Robots, intelligence artificielle et technologies numériques : le rapport annuel sur l’évolution de l’emploi et de la situation sociale en Europe

La Commission a publié le 13 juillet son rapport annuel sur l’évolution de l’emploi et de la situation sociale en Europe (ESDE). Cette édition 2018 met l’accent sur les nouvelles technologies dont les impacts et enjeux tant économiques et sociaux que juridiques vont révolutionner le marché du travail et la situation sociale. Des défis auxquels il est primordial de s’intéresser dès maintenant pour mieux construire le monde de demain.

Comme le souligne le rapport, le développement technologique est essentiel à l’accroissement de la productivité globale. Mais il remplace également les tâches de routine nécessitant peu de compétences et relève le seuil de compétences de l’employabilité. Alors qu’il n’y a pas de conclusion définitive en ce qui concerne l’étendue possible de l’incidence de la technologie sur l’emploi, les études montrent que ce sont les tâches répétitives de routine qui sont les plus exposées sont à une automatisation partielle ou complète. Selon une étude, 37% à 69% des emplois pourraient être partiellement automatisés dans un proche avenir. L’amélioration de l’éducation et de l’apprentissage tout au long de la vie et l’adéquation aux besoins de notre marché du travail et de nos institutions de protection sociale sont essentielles pour s’adapter à ce monde du travail en pleine évolution.

saulo-mohana-78181-unsplash.jpgLa Commission a publié le 13 juillet son rapport annuel sur l’évolution de l’emploi et de la situation sociale en Europe (ESDE). Cette édition 2018 met l’accent sur les nouvelles technologies dont les impacts et enjeux tant économiques et sociaux que juridiques vont révolutionner le marché du travail et la situation sociale. Des défis auxquels il est primordial de s’intéresser dès maintenant pour mieux construire le monde de demain.

Comme le souligne le rapport, le développement technologique est essentiel à l’accroissement de la productivité globale. Mais il remplace également les tâches de routine nécessitant peu de compétences et relève le seuil de compétences de l’employabilité. Alors qu’il n’y a pas de conclusion définitive en ce qui concerne l’étendue possible de l’incidence de la technologie sur l’emploi, les études montrent que ce sont les tâches répétitives de routine qui sont les plus exposées sont à une automatisation partielle ou complète. Selon une étude, 37% à 69% des emplois pourraient être partiellement automatisés dans un proche avenir. L’amélioration de l’éducation et de l’apprentissage tout au long de la vie et l’adéquation aux besoins de notre marché du travail et de nos institutions de protection sociale sont essentielles pour s’adapter à ce monde du travail en pleine évolution.

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Le mariage du secteur bancaire et des GAFA, l’intrusion au coeur de la vie de chaque client et usager

Auteur Eric LEMAITRE

 

La numérisation du secteur bancaire

La numérisation du secteur bancaire est en marche : « La numérisation pousse les banques vers la plus grande transformation de leur histoire », de nombreuses banques se sont d’ores et déjà lancées dans le monde digital. Cette révolution est également inquiétante, elle augure une nouvelle fois une déshumanisation du monde dans lequel nous entrons inévitablement.

Le constat de cette révolution numérique est sans appel, les agences dans le secteur bancaire sont de moins en moins sollicitées, fréquentées. En effet, dans des proportions de plus en plus importantes, les usagers déjà largement familiarisés au monde numérique, ont pris l’habitude, de consulter leurs comptes à partir de leurs écrans tablettes, ordinateurs, smartphone s…

C’est l’organisation de la banque de détail qui a maillé autrefois les territoires qui est remise en cause radicalement. Cette transformation que le monde numérique opère, n’affecte pas seulement le monde bancaire : nous n’évoquerons pas ici la disparition des services dans certaines zones de nos territoires, tels que les services sociaux, la Poste, les points de distribution s alimentaires, les écoles, les maternités etc. qui sont autant d’agoras, de lieux désormais inopérants.

Aujourd’hui le modèle économique bancaire (la banque de détails) est confronté à des crises successives, à une baisse implacable des fréquentations de clientèles.  L’accélération et la conversion de la banque de détails au modèle d’organisation numérique de la banque digitale se sont littéralement imposées.  Cette mutation numérique est un couperet net en matière de nombre d’emplois.  Pourtant le consommateur lambda ne se lamente pas de la disparition de son guichetier, il voit à travers ses opérations effectuées sur son smartphone, un gain de temps extraordinaire, fini pour lui les files d’attente interminable et ses rendez-vous ratés.

Face à ce phénomène touchant les nouvelles pratiques de ses clients, les banques sont conduites à faire évoluer leurs services, elles seront à terme amenées à diminuer physiquement le nombre de succursales. Nous pourrions d’ailleurs parier la disparition prochaine des agences bancaires de proximité. Cette disparition se fera au profit du monde des portables téléphoniques, ces smartphones deviendront ainsi le premier guichet pour bon nombre d’usagers.

Le monde bancaire deviendra digital, c’est l’autre révolution qui est en marche. Le client pourra éventuellement rencontrer son conseiller sur écran avec « Skype », ou échanger avec une intelligence artificielle sur d’éventuels conseils financiers, des transactions ou des demandes de prêts. Les conséquences pour les salariés seront évidemment dramatiques, l’emploi dans le secteur bancaire subira les effets de la numérisation. Cette numérisation de la banque aggravera, accentuera la baisse tendancielle des effectifs déjà connue dans le monde bancaire. Cette tendance mondiale ne touche pas seulement le monde bancaire. La recherche du profit via la numérisation du monde économique n’est que le facteur d’une transformation majeure de nos sociétés : le travail n’est plus ainsi le seul outil de répartition des richesses.

C’est cette fragilité du monde bancaire qui pourrait bien constituer le socle des ambitions des géants du WEB, de leurs velléités à vouloir franchir un nouveau cap dans la gestion des profits en exploitant au mieux les « datas » de leurs clients.

L’intrusion du monde bancaire

dans la vie privée des consommateurs

Les nouveaux services déclinés par les géants du WEB apportés aux consommateurs seront de nature à chambouler la donne des grands équilibres économiques actuels. À terme ces bouleversements seront inévitablement destructeurs de valeurs.

