« Le délire occidental et ses effets actuels dans la vie quotidienne : travail, loisir, amour » de Dany-Robert Dufour

La mondialisation qui se dessine se caractérise par l’adoption quasi universelle du projet consumériste et productiviste occidental. Le mode de vie insufflé par les idéologies progressistes et libérales qui ont pris leur source dans le capitalisme à l’occidental a  pollué sinon souillé une large part du monde : la totalité du continent asiatique, l’orient et maintenant l’Afrique… Nous avons de fait en Occident une responsabilité dont nous ne pouvons pas nous dédouaner relativement aux images d’opulence  artificielle et de conforts factices que nous avons véhiculés de par le monde et qui attisent les envies comme le miroir aux alouettes qui agit tel un piège morbide sur ses proies et les conduit dans l’abîme de la vacuité, du vide spirituel.

La finalité d’un monde gouverné par le capitalisme sauvage  et par goût sans doute de la provocation paradoxale  n’est-elle pas de fait l’aliénation du travail artisanal, la fin de la véritable richesse, l’authentique richesse, celle de l’identité des cultures, celles de nos altérités qui nous attirent du fait de nos différences . Le cœur de la question est donc de savoir quelle est la limite de ce système Babylonien qui a permis la diffusion des styles de vie quasi uniformes, il suffit parfois et par curiosité de consulter les médias de par le monde et d’être frappés par des constructions d’images à l’identique. Le monde progressiste sans vergogne s’est ainsi attaché à l’idée de l’infini, d’un continuum du progrès puis par idéologie de soumettre la nature sans faire d’elle l’allié nécessaire,  en n’imaginant pas ainsi, hélas que le réel n’est pas l’infini ! et ainsi pour reprendre les mots qui ne sont pas les nôtres, la raison (le système technicien) est devenu délirante …

Ainsi nous vous recommandons de vous procurer ce livre . Nous affichons  ici quelques lignes extraites d’un commentaire que nous approuvons….

Portrait

Et si la raison occidentale était devenue délirante ? Pourquoi sommes-nous à ce point désenchantés ? Dany-Robert Dufour, philosophe, part de ce que Descartes proposait dans Le discours de la méthode, fondement de la raison moderne : que les hommes « se rendent comme maîtres et possesseurs de la nature ». Un tournant dans l’aventure humaine qui a entraîné le développement progressif du machinisme et du productivisme, jusqu’à l’inflation technologique actuelle affirmée comme valeur suprême. Si ce délire occidental fait aujourd’hui problème, c’est qu’il a gagné le monde (la mondialisation néolibérale qui exploite tout, hommes et environnement, à outrance) et qu’il est appelé, comme tout délire, à se fracasser contre le réel. D’une part, parce que la toute-puissance et l’illimitation des prétentions humaines qu’il contient ne peuvent que rencontrer l’obstacle : notre terre réagit déjà vigoureusement aux différents saccages en cours. D’autre part, parce que ce délire altère considérablement les trois sphères fondamentales de la vie humaine que sont le travail, le loisir et l’amour en les vidant de tout sens…….

Séance introductive du séminaire “Intelligence artificielle, robotique et santé” de la Chaire Philosophie à l’Hôpital

Définition des concepts, des enjeux éthiques de l’IA et de la robotique dans la santé.
Focus sur l’arrivée des robots sociaux et affectifs pour le soin : quelles avancées réelles ? Quelles réflexions éthiques sont nécessaires pour ces machines apprenantes ?

Définition des concepts, des enjeux éthiques de l’IA et de la robotique dans la santé.
Focus sur l’arrivée des robots sociaux et affectifs pour le soin : quelles avancées réelles ? Quelles réflexions éthiques sont nécessaires pour ces machines apprenantes ?

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Sommes-nous arrivés le 2 Août 2018 à un point de non-retour ?

Auteur Eric LEMAITRE

Il y a quelques jours au sein de notre assemblée, un ami anglais évoquait cette image pleine de richesses et de sens, la dimension de cette vision partagée par Graham, avait un caractère spirituel, puisque elle faisait allusion aux « stratégies » de Dieu plus proches des sentiers que celles des autoroutes ou rails à grande vitesse. Dieu n’a jamais aimé les modèles des mégapoles, des industries gigantesques et l’emprise des empires sur les nations.

L’homme en revanche dans sa quête d’être l’égal de Dieu, s’entête à imaginer que son monde est sans limites. Dans un monde qu’il imagine toujours démesuré, sa vocation démiurgique est justement de transgresser les bornes de son environnement naturel, de dépasser les contraintes imposées par la nature, d’enfreindre et d’enjamber toutes les formes de Rubicon qui entraveraient la marche de l’humanité vers le progrès. La folie du progrès s’est alors construite sur l’espoir illusoire d’une humanité dont la mission serait de conquérir un avenir toujours meilleur. Or ce méta récit du progrès commencé  avec les Philosophes des Lumières qui se poursuit avec les idéologies « darwiniennes » et marxistes est aujourd’hui bel et bien récusé par des réalités géopolitiques, climatiques qui contredisent les apports d’une conception évolutive du monde orientée sur la dimension de lendemains toujours meilleurs.

« Cette idée d’un progrès possible » comme le soulignait le philosophe français Jean-François Lyotard, « probable ou nécessaire, s’enracinait dans la certitude que le développement des arts, des technologies, de la connaissance et des libertés serait profitable à l’humanité dans son ensemble », et de poursuivre son propos en soulignant qu’ :« Après ces deux derniers siècles, nous sommes devenus plus attentifs aux signes qui indiquent un mouvement contraire. Ni le libéralisme, économique ou politique, ni les divers marxismes ne sortent de ces deux siècles sanglants sans encourir l’accusation de crime contre l’humanité. »

Or ce 2 Août 2018 est non seulement précédé par une période juillettiste caniculaire, période assez marquante puisque ce mois de juillet fut considéré par les services de Météo France comme le mois le plus chaud depuis 1900 mais le 2 août est celui du basculement d’un monde qui va vivre désormais à crédit.

En effet, l’humanité dans son ensemble sera (nous avons écrit l’article le 31 juillet 2018) le 2 août 2018, confrontée à un problème qualifié de majeur. Nous sommes en effet sur le point de basculer et de connaître une rupture hypothétique ou définitive des ressources. Si rien ne change, nous allons à partir de ce 2 août, vivre à crédit sur le dos d’une planète épuisée par un consumérisme criminel et sauvage, irresponsable et un capitalisme qui ne s’est donné aucunes limites pour exploiter les ressources de la terre afin de donner satisfaction à l’insatiable besoin de nouveautés, exprimée par la totalité de ses consommateurs. En écrivant cet article, nous nous inclurons nous-mêmes dans cette critique, car comme consommateurs, sommes-nous certains d’avoir su donner des limites à nos propres envies ?

La qualification de problématique cruciale pour l’ensemble de l’humanité n’est pas une formule de plus, une exagération résultante d’un cerveau échauffé par l’élévation des températures, non cette qualification de problématique majeure est reconnue par la totalité des experts. Cette question de survie de notre planète puisque il s’agit bien de survie, englobe bien la totalité des grands équilibres qui touchent aux écosystèmes de la terre.

La terre ne pourra pas être en capacité à subvenir à la demande et aux besoins de tous ses habitants. Le productivisme sans conscience vide les ressources naturelles, assèche, pollue, détruit nos écosystèmes, perturbe notre environnement.

Les dérèglements semblent aujourd’hui s’amplifier, pourtant nous n’incriminerons pas l’explosion démographique et comme parfois nous le lisons, l’explosion démographique c’est davantage de consommateurs et donc… » ! Pourtant dans notre propos, soyons très clairs nous récusons en effet cette approche malthusienne des sociétés occidentales qui bien assises dans le confort de leur modernité, pointent les familles nombreuses qui vivent en Afrique ou en Inde et prescrivent des programmes eugénistes.

Or ces programmes mortifères   conduisant à des centaines de milliers d’infanticides et d’avortements sont sources de problèmes sociaux et de drames familiaux. Cependant le monde occidental dans sa course au progrès se contre fiche des conséquences toxiques de ces programmes eugénistes et ce de manière totalement irresponsable. Nos sociétés plongées en effet dans l’opulence matérialiste et dans la course effrénée vers le progrès technique ne remettent pas en cause les options idéologiques liées à la vision progressiste de la vie sociale, elles n’entendent pas faire machine arrière. Notre mode de vie n’est pas ainsi négociable, il est ainsi exclu avec un certain cynisme, d’accueillir les immigrés victimes de nos conquêtes industrielles et de taquiner les humeurs sourcilleuses des dévots du progrès.

Ce 2 Août 2018 nous serons très probablement confrontés à un réel déficit écologique. Pourtant il est encore possible de remettre en cause nos choix en termes de modèles et d’emprunter les sentiers plutôt que les rails à grande vitesse ou autres autoroutes industrielles. Nous pouvons viser le choix d’un redimensionnement de nos échelles de valeurs, la modification de nos périmètres en termes de conquêtes et réduire les espaces pour nous concentrer sur des cultures à hauteur d’hommes respectueux de l’environnement et prenant en compte la dimension de toutes les formes de besoins. Nous pouvons chercher une alternative à la puissance technique dominatrice pour la mettre à contribution et rechercher ensemble la préservation d’une qualité de vie à dimension humaine et cela passe nécessairement par les gestes du quotidien, boire l’eau de notre robinet plutôt que d’acheter des bouteilles d’eau en plastique, acheter des légumes frais plutôt que de consommer des plats cuisinés, faire du covoiturage, inciter la ville ou la commune à léguer des terrains pour favoriser le déploiement des jardins partagés, développer des quartiers qui favorisent les rencontres et les proximités de voisinages pour des échanges de services… Mais ici nous laissons votre plume pour témoigner cette révolution du quotidien à laquelle nous convions tous les lecteurs de notre site….

Face aux grands périls économiques, climatiques, sociaux, est-il encore temps de changer de modèle de vie ?

Auteur
Eric LEMAITRE

« Je voudrais demander, s’il vous plaît, à tous ceux qui occupent des rôles de responsabilité dans le domaine économique, politique ou social, à tous les hommes et à toutes les femmes de bonne volonté : nous sommes « gardiens » de la création, du dessein de Dieu inscrit dans la nature, gardiens de l’autre, de l’environnement ; ne permettons pas que des signes de destruction et de mort accompagnent la marche de notre monde ! Pape françois »

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La fin possible de l’humanité n’est plus une simple hypothèse envisagée de façon théorique. Cette fin est d’autant plus envisageable qu’elle est la résultante de phénomènes climatiques combinés avec l’existence d’un système productiviste et économique mortifère, qui tendent au fil de ces dernières décennies à s’accentuer et s’aggraver.

Certains experts annoncent la fin d’une partie de l’humanité dans les très prochaines décennies ou le prochain siècle, si d’ici-là nous ne changeons pas de modèle économique !

Entre délitement européen et basculement de l’ordre mondial, une nouvelle voie semble être à trouver, un nouvel équilibre à réinventer, mais autour de quel dénominateur commun : locaux, globaux, à l’échelle de l’homme ou à l’échelle planétaire ? Aujourd’hui aucune décision ne semble pouvoir être prise sans prendre conscience de ces deux échelons. Ces phénomènes climatiques intrinsèquement associés à l’expansion de la mondialisation de l’industrie et du commerce, semblent annoncer un véritable tsunami. Un péril réel du fait de l’élévation du niveau de la mer, qui impacte de nombreux pays notamment les villes côtières, auquel il convient d’ajouter une autre forme de péril, suscité par des troubles sociaux qui naissent des inégalités de plus en plus criantes entre le monde occidental et l’Afrique. A cela s’ajoute la surexploitation des ressources en eau, ainsi, la consommation aux Etats-Unis puise dangereusement dans les réserves : un américain utilise 700 litres d’eau par jour en moyenne. Les réserves se vident plus vite qu’elles ne se remplissent. Selon le site Agir pour la planète,

« C’est le cas de l’aquifère d’Ogallala qui, en approvisionnant la ville de Phoenix en Arizona, est prélevé 14 fois plus vite que son renouvellement naturel. »

Les changements climatiques affectent toute la planète

Les sécheresses gagnent l’Afrique subsaharienne et tropicale. Les changements climatiques affectent toute la planète et particulièrement l’ensemble du continent Africain. Il est inévitable, que les coûts économiques seront considérables, entraînant dans leurs sillages des migrations majeures, ce qui est le cas aujourd’hui en raison des situations extrêmes vécues par l’Afrique. Certes les migrations des hommes et des femmes en provenance d’Afrique ne sont pas seulement la conséquence des transformations climatiques, mais sont aussi en partie liées aux tensions politiques voire djihadistes qui fragilisent considérablement leurs pays.

