La société digitalisée après le Coronavirus

Par la digitalisation, le phénomène informationnel a explosé depuis la mise en place du confinement.  Ainsi, à l’heure actuelle, la quasi totalité des activités a été transformée en… information. Nous devrions plutôt dire qu’elle est transformée en bit, unité de l’unité de mesure de base de l’information en informatique.

 

Auteur 

Liliane Held-Khawam 

 Créer une Nouvelle Société digitalisée sous surveillance permanente.  

 

https://campus.hesge.ch/blog-master-is/wp-content/uploads/2018/12/Digital_information_simulation.png

Source image: ICI

Le confinement que nous avons commencé à expérimenter pourrait bien être le départ d’une nouvelle forme de société entièrement digitalisée.

Vers un post-humanisme

Les concepteurs du Nouveau monde prône d’ailleurs le post-humanisme. « Selon cette conception, la science aurait modifié la condition humaine et serait capable de la modifier encore (par le génie génétique par exemple) au point que l’humanité serait à un tournant radical de son histoire3, voire à la fin de son histoire4. Elle devrait aussi « s’élargir au non humain (cyborgs, clones, robots, tous les objets intelligents), l’espèce humaine perdant son privilège au profit d’individus inédits, façonnés par les technologies »2.  » (Wikipédia)

Pour l’heure, le cher coronavirus pourrait être le catalyseur qui permettrait de faire basculer l’humanité vers cette nouvelle société, constituée d’êtres ou d’objets dont le dénominateur commun est d’être connectés à la machine. Comment? Par le confinement qui progressivement amènerait l’individu à être coupé relationnellement, affectivement, et socialement de tout contact choisi, librement décidé.

https://lilianeheldkhawam.com/2018/10/28/etes-vous-daccord-davoir-un-clone-numerique-vous-laurez-quand-meme-lhk/

Suprématie de la machine informationnelle

Cette nouvelle société totalement digitalisée est centrée sur le mariage de tous les instants de la technologie et de l’information. L’idée est que vous ne puissiez communiquer hors de la surveillance et du contrôle d’une plateforme dédiée à la technologie de l’information et de la communication. Nous appellerons une telle plateforme qui engloberait l’ensemble de la technologie de l’information et de la communication: machine informationnelle. Un super ordinateur qui récupèrerait l’ensemble des informations émises. Mais pas seulement.

Cette machine est alimentée dans l’autre sens, en direction des « membres » qui la constituent. Elle émet elle-même des informations sous contrôle de la superstructure. Le but étant de corriger les perceptions et croyances de la masse de ses ressources humaines. Dans ce sens, l’envoi d’information est vital afin de changer les valeurs individuelles et collectives, d’admettre la fin des  libertés, et générer la conviction que hors du système en place point de salut.

L’importance de la machine informationnelle est donc stratégique pour arriver à accompagner la révolution sociétale, et maintenir ses actions durablement. C’est pourquoi, les ambassadeurs de la très haute finance planétaire ont mis la main sur l’industrie du divertissement, les principaux médias (sous toutes leurs formes), et ce que ceux-ci soient de droite ou de gauche, religieux ou athées, destinés aux petits/ados/adultes/vieux, etc.  Aucune importance.

Un confinement, oui mais… digitalisé

Par la digitalisation, le phénomène informationnel a explosé depuis la mise en place du confinement.  Ainsi, à l’heure actuelle, la quasi totalité des activités a été transformée en… information. Nous devrions plutôt dire qu’elle est transformée en bit, unité de l’unité de mesure de base de l’information en informatique.

Chaque fois que vous traitez quelque chose avec votre smartphone, vous échangez automatiquement de l’information informatisée. Ce faisant, vous n’êtes jamais à 2 avec l’interlocuteur, mais au moins à 3 avec le gestionnaire de la plateforme technologique.

Ce qui précède est très important pour les concepteurs de la Nouvelle Société. C’est si vrai que  « selon certaines idées au confluent de l’informatique et de la physique, l’information immatérielle donnerait naissance à la matière. » Le physicien John Wheeler a été jusqu’à présenter en 1989 « l’idée que l’information soit première et que la matière et les lois de la physique émergent dans un monde d’information, ce qu’il a résumé avec l’expression it from bit.«

Lire la suite de l’article passionnant … https://lilianeheldkhawam.com/2020/03/31/creer-une-nouvelle-societe-digitalisee-sous-surveillance-permanente-lhk/

Covid 19 de nombreux pays prêts à investir dans la big data pour une mise en surveillance des populations…

Utiliser les données personnelles pour juguler la pandémie de Covid-19 : l’idée fait peu à peu son chemin dans le monde entier. Appliquée ou envisagée, les modalités diffèrent, mais la logique est commune : puisque le coronavirus, très virulent, se propage avec les déplacements des populations, utiliser la masse de données personnelles numériques générées par nos smartphones peut aider à comprendre la manière dont le virus progresse, voire même guider les décisions de mise en quarantaine.

Voir l’extrait dans le monde paru le 20 mars 2020

https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/03/20/contre-la-pandemie-de-nombreux-pays-misent-sur-la-surveillance-permise-par-le-big-data_6033851_4408996.html

une équipe de chercheurs multidisciplinaire – épidémiologie, virologie, mathématiques notamment – de l’université britannique d’Oxford ont imaginé et commencé le développement d’une application qui, installée sur un smartphone, géolocalise en permanence son propriétaire.

Si ce dernier est diagnostiqué positif au SARS-CoV-2, l’application avertit immédiatement tous les propriétaires de l’application qui ont été en contact rapproché avec lui. Selon leur degré de proximité, l’application leur ordonne de se mettre en confinement total ou simplement de maintenir une distance de sécurité avec les gens qu’ils rencontrent. Elle peut aussi donner des indications aux autorités pour qu’elles puissent désinfecter les lieux où la personne contaminée s’est rendue.

L’équipe de chercheurs d’Oxford a modélisé mathématiquement l’impact de cette application en prenant en compte les caractéristiques connues du SARS-CoV-2 – leur publication n’a, à ce stade, pas fait l’objet d’une publication dans une revue scientifique. Selon les chercheurs, leur dispositif permettrait de juguler l’épidémie sans paralyser le pays : ceci alors que le gouvernement de Boris Johnson se refuse encore à ordonner un confinement similaire à ceux en vigueur en Italie, en France ou en Espagne.

Travaillant actuellement avec le National Health Service britannique pour développer concrètement leur outil, les équipes d’Oxford affirment par ailleurs « soutenir plusieurs gouvernements européens pour explorer la faisabilité d’une application mobile pour le suivi instantané des contacts ». Joints par Le Monde, ces chercheurs n’avaient pas encore répondu à nos questions à ce jour. En France, le cabinet de Cédric O, le secrétaire d’Etat au numérique, a toutefois fait savoir au Monde qu’aucun projet de ce type n’est aujourd’hui à l’étude en France.

Données transmises aux autorités

Dès la fin du mois de février, les autorités chinoises, en partenariat avec le géant du numérique Alibaba, ont déployé dans les provinces les plus touchées une application au principe similaire. Chaque utilisateur dispose d’un code-barres de trois couleurs : rouge, il lui est interdit de sortir de chez lui pendant deux semaines ; jaune, il lui est demandé de se mettre en quarantaine pendant sept jours ; vert, il peut aller et venir librement. La couleur est déterminée, de manière assez opaque, sur la base des derniers déplacements de son propriétaire et de la probabilité qu’il ait côtoyé des malades.

Les codes-barres, vérifiés et « flashés » à l’entrée des magasins et des transports en commun, permettent de géolocaliser leur propriétaire. Mais l’application dispose également d’une capacité de localisation en temps réel : selon le New York Times, les informations collectées par l’application sont envoyées à la police.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Coronavirus : en Chine, les moyens de l’Etat policier au service de la lutte contre l’épidémie

Israël suit cette même logique, mais sans application dédiée et sans que ses citoyens soient informés. Grâce aux moyens de l’antiterrorisme, le service de renseignement intérieur de l’Etat hébreu peut désormais accéder à la géolocalisation des téléphones des Israéliens afin de repérer les personnes ayant été en contact rapproché avec un malade et leur ordonner de se confiner. Une décision critiquée par les défenseurs de la vie privée.