L’autre réalité du monde numérique, c’est celui d’avoir fait émerger un média (le WEB) qui a généré de multiples marchés sans équivalent dans le monde, cassant certains monopoles de la distribution et du commerce physique. Demain, il est à parier que c’est l’ensemble du monde bancaire dans sa forme traditionnelle, qui sera remis en cause.

Ce monde numérique génère dès lors des problématiques nouvelles, typiques parce que nous sommes face à de nouveaux géants mondiaux (Google, Facebook, Apple, Amazon…) qui cumulent des caractéristiques leur conférant un pouvoir sur les marchés économiques sans égal au monde. Les géants du numérique ont ainsi une parfaite maîtrise des algorithmes. La maîtrise  liée à la gestion des data (données sur nos usages, nos opinions, nos humeurs, leur confère à ce jour la détention de données comportementales, touchant à nos représentations, croyances, convictions, sans équivalent dans le monde. Mais le risque à venir, c’est celui du franchissement d’un nouveau « Rubicon », croisant les « data » de notre vie sociale et les « data » de consommations gérées par le monde bancaire.

Il n’est pas inimaginable de concevoir l’émergence au sein même de l’économie numérique de nouvelles alliances, entre les géants du WEB et le secteur bancaire. Les géants de l’Internet ne font plus mystère de leurs ambitions de développement dans les services bancaires et notamment dans le domaine des paiements, de monnaies électroniques (Facebook serait en passe de réfléchir à de nouvelles modalités d’échanges entre consommateurs, permettant aux usagers du réseau social de procéder à des transferts d’argent entre eux). Votre téléphone scanne les codes-barres et peut permettre déjà dans de nombreux pays, d’effectuer des paiements de factures, de les effectuer chez les commerçants. Dans ce monde totalement numérisé à terme, les banques et les opérateurs de téléphonie mobile ne feront plus qu’un dans l’émergence de ce nouveau marché.

Nous le savons bien , les moyens de paiement transitant par la banque est une des sources de revenus du monde bancaire. Comment alors ne pas se saisir pour les géants du WEB, d’une telle aubaine et telle une pieuvre, agripper une nouvelle proie augmentant ainsi sa soif intarissable de puissance et de domination.  La connaissance du client et la possibilité de gérer le risque prédictif le concernant, sont sans doute l’investissement à venir. La capitalisation des données clients pour adapter les services et générer des sources de revenus est sans doute l’autre enjeu.

Comme me le confiait le cadre d’une très grande banque française, le client n’a plus de secret pour sa banque. La monétisation numérisée de nos moyens de paiement (5,9 milliards de transactions par an sont effectuées en France) nous rend soudainement totalement transparent aux yeux de notre banque. Grâce à ses algorithmes en un clic, la banque est en effet en capacité aujourd’hui, d’analyser, de profiler les comptes de ses clients. Le client est mis à nu, effeuillé, la banque sonde les data des achats effectués, l’intégrité et la plénitude du portrait de son client se dessinent.

Sur l’écran, le banquier a immédiatement connaissance des caractéristiques des dépenses et du profil risque que représente le client. La banque croise, analyse, recoupe les données, établit des corrélations, structure les informations touchant les dépenses, les mouvements des comptes. Une véritable intrusion s’organise. Une connaissance fine et détaillée du client se déploie sous les yeux du banquier. Le client devient prévisible, il est possible de le catégoriser, de le caser dans des typologies de client Pépère, client Flambeur, client Prometteur, client sans Avenir.

C’est toute la vie du client qui se confesse devant ses yeux, même si ce dernier s’imagine qu’il n’a pas mis tous ses œufs dans le même panier. Aucune autre entreprise, comme la banque ne détient ainsi autant de données sur ses clients : revenus, propension à dépenser ou au contraire à épargner, enseignes fréquentées, habitudes alimentaires, dépenses santé. Le client est dévisagé, totalement dévisagé. Dans ce jeu des data, la banque est en mesure d’apprécier les évolutions, les changements intervenus, les rythmes de consommation, y compris l’intime du client ce que lui-même n’oserait confier à ses amis, sa banque, elle en revanche le sait. Le client ne saurait alors tricher, mentir, les demi-vérités n’existent pas pour le banquier.

Le client est en quelque sorte en train de devenir un livre ouvert, un livre que toutes les entreprises aimeraient pouvoir lire, que des organisations étatiques, que les géants du WEB, pourraient bien vouloir sonder, si les mesures touchant à la sécurité des citoyens devaient se développer. D’ores et déjà ces big data bancaires savent localiser les déplacements, les lieux que vous fréquentez, les habitudes, les récurrences de ces achats.

Mais le plus inquiétant est à venir, face à la puissance financière des big data, nous pourrions dans un proche avenir, imaginer sans peine les mariages des majors de la finance mondiale et des entreprises comme Google et Facebook.

Le souci de la connaissance client est un axe de développement primordial pour le secteur bancaire et d’ailleurs cela est aussi vrai pour l’économie numérique, qui peut espérer l’emploi et l’usage des nouvelles formes d’interactivité offertes par les réseaux sociaux. Les mondes des réseaux sociaux et des data exploités dans le secteur bancaire, inévitablement se croiseront.

Dans ce monde déjà dystopique, les partenariats  entre les secteurs bancaires et les géants du WEB se renforcent. La collaboration entre les banques et les géants du numérique, œuvre pleinement en ce sens. Ces collaborations s’appuient sur une nouvelle gouvernance des rapports clients, construite autour d’une feuille de route nécessairement commune celui de la connaissance du client. Mais au-delà des ententes possibles et envisageables, il est tout à fait concevable que les géants du WEB, disposeront demain de leurs propres moyens de paiement comme nous l’avons indiqué en préambule en évoquant cette possibilité par Facebook de permettre à ses internautes de transférer de l’argent numérique entre eux.

Les géants du WEB disposent de moyens financiers colossaux et sont en mesure de déstabiliser les banques traditionnelles, de faire demain irruption non seulement sur les marchés des moyens de paiement mais également de l’épargne.

