Mère Térésa et Jean Vanier, les figures universelles de l’humanité non corrompues par le rêve transhumaniste

Note de l’auteur : Quand cet article fut publié, nous ignorions le séisme médiatique qu’allait provoqué l’affaire Jean VANIER. Si l’homme est remis en cause en raison de ses méfaits, l’oeuvre reste une mission magnifique et loin de nous de la remettre en cause. Les personnels de l’arche que nous connaissons doivent être ainsi très largement soutenus, car incontestablement , ils offrent à toute une population, un havre d’accueil et d’humanité. 

Auteur Eric LEMAITRE 

5968d820d5a37862c33b658670e6111d (1)

Quelles figures demain s’imposeront au monde ? Serait-ce les philosophes, les grands noms de la science, non je ne le crois absolument pas ! Mais ce sont des figures banales, profondément banales qui imposeront leur mémoire,  des mémoires traversées par l’humanité de leurs gestes, celles entres autres de Mère Térésa, de Jean Vanier,  la liste de ces hommes et de ces femmes est évidement loin d’être exhaustive , mais ce qui me frappe en rappelant les figures de Mère Térésa et jean Vanier, c’est celle de leurs propres fragilité, un homme une femme qui ont osé être les voix de ce monde. Ces deux voix parmi d’autres sont selon moi, l’expression de voix discordantes,  révélant symboliquement un antagonisme, un contraste violent, avec ce nouveau monde qui nous fait entrer dans le post humain. Ainsi je songe à nouveau à Mère Térésa et son combat contre la mort, aux côtés des mourants de Calcutta. Ce combat auprès des mourants, ces laissés pour compte, ces miséreux abandonnés, est aux antipodes des transhumanistes, il me semble même que ce contraste est tellement pitoyable, si dérisoire, que cette vanité des transhumanistes est finalement minable aux côtés de celle qui a donné une humanité à un homme gisant sur un trottoir et à qui lui fut refusée la dignité d’un lit pour mourir. Le transhumanisme est un égotisme excentrique qui finalement n’engendrera ni la vie ni la dignité, tandis que la figure de Mère Térésa est le rayonnement planétaire de l’humanité transcendé par l’amour du prochain, transcendé par la dimension du cœur. Mère Térésa fut ainsi baignée par la dimension de la prière et fut rassasiée de cette dimension relationnelle portée par sa foi, cette foi qui incarnait et reflétait celle qu’elle aimait Jésus-Christ.  La conscience de Mère Térésa fut fondée sur cette dimension de la compréhension des autres en partant de cette conscience de nous-mêmes « [1]Pour mieux comprendre ceux avec lesquels nous vivons, il faut d’abord nous comprendre nous-mêmes », or l’enfermement sur soi, notre isolement égoïste nous conduit à cette désolation de l’âme, à cette pauvreté spirituelle, qui nous conduit à espérer une promesse qui ne peut vivifier ni la conscience, ni l’âme ni le cœur. Comment ne pas non plus, rapprocher la figure de Mère Térésa et celle de Jean Vanier, le fondateur de l’arche, Jean Vanier fut résolument tourné lui aussi vers les laissés pour compte, ceux que l’on appelle les déficients intellectuels. Le parcours de cet homme, simple a été orienté par une pleine conscience que l’identité de l’homme ne saurait être construite sans cette capacité d’ouvrir son cœur, sans cette capacité d’accueillir la bonté et la compassion qui éveillent en nous le désir d’humanité : « [2]Si chacun ouvre son cœur à des personnes faibles, une source de bonté et de compassion s’éveille en lui et forge son identité profonde ». Au fond à l’heure de l’homme augmenté, ces deux figures nous disent quelque chose de la conscience de la banalité du quotidien, eux qui secouent finalement la conscience universelle d’une humanité tentée par la vanité d’un saut dans le monde de la matière sans conscience, par la prétention d’augmenter l’homme tout en détruisant son âme, en déconstruisant sa conscience. Ainsi le plus grand ressourcement personnel, c’est lorsque nous n’avons plus peur d’aimer l’autre que moi-même et même si sa figure me semble si éloignée de moi-même, ainsi ce texte se conclue avec ces paroles admirables de Jean Vanier qui expriment en soi la beauté de la finitude, l’émerveillement de la fragilité, le mystère d’une vie présente auprès de ceux qui dans leur chair souffrent : « [3]Quand des personnes se rassemblent au-delà de leur appartenance culturelle ou religieuse, ce sont des cœurs qui se rencontrent, les préjugés commencent à disparaître et l’on découvre combien l’appartenance à un groupe fermé peut encourager l’illusion de la supériorité. » … « Par la relation avec le pauvre, le faible ou l’enfant, le cœur, la compassion et la bonté sont éveillés, et une unité intérieure nouvelle s’établit entre le corps et l’âme. Comme si la tension entre l’intelligence et le corps trouvait une résolution mystérieuse dans cette présence au pauvre. ».

[1] Mère Teresa ; Les pensées spirituelles (2000)

[2] Jean Vanier Lettre à des Amis

[3] Jean Vanier Accueillir notre humanité et Le Goût du bonheur

Diffuser à l’école la pensée post humaniste

Diffuser à l’école la pensée post humaniste

 

C’est dans l’ignorance que se construit enfin le lit occulte des pires idéologies. Il est ainsi tellement plus aisé de manipuler les consciences, d’attenter à l’esprit, qui est dépossédé des armes nécessaires pour freiner ces tentatives obscures de fausser, puis d’orienter les croyances des citoyens. Pour l’ex ministre de François Hollande Vincent Peillon [1]   « Toute l’opération consiste bien, avec le progrès et cette post humanité qu’il appelait finalement d’une certaine manière de ses vœux, de changer la nature même de la religion, de Dieu, du Christ, et à terrasser définitivement l’Église. » (Une rhétorique de l’homme nouveau est ainsi annoncée, prêchée par ses idéologues qui entendent partager à la société entière et sans aucune précaution, les nouvelles idéologies issues des études sur le genre qui nie comme la théorie queer[2] la différence sexuée de la société, l’altérité des êtres. Il sera d’autant plus facile de distiller l’idéologie autour de cette nouvelle conception de l’homme, qu’il y a ce constat patent de familles morcelées qui ne sont plus dans la transmission de l’éducatif. Il est alors aisé pour l’état de transférer à l’enfant ce que la famille ne transmet plus, constat d’une véritable porosité qui en soi ne protège plus l’enfant contre cette tentative d’aliéner la conscience épurée de l’héritage familial, des stéréotypes comme nous l’avions entendu dans l’hémicycle de l’assemblée nationale. Sans aucune précaution, cette conception de l’homme libérée d’images préconçues justement culturelles, entend conditionner l’enfant sur de nouveaux stéréotypes adossés à l’interchangeabilité des identités détachées du sexe biologique, une nouvelle théorie du genre. Le texte de Victor Hugo auquel nous faisons ici référence, s’avère être d’une rare acuité, d’une grande clairvoyance, prend une dimension quasi prémonitoire dans le contexte d’une nouvelle laïcité qui entend s’imposer aux esprits.

« Eh ! Quel est, en effet, j’en appelle à vos consciences, j’en appelle à vos sentiments à tous, quel est le grand péril de la situation actuelle ? L’ignorance. L’ignorance encore plus que la misère. L’ignorance qui nous déborde, qui nous assiège, qui nous investit de toutes parts. C’est à la faveur de l’ignorance que certaines doctrines fatales passent de l’esprit impitoyable des théoriciens dans le cerveau des multitudes… »

Ces idéologues veulent frapper les consciences sous des idéaux séduisants de non-discrimination, d’égalité, de vision libertaire et imposer à la conscience de nouvelles lectures sur une anthropologie soi-disant débarrassée de ses oripeaux. Ces idéologues qui vantent la laïcité et citent volontiers Jules Ferry omettent cette célèbre consigne recommandée aux enseignants : « Ce que vous allez communiquer à l’enfant, ce n’est pas que votre sagesse, c’est la sagesse du genre humain, c’est une de ces idées d’ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer dans le patrimoine de l’humanité. Si étroit que vous semble peut-être un cercle d’action ainsi tracé, faites-vous un devoir d’honneur de n’en jamais sortir. Restez-en deçà de cette limite plutôt que de vous exposer à la franchir ; vous ne toucherez jamais avec trop de scrupule à cette chose délicate et sacrée qu’est la conscience de l’enfant »…

Toutes ces dimensions de nivellement de la culture, de divertissement, de crise, d’idéologie s’intriquent, s’entremêlent et interagissent comme autant de composantes qui affaiblissent toutes les facultés cognitives de l’homme. Ces dimensions participent d’un affaissement du libre arbitre, de la libre conscience. Les sociétés totalitaires savent fabriquer des individus amorphes, confinés au retrait.

Dans les origines du totalitarisme, la philosophe Allemande Hannah Arendt met en évidence l’aliénation d’une forme de conscience de soi qui résulterait d’une dimension d’isolement, d’éloignement de soi de la communauté, une rupture relationnelle, la déconstruction en quelque sorte des liens de solidarité. Les sociétés totalitaires savent fabriquer des individus amorphes, confinés au retrait, sans liens entre eux.

Pour les régimes totalitaires, afin de régner sur les masses, il faut s’assurer de la déconstruction des liens de solidarité au sein même de la communauté des hommes. C’est en poussant une forme d’isolement relationnel jusqu’à ses limites les plus extrêmes que les régimes totalitaires ont su créer des sociétés totalement aliénantes. Hannah Arendt « Les mouvements totalitaires sont des mouvements de masse d’individus atomisés et isolés. Par rapport à tous les autres partis et mouvements, leur caractéristique la plus apparente est leur exigence d’une loyauté totale, illimitée, inconditionnelle et inaltérable de la part de l’individu qui en est membre. (…) On ne peut attendre une telle loyauté que de l’être humain complètement isolé qui, sans autres liens sociaux avec la famille, les amis, les camarades ou de simples connaissances, ne tire le sentiment de posséder une place dans le monde que de son appartenance à un mouvement, à un parti. Ni le national-socialisme ni le bolchevisme ne proclamèrent jamais qu’ils avaient établi un nouveau genre de régime, ni ne déclarèrent que leurs objectifs étaient atteints avec la prise du pouvoir et le contrôle de l’appareil étatique. Leur idée de la domination ne pouvait être réalisée, ni par un État, ni par un simple appareil de violence, mais seulement par un mouvement animé d’un mouvement constant. L’objectif pratique du mouvement consiste à encadrer autant de gens que possible dans son organisation et à les mettre et à les maintenir en mouvement ; quant à l’objectif politique qui constituerait la fin du mouvement, il n’existe tout simplement pas. ». Des hommes et des femmes au destin exemplaire, qui ont décidé d’agir en regard de leur liberté de conscience. Un ami me rappelait que quand César m’enjoint d’enfreindre les lois divines, je suis contraint de désobéir à César, car « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Actes 5 : 29). Ainsi des hommes comme Saint Paul, ont eu ce rare courage de le mentionner, de faire ce choix, se soumettre à Dieu et à ses lois divines.

Des hommes et des femmes ont ainsi jalonné l’histoire de notre pays. Ils ont obéi à leur conscience pour éviter des carnages ou des tortures inutiles en temps de guerre comme ce geste exemplaire du « général Jacques Pâris de Bollardière, responsable du secteur de l’Atlas blidéen, [qui] fait sensation en annonçant par voie de presse en quelles circonstances il a été amené à renoncer à son commandement. Ancien des Forces françaises libres, parachuté dans le maquis en 1944, il acquiert la conviction, au spectacle des atrocités nazies, que la torture est le propre des régimes totalitaires ».  Il faut du courage à ces médecins, à ces maires ; il faudra du courage demain à ces instituteurs de refuser l’application de lois qui enfreignent « la conscience délicate et sacrée de l’enfant ».

