LA VERTU

En des temps de confinement, où brutalement les relations ont cessé, où nous apprîmes un nouveau langage corporel, celui de la distanciation sociale ; nous sommes entrés dans le temps du déconfinement, où nous avons été initiés à une autre obligation celle du masque. Masques et distanciations sont aujourd’hui les gestes et postures imposées, les gestes d’une vie finalement antisociale en des temps où nous avions appris à saluer de la main ou à nous embrasser. Le geste courtois est aujourd’hui répréhensible et gare à celui qui s’aventure dans une poignée de main. Alors le coude ou le pied deviennent les nouvelles modalités de nos salutations. Les relations humaines ont été comme impactées, bouleversées, obligées d’apprendre de nouveaux codes de la civilité, de la courtoisie. Derrière nos masques nous avons à peine à esquisser un sourire, à dévoiler le visage, voilà que le visage ne dit plus, ne dit plus tout haut, ce que nous pensions tout bas. Le visage est en partie voilé, condamné à ne faire exprimer que les yeux, mais voici que l’on apprend que les postillons de Corona peuvent atteindre les yeux, alors certains s’équipent de lunettes et se transforment en chauve-souris. Ah la chauve-souris, ceux-là passeraient-ils dans le camp de l’ennemi ? Corona se jouant de nos nouveaux styles, ne manque vraiment pas d’humour ! Il nous faut alors apprendre à vivre masqués. La distanciation, le sourire absent condamnent-ils alors la dimension de l’amour, la rencontre avec le prochain, où nous faut-il apprendre à aimer différemment. La religion chrétienne parle des trois vertus théologales que sont l’amour, l’espérance et la foi, l’amour qui est la première vertu semble comme bousculé ! Résistera-t-elle ?

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Auteur : Eric LEMAITRE

En des temps de confinement, où brutalement les relations ont cessé, où nous apprîmes un nouveau langage corporel, celui de la distanciation sociale ; nous sommes entrés dans le temps du déconfinement, où nous avons été initiés à une autre obligation celle du masque. Masques et distanciations sont aujourd’hui les gestes et postures imposés, les gestes d’une vie finalement anti sociale en des temps où nous avions appris à saluer de la main ou à nous embrasser. Le geste courtois en ces « temps crépusculaires » est aujourd’hui répréhensible et gare à celui qui s’aventure dans une poignée de main ou la bise furtive. Alors le coude ou le pied deviennent les nouvelles modalités de nos salutations. Les relations humaines ont été comme impactées, bouleversées, obligées d’apprendre de nouveaux codes de la civilité, de la courtoisie. Derrière nos masques nous avons à peine à esquisser un sourire, à dévoiler le visage, voilà que le visage ne dit plus, ne dit plus tout haut, ce que nous pensions tout bas. Le visage est en partie voilé, condamné à ne faire exprimer que les yeux, mais voici que l’on apprend que les postillons de Corona peuvent atteindre les yeux, alors certains s’équipent de lunettes et se transforment en chauve-souris. Ah la chauve-souris, ceux-là passeraient-ils dans le camp de l’ennemi ? Corona se jouant de nos nouveaux styles, ne manque vraiment pas d’humour ! Il nous faut alors apprendre à vivre masqués et à nous prendre en nouveaux Zorro venant sauver notre cité. La distanciation, le sourire absent condamnent-ils alors la dimension de l’amour, la rencontre avec le prochain, où nous faut-il apprendre à aimer différemment ? La religion chrétienne parle des trois vertus théologales que sont l’amour, l’espérance et la foi. L’amour qui est la première vertu semble aujourd’hui comme bousculé ! Résistera-t-elle ? Hier soir, nous avions une assemblée virtuelle, une rencontre fraternelle et une amie au téléphone, nous déclare avec sa joie, vous êtes ma famille. Se pourrait-il cependant que nous vivions une fraternité sans rencontres incarnées, sans relations vivantes, sans gestes de fraternités ? Je reconnais que tout ceci nous bouscule, nous remet en cause, et je perçois là une forme de vie antisociale qui se dessine. Pourtant l’amour n’est qu’apparemment vaincu, car partout des gestes qui l’incarnent sont témoignés dans le quotidien, l’entraide a su résister, dépasser les distances et les masques. La résistance de l’amour est bien plus forte que toutes les barrières érigées, lui seul est capable de surmonter sans peine les précautions prises pour casser la chaîne virale. La chaîne de l’amour, elle comme un lien invisible n’a pas été vue par la Reine Corona et ne sera jamais vaincue.  Mais qu’en est-il alors des autres vertus, elles aussi ont été comme molestées, maltraitées, mais non, elles ne se sont pas avouées vaincues ! Sans doute ces vertus oubliées, donneront-elles partout des leçons aux pouvoirs jacobins qui devront bien compter sur les engagements, les dévouements de nos médecins, de nos infirmières, aides-soignantes, de nos éboueurs, de nos maires, de tous ces ouvriers silencieux et agissants mais aussi des familles. Les vertus du courage, du sacrifice, de l’humilité, de la vérité, de l’amour voilà les valeurs cardinales, essentielles que nous serons appelés à vivre comme une nouvelle contagion pour abattre une société de distanciation qui est devenue la norme imposée. J’ajouterai à ces vertus, celle de la subsidiarité, cette capacité à la plus petite échelle, de prendre les décisions qui s’imposent, celle que le médecin emploie quand il s’agit de tenter un traitement ultime pour permettre à son patient de vivre malgré tout ; nous voyons, bien que là aussi cette vertu est encadrée, brimée, malmenée, car il faut attendre que les protocoles technicistes de la bureaucratie valident le secours qu’entend apporter le médecin à son malade. Mais loin de moi d’instruire un procès, puis de monter une forme de bûcher pour juger l’état en plein désarroi. L’état est en réalité incarné par des hommes et des femmes parfois inhabités par ces vertus essentielles. Car sans doute qu’au-delà des procédures techniques, des mesures administratives, les vertus ont été les grandes absentes. Les vertus ont été tellement malmenées par les pouvoirs successifs, elles ont été de tout temps, combattues : la famille moquée, les églises chahutées et parfois conspuées, les maires de nos villes regardés avec une certaine condescendance alors qu’ils incarnent aujourd’hui une autorité de proximité et souvent bienveillante.

Dans une époque tordue comme celle que nous vivons, où les autorités ont dû mal à se confronter à la vérité, manipulent parfois l’information, il semble que nous entrons également dans une quête d’authenticité qui s’exprimera demain au-delà de tout conformisme social, une authenticité qui est l’expression elle aussi  de la vérité, qui ne supporte ni la manipulation, ni le mensonge, nous engagera dans une dimension de courage, d’intégrité avec soi, d’intégrité avec les autres. Et j’aimerais que vous preniez connaissance de ce vieux conte africain qui nous parle de vérité, une vérité, une autre vertu cardinale qui puise sa source dans l’humilité : « Le Royaume de Sabou avait un puissant chef du nom de Moro. […]. Un jour, Moro sentit la fin de sa vie arriver. Il fit venir ses enfants afin de leur parler : – Mes fils, écoutez-moi ! Je suis devenu faible, il faut que le plus courageux d’entre vous me remplace. Pour que je choisisse mon successeur, il faut que chacun me conte son œuvre la plus fantastique.  Le premier de ses fils pris alors la parole : – Père, tu te souviens lorsque les envahisseurs ont attaqué notre Royaume. Moi seul les ai combattus et les ai mis en déroute avec pour seule arme mes mains alors qu’ils étaient fortement armés et nombreux.  Le deuxième fils parla à son tour : – Père, tu te souviens lorsque les lions de la grande forêt ont attaqué notre peuple. Moi seul ai osé les combattre et les ai mis à mort avec comme seule arme mes poings.  Ce fut alors au tour du troisième enfant de Moro : – Il est vrai que nous avons été attaqués par des envahisseurs et par des lions. Moi, je ne les ai pas combattus seul et ni avec mes mains. J’ai pris mes meilleures armes et appelé l’armée ce qui a permis de vaincre les lions et de repousser nos agresseurs.  Le vieux chef, après l’audition de ses trois enfants réfléchit pendant longtemps et déduit que l’enfant le plus courageux était celui qui avait dit la vérité c’était à dire son troisième fils. Moro l’appela et lui dit : – Puisque tu as dit la vérité, tu es le plus courageux. Je te remets le sceptre de Viziok qui te permettra de diriger le royaume de Sabou une fois ma fin venue. Ses deux autres enfants apprirent alors à leurs dépens que dire la vérité est souvent l’acte le plus courageux qui existe en ce monde. » Le vieux sage salue finalement dans le cœur de l’un de ses trois fils, plusieurs vertus, la vérité, le courage, l’humilité, et sa capacité à mobiliser toute une armée sur qui il a pu compter pour vaincre l’ennemi. Ce conte infiniment simple, enfantin, en dit pourtant très long sur la vanité de nos pouvoirs. Ces pouvoirs ont encore beaucoup à apprendre de cette sagesse populaire, sagesse qui n’est pas enseignée dans les plus hautes sphères des universités, des grandes écoles. L’autorité s’exerce toujours avec humilité, en convoquant le plus grand nombre de conseillers, et surtout cette autorité s’adosse à la vérité en n’oubliant pas le courage qui s’allie au dévouement sans désinvolture, ni mépris pour quiconque voudra s’associer à la victoire d’un ennemi extérieur qui est aussi un ennemi intérieur, si la dimension intérieure n’est pas habitée par la vérité.

À partir de ce conte, ne nous faudrait-il pas tirer dès ce jour, un enseignement concernant l’époque, ce nouveau siècle qui est en crise, qui n’est pas seulement et finalement une crise sanitaire, climatique, mais qui met à jour une autre crise, bien plus grave, celle de l’abandon de toute forme de référence à la dimension de la vérité comme de la vertu. À la vertu, il faut ajouter l’humilité qui oublie les certitudes et s’oblige à écouter les points de vue divergents. Il nous faut aussi adjoindre les vertus liées à l’authenticité, la morale non normative, mais celle qui s’inscrit, qui est gravé dans les cœurs, comme celle, touchant, la dimension sacrificielle dont le pilier est le courage. Le courage d’oser l’affrontement pour sauver celui ou celle qui est en péril au détriment de sa propre vie.

La crise pandémique doit être vécue comme une remise en question de toutes les idéologies néo-libérales et de l’homme prétendument augmenté qui ont façonné jusqu’à aujourd’hui le monde au cours de ces dernières décennies. Cette idéologie néo-libérale s’est hélas imposée au monde avec l’ensemble de ses représentations fondées sur l’appétence du progrès matérialiste comme seul horizon, sur la seule appétence consumériste comme seul code moral. Notre environnement occidental gouverné par son idéologie capitaliste a tenté de construire le monde de l’éden artificiel avec toutes ses valeurs factices et artificielles, nous promettant paix et sécurité. Aujourd’hui le monde est confronté à la pire des crises et ne semble plus en capacité de se donner un cap, un avenir, tant le changement que nous subissons est d’une rare violence même si en apparence les beaux jours sont arrivés, le déconfinement est à l’œuvre et l’insouciance se donne à nouveau, rendez-vous avec les rayons, la chaleur de l’été dans les agoras, les plages et les lieux publics à l’exception des allées des jardins qui nous sont encore interdits en ce beau mois de mai 2020.

Nous espérons finalement beaucoup de ces rayons estivaux qu’ils portent avec eux l’espoir qu’ils terrasseront la violente chevauchée virale lancée par la Reine Corona contre notre monde humain. Mais si Corona veut nous accorder une mise en parenthèse, une forme de trêve, nous pourrions alors vaquer de nouveau à ce « monde d’avant ». Nous avons probablement en tête, le secret espoir, la conviction intime que tout ceci ne relèvera en fin de compte que d’un mauvais moment, un mauvais rêve qui ne s’inscrira pas dans la durée. Nous restons tellement persuadés que l’histoire nous enseigne que dans toutes ces épreuves, les crises ne seront bientôt que de mauvais souvenirs. Mais voilà l’oiseau de mauvais augure, vous savez celui qui hante la ville hitchcockienne, l’Organisme Mondial de la Santé, ce cassandre a rafraichi notre folle assurance, plombant l’ambiance, en nous annonçant finalement que nous devrons vivre pour longtemps sous le joug de la souveraine Corona.

Cette souveraine a mis le monde économique littéralement à genoux. Certains économistes avaient au départ comparé la crise de 2020 à celle de 2008 puis les jours s’égrenant, la crise de 1929 devenait finalement la référence. Mais le point de départ de la crise de 2008 comme celle de 1929 n’ont pas grand-chose à voir avec celle de 2020. Les crises économiques respectives de 1929 et 2008 dont les relances avaient été imaginées et pensées par Keynes ou résorbées grâce aux mécanismes d’autorégulation des marchés, ou de l’interventionnisme de l’état protecteur, ne pourront endiguer celle de 2020. Le marasme qui se prépare en 2020 est bien plus profond, bien plus grave. Les théories keynésiennes ou les planches magiques de ce nouveau siècle, fabriquant des billets virtuels ne suffiront pas à dénouer la profondeur d’un mal économique qui s’installera de façon endémique et durablement au sein de toutes les nations. La crise sociale qui se dessine à l’horizon déclenchera un véritable tsunami affectant les nations les plus faibles et en leur sein les populations les plus précaires.

La Reine Corona bien plus terrifiante que les cuirassiers des premières armées au monde, a emporté et dissout la mondialisation, non pas sur plusieurs décennies, mais quelques semaines lui ont suffi pour casser l’édifice de l’universalisation terrestre, de l’économie planétaire où nous avons cru bon de confier nos corvées. Ces corvées que nous ne voulions plus, qui ont été transmises en quelques sorte à ces nouvelles colonies sociales, composées par les pays déclarés comme en voie de développement.

C’est le monde multiculturel, ouvert, inclusif, porteur de nouvelles valeurs d’autosuffisance et rêvant sa propre transcendance qui disparait ainsi sous nos yeux, mais l’appétit dévorant de Corona s’en est pris aussi à toutes les institutions politiques, comme ces nouvelles institutions pseudo familiales et pseudo religieuses, le monde de nos représentations s’effondre tel un jeu de cartes, un jeu de dominos montrant de la sorte les immenses fragilités de ce qui nous relie à tout ce qui faisait le dogme des croyances humaines.  Le monde est ainsi sur le point de perdre définitivement sa boussole.  Ce monde qui perd la boussole me fait songer à ce texte du prophète Esaïe[1] : « La terre chancelle comme un homme ivre, Elle vacille comme une cabane ; Son péché pèse sur elle, Elle tombe, et ne se relève plus »

Il y quelques décennies de cela, dans les années 80, lors d’une course d’orientation, de jeux de piste en pleine forêt des landes, notre boussole dysfonctionna. Avec mes coreligionnaires infortunés égarés dans ce massif forestier, nous cherchions vainement notre chemin, posant la carte en fonction de l’orientation donnée par la boussole dont on espérait que cette fois-ci, tout rentrerait dans l’ordre. Mais le secours de la boussole fut en vain, nous étions sur le point de perdre tous nos repères et fébrilement nous appréhendions la nuit tombante, quand le collectif a repris le dessus et la somme des intelligences s’organisa en écoutant posément, les talents des uns et des autres pour poursuivre notre chemin. Dans les situations extrêmes, il faudra dorénavant compter sur l’intelligence collective et ne plus espérer dans celle d’un prétendu chef messianique ou charismatique. Comme dans ce conte africain que nous avons précédemment narré, l’un des trois fils a pu espérer l’appui d’une armée d’intelligences, de cette dimension collective pour nous conduire à identifier un nouveau cap mais supposant alors une remise en cause de cette culture de l’hyper individualisme qui a rejeté le bien commun.

Concernant le cap, j’évoquais précédemment celui de l’authenticité, mais je ne songeais nullement aux valeurs des années hippies incarnées par l’immense festival de de Woodstock rassemblant une jeunesse éprise d’un nouvel idéal et pour qui l’affichage de l’authenticité correspondait à une forme d’harmonie de soi et de la nature. Pour ma part je crois que la recherche de l’authenticité ne relève pas de cette dimension, même si au fond de moi-même, je reste persuadé que nous avons été carrément oublieux de ces écosystèmes qui touchent à notre relation avec notre environnement naturel. Le mal est hélas bien plus profond que cet oubli et celui concernant la recherche d’une harmonie perdue. La quête de l’authenticité est en réalité celle d’un retour à nos sources, le retour à un principe universel qui est l’amour du prochain et qui suppose en soi une dimension sacrificielle.

La société contemporaine rejette la dimension sacrificielle et pourtant elle y est aujourd’hui exposée, comme confrontée avec cette capacité que les soignants démontrent par leur dévouement, leur engagement pour les malades en souffrance et atteints du covid19.

Ces soignants bizarrement sont qualifiés comme ces militaires face à l’affrontement de l’ennemi, au plus près du danger, au cœur du combat. Les termes de première ligne pour qualifier ces personnels soignants ont été abondamment utilisés par nos médias qui avaient emboité le pas du président de la république qui dans son intervention en mars 2020, utilisait le terme de guerre.  Mais aujourd’hui nous savons bien que l’expression « premières lignes » embrasse aussi nos éboueurs, comme les caissières des hypermarchés ou bien les personnels exerçant une activité funéraire. Au-delà de leurs obligations, nous leur devons une fière chandelle, ne pas se porter aux abonnés absents. Nous les confinés, nous étions bien heureux d’être les protégés d’un système qui avantage certaines catégories de nos populations, tandis que les autres ont été exposés, plus gravement avec la pandémie virale. À la dimension de l’authenticité, il faut sans doute revaloriser celle du courage, une vertu qui n’était plus en vogue quand le monde évoluait dans la vacuité de l’hyper consommation indolente et négligente, attendant de la bonne mère hyper protectrice de l’institution jacobine qui pensait jusqu’alors la société à notre place.

Le courage est l’équivalent de cette capacité sacrificielle qui ne pense pas le monde en fonction de la peur et pour reprendre les propos du philosophe Platon, dans deux de ses dialogues de jeunesse, le Lâchés et le Protagoras : Le courage « […] ne se laisse pas ébranler par la crainte «  Le courage c’est la « … hardiesse au combat ; [la] science des choses relatives à la guerre ; [la] fermeté de l’âme face à ce qui est effrayant et terrible ; [l’]audace au service de la tempérance ; [l’] intrépidité dans l’attente de la mort ; [l’] état d’une âme qui garde sa capacité de juger correctement dans les périls ; [la] force qui fait contrepoids au péril ; [la] force de persévérer dans la vertu ; [le] calme de l’âme en présence de ce qui, suivant la droite raison, paraît devoir déclencher terreur ou confiance ; [la] capacité de ne pas se laisser aller à la lâcheté sous l’effet de la terreur que fait naître l’épreuve de la guerre ; [l’] état de fidélité constante à la foi[2] ». Il en a fallu du courage pour tous ces soignants, ces éboueurs, ces caissières, ces personnels de première ligne, mais nous ne devons pas pour autant les transformer en héros, car je ne crois nullement qu’ils désirent en endosser l’habit. Je pense que les actes produits par ces premières lignes sont une invitation pour nous tous, à oser l’affrontement demain à d’autres niveaux face aux périls économiques qui abattront les équilibres et les édifices sociaux.