Notons, pour illustrer notre propos, ce service de paiement en ligne appelé PayPal qui permet de payer des achats, de recevoir des paiements, d’envoyer et de recevoir de l’argent. PayPal a été créé en 1998 par la fusion de deux start-ups : Confinity et X.com. En 2002 PayPal a été racheté par la société eBay pour 1,5 milliard de dollars US, ce rachat était expliqué par l’usage important du site d’enchère lié aux transactions utilisant ce service de paiement en ligne.  Nous voyons bien dès lors l’intrusion de sociétés spécialistes du WEB investissant le monde bancaire et la possibilité immense d’exploiter allégrement les données clients pour augmenter le pouvoir d’informations sur les clients.

Le secteur bancaire est sur le point de connaître  des bouleversements sans précédent quand on sait aujourd’hui à quel point les consommateurs sont devenus si familiers avec l’usage de leur smartphone, dont la convivialité d’usage est devenue si intuitive. Le smartphone devenant à terme le concurrent de la banque de proximité, du guichet bancaire, qui pourrait à terme disparaître. Rappelons ce chiffre, 67 % des détenteurs de smartphone (étude TNS Sofres) se servent de leur téléphone mobile pour effectuer des opérations bancaires. Les Banques se doivent dès lors de suivre en permanence les performances de leurs supports on line de manière à les faire évoluer afin de s’adapter aux nouvelles pratiques consuméristes de leurs clients.

Mais au-delà de la disparition plus que probable du guichet bancaire, le plus inquiétant n’est sans doute pas cette transformation inévitable des modalités de vente, d’achat, d’emprunts bancaires mais bien l’utilisation intrusive des données touchant les comportements de consommation et les croyances des consommateurs. Il deviendrait donc aisé en numérisant les connaissances des comportements et les connaissances des croyances de tracer, de suivre, d’ausculter, de surveiller chaque consommateur. Le consommateur ne devenant ainsi qu’un nombre.

Nous comprenons alors beaucoup mieux la dimension prémonitoire que nous trouvons dans le livre de l’apocalypse 13.17 : « personne ne pût acheter ni vendre, sans avoir la marque, le nom de la bête ou le nombre de son nom ».

Conclusion

Les variables changent, le monde économique est en train de muter à toute vitesse vers le tout numérique, vers la dématérialisation. Cette mutation se traduisant par moins de travail pour les hommes, plus de systèmes à gérer. Les mutations vécues via ce monde numérique se traduisent ainsi comme un changement de modèle radical, un bouleversement de paradigme, avec des implications sociales équivalentes à celles de la révolution industrielle.

Pour être appréhendé par le plus grand nombre, ce monde en mutation incessante nécessite de nouvelles grilles de lecture, pour les citoyens, les usagers d’un service, les consommateurs. Le numérique n’offre aucune assistance, mais une pléiade de services, en changement permanent, suivant des modes et des tendances, à la merci de marchés à conquérir, ou de parts de marchés.

Que dire de tous ceux qui n’ont pas accès à ce type de services, qui sont donc de facto « exclus » des data. Seront-ils représentés ailleurs ? Comment et par qui ? Pas de téléphone, pas de place de ciné ; pas de courses, pas de commandes ; pas de smartphone lié à un compte, pas de livraisons etc…

Nous parlions dans un précédent article du vol de données, nous reposons la question, tout en voulant bien accepter le bond en avant que constituent toutes ces avancées, il est plus facile aujourd’hui de pirater un téléphone que de cambrioler une banque : avantage ou inconvénient du numérique… ?

Enfin pour terminer cet article, nous aimerions donner une illustration à l’ensemble de notre propos, cette illustration nous vient de Chine. L’état chinois entend en effet utiliser les fameux big data pour mieux évaluer ses citoyens dans leurs actes sociaux et citoyens, leurs bonnes conduites par exemple comme automobiliste, leurs comportements vis-à-vis du parti unique. Sur quelques zones tests la chine met ainsi en place, un dispositif d’évaluation qui permettra aux personnes les mieux évaluées d’accéder à tels ou tels services, d’autoriser ou non ses citoyens à voyager hors de chine. Cette information nous l’avons relevé dans un article écrit dans la revue la Tribune publié le 24 octobre 2016 dont nous vous proposons un extrait :

« Prévu pour 2020, ce dispositif dénommé « Système de crédit social » doit collecter les données des 700 millions d’internautes chinois. Du respect du code de la route aux discours tenus sur les réseaux, tout élément pouvant décrire le comportement d’un citoyen est comptabilisé. Il suffit donc d’un feu rouge grillé pour voir sa note s’abaisser. »

http://www.latribune.fr/economie/international/chine-le-big-data-pour-noter-les-citoyens-et-sanctionner-les-deviants-610374.html

A lire également :

https://www.lesechos.fr/06/03/2018/lesechos.fr/0301383102008_pourquoi-les-frontieres-entre-banques-et-gafa-pourraient-se-brouiller-davantage.htm

 

 

Quand les algorithmes remplaceront les cadres !

Qui aurait imaginé mettre un jour en équation le flair des DRH ? L’apparition du people analytics, comme les Américains appellent cette nouvelle science, en dit long sur la capacité des ordinateurs à remplacer l’homme. Jusqu’à présent, l’automatisation des tâches intellectuelles avait touché des activités peu qualifiées (guichetiers, caissières…). Mais les cadres bardés de diplômes auraient tort de se croire à l’abri.  

« Les technologies capables de remplacer demain les médecins, les avocats, les pharmaciens ou les conseillers fiscaux existent déjà, alors même que ces métiers demandent beaucoup de compétences et une longue formation. Et, le plus souvent, les machines seront meilleures que les humains », assure Andrew McAfee, auteur de The Second Machine Age . En cause : la combinaison de l’augmentation de la puissance des ordinateurs, de la baisse du coût du stockage des données et des progrès de l’intelligence artificielle, qui nous font basculer dans l’ère du big data.  

