L’entretien

Maxence a 24 ans, après une enfance en Charente maritime, passionné de science et de cinéma, il a commencé ses études d’ingénieur à l’ENSMA (École nationale supérieure de mécanique et d’aérotechnique) après une école préparatoire au lycée Montagne à Bordeaux. Souhaitant explorer également une autre passion, le cinéma, il fait une formation en audiovisuel et digital durant 2 ans à Rouen. Durant cette période, il a réalisé plusieurs courts métrages. Après ses études il est parti au Canada durant un an dans le cadre d’un Permis Vacance-Travail avant de rentrer sur Paris et de travailler actuellement pour un web Magazine dédié à la finance. Maxence rêvait de créer une émission de podcast qui résultait de sa volonté, d’associer puis de lier ses deux passions que sont la science et l’audiovisuel. Maxence m’a joint et m’a proposé une première émission, j’en ai accepté l’augure et l’intérêt, ma confiance que nous pouvions en tirer le meilleur parti pour informer.

Nouvelle Chronique

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Je vous convie à une chronique plus originale à une forme de dialogue entre un jeune homme de 24 ans et son ainé de 62 ans, et finalement si on prête une attention au questionnement formulé par Maxence, nous décelons que l’écart d’âge est insignifiant en regard de l’intelligence dont témoigne Maxence dans la formulation de ses questions. Maxence dénote tout au long de l’interview une réelle profondeur et une curiosité non feinte sur le sujet. Permettez-moi de vous présenter en quelques mots Maxence :

Maxence a 24 ans, après une enfance en Charente maritime, passionné de science et de cinéma, il a commencé ses études d’ingénieur à l’ENSMA (École nationale supérieure de mécanique et d’aérotechnique) après une école préparatoire au lycée Montagne à Bordeaux. Souhaitant explorer également une autre passion, le cinéma, il fait une formation en audiovisuel et digital durant 2 ans à Rouen. Durant cette période, il a réalisé plusieurs courts métrages. Après ses études il est parti au Canada durant un an dans le cadre d’un Permis Vacance-Travail avant de rentrer sur Paris et de travailler actuellement pour un web Magazine dédié à la finance. Maxence rêvait de créer une émission de podcast qui résultait de sa volonté, d’associer puis de lier ses deux passions que sont la science et l’audiovisuel. Maxence m’a joint et m’a proposé une première émission, j’en ai accepté l’augure et l’intérêt, ma confiance que nous pouvions en tirer le meilleur parti pour informer.

Maxence : L’idée de se transcender, d’augmenter ses capacités est une idée qui a été finalement popularisée ces dernières années par les GAFAM notamment qui la véhiculent et investissent en ce sens, mais c’est une idée qui remonte finalement presque aux origines de l’humanité. D’où vient cette quête si obstinée selon vous ?

Éric : Plusieurs motifs conduisent à cette quête d’augmentation de l’homme, motifs qui se réfèrent le plus souvent à des tentatives permanentes de surmonter, de dépasser, les limites actuelles du corps humain en ayant recours à la génétique ou à des artefacts. L’obstination de cette quête, elle tient finalement à quelques raisons, le refus de la mort, le rejet de la finitude, l’inacceptation de l’encerclement du corps. Dans les temps les plus reculés de l’histoire, l’homme a toujours souhaité, s’affranchir de l’enveloppe corporelle dans laquelle il est assigné à résidence depuis l’Eden. Mais ce refus de la mort le conduit finalement depuis toujours à rechercher comment la vaincre, comment triompher de cette fin inéluctable à laquelle il est promis. Vous évoquiez les origines de l’humanité, et vous avez raison d’y faire référence, puisque cette quête de l’homme augmenté, de l’immortalité, n’est pas nouvelle. Et j’invite chacun à découvrir toute la mythologie grecque [Icare, Pygmalion, Prométhée la Calypso], la mythologie sumérienne [Gilgamesh] et les récits bibliques notamment le prologue du livre de la Genèse et Babel pour découvrir qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Le rêve d’immortalité est finalement une histoire qui appartient à une mémoire enfouie, celle de notre éternité, depuis notre sortie d’Eden.

Maxence :   Beaucoup d’Oeuvres de science-fiction ou d’anticipation sont devenues réalité par la suite. Norbert Wiener, vous en parlez dans votre livre « La conscience mécanisée », imagine à la sortie de la Seconde Guerre mondiale une société totalement contrôlée et régulée par la cybernétique, nous y sommes. Le romancier Greg Bear lui phantasme des microstructures assemblées atome par atome, inoculées dans le corps humain ; en 2020 des techno-scientifiques ambitionnent la programmation d’êtres cyborgs à partir de cellules cardiaques artificielles en combinant à la fois l’intelligence artificielle et l’impression 3D. Les récits fantastiques, ne sont-ils pas finalement Éric, les récits révélateurs, les récits finalement dystopiques d’un monde à venir ?

Éric : Oui Maxence, vous avez raison et parmi ces récits, celui écrit par Aldous Huxley, est sans doute le roman, le plus emblématique.  Le meilleur des mondes est en effet le roman dystopique par excellence. Dans le meilleur des mondes, la reproduction sexuée telle que nous la concevons de nos jours a totalement disparu dans cette fiction dystopique.  Notez que la prédiction associée à « la fin de la reproduction sexuée » n’est pas en soi nouvelle. Je vous invite notamment à découvrir le Faust de Goethe qui a été écrit en deux pièces 1808 et 1832. Dans l’une des scènes de cette pièce de théâtre, un mystérieux personnage Méphistophélès fit irruption, ce personnage n’est pas moins l’émissaire du diable, il promet la fin de la reproduction sexuée et l’avènement de la fécondation in vitro.  Le meilleur des mondes est le prolongement de la vision faustienne de l’homme. En effet dans le roman « Le meilleur des mondes » les êtres humains sont tous créés en laboratoire, les fœtus y évoluent dans des utérus totalement artificiels, l’ectogenèse. Puis ces êtres sont conditionnés durant leur enfance. Les traitements que subissent les embryons au cours de leur développement déterminent leurs futures prédilections, aptitudes, comportements, puis en accord avec leur future position, sont affectés dans la hiérarchie sociale soit comme Alpha [L’élite], les Béta [chargés de fonctions d’encadrement], les Epsilon [les manuels] etc.  Ce roman dystopique nous renvoie en somme à l’univers de GATTACA. Cet univers où l’on conçoit en revanche des êtres génétiquement parfaits, sans défaut ou presque. Est-ce que ceci relève toujours aujourd’hui de la science-fiction ? la réponse est sans doute que nous n’en sommes plus si loin ! La fécondation in vitro existe bel et bien ; depuis 1978. Certes l’enfant ne nait pas dans un utérus artificiel, mais il n’est pas impensable que l’on y arrive un jour. Puis l’autre avancée génétique est celle du CRISPR CAS9, ce fameux bistouri biologique, en forme de ciseau, un enzyme spécialisé qui permet de procéder au découpage d’un brin de l’ADN défectueux et de le remplacer. Le génie génétique permet à ce jour de modifier facilement et rapidement le génome des cellules animales et végétales. Cet outil le CRISPR CAS9 permettrait potentiellement s’il est maitrisé demain ; d’éditer un génome susceptible de ne pas transmettre à la descendance, des défauts génétiques.

Maxence :  Nous sommes dans une société qui ne tolère plus la mort, la maladie, un monde aseptisé. En réponse à ces fléaux, l’argument que l’on entend est celui-ci : le progrès peut soigner tous ces maux : Internet permet de rapprocher les gens, de rester en contact, les progrès en médecine et robotique permettent de soigner les maladies, de redonner l’ouïe, la vue ! Voire bientôt de retrouver le contrôle de ses membres. On se dit que les arguments avancés sont plutôt louables, pourquoi faudrait-il s’en méfier ?

Éric : A l’instar de votre propos nous pourrions citer le projet « Brain computer interface » qui fit usage de capteurs placés à l’intérieur de la boite crânienne, donnant ainsi la possibilité à une personne de donner des instructions à un dispositif mécanique complexe, comme l’exosquelette. Les tests cliniques qui sont en cours depuis 2015 avec des personnes tétraplégiques, témoignent de l’avancée faramineuse de ces premières formes d’hybridation biomécanique.

Mais je crois qu’à ce stade ; nous confondons deux choses, la médecine réparatrice et la médecine augmentée. Entre les deux, nous avons bien deux médecines, celle réparatrice, qui vise à apaiser, à soigner et améliorer les conditions de vie et l’autre transcendante, qui vise à satisfaire des fantasmes pour étendre les facultés cognitives et physiques, puis donner à l’être humain de nouveaux pouvoirs.

Avec cette médecine augmentée, nous le constatons et vous l’avez implicitement, mentionnée dans votre question : les barrières entre le vivant et la matière tombent et on invente le cœur artificiel, prothèse intracorporelle conçue pour se substituer au cœur natif, ainsi les frontières biologiques et mécaniques se brouillent. On peut également dans la même veine et désormais « imprimer » de la peau biologique, se raffermir d’un exosquelette comme ces recherches effectuées dans les laboratoires techno-scientifiques, rappelées précédemment. Nous pouvons aussi interfacer l’homme et la machine et finalement inventer l’homme bionique, l’homme machinisé en quelque sorte. Tout cela est donc possible !

Mais au-delà du possible, la question est finalement de savoir si tout cela est bien utile et si ceci ne relève pas d’un fantasme. Le fantasme d’un progrès continu, sans limites aucunes, comme l’imaginait le philosophe Condorcet ! Vous en conviendrez, nous sommes, en face finalement d’une forme « d’évolution de l’espèce humaine » qui ne relèverait plus d’un jeu qui résulterait des seules forces mécaniques et naturelles, mais d’un relais biologique dont l’homme serait devenu aujourd’hui l’unique et premier artisan. En d’autres termes et cela rejoint votre première question et ma première réponse, l’homme refuse sa nature biologique trop fragile, trop vulnérable et il faut donc l’appareiller, la protéger, l’équiper pour surmonter les défis d’une vie biologique en tout point faillible. Mais voilà s’il est en effet louable de réparer, est-il besoin d’augmenter et en conséquence de dénaturer. L’homme sera-t-il un homme s’il est dévêtu en quelque sorte de son enveloppe biologique pour revêtir l’enveloppe bionique.

Maxence : Ken Loach, Le réalisateur de Sorry we missed you qui traite de l’ubérisation de la société, dit regretter dans une interview que les gens ne pensent plus à l’intérêt commun et finalement au bien de tous, mais davantage aujourd’hui à leur bonheur et aspirations personnelles. Est-ce que l’Intelligence Artificielle, peut être la solution comme l’avance Peter Thiel qui déclare que l’IA est communiste ? À l’instar du modèle chinois, l’IA porte l’idée qu’elle ne pense pas aux intérêts d’une seule personne, mais d’une société entière. Sur le papier ça fait rêver, est-ce que ce serait la solution est ce que cela vous semble possible ?

Éric : Le terme d’Intelligence Artificielle, me fait déjà sourire, prêter à la machine de l’intelligence est un oxymore puisque nous y associons le mot artificiel. « L’IA » est davantage une matière, un dispositif de calculs codés et mécaniques, mais non une intelligence d’essence biologique et d’une complexité infinie.  Je reprends cependant deux mots dans votre question : « l’IA est communiste », ce n’est pas faux, moi-même dans un autre ouvrage intitulé la déconstruction de l’homme, j’avais utilisé le terme de de communisme numérique, un autre modèle de société, une forme d’égrégore qui serait en quelque sorte un nouveau paradigme de communauté sociale, renversant les axiomes sociaux et économiques traditionnels fondés sur l’accès à la « gratuité » et à la fin de toute verticalité comme l’avait imaginait le philosophe transhumaniste FM 2030  Fereidoun M. Esfandiary.

Ce modèle économique, fondé sur le monde numérique, est en passe de prendre les relais de l’État, en proposant une dimension servicielle au-delà des services jusqu’à présent payants. Ainsi demain, le recours jusqu’à présent à des prestataires payants ne sera plus nécessaire, car une offre de service accessible à tous et « gratuite » sera largement proposée. Un nouvel âge d’or où le « gratuit » constituera la promesse, comme l’est d’ores et déjà un grand nombre, d’applicatifs numériques, mais le supplément de service qui lui est indispensable sera toujours payant. Ce modèle ne peut en fin de compte survivre que s’il est payant. Le communisme avec un point ?

Maxence :   Nous sommes de plus en plus dépendants aux machines et à la technique, ce confinement nous le montre bien. Les gourous de la Silicon Valley nous promettent de nous libérer des tâches ingrates, d’avoir le monde à portée de main, de gommer les inégalités… Sauf qu’aujourd’hui, en 2020, on apprend que les petites mains sont toujours là, dans les stocks d’Amazon ou Lidl sauf qu’elles répondent aux instructions d’une IA et ne peuvent communiquer qu’au moyen d’une trentaine de mots. On apprend par Newscientist que l’intelligence artificielle traitant le système de santé américain discrimine les populations noires. On constate des problèmes d’addictions et de manque de nos écrans notamment chez les enfants. Nos montres connectées, nos voitures nous donne des ordres, Netflix nous dit quoi regarder, google-nous dit quoi écrire dans nos emails. Pour l’instant on a l’impression que c’est nous qui sommes prisonniers de la machine. Finalement on nous promet une existence longue certes, mais pleine de frustrations, assujettis, court-circuité dans la prise de décision, dépourvu d’individualité et de libre arbitre …  Nous serions-nous fait avoir ?

 Éric : Votre commentaire est à nouveau très juste, nous avons été comme aspirés par l’armoire magique, le miroir aux alouettes, un leurre, un piège à rats. Ce monde des GAFAM et autres BATX les autres géants du WEB chinois savent de façon artificielle créer de nouveaux usages. Et je pourrais allégrement enrichir votre liste, les enceintes Alexa, les montres connectées, la machine à café connectée …). L’économie numérique se présente à nous comme une source infinie d’inventivités, de croissance, d’augmentation des biens, le toujours plus et jamais assez. Vous avez dans votre réflexion précédente un aspect oh combien juste. La robotisation s’est jusqu’à, présentée à nous, comme un palliatif pour nous libérer avantageusement de la corvéabilité, nous affranchir des tâches répétées. Puis l’IA c’est-à-dire « l’intelligence artificielle » est venue comme renforcer l’efficience du robot en proposant aux plus qualifiés d’alléger également les tâches intellectuelles répétées. Ainsi sont éliminés au fil de l’eau ces « notions de métier qui consistent à faire toujours la même chose »[1]. Les métiers, nécessitant de l’apprentissage sont en passe de disparaitre et pire de transformer les employés d’Amazon que vous citiez en nouveaux G.O.R de Gentils Ouvriers Robotisés. Notre société est poussée par ce nouveau mantra, il faut innover, il faut performer, il faut évoluer. Nous sommes en train d’adorer finalement le Dieu Néon de Sound of Silence, une chanson écrite par le duo mythique Simon & Garfunkel[2]Dans leur chanson, le duo décrit ces enseignes lumineuses et tapageuses qui inlassablement nous invitent à consommer, à consommer et surtout nous privent d’échanger, de partager.

On nous impose finalement ce nouveau dogme, il n’y a pas le choix, ce sera forcément mieux, ce mantra comme je l’exprimais précédemment, il nous faut accepter le progrès sans condition, sinon nous « dévoluons », nous régressons, nous retournons à l’âge de pierre. Juste pour vous dire que le COVID 19 est en train de nous chambouler et de conditionner subrepticement notre monde, mais le risque est hélas l’accélération d’un mouvement qui est de nature à nous enserrer et à nous enfermer dans l’esclavage de l’égrégore numérique.

Souvenez-vous de ce film Métropolis de Fritz Lang. Pardonnez-moi je vais m’arranger avec le récit dystopique du film et lui donner une autre couleur plus actuelle, plus contemporaine. Disons que Métropolis dans ce récit réécrit en quelque sorte, est toujours une cité à l’architecture futuriste, une mégapole aux lignes et aux structures avant-gardistes, une ville cybernétique, une nouvelle Utopia[3] qui vit sous le joug de tyrans nos fameux GAFAM et BATX.

