L’homme Cyborg : Rien de nouveau sous le soleil…

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L’homme mutant préfigurant le post-humain sera-t-il le prochain stade de notre évolution ? La profusion de produits technologiques de ces nouveaux artefacts, familiarise et conditionne l’homme sur l’avènement d’une suprématie de la technologie qui embrassera le monde ou l’embrasera.  La promesse de se façonner, en s’appuyant sur les convergences technologiques de l’informatique, de l’information cognitive, de la génétique et de la bio technologie afin de rendre possible la greffe l’homme avec de nouveaux attributs décuplant une puissance démiurgique se fait réalité. Pourtant l’homme mutant, l’homo cyborg ou l’homme « machinisé » est bien ancré lui aussi dans la mémoire de notre humanité, l’androïde comme nous pouvons le concevoir aujourd’hui appartient lui aussi à l’imaginaire des grands mythes qui ont façonné la civilisation antique grecque et romaine. Un des visages qui préfigure l’homme « machinisé » est cette création en ivoire qui représente la nymphe Galatée dont le sculpteur Pygmalion fut éperdument amoureux. La statue reçut le souffle de vie qui lui avait été donné par la déesse de l’amour Aphrodite. Ce rêve d’embrasser l’objet de ses désirs ou de fantasmer la reprogrammation de notre cerveau dans un robot, est finalement celui des transhumanistes. Ces transhumanistes comme le sculpteur Pygmalion qui caressent le désir eux aussi de se laisser fasciner par un objet pensant et interactif, également implantable à notre cerveau qui devient pour le coup un objet vivant ou un supplétif hybridé qui renforce nos capacités cognitives. Toute la littérature qui traverse l’histoire de notre humanité et précède cette fameuse « singularité technologique »[1] est tout simplement fascinante ! Que dire également de ce géant de Bronze Talos forme d’automate forgé par Héphaïstos le Dieu du Feu, gardien de l’île de Crête. L’imagination de l’homme bien au-delà d’un environnement qui serait celui des machines, transcende toute la dimension technique. Cette imagination devance les plus grandes innovations technologiques que nous connaissons à ce jour. De l’androïde humanisé à l’homme machinisé, bien plus tôt qu’Isaac Asimov qui imagina le personnage de Andrew le robot, le romancier Edgar Allan Poe nous dépeint le personnage d’un général rafistolé, rebricolé à partir de prothèses. En 1879 le journaliste Edward Page Mitchell publia lui aussi une nouvelle tout à fait remarquable « L’Homme le plus doué du monde », l’écrivain qui baignait dans le monde paranormal et surnaturel fut le premier à imaginer un ordinateur “pensant” trois quarts de siècle avant que l’idée ne germe elle aussi chez les romanciers de science-fiction. En se basant sur les travaux du mathématicien Charles Babbage qui fut le premier inventeur à concevoir une machine analytique, une calculatrice mécanique, appelée machine à différences destinée au calcul et à l’impression de tables arithmétiques, et d’Ada Lovelace une des grandes pionnières de la science informatique, Edward Page Mitchell imagina également la pensée artificielle, mais aussi le cyborg, en effet dans une nouvelle, il conçut  que le cerveau d’un simple d’esprit pouvait être remplacé par celui d’un ordinateur.

L’homme cyborg ne relève plus seulement de l’imaginaire d’Homère et les poèmes d’Hésiode, ou des romanciers de science-fiction contemporains ou non mais bien d’une réalité qui est aujourd’hui aux portes de notre humanité.

A lire également… Les cyborgs sont déjà là… !

https://hitek.fr/actualite/cyborgs-parmi-nous-20-personnes_5727

[1] Source Wikipédia : La singularité technologique est l’hypothèse selon laquelle l’invention de l’intelligence artificielle déclencherait un emballement de la croissance technologique qui induirait des changements imprévisibles sur la société humaine.

Il faut encore débattre autour du cas de Vincent Lambert

A lire l’article complet sur le blog de via Il faut encore débattre autour du cas de Vincent Lambert — Espace détente, poésie, judaïsme et lutte contre la désinformation

Les clefs véritables de cette tragique affaire ont été données par deux articles remarquables :

  • L’un est celui de Michel Houellebecq, « Vincent Lambert, mort pour l’exemple », paru dans Le Monde du 12 juillet. Avec une grande concision, Michel Houellebecq montre qu’il n’est nullement dupe des « fausses pistes ». Il traite même, en quelques mots, la question de la souffrance, en expliquant qu’elle est souvent physique, et qu’elle est alors traitable, supprimant du coup la plupart du temps la souffrance morale. Il remarque surtout que c’est la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui a demandé le pourvoi en cassation, alors même que le président Macron avait déclaré vouloir rester en dehors de l’affaire. En agissant ainsi, la ministre savait qu’elle condamnait Vincent Lambert, car elle connaissait évidemment à l’avance ce que serait l’avis de la Cour. Pourquoi l’a-t-elle fait ? Parce que les forces pro-euthanasiques sont très puissantes dans notre pays, et que la révision, à l’automne prochain, des lois dites « bioéthiques » (alors qu’elles devraient être purement « biologiques », pas mort = vivant = être humain = respect de son corps et de sa vie) sera évidemment l’occasion, « souffrance » de Vincent Lambert aidant, d’introduire dans le processus de « fin de vie » des dispositions plus spécifiquement « actives » que le simple arrêt des soins. L’objectif ultime étant l’euthanasie, encore et toujours, on peut leur faire confiance pour pousser, autant qu’il sera possible, dans ce sens.
  • L’autre est l’article de Jean-Marie Le Méné, « Pour l’Etat, tuer Vincent Lambert était un devoir », dans Valeurs Actuelles du 11 juillet. Avec l’attendu de l’arrêt de la Cour prononcé par le Procureur François Molins, « consacrer le droit à la vie comme une liberté à “valeur suprême” aurait aussi pour conséquence immédiate la remise en question de la loi dite Leonetti en faveur des malades et des personnes en fin de vie ou encore celle relative à l’interruption volontaire de grossesse », l’auteur dévoile la vraie raison idéologique : ce n’est plus la considération sur ce qu’est la vie humaine ni sa protection qui est l’important, mais le fait de sécuriser les dispositions concernant l’IVG d’une part et l’euthanasie d’autre part (c’est-à-dire, dans les deux cas, le pouvoir de certains hommes sur la vie des autres), contre toute remise en cause. Eh oui, nous en sommes là. C’est à proprement parler la société eugénique que l’on veut construire. En filigrane, on comprend aussi que l’exigence, dans un pays de plus en plus vieillissant, de se donner des moyens idéologiques, juridiques et médicaux pour éliminer les malades et les « vieux », alors même qu’on ne souhaite nullement remédier aux carences de notre natalité, est aussi un besoin économique essentiel.

