Au péril de l’humain ! Les promesses suicidaires des transhumanistes

Au péril de l’humain
Les promesses suicidaires des transhumanistes
Co-auteur :Jacques Testart
Co-auteur :Agnès Rousseaux

Recension la maison d’éditions le Seuil :
Extrait :
Fabriquer un être humain supérieur, artificiel, voire immortel, dont les imperfections seraient réparées et les capacités améliorées. Telle est l’ambition du mouvement transhumaniste, qui prévoit le dépassement de l’humanité grâce à la technique et l’avènement prochain d’un « homme augmenté » façonné par les biotechnologies, les nanosciences, la génétique. Avec le risque de voir se développer une sous-humanité de plus en plus dépendante de technologies qui modèleront son corps et son cerveau, ses perceptions et ses relations aux autres. Non pas l’« homme nouveau » des révolutionnaires, mais l’homme-machine du capitalisme.

Bien que le discours officiel, en France, résiste encore à cette idéologie, le projet technoscientifique avance discrètement. Qui impulse ces recherches ? Comment se développent-elles dans les champs médicaux, militaires et sportifs ? Comment les débats démocratiques sont-ils éludés ? Et comment faire face à des évolutions qui ne feront que renforcer les inégalités ? Surtout, quel être humain va naître de ces profondes mutations, de ces expérimentations brutales et hasardeuses sur notre espèce, dont l’Homo sapiens ne sortira pas indemne ?

Jacques Testart, biologiste, est le père scientifique du premier bébé-éprouvette français né en 1982. Il développe une réflexion critique sur les avancées incontrôlées de la science et de la technique dans ses nombreux écrits, dont Faire des enfants demain, Seuil, 2014 et L’Humanitude au pouvoir, Seuil, 2015.

Agnès Rousseaux, journaliste, coordonne le média indépendant Basta ! (www.bastamag.net) suivi par plus d’un million de lecteurs chaque mois. Elle a codirigé Le Livre noir des banques LLL, 2015.

https://www.youtube.com/watch?v=OK-U5cXNOfU

Monde numérique et vision politique, sommes-nous vers la fin prochaine du modèle institutionnel de « l’ancien monde »?

La démocratie telle que nous la connaissons dans le monde occidental semblait être l’aboutissement idéalisé d’une démarche où la voix de chaque citoyen pouvait légitimement compter.

Il y avait pour de nombreuses nations dites démocratiques l’envie de propager, d’universaliser les idéaux de la démocratie occidentale et l’illusion de prendre en compte les aspirations des peuples, de les respecter, de permettre à l’opposition comme aux minorités, la libre expression, d’interagir avec les institutions.

Née de la volonté d’unir la cité, six siècles avant Jésus-Christ, la démocratie dans la Grèce antique n’était pas ouverte à tous, les femmes en étaient écartées, les esclaves et les étrangers exclus du droit de vote, les poètes à bannir pour Platon. Cependant les débuts de la démocratie antique ont été l’exercice par tous les citoyens grecs de sexe masculin, de leur souveraineté libre et inaliénable, ce qui veut dire la mise en pratique d’une assemblée (ecclesia) où n’importe quel citoyen pouvait prendre la parole.

L’exécutif des magistrats au cours de cette période était instauré dans la seule perspective d’appliquer la volonté citoyenne qui a délibéré. La démocratie depuis l’antiquité, a fait d’immenses pas à commencer par le droit de vote donné aux femmes. La démocratie est devenue un système choisissant des représentants susceptibles d’être révoqués. Dans ce type de système idéalisé, le peuple a le pouvoir ou plutôt l’illusion du pouvoir. On cherche encore l’équivalent du penseur « ubérisé » de la république platonicienne.

Or nous assistons depuis quelques décennies à une forme d’effondrement des idéaux démocratiques. Plusieurs observateurs de la vie politique et pas seulement européenne, notent une forme de délitement de la vie démocratique dans le monde. Les élections américaines 2016-2017 sont un avant-goût de ce repli, d’une Amérique qui semble être émoussée par les appareils politiques.

Le citoyen non dupe a pris conscience d’une pratique techniciste de la démocratie. La complexité des lois, la difficulté de comprendre et de saisir le sens des normes, est manifeste. Le citoyen est dorénavant dans une posture de méfiance se sentant trahi par le désir du pouvoir et non le désir de servir, de ses représentants. 

Auteur Eric LEMAITRE

rawpixel-651368-unsplash

Le désenchantement pour la vie politique

La démocratie telle que nous la connaissons dans le monde occidental semblait être l’aboutissement idéalisé d’une démarche où la voix de chaque citoyen pouvait légitimement compter.

Il y avait pour de nombreuses nations dites démocratiques l’envie de propager, d’universaliser les idéaux de la démocratie occidentale et l’illusion de prendre en compte les aspirations des peuples, de les respecter, de permettre à l’opposition comme aux minorités, la libre expression, d’interagir avec les institutions.

Née de la volonté d’unir la cité, six siècles avant Jésus-Christ, la démocratie dans la Grèce antique n’était pas ouverte à tous, les femmes en étaient écartées, les esclaves et les étrangers exclus du droit de vote, les poètes à bannir pour Platon. Cependant les débuts de la démocratie antique ont été l’exercice par tous les citoyens grecs de sexe masculin, de leur souveraineté libre et inaliénable, ce qui veut dire la mise en pratique d’une assemblée (ecclesia) où n’importe quel citoyen pouvait prendre la parole.

L’exécutif des magistrats au cours de cette période était instauré dans la seule perspective d’appliquer la volonté citoyenne qui a délibéré. La démocratie depuis l’antiquité, a fait d’immenses pas à commencer par le droit de vote donné aux femmes. La démocratie est devenue un système choisissant des représentants susceptibles d’être révoqués. Dans ce type de système idéalisé, le peuple a le pouvoir ou plutôt l’illusion du pouvoir. On cherche encore l’équivalent du penseur « ubérisé » de la république platonicienne.

Or nous assistons depuis quelques décennies à une forme d’effondrement des idéaux démocratiques. Plusieurs observateurs de la vie politique et pas seulement européenne, notent une forme de délitement de la vie démocratique dans le monde. Les élections américaines 2016-2017 sont un avant-goût de ce repli, d’une Amérique qui semble être émoussée par les appareils politiques.

Le citoyen non dupe a pris conscience d’une pratique techniciste de la démocratie. La complexité des lois, la difficulté de comprendre et de saisir le sens des normes, est manifeste. Le citoyen est dorénavant dans une posture de méfiance se sentant trahi par le désir du pouvoir et non le désir de servir, de ses représentants.

Le repli de la démocratie est un phénomène patent et manifeste mais complexe car il se mêle également avec le repli identitaire, la peur de l’étranger et son rejet comme dans la démocratie grecque. Il se traduit par le désintérêt des citoyens pour la chose publique, ce qui se traduit, par une baisse constante de l’investissement citoyen, de l’implication à déposer son bulletin de vote lors des grandes consultations citoyennes (élections des représentants, référendum).

La grande problématique de la démocratie, une des causes sans doute de son effondrement a été la recherche de l’égalité primant sur celle de la liberté. Cette dialectique des principes démocratiques mise en évidence par Tocqueville a fondé en partie l’un des symptômes probables d’une forme de dissolution du système démocratique tout entier.

Le sentiment mêlé de l’inutilité que représente l’acte de voter est devenu prégnant tout en mesurant que la démocratie a parfois fait émerger la tyrannie de la majorité qui méprise la contestation de projets de lois qui au cours des décennies sont apparus comme allant contre le bien commun des populations.

Mais sur point il convient d’être plus modéré et ne pas nécessairement dénoncer, comme du temps de Tocqueville, la tyrannie de la majorité, car la démocratie actuelle s’est plutôt transformée en tyrannie des minorités, et l’Etat se trouve de plus en plus contraint de se mettre à la remorque de revendications particulières et minoritaires, mais dont le lobbying est très puissant !

Le modèle institutionnel tel que nous le connaissons semble prendre fin, la démocratie faisant aussi émerger des personnages qui ne sont que le reflet d’une opinion, désacralisant au fil du temps la fonction pour laquelle ils ont été élus.

Parallèlement nous voyons l’émergence de nouvelles formes de diffusion des idées et de nouveaux canaux hors des assemblées traditionnelles où l’opinion influente s’exerce. Ainsi Internet a été un des vecteurs puissants de la révolution arabe dans les années 2000 notamment en Tunisie et en Egypte. Les réseaux sociaux ont démontré leur capacité de mobilisation des opinions publiques en suscitant des mouvements de foule, contestant les pouvoirs établis, sur les grandes places des capitales arabes tunisiennes et égyptiennes[2].

Daniel Cornu autrefois journaliste s’est longuement penché sur les usages d’Internet. Internet selon le journaliste peut apporter énormément au débat démocratique. « Il y a un énorme ‘plus’, dont il faut bien tenir compte et qu’il ne faut jamais oublier. Cet énorme plus, c’est simplement le fait que désormais, toute personne, tout citoyen peut s’exprimer, exprimer son opinion mais aussi donner des informations, avec des moyens légers, de façon simple et directe, sans devoir passer par les médias traditionnels. C’est une révolution. (…) On le mesure chez nous, dans nos vieilles démocraties occidentales, mais on le mesure évidemment encore plus là où il n’y a pas de démocratie. »

Les usages d’internet sont croissants et ont une emprise incontestable sur la diffusion des convictions, sur leurs cristallisations. Sur Internet les faiseurs d’opinions et leurs suiveurs s’installent dans de nouvelles agoras pour catalyser leurs follower’s (adeptes en français), puis débattre avec passion. Je ne crois pas pour ma part qu’il s’agisse d’une mode dont la temporalité s’inscrit dans l’éphémère.

L’ère numérique

et la promotion de l’individualisme

Nous passons d’une société de masse à une société où l’individualisme sera enserré dans le « nous » du web.

Le monde du web et les technologies numériques, ont peu à peu compris puis intégré les usages et les nouvelles pratiques sociales qui caractérisent à la fois la modernité consumériste et la société contemporaine de plus en plus familiarisées avec le monde des écrans. Le monde numérique a été adopté par l’individualisme qui est attaché à notre ADN social, nous avons peu à peu déserté les agoras, les lieux publics, les assemblées où l’on se rencontre pour vivre l’expérience de la société Internet : société « marchandisée et monétisée » avec ses nouveaux temples, ses nouvelles enseignes, ses nouvelles marques.

Les individus consomment, commandent de chez eux, effectuent les transactions, les opérations bancaires, téléchargent, commentent l’actualité à partir de leur écran

Les innovations technologiques ont permis de renforcer l’autonomie des usagers, améliorer le fonctionnement en réseau. Ainsi la consultation intuitive et conviviale des sites sur la toile du WEB a su s’adapter aux lectures des internautes et faciliter toujours plus leur emploi.

Les technologies ont amélioré puis conditionné dans une certaine mesure les pratiques débutantes, les nouvelles habitudes émergentes en renforçant par là même les nouvelles façons consuméristes de vivre le monde numérique.

Les usagers consommateurs, se sont au fil du temps appropriés les technologies numérisées.  Ces technologies vont à nouveau être façonnées, adaptées, ajustées en fonction des pratiques sociales   familiales et citoyennes.

Nécessairement la vie politique sera tôt ou tard impactée par les usages et les pratiques du web, forcément les usages et les pratiques vont contribuer à inventer un nouveau modèle de vie citoyenne avec un effet de bascule dans un nouveau monde à inventer la démocratie sur Internet.

La démocratie passera-t-elle par Internet ?

Par capillarité s’impose un remodelage de la vie sociale et de la vie économique, nous avons montré la révolution numérique en marche dans tous les domaines de la vie sociale, culturelle, économique. Le chamboulement qui s’organise est celui de la fin des intermédiations.  L’habitude est prise, celle de l’autonomie du citoyen qui gère sa vie sociale à partir de son écran, il pourrait demain gérer la vie politique de son moniteur, se persuadant qu’il s’agira là d’un modèle où sa voix pourra compter, peser, son opinion enfin prise en compte.

Le « Web participatif » est porteur d’une dynamique interactive a contrario des médias cathodiques qui véhiculent une forme d’homélie monologue et d’apathie des esprits indolents, passifs incapables finalement d’interagir avec un media ex cathedra.

Ainsi les nouvelles formes d’organisation numérique ne se réduiront pas exclusivement à la vie sociale, et ne se cantonneront pas à transformer les univers économiques et industriels. Ces organisations ou ces nouvelles cités du web répandront, diffuseront la bonne parole démocratique.   Internet à la faculté planétaire d’interconnecter les populations, les citoyens, les peuples, de permettre à chaque internaute de se percevoir comme influent, en capacité à porter une opinion qui changera le monde. Ainsi va la magie que donne l’illusion de ce nouveau pouvoir que représente le médium participatif ou le web participatif, la nouvelle agora numérique qui supplantera définitivement l’agora antique. Ces réflexions posent la question : l’état est-il la dernière variable pour penser, organiser et être l’expression de la citoyenneté ?

