Le transhumanisme

ÉMISSION avec le  

LIBRE JOURNAL DE LUMIÈRE DE L’ESPÉRANCE DU 2 JUIN 2019 : “LE TRANSHUMANISME”

PATRON D’ÉMISSION   –  LE 2 JUIN 2019

Transhumanisme : CRISPR-CAS9 : l’ouverture mortifère d’une nouvelle anthropologie

Notre civilisation est confrontée incontestablement à un changement de paradigme anthropologique, la civilisation matérialiste gagne peu à peu les consciences, j’hésitais un instant à utiliser les termes de « gagner les esprits » et pourtant cette civilisation est aux antipodes de celle qui se réclame en quelque sorte de l’esprit. En utilisant le terme de paradigme, il faut ici comprendre le changement de modèle civilisationnel qui se place aujourd’hui dans le déni de la spiritualité, et surtout de la spiritualité chrétienne.  Le paradigme anthropologique est ainsi celui de la représentation que nous nous faisons de l’homme, à savoir ce qui le définit. Le changement de modèle anthropologique est celui d’une rupture de lecture concernant la façon dont nous appréhendions l’homme, ce qui le définit dans sa dimension existentielle, un être fait à l’image de Dieu. De fait tout ce qui caractérise l’être y compris dans son infirmité, ses limites, son handicap, est une part en soi de l’image de Dieu.

Quant à l’esprit, c’est une part mystérieuse, surnaturelle de notre être spirituel ou transcendant.  Cette part en nous qui a besoin de naître d’en haut, de recevoir cette vie qui vient de notre relation avec Dieu. Blaise Pascal prend soin de particulariser les trois « ordres de réalité ». Blaise Pascal évoque[1] en effet « la distance infinie des corps et des esprits, [qui] figure la distance plus infinie des esprits à la charité car elle est surnaturelle ».  Le corps est interface comme nous le rappelions précédemment et ce corps est ouverture en quelque sorte au monde physique, au contact de notre environnement nous ressentons le monde, nous éprouvons des sensations plaisir ou douleur, bien-être ou souffrance, l’âme associée à notre chair nous met en relation avec l’intelligence, le monde psychique. L’esprit quant à lui nous ouvre sur le monde spirituel, cette dimension de l’esprit est largement évoquée dans deux chapitres de l’évangile de Jean, Évangile de Jean au chapitre 3 et Évangile de Jean au chapitre IV. Jésus rencontre deux figures, Nicodème et la Samaritaine, à l’un Nicodème Jésus appuiera sur cette dimension, l’importance de naître d’en haut pour que Dieu lui soit révélé afin de découvrir une autre réalité qui n’est pas terrestre, à l’autre la Samaritaine Jésus lui parle de l’esprit saint, l’eau vive, cette eau vive qui comble l’insatiété, l’impossibilité en soi d’être finalement rassasié dans sa chair, nous éprouverons bien et perpétuellement la faim, la soif, l’insatisfaction au sens psychique, mais nous pouvons être mystérieusement comblés par la présence de l’esprit saint, c’est un mystère, l’esprit est un mystère, mais il est occulté si nous ne recherchons pas cette transcendance en nous qui entend combler notre être intérieur. Nous comprenons qu’un tel discours est nécessairement aux antipodes d’une vision purement matérialiste de l’homme.

Or la nouvelle métaphysique qui redéfinit l’homme s’inscrit dans une nouvelle anthropologie, un changement radical de paradigme, les concepts trinaire corps, âme et esprit sont remis en cause. Le concept trinaire corps, âme, esprit, c’est-à-dire la part transcendante de l’homme est niée.  Notre civilisation est absorbée par la révolution technoscientifique dont le projet est aujourd’hui vérifié de par l’avancement des recherches dans les domaines de la génétique et des mutations potentiellement délétères, de l’intelligence artificielle relais substrat des limites associées à notre cerveau , qui n’est autre que d’apporter à l’humanité des capacités nouvelles de se transcender et de prolonger la vie ici-bas, ceci grâce aux performances génétiques, aux prouesses de l’intelligence artificielle et aux prodiges promis par la civilisation transhumaniste.

Le transhumanisme interroge finalement le sens de la vie, la question essentielle qui est celle du sens ! La doctrine transhumaniste nie la portée de cette dimension du corps, de l’âme et de l’esprit réduisant ces trois dimensions à une seule et même substance et assimilant la totalité de l’être à un être purement mécanisé, un être certes complexe, mais un être décodable ou la part de mystère est en soi inexistante. L’anthropologie transhumaniste ne peut concevoir le sens que dans le seul registre de l’augmentation, de la performance, de la multiplication des exploits qui seraient de nature à transcender l’homme, l’homme étant réduit à une matière corrigible, il suffit dès lors de le muter pour lui donner la forme que l’on veut. L’anthropologie transhumaniste est une forme d’anti entropie, un processus contre la dégradation de l’espèce humaine. La matrice philosophique du transhumanisme est réductible à une seule expression, « c’est survivre, ici-bas, sans rien attendre d’un au-delà ».   Toute une humanité, peut ainsi s’engouffrer vers cette promesse faustienne, ce fruit de la connaissance qui ouvre l’humanité à une autre forme de destinée, destinée non dans la vie intérieure, mais dans la matière, non dans la relation avec Dieu mais dans le cyborg, l’organisme cybernétique, greffée de nouveaux attributs, revêtu de puissance, celle de la matière mais non celle de l’esprit.

Aussi c’est bien le sens de la vie qui est ici interrogé, or la vision de la civilisation transhumaniste ne peut pas y répondre comme le souligne le philosophe Bertrand Vergely, car l’anthropologie transhumaniste ne saurait en soi répondre à une telle question car elle est réduite qu’à des notions de performance, de consommation matérielle, de course à la survie.  Je ne suis pas certain que la civilisation transhumaniste nous dise quelque chose du bonheur et si elle comprend qu’en réalité le bonheur, le véritable bonheur n’est pas séparable d’une vie intérieure, et j’en reviens de fait à ce propos de Jésus s’adressant à la samaritaine et lui indiquant qu’elle aura toujours soif, mais de l’eau vive promise par Christ, elle en sera en réalité définitivement comblée. L’eau vive est celle qui touche à cette dimension de l’esprit, or dissocier l’esprit du corps, de l’âme, de l’esprit, c’est plonger l’homme dans la réalité d’un monde mortifère et en perpétuelle souffrance, car l’homme ne saura jamais être comblé par la civilisation des biens. Dieu nous invite à entrer dans sa création par l’esprit, l’homme transhumaniste choisit l’arbre de la connaissance et non l’arbre qui lui donne la vie.

Le transhumanisme est une volonté de s’approprier l’homme et non de lui être utile, de servir l’autre, le transhumanisme est un miroir aux alouettes, une forme d’armoire magique où se produit un illusionniste qui révèle une autre anthropologie, une conception millénariste d’une religion qui promet le prolongement indéfini de la vie sans la vie intérieure, la vie incarnée par le souffle d’un Dieu vivant auteur de notre existence. La science transhumaniste veut bricoler la vie mais peut produire de redoutables dommages comme en témoigne la rechercher sur le CRIPR-CAS9, technique utilisée pour modifier des gènes défectueux et sur laquelle la médecine transhumaniste fonde de grands espoirs. En réalité cette technique est moins précise qu’on l’espérait et ce en raison des mutations inattendues, selon une étude parue le 16 juillet 2018 publiée dans la revue Nature Biotechnology[2] : « Ces ciseaux génétiques ont provoqué des mutations « importantes » et « fréquentes » lors d’expériences menées sur des souris et des cellules humaines dans le cadre de l’étude ». Le bricolage de l’ADN qui constitue l’identité anthropologique de l’être ne s’en trouverait-il pas et dès lors altéré. Selon la même revue « ce type de modifications pourrait conduire à l’activation ou à la désactivation de gènes importants, et entraîner des conséquences potentiellement lourdes. ». Or à force de réduire l’être humain à un objet mécanique, une enveloppe biologique, sans substance spirituelle, nous pourrions bien préparer notre humanité à son pire cauchemar. La perfectibilité auxquels aspiraient les lumières se confronteraient alors à un échec pitoyable celle d’une humanité désincarnée, vidée de toute transcendance soumises aux aléas d’un monde sans âme, celui d’une matière inerte et sans sens.  Mais la lueur même dans ce nuage noir peut luire et nous conduire à espérer et à sortir l’homme de ce cauchemar transhumaniste.

