouveau destin. Nouveau destin si j’ose ici l’écrire via une puissance technologique qui n’a ni curseur, ni bornes.

Note de Eric LEMAITRE 

Dans ces contextes Yascha Mounk, professeur de théorie politique à Harvard, dans son livre Le Peuple contre la démocratie (L’Observatoire, 2018) déclara que : « Pour la première foisla plus ancienne et puissante démocratie du monde a élu un président qui n’hésite pas à exprimer publiquement son dédain pour les principes constitutionnels les plus élémentaires ». Or n’est-ce pas ici l’annonce d’un déclin d’une certaine forme de tradition (la prise en compte des contre pouvoirs, celle des conseillers qui équilibrent l’exercice du pouvoir). N’est ce donc pas le crépuscule avancé d’un pouvoir qui outrepasse ou enjambe les contre-pouvoirs, les corps intermédiaires.

Ce pouvoir aujourd’hui qui entend basculer dans ce nouveau monde post-humaniste, niant l’existence d’un récit qui a fondé notre histoire, l’histoire y compris contemporaine. Or en réduisant les manifestations qui contestent le pouvoir, à un phénomène exclusivement populiste, le président prend en réalité le risque de saper et de remettre en question la démocratie qui justement s’exprime par le peuple.  Il est ainsi paradoxal que les symboles érigés au début du quinquennat soient ceux de la verticalité, mais si cette verticalité ne puisse pas ses sources dans la tradition et la transcendance, cette verticalité risque bien de se dissoudre dans une forme d’autoritarisme, qui ne serait plus alors l’autorité souhaitée par le même peuple qui le conteste.

Le téléphone portable

Auteur Didier MARTZ

Philosophe

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« Objets inanimés, avez vous donc une âme ? » s’interrogeait le poète Alphonse de Lamartine et moi-même en regardant mon téléphone portable. Certes bien utile puisque dans 99,99 % des cas, il sert à se demander où l’un et l’autre se trouve, si il est arrivé, s’il va arriver et si il a pensé à prendre le pain. On va me rétorquer que néanmoins, il peut s’avérer salutaire dans le 0,01 % qui reste, notamment lorsque nous sommes pris dans une avalanche ou perdus en mer, ce qui est fréquemment le cas sur la place d’Erlon à Reims ou la place Ducale à Charleville-Mézières.

Bon, ne persiflons pas. Le téléphone portable rend de nombreux services et l’humanité trouve là, comme dans l’automobile et le réfrigérateur, un aboutissement heureux. L’un et l’autre participe de ce mouvement général d’équipement et de suréquipement des individus pour prévenir les risques et surtout leur rendre la vie plus facile. Voiture, véhicules de toutes sortes, machine à laver, sécher, essuyer, repasser, téléphone, télévision, ordinateur, tout un monde d’objets vient progressivement s’interposer entre l’homme et la réalité, réalité si dure et si contraignante. Comme les béquilles aident l’individu accidenté à marcher, ces objets nous permettent de nous libérer et deviennent une sorte de prolongement du corps humain au point que nous ne pouvons plus nous en passer.

C’est encore plus net pour le téléphone portable. Il est dans la poche, dans le sac, sur le cœur et, sinon dans la main, toujours à portée de main. Le plus souvent, il est collé à l’oreille donnant à l’individu une allure de penseur de Rodin sans la pensée ou bien encore il est relié à la dite oreille par un cordon ombilical visible ou invisible qui nous relie à nous-mêmes. Le téléphone est sinon un supplément d’âme au moins un supplément de corps.

Il n’est ni une prothèse destinée à remplacer artificiellement un organe qui a été enlevé ou une fonction défaillante comme la prothèse de hanche, ni une orthèse qui  assiste une structure articulaire ou musculaire défaillante. La fonction créant l’organe, le téléphone porté est un organe nouveau qui s’inscrit dans l’évolution de l’espèce. Avec les progrès de la miniaturisation, gageons qu’il sera prochainement incorporé. L’homme se sera ainsi affranchi un peu plus des contraintes naturelles qui pèsent sur lui.

Mais comme l’invention du bateau contient son naufrage possible, l’homme recule en avançant. En se libérant par les objets, il accroît sa dépendance aux objets, finit par prendre l’accessoire pour l’essentiel, les vessies pour des lanternes.

Et, si l’on veut y regarder de près, notez que dans le temps même où vous pensez vous rapprocher des autres et du monde entier par une communication ubi et orbi, tous azimuts, grâce au téléphone porté et autre ordinateur, de fait vous tenez les autres et le monde à distance, en faisant l’économie d’une communication proche, impliquante, la communication qui oblige à une présence totale.

Par un spectaculaire passage du sens propre au sens figuré, l’autre est ainsi « tenu en respect », garder à distance, pour l’empêcher de bouger par l’arme efficace du téléphone.

Ainsi va le monde.

Transhumanisme : De l’homme déchu à l’homme augmenté

 

Conférence de Eric LEMAITRE

Le transhumanisme, porté par l’intelligence artificielle, la robotique et l’idéologie scientiste, se présente comme un ouragan menaçant l’homme lui-même, y compris l’homme intérieur, son âme et sa conscience. Est-il vraiment possible, cependant, d’améliorer l’homme dans son être propre ?

Le transhumanisme, la nouvelle Gnose

Le transhumanisme en tant que courant idéologique a cette particularité de ne pas être un mouvement philosophique. Les philosophes le discernent bien, le transhumanisme n’est en réalité qu’une nouvelle théologie, une doctrine à la fois anthropologique et religieuse soutenu par des « néoprophètes » mais débarrassé d’un Dieu créateur. Pour autant, le transhumanisme n’est pas strictement une religion : il est bien trop divers, bien trop flou et bien trop subtil pour se laisser enfermer dans cette catégorie. Il est le dernier avatar d’une religion bien connue de l’histoire de l’église, mais qui en réalité se retrouve dans toutes les autres, comme un parasite se trouve dans bien des corps. Les païens le connaissaient comme « culte à mystère », les juifs sous le nom de kabbale, les musulmans sous le nom de druze, les bouddhistes sous le nom de tantrisme, les athées sous le nom de franc-maçonnerie. Quant à nous, les chrétiens, nous l’appelons une gnose.