Lu sur l’express Expansion

Qui aurait imaginé mettre un jour en équation le flair des DRH ? L’apparition du people analytics, comme les Américains appellent cette nouvelle science, en dit long sur la capacité des ordinateurs à remplacer l’homme. Jusqu’à présent, l’automatisation des tâches intellectuelles avait touché des activités peu qualifiées (guichetiers, caissières…). Mais les cadres bardés de diplômes auraient tort de se croire à l’abri.

« Les technologies capables de remplacer demain les médecins, les avocats, les pharmaciens ou les conseillers fiscaux existent déjà, alors même que ces métiers demandent beaucoup de compétences et une longue formation. Et, le plus souvent, les machines seront meilleures que les humains », assure Andrew McAfee, auteur de The Second Machine Age . En cause : la combinaison de l’augmentation de la puissance des ordinateurs, de la baisse du coût du stockage des données et des progrès de l’intelligence artificielle, qui nous font basculer dans l’ère du big data.

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https://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/quand-les-algorithmes-remplaceront-les-cadres_1548065.html

« Le despotisme éclairé » de la technique, le nouveau conseiller du Prince !

L’idéologie progressiste est habitée par la volonté de réformer structurellement l’organisation sociale, d’instaurer une transformation radicale dans les mentalités pour conduire le monde, puis le mener enfin à des réformes « libérales », promettant l’épanouissement et la valorisation des individus. Or, nous sommes pleinement convaincus que les avancées techniques seront au service de la complexité, et de cette idéologie prométhéenne pleinement inspirée par le Siècle des lumières, faisant de la dimension du progrès, la matrice des prochains fantasmes humains, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives d’asservissement des êtres humains alors qu’on leur promettait la liberté.

Auteur Eric LEMAITRE

 

« Le despotisme anonyme d’une oligarchie est quelquefois aussi effroyable et plus difficile à renverser que le pouvoir personnel aux mains d’un bandit. »

 

Joseph de Maistre

“Etude sur la souveraineté”

L’idéologie progressiste est habitée par la volonté de réformer structurellement l’organisation sociale, d’instaurer une transformation radicale dans les mentalités pour conduire le monde, puis le mener enfin à des réformes « libérales », promettant l’épanouissement et la valorisation des individus. Or, nous sommes pleinement convaincus que les avancées techniques seront au service de la complexité, et de cette idéologie prométhéenne pleinement inspirée par le Siècle des lumières, faisant de la dimension du progrès, la matrice des prochains fantasmes humains, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives d’asservissement des êtres humains alors qu’on leur promettait la liberté.

 Le despotisme éclairé par le Siècle des lumières dans le contexte d’une idéologie de progrès.

Le mot despotisme renvoie bien souvent à une figure humaine tyrannique (étymologiquement le despote signifie en grec le maître de la maison) un maître qui a assujetti sa maison, à son pouvoir, sa maison autrement dit son peuple ou des peuples.

Sous le régime du despotisme, bien souvent comme simple sujet, l’être humain se voit privé de raison, la faculté de penser par lui-même. Dans des contextes de despotisme, le peuple est sous l’emprise d’un pouvoir absolu dont le spectre ou l’auxiliaire s’appuie sur la dimension du rationnel et d’un contrôle absolu corollaire d’une surveillance maîtrisée, régulant la vie sociale afin de sauvegarder la maîtrise de la gouvernance. Pourtant le despotisme ne fut pas toujours tyrannique et certains philosophes ont joué un rôle même modérateur.

Ainsi les philosophes comme Diderot, Voltaire, mirent la raison au cœur de la réflexion du pouvoir et firent la promotion au travers de leurs écrits, d’une forme de dimension acceptable et éclairée du despotisme. Ces mêmes philosophes ont également promu une conception du progrès et une conception matérialiste de l’homme devenu individu et dont l’existence a été intentionnellement déracinée de tout socle spirituel.

La raison selon ces philosophes devait être selon eux, seule souveraine, absolue et être au cœur de l’organisation des états. Il est vrai que ces penseurs firent usage des mots « despotisme éclairé » pour évoquer en fin de compte un autoritarisme bienveillant se substituant à toute forme de relation d’origine transcendantale. Dans ces contextes culturels œuvrant pour un progrès dans le monde et combattant toute forme d’obscurantisme, Voltaire promoteur lui aussi de cet idéal philosophique, ne vantait-il pas son ami Frédéric II de Prusse. Frédéric II qui appréciait la compagnie de Voltaire, aimait à la fois l’art de la gouvernance bureaucratique en s’appuyant sur un appareil d’état très élaboré pour l’époque, et l’idéologie de progrès portée par le Siècle des lumières. Les “lumières” (philosophes) à l’instar de Voltaire, n’étaient-ils pas également guidés par ces mots qui ont à ce jour une coloration toujours très contemporaine forgée autour des concepts de l’individu, de la raison et du progrès.

Le Siècle des lumières s’est incarné dans la pensée progressiste s’opposant aux conceptions chrétiennes. Ce Siècle des lumières continue d’insuffler son esprit au sein même de notre époque hyper matérialiste et dont la vacuité en est symptomatiquement le symbole. Or la puissance idéologique portée par le progrès des idées, s’incarne aujourd’hui dans la fulgurance des innovations technologiques au service désormais des “princes de ce monde”, du progressisme et des pires fantasmes caressés par l’humanité se faisant l’égal de Dieu.

La technicité éclairée des algorithmes, devenue l’auxiliaire des pouvoirs

C’est bien dans ces contextes de “despotisme éclairé” que les souverains étaient appelés à guider leurs peuples vers la voie du progrès pour assurer leur bonheur.  Ce type de discours au temps du Siècle des lumières, anticipait le progressisme contemporain. Si certes le despotisme n’est pas ce qui caractérise notre époque ni même l’idéologie progressiste, la technicité des algorithmes est bel et bien aujourd’hui l’auxiliaire éclairé des pouvoirs. Une technicité qui n’est pas loin pourtant d’aliéner la démocratie en la supplantant via l’excès des normes contingentant notre liberté, en la dominant par son influence. C’est également le développement intrusif sans précédent des technologies numériques et des algorithmes serviciels, séries d’instructions et de codes en vue d’obtenir des informations et des données sur nos comportements, ou un résultat optimisant le confort de leurs usagers, également de tous les citoyens.