[1] Vincent Peillon, Une religion pour la République : La foi laïque de Ferdinand Buisson », Éd. du Seuil, 2010, page 277

[2] La théorie queer est une idéologie qui postule que la sexualité, mais aussi le genre — masculin, féminin ou autre — d’un individu ne sont pas déterminés exclusivement par son sexe biologique (mâle ou femelle), mais également par son environnement socio-culturel, par son histoire de vie et par ses choix personnels

 

 

La vie relationnelle grignotée

En déplacement à DIE pour présenter mon premier essai « la déconstruction de l’homme », je décide au retour de m’arrêter chez de vieux amis rémois pour les saluer. Mon court séjour fut empreint de cette dimension relationnelle à laquelle je reste profondément attaché. Ecoutant mes amis, je fus attentif à celui de Marc dont le récit de vie est particulièrement touchant. Marc n’est pas une personnalité exubérante, extravertie, chez Marc tout est intériorisé, feutré, ce garçon habituellement réservé me relata avec beaucoup d’entrain son déplacement entre Valence et Erevan, du Vercors au Caucase, de la Drôme à l’Arménie, un périple de quelques milliers de kilomètres parcourus en vélo couché. Ce périple était animé par le désir d’investir l’effort au profit de la réhabilitation de l’école de Chirakamout.

Un avant goût de mon prochain Essai :

Transhumanisme : Le réveil de la Conscience ?

psychology-2706902_1920

Auteur Eric LEMAITRE 

En déplacement à DIE pour présenter mon premier essai « la déconstruction de l’homme », je décide au retour de m’arrêter chez de vieux amis rémois pour les saluer. Mon court séjour fut empreint de cette dimension relationnelle à laquelle je reste profondément attaché. Écoutant mes amis, je fus attentif à celui de Marc dont le récit de vie est particulièrement touchant. Marc n’est pas une personnalité exubérante, extravertie, chez Marc tout est intériorisé, feutré, ce garçon habituellement réservé me relata avec beaucoup d’entrain son déplacement entre Valence et Erevan, du Vercors au Caucase, de la Drôme à l’Arménie, un périple de quelques milliers de kilomètres parcourus en vélo couché. Ce périple était animé par le désir d’investir l’effort au profit de la réhabilitation de l’école de Chirakamout[1].

Son déplacement fut balisé par l’intensité des rencontres, de mille anecdotes, de richesses d’hommes et de femmes chez lesquelles il séjourna, d’entrevues inattendues, accidentelles. Plongé dans son récit, le visage de Marc fut celui d’un homme émerveillé, partageant cette découverte de l’intériorité enrichie par les milliers de visages croisés sur sa route. Le voyage de Marc est à mille lieues des vies urbaines assommantes et abasourdies par les rythmes trépidants, morcelés par les temps d’une consommation qui n’a plus pris goût à vivre dans les espaces d’une vie où l’horloge du temps peut s’arrêter pour celui qui veut vivre le présent qui s’offre à lui comme une offrande vivante.

Marc lui décida de ne pas emporter cette horloge, se délestant même de tous les objets encombrants, de tous ces objets techniques qui le relient au monde à l’exception de son téléphone qui le rapprochait en revanche de sa chère épouse Françoise. Mais au cours de son périple dans un lieu de nulle part, en Transnistrie une région autonome de Moldavie, par distraction ou inadvertance, il égara son téléphone et ne le retrouva plus, Marc était à mille bornes de chez lui, comment joindre alors son épouse, la rassurer, il décide d’entreprendre le chemin inverse pour scruter sur l’asphalte l’objet perdu, son regard se désole finalement de ne le trouver ni aux bordures des routes, ni dans les caniveaux.

La tristesse l’envahit sur ce chemin qui devait le mener en Arménie, la nuit de son manteau sombre commence à envelopper Marc, Marc poursuit sa route. Un homme lui fit des signes l’arrêta, cet homme qui se nomme Alex, lui adressa la parole, ou plutôt ils échangèrent en signes ne parlant ni l’un l’autre une langue commune, ils se firent cependant aider par une autre personne qui put s’exprimer en anglais, Alex, lui indiqua qu’il allait revenir pour le rechercher afin de le loger chez lui, il tiendra sa parole et il était accompagné de son épouse et de sa sœur. Marc embarqua dans sa camionnette et logea dans une assemblée chrétienne.  Le couple qui accueillit Marc avait préparé un repas gargantuesque, un menu à profusion, un véritable festin d’amitié, un accueil chaleureux. Le couple permit à Marc de joindre Françoise, l’épouse de Marc. Après cette rencontre dont l’empreinte de l’amour était manifeste, Marc eut ce propos sublime pour magnifier cette relation « Que valent quelques grammes de technologies face à des tonnes d’amour ? Une leçon dans ce monde où l’on privilégie la possession à la relation ».

Comment ne pas songer à ce roman fiction Fahrenheit 451, roman dystopique décrivant une société pleinement déshumanisée où la dimension même de l’amour semble totalement absente, chacun vivant pour soi désintéressé des autres et désintéressé par la mémoire que transmet la culture, dans un furieux égotisme, le monde de Fahrenheit 451 est celui de l’écran cathodique, préfigurant notre monde envahi par les tablettes et smartphones, le livre papier dans cette société sans âme étant interdit, il risque d’éveiller la conscience, les mots d’un livre impriment mieux l’âme de celui qui aime les pages, les touche. Ray Bradbury auteur du roman considère que le bonheur, le véritable bonheur émane de notre relation avec la nature et ne résulta pas de bonheurs artificiels : « Regarde le monde, il est plus extraordinaire que tous les rêves fabriqués ou achetés en usine. » ! Au fond Marc s’est employé à regarder le monde, c’est-à-dire les gens, ces gens, bien plus importants que les objets artificiels fabriqués dans les usines consuméristes, ces biens artificiels qui ne nous font pas de bien, le bien qui résulte seulement d’un geste amical, d’une main tendue. Marc a sans doute magnifié les paysages et cette relation avec l’air, la diversité que lui offre la vue de ces perspectives qui enchantent nos yeux, mais Marc a surtout magnifié l’amour, la relation à l’autre, au prochain.

La dimension relationnelle fut le fil conducteur de mon premier essai « La déconstruction de l’homme » coécrit avec Gérald Pech. Cette dimension relationnelle à laquelle est attaché Marc est aussi ce bien commun que je partage avec lui.  Cette dimension relationnelle comme la vie intérieure sont aujourd’hui grignotées, écorchées, dépouillées par une « civilisation[2] » technicienne qui a fait de l’homme son objet pour emprunter ici le propos du théologien Jacques Ellul.

Cette dimension relationnelle se délite, se désagrège au profit de connexions numériques, ces échanges désincarnés sans chair, sans substance, sans vie. Pour caractériser une société qui ne s’inscrit plus dans la dimension du lien. L’économiste et sociologue Jacques Généreux, utilisa ce mot étrange, celui de la « dissociété », une société désunie, vampirisée par l’assèchement des solidarités entre personnes, un monde à l’inverse de ce moment providentiel relaté par Marc.

Face au délitement de la vie relationnelle nous assistons bel et bien à l’émergence d’une société marchande qui entend redéfinir la vie relationnelle, l’anthropologie, prétendant ainsi civiliser l’homme en l’anesthésiant via la consommation des objets numériques, lui assurant le confort d’une vie programmée en lui faisant miroiter un âge d’or d’un monde augmenté, autonome et s’auto déterminant.

Nous entrons dans la civilisation de la rationalité indolente, celle qui calcule, régente, promet paix et sécurité, s’obstine à réduire nos actes et nos gestes à l’expression de données, traduites en codes. Nous subissons docilement l’injonction des machines prédictives qui ayant appris de nos comportements finissent par nous domestiquer, à nous emmener dans la dépendance, la subordination et à la toute-puissance d’une matière façonnée en nouveau golem[3].

Ce qui est ainsi à craindre c’est l’excès de confiance attribuée à l’homme aux objets numériques qui deviennent les nouvelles idoles, les nouvelles, statuettes idolâtres de notre siècle, car leur ont été conférées cette capacité de ne plus être muettes et de faire appel à l’imaginaire superstitieux, mais d’être des objets interactifs et de répondre à l’ensemble des besoins changeant ainsi nos rapports aux autres et au besoin de relationnel.

Dans la même veine, C.S LEWIS écrivain britannique auteur de série de sept romans : « Le Monde de Narnia » prédit de manière magistrale cette tragédie qui se dessine au fil des siècles. L’homme démiurgique en raison de sa puissance technicienne a aujourd’hui la capacité de soumettre toute la nature à sa volonté, il a, grâce au développement technique, la possibilité que la création dont il n’est pas l’auteur lui soit ordonnée, il lui est désormais possible de transgresser les lois naturelles, de franchir le Rubicon que lui imposait la nature après avoir consommé le fruit interdit.  L’homme dans sa vanité prométhéenne cherche de plus en plus à s’en affranchir. De manière quasi intuitive ce qui n’est pas sans nous rappeler la pensée de Jacques ELLUL, CS LEWIS, nous rappelle que « …Maîtriser la nature et la mettre au service de l’homme est une chose, mais cette situation aboutie, paradoxalement, au contrôle de l’homme ».

Ainsi ; pour CS LEWIS, il est essentiel de dénoncer l’esprit de relativité qui caractérise la pensée de ce monde, de transmettre de façon urgente et avant qu’il ne soit trop tard, une « vérité solide » pour ne pas subir demain le diktat des désirs qui franchissent le Rubicon après le déni de toute « morale universelle » inscrit dans la vie relationnelle. L’avertissement que CS Lewis nous livre dans son livre « L’abolition de l’homme » est un véritable pamphlet contre ces idéologies mortifères qui se moquent du bien, de la morale transmise (son livre est écrit dans le contexte du Nazisme).

Le livre « L’abolition de l’homme » est rédigé pendant la Seconde Guerre mondiale, sans que pour autant le nazisme soit nommé. Le livre de CS LEWIS, n’a pas pris une seule ride en regard de la vacuité de notre modernité : cette modernité qui tente de nous affranchir de toute valeur, en refusant de soumettre nos découvertes scientifiques à des normes morales universelles. Depuis des siècles, ce mouvement de déconstruction, s’est accéléré en quelques décennies, ce mouvement comme un ouragan tend toujours plus à dénaturer l’homme et pour reprendre l’expression de CS LEWIS à l’abolir, abolir l’homme dans ce qu’il y a d’unique et de sacré.

Le sacré réside dans cette dimension relationnelle, de ce rapport à l’autre certes compliqué, car notre nature humaine est complexe, car elle nous porte sur des envies, des désirs qui ne sont pas toujours partagés par nos voisins. Mais laisser à la machine le soin de réguler nos rapports à l’autre en dit long sur le « vide de la pensée [4]», la déréliction morale qui caractérise cette société où l’individu est un être morcelé, réduit à la seule matière, et comme le dépeint l’économiste Jacques Généreux « écartelé et anesthésié ». La condition de l’homme contemporain est celle finalement de vivre une forme d’extase extravagante dans le narcissisme et la profusion des biens voire jusqu’à la dépendance, jusqu’à même à livrer son âme à son propre golem, sa propre créature artificielle, renonçant à son intelligence. L’homme contemporain s’envole vers cet âge d’or, part avec ses milliards de coreligionnaires en transhumance, vers le pays promis, le nouvel Éden, l’âge d’or des transhumanistes. Une nouvelle civilisation technicienne voit le jour où le roi sera une forme de nouveau « Léviathan[5] », de messie numérique régnant sur le monde, le monde humain qui n’a pas souhaité craindre son avènement, voire même s’en est moqué, jusqu’au jour où les hommes acceptèrent sa signature sur leur propre peau, dans leur propre chair. Ce que présageait Aldous Huxley dans la seconde préface [1946 seconde édition du meilleur des mondes] dans son livre où l’auteur souligna que :

« La révolution véritablement révolutionnaire se réalisera non pas dans la société, mais dans l’âme et la chair des êtres humains. » 

Ce nouvel essai n’est pas la réplique ou la reformulation du précédent ouvrage « La déconstruction de l’homme », mais il décrit le long processus qui nous conduit depuis le commencement de l’humanité, jusqu’à cette nouvelle civilisation où l’empreinte technique signera définitivement un changement de société, un basculement où les hommes auront cessé d’être libres, d’être des êtres relationnels, de connaitre une vie intérieure parce qu’ils ont souhaité posséder les objets et ont accepté leurs pouvoirs, leurs dominations. Le transhumanisme est en réalité une histoire construite depuis l’Eden perdu, enfoui dans l’inconscient humain avec ce rêve prométhéen de dépassement de lui-même, de s’affranchir de toutes les barrières, de toutes les limites. C’est un nouvel alphabet qui s’écrit sous nos yeux, une nouvelle écriture numérique de l’humanité qui se déploie sous nos yeux, une nouvelle anthropologie qui se dessine, fondée sur une métamorphose artificielle du génome humain au prétexte que ce corps ne fonde pas notre identité. Si certes ce livre ne fait pas l’impasse des éléments déjà connus par de nombreux lecteurs, l’ouvrage entend démontrer que sous nos yeux se construit une nouvelle civilisation, un nouveau monde barbare dont l’idéologie technique n’est ni plus ni moins que la domestication de l’homme machiniste, dont l’âme a été rendue corvéable au produit de son fantasme et de ses rêves de dépassement.

