Critique du progressisme et du système technicien

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Auteur

Eric LEMAITRE

Etienne OMNES : Le propos décliné dans ce nouveau texte de Eric LEMAITRE vise nullement à dénoncer les acquis d’un progrès social voire même technique, mais il s’agit d’ouvrir une page lucide sur les vacuités entraînées par un monde qui offrirait comme seule perspective, la libération des mœurs et l’opulence d’une consommation pour divertir l’âme humaine. Il est dès lors urgent de poser un constat éveillé pour imaginer un monde qui ne fasse pas l’impasse, ni de la dimension relationnelle ni de la nécessité d’être solidaire. Ce texte écrit par Eric LEMAITRE  va bien au-delà des constats de sociétés qui se perdent dans l’oubli de ce que l’histoire leur a enseigné. Eric entend ici nous interpeller sur le message évangélique qui est celui de la proximité, proximité dans l’écoute de l’autre, mais proximité dans toutes les échelles de la vie humaine qui nous imposent de réfléchir à d’autres alternatives. Il y a urgence de nous réinterroger sur le sens du progrès et des idéologies qui l’accompagnent pour ne sombrer dans l’absence de sens.


« Un jour, tout sera bien, voilà notre espérance / Tout est bien aujourd’hui, voilà l’illusion » avait écrit le philosophe des Lumières Voltaire, en 1756. Une pensée pleine de sagacité qui résume bien la vanité de la pensée progressiste qui déjà au XVIIIème, prétendait changer le monde en l’arrachant de l’obscurantisme religieux. Dans ce propos, pourtant nous sommes loin d’être nostalgique d’une époque où la libre conscience fut bafouée et où nous serions à regretter une époque où les inégalités sociales étaient particulièrement criantes. Mais nous restons toutefois circonspects sur l’idée d’un progrès technique social et sociétal sans éthique et sans curseur.

Vers un processus de désolidarisation 

Nous adressons cette lettre aux progressistes ouverts à la critique du progrès car nous prenons conscience que la modernité idéologique vantant l’affranchissement des codes culturels d’un ancien monde, soumet quant à elle subrepticement tous les aspects de la vie humaine au règne d’un autre monde, un « nouveau monde » soi-disant libéré du carcan culturel et appartenant à un monde ancien jugé dépassé.  Cette idéologie de la modernité techniciste et progressiste installe peu à peu un processus de dévitalisation humaine, d’une forme d’anesthésie sociale, engendrées par la modernité hautement technique sous l’emprise d’un empire numérique qui encourage chaque innovation technologique comme étant l’expression du bien-être, la source d’une liberté humaine à conquérir, le jaillissement du progrès humain.

Nous pourrions nous interroger sur le sens de la recherche technique et des résultats concernant les orientations sociales auxquelles elle nous conduit. Je m’interroge en effet sur les services que rend l’univers technique. L’univers numérique n’est-il pas finalement, responsable de l’atomisation sociale au détriment du collectif ; ne renforce-t-il pas l’individualisation au détriment de la personne. Finalement la science n’est-elle pas au service d’une auto divinisation de l’homme s’affranchissant de toute transcendance.

D’ailleurs en reprenant cette citation de Jacques ELLUL reprise de son livre

« La Technique où l’enjeu du siècle », nous percevons l’acuité de son jugement porté sur la modernité

«  ce qui caractérise aujourd’hui notre société, ce n’est plus ni le capital ni le capitalisme mais le phénomène de la croissance technicienne  »

La technique est devenue en soi comme le prédisait Jacques ELLUL un phénomène autonome en passe de nous échapper, d’échapper à tout contrôle, vampirisant l’homme devenu son sujet, faisant de l’homme son propre produit puisque devenu totalement dépendant de la technique.

Changer le monde

« par d’autres mœurs et d’autres manières »,

Ainsi le progressisme est une idéologie déjà très ancienne qui entendait déjà deux siècles plus tôt s’affirmer comme le tenant d’une vision de l’avenir ; les progressistes du XVIIIème étaient déjà habités par une forme de spiritualité humaniste se donnant comme faculté de déconstruire le monde ancien pour réinventer le présent et créer pour l’avenir humain une vision de progrès éclairé, il fallait aussi pour des économistes comme Adam SMITH libérer les marchés mieux à même de connaitre les besoins et les envies. Aujourd’hui nous voyons une puissante révolution des marchés guidés cette fois-ci, par l’intelligence artificielle en prise avec la connaissance des usages et des besoins de ses consommateurs.

A l’aube de cette nouvelle ère contemporaine, nous voyons ainsi l’étrange ressemblance avec ce qui motive le courant progressiste du XVIIIème siècle et celui du XXIème siècle.

Avec l’idée de progrès porté par les idéologues contemporains ceux de la modernité, nous relevons bien sur le plan philosophique, cette proximité entre l’idéologie progressiste du XXIème et la philosophie dite des Lumières.

Rappelons que le siècle des lumières a émergé dans la seconde moitié du XVIIIème siècle. Ce mouvement à l’époque se voyait déjà alors comme une élite avancée œuvrant pour une transformation radicale du monde, dénonçant la vision chrétienne du monde enfermée dans le péché et l’idée d’une transcendance qui s’est incarnée dans le monde pour le sauver. L’élite du XXIème siècle est celle de la technocratie car pour elle c’est la loi et l’éducation étatique qui doivent changer les mœurs, même si la république ne veut pas apparaitre tyrannique, elle s’emploie dès le plus jeune âge à former les esprits pour changer « les manières » comme le préconisait Montesquieu «  il suit que, lorsque l’on veut changer les mœurs et les manières, il ne faut pas les changer par les lois, cela paraîtrait trop tyrannique : il vaut mieux les changer par d’autres mœurs et d’autres manières… » MONTESQIEU – L’Esprit des lois, Livre XX, extrait du chapitre XIV. Nous discernons de fait les subtilités politiques employées de nos jours pour ne pas apparaitre brutal aux yeux de l’opinion mais la préparer à cette lente soumission et cette transformation de nos mœurs pour accepter un monde syncrétique, multiculturel et babylonien.

Nous saisissons bien, que l’idéologie progressiste s’inscrit radicalement dans le pathos de la modernité. Habilement dans une forme d’humanisme postchrétien, elle entend aussi se débarrasser des oripeaux de la religion Chrétienne en donnant des coups de butoir à cette dimension de la filiation, de l’altérité, en soutenant un capitalisme de la consommation, l’ubérisation de la société. Cette idéologie du progrès appelle de ses vœux l’ère du tout numérique qui détruira finalement le lien social, les solidarités et l’héritage culturel issu de l’annonce de l’Évangile. Nous entrons avec le progressisme dans une logique numérique, une logique horizontale celle de la consommation et du divertissement.

Ce mouvement dit des lumières au XVIIIe siècle à l’instar au XXIe siècle d’une république progressiste, se persuadait déjà de changer le monde à partir de la diffusion d’une nouvelle conception sociale nécessaire à la mise en cause et à la transformation de la société de l’ancien monde.

Cette philosophie entendait ainsi briser les codes, les structures politiques et culturelles héritées de plusieurs siècles de Christianisme. Or aujourd’hui nous observons les mêmes motifs de volonté de transformation de la vie politique, de sortir des divisions sociales, des clivages d’opinions ou idéologiques et des conflits culturels pour s’engager sur une nouvelle idéologie marxiste du progrès humaniste, d’égalité sociétale. Cette nouvelle idéologie marxiste est fondée sur la puissance technologique, cette nouvelle ère des robots qui libèrent enfin l’homme de l’asservissement des tâches. Cette nouvelle idéologie marxiste au plan sociétal s’inscrit dans la dimension de l’égalité et l’interchangeabilité des sexes qui devront être demain les nouvelles normes, les nouveaux codes et stéréotypes culturels. Il faut ainsi apprendre à l’enfant et le plus tôt possible que le masculin et le féminin sont de pures conventions, et qu’il lui appartient de s’en délier, de s’en défaire, tout cela s’impose de manière sournoise et subrepticement. Si vous le dénoncez, vous êtes alors invectivé, vilipendé comme de vieux ringards réactionnaires hostiles à toute idée de progrès.

Le progressiste ne veut donc plus ainsi les règles héritées d’un christianisme qu’il faut absolument dépoussiérer. Il faut ainsi casser les prescriptions d’une époque révolue, se libérer de la transmission des stéréotypes, se désaffilier, ouvrir les frontières du genre, jeter des passerelles vers un monde nouveau ou la confusion peut demain devenir le règne social partagé par une multitude d’hommes et de femmes sans repères.

Un monde postchrétien qui veut redonner à l’homme d’autres aspirations spirituelles

En d’autres termes, notre monde contemporain incarné dans cette nouvelle vision du progrès exprimerait alors le besoin d’un progressisme qui redonne sa place à de nouvelles aspirations spirituelles, et à de véritables emblèmes symboliques compris de tous ; en un mot, d’un nouvel humanisme, un nouvel évangile raisonné à une nouvelle sauce humaniste et éclairé tel qu’a cherché à le construire le Siècle des lumières qui n’a pas su achever au cours de la Révolution française, cette vision de l’humanisme sans Dieu. N’est-ce pas cette vision qu’incarna Maximilien de Robespierre, député de l’Artois, qui prononça ce discours à la Convention dans lequel il réaffirma ses valeurs révolutionnaires et républicaines :

« L’homme est né pour le bonheur et pour la liberté, et partout il est esclave et malheureux ! La société a pour but la conservation de ses droits et la perfection de son être, et partout la société le dégrade et l’opprime ! Le temps est arrivé de le rappeler à ses véritables destinées ; les progrès de la raison humaine ont préparé cette grande révolution ».

Les progrès de la raison humaine ont préparé cette grande révolution, c’est ainsi la foi dans la raison humaine qui est au cœur de ce changement pour Robespierre et qui le conduira au progrès… Le progressisme n’est pas seulement un courant philosophique et social mais c’est aussi une idéologie qui a su s’appuyer sur le libéralisme prôné par le capitalisme mondialiste s’adossant à ce monde consumériste et universaliste.

Nous entrons ainsi inévitablement et avec ce courant progressiste dans une nouvelle ère, une nouvelle époque. Je crains qu’elle ne soit funeste et chargée d’illusions…

Qui sont les responsables

des grandes déstructurations sociales ?

N’apercevez-vous pas d’ores et déjà les résultats de cette idéologie progressiste, de cette vision mondialiste : des états affaiblis, des multinationales qui prennent le pouvoir sur tout, des migrations massives car les états riches dans leurs égoïsmes patentés n’ont jamais su développer, ni entrer dans des stratégies de coopération avec les nations africaines en crise, pire l’occident est largement responsable de la déstructuration des peuples d’Afrique et de l’entretien des illusions d’un monde d’opulence factice.