De grâce, ne nous laissons pas embarquer dans les fausses directions et les traquenards du « jeu de l’oie » bioéthique, que l’on nous complique à loisir. Eux voient clair, pourquoi pas nous ?

 

Service des urgences de l’hôpital Bichat à Paris – Jérôme Mars, JDD/SIPA ___________________________________________________ Après avoir publié sa tribune sur l’affaire Lambert, et lu les réactions qu’elle a suscitées, François Martin a souhaité poursuivre la réflexion. D’autant qu’une actualité en chassant une autre, le débat sur l’euthanasie semble déjà loin à certains! Mon dernier article a suscité […]

via Il faut encore débattre autour du cas de Vincent Lambert — Espace détente, poésie, judaïsme et lutte contre la désinformation

Teilhard de Chardin et sa vision transhumaniste de notre humanité

Auteur : Eric LEMAITRE

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La théologie de la noosphère chez Teilhard de Chardin est fondée sur une conception évolutionniste de l’univers intriquant la matière et l’esprit, « l’Esprit qui entraîne et soutient constamment la Matière dans l’ascension vers la Conscience, c’est la matière, en revanche, qui permet à l’esprit de subsister en lui fournissant constamment un point d’action et un aliment. (…) Matière et Esprit ne s’opposent pas comme deux choses, comme deux natures, mais comme deux directions d’évolution à l’intérieur du Monde [1]». S’il est vrai que le théologien a une vision Christique de l’univers, loin d’une conception panthéiste, immanente et matérialiste défendue par les transhumanistes, il n’empêche que Teilhard imagine l’agrégation des intelligences ou plutôt des consciences multiples se mêlant aux évolutions fulgurantes de la technologie, reconnaissons que Teilhard n’imagine pas ici la fusion des êtres dans un grand tout « comme le grain de sel se dissout dans la mer », mais il perçoit le rapprochement des êtres pour former une union. Pour Teilhard  cette union résultera autant des progrès moraux que des progrès technologiques « chaque machine, ne s’engendre plus qu’en fonction de toutes les autres machines de la terre ; et de plus en plus aussi, toutes les autres machines de la terre prise ensemble, tendent à former une seule grande machine organisée [2]». Teilhard ajoute que le noyau inventif de « cet immense appareil » technologique sera « le foyer pensant de la Noosphère ». Cette vision développée par Teilhard relève bien d’une conception plus proche d’une vision transhumaniste et gnostique que de celle qui émane des écritures Bibliques. Jean l’auteur de l’évangile du même nom, rappelle dans le livre de l’Apocalypse que Dieu crée de nouveaux cieux et une nouvelle terre, l’homme n’est donc pas à l’ouvrage dans l’émergence d’une nouvelle cité, appelée la « Nouvelle Jérusalem [3]» et en outre il n’est nullement question d’une fusion des êtres, mais d’êtres humains transformés pour servir Dieu et Dieu manifestant sa gloire en eux. Or la vision de Teilhard est aux antipodes de la vision biblique, Teilhard, voit l’homme comme un acteur moral, totalement impliqué dans la transformation et l’évolution de la création et il s’émerveille de la fécondité inventive de l’homme et des capacités interactives de l’être humain via ses inventions, de rendre possible l’achèvement d’un projet qui participerait à l’accroissement de conscience, « Pourquoi… » s’interroge Teilhard «… ne serait-ce pas la machine industrielle qui libérerait l’humanité[4] ». N’écrit-il pas dans l’avenir de l’homme « je songe à la montée insidieuse de ces étonnantes machines à calcul qui grâce à des signaux combinés à raison de plusieurs centaines de mille par seconde, non seulement viennent soulager notre cerveau d’un travail fastidieux et épuisant, mais parce qu’elles augmentent en nous, le facteur essentiel…de la vitesse de la pensée, sont en train de préparer une révolution dans le domaine de la recherche [5]». Teilhard poursuit en indiquant que ces machines à calcul reliées les unes aux autres, inéluctablement formeront un super cerveau « capable de s’élever à la maîtrise de quelque super domaine dans l’univers et dans la pensée ». Cette théologie promue par le penseur fait ainsi valoir que les consciences vont finalement s’agréger de la même façon que les molécules se sont assemblées, pour transmuter brusquement « de l’inerte au vivant » et puis finalement de consciences multiples à une supra conscience. Cette conception de Teilhard est finalement et ainsi très proche d’une vision gnostique, puisque l’homme participe à l’achèvement d’un projet divin pour éradiquer le mal. Le mal étant dans le multiple pour Teilhard et finalement l’humanité est appelée à converger vers l’unification et non la juxtaposition pour effacer la dimension du mal. Ainsi pour Teilhard de Chardin, l’univers se trouve dans un état d’évolution continue dans laquelle l’évolution humaine est une partie intégrante. L’univers est pour le Théologien un univers en convergence vers l’union avec Dieu, à travers un accroissement continu de la conscience qui finira par nous conduire vers l’harmonisation absolue.

Ce récit philosophique de Teilhard relève également et selon moi d’une pure spéculation transhumaniste fondée sur une croyance quasi gnostique que la technologie est le moyen salutaire[6] de parvenir à l’harmonie de l’humanité réconciliée avec elle-même.  Cela n’est pas sans rappeler les propos figurant dans un rapport américain publié en 2002[7] « Quand les technologies du XXIème siècle convergeront, l’humanité, grâce à elles, pourra enfin atteindre un état marqué par la paix mondiale, la prospérité universelle et la marche vers un degré supérieur de compassion et d’accomplissement ». Dans « l’avenir de l’homme », Teilhard soutient la même thèse celle décrite dans ce rapport évoquant les convergences technologiques au service d’une paix mondiale et d’une prospérité universelle, il indique ainsi qu’un réseau mondial se forme imbriquant la dimension économique et psychique et qu’ « il deviendra impossible d’agir et de penser autrement que sous une forme solidaire », l’humanité progressivement et subrepticement se « céphalise » grâce aux convergences technologiques qui l’entrainent dans son évolution et la perfectibilité du genre humain. Nous voyons bien que les propos de Teilhard sont bien éloignés de la vision que restitue les évangiles et dont le message est d’ailleurs bien plus ancré dans la dimension de la nature et très éloigné du discours technologique.