Les aristocrates de ce Nouveau Monde après la tempête COVID 19, se prélassent dans leurs palais numériques, tandis que la masse laborieuse des G.O.R, survivent dans leurs maisons calfeutrées sous la surveillance et le contrôle d’un nouveau Big Brother, le messie technologique leur promettant le paradis digital et de les protéger de l’intrusion d’une nouvelle bactérie létale, les gens ont peur, le messie technologique veille sur eux, il les protège avec tant de bienveillance, mais il épiera ceux qui n’ont pas accepté son pouvoir, les harcèlera, les persécutera.

Maxence :  Beaucoup de gens, moi le premier, avons le sentiment d’être contraint à ce changement, que la lutte est vaine, dans une société où le maître mot est « l’adaptation » constante, sans quoi nous sommes rejetés aux bancs de la société, voir jugés. Certains ne s’aperçoivent malheureusement même pas de cela. Quelle solution avons-nous ? faut-il être en rejet total ou au contraire comme le numéro 2 dans le prisonnier ou le personnage principal dans 1984, faut-il s’y jeter corps et âme ? Y a-t-il un équilibre ?

J’anticipais déjà cette réflexion précédemment Maxence. Je souscris pleinement à votre propos vous avez raison. Pour même l’appuyer, j’aimerais vous faire découvrir deux auteurs Marie David et Cédric Sauviat qui ont brillamment pensé le sujet et qui touche cette thématique que vous abordiez précédemment l’IA, Marie David et Cédric Sauviat sont tous deux diplômés de l’école polytechnique, voici ce qu’ils écrivent à propos du progrès à la page 154 de leur ouvrage : « Intelligence Artificielle la Nouvelle Barbarie », … « Les conséquences de cette course folle ne sont jamais discutées », j’ajoute, jamais anticipées, jamais évaluées, puis ces ingénieurs poursuivent leurs commentaires respectifs et là nous relevons toute la pertinence de leurs propos… « En son temps il aurait été criminel de refuser d’isoler les murs avec l’amiante, de ne pas équiper les écoles de tablettes numériques, de ne pas se lancer dans tel médicament puis de découvrir 20 années plus tard les dégâts catastrophiques du caractère cancérigène de l’amiante, des effets absolument néfastes de l’usage des écrans par des enfants parce que tout simplement le temps biologique n’est pas celui de l’innovation technologique ».

Mais que dire des lois bio éthiques pas encore votées quand on apprendra demain le catastrophisme psychologique que l’on aura généré auprès d’enfants sans père ou sans mère au nom d’une forme d’égalitarisme infondé. Au risque comme vous l’indiquiez fort justement d’être mis au ban de la société pour avoir eu l’outre Cui dance de rejeter en bloc, le soi-disant progrès moral et le meilleur des mondes promis.

Maxence : Nous comprenons que pour lutter contre l’uniformisation de la société et son assujettissement il faut commencer par se cultiver, nourrir l’âme. Dans cette époque ou on a délaissé l’esprit, on voit pourtant de plus en plus de gens se tourner vers les néo-religions notamment aux Etats-Unis, au développement personnel, à la méditation, certains changent de vie en quête de sens pour se reconnecter aux autres et à la nature. Est-ce une conséquence directe de cette société et cela est-il positif ? Peut-on y voir l’espoir d’un renouveau spirituel ?

Éric : Nous sommes à l’heure des SMS, des « posts », des assertions, des raccourcis, qui sont à mille lieues des textes pensés par toute une littérature philosophique, théologique ou même de romans ou autres essais. Les réseaux sociaux nous livrent en pâture, leurs cargaisons de messages pauvres sans densités, sans intensités. On s’imagine penser, mais c’est souvent de la pensée bricolée, sans réelle consistance, dans l’artifice. Je préfère de loin lire en effet, pour enrichir et nourrir l’âme comme l’esprit.

En ce sens vous rejoignez le propos de l’écrivain Bernanos[4], ce dernier disait à peu près ceci que la modernité est une conspiration contre toute forme de vie intérieure. Je rejoins aussi la pensée de l’urbaniste Paul Virolio urbaniste et philosophe quand ce dernier nous indiqua que « …le progrès technologique a détruit […] l’humble préférence du proche et du prochain, le savoir être soi-même, dont Montaigne nous entretenait comme la plus grande chose au monde… »

La « valeur » de notre postmodernité est l’adulation des objets. Dans ce contexte notre époque s’enfonce dans une forme d’atomisation sociale, une atomisation quasi nucléaire qui se traduit par un véritable morcellement dans lequel nous nous glissons, un monde sans contacts, en distance, en pièces sans doute un monde en miettes, avec l’arrive brutale du COVID 19, cette nouvelle peste.

Nous sommes en effet face à une perte de sens, une perte de sens aggravée, du fait que cette civilisation n’accepte pas de reconnaître l’existence d’un Créateur, Le monde post-moderne se caractérisant également par un rejet de l’ancien récit métaphysique, celui d’un Dieu qui se révèle à la totalité de notre humanité et au monde au travers de la Bible. Ce même courant post-moderne conteste ou nie toute idée de transcendance, idolâtre de manière aveugle la raison humaine et la conduit inexorablement à l’irrationalité. Cette irrationalité qui entend conduire l’humanité à un nouveau récit, celui de sa propre transcendance, de sa propre auto divinisation. Un terme y sera mis et cela nous le savons intimement, au plus profond de nous-mêmes, même si nous ne souhaitions pas l’avouer, le reconnaitre.

[1] J’emprunte l’expression aux deux auteurs du livre Marie David et Cédric Sauviat : Intelligence Artificielle : La Nouvelle Barbarie Editions du Rocher Idées. Livre publié en 2019.

[2] Je fais référence à ce groupe Mythique dans l’une des chroniques de mon nouvel Essai.

[3] Livre de Thomas More écrit en 1516. Je vous renvoie à la description de ce livre, dans mon précédent essai : La mécanisation de l’homme.

[4] L’auteur notamment de la France contre les robots, Georges Bernanos est un écrivain français :  1888 -1948

Crise

nous n’avons pas affaire à une crise passagère mais à ce qu’on appelle un phénomène structurel. Dire qu’un phénomène structurel est un fait de structure ne nous fait guère avancer. On avancera un peu plus avec son antonyme : un phénomène structurel n’est pas conjoncturel. Par exemple, le chômage du fait de sa permanence n’est plus – si tant est qu’il l’ait été – conjoncturel mais bien structurel, inscrit dans la structure ou société. C’est-à-dire comme un élément étroitement lié voire indispensable au fonctionnement de la société. Ainsi, le chômage n’est pas le produit de dérèglements passagers d’une économie, ni le fruit d’une mauvaise gestion politique mais un phénomène lié étroitement à la société

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Auteur :

Didier Martz, philosophe
Le 25 Avril 2020

Bonjour à toutes et à tous. C’est la 4ème chronique de la pandémie où l’on s’interroge sur l’usage du mot crise et où l’on tente une hypothèse audacieuse. S’agissant de l’épidémie, il ne s’agit pas d’une crise car la crise ne désigne en général qu’un mauvais moment à passer après lequel les individus, les sociétés recouvrent la santé et l’équilibre. Et tout
repart comme avant. Le Même a une fâcheuse – ou heureuse tendance – à rester le Même. Or ici nous n’avons pas affaire à une crise passagère mais à ce qu’on appelle un phénomène structurel. Dire qu’un phénomène structurel est un fait de structure ne nous fait guère avancer. On avancera un peu plus avec son antonyme : un phénomène structurel n’est pas conjoncturel. Par exemple, le chômage du fait de sa permanence n’est plus – si tant est qu’il l’ait été – conjoncturel mais bien structurel, inscrit dans la structure ou société. C’est-à-dire comme un élément étroitement lié voire indispensable au fonctionnement de la société. Ainsi, le chômage n’est pas le produit de dérèglements passagers d’une économie, ni le fruit d’une mauvaise gestion politique mais un phénomène lié étroitement à la société. Et, paradoxalement, qui lui devient nécessaire pour fonctionner. Même si l’on s’en défend. Michel Foucault (1926 – 1984), philosophe français, s’interrogeait sur le fait que des problèmes contre lesquels on se bat depuis une éternité pour les réduire, au contraire se maintiennent voire se renforcent. Ainsi, disait-il, de la prison, des hôpitaux psychiatriques, institutions mises en place pour résoudre des problèmes mais qui n’en font rien ou si peu, voire les aggravent. On pourrait ajouter l’échec scolaire ou le phénomène migratoire. Structurels, ces dits problèmes, par leur « développement durable » seraient inhérents à la société. Sauf bien sûr à considérer qu’ils sont des phénomènes naturels ou les effets d’une colère divine. Mais d’abord des phénomènes humains, produits par des êtres humains, ils sont à la portée de l’action humaine pour être sinon éliminés au moins réduits fortement. Or ils perdurent malgré les discours et les actions pour lutter contre. Idem pour l’épidémie. Si elle a une origine biologique, elle est surtout un fait social et une production humaine. Et par sa répétition devenir structurelle. Ainsi, à partir du moment où une « crise » (je mets maintenant des guillemets) se répète comme les « crises » financières, économiques… on dira qu’elle est structurelle et devient paradoxalement vitale pour la société. Ainsi on ne peut pas supprimer le chômage, l’échec scolaire, les prisonniers, les fous, les migrants, les malades sans dommages pour ceux qui en vivent dans tous les domaines d’activité et sans perdre
des points de PIB et de Croissance. Ainsi l’épidémie, par sa régulière apparition, oblige la société à s’organiser en fonction d’elle. A vivre avec et presque grâce à elle. Les usines réorientent leur production, des chercheurs cherchent, des laboratoires pharmaceutiques prospèrent, on fait des conférences, on publie des livres. Des milliers d’emplois sont créés, les start-up fleurissent et rivalisent sur le Marché libre à concurrence non faussée. Les modes de vie changent. En temps de guerre on avait chez soi un masque à gaz prêt à l’emploi, désormais on a le masque anti-virus. Et un kit avec du gel, un auto-test dans l’armoire à pharmacie. Et une case de plus à cocher dans les contrats d’assurance. Grâce à l’épidémie, le PIB gagne des points, la Croissance revient. Le phénomène épidémique s’est installé dans la société et lui devient nécessaire. Tout en disant qu’il faut s’en débarrasser. Le fait épidémique est un événement qui rompt la succession ennuyeuse des faits quotidiens. Elle est une occasion, un kaïros diraient les grecs d’autrefois dont on peut profiter. Une opportunité pour, soit rester dans la même logique économique délétère qui reconduit le Même avec ses destructions matérielles et humaines, soit pour entrer dans une nouvelle ère. Celle d’Après maintenant…. Ainsi irait le nouveau le monde !
Didier Martz, philosophe
Le 25 Avril 2020
http://www.cyberphilo.org
« Ainsi va le monde »
406 Chroniques philosophiques de la vie ordinaire
2008/2018

L’écroulement

« La Reine Corona[1] », ni bière mexicaine, ni cigare de havane, mais un virus auréolé d’une couronne mortuaire, est venue un beau matin, de l’année 2020, début janvier, jouer à Chamboule tout, remettre les pendules à l’heure avant notre changement d’horaire pour signaler l’heure d’été. Au-delà du péril écologique annoncé depuis quelques années, ce n’est pas un rayon de soleil un peu plus chaud ou brûlant qui a eu raison de nous, mais une bactérie pathogène avec sa létalité qui en s’infectant dans l’organisme humain lui a causé viscéralement les pires dommages. L’humanité subit maintenant son joug, ne sachant à ce jour comment conjurer le sort, s’en défaire, ne sachant comment cautériser les blessures parfois mortelles que la Reine inflige à ses sujets humains.

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Auteur

Eric LEMAITRE 

Le titre de cette chronique ne m’a pas été inspiré par la prise de parole du Premier ministre Édouard Philippe et je pense que vous me croirez, j’avais écrit ce nouveau texte dans la matinée et je n’avais pas eu connaissance du discours qu’il allait prononcer le 28 avril 2020, devant l’Assemblée Nationale c’est donc une coïncidence, disons que ce titre faisait référence à l’un de mes articles qui traitait de collapsologie[1] lui-même inspiré par les discours de multiples écologistes alarmistes qui depuis des décennies ont exprimé de manière récurrente leurs inquiétudes. Mais à l’époque la plupart des discours évoquaient un effondrement fondé à partir d’un krach financier éminent ou sur les dernières révélations concernant le climat, la plupart soulignant la casse écologique. D’autres et nous avons à le reconnaître, nous avaient déjà averti à propos des risques épidémiques et corrélativement de nos conduites en indiquant « que la technologie et le comportement humains propagent ces agents pathogènes de plus en plus largement et rapidement. En d’autres termes, les épidémies liées aux nouvelles zoonoses, ainsi que la récurrence et la propagation des anciennes, ne sont pas simplement ce qui nous arrive, mais reflètent ce que nous faisons »[2]. Ainsi il n’est pas contestable que tous imaginassent parmi ces capsologues que le pire allait arriver et certainement dans leur génération. En revanche à l’exception sans doute du journaliste scientifique américain David Quammen[3], ils se sont trompés sur les causes et il ne me semble qu’aucun d’entre eux n’avait vraiment vu arriver « la Reine Corona ».

« La Reine Corona[4] », ni bière mexicaine, ni cigare de havane, mais un virus auréolé d’une couronne mortuaire, est venue un beau matin, de l’année 2020, début janvier, jouer à chamboule tout, remettre les pendules à l’heure avant notre changement d’horaire pour signaler l’heure d’été. Au-delà du péril écologique annoncé depuis quelques années, ce n’est pas un rayon de soleil un peu plus chaud ou brûlant qui a eu raison de nous, mais une bactérie pathogène avec sa létalité qui en s’infectant dans l’organisme humain lui a causé viscéralement les pires dommages. L’humanité subit maintenant son joug, ne sachant à ce jour comment conjurer le sort, s’en défaire, ne sachant comment cautériser les blessures parfois mortelles que la Reine inflige à ses sujets humains.

« Reine Corona » sortie d’un labo ou d’un marché [le secret est aujourd’hui bien gardé] n’a pas annoncé le printemps pour l’humanité, mais un hiver froid, nous ordonnant d’être bien au chaud dans nos appartements, nous sommant de nous confiner, de nous enfermer nous rappelant à ses souvenirs. Comme vous le savez, rien n’est bien nouveau sous le soleil de l’histoire de notre humanité. Souvenons-nous ainsi des épisodes contagieux qui ont traversé les géographies sociales de la civilisation humaine. Ce fléau ne décida-t-il pas en effet plusieurs siècles plus tôt et comme je l’ai déjà mentionné dans une autre chronique, de faire taire l’arrogance du pharaon, d’humilier l’Égypte, de courber l’échine du souverain impérial et ordonna aux Hébreux de se calfeutrer chacun dans ses appartements. La « Reine Corona » faisait ainsi tomber chaque premier né d’Égypte afin de libérer les esclaves hébreux.

Aujourd’hui « Reine Corona » veut-elle libérer la nature du joug humain, en claquemurant l’humanité lui donner un peu d’air, elle qui a été abondamment polluée par le consumérisme sauvage et libertaire du néo-libéralisme, elle qui a subi les pressions des extractions de son sol, la destruction de ses forêts et la disparition de civilisations autochtones comme la désintégration du monde paysan.  Étouffée, la nature se rappela à ses congénères sans doute pour lui rappeler la nécessité également d’avoir recours à son créateur et de l’invoquer pour obtenir le secours en se repentant de toutes ses maltraitances et de sa méchanceté autant envers ses congénères, que de son irrespect pour son environnement.

La vie de ce fléau n’a jamais eu ainsi, de fin en soi et chaque épisode de notre histoire connait un nouveau sursaut épidémique. L’histoire tragique se répète et comme nous l’avions déjà écrit, ce fléau planétaire qui égrène chaque jour ses victimes poursuit sa route funèbre, son convoi mortuaire à l’heure où nous écrivons ces lignes. La nouvelle peste, car c’est bien ainsi qu’il nous faut encore l’appeler, remet en cause les folles orientations de notre humanité qui rêvait d’étaler ses mégapoles, qui conjecturait l’augmentation, la croissance, la performance de ses biens, spéculait la perfectibilité indéfinie de son espèce. Comme l’écrivait un ami dans un commentaire en réponse à l’un de mes articles ; personne n’avait imaginé qu’à la fin de cet hiver nous connaitrions une chute de tension soudaine, « un collapsus économique et social, planétaire semblable à la crise de 1929 » ou ne peut être pire.