Les responsables de ces déstructurations ? Les multinationales, qui vont remplacer les lois des États à l’image des accords transatlantiques qui tôt ou tard reviendront sur le tapis, et remettront en cause les principes de subsidiarité, de souveraineté des nations. Cette démocratie des nations autour d’une dimension, locale et d’une relation institutionnelle de proximité vit sans doute ses derniers jours et sera dominée par le technicisme d’un monde fédéraliste et multipolaire, sans frontières plus ouvert mais sans humanité puisque sans cette relation de proximité et de contre-pouvoir au plan local.

Nous le voyons bien aujourd’hui des multinationales dominées par quelques hommes fortunés célébrant Mamon, qui exercent un monopole dévastateur et absolu sur les marchés. Comme c’est le cas dans le monde agricole dont les semences sont de plus en plus cadenassées de par le monde, comme c’est également le cas dans le monde des médias faiseurs d’opinions ; muselés par quelques empires financiers lobotomisant et manipulant allègrement la conscience. N’oublions jamais l’avertissement du prophète Ésaïe 5.8-9

« Malheur à ceux qui ajoutent maison à maison, Et qui joignent champ à champ, Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace, Et qu’ils habitent seuls au milieu du pays ! Voici ce que m’a révélé l’Éternel des armées : Certainement, ces maisons nombreuses seront dévastées, Ces grandes et belles maisons n’auront plus d’habitants… »

Finalement l’oublié de cette mondialisation, de ce « progressisme », c’est l’humanité, le grand perdant c’est la biodiversité. Les inégalités n’ont jamais été aussi importantes ; jamais la pollution n’a été aussi élevée, jamais les peuples des pays en voie de développement n’ont été autant dominés, dédaignés, niés, oubliés. Qui se soucie du Centre Afrique Chrétien qui subit les coupes d’assommoirs de la barbarie djihadiste, dont les maisons sont brûlées avec leurs habitants… Nous pleurons les victimes européennes et tout le monde déclame sa compassion sur les réseaux sociaux mais qui ose dire « je suis centre africain, nigérien, sénégalais ».

Nous entrons dans l’ère d’une république progressiste et multiculturelle, qui nous bercera d’illusions avec son monde humaniste mais qui laminera les plus fragiles en encourageant à la fois le développement d’un monde plus eugéniste que jamais et l’ubérisation de la société, en encourageant les investissements autour de l’économie numérique et en ouvrant la boîte de pandore de l’eldorado transhumaniste promettant l’homme nouveau, augmenté et performé.

Les nouveaux prêcheurs

Une nouvelle idéologie se façonne sous nos yeux portés par l’oraison des prêcheurs qui envahissent nos écrans cathodiques. Ce sont eux, ces prêcheurs télévangélistes de l’idéal progressiste, qui sont chargés de nous apporter la bonne nouvelle, ils ont ce pouvoir de conditionner les esprits pour l’avènement d’un monde ouvert, tournant la page à l’ancien monde baignant dans ses stéréotypes de souveraineté des peuples.

Ces prêcheurs qui occupent l’espace médiatique ont hélas le pouvoir, ils sont prêts à tout pour réussir l’entreprise, atomiser la personne libre, en la façonnant en individu corvéable. C’est bien là le projet de nouveau monde, passer, du monde de la personne à celle de l’individu puis passer de l’individu à celui d’un nombre numérisé.

Enfin pour conclure Je cite ici ce propos extrait d’un article d’agora vox du 21 mars 2016 dans lequel je me retrouve. Je cite ici l’extrait de cet article « Face à eux, des gens isolés, déstructurés, des personnes devenus travailleurs et consommateurs, à leurs ordres, soumis à leur pensée uniformisée, d’où ils croient que l’humanité en sera apaisée, grandie, quand elle en ressort laminée, détruite, et nullement pacifiée.

Leur œuvre, c’est une régression uniformisée, mondialisée de l’humanité, dont il sera difficile de se débarrasser.

Après les religions dont nous ne sommes toujours pas sortis, l’humanité, avec le nazisme, le communisme puis ce « progressisme » est-elle vouée à ne pas progresser intellectuellement ? A préférer la quantité à la qualité ? A prôner l’union uniforme et inculte ?

Depuis les premiers penseurs, l’humanité n’a pas évolué, ou si peu. Nos connaissances et nos technologies ont progressé de façon gigantesque, mais nous, nous n’avons pas évolué. Au fond, si ces idées, ces régimes, ces religions s’imposent, ne serait-ce pas parce que nous le désirons, n’est-ce pas parce que nous recherchons ce genre de facilités ? Une vie qu’on nous impose, aseptisée, uniformisée, ou l’on se croit supérieurs aux autres tout en étant identiques ?

Chers amis progressistes ouverts à la critique « Est-ce vraiment cela que vous voulez ? »

Notre espérance

à l’envers des promesses d’un monde ou le progrès est sans curseur

Pourtant la lettre qui vous est écrite, ne se veut nullement marquée par le désespoir concernant l’idéologie que vous portez, car l’histoire nous apprend toujours la temporalité des idées qui déconstruisent l’homme. Tandis que l’église non la religion mais le corps vivant de Christ traverse elle les temps, les générations et reste une la lumière dans un monde ou le lien se délite.

Si la civilisation qui se construit devient plus impersonnelle et à l’envers de la proximité, souvenons-nous que le message de l’évangile, doit être marqué par la relation en face à face, la solidarité, empreint par la dimension de l’autre, le prochain.

Face à l’offensive depuis des siècles, d’un monde des idées et des techniques qui étiolent et dégradent notre humanité, l’église authentiquement façonnée par Christ, doit devenir sans aucun doute, un lieu ressource, une communauté ouverte sur les autres, un lieu de réparation, de restauration, de socialisation.

L’église comme communauté permanente et vivante, régénérée par l’esprit saint doit être un lieu d’espérance essentiel, vital pour le monde qui a soif de vérité, de justice, elle doit assurer à la personne la reconnaissance d’autrui, il n’y a plus ni juif, ni grec, ni étranger, ni autochtone mais une personne aimée de Christ qui a besoin de retrouver du sens et la vraie vie qui vient d’en haut. Les plus défavorisés doivent trouver dans l’église les services et les ressources pour tisser et entretenir des liens capables d’assurer une aide pour ouvrir des perspectives d’avenir.

Il est urgent sans doute de retrouver l’espérance et le sens de l’autre mais également la persévérance dans l’aide et l’entraide auprès de ceux qui ont soif et faim de justice. Soyons alors débonnaires et plein d’enthousiasme à servir notre communauté

les robots vont modifier la psychologie humaine

Les robots vont modifier la psychologie ­humaine autant que les progrès de l’alimentation et de la médecine ont modifié nos corps. Notre taille et notre corpulence ont changé, notre résistance aux maladies et à la douleur aussi, mais nous ne nous en rendons pas compte car ces changements nous sont devenus naturels. Il en sera de même avec les ­machines intelligentes, qui vont bouleverser non seulement notre quotidien mais aussi notre manière d’être au monde.

Serge Tisseron est psychiatre, docteur en psychologie et, depuis 2015, membre de l’Académie des technologies. Il a cofondé, en 2013, l’Institut pour l’étude des relations homme/robots (IERHR), dont il est toujours un membre actif.

Les robots vont modifier la psychologie ­humaine autant que les progrès de l’alimentation et de la médecine ont modifié nos corps. Notre taille et notre corpulence ont changé, notre résistance aux maladies et à la douleur aussi, mais nous ne nous en rendons pas compte car ces changements nous sont devenus naturels. Il en sera de même avec les ­machines intelligentes, qui vont bouleverser non seulement notre quotidien mais aussi notre manière d’être au monde.

Quatre domaines, au moins, seront profondément modifiés. D’abord, notre capacité à différer la satisfaction de nos désirs. Le téléphone, puis le mail, ont déjà commencé à altérer notre capacité de résistance à l’attente relationnelle : avec la livraison quasi instantanée par drone, nous allons aussi devenir intolérants à l’attente des objets. Le degré suivant sera probablement l’intolérance à nos attentes de reconnaissance, car nos robots de proximité pourront nous gratifier de quantité de félicitations et gentillesses. Dès lors, serons-nous capables de supporter que la société humaine qui nous entoure soit moins aimable avec nous ? Aurons-nous seulement envie de continuer à la fréquenter ?

Le deuxième changement concerne le rapport à la solitude et au discours intérieur. Avec nos « chatbots »[« agents conversationnels »], nous allons développer une tendance à nous raconter en permanence. Contrairement à la plupart des humains, ces machines nous ­feront constamment rebondir par des questions, des plaisanteries et des gentillesses. Pour une raison simple : la capture de nos données personnelles… Mais, du coup, la ­notion de solitude changera : la compagnie ne se définira plus seulement par la présence d’un humain, mais aussi d’une machine. Que deviendra la possibilité de se tenir à soi-même un discours intérieur, sans interlocuteur, lorsque nous serons habitués à en avoir un à demeure, prêt à nous écouter aussi longtemps que nous le voudrons ?

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https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/07/12/serge-tisseron-les-robots-vont-modifier-la-psychologie-humaine_5330469_3232.html

 

Surveillance : le réseau français « intelligent » d’identification par caméras arrive

La reconnaissance faciale « intelligente » est annoncée comme une nécessité pour le ministère de l’Intérieur. Le modèle chinois de contrôle et surveillance de la population par des caméras et des algorithmes d’identification des personnes semble inspirer le gouvernement et l’administration française qui lance des expérimentations et des partenariats. Explications.

 

INFO

Surveillance : le réseau français « intelligent » d’identification par caméras arrive

Copie d’écran d’une vidéo promotionnelle pour le logiciel de détection et identification de visages » Morpho argus », vendu à la police néerlandaise. Un autre logiciel de « détection de suspects », « Morpho Video Investigator » a été lui vendu en 2016 à la police nationale française par l’entreprise française leader en biométrie : Safran. Le principe d’intelligence artificielle d’analyses des visages à capacités prédictives est au cœur de ce type de logiciels.

La reconnaissance faciale « intelligente » est annoncée comme une nécessité pour le ministère de l’Intérieur. Le modèle chinois de contrôle et surveillance de la population par des caméras et des algorithmes d’identification des personnes semble inspirer le gouvernement et l’administration française qui lance des expérimentations et des partenariats. Explications.

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https://information.tv5monde.com/info/surveillance-le-reseau-francais-intelligent-d-identification-par-cameras-arrive-242520

 

Le Marché mondial de la reproduction, à qui profite-t-il ? Et le cas échéant, quels sont les perdants ?

Nous assistons dans notre monde contemporain, à l’émergence probable d’un marché de la vie, de fait à une intensification consumériste touchant à la chosification même de la fécondation. La vie devient alors un bien à consommer, une forme de capital boursier qui fera les joies des actionnaires.

Notre monde sera-t-il celui

de la marchandisation de toute la vie ?

Le marché mondial de la reproduction est une question qui doit nous interpeller. La vie, même devient dans toutes ses dimensions, un objet de catalogue consumériste et de marchandisation.

Nous assistons dans notre monde contemporain, à l’émergence probable d’un marché de la vie, de fait à une intensification consumériste touchant à la chosification même de la fécondation. La vie devient alors un bien à consommer, une forme de capital boursier qui fera les joies des actionnaires.