[1] L’extrait de la citation est tirée du Fragment Preuves de Jésus-Christ n° 11 / 24 http://www.penseesdepascal.fr/JC/JC11-moderne.php

[2] https://www.sciencesetavenir.fr/sante/crispr-cas9-provoquerait-des-mutations-involontaires-et-potentiellement-deleteres_125925

Le post humain

Auteur Eric LEMAITRE 

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A l’heure des hybridations rêvées par les transhumanistes et des manipulations génétiques d’un savant chinois qui prétend avoir modifié génétiquement des bébés, il convient de lire les avertissements déclinés par ceux là même qui travaillent dans les domaines de la nano technologie et les lectures d’anticipation de romanciers qui s’interrogent sur les méfaits de telles avancées scientifiques. Ce nouveau texte que je produis interroge, la folie d’une science sans aucune éthique.

Dans Planète interdite, film sorti en 1958, le synopsis évoque une civilisation très avancée qui existait il y 200 000 ans sur cette planète terre et qui s’éteignit mystérieusement. Le personnage central du film montre un appareil capable de mesurer et d’augmenter les capacités intellectuelles, ce même personnage fit le constat après un premier usage qui faillit mal tourner, que l’appareil contribuait à doubler les capacités de l’intellect : ses nouvelles capacités améliorées par la machine, le conduisirent à étudier les archives de cette civilisation ancienne et à élaborer d’autres appareils technologiquement plus avancés.  Planète interdite est l’un des premiers films de science-fiction à évoquer le rapport de l’homme et de la machine dans l’aptitude de la machine à conférer à l’être humain de nouveaux pouvoirs, de nouveaux attributs démiurgiques.

Cette dimension de l’hybridation effleurée dans le film « Planète interdite » sera traité dans l’œuvre de science-fiction de Greg Bear, la musique du sang. L’œuvre de science-fiction aborde Les premières recherches dans les domaines de la nano technologie et en vous partageant un récit dystopique que relate le roman de science-fiction.

Le roman s’inscrit sans doute dans les contextes d’un discours donné le 29 décembre 1959 à la Société américaine de physique, Richard Feynman physicien éminent spécialiste dans les domaines de la physique quantique évoque en effet un domaine de recherche possible alors inexploré : l’infiniment petit ; Feynman envisage un aspect de la physique « dans lequel peu de choses ont été faites, et dans lequel beaucoup reste à faire » Se fondant sur la taille minuscule des atomes, il considère malgré tout comme possible de transcrire de grandes quantités d’informations sur de très petites surfaces. Le physicien eut ce propos quasiment hallucinant à l’époque mais ne semble pas avoir fait réagir, sans doute que le contenu est passé inaperçu, car totalement énigmatique ou encore obscur. Feynman disait en effet : « Pourquoi ne pourrions-nous pas écrire l’intégralité de l’Encyclopædia Britannica sur une tête d’épingle ? ». Le propos du Physicien n’avait pas été spécifiquement relevée, et qui est depuis et jusqu’à aujourd’hui abondamment cité et relayé. Ce qui à l’époque était infaisable, semble aujourd’hui parfaitement réalisable, grâce aux progrès en micro technologie.  Cette micro-technologie est de fait le matériau intelligent qui servira l’intrigue du Roman écrit par Greg Bear. Je ne sais si Greg Bear était au courant des propos tenus par le savant mais Feynman entendait aller au-delà des machines macroscopiques avec lesquelles nous vivons : il imaginait un monde où les atomes seraient manipulés un par un et agencés en structures cohérentes de très petite taille, des microsystèmes en quelque sorte, des micro robots autonomes qui ouvrent des voies inexplorées et qui pourraient être télécommandées pour soigner une lésion dans le corps humain et c’est aujourd’hui à la portée des laboratoires. Les dernières avancées dans ce domaine sont sur le point de dépasser la science-fiction, de dépasser le roman de Greg Bear.

Ainsi dans la même veine le roman de science-fiction de Greg Bear anticipe ce futur des nanotechnologies. Rappelons que Le livre dystopique est écrit en 1985, et il est intitulé la « Musique du Sang » un roman qui reçut plusieurs prix littéraires. Le roman de science-fiction met en scène un chercheur généticien qui invente des ordinateurs biologiques à l’échelle d’une cellule humaine, ce qui pourrait s’apparenter aujourd’hui à l’ensemble des études et des procédés de fabrication, de manipulations de structures physiques, biologiques et de systèmes matériels à l’échelle du nanomètre. Pour se représenter le nanomètre, disons que c’est la taille d’une orange comparée à l’échelle de la terre. Nous comprenons que cette dimension a quelque chose d’extraordinaire en soi. L’être humain est ainsi capable de construire des objets infiniment petits comme le canon à gênes créé par Sanford Cornell et ses collègues qui ont développé le « biolistique de particules Delivery System ».

Le roman écrit par Greg Bear est de fait bel et bien un roman d’anticipation, le contenu fictif anticipe ce qui touchera quelques décennies plus tard à l’ingénierie moléculaire et l’incorporation de matériaux nanotechnologiques qui s’appliqueront demain au corps humain.

Mais revenons à nouveau au Roman de Greg Bear, un chercheur en génétique est menacé par son entreprise de licenciement après sa découverte inquiétante, le généticien (docteur folamour) décide alors de s’implémenter, de s’inoculer, d’injecter et d’incorporer ces ordinateurs de la taille d’une cellule humaine, dans son propre corps après sa rupture de contrat avec son laboratoire.

Ce généticien qui dans le roman de Greg Bear est appelé Vergil Ulam est myope, après avoir inoculé ce qui s’apparente aujourd’hui à un « micro » système informatique nommé noocyte ; constate qu’il est guéri de sa myopie, il est conduit à être tenté d’injecter dans sa peau ses créations informatiques, ces noocytes, puis il fait au fil de ses injections le constat, d’une augmentation de sa puissance, de sa toute-puissance. Puis peu à peu ses inventions noocytes se substituent à son corps biologique. Les « perfusions » répétées de ces systèmes sont sur le point de muter, d’opérer une transformation radicale de son corps, celles-ci métamorphosent son être tout entier, un peu comme dans le roman de Kafka, il se transforme en une forme de « vermine monstrueuse », de bête immonde, une galaxie de noocytes conscients d’eux-mêmes. Le corps devient au fur et à mesure un système embarqué avec des éléments matières qui interagissent d’elles-mêmes, avec le monde qui les environne et en impactant tout le milieu naturel avec lequel ces noocytes sont en contact.

Le roman montre que finalement ces cellules métamorphosées commencent peu à peu à manipuler leur environnement et c’est une véritable pandémie qui gagnera le monde. Le romancier Greg Bear théorise ces galaxies de mondes noocytes comme des éléments qui dans un monde dystopique anéantissent le vivant, l’humanité devenue impuissante avec une création qui lui a littéralement échappé.

De fait et au-delà d’un roman qui décrit un monde finalement transhumaniste qu’il est prégnant, que l’incorporation, l’injection de matériaux nanotechnologiques notamment ce que l’on appelle les nanoparticules engendreront demain des inquiétudes évidentes. Les applications qui seront permises du fait de la maîtrise de systèmes matériels biologiques à l’échelle du nanomètre, légitiment les appréhensions les plus prudentes.

