L’hommage

n l’espace de cinquante ans, le monde médical a connu un véritable chamboulement, bouleversement. Plus de bureaucratie, de technologie, moins de temps consacré aux patients car l’efficacité doit primer sur la dimension relationnelle. Puis en quelques jours au cours de ce mois de mars, le monde hospitalier français a fait face au choc de l’afflux des cas sévères de coronavirus. Sans doute que ce sont toutes les règles technologiques, administratives qui ont été bousculés, chamboulés. Bien-entendu l’hôpital a engagé de nouvelles procédures sanitaires pour protéger son personnel soignant, comme ses malades. Mais cette période de tsunami pour l’hôpital notamment au sein des régions les plus impactées a été vécu comme un véritable choc humain et l’expression de Patrick Pelloux médecin urgentiste était loin d’être démesurée « L’hôpital était à genoux, on nous demande d’être debout pour sauver la France. On le fait, mais c’est un combat incroyable ». Mais ce qui a prévalu dans ce combat titanesque engagé par l’hôpital fut sans aucun doute le dévouement des personnels soignants, le courage, la vaillance de ces milliers et milliers de soignants incluant également ceux que l’on qualifie de « petites mains[1] » mais qui furent les mains valeureuses, courageuses, intrépides de l’hôpital

L’étrange tyrannie

Pour reprendre les mots du philosophe et physicien Etienne Klein, citant Albert Camus, « l’épidémie est une étrange tyrannie ». Une tyrannie reflet des mesures qui ont été prises, celle d’un confinement obligé, nous contraignant à prendre nos distances, à nous éloigner de cette vie en société, enfermée à nous-mêmes en quelque sorte. Etienne Klein nous éclaire sur ce sentiment de tyrannie qui résulte de cette pandémie, en soulignant une forme d’aliénation et de reconfiguration de notre vie sociale réduite à n’être recentrée qu’à une forme de repli dans un espace réduit, tandis qu’en temps normal, notre espace ne contenait en soi ou virtuellement aucune limite. Pendant ce temps : avant le confinement ; nous rappelle Etienne Klein, nous vivions socialement plusieurs espaces, celui de notre foyer, de notre bureau, de notre atelier, de l’école, du square où vont jouer nos enfants ou petits-enfants, nous étions finalement habitués à vivre dans différentes sphères qui nous ont appris la socialisation, la rencontre avec l’autre : « D’ordinaire… » nous précise Etienne Klein, « notre vie se répartit sur différents pôles – professionnel, familial, amical, social – que chacun d’entre nous pondère comme il peut ou comme il veut. Mais en période de confinement, cette pondération se trouve reconfigurée, pour le meilleur ou pour le pire. Nous nous retrouvons mariés de force, en quelque sorte, avec nous-mêmes, obligés d’inventer une nouvelle façon de nous sentir exister, d’être au monde et d’être avec les autres. Et au fur et à mesure que les semaines passent, constatant la liste interminable des bouleversements radicaux qu’induit le petit coronavirus, nous éprouvons le sentiment de ce qu’Antonin Artaud appelait une « espèce de déperdition constante du niveau normal de la réalité ». Le normal se laisse contaminer (c’est le mot !) par l’anormal qui, du même coup, devient peu à peu la norme. ».

Le Messager

Nous sommes le 25 mai 2020 et ce texte que je produis, écrit comme une rétrospective, introduira un ensemble de chroniques qui ont jalonné cette période de confinement et de déconfinement depuis la présence de la pandémie dans ce doux pays comme le chantait naguère Charles Trenet, le « Pays de mon enfance ». Pour beaucoup d’entre nous en basculant dans l’année 2020, première année d’une nouvelle décennie, nous étions à deux mille lieux d’imaginer dans quel monde nous entrions, le séisme civilisationnel que nous allions vivre. Ce qui était arrivé fut soudain, brutal. L’événement inattendu ne fut pas le déclenchement d’une guerre ou d’un tremblement de terre d’une vaste amplitude planétaire, mais sans doute les deux à la fois, un séisme au sens social et un bouleversement à l’échelle planétaire qui allait fracturer le monde, le mettre littéralement en pièces. Les structures sociales ont connu là un véritable choc planétaire, puisque quasiment à l’échelle mondiale, c’est l’ensemble du globe qui entra en confinement, un mot nouveau que je n’avais probablement jamais prononcé de ma vie. Dès le mois de décembre 2019, les autorités sanitaires sont informées et mettent sous surveillance une redoutable infection pulmonaire, dont la cause est un virus à couronne, le coronavirus. Ce virus, je l’ai nommé « la Reine Corona », cette reine sera l’une des trames de ce nouvel essai, comme un recueil de pensées, un journal de bord, une veille sur le déroulement d’une pandémie et ses implications sociales

