la menace

Il me semblait important de vous partager deux vidéos de mise en garde vis-à-vis des développements futurs l’IA qui font peser une réelle menace sur le sort de l’humanité… Or l’humanité semble s’obstiner désespérément à ne pas vouloir ralentir sa marche vers le progrès, un progrès sans conscience malgré un coup d’arrêt brutal dans les affaires de ce monde. Le COVID nous a mis le bazar pour nous obliger finalement à une réflexion sur soi mais il semble que la volonté de l’humanité est de ne rien entendre et de poursuivre sa conquête prométhéenne et démiurgique d’enfanter sa propre créature (la bête).

Il me semblait important de vous partager deux vidéos de mise en garde vis-à-vis des développements futurs l’IA qui font peser une réelle menace sur le sort de l’humanité… Or l’humanité semble s’obstiner désespérément à ne pas vouloir ralentir sa marche vers le progrès, un progrès sans conscience malgré un coup d’arrêt brutal dans les affaires de ce monde. Le COVID nous a mis le bazar pour nous obliger finalement à une réflexion sur soi mais il semble que la volonté de l’humanité est de ne rien entendre et de poursuivre sa conquête prométhéenne et démiurgique d’enfanter sa propre créature (la bête).

La première vidéo est une mise en garde d’Elon Musk contre cette tentation qui est de laisser à l’homme le soin de tout déléguer à la machine.

La seconde vidéo est une mise en perspective biblique des propos d’Elon Musk. Je remercie Graham et Joy Brodier, Fabrice Bect et Gérald Pech pour leur aide concernant la relecture de cette vidéo très intéressante…

Narrateur : End Times Productions

Narrateur : Ce qu’E.M. a révélé pendant le podcast révèle que la prophétie biblique se déroule plus rapidement que les gens ne le pensent.

J.R. : « L’avez-vous déjà implanté dans un humain ? »

Elon.Musk. : « Non, mais je pense que ma société de recherche (NEURALINK) sera prête à implanter une puce dans le cerveau d’une personne d’ici un an. » C’est-à-dire (que cela permettra de) relier le cerveau d’une personne à Internet via une connexion Bluetooth.

J.R. : « Une fois que vous êtes devenu un dieu, vous pouvez littéralement changer la façon dont les gens interagissent entre eux ? »

Elon.Musk. : « Oui, cela changera fondamentalement la façon dont les humains interagissent les uns avec les autres. »

Narrateur : Voici des avancées technologiques qui amènent l’expérience humaine à des niveaux qui sont décrits dans les romans de science-fiction, sauf que ce n’est pas de la science-fiction, c’est de la science-réalité.

Elon.Musk : explique ici le processus d’implantation : (1) retirer un morceau de 2×2 cm du crâne, (2) implanter le dispositif Neuralink, (3) connecter les différents fils du dispositif dans les neurones du cerveau, (4) assembler le crâne. Un dispositif USB-C permet de connecter l’implant à un ordinateur / une source Internet.

Elon.Musk : « Presque tous les neurones sont connectés à une extension I.A. [n d.t. : Intelligence Artificielle] de vous-même. Toutes les pensées, les émotions, les sentiments sont téléchargés vers le nuage. Finalement, peut-être dans 25 ans, des informations sur la personnalité seront également téléchargées. À l’avenir, il vous serait théoriquement possible de faire une expérience avec votre soi plus jeune. »

Elon.Musk: « Les personnes souffrant de lésions cérébrales bénéficieraient de téléchargements pour améliorer leurs fonctions cérébrales et, si vous souhaitez parler une autre langue, par exemple, vous pourriez télécharger une ‘application linguistique' ».

Puis Le narrateur fait référence à plusieurs versets bibliques pour mettre en garde contre le développement et l’utilisation de ce type de technologie.

Genèse 3:5 : « …vous yeux seront ouverts, et vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal. »

Ceci est en corrélation directe avec ce qu’E.M. est en train de développer en ce moment.

« Et en ces jours-là les hommes chercheront la mort, mais ils ne la trouveront point ; et ils désireront de mourir, mais la mort s’enfuira d’eux. » Apocalypse 9:6.

Quand vous mourrez, votre conscience est dans le nuage. Si, plus tard, vous réalisez que c’est une erreur d’être dans le nuage, vous ne pourrez pas en sortir. Par conséquent, vous êtes mort, mais vous n’êtes pas mort.

Ésaïe 14:13-14 : « Tu disais en ton coeur : Je monterai au ciel, j’élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu ; je m’assiérai sur la montagne de l’assemblée, à l’extrémité du septentrion ; je monterai sur le sommet des nues, je serai semblable au Très Haut. »

Lorsque nous voyons quelque chose qui a pour but ultime d’éliminer Dieu de l’équation, il ne peut y avoir aucun doute quant à son origine, Satan.

2 Corinthiens 4:4 : « Pour les incrédules dont le dieu de ce siècle a aveuglé l’intelligence, afin qu’ils ne vissent pas briller la splendeur de l’Évangile de la gloire de Christ, qui est l’image de Dieu. »

Nous devons garder les yeux fixés sur Jésus.

Le narrateur a lu un certain nombre d’extraits du document de travail sur le site web de NEURALINK. Voici deux extraits et deux photographies.

NDT : voici le lien de l’article dont sont tirés les extraits traduits ci-dessous : https://www.biorxiv.org/content/10.1101/703801v2.full

Résumé

Les interfaces cerveau-machine (ICM) sont prometteuses pour la restauration des fonctions sensorielles et motrices et le traitement des troubles neurologiques, mais les ICM cliniques n’ont pas encore été largement adoptées, en partie parce que le nombre modeste de canaux a limité leur potentiel. Dans ce livre blanc, nous décrivons les premiers pas de Neuralink vers un système d’ICM évolutif à large bande passante. Nous avons construit des réseaux de petits « fils » d’électrodes flexibles, comprenant jusqu’à 3 072 électrodes par réseau réparties sur 96 fils. Nous avons également construit un robot neurochirurgical capable d’insérer six fils (192 électrodes) par minute. Chaque fil peut être inséré individuellement dans le cerveau avec une précision de l’ordre du micron pour éviter la vascularisation de surface et cibler des régions cérébrales spécifiques. Le réseau d’électrodes est intégré dans un petit dispositif implantable qui contient des puces dédiées à l’amplification et la numérisation embarquées à faible puissance : le boîtier de 3 072 canaux occupe moins de (23 × 18,5 × 2) mm3. Un seul câble USB-C permet la transmission de données à plein débit à partir de l’appareil et l’enregistrement simultané de tous les canaux. Ce système a permis d’obtenir un rendement atteignant des pointes de 85,5 % dans les électrodes implantées de façon chronique. L’approche de Neuralink en matière d’ICM présente une densité d’assemblage et une évolutivité sans précédent dans un boîtier bien adapté aux utilisations cliniques.

Ils ont créé une interface cerveau / machine.

Les interfaces cerveau-machine (ICM) peuvent aider les personnes atteintes d’un large éventail de troubles cliniques. Par exemple, des chercheurs ont démontré le contrôle neuroprothétique humain de curseurs d’ordinateur [1, 2, 3], de membres robotiques [4, 5] et de synthétiseurs vocaux [6] en n’utilisant pas plus de 256 électrodes. Bien que ces succès suggèrent qu’un transfert d’informations de haute fidélité entre le cerveau et les machines est possible, le développement de l’ICM a été limité de façon critique par l’incapacité d’enregistrer à partir d’un grand nombre de neurones. Les approches non invasives peuvent enregistrer un signal de moyenne effectuée sur des millions de neurones à travers le crâne, mais ce signal est déformé et n’est pas relié à une localisation spécifique [7, 8]. Des électrodes invasives placées à la surface du cortex peuvent enregistrer des signaux utiles, mais elles sont limitées dans la mesure où elles effectuent un moyennage de l’activité de milliers de neurones et ne peuvent pas enregistrer de signaux provenant des profondeurs du cerveau [9]. La plupart des ICM ont utilisé des techniques invasives parce que la lecture extrêmement précise des représentations neuronales nécessite l’enregistrement des potentiels d’action uniques des neurones dans des ensembles distribués et fonctionnellement liés [10].

Cette technologie sera une aide pour les personnes souffrant de graves lésions cérébrales.Source : Podcast de Joe Rogan – Entretien avec Elon Musk (7 mai 2020)

Racisme

Nous sommes ici, cela va de soi, parce que nous voulons combattre le racisme, la xénophobie, le chauvinisme et tout ce qui s’y apparente. Cela au nom d’une position première : nous reconnaissons à tous les êtres humains une valeur égale en tant qu’êtres humains et nous affirmons le devoir de la collectivité de leur accorder les mêmes possibilités effectives quant au développement de leurs facultés. Loin de pouvoir être confortablement assise sur une prétendue évidence ou nécessité transcendantale des « droits de l’homme », cette affirmation engendre des paradoxes de première grandeur, et notamment une antinomie que j’ai maintes fois soulignée et que l’on peut définir abstraitement comme l’antinomie entre l’universalisme concernant les êtres humains et l’universalisme concernant les « cultures » (les institutions imaginaires de la société) des êtres humains. J’y reviendrai à la fin.

Avant l’écriture d’une prochaine chronique sur le sujet … je vous invite à lire de texte de Cornelius CASTORIADIS publié sur le blog Les Amis de Bartleby

Auteur Cornelius Castoriadis

Réflexions sur le racisme

Exposé au colloque de l’Arif
« Inconscient et changement social »,
le 9 mars 1987. Publié dans Connexions, n° 48,1987,
puis dans Les carrefours du Labyrinthe III
Le monde morcelé,
1990, Le Seuil 

Nous sommes ici, cela va de soi, parce que nous voulons combattre le racisme, la xénophobie, le chauvinisme et tout ce qui s’y apparente. Cela au nom d’une position première : nous reconnaissons à tous les êtres humains une valeur égale en tant qu’êtres humains et nous affirmons le devoir de la collectivité de leur accorder les mêmes possibilités effectives quant au développement de leurs facultés. Loin de pouvoir être confortablement assise sur une prétendue évidence ou nécessité transcendantale des « droits de l’homme », cette affirmation engendre des paradoxes de première grandeur, et notamment une antinomie que j’ai maintes fois soulignée et que l’on peut définir abstraitement comme l’antinomie entre l’universalisme concernant les êtres humains et l’universalisme concernant les « cultures » (les institutions imaginaires de la société) des êtres humains. J’y reviendrai à la fin.

Mais ce combat, comme tous les autres, a été à notre époque souvent détourné et retourné de la manière la plus incroyablement cynique. Pour ne prendre qu’un exemple, l’État russe se proclame antiraciste et antichauvin, alors que l’antisémitisme encouragé en sous-main par les pouvoirs bat son plein en Russie et que des dizaines de nations et d’ethnies restent toujours de force dans la grande prison des peuples. On parle toujours – et à juste titre – de 1’extermination des Indiens d’Amérique. Je n’ai jamais vu personne se poser la question : comment une langue qui n’était, il y a cinq siècles, parlée que de Moscou à Nijni-Novgorod a-t-elle pu atteindre les rives du Pacifique, et si cela s’est passé sous les applaudissements enthousiastes des Tatars, des Bourites, des Samoyèdes et autres Toungouzes.

C’est là une première raison pour laquelle nous nous devons d’être particulièrement rigoureux et exigeants au plan de la réflexion. Une deuxième, tout aussi importante, est qu’ici, comme dans toutes les questions portant sur une catégorie social-historique générale – la Nation, le Pouvoir, l’État, la Religion, la Famille, etc. –, le dérapage est presque inévitable. À toute thèse que l’on pourrait énoncer, il est d’une facilité déconcertante de trouver des contre-exemples et le péché mignon des auteurs, dans ces domaines, c’est le manque du réflexe qui prévaut dans toutes les autres disciplines : ce que je dis n’est-il pas contredit par un contre-exemple possible ? Tous les six mois, on lit de grandioses théories échafaudées sur ces thèmes, et l’on se surprend, encore, à s’étonner : l’auteur n’a-t-il donc jamais entendu parler de la Suisse ou de la Chine ? de Byzance ou des monarchies chrétiennes ibériennes ? d’Athènes ou de la Nouvelle-Angleterre ? des Esquimaux ou des Kung ? Après quatre, ou vingt-cinq, siècles d’autocritique de la pensée, on continue de voir fleurir les généralisations béates à partir d’une idée survenue à 1’auteur.

Une anecdote, peut-être amusante, me conduit à un des centres de la question. Comme vous l’avez vu dans l’annonce du colloque, mon prénom est Cornelius – en vieux français, et pour mes amis, Corneille. J’ai été baptisé dans la religion chrétienne orthodoxe, et pour que je sois baptisé, il fallait qu’il y eût un saint éponyme, et en effet il y avait un aghios Kornelios, translitération grecque du latin Cornelius – de la gens Cornelia, qui avait donné son nom à des centaines de milliers d’habitants de l’Empire –, lequel Kornelios a été sanctifié moyennant une histoire qui est racontée dans les Actes (10-11) et que je résume. Ce Corneille, centurion d’une cohorte italique, vivait à Césarée, faisait de larges aumônes au peuple et craignait Dieu qu’il priait sans cesse. Après la visite d’un ange, il invite chez lui Simon, le surnomme Pierre. Celui-ci, en route, a aussi une vision dont le sens est qu’il n’y a plus de nourritures pures et impures. Arrivé à Césarée, il dîne chez Corneille – dîner chez un goy est, selon la Loi, abomination – et pendant qu’il y parle, l’Esprit saint tombe sur tous ceux qui écoutaient ses paroles, ce qui surprend au plus haut point les compagnons juifs de Pierre, qui assistent à la scène, puisque l’Esprit saint s’était aussi répandu sur les non-circoncis, qui s’étaient mis à parler en langues et à magnifier Dieu. Plus tard, revenant à Jérusalem, Pierre a à répondre aux amers reproches de ses autres compagnons circoncis ; il s’en explique, après quoi ceux-ci se calment, disant que Dieu a octroyé aussi bien aux « nations » la repentance afin qu’elles vivent.

Cette histoire a évidemment de multiples significations. C’est la première fois dans le Nouveau Testament qu’est affirmée l’égalité des « nations » devant Dieu, et la non-nécessité du passage par le judaïsme pour devenir chrétien. Ce qui m’importe encore plus, c’est la contraposée de ces propositions. Les compagnons de Pierre « s’étonnent fortement » (« exestesan » dit 1’original grec des Actes : ex-istamai, ek-sister, sortir de soi-même) que le Saint-Esprit veuille bien se répandre sur toutes les « nations ». Pourquoi ? Parce que, évidemment, le Saint-Esprit ne pouvait avoir affaire jusque-là qu’à des juifs – et au mieux à cette secte particulière de juifs qui se réclamait de Jésus de Nazareth. Mais aussi, elle nous renvoie par implication négative à des spécifications de la culture hébraïque – ici, je commence à être désagréable – qui pour les autres ne vont pas de soi, c’est le moins qu’on puisse dire. Ne pas accepter de manger chez les goïm, lorsqu’on sait la place que le repas en commun tient dans la socialisation et l’histoire de 1’humanité ? On relit alors l’Ancien Testament attentivement, notamment les livres relatifs à la conquête de la Terre promise, et l’on voit que le peuple élu n’est pas simplement une notion théologique, mais éminemment pratique. Les expressions littérales de l’Ancien Testament sont du reste très belles si l’on peut dire (malheureusement, je ne puis le lire que dans la version grecque des Septante, ultérieure de peu à la conquête d’Alexandre. Je sais qu’il y a des problèmes ; je ne pense pas qu’ils affectent ce que je vais dire). On y voit que tous les peuples habitant le « périmètre » de la Terre promise sont passés par « le fil de l’épée » (dia stomatos romphaias) et cela sans discrimination de sexe ou d’âge, qu’aucune tentative de les « convertir » n’est faite, que leurs temples sont détruits, leurs bois sacrés rasés, tout ceci sur ordre direct de Yahvé. Comme si cela ne suffisait pas, les interdictions abondent concernant l’adoption de leurs coutumes (bdelygma, abomination, miasma, souillure) et les relations sexuelles avec eux (porneia, prostitution ; mot qui revient obsessivement dans les premiers livres de l’Ancien Testament). La simple honnêteté oblige de dire que l’Ancien Testament est le premier document raciste écrit que l’on possède dans l’histoire. Le racisme hébreu est le premier dont nous ayons des traces écrites – ce qui ne signifie certes pas qu’il soit le premier absolument. Tout laisserait plutôt supposer le contraire. Simplement, et heureusement, si j’ose dire, le Peuple élu est un peuple comme les autres [1].

Je trouve nécessaire de rappeler cela ne serait-ce que parce que l’idée que le racisme ou simplement la haine de l’autre est une invention spécifique de l’Occident est une des âneries qui jouissent actuellement d’une grande circulation.

Sans pouvoir m’attarder sur les divers aspects de révolution historique et leur énorme complexité, je noterai simplement :

a) que parmi les peuples à religion monothéiste, les Hébreux ont quand même cette ambiguë supériorité : une fois la Palestine conquise (il y a trois mille ans – je ne sais rien d’aujourd’hui) et les habitants antérieurs « normalisés » d’une façon ou d’une autre, ils laissent le monde tranquille. Ils sont le Peuple élu, leur croyance est trop bonne pour les autres, il n’y a aucun effort de conversion systématique (mais pas de refus de la conversion non plus) [2] ;

b) les deux autres religions monothéistes, inspirées de l’Ancien Testament et « succédant » historiquement à l’hébraïsme, ne sont malheureusement pas aussi aristocratiques : leur Dieu est bon pour tous ; si les autres n’en veulent pas, ils seront obligés de l’ingurgiter de force ou bien seront exterminés. Inutile de s’étendre, à ce point de vue, sur l’histoire du christianisme – ou plutôt impossible : au contraire, il serait non seulement utile mais urgent de la refaire car, depuis la fin du XIXe siècle et des grands « critiques », tout semble oublié, et des versions à l’eau de rose de la diffusion du christianisme sont propagées. On oublie que lorsque les chrétiens s’emparent de l’Empire romain via Constantin, ils sont une minorité, qu’ils ne deviennent majorité que par les persécutions, le chantage, la destruction massive des temples, des statues, des lieux de culte et des manuscrits anciens – et finalement par des dispositions légales (Théodose le Grand) interdisant à des non-chrétiens d’habiter l’Empire. Cette ardeur des vrais chrétiens à défendre le vrai Dieu par le fer, le feu et le sang est constamment présente dans l’histoire du christianisme, oriental comme occidental (hérétiques, Saxons, croisades, Juifs, Indiens d’Amérique, objets de la charité de la sainte Inquisition, etc.). De même, il faudrait restituer face à la flagornerie ambiante la vraie histoire de la propagation à peine croyable de l’islam. Ce n’est certainement pas le charme des paroles du Prophète qui a islamisé (et la plupart du temps arabisé) des populations allant de l’Èbre à Sarawak et de Zanzibar à Tachkent. La supériorité, du point de vue des conquis, de l’islam sur le christianisme était que sous le premier on pouvait survivre en acceptant d’être exploité et privé plus ou moins de droits sans se convertir, alors qu’en terre chrétienne l’allodoxe, même chrétien (cf. les guerres de religion aux XVIe-XVIIe siècles), n’était pas en général tolérable ;

c) contrairement à ce qui a pu être dit (par un de ces chocs en retour répondant à la « renaissance » du monothéisme), ce n’est pas le polythéisme en tant que tel qui assure l’égal respect de l’autre. Il est vrai qu’en Grèce, ou à Rome, il y a tolérance presque parfaite de la religion ou de la « race » des autres ; mais cela concerne la Grèce et Rome – non pas le polythéisme en tant que tel. Pour ne prendre qu’un exemple, l’hindouisme non seulement est intrinsèquement et intérieurement « raciste » (castes), mais a nourri autant de massacres sanglants au cours de son histoire que n’importe quel monothéisme, et continue de le faire.