La vision dystopique et cauchemardesque du romancier américain nous renvoie de fait à l’ensemble des réflexions que nous partageons concernant la folie transhumaniste qui rêve d’amélioration de l’être, si certes, le scénario entrevu par Greg Bear différera de  ce qui est sorti de l’imaginaire de l’auteur du « Sang de la musique », il n’en demeure pas moins que la symphonie  transhumaniste montre bel et bien la perversion ontologique susceptible d’être engendrée en combinant matière et vivant en visant l’augmentation de l’homme et en réduisant le vivant à de vulgaires pièces de lego. Et si ces micro pièces technologiques d’un étrange puzzle biologique infiniment petit ne venaient pas finalement à dompter demain l’homme ?

Au même moment en 1986 un an après la parution du livre « La musique de Sang », Eric Drexler Ingénieur américain qui a travaillé pour la NASA et conçu des pièces de dizaines de nanomètres (voile solaire) a également publié un ouvrage sur l’avenir des nanotechnologies, Engines of Creation. Dans cet essai, Eric Drexler délivre à la fois sa vision positive mais également dystopique des progrès faramineux possibles avec l’essor des nanotechnologies.

La noosphère de Teilhard de Chardin, l’autre gnose transhumaniste

Auteur Eric LEMAITRE

La noosphère de Teilhard de Chardin, l’autre gnose transhumaniste

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 Teilhard de Chardin, scientifique théologien et philosophe français, insistait dans ses différents livres et notamment dans Le Phénomène humain sur le caractère inéluctable du progrès de l’évolution, celle-ci s’achèvera selon lui vers une transhumanité « lorsque les consciences, mises en réseau les unes avec les autres, créeront de facto, une sorte de super-être. ». Cette mise en réseau des consciences chez Teilhard s’appelle la noosphère mais le concept est également développé par le chimiste russe Vladimir Vernadsky comme nous l’avions déjà rappelé précédemment. Pour Teilhard la noosphère sera, le point ultime de l’humanité, la fin de cycles de développements, d’une succession de phases de développement de la création.

Le rapprochement osé et parfois contesté entre Teilhard et la gnose transhumaniste tient selon moi à l’idée que Teilhard se fait du progrès, il rejoint la pensée Gnostique lorsque notamment il considère que le monde est inachevé, que la création du monde résulte d’un processus continu. Cette création ou la création plus exactement pour Teilhard est un devenir, la création est inachevée et ceci est bien la thèse soutenue par les gnostiques du premier siècle. Teilhard n’écrira-t-il pas dans une de ses œuvres « Le milieu divin » ceci : « Nous nous imaginions peut-être que la Création est depuis longtemps finie. Erreur, elle se poursuit de plus belle, et dans les zones les plus élevées du monde… Et c’est à l’achever que nous servons, même par le travail le plus humble de nos mains »

Pour Teilhard l’achèvement de la création impliquera donc l’humanité qui sera la source de cette transformation [N’est-il pas écrit pas Teilhard que c’est à cela que nous servons]. Il est évident que Teilhard associe à cette transformation, une dimension spirituelle, et qu’il le fait en effet, en évoquant la figure du Christ. Christ l’auteur de l’achèvement de cette création, mais Teilhard occulte le message de l’évangile fondé sur la dimension du rachat et de la réconciliation du monde au travers de la dimension de la croix. Le mal est au cœur de l’évangile mais la restauration de l’homme ne résulte nullement d’un processus mécanique dont le progrès serait la matrice, le mal est effacé dans la dimension de la croix [Pour Teilhard dans le progrès moral et technique] ce qui suppose et de manière incontournable la réconciliation avec Christ qui prend sur lui le mal qui résulte du péché. La prétention de l’homme de réparer et d’être lui-même l’artisan moral, d’être co-responsable de l’achèvement de cette création constitue de fait le pendant de la gnose chrétienne. Ce qui renforce également le rapprochement entre Teilhard et la conception gnostique, c’est l’idée d’un mouvement, d’une évolution totalisante et universelle qui embrasse l’ensemble des êtres pour aller vers une idée de plénitude. Teilhard a en perspective la vision de l’unité humaine et ceci passe par l’idée d’une évolution continue, dont la matrice est le progrès.

« Le Monde matériel nous apparaît comme suspendu, aujourd’hui, à la conscience spirituelle des hommes. Que nous apprend l’Union créatrice sur l’équilibre et l’avenir de ce système ? – Elle nous avertit formellement que le monde que nous voyons est encore profondément instable et inachevé : instable parce que les millions d’âmes (vivantes ou disparues) incluses aujourd’hui dans le Cosmos forment un multiple branlant qui a besoin, mécaniquement, d’un Centre pour « tenir » ; inachevé, parce que leur pluralité même, en même temps qu’elle représente une faiblesse, est une puissance et une espérance d’avenir, – l’exigence ou l’attente d’une unification ultérieure dans l’esprit […].

 Si le Monde infra-humain est consolidé par nos âmes à nous, le Monde humain, à son tour, n’est concevable que supporté par des centres conscients plus vastes et plus puissants que les nôtres. Et ainsi, de proche en proche (de plus multiple en moins multiple), nous sommes amenés à concevoir un Centre premier et suprême, un oméga, en qui se relient toutes les fibres, les fils, les génératrices de l’Univers, – Centre encore en formation (virtuel), si on envisage la complétion du mouvement qu’il dirige, mais Centre déjà réel aussi, puisque, sans son attraction actuelle, le flux général d’unification ne pourrait soulever le Multiple »

Ainsi la perspective pour les transhumanistes de métamorphoser dans son ensemble l’humanité en une conscience unique dont les éléments seront partagés et interconnectés comme de simples neurones, constitue le socle de la philosophie de Teilhard. Cette vision nie en réalité l’altérité des êtres et la vision biblique de la résurrection des corps. La vision de Teilhard n’est pas la vision biblique car dans l’épilogue Biblique, la création ancienne est anéantie, et Dieu crée de nouveaux cieux et une nouvelle terre. La création actuelle ne sera pas achevée, mais Dieu ouvre une autre perspective en créant de nouveau, des cieux et une terre.

Pour Teilhard de Chardin, le christianisme est la religion du progrès, la religion de l’évolution. Toute son œuvre et son intuition seront marquées par le désir d’un progrès qui s’accomplit dans une figure qui se voudrait Christique (Nous employons ici figure, car la pensée de Teilhard nous semble très éloigné de celle que nous renvoie les évangiles, Christ nous est présenté plutôt comme celui qui s’incarne et épouse la finitude de l’homme pour manifester la grandeur de Dieu, l’église qui est son corps n’est pas l’humanité dans son ensemble mais le peuple de ceux qui ont accepté la dimension de la croix et ce qu’elle symbolise) .

Teilhard de Chardin, percevait l’évolution technique comme une démarche qui doit conduire au « bien général de tous les hommes » et « rendre communément les hommes plus sages et plus habiles. »

Pour le théologien la planète est destinée immanquablement à s’unifier : « Il est inévitable qu’un processus d’unification se trouve amorcé, marqué de proche en proche par les étapes suivantes : totalisation de chaque opération par rapport à l’individu ; totalisation de l’individu par rapport à lui-même ; totalisation enfin des individus dans le collectif humain. »

N’est-ce pas ce que l’on perçoit de nos jours, de ce processus de maillage, totalisant, mis en œuvre via le WEB, même si Teilhard de Chardin évoquait un processus harmonieux qui relève plutôt de l’amour, il n’en demeure pas moins que l’intuition du Théologien est intéressante dans l’optique d’un univers numérique fondé sur les connexions multiples, et le projet d’un égrégore numérique, forme de ruche humaine.