Toutefois le philosophe Charles Éric de Saint Germain auteur de la défaite de la raison a une position plus nuancée : « Je ne suis pas sûr que le retour à une démocratie participative rendue possible par le numérique, et qui soit un retour à l’idéal grec, soit un réel progrès par rapport à la crise actuelle de la démocratie représentative. Car la démocratie, à mon sens, ne peut fonctionner que si le peuple possède un haut degré de culture. Or aujourd’hui, le système éducatif étant en train de s’effondrer (alors que c’est lui qui justifiait la démocratie !), on peut penser que des représentants soient plus éclairés que le peuple, dont Rousseau (pourtant partisan de la démocratie directe) disait qu’il peut se tromper et se faire du mal sans le vouloir, car il n’est pas toujours éclairé dans ses choix. Contrairement à ce qu’affirment beaucoup, la « bonne représentation » (ou la bonne « démocratie représentative ») n’est pas celle qui exécute la volonté du peuple (qui ne sait pas toujours ce qu’il veut), ni celle qui sert ses propres intérêts de caste (ce qui est un danger opposé), mais celle dont la mission est d’éclairer le peuple sur ce qui constitue réellement le bien commun de celui-ci. Cela suppose que les représentants soient réellement des serviteurs du peuple… »

Mais nonobstant comme cela a été écrit sur un blog « les nouveaux médias semblent réussir cette alchimie nouvelle de transformer l’information en participation et la participation en action ». 

C’est ainsi que la verticalité de l’ancien monde risque de disparaître au profit de l’horizontalité, la fin des intermédiaires y compris des représentants d’institutions. Institutions qui pourraient être jugées demain poussiéreuses face à ce mouvement d’une modernité qui est en train de saper les fondements à la fois de nos représentations et pas moins celle de notre civilisation. Dès lors comment ne pas imaginer de nouvelles formes de démocraties plates, horizontales, « débarrassées de ses classes politiques », de l’intermédiation des élus du peuple. Cependant et nous en avons ici conscience, il n’y aurait rien de plus dangereux qu’une telle option horizontale : tout le monde voterait alors pour l’homme de l’année et c’est lui qui serait « l’élu » pour diriger la plus grande puissance ou n’importe quelle autre nation… !!!  Imaginez un instant les conséquences et les crises politiques majeures que susciteraient un tel changement de paradigme !

Récemment, nous avons pu observer l’émergence de mouvements dits « sociaux » trouvant leur force dans le relais des réseaux sociaux. Les réseaux sociaux ont agi comme caisse de résonnance d’une démocratie qui se cherche une autre légitimité : nuit debout, veilleurs, Ciudadanos… Si Internet ne s’en mêle pas, aujourd’hui on n’a pas réellement d’existence, d’ailleurs les politiques qui ont du nez ne s’y trompent pas en cherchant de plus en plus à se frayer un chemin dans ces nouvelles agoras.

Cette conception des institutions politiques qui pourraient se dessiner n’est finalement pas impossible compte tenu du désaveu dont ils font pour une grande partie d’entre eux l’objet. Internet pourrait répondre à la crise de la représentation qui se manifeste aujourd’hui résultant d’une abstention électorale croissante. Nonobstant ce n’est pas parce qu’on donnerait le droit de vote sur internet que les citoyens s’impliqueraient davantage.  La crise se situe au niveau de la représentativité, pas au niveau de l’accès au vote. Les frustrations du peuple sont multiples en réalité : Frustration au niveau du manque d’efficacité de l’État, frustration au niveau des candidats qui ne représentent qu’une infime partie de leur électorat, et donc, qu’une infime partie des administrés in fine. Par contre, en sens inverse, on voit l’émergence de mouvements citoyens grâce aux relais des réseaux sociaux dont la force contestataire irrite sans doute l’élu de la nation : Ciudadanos, Wikilieaks, Anonymous, etc.

Sur les réseaux sociaux, nous voyons la démultiplication des débats, la création de forums de discussions, d’échanges, de think tank, de laboratoires d’échanges et d’idées. Cependant ne sont créés que des mouvements et mobilisation d’opinions et agglomérat d’opinions à courts termes : Loi El Khomri (loi travail).

Ces forums qui deviennent de véritables agoras numériques sont des réservoirs à idées, des sources d’influence, des créateurs d’opinion. Ces forums sur les réseaux sociaux se démultiplient, les internautes se donnent le sentiment d’écouter, de débattre, parfois l’interaction rend impossible l’écoute, mais tant pis, l’échange persévère. Ces forums numériques n’augurent-ils pas ce que seront les assemblées de demain, des assemblées nationales numériques à l’ère du web participatif. Mais quel est leur réel pouvoir ? Ce pouvoir n’est pas légitime, mais légitimé par leur seule existence. Mais surtout exposé à tout vent de doctrine, à tout changement en fonction de l’humeur » ( le mood) du moment : like ? Pas like ? C’est le diktat des émotions, plus que le diktat des « motions ».  Diktat d’un consommateur-électeur qui change d’avis en fonction de paramètres multiples. La démocratie doit pouvoir résister au temps long, car sans stabilité politique, il n’y aura plus de démocraties stables.

Le Web

est-il en train de révolutionner la démocratie ?

Internet transformera sans aucun doute demain l’usage du bulletin de vote en s’appuyant sur le recours d’urnes tactiles, celles de nos écrans. Je parie que dans la prochaine décennie, nous verrons des projets pilotes, tests pratiqués en régions, mais cela va si vite, que cela pourrait prendre moins de temps que nous l’écrivons ici. Les citoyens internautes seront appelés à leurs écrans pour y déposer leur bulletin de vote de leur adresse IP. Le cri lancé sera « aux Ecrans citoyens… » « L’urne numérique », sujette non au « virus de la politique », mais aux virus informatiques, plus dangereux quand il s’agira de bloquer l’acte démocratique !

La machinerie web envahira toutes les sphères de notre vie quotidienne et sociale, renversera les pratiques, les modifiera de fond en comble. C’est une révolution qui est loin d’être utopique, elle est fondée, ancrée dans les nouvelles pratiques de consommation, dans des tendances lourdes.

Les réformes sociales, politiques vont s’engager et vont permettre la libération de ces pratiques par l’instauration de ces nouveaux usages de la démocratie facilitant dorénavant la consultation citoyenne qui épousera les pratiques déjà en cours. De nouvelles pratiques web qui devront à terme, encore s’accélérer.  Notons cependant des possibilités d’intervenir directement dans les débats que ce soit à l’assemblée générale (française) ou le parlement européen ou autres… en postant les remarques ou réflexions sur les pages de consultations dédiées. Aussi le développement accéléré des réseaux sociaux permet d’interpeller directement nos élus, là où avant il fallait attendre un éventuel passage près de chez nous ou d’écrire une lettre ou prendre rendez-vous.

Grâce aux médias sociaux, la Suisse s’est engagée sur des forums participatifs pour mener des discussions thématiques approfondies.  Le web constitue pour ce pays un puissant moyen de mobilisation des citoyens. La force de frappe et de séduction du web est maximale, il est en effet devenu possible grâce à des logiciels performants de traiter les verbatim, d’extraire du sens et d’identifier des catégories de pensées puis d’aboutir à des propositions qui seront le reflet de l’opinion citoyenne qui se sera exprimée sur les forums, les agoras du web participatif. Cette force est d’autant plus importante dans le débat politique que la distance est grande entre les élites et les administrés, les administrés auront le sentiment d’avoir été entendus, alors que la parole du citoyen lambda « Mr et Mme DUPONT » est en réalité méprisée.  Nous assistons à l’émergence d’une forme de « E. gouvernement » qui invente une nouvelle proximité citoyenne via le web, une gouvernance technicienne qui n’aura plus besoin d’intermédiation puisque la démocratie directe fonctionnera, la parole du citoyen DUPONT, relayée et traitée par la machine web, avec accusé réception et une lettre forcément personnalisée forcément satisfaisant pour l’égo de DUPONT.

Dans ce monde, les institutions telles que nous les connaissons, les pratiques gouvernementales apparaitront bientôt comme surannées. La révolution du web est en marche mais l’ersatz numérique pourra conduire au désenchantement des rapports incarnés, les échanges seront des « hyper textes » et n’envieront pas les débats houleux des assemblées politiques telles qu’elles étaient relayées dans les médias classiques.

Le monde politique est ainsi et sous nos yeux en train d’évoluer sans qu’il en soit réellement conscient que nous mutons vers une nouvelle plate-forme de la vie politique. Nos députés et nos vieux sénateurs n’auront bientôt plus qu’à s’inscrire à Pôle emploi ou prendre définitivement leur retraite, remplacés par des robots qui modéreront les débats et instrumentaliseront la démocratie humaine qui deviendra sans doute une démocratie de pacotille et bien entendue contrôlée, surveillée, entre les mains d’une forme d’humanoïde.

Nous sommes aujourd’hui dans un contexte néo populiste de désenchantement de la vie politique, avec l’émergence d’un courant anti parlementaire, il est fort probable qu’une idéologie techniciste porte en soi le souhait d’un simulacre de démocratie directe, ce qui a été testé socialement dans les univers de la consommation comme satisfaisant pourrait être finalement satisfaisant dans un monde politique à reconstruire sans intermédiation, comme l’est la société du web. Prenons conscience que le monde numérique, au fil de nos pratiques nous habitue à nous dispenser de l’interface humain.

Selon François Marie Charles Fourier philosophe du XVIIIème siècle, l’activité associée au commerce a introduit le libéralisme économique dont les principes mis en mouvement ont abîmé l’ensemble de la société en ancrant de manière durable l’individualisme, l’égoïsme dans l’esprit humain. Ce propos prémonitoire ne s’applique-t-il pas finalement à la société techniciste qui est la nôtre et les illusions qu’elle porte. Le web, cette société numérique chronophage et individualiste continuera sans nul doute à vampiriser les énergies, à absorber notre apathie à ne pas réagir face à la tentation de nous remettre à cette nouvelle offre de vie politique après avoir cédé à celle d’une vie sociale sans intermédiaires.

Ainsi pour le philosophe Fourier en son temps imaginait qu’économiquement, les individus soient rassemblés dans les phalanstères et échangeraient entre eux sans intermédiaires : il existerait selon lui de facto un lien direct entre la production et la consommation. Dans un tel contexte, l’Etat ne serait plus d’aucune utilité. « Des fédérations d’associations de travailleurs, librement rassemblés, pourraient se substituer à l’Etat ». N’est-ce pas ce que le monde WEB nous propose… ? Cette société numérique, cette république du WEB dans laquelle nos âmes ont sombré s’apprête à nous emmener dans son monde politique sans intermédiaires, de nouveaux phalanstères numérisés en quelque sorte. Une prospective folle, pas plus folle que celle imaginée par François Marie Charles Fourrier.

Cette perspective politique vraisemblable et qui découle de cette toile techniciste qui se dessine sous nos yeux me renvoie à ce texte d’apocalypse 13 : verset 5 et 7, je retranscrits ici la dernière partie de ce texte d’apocalypse mais qui est partagée comme dans une vision prémonitoire : « …Il lui fut donné autorité sur toute tribu, tout peuple, toute langue et toute nation ». Ce terme il lui fut donné est en effet saisissant, une forme de pouvoir, mais rappelle la bible dans un temps limité avec un pouvoir limité, la Bête ne pouvant modifier les programmes de Dieu pour le monde.

[

« Le despotisme éclairé » de la technique, le nouveau conseiller du Prince !

L’idéologie progressiste est habitée par la volonté de réformer structurellement l’organisation sociale, d’instaurer une transformation radicale dans les mentalités pour conduire le monde, puis le mener enfin à des réformes « libérales », promettant l’épanouissement et la valorisation des individus. Or, nous sommes pleinement convaincus que les avancées techniques seront au service de la complexité, et de cette idéologie prométhéenne pleinement inspirée par le Siècle des lumières, faisant de la dimension du progrès, la matrice des prochains fantasmes humains, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives d’asservissement des êtres humains alors qu’on leur promettait la liberté.

Auteur Eric LEMAITRE

 

« Le despotisme anonyme d’une oligarchie est quelquefois aussi effroyable et plus difficile à renverser que le pouvoir personnel aux mains d’un bandit. »

 

Joseph de Maistre

“Etude sur la souveraineté”

L’idéologie progressiste est habitée par la volonté de réformer structurellement l’organisation sociale, d’instaurer une transformation radicale dans les mentalités pour conduire le monde, puis le mener enfin à des réformes « libérales », promettant l’épanouissement et la valorisation des individus. Or, nous sommes pleinement convaincus que les avancées techniques seront au service de la complexité, et de cette idéologie prométhéenne pleinement inspirée par le Siècle des lumières, faisant de la dimension du progrès, la matrice des prochains fantasmes humains, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives d’asservissement des êtres humains alors qu’on leur promettait la liberté.

 Le despotisme éclairé par le Siècle des lumières dans le contexte d’une idéologie de progrès.

Le mot despotisme renvoie bien souvent à une figure humaine tyrannique (étymologiquement le despote signifie en grec le maître de la maison) un maître qui a assujetti sa maison, à son pouvoir, sa maison autrement dit son peuple ou des peuples.

Sous le régime du despotisme, bien souvent comme simple sujet, l’être humain se voit privé de raison, la faculté de penser par lui-même. Dans des contextes de despotisme, le peuple est sous l’emprise d’un pouvoir absolu dont le spectre ou l’auxiliaire s’appuie sur la dimension du rationnel et d’un contrôle absolu corollaire d’une surveillance maîtrisée, régulant la vie sociale afin de sauvegarder la maîtrise de la gouvernance. Pourtant le despotisme ne fut pas toujours tyrannique et certains philosophes ont joué un rôle même modérateur.

Ainsi les philosophes comme Diderot, Voltaire, mirent la raison au cœur de la réflexion du pouvoir et firent la promotion au travers de leurs écrits, d’une forme de dimension acceptable et éclairée du despotisme. Ces mêmes philosophes ont également promu une conception du progrès et une conception matérialiste de l’homme devenu individu et dont l’existence a été intentionnellement déracinée de tout socle spirituel.

La raison selon ces philosophes devait être selon eux, seule souveraine, absolue et être au cœur de l’organisation des états. Il est vrai que ces penseurs firent usage des mots « despotisme éclairé » pour évoquer en fin de compte un autoritarisme bienveillant se substituant à toute forme de relation d’origine transcendantale. Dans ces contextes culturels œuvrant pour un progrès dans le monde et combattant toute forme d’obscurantisme, Voltaire promoteur lui aussi de cet idéal philosophique, ne vantait-il pas son ami Frédéric II de Prusse. Frédéric II qui appréciait la compagnie de Voltaire, aimait à la fois l’art de la gouvernance bureaucratique en s’appuyant sur un appareil d’état très élaboré pour l’époque, et l’idéologie de progrès portée par le Siècle des lumières. Les “lumières” (philosophes) à l’instar de Voltaire, n’étaient-ils pas également guidés par ces mots qui ont à ce jour une coloration toujours très contemporaine forgée autour des concepts de l’individu, de la raison et du progrès.

Le Siècle des lumières s’est incarné dans la pensée progressiste s’opposant aux conceptions chrétiennes. Ce Siècle des lumières continue d’insuffler son esprit au sein même de notre époque hyper matérialiste et dont la vacuité en est symptomatiquement le symbole. Or la puissance idéologique portée par le progrès des idées, s’incarne aujourd’hui dans la fulgurance des innovations technologiques au service désormais des “princes de ce monde”, du progressisme et des pires fantasmes caressés par l’humanité se faisant l’égal de Dieu.

La technicité éclairée des algorithmes, devenue l’auxiliaire des pouvoirs

C’est bien dans ces contextes de “despotisme éclairé” que les souverains étaient appelés à guider leurs peuples vers la voie du progrès pour assurer leur bonheur.  Ce type de discours au temps du Siècle des lumières, anticipait le progressisme contemporain. Si certes le despotisme n’est pas ce qui caractérise notre époque ni même l’idéologie progressiste, la technicité des algorithmes est bel et bien aujourd’hui l’auxiliaire éclairé des pouvoirs. Une technicité qui n’est pas loin pourtant d’aliéner la démocratie en la supplantant via l’excès des normes contingentant notre liberté, en la dominant par son influence. C’est également le développement intrusif sans précédent des technologies numériques et des algorithmes serviciels, séries d’instructions et de codes en vue d’obtenir des informations et des données sur nos comportements, ou un résultat optimisant le confort de leurs usagers, également de tous les citoyens.

Mais les applications au fil de l’eau issues de ces algorithmes, priveront les citoyens d’initiatives, de pouvoir réflexif, de responsabilités, voire de libre arbitre à l’image de ces “GPS” qui forment puis dirigent l’itinéraire à suivre, sans que nous ayons recours à un quelconque support, une carte « routière ». Les navigateurs connectés aux satellites affichent les données de géolocalisation en lieu et place pour se substituer à notre mémoire et nos propres repères. Par son efficacité, l’assistant de navigation, est devenu l’objet indispensable, nous lui laissons volontiers le pilotage, et incontestablement nous relevons le gain de temps et une facilité d’emploi y compris pour planifier de nombreux itinéraires intervenant même pour les rythmer et les gérer.

Or notre monde contemporain est quasi aspiré par la dimension des moyens techniques qu’elle emploie, le pouvoir même dans les démocraties s’empare de ces nouvelles technologies, de ces algorithmes qui à terme seront utilisés comme des « assistants de navigation », des moyens de contrôle et des aides ultimes à la décision. Or nous sommes bien sous la menace d’une nouvelle aliénation de nos libertés de pensée et de conscience à travers, la dynamique, l’accroissement, l’hégémonie et la montée en puissance de la technique gérant toutes les données de la vie sociale. Nous pressentons la volonté de nos gouvernants à valoriser la technique et la raison comme les guides éclairés de leurs actions et des nôtres, avec la volonté en arrière-plan de maîtriser les choix qui orientent la vie sociale. Si pour Jacques Ellul, la technique fut l’enjeu du siècle, nous pourrions ajouter à l’instar du Philosophe que la maîtrise des données, leurs gestions comme le pilotage de la vie, sont aujourd’hui le nouvel enjeu, enjeu d’autant plus facilité avec le développement inouï des algorithmes et de la mathématisation de notre monde humain.

C’est le philosophe Heidegger avec Jacques ELLUL qui percevaient dans la technique, la volonté ultime de puissance, transformant radicalement notre environnement, modifiant structurellement les modalités mêmes de l’existence humaine. Si Nietzsche saisissait dans la technique le moyen final de dominer la nature, a contrario ni Heidegger, ni Ellul ne plaidaient pour l’élan technique qui selon eux, serait de nature à fragiliser l’être humain dans son essence et participerait ainsi aux déséquilibres entre le milieu naturel et l’homme.

S’il fut souvent reproché au philosophe Heidegger sa proximité avec l’idéologie Nazie ce que soulignait Jules Ferry pour persifler la critique du technicisme, force est de reconnaître qu’en revanche il ne partageait pas, contrairement aux présupposés de l’essayiste auteur de « La révolution transhumaniste », l’idée de puissance d’un régime caractérisé par l’apologie de la technologie. La technologie au cours du Troisième Reich, fut en effet poussée jusqu’à son paroxysme, puisque c’est à travers la technologie, le complexe militaro industriel que l’Allemagne Nazie a bâti sa volonté de dominer les peuples puis de les assujettir à la volonté de la toute-puissance de son idéologie. La technologie fut donc bel et bien au service de l’idéologie, elle le sera de nouveau dans le monde qui vient, notamment au nom de la gestion sociale dans le but à la fois de réguler les activités des populations et de les contrôler. Dans cette perspective c’est toute la vie qui devra être gérée à la lumière de la technique, rien ne devra échapper à son despotisme éclairé, à la domination de son pouvoir, tout devra lui être soumis et les hommes finiront par vanter la supériorité de la machine et finiront même par lui reconnaître la faculté d’être leur nouvelle idole.

Dans son livre la « Puissance du rationnel » publié en 1965 le philosophe Dominique Janicaud écrivait que « Nul ne peut contester qu’en un laps de temps relativement court (en comparaison de l’histoire et surtout de la préhistoire de l’humanité) les sciences et les techniques ont transformé notre planète au point d’ébranler des équilibres écologiques et ethnologiques immémoriaux, au point surtout de faire douter l’homme du sens de son existence et de ses travaux, jusqu’à faire vaciller sa propre identité ». Si à l’inverse, pour le Philosophe François Guéry « l’humanité de l’homme commence par l’industrie », son humanité s’achève selon nous avec l’ère d’un monde technique qui est bien en passe de le dominer outrageusement, et dont il est prêt à abandonner sa faculté de penser au profit d’une machine qui le fera pour lui.

« Le maître de la Maison »

Je partageais avec une personne proche, mes premières réflexions sur le despotisme technique et notre partage la conduisit à me relater le travail qu’elle effectue auprès des enfants de 8 à 12 ans. Cette personne, en effet anime des ateliers dont l’un des thèmes est centré sur la mélodie des couleurs. Dans le cadre de cet Atelier, Anne fait travailler l’imaginaire des enfants en leur faisant écouter de la musique classique Chopin, Vivaldi, Mozart…, je précise que les enfants sont issus de milieux très divers. Les enfants en écoutant la musique sont invités à produire des formes dessinées à partir de leur écoute musicale.

Pour animer le travail avec les enfants, Anne s’est inspirée de l’œuvre de Vassili Kandinsky, elle utilisa en effet la musique pour exprimer des sentiments intérieurs et l’aidant ainsi à projeter les sonorités au travers de figurations, de dessins, de peintures. Ce qui frappa Anne c’est de découvrir à la fois l’enthousiasme des enfants à se projeter mais aussi la difficulté pour certains enfants à produire des formes, à être dans cette dimension inventive et créative. Anne l’expliquait par le pouvoir des écrans qui annihile, aliène aujourd’hui ce pouvoir de l’imaginaire. Anne fit le constat que les enfants prisonniers de leurs tablettes, éprouvaient plus de difficultés à traduire une mélodie et à représenter une forme, à comprendre même les consignes qui leur étaient données.

Je songeais également dans cette pensée concernant le despotisme de la technique à cette autre réflexion échangée, récemment avec un ami qui fut invité à une réunion de famille, et dont il s’étonnait de voir les parents et non leurs enfants. Partageant son étonnement de ne pas croiser d’enfants dans le jardin, un proche lui indiqua qu’ils étaient tous dans une pièce au lieu d’être sur la pelouse à s’ébattre ou jouer au ballon, poussant leurs cris. Mon ami demanda à ce proche de le conduire à cette pièce afin de les saluer, il découvrit en effet des enfants sages, mais rivés à leurs tablettes, « grand et petit » assis devant leurs consoles de jeux. Il n’y avait pas d’échanges entre eux, ils étaient en effet silencieux, concentrés à manipuler leurs jeux vidéo. Ce qui est étonnant au travers de ces deux anecdotes, c’est le pouvoir de séduction, de captation qu’exerce sur les esprits de ces enfants, le monde fascinant de la technologie, mobilisant toute leur attention, leur privant d’une dimension ludique plus épanouissante les mettant en contact avec la nature, avec le monde réel ou celui de la culture qui produit des émotions, de l’enchantement, de la joie partagée.

Le maître de la maison qui définit étymologiquement le despote prend une forme nouvelle et subtile, ce n’est plus un tyran qui martyrise les enfants, mais une technologie qui fascine, asservit les esprits aliène leurs capacités d’imagination, d’abstraction, d’agilité intellectuelle dans le maniement des concepts. Les enfants exposés de plus en plus prématurément aux pouvoirs des écrans sont par capillarité, confrontés aux difficultés de représentation du monde, de rencontrer finalement le réel. Ils deviennent alors les sujets du nouveau Maître de la Maison qui s’emploie également à imposer ses nouvelles lois auprès des Parents qui délèguent à la technologie le pouvoir de divertir leurs progénitures mais sont eux-mêmes d’ores et déjà les sujets de la technologie phagocytant, cannibalisant une grande partie de leur existence.

L’intelligence artificielle au service du prince

“L’intelligence artificielle” ne sera-t-elle pas demain le nouveau conseiller du Prince, la raison du Prince. L’algorithme ne sera-t-il pas une forme d’agent des cabinets ministériels pour aider à la navigation des états. La gouvernance ne sera-t-elle pas tentée de faire usage de moyens techniques pour orienter les populations ou profiler ses citoyens. Profilage, reconnaissance faciale, traçabilité, ciblage mais aussi arbitrage, sont ainsi devenus les nouveaux termes de la modernité qui envahissent l’ensemble des sphères de la vie en société au travers de la fulgurance des moyens conférés par le développement hégémonique des algorithmes. Il est évident que la tentation des pouvoirs sera à terme de bénéficier de méthodes rationnelles et de cette technologie pour asseoir leurs dominations politiques. Dans les processus de décisions complexes, le recours à ces nouveaux conseillers du prince seront de facto incontournables. Ces outils dotés de puissance de calculs n’interviendront-ils pas dans les arbitrages sociaux ? Dans la vie sociale et cet univers complexe qui caractérise par exemple notre urbanisme, où les acteurs peuvent être multiples et contradictoires. Dans ces négociations plurielles, la raison humaine peu à peu s’appuiera sur la puissance rationnelle de la machine qui pourrait bien être demain le despote éclairé, nouvel arbitre, de toute vie sociale.

Le développement de ces techniques occupera demain si ce n’est déjà dans un court terme tous les espaces de la vie sociale et aucun usager n’échappera demain soit à leur emploi, ou même à leur pouvoir de séduction, d’influence, d’efficacité. C’est une tyrannie douce qui s’installe, au point comme l’écrit Amblonyx Cinereus dans l’excellent blog cahier libres « qu’une nouvelle laisse s’attache au cou » de chaque citoyen. Or pour Thierry, un ami, “ces technologies s’accompagnent en coulisse d’une idéologie qui vise à étendre son hégémonie à toutes les strates de la vie de la cité”, de notre smartphone à la smart city.

Nous entendons pourtant les arguments des promoteurs de ces machines artificielles qui revendiquent leurs capacités de plus en plus sophistiquées à pallier toutes les limites cognitives touchant à l’être humain. Si certes ces machines optimisent les performances et s’accompagnent finalement de rendements touchant notre existence, ne sommes-nous pas entrain tout simplement de leur vendre notre âme et d’assécher toute la dimension existentielle, ce qui fait en somme toute la dimension d’une vie.

Nous évoquions le profilage des données laissées sur les smartphone et les sites fréquentés par les internautes qui sont autant de manifestations de nos usages, de nos habitudes, de nos comportements en société. Les algorithmes dessinent ainsi un profil, des typologies d’attitude, des comportements qui soit, rentrent dans une norme ou sont jugés disruptifs.

Ainsi toute modification notable dans vos habitudes de navigation, d’achat ou bien dans la gestion de nos postures et relations virtuelles peut suffire à vous faire rentrer dans une catégorie d’individus, dans une typologie à cibler, profiler, voire contrôler, surveiller. Internet n’est pas réduit à la seule dimension des usages, c’est en réalité une partie de nous. Nous laissons quotidiennement des traces numériques qui configurent mécaniquement nos profils de consommations, classent nos habitudes et ceux-ci sont ensuite redistribuées à notre insu auprès d’autres acteurs et même l’état.

L’algorithme est ainsi « positionné » en quelque sorte pour définir des « normes » de comportements.  En se basant sur vos habitudes d’achat, de navigation sur les sites internet, voire même vos relations sociales, vos comportements, la machine étiquette, catégorise, ordonne, structure le type d’individu qu’il conviendra soit d’influencer, soit de suivre, soit de contrôler, soit même d’anticiper ce qui adviendra même de son comportement.

L’algorithme est donc bien au service d’un pouvoir. Ce pouvoir revêt évidemment différents habits, celui de la finance, celui du monde marchand, celui du politique.  Le progressisme contemporain réveille selon nous le Siècle des lumières, ce Siècle des lumières qui anticipait hier celui de la terreur animée par la Révolution française ; fut habitée par la volonté d’arracher le monde aux idées chrétiennes. Or la technologie est aujourd’hui au service des idées, elle en est apparemment la servante mais pourrait bien assujettir demain docilement les esprits entre les mains d’un “monstre doux”.

Les avancées prodigieuses et en quelques années des algorithmes d’apprentissage statistique, qui sont désignés par le concept d’Intelligence Artificielle, transforment bel et bien les organisations sociales comme les systèmes de gouvernance politique. Nous voyons ainsi à quel point la Chine Totalitaire et “communiste” en fait aujourd’hui un emploi qui pourrait bien inspirer le monde occidental tenté par la dimension de la surveillance et du contrôle sous prétexte de terrorisme et de crise climatique. Peu importe finalement la liberté de penser, il est nécessaire de vivre sous le joug des algorithmes pesant et soupesant les mouvements que nous entendons donner à notre vie. Point de salut, en dehors de la nouvelle religion de ce nouveau monde,

L’insatiété des peuples et de leurs gouvernements, les appétences frénétiques pour les nouveautés, finiront par conduire les populations à se soumettre à des régimes de plus en plus opprimants et ainsi comme dans la fable, “le monarque des dieux” finira bien par leur envoyer un despote “éclairé” non une grue mais une machine qui les asservira tous…

La révolution anthropologique et ses conséquences bioéthiques

Dans son livre « La nouvelle idéologie dominante », le sociologue Shmuel Trigano, rend compte de « cette reconsidération (métaphysique et anthropologique) du vivant et de l’humain, qui aboutit nécessairement à la redéfinition de la personne post-humaine, non plus dans son essence, mais dans son incarnation individuelle. »

Ainsi, le manifeste transhumaniste, résumé par ces mots « Nous souhaitons nous épanouir en transcendant nos limites biologiques actuelles », prend le contrepied de l’anthropologie biblique et définit, de facto, une nouvelle conception de l’homme et de son corps : 

Le transhumanisme, repose à la fois sur « un mélange assez hétéroclite d’ésotérisme religieux et de scientisme laïc », débouche sur une « certaine négation de la création, c’est-à-dire de la finitude de l’homme créé ». « Le transhumanisme percute l’incarnation, le corps créé dans sa dimension finie. Il s’agit de contrecarrer la nature, en modifiant l’ADN, en transmutant le corps humain, en revendiquant sa plasticité.

Le transhumanisme est ainsi marqué par la volonté de s’inscrire dans la transformation du réel aux frontières d’un monde désincarné où tous les rêves de mutation deviennent possibles.

almos-bechtold-436812-unsplash

Un texte

de

Eric LEMAITRE

Les Institutions font de nos jours un usage quasi exclusif du terme genre.

En moins d’une décennie le concept de genre s’est imposé se substituant à la notion de sexe, Nous comprenons que la dimension idéologique du concept de  genre qui désigne des différences non biologiques hommes et femmes  est une forme de nivellement et d’indifférenciation des rapports sociaux et sexués hommes et femmes.

Il s’agit notamment pour les tenants et les promoteurs de cette terminologie de lutter in fine contre toutes les formes de patriarcat, Or derrière la promotion de l’égalité des sexes se cache sournoisement la volonté consciente ou non de combattre l’essentialisme biblique.

Cette nouvelle métaphysique qui redéfinit l’homme n’est ni plus ni moins qu’une forme nouvelle d’aliénation de l’être humain dans toute sa dimension d’être créé à l’image de Dieu. Une métaphysique radicale, édifiée, soutenue, promue par le féminisme matérialiste qui revendique une forme de lutte marxiste contre toutes les formes d’oppressions culturelles. Les conséquences bioéthiques des idéologies issues des études sur le genre préparent la post modernité et l’avènement d’un homme nouveau libéré de tout déterminisme grâce à l’évolution d’une techno science capable d’assouvir demain tous les fantasmes humains

Qu’est-ce que l’anthropologie ? 

Avant d’aller plus loin, il me semble cependant pertinent de définir en premier lieu le terme anthropologie qui étymologiquement est construit à partir de deux mots grecs, anthrôpos, ce qui signifie « l’homme » (au sens générique, ce terme embrasse bien entendu la femme), et logos, ce qui signifie la parole, le discours. Le domaine de l’anthropologie entremêle des notions très divers, se situe à la croisée des sciences humaines et naturelles, l’anthropologie étudie l’être humain sous tous ses aspects, à la fois physiques et culturels (morphologique, social, religieux, psychologique, géographique…). Dans l’approche qui est la nôtre, c’est à dire comme Chrétien, nous mettrons l’accent dans notre propos sur l’anthropologie dans sa définition biblique puis l’accent sur l’approche culturelle et sociale en regard des nouvelles idéologies contemporaines.

Une révolution anthropologique ?

Qu’est-ce qui se cache derrière ces mots « révolution anthropologique » ?

Notre monde est en mutation, nous l’avions déjà évoqué dans d’autres articles publiés dans ce site. La première mutation est l’homme lui-même, certes il ne s’agit « pas encore » d’une mutation génétique, mais culturelle, cette mutation[1] concerne en premier lieu le rapport à l’altérité, au corps, aux autres, à soi.

  • Le rapport à l’altérité, au prétexte de l’égalité homme/femme, c’est l’idée même de complémentarité et de différences sexuées qui est remise en question. Alléguant l’interchangeabilité, la plasticité des êtres,le « je ne suis pas mon corps ». Dans ce rapport à l’altérité, la nouvelle anthropologie revendique l’affranchissement des stéréotypes et des environnements culturels qui déterminent les représentations, figent l’homme dans une identité non choisie[2], cette recherche d’égalité absolue, et non la complémentarité, annonce la fin, ni plus ni moins, de la femme, ou l’apparition d’un être anthropologiquement neutre.
  • Le rapport au corps, ce sont ces notions de finitude et de l’homme déchu, qui sont progressivement et proprement contestées, dans une époque matérialiste, résolument tournée vers l’idée de progrès.
  • Le rapport aux autres, la notion même de prochain ne saurait faire sens chez les transhumanistes, puisque l’idée même de compassion et de charité est supplantée par l’idée d’un état ou d’une collectivité universelle amicale, un égrégore bienveillant, pour tous, et bientôt la bienveillance d’un nouveau communisme numérique.
  • Le rapport à soi, c’est dans l’interaction aux autres que nous nous construisons, or, ce monde virtuel ne construit pas des interactions, mais des interconnexions, qui modifient également les représentations de soi comme sujet incarné.

Dans ces contextes de rapports à soi et aux autres, l’idéologie transhumaniste vient également entrer en collision avec les conceptions anthropologiques de l’homme « tel qu’il est », c’est l’idée même de finitude, de limites naturelles, que le transhumanisme entend percuter.

L’anthropologie transhumaniste « bouscule » l’idée chrétienne d’un Dieu souverain, qui a créé le premier couple humain (l’altérité), premier couple qui transgresse l’ordre divin, qui fut de ne pas goûter au fruit de la connaissance du bien et du mal, et se revêt par conséquent d’une nature mortelle.

Dans son livre « La nouvelle idéologie dominante », le sociologue Shmuel Trigano, rend compte de « cette reconsidération (métaphysique et anthropologique) du vivant et de l’humain, qui aboutit nécessairement à la redéfinition de la personne post-humaine, non plus dans son essence, mais dans son incarnation individuelle. »

Ainsi, le manifeste transhumaniste, résumé par ces mots « Nous souhaitons nous épanouir en transcendant nos limites biologiques actuelles », prend le contrepied de l’anthropologie biblique et définit, de facto, une nouvelle conception de l’homme et de son corps :

Le transhumanisme, repose à la fois sur « un mélange assez hétéroclite d’ésotérisme religieux et de scientisme laïc », débouche sur une « certaine négation de la création, c’est-à-dire de la finitude de l’homme créé ». « Le transhumanisme percute l’incarnation, le corps créé dans sa dimension finie. Il s’agit de contrecarrer la nature, en modifiant l’ADN, en transmutant le corps humain, en revendiquant sa plasticité.

Le transhumanisme est ainsi marqué par la volonté de s’inscrire dans la transformation du réel aux frontières d’un monde désincarné où tous les rêves de mutation deviennent possibles.

L’anthropologie biblique

Concernant l’approche de l’anthropologie biblique, rappelons que celle-ci nous présente l’homme comme étant fait à l’image de Dieu, conçu comme « une même unité » et un être relationnel. L’homme est âme, corps et esprit. L’être humain se définit ainsi comme « un tout » en quelque sorte, dans une entièreté indivisible, il est ainsi à la fois corps, âme et esprit et non une entité disjointe, le corps est de fait étroitement conjointement uni à l’âme. Ainsi si mon corps est en souffrance, c’est bien la totalité de mon être qui peut en souffrir. Ces trois termes Corps, âme et esprit renvoient ainsi à trois dimensions différentes d’une seule et même réalité : l’homme.

Par ailleurs l’apôtre Paul évoque bien l’être entier (Holos en grec c’est-à-dire le tout), la conception unitaire concernant ces trois aspects de l’être humain corps, âme esprit forment donc une unité, Paul n’écrit-il pas aux Thessaloniciens : « Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie totalement, et que votre être entier, l’esprit, l’âme et le corps, soit gardé sans reproche à l’Avènement de notre Seigneur Jésus Christ. Il est fidèle, celui qui vous appelle : c’est encore lui qui fera cela » (1Th 5,23-24). Ce qui conforte par ailleurs et également ce principe d’unité et cette vision anthropologique issu de la lecture des écritures, tient au fait que la nature pécheresse de l’homme s’hérite, non seulement physiquement, mais également en regard de son être entier.  « Ma mère m’a conçu dans le péché » (Psa 51:7)

En outre, la bible nous rappelle que l’homme possède une composante spirituelle, il est « esprit », il apparaît comme un être spirituel capable d’être également rempli par l’Esprit de Dieu. « J’ai rempli Beçalel, fils d’Ouri, de la ruah de Dieu pour qu’il ait sagesse, intelligence, connaissance et savoir-faire universel » (quelques références : Ex 31,3 ; 35,31 ; 28,3 ; voir aussi Dt 34,9). L’anthropologie biblique, est ainsi ancrée dans une dimension essentialiste, nous sommes (Corps, âme et Esprit) pourtant une seule personne, fait à l’image de Dieu. C’est pourquoi nous sommes invités à « respecter l’humain, tout l’humain » et préserver son intégrité. Dans cette dimension essentialiste, la femme est également issue de la chair de l’homme, à la fois parfaitement semblable (« Os de mes os et chair de ma chair » à l’homme et complémentaire « L’Eternel Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; je lui ferai une aide semblable à lui » Genèse 2.18, « La femme a été créée à cause de l’homme » 1 Corinthiens 11.9.

Selon la conception Biblique les hommes et les femmes diffèrent également par essence, ainsi la nature sexuée homme et femme ne détermine pas que les fonctions d’ordre physiologique, mais a une influence sur leurs rôles à jouer respectivement, dans une dimension relationnelle et sociale, se complétant réciproquement. La femme apportant la vie et le secours, la première femme est appelée Eve ce qui signifie celle qui donne la vie et sa vocation est d’être une aide, celle qui vient secourir (Aide en hébreu est Ezer, ce qui signifie secourir). Ainsi comme le rapporte Daniel Saglietto sur le blog le bon combat, entre les hommes et les femmes il y a bien une notion d’égalité quant à “leur nature commune”, et une notion de complémentarité quant à leur “fonction”. Ephésiens 5.22-24

La conception biblique

de l’anthropologie, loin d’être partagée de nos jours  

Nous assistons bel et bien à une tentative de déconstruction de la vision biblique. L’anthropologie biblique est une anthropologie résolument « holistique » et essentialiste qui prend en compte l’homme dans sa totalité comme corps âme et esprit et nous invite de fait à respecter cette dimension complète qui définit l’homme dans cette vision de la transcendance, d’un Dieu créateur qui a fait l’homme.

Or si La thèse matérialiste qui a pleinement prévalu au XIXème siècle prétendant que tout ce qui existe, est une manifestation « mécanique » et physique, que tout phénomène est le résultat d’interactions matérielles, force est de reconnaitre que de nouvelles idéologies s’inscrivant dans la post modernité connaissent dans les esprits un essor considérable…

En effet l’une des doctrines contemporaines, opposée à cette approche essentialiste[3] est la théorie constructiviste, il faut ici ajouter le constructivisme social[4]. Par exemple pour appréhender simplement le concept d’essentialisme comparativement à la théorie constructiviste, la BIBLE affirme que tout homme est né pécheur, il est de fait par essence pécheur.

Dans le constructivisme d’inspiration rousseauiste et individualiste, l’homme est au contraire naturellement bon, la bonté de l’homme est dès lors dédouané de tout péché originel. Selon cette même approche rousseauiste, la condition humaine est en réalité pervertie en raison de contingences sociales qui ont déterminé les comportements, gangrené en quelque sorte les attitudes infectant dès lors toute la vie sociale de l’être humain.

Or de nos jours dans la déconstruction de l’homme qui s’opère, une autre dimension idéologique s’ajoute à celle de la théorie constructiviste, cette idéologie vise à séquencer, segmenter, désunir, disjoindre, dissocier ce qui fait « l’entier » de l’homme, lui ôter toute part de transcendance. Je donne ici à mon propos deux illustrations de cette idéologie :

  • La première, les idéologies issues des études sur le genre. Ces idéologies prétendent arracher l’identité masculine ou féminine de leurs stéréotypes culturels, autrement dit nous ne sommes pas notre corps, ni sexué masculin, ni sexué féminin[5].

Ainsi, tout ce qui serait susceptible de nous définir, selon les idéologies du genre, relève de déterminants sociaux et culturels. Dès lors les caractéristiques ou les propriétés psychologiques qui nous façonnent comme homme ou femme n’ont pas de sens en soi. Toujours selon les idéologies issues des études du genre nous ne naissons ni fille, ni garçon, notre corps ne détermine pas dès lors notre identité et pas plus notre ressenti homme ou femme.

Cette conception de l’homme et de la femme est ainsi proche du nominalisme, selon la théorie nominaliste les identités désignant la notion d’homme et de femme ne nous renvoient pas nécessairement à une existence ontologique réelle

  • La seconde le transhumanisme qui rêve de décoder le cerveau pour éventuellement le réimplanter dans un autre corps. S’accomplirait ainsi le rêve démiurgique du cyborg, ce qui est l’opposé d’une vision biblique qui ne dissocie pas l’être humain. Dans l’approche biblique le moi vivant incarné dans la chair est entièrement fait à l’image de Dieu, nous sommes tenus de respecter l’intégrité du corps, non dissociable de son entité ontologique âme et esprit.

Une nouvelle anthropologie

qui serait d’abord de dimension idéologique ? 

Ce sont souvent les idéologies qui orientent parfois les recherches scientifiques engagées par les hommes.

La philosophe Chantal Delsol avait utilisé, le terme de monde « hors sol », j’ai repris ce terme dans notre livre « La déconstruction de l’homme » pour qualifier les idéologies transhumanistes. Ces idéologies transhumanistes veulent en effet défier l’ordre dans la création, promettant de performer l’homme, de modifier ou d’en finir avec la finitude qui encercle l’homme.

Dans un monde virtuel qui tente de déconnecter, de déraciner le corps du réel, le monde d’aujourd’hui envahi par la technicité se plaît de nous faire oublier que l’être, (l’identité humaine) est aussi inscrit dans la dimension du corps et de fait dans sa composante biologique.

N’oublions pas également notre ancrage, l’enracinement de l’être humain dans toutes ces composantes complexes, biologique culture, social spirituel. Toutes ces composantes sont bel et bien, un principe d’unité et de diversification de l’espèce humaine. Toutes ces dimensions s’intriquent et forment l’identité mais une identité qui n’est pas déconnectée de sa nature également biologique.

Or prétendre dissocier ces dimensions, c’est en quelque sorte aliéner ce qui fait l’homme dans son entièreté, dans son unité corps âme et esprit. D’ailleurs la Bible souligne ce principe d’unité Corps, Âme et Esprit. Jésus lui-même ne transforme pas seulement l’âme, il guérit le corps et restaure l’esprit. Dieu lui-même s’est ainsi incarné dans notre chair et a embrassé l’entièreté de la chair, en éprouvant lui-même la souffrance, la fatigue.

De fait nous vivons bel et bien à ce jour comme un renversement de la table de la loi, cette loi divine à propos du corps, la dimension de la révolution anthropologique est en conséquence profondément idéologique, comme une forme de révolte contre l’essentialisme biblique qui plaide et valorise l’unicité de l’être fait à l’image de Dieu. Ce changement de paradigme anthropologique, touche bien entendu à la dimension du corps. Dans cette révolution quasi culturelle il s’agit en premier lieu de toucher à l’identité même de l’esprit humain, de dissocier l’âme et le corps, de véritablement déconstruire en omettant souvent les réalités biologiques qui différencient le masculin et le féminin et qui sont propres à interagir sur la nature différenciée des hommes et des femmes. Nous reviendrons à ces questions pour aborder le concept de genre ou plutôt les idéologies concernant le genre à travers l’idéologie la plus extrême, le courant Queer.

Les sources

d’un changement de paradigme  

Ce changement de paradigme, tous ces changements en réalité puisqu’ils sont culturels et sociaux, ont un même dénominateur, la déconstruction ontologique, ce que les philosophes appellent l’être, une déconstruction militante en réalité, une déconstruction idéologique qui est en réalité du même ordre que la tentative darwinienne de remettre en cause la dimension même de la création. Cette déconstruction de l’être, cette remise en cause de l’essentialisme biblique était hélas prévisible, déjà prédite dans le livre de la Genèse, depuis le Jardin d’Éden, depuis la prétention de l’homme à devenir l’égal de Dieu, cette tentative d’effacer son image en nous.

Cette dissociation quasi propagandiste de l’entièreté associée à notre humanité homme et femme, résulte de la prétention à nier finalement notre finitude ou plutôt à contester également l’enfermement dans notre corps. Il s’agit finalement de militer puis de prétendre à une forme d’autosuffisance singulière jusqu’à l’affranchissement de son corps de toute représentation culturelle et sociale.

À ce propos, permettez-moi d’évoquer le philosophe Bertrand Vergely, auteur du livre « la destruction du réel », l’auteur dénonce les trois dernières folies majeures de l’homme fait Dieu, folies qu’il assimile à trois névroses et qui sont finalement les sources de la déconstruction :

  • La névrose à l’égard du réel avec l’avènement d’un monde virtuel engendrant le corps déconnecté de tout ancrage à la réalité.
  • La névrose à l’égard de la dimension relationnelle, une névrose nous connectant au monde sans être relié à la table de son prochain.
  • La névrose à l’égard de la manière de naître qui se traduit par les nouvelles parentalités, et touchera demain à la dimension d’une fécondation artificielle faisant rencontrer dans un futur non improbable, le désir et la technique.

Toutes ces névroses sont bel et bien l’expression d’une dissociation de l’être, d’un corps finalement déconnecté de son milieu, de son environnement, de toute réalité extérieure à lui.

Ainsi comme l’écrit Bertrand Vergely « L’homme-Dieu est fort tant qu’il n’est pas démasqué. Comme tous les pervers, il n’aime guère que sa perversion soit nommée ».

La déconstruction ontologique,

est une tentative de dénaturation de l’être

« La liberté d’être indéterminée est le fantasme de notre civilisation d’aujourd’hui », ici je me suis permis de citer François Xavier Bellamy pour introduire ma réponse relativement à cette déconstruction ontologique, des termes savants, je vous l’accorde, mais qui en réalité recouvrent une réalité idéologique qu’il nous faut pourtant appréhender.

« La liberté d’être indéterminée » est une vision asexuée répandue par les idéologies issues des études sur le genre.

Autrement dit pour les tenants de cette idéologie, nous ne sommes pas notre corps, ce que nous sommes a été socialement construit et ne relève que d’éléments de langage et culturels, pas d’une réalité biologique. Etre masculin ou féminin n’est de fait pas déterminé par notre condition sexuée, notre corps d’homme ou de femme est selon l’idéologie du genre, façonné culturellement ou socialement, c’est en soi une forme de nominalisme[6] radical contestant une supposée réalité. Réalité qui n’en est pas une, selon les idéologies issues des études sur le genre. Cette conception nominaliste revient donc à dire à propos de la différence supposée homme et femme qui transcenderait en quelque sorte leur identité, qu’elle n’existe pas en réalité en soi.

Inversement, pour nous Chrétiens, notre identité d’homme et de femme est un donné intentionnel, un marqueur divin, cependant notre nature est déchue, et du fait que celle-ci le soit c’est notre rapport à Dieu qui en a été altéré. Pour percevoir la réalité divine de notre nature nous avons besoin de cette restauration en Christ. N’est-ce pas ce que l’apôtre Paul disait  dans l’épître aux corinthiens (1 Cor 2.14) en quelque sorte confortant ici notre propos

« Mais l’homme animal ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge »

Précédemment nous évoquions la conception biblique de la vie fondée sur l’approche essentialiste, la vie humaine a été selon nous créée par Dieu, Dieu crée l’homme et la femme à la fois semblables et complémentaires. Dieu institue en quelque sorte la différenciation féconde, puisque c’est bien l’altérité qui engendre la vie et perpétue l’espèce humaine.

Or nous comprenons bien le refus de cette altérité, le rejet de l’altérité sexuée qui forme ce changement de paradigme, cette révolution anthropologique qui est un des aspects de la post modernité.

Le passage

d’une anthropologie relationnelle à l’anthropologie de l’individu

Ce n’est pas dans le monde virtuel que nous instaurons la rencontre, mais c’est bien en allant dans les ruelles de nos quartiers, sur l’aréopage, les places, sur l’asphalte, à la rencontre du prochain, de la personne malade, de l’étranger, de la personne isolée que nous manifestons le royaume de Dieu par la présence de Christ en nous.

Les mots compassionnels que nous laissons sur nos réseaux sociaux ne valent en réalité rien, ces épigraphes et ces louanges artificielles nous dédouanent finalement de notre réalité à aller vers l’autre. Cet autre, ce prochain qui attend de nous un geste, une parole qui l’englobe, qui l’embrasse dans toute la dimension de sa réalité.  Le monde glacial et technologique de nos réseaux sociaux est en réalité un épais rideau, un mur subterfuge nous empêchant de rencontrer le prochain, car ce réseau virtuel et non social vient nous priver, s’il n’y a pas hélas de suites, de rencontres vécus nous reliant à la table de l’autre. Nous sommes foncièrement des êtres relationnels, nous défendons ici cette anthropologie de l’échange incarné, nous soutenons l’homme grégaire et valorisons cette nature relationnelle qui est l’essence même d’une identité reçue. Cette nature est aujourd’hui malmenée, marquée par une anthropologie recentrée sur l’individu.

Nous sommes ainsi passés de l’anthropologie relationnelle, à celle d’un être plus isolé que jamais noyé dans les subterfuges de la technologie, les artifices des objets numériques nous connectant au monde et nous dissociant des autres. Cette anthropologie de l’individu est en passe de fabriquer une contre-culture héritée de l’échange vécu ou parfois conflictuel, cette anthropologie de l’individu est celle de l’être atomisé et isolé qui est transformé en avatar, un avatar qui a l’illusion de vivre alors qu’il est enfermé dans un écran.

Le constructivisme social

une thèse opposée à l’essentialisme

Alors dans ces contextes sociétaux, faut-il s’étonner des glissements idéologiques qui contrefont l’héritage culturel passé, un mouvement de contre-culture, imposant de nouveaux stéréotypes est ainsi sur le point d’émerger en quelques décennies. Cette contre-culture est née de mouvements nihilistes, de l’existentialisme incarné remettant en cause l’essentialisme chrétien. Peu à peu les coups de pelle ou coups de butoir ont été donnés afin que s’effrite, se désagrège le vieux monde des conservateurs judéo-chrétiens. Simone de Beauvoir fut en quelque sorte l’égérie de cette nouvelle contre-culture.

Simone de Beauvoir dont nous reprenons une citation célèbre affirmait qu’« On ne naît pas femme, on le devient », le propos de Simone Beauvoir illustre cette dimension sociale qui selon elle prédit en quelque sorte ce que nous serons, l’écrivaine convoque ainsi la thèse marxiste de la dialectique du maître et de l’esclave pour décrire une forme de domination masculine et de pouvoir exercé par les hommes sur les femmes. Ainsi selon Simone de Beauvoir, l’homme est habité par une forme de conscience dominatrice, et revendique une position en niant la figure d’un plus faible que lui.

En regard de ces évolutions sociétales marquées par les thèses du constructivisme social, nous relevons pourtant une problématique : celle qui touche la dimension de toutes nos relations … Notre obsession de rester libre pour ne pas être finalement marquée par une identité figée… Cette obsession de liberté finit paradoxalement par nous murer, nous évitant alors d’entrer dans la relation incarnée et se traduit par un refus implicite de la différenciation.

Nous vivons, je crois, une immense bizarrerie : notre monde court vers l’indifférenciation, l’uniformisation qui gomme les frontières mais atomise les relations, les solidarités, la rencontre du prochain (le syndrome de Babel, rassemblons-nous dans la même ville ou le même continent virtuel). Dans ce continent virtuel, nous sommes comme alors tentés de nous enfermer dans nos univers, à ne plus incarner une relation réelle, dans un monde réel qui est caractérisé par la rencontre du prochain, dans un face-à-face fécond…

Dans ce milieu idéologique du constructivisme social, une certaine doctrine de pensée avec la théorie « Queer » va encore plus loin et postule la liberté totale d’indétermination de l’être humain.

Les formes extrêmes de l’indétermination

remettant en question l’identité homme, femme

L’autre idéologie montante et qui dépasse les débats autour des études du genre, c’est l’idéologie Queer.

Queer est au départ une insulte nord-américaine, qui vient nommer l’autre dans son étrangeté, sa bizarrerie, son anomalie, son excentricité…

En effet des groupes de lesbiennes, composés de latinos, de femmes sans emplois et n’appartenant pas à l’univers homosexuel nord-américain, elles se sont autoproclamées « queers » pour marquer leur volonté de rejet et de non-intégration dans la société, leur refus de marcher au pas de la norme hétérosexuelle, blanche et middle class

Dans les formes extrêmes de l’indétermination, l’approche Queer est le combat idéologique le plus radical qui ait été mené contre l’essentialisme, vu comme largement dominé par une vision hétéro sexuelle. Pourtant l’anthropologue Margareth MEAD souligne dans son livre « L’un et l’autre sexe » le rôle primordial que joue depuis l’origine de l’humanité la différenciation des sexes dans la vie et le travail, elle va jusqu’àalmos-bechtold-436812-unsplash évoquer l’universalité de la distinction homme et femme dans toutes les formes de civilisation. N’y aurait-il pas de fait une dimension essentialiste qui dépasse la dimension culturelle qui certes interagit sur les rapports hommes et femmes mais pas seulement.

Dans ce contexte l’approche Queer qui s’exprime comme une promotion fétichiste et radicale de l’individu a-sexué, refuse l’enfermement des sexes dans de nouvelles catégories identitaires qui pourraient perdurer socialement et dans le temps.  L’approche de ce courant, réduit finalement le sujet à un objet du plaisir, c’est une forme de réification hédoniste de l’individu.

Ainsi le cœur de la philosophie « queer », c’est la déconstruction revendiquée du sexe, du genre, et partant du corps et de la jouissance sexuelle tels que l’un et l’autre sont normalisés.   Pour les tenants de l’idéologie queer « les modalités fondées sur le binaire masculin/féminin sont de pures fictions », ces modalités résultent de constructions d’un discours dominant marqué par une vision hétérosexuelle, c’est dès lors la remise en cause de toute norme hétéro sexuelle.

Cette vision défendue par l’idéologie Queer est de fait une forme de nominalisme radical, une forme de nihilisme extrême refusant toute idée de transcendance. L’identité, elle-même est fictive et il s’agira de détruire tout essentialisme déclaré ou caché dans les modes de la pensée. Il s’agit même d’un combat idéologique et revendiqué contre l’hétérosexualité, une manière de pointer l’animalité du rapport hétérosexuel…Or « A mal nommer les choses, on ajoute à la misère du monde. (Albert Camus) » et cela inévitablement peut conduire à des formes de destructuration et de confusion des repères.

Le conflit entre le réel et l’idéologie

Les exemples biologiques confirmant la différentiation essentialiste homme femme sont pour nous incontestables. Le rapport utérin entre la mère et l’enfant conduit ainsi à une intimité mère et enfant qui marquera existentiellement l’enfant y compris dans sa mémoire prénatale. L’autre exemple tient à nos propres hormones, l’homme est doté de testostérones en quantité plus importante que la femme, or ces hormones agissent sur l’humeur, la virilité, la psyché de l’homme de manière différente comparativement à la femme. Bien entendu l’homme et la femme sont semblables mais différents également par nature pour permettre la fécondité, la rencontre fertile.

Comme nous l’écrivions avec Alain LEDAIN, la féminité et la masculinité demeurent des principes nécessaires à la construction de l’enfant, à la formation de sa personne dans une vision de l’acceptation de la différence, la différence se vit au travers des échanges, la différence entretient un esprit fécond, fertile, créatif. L’uniformisation atténue, sinon affaiblit les potentialités d’enrichissement. La différence sexuée participe de facto à cette construction de la personne, non en opposition mais en rencontres nécessaires à notre humanité. L’épanouissement des enfants garçon ou fille se trouve dans l’apprentissage progressif du respect de la compréhension de l’autre, la compréhension de leurs différences, de leurs sensibilités respectives. L’éduction unisexe ne saurait prétendre structurer psychiquement l’enfant, il constituerait de fait une tentative de dissociation de l’entièreté de l’être humain.

Une révolution anthropologique

qui aurait pour dessein de modifier le patrimoine génétique de l’homme ?   

Il est en effet bien étrange d’utiliser les termes de révolution anthropologique et nous vous l’accordons volontiers, excepté qu’il s’agit bien d’une révolution anthropologique dans sa dimension culturelle ! Il ne s’agit donc, pas en effet dans mon propos de révolution génétique, de mutation en conséquence du génome humain. Sauf qu’il faut savoir qu’à terme les techno sciences, les biotechnologies auront bel et bien pour dessein de changer la condition humaine. Les techno sciences feront ce que la nature par elle-même n’a pas été capable de proposer, en intervenant dans un futur proche, directement sur le patrimoine génétique humain en vue de réparer, de corriger, voire de résoudre notamment pour répondre à tous les désirs jusqu’aux fantasmes, fantasmes qui iront jusqu’à la corruption de la nature humaine telle qu’elle fut créée.

Ainsi la rencontre des fantasmes et d’une techno science sans conscience, pourrait bien aboutir à des individus génétiquement modifiés ou à la création dans un futur de cyborgs humains comme nous l’avions déjà évoqué.

Précisons en outre que nous ne sommes pas en effet très loin de la transformation de l’être humain avec une médecine qui n’est plus seulement réparatrice au sens de restauration, orientée sur le soin, mais une médecine qui vise l’amélioration de l’être humain, voire à son optimisation ou sa performance. Les expérimentations conduites par exemple en Angleterre autorisées en 2016, sur des embryons humains ouvrent de nouvelles perspectives dans ce sens. Les expérimentations sur l’embryon réduisent potentiellement l’être humain à une forme d’OHGM, un Organisme Humain Génétiquement Modifiable. S’il s’agit d’une des toutes premières autorisations de manipulation d’embryons humains à des fins thérapeutiques, nous pouvons craindre le rejet des interdits moraux. Comme nous l’enseigne, l’histoire humaine ce qui est prohibé, est toujours un « Rubicon » franchissable.

Mais vous savez les « Rubicon » ou les interdits moraux, comme nous l’enseigne l’histoire humaine sont faits pour être enjambés, ou sont toujours franchissables.

Toutefois rappelons qu’en France il existe des lois apparemment draconiennes encadrant les recherches sur l’embryon. Nonobstant les digues au fil de l’eau se fragilisent et finissent hélas par rompre, céder face aux nouvelles pressions sociales.  Nonobstant précise le docteur Jérôme Sainton « si ces lois sont certes plus restrictives qu’ailleurs et comparativement aux pays Anglosaxons, elles ont cependant cédé sur l’essentiel à savoir le sacrifice humain de l’homme (embryonnaire) à la sacro-sainte science. Dès lors ses restrictions sont hypocrites et n’ont pas eu d’autre but que d’avaliser les transgressions progressivement, celles qui étaient jugées nécessaires « pour le moment » …

Mais revenons si vous voulez bien aux termes de révolution anthropologique qui à mon sens est aujourd’hui davantage une révolution culturelle ouvrant demain les avancées d’une technique au service du désir humain et d’un désir parfois plus proche d’un fantasme exprimant une forme de rébellion contre les limites fixées par la nature.

Les conséquences bioéthiques

Nous sommes à l’aube de bouleversements et de nouvelles transgressions. Nous allons devoir et dès aujourd’hui considérer les conséquences bioéthiques du fait des « disruptions techniques » et des idéologies de déconstruction de l’homme.

De moins en moins le post modernisme parle en effet de morale, les éléments de langage du post modernisme nous convient plutôt à utiliser le terme d’éthique. Or l’éthique n’est plus vue aujourd’hui comme un curseur face à la montée des fantasmes mais comme un simple régulateur dans l’attente que s’installe dans les mentalités les dispositions sociétales permettant l’avancée de la folie technique.

N’est-ce pas à ce propos le Comité Consultatif National d’Ethique, qui indique qu’il faut que « notre société exprime les usages qu’elle veut privilégier et ceux qu’elle entend bannir »[7]. Or voilà bien la problématique résumée dans ce propos que je raccourcis à dessein, « il faut que notre société exprime les usages qu’elle veut privilégier ». Est-ce à notre société d’exprimer les usages qu’elle veut privilégier ? Plus rien dès lors n’arrêtera, la folie humaine si celle-ci aspire à vivre ses fantasmes en pensant qu’il serait juste de donner raison aux aspirations les plus folles au nom d’une égalité qui n’est pas donnée par la nature.

Ainsi la procréation médicale assistée ou la gestation pour autrui sont les prémices d’une avancée de la technique venant au secours des nouveaux désidérata sociétaux que ne comblent pas les limites données à notre corps. Ainsi se déploie un vaste éventail de possibilités qu’offre les avancées de la techno science, or, il est plus que jamais nécessaire de comprendre le sens et les effets des avancées de la technoscience, sauf demain à se retrouver dans la situation de ces nations qui s’effondrent faute d’avoir eu à leurs têtes des sages mais des fous qui n’ont gouverné en étant seulement les miroirs des opinions de leurs peuples.

[1] Ces dimensions concernant les mutations affectant la culture sociale nous les avons développées dans un livre co-écrit avec Alain LEDAIN Masculin/Féminin que faut-il choisir ? Editions FAREL, sur l’altérité je vous renvoie également à un article écrit par Éric LEMAITRE sur le Blog Ethiques Chrétiennes.

[2] Gender Trouble est un essai philosophique de Judith Butler qui a eu beaucoup d’influence sur la la théorie queer.

[3] En philosophie l’essentialisme postule l’existence d’une essence précédant l’existence.

[4] Le constructivisme appréhende la réalité comme un terme subjectif, socialement construit par la culture, par la vie sociale

[5]L’idéologie queer (de l’anglais « étrange », « bizarre ») est une approche constructiviste et sociologique qui remet en cause l’idée que le genre et l’orientation sexuelle seraient déterminés génétiquement ou encore biologiquement

[6] Le nominalisme est une doctrine de pensée qui réduit les idées à l’emploi de concepts en leur refusant une dimension tangible qui préexisterait, une réalité dans l’esprit ou hors de lui.  « Le nominalisme pose que n’existe rien que ce qu’un individu sert à désigner (pense) » Citation extraite de : http://www.histophilo.com/nominalisme.php

[7] Professeur Jean-François Delfraissy, président de Comité consultatif national d’éthique (CCNE), propos retranscrit par le journal l’humanité https://www.humanite.fr/lois-de-bioethique-quels-sont-les-enjeux-et-pourquoi-les-reviser-648638

Frodon et le Seigneur des Nano

Jérôme Sainton Docteur en médecine, nous partage sa lecture du propos tenu par le député Bruno Bonnell: selon Jérôme, l’auteur du Seigneur des anneaux, Tolkien doit lui être opposé.
Pour Tolkien, lui aussi chrétien, la vocation de l’homme n’est pas son « augmentation » mais son « ennoblissement » (Lettres, n°167) ; l’esprit machinique, c’est-à-dire « tout recours à des plans ou des procédés (appareils) externes aux dépens des pouvoirs ou des talents internes qui nous sont propres » (Lettres, n°131), participe ni plus ni moins à « l’Esprit du Mal » (Lettres, n°96). Rappelons également que le hobbite Frodon Sacquet ( bien que tenté par le passage à la toute puissance, ne céda pas mais sut résister au pouvoir maléfique de l’anneau.