Auteur

Etienne Omnes

son Blog https://phileosophiablog.wordpress.com/

 

Le transhumanisme en tant que courant « philosophique » a cette particularité de ne pas être un mouvement philosophique. Les philosophes le discernent bien, le transhumanisme n’est en réalité qu’une nouvelle théologie, une doctrine à la fois anthropologique et religieuse soutenu par des « néo-prophètes » mais débarrassé d’un Dieu créateur. Pour autant, le transhumanisme n’est pas strictement une religion : il est bien trop divers, bien trop flou et bien trop subtil pour se laisser enfermer dans cette catégorie. Il est le dernier avatar d’une religion bien connue de l’histoire de l’église, mais qui en réalité se retrouve dans toutes les autres, comme un parasite se trouve dans bien des corps. Les païens le connaissaient comme « culte à mystère », les juifs sous le nom de kabbale, les musulmans sous le nom de druze, les bouddhistes sous le nom de tantrisme, les athées sous le nom de franc-maçonnerie. Quant à nous, les chrétiens, nous l’appelons une gnose.

Le transhumanisme est une gnose quant à la doctrine

  1. Le rejet de la matière comme base

Techniquement, on appelle cela le dualisme – l’opposition d’un monde spirituel à un monde matériel. Toutes les gnoses anciennes se retrouvaient dans cette opposition entre le monde de l’esprit, pur, lumière et le monde de la matière, souillé, ténébreux. Mani et Marcion en déduisaient même qu’il y avait un Dieu du mal, le créateur, et le Dieu du bien, père de Jésus Christ.

Le transhumanisme est prudent sur la nature de « l’autre monde ». Tout au plus vous aurez des envolées lyriques autour du monde de l’informatique, où le web devient l’équivalent du plérôme ou du monde des formes platoniques. Mais en dehors de quelques évocations plus poétiques que scientifiques, ils ne développent que rarement cette doctrine et pour cause : elle ne tient généralement pas la critique.

En revanche, il y a un domaine sur lequel ils sont sûr d’eux : le rejet de la matière et du monde sensuel –accessible aux sens. Rien ne trouve grâce à leurs yeux : nos sens sont trop peu développés, notre cerveau est trop sensible aux phéromones, notre potentiel trop freiné par cette masse de chair mal adaptée. Le salut qu’ils proposent est alors d’échapper aux limites matérielles par un ajout –puis un remplacement- technologique. La chair et le sang sont méprisables. Mieux vaut le titane et le silicium. Notre matière humaine sera bientôt dépassée par la technologie ? C’est normal diront-ils : cette matière est vicieuse et mal conçue, indigne de nos hautes capacités et de notre grand appel.

Les transhumanistes sont des gnostiques en ce qui concerne le mépris et l’arrogance vis-à-vis de la Matière.

  1. La conception de la création comme un accident

Cette conception du corps comme « mal conçu », comme une « prison pour notre véritable nature » est ancrée dans une idée très spécifique. L’idée que la création entière est un accident, un arrangement certes ordonné mais sans grand soin, une excroissance imprévue de la réalité qui ne mérite donc pas tant de considération que cela.

Valentin (en latin : Valentinius), au deuxième siècle enseignait que du Dieu insondable avait émané plusieurs Aeons –êtres divins- et que l’un d’entre eux –Sophia ou Sagesse- avait voulu transcender sa nature et communier avec son Père l’Insondable. Dans sa tentative d’ascension elle avait chuté horriblement et avait sombré dans un état de chaos immonde. De l’impact de sa chute était née la terre, et des larmes de sa souffrance était né l’eau, de ses soupirs de regrets était né l’air et de ses spasmes étaient nés les êtres animés. Ainsi le monde matériel n’était pas spécialement conçu ni calculé, il était un accident : une chose qui se trouve être, mais qui peut très bien ne pas exister.

Mani avait une autre version. Au commencement, le Royaume des Ténèbres donna l’assaut au Royaume de la Lumière. Celui-ci supporta fort bien l’assaut, mais il se créa alors une zone grise à la frontière entre les deux : une empreinte ténébreuse de matière qui emprisonne des étincelles de lumière. Ainsi la création est l’équivalent d’un champ de Verdun encore rempli d’obus, qui est progressivement décontaminé par la Lumière.

La cosmogonie transhumaniste est moins colorée, mais tout aussi improbable. Au commencement l’univers vint à l’existence, et sous l’effet des forces aveugles de la nature il s’organisa en astres, planètes et satellites. Par un accident une planète fut en état d’accueillir la vie, et sans volonté la vie apparut sur Terre. Et ainsi naquirent toutes les autres formes de vies, qui avaient les modifications spontanées comme père et la sélection naturelle comme mère. La création dans son ensemble est un théâtre sans spectateurs, un arrangement accidentel qui ne mérite pas d’admiration ni de respect. Elle n’est que l’occasion de notre grandeur.

Les transhumanistes sont des gnostiques en ce qui concerne la conception de la création comme un accident.

  1. La Connaissance comme moyen de salut

C’est un autre point universel de la Gnose : le seul moyen de s’arracher de ces matières ténébreuses est de progresser vers la pure Lumière, au moyen de la Connaissance (gnosis). Pour Valentin, il s’agissait de prendre conscience de notre nature spirituelle et de transcender notre corps de chair pour enfin redevenir l’étincelle de divin que nous sommes, et être réunis au plérôme –l’assemblée des êtres divins. Sur ce canevas, tout un bestiaire d’enseignants proposait chacun sa façon différente d’accéder à cette « naissance d’en haut ».

La Connaissance en question était généralement :

  • Mystique : elle était secrète, cachée aux yeux de tous.
  • Ésotérique : Accessible seulement à des initiés, formés par le Maître
  • Métaphysique : Au-delà du monde physique, et des formes communes de la nature.

Cela n’empêchait pas les gnostiques de prêcher largement, et d’avoir un enseignement pour les « non-initiés » -exotérique. Ainsi Mani prêchait publiquement l’incompatibilité entre le Dieu créateur et Jésus Christ, et l’opposition entre évangile et grâce. Cela ne l’empêchait pas de garder pour ses disciples initiés sa vraie doctrine mystique, ésotérique et métaphysique.

Le transhumanisme a lui aussi un double discours, exotérique et ésotérique. Pour les gens du dehors, il parle de fabuleux progrès, de guérisons miracles et de capacités inouïes pour quiconque s’engagera dans la Voie de la Technique. Mais il y a une autre doctrine, enseignée dans des séminaires privés, pour ceux qui sont déjà engagés dans les Voies de la Technique. Il ne s’agit plus d’apprendre à jouer de la guitare en deux heures. Il ne s’agit plus de guérir des cancers sans douleur. Qu’ils se détournent donc de ces friandises pour le tout-venant, et contemplent la possibilité de l’immortalité, du Contrôle, de l’Indépendance Suprême.  

Nous retrouvons là les caractéristiques de la doctrine gnostique : mystique, ésotérique, métaphysique.

Les transhumanistes sont des gnostiques quant au rôle de la Connaissance.