Teilhard de Chardin percevait enfin la technique comme le facteur ultime de l’ascension vers le « Point Oméga », le point ou s’achève le développement de la complexité et de la conscience vers lequel se dirige l’univers, pour imager un cerveau unique amalgamant les consciences, ce qui est en soi aux antipodes du projet initial de la création qui est celui de générer des êtres semblables mais distincts de soi.   Par analogie avec la pensée de Teilhard, la conception transhumaniste défendue par la société Google, devrait de facto nous rendre capable de communiquer entre nous. Ce qui sera rendu possible avec les outils numériques ou quantiques de la techno science nous reliant désormais à l’intelligence artificielle. Nous sommes sur le point de fait par les réseaux de connexions de former un seul et même esprit. C’est un peu ce que Teilhard de Chardin tentait d’expliquer, en évoquant le point Oméga qui représente, selon le théologien, le point ultime du développement de la conscience, vers lequel se dirige l’univers en assemblant la totalité des consciences humaines.

Le transhumanisme de Teilhard est dès lors une idéologie corrélée à la puissance technicienne, cette puissance technicienne est liée aux avancées fulgurantes et à la convergence des NBIC nous faisant en fait entrer dans une forme de totalisation du monde, nourrie par la capacité d’absorber toutes les données associées à la vie sociale des être humains., c’est la fameuse noosphère imaginée par Teilhard et Vladimir Vernadsky c’est-à-dire le déploiement de la technologie la plus sophistiquée capable de concevoir  la sphère de la pensée humaine.

Matrix, Transhumanisme, monisme et pensée matérialiste

La conception purement matérialiste de l’être humain défait ainsi la dimension ontologique, déconstruit cette part de sacré consacré à l’existence humaine. Il s’agit ainsi pour le transhumaniste comme finalement une forme de point d’orgue, résultant d’une succession de thèses philosophiques, d’abolir la notion de finitude qui caractérise l’homme, il convient dès lors de prendre en main un destin qui ne l’enferme plus dans les limites du corps biologique. Comprenons bien ici que le transhumanisme, ne vient pas de nulle part, il se fait finalement l’écho d’une conception ontologique réduite à la seule matière qui prévalait plusieurs siècles plus tôt et dès l’antiquité.

Auteur Eric LEMAITRE 

La thèse matérialiste qui a pleinement prévalu au XIXème siècle mais également présente dans la philosophie grecque notamment chez Thalès, Démocrite, Épicure, Lucrèce, prétend que tout ce qui existe, est une manifestation « mécanique » et physique, que tout phénomène est le résultat d’interactions matérielles. Pour tous ces philosophes, tous les phénomènes associés à notre environnement naturel ou humain résultent d’interactions, de mouvements et de combinaisons d’atomes matériels. Au XVIIème siècle le philosophe Hobbes contemporain de Descartes, contribuera à l’avancement des idées matérialistes et mécanistes, pour Hobbes, tous les phénomènes se ramènent à des réactions purement mécaniques entre les corps et de facto ces phénomènes, embrassent le vivant et par conséquent l’être humain.

Cette approche matérialiste est d’autant plus intéressante que déjà chez Hobbes, la problématique était d’imaginer comment gérer, et contenir la multitude des individus, cette conception matérialiste devra être lue à l’aune des avancées de l’intelligence artificielle, forme de léviathan mécanique, de logiciel codé, la matrice de Matrix[1] qui gouvernera et régulera les individus « matière » qui seront mus et contrôlés par la force mécanique, manipulés par les instruments logiciels fruits du génie humain, fabriqués par l’homme. L’intelligence artificielle offre d’ores et déjà les prémices de ce monde virtuel, artificiel, du futur dystopique où l’homme a déjà pris l’initiative de déléguer à sa machine, le soin d’organiser, d’arbitrer, de nous conduire vers la vie rationnelle pour régler la folie déraisonnable de l’homme émotif, conduit par la seule dimension passionnelle.

Cette conception purement matérialiste de l’être humain défait ainsi la dimension ontologique, déconstruit cette part de sacré consacré à l’existence humaine. Il s’agit ainsi pour le transhumaniste comme finalement une forme de point d’orgue, résultant d’une succession de thèses philosophiques ou théologiques, d’abolir la notion de finitude qui caractérise l’homme, il convient dès lors de prendre en main un destin qui ne l’enferme plus dans les limites du corps biologique. Comprenons bien ici que le transhumanisme, ne vient pas de nulle part, il se fait finalement et de manière tout à fait cohérente, l’écho d’une conception ontologique réduite à la seule matière qui prévalait plusieurs siècles plus tôt et ce dès l’antiquité. Le film Matrix est de fait extrêmement intéressant, riche d’enseignements car au-delà de la science-fiction, le film nous fait entrer dans l’ère des machines ou les êtres humains en sont réduits à n’être que des sources d’énergie, des êtres sans âmes, manipulables. Substantiellement, l’univers  des objets sophistiqués et interactifs à la fois captif et ensorcelant  peut finalement devenir un monde toxique pour l’âme.

Dans cette vision matérialiste, le monisme pose une seule réalité, une seule substance, une forme de totalisation de l’être ne faisant de lui qu’une et même substance biologique ou tout est un ! C’est la mort du libre arbitre, l’homme ne choisit pas, il est déterminé par son auto alchimie, ce que plaide le penseur Yuval Noah Harari, auteur des livres « Sapiens : une brève histoire de l’humanité » et « Homo Deus: Brève histoire de l’avenir » . Yuval Noah Harari, s’appuie sur les découvertes des généticiens et des spécialistes du fonctionnement cognitif associé à l’activité cérébrale, l’analyse de tous nos « choix » serait selon l’écrivain Israélien, réductible aux seuls processus cérébraux électrochimiques dans lesquels la « liberté » n’aurait strictement aucune part, comme chez le reste du règne animal. « Quand une réaction biochimique en chaîne me fait désirer d’actionner l’interrupteur de droite, j’ai le sentiment d’avoir réellement envie d’appuyer sur ce bouton-là. (…) Je ne choisis pas mes désirs. Je ne fais que les sentir, et agir en conséquence. ». C’est ici encore le règne de la matrice, un monde désincarné qui devient l’environnement de l’être humain sans âme.  

Ainsi le réel chez les matérialistes est un tout non dissociable, c’est la vision de Teilhard, celle de sa conception philosophique du monde qui rejoint la vision partagée par l’idéologie transhumaniste. Hobbes se serait finalement émerveillé de son intuition du monde et de l’aboutissement de l’Etat-Léviathan qui tire sa légitimité de cette toute-puissance mécanique, résultant de la capacité de la machine, de réguler le monde, de réguler, de contrôler, d’organiser, de tracer la multitude des individus. Le léviathan est associé dans la bible à une force qui n’a pas de pareil dans la nature, d’équivalent dans le monde, c’est bel et bien la fameuse matrice décrite dans cette saga de science-fiction que nous relations précédemment. La bête que décrit l’évangéliste Jean n’aura de fait aucun équivalent, l’homme sera sous son emprise, soumis en quelque sorte à une forme d’esclavage docile, marquée et fascinée par la toute puissance de cette créature, fruit de ses aspirations idéologiques et résultat de ses inventions prométhéennes.

Mais pour nous Chrétiens, l’origine de la conscience est extérieure à notre monde et à cette matrice virtuelle qui nous enferme, de fait la compréhension de la conscience, de  son fonctionnement est hors de notre portée, nous comprenons de fait que l’enjeu titanesque qui se livre à travers ce combat matérialiste est d’anéantir toute vie intérieure reliée à celle de l’esprit, nous comprenons mieux ce que nous écrivions dans le prologue de ce livre, l’importance de l’amour relationnel, le fait de prendre soin de l’autre, le fait de s’émouvoir de la beauté que nous offre la nature, dont tout nous rappelle que le monde visible a été créé et qu’il émane de l’invisible. Cet invisible que nous pouvons voir avec nos yeux, que nous pouvons seulement voir avec notre cœur, que nous pouvons voir avec la foi.  Pour revenir à nouveau au Film Matrix, nous comprenons ainsi et in fine la dimension sous-jacente du film qui évoque une humanité sous le pouvoir d’un univers virtuel qui artificialise le réel dans lequel les humains sont devenus les prisonniers. Dans ce fil Matrix, la terre est en ruine, c’est un monde sombre, le soleil est caché, la nature est voilée, l’homme a été humilié par ses machines, ces machines qui empêchent l’homme de prendre conscience de son état et lui font simuler une liberté factice.