[1] Citation de Pierre de Teilhard de Chardin, Œuvres IX, 78-79

[2] Citation extraire du Livre l’avenir de l’homme Pierre Teilhard de Chardin Editions Sagesse page 188.

[3] Apocalypse 21.9-22.5, ce passage décrit la ville créée par Dieu afin d’y manifester sa gloire.

[4] Citation extraite du Livre l’énergie humaine Pierre Teilhard de Chardin « L’énergie humaine » Editions Sagesse page 105.

[5] Citation extraire du Livre l’avenir de l’homme Pierre Teilhard de Chardin Editions Sagesse page 190.

[6] Cette conception de Teilhard est très éloignée de l’annonce de la croix qui sauve l’humanité de son péché.

[7] Document officiel de l’autorité fédérale américaine, la National Science Foundation, (NSF) qui a lancé en 2002 ce programme interdisciplinaire.

Neil Postman : Étourdir ou Museler la conscience

L’attention n’est plus celle donnée aux autres, mais à celle donnée à nos objets toujours augmentés, à la ronde perpétuelle des divertissements, ces « vaudevilles » et « babillages » diffusés à longueur de journée par nos écrans[3]. La société transhumaniste développe ses supports numériques qui agissent en nous comme de véritables « derricks[4] », de véritables plateformes pétrolières, aspirant les données de toutes nos consommations quotidiennes associées aux usages que nous faisons de nos smartphones et autres objets de communication. Aussi comme le souligne Bruno Patino dirigeant de presse, et auteur du livre « la civilisation du poisson rouge », la prédation s’est greffée sur nos usages numériques « c’est la prédation de notre attention ». Or plus notre vie intérieure est forée par les derricks du monde numérique, plus ce monde corrompt et endommage, la source de vie qui nourrit notre âme. Quelle est donc la valeur morale d’une société quand cette dernière promeut la culture consumériste comme la seule dimension qui vaille ?

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Auteur : Eric LEMAITRE

Entre deux Léviathans : le monde de Orwell « 1984 » et le monde de Huxley « Le meilleur des mondes », le léviathan que nous aurions à craindre, n’est pas celui de Orwell qui muselle la conscience, mais bien le « Meilleur des mondes » qui l’étourdit. Pour Neil Postman[1], les gens viendront à aimer et à apprécier ce qui les opprime finalement, ils se laisseront volontiers déposséder de leur liberté préférant l’hédonisme et les petits plaisirs « ils finiront par aimer « [2]les technologies qui détruiront leur faculté de penser ». 

Nous sommes aujourd’hui dans le temps volé, le temps gaspillé, le temps des âmes devenues les otages de prédateurs qui maîtrisent les communications chronophages, celles qui phagocytent notre relation qui n’est plus ainsi donnée aux autres. Ce temps volé est bien l’assèchement de ce qui nous relie aux autres. Je consultais et visualisais une page de couverture d’une revue qui titrait « notre planète a soif » avec l’illustration d’une photo présentant un sol craquelé, morcelé, un sol désolidarisé et asséché. Si le monde semble bien frappé par une crise climatique, ce même monde ne semble pas avoir compris qu’une crise des consciences est également en cours. Cette crise est celle des consciences asséchées, une crise aussi cataclysmique que celle qui concerne le climat, car cette crise affecte la dimension relationnelle. Elle provoque la désocialisation créant le délitement de la communauté. Le transhumanisme qui vante et promeut l’individu est finalement un processus de démantèlement de la conscience collective, son projet est bel et bien de détruire ce qui me relie à l’autre pour amorcer cette subordination aux objets de la civilisation transhumaniste. L’enjeu d’une telle civilisation sera dès lors de capter l’attention, et de me détourner de toute vie intérieure et de toute vie relationnelle et aimante.

Les nouveaux « derricks » chasseurs de data

L’attention n’est plus celle donnée aux autres, mais à celle donnée à nos objets toujours augmentés, à la ronde perpétuelle des divertissements, ces « vaudevilles » et « babillages » diffusés à longueur de journée par nos écrans[3]. La société transhumaniste développe ses supports numériques qui agissent en nous comme de véritables « derricks[4] », de véritables plateformes pétrolières, aspirant les données de toutes nos consommations quotidiennes associées aux usages que nous faisons de nos smartphones et autres objets de communication. Aussi comme le souligne Bruno Patino dirigeant de presse, et auteur du livre « la civilisation du poisson rouge », la prédation s’est greffée sur nos usages numériques « c’est la prédation de notre attention ». Or plus notre vie intérieure est forée par les derricks du monde numérique, plus ce monde corrompt et endommage, la source de vie qui nourrit notre âme. Quelle est donc la valeur morale d’une société quand cette dernière promeut la culture consumériste comme la seule dimension qui vaille ? C’est Neil Postman qui nous relate « [5]qu’à une époque de technologie avancée, la dévastation spirituelle risque davantage de venir d’un ennemi au visage souriant que d’un ennemi qui inspire les soupçons et la haine. Dans la prophétie de Huxley, Big Brother ne cherche pas à nous surveiller. C’est nous qui avons les yeux sur lui, de notre plein gré. Nul besoin de tyran, ni de grilles, ni de ministres de la Vérité… ». C’est ainsi que docilement, nous avons fini par accepter la souveraineté des « derricks numériques », nous avons tellement cru à la dimension du progrès, que nous n’avons pas réellement pris conscience que l’alphabet numérique était sur le point de façonner, de conditionner nos esprits puis de  transformer nos comportements en êtres corvéables.