Le livre ne se conclura pas par une note pessimiste, car le Chrétien que je suis, préfère mettre son espérance dans la vie relationnelle incarnée, seul cap pour renverser Prométhée, l’homme démiurgique et me réjouir comme Marc quand il confessa qu’est-ce que quelques grammes de technologies perdues, face à la tonne d’amour reçu ». Alors possédons le bien le plus précieux qui soit à savoir l’amour, plutôt que d’embrasser l’hédonisme des objets, de spéculer sur les services factices qu’ils seraient susceptibles de nous rendre, méfions-nous de ces nouvelles idoles en réalité muettes, incapables de nous rendre le véritable change, la véritable joie, l’authentique relation d’âme à âme. Il nous semble dès lors impératif de nous recentrer sur la dimension de la conscience, l’esprit qui réside en nous et de revenir à la dimension du souffle pour résister à cette tentation technique que nous offre ce monde pour nous dédouaner de toute forme de vie intérieure. Toute la trame de ce livre sera guidée par la dimension de la conscience, entreprenons tout pour que cette conscience ne soit pas éteinte, qu’elle revienne à la source qui l’étanche et l’éloigne de toutes les appétences artificielles. Sans cette source, nous serons comme des hommes et des femmes inhabitées toujours à la quête de réponses qui ne remplissent ni l’esprit, ni le cœur. Aussi ce livre ne se conclura pas par la recherche d’un nouveau modèle social, car il ne me semble pas que cela soit la bonne réponse à apporter, ce dont l’homme a besoin, c’est de renouer prioritairement avec sa vie intérieure, de recevoir cette naissance d’en haut, comme Nicodème[6] qui était en quête de réponses, comme la Samaritaine[7] qui se rendait à la fontaine pour remplir sa cruche d’eau. L’homme a besoin de renouer avec ses racines, pour résister à l’ouragan d’un monde qui veut emporter avec lui la conscience de l’homme. Je rejoins ainsi la pensée de Sénèque qui évoque la vigueur de l’arbre qui résiste aux assauts vigoureux de la tempête : « Seul l’arbre qui a subi les assauts du vent est vraiment vigoureux, car c’est dans cette lutte que ses racines, mises à l’épreuve, se fortifient ». Cette phrase de Sénèque[8] a une résonance particulière dans ce monde qui subit les assauts répétés d’une pensée idéologique qui entend évacuer toute référence à la transcendance, à un Dieu créateur, dont le souffle de l’esprit n’a jamais en soi était éteint.

[1] L’actuel village de Chirakamout (ou Shirakamout) a été fondé au XIXe siècle : le village primitif s’étendait un peu plus loin, à proximité de la petite église ruinée de Tchitchkhanavank, appelée de nos jours Hin jam (« La vieille église »). Cette appellation s’explique par l’existence d’une église moderne beaucoup plus grande construite dans l’actuel village après sa fondation, et qui a été complètement renversée par le tremblement de terre, au point que ses ruines sont irrécupérables.

[2] Le mot culture serait ici plus approprié mais nous conservons le terme de civilisation comme l’ensemble des traits qui caractérisent la société contemporaine et ces traits concernent aussi bien la technique, la culture mais également les idéologies

[3] Golem : Dans la mythologie talmudique, le golem est un être artificiel, conçu à partir de l’argile chargé d’assister l’homme, une première forme d’être humanoïde.

[4] Hannah Arendt : « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal »

[5]  La Bible décrit le léviathan comme un monstre féroce et puissant Esaïe 27.1 le Léviathan, le serpent fugitif, […], le serpent tortueux ; {…], ce monstre qui habite la mer

[6] Bible : Evangile de Jean 3 : 1-21

[7] Bible : Evangile de Jean 4 : 1-42

[8] Sénèque, Dramaturge, Homme d’état, Philosophe (- 65)

Réveiller la conscience

Auteur Eric LEMAITRE

photo-1471310722956-19e564757459 (1) 

Réveiller la conscience est bien l’enjeu de ce siècle, mais pour la réveiller, il convient de donner à notre conscience une nourriture culturelle et spirituelle. Bien entendu je crois que la dimension spirituelle au sens où nous le comprenons comme chrétien, c’est-à-dire naître d’en haut est l’essence même de notre vie, l’essence primordiale faut-il le souligner. L’essence de cette dimension spirituelle qui nous permet ce passage d’un cœur vide, à un cœur rempli par l’amour de Dieu. Mais tous ne se sentent pas concernés par cette dimension, nous devons l’entendre, car par-dessus tout, nous comprenons que le libre arbitre est une nécessité, une exigence. Cependant le futur essai qui sera publié d’ici Octobre 2019 s’est appuyé sur une démonstration qu’un processus d’aliénation de l’âme humaine est bel et bien engagé. Partageant à des amis ce processus et lors d’une rencontre un dimanche après-midi, des amis m’interrogeaient sur mon activité de réflexions. Je les tenais ainsi informer du dernier livre que j’avais corédigé avec Gérald Pech et je leur rappelais le titre du livre : « La déconstruction de l’homme ». Tous m’ont fait répéter le titre du livre car tous avaient compris « La destruction de l’âme ». Au fond leur ai-je dit, vous avez sans doute entendu ce qu’il fallait entendre « Destruction de l’âme », de fait vous avez pleinement raison, car il s’agit bel et bien d’une entreprise d’anéantissement de la part intérieure de notre existence. Le livre ami lecteur que vous avez maintenant entre vos mains, s’est employé à démontrer ce lent processus engagé depuis l’aube de notre histoire humaine jusqu’à cette post modernité. Ce processus est notamment fondé sur l’envie du « mieux », le désir du « encore et encore », d’une soif insatiable de « plus et davantage » et surtout ce processus est focalisé à répondre à toutes les formes de fantasmes nous libérant du corps, de la finitude.

Aussi notre époque est bel et bien bouleversée par une modification radicale de l’espèce humaine, ce nouveau siècle est bel et bien entré dans une nouvelle ère, celle du post humain, un changement de paradigme traversé par une transformation radicale amenée par une démarche technique et de mathématisation de la vie dont le sommet est le transhumanisme. Ce changement est également illustré par cette nouvelle métaphysique qui redéfinit l’homme autour de conceptions anthropologiques qui sont l’expression d’une forme d’émeute contre l’ancienne anthropologie, cette émeute aura des incidences redoutables qui peuvent peser demain sur notre libre arbitre comme homme, comme personne habitée par des convictions spirituelles ou simplement philosophiques.

Or nous savons que la conscience ne se réduit pas à la matière ou à une matière mécanisée [nous le répétons encore et encore ], à une seule sensation d’existence mais elle est constituée d’une profondeur relationnelle, d’une dimension sensible, cognitive qui est essentiellement adossée à la culture, aux émotions intimes, aux aléas d’une vie traversée par les joies et les épreuves, mais notre conscience n’existe en soi que parce que nous avons le sentiment de l’amour, de nous savoir aimé, or inversement une personne non aimée est une personne isolée et désolée.

En conséquence cette dimension cognitive de la conscience, de la vie intérieure le libre arbitre de l’homme, nourrie par les savoirs est sans aucun doute en péril. Nous avançons dans ce texte l’hypothèse d’une convergence d’éléments interagissant entre eux, altérant la vie intérieure, atomisant la dimension de la conscience, cette capacité à penser la société, cette capacité à s’échapper à la spirale des addictions qui consomment l’âme. Ces menaces s’articulent autour du nivellement de la culture, du divertissement, de la crise, de l’idéologie, facteurs qui participent en s’intriquant à la déconstruction de l’être. Les avancées sociétales ont largement nourri cette thématique de la libre conscience, conscience qui dans sa dimension ontologique est depuis violemment malmenée dans les dimensions anthropologiques fondatrices de notre humanité, c’est ainsi que l’altérité sexuée est assez largement bousculée, remise en cause avec des conséquences qui seront bioéthiques comme changer la programmation de l’ADN humain, inventer l’utérus artificiel, hybrider l’homme et la machine. Or un tel processus engagé sera d’autant plus facile que la conscience sera malléable, qu’une nouvelle culture s’installera pour remplacer l’ancienne, que le divertissement sera l’occupation des âmes asservies, que l’on limogera l’économie du réel au profit d’une économie dématérialisée et servicielle, que l’on diffusera à l’école la pensée post humaniste familiarisant les enfants avec l’appétence des objets transhumanistes

La conscience spirituelle et le cœur : enjeu de ce siècle

« j’aimerais vous évoquer que cette voix intérieure que nous appelons conscience est plus savante que Pascal, plus éloquente que Winston Churchill, plus perspicace que Saint Augustin, plus réformatrice que Calvin et elle s’adresse à plus de monde et avec plus de puissance que n’importe quel homme. Son auditoire se limite au nombre de gens qui habitent sur cette terre. Elle n’est jamais lasse d’interpeller, elle éprouve constamment le besoin d’importuner, elle se fait entendre de façon permanente. Si nous agissons avec égard, elle peut devenir notre meilleure amie. Si nous la traitons sans égard, elle peut être alors notre pire ennemie et cela pour notre plus grand malheur. Cette voix, c’est la Conscience ».

Auteur Eric LEMAITRE

 

Extrait de mon prochain livre : Transhumanisme : Le réveil de la conscience ?