L’Autriche devrait aussi voir apparaître une application destinée à la lutte contre le Covid-19. Moins invasive, elle ne suivra pas les déplacements mais permettra à deux personnes qui ont été en contact de l’indiquer sur l’application. Si l’un d’entre eux est contaminé, l’application envoie une alerte aux personnes qu’elle a côtoyée.

A visualiser également de toute urgence ….

La « nomophobie » ou l’angoisse d’être privé de son téléphone portable

Auteur 

le philosophe Didier Martz

www.cyberphilo.org

Si vous vous sentez angoissé à l’idée de perdre votre téléphone portable ou si vous êtes incapable de vous en passer plus d’une journée, consultez-vite votre médecin : vous êtes atteint de « nomophobie ». Il ne s’agit pas d’une peur de la loi comme pourrait le laisser entendre la racine grecque nomos qui signifie loi. Loin de là, la « nomophobie » est la contraction de « no mobile phobia« , l’angoisse de ne plus avoir son portable. Des études menées auprès d’utilisateurs de mobiles révèlent que la majorité d’entre eux se disent « très angoissés » à l’idée de perdre leur téléphone et beaucoup avouent qu’il leur est « impossible » de passer plus d’une journée sans lui. Qui d’ailleurs n’a pas vu celui-là plongé la main précipitamment dans la poche pour vérifier que l’objet est encore à sa place, le consulter, le replacer et, en proie au doute, replonger la main tout aussitôt après.

Pour désigner ce comportement obsessionnel et compulsif, on userait volontiers du terme d’addiction. Selon le dictionnaire,  l’addiction désigne l’asservissement d’un sujet à une substance ou une activité dont un individu a contracté l’habitude par un usage plus ou moins répété. C’est le cas pour l’usage intensif du téléphone portable même si le terme semble plus adapté à la toxicomanie. Il engendre néanmoins des états de dépendance psychique et/ou physique.

L’état de manque engendré par la perte de l’objet en question ne tient vraisemblablement pas à l’objet lui-même. Et comme il est tout aussi difficile de penser qu’il est indispensable d’être 24 heures sur 24 en contact permanent avec des proches ou avec le monde entier pour faire face à une improbable situation d’urgence, il faut bien que cet objet ait une autre fonction.

Alors quoi ? Le téléphone portable en concentrant ce qu’on appelle des fonctionnalités de plus en plus étendue est devenu un prolongement de nous-mêmes. C’est une sorte d’orthèse, c’est-à-dire, un appareil orthopédique servant à compenser une partie du corps affaiblie ou anormale. La genouillère est au genou ce que le mobile est à une mémoire fragilisée. C’est aussi une prothèse, un appareil destiné à remplacer, en tout ou en partie, un organe, un membre amputé, déformé ou mal formé et à lui restituer sa fonction et/ou son aspect original. La prothèse du genou remplace le cartilage usé comme le mobile par GPS incorporé, se substitue au sens de l’orientation. L’oreillette s’incorpore, bientôt une puce se greffera dans le cerveau.

Prothèse ou orthèse, le portable remplace progressivement une faculté vitale : le désir. Il donne tout tout de suite, fait faire l’économie de l’impatience, de l’attente. Il empêche d’éprouver le manque et par conséquent le désir. Il suffit de cliquer ou de caresser tactilement. Jouir sans différer, sans attendre, avoir tout à portée de mains, tel est le nouvel homme : l’homo mobilus portabilis. Privé de son portable, il retrouve l’insupportable manque. Il est en manque, donc.

Ou alors, il est un objet transitionnel, celui de Winicott, sorte de « ninnin » chargé de remplacer la mère manquante.

Ainsi va le monde

Didier Martz

www.cyberphilo.org

L’ennemi ?

Étonnant de ne pas découvrir de vraies méditations et réflexions philosophiques sur ce Covid 19, ce nouveau fléau mondial qui finalement n’a rien de nouveau sous le soleil. La peste en son temps fut perçue comme un véritable cataclysme, la peur gagna alors l’Europe face à cette destruction massive liée à l’épidémie dévastatrice. L’époque, cette période appelée moyen-âge fut marquée comme vous le savez « par le sauve qui peut », un sentiment de frayeur, d’insécurité face à la brutalité de l’épidémie due au bacille de Yersin. Quand la peste se répandait en véritable pandémie, ce sont des foules qui tentèrent de prendre la fuite n’empêchant pas le virus de migrer également, Des processions avaient aussi été organisées partout en Europe, pour invoquer le secours de Dieu.

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Auteur Éric LEMAITRE

Socio économiste

auteur de l’Essai la conscience mécanisée

Le Covid 19, ce nouveau fléau mondial n’a finalement rien de nouveau sous le soleil. La peste en son temps fut perçue comme un véritable cataclysme, la peur gagna alors l’Europe face à cette destruction massive liée à l’épidémie dévastatrice. L’époque, cette période appelée moyen-âge fut marquée comme vous le savez « par le sauve-qui-peut », un sentiment de frayeur, d’insécurité face à la brutalité de l’épidémie due au bacille de Yersin. Quand la peste se répandait en véritable pandémie, ce sont des foules qui tentèrent de prendre la fuite n’empêchant pas le virus de migrer également, Des processions avaient aussi été organisées partout en Europe, pour invoquer le secours de Dieu. Mais notre monde a refoulé Dieu et s’emploie à imaginer que les distanciations et les barrières humaines suffiront à endiguer le mal.

Le monde est de ce fait secoué par une crise qui ressemble à l’expression d’une forme de terreur quasi mondiale propagée par une entité biologique qui ne choisit ni ses proies, ni ses victimes, qui n’a pas de visa et s’invite ou voyage incognito [nous sommes si nous sommes affectés le véhicule corporel, transportant le virus], invisible, pour frapper l’innocent comme le coupable, le riche et le pauvre, ne discrimine ni la couleur, ni l’orientation, pas même la religion de ses victimes, c’est l’humanité dans sa totalité qui est visée. L’appétit de ce virus semble insatiable et il met en péril tous les écosystèmes relationnels, sociaux, économiques. Ce virus est devenu le fléau de ce siècle. Il vient frapper la conscience humaine et nous interroge sur le modèle de société universaliste et consumériste, que nous avons bâti.

L’émotion (surtout pour soi) est en train de gagner aujourd’hui le globe dans son ensemble, notre monde. Avec l’endémie suscitée par ce germe dévastateur, ce que j’observe, est bien l’émergence d’une forme de repli sur soi associé aux mesures de confinement prises par les états : la fin des rassemblements, de toute forme de convivialité, l’évitement de tous les lieux de rendez-vous, l’isolement claquemuré de préférence. Pourtant toutes les mesures de prévention n’ont pas anéanti la fulgurance de la diffusion de ce virus, ce virus ne semble pas craindre les mesures d’endiguement et nous fait prendre conscience de notre finitude, de notre vulnérabilité que nous redécouvrons. Notre société a tellement refoulé la mort, la maladie que leurs spectres se sont finalement tapis, incrustés sur les paliers de nos maisons.

Dans ces contextes d’appréhension et même de terreur planétaire, une matinée, je suis allé chez le boulanger. Habituellement cette boulangerie fait le plein de clients et je remarquais que j’étais étrangement seul dans le magasin, absence de mondes, absence de contacts. J’ai fait rire l’aimable vendeuse, en lui proposant de payer le pain « sans contact ». Ce « sans contact », ce mode de paiement qui est finalement à l’image d’une société qui se dessine, évitons de nous toucher, de nous embrasser, de tendre la main, d’échanger un sourire des fois que ce sourire ne transpire le visage de cette calamité et qu’à mon tour je ne croise le virus assassin. Je me suis également rendu dans une école d’ingénieurs pour surveiller un examen le 13 mars 2020, trois jours avant le confinement décidé par les autorités du pays, et je fus frappé par le regard inquiet chez quelques élèves s’interrogeant sur leur avenir après que leur fussent annoncées les mesures de fermeture des frontières alors que certains devaient se rendre à l’étranger pour effectuer un stage devant valider leur futur diplôme d’ingénieur.