Avec la fécondation in vitro comme le mentionnent fort bien d’autres lanceurs d’alerte, tout est potentiellement à vendre OU à louer : embryons, gamètes, utérus.

En quelques années notamment dans le monde occidental pays nordiques, anglo saxons, nous assistons à l’émergence de sites Internet proposant la vente de spermes sur catalogues virtuels, les clientes peuvent accéder aisément à ces sites marchands et combiner les caractéristiques des spermes afin de dénicher le potentiel géniteur présentant toutes les garanties génétiques d’un corps idéal et d’un potentiel intellectuel satisfaisant. Puis à partir de la détermination de critères d’achat, voire demain d’un label et d’étoiles attribuées à la future progéniture, de pouvoir effectuer leurs commandes en ligne.

Il n’est pas improbable que ces sites étalent des rayons de gamètes, d’embryons, de spermes. Puis sur ces linéaires de la marchandisation de la vie que soient proposés des écarts de prix selon la marque de la future progéniture, sperme de prix Nobel, sperme de tel ou tel star du show-biz ou du monde du sport. Des différentiels de prix entre garçons et filles, ou entre « géniteurs » selon leur QI, leur aspect physique et la couleur de leur peau, dénotent dès lors un marché potentiellement sauvage. Ce libéralisme a des relents sélectifs d’une société qui primerait la performance, la recherche de l’« enfant parfait », ou du moins indemne de nombreuses affections graves et ceci évoque toute une dimension eugéniste, l’enfant choisi, le sera en regard de critères qui touchent à sa performance éventuelle, l’enfant de facto est réduit à un objet de consommation et non à l’être aimé tel qu’il est.

Dans ce contexte de marché, la vie est devenue une forme de produit commercial. Nous assistons en fait à l’avènement et l’avenir d’une société Eugéniste dont un Père fantôme pourrait engendrer des dizaines de progénitures, des enfants qui plus tard seront en quête d’identité, d’origine mais ne pourront pas taire la souffrance que vivent partout dans le monde les orphelins qui ignorent d’où ils viennent !

Qui sera le grand perdant ?

Pour répondre à cette question, il s’agira incontestablement de l’enfant vulnérable, fragile, souffrant d’un handicap qui ne répondra pas aux normes d’une société qui entendra étalonner un niveau d’exigence consumériste… Ici je veux citer le médecin Laurent Alexandre qui appelle pourtant de ces vœux l’émergence d’un monde transhumaniste mais nous met en garde sur l’engrenage qui touche le monde social à venir…

 

«La Médecine dite prédictive va de plus en plus prévoir et prévenir. La tendance va s’accélérer. Mais le début de la prédiction, c’est quand même de le faire in utero, de sélectionner entre guillemets les bons bébés par rapport aux mauvais. Ça se fera pendant la grossesse comme ça se fait déjà pour le mongolisme. On voit bien qu’on a mis le doigt dans l’engrenage. En Suisse, comme en France ou en Belgique, la quasi-totalité des enfants trisomiques sont avortés, ce qui est stricto sensu de l’eugénisme et de l’eugénisme intellectuel »

 

C’est le philosophe François-Xavier Bellamy qui n’hésite pas à parler d’un « monde où la médecine ne servirait plus à réparer les corps, mais à les mettre au service de nos rêves. Ce n’est plus un acte médical : c’est une prestation technique. La différence est aussi grande, qu’entre greffer un bras à une personne amputée, et greffer un troisième bras sur un corps sain. »

Nous voulons en quelque sorte satisfaire une stérilité sociale et déplacer  les barrières de la nature, en nous fondant sur le recours des avancées techniques de la science.  Or s’adosser à cette dimension technique, pose inévitablement un problème au monde médical. Un monde médical qui passerait d’une médecine réparatrice et de soins à une médecine de prestations de services, une médecine qui résout des envies sociales. La question vertueuse qui est également une question d’éthique, que nous posons dans ces débats, est de savoir si c’est la mission de la médecine de satisfaire des appétences consuméristes ? Puis à force de contourner les limites mêmes de la nature, d’endiguer, de dépasser les frontières du corps, ne serons-nous pas confrontés à d’autres difficultés majeures et toxiques, fragilisant le socle social, la révolte d’enfants devenus adultes qui rejetteront le monde que nous leur avons créé.

Smart phone et Smart City le couple infernal  

Le terme de Smart City est étrange, à première vue, nous aurions pu penser qu’il s’agissait tout simplement d’un nouveau concept d’automobile, d’une nouvelle technologie embarquée dans un véhicule. En fait nous n’en sommes pas très loin, il s’agit bien en effet de technologies, de dispositifs, de capteurs numériques qui envahissent non pas les innovations dont font l’objet les véhicules contemporains, mais de procédés qui s’intègrent dans la conception des villes aujourd’hui, d’applicatifs qui s’intègrent à toute la vie urbaine. Technologies qui font partie de notre quotidien sans que nous l’ayons nécessairement réalisé !

Pour immédiatement comprendre ce terme de Smart City que nous habitions une petite ville ou une grande ville comme Zurich, Bruxelles ou Paris, chaque jour nous sommes amenés à emprunter les voies urbaines, or c’est toute une organisation quasi automatisée qui vient réguler les flux, les trafics, la circulation automobile. La ville devient donc intelligente pour assurer de façon harmonieuse la circulation automobile via notamment les feux tricolores. Or ce concept de ville intelligente va encore beaucoup plus loin et sera amené à réguler encore davantage notre vie sociale…

En effet le monde de l’intelligence artificielle et ses applicatifs numériques font leur entrée dans la ville, celle-ci est de plus en plus confrontée à l’urbanisation galopante, à des problèmes croissants de pollution, de criminalité, de cohésion sociale. La ville de demain va dès lors devoir repenser en profondeur et administrer les périls du futur en raison des enjeux environnementaux, des contraintes énergétiques, des problèmes de sécurité, de vie culturelle et d’écologie urbaine.  Nous évoquions précédemment les technologies qui caractérisent aujourd’hui les téléphones portables, la technologie embarquée dans ces  « smart phone » autorise de plus en plus la géolocalisation de nos déplacements, or dès demain ce sont les connexions citoyens et ville qui vont s’intriquer, s’accentuer, s’amplifier. C’est bel et bien toute une architecture quasi organique qui se dessine intriquant demain les usagers et le système numérisé de la ville, unifiant connectant, reliant toutes les composantes de la ville, associant habitants et habitat au risque de piétiner l’écologie, en prétendant artificiellement la défendre via ses artefacts promouvant de soit disant énergies durables.

Ainsi si d’ores et déjà nous pouvons organiser nos sorties selon le taux de pollution dans la ville, programmer nos sorties selon les manifestations organisées, ou rester calfeutré dans nos quatre murs face à un grave dysfonctionnement qui perturberait la vie sociale, inévitablement nous entrons dans cette ère du tout numérique vers une société de type big brother.

En effet cette belle machine urbaine, qui est de nature à résoudra tous les problèmes grâce à la diffusion de bornes publiques, d’applicatifs innovants assurant les services toujours plus performants, la vie harmonieuse au sein de la ville,  s’achemine cependant vers une ville sous contrôle, une ville sous l’emprise des capteurs numériques qui demain nous placeront tous sous surveillance, pilotés tels des automates pour réguler nos allées et venues, nos sorties, nos déplacements, accordant les autorisations nécessaires pour emprunter tel ou tel circuit dans la ville, pour y effectuer ou non nos achats. Or vous le savez ces connexions numériques ville et citoyens doivent être bien regardées demain comme une menace potentielle pour nos libertés si les curseurs jalonnant leurs usages n’ont pas été mis en place.

La mixité des données, des smart phone et smart city représentent bien et inévitablement un vrai risque en termes de liberté. Même si l’utilisation des données personnelles est devenue très réglementée, il sera de plus en plus difficile, au vu de l’explosion du volume de données et des applications dans le Cloud, de garantir l’intégrité des données personnelles dans ces entrepôts virtuels qui gèrent l’ensemble des data issues de notre vie sociale, de nos usages et pratiques liées aux réseaux sociaux et à toutes les empreintes bancaires, marchandes que nous laissons tels des petits poucets dans ce quotidien socialement contrôlé.

Pour aller plus loin, lire l’article qui a inspiré cette courte chronique…
http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/laurence-neuer/la-ville-intelligente-est-devenue-une-sorte-de-mythe-salvateur-27-05-2018-2221700_56.php
Lire également cet  autre article
https://usbeketrica.com/article/les-smart-cities-au-service-de-l-usager

« Gender Egalité » et « Création Différences » : Deux visions qui s’opposent

Cette volonté d’atteindre l’égalité à tout prix peut être source en réalité de souffrances et de disharmonie. Ainsi, dans cette revendication du mariage pour tous, pourquoi dénier le droit à tout enfant d’avoir une figure maternelle et paternelle ? Or, c’est justement ce que l’idéologie GENDER entend déconstruire pour annihiler ce droit.  En m’inspirant de René Girard, on peut dire que l’on parvient au totalitarisme lorsque le désir d’égalité poussé à son paroxysme parvient à anéantir le désir de différence.

Je crains que, dans l’identité des genres portée par une idéologie égalitaire, ce n’est ni plus moins que l’être sexué qui soit aboli. L’abolition de l’être dans sa dimension biologique le sera par la force de la loi. Le mouvement Gender est un mouvement idéologique qui porte en lui, disons-le, les germes d’un despotisme  qui finira par codifier, légiférer, décréter. Donnons-nous rendez-vous sur un horizon de temps court pour l’observer, et non quelques décennies pour apprécier les changements qui interviendront au sein de la civilisation.

Un article d’Eric LEMAITRE

« Les solutions totalitaires peuvent fort bien survivre à la chute des régimes totalitaires, sous la forme de tentations fortes qui surgiront chaque fois qu’il semblera impossible de soulager la misère politique, sociale et économique d’une manière qui soit digne de l’homme. »
Hannah Arendt, Le système totalitaire, 1951.

Une forme d’obsession, de prérogatives  exacerbées traversent le monde depuis l’origine des temps et touchant à la dimension de l’égalité. Cette revendication teintée d’équité peut également renvoyer à  une forme de justice dévoyée et paradoxalement de pensée totalitaire.

A partir de la citation du texte d’Hannah Arendt reproduite plus haut, je souhaitais une nouvelle fois aborder les idéologies issues des « gender studies » dans cette perspective, évoquer la tentation forte qui est d’imposer une conception de la civilisation.

Par simplification de langage, le idéologies issues des « gender studies » seront désignées, dans ce qui suit, par le terme « idéologie Gender ».

La philosophe allemande Hannah Arendt définit l’idéologie comme la « logique d’une idée » ; elle enseigne qu’à partir d’un postulat (par extension, je ferai référence aux prémices du Gender « Une femme ne nait pas femme, mais elle le devient »), le totalitarisme se fera toujours fort de donner un sens aux événements et de re-codifier de nouvelles règles pour penser la société dans cette nouvelle dimension de l’égalité pour tous.