Nous allons faire face à une crise sans précédent qui n’épargnera aucun d’entre nous et exigera de chacun les mêmes vaillances que ceux témoignés par ces innombrables blouses blanches et la multitude des ouvriers de l’ombre. Il nous faudra alors du courage et nous aussi être en premières lignes au travers d’une multiplication de gestes de solidarités, des gestes allant des plus insignifiants aux plus significatifs.  Nous n’attendrons plus rien de l’état, car l’état ne pourra plus rien pour nous.

Si nous avons fait preuve d’inventivité et de créativité dans les temps de confinement, nous devrons certainement faire preuve d’inventivités et de créativités pour poursuivre la vie en société en la sécurisant et en l’organisation de telle sorte que personne ne soit oublié. La vertu sera sans aucun doute l’unique bien, sur laquelle tout restera à bâtir, la vertu guidée par le sens du bien. La vertu supposera l’action comme le définissait la sagesse grecque, l’action adossée à une attitude exemplaire, c’est-à-dire une attitude qui manifeste le degré le plus élevé du sacrifice pour le bien commun et sans doute que chacun redécouvrira la dimension de l’amour, l’amour authentique, l’amou

[1] Texte biblique : Esaïe 24.21

[2] Platon d’après Luc Brisson (dir.) (trad. du grec ancien), Définitions, Paris, Éditions Gallimard, 2008 (1re éd. 2006), 2204 p. (ISBN 978-2-08-121810-9), p. 287, 289. A propos du courage lire également les réflexions sur le courage chez Thucydide et chez Platon [article] sem-linkJacqueline de Romilly. https://www.persee.fr/doc/reg_0035-2039_1980_num_93_442_4285

Le bien, le beau, le vrai

Le général de Villiers donne ici des pistes concernant le monde à rebâtir… Il faut peut être retrouver le sens de l’authenticité et des valeurs lorsque tout semble être définitivement perdu, l’héroïsme tient sans doute aux capacités sacrificielles à consentir pour sortir de notre zone de peur. Le vrai leadership est un don de soi qui revient à la dimension su sacré, du bien, du beau et du vrai. Il faut vraiment l’écouter …. ! 

 

 

Le général de Villiers donne ici des pistes concernant le monde à rebâtir… Il faut peut être retrouver le sens de l’authenticité et des valeurs lorsque tout semble être définitivement perdu, l’héroïsme tient sans doute aux capacités sacrificielles à consentir pour sortir de notre zone de peur. Le vrai leadership est un don de soi qui revient à la dimension su sacré, du bien, du beau et du vrai. Il faut vraiment l’écouter …. !

L’étau

En écrivant cette nouvelle chronique, je ne songeais pas a priori à ce film d’Alfred Hitchcock quoique ce dernier nous conduise dans sa filmographie à des scènes bien souvent pétrifiantes, à un univers glaçant, angoissant comme pour envelopper la passivité de nos esprits. Se pourrait-il d’ailleurs que notre monde soit comme médusé et que la scène qui se joue ne soit pas loin d’une forme de suspense. La scénographie de ce grand cinéaste n’est pas également sans nous rappeler d’autres synopsis d’épouvante qu’il a su nous brosser. Sans doute, le maitre du suspense comme beaucoup l’ont qualifié, se serait-il lui-même inspiré du vécu actuel des habitants de ce monde. D’ailleurs la scène de ces oiseaux effrayants pourrait bien servir de métaphore, de parabole pour notre monde notamment lorsque des nuées d’oiseaux emplissent les cieux et fondent sur « Bodega Bay », une calamité à laquelle les habitants ne s’attendaient nullement.

Auteur : Eric LEMAITRE

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En écrivant cette nouvelle chronique, je ne songeais pas a priori à ce film d’Alfred Hitchcock quoique ce dernier nous conduise dans sa filmographie à des scènes bien souvent pétrifiantes, à un univers glaçant, angoissant comme pour envelopper la passivité de nos esprits. Se pourrait-il d’ailleurs que notre monde soit comme médusé et que la scène qui se joue ne soit pas loin d’une forme de suspense. La scénographie de ce grand cinéaste n’est pas également sans nous rappeler d’autres synopsis d’épouvante qu’il a su nous brosser. Sans doute, le maitre du suspense comme beaucoup l’ont qualifié, se serait-il lui-même inspiré du vécu actuel des habitants de ce monde. D’ailleurs la scène de ces oiseaux effrayants pourrait bien servir de métaphore, de parabole pour notre monde notamment lorsque des nuées d’oiseaux emplissent les cieux et fondent sur « Bodega Bay », une calamité à laquelle les habitants ne s’attendaient nullement.

La scène des « oiseaux », ce thriller marquera sans doute et à jamais ma jeunesse, nous invitant nous-mêmes, à trouver un hypothétique refuge ; coûte que coûte contre ces infâmes envahisseurs que sont ces angoissants volatiles qui terrorisent les humains abasourdis, effrayés et suffoqués par la peur soudaine d’un ennemi tellement imprévisible.

Dans cette scène des oiseaux, les volatiles firent soudainement irruption par le toit, mais aussi la cheminée, envahissant la maisonnée, franchissant tous les barrages, pareils à des postillons, tels des messagers s’invitant dans le quotidien de tous les humains. Oui Corona à l’image de ces oiseaux hitchcockiens, chevauche bel et bien le postillon. La Reine virale semblable au cocher, invite le messager postillon à conduire son attelage et vient de façon intrusive se mêler à notre quotidien sans nous prévenir, comme cette volée de moineaux qui surgit de l’âtre dans cette fameuse scène produite par Hitchcock. Alors que tout en apparence, semble avoir été fait, pour se barricader, se protéger, les volatiles obstinés trouvent finalement la faille. Ces oiseaux terrifiants sèment l’effroi, se jouent de nos frontières, de nos murs calfeutrés et franchissent le seuil de notre logis, s’y introduisent comme pour vampiriser l’intime de l’intime. Mais au-delà de cette scène d’épouvante rapportée par Alfred Hitchcock, mon propos n’est pas ici de m’attarder seulement sur le célèbre cinéaste, mais de revenir également à un élément plus prosaïque et qui nous ramène à un quotidien celui de l’établi, du bricoleur. Alors nous allons nous éloigner un instant des oiseaux hitchcockiens et entrer dans le monde de la mécanique, celui de l’étau. Mais vous l’avez sans doute compris, j’aime les métaphores et la liberté de l’écrivain est d’en jouer pour interpeler les consciences, d’y revenir et de les mêler pour mieux frapper l’esprit et nous conduire à comprendre les enjeux d’une pièce qui se joue sous nos yeux, celui d’un monde en mutation, monde frappé par cette fameuse bestiole et qui vient comme le grain de sable fracasser la vanité et la marche progressiste de ce monde, celle qui est en faveur d’un progrès technologique sans limites. Mais revenons si vous voulez bien à l’étau !

Mon propos est ici d’évoquer cette forme allégorique de mise en position que revêt cet outil mécanique : l’étau, un étau social se dessine en effet peu à peu dans notre monde, subrepticement. Efforçons-nous d’en comprendre à la fois les enjeux et la portée. Au fil de mes précédentes chroniques, cette dimension de l’étau a été abordée, je l’avais déjà exposé dans mon précédent essai, la mécanisation de la conscience[1], l’étau agit comme une forme de resserrement social, nous privant de toute liberté de mouvement. Le confinement social, totalement compréhensible a cependant agi comme une sorte d’emprisonnement, vécue par beaucoup comme confortable, mais très vite l’instinct de vie collective, l’instinct grégaire a repris le dessus. Nous avons probablement vu en effet ces dizaines de jeunes gens vivant à Paris, envahir les bords du canal Saint-Martin. Pas de quoi finalement fouetter un chat, nous dira le cocher de la Reine Corona. Pourtant les forces de l’ordre sont intervenues pour mettre un terme aux attroupements de « cette volée de moineaux ». Il fallait serrer les vis, serrer l’étau afin de rappeler le danger que représentent les cas asymptomatiques dans la propagation du virus. Ce maintien de l’ordre est ce rôle finalement joué par l’étau, il faut ainsi selon une vision paternaliste, maintenir une forme de cohésion, de contrôle quasi mécanique d’un mouvement qui n’a pas toute sa stabilité et qui pourrait de facto mettre en péril le fragile équilibre qui contient le virus.

Pour ceux qui chez eux, possèdent un établi et sont en effet des bricoleurs patentés, le mot étau fait sens, il fait en effet écho à un mécanisme d’enserrement, de maintien des pièces que l’on entend travailler. L’étau est formé d’une mâchoire mobile et qui par un mécanisme de pression, finit par ceinturer la pièce, en y exerçant le contrôle nécessaire pour y effectuer les tâches destinées à transformer l’élément en quelque sorte séquestré. Comment alors ne pas songer étrangement à cette forme d’étau social qui s’organise au fil de l’eau, alors que nos esprits tétanisés ne sont pas en aptitude à réagir ou alors inversement comme ces jeunes gens flânant ou stationnant le long du canal Saint-Martin, décidèrent de transgresser toutes les précautions d’usage, défiant le risque, s’en moquant éperdument, « seuls les vieux sont terrassés, les jeunes eux survivront ».

Pourtant et nous en conviendrons, n’exagérons cependant pas ce mouvement coercitif d’enserrement social associé à ce confinement totalement légitime ! Si certes nos libertés ont été comme suspendues, il ne s’agissait pas pour autant de les remettre en question, nous l’espérons tout du moins et il ne s’agit pas d’interdire à ces jeunes de se rassembler, mais bien de prévenir tout mouvement, de contagion soudaine, embarquée par la folle chevauchée de Corona.

Dans des contextes de crise pandémique, je comprends la nécessité d’un contrôle social a minima, qui consiste à responsabiliser chacun et à conformer les uns et les autres à l’évitement de toute contagion mettant sa famille, son entourage, son voisin en péril ou toute personne croisée en chemin. Consubstantiellement le contrôle social a vocation à contenir les velléités d’indépendances, à maintenir la cohésion, à favoriser une certaine harmonie sociale en permettant par l’acceptation des règles imposées de vivre ensemble de façon sécurisée. Alors, pourquoi dans ce cas, parler d’étau social, alors qu’il n’y a pas de péril concernant nos libertés ?  En parler c’est nécessairement revenir quelques pages en arrière où j’abordais cette notion d’habituation à l’acceptation d’une diminution graduelle de nos libertés. Le contrôle social qui résultait des seules mesures sanitaires prises, que nous le voulions ou non, fut bel et bien coercitif, contraignant, mais aussi paradoxalement compréhensible. Une forme d’étau social s’est donc bien exercée à l’échelle de toute une vie sociale, non seulement à l’échelle de notre pays, mais également à celle de toute notre planète. Et pourtant, « Ce qui devrait faire peur ne fait pas peur [2]» nous avons peur des oiseaux hitchcockiens, nous avons peur de Corona nous en sommes effrayés mais hélas, nous ne semblons pas être effrayés par l’étau social, pourtant, elle est bien la sœur cadette de Corona. Nous ne semblons pas éprouver la moindre crainte face à une autre forme d’ennemi plus insidieux, plus sournois, qui certes ne veut pas attenter à notre vie biologique, ou tout du moins en apparence, car cet ennemi lui constitue l’ennemi de notre vie intérieure, l’ennemi de notre liberté.

L’étau social qui est le pendant du confinement rendu obligatoire s’en est en effet pris irrémédiablement à la dimension relationnelle, à évacuer la rencontre avec les autres. La collectivité en un instant s’est dissoute, l’impersonnel a surgi gommant les relations et les interactions entre les personnes, le confinement renvoyant à nos statuettes[3] faussement interactives et nous mutant en formes de domestiques obéissants. Ces statuettes numériques qui agissent comme des étaux nous enserrant dans le monde de la vie numérique, le monde de l’écran total. Je ne jetterai pas pour ma part, la pierre à ces jeunes gens qui ont refait société comprenant la nécessité de se voir, de se rencontrer même s’il est encore aujourd’hui aventureux de sortir à l’extérieur quand la Reine Corona s’y trouve. Mais le geste jugé désinvolte est au fond un vrai bol d’air d’une société qui sort enfin du réseautage virtuel, du télétravail, de nos univers cathodiques, qui est finalement le nid de ces oiseaux hitchcockiens, ces univers numériques qui finissent par mécaniser l’esprit, par régimenter la vie intérieure, la quête de l’autre, la rencontre avec son semblable. L’étau social ne se réduit pas aux seules mesures d’un état d’urgence, mais l’étau qui se renferme sur nous, comprend ce monde numérique qui referme la porte sur nous même, au point que nous pourrions craindre de prendre l’air, ces jeunes gens certes imprudents, nous renvoient cependant un signe sain, celui d’incarner l’existence vivante auprès des autres, nos semblables.

Au-delà de cette anecdote relatant un épisode finalement de vie sociale saine même si elle reste imprudente pour d’autres, depuis les nombreux attentats terroristes qui ont semé la mort, des graves troubles sociaux, la demande de sécurité dans le monde occidental, s’est intensifiée exigeant davantage de contrôle, ce qui s’est traduit sans coup férir par des réajustements de notre liberté en défaveur du droit absolu à la protection de sa vie privée. La volonté de sécuriser s’est en effet largement accrue dans tous les milieux de la démocratie, au sein des nations démocratiques qui prônent malgré cela la liberté comme une vertu cardinale non négociable. Au fil de l’eau, législation après législation, c’est cependant le dogme de la liberté inscrit sur les frontons de nos institutions qui se délite gravement, que l’on rogne sans vergogne. Les exigences, les demandes sociales comme politiques, incitent les gouvernements à épaissir finalement l’efficience de l’étau social. Lorsque le monde est confronté à de graves crises climatiques, économiques, sanitaires et aujourd’hui épidémiologiques, se déploient alors des mesures draconiennes qui entament les libertés. Et avec ces mesures législatives, subrepticement naissent les technologies qui les accompagnent, ces technologies se mettent au service de la loi, deviennent les serviteurs des législateurs.

La chine dans ces contextes d’étau social, figure parmi toutes les nations du monde, celle qui offre la forme la plus aboutie en matière de sécurité coercitive. C’est la nation bureaucrate, qui a mis en place les dispositifs les plus avancés en matière d’organisation sociale, de prévention, de sécurisation, de filtrage et de surveillance. L’étau chinois constitue le degré d’enserrement le plus élevé qu’aucun état démocratique ne saurait à ce jour supporter. Les dispositifs de fichage, de contrôle du WEB, de vidéosurveillance se déploient et se renforcent, notamment sur les dispositifs s’apparentant au fichage, au pistage et traçage des citoyens. En dehors des aspects purement viraux, les traçages et les maillages électroniques d’individus ou de minorités sociales chrétiennes ou musulmanes sont constamment épiés en chine, les pratiques de biométrie, géolocalisation, de drones, d’usages d’internet sont à leur paroxysme avec affichage des citoyens déviants, publication des visages des citoyens sortant des clous. La métaphore hitchcockienne prend alors tout son sens, celle de cette nuée d’oiseaux effrayants qui s’abat sur la cité jusqu’à pénétrer dans le foyer. Un reportage publié par la chaine franco-allemande Arte, mettait en évidence les usages des QR Code[4] parmi l’arsenal des moyens intrusifs déployés par la chine pour mettre au pas sa population. Bien que l’état français ait indiqué, qu’aucune information ne saurait être collectée via l’usage du QR Code, il est manifeste, que l’usage du QR code par le plus grand nombre conduit à une forme d’habituation des usages du monde numérique qui tôt ou tard fera pleinement partie de notre quotidien et d’une mise en contrôle des populations. A ces contextes numériques, il convient d’ajouter qu’une équipe de chercheurs britanniques de l’université d’Oxford[5], chercheurs multidisciplinaires dans les domaines aussi divers que l’épidémiologie, la virologie, les modélisations statistiques ont imaginé et commencé le développement d’une application qui, installée sur un smartphone, géolocalise en permanence son propriétaire, l’avertit au cas où ce dernier aurait croisé une personne infectée par le covid19. La réflexion d’un applicatif tel que celui imaginé par ces universitaires, a été mis en débat en France et en fonction de la dimension que prendra la pandémie, il n’est pas contestable d’imaginer qu’un tel dispositif fera l’objet de pressions pour qu’il soit en route pour faciliter le contrôle et de façon plus contraignante.

Certains de mes lecteurs riposteront en targuant que cela n’est pas près d’advenir en Europe. Et bien c’est là où nous devrions être les plus méfiants, car l’étau numérique se resserre au sein de toutes les nations et la crise pandémique peut être un formidable coup de boutoir à l’accélération d’un déploiement d’un système de fichage généralisé à l’échelle de toute une nation. La pandémie est un vecteur déterminant de demande de sécurisation. Il ne fait aucun doute que des pressions sociales naitront de ce besoin de sécurité, et ce besoin de sécurité fera émerger une panoplie d’outils et d’étaux numériques, de type vidéo surveillance, applicatifs de biométrie, d’applicatifs covid19 pour numériser, ficher identifier et tracer les parcours. Nous relevons en France, mais sans doute en Europe les balbutiements d’une économie de contrôle des citoyens. La ville de Nice est ainsi la municipalité la plus surveillée de France avec bientôt plus de mille caméras de vidéosurveillance installées dans l’ensemble des quartiers de la ville, et plusieurs agents municipaux sont affectés à ce vaste système de surveillance numérisée de la ville. Mais d’autres villes en France ont emboité le pas. Avec un réseau de centaines de caméras, la station de métro Châtelet est l’une des mieux surveillées d’Île-de-France, la station de métro est équipée de caméras dites intelligentes qui permettent de détecter des situations anormales. Mais pires que l’installation de ces caméras, nous verrons sans aucun doute des demandes pressantes pour l’installation de vidéos surveillances permettant, si la pandémie devait se prolonger, de détecter la température corporelle des personnes en temps réel.  Il s’agira alors via les nouvelles brigades sanitaires, d’identifier les individus fiévreux puis de décider de leur mise en quarantaine.

Avec la crise pandémique que nous traversons, les thématiques de détections, de fichage, de traçages, numériques resteront extrêmement présentes, et ces thématiques ne sont finalement pas prêtes de disparaitre, laissant de plus en plus place à de nouvelles problématiques qui toucheront à la surveillance planétairevia les nouvelles techniques et applicatifs issus des développements de « l’Intelligence Artificielle ». Après toutes les démarches conduites pour prévenir les attaques terroristes, de nouvelles traques s’organisent pour analyser en continu la circulation du virus dans le monde et les déplacements de personnes infectées dans les espaces publics semblent à terme devenir incontournables pour de nombreux états. Il est manifeste alors que l’étau se resserre anticipant les crises sociales à venir afin de prévenir les « jacqueries[6] », les autres peurs qui adviendront et qui conduiront à des logiques de durcissement des politiques sécuritaires.

