« la situation est grave et désespérée, mais rassurez-vous, on gère ! »

Face à une crise écologique sans précédent comment ne pas songer à ce texte du Pentateuque  qui évoque les conséquences de la désobéissance et de l’infidélité du peuple de Dieu, décrite dans ces versets de Deutéronome 28 v 23-24 : « Le ciel sur ta tête sera d’airain, et la terre sous toi sera de fer. L’Éternel enverra pour pluie à ton pays de la poussière et de la poudre ; il en descendra du ciel sur toi jusqu’à ce que tu sois détruit ». Nous vous renvoyons à ce blog partenaire Pep’s café pour découvrir une réflexion étayée s’appuyant sur un film sorti en 2014, cela date un peu, mais le contenu décliné n’a jamais été aussi proche de notre réalité.. Un texte à lire et à méditer que vous lirez dans sa complétude sur le blog de Pep’s café….

https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/12/17/interstellar-la-situation-est-grave-et-desesperee-mais-rassurez-vous-on-gere/

Face à une crise écologique sans précédent comment ne pas songer à ce texte du Pentateuque  qui évoque les conséquences de la désobéissance et de l’infidélité du peuple de Dieu, décrite dans ces versets de Deutéronome 28 v 23-24 : « Le ciel sur ta tête sera d’airain, et la terre sous toi sera de fer. L’Éternel enverra pour pluie à ton pays de la poussière et de la poudre ; il en descendra du ciel sur toi jusqu’à ce que tu sois détruit ». Nous vous renvoyons à ce blog partenaire Pep’s café pour découvrir une réflexion étayée s’appuyant sur un film sorti en 2014, cela date un peu, mais le contenu décliné n’a jamais été aussi proche de notre réalité.. Un texte à lire et à méditer que vous lirez dans sa complétude sur le blog de Pep’s café….

https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/12/17/interstellar-la-situation-est-grave-et-desesperee-mais-rassurez-vous-on-gere/

Vision urbaine, sociale et économique dans une perspective biblique

« Le système technicien » s’est constitué selon Jacques Ellul comme véritable milieu, comme déterminant en regard d’un environnement de plus en plus déshumanisant. L’homme s’est affranchi au fil de son histoire, de son jardin, de ce modèle social dans lequel il est né pour aller conquérir tour à tour la matière et fonder la ville. Peu à peu l’homme s’est asservi à la technique en perdant de vue le sens de l’autre, de sa proximité avec la nature, en embrassant le monde technique.

C’est tout une dimension de l’être qui s’est alors trouvée aliénée. Les préjudices de la techno science et du système technicien n’affectent pas seulement la nature mais les préjudices sont également et avant tout d’ordre relationnel.

Ainsi La ville , est le lieu même où la technique devient au fil de ses progrès un méga système entremêlant capteurs, intelligence artificielle, robots, bornes reliant usagers et urbanisme, détournant l’homme de sa vraie vocation d’homme fait à l’image de son créateur en lien avec les autres.

 

« Le système technicien » s’est constitué selon Jacques Ellul comme véritable milieu, comme déterminant en regard d’un environnement de plus en plus déshumanisant. L’homme s’est affranchi au fil de son histoire, de son jardin, de ce modèle social dans lequel il est né pour aller conquérir tour à tour la matière et fonder la ville. Peu à peu l’homme s’est asservi à la technique en perdant de vue le sens de l’autre, de sa proximité avec la nature, en embrassant le monde technique.

C’est tout une dimension de l’être qui s’est alors trouvée aliénée. Les préjudices de la techno science et du système technicien n’affectent pas seulement la nature mais les préjudices sont également et avant tout d’ordre relationnel.

Ainsi La ville est le lieu même où la technique au fil de ses progrès, devient un méga système entremêlant capteurs, intelligence artificielle, robots, bornes reliant usagers et urbanisme, détournant l’homme de sa vraie vocation d’homme fait à l’image de son créateur en lien avec les autres.

Au lieu de cela tout est fait pour l’atomiser et l’isoler comme pour le rendre dépendant à cette machinerie de la « Smart City », de la ville intelligente.  Or dans un futur proche comme je l’écrivais sur mon blog à propos de la ville intelligente, ce sont les connexions citoyens et ville qui vont s’intriquer, s’accentuer, s’amplifier. C’est bel et bien toute une architecture quasi organique qui se dessine intriquant demain les usagers et le système numérisé de la ville, unifiant connectant, reliant toutes les composantes de la ville, associant habitants et habitat au risque de piétiner l’écologie, en prétendant artificiellement la défendre via ses artefacts promouvant de prétendues énergies durables. Outre cet aspect que je souligne dans ce préambule, il convient aussi de relever les dimensions toujours croissantes de la ville dont l’ambition demeure l’expansion impliquant a fortiori l’étalement urbain et l’éloignement de tout cet espace vital que constitue la nature.

Dieu avait pourtant dans sa sagesse donner des bornes à la ville

La ville est ainsi devenue une création de l’homme à l’envers du jardin où l’homme avait été pourtant placé, or ce projet d’urbanisme préfigure l’éloignement de l’homme de tout projet en contact avec la création, de tout projet en relation avec son créateur, pourtant dans les écritures, il convient de relever ce passage étonnant et méconnu par beaucoup indiquant que Dieu préconisa de fixer, de borner la ville d’une « ceinture verte ».

Il est ainsi explicitement recommandé aux Hébreux de créer des lieux ouverts à la périphérie de la ville, un espace pour tout ce qui est vital en dehors de l’habitat humain « Ordonne aux fils d’Israël de donner aux Lévites, sur leur part de leurs possessions, des villes pour y habiter outre un espace ouvert autour de ces villes, vous en donnerez aux Lévites. Les villes leur serviront pour l’habitation et leur espace ouvert sera pour leurs animaux et pour leurs biens et pour tout ce qui est vital. » (Nombres 35 :2-3)

Il faut également souligner ce passage comme une autre recommandation à l’endroit des habitants prescrivant l’inaliénabilité de cet espace ouvert « Et l’espace ouvert aux abords de leurs villes ne peut être vendu ; elle est leur propriété inaliénable’ (Lévitique 25 :34). Ceci devait constituer un modèle fondamental pour préserver les qualités d’une échelle urbaine à hauteur d’homme. Toute augmentation d’habitants supposait de fait la nécessité d’une migration vers d’autres espaces pour créer de nouvelles villes toujours à hauteur d’hommes.

Ainsi toujours selon l’enseignement de la Torah, les cités doivent permettre à leurs habitants d’être en proximité avec la nature et leur donner l’occasion de cultiver la terre, de disposer d’un espace vital. Les habitants de la cité se devaient de mettre en pratique la bénédiction messianique suivante : « Et chacun demeurera sous sa vigne et sous son figuier. » (Michée 4 :4)

Or de nos jours les villes sont confrontées à l’artificialisation des sols à l’étalement. Les nombreux problèmes que ce phénomène cause (insécurisation des villes du fait de l’accroissement des populations, de l’allongement des distances entre habitat et travail ou toute autre vie sociale, pertes de terres agricoles, destructions des milieux naturels et de la biodiversité…).

Tout progrès est vain, sans vision solidaire et collective

Or les mutations profondes associées à ce système technicien, amènent de nombreux dysfonctionnements économiques et sociaux, obligent ainsi à repenser le monde, la cité, selon d’autres perspectives et dans une vision de proximité, la vision du prochain.