Le monisme transhumaniste, cette philosophie de la Matrix, s’appuie sur une conception entièrement matérialiste et mécanique, Le monisme transhumaniste perçoit la conscience comme un phénomène émergent, dont le support s’appuie exclusivement sur les atomes de notre corps, le cerveau support de la conscience en est réduit à une suite de contacts fonctionnels, par une série de signaux, d’informations déclenchés dans les neurones présynaptiques. L’information est transmise au moyen des neurotransmetteurs constituant le cerveau, De fait la conscience pourrait être réplicable en recopiant matériellement le cerveau humain. L’homme est ainsi une machine comme l’écrivait en 1748 Julien Offroy de La Mettrie dans son livre « l’homme machine « Le corps humain est une Machine qui monte elle-même ses ressorts ; vivante image du mouvement perpétuel » ,

Julien Offray de La Mettrie, précurseur du transhumanisme considérait ainsi que l’esprit devait être vu comme une suite déterminée et mécaniste de l’organisation sophistiquée de la matière dans le cerveau humain, Cette représentation de l’homme rejoint celle des transhumanistes et la vision des tenants d’une intelligence artificielle consciente

Il ajoutait également que l’« l’âme n’est qu’un principe de mouvement, ou une partie matérielle sensible du cerveau, qu’on peut, sans craindre l’erreur, regarder comme un ressort principal de toute la machine, qui a une influence visible sur tous les autres, et même paraît avoir été fait le premier ; en sorte que tous les autres n’en seraient qu’une émanation… ».

Comme l’écrit[1] Thierry Magnin Physicien et théologien, le problème du matérialisme est qu’il est mis à mal par la physique quantique, la physique quantique tendrait à montrer que « la matière n’est pas  chosifiable » que le réel échappe au physicien, le réel est voilé finalement au physicien, le réel ajoute à nouveau Thierry Magnin « est le magnifique signe de liberté qui devrait nous conduire à ne pas nous approprier le réel mais à le recevoir et l’écouter », le réel reste comme voilé aux scientifiques qui expérimentent alors une forme « d’incomplétude » devant celui-ci, le réel est en soi inatteignable, inaccessible par le scientifique, c’est cette réalité que ce monde de l’immanence matérialiste entend finalement nous cacher, comme dans la « matrix », l’homme crée sa propre machine pour nous empêcher de connaitre Dieu au moyen du cœur, le cœur aliéné par cette conception matérialiste que le transhumaniste s’est forgée.

[1] Je fais référence au livre de Thierry Magnin Théologien et Philosophe « Penser l’humain au temps de l’homme augmenté », la référence de cette réflexion est tirée de son livre publié par Albin Michel page 196.

[1] Dans cette série de films de science fiction, Matrix, les machines ont pris le contrôle du monde, les machines utilisent les êtres humains comme source d’énergie. Les machines se promenant dans le monde réel afin de tuer toute forme de vie non autorisée. Elles sont contrôlées par Deus Ex Machina (interface centrale de la ville des machines).

[2] Je fais référence au livre de Thierry Magnin Théologien et Philosophe « Penser l’humain au temps de l’homme augmenté », la référence de cette réflexion est tirée de son livre publié par Albin Michel page 196.

Transparence & transhumanisme du romancier : Marc Dugain

 

Transparence & transhumanisme

Marc Dugain : « Dire qu’on va y arriver grâce à la technologie, c’est criminel »

Le romancier Marc Dugain nous décrit une société sans âmes et sans esprit, une société de nouveaux golem, d’êtres humanoïdes, la civilisation des cyborg, dans une nouvelle œuvre Transparence et Transhumanisme publiée en 2019 dont les conclusions effrayantes ont été écrites à partir de ces premiers signes transhumanistes que nous dessinent l’empreinte de la société post humaine technique et enveloppante qui se construit devant nos yeux, entendant réparer les dégâts laissés par l’homme prédateur.

Marc Dugain dépeint un monde ultra connecté, une société qu’il appelle « transparence », car toutes les données sur nous-mêmes ont été aspirées, vampirisées. Cette société produit des sortes de Golem, des humanoïdes, des cyborgs car cette société est devenue capable d’engendrer des autres que nous-mêmes, des cyborgs qui ne mangent pas, qui ne produisent donc pas de déchets, qui ne consomment pas, qui ne commercent pas.

L’homo Deus a ainsi trouvé le moyen radical d’éradiquer les problèmes dont les hommes étaient la cause. Mais heureusement nous allons survivre au travers de nos instruments, de nos « Golem », de nos créations et ces créations seront si parfaites que l’harmonie sur terre sera bel et bien revenue.  Ainsi plus de crises économiques, écologiques, sociales, nous sommes allées au bout du bout, au bout de nous-mêmes pour générer la société rationnelle. Or si cet épilogue de notre humanité nous apparaît à première vue invraisemblable, je crois en réalité qu’il nous faut être en alerte, car à vouloir la radicalité, l’extrême, l’excessif, nous sommes bien sur le point d’engendrer le pire et une autre forme de cataclysme née de l’absurdité de nos aspirations à une forme de cité parfaite, une cité qui a évacué l’intériorité, le plaisir, l’échange, le bonheur.

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Faust et son rêve transhumaniste : le nouveau leurre

Faust[1] le transhumaniste

rêve de posséder toute la connaissance universelle,

Dans la quête aujourd’hui et d’une soif absolue des connaissances notamment dans les domaines de la génétique et des processus cognitifs qui touchent le domaine de nos cerveaux, les transhumanistes feraient bien de consulter cette fable écrite par Goethe à la fin du XVIIème siècle. Les transhumanistes déploient le même effort engagé par Faust, celui de la connaissance universelle qui prétend solutionner les problématiques vécues aujourd’hui par l’ensemble du genre humain et leur apporter le bonheur artificiel. Or ambitionner la connaissance parfaite des modes de fonctionnement de notre patrimoine génétique, des secrets qui touchent à toute la dimension du vivant afin de parfaire l’inachevé, est une forme de fable contemporaine, un autre épisode du fantasme du Docteur Faust qui espérait trouver le graal l’objet mythique de la légende arthurienne, présentant au monde de nouvelles connaissances lui permettant de lui ouvrir de nouvelles perspectives plus heureuses.

Johann Wolfgang von Goethe écrit une œuvre magistrale considéré comme l’une des œuvres les plus importantes de la littérature allemande « Faust ». L’histoire racontée par Goethe décrit le destin obsessionnel, funeste et tragique d’un savant frustré et déçu de ne pas parvenir à la connaissance universelle.  Ne trouvant finalement plus aucune certitude dans son art, peiné de ne pas aboutir à son projet  il finit par désespérer, tant et si bien qu’ il songea de mettre fin à sa vie.  Sur le point de basculer, Faust passe une forme de contrat, de pacte avec le Diable, ce dernier a la permission de Dieu de pervertir son âme et d’assouvir ses désirs. Le mythe n’est pas tout à fait une fiction, puisque le personnage de Faust qui a inspiré Goethe a été rencontré par le réformateur protestant Martin Luther, le personnage côtoyé par Martin Luther, pratiquait la magie noire et affirmait qu’il était capable de produire des miracles identiques à ceux accomplis par Jésus, il confessa même à un autre moine d’avoir fait don de son âme à Satan, « être sien dans l’éternité ».

 Pour revenir à l’œuvre, dans cette fiction écrite par Goethe, Faust est un alchimiste qui aspire depuis son plus jeune âge à posséder la connaissance universelle, de sonder les secrets de l’univers et de dévoiler les mystères qui entourent la création.

 Méphistophélès est l’émissaire de Satan, il apostrophe Dieu et évoque la situation de Faust commentant sa soif infinie de connaissances. Méphistophélès décrit alors l’ambition démesurée du Docteur Faust sa frustration permanente. Dans ce dialogue l’émissaire de Satan souligne son état psychologique « Il est demi-conscient, je crois, de sa folie. Il voudrait décrocher les étoiles des cieux, Se gorger des plaisirs les plus délicieux Et rien, proche ou lointain, de ce qu’offre la vie ». Pourtant Dieu a compassion de l’état de Faust et le dépeint comme étant simplement dans l’obscurité, Dieu souligne qu’il le conduira bientôt à la lumière !  Méphistophélès provoque alors Dieu et lui lance le pari de détourner Faust, de pervertir son âme « Bon ! Que pariez-vous ? Je vais, à mon plaisir, Vous le gagner aussi. Donnez-moi donc licence. Tout doucement, de vous le pervertir ! ».

Le début de ce dialogue me fait songer à celui de Job, c’est Dieu qui se promène sur toute la terre et voit l’âme de son serviteur Job et invite Satan à prendre note que Job dans toute l’humanité est un homme à part, un homme juste ! Il est vrai qu’entre Job et Faust, la différence de nature est significative, Job est un homme prospère, il sert Dieu, c’est une âme juste, la situation de Faust est à l’inverse, c’est une figure totalement opposée,  antagoniste, Faust a un appétit démesuré de connaissances, et c’est un homme frustré sur le point de capituler faute de parvenir à ce fantasme de connaissance universelle.

Et c’est ainsi qu’à la porte de la mort, le docteur Heinrich Faust, alors qu’il songe à se suicider, sympathise avec le diable qui lui promet le bonheur. Avant son entrevue avec l’émissaire de Satan, Faust l’âme tourmentée affiche son découragement « J’ignore le doute et n’ai peur ni de l’enfer, ni de son diable… Mais je suis, pour cela, privé de tout bonheur, Je cherche vainement quel savoir véritable Je pourrais enseigner à l’homme misérable Pour le reconvertir et le rendre meilleur ! ».

Le transhumanisme joue manifestement ici le rôle de Méphistophélès enseigner à l’homme comment le rendre meilleur et lui conférer des pouvoirs artificiels [surnaturels], dans le sens ou l’augmentation surnaturelle physique et cognitive s’apparente à un dépassement des limites dans lequel l’homme est encarté.

Le transhumanisme professe ainsi et finalement la libération de l’homme en artificialisant le bonheur.

Le transhumanisme promet le bonheur, le paradis artificiel en échange pour l’homme de lui abandonner son âme, toute vie intérieure comme nous l’avions déjà mentionné. C’est cette dualité du bonheur qui au cœur de la promesse transhumaniste. Le transhumanisme c’est finalement l’imposture de Méphistophélès, le miroir aux alouettes, les fausses promesses. Les transhumanistes sont de la sorte les marchands de la vie artificielle qui veulent nous faire goûter leurs pilules, nous faire essayer leurs prothèses magiques mais détruisent en échange notre âme, ce qui fait l’intime et le mystère de la vie.

[1] Pour accéder et lire l’œuvre de Johann Wolfgang von Goethe  http://www.rocler.qc.ca/cduret/usher/faust.html

L’éternité de la Nymphe Calypso est un jour comme un autre jour

Comme le monde de la Calypso, le monde transhumaniste qui promet la volupté factice d’une vie prolongée, évoque peu la dimension intérieure, la véritable intériorité recherchée par Ulysse celle de l’amour des êtres éphémères.  Le monde transhumaniste semble se focaliser sur la matière, la possession de la matière. Or réduire la vie à la dimension de la matérialité, c’est aliéner en quelque sorte le sensible, cette composante de l’âme, de la vie intérieure. Il vaut mieux vivre intensément cette vie intérieure sans être possédé par le monde des objets.

Attribuée à l’aède Homère (fin du du VIIIème siècle av. J.-C), composée après l’Illiade, l’Odyssée relate le voyage entrepris par Ulysse à son retour de la guerre de Troyes et qui mit près de dix années avant de revenir à son île d’Ithaque sa patrie pour y retrouver sa famille. Dans l’épopée d’Ulysse et son retour à Ithaque, son voyage est mouvementé, éprouvé, perturbé, troublé et même dérouté par le Dieu Poséidon. Dans ce voyage tumultueux, un des récits, relaté par Homère s’arrête sur la mystérieuse nymphe Calypso, [celle qui dissimule]. La nymphe tente de le charmer, elle retient Ulysse pendant 7 années, éperdument amoureuse, la Nymphe lui promet l’éternité, mais cette éternité est un jour comme un autre, Ulysse se morfond et veut rentrer à Ithaque, retrouver sa femme Pénélope et son fils Télémaque.

Lors d’une étude biblique, un ami nous partagea cette parole de l’ecclésiaste « A quoi bon vivre deux fois mille ans, sans jouir du bonheur ». Ulysse ne sembla pas jouir de ce bonheur, Ulysse fut comme enveloppée par la Nymphe, mais cette éternité-là promise par la Nymphe était loin finalement de cette vie intérieure qu’il connaissait au sein de son Ile Ithaque, auprès de son épouse Pénélope, loin finalement de ce bonheur éphémère.

 Le bonheur en hébreu est Towb, ce qui signifie bien avec, être heureux, le bonheur nous renvoie en soi au bonheur intérieur, à un bonheur également partagé avec, à une joie également indicible.

Comme le monde de la Calypso, le monde transhumaniste qui promet la volupté factice d’une vie prolongée, évoque peu la dimension intérieure, la véritable intériorité recherchée par Ulysse celle de l’amour des êtres éphémères.  Le monde transhumaniste semble se focaliser sur la matière, la possession de la matière. Or réduire la vie à la dimension de la matérialité, c’est aliéner en quelque sorte le sensible, cette composante de l’âme, de la vie intime. Il vaut mieux vivre intensément cette vie intérieure sans être possédé par le monde des objets. Le transhumanisme est de fait une perte de sens, l’existentialisme transhumaniste ne rêve pas l’émotion, un jour est un jour comme un autre jour régulé par la matière interactive qui nous enveloppe (la calypso) et régit notre vie, qui entend aussi effacer le souvenir d’Ithaque, le ressenti au plus profond de soi, l’amour.

Le monde de l’homme augmenté est celui de la performance, de l’amélioration de soi [cognitif ou physique] mais non cette dimension de profondeur. Le monde transhumaniste entend abolir finalement la faiblesse, la fragilité, la finitude, l’éphémère, un jour dans cet univers de la vie prolongée sera un jour comme un autre jour. Est-ce là le vrai bonheur s’interroge le Qohèleth, celui qui s’adresse en hébreu à la foule, ainsi Salomon l’auteur de l’ecclésiaste aurait-il pu proclamer l’inanité, la vanité, la folie de cette vision partagée par les idéologues du transhumanisme d’une vie indéfiniment prolongée sans la quête relationnelle, sans la quête du bonheur, sans vie intérieure, sans réel lendemain.