 

Ni une religion faite de rites, ni une institution, ni enfermé entre des murs ou les bastions des chapelles, de toutes sortes, le christianisme est d’abord l’incarnation d’une vie en nous, la manifestation d’une vie dont le reflet est Christ en nous-même Nous ne le nierons pas, le christianisme a pourtant une histoire, une filiation spirituelle, mais le christianisme est avant tout un corps vivant, un corps agrégeant des consciences toutes reliées par la dimension de celui qui vit en nous, de celui qui est ressuscité Dans cette vision d’une vie incarnée Les écrits des apôtres comme ceux appelés Pères de l’église évoquent tous la nécessité d’être régénéré dans la conscience de ce « roseau pensant », de cet homme fini et fragile, cette conscience qui forme comme une lampe à nos pieds. La conscience dans la Bible est un « souffle qui pénètre jusqu’au fond des entrailles », une lampe qui est mise dans le cœur de l’homme La conscience n’est pas seulement une sensation d’existence, mais c’est avant le discernement en soi, la faculté d’entrevoir que notre vie dépasse la condition d’un homme enfermé dans la chair et livré à tous ses instincts, au relativisme du bien et du mal et au déterminisme de l’existence. Saint Paul dans une lettre écrite à son disciple Timothée, parle d’une bonne conscience et d’un cœur pur, l’apôtre signifie ici l’attente d’une conscience détachée des influences exercées par un monde qui nous éloigne de l’adoration d’un Dieu créateur des cieux et de la terre. Or le nouveau monde qui se prépare façonné par l’idéologie transhumaniste est le contre-pied de l’idéal chrétien, quand le monde transhumaniste, parle de progrès, d’homme augmenté, de projet prométhéen, le christianisme nous évoque celle de la transformation des cœurs, celle d’une transformation radicale et personnelle et non d’un projet collectif. La foi embrasse, le cœur, l’interpelle à un changement intérieur et non à une forme de mutation de soi et non plus à une forme d’adhésion à un projet collectif, il s’agit avant tout et pour soi, d’une transformation qui touche à la dimension de l’âme qui ne se laisse plus et définitivement assujettir par l’appétit ou l’appétence d’une vie focalisée sur la satisfaction des besoins de la chair et aujourd’hui d’une chair qui aspire à être augmentée. L’évangile annoncé par Jésus-Christ est d’abord une exhortation adressée non pas à quelques hommes, quelques mystiques, mais c’est un message adressé à toute l’humanité, c’est une convocation de la conscience, la conscience appelée à surmonter ce qui en lui-même appartient à l’homme déchu, pour passer à son être restauré, reconstruit en Christ, l’homme nouveau, l’homme régénéré. Vous noterez au passage ce contre-pied qui s’érige contre la philosophie des lumières qui utilise la même expression « Viel homme et homme régénéré », qui moque la foi Chrétienne, dénonçant son archaïsme et l’illusion de l’intemporel.  Dans la dimension de la foi Chrétienne, chacun d’entre nous est appelé à se rendre disponible et présent au Royaume de Dieu, capable de recevoir la libération de sa conscience et d’accueillir dans la conscience d’un homme libre, le salut qui ne viendra pas d’un hypothétique âge d’or terrestre, d’une forme de communisme numérique ou d’un millénaire promis par le nouveau Prométhée issu du monde des algorithmes et qui nous refait le coup de réinventer le monde de Babel, d’une Babel horizontale et non verticale, une Babel sans Dieu et non plus comme pour défier Dieu, car l’homme a choisi de l’ignorer et de considérer son inexistence comme un fait, le monde n’existant que par lui-même, une mécanique absurde qui s’est auto-créée. A l’inverse de ce monde prométhéen, de ce messie numérique, la conscience du royaume de Dieu, c’est avant tout une relation incarnée, c’est l’assurance de recevoir une pleine libération spirituelle dans sa chair, dans l’entièreté de ce corps, âme et esprit. A l’heure des injonctions de la machine, de ces nouveaux navigateurs de la conscience, je trouve dans ce questionnement de Saint Paul, une dimension pleine de lumière, de sagesse « [1]Pourquoi, en effet, ma liberté serait-elle jugée par une conscience étrangère ? », oui pourquoi nous laisser domestiquer, coloniser par les objets et ces artefacts qui simulent l’esprit de l’homme ?

Dans ces contextes de possession de notre âme, de déconstruction de l’âme, l’homme prométhéen ou transhumaniste est un réalité un homme déchu qui ne s’en remet qu’à son seul salut, espérant que la technoscience le libérera de la servitude d’un corps qui l’enferme dans la mort. Le christianisme à l’opposé, sollicite la conscience, le cœur de l’homme pour revenir de tout son cœur au sens de la vie qui se fonde dans une espérance inébranlable. Jésus évoque dans l’évangile de Saint Mathieu[2] la conscience de l’homme comme d’un œil qui est en quelque sorte la lampe du corps et si cet œil est en bon état, l’être sera éclairé, mais si inversement cette conscience est en mauvais état, tout notre être sera dans les ténèbres. La conscience est à l’heure où la nuit avance, le véritable enjeu spirituel de notre siècle et il me semble qu’il serait contreproductif de proposer un modèle sociétal si le cœur de l’homme n’est pas en soi transformé par la lumière de Christ. Il serait vain d’avoir un quelconque engagement sur un modèle, si nous ne réformons pas notre propre vie, en renaissant finalement d’en haut. Pour illustrer mon propos, Je me suis ici inspiré du propos[3] lumineux du Pasteur Fernand Legrand qui éclaire la conclusion de ce livre, dont je reprends ici sommairement l’idée : « j’aimerais vous évoquer que cette voix intérieure que nous appelons conscience est plus savante que Pascal, plus éloquente que Winston Churchill, plus perspicace que Saint Augustin, plus réformatrice que Calvin et elle s’adresse à plus de monde et avec plus de puissance que n’importe quel homme. Son auditoire se limite au nombre de gens qui habitent sur cette terre. Elle n’est jamais lasse d’interpeller, elle éprouve constamment le besoin d’importuner, elle se fait entendre de façon permanente. Si nous agissons avec égard, elle peut devenir notre meilleure amie. Si nous la traitons sans égard, elle peut être alors notre pire ennemie et cela pour notre plus grand malheur. Cette voix, c’est la Conscience ». Cette voix la conscience a ainsi éclairé les consciences de John Newton, pasteur Anglican mais qui jadis fut impliqué dans le trafic d’esclaves et qui plus tard fut un partisan de l’abolition de l’esclavage, John Newton fut littéralement saisi par la dimension de la grâce et tous nous connaissons ce cantique merveilleux dont il est l’auteur « Amazing Grace » « Grace merveilleuse, quel son si doux. Qui a sauvé un malheureux tel que moi. J’étais perdu, mais je suis maintenant trouvé. J’étais aveugle, mais maintenant je vois », la lumière intérieure, ce souffle qui pénètre jusqu’au fond des entrailles a touché finalement le cœur de John Newton. Je pense aussi à d’autres figures comme l’abbé Pierre, Jean Vanier, Sœur Emmanuelle, Martin Luther King, Mère Teresa. Cette conscience qui nous dit que si nous savons faire le bien et que nous ne le faisons pas, nous commettons un péché[4]. Ces hommes et ces femmes qui se sont employées à reconnaitre leur propre fragilité et la fragilité de leurs semblables pour s’employer à transformer leur cœur pour offrir une oasis de vie comme à Beer Shéba, un véritable éden à ces personnes exclues, abandonnées, fragilisée par les aléas parfois la brutalité de l’existence. A l’heure où les idéologies du progrès imposent au monde leurs systèmes de valeur et leurs valeurs morales, à l’heure où l’on désire ne plus entendre ces lois qui ont formé ce que nous appelons les interdits, touchant l’anthropologie humaine, la technoscience s’impose comme le nouveau messie chargé de construire la nouvelle éthique du bien faire et non l’éthique de faire du bien, plus que jamais la conscience et le cœur deviennent l’enjeu de ce siècle pour interpeller et être la voix qui crie dans ce nouveau désert, le vide finalement de cette conscience qui a besoin de ressourcer et de trouver l’eau qui jaillit comme une fontaine de vie dans les cœurs assoiffés, puisse ce livre trouver un écho auprès de vous lecteur.

[1] 1 Corinthiens 10 : 29

[2] Mt 6 :22 L’œil est la lampe du corps. Si ton œil est en bon état, tout ton corps sera éclairé ; et Mt 6 :23 mais si ton œil est en mauvais état, tout ton corps sera dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes ces ténèbres !

[3] Citation inspirée par le pasteur Fernand Legrand et extraite de son blog : https://www.info-bible.org/legrand/3.5.htm

[4] Jacques 4.17 Si donc quelqu’un sait faire ce qui est bien et ne le fait pas, il commet un péché.

Beer Shéba : le sens de la vie

Auteur Eric LEMAITRE

La conscience et le sens de la vie

theme-4

Le XXIème siècle qui se dessine sous nos yeux n’a plus pour horizon la recherche du sens de la vie, du sens concret de l’existence, la société occidentale, particulièrement elle, est affectée par cette double dimension à la fois, celle qui concerne l’aliénation de la conscience et celle d’un déclin de la quête intérieure, de la vie intérieure. Ce déclin de la vie intérieure comme cette perte de sens, de la conscience anesthésiée, résulte sans doute du crépuscule des valeurs fondatrices d’une vie, qui transcendent notre propre moi, nous avions sans doute été éduqués dans des dimensions qui nous unifiaient à une identité, un bien commun, mais il faut bien admettre que ces valeurs fondatrices se délitent et à coups de butoir, les pans entiers des murs civilisationnels, des systèmes religieux mais également des institutions qui unifient un peuple, sont en passe de s’effondrer. Le monde digital veut en effet nous faire entrevoir un autre monde, celui du progrès continu visant à satisfaire les petits plaisirs de l’existence sans se donner la peine de dépasser le seul horizon du quotidien. Ce monde digital absorbe le quotidien et en est réduit à entretenir notre passion pour les objets, afin de donner l’impression d’exister par l’objet, « j’existe parce que je consomme », cette existence-là traduit en vérité, une réalité de la pauvreté intérieure et qui ne se mesure que par la quantité. Cette quantité qui me définit au travers de mon environnement ou de mes pseudo richesses. Le sens de la vie n’est de fait pas l’objet possédé qui n’est qu’un état éphémère de la matière convoitée, le sens de la vie imbrique surtout cette dimension de l’amour, des liens affectifs, du ressenti qui touche à l’attention que l’on nous porte mais ce sens de la vie concerne aussi nos racines et notre identité d’homme, notre histoire et le récit d’une histoire qui nous a précédés. Or nous ressentons dans ce monde occidental comme un immense vide, le philosophe Maxence Hecquard évoque « le fait monotone qui frappe tous les individus aujourd’hui, le non-sens d’une existence sans fin », « ce désarroi … » écrit Maxence Hecquard « …est perceptible dans la production culturelle nihiliste qui laisse les individus désarmés… ». Or cette production nihiliste occulte et fait l’impasse des grands récits qui forgent le sens jusqu’à en bannir les héritages culturels, c’est comme imprimer en nous une page blanche, cette même page blanche qui angoisse tout écrivain mais qui ne peut en soi écrire que parce qu’il est habité par une vie qui l’a nourri, et une vie qui prend racine dans l’amour, auprès de parents aimants, dans un lieu, un habitat, une histoire humaine qui le précède, un écosystème riche de toute une diversité de rencontres, un récit, finalement un milieu dont il est l’héritier, ce milieu qui le rend conscient qu’il ne s’appartient pas tout à fait, qu’il est simplement l’héritier d’un patrimoine humain qui va transcender son existence. Mais par-dessus tout son existence sera nourrie par l’amour, car sans l’amour, il ne peut y avoir véritablement de vie, de sens donné, un sens profond donné à l’existence. C’est cette dimension de l’amour qui est ici parfaitement résumé dans ce témoignage bouleversant rapporté par le sociologue Frédéric Lenoir[1]« [2]Je n’oublierai jamais cette scène bouleversante à laquelle j’ai assisté, il y une vingtaine d’années, lors d’un voyage en Inde. Je travaillais comme volontaire chez les sœurs de Mère Teresa. Un bébé, trouvé dans une poubelle, avait été amené à l’orphelinat de Calcutta. Il refusait de s’alimenter, n’exprimait aucune émotion. Il était comme mort. Malgré les premiers soins médicaux et nutritionnels, son état ne s’était guère amélioré. L’une des religieuses le prit dans ses bras, le frictionna vivement, le serra, lui parla, tenta de le faire rire. Rien n’y fit. Serrant l’enfant contre son cœur, elle s’immobilisa longuement les yeux fermés. Il émanait d’elle une force étonnante. Puis, lentement, ses mains recommencèrent à pétrir le bébé. Inlassablement, elle le massa de la tête aux pieds, avec un mélange parfaitement dosé de force et de délicatesse. Elle se remit à faire sauter l’enfant sur ses genoux et son air grave se transforma en une cascade de rires. Et là, sous nos yeux, un miracle de l’amour se produisit. Le regard de l’enfant commença à s’éclairer. L’absent devenait présent. Et, doucement, un sourire s’esquissa accompagné de quelques petits cris de bonheur. Le bébé avait choisi de vivre. Son sourire témoignait que l’amour est le seul motif qui donne vraiment sens à une existence ».