L’idée qui me semble centrale est que le racisme participe de quelque chose de beaucoup plus universel que l’on ne veut bien l’admettre d’habitude. Le racisme est un rejeton, ou un avatar, particulièrement aigu et exacerbé, je serais même tente de dire : une spécification monstrueuse, d’un trait empiriquement presque universel des sociétés humaines. Il s’agit de l’apparente incapacité de se constituer comme soi sans exclure l’autre – et l’apparente incapacité d’exclure l’autre sans le dévaloriser et, finalement, le haïr.

Comme toujours lorsqu’il s’agit de l’institution de la société, le thème a nécessairement deux versants : celui de l’imaginaire social instituant des significations imaginaires et des institutions qu’il crée ; et celui du psychisme des êtres humains singuliers et de ce que celui-ci impose comme contraintes à l’institution de la société et en subit de sa part à elle.

Je ne m’étendrai pas sur le cas de l’institution de la société ; j’en ai souvent parlé ailleurs [3]. La société – chaque société – s’institue en créant son propre monde. Cela ne signifie pas seulement des « représentations », des « valeurs », etc. À la base de tout cela, il y a un mode du représenter, une catégorisation du monde, une esthétique et une logique, comme aussi un mode du valoriser – et sans doute aussi un mode chaque fois particulier de l’être affecté. Dans cette création du monde trouve toujours place, d’une manière ou d’une autre, l’existence d’autres humains, et d’autres sociétés. Il faut distinguer entre la constitution d’autres mythiques, totalement ou en partie (les Sauveurs blancs pour les Aztèques, les Éthiopes pour les Grecs homériques), qui peuvent être « supérieurs » ou « inférieurs », voire monstrueux ; et la constitution des autres réels, des sociétés effectivement rencontrées. Voici un schéma très rudimentaire pour penser le deuxième cas. Dans un premier temps mythique (ou, ce qui revient au même, « logiquement premier »), il n’y a pas d’autres. Puis, ceux-ci sont rencontrés (le temps mythique ou logiquement premier est celui de l’autoposition de l’institution). Pour ce qui nous importe ici, trois possibilités s’ouvrent, trivialement : les institutions de ces autres (et donc, ces autres eux-mêmes !) peuvent être considérées comme supérieures (aux « nôtres »), comme inférieures, ou comme « équivalentes ». Remarquons tout de suite que le premier cas entraînerait à la fois une contradiction logique et un suicide réel. La considération des institutions « étrangères » comme supérieures par l’institution d’une société (non pas par tel ou tel individu) n’a pas lieu d’être : cette institution n’aurait qu’à céder la place à l’autre. Si la loi française enjoint aux tribunaux : « Dans tous les cas, appliquez la loi allemande », elle se supprime comme loi française. Il se peut que telle ou telle institution, au sens secondaire du terme, soit considérée comme bonne à adopter, et le soit effectivement ; mais l’adoption globale et sans réserve essentielle des institutions nucléaires d’une autre société impliquerait la dissolution de la société emprunteuse comme telle.

La rencontre ne laisse donc que deux possibilités : les autres sont inférieurs, les autres sont égaux à nous. L’expérience prouve, comme on dit, que la première voie est suivie presque toujours, la seconde presque jamais. Il y a à cela une apparente « raison ». Dire que les autres sont « égaux à nous » ne pourrait pas signifier égaux dans l’indifférenciation : car cela impliquerait, par exemple, qu’il est égal que je mange du porc ou que je n’en mange pas, que je coupe les mains des voleurs ou non, etc. Tout deviendrait alors indifférent et serait désinvesti. Cela aurait dû signifier que les autres sont simplement autres ; autrement dit, que non seulement les langues, ou les folklores, ou les manières de table, mais les institutions globalement, comme tout et dans le détail, sont incomparables. Cela – qui en un sens, mais en un sens seulement, est la vérité – ne peut apparaître « naturellement » dans l’histoire, et il ne devrait pas être difficile de comprendre pourquoi. Cette « incompatibilité » reviendrait, pour les sujets de la culture considérée, à tolérer chez les autres ce qui pour eux est abomination ; et, malgré les facilités que se donnent aujourd’hui les défenseurs des droits de l’homme, elle fait surgir des questions théoriquement insolubles dans le cas des conflits entre cultures, comme le montrent les exemples déjà cités et comme je tâcherai de le montrer encore à la fin de ces notations.

Cette idée, en paroles si simple et si vraie : les autres sont tout simplement autres, est une création historique qui va à contre-pente des tendances « spontanées » de l’institution de la société. Les autres ont presque toujours été institués comme inférieurs. Cela n’est pas une fatalité, ou une nécessité logique, c’est simplement l’extrême probabilité, la « pente naturelle » des institutions humaines. Le mode le plus simple du valoir des institutions pour leurs propres sujets est évidemment l’affirmation – qui n’a pas besoin d’être explicite – qu’elles sont les seules « vraies » – et que donc les dieux, croyances, coutumes, etc., des autres sont faux. En ce sens, l’infériorité des autres n’est que l’autre face de l’affirmation de la vérité propre des institutions de la société – Ego (au sens où l’on parle d’Ego dans la description des systèmes de parenté). Vérité propre prise comme excluant toute autre, rendant tout le reste erreur positive et, dans les cas les plus beaux, diaboliquement pernicieuse (le cas des monothéismes et des marxismes-léninismes est obvie, mais non le seul).

Pourquoi parler de probabilité extrême et de pente naturelle ? Parce qu’il ne peut pas y avoir de fondation véritable de l’institution (fondation « rationnelle » ou « réelle »). Son seul fondement étant la croyance en elle et, plus spécifiquement, le fait qu’elle prétend rendre le monde et la vie cohérents (sensés), elle se trouve en danger mortel dès que la preuve est administrée que d’autres manières de rendre la vie et le monde cohérents et sensés existent. Ici notre question recoupe celle de la religion au sens le plus général, que j’ai discutée ailleurs [4],

Probabilité extrême, mais non pas nécessité ou fatalité : le contraire, bien que hautement improbable – comme la démocratie est hautement improbable dans l’histoire – est quand même possible. L’indice en est la relative et modeste, mais réelle quand même, transformation à cet égard de certaines sociétés modernes, et le combat qui y est mené contre la misoxénie (et qui est certes loin d’être terminé, même dans chacun de nous).

Tout cela concerne l’exclusion de l’altérité externe en général. Mais la question du racisme est beaucoup plus spécifique : pourquoi ce qui aurait pu rester simple affirmation de l’« infériorité » des autres devient discrimination, mépris, confinement pour s’exacerber finalement en rage, haine et folie meurtrière ?

Malgré toutes les tentatives faites de divers côtés, je ne pense pas que nous puissions trouver une « explication » générale de ce fait, qu’il y ait à la question une réponse autre qu’historique au sens fort. L’exclusion de l’autre n’a pas pris partout et toujours, tant s’en faut, la forme du racisme. L’antisémitisme et son histoire dans les pays chrétiens sont connus : aucune « loi générale » ne peut expliquer les localisations spatiales et temporelles des explosions de ce délire. Autre exemple, peut-être plus parlant encore. L’Empire ottoman, une fois la conquête faite, a toujours mené une politique d’assimilation puis d’exploitation et de capitis diminutio des conquis non assimilés (sans cette assimilation massive, il n’y aurait pas aujourd’hui de nation turque). Puis soudain, à deux reprises – 1895-1896, 1915-1916 –, les Arméniens (soumis toujours, il est vrai, à une répression beaucoup plus cruelle que les autres nationalités de l’Empire) font l’objet de deux monstrueux massacres en masse, alors que les autres allogènes de l’Empire (et notamment les Grecs, encore très nombreux en Asie mineure en 1915-1916 et dont l’État est pratiquement en guerre avec la Turquie) ne sont pas persécutés.

À partir du moment où il y a la fixation raciste, on le sait, les « autres » ne sont pas seulement exclus et inférieurs ; ils deviennent, comme individus et comme collectivité, point de support d’une cristallisation imaginaire seconde qui les dote d’une série d’attributs et, derrière ces attributs, d’une essence mauvaise et perverse qui justifie d’avance tout ce que l’on se propose de leur faire subir. Sur cet imaginaire, notamment antijuif en Europe, la littérature est immense et je n’ai rien à y ajouter [5]. Sauf qu’il me paraît plus que superficiel de présenter cet imaginaire – baptisé, de surcroît, « idéologie » – comme fabriqué de toutes pièces par des classes ou des groupes politiques pour assurer leur domination ou pour y parvenir. En Europe, un sentiment antijuif diffus et « rampant » a circulé sans doute tout le temps depuis le XIe siècle au moins. Il a parfois été ranimé et revivifié aux moments où le corps social éprouvait avec une intensité plus forte que d’habitude le besoin de trouver un mauvais objet « interne-externe » (l’« ennemi intérieur » est tellement commode), un bouc émissaire prétendument marqué déjà de soi-même comme bouc. Mais ces revivifications n’obéissent pas à des lois et à des régies ; impossible, par exemple, de nier les profondes crises économiques subies pendant cent cinquante ans par l’Angleterre à une explosion quelconque d’antisémitisme – alors que depuis quinze ans de telles explosions, mais dirigées contre les Noirs, commencent à s’y produire.

Chronique du Covid : Des chiffres et des hommes

Depuis le mois de Mars, nous avons pu suivre d’heure en heure l’évolution de l’épidémie avec des données chiffrées sur le nombre de personnes contaminées, admises à l’hôpital et celles qui en sont ressorties ; le nombre de personnes en réanimation et celles qui sont décédées. Pour ces dernières en faisant progressivement le distinguo entre les personnes mortes à l’hôpital et les personnes mortes en EHPAD ou maisons de retraite encore appelées « résidences ». Ou encore celles, mal repérées, mortes à domicile.
Grâce à la conférence de presse quotidienne tenue par Jérôme Salomon, Directeur Général de la
Santé, nous avons pu suivre les progrès – et les régrès – de l’épidémie. Chaque soir ou presque, il
donnait (à l’imparfait parce qu’il est désormais silencieux) un point presse devant les caméras pour commenter l’évolution de l’épidémie dans le pays et donner le nombre de décès, d’entrées en réanimation et d’hospitalisations, moults chiffres et graphiques à l’appui. En dehors de ces
communiqués, nous ne manquions pas d’informations. Tous les médias ont tenu à nous en donner.

Le Philosophe Didier Martz
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Depuis le mois de Mars, nous avons pu suivre d’heure en heure l’évolution de l’épidémie avec des données chiffrées sur le nombre de personnes contaminées, admises à l’hôpital et celles qui en sont ressorties ; le nombre de personnes en réanimation et celles qui sont décédées. Pour ces dernières en faisant progressivement le distinguo entre les personnes mortes à l’hôpital et les personnes mortes en EHPAD ou maisons de retraite encore appelées « résidences ». Ou encore celles, mal repérées, mortes à domicile.
Grâce à la conférence de presse quotidienne tenue par Jérôme Salomon, Directeur Général de la
Santé, nous avons pu suivre les progrès – et les régrès – de l’épidémie. Chaque soir ou presque, il
donnait (à l’imparfait parce qu’il est désormais silencieux) un point presse devant les caméras pour commenter l’évolution de l’épidémie dans le pays et donner le nombre de décès, d’entrées en réanimation et d’hospitalisations, moults chiffres et graphiques à l’appui. En dehors de ces
communiqués, nous ne manquions pas d’informations. Tous les médias ont tenu à nous en donner.
Voici quelques exemples pris au hasard en France, certains datent un peu :
En Île-de-France, le nombre de patients entrant en réanimation baisse, tandis que le nombre de
ceux qui sortent augmente : 138 le 2 avril, dont 58 sont décédés ; L’INSEE a noté ces dernières
semaines une hausse de + 63 % des décès en Seine-Saint-Denis par rapport à la même période en 2019 C’est l’augmentation la plus forte derrière celle constatée dans le Haut-Rhin (+ 84 %) ; Un
plateau semble atteint dans le nombre de réanimations » mais il faut attendre encore un peu pour observer ce plateau pour les décès » ; à terme, la mortalité sera autour de 30 % en réanimation ; nous atteignons un record avec quelques 12000 décès… L’AFP, publie le dimanche 26 avril 2020 à 20h14 : un chiffre en baisse (242 morts en 24h) bien qu’il ne prenne pas en compte les maisons de retraite où plusieurs milliers de personnes âgées sont mortes ; 26/04 à 19:02 BILAN FRANCE : 28.217 personnes sont toujours hospitalisées, soit 5 de moins qu’hier. 4.682 patients sont en réanimation, en baisse de 43. Et à 18 h 24 : 52 personnes sont mortes ces 24 dernières heures en France, pour un total de 22.856. 14.202 sont décédées à l’hôpital
et 8.654 en Ehpad.
Un tour vers l’Espagne quand même où s’annonce une bonne nouvelle. En effet le pays recense
dimanche seulement 87 morts du coronavirus en 24 heures, passant sous la barre des 100 décès pour la première fois en deux mois….etc., etc. Je relève dans le vocabulaire : baisse, hausse, plateau, record, passer la barre, pourcentage, statistiques, « en moins, en plus », comparaison entre pays. On attend presque l’attribution du maillot jaune ou noir au meilleur pays…. Il me revient ce passage du livre de Charles Dickens dans son roman Les temps difficiles. Le professeur utilitariste Monsieur Mac-Choakumchild tente d’enseigner la statistique à Sissy. Il prend comme exemple la statistique des accidents arrivés en mer et indique que sur cent mille personnes qui se sont embarquées pour des voyages au long cours, il n’y en a que cinq cents de noyées ou de
brûlées. « Quel pourcentage agréablement bas » se dit-il. Et il pose la question à Sissy : « combien
cela fait-il de « pour cent » ? Et Sissy de répondre que cela ne faisait rien… « Comment cela ? »
s’indigne le professeur utilitariste. « Oui, poursuit une Sissy en pleurs, cela ne fait rien du tout aux
parents et aux amis de ceux qui avaient été tués ». C’est que, comme dit Martha Nussbaum, sans
doute philosophe, les chiffres ne rachètent pas les morts et ne contiennent aucune valeur que
quantitative. Et sûrement pas la valeur de la mort d’une personne.
Gageons que la peine sera apaisée grâce aux prochains algorithmes qui dessineront à l’avance le
chemin le plus sûr qui conduit fatalement à la mort. Ainsi ira tranquillement le monde !

Distanciation

C’est fou ce que les mots d’hier comme se saluer, s’accueillir, recevoir, se serrer la main, étaient à nos oreilles d’une grande banalité. Ces mots prennent un sens bizarrement singulier, un sens très nouveau quand nous les exprimons dans les contextes de pandémie qui a laissé les traces étranges d’une tout autre infection dans nos esprits. Ces mots qui étaient hier, d’une grande banalité n’auraient franchement mérité aucune réflexion particulière, sauf en ces jours. En d’autres temps, dans des temps qui ne seraient pas ceux d’un monde pollué par l’esprit des courtisans malfaisants de la Reine Corona, ces mots comme se faire la bise auraient été d’une ennuyeuse platitude. Toutes les dimensions qui touchent aux salutations fraternelles, aux politesses cordiales et ces gestes comme une simple accolade, une poignée de main étaient comme pour chacun, une évidence, mais les mêmes gestes ont une tout autre résonance, en nous aujourd’hui.

Auteur Eric LEMAITRE

C’est fou ce que les mots d’hier comme se saluer, s’accueillir, recevoir, se serrer la main, étaient à nos oreilles d’une grande banalité. Ces mots prennent un sens bizarrement singulier, un sens très nouveau quand nous les exprimons dans les contextes de pandémie qui a laissé les traces étranges d’une tout autre infection dans nos esprits. Ces mots qui étaient hier, d’une grande banalité n’auraient franchement mérité aucune réflexion particulière, sauf en ces jours.  En d’autres temps, dans des temps qui ne seraient pas ceux d’un monde pollué par l’esprit des courtisans malfaisants de la Reine Corona, ces mots comme se faire la bise auraient été d’une ennuyeuse platitude. Toutes les dimensions qui touchent aux salutations fraternelles, aux politesses cordiales et ces gestes comme une simple accolade, une poignée de main étaient comme pour chacun, une évidence, mais les mêmes gestes ont une tout autre résonnance, en nous aujourd’hui.

À la veille du mariage de notre fille Anne et de Thibault, une amie Corinne sonne à notre porte, pour offrir à ce jeune couple, un joli cadeau, l’expression d’une amitié pour des voisins qui se connaissent depuis plus de vingt ans. Corinne est arrivée masquée et a rapidement ressenti comme une gêne sociale à porter un masque alors que nous sommes voisins et que nos relations d’amitié sont bien plus que courtoises après tant d’années. Corinne se démasqua s’affranchissant ainsi de la peur de ce contact, elle se dévisagea comme pour se libérer d’une contrainte psychologique que lui bassinent les médias à longueur de journée.