L’épopée transhumaniste de Gilgamesh

Entre Gilgamesh vieux récit de Mésopotamie et les transhumanistes, il serait sans doute judicieux de s’interroger de la pertinence de cet étrange rapprochement. Au fond sans tourner autour du pot, le rapprochement s’inscrit bien dans la quête de l’immortalité, l’obsession des transhumanistes mais qui était aussi celle de l’épopée de Gilgamesh. Cette épopée  est un des plus anciens et vieux récits épiques de Mésopotamie, récit écrit sur une tablette cunéiforme par le scribe Mésopotamien Unini vers 2650 av. J.-C

Gilgamesh est finalement et en quelque sorte l’avatar contemporain de ces nouveaux apôtres de la Silicon Valley en quête d’immortalité, une quête technologique de la reconquête de l’arbre de vie. Une quête sans conscience, sans conscience qu’au bout de ce voyage, comme le relate le récit sumérien, le serpent s’emparera de la plante et plongera l’homme dans le désarroi, le désespoir, rendant ainsi vain toute tentative de vaincre la mort. La légende sumérienne illustre cette vanité en quelque sorte de l’homme de vouloir s’extraire de sa condition et de modifier ainsi sa destinée en prétendant retrouver le chemin de l’éternité.

La légende sumérienne nous relate donc la quête de l’immortalité de Gilgamesh. Gilgamesh est le cinquième roi de la première dynastie d’Uruk. Le récit nous relate la colère des Dieux et notamment d’un Dieu contre la totalité de l’humanité, le Dieu Enlil qui fit le projet de détruire tout le genre humain en provoquant un déluge. Ce vieux récit antérieur à la Bible n’est pas sans nous rappeler l’épisode du même déluge relaté dans le premier livre du pentateuque.

Le Dieu Enlil prit soin d’avertir Utanapishtim (Noé dans le récit biblique) de son projet fomentant de faire disparaître toute trace de vie humaine. La divinité chargea Utanapishtim [Noé] d’amener sa famille et ses proches, ainsi qu’une partie des animaux de la terre. L’inondation atteindrait tous les animaux et les humains qui n’avaient pas  été abrités dans le navire, un récit identique à celui rapporté dans le livre de genèse dont les similitudes avec le texte sumérien sont fascinantes.

Uta-Napishtim [Noé] qui fut épargné par le déluge en raison de sa fidélité envers les Dieux, reçut de leur part la vie éternelle. Entre temps Gilgamesh traumatisé par la mort de son ami Enkidu décide de ne pas mourir et se met en quête de rechercher l’éternité. Gilgamesh entame alors un voyage pour rencontrer celui qui fut épargné par le déluge et qui reçut des dieux, la faveur de devenir immortel, Gilgamesh rencontrant Uta-Napishtim, l’interrogea et lui demande les secrets de la vie éternelle. Uta-Napishtim [Noé] tout en conseillant Gilgamesh le mit en garde de cette quête vaine et dangereuse mais cependant révèle alors l’existence d’une plante mystérieuse capable de répondre à ce besoin d’immortalité éprouvé par Gilgamesh. Gilgamesh, reprit alors espoir, partit à la conquête de la plante au péril de sa vie et l’emporte avec lui dans son voyage de retour à Uruk… Mais à son retour, la plante lui est subtilisé par un serpent.

Le serpent est ici et finalement le symbole de la condition humaine, la condition de l’homme déchu relaté dans le livre de la Genèse. La mort est l’épilogue de l’homme déchu, son salaire en quelque sorte. De fait l’arbre de vie devient inaccessible comme le rapporte le livre de la genèse. Lorsque il prend conscience de l’impair, Gilgamesh désespère et se déplore de cette situation existentielle. Il louvoie et hésite à reprendre le chemin pour se mettre à nouveau en quête de trouver cette plante, finalement il abandonne apprenant que son rêve d’immortalité n’est qu’une vaine illusion.

Il y a là comme une forme d’analogie étonnante avec l’épilogue du livre de la genèse qui évoque cette rupture entre l’homme et son créateur, chassé du Paradis, deux chérubins s’interposent et interdisent l’accès à l’arbre de vie [La plante qui procure la vie éternelle] « Il mit à l’orient du jardin d’Éden les chérubins qui agitent une épée flamboyante, pour garder le chemin de l’arbre de vie » (Genèse 3, 24). Le récit de Gilgamesh est certainement l’évocation de cette aspiration à retrouver sa condition initiale de l’Adam non déchu et nourri par l’arbre de vie, lui assurant si possible son éternité.

Le transhumanisme est de fait l’aspiration trouble de l’homme déchu, désireux de revenir en Eden tout en s’affranchissant de tout accès par Dieu. L’homme errant devenu démiurgique se faisant ainsi l’égal de Dieu, auteur de son projet d’homme augmenté mais désespéré de lui, ne pas réaliser son fantasme car au bout de ce voyage, de cette frénétique quête d’immortalité, il rencontre le serpent qui s’empare de sa trouvaille, son arbre technologique, la connaissance sans l’éternité.

Aux origines du transhumanisme

La perfectibilité de l’espèce humaine est l’impensé majeur d’une nouvelle métaphysique et anthropologie qui se dessine à l’aune des avancées prodigieuses de l’univers techno-scientifique.

Le récit transhumaniste commence dès le livre de la genèse, le premier livre du pentateuque avec cette promesse « vous ne mourrez pas », tous les mythes et légendes anciennes, celles des sumériens de la Mésopotamie, des fables de l’odyssée de Homère, l’élixir des alchimistes des chinois et leurs pilules d’immortalité, nous rapportent des rêves de dépassement de l’humanité et de conquêtes contre la mort.

L’histoire très ancienne de ces récits nous évoquent de fait la mémoire d’une humanité à la quête de son paradis perdu et sa volonté de conquérir le fruit interdit en gommant si possible le récit construit de la civilisation humaine fondée depuis la chute, sur l’idée de la mort.

Auteur Eric LEMAITRE

Partie I

La perfectibilité de l’espèce humaine est l’impensé majeur d’une nouvelle métaphysique et anthropologie qui se dessine à l’aune des avancées prodigieuses de l’univers techno-scientifique.

Le récit transhumaniste commence dès le livre de la genèse, le premier livre du pentateuque avec cette promesse « vous ne mourrez pas », tous les mythes et légendes anciennes, celles des sumériens de la Mésopotamie, des fables de l’odyssée de Homère, l’élixir des alchimistes des chinois et leurs pilules d’immortalité, nous rapportent des rêves de dépassement de l’humanité et de conquêtes contre la mort.

L’histoire très ancienne de ces récits nous évoquent de fait la mémoire d’une humanité à la quête de son paradis perdu et sa volonté de conquérir le fruit interdit en gommant si possible le récit construit de la civilisation humaine fondée depuis la chute, sur l’idée de la mort.

Définir le transhumanisme

Pour aborder le transhumanisme, Jacques Testart, célèbre biologiste français co-auteur du livre « Au péril de l’humain » emploie les termes « d’infantilisme archaïque » pour dépeindre le mouvement transhumaniste montrant ainsi la puérilité d’un désir de transcendance, comme la vanité du mouvement qui l’incarne, sa futilité vaine, de « gosses » immatures bricolant dangereusement le génome, le « lego » humain qui impacterait lourdement la civilisation humaine.

Le transhumanisme est ainsi un mouvement idéologique porté par la Silicon Valley, des auteurs de sciences fiction, des universitaires, des chercheurs en neuro science. Ces derniers vont   mêler une pensée idéologique parfaitement construite et l’usage des techno sciences visant l’amélioration des propriétés physiques et cognitives des êtres humains. Ce fantasme transhumaniste va ainsi se nourrir de l’idée de mettre fin à la mort et de récrire l’alphabet du vivant. Le courant idéologique n’en reste pas moins en perpétuel évolution, du fait des bouleversements techniques et de nouvelles perspectives offertes par les découvertes dans les domaines de la science notamment quantique.