Lors d’une mise en scène théâtralisé, Bruno Bonnell, député LREM du Rhône est interpellé sur les questions du transhumanisme, il mentionne connaitre Laurent Alexandre avec lequel des liens d’amitiés existent. Dans son propos, le député Bruno Bonnell fait allusion au « Seigneur des Anneaux » de JRR Tolkien, puis il oppose Tolkien au transhumanisme.
Toutefois le député, sans aller jusqu’à céder à la tentation de l’immortalité, rappelle qu’il est chrétien mais compromet en quelque sorte ses convictions en considérant que l’homme augmenté n’est pas une option qu’il conviendrait de craindre.
Jérôme Sainton Docteur en médecine, nous partage sa lecture du propos tenu par le député : selon Jérôme, l’auteur du Seigneur des anneaux, Tolkien doit lui être opposé.

Pour Tolkien, lui aussi chrétien, la vocation de l’homme n’est pas son « augmentation » mais son « ennoblissement » (Lettres, n°167) ; l’esprit machinique, c’est-à-dire « tout recours à des plans ou des procédés (appareils) externes aux dépens des pouvoirs ou des talents internes qui nous sont propres » (Lettres, n°131), participe ni plus ni moins à « l’Esprit du Mal » (Lettres, n°96). Rappelons également que le hobbite Frodon Sacquet ( bien que tenté par le passage à la toute puissance, ne céda pas mais sut résister au pouvoir maléfique de l’anneau. L’anneau fut dans le Seigneur des anneaux l’instrument du pouvoir absolu qui permettrait à Sauron, le `Seigneur des ténèbres’, de régner sur la `Terre du Milieu’ et de réduire en esclavage tous les peuples. Aujourd’hui la même analogie n’apparaît pas invraisemblable, l’humanité pourrait bien céder à la tentation de l’anneau, forme d’un système technicien tout puissant et fenêtre d’un monde transhumaniste promettant en fin de compte la servitude et non la liberté. L’anneau a  finalement quelque chose de magique, le transhumanisme offre des perspectives passionnantes, ses prêtres tel Saroumane autre personnage de la célèbre trilogie aimerait sans doute que notre humanité passe aux mains de Sauron servant son maître Melkor le Seigneur des NANO…..Sans doute, faudra-t-il davantage d’éveil pour résister à la tentation du transhumanisme revêtu de ses habits séants, faussement vertueux et promettant l’âge d’or ou l’anneau d’or pour l’humanité mais en réalité un leurre et sans  doute demain une servitude.

 

« L’Homme meilleur » : un projet (trans)humaniste « d’enfer » à décrypter. texte publié par Pep’s Café

Zobrist ne visait pas la destruction physique de l’humanité, juste la stérilisation forcée d’un tiers d’icelle(via un bio-virus fulgurant qui traficote certains codes ADN). Du coup, c’est pas trop grave. C’est même plutôt cool. Comme l’énonce benoîtement Robert : « je désapprouve évidemment les méthodes de Bertrand Zobrist, mais il dit vrai quant à l’état du monde. Cette planète doit régler son problème de surpopulation ». Lire la suite sur cet excellent article….. 

« Inferno » met un certain temps avant de dévoiler son message. Oui, il faut s’accrocher pour décrocher la timbale idéologique, mêlant délire malthusien**** et envolée transhumaniste.***** Et c’est en fait la personnalité de celui qui au départ est posé comme le méchant, soit le « biochimiste Bertrand Zobrist, qui finit par donner la tonalité morale du roman. De manière assez étrange pour ce type de littérature, Robert, le héros attendu, rate lamentablement son coup. Il ne parvient pas à contrecarrer le plan machiavélique de Zobrist. Et le virus se répand de par le monde, inexorablement. La cata ? Bah non. Car ce cher Robert avait mal interprété les indices du jeu de piste : Zobrist ne visait pas la destruction physique de l’humanité, juste la stérilisation forcée d’un tiers d’icelle(via un bio-virus fulgurant qui traficote certains codes ADN). Du coup, c’est pas trop grave. C’est même plutôt cool. Comme l’énonce benoîtement Robert : « je désapprouve évidemment les méthodes de Bertrand Zobrist, mais il dit vrai quant à l’état du monde. Cette planète doit régler son problème de surpopulation ». Lire la suite sur cet excellent article….. 

https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/08/19/lhomme-meilleur-un-projet-transhumaniste-denfer-a-decrypter-dans-le-dernier-dan-brown/comment-page-1/#comment-2022

 

La révolution génétique ou le nouvel Eugénisme

Dans le contexte d’un monde social envahi par un consumérisme progressiste, ces idéologies d’hier, que l’on croyait en définitive à jamais éteintes, ressurgissent sous la forme d’un être bestial, revêtu d’un masque d’agneau ! C’est ainsi qu’avec les avancées des techniques de procréation médicalement assistée, et la possibilité de déceler sur l’embryon ou le fœtus, les anomalies génétiques, est évoqué le « retour de l’eugénisme », un eugénisme plus angélique, plus doux forcément !

Un texte de Eric LEMAITRE

avec les contributions de Jérôme SAINTON Docteur en Médecine et Claude BOUCTON

La révolution

génétique

ou le nouvel Eugénisme

 

L’Eugénisme, l’idéologie transhumaniste

auréolée aujourd’hui d’humanisme

L’eugénisme qui fut jadis une théorie scientifique visant à intervenir sur le patrimoine génétique de l’espèce humaine, engendra hier la pire monstruosité que connut l’humanité, avec la montée de l’idéologie Nazie. Pourtant l’idéologie eugéniste refait bel et bien surface, cette hydre que l’on croyait définitivement éteinte, s’est enveloppée d’un nouvel habit plus convenable, d’une apparence séante.

Ainsi les idéologies barbares combattues hier, continuent d’avancer dans les esprits de manière plus subtile, ce que certains ont qualifié de « monstre doux », nouveau spectre qui avance, masqué, auréolé d’humanisme, mais au demeurant terrifiant.

Ce monstre doux que décrivait Alexis d’Alexis de Tocqueville « un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre? ».

Dans le contexte d’un monde social envahi par un consumérisme progressiste, ces idéologies d’hier, que l’on croyait en définitive à jamais éteintes, ressurgissent sous la forme d’un être bestial, revêtu d’un masque d’agneau ! C’est ainsi qu’avec les avancées des techniques de procréation médicalement assistée, et la possibilité de déceler sur l’embryon ou le fœtus, les anomalies génétiques, est évoqué le « retour de l’eugénisme », un eugénisme plus angélique, plus acceptable forcément !

Si les pro GPA et PMA se défendent en dénonçant un pur fantasme, se moquant de l’accusation de pratiques qui ne s’éloignent pas des idéologies eugénistes, il importe que ces derniers reconnaissent que l’apparition et l’évolution de techniques de plus en plus sophistiquées, conduisent nécessairement à développer les pratiques eugéniques. Après les infanticides connus au cours de l’histoire, ou ceux qui épisodiquement sont relatés dans les actualités, l’interruption de grossesses ou le fœticide sélectif ont été largement prescrits après l’épisode de la tragédie de la Seconde Guerre mondiale. Le fœticide sélectif s’est imposé dans les esprits avec les nouvelles capacités techniques de diagnostic génétique (analyse chromosomique), ou morphologique (échographie), sur le fœtus. Enfin, comme le rapporte le biologiste Jacques Testart[1] « la conjonction de la fécondation hors du corps (1978) et de l’examen de l’ADN embryonnaire (1990) a permis de développer le diagnostic préimplantatoire (DPI) sur les embryons issus de la fécondation in vitro (FIV) depuis les années 1990 ».

Subrepticement, l’idée d’une sélection des êtres humains dès leur naissance, gagne les esprits. Lorsque l’expression de société eugéniste est utilisée, l’usage de ces mots suscite une opposition vive, targuant souvent ceux qui utilisent ces termes, de communiquer une pure invention, dénigrant le progrès ou s’opposant à toute forme d’égalité. Pourtant nous sommes bel et bien arrivés à une conception eugéniste de la société, lorsque notamment le dépistage est proposé aux femmes enceintes, pour détecter d’éventuelles anomalies, et proposer ainsi aux mères, l’interruption de leur grossesse. A ce jour, il importe de porter à la connaissance de chacun, que tous les fœtus trisomiques ont quasiment fait l’objet d’une interruption de grossesse. Ainsi au cours de ces dernières décennies, le dépistage de la trisomie 21 a connu un essor indéniable, avec un taux de couverture croissant de femmes enceintes demandant un diagnostic prénatal, ce qui a eu pour résultat, une très importante augmentation du nombre d’amniocentèses, une procédure médicale invasive utilisée lors du diagnostic prénatal.

Sur un plan sociologique, toutes les dernières enquêtes d’opinion révèlent que les femmes sondées reconnaissent qu’elles choisiraient d’éliminer un fœtus ayant été diagnostiqué comme trisomique. Or avec l’avènement d’une société orientée vers la performance, l’image de soi, c’est un monde profondément consumériste qui aspire dès lors à un bien-être idéalisé, et à un enfant idéal indemne de toute anomalie génétique.

La fragilité d’un enfant différent des autres, constituerait pour beaucoup, et dès lors, dans l’imaginaire social, une charge insurmontable pour les parents. Cette idée d’accueillir, puis d’accompagner, un enfant avec un handicap, devient, hélas et bien souvent, une idée intolérable. Cela en dit long sur les mutations sociales mortifères que nous vivons aujourd’hui dans ces contextes idéologiques, où les tenants d’un darwinisme social, ne rencontreraient plus à terme d’opposition. Dans un futur proche nous pourrions ainsi accepter « la sélection des plus aptes ».

Implicitement, avec les progrès de la techno science, les avancées techniques conduiront certainement à un déplacement de la dimension de l’accueil et du don de l’enfant, vers une notion de désir d’enfant et d’un désir choisissant ce que devra être cet enfant, répondant ainsi parfaitement aux normes et conventions sociales. Cette dimension que nous décrivons est bien souvent objectée, or l’empreinte consumériste progresse dans les mentalités au fur et à mesure que les conceptions matérialistes de la vie avancent, de fait l’idée de choisir un embryon sain peut conduire demain au choix d’un embryon ne présentant certes aucune anomalie mais dont le désir est aussi qu’il soit doté de caractères répondant aux désirs des parents si l’offre médicale le permet. Rappelons qu’en France la loi bioéthique encadre rigoureusement à ce jour les pratiques génétiques, le diagnostic préimplantatoire est ainsi autorisé quand l’un des parents peut transmettre une maladie génétique grave. Nonobstant rien interdit d’imaginer,  un futur plus laxiste moins préventif et passant par-dessus les lois morales.

L’eugénisme dans l’histoire

Le mot Eugénisme, est inévitablement associé à l’idéologie Nazie, qui fut à son paroxysme, l’expression d’une idéologie foncièrement anti humaine. Pourtant, l’eugénisme, qui signifie littéralement, bien naître, s’est défini au fil du temps, à la fois comme une méthode et comme une pratique visant à surpasser le patrimoine génétique initial de l’espèce humaine. La pensée eugéniste est pourtant très ancienne, il faut remonter à plusieurs millénaires, à l’époque où Pharaon entendait organiser le meurtre des enfants hébreux mâles, afin d’éviter que les Hébreux ne deviennent trop nombreux[2]. La Grèce Antique fut le témoin de l’élimination des enfants faibles, qui ne pouvaient que constituer une charge pour la société. A Sparte, ancienne ville du Péloponnèse, les anciens examinaient les aptitudes de l’enfant nouveau-né, et s’ils estimaient que l’enfant fût trop faible, vulnérable, ils le faisaient jeter dans un gouffre appelé « les Aphotètes ». Un enfant chétif, selon la conception et l’idéologie répandue à Sparte, ne devait pas à cette époque, être une charge pour la cité.

Il n’est pas contestable que le christianisme a combattu au sein de la société, une forme de rejet du plus fragile, et que de fait, l’Évangile constituât une forme de rempart à toute tentative de rejet du plus faible. Mais au cours du XIXe siècle, l’idée de laisser faire une sélection naturelle au sein de la société, gagna les esprits. Albert Spencer, sociologue et philosophe anglais, défendit en effet une forme de philosophie évolutionniste, il fut très tôt identifié comme l’un des principaux défenseurs de la théorie de l’évolution au XIXe siècle, avec Charles Darwin. Sociologue, Spencer conçut la société comme un ensemble, une organisation qui sélectionne naturellement les plus aptes, il est par ailleurs l’auteur même de cette expression « Sélection des plus aptes ».