Le projet divin associé à la création n’est pas l’uniformité

Cette volonté d’atteindre l’égalité à tout prix peut être source en réalité de souffrances et de disharmonie. Ainsi, dans cette revendication du mariage pour tous, pourquoi dénier le droit à tout enfant d’avoir une figure maternelle et paternelle ? Or, c’est justement ce que l’idéologie GENDER entend déconstruire pour annihiler ce droit.  En m’inspirant de René Girard, on peut dire que l’on parvient au totalitarisme lorsque le désir d’égalité poussé à son paroxysme parvient à anéantir le désir de différence.

Je crains que, dans l’identité des genres portée par une idéologie égalitaire, ce n’est ni plus moins que l’être sexué qui soit aboli. L’abolition de l’être dans sa dimension biologique le sera par la force de la loi. Le mouvement Gender est un mouvement idéologique qui porte en lui, disons-le, les germes d’un despotisme  qui finira par codifier, légiférer, décréter. Donnons-nous rendez-vous sur un horizon de temps court pour l’observer, et non quelques décennies pour apprécier les changements qui interviendront au sein de la civilisation.

Force est ainsi d’observer qu’en Allemagne, des lois liberticides ont été promulguées. Ainsi, « une mère de douze enfants a été condamnée à 43 jours d’incarcération pour avoir refusé d’inscrire trois de ses enfants dans le programme d’éducation sexuelle dans une école primaire locale. »

http://www.christianophobie.fr/breves/allemagne-une-mere-de-famille-nombreuse-chretienne-condamne-a-de-la-prison-ferme-pour-avoir-refuse-les-cours-deducation-sexuelle

Or, à travers l’idéologie Gender, c’est l’être en réalité qui régressera, et je crains qu’il ne s’agisse pas d’une renaissance mais bien d’un déclin absurde du fait d’une transgression des lois divines.

Si une renaissance aberrante de l’homme est ainsi en cours (promesse du Gender), cette renaissance connaitra un effet accélérateur par la biotechnique, susceptible de faire émerger l’individu à multiples identités sexuelles du fait des modifications génétiques qui sont devenues aujourd’hui possibles, altérant, déconstruisant l’origine même de l’identité.

La pensée moderniste et les chantres de la renaissance de l’être dans l’apologie du genre, louent paradoxalement le multiculturalisme, la diversité, tout en appelant à l’égalité. En réalité, c’est l’uniformisation humaine qui se dessine, une nouvelle civilisation du genre qui se construit subrepticement.

D’une certaine manière nous assistons par couches superposées à une forme subtile de processus de sédimentation, à la lente édification des briques de Babel… Nous assistons finalement à un projet de dé- création du projet divin qui fut de créer l’homme et la femme à la fois dans leurs différences et leurs complémentarités.

Pour insuffler l’idéologie du Genre, il me paraît évident qu’au delà de la loi qui décrétera et codifiera les changements sociaux devant intervenir, il faudra bien entendu s’adosser sur l’action publicitaire et faire du Gender Marketing pour modifier les balanciers et les codes sociaux, objets de nos représentations actuelles. Je tiens ici à souligner que, bien entendu, je ne valide nullement la marchandisation du corps féminin que je trouve abject et parfaitement dégradant pour l’image même de la femme.

L’idéologie du Genre finira par s’adosser aux fantasmes d’un marketing totalitaire (eh oui, j’y reviens au mot totalitaire) qui surfera sur les vagues de nouvelles représentations à insuffler à l’ensemble du corps social.

En imposant de nouveaux codes et de nouvelles lectures de la société, le marketing Gender s’est déjà engagé à travers la marchandisation des corps.  Après la femme objet, voici l’homme devenu objet, l’homme androgyne, juste retour du balancier mais forcément dépravant une certaine image de l’être humain en abaissant l’homme à une dimension purement consumériste et narcissique. Narcisse, dans la mythologie grecque, est ainsi fasciné par l’image qu’il renvoie de lui-même, il se désire lui-même, il est tout à la fois le propre sujet de son amour, « l’amant » et « l’objet aimé ». Le marketing Gender est ainsi la promotion d’une forme d’idolâtrie de soi à l’envers d’une relation de deux amants s’attirant dans leurs différences sexuelles.

Force est de reconnaitre que le genre, déstructuration de la civilisation, est une construction philosophique à l’opposé de l’enseignement que nous puisons dans les Ecritures…

En effet, dès la genèse, Dieu sépare les éléments (les eaux/ la terre, la lumière/ la nuit). Dieu crée l’altérité et la diversité, la différence et la complémentarité, en tirant de la cote d’Adam son vis-à-vis à la fois différent et complémentaire, la femme.

Mais l’homme, dans sa séparation comme dans son éloignement avec le Créateur, déconstruit pour uniformiser peu à peu dans le déni définitif de Dieu. L’humanité est viscéralement entrainée sur le principe de l’égalité que le Serpent a soufflé dans les oreilles dès les débuts de la Genèse (ce texte de Genèse ici est particulièrement interpellant).

Le genre est fondamentalement contraire au projet divin qui n’est justement pas l’uniformité. Dieu veut la différence, la diversité et non la monotonie des éléments, l’écologie et l’harmonie, l’interaction des éléments et non l’imbrication qui ne conduiraient à aucune fécondité, aucune fertilité, aucune créativité…

Babel est finalement un univers d’égalités. A son propos, le théologien Steiner partage une intuition intéressante : « Les différences de langue peuvent être interprétées comme une rébellion contre les contraintes de l’universalité non différenciée, une lutte de la diversité contre l’universalité. » Je trouve l’approche particulièrement profonde et nous renvoie aux textes de l’Apocalypse (je fais également référence à la lecture du livre de Philippe PLET Babel ou le culte du bonheur : la modernité décryptée par l’Apocalypse)…

« Vous serez comme des dieux » – Genèse 3.5

Rappelons que le Serpent, tel que le rapporte le livre de la Genèse, voulait l’égalité et le suggérait à Adam et sa Femme Eve dans son programme de déconstruction : « Vous serez comme des dieux… »

« Vous serez comme des dieux » nous renvoie inévitablement au mythe de Prométhée, la folle tentation de l’homme de se mesurer à Dieu, la recherche de l’équivalence, une course effrénée vers l’égalité, un déchainement vers la ressemblance.

Il y a, dans cette poursuite de l’équivalence, une forme de mimétisme exacerbé, une façon de considérer l’altérité comme insupportable, comme injuste. René Girard, penseur et philosophe chrétien, met en évidence une vision conflictuelle de l’imitation qui conduit à voir la différence comme discriminante et profondément injuste.

L’idéologie du genre, adossée à une vision dénaturant la réalité anthropologique de l’humanité, se veut en quelque sorte légitime et réparatrice de cette injustice.

Le programme « gender » fonde en quelque sorte une nouvelle religion, celle de la relativisation qui est une réécriture de l’histoire de l’humanité en imposant et décrétant une vision dénaturant la sexualité homme et femme en la transformant en genre. Le genre remplace le sexe, nous assistons ici à un processus d’évolution sémantique, une NOVLANGUE.

Cette idéologie, selon ses penseurs, se fonde sur une théorie (« études ») qui ne saurait être, bien entendu, contestée, une forme de Ministère de la vérité dans laquelle la science est abusivement sollicitée et que rapporte prophétiquement Georges Orwell, auteur de ce concept de NOVLANGUE.

Le « Vous serez comme des dieux » est ainsi une volonté de dénaturer l’ordre, la dimension écologique de la nature, la réalité des écosystèmes rapportée dans le livre de Job : « La connaissance ultime de la Création, son origine et son point de départ, appartient à Dieu. » (Job 38-39)

Le programme « gender » est, d’une certaine façon, la volonté de transgresser, d’annihiler la différence avec Dieu. L‘idéologie vise ni plus ni moins la déconstruction des rôles de l’homme et de la femme, la modification de l’ordre même de la nature. Ce programme de déconstruction  a débuté dès les origines de l’humanité, dès lors que l’égalité avec Dieu a été insufflée.

Je trouve matière à réfléchir dans les textes de l’apôtre Paul qui ont fait couler beaucoup d’encre. Il est assez étrange de faire ce constat : dès que l’apôtre parle de la femme, beaucoup entendent réfuter l’apôtre sur ce point, lui contestant d’avoir été inspiré.

Aujourd’hui, vu les contextes et en regard des épitres écrits par l’apôtre, je pense que nous ferions peut-être bien de réfléchir à nouveau, non sur une codification à imposer à nos églises, mais sur nos rapports « Homme et Femme ».

De l’Eden à la refonte de l’homme ! Gender et transhumanisme, une vision totalitaire de l’homme

artificial-intelligence-3382507_1920 (1).jpgDe l’Eden à la refonte de l’homme ! Gender et transhumanisme, une vision totalitaire de l’homme

10 février 2014

La conquête contemporaine de l’Eden « Vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal ». Le récit du livre de la genèse relate un événement qui semblerait bien à ce jour transcender la dimension de la légende ou du mythe dans laquelle, la bien-pensance matérialiste et conformiste aimerait enfermer ce passage qui fait sans doute partie d’une des dramaturgies mémorables et liée à la culture de l’humanité.

« Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs, que le SEIGNEUR Dieu avait faits. Il dit à la femme : Dieu a-t-il réellement dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? La femme répondit au serpent : Nous mangeons du fruit des arbres du jardin. Mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez point et vous n’y toucherez point, de peur que vous ne mouriez. Alors le serpent dit à la femme : Vous ne mourrez point ; mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. »
Livre de la Genèse chapitre 3.

Nous sommes frappés à l’aune des changements, des bouleversements traversés par l’humanité, d’un changement radical de paradigme, d’une conquête effrénée, accentuée de l’éden perdue. L’homme vit une forme de soif inexorable de ce paradis perdu, cherchant à atténuer sa souffrance, à gommer une forme de fêlure associée à cette rupture avec son créateur. Comment ne pas être frappé à la lecture des transformations sociétales, comment ne pas être étonné à l’aune des mutations technologiques, de cet appétit de l’homme à devenir Dieu.

Fabrice Hadjadj mentionne dans son livre la foi des démons ou l’athéisme dépassé que « Changer de nature fût-ce pour une nature supérieure, équivaut à une destruction de soi » ajoutant que le péché n’est pas de convoiter une absurde égalité avec Dieu, mais de vouloir une certaine similitude avec lui de manière désordonnée ».

La chute de l’homme s’exprime ainsi et également à travers ce comportement déraisonnable de transgresser tous les interdits en consommant jusqu’à la lie ce fruit de la connaissance du Bien et du Mal, de rechercher avec vanité la mémoire de cette éternité, de ce paradis dont l’accès lui a été fermé.