Plusieurs cassandres avaient théorisé l’écroulement et ne se sont pas étonnées aujourd’hui de l’affaissement de l’économie mondiale. Pourtant les prédictions reposaient davantage sur l’évolution de notre climat, mais c’est un virus qui déjoua tous les pronostics. La nature nous surprendra, elle reprend finalement ses droits, elle rappelle à l’homme sa finitude, sa vulnérabilité, lui qui rêvait de quête de toute puissance et bientôt l’achèvement d’un rêve, celui d’imaginer une vie prolongée bientôt bicentenaire et pourquoi pas millénaire. Mais « Reine Corona » nous rappelle à son monde, le réel, la vie réelle et pointe la folie de nos grandeurs, la faiblesse de notre Nouveau Monde, la vacuité de ses idéologies.

De l’Ancien Monde nous avons arraché les piliers civilisationnels, la sagesse des anciens, nous avons ruiné les édifices bâtis fondés sur des vertus simples l’épargne, la famille, la vie solidaire, l’écologie humaine et la nécessité de prendre soin de son prochain. Nous mesurons qu’avec cette crise sans précédent, l’effondrement et l’atomisation de la famille peu avant ; conduira bon nombre d’entre nous à se sentir encore davantage fragilisé. Je mesure ce sentiment, comme responsable d’une communauté chrétienne qui comprend un nombre important de personnes seules, isolées, souffrant de séparations, sans familles et qui sans le soutien de l’église les conduirait au désespoir. Or nos communautés en ces temps de confinement sont malmenées avec l’interdiction de nous retrouver pour des moments de fraternité, de convivialités, de partages. Nous sommes entrés littéralement dans le monde sans contacts. Nous sommes alors contraints d’innover, d’utiliser les objets numériques, mais totalement conscients que ces « seul ensembles » via le monde internet est une formidable impasse nous conduisant à la désocialisation. Nous nous y résignons, mais prenons conscience qu’il faudra sortir de ce monde qui est un [enfer]mement sur soi.

Or à force de nous soumettre aux idéologies du progrès, au néo-libéralisme contemporain, aux objets toujours augmentés, à l’amour de l’argent, d’un monde libertaire nous avons préféré confier le destin de notre nation entre les mains d’idéologues rêveurs et sans doute aliénés par la démesure, qui n’ont plus la main sur le destin de notre monde, le délitement d’un avenir en plein brouillard.

Ces mêmes idéologies ont promu puis vanté, la mondialisation, le néo-libéralisme et c’est la libre circulation des biens et des marchandises sans aucune frontière qui accéléra le processus létal de la pandémie. Évidemment ce processus de pandémie et de diffusion virale existait bel et bien dans les siècles passés. La route de la soie, ce réseau ancien de routes commerciales entre l’Asie et l’Europe, fut aussi un vecteur de propagation de la peste, notamment de la peste noire. Aujourd’hui le monde bien plus que lors des années de grandes crises, enregistre une chute « pharaonique [5]» de son économie, la déroute de ses finances publiques déjà lourdement endettées. Mais comme par magie, l’état imprime ses billets ou plutôt dématérialise virtuellement sa monnaie, pour secourir la nation dévastée, tentant vainement de pallier cette montée vertigineuse du chômage, d’atténuer les effets catastrophiques et dommageables d’une économie paralysée faute d’activités. Il est légitime d’imaginer qu’il sera bientôt périlleux, pour l’État, de gérer un tel désastre, si le virus continue de fragiliser notre système de santé secoué par les vagues successives et sans doute par un prochain tsunami sanitaire.

Nous sommes sans doute aux prémices d’un renversement total des fondements de notre société, un écroulement social et économique. Alors me joindrais-je aux voix de ces cassandres les plus alarmistes ou de ces capsologues lucides. De toute évidence et chacun en a aujourd’hui conscience notre monde ne sera plus jamais pareil. En d’autres termes comme l’écrit le professeur Michel Maffesoli « cette crise sanitaire est l’expression visible d’une dégénérescence invisible. Dégénérescence d’une civilisation ayant fait son temps ». Le constat de Michel Maffesoli rejoint celui lucide de Paul Valery « Nous autres, civilisations, savons désormais que nous sommes mortelles ». Quelques années plus tôt Michel Onfray évoquait à la fois la dégénérescence, la sénescence et la phase terminale de l’occident, sans imaginer alors que ce serait finalement la « Reine Corona » qui aurait définitivement la peau du monde occidental, déjouant là aussi la prédiction du philosophe.

Pourtant nous devons sérieusement craindre les lendemains d’une telle pandémie pour bâtir non un Nouveau Monde, mais bien de remettre en question la civilisation qui nous avait été jusqu’à présent promise. Adam Tooze, historien et s’est employé à analyser[6] en profondeur les positionnements des acteurs économiques notamment lors de la grande crise de 2008 qui était déjà à l’époque comparée à celle de 1929. Cette crise de 2008 avec le recul dans une moindre mesure n’a pas eu les mêmes conséquences qui allaient provoquer ensuite la Seconde Guerre mondiale.

Rappelons cependant que la crise financière de 2008 a d’abord été présentée comme un phénomène purement technique et local né d’actifs douteux, mais la chute boursière de 2008 qui concerna en premier lieu Wall Street l’une des plus grandes places financières a en réalité frappé tel un effet de domino, toutes les régions du globe : des marchés financiers occidentaux puis a eu des répercussions sur l’ensemble des activités industrielles dans la plupart des continents, du Moyen-Orient à l’Amérique latine. « La crise a déstabilisé l’Ukraine, semé le chaos en Grèce, suscité la question du Brexit ». Ce fut sans doute la crise la plus grave vécue par les sociétés occidentales depuis la fin de la Guerre froide, mais sans doute ; absolument pas comparable avec celle de 2020 qui annonce une débâcle économique mondiale qui n’aura aucun précédent ni de pareils événements dans toute l’histoire de notre civilisation, annonçant sans aucun doute de terribles famines comme ce fut le cas avec la Peste noire qui généra également de graves crises sociales.

Or ces graves crises sociales sont en germe aux États-Unis, les populations les plus fragiles socialement font face d’ores et déjà à des pénuries de nourritures. Les personnes en déshérence, affectées par ce monde en suspension, s’adressent à des organisations non gouvernementales pour faire face à l’avancée de la disette alimentaire.

De fait, nous imaginons que l’endettement continu des états trouvera tôt ou tard, ses limites dans son incapacité à poursuivre ses engagements à éponger la crise sociale devenue endémique, une crise elle aussi contagieuse. Les pensions de retraite ne seront plus versées, les cotisations sociales ne pourront plus secourir les foyers qui ne possèdent pas de salaires. Un voyage dans le temps, une plongée dans l’histoire nous conduit à ce long épisode de la peste noire, ce sont en effet, des pans entiers de l’économie au XIVe siècle qui ont été totalement désorganisés dus explicitement à la Peste noire. La réaction la plus partagée à cette époque fut le désespoir, provoquant le plus souvent des désordres sociaux et des révoltes sociales résultant de fortes pénuries corrélées à la hausse des prix, et ce en raison de la rareté des biens. Les plus pauvres souffrent toujours des rigueurs de la crise économique, mais subissent le joug des puissants, qui entendent contrôler la situation sociale. Étrange, il n’y a rien de nouveau sous le soleil et cette loi qui révèle la perversion de l’âme humaine est un mal chronique.

Avec cette pandémie sans précédent qui conduit à l’affaissement de la vie économique, il conviendra d’appréhender avec inquiétude les violences contre l’appareil d’état, violences sans doute entre citoyens, entre-les abandonnés du système et ceux qui ont été préservés par le système. Le XIVe siècle connut un nombre important de famines, mais la famine toucha inégalement les populations, les plus riches étant souvent à l’abri de cette menace, mais pas des épidémies virales qui lui sont corrélatives et cela reste vrai aujourd’hui, même si la pandémie, atteint les plus fragiles, les bien portants semblent mieux résister mais elle ne discrimine cependant ni les nantis, ni les précaires.

Comment alors raisonnablement penser à l’aune de ce que l’histoire nous apprend, nous enseigne, que nous n’encourons pas les mêmes risques comme ceux qui ont été vécus à l’époque de la peste noire. La récession mondiale est nécessairement imminente et les indicateurs tendent à démontrer aujourd’hui l’abondance des feux rouges. La facture de Reine Corona s’annonce particulièrement salée et ce ne sont pas les pansements répétés et administrés par les gouvernements qui empêcheront les éventuelles embolies, les apoplexies de l’économie et oui après les pneumonies, il est fort à parier que les quintes de toux de l’état pourraient le conduire à l’incapacité de gérer ce moment complexe de notre vie économique. N’oublions pas et à nouveau nous le répétons que l’histoire de la peste noire fut suivie d’importants troubles sociaux.

L’histoire nous enseigne bien souvent ses cycles, or pour les prévenir, il est sans doute possible d’anticiper l’écroulement et c’est sans doute là qu’il nous faut revisiter ces livres comme le lévitique, le Deutéronome ou même d’autres livres du Pentateuque, pour découvrir des lois divines capables d’anticiper les crises sociales anomiques[7] accompagnées si nous ne réagissons pas, par un délitement des corps associatifs (églises, familles, associations caritatives) qui nous paraissent imminentes, mais notre salut, nous ne l’obtiendrons pas de l’état, mais de notre capacité à tisser de nouveaux maillages sur des territoires plus petits comme notre quartier. Face à la crise des masques, nous avons vu de nombreuses initiatives pour répondre à l’incapacité de l’État à répondre, des initiatives de solidarités collectives pour se serrer les coudes. Le salut dans les grandes crises montre l’impuissance de l’état à y répondre totalement, il sera nécessaire d’en appeler aux solidarités et aux maillages locaux, aux subsidiarités que les hommes et les femmes de nos quartiers sont capables de tisser entre eux, même si nous le savons que tous n’adhéreront pas à cette réforme pourtant nécessaire de soi-même.

[1] Source Wilkepedia : La collapsologie se présente comme une science appliquée et transdisciplinaire faisant intervenir l’écologie, l’économie, l’anthropologie, la sociologie, la psychologie, la biophysique, la biogéographie, l’agriculture, la démographie, la politique, la géopolitique, l’archéologie, l’histoire, la futurologie, la santé, le droit et l’art2. Cette approche systémique s’appuie sur les deux modes cognitifs que sont la raison et l’intuition, ainsi que sur des travaux scientifiques reconnus, tels que le rapport Meadows de 1972, les études « A safe operating space for humanity »3 et « Approaching a state shift in Earth’s biosphere »4 publiées dans Nature en 2009 et 2012, ou encore l’article « The trajectory of the Anthropocene: The Great Acceleration »5

[2] Propos tenu par le journaliste scientifique américain David Quammen avait prévenu, dans un livre au titre éloquent : Spillover : Animal Infections and the Next Human Pandemic (W.W. Norton & Company, New York, 2012). Dans «Where will the next pandemic come from ? And how can we stop it ?» (Popular Science, 15 octobre 2012). Le texte dont nous éditons un extrait a été publié le 25 avril 2020 sur le site de Pièces et main d’œuvre, également relayé par les amis de Barteby. Texte que nous avons consulté pour documenter notre recherche sur les discours tenus par les écologistes peu avant la crise associée à la pandémie [Covid19].

[3] Source Wikipédia : David Quammen (né en février 1948) est un écrivain américain spécialisé dans les sciences, la nature et les voyages et l’auteur de quinze livres. Il a écrit une chronique intitulée « Natural Acts » pour le magazine Outside pendant quinze ans.

[4] Corona signifiant : couronne mortuaire/de lauriers

[5] Le terme est intentionnel comme une nouvelle métaphore avec le fléau connu dans l’Égypte ancienne.

[6] Le livre : Crashed publié en 2018 Editions les Belles lettres.

[7] Crises sociales remettant en cause les normes, les lois de la société. Le concept d’anomie a été forgé par le philosophe Durkheim, ce concept d’anomie est l’un des plus importants de la théorie sociologique. Il caractérise la situation où se trouvent les individus lorsque les règles sociales qui guident leurs conduites et leurs aspirations perdent leur pouvoir, sont incompatibles entre elles ou lorsque, minées par les changements sociaux, elles doivent céder la place à d’autres. Il est fortement probable que nous soyons plongés avec la récession économique à une crise sociale anomique. « désorganisation sociale » du fait du délitement des institutions églises, état, familles, corrélativement, une démoralisation des individus, qui mènent une existence dépourvue de but et de signification apparente. La théorie de l’anomie paraît à la fois vraisemblable et d’importance fondamentale à une époque comme la nôtre, caractérisée par cette mutation civilisationnelle que lui fait subir la pandémie.

Le bouc émissaire

J’écoutais également sur France culture l’intervention de Patrick Zylberman[2], professeur émérite d’histoire de la santé à l’école des hautes études en santé publique qui s’empressait de souligner le mal endémique qui traverse l’histoire humaine et pointant l’absolue naïveté de quelques-uns à imaginer le progrès moral chez l’homme dans les périodes de propagation d’épidémie virulente. Concernant le progrès moral, Il n’en est rien en fait : « C’est un comportement millénaire. Ceux qui croient que nous ferions des progrès sur le plan moral sont des naïfs et des gens dangereux. En réalité les comportements sont toujours les mêmes, et les comportements de discrimination et de stigmatisation apparaissent dès qu’effectivement le bruit d’une épidémie de ce type se répand  » puis Patrick Zylberman enchaine « On a toujours exactement, la même chose, c’est-à-dire qu’on s’en prend d’abord à des boucs émissaires. Ce sont des choses profondément ancrées dans nos têtes, dans nos esprits. Ce sont des choses de l’ordre de la peur, des passions, etc. Et c’est absolument ingouvernable. Tout ce qu’on peut espérer c’est que ça passe le plus vite possible. ».

Auteur

Eric LEMAITRE

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Le bouc émissaire nous renvoie forcément à l’histoire même de notre humanité, où il fallait tuer l’animal, pour expier la faute du peuple. C’est dans l’Ancien Testament, au chapitre 16 du Lévitique, dans les versets 20, 21, 22[1] que nous est décrit le rituel d’expiation qui symbolise toute la dimension sacrificielle qui représente l’acte d’ôter la faute, cette faute qui plonge le peuple dans une forme de châtiment collectif, mais dont le peuple est épargné, s’il consent à présenter un sacrifice. La symbolique du bouc émissaire est donc celle du transfert : transférer la faute sur autrui, lui faire endosser la faute afin que le reste n’ait pas à payer collectivement la faute. Aujourd’hui le rôle du bouc émissaire est celui que l’on entend désigner pour stigmatiser, pour conjurer les maux éprouvés par la collectivité. Le bouc émissaire devient aussi l’exutoire d’un ressentiment que l’on projette sur autrui. Le bouc émissaire est toujours exhumé quand il s’agit de partager sa haine dans les situations les plus tragiques où coûte que coûte il faut rechercher le responsable coupable. Pour expier, certaines sociétés n’ont pas hésité au cours de l’histoire à exclure, à châtier, à condamner, à cracher sa haine, à déverser sa malveillance, et à propager des rumeurs comme pour incendier de prétendus coupables.

Or l’évocation de notre histoire contemporaine démontre que nos civilisations prétendument évoluées sont susceptibles de sombrer dans des heures peu glorieuses qui ont parsemé les siècles passés. Nous avons oublié socialement à quel point la violence peut surgir et naître d’événements tragiques, cette violence peut émaner de la calomnie comme de la dénonciation, comme d’une volonté de trouver un médiateur qui deviendra le souffre-douleur d’une peine collective vécue par une cité, une communauté, des hommes ou des femmes, confrontés à l’épreuve.