Or de toute évidence, le monde transhumaniste ne peut en soi se déployer que s’il accède à cette capacité de nous distraire, de nous divertir de nous-même, voire même de modifier génétiquement les comportements des êtres humains pour obtenir d’eux plus de docilité, de malléabilité.  L’ère transhumaniste l’emportera et ne s’accomplira que si ses artefacts sont réellement parvenus soit à étourdir ou à museler notre conscience, à endormir notre capacité de penser. Or les signaux d’un tel monde nous sont déjà renvoyés, eu égard à l’abondance des consciences rivées sur leurs écrans, dépendantes des messages, de cette abondante dopamine émanant des réseaux sociaux, déversée également par les flots continuels d’informations reçus quotidiennement.

La modernité de notre époque est dominée par des formes d’idolâtrie et une nouvelle féodalisation celle de nos écrans.

Les écrans occupent une place envahissante dans nos vies et personne n’évite leurs pouvoirs captivants et assujettissants. Je n’échappe pas moi-même à l’addiction cathodique, à celle du smart phone, de la tablette, de l’ordinateur. J’éprouve aussi ce sentiment bizarre d’être comme dans un « bocal numérique », ce sentiment étrange d’être ainsi enserré ou piégé dans les griffes des algorithmes de l’internet.   Quotidiennement nous faisons l’objet, de stimuli, de sollicitations liées aux multiples notifications et autres signaux d’informations émanant de nos écrans. Les économistes comme les sociologues ont donné un nom à ce phénomène qu’ils ont appelé l’économie de l’attention. Une bataille économique se livre en effet dans les esprits, il s’agit de retenir l’attention, de la capter, de la solliciter, de la détourner. L’attention est devenue une ressource, une ressource même rare tant les sollicitations sont plurielles, innombrables. L’attention est le véritable enjeu pour le monde de l’économie numérique. Sur ces marchés de l’attention, nous sommes ainsi comme consommés, gérés par nos artefacts qui viennent en quelque sorte grignoter une part de nous-même, éroder une part de notre vie intérieure, une part finalement de notre conscience. Nous nous laissons ainsi comme absorbés, vampirisés par les signaux numériques. C’est comme si toute notre conscience se laissait elle-même impacter par le pouvoir des images, divertir par ce cirque numérique, nous laissant entraîner dans l’indolence, l’apathie d’un divertissement de notre âme. Or je pressens chez bon nombre de contemporains une forme de fatigue, de saturation, d’épuisement et d’incapacité finalement à réagir, l’impossibilité de s’opposer vigoureusement à cette force captivante qui veut s’emparer de toute notre âme. Nous nous laissons entraîner comme emportés par la spirale de l’ennui, la volupté de la monotonie, il est devenu ainsi comme vital de nous distraire. L’économie de l’attention nous plonge peu à peu dans la somnolence, l’engourdissement et la paresse de discerner ce qui est utile ou non. Pour Neil Postman, nous devons redouter cette post modernité en ce sens qu’elle porte en soi les germes d’une forme de destruction de nous-même, en raison du plaisir qu’elle nous inflige « au point que nous en soyons réduits à la passivité et à l’égoïsme[6] »

Dans cet univers dystopique du transhumanisme, deux mondes possibles de l’information finalement se dessinent, celui du meilleur des mondes nous abreuvant d’une multitude de messages, de communications, ou rien, nous est en soi interdit, nous pouvons tout lire, tout découvrir, ou bien c’est le monde du contrôle, de la conscience entravée, tenue en laisse comme ligaturée. Ces deux mondes existent bel et bien, incarnés par les consumérismes d’état ou celui de sphères économiques privées. La chine est le symbole même de la totalisation des esprits sanglés, le monde occidental libéral et libertaire celui des esprits que l’on étourdit, que l’on distrait. D’un côté il convient de distraire puis d’anéantir l’âme, de l’autre il faut soumettre et de nous déposséder de toute liberté. Des deux côtés, la conscience devient littéralement passive parce qu’assommée. Rappelant la pensée de Aldous Huxley, Neil Postman l’auteur de « se distraire à en mourir » évoque à nouveau l’apathie de la conscience « qui s’est adaptée aux distractions technologiques ». Dans le monde néo consumériste, il faut à tout prix inoculer du plaisir dans l’esprit des gens, provoquer une forme d’ivresse, par l’abondance de biens et d’images. Pour Neil Postman la tragédie de notre époque ne sera « pas de rire au lieu de penser, mais de ne pas savoir pourquoi ils riaient et pourquoi ils avaient arrêté de penser[7] ». Réveiller la conscience semble être la seule alternative, elle passait selon Neil Postman par l’école, mais nous assistons à cette longue dérive de l’école, elle-même happée par l’aspiration du bocal numérique, conditionnant les futures générations à l’ère d’un monde transhumaniste qui aura su harponner la conscience intérieure afin de nous conduire à une absolue docilité sous peine de mourir.

[1] Neil Postman 1931 – 2003) critique culturel et théoricien des médias américain

[2] Citation extraite du livre « se distraire à en mourir » de Neil Postman Editions Pluriel page 14

[3] Propos inspirés par la lecture « Se distraire à en mourir » de Neil Postman Edition Pluriel page 232

[4] Le terme « derrick » est utilisé comme une métaphore il fait référence à ces tours en bois ou en métal soutenant le dispositif de forage d’un puits de pétrole

[5] Citation extraite du livre « se distraire à en mourir » de Neil Postman Editions Pluriel page 232

[6] Citation extraite du livre « se distraire à en mourir » de Neil Postman Editions Pluriel page 14

[7]  Citation extraite du livre « se distraire à en mourir » de Neil Postman Editions Pluriel page 242

Jürgen Habermas ; La technique et la science comme « idéologie » ..

« La technique et la science comme idéologie » est un livre passionnant que nous vous recommandons … Le livre est écrit par l’un des plus grands sociologue de notre temps Jürgen Habermas… l’auteur voit dans la technique une forme de projet métaphysique échappant à l’homme, une créature autonome qui le dépossédera. A la suite de Jacques ELLUL, l’auteur pressent à moyen terme la fusion entre la technique et le cadre institutionnel de la société. Pour J.Habermas nous assistons à une forme d’industrialisation de la vie sociale « avec cette conséquence que les critères de l’activité instrumentale pénètrent aussi dans d’autres domaines de l’existence (urbanisation du mode de vie, technicisation des échanges et des communications »…De fait nous assistons à la lente planification d’une « rationalisation croissante de la société« .