Nous nous sommes habitués depuis quelques mois, à garder nos distances, à cultiver le respect inconditionnel de cette nouvelle rhétorique. Nous avons appris au fil des jours, à nous accommoder avec les gestes barrières. Pourtant nous sommes sortis du confinement, mais la pandémie semble toujours là. Ce confinement où nous étions comme privés de rencontres, de vie sociale, nous tenaille, nous tient toujours en laisse malgré le déconfinement auquel nous avons été invités depuis peu. Nous étions hier tenus en quelques semaines à nous limiter dans nos déplacements, à ne pas enfreindre les distances, nous étions dans l’injonction de les respecter, de ne plus pouvoir nous rendre au chevet de nos parents, ou grands-parents.   La distanciation instaurée par la pandémie est ainsi venue se heurter à la sociabilité d’hier et sans doute également heurter notre conscience. Comment se résoudre à accepter, de priver l’autre fragile, l’autre vulnérable : de rencontres, de partager l’affection, de vivre l’instant d’une étreinte qui s’appelle la tendresse, d’un geste qui se nomme, sourire. Si ces nouveaux gestes barrières ont été appris, il nous semble en réalité que nous ayons été conditionnés à nous y habituer et à suspecter ceux qui s’en affranchissent ou s’en affranchiront comme des hors la loi possible. Ce que je regrette c’est l’absence de culture de la responsabilité, répondre de soi et de ses actes, mais au-delà à répondre de ce qui est fragile, de ce qui est perçu comme infiniment vulnérable. Il y a en somme dans l’idée de responsabilité, celle d’un devoir vis-à-vis de l’autre, le désir d’un infini respect qui lui est dû. Dans des contextes de pandémie, la distance physique peut donc aussi être l’expression d’une manifestation responsable : ne pas mettre autrui en danger. Or la distanciation sociale est autre chose, ce champ lexical de ce nouveau néologisme : distanciation sociale me semble vraiment impropre, maladroit et suspect. La distanciation sociale n’a rien à voir avec les règles d’une distanciation physique, la distanciation sociale comme l’écrirait Jean-Paul Sartre, ce serait plutôt un manque d’être, l’absence d’une présence à l’autre, l’absence d’une communauté de semblables.

Le 5 juin avec ma chère épouse avec laquelle aucune distance n’existe, où l’intime est de règle, nous regardions le film : Contagion. Le synopsis du film dystopique sorti dans les salles de cinéma en 2011 est absolument stupéfiant.  Le film relate comme un copier-coller la pandémie de 2020, le récit de cette fiction mis en scène comme un documentaire, décrit le déroulement d’une fulgurante pandémie qui commence à Hong-Kong. Une femme d’affaires américaine à son retour aux États-Unis tombe très gravement malade puis meurt, très vite, elle infecte son fils qui trépasse des mêmes causes. Au démarrage, les médecins tâtonnent, soupçonnent une maladie, mais qu’ils ne qualifient pas de létale, mais peu à peu, l’infection prend un autre aspect et sa dangerosité finit par être manifeste, sa propagation estimée selon les modèles statistiques comme exponentielle dépassant même le Ro4[1].

La pandémie relatée dans cette fiction est née d’un croisement entre une chauvesouris et un cochon [enfin un cochon sans écailles], vendu dans les étales d’un marché et qui infectera le patient zéro, une Américaine de séjour à Hong-kong Beth Emhoff, la femme de Mitch, contaminera à son tour son propre fils comme le reste du monde, le début d’une foudroyante pandémie à l’échelle de toute la planète.  C’est dans ce film que l’épidémiologiste Erin Mears emploiera le mot « distanciation sociale », ce mot allait ensuite s’imposer dans le vocabulaire de nos médias avec l’irruption du covid19, puis à longueur d’émissions, de débats interminables, de promotions s’incruster dans les mentalités, d’une nouvelle société dont le drapeau serait dorénavant « Gardez vos distances ».  Mais ce 4 juin, avec quelques amis nous décidâmes de franchir le fameux Rubicon, le fameux interdit comme s’il nous fallait sortir et pour une question vitale de ce monde virtuel et hygiéniste que l’on nous prépare, monde infiniment plus menaçant.

Ainsi le 4 juin, nous nous retrouvions avec plusieurs relations pour un temps de retrouvailles, de convivialité, d’échanges et de partages en toute fraternité. Nous décidâmes spontanément sans concertation aucune, de franchir le Rubicon, de briser la fameuse distanciation sociale, sans doute pour conjurer et refuser la peur, la langue que l’on, nous a apprise celle des barrières. Nous avons sans doute pour beaucoup d’entre nous, oublier ce que signifie en soi l’expression comme le geste « se serrer les mains ». « Se serrer les mains » était une façon de dire que nous n’avions pas d’armes, que nous n’allions pas dégainer l’épée de la Reine Corona. En amis, nous sommes venus désarmés, en amis nous nous sommes salués chaleureusement. En amis, nous avons refusé de plier le genou à l’ambiance hygiéniste de notre société. Dans ces retrouvailles fraternelles, nous nous assurions ainsi que nous n’avions entre nous que de bonnes intentions, aucune volonté d’infecter notre ami, mais surtout le désir d’être des hommes et des femmes libres, responsables, dégagés des liens de la peur. Nous refusions en quelque sorte d’être sous le joug de ces injonctions puériles, de nous enfermer dans une forme d’enfantillage. Dans cette agape fraternelle, notre intention n’était pas de braver de façon inconsciente la Reine Corona. Non notre souci était de lui refuser l’allégeance, nous ne voulions pas de ces codes, de cette société hyper protectionniste, hyper hygiéniste qui met l’autre en distance. Nous ne sommes pas à la botte d’un monde qui aimerait nous entraîner dans la méfiance, la crainte de l’autre, nous sommes entre amis, en confiance. Si l’un d’entre nous, est malade, nous serons alors nous dire en homme et femme responsables de garder nos distances et l’absence de contact dans de telles circonstances, n’est aucunement la mort sociale.  Dans ce temps fraternel, nous avons eu l’un des plus beaux témoignages partagés, dans le même village, deux frères, qui résident pourtant au même endroit, ne prenaient guère le temps de se rencontrer sauf lors des grandes fêtes familiales, l’un des deux est infirmier et du fait des soins à apporter à son frère, sont conduits à se rencontrer quotidiennement, se sont redécouverts, se sont appréciés en raison du temps passé entre eux.  Le confinement a été pour eux, une raison de briser la distanciation sociale, distanciation qui s’était donné rendez-vous en raison de l’occupation de chacun. La vie a ainsi parfois des détours qui nous conduisent à l’essentiel. Si la pandémie pour certains annonce l’avènement d’une culture virtuelle, d’une société sans incarnation, à distance, nos deux amis, qui sont frères dans la vie, ont renoué avec le monde de la proximité, avec ceux qui sont les prochains de l’autre.

Je ne sais pas quand ce texte sera lu ni à quel moment. Sans doute, après l’épisode pandémique, ou si la vague arrive, cette chronique fera sourire, rire ou bien suscitera la colère, la menace, car nous aurions été comme des idiots. Avons-nous eu tort d’entrer dans une relation gestuelle qui est loin de ce nouveau lexique, de cette distanciation comptable, parce que métrique. Nous sommes invités dans ce monde estampillé numérique, de ne pas être si proches, mais de garder nos distances, de nous retrouver virtuellement, mais surtout pas dans l’alcôve d’un espace étroit pour échanger, partager. La société nous susurre, c’est fortement déconseillé « imbécile » d’être moins d’un mètre, ne sais-tu pas que tu risques gros, nous allons le dénoncer, crier haro sur ta bravoure bornée, sur ta témérité de nigaud. En écrivant ces lignes, je songe à nouveau à l’applicatif Stop-Covid qui vous avertira dès que vous aurez croisé une personne infectée qui aurait été à moins d’un mètre de vous. Mais l’homme libre et réellement responsable, lui n’a que faire de l’artefact préventif, « il est libre Max ». 

Mais cette distanciation sociale, nous en dit long sur l’esprit, les mentalités de ce nouveau monde qui a transgressé les codes d’hier. Nous approuvons les gestes de prudence d’une manière générale, en revanche nous blâmons comme nous refusons qu’ils deviennent les nouveaux codes de la vie sociale interdisant la manifestation de la vie. Dans l’essai la conscience mécanisée, je mettais en évidence ce long processus de domestication et de surveillance quasi robotisée de l’être humain. Nécessairement ce processus de robotisation sociale, loin d’être une fiction, nous invite à relire ou redécouvrir pour bon nombre d’entre nous, la pensée de Michel Foucault qui théorisa finalement le mouvement de toute une société qui entre dans la dimension de surveillance des corps, des dénonciations des faits et gestes nouvellement appris, de toute une rhétorique apprise concernant la vie non tactile. La pensée remarquable du philosophe fut d’anticiper l’avènement de toute une société régulée et guidée par l’émergence des technologies de surveillance. Michel Foucault écrira que le panoptique “… est [l’art] d’induire chez le détenu un état conscient et permanent de visibilité qui assure le fonctionnement automatique du pouvoir… ».  Or avec la pandémie nous sommes entrés dans l’ultra précaution des gestes, des comportements, gare aux transgressions sociales. Nous entrons dans les procédés d’une nouvelle langue comportementale à apprendre, des procédés adossés aux techniques orwelliennes, procédés qui se déploient comme pour nous accoutumer à ce nouveau monde hygiéniste. Ce monde qui se dessine subrepticement, sans tapages, agit comme une tyrannie douce.  Mais nous voulons discerner comme pour dénouer les apories et les mensonges de ces nouveaux codes de la distanciation sociale. Ces nouveaux codes sont là comme pour nous faire apparaître leur statut d’outils au service de l’ordre dominant, qui n’a pas choisi d’enseigner et de transmettre le devoir de responsabilisation, mais entretient la peur, cultive les injonctions sociales sans la responsabilité, celle du devoir de prudence vis-à-vis de l’autre. Ce que je dénonce ici ce n’est pas le geste physique respectueux pour m’éviter d’être l’agent contaminant, c’est cet ordre moral sans la conscience, c’est cet ordre imposé sans le respect de l’ordre, c’est cet ordre qui appellera demain au déploiement de toutes les technologies de surveillances pour réguler, contrôler, superviser les gestes sociaux, mais dont les applications ne seront pas seulement sur le seul registre sanitaire mais bien celle qui touchera à toute la vie sociale.


[1]  Nombre moyen de cas (ou de foyers) secondaires provoqués par un sujet (ou un élevage) atteint d’une maladie transmissible au sein d’une population entièrement réceptive.

L’hommage

n l’espace de cinquante ans, le monde médical a connu un véritable chamboulement, bouleversement. Plus de bureaucratie, de technologie, moins de temps consacré aux patients car l’efficacité doit primer sur la dimension relationnelle. Puis en quelques jours au cours de ce mois de mars, le monde hospitalier français a fait face au choc de l’afflux des cas sévères de coronavirus. Sans doute que ce sont toutes les règles technologiques, administratives qui ont été bousculés, chamboulés. Bien-entendu l’hôpital a engagé de nouvelles procédures sanitaires pour protéger son personnel soignant, comme ses malades. Mais cette période de tsunami pour l’hôpital notamment au sein des régions les plus impactées a été vécu comme un véritable choc humain et l’expression de Patrick Pelloux médecin urgentiste était loin d’être démesurée « L’hôpital était à genoux, on nous demande d’être debout pour sauver la France. On le fait, mais c’est un combat incroyable ». Mais ce qui a prévalu dans ce combat titanesque engagé par l’hôpital fut sans aucun doute le dévouement des personnels soignants, le courage, la vaillance de ces milliers et milliers de soignants incluant également ceux que l’on qualifie de « petites mains[1] » mais qui furent les mains valeureuses, courageuses, intrépides de l’hôpital

Auteur

Eric LEMAITRE

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En l’espace de cinquante ans, le monde médical a connu un véritable chamboulement, bouleversement. Plus de bureaucratie, de technologie, moins de temps consacré aux patients car l’efficacité doit primer sur la dimension relationnelle. Puis en quelques jours au cours de ce mois de mars, le monde hospitalier français a fait face au choc de l’afflux des cas sévères de coronavirus. Sans doute que ce sont toutes les règles technologiques, administratives qui ont été bousculés, chamboulés. Bien-entendu l’hôpital a engagé de nouvelles procédures sanitaires pour protéger son personnel soignant, comme ses malades. Mais cette période de tsunami pour l’hôpital notamment au sein des régions les plus impactées a été vécu comme un véritable choc humain et l’expression de Patrick Pelloux médecin urgentiste était loin d’être démesurée « L’hôpital était à genoux, on nous demande d’être debout pour sauver la France. On le fait, mais c’est un combat incroyable ». Mais ce qui a prévalu dans ce combat titanesque engagé par l’hôpital fut sans aucun doute le dévouement des personnels soignants, le courage, la vaillance de ces milliers et milliers de soignants incluant également ceux que l’on qualifie de « petites mains[1] » mais qui furent les mains valeureuses, courageuses, intrépides de l’hôpital.  C’est ce témoigne qui nous a été rendu de vive voix par Anne qui au cours d’un reportage photo[2] au sein du service COVID, témoigne à la fois de la sérénité des personnels hospitaliers, de la cohésion des équipes médicales, et du dévouement incroyable pour chaque patient. Anne fut frappée par cette qualité qui touche à toute la dimension de l’attention portée auprès de chaque malade, d’un déploiement d’humanité et de solidarité entre les personnels. Ce n’est pas un portrait idéal qui est ici donné de l’hôpital mais un hommage à l’humanité d’un monde vivant qui prend soin de personnes atteintes par l’infection d’un virus redoutable qui épuise les personnes les plus fragiles. Peut-on encore imaginer qu’un tel déploiement d’énergie aurait été plus efficace si ces personnels avaient été secondés par une cohorte de robots et de machines, dans des temps où l’on parle de restructuration des hôpitaux, d’efficience apportée par la technicité d’engins artificiels dont on attend le relais auprès du corps médical. Cette chronique n’a d’autre but que de rendre hommage à ces hommes et ces femmes vêtus de blouses blanches ou de blouses bleues, nous qui étions en quelque sorte dans nos cabanes ou nos chaumières bien au chaud, alors que tous ces personnels et ces amies comme Lucia, Aline, Anguette, livraient un combat épuisant contre la maladie. Mais c’est non seulement à eux que je rends hommage mais à toute cette médecine qui a imprimé la mémoire de mon enfance, comme celle que j’ai pu observer lors de mes visites à l’hôpital au chevet de quelques amis.

Aussi loin que remontent mes souvenirs d’enfant, je me remémore les passages fréquents de notre médecin de famille, toujours attentionné à notre égard, un homme marqué par la bienveillance et qui avait fait de son métier un authentique sacerdoce que partageaient également d’innombrables médecins de sa génération. Cet homme avancé en âge, que nous appelions « Docteur » était pour nous, bien plus qu’un médecin, il était selon moi le témoin d’une époque marquée par le dévouement, l’altruisme, le service aux autres. Dans son vieux tacot, il sillonnait le jour et parfois la nuit, les routes pas toujours goudronnées de nos campagnes, pour les petits soins, nos angines jusqu’aux contagions plus sérieuses ou maux plus sévères.

Nous n’appréhendions pas sa visite, elle était plutôt rassurante, il donnait autant d’importance à la qualité de son diagnostic et son ordonnance qu’à toute sa dimension relationnelle, qui faisait de lui et auprès de mes parents, le médecin de famille. Ce vieux médecin incarnait l’image que je me faisais des soignants incluant ici l’ensemble du corps médical, ces personnes qui ont fait de leur métier une vocation, un sacerdoce celle de prendre soin de l’homme et de tout l’homme. Il me semblait à l’époque que l’on rentrait en médecine comme en rentre en religion, il fallait ressentir un appel, une vive inclination, une forme de mission pour embrasser ce métier, cette mission aujourd’hui a été embrassée par l’ensemble du corps médical nous révélant une abnégation et un esprit d’une réelle diligence, une diligence vraiment, impressionnante envers les malades du covid19. Enfant je ne m’imaginais pas qu’il fallait également autant de courage, pour s’affronter à l’armée des microbes, braver la légion des bactéries, et mener cette lutte impitoyable contre ces micro-organismes qui venaient générer fièvres ou boutons, affaiblir notre corps au point parfois de menacer son existence. Ce médecin de famille, celui de mon enfance, me semblait être une forme de héros, toujours prêt à se rendre disponible. Jamais, il ne renonçait à ses rendez-vous ou prétextait ne pas avoir le temps ou dire à ma mère, « ne vous inquiétez pas, il guérira tout seul » ! Non, notre « Docteur » faisait volontiers un détour, il passait à la maison, notre domicile prenait son stéthoscope pour écouter les battements de notre cœur ou les sifflements de nos poumons ; puis il enchainait en déclamant son diagnostic, mais mieux, il avait le remède pour nous soigner et les mots pour mettre fin à nos maux, à nos tourments d’enfants déjà démunis face à la maladie et ce qu’elle avait comme capacité à laminer notre énergie, à amoindrir notre « hyperactivité ».

Voilà l’image de mon enfance, celle de ce vieux médecin de campagne, un brin paternaliste, soucieux de l’autre, homme de relation sachant embrasser le corps comme l’âme de ses patients. Évoquer pour moi ce vieux médecin de famille me renvoie à cette société avant cette pandémie, qui était devenue comptable du temps, bureaucratique, matérialiste et technologique. Or le vrai sens de la vie se trouve peut-être dans l’intimité affective et la chaleur de la réassurance, des relations que l’on engage avec le patient, ce rapport dévoué avec l’entourage du malade pour prodiguer de l’attention et du conseil. L’image relationnelle que renvoie ce médecin avec ses patients allait bien au-delà d’un bilan méticuleux, il avait le souci de l’entourage familial, savait prendre le temps de l’écoute, mais ne pressait pas le pas pour dérouler sa journée. L’homme ne s’arrêtait pas au corps, il écoutait aussi l’âme de ses patients, il ne réduisait pas le corps à une mécanique qu’il fallait coûte que coûte réparer, il fallait traiter l’être dans sa complétude. Soigner n’était pas pour celui que l’on nommait « Docteur », seulement l’affaire d’une prescription d’un dopant, d’un sirop ou autre breuvage.   Ce médecin considérait son patient et non son client dans toute sa dimension ontologique, c’est-à-dire comme un être, un sujet, mais il n’occultait pas le corps, et cette préoccupation qui lui permettent de juger le patient comme un être unique, et en même temps, les symptômes comme signes pathognomoniques.

50 années plus tard, l’enfant que je fus, n’a pas au moment présent, de perceptions altérées concernant cette médecine proche du patient, de ces médecins, infirmières et aide-soignants, soucieux du confort, du bien-être de leurs patients. Effectuant aujourd’hui de nombreuses visites de patients hospitalisés, je songe notamment à cet ami de 47 ans qui est un habitué des hôpitaux, cet ami que j’appellerai ici Fred est confronté à une grave pathologie qui l’a conduit dans ces dernières années à passer davantage de temps dans une chambre d’hôpital qu’au sein d’une maisonnée. La maisonnée de Fred, si le terme maison convient, est « habitée » par la précarité, l’insalubrité, des conditions de vie qui sans aucun doute ont une relation de cause à effet sur sa santé. Longtemps je fus surpris tout comme un autre ami qui le suit, que l’hôpital ne traite sérieusement ses problèmes récurrents de récidive touchant à sa santé. Cette santé fragilisée notamment par son obésité et cette maladie respiratoire qui l’ont amené à connaitre, des pertes de connaissances, des syncopes répétées.