A l’opposé de ces figures de l’amour, ces sœurs de Mère Teresa, la société occidentale fabrique l’isolement, la société individuelle où nous sommes éloignés les uns des autres, nous formons comme une cohorte d’individus indifférents au sort des autres, comme Tocqueville l’écrivait dans ce livre « La démocratie en Amérique ». Or nous risquons bien de connaitre l’état d’un enfant non nourri par l’amour, non nourri par le sens de la vie, non nourri par les caresses de l’affection, de l’étreinte aimante, ce qui embrasse et nous donne une raison d’être. Nous sommes dans l’état de la jouissance des biens, dans la sécurité de ces jouissances privées, mais sans la vie qui nous embrasse, nous devenons des êtres moribonds et sans vie, car nous avons préféré l’adoration des « statuettes interactives », plutôt que de donner notre adoration à celui qui est à l’origine du souffle donné à notre vie.

Ainsi l’individu non relié aux autres, non relié à toute recherche de sens, est un individu désolé, ce que souligne également le philosophe Maxence Hecquard. Or cette métaphore finalement de l’homme désolé dont on peut comprendre plusieurs sens, signifie plutôt ici l’homme vide, l’homme inhabité. Nous comprenons dès lors ce qu’il peut advenir d’un homme concerné par le vide existentiel, devenant une proie facile pour les idéologues, ces rapaces du monde mortifère et nihiliste, ces rapaces de la vie relative ou de la relativisation qui lui promettent la reconnaissance de l’objet miroir, son interface artificielle qui va enfin lui répondre « Oui tu es certainement quelqu’un, tu as maintenant à me consacrer ton existence, moi je vais t’en donner le sens ». Ces idéologies comme je l’écrivais, vont donner à une vie « creuse », une nouvelle identité, quitte à sacrifier son âme, quitte à se laisser posséder, par la vie factice, la vie par procuration, par l’objet qui me possède. Avec passion Éric Sadin, ce jeune et brillant philosophe et à la suite du théologien Jacques Ellul lance comme une forme de cri d’alarme à la conscience afin que cette dernière accepte de se laisser saisir : « Allons-nous accepter, au nom de la croissance, de voir s’instituer, par le fait de ces systèmes, un dessaisissement de notre faculté de jugement, une marchandisation intégrale de la vie ainsi qu’une extrême rationalisation de tous les secteurs de la société ? ». Autrement dit accepterons-nous de nous laisser éplucher, décortiquer, décrypter, accepterons-nous de laisser les « datas » ces données existentielles afin que cette machine titanesque se livre à la possession de notre conscience en pilotant notre existence. Car c’est bien le pilotage de l’existence qui constitue l’entrée d’une main mécanique, mise sur soi.

Or le pilotage de l’existence, c’est bien l’expérience existentielle conditionnée par le monde digital, ce pilotage est celle d’un déplacement de notre relation à l’autre, à une relation à l’objet. C’est cette relation à l’objet qui nous conduit à l’expérience du vide existentiel qui générera la frustration, l’éviction de l’intériorité, du sentiment d’exister.  L’être humain est ainsi bel et bien confronté à une frustration, le sentiment de ne pas avoir pu réaliser son désir, comprenant que sa tentative est probablement vaine de vouloir s’affranchir de tout interdit pour assouvir son désir. Rechercher la vie intérieure, le sens de la vie, la conscience d’être n’est possible que si nous acceptons de ne pas succomber à la tentation de posséder l’objet l

Tous les maux de la civilisation moderne trouvent ainsi leurs sources ® leur source dans cette dimension d’un manque existentiel, d’un manque de Dieu, une forme de ratage dans sa relation avec Dieu, ®. Nous sommes ainsi passés d’une relation à l’autre à celle d’une relation qui passe par l’objet, ce même objet qui vient à posséder notre vie intérieure.

Or l’expérience existentielle est conditionnée par celle du désir qui n’est pas en soi négatif, mais le désir est devenu capricieux. La convoitise de l’objet est une caractéristique de notre époque, elle s’exprime par le souhait d’atteindre une forme de bonheur que confère la possession de la matière, la possession des objets, je vois là un mal être existentiel, l’expérience en somme de la déchéance spirituelle, de l’âme asséchée par sa symbiose avec cette fascination pour les objets qui lui font miroiter un plus, toujours un plus, et de plus en plus.

Nous sommes au fond invités à prendre conscience que nous nous sommes laissés avaler, consommer par une forme de mantra, d’incantation mystique de l’objet « toujours plus, toujours mieux, plus de nouveauté, plus de fonctions », or il est frappant de lire dans l’évangile, cette parole de Christ, l’homme ne vivra pas seulement de pains, mais de toute parole qui sortira de la bouche de Dieu. Or nous confondons aujourd’hui l’utile et l’artificiel, le nécessaire et le factice. Cette parole donnée par Christ à l’ensemble de ceux qui l’écoutaient et qui l’écoutent, offre en réalité une nouvelle dimension à l’existence humaine, celle d’une autre réalité, la plénitude d’une vie intérieure non reliée aux objets mais reliée aux autres et à Dieu. C’est dans la vie relationnelle que s’édifie cette dimension de la vie, de la plénitude de l’existence. Lors d’un déplacement à Lux, où je rencontrais d’autres amis pasteurs, j’ai eu ce témoignage que je vous rapporte, témoignage qui nous a été relaté au travers d’un reportage fait par la chaine de télévision France2 dans le cadre de l’émission Présence Protestante. Ce témoignage en soi traduit la pensée développée dans ces lignes, comme le prolongement de la vraie vie, celle que relatait le sociologue Frédéric Lenoir. Ce témoignage rapporte qu’au Sénégal des missionnaires de l’Eglise Portes Ouvertes engagèrent une mission de forestation, de reboisement d’un lieu totalement sec, associant un programme de revitalisation de la terre désertique pour y ensemencer des arbres et donner la vie à un territoire dévasté par la désertification et à cette mission les missionnaires chrétiens engagèrent parallèlement la formation des paysans pour transmettre à leur tour le savoir-faire acquis. Ce qui est saisissant dans ce reportage, c’est la double mission qui finalement a été conduite, celle de donner de la nourriture nécessaire à des hommes et des femmes, privés de terres cultivables, de donner la vie à un lieu et de donner de l’espoir à des habitants qui n’en avaient plus. La terre s’appelle Beer Shéba qui est un véritable Eden, une oasis dans un désert qui est devenu par la suite une terre d’accueil pour les oiseaux migrateurs. Ce que nous dit Beer Shéba, concerne finalement quelque chose qui touche au vrai sens de la vie, celui finalement d’engendrer la vie, de donner la vie à des gens et à des lieux, dans une démarche d’écologie intégrale, prendre soin de l’homme, prendre soin de la terre. La conscience nourrie par Dieu engendre une dimension de vie partagée. Les équipes pastorales de Beer Shéba concilient leurs deux missions, celle de donner de la nourriture nécessaire et d’offrir une nourriture spirituelle en abondance. La joie habite ce lieu et le sens de la vie a été regagné pour conquérir un désert. L’œuvre humanitaire de Beer Shéba contraste finalement avec le monde du progrès promis par la Silicon Valley, cette Silicon Valley qui pourrait bien transformer les âmes en âmes désolées et inhabitées, alors que Beer Shéba a rempli les cœurs d’une nouvelle espérance, a rempli la conscience et la nécessité de répondre aux vrais besoins d’une humanité qui a soif de vie et d’une authentique nourriture non faite d’artifices mais d’une vie qui la redonne à la terre, qui redonne un paysage qui lui-même devient fertile et engendre un avenir. Quel avenir dessine pour nous la Silicon Valley ? Beer Shéba nous parle d’un avenir authentique d’une vision donnée à des hommes qui se sont laissés touchés dans leur conscience pour un projet qui donne la vie à la terre à l’inverse de celui de la Silicon Valley qui est de donner la vie à la matière pour notre plus grande désolation, notre plus grande ruine. Le réveil de la conscience, c’est pour nous Beer Shéba, le véritable éden, l’arbre de vie, l’endormissement de la conscience c’est la Silicon Valley, le paradis artificiel, l’arbre technologique, celui de la connaissance qui ne nous ouvre aucune perspective ni dans cet avenir, ni au-delà.

[1] Philosophe de formation, Frédéric Lenoir est docteur en sociologie, chercheur en sciences des religions.

[2] Citation extraite de : https://www.psychologies.com/Culture/Savoirs/Philosophie/Articles-et-Dossiers/Le-sens-de-la-vie

La conscience : enjeu de société  

psychology-2706902_1920.jpg

Auteur Eric LEMAITRE 

Ne vous attendez pas à lire dans mon prochain livre une nouvelle recette ou de vous remonter celles qui avaient eu cours pour fonder une société conviviale loin de ce processus de mécanisation de la vie, loin d’un monde soumis au pouvoir titanesque d’une technoscience qui rêve de post-humanisme, d’intriquer l’homme et la machine, de relier l’homme à l’intelligence artificielle. Volontairement je veux vous décevoir, car il n’y pas de modèle à vous imposer ou à imposer à qui que soit, au risque de fabriquer une société non consentie par une majorité. Or plus que tout, je revendique la liberté pour tous, la liberté de sa conscience de choisir entre un chemin qui nous conduit à la vie et ce chemin que je vous ai décrit tout au long de mon dernier livre et comme dans le prochain, et qui porte en lui-même le projet mortifère d’une société livrée à l’appétit d’une vie quotidienne augmentée. L’enjeu est de comprendre pourquoi il y a quelque chose d’effrayant, de terriblement affolant de se retrouver dans l’enclos de cet univers mécanisé qui nous est promis. Puissions-nous, nous réveiller finalement de l’indolence d’une société de consommation baignée dans l’eau tiède, celle de la société de Laodicée[1] qui prétendait être riche et de n’avoir besoin de personne, cette même société qui nous fait miroiter la vie réussie, de ces objets avatars, nouveaux « directeurs de conscience » qui flatteront et piloteront l’existence, toute l’existence.

Puissions-nous ne jamais nous habituer à l’eau tiède, à ce phénomène d’habituation comme une forme d’apprentissage discipliné, tel l’environnement relaté dans la fable de la grenouille[2],  une grenouille qui ne saisit pas que la marmite dans laquelle, elle s’est plongée est en train de bouillir.   Aussi venons à l’essentiel et l’essentiel est bien cette dimension de la conscience qui fait la spécificité de l’être humain. La conscience qui fut tout au long de ce livre comme le fil conducteur, la trame, cette conscience que j’interpelle, celle de mon lecteur finalement, non sous forme d’injonction moralisatrice, d’ordre pour le soumettre à mon idéologie, mais bien plutôt comme une pensée dont il saisit la portée significative pour décider en lui-même, comprenant par lui-même, la nécessité de refuser l’aimantation d’une société transhumaniste qui puise dans les âmes désolées, les âmes inhabitées. Il importe pour chacun d’entre nous de comprendre les ressorts d’une société vampirisant les êtres afin de leur donner une nouvelle identité, celle de post humain. Toute l’histoire technique atteste cette aptitude à assimiler les inventions et les découvertes, à les incorporer au fil de l’eau, à notre mode de vie, mais il est urgent de comprendre, que nous sommes sur le point d’être façonnés par les objets eux-mêmes, ceux-là même qui entendent domestiquer l’être humain.