Toutes les idéologies se sont fondées sur ce besoin obsessionnel d’égalité, d’accès absurde à un bonheur sans douleur, en repoussant autant que possible les injustices insupportables ou celles qui même dans l’aberrante méprise pourraient être jugées comme telles, touchant la vie sociale, le corps, le milieu de l’homme.

L’homme a été créé fini, sexué, vulnérable. La chute précipite l’homme hors de l’éden, hors de cette identité qui l’avait conduit dans cette union avec Dieu. Le voici séparé depuis la chute, le voici éloigné en distance à la conquête d’un désir de similitude avec son créateur mais tout en feignant de l’ignorer, de le mettre en distance.

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La société iconoclaste, la nouvelle culture numérique

L’organisation sociale dans cet univers numérique dessine subtilement une forme d’idolâtrie de l’image. Dans ce monde virtuel, la relation à l’autre et aux autres, devient si compliquée que l’on se réfugie dans un ersatz, un paradis artificiel, dans un monde parallèle qui se substitue à un autre monde, le monde virtuel et son empire « spirituel » nous conduit à l’autosatisfaction d’avoir une quantité d’amis, une quantité de contacts, « de gens qui me suivent », les fameux followers (les suiveurs).

Nous sommes dans ce monde de l’image, monde envahi par une foule d’icônes désacralisées, d’écrans ou autant d’écrans qui deviennent des lieux de fascination, oserai-je l’écrire des lieux de cultes, les nouveaux médiums, les nouvelles idoles des temps modernes. Nous sommes passés d’un monde de lieux de rencontres, de relations et d’écrits à un monde des images et des écrans sans rencontres avec le réel, la société transhumaniste nous persuade qu’il s’agira incontestablement d’un nouveau progrès ouvrant de nouvelles connaissances, de nouvelles perspectives culturelles, de nouveaux plaisirs cognitifs. Comme l’écrit Jacques Ellul avec lequel nous partageons pleinement ce point de vue « Il n’y a pas vraiment d’informations à la télévision, il n’y a que la télévision dont seul émerge l’écran lui-même de l’appareil, il n’y a aucune information sur le réel 

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Une société iconoclaste rivée sur l’image qui aliène le rapport à l’autre

L’organisation sociale dans cet univers numérique dessine subtilement une forme d’idolâtrie de l’image. Dans ce monde virtuel, la relation à l’autre et aux autres, devient si compliquée que l’on se réfugie dans un ersatz, un paradis artificiel, dans un monde parallèle qui se substitue à un autre monde, le monde virtuel et son empire « spirituel » nous conduit à l’autosatisfaction d’avoir une quantité d’amis, une quantité de contacts, « de gens qui me suivent », les fameux followers (les suiveurs).

Nous sommes dans ce monde de l’image, monde envahi par une foule d’icônes désacralisées, d’écrans ou autant d’écrans qui deviennent des lieux de fascination, oserai-je l’écrire des lieux de cultes, les nouveaux médiums, les nouvelles idoles des temps modernes. Nous sommes passés d’un monde de lieux de rencontres, de relations et d’écrits à un monde des images et des écrans sans rencontres avec le réel, la société transhumaniste nous persuade qu’il s’agira incontestablement d’un nouveau progrès ouvrant de nouvelles connaissances, de nouvelles perspectives culturelles, de nouveaux plaisirs cognitifs. Comme l’écrit Jacques Ellul avec lequel nous partageons pleinement ce point de vue « Il n’y a pas vraiment d’informations à la télévision, il n’y a que la télévision dont seul émerge l’écran lui-même de l’appareil, il n’y a aucune information sur le réel »[1].

Michel Henry n’écrit pas autre chose sur la télévision et sur le monde des images artificielles, en dressant un jugement sans appel sur ce média, la télévision selon le philosophe est « la fuite sous forme d’une projection de l’extériorité, c’est ce qu’on exprime en disant qu’elle noie le spectateur dans un flot d’images… »[2]

Comment ne pas imaginer une forme de dépendance, relativement à l’usage quasi addictif d’Internet qui est devenu artificiellement le nouvel Ersatz, en réalité une drogue nocive. Comment ne pas sourire à ceux qui vous déclarent « je ne regarde désormais plus la télévision » mais sont rivés sur l’usage des réseaux sociaux, consultent systématiquement l’information véhiculée par le médium web.  Pourtant je ne jetterai nullement la pierre, j’en ai fait usage mais un usage qui a été jusqu’à une forme de dépendance.

J’ai pris conscience que le monde de l’image instaure un nouveau culte des temps modernes. Ne voyons-nous pas ainsi ces nouveaux prêtres de l’image, ces nouveaux dieux de la téléréalité qui sont adulés, ces nouveaux officiants du monde cathodique qui sont admirés. Ces vicaires médiatiques mutent en nouveaux confesseurs du monde contemporain.

Ces commentateurs de notre petit écran, occupent l’espace virtuel de notre maisonnée et sont devenus les nouveaux sages, installés dans un nouveau pouvoir édictant la norme, décrétant la façon dont il convient aujourd’hui de penser la réalité. En réalité ces vicaires de l’information ne pensent pas, ils sont les sujets de l’égrégore, cette masse informe de paroissiens auditeurs dont nous évoquions la figure au début de ce livre. Ces ministres du culte commentent en pensant être les consciences intellectuelles du monde contemporain mais en réalité ne sont que le reflet, le miroir d’une opinion qu’il faut tenir en laisse pour ne pas la laisser dériver dans la rébellion.

Dans ce monde de l’image nous sommes également devenus, des sujets passifs, des consommateurs d’informations en prise avec une information, une image, autant que possible dramatique mais en distance souvent avec sa réalité, ses contextes. Nous sommes abreuvés par des flots d’images continus, des vagues parfois déferlantes émanant des mondes cathodiques et numériques. Or pour ces pouvoirs de la finance, de la consommation, ou ces pouvoirs idéologiques, il faut bien créer, ces messes cathodiques pour nous tenir en dépendance, loin des lieux qui rassemblent et des lieux qui nous feraient prendre conscience de cette indolente passivité qui nous font adorer l’image, qui nous font adorer l’image plutôt que le créateur.

En écrivant ces lignes nous pensons à l’évocation de la figure de la bête et de son image. Le mot image est sans cesse répété dans le dernier livre de Saint Jean, comme si l’apôtre Jean fut frappé par cette dimension iconoclaste. Nous sommes ainsi convaincus que la modernité ne nous conduit pas à adorer des statues de bois, de pierre ou de terre, mais la modernité nous convie à adorer de nouveaux dieux et ces dieux sont numériques ou cathodiques nous privant de la relation verticale et horizontale, nous privant de communion avec Dieu et de communion avec le prochain.

Dans un monde totalitaire, la dimension iconoclaste sera à son paroxysme, Saint Jean, décrit cette puissance totalitaire, l’apôtre évoque l’image terrifiante de la bête qui exerce son pouvoir et sa marque sur l’ensemble de l’humanité devenue corvéable et adoratrice de l’image de la bête. Sans doute que le propos que nous tenons sera jugé exagéré par nos lecteurs ou extrême, nonobstant comment ne pas imaginer qu’il ne soit pas impossible pour une dictature de dominer les médias, de les utiliser pour exercer une totale emprise sur les individus. Il est évident que le monde d’aujourd’hui nous familiarise subrepticement et par capillarité à un tel pouvoir mortifère de l’image sur les âmes et les esprits.

Le dernier livre de la Bible l’Apocalypse décrit une forme de fascination totalitaire de l’image de la bête. Dans ce texte visionnaire et prophétique, il est intéressant de noter et en regard du sujet que nous traitons (le transhumanisme) qu’animer l’image signifie également « devenir un être en grec » en latin animer c’est donner le souffle, en réalité il s’agira de donner l’illusion du souffle de vie dans ces concepts d’intelligence      artificielle promus par le transhumanisme. Comme si l’ultime rêve fut de donner un corps animé, puisqu’il sera impossible de doter cette intelligence forte d’une âme.

Sur ce point le co-auteur Gérard Pech de cet ouvrage collectif appréhendera également cette dimension.

Apocalypse 13.15 « Et il lui fut donné d’animer l’image de la bête, afin que l’image de la bête parlât, et qu’elle fît que tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la bête fussent tués. »

La dépendance numérique chez les plus jeunes et leurs conséquences sur le développement psychique.

« Il n’y a pas de lieu qui ne soit exempté, ou pour tenir tranquille l’enfant, on lui donne de consommer un objet numérique, un biberon numérique ou à défaut une tétine … » Voilà ce que partageait une amie, stupéfaite de constater une forme de démission des parents, des parents s’abandonnant à un recours à l’objet numérique pour obtenir un peu de paix ou de calme, les livrant demain à une addiction, à une dépendance atrophiant la qualité relationnelle et la dimension affective de l’enfant au lieu de l’occuper par des activités ludiques et manuelles.

Sans doute que cette assertion pourrait être perçue comme un peu rapide, un raccourci hâtif, convenons-en, mais combien de situations semblables à celles-ci, n’ai-je pas constater lors de mes entretiens avec des habitants dans leurs appartements où la télévision exerçait une véritable emprise sur les esprits et les âmes. La télévision devenant le docile compagnon, la présence comblant le vide, berçant l’ennui de ses auditeurs et de leurs enfants.

La télévision qui devient très tôt une forme de biberon numérique ou de tétine cathodique, les temps d’écran dans les familles phagocytent les esprits et ne sont pas sans conséquences sur une forme de lobotomisation des intelligences relationnelles.

Serge Tisseron, psychiatre, psychanalyste, auteur du livre « Les Dangers de la télé pour les bébés »[3], fait valoir que l’exposition à la télévision retarde le développement de l’enfant ; plusieurs études américaines soulignent les problématiques des usages de la télévision chez les très jeunes enfants. En effet ce médium chez l’enfant de moins de 3 ans ne favorise pas selon ces études son développement et serait même de nature à freiner ses facultés cognitives.

D’autres études[4] corroborent qu’une trop grande exposition de l’enfant aux écrans (tablettes, ordinateurs, télévision…) nuit au développement du langage, de l’attention, mais également génère des troubles du comportement.

Si effectivement la télévision peut présenter de magnifiques opportunités pour découvrir le monde, nous ne pouvons occulter que la télévision peut concourir à annihiler l’esprit critique et décourager la capacité d’apprendre y compris chez les adultes.

L’écran façonnerait-il alors une société docile, obéissante peu à peu soumise, voilà sans doute un aspect de la réflexion à engager sur le devenir même de la société transhumaniste, une forme d’idole paganiste.  Psaume 97 : 7 « Ils sont confus, tous ceux qui servent les images, Qui se font gloire des idoles. Tous les dieux se prosternent devant lui ».

De l’empire cathodique à celui du numérique

Nous sommes sans doute nombreux à utiliser les réseaux sociaux, à poster photos, textes, images et vidéos. Par paresse ou bien par facilité, nous sommes nombreux à relayer, à avoir recours à des visuels, ces nouvelles icônes, ces nouvelles représentations du monde qui viennent refléter l’opinion, l’humeur, du moment.