Mais les applications au fil de l’eau issues de ces algorithmes, priveront les citoyens d’initiatives, de pouvoir réflexif, de responsabilités, voire de libre arbitre à l’image de ces “GPS” qui forment puis dirigent l’itinéraire à suivre, sans que nous ayons recours à un quelconque support, une carte « routière ». Les navigateurs connectés aux satellites affichent les données de géolocalisation en lieu et place pour se substituer à notre mémoire et nos propres repères. Par son efficacité, l’assistant de navigation, est devenu l’objet indispensable, nous lui laissons volontiers le pilotage, et incontestablement nous relevons le gain de temps et une facilité d’emploi y compris pour planifier de nombreux itinéraires intervenant même pour les rythmer et les gérer.

Or notre monde contemporain est quasi aspiré par la dimension des moyens techniques qu’elle emploie, le pouvoir même dans les démocraties s’empare de ces nouvelles technologies, de ces algorithmes qui à terme seront utilisés comme des « assistants de navigation », des moyens de contrôle et des aides ultimes à la décision. Or nous sommes bien sous la menace d’une nouvelle aliénation de nos libertés de pensée et de conscience à travers, la dynamique, l’accroissement, l’hégémonie et la montée en puissance de la technique gérant toutes les données de la vie sociale. Nous pressentons la volonté de nos gouvernants à valoriser la technique et la raison comme les guides éclairés de leurs actions et des nôtres, avec la volonté en arrière-plan de maîtriser les choix qui orientent la vie sociale. Si pour Jacques Ellul, la technique fut l’enjeu du siècle, nous pourrions ajouter à l’instar du Philosophe que la maîtrise des données, leurs gestions comme le pilotage de la vie, sont aujourd’hui le nouvel enjeu, enjeu d’autant plus facilité avec le développement inouï des algorithmes et de la mathématisation de notre monde humain.

C’est le philosophe Heidegger avec Jacques ELLUL qui percevaient dans la technique, la volonté ultime de puissance, transformant radicalement notre environnement, modifiant structurellement les modalités mêmes de l’existence humaine. Si Nietzsche saisissait dans la technique le moyen final de dominer la nature, a contrario ni Heidegger, ni Ellul ne plaidaient pour l’élan technique qui selon eux, serait de nature à fragiliser l’être humain dans son essence et participerait ainsi aux déséquilibres entre le milieu naturel et l’homme.

S’il fut souvent reproché au philosophe Heidegger sa proximité avec l’idéologie Nazie ce que soulignait Jules Ferry pour persifler la critique du technicisme, force est de reconnaître qu’en revanche il ne partageait pas, contrairement aux présupposés de l’essayiste auteur de « La révolution transhumaniste », l’idée de puissance d’un régime caractérisé par l’apologie de la technologie. La technologie au cours du Troisième Reich, fut en effet poussée jusqu’à son paroxysme, puisque c’est à travers la technologie, le complexe militaro industriel que l’Allemagne Nazie a bâti sa volonté de dominer les peuples puis de les assujettir à la volonté de la toute-puissance de son idéologie. La technologie fut donc bel et bien au service de l’idéologie, elle le sera de nouveau dans le monde qui vient, notamment au nom de la gestion sociale dans le but à la fois de réguler les activités des populations et de les contrôler. Dans cette perspective c’est toute la vie qui devra être gérée à la lumière de la technique, rien ne devra échapper à son despotisme éclairé, à la domination de son pouvoir, tout devra lui être soumis et les hommes finiront par vanter la supériorité de la machine et finiront même par lui reconnaître la faculté d’être leur nouvelle idole.

Dans son livre la « Puissance du rationnel » publié en 1965 le philosophe Dominique Janicaud écrivait que « Nul ne peut contester qu’en un laps de temps relativement court (en comparaison de l’histoire et surtout de la préhistoire de l’humanité) les sciences et les techniques ont transformé notre planète au point d’ébranler des équilibres écologiques et ethnologiques immémoriaux, au point surtout de faire douter l’homme du sens de son existence et de ses travaux, jusqu’à faire vaciller sa propre identité ». Si à l’inverse, pour le Philosophe François Guéry « l’humanité de l’homme commence par l’industrie », son humanité s’achève selon nous avec l’ère d’un monde technique qui est bien en passe de le dominer outrageusement, et dont il est prêt à abandonner sa faculté de penser au profit d’une machine qui le fera pour lui.

« Le maître de la Maison »

Je partageais avec une personne proche, mes premières réflexions sur le despotisme technique et notre partage la conduisit à me relater le travail qu’elle effectue auprès des enfants de 8 à 12 ans. Cette personne, en effet anime des ateliers dont l’un des thèmes est centré sur la mélodie des couleurs. Dans le cadre de cet Atelier, Anne fait travailler l’imaginaire des enfants en leur faisant écouter de la musique classique Chopin, Vivaldi, Mozart…, je précise que les enfants sont issus de milieux très divers. Les enfants en écoutant la musique sont invités à produire des formes dessinées à partir de leur écoute musicale.

Pour animer le travail avec les enfants, Anne s’est inspirée de l’œuvre de Vassili Kandinsky, elle utilisa en effet la musique pour exprimer des sentiments intérieurs et l’aidant ainsi à projeter les sonorités au travers de figurations, de dessins, de peintures. Ce qui frappa Anne c’est de découvrir à la fois l’enthousiasme des enfants à se projeter mais aussi la difficulté pour certains enfants à produire des formes, à être dans cette dimension inventive et créative. Anne l’expliquait par le pouvoir des écrans qui annihile, aliène aujourd’hui ce pouvoir de l’imaginaire. Anne fit le constat que les enfants prisonniers de leurs tablettes, éprouvaient plus de difficultés à traduire une mélodie et à représenter une forme, à comprendre même les consignes qui leur étaient données.