Dans ces nouveaux contextes civilisationnels, il importe pour nous de comprendre que les ressorts de toutes les idéologies mortifères s’appuient en effet et systématiquement sur le besoin exprimé par les populations d’être conduites dans une idéologie qui les porte, les fédère de manière enthousiasmante, exaltant une soif d’identité, de raison d’être. Or le lit de ces idéologies totalisantes et mortifères est le plus souvent engendré en raison très souvent de la vacuité, du vide spirituel, du vide intérieur, de l’ennui qui traverse la société. Les plus grandes tragédies humaines se sont finalement forgées dans le « vide de la pensée ». Or avec cette eau douce, cette eau tiède, cette habituation comme je l’écrivais précédemment, nous finirons bien par nous plier à l’injonction d’une vie sociale totalisante et entièrement « machinisée » qui nous donnera l’illusion d’une vie remplie. Dans cette nouvelle vie sociale, cette vie quotidienne des biens et des gens augmentés, nous serons comme docilement familiarisés aux contextes d’une ère civilisationnelle dont le phénomène technique est bien la possession de l’homme par l’objet, « l’homme devenu l’objet de la technique »[3].   Le transhumanisme est de fait le symptôme des crises de l’ancienne civilisation mais constitue en soi le prodrome ou bien le préambule du nouveau totalitarisme qui se dessine sous nos yeux. Ce nouveau totalitarisme ne sera pas nécessairement alimenté par la terreur d’un appareil d’état, mais le sera par l’appareil machine, la terreur qui fut autrefois, l’“essence“ même du totalitarisme en supprimant radicalement toute autonomie individuelle sera remplacé par celle de l’injonction de la machine, l’assistant navigateur de notre vie sociale qui supprimera également et radicalement toute liberté en insufflant les itinéraires rationnels que nous devons emprunter dans une civilisation machinisée devenue totalement cartésienne.

La machine cybernétique donnera ainsi l’impression à tout être, d’accomplir son autonomie, mais en réalité une autonomie manipulée jamais éloignée de son noyau, la machine régulant les gestes et les actes de ce bon citoyen corvéable, domestiqué que nous serons devenus, si notre conscience se laisse ankyloser par la société de divertissement qui nous est promise.

Aussi dans cette dernière partie du livre, il me paraissait comme primordial de faire de la conscience, de notre conscience le sujet essentiel pour saisir l’impératif de ne pas nous laisser couler dans la spirale infernale d’un système babylonien. Un système qui est en passe d’orienter la vie humaine au prétexte qu’il nous faut changer de récit celui d’une civilisation enfermée dans l’idée de la mort, qu’il faut ouvrir les yeux des hommes afin que nous devenions pareils à des Dieux. Il est temps ainsi de revenir à l’arbre de vie et de ne pas être sous la coupe de l’arbre technologique, de ce fameux fruit de la connaissance qui conduisit l’homme déchu à devenir l’homme Dieu.

[1] Lettre à l’église de Laodicée, Livre de l’Apocalypse de St Jean Apocalypse 3.14-22 « Je suis riche, je me suis enrichi, et je n’ai besoin de rien… »

[2] Fable de la grenouille : Si l’on plonge subitement une grenouille dans de l’eau chaude, elle s’échappe d’un bond ; alors que si on la plonge dans l’eau froide et qu’on porte très progressivement l’eau à ébullition, la grenouille s’engourdit ou s’habitue à la température pour finir ébouillantée.

[3] Formule empruntée à Jacques Ellul

Le messie technologique

Il est évident que le monde numérique tentera de se draper de ses plus beaux atours, d’habits seyants pour séduire la civilisation humaine face à ses crises en vantant sa contribution à améliorer le sort de la planète en déployant des solutions en matière de proximité, de déplacements, de télétravail, d’aides à la décision, de tâches jusqu’alors dévolues aux hommes.  Les outils numériques séduiront de toute évidence l’humanité du fait de l’amélioration des échanges, du meilleur partage de l’information, de la communication instantanée, de l’exactitude des informations transmises, de la puissance de calcul et de synthèse des données, de sa capacité à orienter, à rapprocher et laissant peu l’initiative au hasard des rencontres. Le déterminisme des rencontres sera à l’œuvre, nous entrons dans le monde de la vie rationnelle qui a horreur de l’improvisation, de l’imprévisible. Il sera alors devenu confortable de ne pas penser par soi et de subir l’injonction du navigateur « C’est l’heure de ta promenade, va à droite, achète-moi cet objet, divertis toi avec ce film, ne consomme pas cette viande… 

 

Auteur Eric LEMAITRE

Le Messie Technologique

 

Il est évident que le monde numérique tentera de se draper de ses plus beaux atours, d’habits seyants pour séduire la civilisation humaine face à ses crises en vantant sa contribution à améliorer le sort de la planète en déployant des solutions en matière de proximité, de déplacements, de télétravail, d’aides à la décision, de tâches jusqu’alors dévolues aux hommes.  Les outils numériques séduiront de toute évidence l’humanité du fait de l’amélioration des échanges, du meilleur partage de l’information, de la communication instantanée, de l’exactitude des informations transmises, de la puissance de calcul et de synthèse des données, de sa capacité à orienter, à rapprocher et laissant peu l’initiative au hasard des rencontres. Le déterminisme des rencontres sera à l’œuvre, nous entrons dans le monde de la vie rationnelle qui a horreur de l’improvisation, de l’imprévisible. Il sera alors devenu confortable de ne pas penser par soi et de subir l’injonction du navigateur « C’est l’heure de ta promenade, va à droite, achète-moi cet objet, divertis toi avec ce film, ne consomme pas cette viande… »Dans son livre « la France contre les robots » Bernanos signa un texte puissant et d’une vraie portée prophétique soulignant finalement l’aptitude d’une humanité docile capable de céder à l’efficience de la technologie, dans ce texte vigoureux, Bernanos fustige, l’abandon de la dimension réflexive de l’être humain, emporté par la séduction de la Calypso et qui ne rêve plus l’éphémère de la vie, son libre arbitre ! « La Technique prétendra tôt ou tard former des collaborateurs acquis corps et âme à son Principe, c’est-à-dire qui accepteront sans discussion inutile sa conception de l’ordre, de la vie, ses Raisons de Vivre. Dans un monde tout entier voué à l’Efficience, au Rendement, n’importe-t-il pas que chaque citoyen, dès sa naissance, soit consacré aux mêmes dieux ? La Technique ne peut être discutée, les solutions qu’elle impose étant par définition les plus pratiques. Une solution pratique n’est pas esthétique ou morale. Imbéciles ! La Technique ne se reconnaît-elle pas déjà le droit, par exemple, d’orienter les jeunes enfants vers telle ou telle profession ? N’attendez pas qu’elle se contente toujours de les orienter, elle les désignera. Ainsi, à l’idée morale, et même surnaturelle, de la vocation s’oppose peu à peu celle d’une simple disposition physique et mentale, facilement contrôlable par les Techniciens. ». Dans ce texte, sorte de pamphlet contre la technique érigé en système, Bernanos estime finalement que cette vie vouée à la puissance de la machine, encartera et limitera l’homme. Cette puissance machiniste qui est à l’œuvre ira jusqu’à troubler l’âme de l’homme, jusqu’à l’enserrer dans ses griffes. C’est le Philosophe Éric Sadin qui expose cette vision du « hub », prolonge en quelque sorte la pensée prémonitoire de Bernanos en décrivant cette vaste plate-forme aéroportuaire ou transite toute l’activité aérienne et qui pourrait ainsi préfigurer ce mouvement de monde rationnalisé, ce monde rationnalisé par une technologie hyper sophistiquée, Éric Sadin évoque « ces structures architecturales et logistiques qui battent désormais au rythme des processeurs s’assurant à tout instant du bon équilibre [1]». Un principe mis en œuvre comme l’indique Éric Sadin dans la « Smart City ».  Ce principe de rationalisation et de mathématisation de la cité « Utopia » est en œuvre, en mouvement. “Le spectacle de la machine qui produit du sens dispense l’homme de penser[2]est bel et bien sur le point d’être amorcé, notre civilisation dans cet effet de bascule de la singularité technologique est entrain au fil de l’eau de remettre les clés de sa gestion entre les mains de ce fameux « messie technologique ». Nous « accepterons sans discussion inutile sa conception de l’ordre, de la vie, ses Raisons de Vivre », voilà ce que préfigure l’Utopia transhumaniste et le modèle de mathématisation promise avec le développement de l’intelligence artificielle.  

Le modèle de mathématisation et d’intelligence rationnelle, le fantasme d’assurer « l’infaillibilité du raisonnement » avait été ainsi imaginé trois siècles plus tôt par le philosophe Leibnitz[3] qui avait conçu un rêve incroyable, oui incroyable à l’heure des algorithmes, à l’heure de l’intelligence artificielle, celui de mathématiser la pensée et de créer une machine à raisonner. Le rêve de Leibniz, philosophe du XVIIe siècle (siècle où la technique n’était pourtant pas dominante), était de transformer l’argumentation en théorème, de convertir une discussion en un système d’équations et de proposer à un débatteur, en cas de difficulté argumentative, le recours à un « calculus ratiocinator », une machine à raisonner. Leibnitz décrivait ainsi le processus de la pensée humaine comme la simple manipulation mécanique de symboles, une idée reprise plus tard par le prix Nobel d’économie Herbert Simon, quand celui-ci conçut le concept d’Intelligence artificielle. L’intelligence artificielle sorte de Messie Technologique ou de « Maman artificielle » qui exprime la vacuité d’un monde qui a abandonné l’intelligence du cœur au profit d’un artefact qui réfléchit désormais pour lui. Nous devons cependant reconnaitre la fascination et la tentation qu’opère ce nouvel objet de la pensée que l’on nomme sans doute à tort « L’intelligence artificielle » qui n’est en soi qu’un dispositif de savants calculs statistiques contribuant à réguler ou faciliter l’être humain dans l’ensemble de ses tâches. Mais c’est bien cette fascination qui opère une séduction quasi envoutante en regard des capacités cognitives proposées par ce système de calcul.  Il n’est pas improbable malgré quelques difficultés relevées à ce jour, que les barrières techniques soient levées et autorisent l’émergence d’un calculateur aux capacités de calculs gigantesques et avec des applications infinies enrichies par des   exaoctet de milliards de données et des données qui toucheront toute la vie sociale des êtres humains. Les combinaisons de ces données permettront l’intrusion dans tous les interstices de la vie, de tous les espaces de la vie sociale et plus rien n’échappera au pouvoir de « colonisation »  et de contrôle de ce Messie technologique, de ces ordinateurs bardés de calculs algorithmiques, capables de factoriser toutes les dimensions de la vie humaine avec des capacités de prédiction, de guidage, d’espionnage, de surveillance généralisée de nos faits et gestes assurant sans doute une paix factice mais éphémère, car le moindre cataclysme pourrait bien amener l’effondrement de cette nouvelle cathédrale humaine. Comme l’écrit avec justesse ce journaliste ce messie technologique « n’est plus à notre service mais se sert de nous afin d’orienter nos comportements et de définir des dogmes auxquels nous devrions nous plier, à commencer par celui de la transparence  de nos existences [4]».

[1] Citation extraite du Livre « L’intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle »

[2] Citation de Jean Baudrillard penseur de l’innovation sociale

[3] Le rêve de Leibniz, philosophe du XVIIe siècle (siècle où la technique n’était pourtant pas dominante), était de transformer l’argumentation en théorème, de convertir une discussion en un système d’équations et de proposer à un débatteur, en cas de difficulté argumentative, le recours à un calculus ratiocinator, une machine à raisonner. Leibnitz décrivait ainsi le processus de la pensée humaine comme la simple manipulation mécanique de symboles, une idée reprise plus tard par le prix Nobel d’économie Herbert Simon, quand celui-ci conçut le concept d’Intelligence artificielle.