  1. La classification de l’humanité en différents degrés.

Valentin divisait l’humanité entre trois classes : 1. Les « matériels » plèbe glaiseuse qui n’a pour horizon que ses passions. 2. Les « psychiques » en qui on trouve quelques éléments de connaissance, mais qui restent à la frange de la vraie Connaissance. 3. Les « spirituels » qui sont les Fils de la Lumière, ceux qui sont promis au Salut.  Cette distinction n’était pas selon la volonté : elle était de nature. On ne pouvait pas se convertir à la Gnose : c’était déterminé dès la naissance. Mani au IVe siècle admettait ce genre de distinction entre les extérieurs, les « auditeurs » – partiellement soumis au code religieux du manichéisme- et les « élus » pleinement soumis et pleinement lumineux. Pas de conversion entre ces catégories : un auditeur ne pouvait pas devenir un « élu », mais tout au plus le servir assidûment en attendant sa réincarnation.

Le transhumanisme accepte aussi cette catégorisation. D’abord il y a les « archaïques », les « ennemis de la Science » qui ne méritent que mépris et ignorance. On ne doit pas interagir avec eux, seulement les ignorer et les éviter, les faire taire au plus. Ensuite il y a les « auditeurs ». A ceux-là, on fait miroiter quelques joujoux techniques, on les fait rêver par des enfantillages. Enfin, les « initiés ». Ce sont ceux-là qui sont spécialement repérés par les Maîtres, à qui l’on enseigne toute la doctrine.

Cette distinction est de naissance : Il n’y a pas d’efforts pour faire passer les archaïques au statut d’auditeur, et peu d’effort pour faire passer du statut d’auditeur à celui d’initié. Seuls les riches et prometteurs peuvent être des initiés.

Les transhumanistes sont des gnostiques quant à leur classification.

  1. La promesse de la transformation

Les gnostiques antiques attendaient tous un salut qui serait une délivrance de la matière, un passage de l’être humain à l’être divin. Ils attendaient une trans-formation : le passage d’une forme (celle d’être humain) à une autre.

Les transhumanistes visent aussi à ce but, le plus connu d’entre eux étant Ray Kurzweil, qui propose la transformation d’humain à « AHI » Artificial Human Intelligence par un « upload » aussi grotesque qu’acclamé. Plus couramment, ils proposent à l’usage des simples mortels le remplacement d’une partie de leur forme humaine par une forme technologique. « Jetez donc cette rétine biologique et équipez-vous d’une rétine bionique, plus puissante ».

Les transhumanistes sont des gnostiques quant à leur visée de transformation.

Le transhumanisme est une gnose quant à son fonctionnement

  1. Elitisme

Au IVe siècle, en Mésopotamie, un chrétien riche pris de compassion racheta tout un convoi de prisonniers de guerre. Ce geste lui assura un succès immédiat. Cette renommée atteignit Mani en Perse, qui se dépêcha d’envoyer une lettre qui portait ces mots : « J’ai été extrêmement réjoui de voir l’amour chéri par toi, qui est vraiment de la plus grande mesure. Mais je suis inquiet pour ta foi, qui n’est pas en accord avec le vrai standard. Ainsi donc, élu comme je suis pour rechercher l’élévation de la race des hommes, et épargnant comme je le fais, ceux qui s’abandonnent à la tromperie et l’erreur, j’ai considéré utile de t’envoyer cette lettre dans le but premièrement du salut de ton âme, et deuxièmement les âmes de ceux qui sont avec toi, afin de te sauver des opinions douteuses, et spécialement des notions des guides de plus simples d’esprit qui endoctrinent leurs sujets ». Cet appel à l’arrogance était la première étape qui déboucha sur un débat public à Carchar, entre Mani et Archelaüs l’évêque local. L’hérésiarque y fut démasqué et profondément humilié.

Cet incident montre bien une constante chez les gnostiques : celle de cibler des hommes riches et influents pour les convertir à leur secte et assurer par leur intermédiaire une influence immense. Les gnostiques ne cherchaient pas à faire un mouvement de masse : ils avaient plutôt une mentalité de sniper quand il s’agissait de choisir ses adeptes. Dans la même catégorie, on reconnaît la stratégie de recrutement de la franc-maçonnerie.

Le transhumanisme est lui aussi élitiste en son recrutement, comme en témoigne Wolframe Klinger dans son article « A genoux devant le Dieu-Machine » sur Motherboard. En cela il montre bien le fonctionnement d’une gnose.

  1. Parasitisme religieux

En début d’article, je mentionnais que cette gnose se retrouvait dans des religions très différentes, selon des formes très semblables. Je reprends la formule de tout à l’heure : comme un parasite se retrouve dans bien des corps différents.

Valentin avait piraté des éléments de platonisme et de christianisme, et formé ainsi une religion composite. Mani avait syncrétisé du zoroastrisme, du christianisme et du bouddhisme, et prétendu ensuite apporter le « vrai message » de chacune de ces religions. En réalité, ils n’ont fait que récupérer et habiter la coquille extérieure de ces religions, comme un pagure au ventre mou. A ma connaissance, seul le christianisme a su se prémunir contre la gnose à travers un processus de confessionnalisation qui a interdit les ambiguïtés dans lesquelles se réfugient les gnostiques.

Le transhumanisme aussi fonctionne en parasite : il récupère à son compte l’héritage technique et scientifique de l’occident, en fait une religion, et habite ensuite cette religion. Que sa coque soit de l’ivoire du christianisme ou du silicium de la Technique, ce pagure n’a pas plus à voir avec la Science que la Religion, et ce sont des scientifiques qui le disent.

Sur ce point, le transhumanisme a bien le fonctionnement d’une gnose.

  1. Abandon du monde

Dans un empire romain rempli de grands maux, dans une Mésopotamie gorgée de sang, les gnostiques antiques n’ont jamais pris à cœur les douleurs de leurs époques. Au contraire, ils encouragaient leur fidèles à se détourner de ces apparences matérielles et se concentrer sur leur futur glorieux. Là où les évêques chrétiens courraient après les convois de prisonniers pour les racheter, les manichéens laissaient leur disciples manquer de mourir en mission (comme Mani pour Turbon) ou se servaient de leurs disciples femmes pour piéger des pasteurs chrétiens et acquérir en influence.

Le transhumanisme ne se préoccupe pas plus de la marche du monde, ni de la montée des inégalités et de l’injustice économique. Alors que notre monde gronde contre les marchands, les marchands eux-même sont invités à réfléchir à la cryogénisation de leur corps jusqu’à ce que la Science les fasse vivre mille ans. Un tel décalage est grinçant d’ironie.

Sur ce point, le transhumanisme a bien le fonctionnement d’une gnose.