J’avais durablement le sentiment que nous étions confrontés à cette médecine qui devait obéir à des règles de gestion, subissant l’étau de la rationalité financière, des pressions croissantes pour fournir des soins minimums, réduire les temps d’attente avec des ressources limitées, mais une médecine qui n’avaient pas pris la mesure de couvrir l’ensemble des problèmes affectant la vie de mon ami Fred. Pourtant un professeur de médecine est sorti de cet étau comptable, du cadre médical, de son périmètre de spécialiste démêlant l’écheveau formé par toutes les données biologiques et cliniques, et leur application au cas de Fred. Ce professeur de médecine s’est employé à s’intéresser non seulement au corps de son patient, mais à l’être humain, à ses conditions de vie, à son entourage, à sa maison. Fred a été affecté à son service et une vraie mobilisation s’en est suivie, entrainant l’ensemble du service et tout le personnel à remédier aux problèmes qui perturbaient la santé de Fred. Ce professeur de médecine a finalement sauvé la vie de Fred, qu’en serait-il aujourd’hui pour Fred si ce médecin n’était pas intervenu, ne s’était pas engagé auprès de son patient. Fred n’aurait certainement pas survécu à ce virus létal du fait de troubles aigus et chroniques concernant sa santé.

Ce professeur de médecine du CHU de Reims, me fit songer finalement à notre médecin de famille, à cette dimension qui touche à l’intelligence relationnelle qui embrasse la vie du malade et cette vie qui ne se réduit aux symptômes que renvoie le corps qui n’est finalement que le réceptacle plus large d’un enchevêtrement complexe fait d’ambiances et de conditions de vie. Fred est aujourd’hui sur un chemin de renaissance, perdant du poids, respirant mieux, il est aujourd’hui quasiment guéri. Et sur ce chemin, Fred aura toujours besoin de soutien, celui des infirmières et des aide-soignants, du pasteur Christian qui l’entoure de toute son affection fraternelle. Le professeur de Médecine s’est finalement gardé d’abandonner Fred à sa seule autonomie et sa vulnérabilité de malade, ce professeur s’est soucié avant tout d’un être humain, de sa dignité de patient. 

S’il existe des ilots d’une médecine garante de la qualité relationnelle à offrir aux malades, la médecine change pourtant, parce que le monde change, traversé par ses transitions plurielles que viennent afficher les nouvelles normes sociétales, les nouvelles sociologies, l’envahissement de la sphère administrative et la dimension technologique qui rendent les rapports médecins et patients infiniment plus complexes qu’ils ne l’avaient été dans les années 60, celles de mon enfance.   Les questions autour du monde des soignants se posent déjà et sont multiples à l’aune d’un déconfinement, celles du poids que revêt une bureaucratie de plus en plus lourde et qui viennent entacher les rapports avec le malade réduisant ainsi le temps donné à l’âme et la consacrer davantage au corps malade. Le malade n’est pas juste une mécanique qu’il conviendrait de réparer, un patient qui se voit attribuer une identité que lui donne une carte de sécurité sociale, non le malade reste un être dans toute sa singularité et sa fragilité. Mais les temps changent et les mutations sont innombrables, les relations avec le monde médical nous conduisent à de nouveaux paradigmes, celles de l’efficience médicale, celle de la culture technologique qui construit la médecine du futur ou oserais-je dire transhumaniste, celle de la rentabilité, des quotas de patients imposés aux médecins sous peine d’une baisse de leur rémunération. Mais au-delà de ces constats, c’est également le rapport au malade qui s’en est trouvé bouleversé, il fallait aussi reporter l’implication sur le malade, le conduire à s’auto déterminer, prendre ainsi toutes les précautions pour amener davantage d’autonomie, de prise de responsabilité chez la personne souffrante, ce qui n’est pas en soi une détérioration de la relation patient et médecin, mais en revanche peut conduire à rejeter toute la dimension de la décision médicale sur le patient. De tels contextes risquent alors d’entretenir chez le bureaucrate une forme d’indifférence à l’égard du devenir du patient. Une indifférence qui tendrait à s’accentuer avec l’avènement d’une technoscience qui s’en remettrait au pouvoir de la machine toute puissante pour assister le médecin dans le diagnostic focalisé sur le seul corps du patient. Une technoscience dont on pourrait souhaiter l’accélération pour engager des économies d’une médecine qui coûte cher, de plus en plus cher alors que la promesse a été d’insister que la santé même si elle a un coût, n’a pas de prix  

Deux ans plus tôt, en 2018, je fus convié à participer à une journée de réflexion sur les projets de la loi bioéthiques, plusieurs groupes de travail avaient été organisés autour de nombreuses thématiques, j’avais choisi pour ma part la thématique orientée sur la médecine augmentée qui aborde entre autres l’avènement de l’intelligence artificielle. D’emblée, j’ai ressenti à la fois une vraie convergence de questionnements entre les participants de cette table ronde, comme une méfiance partagée vis-à-vis d’une robotisation susceptible demain d’envahir toutes les sphères de la médecine et le monde des soins. L’enjeu est bien ici l’homme et le respect dû à sa finitude, sa fragilité. Confier à la machine le soin de diagnostiquer et demain pourquoi pas de l’opérer ou de manipuler son corps via des « automates » experts qui auraient la charge de superviser l’évolution du patient, en dit long sur le chemin que prend le développement d’une médecine à l’aune d’une science post-moderne qui n’est plus celle d’Hippocrate. L’avènement de l’Intelligence artificielle va transformer les pratiques médicales et va sans doute induire une mutation radicale et profonde des processus d’analyse et de prise de décision dans toutes les sphères de la santé réorientant les pratiques professionnelles, de toutes les professions de santé, mais surtout impactant la dimension relationnelle entre le patient et son médecin, mais aussi et également tout l’environnement médical. Ainsi se pointera dans votre chambre un gentil robot vous apportant le repas du soir, après la visite d’un autre androïde relevant les indicateurs santé de la veille et vous prenant bien entendu la température.

L’autre grand point d’inquiétude pour les personnels soignants est l’avenir de la relation patients-soignants : l’ensemble des personnels du corps médical est en effet de plus en plus nombreux à penser que la proximité et la confiance entre soignants et patients risquent de se détériorer dans les années à venir, pointant notamment le risque d’éloignement, de distance voire de « déshumanisation » de la médecine livrée entre les mains de ces nouveaux appareillages hyper technicisés. Plus prosaïquement il faudra à terme également s’effrayer du rôle que jouent déjà et que vont jouer les applicatifs numériques ou les sites virtuels référencés sur Internet permettant au patient de « consulter », d’avoir accès à une somme artificielle d’informations, puis de se soigner par lui-même, de s’auto médicamenter. Ce mouvement inéluctable de notre société post médical soumise parfois à la dictature des décrets influencé par les lobbies des laboratoires, nous conduira vers un malade « déconnecté » de tout rapport avec le réel, un malade qui sera sans aucun doute dans le déni de contextes qui sont de nature à expliquer ses symptômes. Ne nous leurrons pas, l’univers numérique découle de l’hyper-individualisme de notre postmodernité, cet univers digital envahit peu à peu notre monde relationnel, il affaiblira sans nul doute le rapport de confiance qui s’était jusqu’alors instauré avec les avis prodigués et émanant de tous les corps médicaux et de vrais spécialistes non virtuels. Les réalités de la numérisation de la santé amorcent un basculement dont on peine encore à anticiper toutes les conséquences, tous les effets délétères ; les rêves des partisans d’une techno médecine interrogent viscéralement nos repères éthiques comme philosophiques et sont sur le point d’effacer le souvenir de ce médecin attaché à la relation avec son malade, le médecin de mon enfance, un médecin qui traitait dans toute sa dimension : le corps comme l’âme et la conscience qui l’habite.


[1] Je précise que c’est une expression qui ne fait nullement sens pour moi et qui aurait même tendance à m’horripiler, à m’exaspérer.

[2] Vous pouvez consulter le reportage photos de Anne LEMAITRE sur son site : https://www.instagram.com/stories/highlights/18104473657177565/?hl=fr

L’étrange tyrannie

Pour reprendre les mots du philosophe et physicien Etienne Klein, citant Albert Camus, « l’épidémie est une étrange tyrannie ». Une tyrannie reflet des mesures qui ont été prises, celle d’un confinement obligé, nous contraignant à prendre nos distances, à nous éloigner de cette vie en société, enfermée à nous-mêmes en quelque sorte. Etienne Klein nous éclaire sur ce sentiment de tyrannie qui résulte de cette pandémie, en soulignant une forme d’aliénation et de reconfiguration de notre vie sociale réduite à n’être recentrée qu’à une forme de repli dans un espace réduit, tandis qu’en temps normal, notre espace ne contenait en soi ou virtuellement aucune limite. Pendant ce temps : avant le confinement ; nous rappelle Etienne Klein, nous vivions socialement plusieurs espaces, celui de notre foyer, de notre bureau, de notre atelier, de l’école, du square où vont jouer nos enfants ou petits-enfants, nous étions finalement habitués à vivre dans différentes sphères qui nous ont appris la socialisation, la rencontre avec l’autre : « D’ordinaire… » nous précise Etienne Klein, « notre vie se répartit sur différents pôles – professionnel, familial, amical, social – que chacun d’entre nous pondère comme il peut ou comme il veut. Mais en période de confinement, cette pondération se trouve reconfigurée, pour le meilleur ou pour le pire. Nous nous retrouvons mariés de force, en quelque sorte, avec nous-mêmes, obligés d’inventer une nouvelle façon de nous sentir exister, d’être au monde et d’être avec les autres. Et au fur et à mesure que les semaines passent, constatant la liste interminable des bouleversements radicaux qu’induit le petit coronavirus, nous éprouvons le sentiment de ce qu’Antonin Artaud appelait une « espèce de déperdition constante du niveau normal de la réalité ». Le normal se laisse contaminer (c’est le mot !) par l’anormal qui, du même coup, devient peu à peu la norme. ».

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Auteur Eric LEMAITRE

Pour reprendre les mots du philosophe et physicien Etienne Klein, citant Albert Camus, « l’épidémie est une étrange tyrannie ». Une tyrannie reflet des mesures qui ont été prises, celle d’un confinement obligé, nous contraignant à prendre nos distances, à nous éloigner de cette vie en société, enfermée à nous-mêmes en quelque sorte. Etienne Klein nous éclaire sur ce sentiment de tyrannie qui résulte de cette pandémie, en soulignant une forme d’aliénation et de reconfiguration de notre vie sociale réduite à n’être recentrée qu’à une forme de repli dans un espace réduit, tandis qu’en temps normal, notre espace ne contenait en soi ou virtuellement aucune limite. Pendant ce temps : avant le  confinement ; nous rappelle Etienne Klein, nous vivions socialement plusieurs espaces, celui de notre foyer, de notre bureau, de notre atelier, de l’école, du square où vont jouer nos enfants ou petits-enfants, nous étions finalement habitués à vivre dans différentes sphères qui nous ont appris la socialisation, la rencontre avec l’autre : « D’ordinaire… » nous précise Etienne Klein, « notre vie se répartit sur différents pôles – professionnel, familial, amical, social – que chacun d’entre nous pondère comme il peut ou comme il veut. Mais en période de confinement, cette pondération se trouve reconfigurée, pour le meilleur ou pour le pire. Nous nous retrouvons mariés de force, en quelque sorte, avec nous-mêmes, obligés d’inventer une nouvelle façon de nous sentir exister, d’être au monde et d’être avec les autres. Et au fur et à mesure que les semaines passent, constatant la liste interminable des bouleversements radicaux qu’induit le petit coronavirus, nous éprouvons le sentiment de ce qu’Antonin Artaud appelait une « espèce de déperdition constante du niveau normal de la réalité ». Le normal se laisse contaminer (c’est le mot !) par l’anormal qui, du même coup, devient peu à peu la norme. ».

A l’heure de ce déconfinement en ce joli mois de mai, nous sommes toujours tenus à la distanciation sociale et lors de nos rassemblements condamnés à respecter un nouvel espace le quatre m², en somme une redéfinition de nos droits, une reconfiguration de l’espace vital, un nouveau territoire social pour assurer notre survie, un nouveau « Lebensraum[1]» de cette nouvelle ère civilisationnelle. Une drôle de tyrannie vient comme nous envelopper et docilement, nous nous accoutumons à ce vêtement protecteur que nous offre l’étrange tyrannie.

L’épidémie est en effet une « étrange tyrannie » conduisant également notre humanité désespérée à rechercher tous les moyens, de contrôler sa propagation quitte à renoncer à sa liberté.  J’avais ce 27 mai 2020, le sentiment étrange que nos députés convoqués pour un débat à l’Assemblée nationale, consentaient pour une grande majorité d’entre eux à ouvrir une boite de pandore, en acceptant la possibilité de rogner sur le périmètre des libertés de leurs sujets.

Le 27 mai à l’Assemblée nationale, une large majorité des députés après débat, s’est effectivement prononcée favorablement à la diffusion de l’application Stop-Covid, une application de traçage des relations sociales des individus permettant de répertorier les personnes testées positives et avertir celles qui sont entrées en contact avec elles, enfreignant la loi de l’espace vital, « le Lebensraum » ou la fameuse distanciation sociale, érigée comme une nouvelle règle salutaire. Rappelons que les députés n’avaient pas été appelés au cours de cette soirée du 27 mai à se prononcer sur une loi à proprement parler, mais bien sur une déclaration du gouvernement[2].  Même si la démarche gouvernementale était en soi consultative, celle-ci révélait une bien étrange atmosphère. La tension dans l’hémicycle du Palais Bourbon, était quasi palpable. Au sein de la chambre parlementaire, nous assistions parfois à de belles joutes oratoires, notamment à cette diatribe du tribun et député Jean-Luc Mélenchon, exprimant la méfiance, fustigeant l’applicatif. D’autres députés en revanche ont approuvé l’applicatif en la louangeant, en valorisant la souveraineté numérique européenne enfin conquise, faisant toutefois oublier que GAFAM ou non, l’applicatif n’est que le premier étage d’un monde potentiellement liberticide.

L’applicatif Stop-Covid est sans doute la première ouverture d’une boite de pandore, j’espère parvenir à vous en convaincre au fil de ces lignes. 

Dans l’après-midi de ce 27 mai, je décidais grâce à la chaine de télévision parlementaire d’assister à ces débats, de prendre note de ces échanges entre parlementaires. J’étais poussé par cette curiosité malicieuse de comprendre la façon dont l’application était argumentée pour emporter le vote des députés. Certainement, vous me classerez parmi les technophobes qui de toute façon, sont acquis à défendre une position de réfutation, d’objection contre toutes les formes de recours technologique visant à superviser, tracer et mettre en quelque sorte en filature les personnes infectées. Vous m’objecterez probablement ce paradoxe de défendre la fragilité et finalement d’accepter la circulation morbide du virus.  A cela je répondrais ceci, en reprenant approximativement la parole du philosophe André Comte-Sponville[3] cité par le député Jean-Luc Mélenchon « vaut mieux-t-il mourir en pays libre ou rester vivant dans un pays totalitaire qui m’aurait ôté, aliéné ma part d’humanité ? ».

Je notais ainsi parmi les députés prenant la parole pour partager la position de leur groupe parlementaire, des attitudes à nouveau circonspectes et pleines de pertinence indiquant cette dimension de cache-misère qui entoure l’applicatif, son inefficacité potentielle, un recours à un traçage qui en réalité s’avérera inopérant. En effet une grande majorité de la population n’adhérera sans doute pas à ce type de dispositif ou bien n’ont pas la possibilité de télécharger l’applicatif à partir d’un mobile dont ils ne sont pas équipés. Parmi cette population non-détenteurs de mobiles : les personnes potentiellement concernées par des cas d’infection liés au virus, figurent comme celles qui sont manifestement les plus âgées. Pour un nombre significatif de ces personnes selon une étude publiée par le Credoc, elles ne sont pas équipées de smartphone[1], en conséquence non concernée par l’applicatif.


[1] Source Etude Crédoc : Le taux d’équipement en téléphone mobile est corrélé principalement à l’âge quasiment tous les 18-39 ans possèdent un téléphone mobile (98%), et cette proportion décroit très fortement chez les 70 ans et plus (71%).

Toujours à l’écoute de ce débat vif et tendu, je souriais en entendant ces députés vantant l’applicatif. Parmi eux, des députés qui se prêtent à rêver l’humanisme du XXIe siècle. Ce rêve de nouvel humanisme, omet nonobstant que toute nouvelle solution technologique peut conduire subrepticement à des souhaits de totalisation pour maitriser la létalité d’un phénomène, quitte demain à priver le citoyen de sa liberté, en conséquence une partie de son humanisme[5] comme de son humanité. C’est en ce sens que j’appréciais la colère de Jean-Luc Mélenchon qui évoquait l’intrusion et l’indiscrétion d’une solution technologique de traçage qui l’aurait surpris d’embrasser une femme croisée sur son chemin.

Ainsi les outils numériques cachent des usages sûrement totalitaires même s’il faut en convenir que tous ces outils ne sont pas en soi mauvais, mais peuvent aussi s’avérer efficaces pour améliorer des chaines de solidarité. Mais croire qu’un applicatif suffit pour tirer l’humanité d’un péril n’est en réalité qu’une forme de dissimulation d’une tout autre réalité qui voile « l’étrange tyrannie » qui se dessine ingénieusement au sein même de notre société. Car gageons ceci, l’applicatif Stop-Covid sera sans efficacité, mais il s’intègre malgré tout, comme un cheval de Troie, nous faisant entrer dans une forme subtile d’habituation à ces technologies de plus en présentes. Des technologies qui tracent, mais ne trackent pas encore, qui se veulent consentantes, mais non rendues obligatoires pour tous.  Nous assistons cependant à une forme de développement des bras et de déploiement tentaculaire de la pieuvre numérique, qui s’installe dans le quotidien de nos usages, de nos vécus. Lorsque le ministre Olivier Veran martèle à l’Assemblée nationale qu’« Il nous faut contrôler par tous les moyens les résurgences de l’épidémie par une identification des personnes contaminées », indiquant que « L’épidémie n’est pas terminée »,  ajoutant que « le numérique peut nous aider encore davantage ». Le ministre de la Santé nous confesse ainsi sa confiance dans ce nouvel allié virtuel à des fins de déjouer la diffusion de la pandémie. Ce ministre croit-il cependant et sérieusement aux nouvelles vertus de cette technologie pour déjouer les plans de la Reine Corona. Le gouvernement semble pourtant mettre son espoir dans ce moyen de remonter finalement le chainage de la pandémie tout en nous rassurant, répétant inlassablement qu’il n’y a ni tracking, ni géolocalisation. Oui, mais tout cela, tous ces discours autour de ces applicatifs révèlent une forme d’expertise quasi totalitaire pour installer au sein de notre monde « l’étrange tyrannie ». Imagine-t-on ainsi le téléchargement de l’applicatif en milieu rural comme ce fut évoqué lors des débats à l’Assemblée nationale et des conséquences induites de cette application qui serait alors susceptible de concourir à la stigmatisation des personnes atteintes par l’infection liée au Covid. Assurément l’applicatif est voué à un quasi-échec. Cette consultation organisée par le gouvernement simultanément auprès des deux chambres, l’Assemblée nationale et le sénat ; est l’annonce d’un coup d’épée dans l’eau. L’application « Stop-Covid », est en effet pareille à l’épée, une forme de prétendue arme intelligente qui symbolise la toute-puissance de l’état régalien, sa force, pour combattre notre ennemi. Mais nous parions que cet applicatif sera comme un coup d’épée dans l’eau qui ne détruira pas la chaine de contamination et s’avérera comme déjà écrit plus haut, un cache misère de l’impuissance jacobine à combattre le fléau envoyé par le messager de la Reine Corona. 