Je songeais également dans cette pensée concernant le despotisme de la technique à cette autre réflexion échangée, récemment avec un ami qui fut invité à une réunion de famille, et dont il s’étonnait de voir les parents et non leurs enfants. Partageant son étonnement de ne pas croiser d’enfants dans le jardin, un proche lui indiqua qu’ils étaient tous dans une pièce au lieu d’être sur la pelouse à s’ébattre ou jouer au ballon, poussant leurs cris. Mon ami demanda à ce proche de le conduire à cette pièce afin de les saluer, il découvrit en effet des enfants sages, mais rivés à leurs tablettes, « grand et petit » assis devant leurs consoles de jeux. Il n’y avait pas d’échanges entre eux, ils étaient en effet silencieux, concentrés à manipuler leurs jeux vidéo. Ce qui est étonnant au travers de ces deux anecdotes, c’est le pouvoir de séduction, de captation qu’exerce sur les esprits de ces enfants, le monde fascinant de la technologie, mobilisant toute leur attention, leur privant d’une dimension ludique plus épanouissante les mettant en contact avec la nature, avec le monde réel ou celui de la culture qui produit des émotions, de l’enchantement, de la joie partagée.

Le maître de la maison qui définit étymologiquement le despote prend une forme nouvelle et subtile, ce n’est plus un tyran qui martyrise les enfants, mais une technologie qui fascine, asservit les esprits aliène leurs capacités d’imagination, d’abstraction, d’agilité intellectuelle dans le maniement des concepts. Les enfants exposés de plus en plus prématurément aux pouvoirs des écrans sont par capillarité, confrontés aux difficultés de représentation du monde, de rencontrer finalement le réel. Ils deviennent alors les sujets du nouveau Maître de la Maison qui s’emploie également à imposer ses nouvelles lois auprès des Parents qui délèguent à la technologie le pouvoir de divertir leurs progénitures mais sont eux-mêmes d’ores et déjà les sujets de la technologie phagocytant, cannibalisant une grande partie de leur existence.

L’intelligence artificielle au service du prince

“L’intelligence artificielle” ne sera-t-elle pas demain le nouveau conseiller du Prince, la raison du Prince. L’algorithme ne sera-t-il pas une forme d’agent des cabinets ministériels pour aider à la navigation des états. La gouvernance ne sera-t-elle pas tentée de faire usage de moyens techniques pour orienter les populations ou profiler ses citoyens. Profilage, reconnaissance faciale, traçabilité, ciblage mais aussi arbitrage, sont ainsi devenus les nouveaux termes de la modernité qui envahissent l’ensemble des sphères de la vie en société au travers de la fulgurance des moyens conférés par le développement hégémonique des algorithmes. Il est évident que la tentation des pouvoirs sera à terme de bénéficier de méthodes rationnelles et de cette technologie pour asseoir leurs dominations politiques. Dans les processus de décisions complexes, le recours à ces nouveaux conseillers du prince seront de facto incontournables. Ces outils dotés de puissance de calculs n’interviendront-ils pas dans les arbitrages sociaux ? Dans la vie sociale et cet univers complexe qui caractérise par exemple notre urbanisme, où les acteurs peuvent être multiples et contradictoires. Dans ces négociations plurielles, la raison humaine peu à peu s’appuiera sur la puissance rationnelle de la machine qui pourrait bien être demain le despote éclairé, nouvel arbitre, de toute vie sociale.

Le développement de ces techniques occupera demain si ce n’est déjà dans un court terme tous les espaces de la vie sociale et aucun usager n’échappera demain soit à leur emploi, ou même à leur pouvoir de séduction, d’influence, d’efficacité. C’est une tyrannie douce qui s’installe, au point comme l’écrit Amblonyx Cinereus dans l’excellent blog cahier libres « qu’une nouvelle laisse s’attache au cou » de chaque citoyen. Or pour Thierry, un ami, “ces technologies s’accompagnent en coulisse d’une idéologie qui vise à étendre son hégémonie à toutes les strates de la vie de la cité”, de notre smartphone à la smart city.

Nous entendons pourtant les arguments des promoteurs de ces machines artificielles qui revendiquent leurs capacités de plus en plus sophistiquées à pallier toutes les limites cognitives touchant à l’être humain. Si certes ces machines optimisent les performances et s’accompagnent finalement de rendements touchant notre existence, ne sommes-nous pas entrain tout simplement de leur vendre notre âme et d’assécher toute la dimension existentielle, ce qui fait en somme toute la dimension d’une vie.

Nous évoquions le profilage des données laissées sur les smartphone et les sites fréquentés par les internautes qui sont autant de manifestations de nos usages, de nos habitudes, de nos comportements en société. Les algorithmes dessinent ainsi un profil, des typologies d’attitude, des comportements qui soit, rentrent dans une norme ou sont jugés disruptifs.

Ainsi toute modification notable dans vos habitudes de navigation, d’achat ou bien dans la gestion de nos postures et relations virtuelles peut suffire à vous faire rentrer dans une catégorie d’individus, dans une typologie à cibler, profiler, voire contrôler, surveiller. Internet n’est pas réduit à la seule dimension des usages, c’est en réalité une partie de nous. Nous laissons quotidiennement des traces numériques qui configurent mécaniquement nos profils de consommations, classent nos habitudes et ceux-ci sont ensuite redistribuées à notre insu auprès d’autres acteurs et même l’état.

L’algorithme est ainsi « positionné » en quelque sorte pour définir des « normes » de comportements.  En se basant sur vos habitudes d’achat, de navigation sur les sites internet, voire même vos relations sociales, vos comportements, la machine étiquette, catégorise, ordonne, structure le type d’individu qu’il conviendra soit d’influencer, soit de suivre, soit de contrôler, soit même d’anticiper ce qui adviendra même de son comportement.

L’algorithme est donc bien au service d’un pouvoir. Ce pouvoir revêt évidemment différents habits, celui de la finance, celui du monde marchand, celui du politique.  Le progressisme contemporain réveille selon nous le Siècle des lumières, ce Siècle des lumières qui anticipait hier celui de la terreur animée par la Révolution française ; fut habitée par la volonté d’arracher le monde aux idées chrétiennes. Or la technologie est aujourd’hui au service des idées, elle en est apparemment la servante mais pourrait bien assujettir demain docilement les esprits entre les mains d’un “monstre doux”.