Pourtant il faut en convenir, prenons soin des uns et des autres et ne nous prêtons pas inutilement à cette folie de croire que l’on est protégé et insubmersible ; que l’on ne transmettra pas le virus autour de nous. Une proche travaillant dans un établissement a été la première à s’appliquer les consignes, saluer aimablement ses collègues, mais sans embrassades et serrages de mains. Quand elle fit ce choix, gentiment ses collègues ne se sont pas souciés de cette prévention et continuèrent leurs aimables pratiques. Un soir, un message d’alerte fut partagé par la direction de l’entreprise, un cas de coronavirus [suspecté puis démenti] a été signalé, une collègue en était atteinte, ce fut le vent de panique, le chacun pour soi, le repli, la stratégie de calfeutrage. Lorsque le virus était loin de chez soi, nous avons tendance parfois à en rire, à jouer aux braves, à nous moquer gentiment des autres, mais voilà, c’est arrivé à la porte de l’entreprise [démenti par la suite] de cette proche, qui fut l’une des rares employé(e)s, à retourner pourtant dans son entreprise, mais une entreprise quasi désertée. Le coronavirus est un agent antisocial, et sans doute cette épidémie à l’heure où ces lignes ont été écrites (le 16 mars 2020) va s’aggraver, n’épargnera aucune ville, aucune commune, aucun village, îlot, aucun quartier, aucune rue, aucun voisinage. Ce virus antisocial est aussi mondialiste [métaphore], il ne connait pas de frontières et même si le président Trump ferme les frontières US, barricade l’Amérique, il n’empêchera pas la propagation de cette peste nouvelle, car il faut bien que les Américains séjournant en Europe reviennent dans leurs pays. D’ailleurs la Californie, état américain a déclaré récemment l’État d’urgence, dans la région de Seattle, siège des géants de la technologie digitale qui dominent le marché mondial du numérique, plusieurs cas de coronavirus ont été signalés, multipliant les mesures de protection, encourageant les salariés à se terrer chez eux, à une forme de burrowing. J’entends ici là que le monde numérique va finalement sauver le monde en réinventant les conditions d’une vie sociale sécurisée, grâce à l’intelligence artificielle, au télétravail, aux mails, aux robots qui viendront nous apporter les colis, à Skype ou autres supports pour continuer le lien social avec nos aînés privés de relations vivantes susceptibles de les mettre en danger. Mais hélas, nous créons chez ces derniers de l’insécurité affective et un sentiment de repli, d’abandon qui pourrait les gagner du fait du délitement des interactions sociales. Ces aînés seront aussi les victimes directes ou collatérales de la pandémie.

Nous allons, avec la propagation du virus, entrer dans un monde d’hyperconnectivité accélérée, l’esclavagisme virtuel des temps modernes et sans doute les mesures de confinement vont amplifier et précipiter un mouvement d’inventions numériques [géolocalisation du virus : lieux à ne plus fréquenter, rues à éviter et qui sait voisins à éviter] et d’applicatifs à télécharger pour mieux nous divertir, nous tenir en laisse, tracer les mouvements des populations,  mais c’est un leurre, le numérique ne sauvera pas le monde, le numérique ne nous sauvera pas de cette pandémie. Je crains que d’autres mesures ne soient aussi prises afin de mieux gouverner et tracer les populations, de les traquer, de contrôler leurs ventes et leurs achats.

Pourtant dans ces contextes, nous devrions absolument lire les recommandations de ceux qui nous ont précédés au cours de notre histoire, Je m’en tiendrais ainsi  à la lettre de Luther qui lui-même a été confronté à la peste, il écrivait ces mots[1] pleins de sagesses qui peuvent nous éclairer sur la façon dont nous abordons les événements qui se passent dans les contextes d’une époque angoissée.

« Je demanderai à Dieu par miséricorde de nous protéger. Ensuite, je vais enfumer, pour aider à purifier l’air, donner des médicaments et les prendre. J’éviterai les lieux, et les personnes, où ma présence n’est pas nécessaire pour ne pas être contaminée et aussi infliger et affecter les autres, pour ne pas causer leur mort par suite de ma négligence. Si Dieu veut me prendre, il me trouvera sûrement et j’aurai fait ce qu’il attendait de moi, sans être responsable ni de ma propre mort ni de la mort des autres. Si mon voisin a besoin de moi, je n’éviterai ni lieu ni personne, mais j’irai librement comme indiqué ci-dessus. Voyez, c’est une telle foi qui craint Dieu parce qu’elle n’est ni impétueuse ni téméraire et ne tente pas Dieu. »

 Alors mes chers amis, c’est le moment de redoubler de compassion, d’amour pour vos nos prochains, ne craignons pas le virus, mais ce mal anti relationnel, ne craignons pas la rencontre avec l’autre [Sans le mettre en danger], mais notre isolement, le repli chez soi… Dieu nous appelle à sortir de nos murs, et d’ouvrir nos maisons pour accueillir le prochain, à prier pour les malades à tendre justement la main [le geste de la main est une métaphore, nous n’incitons pas les gens à braver les recommandations]. Ne nous laissons pas intimider par celui que l’on a coutume d’appeler le malin.  Aussi je lance cet appel à la prière pour notre pays, pour ses autorités, pour ses médecins, ses personnels soignants et pour la conscience de tous, de revenir à l’essentiel de la vie, l’amour du prochain. Malheur à nous si nous n’écoutons pas l’exhortation véritable qui nous invite à un changement de modèle de vie, à un changement complet de nos habitudes et notre souhait de rester dans notre salière. Soyons le sel et la lumière du monde, soyons l’espérance dans une ambiance profondément mortifère…

[1] Source: Œuvres de Luther Volume 43 p. 132 la lettre « Que l’on puisse fuir une peste mortelle » écrite au révérend Dr. John Hess.

Guerre et Paix : les nouveaux maîtres du Monde

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Auteur Eric LEMAITRE

Le XXe siècle a été le témoin de tragédies meurtrières. Témoins de ces désastres, les deux guerres mondiales qui ont agrégé ensemble des pertes humaines, avoisinant, 77 millions de morts, sans doute beaucoup plus. Ces fléaux apocalyptiques ont laissé une empreinte indélébile dans la mémoire de l’humanité y compris dans la suite des générations. Les commémorations entretiennent depuis la mémoire de ces fléaux dévastateurs. Les nations dominantes ont longtemps cru que l’arme atomique suffisait à paralyser définitivement les intentions bellicistes, mais pour combien de temps ? Comme pour effacer les ravages de leurs conquêtes ; ces mêmes nations se sont ensuite engouffrées dans une autre forme de colonisation du monde, celle des affaires, du business, du commerce. Un commerce pacifique, mais qui s’en prend aujourd’hui aux ressources de la Terre. Après s’en être pris à la chair de l’homme, le monde s’en prend désormais à la Terre comme pour achever ce cycle infernal commencé avec Caïn[1] le forgeron devenu meurtrier de son frère. Mais pour échapper à de nouveaux conflits sanglants et destructeurs, la technologie savante s’est inventé l’arme fatale capable d’éloigner d’éventuelles nations farouches tentées d’en découdre à nouveau.  Fort d’un arsenal atomique capable d’éliminer l’humanité, les états se sont investis par la suite sur d’autres champs de conquêtes, imaginant sans doute plus subtil de s’employer à posséder l’âme des hommes, plutôt que d’écraser les corps.

Ensuite de quoi, je suis persuadé que l’arme atomique est en soi dépassée ; cette arme destructrice qui en voulant imposer la terreur ou une simple menace ne constitue plus une arme stratégique suffisamment puissante et dissuasive. La machine soi-disant pensante est en réalité cette nouvelle arme à la fois dissuasive et offensive qui permettra demain de régner sur les peuples et avec ce monde hyperconnecté de contrôler y compris la folie humaine. Le but de ce système est bien in fine de soumettre les peuples, un but qui est en fin de compte commun avec le milieu belliqueux qui emploie la force guerrière pour imposer ou imprimer sa loi. S’il est vrai que la machine pensante n’a pas finalement l’aspect coercitif que revêt la force mécanique d’une division militaire, il n’en demeure pas moins que la finalité de l’IA sera la même ; discipliner les peuples puis les contraindre en manipulant les âmes. Nonobstant la stratégie pour atteindre ce but passera par le divertissement, les gens seront sommés de se distraire, mais cela ne leur sera pas imposé puisque c’est l’habitude addictive qui les conduira à la servitude.

La Silicon Valley de l’oncle Sam’s ou celle de « l’Empire du Milieu » ont ainsi un seul rêve, ce rêve n’est pas celui de conquérir des territoires, mais bien d’exercer leur emprise sur les consciences. L’enjeu est d’assujettir les comportements et d’habiter les âmes plutôt que d’envahir les espaces géographiques. Le nouvel affrontement qui se livre de cette façon au sein même de notre postmodernité relève davantage d’une conquête de la conscience de l’homme, plutôt que la mise au pas, des nations subissant le joug de l’oppresseur. Chers amis les nouveaux maîtres du monde sont bien les algorithmes qui orientent la vie des consommateurs qui n’ont pas eu besoin ni de la terreur ni des armes de guerre pour imposer leurs lois et asservir les peuples. La technologie des algorithmes est la nouvelle artillerie numérisée au service de l’ambition des Silicon Valley pour imposer son joug et son système digital afin de civiliser l’homme prédateur et assurer un règne de « volupté », de « paix » et de « sécurité ». Mais pour combien de temps ?

[1] Le mot hébreu : קין Qáyin signifie « javelot », mais aussi par métonymie « forgeron ». Ce qui nous rapproche ici au Mythe de Prométhée.

Qu-est-ce que la Post modernité ?

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Je lisais un article de philo[1] qui faisait mention des pré-modernes, cette humanité attachée à la tradition et qui d’une certaine façon se différenciait des modernes revendiquant leur volonté de se projeter, leur confiance indéfectible dans l’avenir.  Le post modernisme contrairement à l’idée reçue n’est pas non plus une projection sur l’avenir mais bel et bien l’investissement dans le présent. Le post modernisme se caractérise surtout par l’éclatement des valeurs temporelles, nous sommes dans le postmodernisme, dans le culte du présent, le postmodernisme coïncide avec la mort des grands récits qui ont fait l’histoire des civilisations humaines, invalidant notamment la pensée judéo-chrétienne mais pas seulement. Ce post modernisme se traduit à la fois par la défaite de la raison et par une crise de la légitimité des grandes institutions. Le post modernisme se définit également et selon moi par deux événements majeurs, la fin du religieux c’est-à-dire ce qui nous relie à l’autre, dans ce contexte le religieux a en quelque sorte façonné la dimension solidaire et collective. L’autre événement majeur qui illustre la post modernité est pareillement la place que prend dorénavant l’objet technique. Cet objet technique qui devient le substitut de la relation à l’autre. La post modernité n’est pas le renoncement à la nouveauté, c’est au contraire un appétit dévorant pour le bien augmenté, l’amélioration du confort qui sert notre besoin d’individualité. Le postmodernisme mêle à la fois l’idéologie imprégnée de relativisme, mais aussi la mondanité, le consumérisme, la technicité, la toute-puissance numérique qui entend organiser, gérer, réguler le quotidien et la vie individuelle des êtres humains. Le postmodernisme nous fait rentrer dans un monde hors sol, déraciné, sans attaches, il se définit, pour reprendre les mots du philosophe Gilles Lipovetsky comme « [2] l’organisation systématique de la défaillance de la faculté de rencontre, comme une communication sans réponse…interdisant toute forme de réciprocité entre les êtres ». Le postmodernisme n’est plus un rapport à l’autre mais à l’objet, il n’est plus un rapport à une personne, mais à un contact, plus un rapport à la conscience, à la relation incarnée et aux interactions vivantes entre êtres humains mais à une relation abstraite, virtuelle. Le postmodernisme c’est aussi faire entrer notre monde de la pensée dans une pensée floue, conditionnée, où nous devrions perdre de vue la conscience de nous-mêmes, l’existence vivante.  Serions-nous ainsi devenus tributaires de la société à laquelle nous appartenons, n’étant plus capable de penser par nous-même, au point que notre conscience ne saurait être réduite qu’à être le reflet de celle-ci, déterminée à penser comme elle ?  Dans ce monde-là, nous fabriquons des individus assoiffés d’exister, mais dont les existences, les consciences sont en réalité et finalement sans fond, faute de construire des vies à partir du réel, faute de bâtir à partir de la vérité comme l’entendait CA Lewis fondé sur le TAO, le principe universel, faute de vivre l’interaction vivante d’hommes et de femmes solidaires. Dans des contextes de vagues déferlantes du postmodernisme, nombre d’entre nous prenons alors conscience, plus que jamais, de l’existence de ces courants qui déconstruisent et déstructurent une forme d’ordre ancien, remettant en question toutes les dimensions qui touchent à la vérité et l’absolu. Dans le gai savoir[3]  comme une référence à ces contextes de post modernité, de nihilisme, de négation de toute transcendance, le philosophe Nietzsche met en scène un fou qui s’écrie « je cherche Dieu », « où est allé Dieu », puis informe aussitôt les badauds amassés autour de lui, « Dieu est mort ». En s’écriant à tue-tête, le fou entend provoquer et attirer l’attention. Le fou nargue l’auditoire qui l’entoure. L’auditoire observe l’énergumène avec une forme de perplexité, d’hilarité générale, la foule lui répond : « A-t-il donc été perdu… S’est-il égaré comme un enfant ? … s’est-il caché ?… A-t-il peur de nous ? … S’est-il embarqué ? … A-t-il émigré ? » Puis le fou se tourne vers ses coreligionnaires et leur avoue « Où est allé Dieu ? s’écria-t-il, je veux vous le dire ! Nous l’avons tué, — vous et moi ! Nous tous, nous sommes ses assassins … ! » Si le fou semble acquiescer la foule désopilante, il semblait toutefois et paradoxalement, lui indiquer que le temps de l’épilogue n’était pas arrivé, la mort de Dieu n’avait pas encore eu lieu. Le fou finit même par leur déclarer « « Je viens trop tôt », dit-il alors, « mon temps n’est pas encore accompli ». « Cet événement énorme est encore en route, il marche — et n’est pas encore parvenu jusqu’à l’oreille des hommes ». Pour ce visionnaire dément spéculant la mort de Dieu, l’événement est inévitablement en route, le fou le vit comme une certitude, une forme de dénouement apocalyptique annonçant demain « l’Homo Deus ». Or si pour le XIXème siècle, le nom de Dieu faisait encore sens, même au temps de Nietzsche, qu’en est-il aujourd’hui, quelle résonnance, quel sens peut avoir l’évocation du nom de l’Eternel dans un monde gagné par le relativisme ambiant, mais également par une méconnaissance du fait religieux, une ’ignorance de tout ce qui a fait référence au Judéo-Christianisme ? A peine sait-on qui est Christ, assimilé ou réduit à une vague personnalité fondatrice d’une religion dont le monde devenu apostate définit mal les contours. En évoquant le postmodernisme, je songe essentiellement à l’approche sociologique contemporaine incarnée par la prééminence de l’individualisme. Avec la post modernité nous avons sombré dans le culte exclusivement centré sur l’individu, devenu la référence de la modernité. Mais soyons clairs dans ce culte du « moi » et du « je », il s’agit bien de façonner une certaine image de l’individu, forcément lui aussi post moderne, répondant aux canons de son époque, un être libre, détaché de tous les stéréotypes, un enfant digne héritier de l’esprit des lumières. Cette post modernité qui a généré