Pour le député Charles de Courson, avec cet applicatif, « nous sommes face à un véritable pacte faustien ». Nous sommes sur le point de consentir et d’accepter d’être tracés pour échapper à la mort afin de vaquer à une vie quasi artificielle, embrigadés, une vie quasi régulée, orientée au gré de nos déplacements, de nos occupations.  

Sommes-nous cependant prêts à nous abandonner entre les mains d’une tyrannie douce pour notre seule sécurité sanitaire ou confort existentiel, « Sommes prêts à vouloir plus d’État protecteur et moins finalement de responsabilité individuelle ? [6]», sommes-nous prêts à renoncer à une partie de ces libertés cardinales au profit d’un traçage de nos déplacements ? L’étrange tyrannie s’installe, nous serions tentés d’évoquer l’émergence d’une tyrannie moderne fondée sur un triptyque : la science, la technologie, l’idéologie. Le philosophe de l’histoire Jacob Burckhardt, avait eu cette formule qui m’interpelle « Vivant au milieu des poètes ou des savants, le tyran se sent sur un terrain nouveau, il est presque en possession d’une nouvelle légitimité ». Le président Emmanuel Macron n’est pas à mes yeux un nouveau tyran, mais confier le destin politique de la France entre les mains de la seule science et de la technologie avec cette foi dans la dimension idéologique du progrès pourrait manifestement le conduire à cette tyrannie qu’il ne désirait pas en début de son mandat. Cependant jamais depuis une décennie, nous n’avons autant assisté subrepticement à une entame sérieuse de la liberté d’exprimer une opinion même si celle-ci est entachée d’erreur. Mais qui peut prétendre détenir le ministère de la vérité ? Le ministère de la vérité, ce fameux ministère de la propagande dans le roman 1984 de George Orwell. Mais à force d’interdire, d’encadrer la parole et de la soumettre à la seule autorité des experts, nous sommes en passe d’accepter la tyrannie de l’expertise technique, administrative et scientifique. La crise sanitaire sans oublier la crise sociale ou climatique nous contraignent aujourd’hui à accepter comme une nécessité, cette perversion de la vie sociale liée à l’émergence d’un haut conseil scientifique instrumentalisé. Le haut conseil qui dit ce qui est vrai et ce qu’il ne l’est pas. La science ne devrait pas accepter d’être l’instrument du pouvoir, elle devrait exprimer un droit de réserve, elle devrait être consulté, tout en restant d’une extrême humilité en promouvant autant que possible « le je ne sais pas ».

Revenons à l’applicatif du fameux Stop-Covid et nul besoin d’être prophète pour indiquer que cela ne fonctionnera pas. Cependant face à une deuxième vague pandémique qui n’est pas à ce jour exclue, il n’est pas inenvisageable de rechercher des moyens coercitifs d’imposer à la population non seulement un nouveau confinement qui s’imposera par la peur[7], mais éventuellement d’imposer à la population de se faire vacciner si un nouveau vaccin était identifié. Navré cher lecteur de vous faire sursauter, mais si vous connaissez la fenêtre d’Overton[8], une forme de parabole qui désigne toutes les idées inacceptables au départ et qui finirent par gagner l’opinion au point de devenir populaires, passant ainsi de l’impensable au radical.  Le pacte faustien évoqué par le député de la Marne Charles de Courson, c’est finalement, consentir à être privé de sa liberté, consentir l’inacceptable, l’impensable, le radical, du fait d’une menace qui pèse et met en joue la survie même de l’espèce humaine. La tyrannie moderne ne s’embarrassera pas de faire appel à la science, la technique et l’idéologie pour imposer son étrange absolutisme, une vision plus coercitive pour imposer à l’humanité la solution technologique qui pourrait non plus tracer les populations, mais bien de les tracker, de les géolocaliser et de les soumettre à son pouvoir pour imposer de nouveaux codes sociaux, empêchant via le « solutionnisme technologique [9]» sans doute l’effondrement de son système économique et sanitaire. La technologie toute puissance, la gestion des algorithmes, les avancées dans les domaines du tatouage quantique autorisent à ce jour des possibilités de contrôle des populations qui seraient éventuellement protégées par le vaccin et celles qui n’accepteraient pas la vaccination.  Ces moyens coercitifs existent et ils seront appliqués sans peine, ne l’avons-nous pas expérimenté au cours de ces derniers mois avec l’obligation de montrer patte blanche, d’indiquer l’origine de son domicile avec présence d’un QR Code sur son smartphone.

L’œuvre de Evgeny Morozv chercheur et écrivain américain nous permet d’appréhender dans ces contextes avec un esprit critique, le solutionnisme technologique une autre forme idéologique du transhumanisme comme étant une parfaite impasse en regard de nos aspirations à vivre intégralement notre liberté de conscience qui est celle de consentir ou non à un mode de vie, un choix de vie. Le solutionnisme pourrait bien être embrassé aujourd’hui par cette forme de tyrannie moderne, puisque ce courant de pensée technologique se déclare capable de résoudre l’ensemble des problèmes de l’humanité : sanitaires, climatiques, terroristes et également crises sociales. Le développement ainsi de l’intelligence artificielle, des nouveaux modèles statistiques, des nouveaux applicatifs quantiques seraient en mesure à elle seule, d’apporter des réponses efficientes aux défis suscités par les crises et notamment pandémiques autorisant ainsi l’avancée d’une société totalement sous contrôle, surveillée. Cette société convertie au solutionnisme technologique existe bel et bien. L’archétype, l’étalon le représentant du solutionnisme technologique est l’état chinois.  La chine tyrannique soumet ainsi son peuple à ces trois lois autocratiques : la science, la technique et l’idéologie. Ainsi le climat sanitaire particulièrement mortifère pourrait conduire l’Europe via le modèle chinois à infantiliser la population, ce qui pourrait inévitablement nous conduire à des lois liberticides imposant peut-être à celles et ceux qui ne les auraient pas acceptés, de ni vendre, ni d’acheter. Le solutionnisme technologique rend possible par tout moyen biométrique d’identifier ceux qui se sont conformés ou non aux mesures déclinées par cette nouvelle de tyrannie qui appréhendant ou redoutant les effets de cette contagion serait dès lors contrainte d’aller vers des dispositifs extrêmes.

Je conclus donc cette chronique avec la pensée de Jacques ELLUL[10] immense auteur : 


« … chaque progrès technique est destiné à résoudre un certain nombre de problèmes. Ou, plus exactement : en face d’un danger, d’une difficulté précise, limités, on trouve forcément la réponse technique adéquate. Ceci provient de ce que c’est le mouvement même de la technique, mais répond aussi à notre conviction profonde, générale dans les pays développés, que tout peut être ramené à des problèmes techniques. Le mouvement est alors le suivant : en présence d’un problème social, politique, humain, économique, il faut l’analyser de telle façon qu’il devienne un problème technique (ou un ensemble de problèmes techniques) et à partir de ce moment-là, la technique est l’instrument adéquat pour trouver la solution. »

[1] Lebensraum : L’autre nom donné à l’espace vital, un concept géopolitique inventé par des géographes allemands au XIXe siècle, puis adopté par le régime Nazi.

[2] Déclaration du gouvernement : « relative aux innovations numériques dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19 », conformément à l’article 50-1 de la Constitution

[3] André Comte-Sponville: « J’aime mieux attraper le Covid-19 dans un pays libre qu’y échapper dans un État totalitaire »

[4] Source Etude Crédoc : Le taux d’équipement en téléphone mobile est corrélé principalement à l’âge quasiment tous les 18-39 ans possèdent un téléphone mobile (98%), et cette proportion décroit très fortement chez les 70 ans et plus (71%).

[5] Au sens de civilisation, ce qui fait en partie la civilisation, c’est notre capacité à rejoindre l’autre, faisant société avec lui.

[6] Citation reprise lors de l’intervention du député Charles de Courson le 27 mai 2020 lors de son intervention à l’assemblée nationale au moment de la présentation par le gouvernement de l’application Stop-Covid.

[7] Le gouvernement le décrétera sans problèmes si cette deuxième vague venait à saturer les services médicaux.

[8] Lire le livre la déconstruction de l’homme parue aux éditions Lumière en 2018 où le principe touchant à la fenêtre d’Overton est très largement décrit.

[9] Référence à : L’aberration du solutionnisme technologique de Evgeny Morozo

[10] Jacques Ellul, Le Bluff Technologique page 112 aux Éditions Pluriel publié en 2012.

Le Messager

Nous sommes le 25 mai 2020 et ce texte que je produis, écrit comme une rétrospective, introduira un ensemble de chroniques qui ont jalonné cette période de confinement et de déconfinement depuis la présence de la pandémie dans ce doux pays comme le chantait naguère Charles Trenet, le « Pays de mon enfance ». Pour beaucoup d’entre nous en basculant dans l’année 2020, première année d’une nouvelle décennie, nous étions à deux mille lieux d’imaginer dans quel monde nous entrions, le séisme civilisationnel que nous allions vivre. Ce qui était arrivé fut soudain, brutal. L’événement inattendu ne fut pas le déclenchement d’une guerre ou d’un tremblement de terre d’une vaste amplitude planétaire, mais sans doute les deux à la fois, un séisme au sens social et un bouleversement à l’échelle planétaire qui allait fracturer le monde, le mettre littéralement en pièces. Les structures sociales ont connu là un véritable choc planétaire, puisque quasiment à l’échelle mondiale, c’est l’ensemble du globe qui entra en confinement, un mot nouveau que je n’avais probablement jamais prononcé de ma vie. Dès le mois de décembre 2019, les autorités sanitaires sont informées et mettent sous surveillance une redoutable infection pulmonaire, dont la cause est un virus à couronne, le coronavirus. Ce virus, je l’ai nommé « la Reine Corona », cette reine sera l’une des trames de ce nouvel essai, comme un recueil de pensées, un journal de bord, une veille sur le déroulement d’une pandémie et ses implications sociales

Auteur

Eric LEMAITRE

Nous sommes le 25 mai 2020 et ce texte que je produis, écrit comme une rétrospective, introduira un ensemble de chroniques qui ont jalonné cette période de confinement et de déconfinement depuis la présence de la pandémie dans ce doux pays comme le chantait naguère Charles Trenet, le « Pays de mon enfance ». Pour beaucoup d’entre nous en basculant dans l’année 2020, première année d’une nouvelle décennie, nous étions à deux mille lieux d’imaginer dans quel monde nous entrions, le séisme civilisationnel que nous allions vivre. Ce qui était arrivé fut soudain, brutal. L’événement inattendu ne fut pas le déclenchement d’une guerre ou d’un tremblement de terre d’une vaste amplitude planétaire, mais sans doute les deux à la fois, un séisme au sens social et un bouleversement à l’échelle planétaire qui allait fracturer le monde, le mettre littéralement en pièces. Les structures sociales ont connu là un véritable choc planétaire, puisque quasiment à l’échelle mondiale, c’est l’ensemble du globe qui entra en confinement, un mot nouveau que je n’avais probablement jamais prononcé de ma vie. Dès le mois de décembre 2019, les autorités sanitaires sont informées et mettent sous surveillance une redoutable infection pulmonaire, dont la cause est un virus à couronne, le coronavirus. Ce virus, je l’ai nommé « la Reine Corona », cette reine sera l’une des trames de ce nouvel essai, comme un recueil de pensées, un journal de bord, une veille sur le déroulement d’une pandémie et ses implications sociales. Nous savons depuis ce mois de Mars 2020, que les effets de la pandémie seront redoutables, les conséquences dépasseront les seules étendues sanitaires. Les prolongements de la crise sanitaire embrasseront sans aucun doute la dimension interpersonnelle et tout ce qui touche aux interactions quotidiennes et dans toutes les sphères de la vie et ce qu’elle peut embrasser. Cette nouvelle dimension sociale issue de la crise sanitaire nous affectera pour longtemps et annonce pour chacun d’entre nous, un changement de paradigme, impactant l’ordonnancement civilisationnel.

Le coronavirus semble avoir émergé à Wuhan en Chine en 2019, son origine est un mystère entouré d’une chape de plomb : origine naturelle par transmission animale ou résultat d’un accident suite à une malencontreuse manipulation ? Nous ne le serons sans doute jamais, dans un pays où la liberté d’enquêter ne sera jamais autorisée. En janvier, je n’ai plus l’exact souvenir de la date, mais il m’a semblé avoir entendu parler vaguement d’un coronavirus qui sévissait dans la ville de Wuhan. Un virus qui semblait alerter les premiers lanceurs d’alerte chinois, mais n’inquiétait pas semble-t-il les autorités sanitaires européennes, la chine c’est si loin de nous, le nuage viral n’allait sans doute pas franchir nos frontières tel un certain nuage nucléaire. Mais le postillon viral lui se fiche pas mal de la géographie et de nos prétendus barbelés sanitaires malgré la ferme assurance de l’autorité mondiale de la santé qui affirmait en janvier qu’ « il n’y avait pas d’urgence de santé publique de portée internationale[1] ». Alors moi le lambda, l’inculte en matière de santé publique, je regardais ça de bien loin et cette affaire de postillon létal était comme une lettre non affranchie sans destinataire. Et donc cette lettre-là resterait à Wuhan, pourquoi s’en inquiéter quand bien même cette lettre, eût-elle été recommandée, cette lettre virale ne nous était pas destinée après tout. Mais les jours s’égrenaient avec des nouvelles plus inquiétantes. La portée létale de ce virus pathogène était bientôt tapie à toutes les portes des nations, mais pour être très honnête, ce fut le 16 mars 2020 et lors de l’allocution du président de la République que je prenais franchement conscience de l’ampleur mondiale de l’épidémie. Le verbatim anxiogène du président et le discours de nous enjoindre à nous claquemurer, me fit alors comprendre, qu’un événement sans pareil était en train de se dessiner. Pourtant le 16 mars 2020, à 13 h, peu avant le discours attendu du président Emmanuel Macron, je publiais une première chronique suivie plus tard[2] par d’autres textes, leurs compilations allaient donner ce nouveau livre, fruit d’une longue méditation autour d’un événement qui n’a pas eu d’équivalent dans l’histoire du monde au moins sur un seul aspect, son impact social. Car l’impact social a été certainement plus redoutable que l’impact sanitaire et les conséquences économiques augurent des lendemains d’une extrême gravité. L’histoire de l’humanité a connu des épisodes de contagions depuis les récits de l’Iliade en passant par les lectures des livres formant le pentateuque[3] et ce que nous rapporte l’histoire des pandémies, avec la peste noire en 1347, la grippe espagnole à partir de 1918 et d’autres pandémies plus récentes. Comme je l’écrivais dans l’une de mes chroniques, des mots soufflés par une amie, cette pandémie est un messager. Nous savons bien que notre époque est entachée de rationalité et que le mot fléau a été rarement employé, trop connoté sans doute. Pourtant que nous le voulions ou non cette nouvelle pandémie n’est pas dénuée de signes et de sens, en soi, cette pandémie porte bel et bien un message. Toute pandémie est en soi un révélateur, une image miroir de l’éco système que nous incarnons. D’ailleurs le livre du lévitique, un des livres de la Torah est étonnant à plus d’un titre puisqu’il insiste sur la dimension de l’assainissement, l’insalubrité ne faisant qu’aggraver les contaminations. En faisant systématiquement référence à un Dieu Saint, le lévitique impose aux Hébreux de se conduire avec sagesse et de s’accommoder des précautions sanitaires pour éviter toute propagation de la lèpre. Aussi cette pandémie du Coronavirus, ne nous interroge-t-elle pas sur nos rapports avec la nature, sur nos modes de consommation, sur nos choix en matière de production industrielle, sur nos conceptions concernant la vie urbaine, la mondialisation. La vitesse de propagation de la contamination virale du coronavirus, à plus d’un titre la pandémie, nous renvoie à nos modes de vie. N’y-a-t-il pas à travers le prisme de cette crise, quelque chose à assainir, à penser autrement ? N’avons-nous pas avec cette crise sanitaire, à remettre en cause notre façon de concevoir cette consommation qui est finalement responsable d’étalement urbain, de déforestation, de la dévastation écologique.  

Je fais ainsi mienne cette citation d’Aristote qui formula en ces termes une réflexion que nous pourrions bien nous approprier en ces temps d’épidémie mondiale : « C’est, en effet, l’étonnement qui poussa comme aujourd’hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. [4]» et c’est pourquoi comme Monsieur Jourdain [Sourire], je fais de la philosophie, j’emprunte les paroles du sage Aristote pour questionner à mon tour, le sens de cette épidémie, sur son message touchant aux orientations écologiques, économiques, idéologiques. Ne nous sommes-nous pas tous fourvoyés dans cette marche sans limites, engagée depuis l’aube de notre humanité, depuis que nous avons été chassés en quelque sort du jardin d’Eden, décidé d’aller aux confins de l’univers pour aller à la quête d’un salut sans Dieu, jusqu’à tendre vers notre propre auto-divinisation. Citant toujours Aristote « apercevoir une difficulté et s’étonner, c’est reconnaître sa propre ignorance », la quête du philosophe n’est-elle pas en effet la quête de la sagesse. Une quête qui est celle « d’abord d’apercevoir une difficulté [puis] de s’étonner », qui se traduit également par cette capacité de discerner les temps, de lire les signes qui nous tétanisent.  Ces signes qui font irruption et viennent perturber le cours d’une vie, nous interrogent.  Quels sont les motifs de cette irruption de la Reine Corona, les causes explicites comme celles qu’il nous appartiendra de fouiller encore ?