  1. Division

Irénée de Lyon se moquait déjà des divisions infinies de la gnose : « Dès qu’ils sont deux ou trois, non contents de ne pouvoir dire les mêmes choses à propos des mêmes objets, ils se contredisent les uns les autres dans la pensée comme dans les mots »

Le monde transhumaniste est aussi éclaté aujourd’hui, et il y a environ un transhumanisme par prophète. Dans le (tout) petit monde transhumaniste français, il y a un effort d’unifier à travers l’association transhumaniste française. Mais même lorsqu’ils veulent être unis et que les acteurs sont  très peu nombreux, ils se distinguent de Laurent Alexandre, qui de son côté fait cavalier seul.

Sur ce point, le transhumanisme a bien le fonctionnement d’une gnose.

  1. La dévotion du prophète

Simon le Magicien et Mani sont allés jusqu’à autoriser et organiser un culte à leur propre gloire, Mani allant même jusqu’à proclamer être la Paraclet envoyé par Jésus. D’autres gnostiques antiques, plus prudents, laissaient simplement croître une dévotion toute naturelle à leur égard.

De même, pour les transhumanistes on retrouve régulièrement le qualificatif de « prophètes » qui leur sont accolés. Même en admettant que ce soit une exagération médiatique, il y a un réel culte de la personnalité autour des différents « maîtres du transhumanisme ». Soit ils l’encouragent, soit ils en profitent tacitement, mais jamais on ne les voit refuser cette gloire.

Sur ce point, sur tous les points, le transhumanisme est une gnose.

Note de l’éditeur : « Pourquoi rapprocher Gnose et Transhumanisme » 

Pourquoi rapprocher Gnose et transhumanisme …

Il existe une quasi convergence partagée entre nombreux penseurs ou philosophes qui au cours de cette décennie ont rapproché le transhumanisme et la gnose et je vous incite ici à vous procurer le livre de Stephane B auteur du livre  » de la gnose au transhumanisme » qui résume parfaitement cette proximité quasi idéologique entre les transhumanistes et les gnostiques des premiers siècles.

Pour résumer la gnose notamment la gnose dite dualiste, celle-ci se définit comme une façon  d’appréhender le corps, la vie humaine, l’environnement terrestre pareillement à une prison dont l’homme devrait se libérer pour y trouver son salut .

C’est le Philosophe Jean-Michel BESNIER qui souligne finalement l’aspiration des transhumanistes semblablement à celle des gnostiques  à cette volonté prégnante de s’échapper de l’enfermement que constitue le monde réel qui cadenasse en quelque sorte l’homme, le séquestre dans une forme de prison  :

« Pourquoi le corps est-il maltraité dans nombre de traditions philosophiques  ? Essentiellement parce qu’il est le signe de la passivité en l’humain. Il représente ce que le hasard de la naissance nous impose comme un donné non négociable et avec lequel il nous faut composer, l’existence durant. Ceux qu’on nomme aujourd’hui les transhumanistes ne veulent pas se résoudre à cette fatalité : convaincus que les sciences et les techniques peuvent satisfaire toutes nos aspirations, ses propagandistes multiplient les annonces d’une mutation de l’humain. »

Ainsi la gnose issue du christianisme, jugeait le corps comme une création loupée, le cosmos à la fois inachevé  et  manqué  car soumise à une irrésistible dégradation. Les humains selon cette théologie dérivée d’une pensée chrétienne mal comprise, en sont réduits à n’être  que des créatures précaires et mortels.

Seule la connaissance c’est-à-dire la gnose  peut révéler à l’homme sa nature spirituelle  et le délivrer du corps façonné par un Dieu imparfait, et lui permettre de le libérer de la chair et de l’âme,

Pour les gnostiques notre salut tient de fait au refus de ce monde ce qui les rapproche de facto à cette conception transhumaniste qui refuse elle aussi l’encerclement du corps, la finitude ontologique.

Le transhumanisme prend dès lors inévitablement sa filiation et sa source dans l’imaginaire gnostique. Ainsi le transhumanisme, nouvelle gnose moderne, est un combat contre l’altérité sous ses formes dérivées, le vieillissement et la mort, la finitude et l’encerclement du corps, la sexualité et la dialectique des identités du genre.

Pour poursuivre et approfondir prochainement cette réflexion sur la gnose et le transhumanisme, nous avons sollicité Etienne OMNES pour approfondir les origines de la gnose et ses similitudes avec le mouvement transhumaniste.. ce sera donc à suivre …. et à lire sur ce site :

https://deconstructionhomme.com/2019/03/26/le-transhumanisme-la-nouvelle-gnose/

 

 

‘La déconstruction de l’homme’ Deuxième édition…

 Nous vous annonçons la sortie de la seconde édition du livre la déconstruction de l’homme.

Commandez-le maintenant en ligne sur Lulu au prix de 25 euros TTC.

L’essai  a été préfacé par

le Philosophe Bertrand Vergely …   

Cette seconde édition a été enrichie d’une troisième partie intitulée Alternatives. Cette troisième partie, décrit comment il est possible et quel est le chemin pour faire face à « l’ouragan » technologique ! Nous avons également introduit l’ouvrage par une note de lecture pour expliquer les motivations qui nous ont conduits à écrire cet essai ! D’autres textes enfin complètent la précédente édition décrivant les dimensions des mutations technologiques et l’accélération des processus qui coloniseront l’ensemble de notre vie sociale.

Cette seconde édition a été préfacée par le Philosophe Bertrand Vergely auteur de l’essai « Transhumanisme la grande Illusion »

Nous vous produisons ci-dessous un extrait de sa préface ! 

Si, l’homme ludique se réjouit de l’avènement de ce nouveau monde, Éric Lemaître et son équipe  introduisent une question : avec le dispositif qui est en train de se mettre en place, n’assiste-t-on pas à l’émergence d’un nouveau dispositif d’oppression et plus précisément de l’un des  dispositifs d’oppression sans doute le plus redoutable que l’humanité ait jamais connu ?

     Dans cet univers de combinaisons à l’infini qui est en train de se mettre en place, l’être humain est-il libre ? N’est-il pas l’otage, le jouet, le prisonnier des fabricants et des vendeurs de machines à jouer, à connecter, à combiner ?

     En outre, vivre, est-ce passer son temps à jouer, à combiner, à connecter ? Jouer, soit. Mais jouer quoi ? Combiner, soit, mais combiner quoi ? Connecter, soit, mais connecter quoi ? S’il n’y a pas de sens dans ce que ‘on vit est-on libre ? N’est-on pas prisonnier du vide ?