l’atomisation sociale, la fragilisation du lien social, ce qui a inévitablement encouragé, l’étiolement des fondements de la sociabilité, l’effondrement des traditions autour des piliers que constituaient la famille, les églises, les formes de vie collectives permettant et autorisant la dimension, ou toutes les dimensions du lien. Comme nous le rappelions précédemment, plusieurs sociologues et penseurs ont décrit la modernité comme le résultat d’un délitement des traditions, de l’affaissement de la transmission, des hiérarchies, de la fin de l’intermédiation à la fois comme médiateur ou contrepoids social. Le postmodernisme est une révolution des croyances traditionnelles, cherchant un idéal de progrès et de nouvelles connaissances tentant de réformer et « d’organiser le monde scientifiquement » comme le prédisait Ernest Renan. Le postmodernisme se définit aussi comme une forme d’adulation pour les progrès techniques, la configuration d’une nouvelle idolâtrie, d’adoration de nouvelles formes de relations et de rapports sociaux, mais des rapports sociaux abstraits, désincarnés ne reposant plus sur le socle de la conscience reliée à Dieu, d’un geste vivant, d’un vécu animé et tangible interagissant avec l’âme de l’autre, le prochain. Le postmodernisme est aussi une déconstruction du réel, de tout ce qui est fait rapport avec ce réel. Le postmodernisme, c’est l’avènement d’un goût certain pour le relativisme. Le postmodernisme s’inscrit comme une méfiance des dichotomies, des différences, des oppositions binaires qui ont dominé les représentations métaphysiques. Le philosophe Jacques Derrida, philosophe qui fut connu pour avoir fondé la pensée autour du déconstructionnisme, remet en cause la notion même de différence. Le postmodernisme est en quelque sorte une quête du non-sens. En fait y-a-t-il du sens chez les postmodernes qui auraient tendance à renverser la table ? Si ces philosophes comme Jacques Derrida, Deleuze remettent en cause les postulats des Philosophes de lumières autour de la quête d’un système rationnel universel, ils peuvent aussi être déraisonnables par leur côté nihiliste ! Le postmodernisme dans sa dimension sociologique me semble avoir été parfaitement appréhendé par l’éminent sociologue polonais Zygmunt Bauman qui évoquait la dimension liquide et sans amarres de la post modernité. Zygmunt Bauman s’est attaché à décrire de façon critique cette société liquide où l’individu est devenu l’unique référence. Un individu au sein de cette société liquide, qui ne s’appréhende plus comme personne mais qui se définit par ses actes de consommation et ses croyances idéologiques, ses comportements et non plus par sa seule identité. Une société liquide qui est à l’inverse de la lecture des évangiles qui fait de chaque personne : un être humain, et non un sujet, non un consommateur, non un objet. Pour le sociologue Zygmunt Bauman « la postmodernité n’est pas le contraire de la modernité, c’est le développement de la modernité poussé à son maximum », c’est ainsi que le sociologue dénonce la trajectoire moderne, issue de la philosophie des Lumières, dont l’épilogue fut de céder à l’État l’ensemble des moyens d’organisation et de régulation de la vie sociale, donnant à son organisation bureaucratique et demain au monde numérique tout une dimension totalitaire. L’état devient finalement une forme de Père faisant disparaître la figure du Père révélé par Jésus, occultant ainsi à l’homme à la plus petite échelle, la faculté d’organiser la solidarité, l’entraide, d’interagir en empathie. Nous avons ainsi cédé, à une forme de facilité, en ayant recours aux instances d’un Etat ou d’une organisation numérique qui se mêlera de tout et y compris de la manière de gérer notre éducation. L’antichrist aura un combat, celui de détruire systématiquement ce qui relie les hommes par le lien incarné de l’affection et de l’amour, il exercera une emprise sur l’ensemble de l’humanité via les divinités consuméristes qui célèbrent Mamon et la religion des data.  Le post modernisme ne sera pas celui du vis-à-vis, du face à face, son empire est le virtuel. Sa religion le dataïsme[4],  son “église” s’établit désormais dans le virtuel. N’est-ce pas Mark Zuckerberg qui déclara que les groupes Facebook devaient jouer un rôle important dans la vie communautaire, de la même manière que les églises. L’historien Hébreu Yuval Noah Harari partage également cette intuition, il prédit dans son livre Homo Deus, que “l’individu est plus susceptible de se désintégrer de l’intérieur que d’être broyé brutalement de l’extérieur[5]”. Cette menace vous fait sans doute sourire, mais elle est en réalité sérieuse et annonce un monde dystopique où la désocialisation systématique a été amorcée depuis que nous sommes entrés dans le XXIème siècle et l’ère numérique. Tocqueville, c’est vrai le percevait déjà, évoquant l’atomisation des individus, épinglant l’individualisme, l’isolement d’êtres séparés des autres, titulaires d’une liberté, mais liberté qui reste factice…De fait lorsque nous lisons les textes des évangiles, nous comprenons que l’univers qui est dépeint est celui de l’incarnation des relations. Or nous assistons inversement à l’émergence d’une société sentimentale et numérique, indolore qui fabrique de l’émotion à distance, des relations, des affections, des émotions virtuelles. Certes nous sommes toujours réceptifs, sensibles aux malheurs des autres, mais notre compassion ne s’exerce, ne se vit plus de la même manière. La dimension du prochain se dissout ainsi dans une forme d’éther, de dématérialisation de la vie réelle. Pour partager nos émotions, nous employons les symboles de nos claviers numériques les ‘émoticônes’, et nous sommes figés à nos écrans comme si la paresse de la rencontre nous avait totalement ankylosé. Ce post modernisme consacre l’autonomie personnelle, affirme, en quelque sorte la valeur sentimentale dans un monde virtuel désincarné. Plus le consumérisme numérique gagne notre monde, plus il ancre l’affectif dans le pôle sentimental d’un monde sans existence et sans relation vivante. Avec la postmodernité nous sommes les témoins non d’un réveil de l’église mais bien d’une forme de contre réveil. Un contre réveil qui accepte un système de pensée affirmant certes la dignité de l’homme, mais sans la fonder, l’enracinant sur celui qui est venu servir pour racheter l’homme dans son indignité. Nous assistons hélas à l’émergence de nouvelles orthodoxies dans tous les milieux, ces nouvelles idéologies de la post modernité prônent une culture virtuelle, ouverte aux autres, revendiquent une culture inclusive, qui valorisent la dimension de l’accueil absolu sans évoquer le mal, les addictions, les dépendances qui nous font souffrir. Ainsi nous voyons naître un monde qui relativise le fameux TAO, ; le principe universel, la vérité. La vérité est édulcorée, elle n’offusque pas, n’ébranle pas, elle est passe partout. Malheur alors à ceux qui reprochent à ces mondes inclusifs et ouverts de ne jamais évoquer le mal. L’amour selon cette nouvelle orthodoxie n’est pas exclusif, l’amour couvre tous les genres et gomme de fait ce qui relèverait d’une faute morale… Nous assistons alors à une vérité morcelée, dépouillée, vide de sens avec des bouts de vérité mais qui ne constituent pas en soi la vérité que chérissait le Philosophe CAS LEWIS.