Je lisais récemment l’Iliade, cette lecture de l’épopée légendaire liée à la civilisation grecque. Le premier chapitre [chant1] a une certaine résonance avec cette quête qui est de comprendre ce qui nous arrive. Nous apprenons toujours des mythes qui ont jalonné l’histoire de l’humanité, qui constituent en quelque sorte cette mémoire enfouie. Cette mémoire enterrée, renferme un trésor de sagesse et d’infinie intelligence, cette mémoire doit nous nous permettre tel un Graal arthurien, de saisir le message, de posséder en fin de compte une lecture qui nous fera avancer dans une période de questionnements. Dans le l’Iliade : épopée de la Grèce antique attribuée à Homère, « le dieu Apollon » envoie une peste meurtrière sur toute l’armée achéenne. L’un des personnages de Homère « Atréide », dans la première partie du récit, s’en inquiète, s’interroge et se questionne sur le sens de cette contagion qu’il interprète comme l’expression d’une irritation, celle du Dieu Apollon : « nous reproche-t-il des vœux négligés ? [5]». Dans une époque de désacralisation, toute référence et évocation spirituelle, suscite agacements, colère, et irritation.  Mais reprendre cette citation du poète, personnage conceptuel ou réel, est en soi intéressant, car le but ici est bel et bien de nous emmener au-delà de la légende, à nous requestionner sur le sens même de l’existence, le sens même des malheurs que nous traversons « nous reproche-t-il des vœux négligés ? ». Avec l’avènement du Coronavirus, nous vivons beaucoup plus qu’une mutation dans laquelle le monde d’autrefois se modifie, nous vivons surtout comme une remise en cause de nos négligences passées. Accepterons-nous alors de prendre en compte cette dimension de négligences, d’insouciances et d’irresponsabilités qui ont jalonné l’homme technicien, l’homme prométhéen tout au long de son histoire. Et si nous regardions de près la déclinaison des messages adressés par la Reine Corona :

Son premier message ne serait-il pas d’ordre anthropologique, celui qui s’inscrit dans la dimension relationnelle. Ne venons-nous pas en effet de vivre, et ce à l’échelle mondiale, un événement qualifié de « rupture anthropologique majeure » ? Cette rupture qui remet en cause l’instinct relationnel et grégaire, tout un pan de notre vie sociale. Ne vivons-nous pas également un défi certes pluriel : écologique, économique, mais surtout de dimension sociale. Cette dimension qui forme l’empreinte de la civilisation, c’est dire vivre ensemble, nouer des rapports aux autres ? Nous venons en effet de vivre au cours de cette crise sanitaire, une remise en question des interactions interpersonnelles, des libertés les plus fondamentales, via des mesures liberticides dont il a fallu s’accommoder et nous accommoder dans ce temps de déconfinement. La logorrhée guerrière employée par le président de la République a amplifié l’acceptation de ces mesures nous privant de rencontres collectives, d’échanges et de vies communautaires. Nous avons ainsi été gouvernés par la peur. En inquiétant ces populations au travers d’un verbatim intentionnellement comminatoire, les autorités du monde démocratique ont laissé finalement des traces psychologiques dans les mentalités, des traces délétères dans l’esprit de leurs citoyens. Le confinement a ainsi exacerbé l’envie de ne pas rompre les liens et nous a poussés à l’usage des applicatifs de vie sociale, comme ces plateformes de messageries, de vidéo conférence. Nous avons alors utilisé ces mondes d’écrans, d’empilements d’images « visages » comme les morceaux d’un puzzle mis côte à côte, simulant une vie sociale, mais une vie qui reste virtuelle. Nous nous sommes vite lassés de ces usages, en tout cas, pour ma part j’en suis fatigué. Ne faudrait-il pas ainsi entendre que la dimension relationnelle est le bien le plus précieux bien plus que la consommation du monde googlelisé ou de toutes ces plateformes virtuelles. 

Le deuxième message, corolaire du premier est celui qui touche à notre organisation sociale. La vie sociale est régentée bien souvent par le haut, omettant une gestion de dimension locale. Jamais dans l’histoire du monde, une telle pandémie n’a autant mobilisé les pouvoirs étatiques qui ont agi comme les protecteurs de leurs habitants. En regard d’épidémies passées, ce qui a été sans commune mesure, c’est bien en France, l’échelle de la décision qui est l’exact miroir d’un état jacobin qui ne fait aucune différence entre les territoires. La lecture du château[6] n’a pas ainsi mobilisé les lectures subsidiaires, plus proches des réalités locales. Les mesures administratives n’ont été ni étagées, ni proportionnées, ni adaptées aux réalités locales. Cette approche de la crise sanitaire et de sa gestion bureaucratique notamment celles concernant nos libertés est sans commune mesure avec les pandémies du passé. De la sorte que la grippe espagnole qui pourtant a fait cinquante millions de morts, n’a pas entrainée de mesures identiques à l’échelle de tous les territoires. Le confinement ; les mises en quarantaine n’avaient concerné que quelques régions.   

Le troisième message est celui de nos déplacements qui interagissent avec le climat, la pollution : Les modes de déplacements ont considérablement évolué, les mesures prises se calent finalement à l’ère d’une époque infiniment plus mobile et citadine qu’elle ne l’avait été hier. Aussi la propagation du Coronavirus vient en quelque sorte questionner ce monde de déplacements : mondialisés, ouverts, sans frontières, avec des impacts climatiques et un étalement considérable de sols minéralisés. Le coronavirus par ses effets, vient requestionner cette technologie des biens toujours augmentés, ces biens qui prétendent de permettre à l’homme de s’affranchir des distances. Mais l’obstination de l’homme consiste à enjamber justement ces distances. La crise a vu l’accélération du modèle numérique, les processus de digitalisation, de télétravail, de communications virtuelles, de services à la carte rendus par les applicatifs de la future smart city ne se sont jamais autant développés. Le coronavirus en nous reléguant au fond de nos quatre murs, nous a littéralement jeté dans les bras de nos artefacts, en nous plongeant dans le monde digital, nous obligeant, nous contraignant paradoxalement à davantage de distance sociale.

Le quatrième message nous montre le défaut patent d’une économie qui n’est plus fondée sur la proximité. Au fil de son histoire, l’humanité a bâti des empires, mais peu d’empires ont résisté, les empires d’hier sont relayés aujourd’hui par les empires mercantiles et cupides des multinationales, qui se sont octroyées le droit d’imposer les lois de leurs marchés. La crise économique sous-jacente se promet d’être effrayante pour toutes ces entreprises emblèmes et figures d’un monde ouvert et sans limites aucunes. Les multinationales se moquent parfois de l’éthique et préfèrent l’exploitation sans vergogne des états nations les plus pauvres, exploitant leurs ressources humaines, les richesses de leurs sols. Les multinationales comme les états les plus riches de la planète se croyaient à l’abri, mais très vite les milieux de l’automobile, de l’informatique, des politiques sanitaires […] découvrent la fragilité des interdépendances mondiales, un accroc dans une usine chinoise confinée induit nécessairement des perturbations en chaîne pour une myriade d’entreprises dans le monde pour l’acheminement de médicaments, de protections médicales. Les frontières fermées dans tel pays impacté par le covid19 conduit également à des pertes d’emplois dans telle autre nation. Nous sommes face à des jeux de dominos, et des fragilisations en cascade.  La crise pandémique obligeant l’arrêt des productions mondiales, faute de consommateurs, et l’on prétend pourtant que les entreprises qui sauront résister à cette pandémie mondiale, ce krach test, sont celles qui ont été les mieux préparées aux mutations digitales de notre époque. Celles-là dit-on, ont pu poursuivre le déploiement de leurs activités et les pérenniseront. Sauf que cette résistance est artificielle et masque une autre réalité, celle d’états en quasi-faillite, confrontés à un endettement écrasant, et dont la seule alternative sera d’articuler leurs survies avec une remise à flot qui passera par l’impôt, l’impôt que pourrait bien ne pas supporter les populations. Or le Covid19 agit comme un messager mettant en évidence qu’une seconde vague aurait alors des effets terribles sur le plan social.  Les lendemains d’une seconde vague annonceraient un climat qui pourrait conduire à une crise définitive de civilisation.  

Alors ce covid19 « nous reprocherait-il alors des vœux négligés ? ».  Les chroniques de ce livre pointent ces négligences, les détaillent, décrivent les travers de nos sociétés, anticipent même le monde dystopique qui s’organise sous nos yeux, si nous acceptions finalement la mécanisation de nos consciences et l’ultra sécurité sanitaire pour vivre à toutes fins le monde augmenté promis, la vie artificielle et « siliconée ». Le pire pourrait atteindre à nouveau l’âme humaine, si nous ne changions pas de voie, si obstinément nous décidions de poursuivre un monde sans écologie humaine, sans la proximité, sans la dimension relationnelle. Pour rebâtir un monde en pièces, c’est possible, mais il faut définitivement accepter de vivre davantage en proximité et mettre l’amour du prochain au cœur de la vie sociale, et en rétablissant notre relation avec celui qui est le créateur des cieux et de la terre.


[1] Extrait de la déclaration de l’OMS : https://www.la-croix.com/Monde/Asie-et-Oceanie/Coronavirus-lepidemie-10-dates-cles-2020-02-07-1201077010

[2] Le titre de cette chronique, la deuxième de l’ouvrage est l’ennemi, première chronique écrite le 16 mars 2016 à 13 h.

[3] Les cinq livres qui constituent la Torah. La tradition en attribue la paternité à Moïse

[4] Extrait de la citation : https://bjpphilo.wordpress.com/2016/09/03/aristote-origine-et-fin-de-la-philosophie-2/

[5] Œuvre de l’Iliade du domaine Public : Citation extraite du texte de l’Iliade Chant 1 https://www.atramenta.net/lire/oeuvre1507-chapitre-1.html

[6] Le château en référence à Kafka : Le Château aborde l’aliénation de l’individu face à une pesante bureaucratie qui n’entretient pas de relations avec la population

la marque ou le tatouage quantique

Notre site ne s’intéresse aux faits, rien qu’aux faits, ni aux rumeurs, ni à de prétendus complots… Nonobstant en pleine pandémie du coronavirus, nous sommes frappés par l’émergence et l’accélération de moyens techniques, d’applicatifs de supervision et de contrôle. C’est ce point là et seulement ce point là qui ne concerne que la seule dimension du contrôle, que nous souhaitions mettre en avant. A partir des seuls éléments factuels, chacun devra réfléchir aux conséquences induites par de tels progrès et ce que ces progrès signifient … Émettons ainsi l’hypothèse non farfelue que la pandémie devait se prolonger puis la découverte à moyen terme d’un vaccin enfin obtenue, vaccin qui serait rendu finalement obligatoire pour mettre fin à une contagion létale. Il est tout à fait concevable alors d’imaginer des moyens coercitifs pour inciter et conduire les populations à accepter leur mise en conformité avec cette solution de tatouage … Une telle réflexion est loin d’être saugrenue, c’est une pure hypothèse dystopique mais non émanant d’un cerveau dérangé.

Notre site ne s’intéresse aux faits, rien qu’aux faits, ni aux rumeurs, ni à de prétendus complots… Nonobstant en pleine pandémie du coronavirus, nous sommes frappés par l’émergence et l’accélération de moyens techniques, d’applicatifs de supervision et de contrôle. C’est ce point là et seulement ce point là qui ne concerne que la seule dimension du contrôle, que nous souhaitions mettre en avant. A partir des seuls éléments factuels, chacun devra réfléchir aux conséquences induites par de tels progrès et ce que ces progrès signifient … Émettons ainsi l’hypothèse non farfelue que la pandémie devait se prolonger puis la découverte à moyen terme d’un vaccin enfin obtenue, vaccin qui serait rendu finalement obligatoire pour mettre fin à une contagion létale. Il est tout à fait concevable alors d’imaginer des moyens coercitifs pour inciter et conduire les populations à accepter leur mise en conformité avec cette solution de tatouage accompagnant le vaccin vérifiant ainsi qu’aucun ne fasse courir de danger à autrui … Une telle réflexion est loin d’être saugrenue, c’est une pure hypothèse dystopique mais non émanant d’un cerveau dérangé.

Le premier document émane du site d’une chaîne française : LCI : https://www.lci.fr/sciences/il-devient-fluorescent-lorsqu-on-pointe-un-smartphone-demain-un-carnet-de-vaccination-sous-la-peau-2140786.html

Le document

Des chercheurs ont développé une technologie qui permet, grâce à un tatouage invisible incrusté sous la peau, de faire apparaître le carnet de santé d’une personne via la caméra d’un smartphone. De quoi fournir aux médecins, notamment dans les pays en voie de développement, la preuve que la personne a été vaccinée.

19 déc. 2019 14:05 – La rédaction de LCI

Les implants technologiques sous-cutanés, utilisés dans le monde entier pour le bétail et les animaux domestiques, commencent à se répandre chez l’homme, comme en Suède où plusieurs milliers de personnes les utilisent déjà comme clé, ticket de train ou carte bancaire. Dans le domaine de la santé, cette fois, une équipe de scientifiques du Massachusetts Institute of Technology (MIT) a annoncé avoir mis au point un procédé révolutionnaire : au lieu d’implanter une puce électronique entre l’index et le pouce, des nanoparticules sont injectées sous la peau via une seringue spéciale.

Ces nanoparticules ont la particularité d’émettre une lumière fluorescente imperceptible à l’œil nu, mais visible depuis l’écran d’un smartphone. Concrètement, l’idée est d’établir sur le corps lui-même la preuve du vaccin, notamment dans les pays en voie de développement où les cartes de vaccination en papier sont souvent erronées ou incomplètes et où les dossiers médicaux électroniques inexistants. Pour l’instant, la technologie a été testée uniquement sur des rats, mais les chercheurs espèrent les tester sur des humains en Afrique dans les deux prochaines années.

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Des nanocristaux à base de cuivre

Les scientifiques ont passé beaucoup de temps à trouver des composants à la fois sûrs pour l’organisme, stables et capables de durer plusieurs années. La recette finale est composée de nanocristaux à base de cuivre, appelées « boîtes quantiques » (en anglais, « quantum dots »), mesurant 3,7 nanomètres de diamètre. Ces nanocristaux sont ensuite encapsulés dans des microparticules de 16 micromètres (1 micromètre égale un millionième de mètre, ndlr), détaillent les chercheurs dans un article paru mercredi 18 décembre dans la revue Science Translational Medicine.

L’implantation, qui se fait grâce à une seringue spéciale dotée d’un patch de microaiguilles de 1,5 millimètre de longueur, est presque indolore. Une fois appliquées sur la peau pendant deux minutes, les microaiguilles se dissolvent et laissent sous la peau les petits points, répartis par exemple en forme de cercle ou bien d’une croix. Ils apparaissent sous l’effet d’une partie du spectre lumineux invisible pour nous, proche de l’infrarouge. Par le biais de la caméra d’un smartphone modifié, pointé sur la peau, apparaissent, fluorescent sur l’écran, le cercle ou la croix. 

Les chercheurs voudraient que l’on puisse injecter le vaccin contre la rougeole en même temps que ces petits points. De ce fait, un médecin pourrait des années plus tard vérifier si la personne a été vaccinée. La technique est censée être plus durable que le marquage par feutre indélébile. Dans le compte-rendu de leurs travaux, les scientifiques indiquent qu’ils ont simulé cinq années d’exposition au Soleil au cours de tests en laboratoire. Autre avantage de ce dispositif, il requiert moins de technologie qu’un scan de l’iris ou que la maintenance de bases de données médicales.

ARCHIVES – Des diagnostics médicaux bientôt réalisés à l’aide d’une simple puce sous la peau ?

L’obstacle de l’adoption par la population

TOUTE L’INFO SURQUEL FUTUR POUR DEMAIN ?

La limite du concept est que la technique ne sera utile pour identifier les enfants non-vaccinés que si elle devient l’outil exclusif. En outre, les gens accepteront-ils de multiples marquages sous la peau, pour chaque vaccin ? Et qu’adviendra-t-il des points quand le corps des enfants grandira ? 

La Fondation Bill et Melinda Gates, qui finance ce projet, mène actuellement des enquêtes d’opinion au Kenya, au Malawi et au Bangladesh pour déterminer si les populations seront prêtes à adopter ces microscopiques boîtes quantiques ou préféreront en rester aux vieilles cartes de vaccination.

Le second document émane d’un article de recherche scientifique https://stm.sciencemag.org/content/11/523/eaay7162

La tenue de dossiers médicaux précis est un défi majeur dans de nombreux milieux à faibles ressources où il n’existe pas de bases de données centralisées bien entretenues, contribuant à 1,5 million de décès évitables par la vaccination chaque année. Ici, nous présentons une approche pour coder les antécédents médicaux sur un patient en utilisant la distribution spatiale des points quantiques biocompatibles dans le proche infrarouge (NIR QD) dans le derme. Les QD sont invisibles à l’œil nu mais détectables lorsqu’ils sont exposés à la lumière NIR. Les QD avec un noyau en séléniure de cuivre et d’indium et une coque en sulfure de zinc dopé à l’aluminium ont été réglés pour émettre dans le spectre NIR en contrôlant la stœchiométrie et le temps de décorticage. La formulation présentant la plus grande résistance au photoblanchiment après exposition au soleil simulée (équivalence sur 5 ans) à travers la peau humaine pigmentée a été encapsulée dans des microparticules pour une utilisation in vivo. En parallèle, la géométrie des microaiguilles a été optimisée in silico et validée ex vivo à l’aide de peau humaine porcine et synthétique. Des microparticules contenant de la QD ont ensuite été incorporées dans des microaiguilles solubles et administrées à des rats avec ou sans vaccin. L’imagerie longitudinale in vivo à l’aide d’un smartphone adapté pour détecter la lumière NIR a démontré que les motifs QD délivrés par microaiguille restaient brillants et pouvaient être identifiés avec précision à l’aide d’un algorithme d’apprentissage automatique 9 mois après l’application. En outre, la délivrance de codes avec le vaccin antipoliomyélitique inactivé a produit des titres d’anticorps neutralisants supérieurs au seuil considéré comme protecteur. Ces résultats suggèrent que les QD intradermiques peuvent être utilisés pour coder de manière fiable les informations et peuvent être délivrés avec un vaccin,

La Résilience

J’hésitais entre deux qualifications pour décrire à la fois notre siècle et l’irruption de la Reine Corona dans notre univers humain, un monde en miettes ou un monde en pièces. J’ai choisi le monde en pièces pour illustrer ce livre que je m’apprête d’achever, qui a été écrit sous forme de chroniques. Tout au long de ces pages et au fil de ces textes, j’ai souhaité partager une vision très personnelle de cet événement brusque et brutal, à la fois, interpellant et dérangeant. L’événement comme je l’avais écrit était totalement inattendu et certains voyants ou faux prophètes, ont été comme recalés, relégués à leurs prédictions fumeuses, faisant bien de consulter à nouveau leur opticien, de changer définitivement d’orientation quant à leur vocation. L’événement lui, en tant que tel nous conduit à une sérieuse remise en question. Cette remise en cause ne concerne pas la seule conduite d’une gouvernance idéologique, mais elle apostrophe chacun d’entre nous. L’événement vient en quelque sorte contester nos propres valeurs, nos choix idéologiques, la société de consommation dans sa totalité. Sans doute vivons-nous là un premier avertissement sans frais, une admonestation sous forme d’alarme corrodante afin d’attirer notre attention. Qu’allons-nous décider de faire au lendemain de cette crise ? Reprendrons-nous le chemin des écoliers qui n’auront pas retenu la leçon donnée la veille ? Il vaut mieux certainement oublier, et pour nous, l’enseignement donné par notre instituteur l’état qui a été totalement imprévoyant dans sa capacité à anticiper ; alors que les voyants des pays frontaliers comme l’Italie, indiquaient le péril que faisait courir « l’équipée sauvage[1] » de la reine Corona

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Auteur : Eric LEMAITRE 

J’hésitais entre deux qualifications pour décrire à la fois notre siècle et l’irruption de la Reine Corona dans notre univers humain, un monde en miettes ou un monde en pièces. J’ai choisi le monde en pièces pour illustrer ce livre que je m’apprête d’achever, qui a été écrit sous forme de chroniques. Tout au long de ces pages et au fil de ces textes, j’ai souhaité partager une vision très personnelle de cet événement brusque et brutal, à la fois, interpellant et dérangeant. L’événement comme je l’avais écrit était totalement inattendu et certains voyants ou faux prophètes, ont été comme recalés, relégués à leurs prédictions fumeuses, faisant bien de consulter à nouveau leur opticien, de changer définitivement d’orientation quant à leur vocation. L’événement lui, en tant que tel nous conduit à une sérieuse remise en question. Cette remise en cause ne concerne pas la seule conduite d’une gouvernance idéologique, mais elle apostrophe chacun d’entre nous. L’événement vient en quelque sorte contester nos propres valeurs, nos choix idéologiques, la société de consommation dans sa totalité. Sans doute vivons-nous là un premier avertissement sans frais, une admonestation sous forme d’alarme corrodante afin d’attirer notre attention. Qu’allons-nous décider de faire au lendemain de cette crise ? Reprendrons-nous le chemin des écoliers qui n’auront pas retenu la leçon donnée la veille ? Il vaut mieux certainement oublier, et pour nous, l’enseignement donné par notre instituteur l’état qui a été en partie imprévoyant dans sa capacité à anticiper ; alors que les voyants des pays frontaliers comme l’Italie, indiquaient le péril que faisait courir « l’équipée sauvage[1] » de la reine Corona.