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« La technique et la science comme idéologie » est un livre passionnant que nous vous recommandons … Le livre est écrit par l’un des plus grands sociologue de notre temps Jürgen Habermas… l’auteur voit dans la technique une forme de projet et de cheminement « métaphysique » (Terme utilisé par Heidegger) échappant peu à peu à l’homme, une créature autonome qui le dépossédera.  Un projet métaphysique appliqué non seulement au domaine industriel, mais aussi dans les services, la distribution et même dans les usages du divertissement, des loisirs et de toutes  les formes de consommation .

A la suite de Jacques ELLUL, qui analysait le système technicien comme un ensemble de mécanismes qui répondent à la recherche de l’efficacité dans toutes les sphères de la vie sociale et économique, l’auteur J.Habermas pressent à moyen terme la fusion entre la technique et le cadre institutionnel de la société. Pour J.Habermas nous assistons finalement  à une forme, d’industrialisation de la vie sociale du fait de la recherche même de la performance « avec cette conséquence que les critères de l’activité instrumentale pénètrent aussi dans d’autres domaines de l’existence (urbanisation du mode de vie, technicisation des échanges et des communications »…De fait nous assistons à la lente planification d’une « rationalisation croissante de la société« . L’industrialisation de la vie sociale s’accompagnera nécessairement d’une dépolitisation des populations afin comme l’écrit le philosophe, de prévenir toute contestation sociale, de « s’immuniser contre la remise en question de son idéologie ». Jürgen Habermas ajoute qu’ « a fortiori des interventions au niveau de la transmission génétique des informations pourraient permettre demain un contrôle encore plus profond des comportements, alors les anciennes  zones de conscience ne pourraient se trouver  qu’entièrement asséchées » .  Il s’en suivrait une auto régulation de l’être humain ou plutôt de l’homme machinisé soumis aux normes d’une société rationalisant nos systèmes de pensées et contrôlant les actes qui en découlent.

La vision de J.Habermas n’est-elle pas confirmée par la recherche de l’efficience puis par la dimension normative qui s’est imposée, n’est-elle pas entérinée par le poids de la réglementation. La société déjà dominée voire engluée par la complexité et la rationalisation scientifique est sur le point ainsi de basculer vers la singularité  (le point hypothétique de l’évolution technologique) et finalement, le despotisme éclairé de l’intelligence technique régulé par les algorithmes. Toutes les sphères touchant le comportement s’en remettront demain à la mathématisation de la vie sociale…Nous glissons ainsi vers un nouveau modèle politique qui prend la forme d’une technocratie, où la machine numérique colonisera l’ensemble des activités humaines, puis supplantera bel et bien l’homme.

Ainsi la technique exclura l’interférence de l’humain dans les processus de décision, ce qui est déjà la cas dans les salles de marchés où les algorithmes ont fait main basse dans les processus de transactions à haute fréquence qui caractérise le monde boursier. Le monde de la distribution via la multiplication des transactions numériques n’est pas en reste, organisant ses réseaux pour tracer, influencer, orienter les choix des consommateurs. Il semble dès lors important en consultant l’oeuvre réflexive de J.Habermas de prendre la mesure de ce changement de paradigme concernant l’accélération des changements technologiques qui envahissent l’environnement humain.

Petite précision au passage le livre La technique et la science comme « idéologie » a été écrit en 1990. Là encore une anticipation quasi prémonitoire qui devrait nous conduite à réfléchir.. :

Aussi un conseil, cet été lisez puis pensez et enfin transmettez ….

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Tel/La-Technique-et-la-science-comme-ideologie

L’arrogance transhumaniste

Si l’amour de soi et la dimension de l’avidité à toujours posséder plus, constituent finalement la matrice d’une appétence pour les biens augmentés, il n’est pas contestable que l’arrogance est une posture qui conduit l’homme à cette recherche inénarrable de la toute-puissance, cette envie de posséder éventuellement l’objet qui reflète en quelque sorte le besoin d’exprimer une forme d’autorité.  Ainsi l’arrogance est bien le prolongement d’une forme de narcissisme, d’amour de soi, une manifestation, une posture de l’hégémonie qui peut naître ou résulter de cette volonté de disposer des attributs qui me donnent l’illusion de la supériorité, l’illusion d’une supériorité physique, intellectuelle, une forme de pathologie déviante exprimée par la soif d’impressionner les autres, de désir de pouvoir, d’équipements cognitifs ou de nouvelles prothèses qui confirmeront ma supériorité, ou ce besoin impérieux d’écraser, d’imposer une forme de force, d’autorité.

Auteur Eric LEMAITRE 

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Si l’amour de soi et la dimension de l’avidité à toujours posséder plus, constituent finalement la matrice d’une appétence pour les biens augmentés, il n’est pas contestable que l’arrogance est une posture qui conduit l’homme à cette recherche inénarrable de la toute-puissance, cette envie de posséder éventuellement l’objet qui reflète en quelque sorte le besoin d’exprimer une forme d’autorité.  Ainsi l’arrogance est bien le prolongement d’une forme de narcissisme, d’amour de soi, une manifestation, une posture de l’hégémonie qui peut naître ou résulter de cette volonté de disposer des attributs qui me donnent l’illusion de la supériorité, l’illusion d’une supériorité physique, intellectuelle, une forme de pathologie déviante exprimée par la soif d’impressionner les autres, de désir de pouvoir, d’équipements cognitifs ou de nouvelles prothèses qui confirmeront ma supériorité, ou ce besoin impérieux d’écraser, d’imposer une forme de force, d’autorité.

