Transhumanisme : La conscience mécanisée

Vient de paraître   La conscience mécanisée Essai philosophique et théologique sur le transhumanisme Auteur Eric LEMAITRE https://www.librinova.com/librairie/lemaitre-eric-1/transhumanisme-la-conscience-mecanisee En 2018, les deux premiers bébés génétiquement modifiés sont nés en Chine. Un premier pas vers le transhumanisme, qui a bouleversé le monde scientifique. Dans cet ouvrage, Éric Lemaitre démontre que ce phénomène est le résultat d’un long… Lire la suite Transhumanisme : La conscience mécanisée

Vient de paraître  

La conscience mécanisée

Essai philosophique et théologique sur le transhumanisme

Auteur Eric LEMAITRE

Couverture - Eric Lemaitre - 1https://www.librinova.com/librairie/lemaitre-eric-1/transhumanisme-la-conscience-mecanisee

En 2018, les deux premiers bébés génétiquement modifiés sont nés en Chine. Un premier pas vers le transhumanisme, qui a bouleversé le monde scientifique. Dans cet ouvrage, Éric Lemaitre démontre que ce phénomène est le résultat d’un long processus de réification au sein même de l’espèce humaine, entre mythes du surhomme et l’idéal d’un homme cyborg immortel. Cette volonté de dépasser l’Homo sapiens se traduit désormais à travers une confiance aveugle dans les savoir techniques, devenus omniprésents dans nos sociétés. Les technologies toujours plus performantes et augmentés instaurent une étape nécessaire au transhumanisme et malheureusement, génératrices d’une forme de vacuité, de vide de la conscience, d’une conscience devenue servile. La toute-puissance de ses nouveaux instruments scientifiques fera alors passer l’humanité du côté de ses inventions, de ses objets, de ses prouesses technologiques. Et si la machinisation de l’homme se transformait en une entité que nous ne contrôlions plus ? L’émergence de cette entité adviendra certainement dans un monde qui ne semble pas avoir totalement compris qu’une crise majeure des consciences est en cours. Cette crise est celle des consciences asséchées, une crise aussi cataclysmique que celle qui concerne le climat, car cette crise affecte la dimension relationnelle. Elle provoque la désocialisation créant le délitement de la communauté humaine. Le transhumanisme qui vante et promeut l’individu augmenté, est finalement un processus de démantèlement de la conscience collective qui nous conduira vers la conscience mécanisée. Son projet est bel et bien de détruire ce qui me relie à l’autre pour amorcer cette subordination aux objets d’une société technocratique. L’enjeu d’une telle civilisation sera, dès lors, de capter l’attention, et de me détourner de toute vie intérieure et de toute vie relationnelle et aimante.

Le transhumanisme marquerait-il alors la fin de l’espèce humaine sur Terre ?  Un sujet passionnant que traite Éric LEMAITRE avec un regard critique sur le progrès sans conscience. Pour vous procurer son livre en ligne ou vous le procurer en version Papier : Rendez-vous sur …

– Sur le site de Librinova : https://www.librinova.com/librairie/lemaitre-eric-1/transhumanisme-la-conscience-mecanisee

– Sur le site de la FNAC : https://www.fnac.com/livre-numerique/a14051507/Lemaitre-Eric-Transhumanisme-la-conscience-mecanisee

– Sur le site de CULTURA : https://www.cultura.com/transhumanisme-la-conscience-mecanisee-tea-9791026245841.html

FAUT-IL ENCORE CROIRE AU BIG BANG ?

FAUT-IL ENCORE CROIRE AU BIG BANG ?

Vous me direz Étrange ce site ne traite que des questions anthropologique et voilà que l’on aborde une question cosmologique … Mais je trouve cependant très intéressant de poser cette question sur nos origines et de la manière dont les idéologies s’emparent des scenarri touchant l’origine même de l’univers… or aujourd’hui ce sont les théories de l’évolution qui nous ont été imposées par la doxa de  nos manuels scolaires, mais voilà que les appréhensions des origines de la vie sont infiniment plus complexes. Même la théorie darwinienne bat de l’aile, les failles de cette théorie sont abordées dans l’excellent ouvrage publiée dans la collection Plon écrit par Didier Raoult Darwin dépassé !  Nous aurons l’occasion d’y revenir plus longuement dans de prochains articles…

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Je vous encourage à écouter cet excellent dialogue d’intelligence entre deux conceptions de l’univers et finalement une convergence commune, nous ne connaissons que 5% de son contenu … Cela devrait nous rendre infiniment modeste, humble face à la complexité du cosmos et les lois universelles qui le régissent …

Il serait donc particulièrement pertinent de s’interroger sur les fondements scientifiques et philosophiques  ou non de cette théorie ? De s’interroger finalement si de façon subtile ne se glisse par une doctrine touchant à la conception d’un monde mécaniste et déterministe qui évacuerait toute idée de transcendance créatrice… 

Je vous invite donc à cliquer ce lien :

https://www.canal-u.tv/video/universcience_tv_la_webtv_scientifique_hebdo/faut_il_encore_croire_au_big_bang.11197

écouter ce dialogue brillant entre deux conceptions de l’univers …. puis de s’interroger soi même afin de comprendre les enjeux que posent les réflexions partagées par ces deux éminents scientifiques…

 

Qu-est-ce que la Post modernité ?

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Je lisais un article de philo[1] qui faisait mention des pré-modernes, cette humanité attachée à la tradition et qui d’une certaine façon se différenciait des modernes revendiquant leur volonté de se projeter, leur confiance indéfectible dans l’avenir.  Le post modernisme contrairement à l’idée reçue n’est pas non plus une projection sur l’avenir mais bel et bien l’investissement dans le présent. Le post modernisme se caractérise surtout par l’éclatement des valeurs temporelles, nous sommes dans le postmodernisme, dans le culte du présent, le postmodernisme coïncide avec la mort des grands récits qui ont fait l’histoire des civilisations humaines, invalidant notamment la pensée judéo-chrétienne mais pas seulement. Ce post modernisme se traduit à la fois par la défaite de la raison et par une crise de la légitimité des grandes institutions. Le post modernisme se définit également et selon moi par deux événements majeurs, la fin du religieux c’est-à-dire ce qui nous relie à l’autre, dans ce contexte le religieux a en quelque sorte façonné la dimension solidaire et collective. L’autre événement majeur qui illustre la post modernité est pareillement la place que prend dorénavant l’objet technique. Cet objet technique qui devient le substitut de la relation à l’autre. La post modernité n’est pas le renoncement à la nouveauté, c’est au contraire un appétit dévorant pour le bien augmenté, l’amélioration du confort qui sert notre besoin d’individualité. Le postmodernisme mêle à la fois l’idéologie imprégnée de relativisme, mais aussi la mondanité, le consumérisme, la technicité, la toute-puissance numérique qui entend organiser, gérer, réguler le quotidien et la vie individuelle des êtres humains. Le postmodernisme nous fait rentrer dans un monde hors sol, déraciné, sans attaches, il se définit, pour reprendre les mots du philosophe Gilles Lipovetsky comme « [2] l’organisation systématique de la défaillance de la faculté de rencontre, comme une communication sans réponse…interdisant toute forme de réciprocité entre les êtres ». Le postmodernisme n’est plus un rapport à l’autre mais à l’objet, il n’est plus un rapport à une personne, mais à un contact, plus un rapport à la conscience, à la relation incarnée et aux interactions vivantes entre êtres humains mais à une relation abstraite, virtuelle. Le postmodernisme c’est aussi faire entrer notre monde de la pensée dans une pensée floue, conditionnée, où nous devrions perdre de vue la conscience de nous-mêmes, l’existence vivante.  Serions-nous ainsi devenus tributaires de la société à laquelle nous appartenons, n’étant plus capable de penser par nous-même, au point que notre conscience ne saurait être réduite qu’à être le reflet de celle-ci, déterminée à penser comme elle ?  Dans ce monde-là, nous fabriquons des individus assoiffés d’exister, mais dont les existences, les consciences sont en réalité et finalement sans fond, faute de construire des vies à partir du réel, faute de bâtir à partir de la vérité comme l’entendait CA Lewis fondé sur le TAO, le principe universel, faute de vivre l’interaction vivante d’hommes et de femmes solidaires. Dans des contextes de vagues déferlantes du postmodernisme, nombre d’entre nous prenons alors conscience, plus que jamais, de l’existence de ces courants qui déconstruisent et déstructurent une forme d’ordre ancien, remettant en question toutes les dimensions qui touchent à la vérité et l’absolu. Dans le gai savoir[3]  comme une référence à ces contextes de post modernité, de nihilisme, de négation de toute transcendance, le philosophe Nietzsche met en scène un fou qui s’écrie « je cherche Dieu », « où est allé Dieu », puis informe aussitôt les badauds amassés autour de lui, « Dieu est mort ». En s’écriant à tue-tête, le fou entend provoquer et attirer l’attention. Le fou nargue l’auditoire qui l’entoure. L’auditoire observe l’énergumène avec une forme de perplexité, d’hilarité générale, la foule lui répond : « A-t-il donc été perdu… S’est-il égaré comme un enfant ? … s’est-il caché ?… A-t-il peur de nous ? … S’est-il embarqué ? … A-t-il émigré ? » Puis le fou se tourne vers ses coreligionnaires et leur avoue « Où est allé Dieu ? s’écria-t-il, je veux vous le dire ! Nous l’avons tué, — vous et moi ! Nous tous, nous sommes ses assassins … ! » Si le fou semble acquiescer la foule désopilante, il semblait toutefois et paradoxalement, lui indiquer que le temps de l’épilogue n’était pas arrivé, la mort de Dieu n’avait pas encore eu lieu. Le fou finit même par leur déclarer « « Je viens trop tôt », dit-il alors, « mon temps n’est pas encore accompli ». « Cet événement énorme est encore en route, il marche — et n’est pas encore parvenu jusqu’à l’oreille des hommes ». Pour ce visionnaire dément spéculant la mort de Dieu, l’événement est inévitablement en route, le fou le vit comme une certitude, une forme de dénouement apocalyptique annonçant demain « l’Homo Deus ». Or si pour le XIXème siècle, le nom de Dieu faisait encore sens, même au temps de Nietzsche, qu’en est-il aujourd’hui, quelle résonnance, quel sens peut avoir l’évocation du nom de l’Eternel dans un monde gagné par le relativisme ambiant, mais également par une méconnaissance du fait religieux, une ’ignorance de tout ce qui a fait référence au Judéo-Christianisme ? A peine sait-on qui est Christ, assimilé ou réduit à une vague personnalité fondatrice d’une religion dont le monde devenu apostate définit mal les contours. En évoquant le postmodernisme, je songe essentiellement à l’approche sociologique contemporaine incarnée par la prééminence de l’individualisme. Avec la post modernité nous avons sombré dans le culte exclusivement centré sur l’individu, devenu la référence de la modernité. Mais soyons clairs dans ce culte du « moi » et du « je », il s’agit bien de façonner une certaine image de l’individu, forcément lui aussi post moderne, répondant aux canons de son époque, un être libre, détaché de tous les stéréotypes, un enfant digne héritier de l’esprit des lumières. Cette post modernité qui a généré l’atomisation sociale, la fragilisation du lien social, ce qui a inévitablement encouragé, l’étiolement des fondements de la sociabilité, l’effondrement des traditions autour des piliers que constituaient la famille, les églises, les formes de vie collectives permettant et autorisant la dimension, ou toutes les dimensions du lien. Comme nous le rappelions précédemment, plusieurs sociologues et penseurs ont décrit la modernité comme le résultat d’un délitement des traditions, de l’affaissement de la transmission, des hiérarchies, de la fin de l’intermédiation à la fois comme médiateur ou contrepoids social. Le postmodernisme est une révolution des croyances traditionnelles, cherchant un idéal de progrès et de nouvelles connaissances tentant de réformer et « d’organiser le monde scientifiquement » comme le prédisait Ernest Renan. Le postmodernisme se définit aussi comme une forme d’adulation pour les progrès techniques, la configuration d’une nouvelle idolâtrie, d’adoration de nouvelles formes de relations et de rapports sociaux, mais des rapports sociaux abstraits, désincarnés ne reposant plus sur le socle de la conscience reliée à Dieu, d’un geste vivant, d’un vécu animé et tangible interagissant avec l’âme de l’autre, le prochain. Le postmodernisme est aussi une déconstruction du réel, de tout ce qui est fait rapport avec ce réel. Le postmodernisme, c’est l’avènement d’un goût certain pour le relativisme. Le postmodernisme s’inscrit comme une méfiance des dichotomies, des différences, des oppositions binaires qui ont dominé les représentations métaphysiques. Le philosophe Jacques Derrida, philosophe qui fut connu pour avoir fondé la pensée autour du déconstructionnisme, remet en cause la notion même de différence. Le postmodernisme est en quelque sorte une quête du non-sens. En fait y-a-t-il du sens chez les postmodernes qui auraient tendance à renverser la table ? Si ces philosophes comme Jacques Derrida, Deleuze remettent en cause les postulats des Philosophes de lumières autour de la quête d’un système rationnel universel, ils peuvent aussi être déraisonnables par leur côté nihiliste ! Le postmodernisme dans sa dimension sociologique me semble avoir été parfaitement appréhendé par l’éminent sociologue polonais Zygmunt Bauman qui évoquait la dimension liquide et sans amarres de la post modernité. Zygmunt Bauman s’est attaché à décrire de façon critique cette société liquide où l’individu est devenu l’unique référence. Un individu au sein de cette société liquide, qui ne s’appréhende plus comme personne mais qui se définit par ses actes de consommation et ses croyances idéologiques, ses comportements et non plus par sa seule identité. Une société liquide qui est à l’inverse de la lecture des évangiles qui fait de chaque personne : un être humain, et non un sujet, non un consommateur, non un objet. Pour le sociologue Zygmunt Bauman « la postmodernité n’est pas le contraire de la modernité, c’est le développement de la modernité poussé à son maximum », c’est ainsi que le sociologue dénonce la trajectoire moderne, issue de la philosophie des Lumières, dont l’épilogue fut de céder à l’État l’ensemble des moyens d’organisation et de régulation de la vie sociale, donnant à son organisation bureaucratique et demain au monde numérique tout une dimension totalitaire. L’état devient finalement une forme de Père faisant disparaître la figure du Père révélé par Jésus, occultant ainsi à l’homme à la plus petite échelle, la faculté d’organiser la solidarité, l’entraide, d’interagir en empathie. Nous avons ainsi cédé, à une forme de facilité, en ayant recours aux instances d’un Etat ou d’une organisation numérique qui se mêlera de tout et y compris de la manière de gérer notre éducation. L’antichrist aura un combat, celui de détruire systématiquement ce qui relie les hommes par le lien incarné de l’affection et de l’amour, il exercera une emprise sur l’ensemble de l’humanité via les divinités consuméristes qui célèbrent Mamon et la religion des data.  Le post modernisme ne sera pas celui du vis-à-vis, du face à face, son empire est le virtuel. Sa religion le dataïsme[4],  son “église” s’établit désormais dans le virtuel. N’est-ce pas Mark Zuckerberg qui déclara que les groupes Facebook devaient jouer un rôle important dans la vie communautaire, de la même manière que les églises. L’historien Hébreu Yuval Noah Harari partage également cette intuition, il prédit dans son livre Homo Deus, que “l’individu est plus susceptible de se désintégrer de l’intérieur que d’être broyé brutalement de l’extérieur[5]”. Cette menace vous fait sans doute sourire, mais elle est en réalité sérieuse et annonce un monde dystopique où la désocialisation systématique a été amorcée depuis que nous sommes entrés dans le XXIème siècle et l’ère numérique. Tocqueville, c’est vrai le percevait déjà, évoquant l’atomisation des individus, épinglant l’individualisme, l’isolement d’êtres séparés des autres, titulaires d’une liberté, mais liberté qui reste factice…De fait lorsque nous lisons les textes des évangiles, nous comprenons que l’univers qui est dépeint est celui de l’incarnation des relations. Or nous assistons inversement à l’émergence d’une société sentimentale et numérique, indolore qui fabrique de l’émotion à distance, des relations, des affections, des émotions virtuelles. Certes nous sommes toujours réceptifs, sensibles aux malheurs des autres, mais notre compassion ne s’exerce, ne se vit plus de la même manière. La dimension du prochain se dissout ainsi dans une forme d’éther, de dématérialisation de la vie réelle. Pour partager nos émotions, nous employons les symboles de nos claviers numériques les ‘émoticônes’, et nous sommes figés à nos écrans comme si la paresse de la rencontre nous avait totalement ankylosé. Ce post modernisme consacre l’autonomie personnelle, affirme, en quelque sorte la valeur sentimentale dans un monde virtuel désincarné. Plus le consumérisme numérique gagne notre monde, plus il ancre l’affectif dans le pôle sentimental d’un monde sans existence et sans relation vivante. Avec la postmodernité nous sommes les témoins non d’un réveil de l’église mais bien d’une forme de contre réveil. Un contre réveil qui accepte un système de pensée affirmant certes la dignité de l’homme, mais sans la fonder, l’enracinant sur celui qui est venu servir pour racheter l’homme dans son indignité. Nous assistons hélas à l’émergence de nouvelles orthodoxies dans tous les milieux, ces nouvelles idéologies de la post modernité prônent une culture virtuelle, ouverte aux autres, revendiquent une culture inclusive, qui valorisent la dimension de l’accueil absolu sans évoquer le mal, les addictions, les dépendances qui nous font souffrir. Ainsi nous voyons naître un monde qui relativise le fameux TAO, ; le principe universel, la vérité. La vérité est édulcorée, elle n’offusque pas, n’ébranle pas, elle est passe partout. Malheur alors à ceux qui reprochent à ces mondes inclusifs et ouverts de ne jamais évoquer le mal. L’amour selon cette nouvelle orthodoxie n’est pas exclusif, l’amour couvre tous les genres et gomme de fait ce qui relèverait d’une faute morale… Nous assistons alors à une vérité morcelée, dépouillée, vide de sens avec des bouts de vérité mais qui ne constituent pas en soi la vérité que chérissait le Philosophe CAS LEWIS.

[1]  L’article dont je fais mention est référencé sur le site : http://www.histophilo.com/postmodernite.php

[2] Citation reprise dans l’essai « Le bonheur paradoxal » de Gilles Lipovetsky

[3]  Pour lire cet épisode du Fou dans le gai savoir de Nietzche, nous vous invitons à lire ce passage dans le livre troisième Le Gai Savoir (« La gaya scienza ») Traduction par Henri Albert. Paris, Société du Mercure de France, Paris, 1901 (Œuvres complètes de Frédéric Nietzsche, vol. 8, p. 161-229).

[4] Le dataïsme terme emprunté Yuval Noah Harari auteur de Homo deux Une brève histoire de l’avenir Albin Michel page 195, la religion des data.

[5] Homo Deus Albin Michel page 371

Teilhard de Chardin et sa vision transhumaniste de notre humanité

Auteur : Eric LEMAITRE

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La théologie de la noosphère chez Teilhard de Chardin est fondée sur une conception évolutionniste de l’univers intriquant la matière et l’esprit, « l’Esprit qui entraîne et soutient constamment la Matière dans l’ascension vers la Conscience, c’est la matière, en revanche, qui permet à l’esprit de subsister en lui fournissant constamment un point d’action et un aliment. (…) Matière et Esprit ne s’opposent pas comme deux choses, comme deux natures, mais comme deux directions d’évolution à l’intérieur du Monde [1]». S’il est vrai que le théologien a une vision Christique de l’univers, loin d’une conception panthéiste, immanente et matérialiste défendue par les transhumanistes, il n’empêche que Teilhard imagine l’agrégation des intelligences ou plutôt des consciences multiples se mêlant aux évolutions fulgurantes de la technologie, reconnaissons que Teilhard n’imagine pas ici la fusion des êtres dans un grand tout « comme le grain de sel se dissout dans la mer », mais il perçoit le rapprochement des êtres pour former une union. Pour Teilhard  cette union résultera autant des progrès moraux que des progrès technologiques « chaque machine, ne s’engendre plus qu’en fonction de toutes les autres machines de la terre ; et de plus en plus aussi, toutes les autres machines de la terre prise ensemble, tendent à former une seule grande machine organisée [2]». Teilhard ajoute que le noyau inventif de « cet immense appareil » technologique sera « le foyer pensant de la Noosphère ». Cette vision développée par Teilhard relève bien d’une conception plus proche d’une vision transhumaniste et gnostique que de celle qui émane des écritures Bibliques. Jean l’auteur de l’évangile du même nom, rappelle dans le livre de l’Apocalypse que Dieu crée de nouveaux cieux et une nouvelle terre, l’homme n’est donc pas à l’ouvrage dans l’émergence d’une nouvelle cité, appelée la « Nouvelle Jérusalem [3]» et en outre il n’est nullement question d’une fusion des êtres, mais d’êtres humains transformés pour servir Dieu et Dieu manifestant sa gloire en eux. Or la vision de Teilhard est aux antipodes de la vision biblique, Teilhard, voit l’homme comme un acteur moral, totalement impliqué dans la transformation et l’évolution de la création et il s’émerveille de la fécondité inventive de l’homme et des capacités interactives de l’être humain via ses inventions, de rendre possible l’achèvement d’un projet qui participerait à l’accroissement de conscience, « Pourquoi… » s’interroge Teilhard «… ne serait-ce pas la machine industrielle qui libérerait l’humanité[4] ». N’écrit-il pas dans l’avenir de l’homme « je songe à la montée insidieuse de ces étonnantes machines à calcul qui grâce à des signaux combinés à raison de plusieurs centaines de mille par seconde, non seulement viennent soulager notre cerveau d’un travail fastidieux et épuisant, mais parce qu’elles augmentent en nous, le facteur essentiel…de la vitesse de la pensée, sont en train de préparer une révolution dans le domaine de la recherche [5]». Teilhard poursuit en indiquant que ces machines à calcul reliées les unes aux autres, inéluctablement formeront un super cerveau « capable de s’élever à la maîtrise de quelque super domaine dans l’univers et dans la pensée ». Cette théologie promue par le penseur fait ainsi valoir que les consciences vont finalement s’agréger de la même façon que les molécules se sont assemblées, pour transmuter brusquement « de l’inerte au vivant » et puis finalement de consciences multiples à une supra conscience. Cette conception de Teilhard est finalement et ainsi très proche d’une vision gnostique, puisque l’homme participe à l’achèvement d’un projet divin pour éradiquer le mal. Le mal étant dans le multiple pour Teilhard et finalement l’humanité est appelée à converger vers l’unification et non la juxtaposition pour effacer la dimension du mal. Ainsi pour Teilhard de Chardin, l’univers se trouve dans un état d’évolution continue dans laquelle l’évolution humaine est une partie intégrante. L’univers est pour le Théologien un univers en convergence vers l’union avec Dieu, à travers un accroissement continu de la conscience qui finira par nous conduire vers l’harmonisation absolue.

Ce récit philosophique de Teilhard relève également et selon moi d’une pure spéculation transhumaniste fondée sur une croyance quasi gnostique que la technologie est le moyen salutaire[6] de parvenir à l’harmonie de l’humanité réconciliée avec elle-même.  Cela n’est pas sans rappeler les propos figurant dans un rapport américain publié en 2002[7] « Quand les technologies du XXIème siècle convergeront, l’humanité, grâce à elles, pourra enfin atteindre un état marqué par la paix mondiale, la prospérité universelle et la marche vers un degré supérieur de compassion et d’accomplissement ». Dans « l’avenir de l’homme », Teilhard soutient la même thèse celle décrite dans ce rapport évoquant les convergences technologiques au service d’une paix mondiale et d’une prospérité universelle, il indique ainsi qu’un réseau mondial se forme imbriquant la dimension économique et psychique et qu’ « il deviendra impossible d’agir et de penser autrement que sous une forme solidaire », l’humanité progressivement et subrepticement se « céphalise » grâce aux convergences technologiques qui l’entrainent dans son évolution et la perfectibilité du genre humain. Nous voyons bien que les propos de Teilhard sont bien éloignés de la vision que restitue les évangiles et dont le message est d’ailleurs bien plus ancré dans la dimension de la nature et très éloigné du discours technologique.

[1] Citation de Pierre de Teilhard de Chardin, Œuvres IX, 78-79

[2] Citation extraire du Livre l’avenir de l’homme Pierre Teilhard de Chardin Editions Sagesse page 188.

[3] Apocalypse 21.9-22.5, ce passage décrit la ville créée par Dieu afin d’y manifester sa gloire.

[4] Citation extraite du Livre l’énergie humaine Pierre Teilhard de Chardin « L’énergie humaine » Editions Sagesse page 105.

[5] Citation extraire du Livre l’avenir de l’homme Pierre Teilhard de Chardin Editions Sagesse page 190.

[6] Cette conception de Teilhard est très éloignée de l’annonce de la croix qui sauve l’humanité de son péché.

[7] Document officiel de l’autorité fédérale américaine, la National Science Foundation, (NSF) qui a lancé en 2002 ce programme interdisciplinaire.

Jürgen Habermas ; La technique et la science comme « idéologie » ..

« La technique et la science comme idéologie » est un livre passionnant que nous vous recommandons … Le livre est écrit par l’un des plus grands sociologue de notre temps Jürgen Habermas… l’auteur voit dans la technique une forme de projet métaphysique échappant à l’homme, une créature autonome qui le dépossédera. A la suite de Jacques ELLUL, l’auteur pressent à moyen terme la fusion entre la technique et le cadre institutionnel de la société. Pour J.Habermas nous assistons à une forme d’industrialisation de la vie sociale « avec cette conséquence que les critères de l’activité instrumentale pénètrent aussi dans d’autres domaines de l’existence (urbanisation du mode de vie, technicisation des échanges et des communications »…De fait nous assistons à la lente planification d’une « rationalisation croissante de la société« .

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« La technique et la science comme idéologie » est un livre passionnant que nous vous recommandons … Le livre est écrit par l’un des plus grands sociologue de notre temps Jürgen Habermas… l’auteur voit dans la technique une forme de projet et de cheminement « métaphysique » (Terme utilisé par Heidegger) échappant peu à peu à l’homme, une créature autonome qui le dépossédera.  Un projet métaphysique appliqué non seulement au domaine industriel, mais aussi dans les services, la distribution et même dans les usages du divertissement, des loisirs et de toutes  les formes de consommation .

A la suite de Jacques ELLUL, qui analysait le système technicien comme un ensemble de mécanismes qui répondent à la recherche de l’efficacité dans toutes les sphères de la vie sociale et économique, l’auteur J.Habermas pressent à moyen terme la fusion entre la technique et le cadre institutionnel de la société. Pour J.Habermas nous assistons finalement  à une forme, d’industrialisation de la vie sociale du fait de la recherche même de la performance « avec cette conséquence que les critères de l’activité instrumentale pénètrent aussi dans d’autres domaines de l’existence (urbanisation du mode de vie, technicisation des échanges et des communications »…De fait nous assistons à la lente planification d’une « rationalisation croissante de la société« . L’industrialisation de la vie sociale s’accompagnera nécessairement d’une dépolitisation des populations afin comme l’écrit le philosophe, de prévenir toute contestation sociale, de « s’immuniser contre la remise en question de son idéologie ». Jürgen Habermas ajoute qu’ « a fortiori des interventions au niveau de la transmission génétique des informations pourraient permettre demain un contrôle encore plus profond des comportements, alors les anciennes  zones de conscience ne pourraient se trouver  qu’entièrement asséchées » .  Il s’en suivrait une auto régulation de l’être humain ou plutôt de l’homme machinisé soumis aux normes d’une société rationalisant nos systèmes de pensées et contrôlant les actes qui en découlent.

La vision de J.Habermas n’est-elle pas confirmée par la recherche de l’efficience puis par la dimension normative qui s’est imposée, n’est-elle pas entérinée par le poids de la réglementation. La société déjà dominée voire engluée par la complexité et la rationalisation scientifique est sur le point ainsi de basculer vers la singularité  (le point hypothétique de l’évolution technologique) et finalement, le despotisme éclairé de l’intelligence technique régulé par les algorithmes. Toutes les sphères touchant le comportement s’en remettront demain à la mathématisation de la vie sociale…Nous glissons ainsi vers un nouveau modèle politique qui prend la forme d’une technocratie, où la machine numérique colonisera l’ensemble des activités humaines, puis supplantera bel et bien l’homme.

Ainsi la technique exclura l’interférence de l’humain dans les processus de décision, ce qui est déjà la cas dans les salles de marchés où les algorithmes ont fait main basse dans les processus de transactions à haute fréquence qui caractérise le monde boursier. Le monde de la distribution via la multiplication des transactions numériques n’est pas en reste, organisant ses réseaux pour tracer, influencer, orienter les choix des consommateurs. Il semble dès lors important en consultant l’oeuvre réflexive de J.Habermas de prendre la mesure de ce changement de paradigme concernant l’accélération des changements technologiques qui envahissent l’environnement humain.

Petite précision au passage le livre La technique et la science comme « idéologie » a été écrit en 1990. Là encore une anticipation quasi prémonitoire qui devrait nous conduite à réfléchir.. :

Aussi un conseil, cet été lisez puis pensez et enfin transmettez ….

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Tel/La-Technique-et-la-science-comme-ideologie

Mère Térésa et Jean Vanier, les figures universelles de l’humanité non corrompues par le rêve transhumaniste

Note de l’auteur : Quand cet article fut publié, nous ignorions le séisme médiatique qu’allait provoqué l’affaire Jean VANIER. Si l’homme est remis en cause en raison de ses méfaits, l’oeuvre reste une mission magnifique et loin de nous de la remettre en cause. Les personnels de l’arche que nous connaissons doivent être ainsi très largement soutenus, car incontestablement , ils offrent à toute une population, un havre d’accueil et d’humanité. 

Auteur Eric LEMAITRE 

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Quelles figures demain s’imposeront au monde ? Serait-ce les philosophes, les grands noms de la science, non je ne le crois absolument pas ! Mais ce sont des figures banales, profondément banales qui imposeront leur mémoire,  des mémoires traversées par l’humanité de leurs gestes, celles entres autres de Mère Térésa, de Jean Vanier,  la liste de ces hommes et de ces femmes est évidement loin d’être exhaustive , mais ce qui me frappe en rappelant les figures de Mère Térésa et jean Vanier, c’est celle de leurs propres fragilité, un homme une femme qui ont osé être les voix de ce monde. Ces deux voix parmi d’autres sont selon moi, l’expression de voix discordantes,  révélant symboliquement un antagonisme, un contraste violent, avec ce nouveau monde qui nous fait entrer dans le post humain. Ainsi je songe à nouveau à Mère Térésa et son combat contre la mort, aux côtés des mourants de Calcutta. Ce combat auprès des mourants, ces laissés pour compte, ces miséreux abandonnés, est aux antipodes des transhumanistes, il me semble même que ce contraste est tellement pitoyable, si dérisoire, que cette vanité des transhumanistes est finalement minable aux côtés de celle qui a donné une humanité à un homme gisant sur un trottoir et à qui lui fut refusée la dignité d’un lit pour mourir. Le transhumanisme est un égotisme excentrique qui finalement n’engendrera ni la vie ni la dignité, tandis que la figure de Mère Térésa est le rayonnement planétaire de l’humanité transcendé par l’amour du prochain, transcendé par la dimension du cœur. Mère Térésa fut ainsi baignée par la dimension de la prière et fut rassasiée de cette dimension relationnelle portée par sa foi, cette foi qui incarnait et reflétait celle qu’elle aimait Jésus-Christ.  La conscience de Mère Térésa fut fondée sur cette dimension de la compréhension des autres en partant de cette conscience de nous-mêmes « [1]Pour mieux comprendre ceux avec lesquels nous vivons, il faut d’abord nous comprendre nous-mêmes », or l’enfermement sur soi, notre isolement égoïste nous conduit à cette désolation de l’âme, à cette pauvreté spirituelle, qui nous conduit à espérer une promesse qui ne peut vivifier ni la conscience, ni l’âme ni le cœur. Comment ne pas non plus, rapprocher la figure de Mère Térésa et celle de Jean Vanier, le fondateur de l’arche, Jean Vanier fut résolument tourné lui aussi vers les laissés pour compte, ceux que l’on appelle les déficients intellectuels. Le parcours de cet homme, simple a été orienté par une pleine conscience que l’identité de l’homme ne saurait être construite sans cette capacité d’ouvrir son cœur, sans cette capacité d’accueillir la bonté et la compassion qui éveillent en nous le désir d’humanité : « [2]Si chacun ouvre son cœur à des personnes faibles, une source de bonté et de compassion s’éveille en lui et forge son identité profonde ». Au fond à l’heure de l’homme augmenté, ces deux figures nous disent quelque chose de la conscience de la banalité du quotidien, eux qui secouent finalement la conscience universelle d’une humanité tentée par la vanité d’un saut dans le monde de la matière sans conscience, par la prétention d’augmenter l’homme tout en détruisant son âme, en déconstruisant sa conscience. Ainsi le plus grand ressourcement personnel, c’est lorsque nous n’avons plus peur d’aimer l’autre que moi-même et même si sa figure me semble si éloignée de moi-même, ainsi ce texte se conclue avec ces paroles admirables de Jean Vanier qui expriment en soi la beauté de la finitude, l’émerveillement de la fragilité, le mystère d’une vie présente auprès de ceux qui dans leur chair souffrent : « [3]Quand des personnes se rassemblent au-delà de leur appartenance culturelle ou religieuse, ce sont des cœurs qui se rencontrent, les préjugés commencent à disparaître et l’on découvre combien l’appartenance à un groupe fermé peut encourager l’illusion de la supériorité. » … « Par la relation avec le pauvre, le faible ou l’enfant, le cœur, la compassion et la bonté sont éveillés, et une unité intérieure nouvelle s’établit entre le corps et l’âme. Comme si la tension entre l’intelligence et le corps trouvait une résolution mystérieuse dans cette présence au pauvre. ».

[1] Mère Teresa ; Les pensées spirituelles (2000)

[2] Jean Vanier Lettre à des Amis

[3] Jean Vanier Accueillir notre humanité et Le Goût du bonheur

Réveiller la conscience

Auteur Eric LEMAITRE

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Réveiller la conscience est bien l’enjeu de ce siècle, mais pour la réveiller, il convient de donner à notre conscience une nourriture culturelle et spirituelle. Bien entendu je crois que la dimension spirituelle au sens où nous le comprenons comme chrétien, c’est-à-dire naître d’en haut est l’essence même de notre vie, l’essence primordiale faut-il le souligner. L’essence de cette dimension spirituelle qui nous permet ce passage d’un cœur vide, à un cœur rempli par l’amour de Dieu. Mais tous ne se sentent pas concernés par cette dimension, nous devons l’entendre, car par-dessus tout, nous comprenons que le libre arbitre est une nécessité, une exigence. Cependant le futur essai qui sera publié d’ici Octobre 2019 s’est appuyé sur une démonstration qu’un processus d’aliénation de l’âme humaine est bel et bien engagé. Partageant à des amis ce processus et lors d’une rencontre un dimanche après-midi, des amis m’interrogeaient sur mon activité de réflexions. Je les tenais ainsi informer du dernier livre que j’avais corédigé avec Gérald Pech et je leur rappelais le titre du livre : « La déconstruction de l’homme ». Tous m’ont fait répéter le titre du livre car tous avaient compris « La destruction de l’âme ». Au fond leur ai-je dit, vous avez sans doute entendu ce qu’il fallait entendre « Destruction de l’âme », de fait vous avez pleinement raison, car il s’agit bel et bien d’une entreprise d’anéantissement de la part intérieure de notre existence. Le livre ami lecteur que vous avez maintenant entre vos mains, s’est employé à démontrer ce lent processus engagé depuis l’aube de notre histoire humaine jusqu’à cette post modernité. Ce processus est notamment fondé sur l’envie du « mieux », le désir du « encore et encore », d’une soif insatiable de « plus et davantage » et surtout ce processus est focalisé à répondre à toutes les formes de fantasmes nous libérant du corps, de la finitude.

Aussi notre époque est bel et bien bouleversée par une modification radicale de l’espèce humaine, ce nouveau siècle est bel et bien entré dans une nouvelle ère, celle du post humain, un changement de paradigme traversé par une transformation radicale amenée par une démarche technique et de mathématisation de la vie dont le sommet est le transhumanisme. Ce changement est également illustré par cette nouvelle métaphysique qui redéfinit l’homme autour de conceptions anthropologiques qui sont l’expression d’une forme d’émeute contre l’ancienne anthropologie, cette émeute aura des incidences redoutables qui peuvent peser demain sur notre libre arbitre comme homme, comme personne habitée par des convictions spirituelles ou simplement philosophiques.

Or nous savons que la conscience ne se réduit pas à la matière ou à une matière mécanisée [nous le répétons encore et encore ], à une seule sensation d’existence mais elle est constituée d’une profondeur relationnelle, d’une dimension sensible, cognitive qui est essentiellement adossée à la culture, aux émotions intimes, aux aléas d’une vie traversée par les joies et les épreuves, mais notre conscience n’existe en soi que parce que nous avons le sentiment de l’amour, de nous savoir aimé, or inversement une personne non aimée est une personne isolée et désolée.

En conséquence cette dimension cognitive de la conscience, de la vie intérieure le libre arbitre de l’homme, nourrie par les savoirs est sans aucun doute en péril. Nous avançons dans ce texte l’hypothèse d’une convergence d’éléments interagissant entre eux, altérant la vie intérieure, atomisant la dimension de la conscience, cette capacité à penser la société, cette capacité à s’échapper à la spirale des addictions qui consomment l’âme. Ces menaces s’articulent autour du nivellement de la culture, du divertissement, de la crise, de l’idéologie, facteurs qui participent en s’intriquant à la déconstruction de l’être. Les avancées sociétales ont largement nourri cette thématique de la libre conscience, conscience qui dans sa dimension ontologique est depuis violemment malmenée dans les dimensions anthropologiques fondatrices de notre humanité, c’est ainsi que l’altérité sexuée est assez largement bousculée, remise en cause avec des conséquences qui seront bioéthiques comme changer la programmation de l’ADN humain, inventer l’utérus artificiel, hybrider l’homme et la machine. Or un tel processus engagé sera d’autant plus facile que la conscience sera malléable, qu’une nouvelle culture s’installera pour remplacer l’ancienne, que le divertissement sera l’occupation des âmes asservies, que l’on limogera l’économie du réel au profit d’une économie dématérialisée et servicielle, que l’on diffusera à l’école la pensée post humaniste familiarisant les enfants avec l’appétence des objets transhumanistes

La conscience spirituelle et le cœur : enjeu de ce siècle

« j’aimerais vous évoquer que cette voix intérieure que nous appelons conscience est plus savante que Pascal, plus éloquente que Winston Churchill, plus perspicace que Saint Augustin, plus réformatrice que Calvin et elle s’adresse à plus de monde et avec plus de puissance que n’importe quel homme. Son auditoire se limite au nombre de gens qui habitent sur cette terre. Elle n’est jamais lasse d’interpeller, elle éprouve constamment le besoin d’importuner, elle se fait entendre de façon permanente. Si nous agissons avec égard, elle peut devenir notre meilleure amie. Si nous la traitons sans égard, elle peut être alors notre pire ennemie et cela pour notre plus grand malheur. Cette voix, c’est la Conscience ».

Auteur Eric LEMAITRE

 

Extrait de mon prochain livre : Transhumanisme : Le réveil de la conscience ?

 

Ni une religion faite de rites, ni une institution, ni enfermé entre des murs ou les bastions des chapelles, de toutes sortes, le christianisme est d’abord l’incarnation d’une vie en nous, la manifestation d’une vie dont le reflet est Christ en nous-même Nous ne le nierons pas, le christianisme a pourtant une histoire, une filiation spirituelle, mais le christianisme est avant tout un corps vivant, un corps agrégeant des consciences toutes reliées par la dimension de celui qui vit en nous, de celui qui est ressuscité Dans cette vision d’une vie incarnée Les écrits des apôtres comme ceux appelés Pères de l’église évoquent tous la nécessité d’être régénéré dans la conscience de ce « roseau pensant », de cet homme fini et fragile, cette conscience qui forme comme une lampe à nos pieds. La conscience dans la Bible est un « souffle qui pénètre jusqu’au fond des entrailles », une lampe qui est mise dans le cœur de l’homme La conscience n’est pas seulement une sensation d’existence, mais c’est avant le discernement en soi, la faculté d’entrevoir que notre vie dépasse la condition d’un homme enfermé dans la chair et livré à tous ses instincts, au relativisme du bien et du mal et au déterminisme de l’existence. Saint Paul dans une lettre écrite à son disciple Timothée, parle d’une bonne conscience et d’un cœur pur, l’apôtre signifie ici l’attente d’une conscience détachée des influences exercées par un monde qui nous éloigne de l’adoration d’un Dieu créateur des cieux et de la terre. Or le nouveau monde qui se prépare façonné par l’idéologie transhumaniste est le contre-pied de l’idéal chrétien, quand le monde transhumaniste, parle de progrès, d’homme augmenté, de projet prométhéen, le christianisme nous évoque celle de la transformation des cœurs, celle d’une transformation radicale et personnelle et non d’un projet collectif. La foi embrasse, le cœur, l’interpelle à un changement intérieur et non à une forme de mutation de soi et non plus à une forme d’adhésion à un projet collectif, il s’agit avant tout et pour soi, d’une transformation qui touche à la dimension de l’âme qui ne se laisse plus et définitivement assujettir par l’appétit ou l’appétence d’une vie focalisée sur la satisfaction des besoins de la chair et aujourd’hui d’une chair qui aspire à être augmentée. L’évangile annoncé par Jésus-Christ est d’abord une exhortation adressée non pas à quelques hommes, quelques mystiques, mais c’est un message adressé à toute l’humanité, c’est une convocation de la conscience, la conscience appelée à surmonter ce qui en lui-même appartient à l’homme déchu, pour passer à son être restauré, reconstruit en Christ, l’homme nouveau, l’homme régénéré. Vous noterez au passage ce contre-pied qui s’érige contre la philosophie des lumières qui utilise la même expression « Viel homme et homme régénéré », qui moque la foi Chrétienne, dénonçant son archaïsme et l’illusion de l’intemporel.  Dans la dimension de la foi Chrétienne, chacun d’entre nous est appelé à se rendre disponible et présent au Royaume de Dieu, capable de recevoir la libération de sa conscience et d’accueillir dans la conscience d’un homme libre, le salut qui ne viendra pas d’un hypothétique âge d’or terrestre, d’une forme de communisme numérique ou d’un millénaire promis par le nouveau Prométhée issu du monde des algorithmes et qui nous refait le coup de réinventer le monde de Babel, d’une Babel horizontale et non verticale, une Babel sans Dieu et non plus comme pour défier Dieu, car l’homme a choisi de l’ignorer et de considérer son inexistence comme un fait, le monde n’existant que par lui-même, une mécanique absurde qui s’est auto-créée. A l’inverse de ce monde prométhéen, de ce messie numérique, la conscience du royaume de Dieu, c’est avant tout une relation incarnée, c’est l’assurance de recevoir une pleine libération spirituelle dans sa chair, dans l’entièreté de ce corps, âme et esprit. A l’heure des injonctions de la machine, de ces nouveaux navigateurs de la conscience, je trouve dans ce questionnement de Saint Paul, une dimension pleine de lumière, de sagesse « [1]Pourquoi, en effet, ma liberté serait-elle jugée par une conscience étrangère ? », oui pourquoi nous laisser domestiquer, coloniser par les objets et ces artefacts qui simulent l’esprit de l’homme ?

Dans ces contextes de possession de notre âme, de déconstruction de l’âme, l’homme prométhéen ou transhumaniste est un réalité un homme déchu qui ne s’en remet qu’à son seul salut, espérant que la technoscience le libérera de la servitude d’un corps qui l’enferme dans la mort. Le christianisme à l’opposé, sollicite la conscience, le cœur de l’homme pour revenir de tout son cœur au sens de la vie qui se fonde dans une espérance inébranlable. Jésus évoque dans l’évangile de Saint Mathieu[2] la conscience de l’homme comme d’un œil qui est en quelque sorte la lampe du corps et si cet œil est en bon état, l’être sera éclairé, mais si inversement cette conscience est en mauvais état, tout notre être sera dans les ténèbres. La conscience est à l’heure où la nuit avance, le véritable enjeu spirituel de notre siècle et il me semble qu’il serait contreproductif de proposer un modèle sociétal si le cœur de l’homme n’est pas en soi transformé par la lumière de Christ. Il serait vain d’avoir un quelconque engagement sur un modèle, si nous ne réformons pas notre propre vie, en renaissant finalement d’en haut. Pour illustrer mon propos, Je me suis ici inspiré du propos[3] lumineux du Pasteur Fernand Legrand qui éclaire la conclusion de ce livre, dont je reprends ici sommairement l’idée : « j’aimerais vous évoquer que cette voix intérieure que nous appelons conscience est plus savante que Pascal, plus éloquente que Winston Churchill, plus perspicace que Saint Augustin, plus réformatrice que Calvin et elle s’adresse à plus de monde et avec plus de puissance que n’importe quel homme. Son auditoire se limite au nombre de gens qui habitent sur cette terre. Elle n’est jamais lasse d’interpeller, elle éprouve constamment le besoin d’importuner, elle se fait entendre de façon permanente. Si nous agissons avec égard, elle peut devenir notre meilleure amie. Si nous la traitons sans égard, elle peut être alors notre pire ennemie et cela pour notre plus grand malheur. Cette voix, c’est la Conscience ». Cette voix la conscience a ainsi éclairé les consciences de John Newton, pasteur Anglican mais qui jadis fut impliqué dans le trafic d’esclaves et qui plus tard fut un partisan de l’abolition de l’esclavage, John Newton fut littéralement saisi par la dimension de la grâce et tous nous connaissons ce cantique merveilleux dont il est l’auteur « Amazing Grace » « Grace merveilleuse, quel son si doux. Qui a sauvé un malheureux tel que moi. J’étais perdu, mais je suis maintenant trouvé. J’étais aveugle, mais maintenant je vois », la lumière intérieure, ce souffle qui pénètre jusqu’au fond des entrailles a touché finalement le cœur de John Newton. Je pense aussi à d’autres figures comme l’abbé Pierre, Jean Vanier, Sœur Emmanuelle, Martin Luther King, Mère Teresa. Cette conscience qui nous dit que si nous savons faire le bien et que nous ne le faisons pas, nous commettons un péché[4]. Ces hommes et ces femmes qui se sont employées à reconnaitre leur propre fragilité et la fragilité de leurs semblables pour s’employer à transformer leur cœur pour offrir une oasis de vie comme à Beer Shéba, un véritable éden à ces personnes exclues, abandonnées, fragilisée par les aléas parfois la brutalité de l’existence. A l’heure où les idéologies du progrès imposent au monde leurs systèmes de valeur et leurs valeurs morales, à l’heure où l’on désire ne plus entendre ces lois qui ont formé ce que nous appelons les interdits, touchant l’anthropologie humaine, la technoscience s’impose comme le nouveau messie chargé de construire la nouvelle éthique du bien faire et non l’éthique de faire du bien, plus que jamais la conscience et le cœur deviennent l’enjeu de ce siècle pour interpeller et être la voix qui crie dans ce nouveau désert, le vide finalement de cette conscience qui a besoin de ressourcer et de trouver l’eau qui jaillit comme une fontaine de vie dans les cœurs assoiffés, puisse ce livre trouver un écho auprès de vous lecteur.

[1] 1 Corinthiens 10 : 29

[2] Mt 6 :22 L’œil est la lampe du corps. Si ton œil est en bon état, tout ton corps sera éclairé ; et Mt 6 :23 mais si ton œil est en mauvais état, tout ton corps sera dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes ces ténèbres !

[3] Citation inspirée par le pasteur Fernand Legrand et extraite de son blog : https://www.info-bible.org/legrand/3.5.htm

[4] Jacques 4.17 Si donc quelqu’un sait faire ce qui est bien et ne le fait pas, il commet un péché.

Beer Shéba : le sens de la vie

Auteur Eric LEMAITRE

La conscience et le sens de la vie

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Le XXIème siècle qui se dessine sous nos yeux n’a plus pour horizon la recherche du sens de la vie, du sens concret de l’existence, la société occidentale, particulièrement elle, est affectée par cette double dimension à la fois, celle qui concerne l’aliénation de la conscience et celle d’un déclin de la quête intérieure, de la vie intérieure. Ce déclin de la vie intérieure comme cette perte de sens, de la conscience anesthésiée, résulte sans doute du crépuscule des valeurs fondatrices d’une vie, qui transcendent notre propre moi, nous avions sans doute été éduqués dans des dimensions qui nous unifiaient à une identité, un bien commun, mais il faut bien admettre que ces valeurs fondatrices se délitent et à coups de butoir, les pans entiers des murs civilisationnels, des systèmes religieux mais également des institutions qui unifient un peuple, sont en passe de s’effondrer. Le monde digital veut en effet nous faire entrevoir un autre monde, celui du progrès continu visant à satisfaire les petits plaisirs de l’existence sans se donner la peine de dépasser le seul horizon du quotidien. Ce monde digital absorbe le quotidien et en est réduit à entretenir notre passion pour les objets, afin de donner l’impression d’exister par l’objet, « j’existe parce que je consomme », cette existence-là traduit en vérité, une réalité de la pauvreté intérieure et qui ne se mesure que par la quantité. Cette quantité qui me définit au travers de mon environnement ou de mes pseudo richesses. Le sens de la vie n’est de fait pas l’objet possédé qui n’est qu’un état éphémère de la matière convoitée, le sens de la vie imbrique surtout cette dimension de l’amour, des liens affectifs, du ressenti qui touche à l’attention que l’on nous porte mais ce sens de la vie concerne aussi nos racines et notre identité d’homme, notre histoire et le récit d’une histoire qui nous a précédés. Or nous ressentons dans ce monde occidental comme un immense vide, le philosophe Maxence Hecquard évoque « le fait monotone qui frappe tous les individus aujourd’hui, le non-sens d’une existence sans fin », « ce désarroi … » écrit Maxence Hecquard « …est perceptible dans la production culturelle nihiliste qui laisse les individus désarmés… ». Or cette production nihiliste occulte et fait l’impasse des grands récits qui forgent le sens jusqu’à en bannir les héritages culturels, c’est comme imprimer en nous une page blanche, cette même page blanche qui angoisse tout écrivain mais qui ne peut en soi écrire que parce qu’il est habité par une vie qui l’a nourri, et une vie qui prend racine dans l’amour, auprès de parents aimants, dans un lieu, un habitat, une histoire humaine qui le précède, un écosystème riche de toute une diversité de rencontres, un récit, finalement un milieu dont il est l’héritier, ce milieu qui le rend conscient qu’il ne s’appartient pas tout à fait, qu’il est simplement l’héritier d’un patrimoine humain qui va transcender son existence. Mais par-dessus tout son existence sera nourrie par l’amour, car sans l’amour, il ne peut y avoir véritablement de vie, de sens donné, un sens profond donné à l’existence. C’est cette dimension de l’amour qui est ici parfaitement résumé dans ce témoignage bouleversant rapporté par le sociologue Frédéric Lenoir[1]« [2]Je n’oublierai jamais cette scène bouleversante à laquelle j’ai assisté, il y une vingtaine d’années, lors d’un voyage en Inde. Je travaillais comme volontaire chez les sœurs de Mère Teresa. Un bébé, trouvé dans une poubelle, avait été amené à l’orphelinat de Calcutta. Il refusait de s’alimenter, n’exprimait aucune émotion. Il était comme mort. Malgré les premiers soins médicaux et nutritionnels, son état ne s’était guère amélioré. L’une des religieuses le prit dans ses bras, le frictionna vivement, le serra, lui parla, tenta de le faire rire. Rien n’y fit. Serrant l’enfant contre son cœur, elle s’immobilisa longuement les yeux fermés. Il émanait d’elle une force étonnante. Puis, lentement, ses mains recommencèrent à pétrir le bébé. Inlassablement, elle le massa de la tête aux pieds, avec un mélange parfaitement dosé de force et de délicatesse. Elle se remit à faire sauter l’enfant sur ses genoux et son air grave se transforma en une cascade de rires. Et là, sous nos yeux, un miracle de l’amour se produisit. Le regard de l’enfant commença à s’éclairer. L’absent devenait présent. Et, doucement, un sourire s’esquissa accompagné de quelques petits cris de bonheur. Le bébé avait choisi de vivre. Son sourire témoignait que l’amour est le seul motif qui donne vraiment sens à une existence ».

A l’opposé de ces figures de l’amour, ces sœurs de Mère Teresa, la société occidentale fabrique l’isolement, la société individuelle où nous sommes éloignés les uns des autres, nous formons comme une cohorte d’individus indifférents au sort des autres, comme Tocqueville l’écrivait dans ce livre « La démocratie en Amérique ». Or nous risquons bien de connaitre l’état d’un enfant non nourri par l’amour, non nourri par le sens de la vie, non nourri par les caresses de l’affection, de l’étreinte aimante, ce qui embrasse et nous donne une raison d’être. Nous sommes dans l’état de la jouissance des biens, dans la sécurité de ces jouissances privées, mais sans la vie qui nous embrasse, nous devenons des êtres moribonds et sans vie, car nous avons préféré l’adoration des « statuettes interactives », plutôt que de donner notre adoration à celui qui est à l’origine du souffle donné à notre vie.

Ainsi l’individu non relié aux autres, non relié à toute recherche de sens, est un individu désolé, ce que souligne également le philosophe Maxence Hecquard. Or cette métaphore finalement de l’homme désolé dont on peut comprendre plusieurs sens, signifie plutôt ici l’homme vide, l’homme inhabité. Nous comprenons dès lors ce qu’il peut advenir d’un homme concerné par le vide existentiel, devenant une proie facile pour les idéologues, ces rapaces du monde mortifère et nihiliste, ces rapaces de la vie relative ou de la relativisation qui lui promettent la reconnaissance de l’objet miroir, son interface artificielle qui va enfin lui répondre « Oui tu es certainement quelqu’un, tu as maintenant à me consacrer ton existence, moi je vais t’en donner le sens ». Ces idéologies comme je l’écrivais, vont donner à une vie « creuse », une nouvelle identité, quitte à sacrifier son âme, quitte à se laisser posséder, par la vie factice, la vie par procuration, par l’objet qui me possède. Avec passion Éric Sadin, ce jeune et brillant philosophe et à la suite du théologien Jacques Ellul lance comme une forme de cri d’alarme à la conscience afin que cette dernière accepte de se laisser saisir : « Allons-nous accepter, au nom de la croissance, de voir s’instituer, par le fait de ces systèmes, un dessaisissement de notre faculté de jugement, une marchandisation intégrale de la vie ainsi qu’une extrême rationalisation de tous les secteurs de la société ? ». Autrement dit accepterons-nous de nous laisser éplucher, décortiquer, décrypter, accepterons-nous de laisser les « datas » ces données existentielles afin que cette machine titanesque se livre à la possession de notre conscience en pilotant notre existence. Car c’est bien le pilotage de l’existence qui constitue l’entrée d’une main mécanique, mise sur soi.

Or le pilotage de l’existence, c’est bien l’expérience existentielle conditionnée par le monde digital, ce pilotage est celle d’un déplacement de notre relation à l’autre, à une relation à l’objet. C’est cette relation à l’objet qui nous conduit à l’expérience du vide existentiel qui générera la frustration, l’éviction de l’intériorité, du sentiment d’exister.  L’être humain est ainsi bel et bien confronté à une frustration, le sentiment de ne pas avoir pu réaliser son désir, comprenant que sa tentative est probablement vaine de vouloir s’affranchir de tout interdit pour assouvir son désir. Rechercher la vie intérieure, le sens de la vie, la conscience d’être n’est possible que si nous acceptons de ne pas succomber à la tentation de posséder l’objet l

Tous les maux de la civilisation moderne trouvent ainsi leurs sources ® leur source dans cette dimension d’un manque existentiel, d’un manque de Dieu, une forme de ratage dans sa relation avec Dieu, ®. Nous sommes ainsi passés d’une relation à l’autre à celle d’une relation qui passe par l’objet, ce même objet qui vient à posséder notre vie intérieure.

Or l’expérience existentielle est conditionnée par celle du désir qui n’est pas en soi négatif, mais le désir est devenu capricieux. La convoitise de l’objet est une caractéristique de notre époque, elle s’exprime par le souhait d’atteindre une forme de bonheur que confère la possession de la matière, la possession des objets, je vois là un mal être existentiel, l’expérience en somme de la déchéance spirituelle, de l’âme asséchée par sa symbiose avec cette fascination pour les objets qui lui font miroiter un plus, toujours un plus, et de plus en plus.

Nous sommes au fond invités à prendre conscience que nous nous sommes laissés avaler, consommer par une forme de mantra, d’incantation mystique de l’objet « toujours plus, toujours mieux, plus de nouveauté, plus de fonctions », or il est frappant de lire dans l’évangile, cette parole de Christ, l’homme ne vivra pas seulement de pains, mais de toute parole qui sortira de la bouche de Dieu. Or nous confondons aujourd’hui l’utile et l’artificiel, le nécessaire et le factice. Cette parole donnée par Christ à l’ensemble de ceux qui l’écoutaient et qui l’écoutent, offre en réalité une nouvelle dimension à l’existence humaine, celle d’une autre réalité, la plénitude d’une vie intérieure non reliée aux objets mais reliée aux autres et à Dieu. C’est dans la vie relationnelle que s’édifie cette dimension de la vie, de la plénitude de l’existence. Lors d’un déplacement à Lux, où je rencontrais d’autres amis pasteurs, j’ai eu ce témoignage que je vous rapporte, témoignage qui nous a été relaté au travers d’un reportage fait par la chaine de télévision France2 dans le cadre de l’émission Présence Protestante. Ce témoignage en soi traduit la pensée développée dans ces lignes, comme le prolongement de la vraie vie, celle que relatait le sociologue Frédéric Lenoir. Ce témoignage rapporte qu’au Sénégal des missionnaires de l’Eglise Portes Ouvertes engagèrent une mission de forestation, de reboisement d’un lieu totalement sec, associant un programme de revitalisation de la terre désertique pour y ensemencer des arbres et donner la vie à un territoire dévasté par la désertification et à cette mission les missionnaires chrétiens engagèrent parallèlement la formation des paysans pour transmettre à leur tour le savoir-faire acquis. Ce qui est saisissant dans ce reportage, c’est la double mission qui finalement a été conduite, celle de donner de la nourriture nécessaire à des hommes et des femmes, privés de terres cultivables, de donner la vie à un lieu et de donner de l’espoir à des habitants qui n’en avaient plus. La terre s’appelle Beer Shéba qui est un véritable Eden, une oasis dans un désert qui est devenu par la suite une terre d’accueil pour les oiseaux migrateurs. Ce que nous dit Beer Shéba, concerne finalement quelque chose qui touche au vrai sens de la vie, celui finalement d’engendrer la vie, de donner la vie à des gens et à des lieux, dans une démarche d’écologie intégrale, prendre soin de l’homme, prendre soin de la terre. La conscience nourrie par Dieu engendre une dimension de vie partagée. Les équipes pastorales de Beer Shéba concilient leurs deux missions, celle de donner de la nourriture nécessaire et d’offrir une nourriture spirituelle en abondance. La joie habite ce lieu et le sens de la vie a été regagné pour conquérir un désert. L’œuvre humanitaire de Beer Shéba contraste finalement avec le monde du progrès promis par la Silicon Valley, cette Silicon Valley qui pourrait bien transformer les âmes en âmes désolées et inhabitées, alors que Beer Shéba a rempli les cœurs d’une nouvelle espérance, a rempli la conscience et la nécessité de répondre aux vrais besoins d’une humanité qui a soif de vie et d’une authentique nourriture non faite d’artifices mais d’une vie qui la redonne à la terre, qui redonne un paysage qui lui-même devient fertile et engendre un avenir. Quel avenir dessine pour nous la Silicon Valley ? Beer Shéba nous parle d’un avenir authentique d’une vision donnée à des hommes qui se sont laissés touchés dans leur conscience pour un projet qui donne la vie à la terre à l’inverse de celui de la Silicon Valley qui est de donner la vie à la matière pour notre plus grande désolation, notre plus grande ruine. Le réveil de la conscience, c’est pour nous Beer Shéba, le véritable éden, l’arbre de vie, l’endormissement de la conscience c’est la Silicon Valley, le paradis artificiel, l’arbre technologique, celui de la connaissance qui ne nous ouvre aucune perspective ni dans cet avenir, ni au-delà.

https://www.youtube.com/watch?v=5bvoi2qjuH4

[1] Philosophe de formation, Frédéric Lenoir est docteur en sociologie, chercheur en sciences des religions.

[2] Citation extraite de : https://www.psychologies.com/Culture/Savoirs/Philosophie/Articles-et-Dossiers/Le-sens-de-la-vie

La conscience : enjeu de société  

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Auteur Eric LEMAITRE 

Ne vous attendez pas à lire dans mon prochain livre une nouvelle recette ou de vous remonter celles qui avaient eu cours pour fonder une société conviviale loin de ce processus de mécanisation de la vie, loin d’un monde soumis au pouvoir titanesque d’une technoscience qui rêve de post-humanisme, d’intriquer l’homme et la machine, de relier l’homme à l’intelligence artificielle. Volontairement je veux vous décevoir, car il n’y pas de modèle à vous imposer ou à imposer à qui que soit, au risque de fabriquer une société non consentie par une majorité. Or plus que tout, je revendique la liberté pour tous, la liberté de sa conscience de choisir entre un chemin qui nous conduit à la vie et ce chemin que je vous ai décrit tout au long de mon dernier livre et comme dans le prochain, et qui porte en lui-même le projet mortifère d’une société livrée à l’appétit d’une vie quotidienne augmentée. L’enjeu est de comprendre pourquoi il y a quelque chose d’effrayant, de terriblement affolant de se retrouver dans l’enclos de cet univers mécanisé qui nous est promis. Puissions-nous, nous réveiller finalement de l’indolence d’une société de consommation baignée dans l’eau tiède, celle de la société de Laodicée[1] qui prétendait être riche et de n’avoir besoin de personne, cette même société qui nous fait miroiter la vie réussie, de ces objets avatars, nouveaux « directeurs de conscience » qui flatteront et piloteront l’existence, toute l’existence.

Puissions-nous ne jamais nous habituer à l’eau tiède, à ce phénomène d’habituation comme une forme d’apprentissage discipliné, tel l’environnement relaté dans la fable de la grenouille[2],  une grenouille qui ne saisit pas que la marmite dans laquelle, elle s’est plongée est en train de bouillir.   Aussi venons à l’essentiel et l’essentiel est bien cette dimension de la conscience qui fait la spécificité de l’être humain. La conscience qui fut tout au long de ce livre comme le fil conducteur, la trame, cette conscience que j’interpelle, celle de mon lecteur finalement, non sous forme d’injonction moralisatrice, d’ordre pour le soumettre à mon idéologie, mais bien plutôt comme une pensée dont il saisit la portée significative pour décider en lui-même, comprenant par lui-même, la nécessité de refuser l’aimantation d’une société transhumaniste qui puise dans les âmes désolées, les âmes inhabitées. Il importe pour chacun d’entre nous de comprendre les ressorts d’une société vampirisant les êtres afin de leur donner une nouvelle identité, celle de post humain. Toute l’histoire technique atteste cette aptitude à assimiler les inventions et les découvertes, à les incorporer au fil de l’eau, à notre mode de vie, mais il est urgent de comprendre, que nous sommes sur le point d’être façonnés par les objets eux-mêmes, ceux-là même qui entendent domestiquer l’être humain.

Dans ces nouveaux contextes civilisationnels, il importe pour nous de comprendre que les ressorts de toutes les idéologies mortifères s’appuient en effet et systématiquement sur le besoin exprimé par les populations d’être conduites dans une idéologie qui les porte, les fédère de manière enthousiasmante, exaltant une soif d’identité, de raison d’être. Or le lit de ces idéologies totalisantes et mortifères est le plus souvent engendré en raison très souvent de la vacuité, du vide spirituel, du vide intérieur, de l’ennui qui traverse la société. Les plus grandes tragédies humaines se sont finalement forgées dans le « vide de la pensée ». Or avec cette eau douce, cette eau tiède, cette habituation comme je l’écrivais précédemment, nous finirons bien par nous plier à l’injonction d’une vie sociale totalisante et entièrement « machinisée » qui nous donnera l’illusion d’une vie remplie. Dans cette nouvelle vie sociale, cette vie quotidienne des biens et des gens augmentés, nous serons comme docilement familiarisés aux contextes d’une ère civilisationnelle dont le phénomène technique est bien la possession de l’homme par l’objet, « l’homme devenu l’objet de la technique »[3].   Le transhumanisme est de fait le symptôme des crises de l’ancienne civilisation mais constitue en soi le prodrome ou bien le préambule du nouveau totalitarisme qui se dessine sous nos yeux. Ce nouveau totalitarisme ne sera pas nécessairement alimenté par la terreur d’un appareil d’état, mais le sera par l’appareil machine, la terreur qui fut autrefois, l’“essence“ même du totalitarisme en supprimant radicalement toute autonomie individuelle sera remplacé par celle de l’injonction de la machine, l’assistant navigateur de notre vie sociale qui supprimera également et radicalement toute liberté en insufflant les itinéraires rationnels que nous devons emprunter dans une civilisation machinisée devenue totalement cartésienne.

La machine cybernétique donnera ainsi l’impression à tout être, d’accomplir son autonomie, mais en réalité une autonomie manipulée jamais éloignée de son noyau, la machine régulant les gestes et les actes de ce bon citoyen corvéable, domestiqué que nous serons devenus, si notre conscience se laisse ankyloser par la société de divertissement qui nous est promise.

Aussi dans cette dernière partie du livre, il me paraissait comme primordial de faire de la conscience, de notre conscience le sujet essentiel pour saisir l’impératif de ne pas nous laisser couler dans la spirale infernale d’un système babylonien. Un système qui est en passe d’orienter la vie humaine au prétexte qu’il nous faut changer de récit celui d’une civilisation enfermée dans l’idée de la mort, qu’il faut ouvrir les yeux des hommes afin que nous devenions pareils à des Dieux. Il est temps ainsi de revenir à l’arbre de vie et de ne pas être sous la coupe de l’arbre technologique, de ce fameux fruit de la connaissance qui conduisit l’homme déchu à devenir l’homme Dieu.

[1] Lettre à l’église de Laodicée, Livre de l’Apocalypse de St Jean Apocalypse 3.14-22 « Je suis riche, je me suis enrichi, et je n’ai besoin de rien… »

[2] Fable de la grenouille : Si l’on plonge subitement une grenouille dans de l’eau chaude, elle s’échappe d’un bond ; alors que si on la plonge dans l’eau froide et qu’on porte très progressivement l’eau à ébullition, la grenouille s’engourdit ou s’habitue à la température pour finir ébouillantée.

[3] Formule empruntée à Jacques Ellul