Cette reine Corona comme ces têtes brûlées, rebelles casqués et revêtus de casques de morts est venue semer la pagaille, le désordre au sein de toutes nos cités. Ces cités qui vaquaient à leurs vies marchandes, des vies tranquilles ou placides, quand soudainement la Reine virale et sa légion sont venus « silencieusement », en semant partout la peur sans pourtant jamais pétarader. Jamais autant le son du silence n’a fait autant fureur, si bien que même les milices les plus extrêmes se sont réfugiées dans leurs quatre murs. En revanche de cette crise pandémique, il nous faudra retenir la grande leçon de l’écologie intégrale, celle qui touche à la dimension de l’habitat et de ses habitants, de l’humanité et de son environnement.  Cette crise laissera probablement des traces indélébiles et chahutera pour longtemps la vie occidentale, bousculera toutes les nations qui ont souhaité emboiter le pas d’un monde frappé par la déréliction et la désolation morale. Ce sont les repères d’un monde qui a effacé la transcendance, qui découvre toute la finitude du genre humain. La force de cette crise nous montre en définitive que la valeur humaine est la plus importante, celle notamment de la relation aux autres. Nous avons même été claquemurés militari, avec des mesures draconiennes, interdisant à ceux qui souhaitaient pratiquer leur culte de se retrouver. Au soulagement de plusieurs, le Conseil d’État, la plus haute instance administrative a retoqué ce décret liberticide qui était une atteinte aux libertés les plus fondamentales de renouer avec l’incarnation, de cette vie authentique et relationnelle entre croyants.

Alors que le monde dans sa chair a été comme fracturé, je veux garder finalement l’espoir d’une reconstruction possible tandis que l’habitat en miettes signait définitivement la fin de toute espérance. Si le monde avait été en miettes, il aurait été littéralement atomisé tandis qu’à ce jour, et avec prudence, le diagnostic serait plutôt aujourd’hui celui d’un environnement social, morcelé, disloqué, mais non en débris. Un monde fractionné, en tout cas en apparence aujourd’hui, car il nous faudra rester, circonspect. Si dans notre imprudence, nous décidions de reconstruire le monde d’avant, consumériste et mondialiste, ce monde-là, nous imposera une fois de plus les seules lois technicistes de son marché. Nous propagerions alors une nouvelle fois, une forme de déshumanisation avec ses artefacts, ses productions d’objets toujours augmentés. Ainsi nous faudra-t-il relire le passé, écouter ce « messager virus », relire attentivement les enseignements qu’en ont tirés les victimes des pandémies qui sont venues ravager le monde au commencement de notre humanité et au fil de l’histoire de nos civilisations.

La pandémie de coronavirus n’est pas un évènement viral sans précédent dans l’histoire. Depuis le commencement de l’humanité, nous avons connu des épisodes de pandémie, la lèpre qui longtemps a été une maladie infectieuse chronique a été décrite très largement dans le livre du lévitique comme je l’avais déjà rappelé dans un autre texte.  Nous ne connaissons cependant pas l’importance morbide de cette maladie infectieuse, mais en revanche la stigmatisation sociale de la lèpre a été elle brutale et fulgurante. Un autre fléau d’une autre nature, décrit dans le livre d’Exode frappa tous les premiers nés d’Égypte[1] et marqua alors toute l’Égypte au point que le pharaon se résigna enfin à libérer les esclaves hébreux. Ce fut pour l’Égypte pharaonique une leçon à apprendre, une leçon à tirer de cette épidémie[2], il fallait définitivement lâcher prise, lâcher l’emprise sur les hommes et les femmes réduits à n’être que des machines corvéables. Toute l’histoire de l’humanité semble en conséquence, avoir été traversée par de graves épidémies, peste bubonique, choléras, fièvre typhoïde, grippe espagnole et plus récemment le sida et le virus Ebola. Toutes ces épidémies peuvent nous dire quelque chose de notre société et sans doute, en sont elles-mêmes les reflets, les messagers. Toutes ces épidémies ont été dévastatrices, en créant le plus souvent des situations irréparables là où la pandémie a frappé. Les sociétés alors ont été profondément chamboulées, mais ont retenu la nécessité d’une hygiène corporelle nécessaire pour endiguer la propagation et la diffusion de la peste.  L’odeur pestilentielle, puante, cloaque conduisirent les souverains comme Philippe Auguste et Louis IX à prendre des mesures drastiques, pour transférer notamment certaines activités à la périphérie des agglomérations, et « des systèmes de curage ont été par exemple mis en place pour les rivières et les canaux »[3]. Quelles leçons, allons-nous tirer de cette pandémie pour le monde de demain à la lumière des pandémies passées ? Ne conviendra-t-il pas d’avoir une lecture plus systémique ? Ne faudra-t-il pas remettre en cause cette géographie mondialiste induisant des modes de propagation via les routes terrestres et les navigations qui s’opèrent dans le ciel ? Ne faudra-t-il pas remettre en cause les idéologies du progrès technologique et leurs effets délétères sur le plan social ? Ces technologies qui nous ont fait rêver et permis les apéros virtuels, mais freinent les véritables socialités.

À ce jour, le nombre de victimes de covid19 ne se compare ni à la peste noire, ni même à la grippe espagnole. Il n’en demeure pas moins que les autorités sanitaires restent prudentes, demeurent sur le qui-vive redoutant les effets possibles d’une seconde vague si l’insouciance, venait à gagner certains, trop heureux de reprendre leurs habitudes sociales guidées par le seul instinct grégaire. Souvenons-nous ainsi de cette seconde vague grippale résultant de ce germe pathogène que l’on nomma la grippe espagnole vécue comme une véritable pandémie totalisant 50 millions de victimes en à peine une année. Cette grippe espagnole fut un véritable cataclysme humain s’ajoutant aux victimes d’une autre secousse planétaire résultant elle de l’effroyable guerre qui traumatisa alors toute l’Europe. Sans aucun doute qu’au cours de ce XXe siècle, l’évocation d’un cataclysme apocalyptique ne fut nullement ni exagérée, ni excessive. Cette nouvelle pandémie qui affecte notre siècle n’a cependant ni les caractéristiques ni les particularismes d’une morbidité comparable à la peste noire de 1347 ou à la grippe espagnole de 1918 ni même à d’autres épidémies plus récentes dont les ravages ont mis également en péril des millions de personnes de par le monde. Nous savons aujourd’hui que d’autres épidémies exhumées récemment par nos historiens ont été comme effacées de notre mémoire collective, comme la grippe de Hong Kong qui surgit à la fin de l’hiver en 1968. Cette grippe provoqua la mort d’un million de personnes de par le monde et avait également déclenché aux États-Unis une vague importante de décès. Les autorités sanitaires américaines avaient dénombré à l’époque près de 50 000 morts. Se souvient-on de cette grippe ? En tout cas, elle a été peu évoquée et s’intéresse-ton d’ailleurs à l’histoire, je n’ai pas vu beaucoup de philosophes interviewés, ni d’historiens, pourquoi ?

Pourtant cette pandémie du covid19 par ses effets, a quelque chose qui n’a pas de précédent dans notre histoire. Plus de la moitié de notre humanité s’est en effet retrouvée, confinée en l’espace de quelques semaines, les frontières fermées, les déplacements contrôlés, les voyageurs en provenance de pays suspectés d’être contaminés, mis en quarantaine. Au-delà de cette maladie extrêmement grave, suscitée par un germe pathogène, naturel ou manipulé accidentellement, c’est toute une dimension systémique qui a impacté la totalité du genre humain. Les conséquences culturelles, sociales, économiques, sont ou pourraient être d’une extrême gravité. Cette crise majeure a également créé de graves dommages, de véritables traumatismes psychologiques de par l’isolement des familles, la séparation des liens d’affection avec notamment les personnes les plus avancées dans l’âge. Le confinement a conduit également à une forme de désocialisation et parfois de repli sur soi, avec le stress pour plusieurs, de retrouver une vie sociale normalisée ou de penser un tant soit peu que l’avenir est seulement écrit en pointillé et sans filets.

Les pouvoirs publics, les médias ont joué un rôle déterminant dans cette crise des mentalités, en ne jouant pas sur la responsabilisation, mais sur la dimension de l’infantilisation des publics, en assénant des messages essentiellement morbides, fondés sur la dimension d’un choc émotionnel, accompagné d’une mise en garde paternaliste, une dimension insuffisamment fondée sur la responsabilisation sociale et ne préparant pas les publics à un retour progressif, se faisant pas après pas. Il est évident que les nations jusqu’à aujourd’hui n’ont pas su préparer leurs populations à l’éventualité, d’un tel choc civilisationnel. Nous avons été comme habitués aux actes de terrorisme, mais nous n’avons pas voulu prendre conscience de la possibilité d’une pandémie qui viendrait en quelque sorte fracasser la marche de notre monde.

Mais ce que Corona a brisé ce n’est pas tant la dimension économique que nous avons déjà évoquée et que nous évoquerons à nouveau, mais bien la dimension du lien, ce qui relève de nos maillages affectifs, tissés avec des parents, des amis, des membres d’une communauté, d’un territoire, d’un quartier, de nos vies au quotidien avec nos engagements auprès des autres.

Au cours d’une émission radiophonique[4], le neuropsychiatre Boris Cyrulnik qui a échappé à Bordeaux, à une rafle contre les juifs en 1944[5],  a exprimé son inquiétude, « l’inquiétude d’une exacerbation des inégalités de résistance psychologique aggravées par les inégalités sociales et culturelles ». Certains amis, et des membres de mon entourage ont ainsi partagé leurs peurs, des parents angoissés n’ont pas souhaité remettre leurs enfants à l’école. Ces proches qui n’ont pas souhaité remettre leurs enfants à l’école sont pourtant des gens infiniment éprouvés et courageux, qui ont été les victimes d’atrocités commises en Centre-Afrique, ils ont été tous traqués, pourchassés, et l’un d’entre eux, a même été mitraillé et laissé comme mort près du fleuve Bangui. Mais plus que l’épreuve de la guerre, des djihadistes qui les ont menacés physiquement, c’est le virus qui leur semble encore plus dangereux. Aussi nous pouvons parfaitement saisir leur souci de ne pas être soumis à une nouvelle épreuve, à une nouvelle souffrance. Je crois que chacun d’entre nous, nous serons conduits à manifester plus que de l’empathie, pour comprendre que ce déconfinement ne sera pas simple pour tous, quant au dehors, le coronavirus n’a pas littéralement déguerpi. A l’heure de la distanciation sociale, et lorsque nous ne sommes pas obligés d’emprunter les transports en commun, comment alors ne pas songer à ceux et celles qui seront conduits à dépasser leur espace calfeutré, et protégé pour se confronter à nouveau à autrui sans la distanciation sociale et après avoir martelé que nous sommes nous-mêmes de potentiels agents agressifs.

Le déconfinement reste selon moi une mesure qui n’a pas été suffisamment réfléchie. Une réflexion insuffisamment conduite en amont, associant étroitement le collectif des corps intermédiaires, les associations familiales, les syndicats, les communes. La prétention d’un « État instituteur de la société » est devenue cette réalité dont se sont plaints les maires des villes, les premiers échelons de la vie sociale. Cet état « instituteur » a également sacrifié en quelques décennies, d’autres piliers comme la famille, tout ce qui constitue au fond la subsidiarité d’une société. Or aujourd’hui cette religion jacobine fait face à une crise majeure au plan social, qui nécessite une refondation, une reformulation du modèle social, qui ne sera pas seulement une résilience ; mais une remise en cause d’une certaine idéologie, d’une conception métaphysique de l’homme et de la société.

Le déconfinement ne s’ordonne pas d’un coup de baguette, d’un trait de plume et en une date décrétée, il nécessitait d’être préparé, de rassurer et d’accompagner. Nous connaissons de nombreuses personnes qui ont été dévastées par l’épreuve infligée par la pandémie, des deuils qui n’ont pas été faits, des familles brisées par la mort d’un proche, l’avenir pour eux est comme inhabitable, comme impossible, car la peine à surmonter, leur fait comprendre le poids immense de leur fragilité, de leur vulnérabilité. Songer à l’avenir pour ces personnes est inimaginable quand elles perçoivent ce qui a été littéralement détruit autour d’elles. Outre les effets psychologiques destructeurs, morbides, pour ceux qui n’ont plus les ressources pour relever le défi de la résilience, il faut aussi ajouter toutes ces personnes qui demain seront privées d’emplois, et seront confrontées à l’inquiétude d’un État-nation en déliquescence et qui pour partie est en train de perdre la boussole, en ne prenant pas la mesure des priorités essentielles. Il ne s’agira plus de sauver la finance selon moi, ni les grands groupes industriels, mais de préparer la restauration d’un pays non en injectant des milliards dans une économie consumériste et qui porte elle aussi en responsabilité le catastrophisme économique sous-jacent. Cette perfusion à coups d’interventions surendettera de façon irraisonnable les capacités d’une nation considérablement affaiblie par l’arrêt brutal du fonctionnement de toutes les activités. Au fond, gouverner demain, ce sera avant tout puiser dans l’intelligence collective, industrieuse et solidaire. Il me semble que le messager viral porte avec lui un message de véritable résilience face à l’agression germicide qui a renversé toutes les tables d’une insouciance qui n’avait pas envisagé l’ampleur du mal qui a assombri notre avenir social.  Mais effectuons à nouveau un voyage dans le temps, quelques temps après la peste noire, des mesures draconiennes ont été prises. Ainsi en 1374, Marguerite de Bourgogne la petite-fille de Saint-Louis et épouse du fils aîné de Philippe le Bel, Louis X le Hutin, demande que soit nettoyée sa ville[6]. Qu’allons-nous nettoyer, qu’allons-nous assainir en 2020 ? Quelles mesures draconiennes allons nous prendre pour anticiper les épidémies qui comme des messagers sociaux, nous disent ce qui au fond dysfonctionne au sein de nos sociétés ? Qu’allons-nous remettre en cause ? Allons-nous construire le prétendu Nouveau Monde, ou changer réellement de cap pour réorienter l’humain vers une dimension de sens ? Le sens ancré dans la sacralité, le bien commun, la proximité, le restaurant dans la dimension d’un monde réel dont on aura et je le souhaite, expurgé le fantasme et l’idolâtrie de l’objet.

Or comment dans ces contextes, faire résilience ?  Mais de quelle résilience, parlons-nous ? S’agit-il de résilience écologique, ou de résilience psychologique ? L’une en effet offre la capacité à un écosystème de reprendre forme après une grave perturbation, tandis que l’autre, est celle où l’aptitude à se relever après le vécu d’un véritable traumatisme, prend à nouveau rendez-vous avec la vie ! Vais-je faire également l’impasse de la résilience de l’économie, dont les structures mercantiles ont été soumises à un véritable choc ?

Dans les trois domaines de l’écologie, de l’économie et de la personne, toutes les lectures que l’on peut faire ici et là, convergent, tous les commentateurs avisés, s’attendent à l’intervention « omnipotente » de l’appareil de l’état pour intervenir sur ces trois champs ! Or ce serait une terrible erreur sociale de considérer que la toute-puissance de l’état est suffisante pour reconstruire, rebâtir, restaurer. Pour ma part et je l’ai déjà écrit, l’état ne pourra rien faire, s’il ne s’adosse pas à toutes les micro structures qui sont au plus près des réalités, au plus près des vécus. Une société est réellement résiliente lorsqu’elle est réellement capable d’activer réseaux de solidarité, de les développer. Au plus fort de la crise économique en 2008, nous avons relevé des initiatives fortes, où des hommes et des femmes se sont organisés pour réinventer l’économie solidaire. L’économie solidaire est une multiplication d’initiatives pour créer et échanger, faire de la richesse autrement. L’économie solidaire est une économie de proximité, soucieuse d’équité et de développement durable, soucieux de ne discriminer personne et encourageant l’initiative de tous. Partout nous avons vu se développer sur le territoire des maillages et des réseaux d’hommes et de femmes qui se sont levés pour témoigner envers les soignants des gestes de solidarité, ainsi des restaurants fermés, ont fait fonctionner leurs cuisines pour offrir des repas qui ont été comme une somme de réconforts, pour les personnels médicaux qui était au front et sous pression sanitaire, des associations de bénévoles se sont serrés les coudes pour apporter les repas auprès de personnes malades ou en souffrance. Une vie humaine s’est organisée également pour porter secours aux personnes confrontées à la solitude et ne la supportant pas. Toutes les combinaisons de ces gestes participent de la résilience. Et la résilience écologique tiendra en grande partie à cette culture de l’économie locale, l’économie de proximité. Dans cette dimension de résilience écologique, il faut se souvenir des travaux effectués par le chercheur David Thilman, qui fit cette observation riche d’enseignement touchant à la dimension de la biodiversité. Il fit ainsi le constat « que seules les parcelles abritant le plus de biodiversité avaient résisté à la grande sécheresse de 1988 qui avait causé la perte de toutes les récoltes dans les prairies du Minnesota. Dès lors, il semblait que seuls les écosystèmes présentant la plus grande variété d’espèces pouvaient encaisser une perturbation grave et se régénérer [7]». Le phénomène de résilience écologique dans son expression symbolique touchant à la biodiversité montre ceci, plus on croisera les énergies, les compétences, à la plus petite échelle, c’est-à-dire le niveau d’une parcelle, plus on sera en mesure de régénérer la vie sociale avec toutes ses formes d’interdépendance, d’entraide, de vie sociale et de solidarité économique. Cette biodiversité et qui touche également à l’écologie humaine me renvoie au texte de Saint Paul dans l’épitre aux corinthiens [8]: « Maintenant donc il y a plusieurs membres, et un seul corps.  L’œil ne peut pas dire à la main : Je n’ai pas besoin de toi ; ni la tête dire aux pieds : Je n’ai pas besoin de vous. Mais bien plutôt, les membres du corps qui paraissent être les plus faibles sont nécessaires … ». Le chardon, l’ortie, le lierre sont parfois les mal aimés des jardins mais remplissent bien souvent une fonction utile. On apprend ainsi que certaines plantes soignent d’autres plantes comme l’ortie, que certaines nourrissent les oiseaux comme le lierre, que le chardon possède un vrai potentiel thérapeutique. Le chardon, l’ortie et le lierre ne sont pas une nouvelle fable, mais constitue bel et bien une nouvelle parabole, L’ortie et le chardon ne sont pas sans rappeler le personnel soignant, le symbole de la défense périphérique, nous protégeant contre les assauts pernicieux du dehors : « Qui s’y frotte s’y pique » nous rappelle l’adage. Le lierre d’intérieur, est un agent dépolluant et nos éboueurs ont été comme ces invisibles indispensables, dépolluant nos chaussées. Non seulement dépolluant le lierre possède aussi cette fonction nourricière et c’est autant un hommage à toutes ces personnes qui dans les champs ou les magasins ont continué à approvisionner nos placards. Ils ne sont pas l’élite de la nation, mais sans eux, nous nous serions effondrés.