[1] Essai philosophique et théologique publié le 31 décembre 2019 édité par Librinova.

[2] 1 Bernard Sève, « Hans Jonas et l’éthique de la responsabilité » in Esprit, octobre 1990, p. 109.

[3] Statuette est ici une métaphore pour évoque le monde de l’écran total, l’univers cathodique qui nous enserre.

[4] Reportage sur ARTE diffusé en Avril 2020 : https://www.arte.tv/fr/videos/083310-000-A/tous-surveilles-7-milliards-de-suspects/

[5] L’applicatif imaginée permettra de détecter les personnes éventuellement infectées et si elles avaient été préalablement diagnostiquées positif au SARS-CoV-2, l’application avertirait immédiatement tous les propriétaires de l’application qui ont été en contact rapproché avec lui. Selon leur degré de proximité, l’application leur ordonnera de se mettre en confinement total ou simplement de maintenir une distance de sécurité avec les gens qu’ils rencontrent. Elle peut aussi donner des indications aux autorités pour qu’elles puissent désinfecter les lieux où la personne contaminée s’est rendue. Voir l’article du monde :https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/03/20/contre-la-pandemie-de-nombreux-pays-misent-sur-la-surveillance-permise-par-le-big-data_6033851_4408996.html

[6] Les jacqueries étaient un mouvement social perpétré par les paysans les plus aisés après la grande peste noire pour protester contre les seigneurs en quête de main d’œuvre peu après que les chevaliers français étaient écrasés par les anglais. Ces seigneurs cherchaient à extorquer ces paysans révoltés de nouvelles taxes.

L’enfermement

Nous sommes aujourd’hui le 8 mai 2020, nous célébrons sans tambours ni trompettes, les 75 années de la fin de la guerre contre l’Allemagne Nazie, mais nous n’avons pas fini notre guerre contre la Reine Corona, une bataille engagée depuis bientôt plus de trois mois. Le 16 mars 2020, le président de la République Emmanuel Macron, embrasse toute une dimension « gaullienne », une rhétorique avec laquelle, il martèlera à plusieurs reprises, « nous sommes en guerre ». Il enjoint l’enrôlement général de tous, afin de se mobiliser contre une bestiole redoutable, capable de dupliquer son venin mortel, de cloner des milliards et des milliards de fois l’ogive létale. Le mot « guerre », apostrophé comme une anaphore, utilisé par le président de la République a fait verser beaucoup d’encre, a fait sourire plus d’une personne, puisque ce mot avec une résonance décalée, très amplifié diffère avec la réalité. La guerre connue par nos aînés a été bien plus sanglante, plus effroyable. Les morts de ce terrible affrontement mondial se comptaient par millions et millions.  

 

Auteur Eric LEMAITRE 

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 Nous sommes aujourd’hui le 8 mai 2020, nous célébrons sans tambours ni trompettes, les 75 années de la fin de la guerre contre l’Allemagne Nazie, mais nous n’avons pas fini notre guerre contre la Reine Corona, une bataille engagée depuis bientôt plus de trois mois. Le 16 mars 2020, le président de la République Emmanuel Macron, embrasse toute une dimension « gaullienne », une rhétorique avec laquelle, il martèlera à plusieurs reprises, « nous sommes en guerre ». Il enjoint l’enrôlement général de tous, afin de se mobiliser contre une bestiole redoutable, capable de dupliquer son venin mortel, de cloner des milliards et des milliards de fois l’ogive létale. Le mot « guerre », apostrophé comme une anaphore, utilisé par le président de la République a fait verser beaucoup d’encre, a fait sourire plus d’une personne, puisque ce mot avec une résonance décalée, très amplifié diffère avec la réalité. La guerre connue par nos aînés a été bien plus sanglante, plus effroyable. Les morts de ce terrible affrontement mondial se comptaient par millions et millions.

Il y a 75 ans de cela les ainés de la Grande Guerre, furent en effet confrontés à un ennemi réel, alors que Corona que nous fustigeons, nous inflige sa punition pour nous conduire à une remise en cause quant à notre vaine manière de vivre. Certes cette maladie qui a fait une entrée fulgurante dans le XXIe siècle, est oh combien cruelle, car elle atteint les plus fragiles ; les plus désarmés en termes de protection immunitaire. Cette maladie nous oblige à bien des égards de nous épargner de toute ironie et surtout de comparaisons. Mais mon propos est ici d’analyser le discours anxiogène de l’État qui peut nous conduire à ouvrir une nouvelle boite de pandore et d’autres maux. En faisant usage à plusieurs reprises du mot Guerre, je ne peux m’empêcher et oui c’est bien plus fort que moi de souligner que le président de la République n’imagina nullement, que le plus beau fleuron de la défense nationale allait être mis en échec. Notre marine qui appartient à la cinquième puissance mondiale a été « terrassé » vaincu par cette petite bestiole qui allait contaminer des centaines de marins et de militaires à bord, allait se répandre en contagion auprès de toute une armée et désarçonnait ainsi l’amirauté. Le président ne croyait donc pas si bien dire, en indiquant que nous étions en guerre, mais ne se doutait pas alors que le port avion « Charles de Gaulle » allait illico presto rappliquer à son port.

Dans une logorrhée habituelle, notre président qui entend « chevaucher le tigre »[1], aime caresser les hyperboles pour dramatiser la situation, mais l’excès langagier n’est hélas pas entaché d’effets morbides sur l’ensemble de la société. Plutôt que l’usage très excessif du mot guerre et du langage ultra sécuritaire, Il fallait sans doute utiliser un propos ancré dans la réalité de la pandémie, un propos d’alerte, se limitant aux dimensions factuelles, à l’évaluation des risques. Cet usage abusif du mot guerre laissera des traces dans les esprits. Aujourd’hui je crains qu’une forme de conditionnement, d’apprentissage à la peur se soit distillée, répandu dans nos cerveaux malléables. Cet apprentissage nous l’avions appris avec et après les actes terroristes notamment ces attaques meurtrières de janvier 2015, puis du 13 novembre 2015 en France, qui ont touché notre pays, même si notre pays semblait avoir fait acte de résilience depuis.

Malgré ces réserves exprimées, je crois pourtant et sincèrement que les mesures de confinement ont été bonnes et nécessaires, même si ces mesures révélaient par ailleurs le désastre d’un manque de vigilance, de prévention, d’anticipation et la pesanteur d’une administration jacobine inopérante, mal à l’aise avec cette pandémie à gérer et avec ses conséquences les plus dramatiques pour les plus âgés.

Pour revenir au discours, martial, solennel, la dramaturgie présidentielle a opéré dans tous les esprits les contours d’une sidération collective, une forme de stupeur émotive au sein de l’ensemble de la population générant à la fois une situation stressante et d’hébétude, généré par une réponse émotionnelle liée au discours qui nous a été tenu. Encore une fois, je ne remets pas en cause les mesures prises, car il fallait selon moi les prendre et si elles n’avaient pas été prises, le nombre de décès aurait été certainement bien plus important. Beaucoup d’états auraient certainement et ainsi évité l’enchainement de personnes hospitalisées, s’ils avaient su anticiper les fermetures des frontières, les mises en quarantaine et les dispositifs de confinement immédiatement n’écoutant pas ou n’anticipant pas, pour beaucoup les messages des ambassades basées en Chine, celles des premiers avertissements, messages d’alerte lancés dès le mois de janvier. Pourtant le discours du 16 mars 2020, du Président de la République fondé finalement sur la peur et non la responsabilisation de tout à chacun ; avait une autre caisse de résonance, celle des flux continuels d’informations qui en s’enchainant conditionnait en quelque sorte l’esprit de notre nation, et rendait notre conscience léthargique. L’apathie de notre conscience tétanisée se laissait enserrer par ces notions répétées de communications de risques, de menaces, de dangers impérieux. C’est à renfort de discours relayés par les experts, discours enfilés comme des « perles », effilochés en brume, éteignant nos raisonnements apeurés et sinon éplorés. Nous absorbions leurs mots, sans aucune précaution, aucune distanciation, nous devions les croire, nous n’avions aucune expertise pour contredire, pour contester, nous n’avions ni la formation, ni la connaissance et nous buvions les prescriptions sanitaires sans nécessairement les discuter, les comprendre. Nous fûmes unanimes pour comprendre que la « Reine Corona » est un pathogène dangereux et que nous avions affaire à une crise sanitaire sans pareil. Sur le constat, concernant la seule propriété agressive du virus, il n’y a aucune discussion possible, mais en revanche le traitement et l’administration parfois péremptoire d’une gouvernance toute puissante, allait ensuite laisser un goût de suspicion et chez beaucoup la volonté de discerner le monde que l’on nous prépare.

Le caractère dangereux de « Corona » ne fait ainsi aucun doute. Si nous avons dans notre entourage des amis qui en ont été atteints, nous savons bien après les avoir écoutés, que ce virus n’a rien d’une « gripette ». Je relève ainsi auprès de mon entourage et de tous les discours entendus, une convergence associée aux symptômes vécus et notamment aux effets ressentis qui ne ressemblent en rien à une grippe même virulente. Nous avons affaire à un virus inédit qui peut rapidement conduire à l’épuisement comme à l’essoufflement physique et bien pire qu’une grippe qui nous met parfois chaos. Je l’avais moi-même expérimenté au retour d’un voyage en Italie, il y a quelques années cela, j’étais atteint d’une grande fatigue et une fièvre importante, mais je m’en suis remis après une dizaine de jours sans aucun autre symptôme. Mais les descriptions que m’ont faites ses amis à propos de l’infection du Covid19, me semblaient bien plus douloureuses que le souvenir de cette grippe passagère, beaucoup parmi eux exprimaient comme une forme d’étreinte, de lames qui perçaient le corps.

Mais au-delà du caractère dangereux et incontestable du virus, il y a manifestement quelque chose de bien plus nocif que ce virus, c’est la forme de conditionnement qui s’opère dans nos esprits. Ma propre pensée a encore du mal à s’extraire de cette forme de Chappe, d’enveloppe médiatique, de discours entendu à longueur de journée, puis d’accepter aujourd’hui sans vergogne que nous allons sortir du confinement ; confinement ordonné depuis plusieurs semaines. Après des jours et des jours de champs lexicaux égrenés autour des mots morbidité, co-morbidité, dangerosité, menaces, nous avons désormais un tout autre discours qui nous est tenu autour de ces cartes tricolores « Le rouge, l’orange et le vert ». La population jusqu’à présent tenue en laisse, paralysée dans ses appartements et figée par les causeries médiatiques, est invitée à nouveau à rester dans ses murs, à pratiquer le télétravail et pour les autres a minima à sortir de ses murs.  Les clignotants tricolores des cartes déclinées quotidiennement, visent à nous balancer d’autres sons de cloches plus rassurants. En vert tout va bien, mais en fait, gardez toujours vos distances, restez très prudents.

Il nous faudra apprendre maintenant à vivre avec cette menace pandémique, la redouter, mais ne plus en avoir peur grâce à nos fragiles masques et oui nous apprenons qu’à défaut, c’est quand même mieux que de ne pas en porter, alors le doigt sur la couture du masque, nous obtempérons. Ce que je perçois dans tous ces discours qui sont tenus, où sont convoqués chroniqueurs politiques et spécialistes de tout poil, c’est une forme de paternalisme qui se dessine subrepticement, d’apprivoisement de toute la société. Ramolli par l’effet d’annonce, nous buvons l’autre breuvage, où devrais-je écrire tranquillisant, que l’on veuille bien nous administrer pour nous remettre en selle guidée par la parole médiatique, parole manquant d’humilité surtout chez les chroniqueurs politiques qui s’inventent en nouveaux sachants et discutent d’épidémiologie en sortant leur nouveau chapelet des concepts médicaux appris comme de bons élèves, la veille. Ils causent bien et c’est pour ça qu’ils sont à l’antenne, mais ces nouveaux sages sont aussi devenus les nouveaux fous de notre société encartés par la parole publique et gare à eux s’ils s’écartent de la doxa de la parole publique, la fake news veille sur eux. Il faut tirer les boulets rouges sur le Professeur Raoult et compagnie puisque la parole des experts n’aime guère que l’on discute la pensée admise. Le débat intelligent, contradictoire, bienveillant n’est pas de mise, mais moquer, remettre en cause est permis. Il est ainsi curieux que nos médias n’aient jamais invité, l’anthropologue et expert en santé publique suisse Jean-Dominique Michel sur l’épidémie de Coronavirus, dont le discours nuance le catastrophisme qui plonge la société dans un état de quasi-sidération apocalyptique. Moi-même, je n’ai pas été épargné par cette pensée, mais de cette pandémie, je tiens également un autre message qui est celui de la remise en cause des orientations prises par une société mondialiste et hyper techniciste. Mais pour revenir à Jean-Dominique Michel[2], son propos doit être entendu et notamment celui-ci :

« J’y vois une déliquescence éthique, mais aussi intellectuelle et philosophique de nos civilisations. De ce point de vue, je dirais que le Covid est un révélateur de nos incohérences ; incohérences fatales […] Une fois qu’on a généré un état de panique […], c’est très difficile pour nous de changer une cognition erronée […] On a vu un embrayage s’actionner, allant vers la stérilisation de la pensée et un déni de réalité […] L’exposition massive de la population aux vrais facteurs de risque que sont la malbouffe, la pollution, le stress et la sédentarité […] s’est retrouvée dans le Covid {…] On a laissé la responsabilité de gouverner à une cohorte de mathématiciens-modélisateurs – des geeks – qui passent leur vie devant des ordinateurs à construire des mondes qui n’existent pas […] Les interventions sur le lien social sont plus efficaces que les réponses sanitaires. Et là on a isolé des centaines de milliers de personnes de manière durable »

C’est ce propos tenu par l’anthropologue qui m’interpelle « Les interventions sur le lien social sont plus efficaces que les réponses sanitaires. Et là on a isolé des centaines de milliers de personnes de manière durable ». En effet avec l’avènement du Covid-19 qui a fait son entrée dans le monde nous sommes face à un tsunami terrifiant de désocialisation de la société prolongée par ces vagues répétées liées aux mesures de confinement.  Mais pour sortir, du confinement se met en place un ensemble de réflexions devant conduire au maintien des distanciations et à la régulation de la vie sociale légitimée par la crise sanitaire. Là aussi n’allons-nous pas nous habituer à une forme de conditionnement autoritaire des esprits, une domestication et l’apprentissage de tous, puis en fin de compte à accepter demain la victoire de la Reine Corona, le couronnement de la cité cybernétique, celle d’une gouvernance hyper technicisée au moyen d’algorithmes gérant toutes les activités humaines, les pistant, autorisant ou non nos bons de sorties[3], limitant nos rassemblements et prescrivant de manière autoritaire qui il sera permis de rencontrer.  Vais-je donc pouvoir manger une grillade avec Didier ? Me rendre librement à notre culte sans être suspecté ? Visiter ma famille librement et quand je veux ? En décrétant un état d’urgence Covid19, ne sommes-nous pas là en train d’ouvrir tout simplement la boite de Pandore ?

Cette réflexion peut vous paraitre exagérée, mais je note qu’elle me semble être partagée par de nombreux penseurs, sociologues, théologiens, rarement invités par ailleurs par nos caisses de résonnance cathodique. J’en veux pour preuve, cette longue lettre publiée sur le site de la revue « Terrestres », publié le 20 avril 2020 et signé par un collectif qui dénonce cette vie par procuration totalement désincarnée. Cette lettre fait écho aux derniers livres que j’ai publié « La déconstruction de l’homme » puis « la mécanisation de la conscience », je retrouve là ma propre plaidoirie « la vie connectée ne peut durablement se substituer à la vie vécue, et les succédanés de débats par Internet ne remplaceront jamais la présence en chair et en os ».

L’inquiétude de ce collectif est à nouveau et largement soulignée et pressent l’avènement d’une société digitalisée, technocratique pratiquant la distanciation sociale et la vie soumise à ces artefacts, ces nouveaux applicatifs qui réguleront les activités:

« […], ce que nous sentons très clairement, c’est que la crise sanitaire a des chances importantes de précipiter l’avènement d’un nouveau régime social : un régime basé sur une peur et une séparation, accrues, encore plus inégalitaire et étouffant pour la liberté. Si nous prenons la peine de lancer cet appel, c’est que nous pensons que cela n’est pas joué d’avance et que des possibilités vont se présenter, pour les populations, de l’empêcher. Mais alors que nous, simples citoyens, ressentons violemment la fragilité de nos existences face à la menace du virus et d’un confinement long, l’ordre politique et économique en vigueur semble, lui, à la fois ébranlé et renforcé par la secousse en cours. Il parait en même temps fragile, et très solide sur ses bases les plus « modernes », c’est-à-dire les plus destructrices socialement. ».

Puis la lettre rédigée par le collectif exprime l’état de tétanisation et se moque de ces mondes factices qui se construisent via Zoom, YouTube et ce monde des réseaux sociaux qui prétendent à l’existence de liens qui n’en sont pas, une forme de médiation par défaut, de fenêtre qui donne à voir, mais qui nous masque la réalité et la présence à l’autre. Ainsi les auteurs poursuivent et invectivent ce futur monde que l’on veut nous construire, mais que nos commentateurs se gardent bien de décrire en donnant audience à ceux qui divergent, apportent une parole contradictoire.

« Bien sûr, il n’a pas échappé à grand-monde que la situation présente a permis aux gouvernements de nombreux pays de tétaniser, pour un temps indéterminé, les contestations parfois extrêmement vives dont ils faisaient l’objet depuis plusieurs mois. Mais ce qui est tout aussi frappant, c’est que les mesures de distanciation interpersonnelle et la peur du contact avec l’autre générées par l’épidémie entrent puissamment en résonance avec des tendances lourdes de la société contemporaine. La possibilité que nous soyons en train de basculer vers un nouveau régime social, sans contact humain, ou avec le moins de contacts possible et régulés par la bureaucratie, est notamment décelable dans deux évolutions précipitées par la crise sanitaire : l’aggravation effrayante de l’emprise des Technologies de l’information et de la communication (TIC) sur nos vies ; et son corollaire, les projets de traçage électronique des populations au nom de la nécessité de limiter la contagion du Covid-19. [4]»

[1] https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/05/07/le-president-evoque-l-apres-confinement-et-appelle-a-enfourcher-le-tigre_6038951_823448.html

[2] Anthropologue et expert en santé publique de nationalité suisse, a travaillé pendant quinze ans en santé mentale et santé publique, enseignant dans divers programmes universitaires et de hautes écoles spécialisées.