[4] Référence de la citation : http://premium.lefigaro.fr/vox/politique/2018/11/29/31001-20181129ARTFIG00357–l-intelligence-artificielle-revee-par-la-silicon-valley-cherche-a-nous-aliener.php

La ville digitalisée, la tentation de Babel

Dans les dix prochaines années, la ville fera l’objet certainement d’une reconversion révolutionnaire de sa conception à son organisation, avec le devoir de gérer de nouvelles contraintes, de nouvelles tensions sociales qui pourraient émerger. La ville devient en effet complexe, et cette complexité tient à l’humain et à l’évolution de leurs comportements au sein de la ville du fait même de l’évolution des technologies employées et des modifications tenant à des comportements plus isolés, marqués par la dimension de l’ego, la société du « pour moi ».  Pour répondre aux besoins, à ces besoins humains, la cité urbaine évolue vers davantage de technicité et de réponses servicielles qui seront dématérialisées et numériques, satisfaisant à ces nouvelles attentes hédonistes et consuméristes. La nécessité s’est alors imposée de savoir anticiper les besoins, de savoir gérer, de savoir organiser la structure sociale, de réguler l’attractivité des réponses à apporter à l’ensemble des attentes issues des activités humaines. Avec l’émergence des nouveaux outils numériques, de l’intelligence artificielle, de la multiplication des connectivités dans la ville, les urbanistes réfléchissent à de nouvelles méthodes de réponses aux besoins et de contrôle de la vie humaine, de régulation des activités, comme celles liées aux déplacements, aux flux à gérer au sein de la ville. Les GAFAM sont également tentés de s’emparer du sujet et de contribuer à optimiser la gestion des villes, en exploitant leurs innovations ou la découverte de nouveaux outils qui permettront une meilleure gestion. 

Auteur Eric LEMAITRE 

luca-campioni-196833-unsplash

La ville est à la fois un milieu, un écosystème à la fois physique et humain qui interagit, concentrant des besoins, des activités propres mais aussi subissant les aléas des contingences de la vie sociale et des informations émanant de la vie politique influençant sa gestion. La ville est l’exemple même finalement d’une sorte « d’organisme biologique » qu’il faut pouvoir réguler par un ensemble de normes, de directives qui conduisent à une forme d’harmonisation de la vie humaine au sein de la cité. La ville est loin d’être une structure figée, épargnée par les mutations, la ville poursuit son évolution à l’aune des mutations sociologiques et culturelles, des développements technologiques, des nouvelles contingences urbaines, des nouvelles contraintes en raison de ces environnements multiformes et complexes associés à des événements prévisibles ou non de pollutions urbaines, de transformations économiques comme écologiques, de changements de nature sociologique associés à des comportements individualistes, d’éclatements et d’atomisation de la famille.

Dans les dix prochaines années, la ville fera l’objet certainement d’une reconversion révolutionnaire de sa conception à son organisation, avec le devoir de gérer de nouvelles contraintes, de nouvelles tensions sociales qui pourraient émerger. La ville devient en effet complexe, et cette complexité tient à l’humain et à l’évolution de leurs comportements au sein de la ville du fait même de l’évolution des technologies employées et des modifications tenant à des comportements plus isolés, marqués par la dimension de l’ego, la société du « pour moi ».  Pour répondre aux besoins, à ces besoins humains, la cité urbaine évolue vers davantage de technicité et de réponses servicielles qui seront dématérialisées et numériques, satisfaisant à ces nouvelles attentes hédonistes et consuméristes. La nécessité s’est alors imposée de savoir anticiper les besoins, de savoir gérer, de savoir organiser la structure sociale, de réguler l’attractivité des réponses à apporter à l’ensemble des attentes issues des activités humaines. Avec l’émergence des nouveaux outils numériques, de l’intelligence artificielle, de la multiplication des connectivités dans la ville, les urbanistes réfléchissent à de nouvelles méthodes de réponses aux besoins et de contrôle de la vie humaine, de régulation des activités, comme celles liées aux déplacements, aux flux à gérer au sein de la ville. Les GAFAM sont également tentés de s’emparer du sujet et de contribuer à optimiser la gestion des villes, en exploitant leurs innovations ou la découverte de nouveaux outils qui permettront une meilleure gestion.

Ces GAFAM ne dissimulent plus leur intention de s’approprier la part significative de la valeur économique liée à la « fabrique » et au fonctionnement de la vie urbaine. La cybernétique pourrait bien devenir le terrain de jeu de la Silicon Valley, un nouveau gisement financier pour promettre de nouveaux applicatifs facilitant la régulation comme l’automatisation au sein de la ville. L’enjeu de ces nouveaux applicatifs est d’assister les techniciens de la ville pour mieux les aider à gérer demain les interactions complexes touchant tous les stades de l’organisation embrassant à la fois l’écologie, la vie sociale, les comportements sociaux. Puisque nous sommes soumis selon le neurobiologiste Henri Laborit également spécialiste de cybernétique, à des déterminismes biologiques inconscients, nous ne sommes plus selon l’auteur de « l’homme et la ville » que des amas de molécules chimiques susceptibles d’interagir aujourd’hui et demain avec la machine.  La pensée du neurobiologiste est finalement une vision matérialiste de l’être humain mais qu’il s’efforce pourtant de rendre attentif à de pareilles évolutions qui attenteraient selon lui à une écologie urbaine et humaine.  Le danger pour l’homme pourrait être de fait d’être conditionné par des systèmes rétroagissant avec ses comportements et susceptibles de l’orienter de manière plus optimisée sans égard pour son libre arbitre et ses choix motivés ou consentis.  Ainsi pour illustrer la pensée de Henri Laborit nous sommes devenus dépendant d’objets connectés qui nous promettent de ne plus être sous la tutelle d’un monde aléatoire, incertain devenu le fantasme d’une société qui entend maitriser et contrôler, surveiller et orienter. La ville demain numérisée, digitalisée ira davantage vers de rationalité et conditionnera les comportements humains persuadé qu’il sera aisé de rétroagir et de produire les effets souhaités avec nos amas de molécules chimiques qui forment nos cerveaux dociles.  C’est le monde cybernétique qui se dessine qui visera à instaurer des relations sociales ne mettant pas en péril les équilibres sociaux de la cité.    

Ce monde cybernétique associée à ces dispositifs d’intelligence artificielle et ses applicatifs numériques font déjà et subrepticement leur entrée dans la ville. Ainsi la « mise sous tutelle de la ville par le monde numérique est sur le point de s’accomplir, c’est le rêve de l’autonomisation de la ville régulée, régulée intelligemment dépendant d’une méthode de calculs sophistiqués, orientée vers la compréhension et la maîtrise des écosystèmes complexes qui émanent des problèmes écologiques, sanitaires, sociologiques issues des grandes cités urbaines. La projection de la belle machine, qui résoudra tous ses problèmes grâce à la technologie, est également le rêve d’une humanité se confiant dans le pouvoir de la technique apte à résoudre toutes les formes de tensions, d’insécurités et menaces sociales mais également tous les aspects qui pourraient toucher de manière générale à la santé publique, la ville est aussi un univers polluant et il sera nécessaire de gérer toutes les contingences perturbantes résultant des activités associées à la vie humaine. Dans le monde du 28 décembre 1948[1], écrit le mathématicien Norbert Wiener, « le Père Durbale dominicain a écrit un compte rendu fort pénétrant de mon livre la cybernétique. Je citerai l’une de des suggestions qui dépassant les limites actuelles de la machine à jouer aux échecs, envisage les conséquences de son perfectionnement futur… » … « Une des perspectives les plus fascinantes ainsi ouvertes est celle de la conduit rationnelle des processus humains, de ceux en particulier qui intéressent les collectivités et semblent présenter quelque régularité statistique, tels les phénomènes économiques ou les évolutions de l’opinion. Ne pourrait-on pas imaginer une machine à collecter tel ou tel type d’informations, les informations sur la production et le marché par exemple, puis à déterminer en fonction de la psychologie moyenne des hommes et des mesures qu’il est possible de de prendre à un instant déterminé, quelles seront les évolutions les plus probables de la situation ? Ne pourrait-on même pas concevoir un appareillage d’Etat couvrant tout le système des décisions politiques, soit dans un régime de pluralités d’Etats se distribuant la terre, soit dans le régime apparemment beaucoup plus simple d’un gouvernement unique de la planète ? Rien n’empêche aujourd’hui d’y penser. Nous pouvons rêver à un temps où la machine à gouverner, viendrait suppléer -pour le bien ou pour le mal qui sait ? »  

La vision cybernétique formulée par le dominicain encouragerait une approche globale et intriquée, dynamique et relationnelle de la vie urbaine dans toutes les dimensions de la vie sociale, sans occulter les aspects, économiques et sanitaires. La tentation sera alors grande de se confier au pouvoir de la science cybernétique couplée ou conjuguée à celle des pouvoirs que lui donnerait les calculs d’une intelligence artificielle qui embrasserait l’ensemble des situations |un appareillage d’Etat couvrant tout le système des décisions politiques] auxquelles s’expose la cité gérée jusqu’alors par des hommes.

L’entité urbaine est en effet de plus en plus confrontée à des problèmes que lui posent l’hétérogénéité de la démographie sur un aspect sociologique et culturel, l’urbanisation galopante, à des problèmes croissants de pollution, de criminalité, de cohésion sociale. La ville de demain évoluant en complexité, va dès lors devoir repenser en profondeur et administrer les périls du futur en raison des enjeux environnementaux, des contraintes énergétiques, des problèmes de sécurité, de vie culturelle et d’écologie urbaine.  Nous évoquions précédemment les technologies qui caractérisent aujourd’hui les téléphones portables, la technologie embarquée dans ces « smart phone » autorise de plus en plus la géolocalisation de nos déplacements, or dès demain ce sont les connexions citoyens et ville qui vont s’intriquer, s’accentuer, s’amplifier. C’est bel et bien toute une architecture quasi organique qui se dessine intriquant demain les usagers et le système numérisé de la ville, unifiant connectant, reliant toutes les composantes de la ville, associant habitants et habitat au risque de piétiner l’écologie, en prétendant artificiellement la défendre via ses artefacts promouvant de soi-disant énergies durables.

Ainsi si d’ores et déjà nous pouvons organiser nos sorties selon le taux de pollution dans la ville, programmer nos sorties selon les manifestations organisées, ou rester calfeutré dans nos quatre murs face à un grave dysfonctionnement qui perturberait la vie sociale, inévitablement nous entrons dans cette ère du tout numérique vers une société de type big brother.

En effet cette belle machine urbaine, qui est de nature à résoudra tous les problèmes grâce à la diffusion de bornes publiques, d’applicatifs innovants assurant les services toujours plus performants, la vie harmonieuse au sein de la ville,  s’achemine cependant vers une ville sous contrôle, une ville sous l’emprise des capteurs numériques qui demain nous placeront tous sous surveillance, pilotés tels des automates pour réguler nos allées et venues, nos sorties, nos déplacements, accordant les autorisations nécessaires pour emprunter tel ou tel circuit dans la ville, pour y effectuer ou non nos achats. Or vous le savez ces connexions numériques ville et citoyens doivent être bien regardées demain comme une menace potentielle pour nos libertés si les curseurs jalonnant leurs usages n’ont pas été mis en place.

La mixité des données, des smart phone et smart city représentent bien et inévitablement un vrai risque en termes de liberté. Même si l’utilisation des données personnelles est devenue très réglementée, il sera de plus en plus difficile, au vu de l’explosion du volume de données et des applications dans le Cloud, de garantir l’intégrité des données personnelles dans ces entrepôts virtuels qui gèrent l’ensemble des data issues de notre vie sociale, de nos usages et pratiques liées aux réseaux sociaux et à toutes les empreintes bancaires, marchandes que nous laissons tels des petits poucets dans ce quotidien socialement contrôlé.