La soumission et la domestication de la nature aux fantasmes de la Silicon Valley est bien là l’expression de l’arrogance, le souhait de transgresser les interdits d’hier, de s’en affranchir pour prétendre à une nouvelle vision du monde, gommant les représentations qui ont façonné « l’ancien monde ». Une amie écoutant mon intervention lors d’un exposé sur l’anthropologie transhumaniste, m’indiqua de consulter un passage de la Bible dans 2 Chroniques 26.15[1], dans ce passage, ce qui est en effet interpellant, n’est pas finalement le problème posé par l’innovation mécanique conçue par un ingénieur et qui devait assurer la défense d’Israël, mais bien l’usage et le rapport à la machine. Le Roi Ozias a en effet fait un mauvais usage de cette machine destinée à défendre Jérusalem, la conception de cette machine par un ingénieur lui permit en effet d’étendre son pouvoir et de bâtir sa renommée. Lorsque le Roi Ozias eût affermi, « son cœur » nous rapporte le livre des Chroniques, « s’enhardit jusqu’à entrainer sa perte », le roi Ozias s’enhardit finalement de ses succès, de ses réussites. La toute puissance du Roi Ozias résultant des inventions ont fini par lui garantir son autorité, cette toute puissance l’emmena finalement à transgresser les interdits religieux d’Israël, puisqu’il avait l’intention d’administrer lui-même le temple en s’appropriant en quelque sorte l’exercice du culte. Ce roi ne se donna plus aucunes limites du fait d’un appétit quasi hégémonique. Cet appétit hégémonique qui est dans le cœur des ingénieurs de la Silicon Valley et de l’Etat Chinois qui rêvent de faire naitre l’âge d’or du fait de la confluence des grandes avancées technologiques qui vont façonner demain les demandes, les désirs des consommateurs, eux-mêmes devenus les gisements de ces nouveaux empires numériques puisant à partir de ces nouvelles ressources, les nouvelles royalties, les pétrodollars, ou devrai-je plutôt écrire les « pétrodata ».

L’arrogance c’est lorsque nous ne sommes plus déterminés à fixer des bornes, ce qui fut le cas du Roi Ozias, qui ne donna aucune limite à l’hégémonie de son pouvoir politique tant il fut fasciné par le pouvoir que lui conférait le succès de ses machines. Grisé par ses succès techniques, le roi Ozias souhaita aussi investir la sphère religieuse qui lui était interdite selon la loi juive. Le monde des ingénieurs de la Silicon Valley, eux-mêmes étourdis par les nouveaux gisements que leur offrent ces nouvelles technologies absorbant l’or noir de nos datas, se caractérise ainsi par une idéologie ou bien une nouvelle théologie qui entend bien ne donner, plus aucune limite, souhaitant investir tous les domaines, en transgressant tous les champs de la vie sans respect pour la condition humaine et la dimension qui touche à la liberté de l’homme. Cette soif de posséder toutes les données de la vie est la condition du Roi Ozias qui entre dans le sanctuaire du temple, s’approprie l’interdit en brûlant lui-même les parfums du temple, ce passage biblique préfigure la condition de la Silicon Valley, ce monde numérique qui entre finalement dans le sanctuaire de la vie, celle de l’être humain. En aspirant à posséder finalement la conscience de l’homme et en répliquant cette conscience en aspirant créer des ordinateurs qui auront une âme, grâce à certaines propriétés quantiques, la Silicon Valley manifeste toute l’étendue de son arrogance sans conscience.   L’arrogance de la Silicon Valley [idem l’état capitaliste chinois] vise un objectif, se conférer en quelque sorte un pouvoir absolu sur la dimension de la vie, en dominant la vie, en la façonnant à coups d’algorithmes. La toute-puissance de la Silicon Valley se manifeste en ce qu’elle parla à la place de l’homme, en s’appuyant seulement sur la vision qu’elle se fait de l’homme sans consulter l’humanité, sans se laisser interpeller par le devoir de réfléchir ensemble à cette dimension qui caractérise l’âme humaine dans la dimension de sa conscience. Pour le monde des transhumanistes, l’être humain occupe seulement une place en tant qu’objet, en tant que donnée et non en tant que personne, non en tant qu’être sensible. En réalité le monisme spirituel des transhumanistes, qui nous réduit à la matière, fait de chaque homme l’expression en soi d’une donnée à capter ou à consommer, d’un objet à orienter afin qu’il consomme. Le transhumaniste est persuadé que sa vision du monde est la bonne, qu’elle doit s’imposer à tous. L’arrogance transhumaniste c’est finalement penser posséder la vérité dans le sens d’invalider ou de défaire toute autre perception et notamment celle spirituelle qui est de considérer la conscience et le sens de la vie associé à cette conscience comme étant l’empreinte de Dieu.  Réduire l’âme à un objet est une funeste arrogance, abaisser l’humain à la seule dimension des interactions biologiques ouvre finalement des perspectives mortifères, d’aliénation de la personne, d’aliénation de soi : vous ne vous appartenez plus, vous appartenez à une toute puissance arrogante qui prétend solutionner votre existence, en gérant le futur utile de votre génome, en décidant ce qui est utile, digne d’exister ou indigne d’existence. Le transhumanisme dans son arrogance entend finalement remettre en question toute la vision de la conscience de l’homme, en prétendant améliorer substantiellement la vie de son âme. L’approche transhumaniste dans sa vanité est ainsi de participer au bien-être de chaque être humain et de facto de participer à l’amélioration du monde, un beau programme qui finalement se débarrasse de tous les oripeaux de notre vieux monde et de ses principes qui recherchaient l’organisation de la cité autour du bien commun. Le transhumanisme est un formidable leurre, une fallacieuse politique de l’homme fondée sur l’égo-utilité, en déclarant ce qui est en soi bien et juste pour l’espèce humaine, surtout ce qui est bien et qui rapporte à ces centres d’extraction et de récupération de données que forment ces instruments de pompages des GAFAMI et BATX[2].

[1] 2 Chroniques 26.15-16 Il fit faire à Jérusalem des machines inventées par un ingénieur, et destinées à être placées sur les tours et sur les angles, pour lancer des flèches et de grosses pierres. Sa renommée s’étendit au loin, car il fut merveilleusement soutenu jusqu’à ce qu’il devînt puissant, Mais lorsqu’il fut puissant, son cœur s’éleva pour le perdre.

[2] BATX est un sigle forgé sur le même modèle de GAFA, il juxtapose les initiales de quatre entreprises chinoises considérées comme des « géants du net » (les puissantes multinationales liées aux TIC), à l’instar de leurs équivalents états-uniens. BATX : Baidu le Google chinois, Alibaba l’équivalent de AMAZON, Tencent applications de messageries et Xiaomi fabrication de SMARTPHONES.