[3] Cette réflexion est étayée dans une autre chronique concernant l’applicatif Stop-Covid19

[4] Publié sur le site de la revue Terrestres le 27 avril 2020 https://www.terrestres.org/2020/04/27/ne-laissons-pas-sinstaller-le-monde-sans-contact/

L’égalité

Comme l’écrivait brillamment une amie[1] à propos du covid19, « Le virus est une conséquence de notre état dégradé et, surtout pas une cause comme certains le disent. Un virus c’est un messager, un veilleur, un éboueur. Il faudrait le remercier de nous faire des signaux au lieu de le fustiger ! »

Ce pathogène surgit ainsi dans ce monde tel un messager et sa mission résonne comme un avertissement quasi prophétique, nous oblige à veiller et nous convie à méditer. Le covid19 agit comme un éboueur se chargeant de nous rappeler la salubrité et l’hygiène. Ce virus s’organise comme le révélateur de nos toxicités de nos addictions de nos dépendances, il nous rappelle les fondements mêmes de l’écologie en nous montrant notre ingratitude face à la biodiversité. Enfin cette contagion pandémique démontre l’impuissance de notre gouvernance, nos appareils technocratiques et notre bureaucratie, en peine à agir avec efficacité pour endiguer le mal.

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Auteur 

Eric LEMAITRE 

Comme l’écrivait brillamment une amie[1] à propos du covid19, « Le virus est une conséquence de notre état dégradé et, surtout pas une cause comme certains le disent. Un virus c’est un messager, un veilleur, un éboueur. Il faudrait le remercier de nous faire des signaux au lieu de le fustiger ! »

Ce germe pathogène surgit ainsi dans le monde tel un messager et sa mission résonne comme un avertissement quasi prophétique, nous oblige à veiller et nous convie à méditer. Le covid19 agit comme un éboueur se chargeant de nous rappeler la salubrité et l’hygiène. Ce virus s’organise comme le révélateur de nos toxicités de nos addictions de nos dépendances, il nous rappelle les fondements mêmes de l’écologie en nous montrant notre ingratitude face à la biodiversité. Enfin cette contagion pandémique démontre l’impuissance de notre gouvernance, nos appareils technocratiques et notre bureaucratie, en peine à agir avec efficacité pour endiguer le mal.

C’est ce contexte de bureaucratie qui me poussa à méditer la réflexion de l’anthropologue Philippe d’Iribarne[2] publié par le site Presslib[3]. Ce texte sobre est d’une très grande acuité, rétablit notamment une dimension oubliée par la bureaucratie jacobine, comme celle de la diversité humaine qui est un élément crucial de ce que nous vivons. De l’examen attentif de ce texte j’ai également relevé ce point très sage, concernant les lectures de l’égalité sociale qui peuvent hélas, conduire à des mesures inadaptées selon les territoires. Comme le rappelle fort bien l’auteur, aucun territoire ne semble avoir été traité en soi de la même manière par l’épidémie du coronavirus. Pour Philippe d’Iribarne « La conception de l’égalité qui fait référence dans le monde anglo-saxon est avant tout l’égalité des citoyens devant la loi », l’auteur rappelle également que « Dans le monde germanique, c’est une égalité de voix au chapitre dans les orientations prises par une communauté. En France, c’est d’abord une égalité sociale »[4]. L’analyse de Philippe d’Iribarne est pertinente et tend à montrer également que les options politiques peuvent être [parfois ou finalement] inadaptées aux réalités sanitaires qui résultant d’une inégalité liée à la diffusion même de la pandémie. La pandémie ne nous a-t-elle pas prouvé toutes les failles de l’état jacobin, bureaucrate et centralisateur, une administration en peine à agir et à réaliser que le virus n’a pas nécessairement de conséquences homogènes à l’échelle d’un pays.  La vision jacobine révèle ainsi son incompétence, son inaptitude, à tous les échelons géographiques et à tous les domaines de la vie sociale et le Premier ministre dans une récente allocution devant l’assemblée nationale a dû en convenir, confesser l’impuissance de l’état. L’impuissance jacobine est ainsi largement mise en relief avec la fameuse gestion des masques, dont on découvre aujourd’hui que la grande distribution a su s’organiser et faire face avec une efficacité certaine. Le modèle étatique, bureaucratique qui caractérise l’administration française, est un malade lui-même en souffrance et victime du covid19.

Mais pour revenir aux contextes locaux[5] de la pandémie qui touche à ce jour le quart Nord Est, cette « inégalité » de l’intensité et de l’étendue de l’épidémie tient notamment et pour l’essentiel à des notions de géographies sociales, sociologiques et aux spécificités urbaines qui caractérisent nos territoires. Les brassages en Lozère, région profondément rurale ne sont pas celles des régions métropolitaines et urbaines comme en Île-de-France, Strasbourg, Lyon, ou Lille.  Chaque territoire est différent avec ses particularismes, dues essentiellement aux identités propres et la construction des rapports sociaux, de la densité des populations, des relations sociales au sein des sociétés régionales, de nos sociétés humaines propres à nos territoires [Plus de deux siècles de jacobinismes n’effacent pas les identités des territoires].

Ce jacobinisme qui aimerait tant mettre les mentalités, les esprits et les religions au pas aimerait sans doute avoir à terme un droit de regard sur les rassemblements.  Nonobstant, n’entrons pas demain dans une forme de stigmatisation systématique des fêtes, des rassemblements à caractère séculier ou religieux, cela fait finalement partie du comportement grégaire et relationnel qui caractérise l’être humain.  Il serait redoutable demain de mettre sous cloche les proximités sociales pour favoriser et encourager à l’inverse les distanciations interpersonnelles et nous réfugier sous la cloche d’un monde numérique qui nous rendrait dépendants de ses objets artificiels.

Or le courage en effet, est bien de protéger et de faire les choix circonspects, en adaptant la décision, mais surtout en la déléguant auprès de ceux qui sont en proximité avec les réalités locales, les réalités des territoires administrés. En fonction de la dangerosité de l’épidémie et notamment de la circulation du virus, il conviendra ou non de revenir à une vie sociale normalisée. Je renvoie chaque lecteur à la découverte du livre « Le lévitique », un des livres bibliques qui forme le Pentateuque, la thora pour découvrir l’immense sagesse pour organiser la prudence, la discrétion, touchant à la vie sanitaire, et sociale, l’immunisation collective et l’hygiène. Ce livre très étonnant mêle à la fois les mesures de confinement et les grandes fêtes et notamment la fête des tentes et bien d’autres grandes fêtes comme le Jubilé. À la fois Dieu dans sa sagesse entend protéger les israélites pour éviter la diffusion de l’infection, mais en aucun cas ne décourage les grands rassemblements collectifs si en amont toutes les précautions et les bonnes mesures préventives ont été prises.

Depuis plusieurs jours, je me suis ainsi plongé dans la lecture de ce livre le lévitique ; j’ai noté les consignes de sagesses répétées, déclinées dans les premiers chapitres, notamment toutes ces mesures de mise en quarantaine des israélites infectées par la lèpre, ces mesures sont avant tout des dispositifs de protection, d’immunisation et non des mécanismes sociaux visant à condamner ou à exclure, à rejeter les personnes infectées. Dans ces lois mosaïques, Il s’agit avant tout de protéger et de sauvegarder la vie sociale, les relations interpersonnelles. En conséquence en effet il ne semble pas sage de conduire une systématisation de l’égalité de tous et pour tous les territoires. Uniformiser à l’échelle d’un pays une décision peut inversement avoir pour effet suspect de mettre en camisole l’ensemble de la population. Or la bureaucratie jacobine peut avoir des effets profondément pervers du fait de son éloignement des réalités régionales. Les effets de cette bureaucratie peuvent être sulfureux, quand cette dernière appréhende le monde comme devant être parfaitement homogène, uniforme, identique. Le jacobinisme est une doctrine opposée aux singularités, aux altérités, aux réalités locales, aux libertés naturellement, et ces libertés sont forcément inégalitaires.

L’histoire moderne ne nous a-t-elle pas apprise, que le régime jacobin non seulement fut un régime répressif imposé par les « circonstances de la terreur », mais par essence, un régime politique qui conduit à une nécessaire restriction des libertés, un contrôle social de tous ses sujets, en raison de son essence idéologique fondée sur le traitement égalitariste de tous ses sujets, visant « la restauration morale à l’aune d’une seule religion citoyenne », et l’uniformité, de la société. En deux siècles et avec l’arrivée de la Reine Corona, « Jacobin » le républicain s’incline et invite tous ses sujets à en faire de même, à plier le genou, mais il faut dire que la Reine Corona a de tels arguments et sait utiliser l’affolement pour arriver à ses fins, d’ailleurs je me demande si parfois, elle n’a pas cette « reine corona » utiliser les codes de la « terreur » pour paralyser toute velléité de manifestation, franchement je vous le confesse, je m’interroge.

Nous les juilletistes de 1789, nous étions si fiers, le jacobinisme avait pris valeur de modèle pour toutes les nations, nous avions la meilleure administration du monde, la plus qualifiée et nous étions de facto, en capacité à gérer la crise, à passer le test en quelque sort, à surmonter n’importe quel krach. Or l’état jacobin est en passe d’abdiquer et de renoncer, comprenant que son système ne repose ni sur la sagesse ni sur un ancrage dans les réalités sociologiques.  L’intelligence n’est pas en effet de gérer dans une tour d’ivoire, ni de gérer le monde du côté d’un château, d’une bureaucratie, mais d’apprendre avec humilité, d’organiser avec discernement en faisant appel à l’intelligence collective comme à celle également des collectivités qui ne pratiquent pas la « distanciation[6] » et demeure au plus proche de leurs administrés.

Je pense qu’il importe pour un état très jacobin comme le nôtre de revenir à une dimension de subsidiarité [ce qui semble se faire par ailleurs ; il faut s’en féliciter]. La subsidiarité est en soi, une dimension parfaitement adaptée aux circonstances, aux caractéristiques locales. Il s’agit donc de déconcentrer la gouvernance, de délocaliser la décision. Il s’agit en fin de compte de décentraliser, le pouvoir discrétionnaire d’un état excessivement rationnel, afin que l’on prenne en considération les lectures et les échelles des régions plus ou moins infectées par le virus, en renforçant les mesures ou en les allégeant.

Dans ce contexte, le modèle allemand est souvent cité en exemple, mais la gestion réussie de la politique sanitaire allemande pour endiguer la pandémie, ne tient pas au fédéralisme ou à la régionalisation comme le rappelle Philippe d’Iribarne, en tant que tel, mais à l’ensemble des mécanismes qu’ils comportent dont à nouveau le principe de subsidiarité, incluant une « échelle de décision, d’administration et d’autonomie locale ».  À l’heure où la vie sociale est en crise du fait de la crise épidémique, il serait sans doute temps de remettre à plat la vision de nos institutions, fondées sur cette volonté jacobine de renouveler totalement la société, en aspirant à une unité abstraite d’un peuple, alors que la biodiversité de nos terroirs est profondément diverse et ne subit pas de façon égale les désordres infligés par la pandémie. La vision jacobine en revanche, nous entraine à tort et en toute aberration dans le cours d’événements qui ne s’accordent pas entre cette réalité d’une contagion dangereuse et d’une gestion émotionnelle et anxiogène de l’État.

Cette gestion de la pandémie peut s’avérer tout aussi dangereuse, nous conduire à une forme de mollesse morale, d’atonie des populations et une incapacité à nous responsabiliser par nous-mêmes.  Les idéologies mènent souvent le monde, mais elles ne naissent pas ex nihilo, les idéologies sont nées de crises et puisent leur dynamisme dans les tragédies de l’histoire, la grande peste noire a eu un effet de bascule incontestablement dans les mentalités et l’émergence de la renaissance. L’histoire est sans aucun doute bien plus qu’un enchaînement d’idéologies, quand bien même les idéologies ont contribué à façonner les orientations souvent tragiques, puis ont eu une incidence significative sur la gestion proprement dite de la vie humaine. Qu’en sera-t-il demain, de la gestion de la crise après le coronavirus, quels effets durables cette crise pandémique va avoir sur les mentalités, les esprits, les intelligences ? Que va-t-on construire comme société et quels seront les nouveaux modèles qui vont être déclinés ? Le modèle chinois, le paradigme de l’uniforme va-t-il enfin s’imposer à tous, modèle social fondé sur la surveillance des populations, craignant que certains sortent du rang et n’entrainent les autres … ? Je mesure que la gouvernance actuelle se questionne elle-même pour éviter de tomber dans de tels travers, le pourra-t-elle et jusque quand ?  J’en conviens que de questions, ce sont celles d’un messager, d’un veilleur, d’un éboueur, d’un lambda insignifiant, d’un petit caillou dans la chaussure de l’état Jacobin.

[1] Françoise Blériot : « Le virus est une conséquence de notre état dégradé et, surtout pas une cause comme certains le disent. Un virus c’est un messager, un veilleur, un éboueur. Il faudrait le remercier de nous faire des signaux au lieu de le fustiger ! »

[2] Ingénieur diplômé de l’École polytechnique (promotion 1955), de l’École des mines de Paris (1960) et de l’Institut d’études politiques de Paris (1960), Philippe d’Iribarne est directeur de recherches au CNRS.

[3] https://presselib.com/

[4] Extrait de l’article ; https://presselib.com/philippe-diribarne-originaire-dici-est-un-specialiste-repute-de-la-diversite-des-cultures-et-de-leur-effet-sur-la-vie-politique-et-sociale-il-nous-livre-un-regard-tres-pointu-sur/

[5]  La France

[6] Le terme « distanciation » est utilisé à des fins ironiques

L’entretien

Maxence a 24 ans, après une enfance en Charente maritime, passionné de science et de cinéma, il a commencé ses études d’ingénieur à l’ENSMA (École nationale supérieure de mécanique et d’aérotechnique) après une école préparatoire au lycée Montagne à Bordeaux. Souhaitant explorer également une autre passion, le cinéma, il fait une formation en audiovisuel et digital durant 2 ans à Rouen. Durant cette période, il a réalisé plusieurs courts métrages. Après ses études il est parti au Canada durant un an dans le cadre d’un Permis Vacance-Travail avant de rentrer sur Paris et de travailler actuellement pour un web Magazine dédié à la finance. Maxence rêvait de créer une émission de podcast qui résultait de sa volonté, d’associer puis de lier ses deux passions que sont la science et l’audiovisuel. Maxence m’a joint et m’a proposé une première émission, j’en ai accepté l’augure et l’intérêt, ma confiance que nous pouvions en tirer le meilleur parti pour informer.

Nouvelle Chronique

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Je vous convie à une chronique plus originale à une forme de dialogue entre un jeune homme de 24 ans et son ainé de 62 ans, et finalement si on prête une attention au questionnement formulé par Maxence, nous décelons que l’écart d’âge est insignifiant en regard de l’intelligence dont témoigne Maxence dans la formulation de ses questions. Maxence dénote tout au long de l’interview une réelle profondeur et une curiosité non feinte sur le sujet. Permettez-moi de vous présenter en quelques mots Maxence :

Maxence a 24 ans, après une enfance en Charente maritime, passionné de science et de cinéma, il a commencé ses études d’ingénieur à l’ENSMA (École nationale supérieure de mécanique et d’aérotechnique) après une école préparatoire au lycée Montagne à Bordeaux. Souhaitant explorer également une autre passion, le cinéma, il fait une formation en audiovisuel et digital durant 2 ans à Rouen. Durant cette période, il a réalisé plusieurs courts métrages. Après ses études il est parti au Canada durant un an dans le cadre d’un Permis Vacance-Travail avant de rentrer sur Paris et de travailler actuellement pour un web Magazine dédié à la finance. Maxence rêvait de créer une émission de podcast qui résultait de sa volonté, d’associer puis de lier ses deux passions que sont la science et l’audiovisuel. Maxence m’a joint et m’a proposé une première émission, j’en ai accepté l’augure et l’intérêt, ma confiance que nous pouvions en tirer le meilleur parti pour informer.

Maxence : L’idée de se transcender, d’augmenter ses capacités est une idée qui a été finalement popularisée ces dernières années par les GAFAM notamment qui la véhiculent et investissent en ce sens, mais c’est une idée qui remonte finalement presque aux origines de l’humanité. D’où vient cette quête si obstinée selon vous ?

Éric : Plusieurs motifs conduisent à cette quête d’augmentation de l’homme, motifs qui se réfèrent le plus souvent à des tentatives permanentes de surmonter, de dépasser, les limites actuelles du corps humain en ayant recours à la génétique ou à des artefacts. L’obstination de cette quête, elle tient finalement à quelques raisons, le refus de la mort, le rejet de la finitude, l’inacceptation de l’encerclement du corps. Dans les temps les plus reculés de l’histoire, l’homme a toujours souhaité, s’affranchir de l’enveloppe corporelle dans laquelle il est assigné à résidence depuis l’Eden. Mais ce refus de la mort le conduit finalement depuis toujours à rechercher comment la vaincre, comment triompher de cette fin inéluctable à laquelle il est promis. Vous évoquiez les origines de l’humanité, et vous avez raison d’y faire référence, puisque cette quête de l’homme augmenté, de l’immortalité, n’est pas nouvelle. Et j’invite chacun à découvrir toute la mythologie grecque [Icare, Pygmalion, Prométhée la Calypso], la mythologie sumérienne [Gilgamesh] et les récits bibliques notamment le prologue du livre de la Genèse et Babel pour découvrir qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Le rêve d’immortalité est finalement une histoire qui appartient à une mémoire enfouie, celle de notre éternité, depuis notre sortie d’Eden.

Maxence :   Beaucoup d’Oeuvres de science-fiction ou d’anticipation sont devenues réalité par la suite. Norbert Wiener, vous en parlez dans votre livre « La conscience mécanisée », imagine à la sortie de la Seconde Guerre mondiale une société totalement contrôlée et régulée par la cybernétique, nous y sommes. Le romancier Greg Bear lui phantasme des microstructures assemblées atome par atome, inoculées dans le corps humain ; en 2020 des techno-scientifiques ambitionnent la programmation d’êtres cyborgs à partir de cellules cardiaques artificielles en combinant à la fois l’intelligence artificielle et l’impression 3D. Les récits fantastiques, ne sont-ils pas finalement Éric, les récits révélateurs, les récits finalement dystopiques d’un monde à venir ?

Éric : Oui Maxence, vous avez raison et parmi ces récits, celui écrit par Aldous Huxley, est sans doute le roman, le plus emblématique.  Le meilleur des mondes est en effet le roman dystopique par excellence. Dans le meilleur des mondes, la reproduction sexuée telle que nous la concevons de nos jours a totalement disparu dans cette fiction dystopique.  Notez que la prédiction associée à « la fin de la reproduction sexuée » n’est pas en soi nouvelle. Je vous invite notamment à découvrir le Faust de Goethe qui a été écrit en deux pièces 1808 et 1832. Dans l’une des scènes de cette pièce de théâtre, un mystérieux personnage Méphistophélès fit irruption, ce personnage n’est pas moins l’émissaire du diable, il promet la fin de la reproduction sexuée et l’avènement de la fécondation in vitro.  Le meilleur des mondes est le prolongement de la vision faustienne de l’homme. En effet dans le roman « Le meilleur des mondes » les êtres humains sont tous créés en laboratoire, les fœtus y évoluent dans des utérus totalement artificiels, l’ectogenèse. Puis ces êtres sont conditionnés durant leur enfance. Les traitements que subissent les embryons au cours de leur développement déterminent leurs futures prédilections, aptitudes, comportements, puis en accord avec leur future position, sont affectés dans la hiérarchie sociale soit comme Alpha [L’élite], les Béta [chargés de fonctions d’encadrement], les Epsilon [les manuels] etc.  Ce roman dystopique nous renvoie en somme à l’univers de GATTACA. Cet univers où l’on conçoit en revanche des êtres génétiquement parfaits, sans défaut ou presque. Est-ce que ceci relève toujours aujourd’hui de la science-fiction ? la réponse est sans doute que nous n’en sommes plus si loin ! La fécondation in vitro existe bel et bien ; depuis 1978. Certes l’enfant ne nait pas dans un utérus artificiel, mais il n’est pas impensable que l’on y arrive un jour. Puis l’autre avancée génétique est celle du CRISPR CAS9, ce fameux bistouri biologique, en forme de ciseau, un enzyme spécialisé qui permet de procéder au découpage d’un brin de l’ADN défectueux et de le remplacer. Le génie génétique permet à ce jour de modifier facilement et rapidement le génome des cellules animales et végétales. Cet outil le CRISPR CAS9 permettrait potentiellement s’il est maitrisé demain ; d’éditer un génome susceptible de ne pas transmettre à la descendance, des défauts génétiques.

Maxence :  Nous sommes dans une société qui ne tolère plus la mort, la maladie, un monde aseptisé. En réponse à ces fléaux, l’argument que l’on entend est celui-ci : le progrès peut soigner tous ces maux : Internet permet de rapprocher les gens, de rester en contact, les progrès en médecine et robotique permettent de soigner les maladies, de redonner l’ouïe, la vue ! Voire bientôt de retrouver le contrôle de ses membres. On se dit que les arguments avancés sont plutôt louables, pourquoi faudrait-il s’en méfier ?

Éric : A l’instar de votre propos nous pourrions citer le projet « Brain computer interface » qui fit usage de capteurs placés à l’intérieur de la boite crânienne, donnant ainsi la possibilité à une personne de donner des instructions à un dispositif mécanique complexe, comme l’exosquelette. Les tests cliniques qui sont en cours depuis 2015 avec des personnes tétraplégiques, témoignent de l’avancée faramineuse de ces premières formes d’hybridation biomécanique.

Mais je crois qu’à ce stade ; nous confondons deux choses, la médecine réparatrice et la médecine augmentée. Entre les deux, nous avons bien deux médecines, celle réparatrice, qui vise à apaiser, à soigner et améliorer les conditions de vie et l’autre transcendante, qui vise à satisfaire des fantasmes pour étendre les facultés cognitives et physiques, puis donner à l’être humain de nouveaux pouvoirs.

Avec cette médecine augmentée, nous le constatons et vous l’avez implicitement, mentionnée dans votre question : les barrières entre le vivant et la matière tombent et on invente le cœur artificiel, prothèse intracorporelle conçue pour se substituer au cœur natif, ainsi les frontières biologiques et mécaniques se brouillent. On peut également dans la même veine et désormais « imprimer » de la peau biologique, se raffermir d’un exosquelette comme ces recherches effectuées dans les laboratoires techno-scientifiques, rappelées précédemment. Nous pouvons aussi interfacer l’homme et la machine et finalement inventer l’homme bionique, l’homme machinisé en quelque sorte. Tout cela est donc possible !

Mais au-delà du possible, la question est finalement de savoir si tout cela est bien utile et si ceci ne relève pas d’un fantasme. Le fantasme d’un progrès continu, sans limites aucunes, comme l’imaginait le philosophe Condorcet ! Vous en conviendrez, nous sommes, en face finalement d’une forme « d’évolution de l’espèce humaine » qui ne relèverait plus d’un jeu qui résulterait des seules forces mécaniques et naturelles, mais d’un relais biologique dont l’homme serait devenu aujourd’hui l’unique et premier artisan. En d’autres termes et cela rejoint votre première question et ma première réponse, l’homme refuse sa nature biologique trop fragile, trop vulnérable et il faut donc l’appareiller, la protéger, l’équiper pour surmonter les défis d’une vie biologique en tout point faillible. Mais voilà s’il est en effet louable de réparer, est-il besoin d’augmenter et en conséquence de dénaturer. L’homme sera-t-il un homme s’il est dévêtu en quelque sorte de son enveloppe biologique pour revêtir l’enveloppe bionique.

Maxence : Ken Loach, Le réalisateur de Sorry we missed you qui traite de l’ubérisation de la société, dit regretter dans une interview que les gens ne pensent plus à l’intérêt commun et finalement au bien de tous, mais davantage aujourd’hui à leur bonheur et aspirations personnelles. Est-ce que l’Intelligence Artificielle, peut être la solution comme l’avance Peter Thiel qui déclare que l’IA est communiste ? À l’instar du modèle chinois, l’IA porte l’idée qu’elle ne pense pas aux intérêts d’une seule personne, mais d’une société entière. Sur le papier ça fait rêver, est-ce que ce serait la solution est ce que cela vous semble possible ?

Éric : Le terme d’Intelligence Artificielle, me fait déjà sourire, prêter à la machine de l’intelligence est un oxymore puisque nous y associons le mot artificiel. « L’IA » est davantage une matière, un dispositif de calculs codés et mécaniques, mais non une intelligence d’essence biologique et d’une complexité infinie.  Je reprends cependant deux mots dans votre question : « l’IA est communiste », ce n’est pas faux, moi-même dans un autre ouvrage intitulé la déconstruction de l’homme, j’avais utilisé le terme de de communisme numérique, un autre modèle de société, une forme d’égrégore qui serait en quelque sorte un nouveau paradigme de communauté sociale, renversant les axiomes sociaux et économiques traditionnels fondés sur l’accès à la « gratuité » et à la fin de toute verticalité comme l’avait imaginait le philosophe transhumaniste FM 2030  Fereidoun M. Esfandiary.

Ce modèle économique, fondé sur le monde numérique, est en passe de prendre les relais de l’État, en proposant une dimension servicielle au-delà des services jusqu’à présent payants. Ainsi demain, le recours jusqu’à présent à des prestataires payants ne sera plus nécessaire, car une offre de service accessible à tous et « gratuite » sera largement proposée. Un nouvel âge d’or où le « gratuit » constituera la promesse, comme l’est d’ores et déjà un grand nombre, d’applicatifs numériques, mais le supplément de service qui lui est indispensable sera toujours payant. Ce modèle ne peut en fin de compte survivre que s’il est payant. Le communisme avec un point ?

Maxence :   Nous sommes de plus en plus dépendants aux machines et à la technique, ce confinement nous le montre bien. Les gourous de la Silicon Valley nous promettent de nous libérer des tâches ingrates, d’avoir le monde à portée de main, de gommer les inégalités… Sauf qu’aujourd’hui, en 2020, on apprend que les petites mains sont toujours là, dans les stocks d’Amazon ou Lidl sauf qu’elles répondent aux instructions d’une IA et ne peuvent communiquer qu’au moyen d’une trentaine de mots. On apprend par Newscientist que l’intelligence artificielle traitant le système de santé américain discrimine les populations noires. On constate des problèmes d’addictions et de manque de nos écrans notamment chez les enfants. Nos montres connectées, nos voitures nous donne des ordres, Netflix nous dit quoi regarder, google-nous dit quoi écrire dans nos emails. Pour l’instant on a l’impression que c’est nous qui sommes prisonniers de la machine. Finalement on nous promet une existence longue certes, mais pleine de frustrations, assujettis, court-circuité dans la prise de décision, dépourvu d’individualité et de libre arbitre …  Nous serions-nous fait avoir ?

 Éric : Votre commentaire est à nouveau très juste, nous avons été comme aspirés par l’armoire magique, le miroir aux alouettes, un leurre, un piège à rats. Ce monde des GAFAM et autres BATX les autres géants du WEB chinois savent de façon artificielle créer de nouveaux usages. Et je pourrais allégrement enrichir votre liste, les enceintes Alexa, les montres connectées, la machine à café connectée …). L’économie numérique se présente à nous comme une source infinie d’inventivités, de croissance, d’augmentation des biens, le toujours plus et jamais assez. Vous avez dans votre réflexion précédente un aspect oh combien juste. La robotisation s’est jusqu’à, présentée à nous, comme un palliatif pour nous libérer avantageusement de la corvéabilité, nous affranchir des tâches répétées. Puis l’IA c’est-à-dire « l’intelligence artificielle » est venue comme renforcer l’efficience du robot en proposant aux plus qualifiés d’alléger également les tâches intellectuelles répétées. Ainsi sont éliminés au fil de l’eau ces « notions de métier qui consistent à faire toujours la même chose »[1]. Les métiers, nécessitant de l’apprentissage sont en passe de disparaitre et pire de transformer les employés d’Amazon que vous citiez en nouveaux G.O.R de Gentils Ouvriers Robotisés. Notre société est poussée par ce nouveau mantra, il faut innover, il faut performer, il faut évoluer. Nous sommes en train d’adorer finalement le Dieu Néon de Sound of Silence, une chanson écrite par le duo mythique Simon & Garfunkel[2]Dans leur chanson, le duo décrit ces enseignes lumineuses et tapageuses qui inlassablement nous invitent à consommer, à consommer et surtout nous privent d’échanger, de partager.

On nous impose finalement ce nouveau dogme, il n’y a pas le choix, ce sera forcément mieux, ce mantra comme je l’exprimais précédemment, il nous faut accepter le progrès sans condition, sinon nous « dévoluons », nous régressons, nous retournons à l’âge de pierre. Juste pour vous dire que le COVID 19 est en train de nous chambouler et de conditionner subrepticement notre monde, mais le risque est hélas l’accélération d’un mouvement qui est de nature à nous enserrer et à nous enfermer dans l’esclavage de l’égrégore numérique.

Souvenez-vous de ce film Métropolis de Fritz Lang. Pardonnez-moi je vais m’arranger avec le récit dystopique du film et lui donner une autre couleur plus actuelle, plus contemporaine. Disons que Métropolis dans ce récit réécrit en quelque sorte, est toujours une cité à l’architecture futuriste, une mégapole aux lignes et aux structures avant-gardistes, une ville cybernétique, une nouvelle Utopia[3] qui vit sous le joug de tyrans nos fameux GAFAM et BATX.

Les aristocrates de ce Nouveau Monde après la tempête COVID 19, se prélassent dans leurs palais numériques, tandis que la masse laborieuse des G.O.R, survivent dans leurs maisons calfeutrées sous la surveillance et le contrôle d’un nouveau Big Brother, le messie technologique leur promettant le paradis digital et de les protéger de l’intrusion d’une nouvelle bactérie létale, les gens ont peur, le messie technologique veille sur eux, il les protège avec tant de bienveillance, mais il épiera ceux qui n’ont pas accepté son pouvoir, les harcèlera, les persécutera.

Maxence :  Beaucoup de gens, moi le premier, avons le sentiment d’être contraint à ce changement, que la lutte est vaine, dans une société où le maître mot est « l’adaptation » constante, sans quoi nous sommes rejetés aux bancs de la société, voir jugés. Certains ne s’aperçoivent malheureusement même pas de cela. Quelle solution avons-nous ? faut-il être en rejet total ou au contraire comme le numéro 2 dans le prisonnier ou le personnage principal dans 1984, faut-il s’y jeter corps et âme ? Y a-t-il un équilibre ?

J’anticipais déjà cette réflexion précédemment Maxence. Je souscris pleinement à votre propos vous avez raison. Pour même l’appuyer, j’aimerais vous faire découvrir deux auteurs Marie David et Cédric Sauviat qui ont brillamment pensé le sujet et qui touche cette thématique que vous abordiez précédemment l’IA, Marie David et Cédric Sauviat sont tous deux diplômés de l’école polytechnique, voici ce qu’ils écrivent à propos du progrès à la page 154 de leur ouvrage : « Intelligence Artificielle la Nouvelle Barbarie », … « Les conséquences de cette course folle ne sont jamais discutées », j’ajoute, jamais anticipées, jamais évaluées, puis ces ingénieurs poursuivent leurs commentaires respectifs et là nous relevons toute la pertinence de leurs propos… « En son temps il aurait été criminel de refuser d’isoler les murs avec l’amiante, de ne pas équiper les écoles de tablettes numériques, de ne pas se lancer dans tel médicament puis de découvrir 20 années plus tard les dégâts catastrophiques du caractère cancérigène de l’amiante, des effets absolument néfastes de l’usage des écrans par des enfants parce que tout simplement le temps biologique n’est pas celui de l’innovation technologique ».

Mais que dire des lois bio éthiques pas encore votées quand on apprendra demain le catastrophisme psychologique que l’on aura généré auprès d’enfants sans père ou sans mère au nom d’une forme d’égalitarisme infondé. Au risque comme vous l’indiquiez fort justement d’être mis au ban de la société pour avoir eu l’outre Cui dance de rejeter en bloc, le soi-disant progrès moral et le meilleur des mondes promis.

Maxence : Nous comprenons que pour lutter contre l’uniformisation de la société et son assujettissement il faut commencer par se cultiver, nourrir l’âme. Dans cette époque ou on a délaissé l’esprit, on voit pourtant de plus en plus de gens se tourner vers les néo-religions notamment aux Etats-Unis, au développement personnel, à la méditation, certains changent de vie en quête de sens pour se reconnecter aux autres et à la nature. Est-ce une conséquence directe de cette société et cela est-il positif ? Peut-on y voir l’espoir d’un renouveau spirituel ?

Éric : Nous sommes à l’heure des SMS, des « posts », des assertions, des raccourcis, qui sont à mille lieues des textes pensés par toute une littérature philosophique, théologique ou même de romans ou autres essais. Les réseaux sociaux nous livrent en pâture, leurs cargaisons de messages pauvres sans densités, sans intensités. On s’imagine penser, mais c’est souvent de la pensée bricolée, sans réelle consistance, dans l’artifice. Je préfère de loin lire en effet, pour enrichir et nourrir l’âme comme l’esprit.

En ce sens vous rejoignez le propos de l’écrivain Bernanos[4], ce dernier disait à peu près ceci que la modernité est une conspiration contre toute forme de vie intérieure. Je rejoins aussi la pensée de l’urbaniste Paul Virolio urbaniste et philosophe quand ce dernier nous indiqua que « …le progrès technologique a détruit […] l’humble préférence du proche et du prochain, le savoir être soi-même, dont Montaigne nous entretenait comme la plus grande chose au monde… »

La « valeur » de notre postmodernité est l’adulation des objets. Dans ce contexte notre époque s’enfonce dans une forme d’atomisation sociale, une atomisation quasi nucléaire qui se traduit par un véritable morcellement dans lequel nous nous glissons, un monde sans contacts, en distance, en pièces sans doute un monde en miettes, avec l’arrive brutale du COVID 19, cette nouvelle peste.

Nous sommes en effet face à une perte de sens, une perte de sens aggravée, du fait que cette civilisation n’accepte pas de reconnaître l’existence d’un Créateur, Le monde post-moderne se caractérisant également par un rejet de l’ancien récit métaphysique, celui d’un Dieu qui se révèle à la totalité de notre humanité et au monde au travers de la Bible. Ce même courant post-moderne conteste ou nie toute idée de transcendance, idolâtre de manière aveugle la raison humaine et la conduit inexorablement à l’irrationalité. Cette irrationalité qui entend conduire l’humanité à un nouveau récit, celui de sa propre transcendance, de sa propre auto divinisation. Un terme y sera mis et cela nous le savons intimement, au plus profond de nous-mêmes, même si nous ne souhaitions pas l’avouer, le reconnaitre.

[1] J’emprunte l’expression aux deux auteurs du livre Marie David et Cédric Sauviat : Intelligence Artificielle : La Nouvelle Barbarie Editions du Rocher Idées. Livre publié en 2019.

[2] Je fais référence à ce groupe Mythique dans l’une des chroniques de mon nouvel Essai.

[3] Livre de Thomas More écrit en 1516. Je vous renvoie à la description de ce livre, dans mon précédent essai : La mécanisation de l’homme.

[4] L’auteur notamment de la France contre les robots, Georges Bernanos est un écrivain français :  1888 -1948

Crise

nous n’avons pas affaire à une crise passagère mais à ce qu’on appelle un phénomène structurel. Dire qu’un phénomène structurel est un fait de structure ne nous fait guère avancer. On avancera un peu plus avec son antonyme : un phénomène structurel n’est pas conjoncturel. Par exemple, le chômage du fait de sa permanence n’est plus – si tant est qu’il l’ait été – conjoncturel mais bien structurel, inscrit dans la structure ou société. C’est-à-dire comme un élément étroitement lié voire indispensable au fonctionnement de la société. Ainsi, le chômage n’est pas le produit de dérèglements passagers d’une économie, ni le fruit d’une mauvaise gestion politique mais un phénomène lié étroitement à la société

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Auteur :

Didier Martz, philosophe
Le 25 Avril 2020

Bonjour à toutes et à tous. C’est la 4ème chronique de la pandémie où l’on s’interroge sur l’usage du mot crise et où l’on tente une hypothèse audacieuse. S’agissant de l’épidémie, il ne s’agit pas d’une crise car la crise ne désigne en général qu’un mauvais moment à passer après lequel les individus, les sociétés recouvrent la santé et l’équilibre. Et tout
repart comme avant. Le Même a une fâcheuse – ou heureuse tendance – à rester le Même. Or ici nous n’avons pas affaire à une crise passagère mais à ce qu’on appelle un phénomène structurel. Dire qu’un phénomène structurel est un fait de structure ne nous fait guère avancer. On avancera un peu plus avec son antonyme : un phénomène structurel n’est pas conjoncturel. Par exemple, le chômage du fait de sa permanence n’est plus – si tant est qu’il l’ait été – conjoncturel mais bien structurel, inscrit dans la structure ou société. C’est-à-dire comme un élément étroitement lié voire indispensable au fonctionnement de la société. Ainsi, le chômage n’est pas le produit de dérèglements passagers d’une économie, ni le fruit d’une mauvaise gestion politique mais un phénomène lié étroitement à la société. Et, paradoxalement, qui lui devient nécessaire pour fonctionner. Même si l’on s’en défend. Michel Foucault (1926 – 1984), philosophe français, s’interrogeait sur le fait que des problèmes contre lesquels on se bat depuis une éternité pour les réduire, au contraire se maintiennent voire se renforcent. Ainsi, disait-il, de la prison, des hôpitaux psychiatriques, institutions mises en place pour résoudre des problèmes mais qui n’en font rien ou si peu, voire les aggravent. On pourrait ajouter l’échec scolaire ou le phénomène migratoire. Structurels, ces dits problèmes, par leur « développement durable » seraient inhérents à la société. Sauf bien sûr à considérer qu’ils sont des phénomènes naturels ou les effets d’une colère divine. Mais d’abord des phénomènes humains, produits par des êtres humains, ils sont à la portée de l’action humaine pour être sinon éliminés au moins réduits fortement. Or ils perdurent malgré les discours et les actions pour lutter contre. Idem pour l’épidémie. Si elle a une origine biologique, elle est surtout un fait social et une production humaine. Et par sa répétition devenir structurelle. Ainsi, à partir du moment où une « crise » (je mets maintenant des guillemets) se répète comme les « crises » financières, économiques… on dira qu’elle est structurelle et devient paradoxalement vitale pour la société. Ainsi on ne peut pas supprimer le chômage, l’échec scolaire, les prisonniers, les fous, les migrants, les malades sans dommages pour ceux qui en vivent dans tous les domaines d’activité et sans perdre
des points de PIB et de Croissance. Ainsi l’épidémie, par sa régulière apparition, oblige la société à s’organiser en fonction d’elle. A vivre avec et presque grâce à elle. Les usines réorientent leur production, des chercheurs cherchent, des laboratoires pharmaceutiques prospèrent, on fait des conférences, on publie des livres. Des milliers d’emplois sont créés, les start-up fleurissent et rivalisent sur le Marché libre à concurrence non faussée. Les modes de vie changent. En temps de guerre on avait chez soi un masque à gaz prêt à l’emploi, désormais on a le masque anti-virus. Et un kit avec du gel, un auto-test dans l’armoire à pharmacie. Et une case de plus à cocher dans les contrats d’assurance. Grâce à l’épidémie, le PIB gagne des points, la Croissance revient. Le phénomène épidémique s’est installé dans la société et lui devient nécessaire. Tout en disant qu’il faut s’en débarrasser. Le fait épidémique est un événement qui rompt la succession ennuyeuse des faits quotidiens. Elle est une occasion, un kaïros diraient les grecs d’autrefois dont on peut profiter. Une opportunité pour, soit rester dans la même logique économique délétère qui reconduit le Même avec ses destructions matérielles et humaines, soit pour entrer dans une nouvelle ère. Celle d’Après maintenant…. Ainsi irait le nouveau le monde !
Didier Martz, philosophe
Le 25 Avril 2020
http://www.cyberphilo.org
« Ainsi va le monde »
406 Chroniques philosophiques de la vie ordinaire
2008/2018

L’écroulement

« La Reine Corona[1] », ni bière mexicaine, ni cigare de havane, mais un virus auréolé d’une couronne mortuaire, est venue un beau matin, de l’année 2020, début janvier, jouer à Chamboule tout, remettre les pendules à l’heure avant notre changement d’horaire pour signaler l’heure d’été. Au-delà du péril écologique annoncé depuis quelques années, ce n’est pas un rayon de soleil un peu plus chaud ou brûlant qui a eu raison de nous, mais une bactérie pathogène avec sa létalité qui en s’infectant dans l’organisme humain lui a causé viscéralement les pires dommages. L’humanité subit maintenant son joug, ne sachant à ce jour comment conjurer le sort, s’en défaire, ne sachant comment cautériser les blessures parfois mortelles que la Reine inflige à ses sujets humains.

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Auteur

Eric LEMAITRE 

Le titre de cette chronique ne m’a pas été inspiré par la prise de parole du Premier ministre Édouard Philippe et je pense que vous me croirez, j’avais écrit ce nouveau texte dans la matinée et je n’avais pas eu connaissance du discours qu’il allait prononcer le 28 avril 2020, devant l’Assemblée Nationale c’est donc une coïncidence, disons que ce titre faisait référence à l’un de mes articles qui traitait de collapsologie[1] lui-même inspiré par les discours de multiples écologistes alarmistes qui depuis des décennies ont exprimé de manière récurrente leurs inquiétudes. Mais à l’époque la plupart des discours évoquaient un effondrement fondé à partir d’un krach financier éminent ou sur les dernières révélations concernant le climat, la plupart soulignant la casse écologique. D’autres et nous avons à le reconnaître, nous avaient déjà averti à propos des risques épidémiques et corrélativement de nos conduites en indiquant « que la technologie et le comportement humains propagent ces agents pathogènes de plus en plus largement et rapidement. En d’autres termes, les épidémies liées aux nouvelles zoonoses, ainsi que la récurrence et la propagation des anciennes, ne sont pas simplement ce qui nous arrive, mais reflètent ce que nous faisons »[2]. Ainsi il n’est pas contestable que tous imaginassent parmi ces capsologues que le pire allait arriver et certainement dans leur génération. En revanche à l’exception sans doute du journaliste scientifique américain David Quammen[3], ils se sont trompés sur les causes et il ne me semble qu’aucun d’entre eux n’avait vraiment vu arriver « la Reine Corona ».

« La Reine Corona[4] », ni bière mexicaine, ni cigare de havane, mais un virus auréolé d’une couronne mortuaire, est venue un beau matin, de l’année 2020, début janvier, jouer à chamboule tout, remettre les pendules à l’heure avant notre changement d’horaire pour signaler l’heure d’été. Au-delà du péril écologique annoncé depuis quelques années, ce n’est pas un rayon de soleil un peu plus chaud ou brûlant qui a eu raison de nous, mais une bactérie pathogène avec sa létalité qui en s’infectant dans l’organisme humain lui a causé viscéralement les pires dommages. L’humanité subit maintenant son joug, ne sachant à ce jour comment conjurer le sort, s’en défaire, ne sachant comment cautériser les blessures parfois mortelles que la Reine inflige à ses sujets humains.

« Reine Corona » sortie d’un labo ou d’un marché [le secret est aujourd’hui bien gardé] n’a pas annoncé le printemps pour l’humanité, mais un hiver froid, nous ordonnant d’être bien au chaud dans nos appartements, nous sommant de nous confiner, de nous enfermer nous rappelant à ses souvenirs. Comme vous le savez, rien n’est bien nouveau sous le soleil de l’histoire de notre humanité. Souvenons-nous ainsi des épisodes contagieux qui ont traversé les géographies sociales de la civilisation humaine. Ce fléau ne décida-t-il pas en effet plusieurs siècles plus tôt et comme je l’ai déjà mentionné dans une autre chronique, de faire taire l’arrogance du pharaon, d’humilier l’Égypte, de courber l’échine du souverain impérial et ordonna aux Hébreux de se calfeutrer chacun dans ses appartements. La « Reine Corona » faisait ainsi tomber chaque premier né d’Égypte afin de libérer les esclaves hébreux.

Aujourd’hui « Reine Corona » veut-elle libérer la nature du joug humain, en claquemurant l’humanité lui donner un peu d’air, elle qui a été abondamment polluée par le consumérisme sauvage et libertaire du néo-libéralisme, elle qui a subi les pressions des extractions de son sol, la destruction de ses forêts et la disparition de civilisations autochtones comme la désintégration du monde paysan.  Étouffée, la nature se rappela à ses congénères sans doute pour lui rappeler la nécessité également d’avoir recours à son créateur et de l’invoquer pour obtenir le secours en se repentant de toutes ses maltraitances et de sa méchanceté autant envers ses congénères, que de son irrespect pour son environnement.

La vie de ce fléau n’a jamais eu ainsi, de fin en soi et chaque épisode de notre histoire connait un nouveau sursaut épidémique. L’histoire tragique se répète et comme nous l’avions déjà écrit, ce fléau planétaire qui égrène chaque jour ses victimes poursuit sa route funèbre, son convoi mortuaire à l’heure où nous écrivons ces lignes. La nouvelle peste, car c’est bien ainsi qu’il nous faut encore l’appeler, remet en cause les folles orientations de notre humanité qui rêvait d’étaler ses mégapoles, qui conjecturait l’augmentation, la croissance, la performance de ses biens, spéculait la perfectibilité indéfinie de son espèce. Comme l’écrivait un ami dans un commentaire en réponse à l’un de mes articles ; personne n’avait imaginé qu’à la fin de cet hiver nous connaitrions une chute de tension soudaine, « un collapsus économique et social, planétaire semblable à la crise de 1929 » ou ne peut être pire.

Plusieurs cassandres avaient théorisé l’écroulement et ne se sont pas étonnées aujourd’hui de l’affaissement de l’économie mondiale. Pourtant les prédictions reposaient davantage sur l’évolution de notre climat, mais c’est un virus qui déjoua tous les pronostics. La nature nous surprendra, elle reprend finalement ses droits, elle rappelle à l’homme sa finitude, sa vulnérabilité, lui qui rêvait de quête de toute puissance et bientôt l’achèvement d’un rêve, celui d’imaginer une vie prolongée bientôt bicentenaire et pourquoi pas millénaire. Mais « Reine Corona » nous rappelle à son monde, le réel, la vie réelle et pointe la folie de nos grandeurs, la faiblesse de notre Nouveau Monde, la vacuité de ses idéologies.

De l’Ancien Monde nous avons arraché les piliers civilisationnels, la sagesse des anciens, nous avons ruiné les édifices bâtis fondés sur des vertus simples l’épargne, la famille, la vie solidaire, l’écologie humaine et la nécessité de prendre soin de son prochain. Nous mesurons qu’avec cette crise sans précédent, l’effondrement et l’atomisation de la famille peu avant ; conduira bon nombre d’entre nous à se sentir encore davantage fragilisé. Je mesure ce sentiment, comme responsable d’une communauté chrétienne qui comprend un nombre important de personnes seules, isolées, souffrant de séparations, sans familles et qui sans le soutien de l’église les conduirait au désespoir. Or nos communautés en ces temps de confinement sont malmenées avec l’interdiction de nous retrouver pour des moments de fraternité, de convivialités, de partages. Nous sommes entrés littéralement dans le monde sans contacts. Nous sommes alors contraints d’innover, d’utiliser les objets numériques, mais totalement conscients que ces « seul ensembles » via le monde internet est une formidable impasse nous conduisant à la désocialisation. Nous nous y résignons, mais prenons conscience qu’il faudra sortir de ce monde qui est un [enfer]mement sur soi.

Or à force de nous soumettre aux idéologies du progrès, au néo-libéralisme contemporain, aux objets toujours augmentés, à l’amour de l’argent, d’un monde libertaire nous avons préféré confier le destin de notre nation entre les mains d’idéologues rêveurs et sans doute aliénés par la démesure, qui n’ont plus la main sur le destin de notre monde, le délitement d’un avenir en plein brouillard.

Ces mêmes idéologies ont promu puis vanté, la mondialisation, le néo-libéralisme et c’est la libre circulation des biens et des marchandises sans aucune frontière qui accéléra le processus létal de la pandémie. Évidemment ce processus de pandémie et de diffusion virale existait bel et bien dans les siècles passés. La route de la soie, ce réseau ancien de routes commerciales entre l’Asie et l’Europe, fut aussi un vecteur de propagation de la peste, notamment de la peste noire. Aujourd’hui le monde bien plus que lors des années de grandes crises, enregistre une chute « pharaonique [5]» de son économie, la déroute de ses finances publiques déjà lourdement endettées. Mais comme par magie, l’état imprime ses billets ou plutôt dématérialise virtuellement sa monnaie, pour secourir la nation dévastée, tentant vainement de pallier cette montée vertigineuse du chômage, d’atténuer les effets catastrophiques et dommageables d’une économie paralysée faute d’activités. Il est légitime d’imaginer qu’il sera bientôt périlleux, pour l’État, de gérer un tel désastre, si le virus continue de fragiliser notre système de santé secoué par les vagues successives et sans doute par un prochain tsunami sanitaire.

Nous sommes sans doute aux prémices d’un renversement total des fondements de notre société, un écroulement social et économique. Alors me joindrais-je aux voix de ces cassandres les plus alarmistes ou de ces capsologues lucides. De toute évidence et chacun en a aujourd’hui conscience notre monde ne sera plus jamais pareil. En d’autres termes comme l’écrit le professeur Michel Maffesoli « cette crise sanitaire est l’expression visible d’une dégénérescence invisible. Dégénérescence d’une civilisation ayant fait son temps ». Le constat de Michel Maffesoli rejoint celui lucide de Paul Valery « Nous autres, civilisations, savons désormais que nous sommes mortelles ». Quelques années plus tôt Michel Onfray évoquait à la fois la dégénérescence, la sénescence et la phase terminale de l’occident, sans imaginer alors que ce serait finalement la « Reine Corona » qui aurait définitivement la peau du monde occidental, déjouant là aussi la prédiction du philosophe.

Pourtant nous devons sérieusement craindre les lendemains d’une telle pandémie pour bâtir non un Nouveau Monde, mais bien de remettre en question la civilisation qui nous avait été jusqu’à présent promise. Adam Tooze, historien et s’est employé à analyser[6] en profondeur les positionnements des acteurs économiques notamment lors de la grande crise de 2008 qui était déjà à l’époque comparée à celle de 1929. Cette crise de 2008 avec le recul dans une moindre mesure n’a pas eu les mêmes conséquences qui allaient provoquer ensuite la Seconde Guerre mondiale.

Rappelons cependant que la crise financière de 2008 a d’abord été présentée comme un phénomène purement technique et local né d’actifs douteux, mais la chute boursière de 2008 qui concerna en premier lieu Wall Street l’une des plus grandes places financières a en réalité frappé tel un effet de domino, toutes les régions du globe : des marchés financiers occidentaux puis a eu des répercussions sur l’ensemble des activités industrielles dans la plupart des continents, du Moyen-Orient à l’Amérique latine. « La crise a déstabilisé l’Ukraine, semé le chaos en Grèce, suscité la question du Brexit ». Ce fut sans doute la crise la plus grave vécue par les sociétés occidentales depuis la fin de la Guerre froide, mais sans doute ; absolument pas comparable avec celle de 2020 qui annonce une débâcle économique mondiale qui n’aura aucun précédent ni de pareils événements dans toute l’histoire de notre civilisation, annonçant sans aucun doute de terribles famines comme ce fut le cas avec la Peste noire qui généra également de graves crises sociales.

Or ces graves crises sociales sont en germe aux États-Unis, les populations les plus fragiles socialement font face d’ores et déjà à des pénuries de nourritures. Les personnes en déshérence, affectées par ce monde en suspension, s’adressent à des organisations non gouvernementales pour faire face à l’avancée de la disette alimentaire.

De fait, nous imaginons que l’endettement continu des états trouvera tôt ou tard, ses limites dans son incapacité à poursuivre ses engagements à éponger la crise sociale devenue endémique, une crise elle aussi contagieuse. Les pensions de retraite ne seront plus versées, les cotisations sociales ne pourront plus secourir les foyers qui ne possèdent pas de salaires. Un voyage dans le temps, une plongée dans l’histoire nous conduit à ce long épisode de la peste noire, ce sont en effet, des pans entiers de l’économie au XIVe siècle qui ont été totalement désorganisés dus explicitement à la Peste noire. La réaction la plus partagée à cette époque fut le désespoir, provoquant le plus souvent des désordres sociaux et des révoltes sociales résultant de fortes pénuries corrélées à la hausse des prix, et ce en raison de la rareté des biens. Les plus pauvres souffrent toujours des rigueurs de la crise économique, mais subissent le joug des puissants, qui entendent contrôler la situation sociale. Étrange, il n’y a rien de nouveau sous le soleil et cette loi qui révèle la perversion de l’âme humaine est un mal chronique.

Avec cette pandémie sans précédent qui conduit à l’affaissement de la vie économique, il conviendra d’appréhender avec inquiétude les violences contre l’appareil d’état, violences sans doute entre citoyens, entre-les abandonnés du système et ceux qui ont été préservés par le système. Le XIVe siècle connut un nombre important de famines, mais la famine toucha inégalement les populations, les plus riches étant souvent à l’abri de cette menace, mais pas des épidémies virales qui lui sont corrélatives et cela reste vrai aujourd’hui, même si la pandémie, atteint les plus fragiles, les bien portants semblent mieux résister mais elle ne discrimine cependant ni les nantis, ni les précaires.

Comment alors raisonnablement penser à l’aune de ce que l’histoire nous apprend, nous enseigne, que nous n’encourons pas les mêmes risques comme ceux qui ont été vécus à l’époque de la peste noire. La récession mondiale est nécessairement imminente et les indicateurs tendent à démontrer aujourd’hui l’abondance des feux rouges. La facture de Reine Corona s’annonce particulièrement salée et ce ne sont pas les pansements répétés et administrés par les gouvernements qui empêcheront les éventuelles embolies, les apoplexies de l’économie et oui après les pneumonies, il est fort à parier que les quintes de toux de l’état pourraient le conduire à l’incapacité de gérer ce moment complexe de notre vie économique. N’oublions pas et à nouveau nous le répétons que l’histoire de la peste noire fut suivie d’importants troubles sociaux.

L’histoire nous enseigne bien souvent ses cycles, or pour les prévenir, il est sans doute possible d’anticiper l’écroulement et c’est sans doute là qu’il nous faut revisiter ces livres comme le lévitique, le Deutéronome ou même d’autres livres du Pentateuque, pour découvrir des lois divines capables d’anticiper les crises sociales anomiques[7] accompagnées si nous ne réagissons pas, par un délitement des corps associatifs (églises, familles, associations caritatives) qui nous paraissent imminentes, mais notre salut, nous ne l’obtiendrons pas de l’état, mais de notre capacité à tisser de nouveaux maillages sur des territoires plus petits comme notre quartier. Face à la crise des masques, nous avons vu de nombreuses initiatives pour répondre à l’incapacité de l’État à répondre, des initiatives de solidarités collectives pour se serrer les coudes. Le salut dans les grandes crises montre l’impuissance de l’état à y répondre totalement, il sera nécessaire d’en appeler aux solidarités et aux maillages locaux, aux subsidiarités que les hommes et les femmes de nos quartiers sont capables de tisser entre eux, même si nous le savons que tous n’adhéreront pas à cette réforme pourtant nécessaire de soi-même.