Ces dysfonctionnements ne s’arrangent pas avec la montée en puissance de la codification au sein de la cité, la vie économique et de la vie sociale (la législation de plus en plus pesante, les normes), la fragmentation ou l’hyperspécialisation des tâches qui rend possible l’avènement des robots et des IA, l’effacement des responsabilités individuelles se reportant sur d’autres et sur des dimensions toujours plus collectives, la multiplication d’outils formatés et artificiels du dialogue social, substitut de la rencontre, de l’échange, de l’ouverture aux autres.

Comment de fait créer les conditions de l’épanouissement dans sa cité et sa vie sociale ? Quelles alternatives économiques sont possibles ? Existe-t-il des modèles qui prennent leur source dans une réelle dimension spirituelle et revalorise l’homme au sein de la cité, de son quartier et d’une plus grande proximité se rapprochant de l’échelle du jardin ?

Ainsi le progrès est vain, sans vision solidaire et collective, sans la vision de la proximité…Il n’y a d’enchantement que dans la dimension spirituelle, l’enrichissement croisé, partagé, fertilisé dans une communion de services que donne la capacité à un corps pleinement proche et solidaire de s’épanouir et d’inventer pour le bien-être de tous au-dedans et à l’extérieur…

L’essence de cette dimension sociale est à trouver dans les Évangiles, les écritures dans leur totalité, les promesses d’une incarnation de Dieu dans la réalité quotidienne…

La crise qui ne limite pas à l’économie est endémique, elle s’étend aujourd’hui à toute la planète, à toutes les nations riches ou pauvres. La crise sociale vécue par le monde urbain n’est-elle pas la résultante finalement de multiples transgressions, violations de lois fondées sur la compassion, la justice, sur la miséricorde fondement d’une économie de partages. Or j’entends trop souvent des prédications qui dénoncent le monde, or nous sommes le monde et nous l’alimentons si nous ne changeons pas nos habitudes, si nous ne le modifions pas en les construisant à partir d’un nouveau souffle qui nous transforme de l’intérieur et de facto changera notre environnement. N’oublions jamais que nos gestes ont une part de responsabilité dans la déconstruction de notre humanité, je le rappelle chaque fois qu’une personne à table qui plutôt de parler à son proche, se connecte à son portable.

La Bible est une source d’inspiration pour la vie sociale et économique

Sans vouloir se livrer à une exégèse fouillée et à des développements théologiques, la profondeur de quelques textes bibliques, mettent en évidence des réponses concernant l’éthique de la vie économique et sociale qui touche à de multiples dimensions comme l’urbanisme, production, les dettes, les emprunts, la propriété foncière, les échanges, de distribution équilibrée, de la répartition des richesses, d’exploitation même de la terre, dans une perspective d’équité, de justice sociale pour répondre aux besoins de tous et notamment des plus pauvres, des plus démunis.

Même le développement durable y est abordé, ce qui signifie que « rien n’est nouveau sous le soleil » et que bon nombre d’enseignements bibliques feraient bien d’inspirer les nations de ce monde. Ainsi toute culture intensive est proscrite dans le premier testament (Lévitique 25), les israélites sont encouragés à vivre exactement comme des intendants économes, des gérants habités par l’éthique, l’amour du prochain.

Lorsque les textes des écritures, notamment du premier testament sont analysés, mis en perspective, apposés et comparés entre eux, nous voyons se dessiner ou poindre l’existence bien réelle, d’une économie normative (la règle biblique), un ensemble de recommandations relativement à la bonne conduite économique et de facto à la bonne gestion qui devrait découler d’une gouvernance juste de la nation.

La lecture du Livre de Genèse évoque un épisode de crise qui plonge toute l’Égypte dans la famine et de l’intelligence dont a fait preuve Joseph dans sa gouvernance pour organiser une réponse anticipée et préventive afin d’affronter la famine. Ce texte en référence se trouve dans Genèse 41.56.

À la suite de l’interprétation d’un rêve, Joseph va déduire que sept années de surproduction vont précéder sept années de crise.

Il conseille alors au Pharaon de prélever une certaine proportion sur les surproductions des récoltes emmagasinées et accumulées en Égypte (La vision des sept vaches grasses).

« La famine régnait dans tout le pays. Joseph ouvrit tous les lieux d’approvisionnements, et vendit du blé aux Egyptiens… »

Joseph avait su à l’époque anticiper et avait organisé des lieux de stockage pour faire face, avait organisé la logistique de stockage, créé des lieux d’approvisionnement… Or nous voyons bien les caractéristiques d’une économie qui n’épargne plus et qui est prise en défaut par la dévastation sans précédent qu’impacte l’endettement abyssal des nations…

Il y a une attention toute particulière que portent les écritures à la situation des plus précaires… Ainsi les écritures révèlent un véritable code de bonne gestion, de gouvernance économique… Si nous lisons les textes d’Exode 23 (v. 10 à 11) et le Lévitique 25.22. Nous avons là un enseignement sur la prévention de la pauvreté. Un théologien évoque à propos de ce livre « Une solution rationnelle que propose le livre du lévitique pour sauver la prospérité d’Israël de l’âpreté au gain, de l’avarice et de la cupidité de ceux qui savent mieux que les autres tirer profit des produits de la grâce auxquels chacun, même le plus endetté, contribue et peut encore contribuer par son activité. Faute de cela, l’or s’accumule dans les coffres, le blé pourrit dans les greniers et il n’y a plus personne pour renforcer les digues le jour où la tempête menace de les emporter. ».

Lévitique 25.22 « …Quand vous ferez la moisson dans votre pays, tu laisseras un coin de ton champ sans le moissonner, et tu ne ramasseras pas ce qui reste à glaner. Tu abandonneras cela au pauvre et à l’étranger. Je suis l’Éternel, votre Dieu »… Ce texte de Lévitique révèle l’économie normative et codifiée, l’économie juste et en quelque sorte compatissante.

Outre la mise en Jachère des terres et la mise à disposition de ce reste aux plus démunis « tu laisseras un coin de ton champ sans le moissonner, et tu ne ramasseras pas ce qui reste à glaner », le texte de Deutéronome 15 (1-2) aborde toute la dimension de la dette « 1 …Au bout de sept ans tu feras remise. Voici en quoi consiste la remise. Tout détenteur d’un gage personnel qu’il aura obtenu de son prochain, lui en fera remise ; il n’exploitera pas son prochain ni son frère, quand celui-ci en aura appelé à l’Éternel pour remise. 2 Tu pourras exploiter l’étranger, mais tu libéreras ton frère de ton droit sur lui. Qu’il n’y ait donc pas de pauvre chez toi. Car l’Éternel ne t’accordera sa bénédiction dans le pays que ton Dieu te donne en héritage pour le posséder. »

Les écritures encouragent la vie sociale et la solidarité envers tous

Concernant la vie sociale, Il y a dans le discours biblique une manière pressante de ne pas fermer notre cœur à notre prochain, les écritures notamment les Évangiles donnent la même exhortation et invite à pratiquer la miséricorde.

Ainsi dans les proverbes il est fait mention dans les domaines qui touchent la précarité, du traitement fait aux plus démunis « Celui qui opprime le pauvre pour réaliser un gain, ou qui fait des cadeaux aux riches, finira dans la pauvreté » (22.16). Deux dimensions dans ce verset qui nous sont ainsi révélées, d’une part celui qui opprime le pauvre le fait dans le but de s’enrichir encore, comme Il semble insensé de donner davantage au riche à rebours de la miséricorde. La sanction est immédiate pour ces postures qualifiées d’absurdes, elles aboutissent à la déchéance matérielle de celui qui pratique de manière insensée de tels actes.

Dans la tradition de l’église, Basile un des pères et docteurs de l’Église proscrit la pratique du prêt à intérêt, il condamne franchement une forme de cupidité, en dénonçant comme comble d’inhumanité le fait de ne point se « contenter du capital » et « de profiter de la détresse de ce qui est dépourvu du nécessaire pour recueillir, revenus et ressources… » Basile évêque de Césarée était entre autre très engagé contre la famine qui sévissait à son époque, il s’était inscrit littéralement dans les recommandations du lévitique 25 ; « Quand un de vos compatriotes, tombé dans la misère, ne pourra plus tenir ses engagements à votre égard, vous devrez lui venir en aide, afin qu’il puisse continuer à vivre à vos côtés….Vous agirez de cette manière même envers un étranger, un hôte résidant votre pays. Vous ne lui demanderez pas d’intérêt sous quelques formes que ce soit… Montrez par votre comportement que vous me respectez et permettez-lui ainsi de vivre à vos côtés… »

Je suis également frappé par cette autre dimension de justice sociale, d’équité et de non-gaspillage, très présent dans l’ancien Testament, ces règles d’équité, d’égalité, de juste traitement, de non-gaspillage, d’éthique sociale. Examinons ce texte étonnant d’Exodes 16 versets 14-15.  » Le soir, il survint des cailles qui couvrirent le camp ; et, au matin, il y eut une couche de rosée autour du camp. Quand cette rosée fut dissipée, il y avait à la surface du désert quelque chose de menu comme des grains, quelque chose de menu comme la gelée blanche sur la terre. Les enfants d’Israël regardèrent et ils se dirent l’un à l’autre : Qu’est-ce que cela ? Car ils ne savaient pas ce que c’était. Moïse leur dit : C’est le pain que L’Éternel vous donne pour nourriture. Voici ce que l’Éternel a ordonné : Que chacun de vous en ramasse ce qu’il faut pour sa nourriture, un omer par tête, suivant le nombre de vos personnes ; chacun en prendra pour ceux qui sont dans sa tente. Les Israélites firent ainsi ; et ils en ramassèrent les uns plus, les autres moins. On mesurait ensuite avec l’omer; celui qui avait ramassé plus n’avait rien de trop, et celui qui avait ramassé moins n’en manquait pas. Chacun ramassait ce qu’il fallait pour sa nourriture. Moïse leur dit : Que personne n’en laisse jusqu’au matin. »

Ainsi l’économie normative inspirée des écritures prenant sa source dans une loi de justice, manifeste une forme de prévention contre les effets liés à l’accumulation des richesses, des phénomènes de thésaurisation contre-productive, d’inégalité et d’exploitation qui en résultent – « Malheur, s’écrie Isaïe, à ceux qui ajoutent maison à maison et joignent champ à champ, au point de prendre toute la place et de rester les seuls habitants du pays » (Isaïe 5, 8).  L’expropriation spéculative dont la cupidité est ici l’enjeu est clairement dénoncée, condamnée dans les écritures.

Cette règle d’égalité prévaut également dans le nouveau Testament, ainsi nous lisons dans Romains 8.13-15 : « … Car il s’agit, non de vous exposer à la détresse pour soulager les autres, mais de suivre une règle d’égalité : dans la circonstance présente votre superflu pourvoira à leurs besoins, afin que leur superflu pourvoie pareillement aux vôtres, en sorte qu’il y ait égalité, selon qu’il est écrit : Celui qui avait ramassé beaucoup n’avait rien de trop, et celui qui avait ramassé peu n’en manquait pas. »

En conséquence l’économie normative telle qu’elle est affichée et décrite dans le premier testament a également ses prolongements dans les débuts de l’église comme le confirme par ailleurs Actes 2.48… « La mise en commun des ressources, en termes de travail comme de rétribution directe ».

La mise en commun n’est-elle pas aussi la mise en commun des talents, des intelligences. Comme nous le rappelions plus haut, le progrès est vain, sans l’aventure humaine et collective…Il n’y a d’enchantement que dans la dimension spirituelle, l’enrichissement croisé, partagé, fertilisé dans une communion de services que donne la capacité à un corps pleinement solidaire de se performer et d’inventer pour le bien-être de tous au-dedans et à l’extérieur… Ainsi cette conclusion est également à mettre en perspective avec ce texte de Corinthiens, pour faire de nos entreprises ces communautés de talent inspirées par le souffle des écritures…

1 Corinthiens v12-27 : « Car, comme le corps est un et a plusieurs membres, et comme tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps, ainsi en est-il de Christ. Nous avons tous, en effet, été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit. Ainsi le corps n’est pas un seul membre, mais il est formé de plusieurs membres. Si le pied disait : Parce que je ne suis pas une main, je ne suis pas du corps, ne serait-il pas du corps pour cela ? Et si l’oreille disait : Parce que je ne suis pas un œil, je ne suis pas du corps, ne serait-elle pas du corps pour cela ? Si tout le corps était œil, où serait l’ouïe ? S’il était tout ouïe, où serait l’odorat ? Maintenant Dieu a placé chacun des membres dans le corps comme il a voulu. Si tous étaient un seul membre, où serait le corps ? Maintenant donc il y a plusieurs membres, et un seul corps.

L’œil ne peut pas dire à la main : Je n’ai pas besoin de toi ; ni la tête dire aux pieds : Je n’ai pas besoin de vous. Mais bien plutôt, les membres du corps qui paraissent être les plus faibles sont nécessaires ; et ceux que nous estimons être les moins honorables du corps, nous les entourons d’un plus grand honneur. Ainsi nos membres les moins honnêtes reçoivent le plus d’honneur, tandis que ceux qui sont honnêtes n’en ont pas besoin. Dieu a disposé le corps de manière à donner plus d’honneur à ce qui en manquait, afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient également soin les uns des autres. Et si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si un membre est honoré, tous les membres se réjouissent avec lui. Vous êtes le corps de Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part. »

 

Smart phone et Smart City le couple infernal  

Le terme de Smart City est étrange, à première vue, nous aurions pu penser qu’il s’agissait tout simplement d’un nouveau concept d’automobile, d’une nouvelle technologie embarquée dans un véhicule. En fait nous n’en sommes pas très loin, il s’agit bien en effet de technologies, de dispositifs, de capteurs numériques qui envahissent non pas les innovations dont font l’objet les véhicules contemporains, mais de procédés qui s’intègrent dans la conception des villes aujourd’hui, d’applicatifs qui s’intègrent à toute la vie urbaine. Technologies qui font partie de notre quotidien sans que nous l’ayons nécessairement réalisé !

Pour immédiatement comprendre ce terme de Smart City que nous habitions une petite ville ou une grande ville comme Zurich, Bruxelles ou Paris, chaque jour nous sommes amenés à emprunter les voies urbaines, or c’est toute une organisation quasi automatisée qui vient réguler les flux, les trafics, la circulation automobile. La ville devient donc intelligente pour assurer de façon harmonieuse la circulation automobile via notamment les feux tricolores. Or ce concept de ville intelligente va encore beaucoup plus loin et sera amené à réguler encore davantage notre vie sociale…

En effet le monde de l’intelligence artificielle et ses applicatifs numériques font leur entrée dans la ville, celle-ci est de plus en plus confrontée à l’urbanisation galopante, à des problèmes croissants de pollution, de criminalité, de cohésion sociale. La ville de demain va dès lors devoir repenser en profondeur et administrer les périls du futur en raison des enjeux environnementaux, des contraintes énergétiques, des problèmes de sécurité, de vie culturelle et d’écologie urbaine.  Nous évoquions précédemment les technologies qui caractérisent aujourd’hui les téléphones portables, la technologie embarquée dans ces  « smart phone » autorise de plus en plus la géolocalisation de nos déplacements, or dès demain ce sont les connexions citoyens et ville qui vont s’intriquer, s’accentuer, s’amplifier. C’est bel et bien toute une architecture quasi organique qui se dessine intriquant demain les usagers et le système numérisé de la ville, unifiant connectant, reliant toutes les composantes de la ville, associant habitants et habitat au risque de piétiner l’écologie, en prétendant artificiellement la défendre via ses artefacts promouvant de soit disant énergies durables.

Ainsi si d’ores et déjà nous pouvons organiser nos sorties selon le taux de pollution dans la ville, programmer nos sorties selon les manifestations organisées, ou rester calfeutré dans nos quatre murs face à un grave dysfonctionnement qui perturberait la vie sociale, inévitablement nous entrons dans cette ère du tout numérique vers une société de type big brother.

En effet cette belle machine urbaine, qui est de nature à résoudra tous les problèmes grâce à la diffusion de bornes publiques, d’applicatifs innovants assurant les services toujours plus performants, la vie harmonieuse au sein de la ville,  s’achemine cependant vers une ville sous contrôle, une ville sous l’emprise des capteurs numériques qui demain nous placeront tous sous surveillance, pilotés tels des automates pour réguler nos allées et venues, nos sorties, nos déplacements, accordant les autorisations nécessaires pour emprunter tel ou tel circuit dans la ville, pour y effectuer ou non nos achats. Or vous le savez ces connexions numériques ville et citoyens doivent être bien regardées demain comme une menace potentielle pour nos libertés si les curseurs jalonnant leurs usages n’ont pas été mis en place.

La mixité des données, des smart phone et smart city représentent bien et inévitablement un vrai risque en termes de liberté. Même si l’utilisation des données personnelles est devenue très réglementée, il sera de plus en plus difficile, au vu de l’explosion du volume de données et des applications dans le Cloud, de garantir l’intégrité des données personnelles dans ces entrepôts virtuels qui gèrent l’ensemble des data issues de notre vie sociale, de nos usages et pratiques liées aux réseaux sociaux et à toutes les empreintes bancaires, marchandes que nous laissons tels des petits poucets dans ce quotidien socialement contrôlé.

Pour aller plus loin, lire l’article qui a inspiré cette courte chronique…
http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/laurence-neuer/la-ville-intelligente-est-devenue-une-sorte-de-mythe-salvateur-27-05-2018-2221700_56.php
Lire également cet  autre article
https://usbeketrica.com/article/les-smart-cities-au-service-de-l-usager

Ecologie et transhumanisme

L’oxymore
Rapprocher les termes Ecologie et Transhumanisme apparait d’emblée comme un oxymore. Deux termes antinomiques qui s’entrechoquent, d’un côté la nature, un monde réel, de l’autre un environnement de matières et d’algorithmes, un monde virtuel, il est d’ailleurs plutôt rare que les transhumanistes aient à s’exprimer sur cette thématique touchant les domaines de l’écologie, pourtant les technos progressistes pourraient rencontrer la faveur des écologistes si ces derniers contribuent par leurs recherches à sauvegarder le vivant, soyons précis et avec un brin d’ironie, les organisme génétiquement modifiés.

Pourtant comme l’affirme Michel Henry dans son livre la Barbarie : « l’homme de l’ère technique ne sait plus prendre le temps de vivre. Ni goûter la beauté d’un paysage. Ni apprécier la valeur d’un acte. Ni saisir le sacré de la vie. Il ne sait plus se sentir vivre, s’éprouver vivant dans l’immanence ».

Nous sommes nonobstant réservés sur la probabilité que les transhumanistes réalisent à terme que pour la première fois dans l’Histoire de l’Humanité, selon Rony Akrich – professeur d’étude juive – « l’homme peut prendre conscience de l’unité de la Vie, de l’unité du genre humain, du lien qui unit l’Homme avec la Terre, dans une perspective qui est une véritable préoccupation, ce qui n’a pas toujours été le cas dans les siècles précédents ».

Jamais le monde en effet, n’a connu autant de signaux d’alertes, jamais l’homme n’a pris autant conscience d’un péril majeur qui concerne la pérennité même de son existence :

la biodiversité est en danger ;
les écosystèmes sont menacés dans leurs équilibres ;
« la société» dans ses valeurs « est devenue liquide »,
Les digues lâchent et ce sont parfois de véritables tsunamis qui amènent à des mutations sociales profondes du fait de la vacuité morale, de la déréliction, de l’isolement des hommes entre eux, loin des solidarités nécessaires à leur protection. Le réel pourrait ainsi se rappeler très vite aux rêves les plus fous caressés par les progressistes du transhumanisme.

L’oxymore

Rapprocher les termes Ecologie et Transhumanisme apparait d’emblée comme un oxymore. Deux termes antinomiques qui s’entrechoquent, d’un côté la nature, un monde réel, de l’autre un environnement de matières et d’algorithmes, un monde virtuel, il est d’ailleurs plutôt rare que les transhumanistes aient à s’exprimer sur cette thématique touchant les domaines de l’écologie, pourtant les technos progressistes pourraient rencontrer la faveur des écologistes si ces derniers contribuent par leurs recherches à sauvegarder le vivant, soyons précis et avec un brin d’ironie, les organisme génétiquement modifiés.

Pourtant comme l’affirme Michel Henry dans son livre la Barbarie : « l’homme de l’ère technique ne sait plus prendre le temps de vivre. Ni goûter la beauté d’un paysage. Ni apprécier la valeur d’un acte. Ni saisir le sacré de la vie. Il ne sait plus se sentir vivre, s’éprouver vivant dans l’immanence ».

Nous sommes nonobstant réservés sur la probabilité que les transhumanistes réalisent à terme que pour la première fois dans l’Histoire de l’Humanité, selon Rony Akrich – professeur d’étude juive –

« l’homme peut prendre conscience de l’unité de la Vie, de l’unité du genre humain, du lien qui unit l’Homme avec la Terre, dans une perspective qui est une véritable préoccupation, ce qui n’a pas toujours été le cas dans les siècles précédents ».

Jamais le monde en effet, n’a connu autant de signaux d’alertes, jamais l’homme n’a pris autant conscience d’un péril majeur qui concerne la pérennité même de son existence :

  • la biodiversité est en danger ;
  • les écosystèmes sont menacés dans leurs équilibres ;
  • « la société» dans ses valeurs « est devenue liquide »,

Les digues lâchent et ce sont parfois de véritables tsunamis qui amènent à des mutations sociales profondes du fait de la vacuité morale, de la déréliction, de l’isolement des hommes entre eux, loin des solidarités nécessaires à leur protection. Le réel pourrait ainsi se rappeler très vite aux rêves les plus fous caressés par les progressistes du transhumanisme.

