L’enfermement

Nous sommes aujourd’hui le 8 mai 2020, nous célébrons sans tambours ni trompettes, les 75 années de la fin de la guerre contre l’Allemagne Nazie, mais nous n’avons pas fini notre guerre contre la Reine Corona, une bataille engagée depuis bientôt plus de trois mois. Le 16 mars 2020, le président de la République Emmanuel Macron, embrasse toute une dimension « gaullienne », une rhétorique avec laquelle, il martèlera à plusieurs reprises, « nous sommes en guerre ». Il enjoint l’enrôlement général de tous, afin de se mobiliser contre une bestiole redoutable, capable de dupliquer son venin mortel, de cloner des milliards et des milliards de fois l’ogive létale. Le mot « guerre », apostrophé comme une anaphore, utilisé par le président de la République a fait verser beaucoup d’encre, a fait sourire plus d’une personne, puisque ce mot avec une résonance décalée, très amplifié diffère avec la réalité. La guerre connue par nos aînés a été bien plus sanglante, plus effroyable. Les morts de ce terrible affrontement mondial se comptaient par millions et millions.  

 

L’égalité

Comme l’écrivait brillamment une amie[1] à propos du covid19, « Le virus est une conséquence de notre état dégradé et, surtout pas une cause comme certains le disent. Un virus c’est un messager, un veilleur, un éboueur. Il faudrait le remercier de nous faire des signaux au lieu de le fustiger ! »

Ce pathogène surgit ainsi dans ce monde tel un messager et sa mission résonne comme un avertissement quasi prophétique, nous oblige à veiller et nous convie à méditer. Le covid19 agit comme un éboueur se chargeant de nous rappeler la salubrité et l’hygiène. Ce virus s’organise comme le révélateur de nos toxicités de nos addictions de nos dépendances, il nous rappelle les fondements mêmes de l’écologie en nous montrant notre ingratitude face à la biodiversité. Enfin cette contagion pandémique démontre l’impuissance de notre gouvernance, nos appareils technocratiques et notre bureaucratie, en peine à agir avec efficacité pour endiguer le mal.

L’entretien

Maxence a 24 ans, après une enfance en Charente maritime, passionné de science et de cinéma, il a commencé ses études d’ingénieur à l’ENSMA (École nationale supérieure de mécanique et d’aérotechnique) après une école préparatoire au lycée Montagne à Bordeaux. Souhaitant explorer également une autre passion, le cinéma, il fait une formation en audiovisuel et digital durant 2 ans à Rouen. Durant cette période, il a réalisé plusieurs courts métrages. Après ses études il est parti au Canada durant un an dans le cadre d’un Permis Vacance-Travail avant de rentrer sur Paris et de travailler actuellement pour un web Magazine dédié à la finance. Maxence rêvait de créer une émission de podcast qui résultait de sa volonté, d’associer puis de lier ses deux passions que sont la science et l’audiovisuel. Maxence m’a joint et m’a proposé une première émission, j’en ai accepté l’augure et l’intérêt, ma confiance que nous pouvions en tirer le meilleur parti pour informer.

Crise

nous n’avons pas affaire à une crise passagère mais à ce qu’on appelle un phénomène structurel. Dire qu’un phénomène structurel est un fait de structure ne nous fait guère avancer. On avancera un peu plus avec son antonyme : un phénomène structurel n’est pas conjoncturel. Par exemple, le chômage du fait de sa permanence n’est plus – si tant est qu’il l’ait été – conjoncturel mais bien structurel, inscrit dans la structure ou société. C’est-à-dire comme un élément étroitement lié voire indispensable au fonctionnement de la société. Ainsi, le chômage n’est pas le produit de dérèglements passagers d’une économie, ni le fruit d’une mauvaise gestion politique mais un phénomène lié étroitement à la société

L’écroulement

« La Reine Corona[1] », ni bière mexicaine, ni cigare de havane, mais un virus auréolé d’une couronne mortuaire, est venue un beau matin, de l’année 2020, début janvier, jouer à Chamboule tout, remettre les pendules à l’heure avant notre changement d’horaire pour signaler l’heure d’été. Au-delà du péril écologique annoncé depuis quelques années, ce n’est pas un rayon de soleil un peu plus chaud ou brûlant qui a eu raison de nous, mais une bactérie pathogène avec sa létalité qui en s’infectant dans l’organisme humain lui a causé viscéralement les pires dommages. L’humanité subit maintenant son joug, ne sachant à ce jour comment conjurer le sort, s’en défaire, ne sachant comment cautériser les blessures parfois mortelles que la Reine inflige à ses sujets humains.

Le bouc émissaire

J’écoutais également sur France culture l’intervention de Patrick Zylberman[2], professeur émérite d’histoire de la santé à l’école des hautes études en santé publique qui s’empressait de souligner le mal endémique qui traverse l’histoire humaine et pointant l’absolue naïveté de quelques-uns à imaginer le progrès moral chez l’homme dans les périodes de propagation d’épidémie virulente. Concernant le progrès moral, Il n’en est rien en fait : « C’est un comportement millénaire. Ceux qui croient que nous ferions des progrès sur le plan moral sont des naïfs et des gens dangereux. En réalité les comportements sont toujours les mêmes, et les comportements de discrimination et de stigmatisation apparaissent dès qu’effectivement le bruit d’une épidémie de ce type se répand  » puis Patrick Zylberman enchaine « On a toujours exactement, la même chose, c’est-à-dire qu’on s’en prend d’abord à des boucs émissaires. Ce sont des choses profondément ancrées dans nos têtes, dans nos esprits. Ce sont des choses de l’ordre de la peur, des passions, etc. Et c’est absolument ingouvernable. Tout ce qu’on peut espérer c’est que ça passe le plus vite possible. ».

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