Aussi faut-il rechercher à tout prix le coupable, le bouc émissaire, cette figure emblématique, symbolique et victimaire qui doit endosser la faute, la responsabilité, la seule responsabilité de nos maux. Mécanisme qui expurge notre propre affliction ou calvaire dont il faut bien faire émerger une cause pour la dénoncer ensuite. Il faut ainsi dévoiler le responsable de tous nos malheurs. Ce mécanisme d’attaque contre une communauté ou un groupe ou une personne plus faible permet à certains individus qui l’utilisent de maintenir un sentiment de moralité intact puis de dissimuler ses propres responsabilités ou détourner l’attention sur l’origine du problème. Comme vous le savez et je l’ai souvent cité dans mes chroniques, rien de nouveau ne naît sous le soleil ; d’ailleurs, il nous suffit de redécouvrir une des fables de La Fontaine, un des grands classiques de la littérature française, pour comprendre le déroulement de ce processus collectif où l’on en vient à s’entêter contre celui qui est devenu le souffre-douleur de toute la communauté. Ainsi, dans « Les animaux malades de la peste », il fallait s’acharner contre l’âne, devenu le souffre-douleur de la communauté, il fallait, quel qu’en soit le prix, le pendre et en finir avec lui, comme si avec la disparition du baudet, nous mettions fin à l’épreuve. Ce texte, il convient de le relire pour comprendre la dimension que revêtent parfois les mécanismes de diffamation, d’accusation de violence, de calomnie, de soupçon haineux, dirigés contre des groupes, contre des communautés. « L’Âne vint à son tour et dit : J’ai souvenance. Qu’en un pré de Moines passant, la faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense quelque diable aussi me poussant, je tondis de ce pré la largeur de ma langue. Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net. À ces mots on cria haro sur le baudet. Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue, qu’il fallait dévouer ce maudit animal, ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal. Sa peccadille fut jugée un cas pendable. Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable ! Rien que la mort n’était capable d’expier son forfait : on le lui fit bien voir ». Comme dans la fable de La Fontaine, « Les animaux malades de la peste », la logique du bouc émissaire s’inscrit parfois contre celui qui est différent, « le baudet galeux et pelé », sur le refus de la différence et ce fait s’est souvent avéré juste tout au long de l’histoire et notamment au cours des différents épisodes qui ont marqué les troubles de l’infection pestilentielle au sein de notre nation comme en Europe. Le coupable de cette tragédie, c’était forcément le Juif ; par la force des choses, ce métèque a été le bouc émissaire de la communauté, sûrement il est coupable d’être différent, lui le « baudet galeux et pelé », l’âne qui est différent des autres. Comme dans cette fable, il faut juguler, circonscrire le mal, les esprits s’échauffent, il faut un coupable, le coupable ce n’est pas la pandémie virale, mais c’est forcément un semblable autant victime que nous, mais qui fera l’affaire pour expier notre faute.

Il y a là incontestablement une logique sacrificielle, parfaitement explorée par le philosophe René Girard : « Les persécuteurs finissent toujours par se convaincre qu’un petit nombre d’individus, ou même un seul peut se rendre extrêmement nuisible à la société tout entière, en dépit de sa faiblesse relative ». J’aurais ajouté le mot « utile » au lieu de nuisible, dans un sens plutôt ironique. En écrivant ces lignes, je pense à l’affaire Alfred Dreyfus qui est l’archétype du bouc émissaire dans la mémoire collective de notre nation. Le coupable idéal, le coupable utile, ajouterais-je à nouveau, le coupable sur lequel on fait retomber tout le ressentiment, l’animosité, les rancœurs, dont a été victime le peuple juif à la fin du XIXe siècle. Le capitaine Dreyfus était un homme innocent, une forme de martyre, de bouc émissaire de l’acharnement collectif d’une entité sociale pour s’exonérer, s’exempter de sa propre faute, de sa propre culpabilité. L’acharnement d’ailleurs peut être savamment entretenu par les corps institutionnels d’une nation, les représentants de l’État, comme nous le verrons, dans cette nouvelle chronique.

J’écoutais également sur France Culture l’intervention de Patrick Zylberman [2], professeur émérite d’histoire de la santé à l’École des Hautes Études en Santé Publique qui s’empressait de souligner le mal endémique qui traverse l’histoire humaine et pointant l’absolue naïveté de quelques-uns à imaginer le progrès moral chez l’homme dans les périodes de propagation d’épidémie virulente. Concernant le progrès moral, il n’en est rien en fait : « C’est un comportement millénaire. Ceux qui croient que nous ferions des progrès sur le plan moral sont des naïfs et des gens dangereux. En réalité les comportements sont toujours les mêmes, et les comportements de discrimination et de stigmatisation apparaissent dès qu’effectivement le bruit d’une épidémie de ce type se répand« . Puis Patrick Zylberman enchaîne : « On a toujours exactement la même chose, c’est-à-dire qu’on s’en prend d’abord à des boucs émissaires. Ce sont des choses profondément ancrées dans nos têtes, dans nos esprits. Ce sont des choses de l’ordre de la peur, des passions, etc. Et c’est absolument ingouvernable. Tout ce qu’on peut espérer c’est que ça passe le plus vite possible. » Comment de fait ne pas se souvenir de la peste noire au cours du XIVe siècle, avec ses rumeurs nauséabondes, répandant le bruit que les Juifs étaient les émissaires de Satan pour expier la faute de pseudo-chrétiens, cette rumeur nauséabonde conduisit les mêmes «religieux», ces pseudo-chrétiens à les expulser. Ils décidèrent parfois de les massacrer, de les exterminer par milliers, persuadés que ces derniers avaient contaminé les lieux de leur vie sociale. Les flambées de violence, ces flambées qui étaient appelées pogroms caractérisent systématiquement les civilisations qui se sentent menacées, soumises aux pires épreuves, aux pires crises sociales. Et ce fut typiquement le cas lors de la pandémie, de l’infection calamiteuse, surnommée la Peste noire, un fléau qui allait décimer une grande partie de la population, et ce dans un intervalle de quelques années. Les Juifs seront mis à l’index, accusés de tous les maux dont celui de la peste noire, des pogroms expiatoires seront organisés qui frapperont les Juifs dans la plupart des régions et notamment dans l’Est de la France où la peste s’étendit. Le pogrom le plus sanglant a lieu donc à Strasbourg, le carnage criminel est connu comme le massacre de la Saint-Valentin puisqu’il advient le 14 février 1349 [3]. A cette occasion, près de 2000 Juifs seront assassinés [brûlés vifs.] La même population strasbourgeoise s’était également révoltée contre le pouvoir local jugé trop favorable à l’endroit des Juifs. À tort nous avons pensé que les phénomènes de violences, de stigmatisation ne concernaient que les sociétés archaïques, primitives, mais il n’en est rien comme le mentionnait précédemment Patrick Zylberman. Il y a comme une forme de perpétuation de ce rituel dans toute crise et en l’occurrence dans cette grave crise pandémique, comme la manifestation, comme le rejet de la singularité de « l’autre », le désir de maintenir un sentiment de dégoût en discriminant notamment ceux qui croient aujourd’hui au ciel et qui n’ont finalement pas empêché la propagation du mal. Le bouc émissaire est en réalité pluriel, protéiforme. Le bouc émissaire est aujourd’hui une église évangélique d’où est partie la foudroyante pandémie qui a contaminé toute la région Est. Beaucoup incriminent un rassemblement qui n’avait jamais été interdit et dans un contexte où plusieurs reprochaient à certains d’exagérer l’ampleur de l’épidémie, où l’État n’avait à l’époque pris aucune mesure, aucune précaution, aucune prudence pour prévenir un risque épidémique. Rappelons les faits et seulement les faits. La pandémie du Covid-19 en Italie se diffuse à partir du 31 janvier 2020, lorsque deux touristes chinois sont testés positifs pour le SARS-CoV-2. La détection du Covid-19 chez ces touristes chinois se fait alors dans la capitale italienne, Rome. Un autre groupe de cas de Covid-19 est ensuite signalé en Lombardie, à commencer par 16 cas confirmés le 21 février, 60 autres cas le 22 février et les premiers décès en Italie sont signalés le même jour. Le 28 février, il y avait 21 décès et 888 cas confirmés dans le pays. Alors que l’État français avait eu connaissance de ce début de pandémie, aucune décision en Europe et pas plus qu’en France n’avait interdit d’éventuels rassemblements, aucune interdiction de vie collective n’avait alors été prise. Pourtant, les autorités sanitaires semblaient être parfaitement informées de la dangerosité du virus. En pleine épidémie de Covid-19 en Italie, le match entre l’Olympique lyonnais et la Juventus Turin est maintenu le mercredi 26 février. L’église évangélique de Mulhouse organise entre le 17 et le 24 février un rassemblement avec plus de 2000 fidèles. Dans le contexte de ce mois de février, il n’y avait aucune indication de prudence qui ait été donnée à quelque rassemblement que ce soit et pas même au Groupama Stadium qui accueillait en son sein des milliers de supporters, [la capacité du stade est de 59 186 places] et n’avait nullement fermé ses portes aux supporters en provenance de Turin [4]. Il y avait là un brassage de populations. Il est curieux qu’il ne soit venu à quiconque de stigmatiser l’Olympique Lyonnais. Alors que le journal Le Point [5] titrait la « bombe atomique » du rassemblement évangélique de Mulhouse, mettant ainsi sur le devant de la scène une église évangélique « coupable d’avoir organisé un rassemblement d’où est partie la contagion foudroyante. Nous avons là des éléments de stigmatisation portant les germes d’une haine sans pareille qui a été vécue par les responsables de la Porte Ouverte. Plusieurs journaux, quelques quotidiens de la presse nationale, ont alors blâmé un rassemblement évangélique qui n’avait jamais été interdit. Les chrétiens devaient endosser la responsabilité, des torrents de haine ont été également répandus, y compris dans les réseaux sociaux, véritables caisses de résonnance pour propager la haine de l’autre, révélant ainsi et à grande échelle la noirceur des attitudes capables de victimiser des personnes elles-mêmes endeuillées par le covid-19. Il s’ensuivit même des menaces de mort et une certaine forme de lâcheté au sein de certaines églises traditionnelles et autorités administratives qui tentèrent de se disculper et de n’endosser aucune forme de responsabilité aux yeux de la population locale et de la région Est.

Le pire pour renforcer cette stigmatisation, les modèles mathématiques ont été convoqués pour expliquer que l’église évangélique a été forcément à l’origine de l’explosion du covid-19, et si Rome brûle, c’est indubitablement la faute de ce rassemblement chrétien. C’est ce point-là qui m’a profondément alerté, non seulement comme chrétien moi-même, mais cette dimension très imprudente qui consiste à apporter une démonstration à un événement dramatique en se fondant implicitement sur une modélisation statistique. Reprenons donc cet élément que j’entends ici discuter et tentons d’entrevoir le «formidable» argument et d’en extraire dans le propos la dimension de bouc émissaire qui résulterait d’un tel commentaire. Citons de fait ce texte paru dans la presse dans les Dernières Nouvelles d’Alsace le 13 avril 2020 [6] :

« Une modélisation statistique et sanitaire transmise au conseil scientifique mis en place par le gouvernement sur la propagation du coronavirus en France a abouti à un résultat sans équivoque : sans le rassemblement évangélique de la Porte Ouverte Chrétienne, qui s’est tenu du 17 au 24 février à Mulhouse, la France serait au même niveau que l’Allemagne en termes de contamination. Autrement dit, avec quatre fois moins de personnes hospitalisées. »

Il convient, selon moi, d’être alerté par la dimension à la fois insidieuse du propos et par le titre très imprudent de la presse. Cela a même quelque chose de sournois [« Épidémie : le rassemblement évangélique de Mulhouse a tout fait basculer ».] Le rassemblement évangélique a tout fait basculer, voilà, en quelque sorte en filigrane dans l’écriture très stylisée afin que chacun comprenne, que les responsables de l’incendie que nous vivons sont explicitement désignés. Le rassemblement n’est pas coupable, d’aucune sorte, puisque ce rassemblement n’a enfreint aucune interdiction administrative. Ou alors le préfet a totalement omis de s’informer de l’éventuelle dangerosité d’un virus qui pouvait amener d’un rassemblement qui concerne aussi les frontaliers suisses, luxembourgeois, allemands.

Le titre est finalement particulièrement évocateur, il rend responsable une communauté chrétienne d’avoir formé le début d’un cluster épidémique. C’est la construction même de l’argument qui est habilement formulé sous-entendant que si de tels rassemblements n’avaient pas eu lieu, nous n’en serions pas à l’émergence d’un premier foyer contagieux. L’argument rationnel sans précaution aucune est facile, il commence par la modélisation statistique. Le paradigme mathématique est ainsi convoqué, ce qui suppose en conséquence une démonstration sans équivoque : il n’y a pas de discussions possibles, vous êtes prié de circuler, la démonstration est apportée puis étayée par le modèle. Mais reconnaissons que ce même modèle devra être appliqué au porte-avions Charles de Gaulle qui a fait escale à Toulon le dimanche 12 avril 2020, et dont la première escale date du 15 mars à Brest, alors que la France est en pleine crise épidémique. Le porte-avions Charles de Gaulle rassemble à son bord plus de 600 personnes infectées par le covid-19, mais là il s’agit de la défense nationale, de la responsabilité de l’État. L’incriminerons-nous comme nous le faisons pour l’église évangélique ? La question est posée et mérite sans aucun doute de l’être ! Il est assez pernicieux de mentionner le rassemblement évangélique, cela aurait pu être en effet n’importe quel autre rassemblement, mais il y a là une dimension stigmatisante, une manière de pointer du doigt l’aspect irresponsable de communautés chrétiennes qui expriment la joie de célébrer ensemble un événement habituel. Et en regard de l’événement vécu à Mulhouse, les autorités seraient en peine d’examiner cette parole extraite de la lecture d’un évangile : « Ôte premièrement ta poutre avant d’y extraire la paille dans l’œil de ton prochain. » Notons en outre que ce rassemblement avait lieu chaque année et ne faisait jusqu’à présent aucun écho dans la presse, semble-t-il, ou en tout cas il n’y a pas eu de propos malveillants ?

Mais pour revenir à l’énoncé des modèles mathématiques pour expliquer la propagation de la pandémie, il existe bien d’autres conditions pour faire jaillir des clusters au-delà d’un rassemblement religieux, la région du Haut-Rhin qui après Strasbourg est la deuxième ville d’Alsace est une région relativement urbanisée avec de nombreux échanges frontaliers avec la Suisse et l’Allemagne. Or à titre de comparaison, la Lombardie est une région dense d’un point de vue urbain, une région qui elle-même comme chacun maintenant le sait a été violemment frappée par le covid-19. Le territoire compte sans doute davantage d’habitants comparativement à l’Alsace (la région Lombardie avoisine 10 millions d’habitants), mais elle est aussi une région de brassages où les échanges commerciaux sont les plus développés. Ce mouvement perpétuel d’habitants, ce brassage des populations aurait favorisé la diffusion de la pandémie. Donc le rassemblement religieux qui est ici utilisé pour expliquer la propagation du virus à des fins de démonstration semble abusif, puisque sociologiquement l’instinct grégaire des êtres humains nous pousse tout simplement à nous retrouver, à nous rassembler et vivre des communions intenses, des moments de convivialité. Il semble que la mémoire ait été courte pour beaucoup d’entre nous : comment peut-on omettre, comme je le rappelais, que les derniers événements sportifs autorisés à Lyon par exemple avec des Turinois n’étaient pas si éloignés du foyer pandémique et que l’on apprenait également des cas de covid-19 dans le Piémont ? Bien entendu, il faut le reconnaître et ne pas l’ignorer, le début d’un foyer est bien né à Mulhouse, mais il aurait pu naître au cours d’une rencontre sportive ou bien émerger comme en Lombardie à partir d’un seul individu qui rencontre trois individus et trois individus qui croisent le même nombre, et puis connaître un développement exponentiel par un effet de démultiplication, qui résulte de la rencontre d’un seul malade atteint par le covid-19. Donc il est indispensable d’être prudent avec ce type de modèle, alors qu’il suffit en effet d’une seule personne pour faire émerger un foyer épidémique [1=>3=>9=>81, etc.] L’usage d’un modèle statistique à partir d’un événement est juste une extrapolation infondée, et que démontre a fortiori l’expansion du virus en Grande-Bretagne ou dans bien d’autres régions dans le monde. La Chine, pays militant de l’athéisme, n’a pas empêché la propagation mondiale d’un virus terrifiant. Les crises réveillent parfois l’irrationalité, alors que l’on veut asseoir une démonstration sur un modèle statistique équivoque, mais qui ne prouve rien ! Le constat factuel suffit en soi : instrumentaliser pour légitimer une conséquence et pointer l’origine religieuse comme étant l’effet atomique de la propagation du virus relève d’une forme de sophisme scientifique, une argumentation à la logique fallacieuse. C’est utiliser un argument d’autorité. Or il convenait dans cet article de démasquer la rhétorique qui contrevient à la vérité en faussant l’argument. L’église évangélique de Mulhouse ne doit nullement devenir le bouc émissaire de sa ville, de sa région et de notre nation. Pleurons plutôt avec elle les familles endeuillées et apprenons de ce terrible fléau des leçons à en tirer pour orienter différemment notre vie.