La biodiversité,

un message fort contre une technicité sauvage et radicale 

Les idéologies mortifères ou de mort gagnent du terrain partout dans le monde, dévastant parfois des traditions millénaires ; la dimension anthropologique d’un être humain né d’un rapport sexué est remise en question et demain l’être humain sera n’importe quelle marchandise que l’on commandera sur Internet comme cela se pratique aujourd’hui aux USA ;

Le changement climatique interroge nos modes de consommation et nos modèles de croissances ; le consumérisme et les endettements des états font également craindre de véritables tempêtes sociales, car les sociétés ne sont pas prêtes à modifier les comportements et à accepter les dictats de la finance.

Ces éléments constitutifs d’un changement de paradigme sont en réalité intriqués, interdépendants et interagissent entre eux sur l’ensemble de la biodiversité. L’écologie ne se réduit donc pas à la seule nature mais l’écologie est autant environnementale qu’humaine. Le jardinier qui cultive la terre est une composante lui-même de l’écosystème. En entretenant le sol, le jardinier contribue à la floraison, à l’émergence des fruits qui émaneront du sol dont il a pris soin. Si ce jardinier ne prend pas soin du sol, s’il choisit d’intensifier son exploitation, il peut aussi ruiner la vie qui découle même de son jardin. Or à une échelle plus grande que le jardin, celle de notre planète, c’est bien l’ensemble des écosystèmes qui sont menacés et cette citation extraite du blog du magazine La vie confirme la problématique à l’aune d’un jardin :

« Sans la biodiversité, l’homme n’est rien ; sans la biodiversité, l’homme disparaît. » (Mahaut Hermann)

A travers ces éléments que nous avons énumérés précédemment, nous prenons conscience que nous ne sommes pas loin d’une faillite généralisée. Cette faillite est autant économique, culturelle, anthropologique, sociale et climatique. Jamais, il n’y a eu autant de corrélations entre différents phénomènes qui par leur conjugaison peuvent entrainer des maux irréversibles pour une grande partie de notre humanité.

Ainsi des pans entiers de notre environnement se délitent, s’étiolent, disparaissent. Tous les instruments qui examinent la terre, l’auscultent, la mesurent, convergent avec le même diagnostic, la planète s’est embrasée.

Les catastrophes même les plus apocalyptiques ne sont plus inenvisageables.

C’est dans ce contexte que ce chapitre aborde le thème de l’écologie et plus précisément quelle écologie pour demain ?

Quand on parle d’écologie, de quoi parle-t-on ?

Le mot écologie comme vous le savez sans doute, est formé de deux racines grecques :

  • « éco » qui correspond au nom « oikos» désignant « la maison »,
  • « logos» signifiant la parole, le discours, la raison, la science.

Ainsi la dimension écologique couvre largement une notion d’habitat, de milieu. Un habitat qui n’exclut pas l’homme mais l’inclut nécessairement, puisque l’homme est une partie intégrante de cette maison que forme notre planète.

Il est regrettable que le mot écologie ait dérivé, ait été également amalgamé par des courants de pensées politiques. Car l’écologie par définition est une dimension amplement transversale et dépasse les clivages droite/gauche. Nous habitons tous la même maison, nous sommes tous concernés par son architecture quand notamment, les colonnes, les piliers, les pans de cette maison sont menacés de s’effondrer.

Cette dimension de l’écologie est dès lors nécessairement universelle. Implicitement l’écologie est l’évocation d’un patrimoine commun ; un bien commun, puisque à partir de l’étymologie il s’agit bien de l’habitat, de notre maison, d’une maison commune ou la coexistence harmonieuse devrait être un principe qui s’impose à tous.

Il est également fâcheux de noter cette approche segmentant la vision écologique, qui met par ailleurs la focale sur le seul aspect de l’environnement. Cette vision de l’écologie est parfois étriquée, parcellaire, elle en occulte toutes les facettes. Il convient selon nous de ne pas avoir de vision réductrice ou caricaturale du mot écologie.

L’écologie dans son acceptation sémantique la plus large couvre des champs comme l’humain et l’environnement, l’homme et son milieu.

La dernière encyclique du pape François doit être considérée comme une œuvre magistrale. Cette pensée majeure inspire largement mon propos, tout comme le livre « Nos limites » de Gaultier Bès[1].

A travers l’approche du Pape François, du jeune philosophe Gauthier Bès, l’un des initiateurs de ce formidable mouvement des Veilleurs, reconnaissons une démarche de réflexion, une avancée forte sur tous les aspects que devraient couvrir l’écologie qui touche autant à l’humain, aux conditions de vie et à la gestion même de la planète.

Ainsi la notion même d’écologie devrait avoir une dimension universelle sans céder :

  • à une forme de religion panthéiste et idolâtre fascinée par la nature qui nie la différence, l’ascendance et la spécificité de l’identité humaine dans l’univers,
  • encore moins à l’idéologie anthropophobe, une conception malthusienne qui se représente l’expansion de l’humanité, la multiplication des êtres humains comme une menace.

L’interdépendance

de la biodiversité et des écosystèmes

Au fond nous percevons là deux grandes dérives extrêmes de l’écologie dans sa vision justement réductrice, celle :

  • d’une forme de philosophie panthéiste fascinée par la nature qui relativiserait l’existence humaine. L’homme selon cette approche est une espèce comme les autres. Chaque chose dans la Nature serait alors digne d’un culte.
  • et une conception eugéniste hostile à la croissance des populations, prônant le contrôle des naissances.

Nous considérons nonobstant qu’à juste titre, l’homme dès sa conception évoluant au sein d’un écosystème en est étroitement lié sans être assimilable à une forme d’immanence qui écraserait son identité et sa spécificité. Pour autant nous considérons que nous sommes liés à notre planète. Nos actes et nos gestes, notre activé « bien » ou « mal » a des effets non contestables ; tout est dès lors interdépendant.

C’est bien le vivant qu’il faut alors s’efforcer de préserver, de sauvegarder. Or nous voyons bien que si l’homme est minimisé dans une approche de l’écologie, il y aurait là comme un non-sens, une incohérence d’un point de vue philosophique ou sinon moral.

Dès lors la vision écologique devrait être intégrale ; elle devrait mettre en perspective les interdépendances entre l’homme et son milieu et non isoler les approches, leurs conséquences.

Dans cette vision d’interdépendance de la biodiversité et des écosystèmes, nous ne devrions pas seulement nous préoccuper des OGM, Organismes Génétiquement Modifiés ; mais nous devrions aussi nous soucier des Organismes Humains Génétiquement Modifiés, c’est-à-dire des OHGM. L’écologie qui se définit étymologiquement comme la maison inclut dès lors les habitants de cette maison, du stade embryonnaire à la fin de vie de l’homme. L’homme est une âme vivante et non n’importe quelle matière que l’on pourrait malmener, transformer, modifier, performer, améliorer.

Nous sommes ainsi frappés du paradoxe entre les efforts mis en œuvre pour préserver les habitats naturels menacés de dévastation et le manque parfois d’intérêt, de sensibilisation portée pour promouvoir les « conditions morales » sans lesquelles l’homme lui-même court à sa propre fin, sa propre destruction.