[1]  L’article dont je fais mention est référencé sur le site : http://www.histophilo.com/postmodernite.php

[2] Citation reprise dans l’essai « Le bonheur paradoxal » de Gilles Lipovetsky

[3]  Pour lire cet épisode du Fou dans le gai savoir de Nietzche, nous vous invitons à lire ce passage dans le livre troisième Le Gai Savoir (« La gaya scienza ») Traduction par Henri Albert. Paris, Société du Mercure de France, Paris, 1901 (Œuvres complètes de Frédéric Nietzsche, vol. 8, p. 161-229).

[4] Le dataïsme terme emprunté Yuval Noah Harari auteur de Homo deux Une brève histoire de l’avenir Albin Michel page 195, la religion des data.

[5] Homo Deus Albin Michel page 371

Il faut encore débattre autour du cas de Vincent Lambert

A lire l’article complet sur le blog de via Il faut encore débattre autour du cas de Vincent Lambert — Espace détente, poésie, judaïsme et lutte contre la désinformation

Les clefs véritables de cette tragique affaire ont été données par deux articles remarquables :

  • L’un est celui de Michel Houellebecq, « Vincent Lambert, mort pour l’exemple », paru dans Le Monde du 12 juillet. Avec une grande concision, Michel Houellebecq montre qu’il n’est nullement dupe des « fausses pistes ». Il traite même, en quelques mots, la question de la souffrance, en expliquant qu’elle est souvent physique, et qu’elle est alors traitable, supprimant du coup la plupart du temps la souffrance morale. Il remarque surtout que c’est la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui a demandé le pourvoi en cassation, alors même que le président Macron avait déclaré vouloir rester en dehors de l’affaire. En agissant ainsi, la ministre savait qu’elle condamnait Vincent Lambert, car elle connaissait évidemment à l’avance ce que serait l’avis de la Cour. Pourquoi l’a-t-elle fait ? Parce que les forces pro-euthanasiques sont très puissantes dans notre pays, et que la révision, à l’automne prochain, des lois dites « bioéthiques » (alors qu’elles devraient être purement « biologiques », pas mort = vivant = être humain = respect de son corps et de sa vie) sera évidemment l’occasion, « souffrance » de Vincent Lambert aidant, d’introduire dans le processus de « fin de vie » des dispositions plus spécifiquement « actives » que le simple arrêt des soins. L’objectif ultime étant l’euthanasie, encore et toujours, on peut leur faire confiance pour pousser, autant qu’il sera possible, dans ce sens.
  • L’autre est l’article de Jean-Marie Le Méné, « Pour l’Etat, tuer Vincent Lambert était un devoir », dans Valeurs Actuelles du 11 juillet. Avec l’attendu de l’arrêt de la Cour prononcé par le Procureur François Molins, « consacrer le droit à la vie comme une liberté à “valeur suprême” aurait aussi pour conséquence immédiate la remise en question de la loi dite Leonetti en faveur des malades et des personnes en fin de vie ou encore celle relative à l’interruption volontaire de grossesse », l’auteur dévoile la vraie raison idéologique : ce n’est plus la considération sur ce qu’est la vie humaine ni sa protection qui est l’important, mais le fait de sécuriser les dispositions concernant l’IVG d’une part et l’euthanasie d’autre part (c’est-à-dire, dans les deux cas, le pouvoir de certains hommes sur la vie des autres), contre toute remise en cause. Eh oui, nous en sommes là. C’est à proprement parler la société eugénique que l’on veut construire. En filigrane, on comprend aussi que l’exigence, dans un pays de plus en plus vieillissant, de se donner des moyens idéologiques, juridiques et médicaux pour éliminer les malades et les « vieux », alors même qu’on ne souhaite nullement remédier aux carences de notre natalité, est aussi un besoin économique essentiel.

De grâce, ne nous laissons pas embarquer dans les fausses directions et les traquenards du « jeu de l’oie » bioéthique, que l’on nous complique à loisir. Eux voient clair, pourquoi pas nous ?

 

Service des urgences de l’hôpital Bichat à Paris – Jérôme Mars, JDD/SIPA ___________________________________________________ Après avoir publié sa tribune sur l’affaire Lambert, et lu les réactions qu’elle a suscitées, François Martin a souhaité poursuivre la réflexion. D’autant qu’une actualité en chassant une autre, le débat sur l’euthanasie semble déjà loin à certains! Mon dernier article a suscité […]

via Il faut encore débattre autour du cas de Vincent Lambert — Espace détente, poésie, judaïsme et lutte contre la désinformation

Neil Postman : Étourdir ou Museler la conscience

L’attention n’est plus celle donnée aux autres, mais à celle donnée à nos objets toujours augmentés, à la ronde perpétuelle des divertissements, ces « vaudevilles » et « babillages » diffusés à longueur de journée par nos écrans[3]. La société transhumaniste développe ses supports numériques qui agissent en nous comme de véritables « derricks[4] », de véritables plateformes pétrolières, aspirant les données de toutes nos consommations quotidiennes associées aux usages que nous faisons de nos smartphones et autres objets de communication. Aussi comme le souligne Bruno Patino dirigeant de presse, et auteur du livre « la civilisation du poisson rouge », la prédation s’est greffée sur nos usages numériques « c’est la prédation de notre attention ». Or plus notre vie intérieure est forée par les derricks du monde numérique, plus ce monde corrompt et endommage, la source de vie qui nourrit notre âme. Quelle est donc la valeur morale d’une société quand cette dernière promeut la culture consumériste comme la seule dimension qui vaille ?

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Auteur : Eric LEMAITRE

Entre deux Léviathans : le monde de Orwell « 1984 » et le monde de Huxley « Le meilleur des mondes », le léviathan que nous aurions à craindre, n’est pas celui de Orwell qui muselle la conscience, mais bien le « Meilleur des mondes » qui l’étourdit. Pour Neil Postman[1], les gens viendront à aimer et à apprécier ce qui les opprime finalement, ils se laisseront volontiers déposséder de leur liberté préférant l’hédonisme et les petits plaisirs « ils finiront par aimer « [2]les technologies qui détruiront leur faculté de penser ». 

Nous sommes aujourd’hui dans le temps volé, le temps gaspillé, le temps des âmes devenues les otages de prédateurs qui maîtrisent les communications chronophages, celles qui phagocytent notre relation qui n’est plus ainsi donnée aux autres. Ce temps volé est bien l’assèchement de ce qui nous relie aux autres. Je consultais et visualisais une page de couverture d’une revue qui titrait « notre planète a soif » avec l’illustration d’une photo présentant un sol craquelé, morcelé, un sol désolidarisé et asséché. Si le monde semble bien frappé par une crise climatique, ce même monde ne semble pas avoir compris qu’une crise des consciences est également en cours. Cette crise est celle des consciences asséchées, une crise aussi cataclysmique que celle qui concerne le climat, car cette crise affecte la dimension relationnelle. Elle provoque la désocialisation créant le délitement de la communauté. Le transhumanisme qui vante et promeut l’individu est finalement un processus de démantèlement de la conscience collective, son projet est bel et bien de détruire ce qui me relie à l’autre pour amorcer cette subordination aux objets de la civilisation transhumaniste. L’enjeu d’une telle civilisation sera dès lors de capter l’attention, et de me détourner de toute vie intérieure et de toute vie relationnelle et aimante.

Les nouveaux « derricks » chasseurs de data

L’attention n’est plus celle donnée aux autres, mais à celle donnée à nos objets toujours augmentés, à la ronde perpétuelle des divertissements, ces « vaudevilles » et « babillages » diffusés à longueur de journée par nos écrans[3]. La société transhumaniste développe ses supports numériques qui agissent en nous comme de véritables « derricks[4] », de véritables plateformes pétrolières, aspirant les données de toutes nos consommations quotidiennes associées aux usages que nous faisons de nos smartphones et autres objets de communication. Aussi comme le souligne Bruno Patino dirigeant de presse, et auteur du livre « la civilisation du poisson rouge », la prédation s’est greffée sur nos usages numériques « c’est la prédation de notre attention ». Or plus notre vie intérieure est forée par les derricks du monde numérique, plus ce monde corrompt et endommage, la source de vie qui nourrit notre âme. Quelle est donc la valeur morale d’une société quand cette dernière promeut la culture consumériste comme la seule dimension qui vaille ? C’est Neil Postman qui nous relate « [5]qu’à une époque de technologie avancée, la dévastation spirituelle risque davantage de venir d’un ennemi au visage souriant que d’un ennemi qui inspire les soupçons et la haine. Dans la prophétie de Huxley, Big Brother ne cherche pas à nous surveiller. C’est nous qui avons les yeux sur lui, de notre plein gré. Nul besoin de tyran, ni de grilles, ni de ministres de la Vérité… ». C’est ainsi que docilement, nous avons fini par accepter la souveraineté des « derricks numériques », nous avons tellement cru à la dimension du progrès, que nous n’avons pas réellement pris conscience que l’alphabet numérique était sur le point de façonner, de conditionner nos esprits puis de  transformer nos comportements en êtres corvéables.

Or de toute évidence, le monde transhumaniste ne peut en soi se déployer que s’il accède à cette capacité de nous distraire, de nous divertir de nous-même, voire même de modifier génétiquement les comportements des êtres humains pour obtenir d’eux plus de docilité, de malléabilité.  L’ère transhumaniste l’emportera et ne s’accomplira que si ses artefacts sont réellement parvenus soit à étourdir ou à museler notre conscience, à endormir notre capacité de penser. Or les signaux d’un tel monde nous sont déjà renvoyés, eu égard à l’abondance des consciences rivées sur leurs écrans, dépendantes des messages, de cette abondante dopamine émanant des réseaux sociaux, déversée également par les flots continuels d’informations reçus quotidiennement.

La modernité de notre époque est dominée par des formes d’idolâtrie et une nouvelle féodalisation celle de nos écrans.

Les écrans occupent une place envahissante dans nos vies et personne n’évite leurs pouvoirs captivants et assujettissants. Je n’échappe pas moi-même à l’addiction cathodique, à celle du smart phone, de la tablette, de l’ordinateur. J’éprouve aussi ce sentiment bizarre d’être comme dans un « bocal numérique », ce sentiment étrange d’être ainsi enserré ou piégé dans les griffes des algorithmes de l’internet.   Quotidiennement nous faisons l’objet, de stimuli, de sollicitations liées aux multiples notifications et autres signaux d’informations émanant de nos écrans. Les économistes comme les sociologues ont donné un nom à ce phénomène qu’ils ont appelé l’économie de l’attention. Une bataille économique se livre en effet dans les esprits, il s’agit de retenir l’attention, de la capter, de la solliciter, de la détourner. L’attention est devenue une ressource, une ressource même rare tant les sollicitations sont plurielles, innombrables. L’attention est le véritable enjeu pour le monde de l’économie numérique. Sur ces marchés de l’attention, nous sommes ainsi comme consommés, gérés par nos artefacts qui viennent en quelque sorte grignoter une part de nous-même, éroder une part de notre vie intérieure, une part finalement de notre conscience. Nous nous laissons ainsi comme absorbés, vampirisés par les signaux numériques. C’est comme si toute notre conscience se laissait elle-même impacter par le pouvoir des images, divertir par ce cirque numérique, nous laissant entraîner dans l’indolence, l’apathie d’un divertissement de notre âme. Or je pressens chez bon nombre de contemporains une forme de fatigue, de saturation, d’épuisement et d’incapacité finalement à réagir, l’impossibilité de s’opposer vigoureusement à cette force captivante qui veut s’emparer de toute notre âme. Nous nous laissons entraîner comme emportés par la spirale de l’ennui, la volupté de la monotonie, il est devenu ainsi comme vital de nous distraire. L’économie de l’attention nous plonge peu à peu dans la somnolence, l’engourdissement et la paresse de discerner ce qui est utile ou non. Pour Neil Postman, nous devons redouter cette post modernité en ce sens qu’elle porte en soi les germes d’une forme de destruction de nous-même, en raison du plaisir qu’elle nous inflige « au point que nous en soyons réduits à la passivité et à l’égoïsme[6] »

Dans cet univers dystopique du transhumanisme, deux mondes possibles de l’information finalement se dessinent, celui du meilleur des mondes nous abreuvant d’une multitude de messages, de communications, ou rien, nous est en soi interdit, nous pouvons tout lire, tout découvrir, ou bien c’est le monde du contrôle, de la conscience entravée, tenue en laisse comme ligaturée. Ces deux mondes existent bel et bien, incarnés par les consumérismes d’état ou celui de sphères économiques privées. La chine est le symbole même de la totalisation des esprits sanglés, le monde occidental libéral et libertaire celui des esprits que l’on étourdit, que l’on distrait. D’un côté il convient de distraire puis d’anéantir l’âme, de l’autre il faut soumettre et de nous déposséder de toute liberté. Des deux côtés, la conscience devient littéralement passive parce qu’assommée. Rappelant la pensée de Aldous Huxley, Neil Postman l’auteur de « se distraire à en mourir » évoque à nouveau l’apathie de la conscience « qui s’est adaptée aux distractions technologiques ». Dans le monde néo consumériste, il faut à tout prix inoculer du plaisir dans l’esprit des gens, provoquer une forme d’ivresse, par l’abondance de biens et d’images. Pour Neil Postman la tragédie de notre époque ne sera « pas de rire au lieu de penser, mais de ne pas savoir pourquoi ils riaient et pourquoi ils avaient arrêté de penser[7] ». Réveiller la conscience semble être la seule alternative, elle passait selon Neil Postman par l’école, mais nous assistons à cette longue dérive de l’école, elle-même happée par l’aspiration du bocal numérique, conditionnant les futures générations à l’ère d’un monde transhumaniste qui aura su harponner la conscience intérieure afin de nous conduire à une absolue docilité sous peine de mourir.

[1] Neil Postman 1931 – 2003) critique culturel et théoricien des médias américain

[2] Citation extraite du livre « se distraire à en mourir » de Neil Postman Editions Pluriel page 14

[3] Propos inspirés par la lecture « Se distraire à en mourir » de Neil Postman Edition Pluriel page 232

[4] Le terme « derrick » est utilisé comme une métaphore il fait référence à ces tours en bois ou en métal soutenant le dispositif de forage d’un puits de pétrole

[5] Citation extraite du livre « se distraire à en mourir » de Neil Postman Editions Pluriel page 232

[6] Citation extraite du livre « se distraire à en mourir » de Neil Postman Editions Pluriel page 14

[7]  Citation extraite du livre « se distraire à en mourir » de Neil Postman Editions Pluriel page 242

Jürgen Habermas ; La technique et la science comme « idéologie » ..

« La technique et la science comme idéologie » est un livre passionnant que nous vous recommandons … Le livre est écrit par l’un des plus grands sociologue de notre temps Jürgen Habermas… l’auteur voit dans la technique une forme de projet métaphysique échappant à l’homme, une créature autonome qui le dépossédera. A la suite de Jacques ELLUL, l’auteur pressent à moyen terme la fusion entre la technique et le cadre institutionnel de la société. Pour J.Habermas nous assistons à une forme d’industrialisation de la vie sociale « avec cette conséquence que les critères de l’activité instrumentale pénètrent aussi dans d’autres domaines de l’existence (urbanisation du mode de vie, technicisation des échanges et des communications »…De fait nous assistons à la lente planification d’une « rationalisation croissante de la société« .

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« La technique et la science comme idéologie » est un livre passionnant que nous vous recommandons … Le livre est écrit par l’un des plus grands sociologue de notre temps Jürgen Habermas… l’auteur voit dans la technique une forme de projet et de cheminement « métaphysique » (Terme utilisé par Heidegger) échappant peu à peu à l’homme, une créature autonome qui le dépossédera.  Un projet métaphysique appliqué non seulement au domaine industriel, mais aussi dans les services, la distribution et même dans les usages du divertissement, des loisirs et de toutes  les formes de consommation .

A la suite de Jacques ELLUL, qui analysait le système technicien comme un ensemble de mécanismes qui répondent à la recherche de l’efficacité dans toutes les sphères de la vie sociale et économique, l’auteur J.Habermas pressent à moyen terme la fusion entre la technique et le cadre institutionnel de la société. Pour J.Habermas nous assistons finalement  à une forme, d’industrialisation de la vie sociale du fait de la recherche même de la performance « avec cette conséquence que les critères de l’activité instrumentale pénètrent aussi dans d’autres domaines de l’existence (urbanisation du mode de vie, technicisation des échanges et des communications »…De fait nous assistons à la lente planification d’une « rationalisation croissante de la société« . L’industrialisation de la vie sociale s’accompagnera nécessairement d’une dépolitisation des populations afin comme l’écrit le philosophe, de prévenir toute contestation sociale, de « s’immuniser contre la remise en question de son idéologie ». Jürgen Habermas ajoute qu’ « a fortiori des interventions au niveau de la transmission génétique des informations pourraient permettre demain un contrôle encore plus profond des comportements, alors les anciennes  zones de conscience ne pourraient se trouver  qu’entièrement asséchées » .  Il s’en suivrait une auto régulation de l’être humain ou plutôt de l’homme machinisé soumis aux normes d’une société rationalisant nos systèmes de pensées et contrôlant les actes qui en découlent.

La vision de J.Habermas n’est-elle pas confirmée par la recherche de l’efficience puis par la dimension normative qui s’est imposée, n’est-elle pas entérinée par le poids de la réglementation. La société déjà dominée voire engluée par la complexité et la rationalisation scientifique est sur le point ainsi de basculer vers la singularité  (le point hypothétique de l’évolution technologique) et finalement, le despotisme éclairé de l’intelligence technique régulé par les algorithmes. Toutes les sphères touchant le comportement s’en remettront demain à la mathématisation de la vie sociale…Nous glissons ainsi vers un nouveau modèle politique qui prend la forme d’une technocratie, où la machine numérique colonisera l’ensemble des activités humaines, puis supplantera bel et bien l’homme.