Nous sommes aujourd’hui devenus les sujets de la « culture de l’image », une culture de l’image qui laisserait penser que nous en partageons les codes, les usages, les termes, mais en réalité cette culture de l’image est une culture sauvage, celle de la plasticité hétérogène, floue. Sans méfiance parfois nous subissons le diktat de cette nouvelle culture du numérique jetable, de l’image furtive. Le plus souvent nous ne prenons pas la distance nécessaire pour comprendre ses effets qui peuvent s’avérer néfastes ou désastreux.

Nous prenons conscience que les guerres sont aussi des batailles d’image, les guerres de l’image pour conquérir les esprits, les assujettir parfois. Dans ces batailles, les chaines de divertissement, les réseaux sociaux font de nos cerveaux, les lieux de prospection, les lieux de soumission des âmes, il s’agit en effet pour ces empires cathodiques ou numériques de mobiliser notre attention, toute notre attention, déplaçant ainsi le sens de la relation à l’autre, pour n’être captif que d’un écran qui assouvit, domine notre esprit.

Notre civilisation longtemps baignée dans l’écriture ou la parole, est entrée dans la civilisation de l’image. Cette culture de l’image nous conduit souvent à des postures pleines de contradictions, tour à tour nous dénonçons la transgression de l’image, le simulacre, l’artificiel, l’enfermement narcissique iconoclaste d’un reflet, d’une représentation, pour en louer paradoxalement la valeur descriptive, pédagogique, la capacité à reproduire le réel, à l’incarner, à partager la beauté, à sublimer, la valeur de l’existence.

Surtout ne pas apercevoir le réel

Jacques Ellul le grand penseur Chrétien ne dit pas autre chose dans son livre magistral « La parole Humiliée » avec une acuité saisissante, une vision pénétrante, il dénonce de façon quasi prémonitoire dans un livre écrit en 1979, oui écrit en 1979, le devenir de la parole qui serait supplantée par l’image. Ainsi pour Jacques Ellul, l’image vient se substituer au réel, vient en quelque sorte, désosser, stéréotyper la parole « La parole (qui) ne ferait qu’augmenter mon angoisse et mes incertitudes. Elle me ferait prendre conscience davantage de mon vide, de mon impuissance, de l’insignifiance de ma situation, tout est heureusement effacé, garni par le charme des images et leur scintillement. Surtout ne pas apercevoir le réel. Elles substituent un autre réel ». Pour Jacques Ellul nous entrons immanquablement dans un monde qui est sur le point de dévaluer l’écrit et la parole.

De façon sublime Jacques Ellul toujours dans ce livre « La parole Humiliée » que nous vous recommandons indique à propos de cette actualité saturée par l’image qu’elle « … implique la réalisation actuelle et sans délai de nos désirs. Un gouvernement qui dit qu’il faudra deux ans pour résoudre une crise est un gouvernement condamné. Une morale qui apprend à attendre et agir patiemment vers un objectif est une morale rejetée. Une promesse pour demain fait considérer comme un menteur celui qui la formule. Tout et tout de suite, c’est l’expression de la présence des images qui en effet nous accoutument à voir tout et d’un seul coup d’œil ».

Je pense que la lecture de ces mots, montre à quel point cette dimension que décrit ce grand théologien Chrétien est quasi prémonitoire relativement à une actualité assaillie par le tout numérique, le petit et le grande écran, la puissance de l’image cathodique qui installe dans tous les foyers le monde qu’elle regarde, qu’elle visualise pour nous, en prenant soin de trier, de sélectionner ce qui fait événement au risque même d’abîmer, de blesser l’âme, l’esprit, la conscience de tout à chacun.

Nous interagissons ainsi avec l’image sans avoir toujours le recul nécessaire, la distance qui devrait être nécessaire. Nous réagissons de façon abrupte soit en rejetant l’artificiel, soit en la relayant et en participant à l’émotion du moment. Nous nous servons alors de l’image pour interpeller nos contacts, nos amis, notre réseau. Nous voulons créer un effet pour participer à l’émotion du moment, vivre un moment collectif, partager la même opinion face à l’événement qui nous a affecté ou touché.

Les auteurs de ce livre n’ont pas échappé eux-mêmes à cette mode du petit ou du grand écran et reconnaissent fort volontiers avoir cédé parfois légèrement à cette nouvelle culture de l’image que l’on diffuse, que l’on distribue épisodiquement avec trop de docilité, de légèreté sans prendre conscience du pouvoir de la culture de l’image. Cette image qui n’est pas toujours ou jamais totalement neutre, une image qui a pu être instrumentalisée, manipulée à des fins de toucher l’opinion.

Dans cette culture de l’image, massivement nous nous laissons contaminer finalement par cette communication désincarnée qui peut échapper parfois à tout contrôle, à toute réalité. Le monde virtuel symbolisé par nos réseaux sociaux montre un affichage d’images idylliques qui ne reflètent pas nécessairement les réalités que nous vivons qui donnent à nos interventions narcissiques l’illusion d’exister. Nous sommes en effet loin de cette dimension illustrée par ce verset des écritures « l’homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l’Éternel regarde au cœur. » (1 Samuel 16 : 7)

Nous nous donnons ainsi en spectacle dans une forme proche de la télé réalité en prenant soin de maquiller, de corriger l’image que l’on veut bien renvoyer de nous. Notre rapport au monde et à autrui passe aujourd’hui non par la relation mais par des connexions. Nous sommes connectés au monde mais non plus reliés à notre village, à nos voisins, à nos amis, à ceux qui nous sont proches.

De la parole à l’écrit de l’écrit à l’écran numérisé :

La société moderne, celle que nous connaissons, que nous appréhendons dans notre quotidien est ainsi envahie par l’image. Nous sommes ainsi passés en quelques décennies d’une société dominée par l’écrit à une société de l’écran numérisé, de l’image.

Jamais de nos jours, l’image n’a été si prolifique, si envahissante. Nous recevons une quantité d’informations numérisées et cette quantité, cette déferlante d’informations dématérialisées est le plus souvent véhiculée par un flux de pixels, de photos, de films, de vidéos.

Notre société est imprégnée ou immergée voire submergée dans la culture du visuel, amplifiée par le règne des grands et des petits écrans, dans les foyers ou la puissance de l’image cathodique façonne nos modèles de vie en société, nous conduisant même à une culture d’addictions.

Nous vivons une forme de changement radical, de mutation finalement sociale ou le papier, la plume, l’écriture ont aujourd’hui une bien moindre emprise pour porter les idées du monde et l’impacter, mais l’image aujourd’hui en a pris le relais pour façonner le monde. Nous préférons le plus souvent utiliser les images plutôt que les mots, ces images qui deviennent nos icônes. Pourquoi au fond ce besoin existentiel d’avoir ce rapport à l’image qui nous éloigne d’un rapport à la transcendance. Cette phrase de Jésus qui indique que « le Père cherche des adorateurs en esprit et en vérité » est à mille lieux d’un monde qui vénère et adore les images, a besoin de se raccrocher à des représentations pour croire, pour fonder une émotion qui s’incarne, car « l’image m’a impressionné ».

Longtemps en effet l’écriture a influencé de manière parfois déterminante la formation des sociétés.

Il y a immanquablement dans le rapport au texte, une dimension réflexive à l’envers d’une image qui relève davantage d’un discours forcément réducteur, voulant refléter une réalité mais une réalité qui peut aussi être tronquée, bien entendu l’écriture peut aussi être mensongère et trahir le réel. Mais l’image par sa dimension fugace peut être, manipulatrice quand elle est au service de l’émotion que l’on veut atteindre.

Mais il est aussi vrai que l’image reportage peut être au service du bien quand celle-ci n’est pas tronquée, mais se veut un parti pris pour aider, pour influencer, pour toucher, pour émouvoir. Ma propre fille qui est photographe, s’inscrit totalement dans cette démarche pour illustrer l’étonnement, la beauté, l’émerveillement.

Nous pouvons ainsi tous convenir que l’impact émotif de l’image est puissante (beaucoup plus que dans un texte écrit, plus qu’une parole qui s’envole) et parfois même plus agressive, ce qui nous fait parfois dire qu’« une image vaut plus que milles paroles », « qu’une image résume un discours », « qu’une image parle mieux qu’un long plaidoyer ».

Dans cette société de postmodernité qui est la nôtre, force est de reconnaitre que les images tendent à se substituer à l’écriture, aux textes, les images deviennent les icones dans lesquelles se reflètent les opinions, les idées, l’image est devenue la culture dominante.

Sa profusion atteint des sommets tant dans les domaines de l’information, de la consommation. Notre esprit, notre conscience, notre pensée est imprégnée par un déferlement d’affiches, d’annonces, de messages, de photos, de vidéos, d’illustrations. Les images prennent des formes multiples tour à tour accrocheuses ou racoleuses, provocantes ou émouvantes, sensibles ou rébarbatives.

Si l’image a été au service de l’art, elle est aussi au service de la mémoire. Mais l’image est aussi le message consumériste, l’image peut aussi être propagande politique, la religion est-elle même influencée par le monde de l’image. Cette culture visuelle, a besoin de voir, de se représenter, finalement pour croire.

Les images jouent de nos jours un rôle central dans la fabrication des opinions, des émotions, la construction de la vie sociale, dans la construction de nos repères. Mais l’image est parfois biaisée, déformée, instrumentalisée, utilisée à des fins de susciter une réaction de l’opinion.

L’image est forcément ambiguë, par nature, une image ne devrait pas être le seul vecteur de communication mais force est de reconnaitre une dérive de nos univers sociaux entrainés par le flot d’un monde de moins en moins incarné.

Nous sommes ainsi entrés dans une nouvelle ère, celle de la visualisation du monde : elle suppose que les images ne soient pas la réalité ni même sa représentation. La retouche photographique et le montage d’une vidéo s’inscrivent comme un exposé rapide, une construction et une interprétation de la réalité, entretenant un rapport arrangé ou s’accommodant avec le réel.

Ainsi dans la récente actualité et dans un contexte de dramaturgie qui touche la Syrie, le monde occidental dans sa torpeur fut secoué violemment par une image, celle d’un enfant gisant «retrouvé » sur une plage. L’image était bel et bien tronquée, le drame syrien lui bien réel. Mais il fallait provoquer l’électro choc pour créer une émotion massive au sein d’une Europe qui n’avait sans doute pas pris la mesure d’une dramaturgie qui pourtant, inlassablement lui fut rapportée, y compris d’enfants pris dans les filets de pêches.

Dans ce dernier contexte et comme d’ailleurs l’histoire de l’image l’a montré jadis, nous prenons conscience de la puissance manipulatrice que l’image que revêt son pouvoir.

La puissance manipulatrice de l’image tient aussi à la dimension manipulatrice inhérente à l’argumentation par le pathos. Le pathos est en effet l’une des techniques d’argumentation destinées à produire la persuasion, à produire de l’émotion. L’image mieux que la parole, mieux que l’écriture est dotée de cette faculté de toucher, d’impacter, de résumer la pensée. Elle peut donc être dangereuse dans son aspect propagande, pointer l’ennemi, dénoncer l’étranger, ou pire idolâtrer l’homme providentiel.