Transhumanisme : Quelle anthropologie à l’heure du transhumanisme ?

 Auteur Eric LEMAITRE

V04 Conf Régionale EPUDF

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Günther Anders : La honte prométhéenne

Auteur Eric LEMAITRE

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Le mythe de Prométhée[1] est le symbole d’une humanité qui est dotée de pouvoirs démiurgiques. La figure emblématique de Prométhée est associée à plus d’un titre aux comportements humains et aux choix techniques que ces derniers engagent et qui ont des conséquences regrettables sur les écosystèmes, les grands équilibres qui gouvernent la création.

Mais revenons à l’histoire du Mythe, à l’insu des dieux, Prométhée pour réparer l’étourderie ou bévue de son frère Epiméthée qui pense après coup, vole le feu sacré de l’Olympe, il livre aux hommes nus, les attributs des divinités afin de les rendre semblables aux démiurges, il enseigne à l’homme l’art et le travail sur la matière. Dans cette fable, Prométhée sera en quelque sorte l’émancipateur de l’être humain, l’instrument de la libération de l’homme en lui conférant la capacité de fabriquer, de transformer la matière. La figure de Prométhée est finalement très proche de celle du Serpent qui fit la promesse à l’homme « nu » de devenir semblable à Dieu. Prométhée enseigne ainsi à l’homme, la métallurgie et l’art. Le mythe de Prométhée inspira la littérature philosophique et fut emparé par le philosophe Allemand Günther Anders[2].  S’appuyant sur le récit de ce fameux conte grec, le philosophe soulignait que l’homme est sur le point de devenir l’égal de ses machines qu’il a conçues, mais en passe d’être également, humilié, abaissé et dominé par les objets qu’il a imaginés puis développés.

Dans ces contextes d’humiliation produits par les instruments conçus par l’homme, Le philosophe des sciences Etienne Klein s’interrogeait sur le sens du progrès si la promesse de l’homme bionique ne comportait finalement pas en soi l’absurdité, une erreur fatale à l’homme. Etienne Klein évoquait alors dans une de ses conférences, la honte prométhéenne. La « honte prométhéenne [3]» a été défini par le philosophe Günther Anders comme « la honte qui s’empare du « honteux » (« beschämend ») devant l’humiliante qualité des choses qu’il [l’homme] a lui-même fabriquées ». L’homme conçoit et crée ainsi des robots, des programmes informatiques comme l’intelligence artificielle qui sont en passe de le dépasser voire même de l’humilier aujourd’hui de par les injonctions répétées et sophistiquées de la machine qui soumettent l’homme à ses directives « Qui suis-je désormais, se demande le Prométhée d’aujourd’hui, bouffon de son propre Parc, de machines. Que suis-je désormais ?[4] ». Dans ces situations d’humiliation associées à ces processus de mécanisation intelligente de notre monde, de honte prométhéenne comme le souligne Günther Anders, l’intelligence artificielle fascine, stupéfie, hypnotise voire même envoûte l’humanité en regard des prodiges et des prouesses techniques qu’elle peut accomplir mais potentiellement le terrorisera également en généralisant la reconnaissance faciale, le « tracking » et la surveillance généralisée des individus, l’homme franchit ainsi une nouvelle étape comme le spécifie Günther Anders, cette étape qui peut le conduire à la réification. Cette étape de la réification «… c’est le moment où l’homme accepte la supériorité de la chose », le moment où « l’homme devient l’objet de l’objet » comme l’écrira également Jacques Ellul.

L’homme expérimente ainsi et à travers ses propres créations comme une forme d’aliénation de lui-même, une perte de sa propre identité, comme ayant perdu une part, sans doute même la totalité de son humanité, lorsqu’il se sent comme dépassé, pire, submergé par sa propre création qui l’anéantit, le prive de sa dimension ontologique. L’homme ayant perdu tout lien et toute relation avec une dimension qui le transcende, se sent comme, déboussolé, désorienté, puis désarçonné de créer des produits qui seront amenés demain à le dépasser et à l’anéantir du fait qu’il est renoncé lui-même à croire qu’il fut créé, considérant qu’il est seulement le seul produit d’interactions et de causalités chimiques. L’homme pense ses objets, les conçoit, se persuade que dans cette affaire-là, l’idée d’une transcendance à l’origine de ce qu’il est, est en soi purement accidentel. Voilà l’absurdité, celle d’avoir imaginé et songé que lui [l’homme] n’est que le fruit d’un assemblage hasardeux capable d’engendrer au travers de sa propre science son propre Golem, sa propre créature, sa propre créature qui pourrait bien dénier ou démentir d’avoir été elle-même créé par l’homme ! Et si finalement nous pouvions comprendre les lois bibliques, les motifs de ces lois qui ont conduit la réprobation des cultes fétichistes, les cultes des objets muets, celles des statuettes, or l’homme est sur le point lui-même de s’agenouiller devant ses nouveaux dieux fruits de sa production industrieuse, l’homme dans la poursuite effrénée du toujours mieux finit en quelque sorte par déserter sa conscience tant l’appétit de s’extasier devant ses objets est grande au point qu’il finit même par passer du côté de ses objets, des objets qui ne nourrissent finalement aucune bonne intention en direction de l’homme « le passage de l’homme dans le camp de ses instruments [5]» est ainsi perçu par le Philosophe Günther Anders comme une véritable calamité en faisant de l’homme finalement l’instrument de son propre sabordage. Nous comprenons alors beaucoup mieux l’œuvre obsessionnel du philosophe qui fit de sa pensée une lutte contre les techniques nouvelles qui menacent l’avenir de l’espèce humaine

[1]  Dans la mythologie grecque, Prométhée est un titan frère d’Epiméthée [Epiméthée signifie celui qui réfléchit après coup], Prométhée qui pense en avance, réfléchit et songe à réparer la bévue de son frère en volant le feu, le feu sacré de l’olympe et l’attribue aux hommes afin de les rendre capables de transformer la matière, c’est Prométhée qui enseignera ainsi aux hommes l’art de la métallurgie.

[2] Günther Anders (né Günther Siegmund Stern) est un des penseurs de la technique, né en 1902 à Breslau et mort à Vienne en 1992. Il fut Ancien élève de Heidegger et le premier époux de Hannah Arendt.