     La postmodernité veut nous faire croire qu’en déconstruisant l’homme nous allons être plus libres et  plus humains. Est-on vraiment plus humain quand l’homme a volé en éclats  et qu’il ne reste que ses miettes ? Ce qui libère l’homme est-ce la mort de l’homme ? N’est-ce pas ce qui se passe quand, comme le dit Pascal, l’homme passe l’homme ? Ce passionnant et imposant travail nous invite à nous poser cette question et à la poser à notre temps.

Les vertus du zapping

Auteur :  

Didier Martz

 

Les vertus du zapping

Qui n’a pas fulminé ouvertement ou en son for intérieur à la vue de cet adolescent, devant l’écran de télévision, rester 30 secondes sur une émission puis passer autant de temps sur une autre pour revenir à la première et ainsi de suite ? Pour celui qui est habitué à la durée contre l’éphémère, la permanence contre le jetable, le zapping, puisque c’est de cela qu’il s’agit, est une sorte d’affront à la rationalité. Cette esquive permanente du téléspectateur, ce papillonnage est une offense à la Raison.

En effet, qu’il s’agisse de se divertir ou d’apprendre, cela suppose du temps et de la constance. De l’ordre et de la rigueur. Les choses se succèdent dans une temporalité, avec un avant et un après et en général avec une explication causale. Un film, un documentaire, un débat, se déroulent dans un ordre logique de façon linéaire. C’est d’ailleurs ainsi qu’on est capable d’apprécier ou de critiquer, d’argumenter, d’analyser, en somme de réfléchir. Et même s’il s’agit d’un film de série B, indépendamment de son contenu, il se déroule logiquement.

Le zapping est tout autre. Zapper c’est passer d’un sujet à un autre, sans transition comme l’on dit ; c’est arriver après alors que tout s’est dit avant ; c’est se retirer d’une pub pour aller vers un documentaire animalier, tout de suite délaissé pour Star Académy et enfin échouer pas plus d’une minute sur un téléfilm.

Il est vrai que la télévision, notamment dans ses bulletins d’informations nous a habitué aux zapping permanent, elle qui passe d’un sujet à l’autre, grave ou anodin, et ce sans transition. Météo, bourse, politique, anecdotique, publicité, tout se mêle sans cohérence aucune. Prenant en compte cette pratique, elle produit même des émissions dites « Zapping ».

Zapper est sans doute devenu une façon nouvelle d’être en rapport avec le monde : l’urgence prétendue, la vie s’accommode mal de rythme lent, de temps où l’on se pose. A la frénésie des spectacles correspond la frénésie de la vie. Ainsi progressivement, se détache-t-on de nos modes de pensée antérieurs.

Le zapping est en passe de devenir la structure mentale probable du siècle nous dit Hervé Fischer. Il tient l’esprit en éveil, le provoque par l’incongruité de la succession de toutes ces informations qui n’ont aucun lien entre elles. A la pensée figée, organisée du rationalisme, il oppose une pensée souple, imaginative qui est capable de trouver du sens dans un monde dont la complexité est croissante.

De plus, et c’est son aspect réjouissant, le zapping est le symbole de la liberté de l’esprit du télespectateur-objet qui choisit d’échapper au piège commercial en esquivant la publicité ; qui refuse l’ennui provoqué par certaines émissions. Le zapping est ainsi une forme de sanction et on peut lui trouver quelques vertus. Et par cette manifestation intempestive de liberté, on comprend qu’il est mauvaise réputation !!!

Clés de lecture pour lire l’essai ‘La déconstruction de l’homme’

L’essai « La déconstruction de l’homme » énonce une analyse critique des mythes qu’entretiennent ces nouvelles idéologies touchant à ce soi-disant « nouveau monde » !

Les critiques s’adressent à ce monde marchand, ces nouvelles croyances et démarches normatives qui impactent toutes les sphères de la vie sociale :

Le transhumanisme en tant que système scientiste qui vise à modifier le réel,
Le progressisme en tant que système culturel et politique qui vise à réformer les esprits pour les préparer au nouveau monde et à une nouvelle conception du récit anthropologique concernant l’homme.
Le consumérisme qui nous invite à consommer pour exister et nous conduit peu à peu à une domestication par les objets et à leurs injonctions permanentes
Le technicisme bureaucratique (le château décrit par Kafka) qui vise à formater et à faire rentrer la vie sociale dans un monde de normes, normes consommées par l’Intelligence artificielle, ce nouveau despote prétendant être au service de l’humain.

 

L’ouvrage

« La déconstruction de l’homme »

vient de paraître (12 octobre 2018)

Commandez-le maintenant en ligne sur Lulu au prix de 23 euros HT.

 

L’auteur Éric LEMAITRE

Père de famille, marié avec Sabine, Éric LEMAITRE est Rémois, socio économiste de profession, Enseignant à l’ESI Reims, de confession chrétienne.

Éric a également contribué à lancer le courant pour une écologie humaine au sein de sa propre région. Est également le coauteur avec Alain Ledain et d’autres auteurs de deux ouvrages, l’un sur le concept de genre « Masculin/féminin faut-il choisir » éditions FAREL, l’autre « Vers une société de l’uniformisation » Editions Ethique Chrétienne.

À la fois au travers de sa vie sociale et de ses engagements personnels en tant que blogueur (Son site : https://deconstructionhomme.com/), Éric a été largement sensibilisé par les questions qui touchent autour de la technique. En raison de sa vie professionnelle impactée par les mutations associées à l’économie numérique, et de la conviction que le monde virtuel est sur le point de façonner la vie sociale, Éric a entrepris l’écriture avec le concours de Gérald Pech et de plusieurs amis issus des sciences dures et des sciences sociales, d’un essai très ambitieux pour dénoncer ces nouvelles idéologies contemporaines et hors sol progressisme, transhumanisme, …) qui puisent leurs sources dans la philosophie des lumières  ou dans la croyance du progrès sans fin, le récit d’une vie toujours meilleure, le mythe d’un avenir aux « lendemains qui chantent ».

Présentation du livre par Etienne OMNES

Notre époque est déterminée par un objet philosophique que l’on appelle la Technique. La Technique (décrite par Jacques Ellul dans son livre « La Technique ou l’enjeu du siècle » écrit dans les années 50) est cette démarche de rationalisation et de mathématisation du monde au profit d’une plus grande efficacité et d’une plus grande force pour l’être humain. Le sommet de cette Technique est le transhumanisme, une démarche qui vise à améliorer l’être humain par la technologie, quitte à en transgresser toutes les limites comme la mort. Voilà le principal objet du livre d’Éric Lemaître : cette technique omniprésente, qui sert aujourd’hui de dieu et sauveur à notre civilisation.

Il procède donc en deux parties : 1. Les fondements philosophiques de la déconstruction : une présentation plutôt complète du « système technicien » au travers du phénomène transhumaniste. 2. Les révolutions de la déconstruction : Éric décrit aspect par aspect chaque domaine atteint par la Technique, et comment il est redéfini par celle-ci, et comment y répondre.