L’homme providentiel pourrait ainsi avoir cette capacité d’utiliser l’image, de l’employer à ses desseins pour imposer sa figure, son icône au monde. Si Dieu se rencontre en Esprit, le livre de l’apocalypse rapporte que le bête se sert de son image pour l’imposer à la face de ce monde.

Apocalypse 13 verset 14-15 « Et elle séduisait les habitants de la terre par les prodiges qu’il lui était donné d’opérer en présence de la bête, disant aux habitants de la terre de faire une image à la bête qui avait la blessure de l’épée et qui vivait. Et il lui fut donné d’animer l’image de la bête, afin que l’image de la bête parlât, et qu’elle fît que tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la bête fussent tués … »

Nous prenons aussi conscience que dans cette culture de l’image, nos sociétés du numérique comme l’écrivait une amie Chrétienne, que celles-ci veulent nier Le verbe, le verbe incarné. Il s’agit de gommer, d’effacer Dieu dans nos représentations mentales, faire en quelque sorte l’éviction de toute référence à un Dieu Créateur que l’on ne peut connaître qu’en Esprit… Je cite là un de ses propos « L’image devient icône, et en adorant « l’image » on en vient à ignorer Dieu, à haïr Dieu. Ce qu’on ne montre pas n’existe pas… » Oui ce que l’on ne montre pas, n’existe pas. Notre société de l’image puisqu’elle ne peut pas montrer Dieu, forcément nie Dieu, montre qu’il ne peut exister puisque son image ne peut être produite, ne peut nous être restituée.

L’amour de l’image

Il me semble que l’amour de notre image mise en scène dans les mondes numériques, traduit au fond une forme de caprice d’adolescent, d’infantilisation, d’insensibilité et d’indifférence à l’autre comme l’est l’avarice. L’amour du reflet de son image sur le petit ou le grand écran surpasse ainsi l’intérêt que l’on devrait porter à autrui. Seule son image compte et celle que l’on veut donner à voir aux autres.

Se théâtraliser, se mettre en scène, finit par nous faire perdre tout sens et tout contact avec le réel, avec la vraie vie, les vrais gens. Dès le moment où nous voulons médiatiser un événement, est-ce vraiment la réalité, la médiatisation ne procède-t-elle pas le plus d’une démarche à la fois sélective et biaisée d’images, ce que l’on veut faire absolument voir, ce que l’on veut donner à voir de soi ?

Avec cette forme de télé réalité, le monde des pixels, l’image numérisée, cette société de l’écran, nous construisons dans ce rapport au monde de l’image : une vision du bonheur factice pour se donner à voir, une vitrine de la misère humaine valorisant l’artifice des connexions plutôt que la relation discrète.

Nous cédons en quelque sorte à l’abrutissement de la mode cathodique qui dénude les gens en les accoutrant d’un vernis qui masque une forme de frustration, le vrai visage d’hommes et de femmes en quête de bonheur mais n’étant que des acteurs d’une mauvaise comédie.

C’est ce que m’inspire la lecture du monde des réseaux sociaux et d’une certaine façon You tube pour ces hommes et ces femmes qui se mettent en scène. Mais ne jetons pas trop facilement la pierre. Nous aussi, nous sommes parfois les sujets de cette surexposition à laquelle nous sommes familiers depuis que la télé réalité et les réseaux sociaux sont venus inonder les écrans cathodiques et s’imposer parfois à nous.

Le succès sans doute de la télé réalité comme des réseaux sociaux repose essentiellement sur deux fictions : l’apparence d’un accès facile à la notoriété, l’illusion que nous renvoient nos images qui deviennent en quelque sorte nos avatars. Nous nous identifions à eux, nous sommes eux.

La télé réalité est le reflet symptomatique de la post modernité, d’individus narcissiques heureux de gagner en notoriété mais au fond des individus fragiles, incapables de vivre dans ce monde dans la durée, car la télé réalité est forcément éphémère, un jour dans la lumière, demain dans l’ombre qui vous congédie à un triste vous-même sans miroir.

Nous devrions en conclusion de ce chapitre nous inspirer de la conduite de Jésus qui n’a pas cherché à attirer l’attention sur lui, refusant les pouvoirs que lui donne la notoriété immédiate, appelant à la discrétion de chacun afin que lui-même ne soit pas idolâtré. Car le risque est bien l’idolâtrie de la créature et non l’adoration du créateur. Ce rapport à la télé réalité est également une manière artificielle de construire une représentation de soi

Ainsi le rapport narcissique de la société à la consommation, ce rapport à la télé réalité est également une manière artificielle de construire une représentation de soi, une idéalisation de l’égo, comme l’écrit Alain LEDAIN dans son livre Regard d’un Chrétien sur la société « …mais d’un soi déraciné, arraché à sa réalité. C’est comme si le monde cherchait à créer, non l’identité par ce que l’on est, mais « d’être » par ce que l’on possède. »

[1] Citation extraite du livre de Jacques ELLUL, le bluff technologique. Page 597 Pluriel.

[2] Citation extraite du livre de Michel Henry La barbarie page 190 : PUF

[3] http://www.lemonde.fr/vous/chat/2009/11/17/faut-il-interdire-la-tele-aux-tout-petits_1268448_3238.html#4mvGfc49XfsvK6mF.99

[4] Lire à ce propos l’article Naitre et grandir : http://naitreetgrandir.com/fr/etape/1_3_ans/jeux/fiche.aspx?doc=ecrans-jeunes-enfants-television-ordinateur-tablette

Vers une nouvelle organisation sociale

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De la loi à la norme, la technicité qui est au service de l’organisation rationnelle

D’un côté le monde numérique, le monde des écrans exerce une influence négative sur les jeunes enfants, de l’autre ce même monde numérique opère une influence considérable dans l’organisation sociale.

De nombreux penseurs, philosophes politiques mais également Chrétiens engagés dans la vie de la cité ont pris conscience d’un changement complet qui touche aujourd’hui l’organisation de nos sociétés. Si hier les institutions étaient marquées par le caractère moral et disciplinaire, la société de nos jours évolue vers une dimension particulièrement normative, codifiant et contrôlant les comportements. Ce serait ainsi une tendance de fond qui caractériserait la façon dont le monde tendrait aujourd’hui à s’organiser. Une organisation sociale dont la technicité numérique pourrait être à terme l’arme fatale, l’instrument délibérément choisi pour contrôler l’ensemble de l’appareil social et sociétal.

Après un basculement des valeurs qui remet en question la vision traditionnelle d’une société marquée par une forme de responsabilité de soi, de discipline (L’armée et jadis le Service National) et de morale (Religion), la société dérive vers une volonté idéologique dont la finalité est de construire avec la fin ou le délitement des « institutions disciplinaires » un nouveau modèle sociétal. Il s’agit de refonder l’homme autour de nouvelles représentations technicistes, progressistes, de nouvelles normes, et de nouvelles valeurs de l’idéologie contemporaine visant à arracher l’homme de stéréotypes culturels et issus de la religion judéo chrétienne.

Il y a en outre ce besoin prégnant d’organiser le monde dans lequel nous évoluons par la norme et la « raison purement instrumentale » subordonnée à des fins de domination et non par la relation et l’intelligence.

Nous assistons d’ailleurs à une accélération sans précédent de la technicité numérique qui est au service de l’organisation rationnelle pour gérer un monde de plus en plus sophistiqué, complexe et fragile. Il s’agit dans cette société numérique et ce monde virtuel, d’amener les hommes à être rivés sur les écrans et à ne dépendre que d’une vie sans souffle, sans vie dont le substitut est devenu un monde de connexions. L’humanité a ainsi à son service une science et une technologie, aptes à répondre à ses appétits de connaissance, de bien-être, de gestion du quotidien, et de savoir, mais une technologie puissante et de plus en plus intrusive qui peut desservir demain, notre libre arbitre, notre liberté de conscience, notre liberté de mouvements.

Même de nos jours, les algorithmes interviennent pour déterminer notamment dans les grandes villes les établissements des futurs lycéens et collégiens, les familles s’en remettent aux algorithmes pour déterminer l’affectation choisie pour leurs chères têtes blondes. Nous lisions ainsi sur le site de l’académie de Reims que pour aider au travail de classement des commissions préparatoires à l’affectation, un outil informatisé (AFFELNET)[1] était dorénavant utilisé, il permettrait de classer les élèves… il est précisé « selon leurs vœux », mais gageons qu’à terme ce terme « vœux » finalement très humain finira bien par disparaître.

Le post humanisme se dessine ainsi et dans cet effet de bascule d’une nouvelle humanité, la vulnérabilité de l’homme sera largement compensée par un appareillage technologique qui performera ses limites afin de corriger le droit à l’erreur, le libre arbitre, la faiblesse au risque de n’être plus qu’un homme déshumanisé car des implants auront relayé ses insuffisances.

Nous glissons ainsi subrepticement vers une société qui ressemblerait à l’organisation de BABEL, un monde d’uniformisation visant à mener les hommes vers une « nouvelle conscience universelle », expression que j’emprunte ici au Théologien Philippe PLET (Philippe PLET « Babel et le culte du Bonheur »).

L’essayiste Jacques ATTALI ne dit d’ailleurs pas autre chose à propos de cette « nouvelle conscience universelle », dans un article publié sur le Blog State.fr « Après avoir connu d’innombrables formes d’organisations sociales, dont la famille nucléaire n’est qu’un des avatars les plus récents, et tout aussi provisoire que ceux qui l’ont précédé, nous allons lentement vers une humanité unisexe, où les hommes et les femmes seront égaux sur tous les plans, y compris celui de la procréation, qui ne sera plus le privilège, ou le fardeau, des femmes. » Une société unisexe qui revendique finalement l’interchangeabilité, les femmes et les hommes seront égaux sur tous les plans, c’est bien sur ce point que l’on parle de « nouvelle conscience universelle », une remise en cause de l’altérité, de la différence des complémentarités des hommes et des femmes.

Repenser l’organisation sociale et sociétale

Or pour mener les hommes à cette nouvelle conscience universelle et citoyenne dont l’écologie est l’un de ses aspects en regard des problématiques mutantes du climat qui vient impacter l’ensemble des continents, il faut bien repenser l’organisation sociale et sociétale.

Outre la problématique touchant les bouleversements écologiques, d’autres mutations sont en cours comme :

  • les valeurs d’égalitarisme, de libéralisme moral, de relativisme et d’interchangeabilité sont en vogue,
  • le projet également d’une éviction de toute forme de transcendance, l’homme devenant son propre maitre, son propre Dieu.
  • Le processus engagé pour arracher de la mémoire de l’humanité le souvenir des lois divines transmises via la thora et l’évangile.
  • L’évacuation du « droit naturel » dans le positivisme juridique moderne, car il est aujourd’hui difficile de se référer directement à la révélation et à la transcendance, mais le droit naturel en était l’équivalent sur le plan métaphysique.