Les avancées prodigieuses et en quelques années des algorithmes d’apprentissage statistique, qui sont désignés par le concept d’Intelligence Artificielle, transforment bel et bien les organisations sociales comme les systèmes de gouvernance politique. Nous voyons ainsi à quel point la Chine Totalitaire et “communiste” en fait aujourd’hui un emploi qui pourrait bien inspirer le monde occidental tenté par la dimension de la surveillance et du contrôle sous prétexte de terrorisme et de crise climatique. Peu importe finalement la liberté de penser, il est nécessaire de vivre sous le joug des algorithmes pesant et soupesant les mouvements que nous entendons donner à notre vie. Point de salut, en dehors de la nouvelle religion de ce nouveau monde,

L’insatiété des peuples et de leurs gouvernements, les appétences frénétiques pour les nouveautés, finiront par conduire les populations à se soumettre à des régimes de plus en plus opprimants et ainsi comme dans la fable, “le monarque des dieux” finira bien par leur envoyer un despote “éclairé” non une grue mais une machine qui les asservira tous…

Chronique Radio : La nouvelle révolution anthropologique

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Laurence de Radio Vie FM interview   Eric LEMAITRE sur la révolution anthropologique. à écouter…

Croissance du marché des IA

 

Le secteur des IA devrait exploser, à mesure qu’il se rend indispensable au fonctionnement de la tech. Ainsi, alors qu’il représentait 4,8 milliards de dollars en 2017, il devrait être multiplié par dix d’ici 2022-2023, avant d’atteindre presque 90 milliards de dollars de revenus générés en 2025, selon Statista.

Source :

https://www.journaldunet.com/solutions/dsi/1210608-statista-previsions-marche-intelligence-artificielle-selon-statista/

« L’intelligence » artificielle n’est pas intelligente !

Gérard Berry,
professeur au Collège de France, nous éclaire « …rappelons que l’homme est un être foncièrement social, intuitif et créatif. Or, comme les machines mécaniques, les ordinateurs et logiciels actuels n’ont ni culture sociale, politique ou artistique, ni intuition, ni vraie créativité…. »

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Gérard Berry,

professeur au Collège de France, nous éclaire

Nous vous renvoyons au site Internet de l’Express, dont nous avons extrait une partie du texte….

« Longtemps, notre civilisation a été organisée autour du triangle matière-énergie-ondes, élaboré petit à petit par la pensée scientifique, les sciences physiques et leurs techniques. D’abord, la matière, sous forme d’objet de la nature plus ou moins visible, solide, liquide ou gazeux. Ensuite, l’énergie, que la science des 18ème et 19ème siècles a permis de mieux comprendre, conduisant aux moteurs de la révolution industrielle et au progrès de la chimie. Enfin, les ondes de l’acoustique, de l’électricité et de l’électromagnétisme ; leur maîtrise a provoqué les révolutions de la communication, avec l’apparition du télégraphe en 1850, du téléphone en 1870, de la radio en 1890 et de la télévision vers 1925. Au 20ème siècle, l’information et le calcul algorithmique ont transformé le triangle en tétraèdre. Théorisé d’abord puis mis en pratique, l’informatique a transformé le monde d’une façon rapide et profonde. …

…..Même si l’informatique classique maintenant augmentée par l’apprentissage automatique fait des choses extraordinaires, rappelons que l’homme est un être foncièrement social, intuitif et créatif. Or, comme les machines mécaniques, les ordinateurs et logiciels actuels n’ont ni culture sociale, politique ou artistique, ni intuition, ni vraie créativité. Cela changera peut-être un jour, mais il ne suffira pas d’incantations pour y parvenir. Simplement, il y a beaucoup, beaucoup plus de choses automatisables qu’avant… »

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https://www.lexpress.fr/actualite/sciences/l-intelligence-artificielle-n-est-pas-intelligente_2024279.html

 

les robots vont modifier la psychologie humaine

Les robots vont modifier la psychologie ­humaine autant que les progrès de l’alimentation et de la médecine ont modifié nos corps. Notre taille et notre corpulence ont changé, notre résistance aux maladies et à la douleur aussi, mais nous ne nous en rendons pas compte car ces changements nous sont devenus naturels. Il en sera de même avec les ­machines intelligentes, qui vont bouleverser non seulement notre quotidien mais aussi notre manière d’être au monde.

Serge Tisseron est psychiatre, docteur en psychologie et, depuis 2015, membre de l’Académie des technologies. Il a cofondé, en 2013, l’Institut pour l’étude des relations homme/robots (IERHR), dont il est toujours un membre actif.

Les robots vont modifier la psychologie ­humaine autant que les progrès de l’alimentation et de la médecine ont modifié nos corps. Notre taille et notre corpulence ont changé, notre résistance aux maladies et à la douleur aussi, mais nous ne nous en rendons pas compte car ces changements nous sont devenus naturels. Il en sera de même avec les ­machines intelligentes, qui vont bouleverser non seulement notre quotidien mais aussi notre manière d’être au monde.

Quatre domaines, au moins, seront profondément modifiés. D’abord, notre capacité à différer la satisfaction de nos désirs. Le téléphone, puis le mail, ont déjà commencé à altérer notre capacité de résistance à l’attente relationnelle : avec la livraison quasi instantanée par drone, nous allons aussi devenir intolérants à l’attente des objets. Le degré suivant sera probablement l’intolérance à nos attentes de reconnaissance, car nos robots de proximité pourront nous gratifier de quantité de félicitations et gentillesses. Dès lors, serons-nous capables de supporter que la société humaine qui nous entoure soit moins aimable avec nous ? Aurons-nous seulement envie de continuer à la fréquenter ?

Le deuxième changement concerne le rapport à la solitude et au discours intérieur. Avec nos « chatbots »[« agents conversationnels »], nous allons développer une tendance à nous raconter en permanence. Contrairement à la plupart des humains, ces machines nous ­feront constamment rebondir par des questions, des plaisanteries et des gentillesses. Pour une raison simple : la capture de nos données personnelles… Mais, du coup, la ­notion de solitude changera : la compagnie ne se définira plus seulement par la présence d’un humain, mais aussi d’une machine. Que deviendra la possibilité de se tenir à soi-même un discours intérieur, sans interlocuteur, lorsque nous serons habitués à en avoir un à demeure, prêt à nous écouter aussi longtemps que nous le voudrons ?