Notes :

[1] Texte du Lévitique 16:20-22 :

« Lorsqu’il aura achevé de faire l’expiation pour le sanctuaire, pour la tente d’assignation et pour l’autel, il fera approcher le bouc vivant. 21 Aaron posera ses deux mains sur la tête du bouc vivant, et il confessera sur lui toutes les iniquités des enfants d’Israël et toutes les transgressions par lesquelles ils ont péché ; il les mettra sur la tête du bouc, puis il le chassera dans le désert, à l’aide d’un homme qui aura cette charge. 22 Le bouc emportera sur lui toutes leurs iniquités dans une terre désolée ; il sera chassé dans le désert. »

[2] https://www.franceculture.fr/histoire/epidemies-la-fabrique-des-boucs-emissaires

[3] Le 14 février, jour de la Saint-Valentin, le quartier juif est cerné et ses habitants conduits au cimetière de la communauté. Là, l’on bâtit un immense bûcher où ils sont brûlés vifs. Certains autres sont enfermés dans une maison en bois à laquelle l’on met le feu. Celui-ci se prolongea pendant six jours.

[4] Trois députés de La République en Marche avaient écrit au nouveau ministre de la santé, Olivier Véran, pour lui demander d’interdire, en raison de l’épidémie de coronavirus, la venue de 3 000 supporters italiens au Groupama Stadium pour le match de Ligue des champions entre l’Olympique Lyonnais et la Juventus de Turin, le mercredi 26 février. Rappelons que la direction générale de la santé justifiait ce choix de déplacement des supporters par le fait que, à la différence de la Lombardie ou la Vénétie, la région piémontaise n’est pour l’heure pas considérée comme un foyer de l’épidémie.

[5] https://www.lepoint.fr/sante/coronavirus-la-bombe-atomique-du-rassemblement-evangelique-de-mulhouse-28-03-2020-2369173_40.php.

[6] L’extrait de la citation référencée provient du site des Dernières Nouvelles d’Alsace : https://www.dna.fr/fil-info/2020/04/13/epidemie-le-rassemblement-evangeliste-de-mulhouse-a-tout-fait-basculer.

La chape de plomb

Le 30 janvier 2020, l’Institut pasteur publie sur son site une information sobre, mais capitale, en indiquant qu’en « Décembre 2019, une épidémie de pneumonies d’allure virale d’étiologie inconnue émerge dans la ville de Wuhan (province de Hubei, Chine). Le 9 janvier 2020, les autorités sanitaires chinoises et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) annoncent la découverte d’un nouveau coronavirus, appelé 2019-nCoV (isolé le 7 janvier), et présenté comme l’agent responsable de ces pneumonies ». La ville de Wuhan était devenue l’épicentre mondial de l’épidémie du coronavirus qui allait se répandre avec fureur dans le reste du monde. « Très vite [pléonasme sans doute][1] » les autorités chinoises se sont empressées d’indiquer au monde que l’origine virale émanait d’un marché aux fruits pratiquant des ventes illégales d’animaux sauvages [Pangolins et chauves-souris]. Toute la focale fut dès lors portée sur ce fameux marché à l’origine du mal qui frappe le monde. Il ne pouvait donc y avoir d’autres lieux, d’autres sources

Auteur

Eric LEMAITRE

Article qui a fait l’objet d’une mise à jour le 16 avril 2020 [Nouvelles données]

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 Le 30 janvier 2020, l’Institut pasteur publie sur son site une information sobre, mais capitale, en indiquant qu’en « Décembre 2019, une épidémie de pneumonies d’allure virale d’étiologie inconnue émerge dans la ville de Wuhan (province de Hubei, Chine). Le 9 janvier 2020, les autorités sanitaires chinoises et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) annoncent la découverte d’un nouveau coronavirus, appelé 2019-nCoV (isolé le 7 janvier), et présenté comme l’agent responsable de ces pneumonies ». La ville de Wuhan était devenue l’épicentre mondial de l’épidémie du coronavirus qui allait se répandre avec fureur dans le reste du monde. « Très vite [pléonasme sans doute][1] » les autorités chinoises se sont empressées d’indiquer au monde que l’origine virale émanait d’un marché aux fruits pratiquant des ventes illégales d’animaux sauvages [Pangolins et chauves-souris]. Toute la focale fut dès lors portée sur ce fameux marché à l’origine du mal qui frappe le monde. Il ne pouvait donc y avoir d’autres lieux, d’autres sources. La revue « les échos » nous rappelle que les Chinois se vantent volontiers de manger « tout ce qui a quatre pattes sauf les tables, tout ce qui nage sauf les bateaux et tout ce qui vole sauf les avions » – y compris des espèces rares prisées pour leurs supposées vertus thérapeutiques. Forcément, l’origine était toute trouvée, le point de départ de l’épidémie mondiale, c’est le marché de Wuhan, l’épicentre de toute la contagion qui a enveloppé l’ensemble de notre planète. Mais voilà à Wuhan, il n’y a pas seulement un marché, mais également la présence de laboratoires [de niveau P2 et P4[2]] de recherche dont l’Institut de virologie. L’un des instituts de recherche de niveau P4, de renommée internationale, de « classe mondiale » un laboratoire qui permet de repérer de façon anticipée de nouveaux pathogènes, les nouvelles contagions passant notamment des animaux aux humains. La spécialité de l’établissement est également la recherche sur les coronavirus transmis par les chauves-souris. Objectivement et indépendamment de tout parti pris, il existe donc bien un autre lieu l’un des deux laboratoires, dont nous serions autorisés de penser que l’origine virale née à Wuhan ne saurait légitimement écarter l’un des deux laboratoires comme l’autre épicentre possible et ce n’est nullement soutenir une thèse complotiste que de l’envisager. Or écarter, un autre faisceau d’indices autre que le marché de Wuhan, ne relève pas ou nullement d’une investigation scientifique. Nous imposer une seule lecture de l’origine pandémique est une forme de chape de plomb qui nous prive de toute investigation, comme s’il ne fallait surtout pas lever le couvercle, soupçonner l’existence d’un autre foyer épidémique dont l’homme serait cette fois-ci seul responsable de l’infection accidentelle, alors que nous faisons porter le chapeau aux seuls marchands d’animaux sauvages de Wuhan. Loin de moi cependant d’épouser une intention maléfique du laboratoire chinois [de niveau P2 selon toute vraisemblance ou P4], comme celle de répandre un virus afin d’écraser le monde de toute sa puissance et de mettre l’Europe et les États-Unis aux pas, puis de terrasser ces nations pour les mettre dans une posture d’absolue faiblesse, afin finalement de reprendre le leadership d’un monde et de reconstruire un ordre mondial unipolaire sous l’égide chinoise. Non je ne pense absolument pas cela, définitivement ! J’imagine pourtant et fort bien que dans un laboratoire les manipulations microbiologiques, les manipulations de pathogènes sont extrêmement risquées pour les personnels biologistes chargés d’inspecter ces virus et notamment le coronavirus. Or l’infection dans ces laboratoires n’est jamais en soi impossible et il est juste absolument fantaisiste et naïf d’imaginer qu’un laboratoire dispose de barrières infranchissables, de SAS sécurisés, malgré l’aspect bunker, hyper protégé qui caractérise ces endroits notamment le laboratoire de niveau P4. Nous avons beau entendre que ces laboratoires sont des prisons de haute sécurité, cela ne nous rassure pas pour autant[3]. Les centrales nucléaires sont aussi des établissements de haute sécurité, mais les accidents restent forcément possibles, envisageables. Dans le blindage en verre prétendument imperméable, les bunkers étanches de Wuhan, les murs de verre, les scientifiques manipulent des souches infectieuses, des agents pathogènes, des serials killers extrêmement dangereux. Il suffit d’une erreur pour que la personne chargée d’inspecter ces virus, soit infectée malgré toutes les précautions que l’on peut imaginer. Écarter l’hypothèse d’une infection malheureuse émanant du laboratoire P2 ou P4 de Wuhan me parait franchement suspect comme si l’on ne voulait pas déranger cette puissance économique qui est ouvertement loin d’être une démocratie, loin d’être dans la transparence la plus absolue.  Les politiques chinois ont en effet soutenu que le coronavirus était peu dangereux, peu contagieux alors que les autorités organisaient clandestinement, leur plan de lutte contre l’épidémie. Les autorités chinoises n’ont pas également révélé au monde toute la vérité sur le nombre de populations décimées par le Covid-19, comme l’attestent les images des restitutions des urnes funéraires aux familles de cette mégapole de plusieurs millions d’habitants… le bilan des morts serait plus effroyable que les médias chinois nous l’ont asséné par la suite comme pour ne pas inquiéter le monde. Dans la somme des mensonges répandus, le plus cocasse fut sans doute d’affirmer au début de l’épidémie que la transmission du virus se faisait par la nourriture et non que le portage viral fût d’humain à humain. C’est cette chaine finalement de mensonges multiples, récurrents qui introduit l’incertitude dans ce qu’officiellement, on veuille bien nous rapporter concernant la propagation du covid19.  Alors, permettez-moi de mettre sérieusement en doute l’appareil politique chinois, dont la bureaucratie sanitaire semble vouloir imposer au monde une seule lecture de l’origine du Covid19. Il me semble donc fort pertinent de réfléchir à cette notion de chape de plomb qui entoure le mensonge chinois, la peur sans doute de déranger, d’importuner le géant et de révéler à son peuple l’art de manipuler sa propre population comme celle même de nos médias qui ne poussent pas bien loin leurs investigations comme s’il ne fallait pas crisper la parole publique, perturber les rouages diplomatiques. Depuis La Fayette, il serait sans doute pertinent de se demander si certains médias ne sont pas revêtus de bas de soie se prêtant dans les coulisses aux courbettes et à l’inclination de tout sentiment rebelle vis-à-vis des sons de cloches que l’on veut bien nous faire entendre.  Il est donc temps de dénoncer cette chape de plomb et de reprendre un peu d’air pour éclairer les uns et les autres sur un autre suspect sans pour autant exclure l’origine d’un marché également vraisemblable et concernant la diffusion du virus dans le monde. Mais de quoi parle-t-on lorsque nous évoquons le terme de chape de plomb ?

Au moyen âge, la justice est soumise à l’église, les bourreaux exécutent les sentences ordonnées par le clergé, à l’aide de lourdes charges ils écrasent la cage thoracique des suppliciés afin de prolonger l’agonie dans d’atroces souffrances. L’expression chape de plomb n’est cependant plus aujourd’hui le symbole d’une sentence cruelle ni même le rappel d’un long manteau qui couvrait le corps des moines depuis les épaules jusqu’aux pieds, et soutenu par les membres du clergé durant leur service religieux. La chape de plomb évoque plutôt aujourd’hui une forme de silence imposée par les autorités, une expression qui justifie l’absence d’un regard critique. Or concernant l’origine du coronavirus, nous avons un discours officiel, comme entendu par tous, qui fait quasi-unanimité dans la presse et il nous est comme défendu comme je le rappelais précédemment, de remettre en cause la parole officielle et suspecter une autre origine, au risque d’être marginalisé, de subir les foudres des médias qui vous suspecteront de répandre des fakes news. Autant vous dire que je ne suis pas scientifique et que je n’ai pas l’habitude de douter des rapports qui émanent des experts, qui selon moi, sont finalement autorisés à argumenter, expliquer l’origine du coronavirus, car justement ils disposent des données, des références épidémiologiques pour sourcer leurs explications et légitimer, soutenir le bien-fondé de leurs explications.

La parole officielle [comme si elle était rassurante] est donc à ce jour d’incriminer le seul marché de Wuhan où sur les étals sont exposés, la chauve-souris, le pangolin. Ces deux animaux selon plusieurs publications de la communauté scientifique, constituent probablement ou sans doute [les faisceaux d’indices et les présomptions semblent assez forts, mais sans certitudes], le couple responsable et déterminant de la propagation du virus à l’échelle mondiale. En effet les chauves-souris, notamment l’espèce « Rhinolophus affinis », et le pangolin sont avec de fortes probabilités les espèces animales logeant des coronavirus très proches du SARS-CoV-2. Une étude récemment publiée dans la revue « Nature[4] » analyse la composition du coronavirus dans plusieurs échantillons de pangolins saisis lors d’opérations anti-braconnage. Le réservoir de virus est donc très probablement animal. « Même si le SARS-CoV-2 est très proche d’un virus détecté chez une chauve-souris », nous rapporte l’Institut Pasteur[5], cependant « l’animal à l’origine de la transmission à l’homme n’a pas encore été identifié avec certitude ». Plusieurs publications suggèrent en effet que « le pangolin, petit mammifère consommé dans le sud de la Chine, pourrait être impliqué comme hôte intermédiaire entre la chauve-souris et l’homme ». Malgré son statut d’espèce protégée, le pangolin [animal anonyme devenu soudainement célèbre] est le mammifère qui souffre le plus du commerce illégal. Sa chair est consommée dans les menus chinois et les écailles du pangolin sont également utilisées en médecine. Nous avons donc là le couple coupable, la chauve-souris, le pangolin, les logeurs présumés de la cruelle pandémie. Cependant l’homme ne doit-il pas partager une certaine culpabilité en saccageant finalement la biodiversité et en consommant la chair du Pangolin, une consommation pourtant interdite.  Il n’est pas question dans cet article de remettre également en cause les investigations des virologues qui prennent le soin de fouiller les séquences génétiques de virus issus de diverses espèces, afin de comparer leurs gènes à ceux du virus présent chez les malades de Covid-19.  De même les chercheurs nous rapportent que les espèces de chauves-souris abritent à l’état naturel un grand nombre de gênes du coronavirus et une grande variété, leur système immunitaire y étant adapté. Au fond l’origine animale ne fait en soi pas de doutes bien que des zones d’ombres doivent cependant exister notamment à l’origine double du virus[6] [comment cela est-il arrivé, par quels processus ?]. Mais d’autres voix s’élèvent également contre la parole officielle, notamment celle du Prix Nobel de Médecine le professeur Montagnier, Virologue de renom et récompensé au plus haut niveau pour la découverte du virus du SIDA, relate en effet une explication qui contredit la version officielle chinoise (chauve-souris, Pangolin, marchés de Wuhan…) pour ramener l’origine de ce virus au laboratoire de virologie de haute sécurité de Wuhan[7], précisons qu’en aucun ce dernier n’a jamais  prétendu que le covid19 est le résultat d’une pure création de l’homme, mais que selon le Prix Nobel[8], le virus a fait l’objet de manipulation, l’expression de fabrication est purement journalistique, même une forme de sophisme pour dénoncer la suspicion que témoigne le professeur de médecine. Des recherches sur les vaccins contre le SIDA auraient ainsi échappé à leurs auteurs : le nouveau coronavirus contiendrait en effet des séquences d’un autre virus que le Prix Nobel de Médecine connaît bien, le VIH, une combinaison impossible à obtenir par le seul hasard de la nature « il y a eu une manipulation, le travail d’un biologiste moléculaire, à ce virus ont été ajoutés des séquences du VIH ». Un phénomène qu’il daterait du dernier semestre 2019.