Aboutir à la mutabilité du gendre humain dans une forme nouvelle

Mais au juste de quoi parle-ton lorsque nous évoquons le mot transhumanisme, ce serait une erreur selon moi de réduire le transhumanisme à ces dernières décennies, au fantasme d’un théologien Teilhard de Chardin et son modèle de la noosphère[1], à la vision du Biologiste Britannique Julian Huxley [le frère d’Aldous Huxley] qui utilisèrent respectivement et pour la première fois les néologismes de transhumanité et de transhumanisme. Ces termes de transhumanisme, de transhumanité désignaient selon leurs auteurs, les métabolismes de l’humanité via les progrès d’une technoscience maîtrisant une nouvelle phase de l’espèce humaine mais en étant cette fois les instigateurs de l’évolution Darwinienne. L’évolution de la technoscience espérée par le courant transhumaniste, devrait en effet, aboutir à mutabilité du genre humain dans une forme nouvelle comme le prédisait la fameuse fable de Pic de La Mirandole. Cette fable faisait l’éloge des potentialités de l’homme plaidant pour son auto détermination, qui au gré de ses transformations, s’égalera à Dieu.

Mais on peut légitiment imaginer que l’érudit Pic de la Mirandole avant sans doute lu Plotin[2] philosophe gréco-romain, néo platonien, qui lui-même avait écrit : « Si tu ne vois pas encore ta propre beauté, fais comme le sculpteur d’une statue qui doit devenir belle : il enlève ceci, il gratte cela… De la même manière, toi aussi, enlève tout ce qui est superflu, redresse ce qui est oblique. »

Ainsi le rêve de transcender la mort et de rupture avec la dimension de la finitude habite l’imaginaire humain depuis ses origines, et ne dissocie pas aujourd’hui de l’avancée fulgurante de la technique qui permet « le séquençage à haut débit » du génome humain

Le transhumanisme est en réalité ancré dans l’histoire de l’humanité, depuis le commencement et si quelques mots devaient définir le transhumanisme, ce sont bien ces termes ; « Rêve de dépassement ; d’en finir avec les barrières d’un corps promis à la finitude ». Or ce rêve de dépassement, de s’affranchir des limites du corps et même de prolonger la vie indéfiniment, jalonnent en réalité toute l’histoire de notre humanité. Le transhumanisme comme idéologie construite par les quelques penseurs de la Silicon Valley s’ancre en réalité dans la gnose chrétienne, les fameuses légendes ou les grands mythes de l’humanité. Il n’y a donc rien de nouveau sous le soleil quoiqu’en disent certains historiens du transhumanisme qui enferment les débuts du transhumanisme dans des projets purement techniques qui consistaient à vaincre un jour la mort comme la cryogénisation du corps humain avec l’espérance fallacieuse que les avancées technologiques du futur autoriseront de réanimer le corps devenu inerte avec la mort des fonctions biologiques.

En finir avec les barrières du réel

 En réalité le transhumanisme avant d’être le pensé d’une technoscience, entend avant tout vaincre la mort. Le transhumanisme est en conséquence et en premier lieu un fantasme humain, celle d’une mémoire de l’éden perdu. Tous les récits légendaires comme celles de certaines croyances religieuses, convergent et s’inscrivent dans la même aspiration, la condition de la mort est insupportable à l’homme. Cette idée de la mort est en effet insupportable au transhumaniste qui aspire le dépassement de la condition humaine via la reprogrammation des gènes de l’homme ou même de générer une autre forme humaine, un humain hybridé avec la machine dont il suffirait de remplacer les pièces obsolètes promettant ainsi de prolonger indéfiniment la vie, chacun ici a pu entendre l’enthousiasme délirant des transhumanistes « Vaincre la Mort ». Le transhumanisme qui est une forme nouvelle de la gnose chrétienne[3] a une perception qui se traduit par une forme de révolte contre ce corps emprisonné par l’imperfection et voué à une fin inéluctable. Le transhumanisme qui n’est pas une nouvelle science humaine, instrumentalise et entend coloniser la science pour combattre à la fois, la mort et abolir le récit d’une civilisation enfermée par l’idée même de la mort.

Capitaliser sur les moyens de la technoscience pour réaliser les fantasmes de l’homme devenu Dieu

Le transhumanisme dans sa conception thaumaturgique comprend la réparation de l’homme à savoir son amélioration grâce à la maîtrise scientifique, des gênes des atomes, des bits, des neurones, et à la convergence des progrès fulgurants accomplis par la science dans les quatre domaines des nanotechnologies, des biotechnologies, de l’informatique, et des réseaux cognitifs. Le transhumanisme entend prendre les commandes de l’’évolution des darwinistes, capitaliser sur tous les moyens techniques soit en hybridant le corps, soit en modifiant le génome. Les transhumanistes réduisent ainsi le corps à une matière mécanique, à une machine utile et façonnable à l’infini.  La construction d’un corps augmenté devient ainsi la lubie de ce siècle pour s’adapter aux valeurs de la perfectibilité humaine et des valeurs progressistes qui soutiennent ce fantasme du corps mutant, libéré de ses stéréotypes, de « corps amélioré conçu avec soin et expertise, corrigé de ses imperfections naturelles » comme le soulignaient Jacques Testart et Agnès Rousseaux.

J’écrivais dans mon précédent livre que le transhumanisme est un chemin néopaïen, une antireligion au sens de la relation, qui nous conduira au post humanisme, dont l’apothéose et la prothèse est l’intelligence artificielle : la créature de l’homme mutant, devenue autonome, mais restant une matière sans esprit, libre de toute contingence, pour ne laisser que le conatus spinozien (l’effort d’exister) aux commandes d’un corps augmenté. Tant et si bien que, pour atteindre ce but, il faut impérativement éteindre l’âme, ce pont vibrant créé par Dieu, et incorporé à son environnement, pour le relier exclusivement à un monde réel et tangible.

Depuis l’Eden perdu, le transhumanisme est l’aboutissement d’une quête absolue de bien-être, de prolonger la vie et non une recherche de sens.

Mais comment en sommes-nous arrivés là ? Il me semble en réalité que le transhumanisme est l’aboutissement à la fois logique et cohérent de la recherche absolue du bien-être, de l’investissement dans la dimension technique pour solutionner les besoins inhérents d’une espèce humaine confrontée à sa fragilité. L’enjeu de toute la civilisation fut ainsi de conduire l’être humain à s’émanciper de toutes les contraintes qui ont fait obstacle à ce souhait existentiel de s’affranchir de toute corvéabilité et pénibilité qui vont à l’encontre de son bien-être. La technique évolutive a été finalement le palliatif, l’expédient heureux pour entamer ce rêve de dépassement concernant les limites ontologiques qui caractérisent l’être humain.

L’appétence du genre humain pour la nouveauté est invariablement posée comme « l’équivalent du mieux », ce qui tend à nous rapprocher de la vie idéale Cette appétence du progrès va finalement et rapidement devenir l’une des obsessions de l’idéologie transhumaniste, la recherche du confort et demain celle de l’éternité sans lendemain, la quête inachevée ou le rêve inabouti en quelque sorte de Gilgamesh.

[1] La noosphère : Néologisme dérivé de deux mots grecs [Esprit et Sphère], concept élaboré par le théologien Teilhard de Chardin et par Vladimir Vernadsky chimiste russe :  la noosphère est la résultante d’un processus d’évolution, allant de la matière inanimée en passant par la vie biologique puis finissant par la connexion de toutes les consciences humaines, l’humanité serait ainsi en voie d’une forme de planétisation [terme emprunté à Teilhard], de totalisation des esprits, des consciences de plus en plus solidaires et reliée entre toutes les êtres, une forme de sociosphère planétaire.

[2] Citation extraite : Ennéades, tome 1 de Plotin

[3] La gnose chrétienne : le salut de l’âme passe par la connaissance et pour la gnose dite dualiste le corps et la vie terrestre sont perçus comme une forme de prison dont l’homme doit se libérer pour être sauvé.