Nous ne pouvons dès lors ne pas comprendre la notion d’écologie sans cette dimension d’interdépendance morale, interdépendance morale entre l’homme et son milieu, l’humain et l’urbain, l’espèce humaine et son environnement. Vous notez le terme « morale » utilisé. Je ne crois pas ainsi que l’on puisse dissocier écologie et éthique, la morale, la dimension du bien dans une approche raisonnée de la gestion de notre planète, de notre environnement.

Habiter, cohabiter avec son milieu suppose l’impérieuse nécessité :

  • de savoir cohabiter harmonieusement,
  • d’assurer la cohésion respectueuse et solidaire,
  • de protéger la pérennité de l’existence humaine, loin d’un horizon menaçant.

La pérennité suppose que sur ce champ, nous intégrions cette dimension d’éthique qui pose les conditions morales d’une vie commune, j’évoque bien les conditions morales et non normatives.

Les conditions morales mettent en valeur l’éveil de la conscience, la part réflexive, au fond cette capacité à toucher notre esprit, à l’amener à se sentir concerné, c’est l’ambition même, la finalité de l’encyclique de toucher le cœur même de notre humanité.

La morale en matière d’écologie souligne les notions de frugalité, de sobriété, de maitrise à l’envers d’un rapport boulimique, d’une consommation qui ne se freine pas, d’achat compulsif où la carte bleue agit parfois comme un véritable antidépresseur.

Une société

consumériste devenue dévorante

La société consumériste est devenue dévorante, elle entend assouvir tous les appétits, ne mesure pas les conséquences d’une vie qui ne se donne pas de limites dans ses rapports éthique avec la nature. Dans un monde consumériste qui impose une lecture des besoins artificiels comme reposant sur une nécessité nous fait dès lors perdre de vue la dimension responsable que devrait être la relation du consommateur avec cette même nature.

Nous ne percevons pas que nos excès impactent notre environnement proche et lointain, nos voisinages et les autres habitants de la planète. Mais nos outrances technicistes, scientistes et boulimiques amènent et conduisent à une profonde déréliction en nous enfermant aujourd’hui dans un système matérialiste et un système de consommation et de consommation virtuelle nous isolant les uns des autres. Nous perdons de vue ainsi les notions de solidarité et de partages, de partages des biens, de frugalité et de capacité à secourir ceux qui sont dans le besoin.

Or la dimension normative vient comme s’imposer, contraindre, elle est forcément coercitive et non participative. Or aujourd’hui c’est bien la conscience qu’il convient d’éveiller, de toucher et pour l’atteindre, nous voyons bien que la norme s’avère impuissante, incapable de modifier les comportements transgressifs, modifier durablement ce rapport avec notre environnement.

Les défis

de l’écologie repensée

Nous avons perdu de vue notre relation à la nature et notre intime interdépendance avec tout ce qui constitue la maison commune, ce qui fait notre habitat.

Notre humanité s’est fourvoyée dans le technicisme et ce qui l’accompagne, une hyper consommation, gage de croissance. Notre humanité dans son appétit dévorant, a mis :

  • sa confiance absolue dans les dogmes du libéralisme, de la mondialisation, du libre-échange,
  • sa certitude dans le progrès technologique comme une réparation de son infirmité lié aux limites biologiques qui font l’homme,
  • sa foi dans la science au service du confort absolu de l’homme. Cette croyance discrétionnaire qui est en passe de devenir une religion de l’homme pour les tenants de l’idéologie transhumaniste,

Nous sommes dans des contextes :

  • de crise économique,
  • de crise climatique,
  • de crise sociale,
  • de crise culturelle.

Nous sommes en quelque sorte mis au défi de repenser l’écologie, nos modes d’habiter, et d’habiter autrement notre rapport à la création et à la nature. Mais il ne s’agit pas comme je l’ai souligné en préambule de souligner notre seul rapport à la nature, il s’agit bien de mettre l’accent sur notre rapport aux autres, sur notre façon de vivre la relation aux autres, ce respect dû à chacun, cette nécessité de savoir tendre la main, d’entraider, de secourir.

Nous ne pouvons pas dissocier les rapports d’interdépendances entre les humains d’une part et les rapports d’interdépendance avec notre milieu, il s’agit bien d’un tout, d’un ensemble, nous sommes tous une des composantes de cet ensemble. Nos gestes, nos actes, notre façon d’agir ont une incidence, l’adage ne dit-il pas que « c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase ». Chacun dès lors doit avoir cette conviction qu’il n’agit pas de manière isolée et indépendante des autres sans conséquences.

Nous faisons un. « En détruisant l’environnement, l’humanité se détruit elle-même ; en le préservant, nous nous préservons nous-mêmes, nous préservons notre prochain et les générations futures ».

Notre conscience morale doit dès lors être éveillée relativement à nos rapports avec les autres sur nos rapports de domination et d’exploitation de notre environnement. Au-delà de la conscience morale c’est aussi la conscience spirituelle.

La démarche écologique que nous prônons comme intégrale doit reposer sur un mouvement ontologique fondé sur la relation, l’échange, la participation, la conscience à rebours d’un monde « prométhéen » faiseur d’un homme nouveau.

Ce mouvement de l’écologie intégrale qui replace l’homme comme une composante essentielle de son milieu est enfin un formidable réveil de l’esprit qui est l’expression d’un refus, celui d’être encarté, celui d’être formaté, protestation légitime de se laisser enfermer dans le monde des idéologies et des univers virtuels, des univers désincarnés.

« Dieu se rit de ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. » – Bossuet

François Huguenin Maillot commentant l’encyclique du pape François (Laudato Si) écrivait à propos du consumérisme « qu’il aliène l’homme par un matérialisme qui lui donne l’illusion de la liberté et l’empêche de voir qu’il est prisonnier de ce que Charles Taylor a nommé « désirs inauthentiques ». »

Il est facile ajoute François Huguenin « de fabriquer des désirs factices que l’homme s’approprie en lieu et place des désirs naturels plus exigeants, plus difficiles à atteindre, mais plus épanouissants et humanisant que sont le désir de la vertu et du bien, du donner et du recevoir. Comme si l’accumulation des biens de consommation ensevelissait le cœur de l’homme sous une masse de détritus recouvrant la perle qui est en chacun. »

« L’abondance, la profusion ont rétréci notre horizon, ont barré l’accès à la profondeur intérieure où se fait la rencontre avec l’autre ou avec Dieu ». D’où cet éloge de la sobriété que souligne François Huguenin, « une vertu tellement étrangère à notre époque ».

Or les tenants d’une écologie politique ont une approche normative dénonçant surtout les effets mais ne s’attaquant pas directement aux racines du mal, aux origines mêmes d’une société consumériste qui ne s’est donné aucun frein à son appétit, à ses convoitises. N’est-il pas frappant de noter qu’aucun discours ne vient ici valoriser les notions de frugalité, de sobriété ? Ainsi un certain discours ambiant « déplore les effets mais en chérit les causes en ne les dénonçant pas ».

Cette écologie intégrale, défendue, que nous promouvons, n’est pas une idolâtrie de la nature mais elle est en revanche à rebours du désir de dénaturation de l’homme.

L’écologie intégrale que nous valorisons vise plutôt :

  • à prendre soin de la nature faune et flore,
  • à éviter cette tentative de déconstruire l’homme tel qu’il est, de défaire l’homme relativement à la réalité de son identité biologique…

Or toute tentative de dénaturation a forcément un impact sur son environnement… dont l’un des effets produit est celui d’un consumérisme sauvage ; l’un des avatars, le désir sans limites !