Ce virus n’est probablement pas et sous réserve la version d’un bricolage génétique effectué par un horloger moléculaire résultat d’une intention malveillante voire « sadique » [9], le fruit de l’inventivité diabolique de l’homme faustien, mais plutôt [sous réserve soyons prudent] un accident de laboratoire en somme. La structure du virus est d’une extrême complexité formée d’une molécule d’ARN d’environ 30 000 bases contenant 15 gènes et il suffit d’appréhender le document publié dans le New York Times pour s’en rendre compte[10]. Cette complexité, l’homme semble pourtant bien incapable de la reproduire, il en est tout juste aux balbutiements d’un ciseau génétique et de s’essayer à découper des brins de gènes défectueux et sans doute également à produire d’autres dégâts délétères comme, le chercheur chinois He Jiankui l’a probablement fait avec ces sœurs jumelles en modifiant le code génétique et en affaiblissant finalement le système immunitaire de ces jeunes enfants. Donc, mon propos prudent a été finalement d’écarter l’éventualité d’une création biologique par l’homme, mais ceci n’écarte absolument pas la responsabilité en effet d’une manipulation en laboratoire qui a pu provoquer[11] cette tragédie planétaire causant la mort de milliers et milliers de personnes fragiles porteurs de comorbidités [hypertension, diabète, obésité, avancée dans le grand âge…]. Pour attester la thèse d’une expérimentation malheureuse, il convient selon un article du Monde que « les scientifiques chinois ont assuré que la séquence génétique du SARS-CoV-2 ne correspondait à aucun des coronavirus de leur collection. Mais, comme le souligne le Washington Post, nul n’a eu accès à leur biobanque ni aux échantillons prélevés sur les premiers patients chinois ».

Dans un environnement particulièrement flou concernant les origines du covid19, et objectivement incertains, pourquoi alors relancer la piste de ce laboratoire, est-ce utile dans les contextes d’une actualité qui ne semble pas rendre prioritaire, la recherche de causes ? Ma réponse est oui, car la chine est loin d’être un pays qui s’inscrit dans la vérité, la transparence.  Le débat d’idées est étranger à la nature du régime, la contradiction n’est pas de mise, l’investigation n’est pas permise, la recherche de la vérité encore moins. Personne ne devrait en soi être dupe d’une certaine forme de tromperie dans le traitement médiatique de la pandémie. Il faut en effet pour la chine se dégager de toutes responsabilités possibles concernant l’origine du virus, si l’animal en est la cause, et bien c’est tout simplement la faute à pas de chances ; l’affaire est donc entendue, la nature porte l’entière responsabilité [Sic].  En revanche si c’est l’affaire du laboratoire de P4 de Wuhan, la fuite d’une infection liée à la manipulation du coronavirus chez les chauves-souris ou du pangolin puis le début d’une contagion malheureuse, les autorités sanitaires mondiales s’en préoccuperaient et se chargeraient d’explorer plus en avant cette piste. Donc nous comprenons fort bien que la Chine s’emmure dans une seule et unique version possible, l’épicentre du virus c’est un marché et non un laboratoire [d’ailleurs pour alimenter le doute et s’il le fallait, à l’heure où ces lignes sont écrites, le marché de Wuhan est réouvert, accréditant la thèse possible que finalement ne rien ne s’est produit sur ce marché]. Pourtant Xiao Qiang, chercheur à l’université de Berkeley interrogé par le Washington Post indique que le gouvernement chinois, refuse de répondre à des questions essentielles, primordiales sur l’origine du nouveau coronavirus tout en supprimant toute tentative d’examiner si l’un ou l’autre des laboratoires est impliqué. Ainsi un communiqué émis par le Wuhan Institute of Virology (WIV) avait fait état de la visite de diplomates scientifiques américains en son sein, mais a été effacé depuis du site Internet du laboratoire. D’après le Washington Post, les câbles diplomatiques envoyés en 2018 par l’ambassade alertaient notamment sur « la faiblesse de la sécurité » du WIV.

Les autorités américaines avaient donc mis en doute l’imperméabilité des systèmes de sécurité mis en place au sein du laboratoire de l’institut de virologie, le fameux WIV. Il est donc permis d’avoir un doute et de lever de fait la chape de Plomb, dont personne aujourd’hui ne semble vouloir s’inquiéter. La recherche de la vérité n’est pas du côté d’un appareil bureaucratique enfermé dans l’opacité, la volonté de contrôle et surtout le souci de ne pas faire vaciller un système qui ne rencontre aucune résistance intérieure et dont la seule volonté s’appuie sur un désir de lobotomiser la capacité de conscience et qui a prié un lanceur d’alerte de se taire. Sommes-nous priés de nous taire, nous avons cette chance, encore cette chance, d’ouvrir cette fenêtre pour mettre en lumière un État dont l’idéologie n’est autre que la faculté immuable de manipuler les populations, de les dominer et si possible de dominer les autres nations, pire de contrôler l’esprit critique et de nous mettre à genoux en acceptant docilement les explications données à l’origine de ce mal qui a touché parmi nous les plus fragiles.

[1] Le « très vite » est entre guillemets et de façon volontaire pour indiquer une certaine forme d’ironie, c’est sous la pression de ces lanceurs d’alertes et notamment un médecin chinois, que les autorités communistes chinoises ont finalement cédé, pour informer l’ensemble des autorités sanitaires des autres nations de la dangerosité du virus.

[2] Les activités impliquant des agents biologiques de groupe 2 à 4 requièrent des mesures de sécurité particulières. Selon le type d’agent pathogène, on parle alors de Niveau de Sécurité Biologiques (NSB1, NSB2, NSB3 ou NSB4) ou plus communément de laboratoires P1, P2, P3 ou P4 (« P » faisant référence au terme pathogène, en anglais « BioSafety Levels », BSL1, BSL2, BSL3 ou BSL4).

[3] Source le journal le Monde mis à jour le 07 mars 2020 :  Le risque zéro n’existe pas. En 2017, le centre pour le contrôle des armes et la non-prolifération chiffrait à 31 % les risques que le monde soit confronté dans les dix ans à une pandémie causée par un virus issu d’un laboratoire P4. En février 2019, le Bulletin of the Atomic Scientists – revue créée par d’anciens scientifiques à l’origine de la bombe atomique, et spécialisé dans les répercussions graves des activités humaines – évoquait de son côté « une menace pandémique probable », soulignant l’inéluctabilité d’erreurs humaines. En 2003, un chercheur taïwanais de 44 ans travaillant dans un laboratoire P4 a ainsi été atteint par le SRAS en essayant de désinfecter à la main un module de transfert du virus. Quatre-vingt-dix personnes avaient dû être placées en quarantaine.

[4] https://www.nature.com/articles/s41586-020-2169-0_reference.pdf

[5] https://www.pasteur.fr/fr/centre-medical/fiches-maladies/maladie-covid-19-nouveau-coronavirus

[6] Le coronavirus isolé chez le pangolin est capable d’entrer dans les cellules humaines alors que celui isolé chez la chauve-souris R. affinis ne l’est pas. Par ailleurs, cela suggère que le virus SARS-Cov-2 est issu d’une recombinaison entre deux virus différents, l’un proche de RaTG13 et l’autre plus proche de celui du pangolin. En d’autres termes, il s’agit d’une chimère entre deux virus préexistants. Voire l’article d’où est extrait le commentaire : https://www.santemagazine.fr/actualites/actualites-sante/covid-19-lanalyse-des-genomes-revelerait-une-origine-double-du-virus-432862

[7] Le podcast avec l’enregistrement de l’interview est à entendre sur ce lien :

https://podcasts.apple.com/fr/podcast/fr%C3%A9quence-m%C3%A9dicale-et-pourquoi-docteur/id1503016331

[8] La thèse du Professeur Montagnier est contestée, non pas en raison de la suspicion de ses fondements scientifiques mais parce que ce dernier a eu surtout des positions controversées en matière de vaccins. Nonobstant, son discours doit être entendu indépendamment des convictions qui sont les siennes.

[9] Pourtant à l’heure du Crispr cas9 rien n’est en soi impossible

[10] Lire l’article en anglais : https://www.nytimes.com/interactive/2020/04/03/science/coronavirus-genome-bad-news-wrapped-in-protein.html

[11] Des professeurs d’université chinois avaient émis cette hypothèse

Intelligence artificielle et confinement… le futur cybernétique

Avec l’avènement du Covid 19 qui a fait son entrée dans le monde nous sommes face à un  tsunami terrifiant de désocialisation de la société prolongée par ces vagues répétées liées aux mesures de confinement.  Mais pour sortir du confinement  se met en place  un ensemble de réflexions devant conduire, à la régulation de la vie sociale légitimée par la crise sanitaire, mais là aussi n’allons-nous pas nous habituer à une forme de conditionnement autoritaire des esprits, une domestication et l’apprentissage de tous, puis en fin de compte à accepter demain le couronnement de la cité cybernétique, celle d’une gouvernance hyper technicisée au moyen d’algorithmes gérant toutes les activités humaines,  les pistant, autorisant ou non nos bons de sorties  …  Ne sommes-nous pas là en train d’ouvrir tout simplement la boite de Pandore ?
Eric LEMAITRE Auteur de l’essai, l’homme mécanisé paru en décembre 2019

Avec l’avènement du Covid 19 qui a fait son entrée dans le monde nous sommes face à un  tsunami terrifiant de désocialisation de la société prolongée par ces vagues répétées liées aux mesures de confinement.  Mais pour sortir du confinement  se met en place  un ensemble de réflexions devant conduire, à la régulation de la vie sociale légitimée par la crise sanitaire, mais là aussi n’allons-nous pas nous habituer à une forme de conditionnement autoritaire des esprits, une domestication et l’apprentissage de tous, puis en fin de compte à accepter demain le couronnement de la cité cybernétique, celle d’une gouvernance hyper technicisée au moyen d’algorithmes gérant toutes les activités humaines,  les pistant, autorisant ou non nos bons de sorties  …  Ne sommes-nous pas là en train d’ouvrir tout simplement la boite de Pandore ?

Eric LEMAITRE socio-économiste : Auteur de l’essai, l’homme mécanisé paru en décembre 2019

 

Devil

Patrick Joubert, CEO de Ponicode et membre fondateur de Covid-IA.

Pour lire l’article cliquez sur le lien : https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-lintelligence-artificielle-au-service-du-deconfinement-1192769

Face à une pandémie inédite, l’intelligence artificielle (IA) peut nous permettre d’inventer les scénarios de déconfinement les plus efficaces. L’initiative Covid-IA, portée bénévolement par des médecins, des chercheurs et des experts en IA, propose de participer à la réflexion de modélisation des différentes sorties de crise.

Nous devons inventer de toutes pièces le modèle de déconfinement qui caractérisera la sortie de crise. L’intelligence artificielle peut nous aider à relever ce défi. Nous pouvons disposer actuellement de trois types de données : les données démographiques, les données relatives aux personnes malades ou aux patients porteurs ou suspectés (comme le propose la solution de télésuivi à domicile Covidom développée par l’AP-HP et Nouveal e-santé) et les données de localisation qui peuvent nous être fournies – de manière agrégée, donc anonyme – par les opérateurs de téléphonie mobile. Les données de localisation nous permettraient, par exemple, de savoir où les personnes se trouvaient la semaine avant le confinement, quels contacts éventuels elles ont pu avoir avec des sujets potentiellement vecteurs du virus.

Utiliser les données passées pour modéliser l’avenir

Grâce à ces données, que l’on peut qualifier d’« historiques », nous pouvons alimenter et entraîner des algorithmes de machine learning qui parviendront à créer des modèles stables et performants. Ces modèles nous expliqueront comment la pandémie s’est propagée et comment elle évoluera en fonction des plans de déconfinement.

Si nous enrichissons les modèles créés par les algorithmes de machine learning avec des informations de très haute qualité, directement fournies par les citoyens en mode « opt-in », c’est-à-dire de manière volontaire, via une application mobile, nous pourrons réaliser des prédictions encore plus fines. Les questions consisteraient à savoir quelles personnes ont été malades, où elles se trouvent actuellement et quelles sont les personnes autour d’elles. Les réponses à ces questions permettraient de dire quelles personnes peuvent, ou non, sortir du confinement .

Prenons l’exemple d’un foyer composé d’un couple et de deux enfants. Si une seule personne du foyer se soumet à un test sérologique (analyse d’une goutte de sang), on peut savoir si elle a été en contact avec le Covid-19. On peut supposer que l’ensemble des membres du foyer a été exposé. La technologie nous permet de faire des déductions (on appelle cela l’inférence) avec une grande précision. Dans tous les cas, les hypothèses de transmission sont indissociables d’ une campagne de tests massive (virologiques et/ou sérologiques selon les situations) qu’il faudrait cibler au mieux.

Dans un contexte de pénurie de tests sérologiques, il ne serait donc pas nécessaire de tester l’ensemble de la population française. Grâce à cette connaissance ultrafine, nous pourrions bâtir une stratégie de déconfinement non pas au niveau d’un département, ni d’une commune, mais au niveau d’une personne.

Remettre la vie en marche

Pour éviter que cette crise sanitaire ne se transforme en désastre économique, nous pourrions appliquer la méthode aux collaborateurs des entreprises et constituer des binômes, des brigades, des équipes composées uniquement de personnes séropositives. On pense en effet, même si les données scientifiques sont encore parcellaires, que les sujets qui ont rencontré le virus développent une immunité antivirale qui pourrait les protéger d’une réinfection, une donnée qu’il faudra établir avec certitude le plus rapidement possible. A l’inverse, les salariés non immunisés (on les appelle des « naïfs ») devront respecter des précautions particulières (ateliers ou bureaux où les gens ne se croisent pas) et bénéficier en priorité de protections individuelles qui font encore cruellement défaut.

L’idée est d’organiser le retour au travail des Français de manière différenciée et de remettre la vie en route avec le Covid-19, qui, quoi qu’il arrive, est présent et restera présent pendant de nombreux mois encore. Tant qu’il n’y a pas de vaccin ni de traitement, il n’y aura pas de solution pour soigner et protéger les gens. L’objectif est donc de déconfiner de manière intelligente, en protégeant les plus fragiles et en évitant la recirculation active du virus, ce qui réexposerait notre système de soins à une nouvelle surcharge. Surtout, cela éviterait de remettre les Français en confinement, ce qui ne serait probablement pas compris.

L’IA permet de raccourcir le temps nécessaire à l’évaluation du pourcentage de la population qui a été confrontée au virus. On estime actuellement que ce pourcentage est compris entre 5 et 10 %. C’est beaucoup trop imprécis et la marge d’erreur est trop importante.

Aujourd’hui, nous nous heurtons à la question suivante : peut-on accéder à toutes ces données ? Nous sommes aujourd’hui en état d’urgence sanitaire. Qu’attendons-nous pour libérer ces données de manière anonyme, pour pouvoir établir une modélisation de la pandémie et sortir du confinement de manière optimale à tous points de vue ?

Patrick Joubert, CEO de Ponicode et membre fondateur de Covid-IA.

Repenser le monde après le coronavirus

Il est urgent de réfléchir à d’autres modèles et changer de paradigme économique mais cela peut aussi passer par la réforme de notre cœur, gagné par des causses plus humbles et moins tenté par l’arrogance et le monde spécieux celui des apparences.

Si l’état manifeste une grande sagesse, il serait en effet pertinent de pas réinvestir dans l’industrie aéronautique, il serait même pertinent d’abandonner toutes les dépenses colossales nées de la mondialisation et de revenir dans l’urgence dans une économie de proximité, une économie également circulaire. Nous pourrions imaginer le plein emploi en rapprochant toute l’économie à une dimension strictement locale et en évitant de dépendre de la délocalisation en partie responsable de l’effondrement de notre système sanitaire.

Et si nous apprenions finalement la frugalité, la simplicité et le retour à une vie authentique… cette crise pandémique n’aura donc pas été inutile …

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Il est urgent de réfléchir à d’autres modèles et changer de paradigme économique mais cela peut aussi passer par la réforme de notre cœur, gagné par des causses plus humbles et moins tenté par l’arrogance et le monde spécieux celui des apparences.