[3] Günther Anders à propos de son livre L’Obsolescence de l’homme Editions de l’encyclopédie des Nuisances Editions IVREA sur la honte prométhéenne. La citation a été reprise à la page 37

[4] Citation extraite de L’Obsolescence de l’homme Editions de l’encyclopédie des Nuisances Editions IVREA sur la honte prométhéenne page 40.

[5] Citation extraite de L’Obsolescence de l’homme Editions de l’encyclopédie des Nuisances Editions IVREA sur la honte prométhéenne page 47.

Blanche Gardin sur le progrès technique

« La différence entre l’homme de cromagnon et moi c’est que lui savait fabriquer l’outil qu’il utilisait… C’est humiliant d’être dépendant d’un outil qu’on ne sait pas fabriquer…On s’est fait avoir avec le progrès technologique; il devait nous assister dans la réalisation de nos rêves, or il se les est accaparés… »Notre fantasme est de devenir des machines… La technologie ne fait plus du tout appel à ce qu’il y a d’humain dans l’intelligence… Sans parler du point d’orgue sur la proclamation de nos valeurs après les attentats du Bataclan…. »

Mieux qu’un long article…….A méditer! à écouter sur le lien proposé….

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Mère Térésa et Jean Vanier, les figures universelles de l’humanité non corrompues par le rêve transhumaniste

Note de l’auteur : Quand cet article fut publié, nous ignorions le séisme médiatique qu’allait provoqué l’affaire Jean VANIER. Si l’homme est remis en cause en raison de ses méfaits, l’oeuvre reste une mission magnifique et loin de nous de la remettre en cause. Les personnels de l’arche que nous connaissons doivent être ainsi très largement soutenus, car incontestablement , ils offrent à toute une population, un havre d’accueil et d’humanité. 

Auteur Eric LEMAITRE 

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Quelles figures demain s’imposeront au monde ? Serait-ce les philosophes, les grands noms de la science, non je ne le crois absolument pas ! Mais ce sont des figures banales, profondément banales qui imposeront leur mémoire,  des mémoires traversées par l’humanité de leurs gestes, celles entres autres de Mère Térésa, de Jean Vanier,  la liste de ces hommes et de ces femmes est évidement loin d’être exhaustive , mais ce qui me frappe en rappelant les figures de Mère Térésa et jean Vanier, c’est celle de leurs propres fragilité, un homme une femme qui ont osé être les voix de ce monde. Ces deux voix parmi d’autres sont selon moi, l’expression de voix discordantes,  révélant symboliquement un antagonisme, un contraste violent, avec ce nouveau monde qui nous fait entrer dans le post humain. Ainsi je songe à nouveau à Mère Térésa et son combat contre la mort, aux côtés des mourants de Calcutta. Ce combat auprès des mourants, ces laissés pour compte, ces miséreux abandonnés, est aux antipodes des transhumanistes, il me semble même que ce contraste est tellement pitoyable, si dérisoire, que cette vanité des transhumanistes est finalement minable aux côtés de celle qui a donné une humanité à un homme gisant sur un trottoir et à qui lui fut refusée la dignité d’un lit pour mourir. Le transhumanisme est un égotisme excentrique qui finalement n’engendrera ni la vie ni la dignité, tandis que la figure de Mère Térésa est le rayonnement planétaire de l’humanité transcendé par l’amour du prochain, transcendé par la dimension du cœur. Mère Térésa fut ainsi baignée par la dimension de la prière et fut rassasiée de cette dimension relationnelle portée par sa foi, cette foi qui incarnait et reflétait celle qu’elle aimait Jésus-Christ.  La conscience de Mère Térésa fut fondée sur cette dimension de la compréhension des autres en partant de cette conscience de nous-mêmes « [1]Pour mieux comprendre ceux avec lesquels nous vivons, il faut d’abord nous comprendre nous-mêmes », or l’enfermement sur soi, notre isolement égoïste nous conduit à cette désolation de l’âme, à cette pauvreté spirituelle, qui nous conduit à espérer une promesse qui ne peut vivifier ni la conscience, ni l’âme ni le cœur. Comment ne pas non plus, rapprocher la figure de Mère Térésa et celle de Jean Vanier, le fondateur de l’arche, Jean Vanier fut résolument tourné lui aussi vers les laissés pour compte, ceux que l’on appelle les déficients intellectuels. Le parcours de cet homme, simple a été orienté par une pleine conscience que l’identité de l’homme ne saurait être construite sans cette capacité d’ouvrir son cœur, sans cette capacité d’accueillir la bonté et la compassion qui éveillent en nous le désir d’humanité : « [2]Si chacun ouvre son cœur à des personnes faibles, une source de bonté et de compassion s’éveille en lui et forge son identité profonde ». Au fond à l’heure de l’homme augmenté, ces deux figures nous disent quelque chose de la conscience de la banalité du quotidien, eux qui secouent finalement la conscience universelle d’une humanité tentée par la vanité d’un saut dans le monde de la matière sans conscience, par la prétention d’augmenter l’homme tout en détruisant son âme, en déconstruisant sa conscience. Ainsi le plus grand ressourcement personnel, c’est lorsque nous n’avons plus peur d’aimer l’autre que moi-même et même si sa figure me semble si éloignée de moi-même, ainsi ce texte se conclue avec ces paroles admirables de Jean Vanier qui expriment en soi la beauté de la finitude, l’émerveillement de la fragilité, le mystère d’une vie présente auprès de ceux qui dans leur chair souffrent : « [3]Quand des personnes se rassemblent au-delà de leur appartenance culturelle ou religieuse, ce sont des cœurs qui se rencontrent, les préjugés commencent à disparaître et l’on découvre combien l’appartenance à un groupe fermé peut encourager l’illusion de la supériorité. » … « Par la relation avec le pauvre, le faible ou l’enfant, le cœur, la compassion et la bonté sont éveillés, et une unité intérieure nouvelle s’établit entre le corps et l’âme. Comme si la tension entre l’intelligence et le corps trouvait une résolution mystérieuse dans cette présence au pauvre. ».

[1] Mère Teresa ; Les pensées spirituelles (2000)

[2] Jean Vanier Lettre à des Amis

[3] Jean Vanier Accueillir notre humanité et Le Goût du bonheur