C’est pourquoi la conception de l’écologie que je partage est celle d’un « bio conservateur » qui est une anti thèse du transhumanisme. Il n’y a donc pas en effet d’écologie sans anthropologie qui replace l’homme comme le devoir de prendre soin de lui et du plus fragile, de respecter la nature et la nature de l’homme tel qu’il est sans chercher à le modifier pour le performer, l’améliorer ou l’augmenter.

L’écologie

dans une perspective biblique

Rappelons-nous que le premier habitat de l’homme après la création est un jardin, l’Eden. Il est frappant de noter que cet habitat n’est pas surdimensionné, n’est pas non plus une prison dorée, le jardin est à hauteur d’homme, l’homme n’est ni confiné, ni écrasé par le gigantisme, une mise en distance, c’est la proximité, le proche, le prochain qui constituent la matrice du jardin.

Dans ce jardin, l’Eden, l’homme est dans un espace de liberté, un espace également de libre arbitre, un espace qui n’est pas dans la démesure, la disproportion. Ce jardin est dans une échelle de proximité, de relations à trois dimensions, le créateur, la créature, la création.

Dans cette dimension de la création, il semble bon de rappeler que la création est d’abord un acte d’amour : Dieu crée pour se donner un autre à aimer. La création relève avant tout d’un acte relationnel. Avec la dimension de la relation, Dieu crée la liberté et non des pantins déterminés, la création serait ainsi contre nature, puisque la création procède d’un don, d’une grâce, d’une liberté, de l’amour et ne relève aucunement d’un hasard ou d’un déterminisme.

Rappelons que Dieu fait émerger au début de cette création libre, la lumière puis l’univers du chaos, du « tohu bohu »[2] des ténèbres. Dieu sépare comme le rappelle Alain LEDAIN auteur du livre « Regards d’un chrétien sur la société » ; Dieu différencie, distingue ; il sépare les éléments constitutifs de l’univers, en commençant par les corps célestes pour achever avec la création sexuée de l’homme ; Dieu pose le principe de l’altérité et de la différenciation ; il crée des espèces et confère à la flore et à la faune « un espace d’existence » en leur attribuant des fonctions et un rôle. Dieu n’est pas non plus un tout dans la création. Il transcende la création, il s’en distingue, il en est le Créateur.

Dieu crée l’Univers pour qu’il soit habité comme le rappelle le livre d’Esaïe chapitre 40 verset 22. A l’origine de la création, l’homme vit dans un cadre harmonieux, un lieu d’absolu bien être, qui est qualifié dans les Ecritures comme un jardin de délices. En effet l’Eden signifie en hébreu un jardin de délices, un lieu d’harmonie.

Non seulement l’être humain homme et femme est en harmonie avec lui-même mais il l’est avec les animaux et il est également en communion avec son Créateur, avec qui il échange, avec qui il parle. Dieu ne lui est pas caché, il lui est pleinement révélé. La transcendance coexiste avec l’homme et non une immanence dont l’homme rendrait un culte. La nature n’est pas divinisée ; la nature est au service d’un dessein, d’un projet à partit duquel l’homme créera, organisera, structurera, aménagera, transformera.

Genèse 2 : 8-10 « L’Eternel Dieu planta un jardin en Éden, à l’orient, et il y mit l’homme qu’il avait modelé. L’Eternel Dieu fit pousser du sol toute espèce d’arbres séduisants à voir et bons à manger, et l’arbre de Vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal. Un fleuve sortait d’Éden pour arroser le jardin et de là il se divisait pour former quatre bras. »

Or nous prenons conscience que notre monde évacue aujourd’hui toute idée de transcendance, tout rapport avec la transcendance, comme si Dieu n’existait pas, ou n’avait jamais existé.

Débarrassé de l’idée de Dieu, l’homme devient pour lui-même, la mesure de toutes choses. Dans le récit de la Genèse, la première inversion du rapport à la proximité, du rapport à la relation s’inscrit dans la création d’une ville : au-lieu de se disperser, de dupliquer l’échelle du jardin, les hommes se déploient, s’empilent sur un espace confiné, ils croient atteindre la liberté en voulant conquérir le ciel. Ils s’inscrivent même dans une contre diversité en fabriquant leurs villes avec des matériaux non différenciés, du bitume et des briques, là où Dieu avait pourtant créé la diversité et mis à sa disposition les ressources infiniment riches et variées.

Il convient aussi d’avoir en perspective que Babel et Babylone sont sémantiquement équivalents, ont les mêmes racines étymologiques, Babylone affichant l’image d’un empire marchand et totalitaire, Babel la ville uniforme, étant l’affichage d’une ambition démesurée de l’homme, celui d’atteindre la « porte du ciel ». L’Eden, le jardin est l’échelle de la proximité. La première société conviviale qui prône l’altérité, la différenciation complémentaire est soudainement balayée par le rêve de la démesure : atteindre les sommets, les cimes sans les racines, ces racines qui fondent, ancrent les sociétés afin que ces dernières ne chancellent pas.

« La nature

n’a d’autre raison d’existence que d’être au service de l’homme »,

une vision technicienne et dévastatrice à terme

Il est ainsi curieux que l’historien Lynn White dans « Les racines historiques de notre crise écologique » affirme de façon quasi péremptoire que les origines de nos crises sont « largement religieuses », que « la crise écologique que nous connaissons s’approfondira tant que nous n’aurons pas rejeté l’axiome chrétien selon lequel la nature n’a d’autre raison d’existence que d’être au service de l’homme ». Mais dans cette assertion brutale, l’auteur semble méconnaitre l’épisode du pêché, cette soif manifestée par l’homme de se libérer de ce qu’il pensait être comme une servitude de ne pas être l’égal de Dieu.

A travers le livre de la Genèse, s’exprime également la façon dont Dieu structure, organise l’univers et lui a donné un ordre, en procédant à une série de distinctions, de terme à terme : Dieu/l’homme ; l’ordre/ le Tohu Bohu, le jour/la nuit, l’homme Mâle/femelle, l’homme/les animaux ; les animaux/les végétaux ; la terre/l’eau/le ciel.

Dans le livre de la Genèse, la création du monde procède par éléments séparés. Pour respecter l’ordre introduit par Dieu, il convient de maintenir cette séparation, au risque de retourner au chaos, au Tohu Bohu, à une forme de confusion. Or, implicitement selon les Ecritures, l’un des enseignements majeurs que l’on peut ici extraire en partant de la lecture du livre de la Genèse, montrant définitivement la vision écologique de la création, ce qui a été différencié ne saurait être mélangé. La création ne saurait faire l’objet de transgressions en mêlant à nouveau ou en confondant ce qui a été à l’origine de la création, « séparé », ce qui entrainerait la confusion, celle de « ne pas distinguer la main droite et la main gauche », tel que le rapporte le livre du prophète Jonas qui décrit une ville plongée dans la confusion.

Livre de Jonas chapitre 4 verset 11 « Et moi, je n’aurais pas pitié de Ninive, la grande ville, dans laquelle se trouvent plus de cent vingt mille hommes qui ne savent pas distinguer leur droite de leur gauche… »

Or nous voyons clairement que le génie génétique transgresse ces différenciations qui sonnent comme autant d’interdits, rapprocher, fondre ce qui a été séparé. Nous voyons ainsi poindre ces forçages de la technoscience qui entend rapprocher le vivant et la matière, le végétal et le vivant. Il est utile de rappeler que l’Ancien Testament mentionne un grand nombre d’interdits concernant les mélanges, les unions tirées du milieu naturel ; la Bible rappelle par exemple l’interdiction de tisser ensemble le lin et la laine (végétal et animal).