Si l’état manifeste une grande sagesse, il serait en effet pertinent de pas réinvestir dans l’industrie aéronautique, il serait même pertinent d’abandonner toutes les dépenses colossales nées de la mondialisation et de revenir dans l’urgence dans une économie de proximité, une économie également circulaire. Nous pourrions imaginer le plein emploi en rapprochant toute l’économie à une dimension strictement locale et en évitant de dépendre de la délocalisation en partie responsable de l’effondrement de notre système sanitaire.

Et si nous apprenions finalement la frugalité, la simplicité et le retour à une vie authentique… cette crise pandémique n’aura donc pas été inutile …

 

Covid 19. Réflexion sur les mutations en cours.

Quel sera le monde de demain ? À quelles « crises » économique, sociale, spirituelle, etc. s’attendre en sortie de crise sanitaire ? Prédire l’avenir aurait quelque chose d’indécent autant que de dérisoire. On se perd en conjectures, balançant entre la crainte que tout redevienne vite comme avant, puisque « nous reprendrons vite nos vieilles habitudes », et l’espoir – ou la peur – que tout le système doive être remis à plat, à titre individuel et collectif, avec ses lots de gagnants et de perdants, à moins que nous ne soyons tous à la fois gagnants et perdants…

Auteur : Tugdual Derville,

co-initiateur du Courant pour une écologie humaine

Face au virus : quelle mutation ?

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Pour retrouver l’article dans sa complétude :  https://www.ecologiehumaine.eu/face-au-virus-quelle-mutation/

Quel sera le monde de demain ? À quelles « crises » économique, sociale, spirituelle, etc. s’attendre en sortie de crise sanitaire ? Prédire l’avenir aurait quelque chose d’indécent autant que de dérisoire. On se perd en conjectures, balançant entre la crainte que tout redevienne vite comme avant, puisque « nous reprendrons vite nos vieilles habitudes », et l’espoir – ou la peur – que tout le système doive être remis à plat, à titre individuel et collectif, avec ses lots de gagnants et de perdants, à moins que nous ne soyons tous à la fois gagnants et perdants…

C’est donc le temps présent, le seul sur lequel chacun a prise, qui mérite d’être habité. Est-il possible d’accueillir ces heures qui passent – si différentes en confinement – comme un cadeau ? Le temps n’est pas toujours facile à recevoir, après celui de la surprise et de la sidération, celui du « déballage », peut venir la routine, la lassitude, l’aridité. D’où l’importance de réaliser intimement qu’il se joue pour chacun quelque chose de précieux, d’essentiel.

Mon propos est de poser que cet après a déjà commencé, ici et maintenant, comme la vie éternelle commence déjà ici-bas. Et qu’il ne faut pas attendre demain pour le bâtir.

Précisons que nous ne pouvons pas construire sur l’inquiétude, encore moins sur l’angoisse. Si nous pouvons à juste titre être inquiets pour nous-mêmes, ou pour nos proches, ou pour l’avenir, gare à la tendance à carburer au stress, ce grand brûleur d’énergie, qui la détourne de ses usages bienfaisants. À quoi sert en effet de s’inquiéter ? À chaque jour suffit sa peine. Si l’inquiétude est parfaitement légitime, elle n’a de sens que comme moteur d’une action. À ce titre, sans céder au quiétisme, la prière peut être considérée, pour beaucoup, soit comme une action intrinsèquement féconde, soit comme le moteur efficace de la mise en action.

Pour le reste, débranchons un instant le cordon ombilical de l’actualité du virus qui pourrait bien occuper ou polluer nos jours et nos nuits pour intérioriser ce qui se passe, et décider de ce à quoi cela nous appelle aujourd’hui.

 Vivre autrement dès aujourd’hui

En quoi change la vie d’un confiné ?

Enracinement ?

Nous voilà condamnés à habiter un espace, un seul, plus ou moins spacieux, plus ou moins confortable, plus ou moins tranquille – en fonction des personnes qui partagent, ou pas, notre réclusion, et de notre voisinage. Les personnes seules endurent une double-peine : elles sont plus encore isolées. Mais certaines familles nombreuses se retrouvent entassées. Les couples, les fratries, sont condamnés à se supporter. Nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne en ce qui concerne notre accès à la vie intérieure, à l’espace « vital », à la nature, au silence. Certains manquent encore plus de temps ; d’autres s’ennuient. Sans oublier ce que la maladie peut provoquer pour nous ou autour de nous.

Bien sûr, la crise est aussi un révélateur d’inégalités sociales, économiques, spirituelles. Ici et là, elle génère son lot de tensions, d’expression d’égoïsme et de jalousie…

Mais tous – surtout les personnes habituées à la mobilité – doivent se réapproprier un lieu géographique. Nous habitons quelque part. Nous sommes géo-localisés de façon stable. Presque aussi enracinés qu’un arbre. Attachés comme un chien à sa niche. Occasion de mesurer que chacun a une place, unique, irremplaçable, sur cette planète. Au rez-de-chaussée ou en étage, dans une ou quelques pièces ou un lopin de terre. Je suis là. Présence.

Frugalité ?

Autour de moi, il faut vivre avec des objets définis, qui deviennent familiers. Ceux qui partagent ma réclusion. Parfois peu nombreux, parfois encombrants. Ils sont le prolongement de ma personne. Ceux qui sont restés à domicile ne voient pas trop changer leur environnement, mais ceux qui sont partis précipitamment, avec une valise, pour se « sécuriser » quelque part ressemblent, dans leur chambre occasionnelle, à ces résidents d’EHPAD, qui n’ont pu emporter que le strict nécessaire. Et voilà qu’il suffit. Pas besoin de plus !

Avec la fermeture de nombreux commerces, mais aussi des spectacles, une partie de la consommation devient impossible. Il faut limiter les achats. Depuis des semaines, je ne me suis plus procuré tout ce que j’aurais acheté si cela avait été possible. Alors que la pénurie de produits médicaux est déplorée, chacun peut réaliser qu’il peut vivre ainsi, avec peu ou moins. On filtre l’accessoire, qui paraissait essentiel. L’expression « gagner son pain » retrouve un part de son sens.

En réponse à l’abandon forcé de la frénésie des déplacements et des activités, la nature reprend soudain ses droits ; la pollution de l’air diminue, l’eau des rivières et des ports se purifie ; la pollution sonore et visuelle diminue ; les animaux en profitent. Nous aurons goûté au moins une fois dans notre vie à la décroissance si controversée, sans nier le retour de bâton qu’une crise économique peut nous réserver.

Profondeur ?

La civilisation des loisirs ne s’éteint pas, mais impose un bouleversement radical : nous devons nous distraire autrement. Un exemple ? Alors que le football – sport roi – était omniprésent dans les médias européens, occupant en France des soirées entières des radios les plus écoutées, voilà que du jour au lendemain, plus personne ne peut, à onze contre onze, taper dans un ballon. Le temps que nous ne dépensons plus à regarder ou commenter le jeu, les exploits de professionnels surpayés est-il gagné ou perdu ?

Ne rêvons pas. De même qu’on peut mourir d’orgueil dans un carmel, de même nous pouvons entrer dans un confinement creux, nocif, compulsif. Les vendeurs de pornographie l’espèrent, qui tentent de nous attraper dans leurs filets. Mais, à beaucoup d’entre nous, le confinement offre la possibilité de revenir à la vie intérieure habituellement malmenée. Comment se nourrir, se ressourcer ? Lecture, vie spirituelle, disponibilité à l’écoute en ce temps où les émotions sont intenses, échanges plus profonds avec les proches ou par téléphone, plus grande attention à l’autre ici et maintenant, appel à un surcroît d’amour et de vie sans artifice ?

Les cinq paradoxes en cours d’émergence

Le paradoxe des frontières

On a parlé d’un virus sans frontière, de pandémie mondiale, mais jamais les frontières n’ont été à ce point réhabilitées. Frontière autour du corps de chacun, appelé à une « distanciation sociale » – tant pis pour la tendresse ! Frontière autour de chaque domicile ou jardin. Frontière entre le pays. Les solutions locales pullulent, sur fond de procès de la mondialisation. On se promet déjà de moins dépendre de l’étranger pour des approvisionnements, tandis que – tels de vulgaires corsaires, des pays européens ont été capables de détourner des masques en provenance de Chine au détriment d’autres pays de le même « communauté ». De son côté le cowboy américain surenchérit en millions de dollars pour détourner à son profit le matériel que des pays moins opulents ont commandé… C’est parce que le virus n’a pas de frontière qu’il les réveille toutes, révélant nos lieux et communautés d’appartenance.

Le paradoxe de la proximité

Même si la réclusion forcée a conduit certains à découvrir leurs voisins, de leurs balcons festifs à 20 heures, ou en offrant leurs services pour des courses aux personnes plus en difficulté, le confinement n’a pas pour autant profité aux communautés locales. Car on ne peut se rencontrer en plénitude. Est-ce pourtant le triomphe de l’individualisme ? Tout dépend de ce que à quoi les personnes sont contraintes, ou de ce qu’elles choisissent de vivre. La situation inédite appelle chacun à donner le meilleur de lui-même. Tel sportif professionnel redevient infirmer ou aide-soignant. Mille initiatives solidaires se font connaître dans les médias, sur la toile, au sein des associations. La société prouve sa générosité et sa résilience. Et l’on découvre à quel point la géographie compte dans l’économie. C’est le retour aux producteurs locaux, aux circuits courts. Chacun peut être relié à d’autres, à l’autre bout du monde, mais pour le ravitailler, le soigner ou… l’inhumer, son corps exige la proximité.

Le paradoxe des écrans

Et qu’en est-il de l’« écranisation » de la société ? L’envahissement de nos vies par les écrans individuels : là aussi, paradoxe. De nombreuses personnes se noient dans l’actualité en gardant l’œil rivé aux informations continues qui donnent l’illusion de « vivre » la pandémie, alors qu’ils font largement subir son caractère spectaculaire, à la fois fascinant, distrayant et anxiogène. Mais dans le même temps, les réseaux deviennent enfin « sociaux ». C’est la réhabilitation, voire l’habilitation des techniques qui pallient la distanciation sociale. Les groupes Whatsapp amicaux, familiaux, relayant les nouvelles, montrant les visages, permettent de relier, de rassurer, de prendre soin à distance. Des visioconférences de télétravail à celle des obsèques, en passant par les « apéritifs » virtuels, le monde professionnel et personnel s’appuie sur Internet. Il faut se rendre à l’évidence, le confinement aurait été impossible – épouvantable, et même dangereux pour beaucoup – sans les extraordinaires moyens de communication. Internet constitue un amortisseur de crise sans lequel celle-ci serait ingérable pour les autorités publiques et sanitaires.

Le paradoxe de la technique

À partir, dit-on, de la consommation par un être humain d’un animal porteur d’un virus, la moitié de la population mondiale se trouve confinée. Le virus a tablé sur la technique : avec nous, il a pris l’avion, le train, l’automobile, le bateau, et vraisemblablement les circuits d’air conditionné. Et la technique s’étant emballée, elle est aussitôt venue au secours de ses conséquences nocives. Avec brio : respirateurs, tests, masques, hôpitaux de fortune, drones, TGV, statistiques… Et voilà que se profile pour demain, une technique de contrôle sanitaire qui pourrait s’imposer en sauveuse universelle. On parle de suivre en temps réel chaque humain, de l’alerter sur ses fréquentations, de le contrôler en permanence. Mais un sauveur s’impose-t-il à la liberté ? Allons-nous devoir jouer le remake de la fable Le loup et le chien ? Aurons-nous le droit de préférer la liberté à la sécurité, la liberté à la santé ? Alors, cette technique, cette « intelligence artificielle » : problème ou solution ? Les transhumanistes sont forcés de constater qu’un tout petit virus a mis l’humanité à genoux, mais ils peuvent en tirer la revendication de la placer sous le joug d’un surcroît de technique, d’autant que la crise valorise le digital et entretient la méfiance pour le corps de l’autre. À en croire les scénarios de sortie de confinement, ce rapport au corps d’autrui risque d’être durablement entamé par la prudence, voire la méfiance.

Le paradoxe de la confiance

Plus essentielle que jamais, la confiance est mise à mal. Elle est pourtant indispensable à la vie en société, comme à la vie personnelle – l’estime de soi est la précieuse condition du bonheur. La confiance est cependant un sentiment paradoxal : son excès devient présomption et imprudence, et se retourne contre elle. Certains ont eu du mal à consentir à l’idée qu’il nous fallait nous protéger les uns des autres. Pour enrayer la pandémie, il fallait considérer autrui et soi-même comme une menace potentielle. Par précaution, se sont progressivement imposées des mesures barrière sans le respect desquelles la confiance n’est plus « méritée ».

La crise interdit l’anarchie : en imposant à tous des règles dictées par la recherche du bien commun, l’État assoit sa puissance. Pour lutter contre la contagion, la confiance dans les autorités publiques et sanitaires s’impose. Mais elle ne va pas de soi. Cette confiance peut être mise à mal par des déclarations approximatives et changeantes. On suspecte des pots-aux-roses : des autorités publiques tâtonnent, jusqu’à dissimuler certaines pénuries, manipulant sciemment le peuple. S’y ajoutent les querelles d’experts au parfum de règlements de comptes. Par ailleurs, ceux qui ont conscience de la réalité des atteintes à la vie, même en démocratie, sont en état d’alerte, au risque de crier au loup trop vite… En temps de guerre, la communication officielle est suspecte de propagande. D’où la défiance vis-à-vis du « discours officiel », comme celle qu’ont pris l’habitude d’intégrer les citoyens des pays totalitaires.

À chacun de décider, malgré tout, de « choisir la confiance » en discernant à qui il la (re)donne, tout en se gardant de la quête personnelle et collective d’un sauveur providentiel qui menace toute société en crise.

Conclusion : déjà une vie nouvelle ?

Se rendre présents à ce temps décalé qui nous est offert permet à chacun de se réapproprier ce qui compte à ses yeux et de se désapproprier ce qui est superflu, inutile et donc nocif. Le temps dévoré par ce qui est inutile vole du temps qui serait fécond, s’il était mieux habité.

Gageons que le plus précieux est le silence où naissent la vie intérieure et la vraie liberté.

Avant de meubler le vide par un bruit compulsif – celui des écrans et de ses interactions sociales, aussi précieuses soient-elles – nous avons une chance unique de vivre comme nous le décidons, c’est à dire de décider de vivre autrement. Non pas demain ou après, mais dès aujourd’hui. Au jour le jour.

Victor Frankl affirmait qu’il faudrait vivre en conscience, « comme si c’était la seconde fois » – pour ne pas rater l’essentiel. Le confinement pourrait-il – pour certains – être cette salutaire et improbable pause, nous invitant à reconsidérer ce qui a le plus de sens à nos yeux, ce qui compte et ce qui ne compte pas ? Occasion à saisir, peut-être, de réorienter le cours de nos vies, en reconsidérant nos priorités et nos choix : « C’est maintenant le temps favorable ! »

Une autre façon de vivre ce confinement serait de dire : et quand j’en serai sorti, qu’est-ce que j’aurais aimé vivre ? Et s’il était à refaire ? Qu’est-ce qu’aurais voulu ne pas rater ? Et si je mourrais à la fin, comment aimerais-je l’avoir vécu ? Le programme des jours à venir se dessine pour chacun.

L’autre vie, celle de demain, a déjà commencé.

L’écran total

Nous assistons comme à une forme de bombe nucléaire : d’atomisation massive, la fragmentation des populations obligée à l’hyper individualisation non en raison d’une idéologie qui aurait été décrétée par un gouvernement totalitaire mais résultant d’une pandémie virale et mortifère qui touche la totalité de notre planète. La force virale de ce Coronavirus, l’ennemi de l’homme, impacte tous les écosystèmes, renversant, fauchant les cités arrogantes : ces cités babyloniennes, visages de l’orgueil et de la suffisance humaine. Ce phénomène déconcertant, désarçonnant, et viral vient en quelque sorte mettre comme une couche supplémentaire à ce processus déjà engagé de dislocation de la société, même s’il en était besoin de l’aggraver en mettant à genoux toutes les principautés, les autorités, les gouvernances politiques dont aucunes ne lui résistent, ne sont en capacité de faire front. Un micro-organisme quasi invisible mais d’une dangerosité extrême, est là en mesure d’abattre tous les systèmes sophistiqués de protection médicalisée, toutes les défenses « sanitaires » en imposant sa loi totalitaire sommant les êtres humains de se réfugier dans leurs frêles abris.