L’eugénisme est une approche idéologique, qui fut développée par Francis Galton, un cousin de Charles Darwin. L’un et l’autre, ont tenu des thèses, qui en leur temps ont bousculé les conceptions, qui étaient jusqu’à présent, associées au monde du vivant.  Charles Darwin entendait donner une explication théorique de l’hérédité des caractères acquis par les espèces, et concluait à l’évolution naturelle des espèces. Francis Galton anthropologue, pionnier de la biométrie, et brillant statisticien, souligne le rôle primordial et prédictif des facteurs héréditaires, jouant un rôle corrélatif dans la détermination des différences individuelles. Francis Galton promouvait les concepts de race inférieure et supérieure, même s’il fallait recontextualiser les positions idéologiques de l’anthropologue, il convient cependant de souligner que Galton fera valoir l’hérédité des qualités intellectuelles et des qualités physiques, ceci lui donnant à penser, selon Dominique Aubert-Marson[3] Biologiste et chercheur, « que l’appartenance à une « race douée » (nature) joue un rôle majeur, l’environnement (nurture) jouant un rôle mineur… »

Etrange destin de deux hommes et de même parenté, Charles DARWIN et Francis Galton dont les idéologies furent finalement assez proches, l’un défendant la sélection naturelle, et l’autre la sélection sociale.

Relativement à l’analyse sociale, Galton eut recours à la courbe de Gauss pour classer les individus et repérer non pas « l’homme moyen », mais « l’homme génial », puisque c’est ce dernier qui évolue vers l’être parfait, la visée nécessaire de sa politique eugéniste. Nous comprenons mieux, comment une telle thèse mortifère a ainsi influencé des conceptions idéologiques dévastatrices, et marqué indélébilement le XXème d’une noirceur à la fois ineffaçable, et d’une odeur nauséabonde.

Le génie génétique

au service du nouvel eugénisme

Dans la période contemporaine, les progrès du génie génétique et le développement des techniques de procréation médicalement assistée, ont ouvert de nouvelles perspectives et possibilités médicales.  Avec le transhumanisme, s’ouvrent littéralement de nouveaux enjeux.

En effet, les transhumanistes accréditent l’idée, que le génome humain n’est finalement que le reflet d’une forme de programmation. Certes le génome est immensément complexe, mais la technoscience s’est employée à le décoder, à le manipuler, à le décrypter. Reprogrammer l’humain, ne relève plus, dès lors, d’une idée insolite ou biscornue. Concevoir des programmes génétiques, tels ces tests de programmation génétique du cerveau, sont, bel et bien, des tentatives menées dans les laboratoires du vivant. C’est dans ce contexte que les ingénieurs biologiques du Massachusetts Institute of Technology, ont en effet, créé un langage de programmation, qui leur permet d’appréhender, puis, de concevoir rapidement des circuits complexes ; l’ADN codé donnant ainsi de nouvelles fonctions pour les cellules vivantes. Que ne laisserait entrevoir de telles recherches, visant demain à doper artificiellement des hommes, voir les corriger, même avec des visées humanistes ! Si l’on commence ainsi, à réparer les dysfonctionnements du cerveau et guérir les anomalies, n’adviendra-t-il pas le temps de rechercher à idéaliser l’être humain, et anticiper le temps de l’homme augmenté et « performé », un nouveau type d’humain, un sur homme amélioré par le génie génétique.

Mais comme le souligne à nouveau Jacques Testart « c’est surtout la préoccupation de qualité du produit-enfant qui anime désormais la fabrique de l’humain. Outre les méthodes sélectives (choix d’un tiers géniteur, sélection d’un embryon), l’Aide Médicale à la Procréation vise à proposer l’amélioration de l’embryon, et des praticiens s’emballent de projets eugéniques quand la technologie prétend disposer d’outils efficaces et précis pour modifier le génome ».

De la sorte, le projet de conquête absurde et qui touche au génome humain ne semble plus avoir de limites, subséquemment la fécondation de bébés issus de plusieurs parents[4], pour obtenir un bébé « génétiquement parfait » n’est plus si improbable, le premier bébé, résultat d’une manipulation du génome de trois parents, est né au Mexique, l’enfant est en effet né de la manipulation de l’ADN de trois parents. Il s’agissait de transférer des matériaux génétiques du noyau pour éviter que la mère ne transmette à son enfant des gènes défectueux responsables du syndrome de Leigh « de transmission maternelle », une maladie neurologique progressive caractérisée par des lésions neuropathologiques.

La Grande-Bretagne était devenue le premier pays au monde à autoriser la conception d’enfants « à trois parents ». La technique imaginée par Doug Turnbull, de l’université de Newcastle, au Royaume-Uni, et dénommée « transfert pronucléaire » (PNT), consiste à prélever le noyau de l’ovule de la mère contenant des mitochondries défaillantes. L’ovocyte est ensuite fécondé avec le sperme du père, puis le noyau de l’œuf est transféré dans l’ovule énucléé de la donneuse.

Or pour le professeur Royère, le directeur procréation, génétique et embryologie humaine à l’Agence de la biomédecine en France, « Le risque est que la manipulation induise chez l’embryon de nouvelles pathologies ou anomalies, alors qu’on cherchait au contraire à obtenir un bébé sain ».

Les avancées sournoises du transhumanisme

Les avancées du transhumanisme sont sournoises, subtiles comme nous l’écrivions précédemment, le nouvel eugénisme, empreinte un nouveau langage, teinté d’humanisme et de progressisme, et qui dans l’air du temps, passe beaucoup mieux, nous faisant ainsi passer pour des ringards, des conservateurs surannés, ne comprenant rien à l’avènement du progrès.

Or ce nouvel Eugénisme revêtu, des habits du transhumanisme, progresse du fait, à la fois de notre désertion, de l’abandon des valeurs morales, et de la défection de l’éthique, que l’on nous défend de promouvoir, sans être taxé de défenseur de l’inégalité.

Ainsi, qu’est-ce qu’aujourd’hui le Conseil Consultatif National d’Éthique, sinon des hommes et des femmes, dont la plupart ne sont plus habités par la dimension du spirituel, qui apporte la raison à la conscience, « la conscience, à la science ».

Jérôme Sainton Docteur en Médecine évoquait dans un mémoire de fin d’étude en Bioéthique, l’Éthique de la mise en œuvre[5] et non du fond, la bioéthique a dans ce nouveau contexte sociétal pour fonction de compenser la réalité, de mettre des mots sur des pratiques, afin de nous convaincre que c’est bien l’homme qui fixe les règles. Elle a donc in fine pour objectif de familiariser, « d’habituer les gens aux développements technologiques pour les amener à désirer bientôt ce dont ils ont peur aujourd’hui. […] Le Comité National d’Éthique est d’abord un comité de bienveillance de l’essor technoscientifique. Certaines technologies seraient très mal acceptées aujourd’hui, mais si, dans quinze ou vingt ans, elles sont bien acceptées, ce sera en partie grâce aux comités d’éthique, qui auront dit : “il faut développer la recherche, il faut faire attention, il faut attendre un peu, il faut un moratoire…” toutes sortes de propositions qui n’ont rien à voir avec un interdit et qui permettent de s’accoutumer à l’idée. » (J Testart, en collaboration avec Christian Godin, Au bazar du vivant : biologie, médecine et bioéthique sous la coupe libérale, Seuil (points virgule), Paris, 2001, p.132-133). Ainsi la bioéthique a pour finalité d’adapter l’homme au système technicien : c’est elle qui assure la transition entre les anciennes et les nouvelles valeurs.

Le monde, habité par des désirs prométhéens, installe ainsi, et au fil de son histoire, une technicité qui réduira l’humain au rang de machines, puisque notre génome en est réduit à n’être qu’un logiciel programmable à souhait. En écrivant ces lignes, résonne en moi ces mots de l’écologie humaine, « Prendre soin de l’homme, de tout l’homme » qui est l’antithèse de l’homme modifié ou augmenté, l’antithèse d’un transhumanisme qui aliène la dimension ontologique de l’homme, l’essence même d’une finitude qui ne trouve sa grandeur qu’en son créateur.

[1] Jacques Testart Biologiste français qui a permis la naissance du premier bébé éprouvette en France en 1982.

[2] Le récit est rapporté dans le livre d’Exode chapitre 1.

[3] Dominique Aubert-Marson Maître de conférences, Laboratoire de biologie du développement et de la différenciation neuromusculaire, Université Paris Descartes

[4]http://www.rtl.be/info/magazine/science-nature/un-bebe-issu-de-trois-parents-biologiques-differents-voit-le-jour-grace-a-une-methode-controversee-854463.aspx

[5] Nous reprenons ici l’intégralité du texte de Jérôme Sainton, extrait de son mémoire de Bioéthique, Jérôme Sainton est Docteur en médecine.

« Le transhumanisme n’est qu’un eugénisme relooké »

Revue de presse, extrait du blog Usbek & Rica

« Le transhumanisme est un eugénisme mou, consensuel  et démocratique. Dans l’inconscient collectif, le terme « eugénisme » renvoie sans cesse – par méconnaissance historique – aux nazis. C’est une erreur : il s’agit d’une logique de sélection pour  « l’augmentation » de l’espèce et c’est l’essence même du transhumanisme, qui n’est qu’un eugénisme relooké. Je dis « mou », « consensuel » et « démocratique » car c’est sans violence apparente et ça se passe avec notre consentement, et même à notre demande.  En 1974 sont apparues les premières banques de sperme : les CECOS (Centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humain, Ndlr). On y parla bientôt « d’appariement de couples reproducteurs », une formule qui aurait dû nous alerter. »

Lire la suite de l’article https://usbeketrica.com/article/le-transhumanisme-est-un-eugenisme-relooke

Intelligence artificielle : comment fonctionne le deep learning ?

alvaro-reyes-500040-unsplash

Le deep leaning est  une méthode d’apprentissage automatique s’appuyant sur une modélisation complexe, impliquant un processus de calcul mathématique. Ainsi étape par étape,  les « mauvaises » réponses sont traitées (supprimées) et reportées vers les niveaux en amont pour ajuster systématiquement le modèle de calcul…Pour en savoir davantage, nous vous renvoyons vers l’article de Céline Deluzarche qui schématise avec pédagogie le fonctionnement du deep learning….

https://www.futura-sciences.com/tech/definitions/intelligence-artificielle-deep-learning-17262/

Ces penseurs avaient critiqué le Système technicien bien avant nous …

Le livre « la déconstruction de l’homme » a été largement influencé par la pensée philosophique et théologique de deux auteurs, respectivement Ivan Illich et Jacques Ellul qui ont su appréhender les menaces que faisaient peser d’une certaine façon une société industrielle envahie par la norme, la technicité et la dimension des outils susceptibles d’aliéner la convivialité, des outils capables de priver l’homme de leurs libertés.

Le livre « la déconstruction de l’homme » a été largement influencé par la pensée philosophique et théologique de deux auteurs, respectivement Ivan Illich et Jacques Ellul qui ont su appréhender les menaces que faisaient peser d’une certaine façon une société industrielle envahie par la norme, la technicité et la dimension des outils susceptibles d’aliéner la convivialité, des outils capables de priver l’homme de leurs libertés.

C’est Ivan Illich qui dénonçait la société moderne qui selon lui était d’une certaine façon une contrefaçon du Christianisme, le penseur de l’écologie politique évoquait ainsi la dimension de la perversion par le monde moderne, des idéaux chrétiens.

Quant à Jacques Ellul, le philosophe Chrétien, ce dernier avait su découvrir dans le monde informatique, le milieu qui donnerait l’illusion de créer du bien-être, mais dont la réalité aliénante est toute autre. Une réalité qui est gouvernée par l’appétit du gain, le profit susceptible de déposséder l’homme de toute autonomie et le bonheur d’être réellement libre, le souci de l’arracher définitivement à son sol pour l’emmener dans les mondes du virtuel.

Le livre que nous avons coécrit avec un certain nombre d’amis, ne se réduit donc pas à la critique des seuls avatars et des sous-produits issus de la techno science : numérisation, intelligence artificielle, robotisation, mécanisation du monde…

Ce livre aborde l’idéologie, comme le paroxysme d’une pensée affranchie de l’idée de finitude dans une ultime vision progressiste et eugéniste incarnée par le rêve transhumaniste qui achèvera selon nous le système technicien aux mains d’une société entièrement numérisée et gouvernée par le nombre.

Cette vision progressiste est portée par les vagues d’une société consumériste aveuglée par la consommation des produits numériques et la soif d’un progrès d’une science sans curseurs, sans limites. Vision eugéniste car cette société est guidée par le souci de la performance et tant pis pour les plus faibles, soit écartés, soit demain éliminés par une société qui ne s’accommodera pas de ce qui serait comme un coût, une charge sociale.

Ainsi dans ce livre nous allons en réalité beaucoup plus loin qu’une lecture critique des constats, nous débusquons en réalité les idéologies sous-jacentes, comme les appareils bureaucratiques ou non au service d’un asservissement des êtres humains privés de leur autonomie. Nous dénonçons également un glissement d’une société techniciste qui est conduite à codifier de plus en plus les comportements, à conditionner, par la norme les individus en les faisant rentrer dans une forme de moule sous le contrôle des IA qui demain seront programmés pour détecter les subversifs, les comportements déviants, les insoumis, les anti systèmes, ceux qui ne veulent pas se soumettre à l’emprise d’un monde déshumanisé par l’envahissement de la seule technique dénaturant et déconstruisant finalement tout ce qui fait l’homme dans toutes ses dimensions biologiques, spirituelles et sociales.

Eric LEMAITRE