Globalement, le livre peut être défini comme une suite d’essais indépendants, qui explorent méthodiquement l’empreinte de la Technique et des idéologies progressistes, sur notre monde et à tous les étages de la vie et toutes les dimensions anthropologiques, culturelles, sociales, économiques… Je conseille d’ailleurs de le lire lentement, pour bien s’imprégner de ce qui est écrit. Le livre n’est pas fait pour le gobage…

Note de l’auteur Eric LEMAITRE

La critique engagée vis-à-vis de l’idéologie transhumaniste, progressiste et du système technicien 

L’essai « La déconstruction de l’homme » énonce en effet une analyse critique des mythes qu’entretiennent ces nouvelles idéologies touchant à ce soi-disant « nouveau monde » !

Les critiques s’adressent à ce monde marchand, ces nouvelles croyances et démarches normatives qui impactent toutes les sphères de la vie sociale :

  • Le transhumanisme en tant que système scientiste qui vise à modifier le réel,
  • L’idéologie du progrès en tant que système culturel et politique qui vise à réformer les esprits pour les préparer au « nouveau monde » et à une nouvelle conception du récit anthropologique concernant l’homme.
  • Le consumérisme qui nous invite à consommer pour exister et nous conduit peu à peu à une domestication par les objets et à leurs injonctions permanentes
  • Le technicisme bureaucratique (le château décrit par Kafka) qui vise à formater et à faire rentrer la vie sociale dans un monde de normes, normes consommées par l’Intelligence artificielle, ce nouveau despote prétendant être au service de l’humain.

Cette critique peut étonner, parfois agacer le lecteur mais n’a pas d’autres objectifs que d’enfoncer en quelque sorte le clou. La révolution est à la fois culturelle (conditionnement des esprits), idéologique (une croyance aveugle d’un progrès qui ne viendrait pas seulement soulager l’homme mais augmenter toutes ses facultés) et technique (les objets qui nous divertissent et nous détournent du sens de l’autre).

Cette révolution comme nous le rappelions précédemment à la fois idéologique et techniciste est en effet à notre sens totale, elle vient comme absorber, consommer, l’identité de l’homme dans l’ensemble des composantes liées à son humanité, sa vie sociale et culturelle. Je vous invite à lire ce livre dont la dimension inédite réside dans une lecture à l’aune de ce que nous enseigne la Bible à propos de l’homme. Qu’est-ce que l’homme pour que tu souviennes de lui… ? Psaume 8.

Rentrant d’un enterrement, ce sont des moments qui paradoxalement vous ramènent souvent à la vie, à la vraie vie, je croisais sur le trottoir étroit, une jeune femme qui avait ses yeux rivés sur l’écran et avançait d’un pas rapide mais sans prendre soin de regarder à son environnement, j’ai dû m’écarter de ce trottoir étroit face à l’indifférence de cette jeune personne, à la fois pressée et absorbée sans doute, par les textos lus. Je lui fis remarquer avec humour que la vraie vie était ailleurs, ni dans les écrans l’absorbant, ni dans son monde virtuel la vampirisant, car elle a bien failli bousculer le réel …

L’homme est ainsi comme environné, ingéré puis envoûté par la technique… N’est-ce pas Jacques ELLUL qui partagea son scepticisme vis-à-vis de la technique en déclarant ceci :

« Je me méfie totalement de tout le mouvement utopiste, car il n’évitera pas le piège de la reconstruction de la cité rationnelle et parfaite, c’est-à-dire où la Technique sera Tout et en Tous. ».

« La cité rationnelle » comme l’écrit Jacques ELLUL, a une forme utopique, le meilleur des mondes, celle de l’égrégore. L’égrégore est une collectivité universelle bienveillante, pour tous, la bienveillance elle s’est exprimée au travers du communisme numérique qui en quelque sorte vous happe puis vous enveloppe avec ses promesses de facilité et vie sans effort, parfois de gratuité mais vous rend dépendant à son objet.

Dans cette cité numérique mais en réalité dystopique, le pire des mondes, nous devenons les objets d’un système technicien nous liant tous aux projets d’une société virtuelle et finalement déshumanisante. Cet égrégore ne fait plus de l’homme un être incarné dont il conviendrait de prendre soin, un être d’abord de relations, mais fait de chacun, une matière connectée à d’autres matières : Smart Phone, tablette, montre digitale et sans doute demain biopucé….

Éric dans son livre « La déconstruction de l’homme » ose le proclamer : l’humanité qui a voulu l’égalité avec Dieu est en passe de vivre « la honte prométhéenne » en ce sens qu’après avoir créé son Golem, fasciné par sa créature, il lui cède en quelque sorte son âme en nous partageant une perplexité, il a été capable d’être l’auteur de quelque chose qui le dépasse désormais, sans comprendre que lui-même fut aussi « créé de peu inférieur à Dieu ».

L’homme démiurgique finit en fin de compte par adorer sa propre créature.

Finissant ainsi par gommer Dieu, déclarant même sa mort. L’humanité a pris sa revanche, elle a enfin chassé Dieu de sa cité, le même homme qui fut au commencement de son existence chassé du jardin. Cette humanité iconoclaste est en passe d’adorer une nouvelle idole produit de sa création, de reconstruire un monde idéalisé, un nouvel EDEN, un nouveau monde célébrant le progrès, signant en quelque sorte la fin d’une partie de son identité… Voilà ce que nous pouvons appeler « la honte prométhéenne » que décrivit fort bien le philosophe Allemand Günther Anders.

Ainsi comme l’écrivait Bernard Charbonneau penseur de l’écologie ami de Jacques ELLUL

« Il nous faut le temps d’oublier l’ancien Dieu pour nous en fabriquer un nouveau et recréer totalement l’univers à son image. La Totalité sur terre : depuis l’alpha du réel jusqu’à l’oméga du vrai ? Nous n’aurons de cesse que nous ne l’ayons atteinte. Voilà l’entreprise raisonnable dans laquelle l’âge de raison a engagé l’humanité. ».

Toute la pensée de Bernard Charbonneau est marquée par la dimension de l’écologie et sans doute par une écologie qui replace l’idée d’un homme réellement libre et non le sujet d’une « société des individus », individus qui seraient en somme incapables de prendre leurs distances avec l’emballement d’un monde collectif structurant et organisant la vie sociale et qui anéantit en réalité les libertés.

En définitive la révolution numérique, ce phénomène brutal et massif se déploie aujourd’hui sous nos yeux comme une véritable déferlante, phénomène qui est sur le point de remodeler la société de demain. Sa dynamique propre et la vitesse à laquelle elle s’étend sont de nature à rebattre toutes les cartes de la vie sociale.