Ainsi la technique exclura l’interférence de l’humain dans les processus de décision, ce qui est déjà la cas dans les salles de marchés où les algorithmes ont fait main basse dans les processus de transactions à haute fréquence qui caractérise le monde boursier. Le monde de la distribution via la multiplication des transactions numériques n’est pas en reste, organisant ses réseaux pour tracer, influencer, orienter les choix des consommateurs. Il semble dès lors important en consultant l’oeuvre réflexive de J.Habermas de prendre la mesure de ce changement de paradigme concernant l’accélération des changements technologiques qui envahissent l’environnement humain.

Petite précision au passage le livre La technique et la science comme « idéologie » a été écrit en 1990. Là encore une anticipation quasi prémonitoire qui devrait nous conduite à réfléchir.. :

Aussi un conseil, cet été lisez puis pensez et enfin transmettez ….

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Tel/La-Technique-et-la-science-comme-ideologie

Diffuser à l’école la pensée post humaniste

Diffuser à l’école la pensée post humaniste

 

C’est dans l’ignorance que se construit enfin le lit occulte des pires idéologies. Il est ainsi tellement plus aisé de manipuler les consciences, d’attenter à l’esprit, qui est dépossédé des armes nécessaires pour freiner ces tentatives obscures de fausser, puis d’orienter les croyances des citoyens. Pour l’ex ministre de François Hollande Vincent Peillon [1]   « Toute l’opération consiste bien, avec le progrès et cette post humanité qu’il appelait finalement d’une certaine manière de ses vœux, de changer la nature même de la religion, de Dieu, du Christ, et à terrasser définitivement l’Église. » (Une rhétorique de l’homme nouveau est ainsi annoncée, prêchée par ses idéologues qui entendent partager à la société entière et sans aucune précaution, les nouvelles idéologies issues des études sur le genre qui nie comme la théorie queer[2] la différence sexuée de la société, l’altérité des êtres. Il sera d’autant plus facile de distiller l’idéologie autour de cette nouvelle conception de l’homme, qu’il y a ce constat patent de familles morcelées qui ne sont plus dans la transmission de l’éducatif. Il est alors aisé pour l’état de transférer à l’enfant ce que la famille ne transmet plus, constat d’une véritable porosité qui en soi ne protège plus l’enfant contre cette tentative d’aliéner la conscience épurée de l’héritage familial, des stéréotypes comme nous l’avions entendu dans l’hémicycle de l’assemblée nationale. Sans aucune précaution, cette conception de l’homme libérée d’images préconçues justement culturelles, entend conditionner l’enfant sur de nouveaux stéréotypes adossés à l’interchangeabilité des identités détachées du sexe biologique, une nouvelle théorie du genre. Le texte de Victor Hugo auquel nous faisons ici référence, s’avère être d’une rare acuité, d’une grande clairvoyance, prend une dimension quasi prémonitoire dans le contexte d’une nouvelle laïcité qui entend s’imposer aux esprits.

« Eh ! Quel est, en effet, j’en appelle à vos consciences, j’en appelle à vos sentiments à tous, quel est le grand péril de la situation actuelle ? L’ignorance. L’ignorance encore plus que la misère. L’ignorance qui nous déborde, qui nous assiège, qui nous investit de toutes parts. C’est à la faveur de l’ignorance que certaines doctrines fatales passent de l’esprit impitoyable des théoriciens dans le cerveau des multitudes… »

Ces idéologues veulent frapper les consciences sous des idéaux séduisants de non-discrimination, d’égalité, de vision libertaire et imposer à la conscience de nouvelles lectures sur une anthropologie soi-disant débarrassée de ses oripeaux. Ces idéologues qui vantent la laïcité et citent volontiers Jules Ferry omettent cette célèbre consigne recommandée aux enseignants : « Ce que vous allez communiquer à l’enfant, ce n’est pas que votre sagesse, c’est la sagesse du genre humain, c’est une de ces idées d’ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer dans le patrimoine de l’humanité. Si étroit que vous semble peut-être un cercle d’action ainsi tracé, faites-vous un devoir d’honneur de n’en jamais sortir. Restez-en deçà de cette limite plutôt que de vous exposer à la franchir ; vous ne toucherez jamais avec trop de scrupule à cette chose délicate et sacrée qu’est la conscience de l’enfant »…

Toutes ces dimensions de nivellement de la culture, de divertissement, de crise, d’idéologie s’intriquent, s’entremêlent et interagissent comme autant de composantes qui affaiblissent toutes les facultés cognitives de l’homme. Ces dimensions participent d’un affaissement du libre arbitre, de la libre conscience. Les sociétés totalitaires savent fabriquer des individus amorphes, confinés au retrait.

Dans les origines du totalitarisme, la philosophe Allemande Hannah Arendt met en évidence l’aliénation d’une forme de conscience de soi qui résulterait d’une dimension d’isolement, d’éloignement de soi de la communauté, une rupture relationnelle, la déconstruction en quelque sorte des liens de solidarité. Les sociétés totalitaires savent fabriquer des individus amorphes, confinés au retrait, sans liens entre eux.

Pour les régimes totalitaires, afin de régner sur les masses, il faut s’assurer de la déconstruction des liens de solidarité au sein même de la communauté des hommes. C’est en poussant une forme d’isolement relationnel jusqu’à ses limites les plus extrêmes que les régimes totalitaires ont su créer des sociétés totalement aliénantes. Hannah Arendt « Les mouvements totalitaires sont des mouvements de masse d’individus atomisés et isolés. Par rapport à tous les autres partis et mouvements, leur caractéristique la plus apparente est leur exigence d’une loyauté totale, illimitée, inconditionnelle et inaltérable de la part de l’individu qui en est membre. (…) On ne peut attendre une telle loyauté que de l’être humain complètement isolé qui, sans autres liens sociaux avec la famille, les amis, les camarades ou de simples connaissances, ne tire le sentiment de posséder une place dans le monde que de son appartenance à un mouvement, à un parti. Ni le national-socialisme ni le bolchevisme ne proclamèrent jamais qu’ils avaient établi un nouveau genre de régime, ni ne déclarèrent que leurs objectifs étaient atteints avec la prise du pouvoir et le contrôle de l’appareil étatique. Leur idée de la domination ne pouvait être réalisée, ni par un État, ni par un simple appareil de violence, mais seulement par un mouvement animé d’un mouvement constant. L’objectif pratique du mouvement consiste à encadrer autant de gens que possible dans son organisation et à les mettre et à les maintenir en mouvement ; quant à l’objectif politique qui constituerait la fin du mouvement, il n’existe tout simplement pas. ». Des hommes et des femmes au destin exemplaire, qui ont décidé d’agir en regard de leur liberté de conscience. Un ami me rappelait que quand César m’enjoint d’enfreindre les lois divines, je suis contraint de désobéir à César, car « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Actes 5 : 29). Ainsi des hommes comme Saint Paul, ont eu ce rare courage de le mentionner, de faire ce choix, se soumettre à Dieu et à ses lois divines.

Des hommes et des femmes ont ainsi jalonné l’histoire de notre pays. Ils ont obéi à leur conscience pour éviter des carnages ou des tortures inutiles en temps de guerre comme ce geste exemplaire du « général Jacques Pâris de Bollardière, responsable du secteur de l’Atlas blidéen, [qui] fait sensation en annonçant par voie de presse en quelles circonstances il a été amené à renoncer à son commandement. Ancien des Forces françaises libres, parachuté dans le maquis en 1944, il acquiert la conviction, au spectacle des atrocités nazies, que la torture est le propre des régimes totalitaires ».  Il faut du courage à ces médecins, à ces maires ; il faudra du courage demain à ces instituteurs de refuser l’application de lois qui enfreignent « la conscience délicate et sacrée de l’enfant ».

[1] Vincent Peillon, Une religion pour la République : La foi laïque de Ferdinand Buisson », Éd. du Seuil, 2010, page 277

[2] La théorie queer est une idéologie qui postule que la sexualité, mais aussi le genre — masculin, féminin ou autre — d’un individu ne sont pas déterminés exclusivement par son sexe biologique (mâle ou femelle), mais également par son environnement socio-culturel, par son histoire de vie et par ses choix personnels