Dans de tels contextes, il est impérieux pour la nouvelle idéologie transhumaniste dont le rêve utopique est de refonder l’homme, de se conformer, de conduire les hommes à adhérer aux nouvelles représentations, cela passe bien entendu par de nouveaux programmes d’éducation, mais également par :

  • cette société des médias qui s’emploie à formater et conditionner les esprits,
  • cette société du divertissement qui lobotomise la faculté de penser.
  • Cette société qui devient infiniment sécuritaire et qui glisse vers la surveillance des citoyens sous prétexte de garantir leurs libertés

Sur ce dernier point soulignant l’aspect sécuritaire vers lequel tend la société, force est d’observer sa dimension anxiogène dans son ensemble, du trouble causé par les attentats terroristes qui ont ensanglanté récemment le Pays (Janvier 2015, l’attentat meurtrier contre la revue Charlie et le magasin fréquenté et géré par des personnes de confession Juive). Ce climat d’insécurité précipite ainsi l’Etat, en appui de sa volonté de légiférer puis d’organiser les moyens de surveillance de ses citoyens, moyens de surveillance sans précédent pour anticiper d’autres risques terroristes (moyens qu’un rapport récent de la CNIL dénonçait).

Nous nous interrogeons si l’appel à la sécurité n’est pas un simple prétexte pour instaurer une société de surveillance qui de toute façon était programmée de manière latente, bien avant les attentats terroristes…

Une nouvelle dialectique du sens donné au mot liberté

Or nous observons à ce jour dans une nouvelle évolution de la dialectique du sens donné aux mots mêmes.

Ainsi le mot liberté aujourd’hui ne se définit plus comme le seul exercice en conscience de sa propre volonté. Nous assistons à une forme de mutation du mot liberté, une transformation radicale du sens qui était jusque-là conféré au mot liberté. La liberté à laquelle on attachait :

  • l’expression,
  • la conscience,
  • l’action,
  • le mouvement.

Aujourd’hui la sécurité est promue comme la première des « libertés », ce qui constitue bien un changement de paradigme.

La notion même de liberté s’est muée, s’est adossée à toutes ces notions associées à des évènements anxiogènes qui troublent de nos jours la modernité de notre époque, la sécurité des personnes, la sécurité sanitaire et alimentaire, l’ordre public.

Rappelons comme le mentionne explicitement la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789,  à l’instar de ces textes que La « liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » (art. 4 de la Déclaration des droits de l’homme), ce qui implique la possibilité de « faire tout ce qui n’est point interdit, comme ne pas faire ce qui n’est point obligatoire » (art. 5), la « liberté de dire ou de faire ce qui n’est pas contraire à l’ordre public ou à la morale publique »

Ainsi la sécurité ne saurait constituer un principe général du Droit. Dans les textes du droit Français comme Européen, il s’agissait au contraire, non d’annoncer, le droit à la sécurité, mais de souligner de manière intangible le droit pour chaque citoyen à la sûreté, de garantir sa protection contre l’intrusion du pouvoir, l’ingérence ou l’arbitraire, ou demain de la police de la pensée.

Un être autonome plutôt qu’un être libre

Dans la logique d’une conception matérialiste touchant l’homme, le terme liberté pourrait à terme être assimilé à une conception de l’ancien monde, il est fort à parier que le terme en vogue sera demain celui d’être autonome. Au fond l’autonomie dans cette logique matérialiste serait celle de l’électron libre, un être prêt à créer ses propres normes, ses propres lois, son propre mouvement tout en appartenant à une organisation globale, dont il aurait l’illusion de s’échapper et de choisir comme il l’entend ses références. Toutefois cette autonomie ne sera qu’apparente, car le mouvement de l’électron libre sera codifié, normé, il aura l’illusion du choix mais évoluera dans un système où il deviendra un sujet, une parcelle à la fois atomisée et formatée. De fait toute avancée dans l’autonomie ne pourra évoluer paradoxalement que dans la dépendance.

L’univers de l’autonomie serait astreint à dépendre paradoxalement d’un système dont il n’échapperait pas, un sujet « libre » corvéable à un monde sans limites et pourtant assujetti à des normes qui lui seraient imposées.

Vers une société de surveillance

Au cours du XVIIIème siècle, le philosophe anglais Jeremy Bentham s’est approprié le thème de la surveillance. En consacrant sa réflexion sur la dimension de la surveillance, le philosophe s’improvise architecte et conçoit les plans d’une prison idéale. Le but de Jérémy Bentham via un nouveau modèle de prison, fut de concevoir un bâtiment qui devait influer sur le comportement des prisonniers et optimiser les conditions d’une surveillance absolue et intrusive des personnes incarcérées.

Cette approche de la surveillance suscita plus tard chez un autre philosophe Michel Foucault (livre écrit en 1975 : Surveiller et punir) une réflexion sur les développements du concept de surveillance. Dès 1975 Michel Foucault partage l’intuition du pouvoir que donne la technologie. Le philosophe entrevoit ainsi avec clairvoyance les modalités sans pareil que la technologie, peut décliner via des dispositifs de surveillance de plus en plus performants qui seront susceptibles d’être mis en œuvre de manière totalement efficiente.

Si l’auteur de l’article ne partage pas toutes les conceptions philosophiques avancées par le Philosophe, force est de reconnaitre que l’intuition d’une société hyper technique en dérive et fondée sur le contrôle de ses citoyens se dessine, en ce sens Michel FOUCAULT avait raison comme bien avant lui Georges ORWELL l’avait également pressenti en écrivant son fameux livre 1984.

Pour revenir au livre « Surveiller et Punir », ne voit-on pas ainsi la vision du Philosophe Michel FOUCAULT se dessiner chaque jour de façon tangible, des milliards d’êtres humains sont aujourd’hui connectés à Internet et des centaines de millions connectées à des réseaux sociaux. Les fichages numériques sont rendus possibles et les garanties données par les opérateurs Internet seront soumises aux évolutions d’une loi de plus en plus sécuritaire.  Des dispositifs technologiques et qui ne se réduisent pas à l’usage d’Internet (Les cartes à puces, la biotechnologie, tous les produits numériques qui sont susceptibles dès aujourd’hui et demain de tracer les individus) et qui nous rapprochent de l’aspiration sécuritaire des sociétés modernes, de l’Angsoc que décrit Georges Orwell dans son fameux livre 1984.

Nous pressentons la force de cette société technique dont la puissance s’appuiera sur le développement des datasciences, de l’analytique prédictive, l’augmentation de l’intelligence embarquée dans un nombre croissant d’objets eux-mêmes connectés, la personnalisation de plus en plus grande des biens et des services identifiant les particularismes des profils consommateurs, les caractéristiques qui font leur ADN, les bulles algorithmiques de plus en plus adaptées aux personnalités, un monde de plus en plus serviciel mais dont nous finirons par devenir les purs produits, alors que nous étions appelés à dominer la matière mais non à lui être soumis, or c’est bien là l’émergence de la société …

Là encore, nous citons Jacques ELLUL : « La mort, la procréation, la naissance, l’habitat sont soumis à la rationalisation comme étant le dernier stade de la chaîne sans fin industrielle…ce qui semblerait être le plus personnel dans l’homme est maintenant technisé : la façon dont il se repose et se détend … la façon dont il prend une décision … fait l’objet des techniques de la recherche opérationnelle… »[2]

Les technologies du numérique conduisent à un appauvrissement de la culture, anesthésient la faculté de penser

En écrivant ces lignes nous songions également au célèbre livre de Ray Bradbury (Fahrenheit 451) qui décrit une société américaine dans laquelle la lecture des livres est prohibée.  Les autorités du pays obligent la population à l’usage des nouvelles technologies et ce en les incitant à des conduites addictives.

Le livre de Ray Bradbury décrit la façon dont la puissance cathodique (et les autres technologies) anéantissent l’intérêt du peuple dans les plaisirs tels que la littérature et la lecture.

Dans un univers totalement désincarné sur le plan de la relation et déshumanisé, Fahrenheit 451 dépeint le fonctionnement d’une société totalitaire et de surveillance qui s’est plu à détruire le livre au motif que l’édification culturelle entraîne des désordres et qu’elle est susceptible d’éveiller les consciences.

Dans ce monde dystopique[3] (contraire d’utopique) où l’étourdissement anesthésiant de l’image cathodique règne en masse, des agents sont chargés de réprimer tout contrevenant surpris de lire, cette police de la pensée (des pompiers pyromanes) est chargée d’organiser la répression littéraire en brûlant la mémoire d’une culture ancienne, d’une culture des origines, d’une culture séculaire.

Tocqueville, n’avait-il pas lui-même anticipé, dès le XIX è siècle, cette emprise que le pouvoir social d’une société totalitaire, exercerait sur les individus. Tocqueville avait ainsi montré que l’Etat Providence finirait, au nom du bonheur et du divertissement de ses membres, à exercer un contrôle total sur la société, retirant toute initiative aux individus en les poussant à se transformer en moutons peureux et passifs, en un troupeau atomisé et servile.

Dans son livre Démocratie en Amérique, livre d’une acuité marquante, dans une vision fulgurante, Tocqueville prophétisait ainsi l’avènement d’un nouvel ordre social, d’une société individualiste marquée par l’égalitarisme, chacun sera devenu ainsi l’identique de l’autre : « Je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs. » (Démocratie, II 4.6) Et aussi l’avènement d’une oppression d’un genre nouveau, qui n’est plus despotisme ou tyrannie, mais une « sorte de servitude, réglée, douce et paisible (…), un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissant, [agissant par] un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes [qui] ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse; il ne détruit point, il empêche de naître; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger. » (Démocratie, II 4.6)

Les mutations d’une société qui se dirige vers une dimension de surveillance conjuguée à des ressources technologiques sans précédent, immanquablement nous font enfin songer au texte d’Apocalypse 13 qui décrit un monde de contrôle marqué par la puissance consumériste et totalitaire qui a une emprise sur tous les hommes via leur marquage tel un troupeau ne pouvant ni acheter, ni vendre s’ils n’avaient pas le sceau qui les identifie comme asservis au pouvoir de la Bête.

La bête est ainsi cette figure tyrannique qui a vocation à mettre l’homme sous son emprise n’autorisant pas une quelconque dérive, une quelconque rébellion, « réduisant enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger. Tocqueville ». Ainsi cette idéologie construisant une nouvelle conscience universelle aura besoin de contrôler la diffusion des pensées, d’exercer sur les consciences sa police pour n’autoriser aucune marginalisation possible.

[1] http://www.ac-reims.fr/cid76345/apres-troisieme.html

[2] Jacques Ellul La technique ou l’enjeu du siècle, Economica extrait d’une citation page 117

[3] Au contraire de l’utopie, la dystopie relate une histoire ayant lieu dans une société imaginaire difficile ou impossible à vivre.

Exemple de dystopie : 1984, de G. Orwell, est l’exemple parfait de la dystopie.