Chaque révolution industrielle s’est enfin de compte, accompagnée autrefois d’une restructuration de la vie sociale, chaque révolution industrielle a imposé une forme de réadaptation de la vie et des rapports aux autres. La rapidité avec laquelle les innovations du monde numérique s’étalent aujourd’hui ne laissera dès lors aucun répit, d’où une désorientation sociale et psychologique qui sera sans précédent dans l’histoire. Le monde numérique est en train de casser les repères culturels qui avaient été à présent les nôtres ; le nouveau monde qui se déploie sous nos yeux est sur le point d’être recomposée avec de nouvelles règles, de nouveaux codes, une nouvelle normalisation, de nouvelles oligarchies (les scientistes) dont les projets autour de la technicité sont de nature à fragiliser, à déconstruire l’homme, à renverser les valeurs, les tables de l’ancien monde, leurs hiérarchies, leurs institutions. Ainsi nous faisons notre le propos du Philosophe Éric Sadin un des meilleurs penseurs majeurs du numérique et de son effets et conséquences sur nos vies et nos sociétés : « allons-nous accepter, au nom de la croissance, de voir s’instituer, par le fait de ces systèmes, un dessaisissement de notre faculté de jugement, une marchandisation intégrale de la vie ainsi qu’une extrême rationalisation de tous les secteurs de la société ?[1] »

Enfin pour conclure une grande partie du livre « La déconstruction de l’homme » est consacrée à cette dimension anthropologique « Qu’est-ce que l’homme ? » le livre toutefois, ne s’enferme pas dans un tableau noir, le livre offre une feuille de route préconisant un autre chemin à emprunter et les moyens d’une résilience face aux mutations promises par le nouveau monde. Le livre nous propose ainsi de revenir aux sources bibliques, de découvrir avec étonnement des préconisations parfaitement applicables au sein même de notre modernité…

Merci de nous avoir lus et surtout de lire ce livre « La déconstruction de l’homme » ! N’hésitez pas en parler autour de vous et à inviter vos amis à se le procurer….

http://www.lulu.com/shop/eric-lema%C3%AEtre/la-d%C3%A9construction-de-lhomme/paperback/product-23845055.html

[1] Extrait de l’interview de Éric SADIN par le figaro Magazine http://premium.lefigaro.fr/vox/economie/2018/10/26/31007-20181026ARTFIG00370-l-intelligence-artificielle-est-un-assaut-antihumaniste.php Publié le 26/10/2018

Teilhard de Chardin, une figure philosophique du transhumanisme/

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Teilhard de Chardin, scientifique théologien et philosophe français, insistait dans ses différents livres et notamment dans Le Phénomène humain, du caractère inéluctable du progrès de l’évolution, celle-ci s’achèvera selon lui « lorsque les consciences, mises en réseau les unes avec les autres, créeront de facto, une sorte de super-être. » Ce sera, selon le théologien, le point ultime de l’humanité.

Pour Teilhard de Chardin, le christianisme est la religion du progrès, la religion de l’évolution. Toute son oeuvre et son intuition seront marquées par le désir d’un progrès qui s’accomplit dans une figure qui se voudrait Christique (Nous employons ici figure, car la pensée de Teilhard nous semble très éloigné de celle que nous renvoie les évangiles, Christ nous est présenté plutôt comme celui qui s’incarne et épouse la finitude de l’homme pour manifester la grandeur de Dieu, l’église qui est son corps n’est pas l’humanité dans son ensemble mais le peuple de ceux qui ont accepté la dimension de la croix et ce qu’elle symbolise) .

Teilhard de Chardin, percevait l’évolution technique comme une démarche qui doit conduire au « bien général de tous les hommes » et « rendre communément les hommes plus sages et plus habiles. »

Pour le théologien la planète est destinée immanquablement à s’unifier :

« Il est inévitable qu’un processus d’unification se trouve amorcé, marqué de proche en proche par les étapes suivantes : totalisation de chaque opération par rapport à l’individu ; totalisation de l’individu par rapport à lui-même ; totalisation enfin des individus dans le collectif humain. »

N’est-ce pas ce que l’on perçoit de nos jours, de ce processus de maillage totalisant mis en oeuvre via le WEB, même si Teilhard de Chardin évoquait un processus harmonieux qui relève plutôt de l’amour, il n’en demeure pas moins que l’intuition du Théologien est intéressante dans l’optique d’un univers numérique fondé sur les connexions multiples, et le projet d’un égrégore numérique.

Teilhard de Chardin percevait enfin la technique comme le facteur ultime de  de l’ascension vers le « Point Oméga », le point ou s’achève le développement de la complexité et de la conscience vers lequel se dirige l’univers.   Par analogie avec la pensée de Teilhard,  la conception transhumaniste défendue par la société Google, devrait de facto nous rendre capable de communiquer entre nous. Ce qui sera rendu possible avec les outils de la techno science nous reliant désormais à l’intelligence artificielle. Nous sommes sur le point de fait par les réseaux de connexions de former un seul et même esprit. C’est un peu ce que Teilhard de Chardin tentait d’expliquer, en évoquant le point Oméga qui représente, selon le théologien, le point ultime du développement de la conscience, vers lequel se dirige l’univers en assemblant la totalité des consciences humaines.

Pour une analyse complète de l’oeuvre de Teilhard et du rapport entretenu avec le transhumanisme, nous vous renvoyons à l’excellent blog : LES AMIS DE BARTLEBY
https://lesamisdebartleby.wordpress.com/2018/10/23/jean-philippe-qadri-pierre-teilhard-de-chardin-un-affligeant-florilege/

A lire : La philosophie est devenue folle

A travers le livre de la Genèse,  le premier livre de la bible, nous sommes étonnés de la façon dont Dieu structure, organise l’univers, et lui a donné un ordre, en procédant à une série de distinctions, de terme à terme : Dieu/l’homme ; l’ordre/ le tohu bohu, le jour/la nuit, l’homme mâle/femelle, l’homme/les animaux ; les animaux/les végétaux ; la terre/l’eau/le ciel.

Dans le livre de la Genèse, la création du monde procède par éléments séparés. Pour respecter l’ordre introduit par Dieu, il convient de fait de maintenir cette séparation, au risque de retourner au chaos, au tohu bohu, à une forme de confusion. Or, implicitement selon les Écritures, l’un des enseignements majeurs que l’on peut ici extraire, en partant de la lecture du livre de la Genèse, montrant définitivement la vision écologique de la création, ce qui a été différencié ne saurait être mélangé. La création ne saurait faire l’objet de transgressions, en mêlant, à nouveau, ou en confondant, ce qui a été à l’origine de la création « séparé », ce qui entraînerait la confusion, celle de « ne pas distinguer la main droite et la main gauche, » tel que le rapporte le livre du prophète Jonas, qui décrit une ville plongée dans la confusion.