La Résilience

J’hésitais entre deux qualifications pour décrire à la fois notre siècle et l’irruption de la Reine Corona dans notre univers humain, un monde en miettes ou un monde en pièces. J’ai choisi le monde en pièces pour illustrer ce livre que je m’apprête d’achever, qui a été écrit sous forme de chroniques. Tout au long de ces pages et au fil de ces textes, j’ai souhaité partager une vision très personnelle de cet événement brusque et brutal, à la fois, interpellant et dérangeant. L’événement comme je l’avais écrit était totalement inattendu et certains voyants ou faux prophètes, ont été comme recalés, relégués à leurs prédictions fumeuses, faisant bien de consulter à nouveau leur opticien, de changer définitivement d’orientation quant à leur vocation. L’événement lui, en tant que tel nous conduit à une sérieuse remise en question. Cette remise en cause ne concerne pas la seule conduite d’une gouvernance idéologique, mais elle apostrophe chacun d’entre nous. L’événement vient en quelque sorte contester nos propres valeurs, nos choix idéologiques, la société de consommation dans sa totalité. Sans doute vivons-nous là un premier avertissement sans frais, une admonestation sous forme d’alarme corrodante afin d’attirer notre attention. Qu’allons-nous décider de faire au lendemain de cette crise ? Reprendrons-nous le chemin des écoliers qui n’auront pas retenu la leçon donnée la veille ? Il vaut mieux certainement oublier, et pour nous, l’enseignement donné par notre instituteur l’état qui a été totalement imprévoyant dans sa capacité à anticiper ; alors que les voyants des pays frontaliers comme l’Italie, indiquaient le péril que faisait courir « l’équipée sauvage[1] » de la reine Corona

LA VERTU

En des temps de confinement, où brutalement les relations ont cessé, où nous apprîmes un nouveau langage corporel, celui de la distanciation sociale ; nous sommes entrés dans le temps du déconfinement, où nous avons été initiés à une autre obligation celle du masque. Masques et distanciations sont aujourd’hui les gestes et postures imposées, les gestes d’une vie finalement antisociale en des temps où nous avions appris à saluer de la main ou à nous embrasser. Le geste courtois est aujourd’hui répréhensible et gare à celui qui s’aventure dans une poignée de main. Alors le coude ou le pied deviennent les nouvelles modalités de nos salutations. Les relations humaines ont été comme impactées, bouleversées, obligées d’apprendre de nouveaux codes de la civilité, de la courtoisie. Derrière nos masques nous avons à peine à esquisser un sourire, à dévoiler le visage, voilà que le visage ne dit plus, ne dit plus tout haut, ce que nous pensions tout bas. Le visage est en partie voilé, condamné à ne faire exprimer que les yeux, mais voici que l’on apprend que les postillons de Corona peuvent atteindre les yeux, alors certains s’équipent de lunettes et se transforment en chauve-souris. Ah la chauve-souris, ceux-là passeraient-ils dans le camp de l’ennemi ? Corona se jouant de nos nouveaux styles, ne manque vraiment pas d’humour ! Il nous faut alors apprendre à vivre masqués. La distanciation, le sourire absent condamnent-ils alors la dimension de l’amour, la rencontre avec le prochain, où nous faut-il apprendre à aimer différemment. La religion chrétienne parle des trois vertus théologales que sont l’amour, l’espérance et la foi, l’amour qui est la première vertu semble comme bousculé ! Résistera-t-elle ?

Le bien, le beau, le vrai

Le général de Villiers donne ici des pistes concernant le monde à rebâtir… Il faut peut être retrouver le sens de l’authenticité et des valeurs lorsque tout semble être définitivement perdu, l’héroïsme tient sans doute aux capacités sacrificielles à consentir pour sortir de notre zone de peur. Le vrai leadership est un don de soi qui revient à la dimension su sacré, du bien, du beau et du vrai. Il faut vraiment l’écouter …. ! 

 

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