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Auteur Eric LEMAITRE

Ce texte est à la suite d’un excellent article écrit par Liliane Held-Khawam : https://lilianeheldkhawam.com/2020/03/31/creer-une-nouvelle-societe-digitalisee-sous-surveillance-permanente-lhk/

Lors d’une conférence en Octobre sur l’homme mutant, j’évoquais l’atomisation future de notre société en citant Tocqueville et surtout l’économiste Jacques Généreux lorsque ce dernier abordait une des caractéristiques de la vie sociale de notre modernité : la dissociété. Or cette dissociété qui est un marqueur de notre vie occidentale, cette mutation anthropologique déjà bien avancée, est un phénomène amplifié par le confinement quasi mondial des populations et décrété par l’ensemble des nations. Avec le confinement vécu par des milliards d’êtres humains, nous sommes en quelque sorte dé-reliés aux autres, détachés, désunis, désolidarisés parce que emmurés, calfeutrés et avec cette situation de confinement nous aboutissons finalement à l’hyper connectivité qui accentue l’ère d’un monde sans relation incarnée.

Nous assistons comme à une forme de bombe nucléaire : d’atomisation massive, la fragmentation des populations obligées à l’hyper individualisation non en raison d’une idéologie qui aurait été décrétée par un gouvernement totalitaire mais résultant d’une pandémie virale et mortifère qui touche la totalité de notre planète. La force virale de ce coronavirus, l’ennemi de l’homme, impacte tous les écosystèmes, renversant, fauchant les mégapoles arrogantes (Londres, New York Paris…) : ces cités babyloniennes, visages de l’orgueil et de la suffisance humaine. Ce phénomène déconcertant, désarçonnant, et viral vient en quelque sorte mettre comme une couche supplémentaire à ce processus déjà engagé de dislocation de la société, même s’il en était besoin de l’aggraver en mettant à genoux toutes les principautés, les autorités, les gouvernances politiques dont aucunes ne lui résistent, ne sont en capacité de faire front. Un micro-organisme quasi invisible mais d’une dangerosité extrême, est là en mesure d’abattre tous les systèmes sophistiqués de protection médicalisée, toutes les défenses « sanitaires » en imposant sa loi totalitaire, sommant les êtres humains de se réfugier dans leurs frêles abris, claquemurant même toute notre humanité, la piétinant parfois en laissant les plus faibles au bord de la route « certains pays » parmi les plus pauvres de la planète, relatent de véritables désastres, de personnes en proie aux pires souffrances que l’on ne peut même plus accueillir dans les hôpitaux et les morts mêmes jonchent les rues.

Ce phénomène, ce choc pandémique, semble pourtant être atténué dans le monde occidental [pour combien de temps ?]. Ce monde occidental qui s’imagine à l’abri via ses relais et ses réseaux, cet ensemble de relations préfabriquées qui s’appuient sur toutes les technologies mises en place au cours de ce confinement, d’inventivité dont font preuve plusieurs d’entre nous. Pourtant il faut bien reconnaître que tout ceci est bien spécieux, superflu et ne remplacera pas la relation vivante, la rencontre salutaire avec l’autre.  Or pour compenser l’absence de l’autre, l’interactivité sociale, nous notons une progression des usages internet, nous glissons peu à peu vers le monde transhumaniste des écrans qui devient l’autre, le substitut, l’aide thérapeutique, l’assistant palliant la solitude insupportable. En attendant sans doute demain le robot affectif palliant à l’ami absent, simulant des capacités de cognition mais sans conscience, sans ressentis ni aucun sens de l’autre, ni aucun désir de vivre notre humanité surtout lorsque la fragilité de l’homme est mise à mal.

Avec ce confinement généralisé, le monde connecté celui de l’écran est en passe de devenir le monde réel, mais un monde surtout factice, un univers d’artefacts conditionnant au fil des jours notre future apathie, notre immobilisme contraint. Notre seul horizon est à peine la fenêtre des voisins, mais devient une fenêtre fermée, un mur sans visage, car ce visage est sans doute rivé à son écran. Nous entrons finalement dans l’habituation d’un monde d’informations qui devient pour le coup le substitut de l’autre en chair. L’habituation est ce syndrome de l’addiction, celle de l’accoutumance à être privé de vie relationnelle, de vie associative ou de vie d’église pour les chrétiens, une accoutumance qui n’est pas facile à vivre pour nos aînés, une situation que j’ose écrire de cataclysmique pour nos aînés, qui plus que jamais ont besoin d’un geste réel et non d’un écran qui simule une animation qui n’est pas la chaleur de l’être aimé. Ces aînés souffrent, sans doute endurent pour certains, d’être privés de cette rencontre avec leurs enfants, de l’absence, de la non-incarnation d’un geste de tendresse d’un petit fils, d’une petite fille, de rires que l’on entend et qui nous relie à celui des vivants, ces personnes avancées dans l’âge, privés à l’heure de leur mort de la main tendre qui les accompagne.

A vivre le monde virtuel qui soi-disant nous protège, sommes-nous réellement en vie, sommes-nous toujours en vie ? Si j’évoquais le monde de nos aînés très âgés, comment ne pas songer également à toutes les personnes qui vivent seules, isolées, chez elles. Ces personnes qui vivent parfois en êtres désolés sans ressources (ni compagnies, ni livres) et passant des journées dans une solitude qui les emmure. Une amie, m’a invité à suivre par téléphone (hélas) cette personne veuve, qui vit dans le mal être d’un espace fermé. Cette personne passe sa vie dans les écrans à consulter et à rechercher désespérément l’âme sœur dans le monde désincarné des réseaux de rencontres, mais sans réponses, se perdant ainsi dans les méandres de ces univers virtuels sans lendemains, un monde de désenchantement comme tout ce qui est virtuel.

L’écran ne remplacera jamais le monde réel ; le monde vivant n’est pas celui du domaine calfeutré du monde virtuel, de cet écosystème envahi par les connexions, les bits, les data. Pourtant ce monde virtuel deviendra notre nouvel écosystème, ce monde se dessine subrepticement et l’ennemi demain sera la rencontre, la peur de l’autre, celui qui vit en chair mais qui pourrait loger un corps étranger. Cette peur nous envahit malgré nous, tant nous sommes habitués à vivre en confinés. Nous sommes soumis ainsi à ce nouvel ordre social, l’ordre de l’immanence fondé sur la peur, imposé par un virus bricolé ou naturel [« sur naturel » en ce sens que virus semble ne s’en prendre qu’à l’homme] . Nous sommes devenus les sujets des réseaux connectés, celle de nos écrans d’où nous recevons de l’information et des injonctions en permanence. Nous sommes dans l’habituation comme je l’ai déjà écrit, une forme d’apprentissage conditionnée à échelle planétaire, l’apprentissage d’un monde virtuel, vide de relations humaines. Oui j’entends bien qu’il faille se protéger et comment faire autrement, surtout parce que nous n’avons pas su anticiper en France, le naufrage de cette crise sanitaire exposant puis plongeant nos armées médicales dans le stress, la peur au ventre face à une peur, loin d’être une paranoïa.

L’habituation à ce monde virtuel, celui des écrans, des smart phones dont il faudra même s’équiper pour justifier et légitimer nos sorties. Nous allons sous peu découvrir les applications qui demain anticiperont et géreront pour nous les interactions sociales qu’il faudra éviter, car selon un sondage les Français seraient prêts à se laisser géolocaliser, autrement dit pister, pour prévenir d’éventuels risques de contamination, fuir les pestiférés, les contaminés et demain d’autres dangers émanant des tensions découlant de l’effroyable crise sanitaire (crises sociales, politiques, révoltes issues de la crise économique).

Le Prince de l’air et oui car il faut bien parler de lui, nous prépare à des moments pénibles, difficiles en voulant domestiquer l’espèce humaine et en la privant d’incarnation. Cette crise sanitaire va aussi révéler la réalité qui touche au cœur de l’homme, ceux qui hier de leurs balcons applaudissaient les blouses blanches pourraient bien se transformer en hydres pour chercher les prétendus boucs émissaires d’un véritable désastre pour l’humanité. Pourtant à l’heure de ce désastre, de ce bouleversement, chacun avec une profonde humilité devrait réfléchir à l’orientation qu’il avait jusqu’à présent, donner à sa vie, et peut-être changer de voie pour mieux s’engager vers les autres, les proches, les parents, les amis, la personne que je croise, celui qui est en réalité mon prochain et non mon ennemi. il nous faut revenir à une vie d’authenticité et de simplicité et fuir ce monde qui nous invite à toujours plus, et à l’homme augmenté, alors que la vraie grandeur est de savoir s’abaisser devant la grandeur de Dieu.

La vérité de ce nouvel ordre se révèle, hélas s’incarne dans le confinement, à nous dés lors de discerner, de ne pas nous laisser séduire par la vanité de ce monde. A nous de relier les autres et à prévenir les dégâts d’une atomisation : l’atomisation de notre vie sociale comme je l’écrivais précédemment, ce risque de délitement du lien social et qui pourrait s’amplifier : chacun à son écran, tous impuissants, en passe de nous laisser domestiquer, naviguant entre deux mondes : le social-réseau virtuel où chacun se donne le sentiment d’exister et l’individu atomisé privé de contacts avec l’autre et qui souffre pourtant, toujours, en secret d’être privé de communion avec ses frères en humanité. Alors changeons de voie et revenons à cette offrande que nous offre la vraie vie, les choses simples, celles d’une proximité avec le prochain…En écrivant ces lignes, je mesure aussi toute notre vanité humaine, notre mémoire qui oublie si facilement son passé, ses terreurs, les  terreurs qui enserrèrent dans les plus grandes frayeurs, ceux que l’on appelait les poilus, confinés dans leurs tranchées, habités par l’angoisse d’une mort à leur trousse; Nous mesurons ainsi que nous ne sommes pas en réalité en guerre mais oui un virus nous interpelle et interpelle la conscience de l’homme à revenir à d’autres valeurs et à contempler une autre grandeur, refoulée par l’homme, niée par l’homme, et sans doute nous invite à contempler celui qui est à l’origine de toutes choses, de la vie, du souffle de vie.

Coronavirus : les Français favorables à une application mobile pour combattre la pandémie

Une nette majorité de Français seraient favorables à l’utilisation d’une application enregistrant leurs interactions sociales et les avertissant s’ils ont été en contact avec une personne malade du Covid-19, ou prévenant ceux qu’ils ont côtoyés s’ils sont eux-mêmes infectés. C’est l’enseignement d’un sondage publié mardi 31 mars, réalisé auprès d’un échantillon représentatif de plus de 1 000 Français possédant un téléphone mobile les 26 et 27 mars. Cette étude a été commandée par une équipe de recherche de l’université britannique d’Oxford qui travaille justement sur ce type d’application pour lutter contre la pandémie.

Ces chercheurs ont modélisé mathématiquement l’effet d’une application de pistage permettant d’identifier immédiatement les personnes risquant d’être infectées avant même qu’elles présentent des symptômes du Covid-19 et ont estimé qu’une telle application était de nature à « contrôler l’épidémie sans avoir besoin de recourir à des mesures prolongées et très coûteuses de confinement général ». Leurs recherches viennent de faire l’objet d’une publication dans la prestigieuse revue Science.

Le Monde :

Article mis à jour le 02 avril 2020

Une nette majorité de Français seraient favorables à l’utilisation d’une application enregistrant leurs interactions sociales et les avertissant s’ils ont été en contact avec une personne malade du Covid-19, ou prévenant ceux qu’ils ont côtoyés s’ils sont eux-mêmes infectés. C’est l’enseignement d’un sondage publié mardi 31 mars, réalisé auprès d’un échantillon représentatif de plus de 1 000 Français possédant un téléphone mobile les 26 et 27 mars. Cette étude a été commandée par une équipe de recherche de l’université britannique d’Oxford qui travaille justement sur ce type d’application pour lutter contre la pandémie.

Ces chercheurs ont modélisé mathématiquement l’effet d’une application de pistage permettant d’identifier immédiatement les personnes risquant d’être infectées avant même qu’elles présentent des symptômes du Covid-19 et ont estimé qu’une telle application était de nature à « contrôler l’épidémie sans avoir besoin de recourir à des mesures prolongées et très coûteuses de confinement général ». Leurs recherches viennent de faire l’objet d’une publication dans la prestigieuse revue Science.

Une application utilisant le Bluetooth

Les chercheurs ont présenté aux sondés le dispositif qu’ils ont imaginé : une application, installée sur un smartphone et utilisant la technologie sans fil Bluetooth, capable de détecter si un autre téléphone mobile équipé de cette même application se trouve à proximité immédiate.

L’application envisagée n’accède à rien d’autre qu’au Bluetooth (pas d’accès au répertoire, aux messages…) et ne permet pas de géolocalisation : elle se contente d’enregistrer les appareils munis de la même application ayant été dans son environnement immédiat pendant au moins 15 minutes, une situation présentant un risque d’infection au nouveau coronavirus.

Dans le système présenté aux sondés, lorsque le possesseur d’une telle application est diagnostiqué positif au Covid-19, ceux que le malade a côtoyés sont avertis immédiatement et il leur est demandé, par les autorités sanitaires, de se mettre en quarantaine stricte. Les personnes ainsi alertées ne savent pas qui leur a fait courir le risque d’être contaminé, ni où. Les plus de 1 000 Français sondés dont les réponses ont été prises en compte ont d’abord dû répondre correctement à plusieurs questions pour s’assurer de leur bonne compréhension du dispositif imaginé par les chercheurs.

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Dans ce contexte, ils seraient près de 48 % des personnes interrogées à l’installer « sans aucun doute » et 31 % à le faire « probablement », un pourcentage qui n’évolue guère avec l’âge. Huit personnes sur dix envisagent donc directement d’installer une telle application. Cette probabilité augmente au cas où une infection se déclarerait dans son entourage : ils seraient alors presque deux tiers à l’installer « sans aucun doute ». Paradoxalement, plus de 93 % des personnes interrogées respecteraient la consigne de quarantaine reçue de l’application – soit davantage que de personnes qui installeraient l’application en premier lieu. Une part qui augmente si, à cette quarantaine, est assortie la possibilité d’être testé au Covid-19.

Des chiffres à mettre en perspective, selon les auteurs de l’étude. « Nous n’avons pu discuter le mode de fonctionnement et l’installation de l’application qu’en termes très généraux, alors que les détails précis de mise en œuvre pourraient grandement affecter les décisions d’installation », écrivent-ils, tout en concluant que « même si 80 % de nos répondants ont exprimé une volonté d’installer une telle application si elle était disponible, le taux d’installation pourrait être beaucoup plus faible en réalité ».

Des sondés favorables à une installation « automatique »

Près de deux personnes interrogées sur trois seraient favorables à ce que l’installation de cette application soit automatique, par les opérateurs téléphoniques – un mode de fonctionnement qui ne semble cependant pas être techniquement réalisable. Un pourcentage similaire garderait « probablement » ou « sans aucun doute » l’application sur leur téléphone si elle y était installée automatiquement.

L’étude identifie trois principaux freins à l’adoption large de cette application, condition sine qua non de son efficacité : les risques d’un piratage du téléphone sur lequel l’application est installée ainsi que la possibilité que cette surveillance puisse être prolongée même après la pandémie (un quart des sondés respectivement) et le risque d’une augmentation de l’anxiété liée à l’utilisation de cette application (un cinquième des personnes interrogées). Les difficultés techniques d’installation ou d’activation restent marginales.

Par ailleurs, plus de la moitié des sondés seraient favorables à ce que les données récoltées par l’application soient mises à disposition des chercheurs après la fin de l’épidémie. Enfin, les chercheurs notent qu’en Allemagne, au Royaume-Uni et en Italie, où les chercheurs ont également réalisé un sondage, les résultats sont « très similaires » à ceux observés en France. « L’application n’étant utile que s’il y a un nombre suffisant d’utilisateurs, nous jugeons nos résultats comme étant porteurs d’espoir quant à la viabilité d’une telle approche », se félicitent ainsi les chercheurs.