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Or dans les débats actuels qui obsèdent notre monde actuel, nous observons deux folies majeures qui touchent les concepts de genre et l’‎Antispécisme comme le rapporte le philosophe Jean-François Braunstein dont nous rapportons la citation provocante, mais une provocation en fin de compte très pertinente

Si le genre n’est pas lié au sexe, pourquoi ne pas en changer tous les matins ? Si le corps est à la disposition de notre conscience, pourquoi ne pas le modifier à l’infini ? S’il n’y a pas de différence entre animaux et humains, pourquoi ne pas faire des expériences scientifiques sur les comateux plutôt que sur les animaux ? Pourquoi ne pas avoir de relations sexuelles avec son chien ?

Dans ce contexte décrit par le Philosophe Jean-François Braunstein et d’une lecture extrême de l’égalité concernant l’humanité y compris avec le règne animal, nous sommes bel et bien confrontée à une conception philosophique faussée, une lecture qui résulte en  somme d’une incompréhension de l’homme sur la nature même de la diversité, du métissage, de la variété de la complémentarité, de la richesse des différences, de la biodiversité et de l’étendue infinie des écosystèmes peuplant harmonieusement le monde terrestre.

L’observation même de la nature ne conduit-elle pas à admirer ses reliefs, ses paysages, les espèces peuplant l’environnement de l’habitat humain. Tous les reliefs multiformes de l’univers furent ainsi préférés à un simple trait horizontal, à la brique de Babel. Le cosmos n’est pas ainsi plat mais pluridimensionnel. Il nous semble dès lors essentiel de comprendre la matrice et l’essence même de la différence, de comprendre le choc qui s’en est suivi pour les civilisations dont certaines d’entre elles, submergées par le poids des idéologies totalitaires et égalitaires, ont parfois cherché à anéantir la différence religieuse, ethnique, culturelle et même animale au point de considérer par l’absurde que son chien est n’importe quel homme.

Aussi appréhender l’anthropologie biblique, la conception de l’homme telle que la Bible la conçoit nous parait essentiel pour analyser les dérives d’une déconstruction de l’homme. L’altérité et la différence doivent être perçues comme des éléments de richesse nécessaires au bien commun et non perçues comme une injustice à réparer coûte que coûte.

Depuis le commencement, tout l’univers se caractérise par une prodigieuse, une incroyable diversité des éléments et des espèces, une anti uniformité. Le cosmos infini ne se propose pas comme un univers plat, parfaitement égalisé ; il semble à l’évidence que le relief fut préféré au trait horizontal. La création se présente dès lors comme un ensemble de matériaux riches de plusieurs dimensions, un univers composite, de formes multiples étonnantes et singulières. Le cosmos se définit à travers de multiples dimensions, un univers qui se manifeste à travers l’extraordinaire profusion, la variété des éléments et du vivant.

Concernant les éléments, il est ainsi frappant d’observer la phénoménale diversité des cristaux de flocons de neige, cette architecture tellement diverse et symétriquement parfaite.

Dans le vivant, comment ne pas s’émerveiller de l’aboutissement d’un homme en mesure lui aussi de penser l’univers puis de créer à son tour.

Le livre de la Genèse offre d’abord une vision différenciée de la création. Du premier au sixième jour, Dieu crée d’abord les éléments (la lumière, la matière, la flore, la faune) puis les êtres vivants.

La création se fait en plusieurs séquences dans une perspective inégalitaire. A ce propos, il existe une idéologie l’antispécisme qui s’oppose clairement à l’anthropologie Biblique et fait valoir une égalité en dignité et en valeur entre les animaux et l’humanité ; rien en
l’espèce ne les différencie. Selon cette idéologie, l’homme créé rationnel ne se distingue pas de l’animal gouverné par l’instinct. Or la réalité telle que le récit du livre de la Genèse le rapporte est autre : les animaux ne sont pas de rang égal avec l’homme ; seule l’humanité a été créée à l’image de Dieu.

Il y a une différence entre le minéral et le monde vivant, et une différence entre les êtres créés. Le monde vivant n’est pas seulement diversifié, il est conçu comme inégal.

La caractéristique de l’Univers n’est donc pas l’uniformité : Les créatures ne sont pas mises à la même échelle, ne sont pas tous conçus de manière uniforme. Dieu ordonne, Dieu structure l’univers en partant du Tohu-Bohu de l’informe jusqu’à la forme parfaite portant l’identité même du Créateur : l’homme fait à son image. Oui, la forme parfaite conçue dans le monde vivant est  ainsi l’homme : ce terreux, ce glaiseux, ce glébeux, infiniment petit à l’échelle de l’univers. Dieu l’a créé ainsi, à cette échelle, car sa conscience d’être ne doit pas être limitée à sa finitude.

A propos de la différence, si l’apôtre Paul souligne « Il n’y a plus l’homme et la femme » en Christ, il ne signifie pas que la foi effacerait la différence des sexes : Il souligne que le principe de la foi n’empêche pas la diversité et d’être tous faits à l’image de Dieu. Et il en va ainsi de toutes les autres diversités culturelles, religieuses ou sociales. La différence, l’altérité la complémentarité, n’empêchent pas que nous soyons tous faits à l’image de Dieu.

Pourtant la pensée contemporaine dénie la différence entre les hommes et les femmes, dénie l’altérité, comme elle s’insupporte de la souffrance et du handicap. Elle est au point de créer de nouvelles catégories : demain il ne sera sans doute plus question de parler d’hommes et de femmes mais de genres et d’orientations sexuelles délibérément choisies.

Méconnaissant l’amour et la justice de Dieu, l’humanité dans sa nouvelle religion anthropologique lit et explique le Cosmos selon un nouvel horizon géométrique : la seule horizontalité et de niveau égale. Dans cette nouvelle anthropologie, l’immense diversité des êtres est disposée sur un même plan. Tout s’entasse dans un champ matérialiste aux horizons incertains, aux contingences indéfinies. Du coup, le combat pour l’égalité se transforme en dogme de l’égalitarisme. La différence n’est plus alors valorisée. Quand on arase tous les épis d’un champ sur un même plan, la disparité comme la diversité apparaît comme une inégalité (l’épi le plus haut devient en soi
insupportable).

C’est donc un même mouvement consumériste et idéologique qui conduit, d’une part, à nier la différence substantielle entre les personnes et les biens et, d’autre part, à nier les diversités et la richesse des différences entre les hommes.