[1] Source Wilkepedia : La collapsologie se présente comme une science appliquée et transdisciplinaire faisant intervenir l’écologie, l’économie, l’anthropologie, la sociologie, la psychologie, la biophysique, la biogéographie, l’agriculture, la démographie, la politique, la géopolitique, l’archéologie, l’histoire, la futurologie, la santé, le droit et l’art2. Cette approche systémique s’appuie sur les deux modes cognitifs que sont la raison et l’intuition, ainsi que sur des travaux scientifiques reconnus, tels que le rapport Meadows de 1972, les études « A safe operating space for humanity »3 et « Approaching a state shift in Earth’s biosphere »4 publiées dans Nature en 2009 et 2012, ou encore l’article « The trajectory of the Anthropocene: The Great Acceleration »5

[2] Propos tenu par le journaliste scientifique américain David Quammen avait prévenu, dans un livre au titre éloquent : Spillover : Animal Infections and the Next Human Pandemic (W.W. Norton & Company, New York, 2012). Dans «Where will the next pandemic come from ? And how can we stop it ?» (Popular Science, 15 octobre 2012). Le texte dont nous éditons un extrait a été publié le 25 avril 2020 sur le site de Pièces et main d’œuvre, également relayé par les amis de Barteby. Texte que nous avons consulté pour documenter notre recherche sur les discours tenus par les écologistes peu avant la crise associée à la pandémie [Covid19].

[3] Source Wikipédia : David Quammen (né en février 1948) est un écrivain américain spécialisé dans les sciences, la nature et les voyages et l’auteur de quinze livres. Il a écrit une chronique intitulée « Natural Acts » pour le magazine Outside pendant quinze ans.

[4] Corona signifiant : couronne mortuaire/de lauriers

[5] Le terme est intentionnel comme une nouvelle métaphore avec le fléau connu dans l’Égypte ancienne.

[6] Le livre : Crashed publié en 2018 Editions les Belles lettres.

[7] Crises sociales remettant en cause les normes, les lois de la société. Le concept d’anomie a été forgé par le philosophe Durkheim, ce concept d’anomie est l’un des plus importants de la théorie sociologique. Il caractérise la situation où se trouvent les individus lorsque les règles sociales qui guident leurs conduites et leurs aspirations perdent leur pouvoir, sont incompatibles entre elles ou lorsque, minées par les changements sociaux, elles doivent céder la place à d’autres. Il est fortement probable que nous soyons plongés avec la récession économique à une crise sociale anomique. « désorganisation sociale » du fait du délitement des institutions églises, état, familles, corrélativement, une démoralisation des individus, qui mènent une existence dépourvue de but et de signification apparente. La théorie de l’anomie paraît à la fois vraisemblable et d’importance fondamentale à une époque comme la nôtre, caractérisée par cette mutation civilisationnelle que lui fait subir la pandémie.

Le son du silence

Dans ces temps où la nature reprend ces droits, où gazouillent les oiseaux au dehors ; dans nos cités et villages et qu’étrangement nous écoutons, il nous faut aujourd’hui reprendre et reposséder le temps d’exprimer de ce qui semble échapper aux sons divertissants ou lancinants qui émanent de nos écrans, de nos postes de télévisions, il nous faut questionner le silence intérieur pour comprendre ce qu’il est, écouter le vide en forme de Dieu, à l’intérieur de chacun. Il nous faut imposer le silence pour retrouver aussi le sens de l’autre, le rapport aux autres comme le bruissement, doux et léger de la parole divine. Le silence n’est pas nécessairement une négation de la parole, je pense que le silence est comme une suspension, un temps d’arrêt, une pause pour retrouver un chemin de réflexion, nous évitant l’égarement ou bien de nous perdre. Je vous invite au travers de ce texte à une forme finalement de méditation, une suspension, une trêve parmi tous les bavardages qui nous sont déclinés à longueur de nos journées par nos médias abasourdis par la tempête et le chaos qui viennent de frapper notre monde.

Auteur : Eric LEMAITRE nik-shuliahin-JhDuakb_-uQ-unsplash

Dans ces temps où la nature reprend ces droits, où gazouillent les oiseaux au dehors ; dans nos cités et villages et qu’étrangement nous écoutons, il nous faut aujourd’hui reprendre et reposséder le temps d’exprimer de ce qui semble échapper aux sons divertissants ou lancinants qui émanent de nos écrans, de nos postes de télévisions, il nous faut questionner le silence intérieur pour comprendre ce qu’il est, écouter le vide en forme de Dieu, à l’intérieur de chacun. Il nous faut imposer le silence pour retrouver aussi le sens de l’autre, le rapport aux autres comme le bruissement, doux et léger de la parole divine. Le silence n’est pas nécessairement une négation de la parole, je pense que le silence est comme une suspension, un temps d’arrêt, une pause pour retrouver un chemin de réflexion, nous évitant l’égarement ou bien de nous perdre. Je vous invite au travers de ce texte à une forme finalement de méditation, une suspension, une trêve parmi tous les bavardages qui nous sont déclinés à longueur de nos journées par nos médias abasourdis par la tempête et le chaos qui viennent de frapper notre monde.

Le titre de cette nouvelle [1] peut vous paraître bien étrange, « Sound of silence », un titre énigmatique pour cette nouvelle chronique. Ceux de ma génération, se souviennent probablement de ce chant aux sonorités à la fois sombres, mornes et tristes entonnées par le duo du folk rock américain Simon et Garfunkel. Combien de fois j’ai écouté ce chant, ce somptueux chef d’œuvre musical, sans vraiment comprendre les paroles, le sens de ce qui était partagé. La mélodie en revanche percutait et agitait mon âme, touchait émotionnellement le for intérieur de mon cœur et je sais que pour beaucoup, les mêmes émotions ont été partagées. Sans doute éprouviez-vous, comme un sentiment étrange d’entendre comme un appel qui émanait de ce chant, l’appel de revenir comme à l’essence de l’âme humaine, à l’essentiel, le sens des autres.

Je ne sais combien de fois j’ai émorfilé mon âme en souhaitant me débarrasser de toutes ces noirceurs, à l’époque où je passais une période difficile, éprouvante, une séparation douloureuse !  Ce chant que je passais en boucle, m’émouvait, provoquait une peine intense. Ce chant que je repassais sans cesse lors de mes différents déplacements professionnels, perçait et pénétrait mon cœur comme si ce dernier comprenait indiciblement, ineffablement le sens de ce qui était partagé dans ces paroles qui jusqu’alors étaient inaccessibles à mon entendement. Nous traversons parfois des périodes de notre existence ou soudainement ce que nous ne comprenions pas hier ou que nous préférions enfouir, prend un nouveau sens aujourd’hui, comme une révélation, un nouvel éclairage non celui d’une lumière tamisée du « néon », ou le « halo d’un   lampadaire », mais l’éclairage d’une vision que nous décrit Paul Simon dans son chant, « le son du silence ».

Je veux ici vous reproduire quelques extraits de ce texte, les paroles de ce chant pour en mesurer à la fois toute la profondeur, toute la densité de cette narration mélodieuse écrite en 1964. Le thème décliné dans cette célèbre composition est celui de l’absence de partages entre les hommes, ce thème prend une densité et une nouvelle dimension à l’heure du confinement et de toutes les contingences matérielles qui nous détournent de cette relation aux autres. Nos oreilles et nos yeux sont aujourd’hui submergés, absorbés, avalés, à la fois par les bruits artificiels et les flots d’image de ce monde, le confinement imposé nous réapprend le silence si nous acceptons de couper le son artificiel de nos smartphones et les torrents de pixels de nos écrans cathodiques. Il nous faut donc saisir la subtilité de cette mélodie, de cette complainte, peut-être que le terme de complainte me semble tellement plus approprié pour ce chant dans les contextes d’un monde claquemuré, acculé parfois à une forme de peur et d’habituation au repli chez soi.  Le chant « Sound of silence » débute par une salutation aux ténèbres, étrange en effet l’emploi du mot ténèbres, comme si le temps s’assombrissait et conduisait notre monde dans des frayeurs qu’il voulait ou pensait éviter.

Puis l’auteur du chant évoque une vision qui a semé une graine durant le sommeil, dans son rêve agité, un personnage [Le narrateur] arpente les rues étroites de sa ville, lorsque ses yeux furent comme assaillis comme « poignardés » par le flash d’un néon, un flash qui a fendu la nuit et a imposé une forme de mutisme conduisant le personnage à être plongé comme touché par un mur de silence. Le personnage ou l’auteur de « Sound of silence » évoque une lumière pure, où il vit des milliers de personnes, « qui discutaient sans parler », des « personnes qui entendaient sans écouter ». Nous sommes comme frappés par la lecture de ces paroles[2], qui préfigurent comme une ombre des choses à venir, les temps modernes caractérisés par l’univers des réseaux sociaux, monde des silences, de l’hyper individualisme, où chacun interpelle sans voix, sans émotions vécues, incarnées, où chacun est dominé par son égotisme. Nous sommes tous comme environnés d’univers de bruits, d’ambiances, d’informations mais ici point de recueillements, de méditations, de plénitudes

Le personnage interpella ses congénères, en tentant de les sortir de leurs torpeurs, et prononça tel un prophète biblique ces paroles prémonitoires « Idiots, dis-je ignorez-vous, que le Silence évolue comme un cancer » puis dans une forme de cri, une métaphore de désespoir, il tenta de les bousculer à nouveau « Prenez mes bras que je puisse vous apprendre, prenez mes bras que je puisse vous atteindre, mais mes paroles tombèrent comme des gouttes de pluie silencieuses, dans les puits du silence ». Le chant poursuit sa description, nous enfonçant dans le monde artificiel du « Dieu Néon » qu’ils avaient créé », ce qui me fit songer aux vieux tubes cathodiques de nos écrans de télévision, ces artefacts de pacotilles, créés par la main des hommes. Je ne suis pas sûr que j’aurais écrit ces lignes, il y a quelques décennies de cela avec ce même éclairage qui ne vient pas de la lumière factice d’un néon mais encore une fois de la vision de ce chant qui vient toucher notre âme, à l’heure, où le pathogène comme une peste, se propage.

La chanson de Sound of Silence finit par une forme de désespérance, les cœurs sont irrésolus, ils ne semblent pas vouloir écouter la parole du narrateur, ils s’enferment finalement dans leur monde préférant adorer « le Dieu Néon », le Dieu artificiel, l’artefact idolâtré, l’objet apocryphe qu’ils avaient inventé de leurs propres mains.  Comme l’écrit Jonathan Halley lui-même compositeur, « Simon et Garfunkel ont la perspicacité de voir que la grand-messe de la société ne va pas livrer les bienfaits attendus. Les enseignes immenses, les publicités clinquantes et le brouhaha de la parole publique ne sont que les accoutrements d’une divinité de pacotille : un dieu de néon [3]»

Nous comprenons maintenant la profondeur, toute la résonnance émotionnelle de ce chant d’une très étrange modernité. Peu avant d’écouter ce chant et plusieurs jours avant, mon ami Christian me parlait de jeûne mais non d’un jeûne de nourritures mais bien d’un moment de rupture avec le monde des écrans qui habitent notre chez moi comme nous emmurant dans l’artifice d’un univers qui n’existe pas et par procuration nous produit des images plus angoissantes que jamais de notre monde. Je ressentais alors le besoin de partager mes amis de dédier une journée consacrée aux autres, hélas nos contacts étaient rendus impossibles, mais au lieu de rester passifs, comme immobilisés devant nos écrans, cela devait être un jour où nous le consacrions soit à notre famille, nos enfants, ou bien d’appeler nos amis isolés, en souffrance en raison de leurs solitudes. Un ami ; Pascal me partagea une vidéo, de jeunes gens tout à fait talentueux qui firent une reprise de la chanson « Sound of Silence ».

Cette chanson réveilla alors, en moi, toute cette réflexion, sans doute en raison de la mise en scène d’une jeune femme en proie aux démons de la société moderne, l’envahissement de ces messages mails, SMS, les épistolaires factices qui envahissent le monde des réseaux sociaux. Cette reprise du « Monde du silence », comme pour nous dire, que rien n’a changé, que ce message de Paul Simon n’a pas pris une seule ride. Il nous faut ainsi faire silence. Comme l’écrit Jean-Luc Solère dans la revue philosophique de Louvain[4] « Il n’y a rien à. faire pour établir le silence ; il faut au contraire s’abstenir de tout faire, suspendre toute activité. Le silence s’établira de lui-même, lors de l’ultime cessation de l’agitation. Loin d’être un effet, il est la manifestation en creux de l’absence de toute cause ».

Ce chant nous invite finalement comme l’illustre parfaitement ces jeunes juifs à une forme de shabbat, trop souvent les chrétiens ont une vision très légaliste du shabbat, s’imagine qu’il s’agit d’une somme d’interdits, « de ne pas faire et de ne pas toucher », mais il nous faut aujourd’hui entrevoir l’autre sens du mot shabbat, qui est finalement le temps de pause, de rupture, un temps de repos, loin des corvéabilités et contingences matérielles, de l’esclavagisme des temps modernes. Le shabbat avait été instauré dès la sortie d’Égypte, Dieu nourrissait les hébreux par la manne, invitant le peuple élu, à ne pas vaquer à leurs sempiternelles occupations.  Dans le livre d’Exode[5], le Shabbat illustrait le jour du repos, lorsque Dieu acheva sa création, l’ouvrage de ses mains.  « Le septième jour est un shabbat pour l’Éternel, ton Dieu ; tu n’y effectueras aucun travail, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail et ni l’étranger qui est dans tes murs. Car [en] six jours Dieu a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils renferment, et Il s’est reposé le septième jour. C’est pourquoi Dieu a béni le jour du shabbat et l’a sanctifié. ». Or le temps de Shabbat est non seulement consacré à Dieu, nous imposant finalement une forme de silence avec toutes les sollicitations de ce monde, une forme de cessation avec les contingences matérielles, une mise en pause avec tous les objets de ce siècle. C’est le temps d’un repos, une forme de décompression finalement. En décompressant, finalement je suis invité à la quiétude et non à l’inquiétude proposé par le monde, je suis invité à remplir mon âme de la présence de Dieu, en ne cherchant pas à être présent au monde. En demeurant chez soi auprès de moi-même, j’évacue une part de cet étranger envahissant qui phagocyte mon âme, ma paix. Cet étranger est évidemment une métaphore, et cet étranger ne vaut que pour l’artifice, l’objet soi-disant interactif. Le chant Sound of silence oppose finalement deux mondes le silence d’un néant qui s’exprime dans le tumulte bruyant émanant du « Dieu Néon », et ce silence spirituel qui m’invite à me retrouver dans la relation à l’autre et entendre la voix de l’Eternel. Dans le monde musical, il y a des temps de silence, ce temps de silence n’est pas un défaut d’être, un défaut d’existence, c’est une respiration, qui procure à l’âme un moment de contemplation, de repos, d’apaisement. Alors dans ce temps de confinement qui est aussi un temps de silence, prenons soin de soi et des autres, prenons soin d’écouter Dieu. Je conclurai ce texte par le livre de Job[6] : « Sois attentif, Job, écoute-moi ! Tais-toi, et je parlerai ! Si tu as quelque chose à dire, réponds-moi ! Parle, car je voudrais te donner raison. Si tu n’as rien à dire, écoute-moi ! Tais-toi, et je t’enseignerai la sagesse ».

[1] Chronique écrite le 25 Avril alors que nous entamons bientôt quelques semaines de confinement en France.

[2] Les paroles de Sound of silence ont été écrites en 1964

[3] Extrait d’un article paru sur le site de Christianisme aujourd’hui publié le 24 juillet 2017 http://www.christianismeaujourdhui.info/articles.php/the-sound-of-silence-paul-simon-16439.html

[4] Extrait du texte en PDF page 614 : https://www.persee.fr/docAsPDF/phlou_0035-3841_2005_num_103_4_7634.pdf

[5] Bible le livre d’Exode 19 : 17 – 20 ; 20 : 8-11

[6] Bible livre de Job : Job 33 : 31-33

Le bouc émissaire

J’écoutais également sur France culture l’intervention de Patrick Zylberman[2], professeur émérite d’histoire de la santé à l’école des hautes études en santé publique qui s’empressait de souligner le mal endémique qui traverse l’histoire humaine et pointant l’absolue naïveté de quelques-uns à imaginer le progrès moral chez l’homme dans les périodes de propagation d’épidémie virulente. Concernant le progrès moral, Il n’en est rien en fait : « C’est un comportement millénaire. Ceux qui croient que nous ferions des progrès sur le plan moral sont des naïfs et des gens dangereux. En réalité les comportements sont toujours les mêmes, et les comportements de discrimination et de stigmatisation apparaissent dès qu’effectivement le bruit d’une épidémie de ce type se répand  » puis Patrick Zylberman enchaine « On a toujours exactement, la même chose, c’est-à-dire qu’on s’en prend d’abord à des boucs émissaires. Ce sont des choses profondément ancrées dans nos têtes, dans nos esprits. Ce sont des choses de l’ordre de la peur, des passions, etc. Et c’est absolument ingouvernable. Tout ce qu’on peut espérer c’est que ça passe le plus vite possible. ».

Auteur

Eric LEMAITRE

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Le bouc émissaire nous renvoie forcément à l’histoire même de notre humanité, où il fallait tuer l’animal, pour expier la faute du peuple. C’est dans l’Ancien Testament, au chapitre 16 du Lévitique, dans les versets 20, 21, 22[1] que nous est décrit le rituel d’expiation qui symbolise toute la dimension sacrificielle qui représente l’acte d’ôter la faute, cette faute qui plonge le peuple dans une forme de châtiment collectif, mais dont le peuple est épargné, s’il consent à présenter un sacrifice. La symbolique du bouc émissaire est donc celle du transfert : transférer la faute sur autrui, lui faire endosser la faute afin que le reste n’ait pas à payer collectivement la faute. Aujourd’hui le rôle du bouc émissaire est celui que l’on entend désigner pour stigmatiser, pour conjurer les maux éprouvés par la collectivité. Le bouc émissaire devient aussi l’exutoire d’un ressentiment que l’on projette sur autrui. Le bouc émissaire est toujours exhumé quand il s’agit de partager sa haine dans les situations les plus tragiques où coûte que coûte il faut rechercher le responsable coupable. Pour expier, certaines sociétés n’ont pas hésité au cours de l’histoire à exclure, à châtier, à condamner, à cracher sa haine, à déverser sa malveillance, et à propager des rumeurs comme pour incendier de prétendus coupables.

Or l’évocation de notre histoire contemporaine démontre que nos civilisations prétendument évoluées sont susceptibles de sombrer dans des heures peu glorieuses qui ont parsemé les siècles passés. Nous avons oublié socialement à quel point la violence peut surgir et naître d’événements tragiques, cette violence peut émaner de la calomnie comme de la dénonciation, comme d’une volonté de trouver un médiateur qui deviendra le souffre-douleur d’une peine collective vécue par une cité, une communauté, des hommes ou des femmes, confrontés à l’épreuve.