Le cheminement d’une ville dévolue aux technologies de supervision est manifestement la résultante d’une pensée vide qui n’entend plus faire confiance à la dimension relationnelle, à l’intelligences des hommes qui échangent des points de vue contradictoires souvent irrationnels mais l’intelligence fondée sur l’écoute est celle de cette capacité à argumenter, à expliquer mais aussi à prendre note des particularismes qui peuvent agir comme autant de plus-values si l’on considère que l’intelligence est aussi collective et qu’il faut savoir décloisonner afin que l’expert de la ville ne soit pas le seul sachant se réfugiant sur une dimension purement rationnelle ou technique.  Dans un contexte analogue, Cyrille Harpet sur le blog cairn.info abordant l’œuvre de Henri Laborit évoque « l’homme imaginant, c’est-à-dire d’un homme pour qui l’imaginaire constitue une capacité à explorer et développer, en liant des niveaux d’organisation jusque-là tenus pour dissociés et sans interactions. Son propos et sa méthodologie permettent d’inscrire l’évolution urbaine dans une vision biopolitique où l’homme devient autant effecteur d’un système organisé que pris dans des régulations complexes. C’est quasiment vers une « écologie de l’esprit ». Or il nous semble que l’imaginaire n’appartient pas à la capacité de la machine de l’explorer, et cette orientation de l’intelligence humaine plutôt qu’artificielle, doit toujours sous tendre la gestion de la ville plutôt que de la confier à un pilotage déshumanisé dont la seule optique reposera toujours sur le contrôle, la surveillance, la totalisation pour réguler les rapports humains, or l’immiscion , l’intrusion de la machine dans la gestion des rapports serait une porte ouverte à la dimension liberticide de la machine contre l’homme.

[1] Extrait de la citation page 204-205 Cybernétique et société l’usage humain des êtres humains de Norbert Wiener. Editions Science

La tentation cybernétique

La cybernétique qui a pris ses racines au cours de la seconde guerre mondiale grâce aux travaux du Mathématicien  Norbert Wiener est la première science physique ayant pour objet l’organisation sociale. Le type de société qui émerge aujourd’hui dans les pays industrialisés découle directement des applications de la cybernétique : processus de robotisation de la production, interconnexions via les réseaux Internet, les réseaux boursiers, les réseaux financiers, les nouvelles méthodes de management et d’organisation de l’entreprise, réseaux de communication et réseaux informatiques, nouveaux systèmes d’armes intelligentes. La cybernétique est appelée à prendre une nouvelle ampleur en raison des effets conjugués entre les sciences cognitives de l’information et l’intelligence artificielle. C’est une nouvelle arme qui s’étale sous nos yeux, qui me semble avoir une dimension semblable au déploiement de l’arme atomique. La nation qui maitrisera la science cybernétique assujettira les peuples en raison de cette nouvelle capacité massive d’engranger les informations, les datas puis de mathématiser l’ensemble de la société pour mieux la superviser, c’est l’émergence de la cité rationnelle, la cité de Babel.

Auteur Eric LEMAITRE

markus-spiske-207946-unsplash

Toute notre humanité est aujourd’hui bousculée par le phénomène technique, le phénomène technicien largement décrit et commenté par le sociologue et théologien Jacques Ellul, est en passe de dominer l’humain mais le plus inquiétant est à venir, celui de ces machines capables non seulement de remplir les tâches exercées par des êtres humains, mais au-delà de ces tâches d’avoir cette fonction supplémentaire de remplacer l’homme, puis dans un proche avenir de contrôler toutes les sphères de la vie humaine du fait même des interconnexions et des usages internet. Cette fonction technique sera non seulement de réguler l’activité sociale mais également d’avoir ce pouvoir intrusif de pister socialement l’être humain, d’agir sur les comportements sociaux déviants comme c’est déjà le cas en Chine. La Chine qui préfigure en effet le mieux les conséquences d’un développement de la technique au service d’un pouvoir totalitaire, étend le totalitarisme numérique en intriquant des dispositifs de reconnaissance faciale et d’Intelligence Artificielle[1]. C’est cette totalisation du monde embrassant l’ensemble de ses citoyens dans l’optique de les superviser qui est l’enjeu d’une société ultra connectée. C’est l’implication de la machine dans la vie sociale dont les capacités augmentées, constitue aujourd’hui le point d’alerte et qui devient en quelque sorte le nouveau gouvernail de notre monde qu’exprime le terme grec « kubernêtikê » signifiant à la fois le gouvernail ou le gouvernement. Le mathématicien Norbert Wiener pourtant le « père » de la cybernétique une science qui étudie les mécanismes de régulation et d’interaction dans les machines et les êtres vivants, esquissait comme une forme d’avertissement dès ses premiers essais écrits dans les années cinquante la nécessité de s’inquiéter des potentiels de développements de la cybernétique, qu’il considérait comme une arme capable de se retourner contre une nation qui aurait utilisé cette arme pour gouverner, ce qui lui a valu d’être surveillé en pleine période de maccarthysme[2].

Le monde cybernétique[3] qui exprime l’idée d’une totalisation et la volonté de contrôler l’ensemble de l’activité humaine, n’est pourtant pas en soi une idée nouvelle. Le terme cybernétique est un mot grec emprunté au Philosophe Platon qui l’employait pour indiquer le pilotage d’un navire. Platon avait recours à ce terme pour évoquer, « l’art véritable de gouverner, l’art efficace pour agir ». L’art de gouverner est l’obsession de l’humanité, et son histoire est traversée depuis des millénaires par les tentatives multiples d’exercer l’emprise efficace. L’empire romain qui avait une vaste étendue fut marquée par une organisation incroyable qui s’étendait sur l’ensemble et une grande partie des deux continents englobant un territoire allant géographiquement du Maroc jusqu’à la Mésopotamie, et de l’Angleterre jusqu’à l’Égypte, créant ainsi l’une des plus vastes entités politiques de l’Histoire, qui influença profondément le bassin méditerranéen.  L’organisation de l’empire avait été marquée par l’empreinte technique de Rome, son système politique et administratif, ses réseaux routiers, cette capacité militaire comme communicante de maitriser les peuples des nations conquises par l’empire. Toutefois au sein de cet immense empire Romain, c’est bien l’homme qui avait la main sur l’empire, or avec le rêve formulé par le mathématicien Norbert Wiener, ce n’est plus l’humain qui exerce son contrôle sur la matière ou la domine comme ce fut la mission d’Adam dans le livre de la Genèse[4] « remplissez la terre et soumettez-la », mais c’est bien la création de l’homme qui est bien sur le point de le dominer. Fasciné par ses objets, l’homme caresse le rêve démiurgique de créer son équivalent, comme Dieu le fit avec Adam « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. Qu’il soit le maître des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, des bestiaux, de toutes les bêtes sauvages, et de toutes les bestioles qui vont et viennent sur la terre ». L’homme crée ainsi son équivalent, lui conférant des capacités de calculs et une puissance cognitive qu’il ne peut égaler, cette puissance de calculs pourrait être ingéré par une machine cybernétique capable de dominer, de réguler, d’anticiper, d’ajuster en fonction des paramètres de données « digérées » puis de contrôler l’ensemble des activités humaines comme la Chine est capable à ce jour de créer un véritable système de surveillance avancée et personnalisée de tous ses citoyens en relation avec les données emmagasinées.

La cybernétique qui a pris ses racines au cours de la seconde guerre mondiale grâce aux travaux du Mathématicien  Norbert Wiener est la première science physique ayant pour objet l’organisation sociale. Le type de société qui émerge aujourd’hui dans les pays industrialisés découle directement des applications de la cybernétique : processus de robotisation de la production, interconnexions via les réseaux Internet, les réseaux boursiers, les réseaux financiers, les nouvelles méthodes de management et d’organisation de l’entreprise, réseaux de communication et réseaux informatiques, nouveaux systèmes d’armes intelligentes. La cybernétique est appelée à prendre une nouvelle ampleur en raison des effets conjugués entre les sciences cognitives de l’information et l’intelligence artificielle. C’est une nouvelle arme qui s’étale sous nos yeux, qui me semble avoir une dimension semblable au déploiement de l’arme atomique. La nation qui maitrisera la science cybernétique assujettira les peuples en raison de cette nouvelle capacité massive d’engranger les informations, les datas puis de mathématiser l’ensemble de la société pour mieux la superviser, c’est l’émergence de la cité rationnelle, la cité de Babel.

La cité de Babel modernisée et rêvée par la nouvelle « civilisation » transhumaniste concentre toutes les envies de bien-être faisant vivre en harmonie une organisation sociale singulière fondée sur le progrès dont la matrice pourrait s’achever dans un système imaginé par le mathématicien Norbert Wiener, la cybernétique et dont la reine mère serait le léviathan, l’homme artificiel ou « l’intelligence artificielle ». La cybernétique comme nous le rappelions dans le premier chapitre de ce livre, est cette science des contrôles, une science qui contrôle les hommes, les systèmes, les écosystèmes, cette science qui surveille [ra] l’ensemble de nos écosystèmes dans ces contextes de crises notamment climatique, régulera les harmonies planétaires, ce sera la bonne déesse, la déesse Maïa assurant la fertilité et le « printemps de l’humanité » enfin son âge d’or.

Mais afin que toute ceci fonctionne, il faudra non pas s’en remettre à une organisation humaine dépassée par la complexité, l’enchevêtrement des galaxies qui touchent à toutes les formes de fonctionnement de la vie sociale mais à une organisation sophistiquée dominée par la mathématisation et le pouvoir des algorithmes. Ce changement de paradigme concernant la gestion des pouvoirs, résulte de toute cette complexité qu’il conviendra en effet de gérer, d’arbitrer, d’orienter, de réguler. Cette complexité ne pourra être gérée que par l’entremise d’un « homme artificiel » plutôt d’une « intelligence artificielle », laquelle sera chargée d’assurer l’harmonie, la sécurité des humains en échange de leur domestication, de leur soumission, de leur obéissance, formant ainsi un pacte social et politique, harmonisant la totalité des rapports sociaux.

Nous brossons là, le portrait de la « singularité technique[5] », celle d’un monde qui aura basculé entre les mains de la puissance technique, la puissance technique qui se verra déléguer bien entendu notre incapacité de gérer nos relations conflictuelles. Le léviathan technologique n’a-t-il pas le meilleur profil pour réguler le tempérament humain, et puisque aucun humain n’est franchement à sa hauteur, il prendra alors le relais, l’humanité se « machinisera » docilement, cela pourra se construire du fait d’un vide concernant la vie intérieure qui forge ce que l’on appelle la conscience, et « c’est dans ce vide que s’inscrit le mal »[6] comme le souligne la philosophe Hannah Arendt penseuse du totalitarisme et militante anti nazie. Le léviathan technologique et ses instruments de navigation préviendront et anticiperont les risques, établiront ou imposeront sous forme d’injonctions, l’itinéraire que nous devrons emprunter afin de ne pas déroger aux règles qui présideront l’harmonie établie, de ne pas enfreindre les principes normatifs qui guideront la vie quotidienne, la vie des citoyens seront ainsi assujettis au pouvoir de la « machine mathématisée ».  La mathématisation de la société, est une expression que j’avais déjà utilisé dans le premier essai « la déconstruction de l’homme » pour évoquer ce monde qui se métamorphose en formules algorithmiques.  Ces formules qui exprimeront dans la matrice cybernétique les liaisons causales générales, et les lois garantissant l’harmonie, celles qui préviendront les dérives et les conflits.

[1] https://www.scmp.com/business/companies/article/2135713/increasing-use-artificial-intelligence-stoking-privacy-concerns

[2] Période en pleine guerre froide 1953-1954 où l’on traqua de présumés agents américains travaillant pour l’état soviétique menant à des investigations et des répressions virulentes contre ces supposés agents.

[3] Le mathématicien Norbert Wiener va concevoir dès 1947 ainsi que dans l’ouvrage du même nom paru en 1948, la cybernétique comme une science qui étudie exclusivement les communications et leurs régulations dans les systèmes naturels et artificiels.  La cybernétique prend ses racines dans les développements techniques de la seconde guerre mondiale et de la nécessité de développer des dispositifs plus performants pour orienter plus efficacement les tirs des canons en fonction du tracé des trajectoires des avions visés.

[4] Livre de la Genèse 1 : 28

[5] Source Wikipédia : La singularité technologique (ou simplement la singularité) est l’hypothèse selon laquelle l’invention de l’intelligence artificielle déclencherait un emballement de la croissance technologique qui induirait des changements imprévisibles sur la société humaine

[6] Hannah Arendt : « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal »