Le post humain

Auteur Eric LEMAITRE 

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A l’heure des hybridations rêvées par les transhumanistes et des manipulations génétiques d’un savant chinois qui prétend avoir modifié génétiquement des bébés, il convient de lire les avertissements déclinés par ceux là même qui travaillent dans les domaines de la nano technologie et les lectures d’anticipation de romanciers qui s’interrogent sur les méfaits de telles avancées scientifiques. Ce nouveau texte que je produis interroge, la folie d’une science sans aucune éthique.

Dans Planète interdite, film sorti en 1958, le synopsis évoque une civilisation très avancée qui existait il y 200 000 ans sur cette planète terre et qui s’éteignit mystérieusement. Le personnage central du film montre un appareil capable de mesurer et d’augmenter les capacités intellectuelles, ce même personnage fit le constat après un premier usage qui faillit mal tourner, que l’appareil contribuait à doubler les capacités de l’intellect : ses nouvelles capacités améliorées par la machine, le conduisirent à étudier les archives de cette civilisation ancienne et à élaborer d’autres appareils technologiquement plus avancés.  Planète interdite est l’un des premiers films de science-fiction à évoquer le rapport de l’homme et de la machine dans l’aptitude de la machine à conférer à l’être humain de nouveaux pouvoirs, de nouveaux attributs démiurgiques.

Cette dimension de l’hybridation effleurée dans le film « Planète interdite » sera traité dans l’œuvre de science-fiction de Greg Bear, la musique du sang. L’œuvre de science-fiction aborde Les premières recherches dans les domaines de la nano technologie et en vous partageant un récit dystopique que relate le roman de science-fiction.

Le roman s’inscrit sans doute dans les contextes d’un discours donné le 29 décembre 1959 à la Société américaine de physique, Richard Feynman physicien éminent spécialiste dans les domaines de la physique quantique évoque en effet un domaine de recherche possible alors inexploré : l’infiniment petit ; Feynman envisage un aspect de la physique « dans lequel peu de choses ont été faites, et dans lequel beaucoup reste à faire » Se fondant sur la taille minuscule des atomes, il considère malgré tout comme possible de transcrire de grandes quantités d’informations sur de très petites surfaces. Le physicien eut ce propos quasiment hallucinant à l’époque mais ne semble pas avoir fait réagir, sans doute que le contenu est passé inaperçu, car totalement énigmatique ou encore obscur. Feynman disait en effet : « Pourquoi ne pourrions-nous pas écrire l’intégralité de l’Encyclopædia Britannica sur une tête d’épingle ? ». Le propos du Physicien n’avait pas été spécifiquement relevée, et qui est depuis et jusqu’à aujourd’hui abondamment cité et relayé. Ce qui à l’époque était infaisable, semble aujourd’hui parfaitement réalisable, grâce aux progrès en micro technologie.  Cette micro-technologie est de fait le matériau intelligent qui servira l’intrigue du Roman écrit par Greg Bear. Je ne sais si Greg Bear était au courant des propos tenus par le savant mais Feynman entendait aller au-delà des machines macroscopiques avec lesquelles nous vivons : il imaginait un monde où les atomes seraient manipulés un par un et agencés en structures cohérentes de très petite taille, des microsystèmes en quelque sorte, des micro robots autonomes qui ouvrent des voies inexplorées et qui pourraient être télécommandées pour soigner une lésion dans le corps humain et c’est aujourd’hui à la portée des laboratoires. Les dernières avancées dans ce domaine sont sur le point de dépasser la science-fiction, de dépasser le roman de Greg Bear.

Ainsi dans la même veine le roman de science-fiction de Greg Bear anticipe ce futur des nanotechnologies. Rappelons que Le livre dystopique est écrit en 1985, et il est intitulé la « Musique du Sang » un roman qui reçut plusieurs prix littéraires. Le roman de science-fiction met en scène un chercheur généticien qui invente des ordinateurs biologiques à l’échelle d’une cellule humaine, ce qui pourrait s’apparenter aujourd’hui à l’ensemble des études et des procédés de fabrication, de manipulations de structures physiques, biologiques et de systèmes matériels à l’échelle du nanomètre. Pour se représenter le nanomètre, disons que c’est la taille d’une orange comparée à l’échelle de la terre. Nous comprenons que cette dimension a quelque chose d’extraordinaire en soi. L’être humain est ainsi capable de construire des objets infiniment petits comme le canon à gênes créé par Sanford Cornell et ses collègues qui ont développé le « biolistique de particules Delivery System ».

Le roman écrit par Greg Bear est de fait bel et bien un roman d’anticipation, le contenu fictif anticipe ce qui touchera quelques décennies plus tard à l’ingénierie moléculaire et l’incorporation de matériaux nanotechnologiques qui s’appliqueront demain au corps humain.

Mais revenons à nouveau au Roman de Greg Bear, un chercheur en génétique est menacé par son entreprise de licenciement après sa découverte inquiétante, le généticien (docteur folamour) décide alors de s’implémenter, de s’inoculer, d’injecter et d’incorporer ces ordinateurs de la taille d’une cellule humaine, dans son propre corps après sa rupture de contrat avec son laboratoire.

Ce généticien qui dans le roman de Greg Bear est appelé Vergil Ulam est myope, après avoir inoculé ce qui s’apparente aujourd’hui à un « micro » système informatique nommé noocyte ; constate qu’il est guéri de sa myopie, il est conduit à être tenté d’injecter dans sa peau ses créations informatiques, ces noocytes, puis il fait au fil de ses injections le constat, d’une augmentation de sa puissance, de sa toute-puissance. Puis peu à peu ses inventions noocytes se substituent à son corps biologique. Les « perfusions » répétées de ces systèmes sont sur le point de muter, d’opérer une transformation radicale de son corps, celles-ci métamorphosent son être tout entier, un peu comme dans le roman de Kafka, il se transforme en une forme de « vermine monstrueuse », de bête immonde, une galaxie de noocytes conscients d’eux-mêmes. Le corps devient au fur et à mesure un système embarqué avec des éléments matières qui interagissent d’elles-mêmes, avec le monde qui les environne et en impactant tout le milieu naturel avec lequel ces noocytes sont en contact.

Le roman montre que finalement ces cellules métamorphosées commencent peu à peu à manipuler leur environnement et c’est une véritable pandémie qui gagnera le monde. Le romancier Greg Bear théorise ces galaxies de mondes noocytes comme des éléments qui dans un monde dystopique anéantissent le vivant, l’humanité devenue impuissante avec une création qui lui a littéralement échappé.

De fait et au-delà d’un roman qui décrit un monde finalement transhumaniste qu’il est prégnant, que l’incorporation, l’injection de matériaux nanotechnologiques notamment ce que l’on appelle les nanoparticules engendreront demain des inquiétudes évidentes. Les applications qui seront permises du fait de la maîtrise de systèmes matériels biologiques à l’échelle du nanomètre, légitiment les appréhensions les plus prudentes.

La vision dystopique et cauchemardesque du romancier américain nous renvoie de fait à l’ensemble des réflexions que nous partageons concernant la folie transhumaniste qui rêve d’amélioration de l’être, si certes, le scénario entrevu par Greg Bear différera de  ce qui est sorti de l’imaginaire de l’auteur du « Sang de la musique », il n’en demeure pas moins que la symphonie  transhumaniste montre bel et bien la perversion ontologique susceptible d’être engendrée en combinant matière et vivant en visant l’augmentation de l’homme et en réduisant le vivant à de vulgaires pièces de lego. Et si ces micro pièces technologiques d’un étrange puzzle biologique infiniment petit ne venaient pas finalement à dompter demain l’homme ?

Au même moment en 1986 un an après la parution du livre « La musique de Sang », Eric Drexler Ingénieur américain qui a travaillé pour la NASA et conçu des pièces de dizaines de nanomètres (voile solaire) a également publié un ouvrage sur l’avenir des nanotechnologies, Engines of Creation. Dans cet essai, Eric Drexler délivre à la fois sa vision positive mais également dystopique des progrès faramineux possibles avec l’essor des nanotechnologies.

Un deuxième Ouvrage de Eric LEMAITRE en préparation : Publication fin 2019 ou 2020

La perfectibilité de l’espèce humaine est l’impensé majeur d’une métaphysique et d’une nouvelle anthropologie qui se dessine à l’aune des avancées prodigieuses de l’univers technoscientifique.

Si le mouvement transhumaniste apparaît comme récent, le courant s’inscrit en réalité dans la mémoire latente de l’humanité comme le récit d’une conquête contre la mort et d’une lutte s’opposant à la finitude de l’espèce humaine !

Auteur : Eric LEMAITRE

Quelle anthropologie

à l’heure du transhumanisme ?

Anthropologie

« La révolution véritablement révolutionnaire se réalisera non pas dans la société, mais dans l’âme et la chair des êtres humains. » Aldous Huxley

Première partie  

La perfectibilité de l’espèce humaine est l’impensé majeur d’une métaphysique et d’une nouvelle anthropologie qui se dessine à l’aune des avancées prodigieuses de l’univers technoscientifique.

Si le mouvement transhumaniste apparaît comme récent, le courant s’inscrit en réalité dans la mémoire latente de l’humanité comme le récit d’une conquête contre la mort et d’une lutte s’opposant à la finitude de l’espèce humaine !

Les origines du transhumanisme

***L’homme déchu, une triple rupture***

  • Définir simplement le transhumanisme
  • Le transhumanisme ses origines
  • Le transhumanisme, une histoire enfouie

Le transhumanisme : Une nouvelle anthropologie

*** Le détournement de l’homme***

  • Critique de l’essentialisme et de la sacralisation de la vie
  • L’homme machine [Le monisme]
  • La dénaturation du Vivant ?
  • De l’homo-Sapiens à l’homo cyborg

Le transhumanisme : Portrait de l’homme augmenté

*** L’homme augmenté : la dissociation du lien social *** 

  • Matérialiste
  • Narcissique
  • Technoscientifique
  • Consumériste
  • Eugéniste

Deuxième partie  

Changer techno scientifiquement l’être humain plutôt que de le changer via la religion, l’éducatif ou le politique est la nouvelle dynamique qui fonde aujourd’hui la civilisation humaine.  L’amélioration de l’homme passera par la civilisation technique et l’hybridation homme machine qui le domestiquera et l’asservira…

 L’empreinte technique dans la civilisation de l’homme augmenté

*** La faillite de l’homme augmenté ***

  • La civilisation transhumaniste
  • L’empreinte technique dans la civilisation de l’homme augmenté
  • Le phénomène de la croissance technicienne [Jacques ELLUL]

L’Intelligence artificielle ou le rêve de l’hybridation Homme Machine

*** De l’anthropologie de l’émancipation à L’homme machine ***

  • Qu’est-ce l’intelligence artificielle [Le deep learning] ?
  • Hybridation Homme / Machine
  • Les enjeux et menaces

Troisième partie

 

La dernière partie du livre sera un plaidoyer pour retrouver le sens du prochain

Quelle anthropologie pour demain où notre devoir de résilience 

*** L’âme et le prochain ***

  • Les constats d’une vie déchue
    • L’homme a un besoin vital de vie relationnelle
    • Vivre la proximité
    • Pour conclure

 

 

Clés de lecture pour lire l’essai ‘La déconstruction de l’homme’

L’essai « La déconstruction de l’homme » énonce une analyse critique des mythes qu’entretiennent ces nouvelles idéologies touchant à ce soi-disant « nouveau monde » !

Les critiques s’adressent à ce monde marchand, ces nouvelles croyances et démarches normatives qui impactent toutes les sphères de la vie sociale :

Le transhumanisme en tant que système scientiste qui vise à modifier le réel,
Le progressisme en tant que système culturel et politique qui vise à réformer les esprits pour les préparer au nouveau monde et à une nouvelle conception du récit anthropologique concernant l’homme.
Le consumérisme qui nous invite à consommer pour exister et nous conduit peu à peu à une domestication par les objets et à leurs injonctions permanentes
Le technicisme bureaucratique (le château décrit par Kafka) qui vise à formater et à faire rentrer la vie sociale dans un monde de normes, normes consommées par l’Intelligence artificielle, ce nouveau despote prétendant être au service de l’humain.

 

L’ouvrage

« La déconstruction de l’homme »

vient de paraître (12 octobre 2018)

Commandez-le maintenant en ligne sur Lulu au prix de 23 euros HT.

 

L’auteur Éric LEMAITRE

Père de famille, marié avec Sabine, Éric LEMAITRE est Rémois, socio économiste de profession, Enseignant à l’ESI Reims, de confession chrétienne.

Éric a également contribué à lancer le courant pour une écologie humaine au sein de sa propre région. Est également le coauteur avec Alain Ledain et d’autres auteurs de deux ouvrages, l’un sur le concept de genre « Masculin/féminin faut-il choisir » éditions FAREL, l’autre « Vers une société de l’uniformisation » Editions Ethique Chrétienne.

À la fois au travers de sa vie sociale et de ses engagements personnels en tant que blogueur (Son site : https://deconstructionhomme.com/), Éric a été largement sensibilisé par les questions qui touchent autour de la technique. En raison de sa vie professionnelle impactée par les mutations associées à l’économie numérique, et de la conviction que le monde virtuel est sur le point de façonner la vie sociale, Éric a entrepris l’écriture avec le concours de Gérald Pech et de plusieurs amis issus des sciences dures et des sciences sociales, d’un essai très ambitieux pour dénoncer ces nouvelles idéologies contemporaines et hors sol progressisme, transhumanisme, …) qui puisent leurs sources dans la philosophie des lumières  ou dans la croyance du progrès sans fin, le récit d’une vie toujours meilleure, le mythe d’un avenir aux « lendemains qui chantent ».

Présentation du livre par Etienne OMNES

Notre époque est déterminée par un objet philosophique que l’on appelle la Technique. La Technique (décrite par Jacques Ellul dans son livre « La Technique ou l’enjeu du siècle » écrit dans les années 50) est cette démarche de rationalisation et de mathématisation du monde au profit d’une plus grande efficacité et d’une plus grande force pour l’être humain. Le sommet de cette Technique est le transhumanisme, une démarche qui vise à améliorer l’être humain par la technologie, quitte à en transgresser toutes les limites comme la mort. Voilà le principal objet du livre d’Éric Lemaître : cette technique omniprésente, qui sert aujourd’hui de dieu et sauveur à notre civilisation.

Il procède donc en deux parties : 1. Les fondements philosophiques de la déconstruction : une présentation plutôt complète du « système technicien » au travers du phénomène transhumaniste. 2. Les révolutions de la déconstruction : Éric décrit aspect par aspect chaque domaine atteint par la Technique, et comment il est redéfini par celle-ci, et comment y répondre.

Globalement, le livre peut être défini comme une suite d’essais indépendants, qui explorent méthodiquement l’empreinte de la Technique et des idéologies progressistes, sur notre monde et à tous les étages de la vie et toutes les dimensions anthropologiques, culturelles, sociales, économiques… Je conseille d’ailleurs de le lire lentement, pour bien s’imprégner de ce qui est écrit. Le livre n’est pas fait pour le gobage…

Note de l’auteur Eric LEMAITRE

La critique engagée vis-à-vis de l’idéologie transhumaniste, progressiste et du système technicien 

L’essai « La déconstruction de l’homme » énonce en effet une analyse critique des mythes qu’entretiennent ces nouvelles idéologies touchant à ce soi-disant « nouveau monde » !

Les critiques s’adressent à ce monde marchand, ces nouvelles croyances et démarches normatives qui impactent toutes les sphères de la vie sociale :

  • Le transhumanisme en tant que système scientiste qui vise à modifier le réel,
  • L’idéologie du progrès en tant que système culturel et politique qui vise à réformer les esprits pour les préparer au « nouveau monde » et à une nouvelle conception du récit anthropologique concernant l’homme.
  • Le consumérisme qui nous invite à consommer pour exister et nous conduit peu à peu à une domestication par les objets et à leurs injonctions permanentes
  • Le technicisme bureaucratique (le château décrit par Kafka) qui vise à formater et à faire rentrer la vie sociale dans un monde de normes, normes consommées par l’Intelligence artificielle, ce nouveau despote prétendant être au service de l’humain.

Cette critique peut étonner, parfois agacer le lecteur mais n’a pas d’autres objectifs que d’enfoncer en quelque sorte le clou. La révolution est à la fois culturelle (conditionnement des esprits), idéologique (une croyance aveugle d’un progrès qui ne viendrait pas seulement soulager l’homme mais augmenter toutes ses facultés) et technique (les objets qui nous divertissent et nous détournent du sens de l’autre).

Cette révolution comme nous le rappelions précédemment à la fois idéologique et techniciste est en effet à notre sens totale, elle vient comme absorber, consommer, l’identité de l’homme dans l’ensemble des composantes liées à son humanité, sa vie sociale et culturelle. Je vous invite à lire ce livre dont la dimension inédite réside dans une lecture à l’aune de ce que nous enseigne la Bible à propos de l’homme. Qu’est-ce que l’homme pour que tu souviennes de lui… ? Psaume 8.

Rentrant d’un enterrement, ce sont des moments qui paradoxalement vous ramènent souvent à la vie, à la vraie vie, je croisais sur le trottoir étroit, une jeune femme qui avait ses yeux rivés sur l’écran et avançait d’un pas rapide mais sans prendre soin de regarder à son environnement, j’ai dû m’écarter de ce trottoir étroit face à l’indifférence de cette jeune personne, à la fois pressée et absorbée sans doute, par les textos lus. Je lui fis remarquer avec humour que la vraie vie était ailleurs, ni dans les écrans l’absorbant, ni dans son monde virtuel la vampirisant, car elle a bien failli bousculer le réel …

L’homme est ainsi comme environné, ingéré puis envoûté par la technique… N’est-ce pas Jacques ELLUL qui partagea son scepticisme vis-à-vis de la technique en déclarant ceci :

« Je me méfie totalement de tout le mouvement utopiste, car il n’évitera pas le piège de la reconstruction de la cité rationnelle et parfaite, c’est-à-dire où la Technique sera Tout et en Tous. ».

« La cité rationnelle » comme l’écrit Jacques ELLUL, a une forme utopique, le meilleur des mondes, celle de l’égrégore. L’égrégore est une collectivité universelle bienveillante, pour tous, la bienveillance elle s’est exprimée au travers du communisme numérique qui en quelque sorte vous happe puis vous enveloppe avec ses promesses de facilité et vie sans effort, parfois de gratuité mais vous rend dépendant à son objet.

Dans cette cité numérique mais en réalité dystopique, le pire des mondes, nous devenons les objets d’un système technicien nous liant tous aux projets d’une société virtuelle et finalement déshumanisante. Cet égrégore ne fait plus de l’homme un être incarné dont il conviendrait de prendre soin, un être d’abord de relations, mais fait de chacun, une matière connectée à d’autres matières : Smart Phone, tablette, montre digitale et sans doute demain biopucé….

Éric dans son livre « La déconstruction de l’homme » ose le proclamer : l’humanité qui a voulu l’égalité avec Dieu est en passe de vivre « la honte prométhéenne » en ce sens qu’après avoir créé son Golem, fasciné par sa créature, il lui cède en quelque sorte son âme en nous partageant une perplexité, il a été capable d’être l’auteur de quelque chose qui le dépasse désormais, sans comprendre que lui-même fut aussi « créé de peu inférieur à Dieu ».

L’homme démiurgique finit en fin de compte par adorer sa propre créature.

Finissant ainsi par gommer Dieu, déclarant même sa mort. L’humanité a pris sa revanche, elle a enfin chassé Dieu de sa cité, le même homme qui fut au commencement de son existence chassé du jardin. Cette humanité iconoclaste est en passe d’adorer une nouvelle idole produit de sa création, de reconstruire un monde idéalisé, un nouvel EDEN, un nouveau monde célébrant le progrès, signant en quelque sorte la fin d’une partie de son identité… Voilà ce que nous pouvons appeler « la honte prométhéenne » que décrivit fort bien le philosophe Allemand Günther Anders.

Ainsi comme l’écrivait Bernard Charbonneau penseur de l’écologie ami de Jacques ELLUL

« Il nous faut le temps d’oublier l’ancien Dieu pour nous en fabriquer un nouveau et recréer totalement l’univers à son image. La Totalité sur terre : depuis l’alpha du réel jusqu’à l’oméga du vrai ? Nous n’aurons de cesse que nous ne l’ayons atteinte. Voilà l’entreprise raisonnable dans laquelle l’âge de raison a engagé l’humanité. ».

Toute la pensée de Bernard Charbonneau est marquée par la dimension de l’écologie et sans doute par une écologie qui replace l’idée d’un homme réellement libre et non le sujet d’une « société des individus », individus qui seraient en somme incapables de prendre leurs distances avec l’emballement d’un monde collectif structurant et organisant la vie sociale et qui anéantit en réalité les libertés.

En définitive la révolution numérique, ce phénomène brutal et massif se déploie aujourd’hui sous nos yeux comme une véritable déferlante, phénomène qui est sur le point de remodeler la société de demain. Sa dynamique propre et la vitesse à laquelle elle s’étend sont de nature à rebattre toutes les cartes de la vie sociale.

Chaque révolution industrielle s’est enfin de compte, accompagnée autrefois d’une restructuration de la vie sociale, chaque révolution industrielle a imposé une forme de réadaptation de la vie et des rapports aux autres. La rapidité avec laquelle les innovations du monde numérique s’étalent aujourd’hui ne laissera dès lors aucun répit, d’où une désorientation sociale et psychologique qui sera sans précédent dans l’histoire. Le monde numérique est en train de casser les repères culturels qui avaient été à présent les nôtres ; le nouveau monde qui se déploie sous nos yeux est sur le point d’être recomposée avec de nouvelles règles, de nouveaux codes, une nouvelle normalisation, de nouvelles oligarchies (les scientistes) dont les projets autour de la technicité sont de nature à fragiliser, à déconstruire l’homme, à renverser les valeurs, les tables de l’ancien monde, leurs hiérarchies, leurs institutions. Ainsi nous faisons notre le propos du Philosophe Éric Sadin un des meilleurs penseurs majeurs du numérique et de son effets et conséquences sur nos vies et nos sociétés : « allons-nous accepter, au nom de la croissance, de voir s’instituer, par le fait de ces systèmes, un dessaisissement de notre faculté de jugement, une marchandisation intégrale de la vie ainsi qu’une extrême rationalisation de tous les secteurs de la société ?[1] »

Enfin pour conclure une grande partie du livre « La déconstruction de l’homme » est consacrée à cette dimension anthropologique « Qu’est-ce que l’homme ? » le livre toutefois, ne s’enferme pas dans un tableau noir, le livre offre une feuille de route préconisant un autre chemin à emprunter et les moyens d’une résilience face aux mutations promises par le nouveau monde. Le livre nous propose ainsi de revenir aux sources bibliques, de découvrir avec étonnement des préconisations parfaitement applicables au sein même de notre modernité…

Merci de nous avoir lus et surtout de lire ce livre « La déconstruction de l’homme » ! N’hésitez pas en parler autour de vous et à inviter vos amis à se le procurer….

http://www.lulu.com/shop/eric-lema%C3%AEtre/la-d%C3%A9construction-de-lhomme/paperback/product-23845055.html

[1] Extrait de l’interview de Éric SADIN par le figaro Magazine http://premium.lefigaro.fr/vox/economie/2018/10/26/31007-20181026ARTFIG00370-l-intelligence-artificielle-est-un-assaut-antihumaniste.php Publié le 26/10/2018

Le passage d’une anthropologie relationnelle à l’anthropologie individuelle

Auteur

Eric LEMAITRE

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Ce n’est pas dans le monde virtuel que nous instaurons la rencontre, mais c’est bien en allant dans les ruelles de nos quartiers, sur l’aréopage, les places, sur l’asphalte, à la rencontre du prochain, de la personne malade, de l’étranger, de la personne isolée que nous manifestons la présence auprès des autres, celui que nous appelons le prochain.

Les mots compassionnels que nous laissons sur les réseaux sociaux ne valent en réalité rien, ces épigraphes, ces pathos ou ces louanges artificielles nous dédouanent finalement de notre réalité à aller vers l’autre.

Cet autre, ce prochain qui attend de nous un geste, une parole qui l’englobe, qui l’embrasse dans toute la dimension de sa réalité.  Le monde glacial et technologique de nos réseaux sociaux est en réalité un épais rideau, un mur subterfuge nous empêchant de rencontrer le prochain, car ce réseau virtuel et non social vient nous priver, s’il n’y a pas hélas de suites, de rencontres vécus nous reliant à la table de l’autre. Nous sommes foncièrement des êtres relationnels, nous défendons au fil de nos articles, cette anthropologie de l’échange incarné, nous soutenons l’homme grégaire et valorisons cette nature relationnelle qui est l’essence même d’une identité reçue. Cette nature est aujourd’hui malmenée, marquée par une anthropologie recentrée sur l’individu.

Nous sommes ainsi passés de l’anthropologie relationnelle, à celle d’un être plus isolé que jamais noyé dans les subterfuges de la technologie, les artifices des objets numériques nous connectant au monde et nous dissociant des autres. Cette anthropologie de l’individu est en passe de fabriquer une contre-culture héritée de l’échange vécu ou parfois conflictuel, cette anthropologie de l’individu est celle de l’être atomisé et isolé qui est transformé en avatar, un avatar qui a l’illusion de vivre alors qu’il est enfermé dans un écran.

La vie sociale est en réalité, celle qui est incarnée, car essentielle, elle définit en effet ce que nous sommes par rapport aux autres, la technique virtuelle (le réseau social) dans sa dimension fantasmatique est en revanche ce qui exprime le désir d’une relation sociale refoulée qui n’est en réalité que l’expression d’un égocentrisme se souciant des autres sans pour autant les aimer. Alors ami lecteur va faire de ce pas un brin de causette avec ton voisin, et invite le à boire une tasse de café ou une bonne bière fraîche. Redonnons du sens à la vie relationnelle vraie et partagée.

Vers une éducation sexuelle précoce à l’école ? Comment s’y retrouver ?

Initialement publié sur PEP'S CAFE ! :
« Éduquer », c’est « prendre soin ». Et donc respecter le rythme de développement affectif de l’enfant et de l’adolescent…Enfant par Alejandro Lizardo A quelques jours de la rentrée scolaire, et ce, depuis l’été 2018, la polémique enfle autour des déclarations récentes de la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et…

Voilà un article de notre partenaire très documenté, sérieux, étayé obligeant cependant à une très grande forme de vigilance, de prudence, de circonspection, car les contre attaques de la ministre plutôt secrétaire d’état n’occultent en rien et au-delà des polémiques, les suspicions, les défiances et les craintes légitimes des parents… mais pourquoi donc s’occuper se préoccuper de vie sociétale à l’école alors que la fonction de l’école est bien de transmettre de la connaissance…Bientôt il sera plus important de connaitre le sexe genré que de savoir calculer et compter, ce qui est une aberration sans nom et je pèse ici avec beaucoup de nuances mes mots…. Laissons aux Parents le soin de transmettre le respect de l’autre plutôt que d’arracher leurs enfants à je ne sais quel stéréotype pour en imposer d’autres via le totalitarisme des idéologies issues des études sur le genre…

Avatar de pepscafePEP'S CAFE !

« Éduquer », c’est « prendre soin ». Et donc respecter le rythme de développement affectif de l’enfant et de l’adolescent…
Enfant par Alejandro Lizardo

A quelques jours de la rentrée scolaire, et ce, depuis l’été 2018, la polémique enfle autour des déclarations récentes de la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa. Cette dernière avait annoncé, le 18 juillet sur RMC (1), l’envoi à la rentrée (en collaboration avec le ministre de l’Education nationale) d’une nouvelle circulaire à tous les recteurs d’académie afin d’appliquer la « loi [de 2001] qui existe déjà et qui n’est pas mise en œuvre », dans le but, notamment, de lutter contre le sexisme, le harcèlement de rue et la culture du viol. Cette loi dispose qu’« une information et une éducation à la sexualité (soient) dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles et…

Voir l’article original 2 036 mots de plus

Chronique Radio : La nouvelle révolution anthropologique

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Laurence de Radio Vie FM interview   Eric LEMAITRE sur la révolution anthropologique. à écouter…

les robots vont modifier la psychologie humaine

Les robots vont modifier la psychologie ­humaine autant que les progrès de l’alimentation et de la médecine ont modifié nos corps. Notre taille et notre corpulence ont changé, notre résistance aux maladies et à la douleur aussi, mais nous ne nous en rendons pas compte car ces changements nous sont devenus naturels. Il en sera de même avec les ­machines intelligentes, qui vont bouleverser non seulement notre quotidien mais aussi notre manière d’être au monde.

Serge Tisseron est psychiatre, docteur en psychologie et, depuis 2015, membre de l’Académie des technologies. Il a cofondé, en 2013, l’Institut pour l’étude des relations homme/robots (IERHR), dont il est toujours un membre actif.

Les robots vont modifier la psychologie ­humaine autant que les progrès de l’alimentation et de la médecine ont modifié nos corps. Notre taille et notre corpulence ont changé, notre résistance aux maladies et à la douleur aussi, mais nous ne nous en rendons pas compte car ces changements nous sont devenus naturels. Il en sera de même avec les ­machines intelligentes, qui vont bouleverser non seulement notre quotidien mais aussi notre manière d’être au monde.

Quatre domaines, au moins, seront profondément modifiés. D’abord, notre capacité à différer la satisfaction de nos désirs. Le téléphone, puis le mail, ont déjà commencé à altérer notre capacité de résistance à l’attente relationnelle : avec la livraison quasi instantanée par drone, nous allons aussi devenir intolérants à l’attente des objets. Le degré suivant sera probablement l’intolérance à nos attentes de reconnaissance, car nos robots de proximité pourront nous gratifier de quantité de félicitations et gentillesses. Dès lors, serons-nous capables de supporter que la société humaine qui nous entoure soit moins aimable avec nous ? Aurons-nous seulement envie de continuer à la fréquenter ?

Le deuxième changement concerne le rapport à la solitude et au discours intérieur. Avec nos « chatbots »[« agents conversationnels »], nous allons développer une tendance à nous raconter en permanence. Contrairement à la plupart des humains, ces machines nous ­feront constamment rebondir par des questions, des plaisanteries et des gentillesses. Pour une raison simple : la capture de nos données personnelles… Mais, du coup, la ­notion de solitude changera : la compagnie ne se définira plus seulement par la présence d’un humain, mais aussi d’une machine. Que deviendra la possibilité de se tenir à soi-même un discours intérieur, sans interlocuteur, lorsque nous serons habitués à en avoir un à demeure, prêt à nous écouter aussi longtemps que nous le voudrons ?

Lire la suite de l’article :

https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/07/12/serge-tisseron-les-robots-vont-modifier-la-psychologie-humaine_5330469_3232.html

 

Le Marché mondial de la reproduction, à qui profite-t-il ? Et le cas échéant, quels sont les perdants ?

Nous assistons dans notre monde contemporain, à l’émergence probable d’un marché de la vie, de fait à une intensification consumériste touchant à la chosification même de la fécondation. La vie devient alors un bien à consommer, une forme de capital boursier qui fera les joies des actionnaires.

Notre monde sera-t-il celui

de la marchandisation de toute la vie ?

Le marché mondial de la reproduction est une question qui doit nous interpeller. La vie, même devient dans toutes ses dimensions, un objet de catalogue consumériste et de marchandisation.

Nous assistons dans notre monde contemporain, à l’émergence probable d’un marché de la vie, de fait à une intensification consumériste touchant à la chosification même de la fécondation. La vie devient alors un bien à consommer, une forme de capital boursier qui fera les joies des actionnaires.

Avec la fécondation in vitro comme le mentionnent fort bien d’autres lanceurs d’alerte, tout est potentiellement à vendre OU à louer : embryons, gamètes, utérus.

En quelques années notamment dans le monde occidental pays nordiques, anglo saxons, nous assistons à l’émergence de sites Internet proposant la vente de spermes sur catalogues virtuels, les clientes peuvent accéder aisément à ces sites marchands et combiner les caractéristiques des spermes afin de dénicher le potentiel géniteur présentant toutes les garanties génétiques d’un corps idéal et d’un potentiel intellectuel satisfaisant. Puis à partir de la détermination de critères d’achat, voire demain d’un label et d’étoiles attribuées à la future progéniture, de pouvoir effectuer leurs commandes en ligne.

Il n’est pas improbable que ces sites étalent des rayons de gamètes, d’embryons, de spermes. Puis sur ces linéaires de la marchandisation de la vie que soient proposés des écarts de prix selon la marque de la future progéniture, sperme de prix Nobel, sperme de tel ou tel star du show-biz ou du monde du sport. Des différentiels de prix entre garçons et filles, ou entre « géniteurs » selon leur QI, leur aspect physique et la couleur de leur peau, dénotent dès lors un marché potentiellement sauvage. Ce libéralisme a des relents sélectifs d’une société qui primerait la performance, la recherche de l’« enfant parfait », ou du moins indemne de nombreuses affections graves et ceci évoque toute une dimension eugéniste, l’enfant choisi, le sera en regard de critères qui touchent à sa performance éventuelle, l’enfant de facto est réduit à un objet de consommation et non à l’être aimé tel qu’il est.

Dans ce contexte de marché, la vie est devenue une forme de produit commercial. Nous assistons en fait à l’avènement et l’avenir d’une société Eugéniste dont un Père fantôme pourrait engendrer des dizaines de progénitures, des enfants qui plus tard seront en quête d’identité, d’origine mais ne pourront pas taire la souffrance que vivent partout dans le monde les orphelins qui ignorent d’où ils viennent !

Qui sera le grand perdant ?

Pour répondre à cette question, il s’agira incontestablement de l’enfant vulnérable, fragile, souffrant d’un handicap qui ne répondra pas aux normes d’une société qui entendra étalonner un niveau d’exigence consumériste… Ici je veux citer le médecin Laurent Alexandre qui appelle pourtant de ces vœux l’émergence d’un monde transhumaniste mais nous met en garde sur l’engrenage qui touche le monde social à venir…

 

«La Médecine dite prédictive va de plus en plus prévoir et prévenir. La tendance va s’accélérer. Mais le début de la prédiction, c’est quand même de le faire in utero, de sélectionner entre guillemets les bons bébés par rapport aux mauvais. Ça se fera pendant la grossesse comme ça se fait déjà pour le mongolisme. On voit bien qu’on a mis le doigt dans l’engrenage. En Suisse, comme en France ou en Belgique, la quasi-totalité des enfants trisomiques sont avortés, ce qui est stricto sensu de l’eugénisme et de l’eugénisme intellectuel »

 

C’est le philosophe François-Xavier Bellamy qui n’hésite pas à parler d’un « monde où la médecine ne servirait plus à réparer les corps, mais à les mettre au service de nos rêves. Ce n’est plus un acte médical : c’est une prestation technique. La différence est aussi grande, qu’entre greffer un bras à une personne amputée, et greffer un troisième bras sur un corps sain. »

Nous voulons en quelque sorte satisfaire une stérilité sociale et déplacer  les barrières de la nature, en nous fondant sur le recours des avancées techniques de la science.  Or s’adosser à cette dimension technique, pose inévitablement un problème au monde médical. Un monde médical qui passerait d’une médecine réparatrice et de soins à une médecine de prestations de services, une médecine qui résout des envies sociales. La question vertueuse qui est également une question d’éthique, que nous posons dans ces débats, est de savoir si c’est la mission de la médecine de satisfaire des appétences consuméristes ? Puis à force de contourner les limites mêmes de la nature, d’endiguer, de dépasser les frontières du corps, ne serons-nous pas confrontés à d’autres difficultés majeures et toxiques, fragilisant le socle social, la révolte d’enfants devenus adultes qui rejetteront le monde que nous leur avons créé.

Gattaca : En route pour l’extravagance et la démesure de l’homme.

Comment ne pas songer dans ces nouveaux décors façonnés par le Transhumanisme à ce film qui nous projette dans un futur « Bienvenue à Gattaca ». « Bienvenenue à Gattaca » est un film de science-fiction qui n’utilise pas les codes du genre avec comme arrière-plan les effets spéciaux et des objets extravagants. Le film met plutôt l’accent sur une cité scientifique, un centre d’études et de recherches spatiales pour des jeunes gens au patrimoine génétique quasi parfait ! L’univers architectural de la cité scientifique ou évolue des hommes surfaits se caractérise par des lignes droites, des courbes parfaites, épurées, des décors comme l’escalier de forme hélicoïdale qui rappelle la structure de l’ADN. La cité scientifique et futuriste évolue dans un univers sans couleurs, sans réels contrastes, ou le déterminisme génétique triomphe, concevant des humains biologiquement sans défauts. Le centre de recherches est peuplé d’hommes et de femmes désincarnés, déshumanisés anonymes, comme mécanisés, surveillés, contrôlés. Des êtres surdoués aux capacités cognitives exceptionnelles, conçues par la génétique moderne, mais les visages sont énigmatiques, sans âmes, placides ils se croisent sans se rencontrer sans échanger, ils sont identiques, ils sont indifférents.

 Un texte

de

Eric LEMAITRE

 Le monde est traversé par de multiples feux et incendies, c’est toute la biodiversité qui est en péril :

  • la faune et la flore sont déstabilisées,
  • les ressources énergétiques ne sont pas inépuisables,
  • les écosystèmes sont fragilisés par les déséquilibres.

Nous ne sommes pas loin d’une faillite généralisée et cette faillite est autant économique, sociale et climatique. Jamais, il n’y a eu autant de corrélations entre différents phénomènes qui par leur conjugaison peuvent entraîner des maux irréversibles pour une grande partie de notre humanité.

Ainsi des pans entiers de notre environnement se délitent, s’étiolent, disparaissent, tous les instruments qui examinent la terre, la mesurent, convergent avec le même diagnostic, la planète s’est embrasée. Les catastrophes même les plus apocalyptiques ne sont plus inenvisageables. Pourtant les cassandres ne sont pas ou peu écoutées, souvent raillées, taxées de radicales, d’extrémistes. L’homme est devenu le premier prédateur des espèces et de la nature depuis la chute, depuis le jardin d’Eden ou il en a été chassé.

Plutôt que de se ressaisir, l’homme continue de se projeter dans les rêves les plus fous ou les folies les plus insensées. Parmi ces rêves, celles notamment d’artificialiser la nature, de la régénérer via les nanotechnologies, d’inventer de nouveaux artefacts ou artifices pour suppléer les limites physiques ou les facultés psychiques du genre humain.

Plus que Jamais, les démons qui sommeillaient dans le cœur de l’homme se réveillent et lui donnent un regain de désir de jouvence, cette volonté de faire disparaitre à tout prix la mort comme s’il fallait imaginer que le Diable dans le Jardin d’Eden n’avait pas tout à fait tort :

« Genèse 3.4 « Alors le serpent dit à la femme: Vous ne mourrez point; mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal »

Il faut pour ces nouveaux docteurs Folamour, oublier le corps ou vanter sa plasticité, inverser les rapports au vivant, vaincre les contingences d’un réel qui condamnent l’espèce humaine

Parmi

les projets délirants de ces nouveaux savants fous:

celui de

  • rapprocher le vivant et la technique,
  • de fusionner cerveau et machine,
  • celui d’implémenter le cerveau humain, le reprogrammer afin d’augmenter ses facultés cognitives.

Ce fameux docteur Folamour qui est en l’occurrence une pure fiction aspirait à sauver l’humanité.

Avec la société Google se rejoue la scène du savant fou en répliquant la scène déjà jouée, il s’agit pour une des sociétés du numérique l’une des quatre de ce fameux GAFA (Google, Apple, Face Book, Amazon) de sauver l’humanité de sa mortalité promise et d’augmenter la performance cognitive de l’homme.

Dans des contextes de mutation climatique, technologique et d’un monde consumériste qui domine nos manières d’agir et de vivre, l’encyclique « Laudato Si’ » du Pape François expose les convictions portées par l’église catholique.

Face à une modernité hors sol, ce monde n’est plus ancré dans un rapport au réel, ce monde post moderne aspire à des rêves déconnectés de tout rapport aux dogmes de la religion, à une dématérialisation des biens, une désincarnation des relations. La modernité veut ainsi s’ouvrir de nouvelles perspectives en étant dans le déni du réel comme si la modernité voulait aujourd’hui s’arracher de ses limites, de son univers incarné.

Que nous soyons catholiques ou non, la dernière encyclique du Pape François mérite d’être lue, tant son contenu est profondément réfléchi, interpelle à l’urgence d’une réflexion de tous relativement à l’évolution des techno sciences, à l’ensemble des mutations scientifiques et technologiques dont les répercussions se font déjà ressentir dans notre quotidien.

L’encyclique évoque les relations, les interactions de plus en plus prégnantes entres les technologies et nos modes de vie. La lettre du Pape François pointe l’émergence de techno structures deshumanisantes, la conviction que les connexions entre les êtres humains et les technologies se font plus pesantes que jamais, « tout est lié dans le monde ». La lettre écrite par le Pape François est ainsi une analyse critique du nouveau paradigme imposé par le monde des technosciences et au-delà « des formes de pouvoir qui dérivent de la technologie ».

Bien que l’encyclique ne fasse pas du Transhumanisme le cœur de son sujet, nous avons noté qu’implicitement cette lettre en faisait indirectement référence, c’est pourquoi nous souhaitions l’évoquer dans cette chronique.

Nous souhaitons ici informer,

avertir, pour anticiper les orientations qui se dessinent d’ores et déjà.

Au fond il s’agit de lancer une démarche d’alerte, d’éveil des consciences, de saisir qu’y compris dans le quotidien, les objets qui nous entourent peuvent être aussi des environnements qui constituent autant de marqueurs d’une époque qui peu à peu en raison de leur emploi addictif, nous habitue à de nouvelles servitudes, comme si ces objets étaient des nécessités quasi vitales.

Ces objets de « la modernité numérique » nous lient demain aux projets d’une société virtuelle et deshumanisante qui ne fait plus de l’homme dans sa dimension ontologique, un être incarné dont il conviendrait de prendre soin, un être d’abord de relations et non une matière connectée à d’autres matières.

Je crois en effet qu’indiscutablement nous sommes comme conditionnés par les objets et des techniques qui nous sont devenus si familiers. A travers ces objets nous avons fini par nous habituer à leurs contacts, à devenir leurs sujets et demain totalement asservis, assujettis sans que nous ayons la volonté de nous en défaire, de nous affranchir.

Ces objets qui incarnent notre modernité, nous emprisonnent et nous rendent dépendants ! Je crois en effet que nous sommes arrivés au point d’être fascinés, que le pouvoir de séduction de ces objets, naturellement ces objets sont comme des leurres et tromperont bon nombre d’entre nous. Qui en effet n’a pas tel ou tel objet numérique (portable, ordinateur, appareil photo) chez lui et ne soit pas tenté par les dernières évolutions technologiques, le confort apporté par ces nouveaux environnements de notre consommation.

L’une des dérives de ce pouvoir technologique étant ce besoin irrésistible, implacable d’accroitre sa puissance de divertissement, de savoir, de contrôle, d’augmenter sa capacité de servitude sur le monde, de faire également reculer les limites biologiques de l’homme qui l’ont enfermé jusque-là dans une forme de vulnérabilité, de fragilité qu’incarne la mortalité.

Ainsi l’encyclique résume les nouveaux enjeux terrifiants d’une « science sans conscience », les enjeux sont illustrés par ce propos extrait de la lettre écrite par le Pape François :

« …Nous ne pouvons pas ignorer que l’énergie nucléaire, la biotechnologie, l’informatique, la connaissance de notre propre ADN et d’autres capacités que nous avons acquises, nous donnent un terrible pouvoir. Mieux, elles donnent à ceux qui ont la connaissance, et surtout le pouvoir économique d’en faire usage, une emprise impressionnante sur l’ensemble de l’humanité et sur le monde entier. Jamais l’humanité n’a eu autant de pouvoir sur elle-même et rien ne garantit qu’elle s’en servira toujours bien, surtout si l’on considère la manière dont elle est en train de l’utiliser ». 

C’est le mot emprise qui est saisissant comme l’expression d’une possession d’un nouveau territoire qui s’offre désormais à l’homme, la conquête n’est plus géographique, la conquête s’inscrit désormais dans le champ de l’esprit, il appartient à l’homme de dépasser tout à la fois ses limites mais aussi de transcender les frontières qui l’ont jusqu’alors enserré. La technologie est le recours, comme une forme de pouvoir qui s’offre à l’homme désormais pour dépasser la finitude de l’existence humaine, l’infirmité biologique de l’homme.

La technologie est sur le point de revêtir une fonction idéologique et cette fonction idéologique est portée par le Transhumanisme,

…..un mouvement culturel très actif pour prôner le dépassement de l’homme emmuré dans sa finitude et d’abord sa mortalité.

Il faut ainsi pour ce mouvement permettre à l’homme d’échapper à sa souffrance comme le rappellent Geneviève Ferone et Jean-Didier Vincent dans leur remarquable livre, Voyage en Transhumanie, en citant Freud le Père de la Psychologie moderne qui mettait en évidence les sources des tourments qui pèsent sur la condition humaine « La puissance écrasante de la nature, la caducité de notre propre corps, et l’insuffisance des mesures destinées à régler les rapports des hommes entre eux que ce soit au sein de la famille, de l’état ou de la société ».

Le Transhumanisme est ainsi cette idéologie méconnue de beaucoup qui fondée sur une nouvelle matrice, celle d’une toute-puissance prométhéenne, une puissance sans limites, de nouvelles facultés démiurgiques données à l’homme, dont les pouvoirs étendus ne se donnent aucune frontière pour renverser les représentations ontologiques qui ont été jusqu’alors les nôtres.

L’un des thèmes, débattus par l’idéologie transhumaniste touche notamment à l’allongement infini de la durée de la vie, l’émergence d’une nouvelle post humanité, la fusion hybride des hommes et des machines.

Dans le monde c’est la société Google qui est porteur de cette idéologie transhumaniste et comme nous l’avons précédemment écrit, ces idéologues rêvent d’une humanité enfin débarrassée de ses dogmes, de ses vérités qui l’enfermaient jusqu’alors dans un réel construit autour de la finitude, la fragilité, la vulnérabilité.

Nous comprenons alors que cette société qui se dessine à travers Google, nous projette dans une société mutante, une véritable révolution, un changement de paradigme. Dans cette société transhumaniste il s’agit ni plus moins que de proposer un homme immortel, mais également un homme augmenté. Le rêve du Transhumanisme c’est un homme qui ne meurt pas. L’homme décidant de cesser d’être une créature mortelle et maudite en quelque sorte depuis le jardin d’Eden et décidant de prendre son destin en main « Devenir lui-même Dieu ».

Citant à nouveau, les auteurs du livre « Bienvenue en Transhumanie » le monde est entré dans de fortes turbulences, de toute l’histoire technologique nous prenons conscience aujourd’hui que l’humanité détient une puissance technologique inégalée, que les « forçages technologiques » organisées nous permettent de reculer les limites qui ne sont pas éloignées des projections les plus futuristes de la science-fiction.

Dans ces contextes d’idéologie transhumaniste la fameuse Silicon Valley est devenue mégalomaniaque, démiurgique. C’est dans le cœur même de la Silicon Valley que se construit une nouvelle idéologie dont la matrice est la négation de Dieu « Dieu n’existe pas, Dieu c’est nous, augmentés par les nano-bio-technologies ». Le Dieu qui est annoncé est « l’homme 2.0 » selon l’expression même des nouveaux idéologues et sorciers de San Fransisco. L’homme 2.0, ce sera l’homme hybride avec l’intelligence artificielle, l’homme rendu immortel grâce aux nano-bio-technologies.

Mais comme le souligne l’auteur de l’excellent article « Que cache la Nébuleuse transhumaniste ? » Mathieu Dejean « Ces mystérieux apprentis sorciers qui conjuguent au futur le conditionnel des romans de science-fiction sont philosophes, ingénieurs et biologistes, ils partagent un même diagnostic : le progrès exponentiel des sciences et des techniques, et la convergence technologique des NBIC, ces derniers mettent le présent sous la pression du futur. » Les plus extrémistes de cette mouvance culturelle du Transhumanisme, annoncent l’avènement de la “singularité”, c’est-à-dire le point de rupture qui verra l’humanité basculer et les intelligences artificielles prendre en charge elles-mêmes l’innovation, le développement des améliorations touchant la santé, la technologie, la vie sociale, la surveillance.

Dans ces contextes transhumanistes et croyance sans limites dans le progrès, Google déploie des algorithmes complexes, s’emploie à développer, à améliorer l’ensemble des processus techniques touchant l’intelligence artificielle faible. L’intelligence artificielle faible se définit comme une suite d’opérations élémentaires qui permettent de résoudre un problème, un calcul. Sur la base de ces algorithmes, le processeur ainsi programmé est capable d’effectuer des opérations avec une grande vitesse, de stocker et manipuler des volumes considérables de données, l’intelligence artificielle devient ainsi un incroyable auxiliaire aux capacités de calcul illimités qui contraste forcément avec les capacités limitées, définissant aujourd’hui les capacités cognitives de l’être humain.

La programmation à partir de ces algorithmes permet ainsi à l’homme de plus avoir recours à des tâches en mobilisant ses propres ressources cognitives, les tâches qu’il accomplissait peuvent être désormais exécutées par des systèmes de plus en sophistiqués, de plus en plus performants.

Ainsi poser un diagnostic sur un cancer pourra être valablement fait à terme par une machine de par ses capacités à terme à contrôler l’ensemble du génome humain. Dans le monde des Jeux d’échecs nous savons que la puissance des processeurs d’aujourd’hui et la sophistication des programmes, que ce ne sont une dizaine de coups d’avance que calculent les meilleurs ordinateurs en quelques minutes mais plus d’une vingtaine dans un horizon temps extrêmement court, et qu’il impossible à l’homme le plus surdoué de vaincre les capacités techniques d’une super structure qui stocke en mémoire des milliards de combinaisons possibles et les évalue à une vitesse prodigieuse…

Un robot commandé à distance ou non pourrait également intervenir sur des opérations chirurgicales (c’est de l’intelligence artificielle faible), demain le projet de la voiture google qui nous pilote sans que nous ayons besoin d’intervenir n’est plus un projet inimaginable….

Le rêve de Google est de doter l’homme de nouvelles capacités, de suppléer à ses insuffisances, de rapprocher l’homme de la machine, de les fusionner. Comme l’écrivent les auteurs de « Bienvenue en Transhumanie », « le temps est venu pour l’apprenti sorcier) de devenir sorcier (nous faisons référence à la société Google. Pour cela il lui faudra s’affranchir de règles de bon sens élémentaires, cultiver l’art du déni, faire vœu de bricolage et à défaut posséder toutes les clés de la connaissance, tordre le cou aux considérations éthiques »… J’ajoute s’asseoir sur l’encyclique, sur la Bible et ses avertissements répétés concernant la tentation de l’homme de devenir lui-même Dieu.

Ainsi le sorcier ou la nouvelle bête en rapprochant l’homme et la machine, en les connectant, aspire à intégrer au corps et au cerveau humain des éléments d’intelligence artificielle, comme une mémoire étendue ou un « moteur de recherche » intégré, par exemple. Plus besoin finalement de faire l’effort de mémoriser, Wilkipédia auxiliaire de notre cerveau, serait inséré sous forme d’une puce discrète pour augmenter nos performances et épater nos amis qui eux-mêmes rivaliseront de leurs connaissances artificielles. L’avènement du surhomme est à nos portes !

Mais le projet de Google n’est pas l’intelligence artificielle faible ou la création de supports augmentant « la connaissance du bien et du mal » mais bien l’intelligence artificielle forte, la machine dotée d’un libre arbitre, « de conscience…. ? ».

Dans cette chronique je fais appel à un ami Philosophe, Chrétien lui-même engagé dans ce combat contre les idéologies ambiantes, contre les formes de régression engagées, de déconstruction de l’homme tel qu’il est.

Alors j’ai posé cette question à cet Ami que j’appellerai Philippe Nicodème et je l’ai sollicité sur cette dimension transhumaniste touchant l’intelligence artificielle, ce qu’il pensait de cette distinction entre « Intelligence artificielle Faible et intelligence Forte »

Je reprends les propos de Philippe qui nous partage sa lecture sur la distinction entre intelligence artificielle et forte « Une réserve de fond sur la distinction « intelligence artificielle faible » et « intelligence artificielle forte ». La première est un état de fait et elle existe depuis longtemps ; elle est infiniment plus puissance que la puissance de calcul d’un cerveau biologique humain ; la seconde (intelligence artificielle forte) est un POSTULAT. Rien ne dit ni ne montre qu’un machine puisse accéder à la conscience.

Je renvoie pour cela à la distinction que fait Pascal sur les trois ordres incommensurables (matière / intelligence / amour) : avec de la matière, on ne fait pas de l’intelligence, pas une once ; avec toute l’intelligence du monde, on ne peut pas faire un peu d’amour, pas une once non plus. Bergson aussi, dans l’énergie spirituelle, montre la dissymétrie matière pensée en disant que, s’il y a un lien entre cérébral et mental, depuis la cartographie du premier, on ne peut redessiner les pensées mentales.

Autrement dit, l’hétérogénéité radicale matière-esprit ne permet pas d’espérer qu’un jour, contrairement à ce que prétendent les sorciers transhumanistes, des ordinateurs, capables d’automatismes hallucinants (comme la google) car ces transhumanistes rêvent en pensant que l’on aura un jour de l’intelligence artificielle forte. Je ne dis pas qu’on n’y arrivera jamais ; ce que je veux dire, c’est que, comme pour le vivant, il faut déjà de la vie pour répéter du vivant; de même pour la pensée, il faudra déjà de la pensée consciente pour espérer l’augmenter. Mais de la matière seule, on ne pourra pas générer un souffle de pensée consciente : ça, c’est dans l’imagination des scientifiques qui devrait faire un peu plus de métaphysique plutôt que de rêver comme des gamins à une immortalité qui n’aurait aucun sens…. » 

Malgré les réserves formulées par le Philosophe, il n’est pourtant pas contestable que nous sommes « en route pour la démesure » avec cette volonté de redresser, de corriger notre sortie du Jardin de l’Eden, comme s’il fallait retrouver le chemin de l’éternité mais dans cette course folle vers un progrès sans conscience, n’est-ce pas la figure de la Bête qui se dessine subrepticement …. ! L’homme prométhéen devenu son propre Dieu. « Saurons-nous entendre ces signaux qui nous alertent sur les formes extravagantes du « progrès » ? » Propos du sociologue Yves Darcourt Lézat.

Pour conclure notre analyse sur cette dimension d’une nouvelle ère que franchit notre humanité en ouvrant de nouvelles perspectives pour refondre l’homme à travers l’idéologie Transhumaniste, nous insisterons sur trois points, points qui ont été partagés avec Charles-Eric de Saint Germain, Professeur de Philosophie et auteur de nombreux livres :

Le premier point concernant l’approche de cette idéologie est la focalisation de cette dernière sur l’augmentation de la puissance de calcul, la performance cognitive de l’homme (l’homme amélioré, l’homme augmenté), mais qui ne dit rien (ou pas grand chose) de la dimension spirituelle, de l’émotion, et du sens de la vie. Au fond l’homme augmenté reste profondément vide, que lui donnera-t-on comme supplément d’âme ?

« C’est le signe d’une utopie scientiste qui participe de l’idéologie scientiste, laquelle privilégie le mesurable et l’objectivable sur la qualitatif et l’interrogation sur le sens de la vie » comme l’écrit Charles Eric de Saint Germain. L’âme de l’homme qui le définit comme vivant se dérobe finalement, La vie est totalement occultée, comme broyée par la machine dont il pourrait être à terme qu’un simple auxiliaire. Ainsi le besoin de possession est sans nul doute une maladie incurable de l’âme, un cancer qui ronge le bonheur d’être au contact d’un jardin, le toucher, le contact qui restitue, une impression, une sensation, une émotion. Cet homme augmenté est loin des émotions et ces émotions qui tiennent justement à sa fragilité, ses limites, sa vulnérabilité.

L’avènement de l’homme augmenté :

  • n’était-il pas dans le jardin d’Eden avec le premier acte de transgression (consommer le fruit de la connaissance du bien et du mal) ?
  • n’était-il pas caressé dans les rêves du Philosophe Nietzche, l’avénement du surhomme, son avènement n’était-il pas implicitement contenu dans l’idéologie Nazie… ?

Mais un tel événement ne doit-il pas nous amener à craindre des risques sur le plan social: « L’amélioration artificielle de l’homme ne risquerait-elle pas de devenir une norme imposée directement ou indirectement par les employeurs, l’école ou le gouvernement. » Ne saurions nous pas alors confronté à un nouvel ordre social aux caractéristiques eugénistes « une société de la performance de forme eugéniste » ? Comme l’écrit également Florina KUNCKLER.

Le deuxième point est celui de l’émergence de la norme susceptible de réguler les formes de dopages techniques, les fonctions attribuées pour améliorer les performances humaines ? Serons-nous dotés des mêmes pouvoirs ? Quelle gouvernance décidera de la gestion de ces mutants ?

Cette société transhumaniste régulera-t-elle la gestion de la performance et comment ? Quels seront ces critères de répartition ?

L’autre danger souligné par Charles-Eric de Saint Germain « est celui qui tient à l’uniformisation de la société selon des normes de perfection génétique qui, d’une part, sont relatives à une époque donnée et qui, d’autre part, aboutissent à nier le fait que la diversité (et non l’uniformité) est source de complémentarité, de richesse et de progrès ».

Ici, sous couvert de progrès, il s’agira d’ »uniformiser » les gens en les soumettant à des normes d’amélioration, mais cela va aboutir dans les faits à une régression, et non à un véritable progrès, qui ira dans le sens d’une mécanisation et d’une perte de sens confinant à l’absurde.

Comment ne pas songer dans ces nouveaux décors façonnés par le Transhumanisme à ce film qui nous projette dans un futur « Bienvenue à Gattaca ». « Bienvenenue à Gattaca » est un film de science-fiction qui n’utilise pas les codes du genre avec comme arrière-plan les effets spéciaux et des objets extravagants. Le film met plutôt l’accent sur une cité scientifique, un centre d’études et de recherches spatiales pour des jeunes gens au patrimoine génétique quasi parfait ! L’univers architectural de la cité scientifique ou évolue des hommes surfaits se caractérise par des lignes droites, des courbes parfaites, épurées, des décors comme l’escalier de forme hélicoïdale qui rappelle la structure de l’ADN. La cité scientifique et futuriste évolue dans un univers sans couleurs, sans réels contrastes, ou le déterminisme génétique triomphe, concevant des humains biologiquement sans défauts. Le centre de recherches est peuplé d’hommes et de femmes désincarnés, déshumanisés anonymes, comme mécanisés, surveillés, contrôlés. Des êtres surdoués aux capacités cognitives exceptionnelles, conçues par la génétique moderne, mais les visages sont énigmatiques, sans âmes, placides ils se croisent sans se rencontrer sans échanger, ils sont identiques, ils sont indifférents.

Des citoyens dociles, comme pilotés par la servitude d’un système qui les transforme en subordonnés, en disciplinés totalement soumis à des taches bien ordonnées pour garantir la cohésion sociale de l’ensemble.

Le film a vocation à éveiller la conscience, ce film n’a peut-être rien d’utopique, il est aisé de comprendre que la trame d’un monde docile et indifférenciée, une société qui va vers l’uniformisation est une projection transposable à une réalité qui se dessine subrepticement, où tout ce que l’on voit est incontestablement transposable, des ambiances architecturales jusqu’aux idéologies qui portent intrinsèquement les dangers et les limites de la génétique moderne, du Transhumanisme.

Le Transhumanisme en mécanisant l’homme réduit sa part de lui-même l’atrophie de son identité qui est sa chair. Dans ces contextes de Transhumanisme, la chair serait potentiellement aliénée, comme anéantie. Or ce qui fait la beauté chez l’homme, c’est bien :

  • cette vulnérabilité qui le caractérise,
  • cette capacité relationnelle qu’il doit déployer pour survivre,
  • cette émotion pour coloriser la vie,
  • ces contacts, pour créer du sens à ses engagements
  • ces limites qui lui font dessiner le réel afin de comprendre qu’en tout il est un être mortel.

3) Enfin, et c’est le dernier point que nous traitons nous retrouvons dans ce projet transhumaniste qui est au cœur de toutes les idéologies totalitaires : la création d’un homme nouveau ou d’un surhomme. Par contraste, le christianisme affirme que seul Dieu peut faire un homme « réellement nouveau ». En voulant soi-même se faire Dieu, l’homme va au contraire y perdre son humanité, au sens moral du terme.

Or l’évangile nous propose …

  • non la figure d’un homme augmenté mais celui d’un homme régénéré,
  • non connecté à la matière, mais relié à l’esprit de Dieu.

L’homme selon l’évangile de Christ n’est pas amélioré, mais il est transformé par la grâce, par l’amour, par la relation avec son créateur, renouant ainsi le contact dans une dimension verticale, nourrie par la diversité, la différence et la complémentarité éloigné de toute idée d’uniformiser et de robotiser l’homme.

Note : NBIC est le label qui désigne aux Etats-Unis les nanotechnologies, les biotechnologies, les technologies de l’informatique et les sciences cognitives)

La révolution anthropologique et ses conséquences bioéthiques

Dans son livre « La nouvelle idéologie dominante », le sociologue Shmuel Trigano, rend compte de « cette reconsidération (métaphysique et anthropologique) du vivant et de l’humain, qui aboutit nécessairement à la redéfinition de la personne post-humaine, non plus dans son essence, mais dans son incarnation individuelle. »

Ainsi, le manifeste transhumaniste, résumé par ces mots « Nous souhaitons nous épanouir en transcendant nos limites biologiques actuelles », prend le contrepied de l’anthropologie biblique et définit, de facto, une nouvelle conception de l’homme et de son corps : 

Le transhumanisme, repose à la fois sur « un mélange assez hétéroclite d’ésotérisme religieux et de scientisme laïc », débouche sur une « certaine négation de la création, c’est-à-dire de la finitude de l’homme créé ». « Le transhumanisme percute l’incarnation, le corps créé dans sa dimension finie. Il s’agit de contrecarrer la nature, en modifiant l’ADN, en transmutant le corps humain, en revendiquant sa plasticité.

Le transhumanisme est ainsi marqué par la volonté de s’inscrire dans la transformation du réel aux frontières d’un monde désincarné où tous les rêves de mutation deviennent possibles.

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Un texte

de

Eric LEMAITRE

Les Institutions font de nos jours un usage quasi exclusif du terme genre.

En moins d’une décennie le concept de genre s’est imposé se substituant à la notion de sexe, Nous comprenons que la dimension idéologique du concept de  genre qui désigne des différences non biologiques hommes et femmes  est une forme de nivellement et d’indifférenciation des rapports sociaux et sexués hommes et femmes.

Il s’agit notamment pour les tenants et les promoteurs de cette terminologie de lutter in fine contre toutes les formes de patriarcat, Or derrière la promotion de l’égalité des sexes se cache sournoisement la volonté consciente ou non de combattre l’essentialisme biblique.

Cette nouvelle métaphysique qui redéfinit l’homme n’est ni plus ni moins qu’une forme nouvelle d’aliénation de l’être humain dans toute sa dimension d’être créé à l’image de Dieu. Une métaphysique radicale, édifiée, soutenue, promue par le féminisme matérialiste qui revendique une forme de lutte marxiste contre toutes les formes d’oppressions culturelles. Les conséquences bioéthiques des idéologies issues des études sur le genre préparent la post modernité et l’avènement d’un homme nouveau libéré de tout déterminisme grâce à l’évolution d’une techno science capable d’assouvir demain tous les fantasmes humains

Qu’est-ce que l’anthropologie ? 

Avant d’aller plus loin, il me semble cependant pertinent de définir en premier lieu le terme anthropologie qui étymologiquement est construit à partir de deux mots grecs, anthrôpos, ce qui signifie « l’homme » (au sens générique, ce terme embrasse bien entendu la femme), et logos, ce qui signifie la parole, le discours. Le domaine de l’anthropologie entremêle des notions très divers, se situe à la croisée des sciences humaines et naturelles, l’anthropologie étudie l’être humain sous tous ses aspects, à la fois physiques et culturels (morphologique, social, religieux, psychologique, géographique…). Dans l’approche qui est la nôtre, c’est à dire comme Chrétien, nous mettrons l’accent dans notre propos sur l’anthropologie dans sa définition biblique puis l’accent sur l’approche culturelle et sociale en regard des nouvelles idéologies contemporaines.

Une révolution anthropologique ?

Qu’est-ce qui se cache derrière ces mots « révolution anthropologique » ?

Notre monde est en mutation, nous l’avions déjà évoqué dans d’autres articles publiés dans ce site. La première mutation est l’homme lui-même, certes il ne s’agit « pas encore » d’une mutation génétique, mais culturelle, cette mutation[1] concerne en premier lieu le rapport à l’altérité, au corps, aux autres, à soi.

  • Le rapport à l’altérité, au prétexte de l’égalité homme/femme, c’est l’idée même de complémentarité et de différences sexuées qui est remise en question. Alléguant l’interchangeabilité, la plasticité des êtres,le « je ne suis pas mon corps ». Dans ce rapport à l’altérité, la nouvelle anthropologie revendique l’affranchissement des stéréotypes et des environnements culturels qui déterminent les représentations, figent l’homme dans une identité non choisie[2], cette recherche d’égalité absolue, et non la complémentarité, annonce la fin, ni plus ni moins, de la femme, ou l’apparition d’un être anthropologiquement neutre.
  • Le rapport au corps, ce sont ces notions de finitude et de l’homme déchu, qui sont progressivement et proprement contestées, dans une époque matérialiste, résolument tournée vers l’idée de progrès.
  • Le rapport aux autres, la notion même de prochain ne saurait faire sens chez les transhumanistes, puisque l’idée même de compassion et de charité est supplantée par l’idée d’un état ou d’une collectivité universelle amicale, un égrégore bienveillant, pour tous, et bientôt la bienveillance d’un nouveau communisme numérique.
  • Le rapport à soi, c’est dans l’interaction aux autres que nous nous construisons, or, ce monde virtuel ne construit pas des interactions, mais des interconnexions, qui modifient également les représentations de soi comme sujet incarné.

Dans ces contextes de rapports à soi et aux autres, l’idéologie transhumaniste vient également entrer en collision avec les conceptions anthropologiques de l’homme « tel qu’il est », c’est l’idée même de finitude, de limites naturelles, que le transhumanisme entend percuter.

L’anthropologie transhumaniste « bouscule » l’idée chrétienne d’un Dieu souverain, qui a créé le premier couple humain (l’altérité), premier couple qui transgresse l’ordre divin, qui fut de ne pas goûter au fruit de la connaissance du bien et du mal, et se revêt par conséquent d’une nature mortelle.

Dans son livre « La nouvelle idéologie dominante », le sociologue Shmuel Trigano, rend compte de « cette reconsidération (métaphysique et anthropologique) du vivant et de l’humain, qui aboutit nécessairement à la redéfinition de la personne post-humaine, non plus dans son essence, mais dans son incarnation individuelle. »

Ainsi, le manifeste transhumaniste, résumé par ces mots « Nous souhaitons nous épanouir en transcendant nos limites biologiques actuelles », prend le contrepied de l’anthropologie biblique et définit, de facto, une nouvelle conception de l’homme et de son corps :

Le transhumanisme, repose à la fois sur « un mélange assez hétéroclite d’ésotérisme religieux et de scientisme laïc », débouche sur une « certaine négation de la création, c’est-à-dire de la finitude de l’homme créé ». « Le transhumanisme percute l’incarnation, le corps créé dans sa dimension finie. Il s’agit de contrecarrer la nature, en modifiant l’ADN, en transmutant le corps humain, en revendiquant sa plasticité.

Le transhumanisme est ainsi marqué par la volonté de s’inscrire dans la transformation du réel aux frontières d’un monde désincarné où tous les rêves de mutation deviennent possibles.

L’anthropologie biblique

Concernant l’approche de l’anthropologie biblique, rappelons que celle-ci nous présente l’homme comme étant fait à l’image de Dieu, conçu comme « une même unité » et un être relationnel. L’homme est âme, corps et esprit. L’être humain se définit ainsi comme « un tout » en quelque sorte, dans une entièreté indivisible, il est ainsi à la fois corps, âme et esprit et non une entité disjointe, le corps est de fait étroitement conjointement uni à l’âme. Ainsi si mon corps est en souffrance, c’est bien la totalité de mon être qui peut en souffrir. Ces trois termes Corps, âme et esprit renvoient ainsi à trois dimensions différentes d’une seule et même réalité : l’homme.

Par ailleurs l’apôtre Paul évoque bien l’être entier (Holos en grec c’est-à-dire le tout), la conception unitaire concernant ces trois aspects de l’être humain corps, âme esprit forment donc une unité, Paul n’écrit-il pas aux Thessaloniciens : « Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie totalement, et que votre être entier, l’esprit, l’âme et le corps, soit gardé sans reproche à l’Avènement de notre Seigneur Jésus Christ. Il est fidèle, celui qui vous appelle : c’est encore lui qui fera cela » (1Th 5,23-24). Ce qui conforte par ailleurs et également ce principe d’unité et cette vision anthropologique issu de la lecture des écritures, tient au fait que la nature pécheresse de l’homme s’hérite, non seulement physiquement, mais également en regard de son être entier.  « Ma mère m’a conçu dans le péché » (Psa 51:7)

En outre, la bible nous rappelle que l’homme possède une composante spirituelle, il est « esprit », il apparaît comme un être spirituel capable d’être également rempli par l’Esprit de Dieu. « J’ai rempli Beçalel, fils d’Ouri, de la ruah de Dieu pour qu’il ait sagesse, intelligence, connaissance et savoir-faire universel » (quelques références : Ex 31,3 ; 35,31 ; 28,3 ; voir aussi Dt 34,9). L’anthropologie biblique, est ainsi ancrée dans une dimension essentialiste, nous sommes (Corps, âme et Esprit) pourtant une seule personne, fait à l’image de Dieu. C’est pourquoi nous sommes invités à « respecter l’humain, tout l’humain » et préserver son intégrité. Dans cette dimension essentialiste, la femme est également issue de la chair de l’homme, à la fois parfaitement semblable (« Os de mes os et chair de ma chair » à l’homme et complémentaire « L’Eternel Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; je lui ferai une aide semblable à lui » Genèse 2.18, « La femme a été créée à cause de l’homme » 1 Corinthiens 11.9.

Selon la conception Biblique les hommes et les femmes diffèrent également par essence, ainsi la nature sexuée homme et femme ne détermine pas que les fonctions d’ordre physiologique, mais a une influence sur leurs rôles à jouer respectivement, dans une dimension relationnelle et sociale, se complétant réciproquement. La femme apportant la vie et le secours, la première femme est appelée Eve ce qui signifie celle qui donne la vie et sa vocation est d’être une aide, celle qui vient secourir (Aide en hébreu est Ezer, ce qui signifie secourir). Ainsi comme le rapporte Daniel Saglietto sur le blog le bon combat, entre les hommes et les femmes il y a bien une notion d’égalité quant à “leur nature commune”, et une notion de complémentarité quant à leur “fonction”. Ephésiens 5.22-24

La conception biblique

de l’anthropologie, loin d’être partagée de nos jours  

Nous assistons bel et bien à une tentative de déconstruction de la vision biblique. L’anthropologie biblique est une anthropologie résolument « holistique » et essentialiste qui prend en compte l’homme dans sa totalité comme corps âme et esprit et nous invite de fait à respecter cette dimension complète qui définit l’homme dans cette vision de la transcendance, d’un Dieu créateur qui a fait l’homme.

Or si La thèse matérialiste qui a pleinement prévalu au XIXème siècle prétendant que tout ce qui existe, est une manifestation « mécanique » et physique, que tout phénomène est le résultat d’interactions matérielles, force est de reconnaitre que de nouvelles idéologies s’inscrivant dans la post modernité connaissent dans les esprits un essor considérable…

En effet l’une des doctrines contemporaines, opposée à cette approche essentialiste[3] est la théorie constructiviste, il faut ici ajouter le constructivisme social[4]. Par exemple pour appréhender simplement le concept d’essentialisme comparativement à la théorie constructiviste, la BIBLE affirme que tout homme est né pécheur, il est de fait par essence pécheur.

Dans le constructivisme d’inspiration rousseauiste et individualiste, l’homme est au contraire naturellement bon, la bonté de l’homme est dès lors dédouané de tout péché originel. Selon cette même approche rousseauiste, la condition humaine est en réalité pervertie en raison de contingences sociales qui ont déterminé les comportements, gangrené en quelque sorte les attitudes infectant dès lors toute la vie sociale de l’être humain.

Or de nos jours dans la déconstruction de l’homme qui s’opère, une autre dimension idéologique s’ajoute à celle de la théorie constructiviste, cette idéologie vise à séquencer, segmenter, désunir, disjoindre, dissocier ce qui fait « l’entier » de l’homme, lui ôter toute part de transcendance. Je donne ici à mon propos deux illustrations de cette idéologie :

  • La première, les idéologies issues des études sur le genre. Ces idéologies prétendent arracher l’identité masculine ou féminine de leurs stéréotypes culturels, autrement dit nous ne sommes pas notre corps, ni sexué masculin, ni sexué féminin[5].

Ainsi, tout ce qui serait susceptible de nous définir, selon les idéologies du genre, relève de déterminants sociaux et culturels. Dès lors les caractéristiques ou les propriétés psychologiques qui nous façonnent comme homme ou femme n’ont pas de sens en soi. Toujours selon les idéologies issues des études du genre nous ne naissons ni fille, ni garçon, notre corps ne détermine pas dès lors notre identité et pas plus notre ressenti homme ou femme.

Cette conception de l’homme et de la femme est ainsi proche du nominalisme, selon la théorie nominaliste les identités désignant la notion d’homme et de femme ne nous renvoient pas nécessairement à une existence ontologique réelle

  • La seconde le transhumanisme qui rêve de décoder le cerveau pour éventuellement le réimplanter dans un autre corps. S’accomplirait ainsi le rêve démiurgique du cyborg, ce qui est l’opposé d’une vision biblique qui ne dissocie pas l’être humain. Dans l’approche biblique le moi vivant incarné dans la chair est entièrement fait à l’image de Dieu, nous sommes tenus de respecter l’intégrité du corps, non dissociable de son entité ontologique âme et esprit.

Une nouvelle anthropologie

qui serait d’abord de dimension idéologique ? 

Ce sont souvent les idéologies qui orientent parfois les recherches scientifiques engagées par les hommes.

La philosophe Chantal Delsol avait utilisé, le terme de monde « hors sol », j’ai repris ce terme dans notre livre « La déconstruction de l’homme » pour qualifier les idéologies transhumanistes. Ces idéologies transhumanistes veulent en effet défier l’ordre dans la création, promettant de performer l’homme, de modifier ou d’en finir avec la finitude qui encercle l’homme.

Dans un monde virtuel qui tente de déconnecter, de déraciner le corps du réel, le monde d’aujourd’hui envahi par la technicité se plaît de nous faire oublier que l’être, (l’identité humaine) est aussi inscrit dans la dimension du corps et de fait dans sa composante biologique.

N’oublions pas également notre ancrage, l’enracinement de l’être humain dans toutes ces composantes complexes, biologique culture, social spirituel. Toutes ces composantes sont bel et bien, un principe d’unité et de diversification de l’espèce humaine. Toutes ces dimensions s’intriquent et forment l’identité mais une identité qui n’est pas déconnectée de sa nature également biologique.

Or prétendre dissocier ces dimensions, c’est en quelque sorte aliéner ce qui fait l’homme dans son entièreté, dans son unité corps âme et esprit. D’ailleurs la Bible souligne ce principe d’unité Corps, Âme et Esprit. Jésus lui-même ne transforme pas seulement l’âme, il guérit le corps et restaure l’esprit. Dieu lui-même s’est ainsi incarné dans notre chair et a embrassé l’entièreté de la chair, en éprouvant lui-même la souffrance, la fatigue.

De fait nous vivons bel et bien à ce jour comme un renversement de la table de la loi, cette loi divine à propos du corps, la dimension de la révolution anthropologique est en conséquence profondément idéologique, comme une forme de révolte contre l’essentialisme biblique qui plaide et valorise l’unicité de l’être fait à l’image de Dieu. Ce changement de paradigme anthropologique, touche bien entendu à la dimension du corps. Dans cette révolution quasi culturelle il s’agit en premier lieu de toucher à l’identité même de l’esprit humain, de dissocier l’âme et le corps, de véritablement déconstruire en omettant souvent les réalités biologiques qui différencient le masculin et le féminin et qui sont propres à interagir sur la nature différenciée des hommes et des femmes. Nous reviendrons à ces questions pour aborder le concept de genre ou plutôt les idéologies concernant le genre à travers l’idéologie la plus extrême, le courant Queer.

Les sources

d’un changement de paradigme  

Ce changement de paradigme, tous ces changements en réalité puisqu’ils sont culturels et sociaux, ont un même dénominateur, la déconstruction ontologique, ce que les philosophes appellent l’être, une déconstruction militante en réalité, une déconstruction idéologique qui est en réalité du même ordre que la tentative darwinienne de remettre en cause la dimension même de la création. Cette déconstruction de l’être, cette remise en cause de l’essentialisme biblique était hélas prévisible, déjà prédite dans le livre de la Genèse, depuis le Jardin d’Éden, depuis la prétention de l’homme à devenir l’égal de Dieu, cette tentative d’effacer son image en nous.

Cette dissociation quasi propagandiste de l’entièreté associée à notre humanité homme et femme, résulte de la prétention à nier finalement notre finitude ou plutôt à contester également l’enfermement dans notre corps. Il s’agit finalement de militer puis de prétendre à une forme d’autosuffisance singulière jusqu’à l’affranchissement de son corps de toute représentation culturelle et sociale.

À ce propos, permettez-moi d’évoquer le philosophe Bertrand Vergely, auteur du livre « la destruction du réel », l’auteur dénonce les trois dernières folies majeures de l’homme fait Dieu, folies qu’il assimile à trois névroses et qui sont finalement les sources de la déconstruction :

  • La névrose à l’égard du réel avec l’avènement d’un monde virtuel engendrant le corps déconnecté de tout ancrage à la réalité.
  • La névrose à l’égard de la dimension relationnelle, une névrose nous connectant au monde sans être relié à la table de son prochain.
  • La névrose à l’égard de la manière de naître qui se traduit par les nouvelles parentalités, et touchera demain à la dimension d’une fécondation artificielle faisant rencontrer dans un futur non improbable, le désir et la technique.

Toutes ces névroses sont bel et bien l’expression d’une dissociation de l’être, d’un corps finalement déconnecté de son milieu, de son environnement, de toute réalité extérieure à lui.

Ainsi comme l’écrit Bertrand Vergely « L’homme-Dieu est fort tant qu’il n’est pas démasqué. Comme tous les pervers, il n’aime guère que sa perversion soit nommée ».

La déconstruction ontologique,

est une tentative de dénaturation de l’être

« La liberté d’être indéterminée est le fantasme de notre civilisation d’aujourd’hui », ici je me suis permis de citer François Xavier Bellamy pour introduire ma réponse relativement à cette déconstruction ontologique, des termes savants, je vous l’accorde, mais qui en réalité recouvrent une réalité idéologique qu’il nous faut pourtant appréhender.

« La liberté d’être indéterminée » est une vision asexuée répandue par les idéologies issues des études sur le genre.

Autrement dit pour les tenants de cette idéologie, nous ne sommes pas notre corps, ce que nous sommes a été socialement construit et ne relève que d’éléments de langage et culturels, pas d’une réalité biologique. Etre masculin ou féminin n’est de fait pas déterminé par notre condition sexuée, notre corps d’homme ou de femme est selon l’idéologie du genre, façonné culturellement ou socialement, c’est en soi une forme de nominalisme[6] radical contestant une supposée réalité. Réalité qui n’en est pas une, selon les idéologies issues des études sur le genre. Cette conception nominaliste revient donc à dire à propos de la différence supposée homme et femme qui transcenderait en quelque sorte leur identité, qu’elle n’existe pas en réalité en soi.

Inversement, pour nous Chrétiens, notre identité d’homme et de femme est un donné intentionnel, un marqueur divin, cependant notre nature est déchue, et du fait que celle-ci le soit c’est notre rapport à Dieu qui en a été altéré. Pour percevoir la réalité divine de notre nature nous avons besoin de cette restauration en Christ. N’est-ce pas ce que l’apôtre Paul disait  dans l’épître aux corinthiens (1 Cor 2.14) en quelque sorte confortant ici notre propos

« Mais l’homme animal ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge »

Précédemment nous évoquions la conception biblique de la vie fondée sur l’approche essentialiste, la vie humaine a été selon nous créée par Dieu, Dieu crée l’homme et la femme à la fois semblables et complémentaires. Dieu institue en quelque sorte la différenciation féconde, puisque c’est bien l’altérité qui engendre la vie et perpétue l’espèce humaine.

Or nous comprenons bien le refus de cette altérité, le rejet de l’altérité sexuée qui forme ce changement de paradigme, cette révolution anthropologique qui est un des aspects de la post modernité.

Le passage

d’une anthropologie relationnelle à l’anthropologie de l’individu

Ce n’est pas dans le monde virtuel que nous instaurons la rencontre, mais c’est bien en allant dans les ruelles de nos quartiers, sur l’aréopage, les places, sur l’asphalte, à la rencontre du prochain, de la personne malade, de l’étranger, de la personne isolée que nous manifestons le royaume de Dieu par la présence de Christ en nous.

Les mots compassionnels que nous laissons sur nos réseaux sociaux ne valent en réalité rien, ces épigraphes et ces louanges artificielles nous dédouanent finalement de notre réalité à aller vers l’autre. Cet autre, ce prochain qui attend de nous un geste, une parole qui l’englobe, qui l’embrasse dans toute la dimension de sa réalité.  Le monde glacial et technologique de nos réseaux sociaux est en réalité un épais rideau, un mur subterfuge nous empêchant de rencontrer le prochain, car ce réseau virtuel et non social vient nous priver, s’il n’y a pas hélas de suites, de rencontres vécus nous reliant à la table de l’autre. Nous sommes foncièrement des êtres relationnels, nous défendons ici cette anthropologie de l’échange incarné, nous soutenons l’homme grégaire et valorisons cette nature relationnelle qui est l’essence même d’une identité reçue. Cette nature est aujourd’hui malmenée, marquée par une anthropologie recentrée sur l’individu.

Nous sommes ainsi passés de l’anthropologie relationnelle, à celle d’un être plus isolé que jamais noyé dans les subterfuges de la technologie, les artifices des objets numériques nous connectant au monde et nous dissociant des autres. Cette anthropologie de l’individu est en passe de fabriquer une contre-culture héritée de l’échange vécu ou parfois conflictuel, cette anthropologie de l’individu est celle de l’être atomisé et isolé qui est transformé en avatar, un avatar qui a l’illusion de vivre alors qu’il est enfermé dans un écran.

Le constructivisme social

une thèse opposée à l’essentialisme

Alors dans ces contextes sociétaux, faut-il s’étonner des glissements idéologiques qui contrefont l’héritage culturel passé, un mouvement de contre-culture, imposant de nouveaux stéréotypes est ainsi sur le point d’émerger en quelques décennies. Cette contre-culture est née de mouvements nihilistes, de l’existentialisme incarné remettant en cause l’essentialisme chrétien. Peu à peu les coups de pelle ou coups de butoir ont été donnés afin que s’effrite, se désagrège le vieux monde des conservateurs judéo-chrétiens. Simone de Beauvoir fut en quelque sorte l’égérie de cette nouvelle contre-culture.

Simone de Beauvoir dont nous reprenons une citation célèbre affirmait qu’« On ne naît pas femme, on le devient », le propos de Simone Beauvoir illustre cette dimension sociale qui selon elle prédit en quelque sorte ce que nous serons, l’écrivaine convoque ainsi la thèse marxiste de la dialectique du maître et de l’esclave pour décrire une forme de domination masculine et de pouvoir exercé par les hommes sur les femmes. Ainsi selon Simone de Beauvoir, l’homme est habité par une forme de conscience dominatrice, et revendique une position en niant la figure d’un plus faible que lui.

En regard de ces évolutions sociétales marquées par les thèses du constructivisme social, nous relevons pourtant une problématique : celle qui touche la dimension de toutes nos relations … Notre obsession de rester libre pour ne pas être finalement marquée par une identité figée… Cette obsession de liberté finit paradoxalement par nous murer, nous évitant alors d’entrer dans la relation incarnée et se traduit par un refus implicite de la différenciation.

Nous vivons, je crois, une immense bizarrerie : notre monde court vers l’indifférenciation, l’uniformisation qui gomme les frontières mais atomise les relations, les solidarités, la rencontre du prochain (le syndrome de Babel, rassemblons-nous dans la même ville ou le même continent virtuel). Dans ce continent virtuel, nous sommes comme alors tentés de nous enfermer dans nos univers, à ne plus incarner une relation réelle, dans un monde réel qui est caractérisé par la rencontre du prochain, dans un face-à-face fécond…

Dans ce milieu idéologique du constructivisme social, une certaine doctrine de pensée avec la théorie « Queer » va encore plus loin et postule la liberté totale d’indétermination de l’être humain.

Les formes extrêmes de l’indétermination

remettant en question l’identité homme, femme

L’autre idéologie montante et qui dépasse les débats autour des études du genre, c’est l’idéologie Queer.

Queer est au départ une insulte nord-américaine, qui vient nommer l’autre dans son étrangeté, sa bizarrerie, son anomalie, son excentricité…

En effet des groupes de lesbiennes, composés de latinos, de femmes sans emplois et n’appartenant pas à l’univers homosexuel nord-américain, elles se sont autoproclamées « queers » pour marquer leur volonté de rejet et de non-intégration dans la société, leur refus de marcher au pas de la norme hétérosexuelle, blanche et middle class

Dans les formes extrêmes de l’indétermination, l’approche Queer est le combat idéologique le plus radical qui ait été mené contre l’essentialisme, vu comme largement dominé par une vision hétéro sexuelle. Pourtant l’anthropologue Margareth MEAD souligne dans son livre « L’un et l’autre sexe » le rôle primordial que joue depuis l’origine de l’humanité la différenciation des sexes dans la vie et le travail, elle va jusqu’àalmos-bechtold-436812-unsplash évoquer l’universalité de la distinction homme et femme dans toutes les formes de civilisation. N’y aurait-il pas de fait une dimension essentialiste qui dépasse la dimension culturelle qui certes interagit sur les rapports hommes et femmes mais pas seulement.

Dans ce contexte l’approche Queer qui s’exprime comme une promotion fétichiste et radicale de l’individu a-sexué, refuse l’enfermement des sexes dans de nouvelles catégories identitaires qui pourraient perdurer socialement et dans le temps.  L’approche de ce courant, réduit finalement le sujet à un objet du plaisir, c’est une forme de réification hédoniste de l’individu.

Ainsi le cœur de la philosophie « queer », c’est la déconstruction revendiquée du sexe, du genre, et partant du corps et de la jouissance sexuelle tels que l’un et l’autre sont normalisés.   Pour les tenants de l’idéologie queer « les modalités fondées sur le binaire masculin/féminin sont de pures fictions », ces modalités résultent de constructions d’un discours dominant marqué par une vision hétérosexuelle, c’est dès lors la remise en cause de toute norme hétéro sexuelle.

Cette vision défendue par l’idéologie Queer est de fait une forme de nominalisme radical, une forme de nihilisme extrême refusant toute idée de transcendance. L’identité, elle-même est fictive et il s’agira de détruire tout essentialisme déclaré ou caché dans les modes de la pensée. Il s’agit même d’un combat idéologique et revendiqué contre l’hétérosexualité, une manière de pointer l’animalité du rapport hétérosexuel…Or « A mal nommer les choses, on ajoute à la misère du monde. (Albert Camus) » et cela inévitablement peut conduire à des formes de destructuration et de confusion des repères.

Le conflit entre le réel et l’idéologie

Les exemples biologiques confirmant la différentiation essentialiste homme femme sont pour nous incontestables. Le rapport utérin entre la mère et l’enfant conduit ainsi à une intimité mère et enfant qui marquera existentiellement l’enfant y compris dans sa mémoire prénatale. L’autre exemple tient à nos propres hormones, l’homme est doté de testostérones en quantité plus importante que la femme, or ces hormones agissent sur l’humeur, la virilité, la psyché de l’homme de manière différente comparativement à la femme. Bien entendu l’homme et la femme sont semblables mais différents également par nature pour permettre la fécondité, la rencontre fertile.

Comme nous l’écrivions avec Alain LEDAIN, la féminité et la masculinité demeurent des principes nécessaires à la construction de l’enfant, à la formation de sa personne dans une vision de l’acceptation de la différence, la différence se vit au travers des échanges, la différence entretient un esprit fécond, fertile, créatif. L’uniformisation atténue, sinon affaiblit les potentialités d’enrichissement. La différence sexuée participe de facto à cette construction de la personne, non en opposition mais en rencontres nécessaires à notre humanité. L’épanouissement des enfants garçon ou fille se trouve dans l’apprentissage progressif du respect de la compréhension de l’autre, la compréhension de leurs différences, de leurs sensibilités respectives. L’éduction unisexe ne saurait prétendre structurer psychiquement l’enfant, il constituerait de fait une tentative de dissociation de l’entièreté de l’être humain.

Une révolution anthropologique

qui aurait pour dessein de modifier le patrimoine génétique de l’homme ?   

Il est en effet bien étrange d’utiliser les termes de révolution anthropologique et nous vous l’accordons volontiers, excepté qu’il s’agit bien d’une révolution anthropologique dans sa dimension culturelle ! Il ne s’agit donc, pas en effet dans mon propos de révolution génétique, de mutation en conséquence du génome humain. Sauf qu’il faut savoir qu’à terme les techno sciences, les biotechnologies auront bel et bien pour dessein de changer la condition humaine. Les techno sciences feront ce que la nature par elle-même n’a pas été capable de proposer, en intervenant dans un futur proche, directement sur le patrimoine génétique humain en vue de réparer, de corriger, voire de résoudre notamment pour répondre à tous les désirs jusqu’aux fantasmes, fantasmes qui iront jusqu’à la corruption de la nature humaine telle qu’elle fut créée.

Ainsi la rencontre des fantasmes et d’une techno science sans conscience, pourrait bien aboutir à des individus génétiquement modifiés ou à la création dans un futur de cyborgs humains comme nous l’avions déjà évoqué.

Précisons en outre que nous ne sommes pas en effet très loin de la transformation de l’être humain avec une médecine qui n’est plus seulement réparatrice au sens de restauration, orientée sur le soin, mais une médecine qui vise l’amélioration de l’être humain, voire à son optimisation ou sa performance. Les expérimentations conduites par exemple en Angleterre autorisées en 2016, sur des embryons humains ouvrent de nouvelles perspectives dans ce sens. Les expérimentations sur l’embryon réduisent potentiellement l’être humain à une forme d’OHGM, un Organisme Humain Génétiquement Modifiable. S’il s’agit d’une des toutes premières autorisations de manipulation d’embryons humains à des fins thérapeutiques, nous pouvons craindre le rejet des interdits moraux. Comme nous l’enseigne, l’histoire humaine ce qui est prohibé, est toujours un « Rubicon » franchissable.

Mais vous savez les « Rubicon » ou les interdits moraux, comme nous l’enseigne l’histoire humaine sont faits pour être enjambés, ou sont toujours franchissables.

Toutefois rappelons qu’en France il existe des lois apparemment draconiennes encadrant les recherches sur l’embryon. Nonobstant les digues au fil de l’eau se fragilisent et finissent hélas par rompre, céder face aux nouvelles pressions sociales.  Nonobstant précise le docteur Jérôme Sainton « si ces lois sont certes plus restrictives qu’ailleurs et comparativement aux pays Anglosaxons, elles ont cependant cédé sur l’essentiel à savoir le sacrifice humain de l’homme (embryonnaire) à la sacro-sainte science. Dès lors ses restrictions sont hypocrites et n’ont pas eu d’autre but que d’avaliser les transgressions progressivement, celles qui étaient jugées nécessaires « pour le moment » …

Mais revenons si vous voulez bien aux termes de révolution anthropologique qui à mon sens est aujourd’hui davantage une révolution culturelle ouvrant demain les avancées d’une technique au service du désir humain et d’un désir parfois plus proche d’un fantasme exprimant une forme de rébellion contre les limites fixées par la nature.

Les conséquences bioéthiques

Nous sommes à l’aube de bouleversements et de nouvelles transgressions. Nous allons devoir et dès aujourd’hui considérer les conséquences bioéthiques du fait des « disruptions techniques » et des idéologies de déconstruction de l’homme.

De moins en moins le post modernisme parle en effet de morale, les éléments de langage du post modernisme nous convient plutôt à utiliser le terme d’éthique. Or l’éthique n’est plus vue aujourd’hui comme un curseur face à la montée des fantasmes mais comme un simple régulateur dans l’attente que s’installe dans les mentalités les dispositions sociétales permettant l’avancée de la folie technique.

N’est-ce pas à ce propos le Comité Consultatif National d’Ethique, qui indique qu’il faut que « notre société exprime les usages qu’elle veut privilégier et ceux qu’elle entend bannir »[7]. Or voilà bien la problématique résumée dans ce propos que je raccourcis à dessein, « il faut que notre société exprime les usages qu’elle veut privilégier ». Est-ce à notre société d’exprimer les usages qu’elle veut privilégier ? Plus rien dès lors n’arrêtera, la folie humaine si celle-ci aspire à vivre ses fantasmes en pensant qu’il serait juste de donner raison aux aspirations les plus folles au nom d’une égalité qui n’est pas donnée par la nature.

Ainsi la procréation médicale assistée ou la gestation pour autrui sont les prémices d’une avancée de la technique venant au secours des nouveaux désidérata sociétaux que ne comblent pas les limites données à notre corps. Ainsi se déploie un vaste éventail de possibilités qu’offre les avancées de la techno science, or, il est plus que jamais nécessaire de comprendre le sens et les effets des avancées de la technoscience, sauf demain à se retrouver dans la situation de ces nations qui s’effondrent faute d’avoir eu à leurs têtes des sages mais des fous qui n’ont gouverné en étant seulement les miroirs des opinions de leurs peuples.

[1] Ces dimensions concernant les mutations affectant la culture sociale nous les avons développées dans un livre co-écrit avec Alain LEDAIN Masculin/Féminin que faut-il choisir ? Editions FAREL, sur l’altérité je vous renvoie également à un article écrit par Éric LEMAITRE sur le Blog Ethiques Chrétiennes.

[2] Gender Trouble est un essai philosophique de Judith Butler qui a eu beaucoup d’influence sur la la théorie queer.

[3] En philosophie l’essentialisme postule l’existence d’une essence précédant l’existence.

[4] Le constructivisme appréhende la réalité comme un terme subjectif, socialement construit par la culture, par la vie sociale

[5]L’idéologie queer (de l’anglais « étrange », « bizarre ») est une approche constructiviste et sociologique qui remet en cause l’idée que le genre et l’orientation sexuelle seraient déterminés génétiquement ou encore biologiquement

[6] Le nominalisme est une doctrine de pensée qui réduit les idées à l’emploi de concepts en leur refusant une dimension tangible qui préexisterait, une réalité dans l’esprit ou hors de lui.  « Le nominalisme pose que n’existe rien que ce qu’un individu sert à désigner (pense) » Citation extraite de : http://www.histophilo.com/nominalisme.php

[7] Professeur Jean-François Delfraissy, président de Comité consultatif national d’éthique (CCNE), propos retranscrit par le journal l’humanité https://www.humanite.fr/lois-de-bioethique-quels-sont-les-enjeux-et-pourquoi-les-reviser-648638