Lire la suite de l’article :

https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/07/12/serge-tisseron-les-robots-vont-modifier-la-psychologie-humaine_5330469_3232.html

 

Jacques Ellul

Texte de Jérôme Sainton 

En tant que chrétien, médecin et bioéthicien, ma rencontre avec la pensée de Jacques Ellul a été déterminante.

Ellul est le premier à avoir analysé et montré que la technique n’est plus un art personnalisé et adapté à telle ou telle fin. Elle est devenue la recherche standardisée du meilleur moyen dans tous les domaines, meilleur devant être compris dorénavant au sens de plus efficace, et plus efficace dans le seul ordre de la maîtrise. La technique ne reçoit plus ses fins d’un ordre extérieur. Elle s’est systématisée et progresse d’après ses propres nécessités intrinsèques. Autrement dit, la technique a capté l’éthique. Son autonomie s’impose à la conscience des personnes. Elle est pour eux une loi morale qui leur impose ses règles du bien faire (alors que, traditionnellement, l’éthique visait à faire le bien). On le retrouve en médecine, de façon très remarquable, où les soignants sont soumis à ce double impératif : obligations de moyens d’un côté, exclusion de la conscience de l’autre. À ce niveau, les discours censés dire l’éthique de nos actes ne sont que des discours compensatoires, qui servent à justifier la technique. Ce que l’on pourrait appeler aujourd’hui « l’illusion bioéthique » relaie ou prolonge ce qu’Ellul appelait « l’illusion politique ».

À l’intérieur de ses structures, ce « système technicien » réunit et fait travailler ensemble des individus de plus en plus séparés entre eux. La rupture des relations personnelles authentiques est probablement l’une des conséquences les plus graves de notre époque. La relation humaine simple est dévaluée et la parole proprement humiliée. S’y substitue la technicisation des relations, par la communication, la publicité et le droit. Le corollaire de cette « solitude en masses » est la nécessité pour l’individu d’une conformation toujours plus grande aux structures, afin de se sentir intégré. Ce qu’Ellul a montré dans son analyse de la « propagande », c’est-à-dire le remède secrété par le système lui-même pour répondre au besoin de partage, qu’il transforme en nécessité de se fondre dans un groupe et d’adopter une idéologie collective qui fasse cesser la solitude.

À cela, Ellul oppose la fidélité au Christ, et l’éthique qui en découle, ou plutôt, trois éthiques :

  1. une éthique de la Liberté (qui correspond à l’Espérance),
  2. une éthique de la Sainteté (qui correspond à la Foi),
  3. et une éthique de la Relation (qui correspond à l’Agapé).

Dans ce monde technicien soumis à l’histoire de Babel, ville construite pour enclore la totalité humaine et d’où le transcendant doit être éliminé, affirmer un transcendant par rapport au technique, voilà en effet ce qu’il convient de faire : « Ne vous conformez pas au siècle présent » (Romains 12,2). Cet appel à la liberté et à la fidélité, que seul le Dieu de Jésus Christ peut combler, fait écho à celui des membres éminents d’autres familles chrétiennes. Comme les catholiques (et papes) Jean-Paul II et Benoît XVI, comme l’anglican C.S. Lewis, le protestant Jacques Ellul fait partie de ces témoins qui nous invitent à déployer grandes les deux ailes de notre esprit : la foi et la raison.

Les robots #2 // Humanoïdes sans limites

La dimension affective apportée par l’humanoïde est la conséquence du vide spirituel de l’être humain.
Ce vide spirituel que ne comblera pas un objet humanoïde, conçu artificiellement, qui interagira en l’absence de toute identité le reliant à la transcendance. Une machine dotée de l’apparence d’un corps, mais sans réelle conscience humaine, sans âme, sans vie réelle, sans esprit, « En supposant qu’on parvienne à construire un robot androïde, dont la complexité s’approcherait de celle de l’homme, il lui manquerait cette ouverture à la transcendance, qui ne peut jaillir spontanément de l’interaction des causes immanentes » .

Le plus inquiétant est à venir, Ces robots pourraient demain envahir le quotidien, devenir des humanoïdes de compagnie, remplaçant nos animaux. Des « êtres » domestiqués, mais sans âme et sans esprit, reproduisant artificiellement des comportements dans une apparence humaine. L’humanoïde pourrait ainsi, être à terme le compagnon d’une vieille dame isolée, le substitut pour un enfant d’une maman trop souvent absente, ou bien pire, être une poupée sexuelle interactive, un partenaire interactif, comblant les besoins émotionnels et affectifs de personnes isolées .

La dimension affective apportée par l’humanoïde est la conséquence du vide spirituel de l’être humain.
Ce vide spirituel que ne comblera pas un objet humanoïde, conçu artificiellement, qui interagira en l’absence de toute identité le reliant à la transcendance. Une machine dotée de l’apparence d’un corps, mais sans réelle conscience humaine, sans âme, sans vie réelle, sans esprit, « En supposant qu’on parvienne à construire un robot androïde, dont la complexité s’approcherait de celle de l’homme, il lui manquerait cette ouverture à la transcendance, qui ne peut jaillir spontanément de l’interaction des causes immanentes » .
En revanche, l’être humain se livrera en quelque sorte à une forme de démon humanoïde, il se livrera, comme l’écrivait Baudelaire, de manière quasi prémonitoire à Satan :

«Se livrer à Satan… », selon Baudelaire, « …c’est croire qu’on en a fini avec lui et que l’on s’en tirera bien tout seul, grâce à ses bons sentiments et ses puissantes machines : « Nous périrons par là où nous avons cru vivre. La mécanique nous aura tellement américanisés, le progrès aura si bien atrophié en nous la partie spirituelle que rien parmi les rêveries… anti naturelles des utopistes ne pourra être comparé à ses résultats positifs. »