Aussi faut-il rechercher à tout prix le coupable, le bouc émissaire, cette figure emblématique, symbolique et victimaire qui doit endosser la faute, la responsabilité, la seule responsabilité de nos maux. Mécanisme qui expurge notre propre affliction ou calvaire dont il faut bien faire émerger une cause pour la dénoncer ensuite. Il faut ainsi dévoiler le responsable de tous nos malheurs. Ce mécanisme d’attaque contre une communauté ou un groupe ou une personne plus faible permet à certains individus qui l’utilisent de maintenir un sentiment de moralité intact puis de dissimuler ses propres responsabilités ou détourner l’attention sur l’origine du problème. Comme vous le savez et je l’ai souvent cité dans mes chroniques, rien de nouveau ne naît sous le soleil ; d’ailleurs, il nous suffit de redécouvrir une des fables de La Fontaine, un des grands classiques de la littérature française, pour comprendre le déroulement de ce processus collectif où l’on en vient à s’entêter contre celui qui est devenu le souffre-douleur de toute la communauté. Ainsi, dans « Les animaux malades de la peste », il fallait s’acharner contre l’âne, devenu le souffre-douleur de la communauté, il fallait, quel qu’en soit le prix, le pendre et en finir avec lui, comme si avec la disparition du baudet, nous mettions fin à l’épreuve. Ce texte, il convient de le relire pour comprendre la dimension que revêtent parfois les mécanismes de diffamation, d’accusation de violence, de calomnie, de soupçon haineux, dirigés contre des groupes, contre des communautés. « L’Âne vint à son tour et dit : J’ai souvenance. Qu’en un pré de Moines passant, la faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense quelque diable aussi me poussant, je tondis de ce pré la largeur de ma langue. Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net. À ces mots on cria haro sur le baudet. Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue, qu’il fallait dévouer ce maudit animal, ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal. Sa peccadille fut jugée un cas pendable. Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable ! Rien que la mort n’était capable d’expier son forfait : on le lui fit bien voir ». Comme dans la fable de La Fontaine, « Les animaux malades de la peste », la logique du bouc émissaire s’inscrit parfois contre celui qui est différent, « le baudet galeux et pelé », sur le refus de la différence et ce fait s’est souvent avéré juste tout au long de l’histoire et notamment au cours des différents épisodes qui ont marqué les troubles de l’infection pestilentielle au sein de notre nation comme en Europe. Le coupable de cette tragédie, c’était forcément le Juif ; par la force des choses, ce métèque a été le bouc émissaire de la communauté, sûrement il est coupable d’être différent, lui le « baudet galeux et pelé », l’âne qui est différent des autres. Comme dans cette fable, il faut juguler, circonscrire le mal, les esprits s’échauffent, il faut un coupable, le coupable ce n’est pas la pandémie virale, mais c’est forcément un semblable autant victime que nous, mais qui fera l’affaire pour expier notre faute.

Il y a là incontestablement une logique sacrificielle, parfaitement explorée par le philosophe René Girard : « Les persécuteurs finissent toujours par se convaincre qu’un petit nombre d’individus, ou même un seul peut se rendre extrêmement nuisible à la société tout entière, en dépit de sa faiblesse relative ». J’aurais ajouté le mot « utile » au lieu de nuisible, dans un sens plutôt ironique. En écrivant ces lignes, je pense à l’affaire Alfred Dreyfus qui est l’archétype du bouc émissaire dans la mémoire collective de notre nation. Le coupable idéal, le coupable utile, ajouterais-je à nouveau, le coupable sur lequel on fait retomber tout le ressentiment, l’animosité, les rancœurs, dont a été victime le peuple juif à la fin du XIXe siècle. Le capitaine Dreyfus était un homme innocent, une forme de martyre, de bouc émissaire de l’acharnement collectif d’une entité sociale pour s’exonérer, s’exempter de sa propre faute, de sa propre culpabilité. L’acharnement d’ailleurs peut être savamment entretenu par les corps institutionnels d’une nation, les représentants de l’État, comme nous le verrons, dans cette nouvelle chronique.

J’écoutais également sur France Culture l’intervention de Patrick Zylberman [2], professeur émérite d’histoire de la santé à l’École des Hautes Études en Santé Publique qui s’empressait de souligner le mal endémique qui traverse l’histoire humaine et pointant l’absolue naïveté de quelques-uns à imaginer le progrès moral chez l’homme dans les périodes de propagation d’épidémie virulente. Concernant le progrès moral, il n’en est rien en fait : « C’est un comportement millénaire. Ceux qui croient que nous ferions des progrès sur le plan moral sont des naïfs et des gens dangereux. En réalité les comportements sont toujours les mêmes, et les comportements de discrimination et de stigmatisation apparaissent dès qu’effectivement le bruit d’une épidémie de ce type se répand« . Puis Patrick Zylberman enchaîne : « On a toujours exactement la même chose, c’est-à-dire qu’on s’en prend d’abord à des boucs émissaires. Ce sont des choses profondément ancrées dans nos têtes, dans nos esprits. Ce sont des choses de l’ordre de la peur, des passions, etc. Et c’est absolument ingouvernable. Tout ce qu’on peut espérer c’est que ça passe le plus vite possible. » Comment de fait ne pas se souvenir de la peste noire au cours du XIVe siècle, avec ses rumeurs nauséabondes, répandant le bruit que les Juifs étaient les émissaires de Satan pour expier la faute de pseudo-chrétiens, cette rumeur nauséabonde conduisit les mêmes «religieux», ces pseudo-chrétiens à les expulser. Ils décidèrent parfois de les massacrer, de les exterminer par milliers, persuadés que ces derniers avaient contaminé les lieux de leur vie sociale. Les flambées de violence, ces flambées qui étaient appelées pogroms caractérisent systématiquement les civilisations qui se sentent menacées, soumises aux pires épreuves, aux pires crises sociales. Et ce fut typiquement le cas lors de la pandémie, de l’infection calamiteuse, surnommée la Peste noire, un fléau qui allait décimer une grande partie de la population, et ce dans un intervalle de quelques années. Les Juifs seront mis à l’index, accusés de tous les maux dont celui de la peste noire, des pogroms expiatoires seront organisés qui frapperont les Juifs dans la plupart des régions et notamment dans l’Est de la France où la peste s’étendit. Le pogrom le plus sanglant a lieu donc à Strasbourg, le carnage criminel est connu comme le massacre de la Saint-Valentin puisqu’il advient le 14 février 1349 [3]. A cette occasion, près de 2000 Juifs seront assassinés [brûlés vifs.] La même population strasbourgeoise s’était également révoltée contre le pouvoir local jugé trop favorable à l’endroit des Juifs. À tort nous avons pensé que les phénomènes de violences, de stigmatisation ne concernaient que les sociétés archaïques, primitives, mais il n’en est rien comme le mentionnait précédemment Patrick Zylberman. Il y a comme une forme de perpétuation de ce rituel dans toute crise et en l’occurrence dans cette grave crise pandémique, comme la manifestation, comme le rejet de la singularité de « l’autre », le désir de maintenir un sentiment de dégoût en discriminant notamment ceux qui croient aujourd’hui au ciel et qui n’ont finalement pas empêché la propagation du mal. Le bouc émissaire est en réalité pluriel, protéiforme. Le bouc émissaire est aujourd’hui une église évangélique d’où est partie la foudroyante pandémie qui a contaminé toute la région Est. Beaucoup incriminent un rassemblement qui n’avait jamais été interdit et dans un contexte où plusieurs reprochaient à certains d’exagérer l’ampleur de l’épidémie, où l’État n’avait à l’époque pris aucune mesure, aucune précaution, aucune prudence pour prévenir un risque épidémique. Rappelons les faits et seulement les faits. La pandémie du Covid-19 en Italie se diffuse à partir du 31 janvier 2020, lorsque deux touristes chinois sont testés positifs pour le SARS-CoV-2. La détection du Covid-19 chez ces touristes chinois se fait alors dans la capitale italienne, Rome. Un autre groupe de cas de Covid-19 est ensuite signalé en Lombardie, à commencer par 16 cas confirmés le 21 février, 60 autres cas le 22 février et les premiers décès en Italie sont signalés le même jour. Le 28 février, il y avait 21 décès et 888 cas confirmés dans le pays. Alors que l’État français avait eu connaissance de ce début de pandémie, aucune décision en Europe et pas plus qu’en France n’avait interdit d’éventuels rassemblements, aucune interdiction de vie collective n’avait alors été prise. Pourtant, les autorités sanitaires semblaient être parfaitement informées de la dangerosité du virus. En pleine épidémie de Covid-19 en Italie, le match entre l’Olympique lyonnais et la Juventus Turin est maintenu le mercredi 26 février. L’église évangélique de Mulhouse organise entre le 17 et le 24 février un rassemblement avec plus de 2000 fidèles. Dans le contexte de ce mois de février, il n’y avait aucune indication de prudence qui ait été donnée à quelque rassemblement que ce soit et pas même au Groupama Stadium qui accueillait en son sein des milliers de supporters, [la capacité du stade est de 59 186 places] et n’avait nullement fermé ses portes aux supporters en provenance de Turin [4]. Il y avait là un brassage de populations. Il est curieux qu’il ne soit venu à quiconque de stigmatiser l’Olympique Lyonnais. Alors que le journal Le Point [5] titrait la « bombe atomique » du rassemblement évangélique de Mulhouse, mettant ainsi sur le devant de la scène une église évangélique « coupable d’avoir organisé un rassemblement d’où est partie la contagion foudroyante. Nous avons là des éléments de stigmatisation portant les germes d’une haine sans pareille qui a été vécue par les responsables de la Porte Ouverte. Plusieurs journaux, quelques quotidiens de la presse nationale, ont alors blâmé un rassemblement évangélique qui n’avait jamais été interdit. Les chrétiens devaient endosser la responsabilité, des torrents de haine ont été également répandus, y compris dans les réseaux sociaux, véritables caisses de résonnance pour propager la haine de l’autre, révélant ainsi et à grande échelle la noirceur des attitudes capables de victimiser des personnes elles-mêmes endeuillées par le covid-19. Il s’ensuivit même des menaces de mort et une certaine forme de lâcheté au sein de certaines églises traditionnelles et autorités administratives qui tentèrent de se disculper et de n’endosser aucune forme de responsabilité aux yeux de la population locale et de la région Est.

Le pire pour renforcer cette stigmatisation, les modèles mathématiques ont été convoqués pour expliquer que l’église évangélique a été forcément à l’origine de l’explosion du covid-19, et si Rome brûle, c’est indubitablement la faute de ce rassemblement chrétien. C’est ce point-là qui m’a profondément alerté, non seulement comme chrétien moi-même, mais cette dimension très imprudente qui consiste à apporter une démonstration à un événement dramatique en se fondant implicitement sur une modélisation statistique. Reprenons donc cet élément que j’entends ici discuter et tentons d’entrevoir le «formidable» argument et d’en extraire dans le propos la dimension de bouc émissaire qui résulterait d’un tel commentaire. Citons de fait ce texte paru dans la presse dans les Dernières Nouvelles d’Alsace le 13 avril 2020 [6] :

« Une modélisation statistique et sanitaire transmise au conseil scientifique mis en place par le gouvernement sur la propagation du coronavirus en France a abouti à un résultat sans équivoque : sans le rassemblement évangélique de la Porte Ouverte Chrétienne, qui s’est tenu du 17 au 24 février à Mulhouse, la France serait au même niveau que l’Allemagne en termes de contamination. Autrement dit, avec quatre fois moins de personnes hospitalisées. »

Il convient, selon moi, d’être alerté par la dimension à la fois insidieuse du propos et par le titre très imprudent de la presse. Cela a même quelque chose de sournois [« Épidémie : le rassemblement évangélique de Mulhouse a tout fait basculer ».] Le rassemblement évangélique a tout fait basculer, voilà, en quelque sorte en filigrane dans l’écriture très stylisée afin que chacun comprenne, que les responsables de l’incendie que nous vivons sont explicitement désignés. Le rassemblement n’est pas coupable, d’aucune sorte, puisque ce rassemblement n’a enfreint aucune interdiction administrative. Ou alors le préfet a totalement omis de s’informer de l’éventuelle dangerosité d’un virus qui pouvait amener d’un rassemblement qui concerne aussi les frontaliers suisses, luxembourgeois, allemands.

Le titre est finalement particulièrement évocateur, il rend responsable une communauté chrétienne d’avoir formé le début d’un cluster épidémique. C’est la construction même de l’argument qui est habilement formulé sous-entendant que si de tels rassemblements n’avaient pas eu lieu, nous n’en serions pas à l’émergence d’un premier foyer contagieux. L’argument rationnel sans précaution aucune est facile, il commence par la modélisation statistique. Le paradigme mathématique est ainsi convoqué, ce qui suppose en conséquence une démonstration sans équivoque : il n’y a pas de discussions possibles, vous êtes prié de circuler, la démonstration est apportée puis étayée par le modèle. Mais reconnaissons que ce même modèle devra être appliqué au porte-avions Charles de Gaulle qui a fait escale à Toulon le dimanche 12 avril 2020, et dont la première escale date du 15 mars à Brest, alors que la France est en pleine crise épidémique. Le porte-avions Charles de Gaulle rassemble à son bord plus de 600 personnes infectées par le covid-19, mais là il s’agit de la défense nationale, de la responsabilité de l’État. L’incriminerons-nous comme nous le faisons pour l’église évangélique ? La question est posée et mérite sans aucun doute de l’être ! Il est assez pernicieux de mentionner le rassemblement évangélique, cela aurait pu être en effet n’importe quel autre rassemblement, mais il y a là une dimension stigmatisante, une manière de pointer du doigt l’aspect irresponsable de communautés chrétiennes qui expriment la joie de célébrer ensemble un événement habituel. Et en regard de l’événement vécu à Mulhouse, les autorités seraient en peine d’examiner cette parole extraite de la lecture d’un évangile : « Ôte premièrement ta poutre avant d’y extraire la paille dans l’œil de ton prochain. » Notons en outre que ce rassemblement avait lieu chaque année et ne faisait jusqu’à présent aucun écho dans la presse, semble-t-il, ou en tout cas il n’y a pas eu de propos malveillants ?

Mais pour revenir à l’énoncé des modèles mathématiques pour expliquer la propagation de la pandémie, il existe bien d’autres conditions pour faire jaillir des clusters au-delà d’un rassemblement religieux, la région du Haut-Rhin qui après Strasbourg est la deuxième ville d’Alsace est une région relativement urbanisée avec de nombreux échanges frontaliers avec la Suisse et l’Allemagne. Or à titre de comparaison, la Lombardie est une région dense d’un point de vue urbain, une région qui elle-même comme chacun maintenant le sait a été violemment frappée par le covid-19. Le territoire compte sans doute davantage d’habitants comparativement à l’Alsace (la région Lombardie avoisine 10 millions d’habitants), mais elle est aussi une région de brassages où les échanges commerciaux sont les plus développés. Ce mouvement perpétuel d’habitants, ce brassage des populations aurait favorisé la diffusion de la pandémie. Donc le rassemblement religieux qui est ici utilisé pour expliquer la propagation du virus à des fins de démonstration semble abusif, puisque sociologiquement l’instinct grégaire des êtres humains nous pousse tout simplement à nous retrouver, à nous rassembler et vivre des communions intenses, des moments de convivialité. Il semble que la mémoire ait été courte pour beaucoup d’entre nous : comment peut-on omettre, comme je le rappelais, que les derniers événements sportifs autorisés à Lyon par exemple avec des Turinois n’étaient pas si éloignés du foyer pandémique et que l’on apprenait également des cas de covid-19 dans le Piémont ? Bien entendu, il faut le reconnaître et ne pas l’ignorer, le début d’un foyer est bien né à Mulhouse, mais il aurait pu naître au cours d’une rencontre sportive ou bien émerger comme en Lombardie à partir d’un seul individu qui rencontre trois individus et trois individus qui croisent le même nombre, et puis connaître un développement exponentiel par un effet de démultiplication, qui résulte de la rencontre d’un seul malade atteint par le covid-19. Donc il est indispensable d’être prudent avec ce type de modèle, alors qu’il suffit en effet d’une seule personne pour faire émerger un foyer épidémique [1=>3=>9=>81, etc.] L’usage d’un modèle statistique à partir d’un événement est juste une extrapolation infondée, et que démontre a fortiori l’expansion du virus en Grande-Bretagne ou dans bien d’autres régions dans le monde. La Chine, pays militant de l’athéisme, n’a pas empêché la propagation mondiale d’un virus terrifiant. Les crises réveillent parfois l’irrationalité, alors que l’on veut asseoir une démonstration sur un modèle statistique équivoque, mais qui ne prouve rien ! Le constat factuel suffit en soi : instrumentaliser pour légitimer une conséquence et pointer l’origine religieuse comme étant l’effet atomique de la propagation du virus relève d’une forme de sophisme scientifique, une argumentation à la logique fallacieuse. C’est utiliser un argument d’autorité. Or il convenait dans cet article de démasquer la rhétorique qui contrevient à la vérité en faussant l’argument. L’église évangélique de Mulhouse ne doit nullement devenir le bouc émissaire de sa ville, de sa région et de notre nation. Pleurons plutôt avec elle les familles endeuillées et apprenons de ce terrible fléau des leçons à en tirer pour orienter différemment notre vie.

Notes :

[1] Texte du Lévitique 16:20-22 :

« Lorsqu’il aura achevé de faire l’expiation pour le sanctuaire, pour la tente d’assignation et pour l’autel, il fera approcher le bouc vivant. 21 Aaron posera ses deux mains sur la tête du bouc vivant, et il confessera sur lui toutes les iniquités des enfants d’Israël et toutes les transgressions par lesquelles ils ont péché ; il les mettra sur la tête du bouc, puis il le chassera dans le désert, à l’aide d’un homme qui aura cette charge. 22 Le bouc emportera sur lui toutes leurs iniquités dans une terre désolée ; il sera chassé dans le désert. »

[2] https://www.franceculture.fr/histoire/epidemies-la-fabrique-des-boucs-emissaires

[3] Le 14 février, jour de la Saint-Valentin, le quartier juif est cerné et ses habitants conduits au cimetière de la communauté. Là, l’on bâtit un immense bûcher où ils sont brûlés vifs. Certains autres sont enfermés dans une maison en bois à laquelle l’on met le feu. Celui-ci se prolongea pendant six jours.

[4] Trois députés de La République en Marche avaient écrit au nouveau ministre de la santé, Olivier Véran, pour lui demander d’interdire, en raison de l’épidémie de coronavirus, la venue de 3 000 supporters italiens au Groupama Stadium pour le match de Ligue des champions entre l’Olympique Lyonnais et la Juventus de Turin, le mercredi 26 février. Rappelons que la direction générale de la santé justifiait ce choix de déplacement des supporters par le fait que, à la différence de la Lombardie ou la Vénétie, la région piémontaise n’est pour l’heure pas considérée comme un foyer de l’épidémie.

[5] https://www.lepoint.fr/sante/coronavirus-la-bombe-atomique-du-rassemblement-evangelique-de-mulhouse-28-03-2020-2369173_40.php.

[6] L’extrait de la citation référencée provient du site des Dernières Nouvelles d’Alsace : https://www.dna.fr/fil-info/2020/04/13/epidemie-le-rassemblement-evangeliste-de-mulhouse-a-tout-fait-basculer.