Quelle écologie pour demain ?

Pour revenir au livre de la Genèse nous notons dans l’hébreu l’emploi du verbe shamar, shamar qui signifie garder, veiller sur, protéger, conserver. L’homme est ainsi appelé à veiller avec soin sur la nature, à l’image d’un jardinier qui cultive son jardin.

En usant de techniques pour aménager son environnement, l’homme s’emploie à aménager, à organiser et à structurer la terre, à cultiver comme le jardinier entretient, prend soin de son jardin. En binant, bêchant, sarclant la terre, le jardinier entretient le sol, le fertilise, fait prospérer le sol pour nourrir et bien au-delà de ses seuls proches.

Ce travail d’organisation et de transformation est une vocation à laquelle l’homme est appelé mais il est appelé à prendre soin c’est le sens même de shamar. Il veille et il protège afin de ne pas abîmer en surexploitant le sol. D’ailleurs la Bible, dans l’un des cinq livres du pentateuque, dans le livre du lévitique, ne parle-t-elle pas du repos de la terre, d’une mise en jachère qui est une pratique courante chez les agriculteurs, pour autant l’intensité du progrès peut impacter de manière négative et se faire au détriment du bien commun.

Nous vivons une forme de révolution concernant la civilisation humaine : Nous assistons à une inversion accélérée des rapports de force entre la civilisation humaine et  l’environnement naturel : Durant des millénaires, l’homme a développé une activité de transformation en apprenant à surmonter la pénibilité, les menaces liées l’environnement naturel, à limiter la peine, et à tirer profit des ressources que la nature lui a mis à sa disposition ; mais aujourd’hui, ce rapport à la nature où il convenait pour l’homme de tenter de dominer, devient un rapport de puissance. Il y a comme un effet de bascule déraisonnable. Le développement s’est fait sans conscience et souvent au détriment des plus pauvres et des plus fragiles faisant ici et là naître d’autres cataclysmes écologiques résultant de conflits, de guerres, d’exclusions ethniques ou religieuses, se traduisant également par des déplacements de populations fragilisées et pauvres vers les continents riches.

Aujourd’hui, la croissance de la civilisation a atteint un degré critique, il devient prégnant que l’épopée du progrès technique s’est de nos jours, accompagnée d’une tragédie humaine sans précédent.

Il s’agit dès lors de protéger la nature des effets néfastes d’une technologie sans conscience. Le progrès de notre civilisation doit donc être repensé et adapté en vue d’une meilleure intégration à long terme dans la biosphère.

Les pistes de ce changement peuvent être engagées à différentes échelles :

Une prise de conscience planétaire : en partant de la nécessité pour les nations riches d’être solidaires des nations les plus pauvres en contribuant à apporter les ressources nécessaires à la survie et au bien-être sans pour autant reconstruire un modèle consumériste et matérialiste, l’inspiration d’une démarche de type permaculture nous semble l’organisation la plus idoine, la plus satisfaisante.

Une prise de conscience locale : à la plus petite échelle, dans le cadre de la vie associative et c’est aussi un sujet d’espérance, des initiatives citoyennes sont portées par des hommes et des femmes qui par leurs gestes insignifiants (la goutte d’eau) peuvent changer le monde. Je pense à ces associations de permaculture, de jardins partagés, de lutte contre les gaspillages alimentaires, de réseaux de solidarité, de coopératives citoyennes.

Il existe des réponses concrètes pour inverser ce rapport à une technicité sauvage, un consumérisme sans éthique. Ainsi des hommes et des femmes inventent de nouveaux rapports à la nature dans une dimension de respect des écosystèmes, mais également d’équité dans les rapports aux autres en partant d’une échelle locale, en s’appropriant un lieu comme nous l’avons fait à l’Ilot Saint Gilles (à Reims) ou nous inventons une forme de vie sociale. La socialité d’un lieu est aussi importante que l’entretien du lieu proprement dit. Notre espace est un lieu ouvert, voulant ainsi éviter « l’entre nous », nous voulons affirmer ce lieu comme un espace de convivialité, de bienveillance, de relations avec les voisins au-delà de leurs croyances, de leurs convictions, de leurs positions sociales, de leurs statuts. C’est la création d’un monde commun dépassant les clivages qui anéantissent l’urgence de nous réunir pour sauvegarder l’idée d’un patrimoine social et naturel commun.

A partir d’un jardin partagé avec les habitants d’un quartier de la ville de Reims, nous nous sommes employés à valoriser la vie d’un lieu qui était en friche. Après avoir débroussaillé puis transformé cette friche, nous avons créé un jardin ; installé un compost, récupéré l’eau de pluie, mis en place des toilettes sèches, pratiqué le paillage afin de gêner le développement des mauvaises herbes, bref une somme de petits gestes qui définissent ce que l’on appelle la permaculture. Le mot est un peu savant,  le concept a été à l’initiative des australiens Bill Mollison et David Holmgren qui ont considéré que la dimension sociale est aussi importante qu’un dispositif écologique qui veut s’inscrire dans la durée. Pour les initiateurs la permaculture est bien plus qu’une agriculture permanente mais « c’est de la culture permanente ».

La permaculture s’inscrit ainsi comme une nouvelle conception de l’habitat, une nouvelle pratique de vie inspirée de l’éthique, de l’écologie naturelle, de valeurs transmises par la tradition.

La permaculture n’est pas un mode de pensée mais un mode d’agir qui prend en considération la biodiversité. L’objectif des associations qui fondent un principe de gouvernance autour de la permaculture est de permettre à des habitants de concevoir une forme de société conviviale, un habitat durable, une forme de résistance, de résilience à la modernité ou le tout techniciste triomphe.

La permaculture ne relève pas d’une démarche idéologique mais s’inscrit dans le réel, dans le paysage, le quotidien, une autre façon de vivre avec les autres une autre alternative de vie dans l’environnement d’une cité, d’un village. Voilà une piste concrète d’une autre écologie pour demain. Une forme d’économie de la bienveillance, de la relation aux autres, une autre forme de jardin qui a inspiré l’association Cultures à l’ilot Saint Gilles à Reims qui au-delà des clivages sociaux, idéologiques, décide de réinventer une société conviviale reposant sur l’envie de partager des biens en commun qui ne sont pas seulement les fruits, les légumes, mais aussi la culture, l’habitat en faisant émerger un projet de béguinage pour lutter contre l’isolement des personnes avançant dans l’âge, ainsi la dimension d’interdépendance l’homme dans son milieu est  mis en valeur. Le projet des jardins partagés que nous voyons fleurir partout en France, prennent alors tout leur sens, une forme d’utopie mais dont la dimension incarnée est nécessaire pour amener un peu de rêve dans un monde gagné par le technicisme et l’urbanisme occultant le paysage, la nature verdoyante et apaisante, la relation aux autres.

 

[1] Gaultier Bès, est professeur agrégé de Lettres, il est le coauteur du livre Nos Limites avec Marianne Durano et Axel Rokvam. Le livre partage le manifeste d’une écologie intégrale.

[2] tohu bohu terme hébraïque issu de la Torah et désignant le chaos originel.