Le bien commun et sa sauvegarde tiendra ainsi à cette capacité de favoriser la biodiversité, de se serrer les coudes et d’entrevoir ainsi un horizon où l’on pourra rapprocher les pièces d’un monde disloqué et en considérant que nul ne pourra dire « Je n’ai pas besoin de toi ». Mais alors qu’en sera-t-il de nos élites, de nos ingénieurs, plusieurs milliers déjà en poste seront demain sans emplois. Je ne désespère pas qu’ils formeront une nouvelle cohorte industrieuse mettant leurs talents au service d’une collectivité soucieuse non plus d’efficience mais de qualité de vie et c’est à ce prix que l’on recollera les morceaux pour espérer une vie sociale plus humaine et plus proche des gens. Mais s’agit-il d’un rêve utopique ? C’est hélas fort probable, car l’homme augmenté ne choisira pas si facilement de courber l’échine considérant que ce serait trop humiliant de ne pas être porté en triomphe. Mais si l’humanité choisit de s’en remettre à ses instruments, elle passera alors, de leurs côtés ; la mécanisation de la conscience[1] sera alors en marche.

 

[1] La mécanisation de la conscience publiée le 31 décembre 2019 aux éditions Librinova

[1] L’Équipée sauvage est un film américain réalisé par László Benedek, sorti en 1953. Une description de jeunes rebelles qui vont semer le trouble dans une cité américaine.

[2] Bible : Exode 12 : 29-36

[3] Des types d’infections sont rapportés dans un vieux papyrus égyptien, qui remonte à 1.300 av. J.-C., le manuscrit mentionne une maladie de peau épidémique qui aurait touché les sujets du Pharaon. Le papyrus Ebers serait également l’un des plus anciens traités médicaux qui nous soient parvenus : il est daté du XVIe siècle av. J.-C Le papyrus Ebers mentionne et décrit entre autres quatre grands facteurs pathogènes circulants.

[4] https://www.histoire-pour-tous.fr/dossiers/2463-hygiene-et-pollution-au-moyen-age.html

[5] https://www.franceculture.fr/emissions/confinement-votre/boris-cyrulnik-on-est-dans-la-resistance-pas-encore-dans-la-resilience

[6] Les parents, du neuropsychiatre, meurent en déportation. Son père est déporté par le Convoi No. 64, en date du 7 décembre 1943, du Camp de Drancy vers Auschwitz. Sa mère est déportée par le Convoi No. 7, en date du 19 juillet 1942, du Camp de Drancy vers Auschwitz.

[7] https://www.histoire-pour-tous.fr/dossiers/2463-hygiene-et-pollution-au-moyen-age.html

[8] https://www.latribune.fr/green-business/l-actualite/20120612trib000703435/de-la-necessite-d-une-economie-de-la-resilience.html

[9] Texte de Paul ; 1 Corinthiens 12 :20-22

LA PEUR

Il y a un mécanisme qui est inquiétant, bien plus redoutable que la dangerosité du virus, bien au-delà de la pandémie, ce mécanisme terrifiant qui constitue en soi une menace est celle de la peur. Mais une peur qui conditionne les mentalités, qui persuade notre affect, instrumentalise la crainte. Une peur exploitée par les autorités, et utilisée dans certains états, à des fins machiavéliques pour conduire notre monde à une forme d’obéissance servile, autoritaire et en effet une distanciation, une désincarnation de notre relation aux autres. Cette peur enveloppe la société et forme une nouvelle contagion de méfiance se répandant à tous les échelons de la vie sociale. La société toute entière semble gangrénée par la peur de la rencontre, hier nos civilisations étaient terrorisées par les risques naturels, plus récemment par le terrorisme. La peur semble avoir fait son terreau dans la civilisation comme le titrait le journal « Libération[2] », « la peur est même le moyen de faire obéir les hommes ». La peur instrumentalisée est celle que l’on montre en image, pour renforcer les discours de la prudence, la peur est mise en scène, celle largement diffusée sur les réseaux sociaux, les écrans cathodiques, pour que les règles sociales soient appliquées par tous. La philosophe Catherine Malabou dans le même journal « Libération » publié le 31 octobre 2009 nous rappelle l’essence et l’étymologie du mot peur :

Vient de paraître 

Chroniques d’un monde en pièces

Essai philosophique et théologique sur la pandémie

Auteur Eric LEMAITRE

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Auteur : Eric LEMAITRE 

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Le 11 mai, est-il réellement vécu comme un jour de délivrance, des millions d’entre nous reprenons le chemin du travail, enfin presque, je ferais exception, je prends quant à moi le chemin de la retraite, mais pas de bérézina en vue ni de fuite, la vie sociale m’attend dorénavant sur d’autres engagements.  Pourtant pour bon nombre d’entre nous, le déconfinement est entaché d’inquiétudes, de nouveaux clusters sont annoncés ici et là en France comme en Allemagne. Cité en exemple, l’Allemagne enregistre de nouvelles vagues, relançant ainsi l’épidémie, là où l’on croyait l’avoir vaincu. Décidément la Reine Corona n’a nullement décidé, quant à elle de battre en retraite, de prendre la poudre d’escampette effrayée par je ne sais quel traitement ou thérapie miraculeuse. Cette pandémie, une nouvelle fois m’interroge, et illustre bien une forme d’impuissance de l’homme face à ce minuscule virus, équipé d’une arme biologique capable d’atomiser le monde humain. Face au péril viral, en quelques semaines, et quelques soient les convictions qui nous animent, la philosophie qui nous habite, nous avons tous accepté sans exception ou presque, l’idée de renoncer à notre liberté. L’incertitude résultant de la contamination a gagné les esprits, il fallait rester confiné, consentant à mettre notre existence entre parenthèses pour sauver d’autres vies et sans aucun doute la nôtre. Les cas de covid qui nous sont rapportés y compris dans notre proche entourage sont plus nombreux, en tout cas dans la région Est et en région parisienne. Une forme de peur paralysante, elle-même contagieuse s’est étendue auprès de tous, le doigt sur la couture, nous avons obtempéré, accepté sans broncher, les règles de distanciation sociale, sinon gare à nos poumons. La Reine Corona impose ses lois, ses nouvelles règles et dont nous apprenons finalement que ces dernières étaient aussi appliquées dans les temps les plus lointains de notre humanité comme l’enseigne le livre du lévitique un des livres qui forme le Pentateuque.

La Reine Corona participe-t-elle à un changement civilisationnel, accélère-t-elle une mutation radicale de notre vie sociale. Cela ne fait pas de doute, le covid19 érigé en ennemi intérieur, n’est pas seulement une crise sanitaire, il n’est que la préfiguration de crises plus profondes, sous-jacentes, le covid19 est l’un des symptômes prédictifs d’une transformation radicale de notre monde, d’une nouvelle mutation sociale. Nous refusons sans doute d’en prendre conscience, mais le Covid19 est une revanche de la nature contre la tyrannie humaine qui en industrialisant le vivant, en réifiant la vie biologique et en chosifiant la vie humaine est finalement en passe de terrasser la civilisation humaine en lui susurrant que rien ne saurait lui résister, pas même nos idéologies, ce fléau comme l’écrivait une amie[1], c’est un messager.

Pourtant il y a un mécanisme qui est inquiétant, bien plus redoutable que la dangerosité du virus, bien au-delà de la pandémie, ce mécanisme terrifiant qui constitue en soi une menace est celle de la peur. Mais une peur qui conditionne les mentalités, qui persuade notre affect, instrumentalise la crainte. Une peur exploitée par les autorités, et utilisée dans certains états, à des fins machiavéliques pour conduire notre monde à une forme d’obéissance servile, autoritaire et en effet une distanciation, une désincarnation de notre relation aux autres. Cette peur enveloppe la société et forme une nouvelle contagion de méfiance se répandant à tous les échelons de la vie sociale. La société toute entière semble gangrénée par la peur de la rencontre, hier nos civilisations étaient terrorisées par les risques naturels, plus récemment par le terrorisme. La peur semble avoir fait son terreau dans la civilisation comme le titrait le journal « Libération[2] », « la peur est même le moyen de faire obéir les hommes ». La peur instrumentalisée est celle que l’on montre en image, pour renforcer les discours de la prudence, la peur est mise en scène, celle largement diffusée sur les réseaux sociaux, les écrans cathodiques, pour que les règles sociales soient appliquées par tous. La philosophe Catherine Malabou dans le même journal « Libération » publié le 31 octobre 2009 nous rappelle l’essence et l’étymologie du mot peur :

« La peur a des synonymes troublants dans leur proximité. Par exemple, tremor (qui a donné trembler), est une forme de peur pour les Latins. Tremor signifie au départ le frisson, le vacillement, (tremor ignis : le vacillement de la flamme), puis le déséquilibre, qu’on retrouve dans « tremblement de terre ». C’est à la fois ce qui tremble et fait trembler. Terror, mot masculin employé comme synonyme de panique, désignait un mouvement collectif : on parle de terror in exercitu, la panique qui s’est emparée de l’armée (panique, de pan, le tout, ou peut-être dieu Pan, qui effrayait par son aspect et sa musique). Mais la peur, c’est pavor. Or pavere veut effectivement dire « être frappé d’épouvante ». Avoir peur, cette fois, n’est plus trembler, mais « être frappé ». Il apparaît que pavor provient de la même racine que pavire, qui signifie « battre la terre pour l’aplanir », et du verbe paver, « niveler la terre ». L’émotion pénible que l’on ressent à la vue d’un danger nous frappe, nous aplatit, nous nivelle, nous rend sans différence, sans singularité ».

L’extrait de cette citation reprise du journal Libération nous montre finalement la force du propos, « L’émotion pénible que l’on ressent à la vue d’un danger nous frappe, nous aplatit, nous nivelle, nous rend sans différence, sans singularité ». Cette peur nous a finalement conduits à ce monde en pièces, à ce monde dérelié comme je l’ai déjà écrit dans une autre chronique. Nous nous sommes détachés des autres, cette peur non seulement, nous a aplatis, mais a également su endommager et sans doute effacer les singularités d’une vie vécue en communauté, en société. La vie en société souligne en fin de compte la singularité, la dimension relationnelle qui incarne ce qui définit en soi la vie. Avec cette crise sanitaire, nous avons formé en fin de compte, une société d’hommes et de femmes désolés, une société plus éparse, plus éclatée même si nous avons cru nous inventer en sortant de nos balcons. En interpelant et en hélant les voisins, nous avons eu le sentiment de tisser de nouveaux maillages, être les auteurs d’une nouvelle conception de la vie sociale, de nouvelles interactions, mais hélas construite trop souvent virtuellement. J’espère cependant me tromper et que les lendemains du déconfinement entraineront des regards qui se croiseront et éteindront les indifférences sociales. Mais hélas, l’être humain est souvent le sujet d’une mémoire qui se délite, oublie les enseignements du passé, perd le souvenir des communions collectives et le « Je suis Charlie » en est une illustration manifeste, flagrante d’une perte de sens où nous admirions hier les policiers, et où nous les invectivons aujourd’hui.

Pour revenir à ce monde anxiogène, la peur a pris subrepticement le visage de l’État paternaliste qui catalyse les angoisses de la nation. L’État tout puissant, ce « léviathan », entend rassurer, prodiguer ses règles en nous infantilisant parfois, qui au lieu de nous responsabiliser, a choisi le plus souvent de nous gendarmer, prétextant l’incorrigible nature du latin qui embrasse si facilement la fête.  Avec la peur du virus, notre relation à l’autre est en passe de s’effondrer, de s’étioler, l’existence est reléguée dans un monde où elle n’est plus chez elle, renvoyé à l’écosystème d’un appartement parfois étriqué où il faut supporter la solitude ou la mésentente, les disputes avec le congénère lui aussi calfeutré. Mais pour revenir à l’inquiétude exposée précédemment, c’est bien la culture de la peur entretenue par l’État qui revêt sournoisement le changement de civilisation qui se prépare. Nous n’ignorons pas depuis Hobbes que gouverner c’est gouverner par la peur, le fondement naturel du Droit et de l’État réside dans la capacité à cultiver la peur et à instaurer les conditions d’une gouvernance salutaire pour tous. Or tous les « Léviathan », naissent de la peur conditionnée par l’état. L’État Léviathan sait ainsi jouer de cette métaphysique éternelle que constitue la peur de l’autre (la peur d’être menacée, qu’autrui nous ôte la vie, que l’étranger vienne nous envahir et que sais-je …). Le philosophe Hobbes nous projette cette figure mythique monstrueusement humaine, cette figure paternaliste enveloppante « le Léviathan », dans laquelle les hommes se représentent, afin de conjurer le sort, la menace qui pèse sur les existences. Il faut ainsi compter sur l’état protecteur, l’état directeur pour endiguer le mal et assurer la protection, l’assistance et la défense de tous.

Or dans ces contextes de peur, la reine CORONA est devenue obsessionnellement le problème qu’il faut absolument fustiger, occultant bizarrement toutes les autres formes d’urgence [Le climat, la mondialisation, l’écart de richesses entre les nations africaines et le monde occidental, la technicisation outrancière du monde et ses dévastations sur le plan de la vie sociale …]. Comme dans un effet panoramique, le COVID19 est devenu la cause, l’origine des problèmes et non l’un de ses effets. Pour traiter un problème, il faut donc communiquer sur le problème, il nous faut donc communiquer sur le COVID19, CQFD. De facto nous prenons alors tous conscience de l’argument péremptoire et artificiel de ce postulat, de sa dimension irrationnelle.

Avec la répétitivité des messages médiatisés à longueur de journée, nous entrons littéralement dans une société paranoïaque qui entre de plain-pied sur le marché de la peur, la civilisation toute entière sera conduite par la peur. Avec cette civilisation moribonde, guidée par l’anxiété, nous avons au moins l’assurance qu’elle ne manquera jamais d’inventivité et de créativité. Grâce aux ressources inventives qui caractérisent l’espèce humaine, nous aurons bientôt toutes les solutions marchandes garantissant notre sauvegarde, tous les applicatifs tangibles et virtuels pour veiller sur notre existence fragile. Mais rechercher nonobstant, le vain secours dans les moyens sanitaires, rendre les recherches thérapeutiques du traitement contre le COVID ; comme les seules réponses possibles aux maux actuels de notre société, est en soi une forme de manipulation. En retardant l’examen des causes et en nous intéressant qu’au seul traitement des effets, nous ne faisons que retarder un problème plus grave encore. Si l’on ne prend pas en compte toutes les variables et les éléments contextuels de la maladie pour les traiter, nous serons acculés à considérer que nous avons affaire à une bombe à retardement et dont la puissance pourrait non pas nous mettre à nouveau en pièces, mais bien de nous mettre en miettes.

Admettons que nous trouvions le traitement miracle, sommes-nous assurés que nous aurons mis fin à de nouveaux risques pandémiques ? Sommes-nous assurés que tout cela relèvera d’un mauvais souvenir faisant écho à un souci éphémère ? Les remèdes si puissants soient-ils n’atténuent pas d’autres risques, d’autres pandémies, d’autres maux. La peur ne deviendrait-elle pas le remède finalement, le remède pour réprimer le désordre social, le remède pour étouffer les autres crises, le prétexte pour faire avancer au sein de la société de nouvelles idéologies qui auraient été hier jugées proprement scandaleuses. Nous avons également noté dans les nouveaux champs lexicaux, l’usage et l’emploi du mot guerre, j’avais déjà appréhendé ce terme dans une précédente chronique, si certes nous n’avons pas et heureusement de ministère de la guerre, celui de la santé, s’est transformé en revanche en ministère de guerre sanitaire, l’affrontement de toute une communauté contre une bactérie virulente. Depuis l’avènement de Corona et de ses légions de virus, nous sommes finalement entrés dans un état d’exception : l’état d’urgence. Notre pays est entré en état de sécurisation, il faut sécuriser le pays. Il nous faut neutraliser, éliminer Corona et ne pas lui permettre de s’immiscer dans nos rassemblements, il nous faut donc interdire les rencontres, proscrire les rencontres, maintenir les distanciations sociales. Peu à peu l’état se convertit en étau social, il faut enserrer la vie sociale et ne pas lâcher prise au risque d’une perpétuation de la pandémie. Le monde est chaos, comme le patient hébété par l’annonce d’une grave maladie, il leur faut survivre, et ils sont prêts à accepter les traitements les plus pénibles et même si besoin renoncer à la liberté, pourvu que nous respirions enfin… Nous assistons à l’émergence de cette culture de la vie anxiogène, à cette promotion de la peur qui nous fait perdre la raison, nous tentons d’expurger cette peur via ces médiateurs qui montent au front, en première ligne.  À travers eux, nous nous inventons de nouveaux héros, nous qui sommes entrés en repli, dans le désengagement de la vie sociale, encouragé par les médias, les politiques et sans doute, ce n’est pas sans raisons, mais faut-il continuer à avoir peur et à nous laisser manipuler par la peur ? Cette peur qui conduit le monde à céder à un Léviathan qui prétendra nous rassurer, mais pour mieux nous contrôler et réguler toute notre vie sociale.

[1] Françoise Blériot, déjà citée dans une précédente chronique

[2] https://www.liberation.fr/societe/2009/10/31/la-peur-un-moyen-de-faire-obeir-les-hommes_591003