Ce changement climatique, qui survient partout dans le monde, est aujourd’hui communément attribué et nous en sommes convaincus, à un modèle économique fondé sur une dimension de conquête outrancière du progrès. Nous assistons depuis la révolution industrielle à une mécanisation démesurée de la planète dans son intégralité. Tant et si bien que ce type de modèle fondé sur une confiance aveugle dans le ‘tout technologique’ risque inévitablement de compromettre le bien-être des générations à venir.

Les résultats écologiques de ce progrès sans conscience et sans solidarités, ont des effets désastreux pour l’ensemble de notre planète. L’industrialisation occidentale a délocalisé, puis exporté les dommages industriels, puis colonisé les nuisances dans les pays où elle est allée piller les ressources.

Nous avons créé des dépendances

Nous avons créé des dépendances via des dispositifs agroalimentaires fondés sur une dimension intensive en pensant que l’agriculture faisant usage, d’intrants chimiques fongicides, pesticides, serait en mesure de satisfaire les besoins de toute l’humanité… Longtemps, ainsi nous avons pensé que ce modèle était le seul à répondre aux besoins de l’humanité, or l’usage massif et productiviste de ce mode agricole a mis en péril les grands équilibres naturels et sanitaires, les grands équilibres des écosystèmes. Nous avons par ailleurs élargi les distances pour favoriser puis démultiplier les importations de marchandises au lieu de rendre possible les solidarités, en favorisant les productions locales.

Le monde « occidental »

mais également la Chine et le Brésil ont été soucieux et à bon compte d’exploiter les ressources

Le monde « occidental » mais également la Chine et le Brésil ont été soucieux et à bon compte d’exploiter les ressources. Ils n’ont nullement songé à tisser les coopérations nécessaires avec l’Afrique et parfois avec leurs propres populations comme au Brésil, à transférer les expertises, les compétences pour autonomiser les régions sous développées. En accélérant ainsi les processus d’échanges et une forme de mondialisation d’un modèle économique fondé sur la conquête et l’expansion, nous avons été les auteurs d’une forme d’injustice environnementale, sociale et économique. Nous avons appauvri l’humanité, nous avons contraint aujourd’hui ces populations à migrer, nous portons collectivement une lourde responsabilité en faisant apparaître les inégalités de plus en plus criantes entre le Nord et le Sud. Pour asseoir notre propos et nous ne serons pas exhaustifs sur ce sujet, nous pouvons citer le Brésil qui a joué un rôle destructeur et particulièrement mortifère en saccageant sa propre terre par l’extraction de minerais et de ressources forestières. Le même Brésil n’hésitant pas à briser des vies humaines, à écraser l’écologie, déraciner, puis réduire en poussière l’habitat des communautés autochtones.

À ce modèle agricole

aux effets finalement désastreux s’est ajouté notre adulation pour l’or noir

À ce modèle agricole aux effets finalement désastreux s’est ajouté notre adulation pour l’or noir, la consommation de pétrole, de tous les fossiles polluants. L’usage généralisé des fossiles savamment enterrés par la nature et déterré par les activités de l’homme, a conduit à l’émission de CO2 qui s’accumule dans l’atmosphère. Ainsi le monde industriel en surexploitant la nature a été responsable en grande partie des émissions de gaz à effet de serre, retenant la chaleur solaire et bouleversant en partie les conditions climatiques. Ce changement de paradigme climatique est connu sous le nom de réchauffement planétaire. Ce réchauffement planétaire a des incidences sur les chutes de pluies et autres phénomènes atmosphériques et climatiques, mettant en danger la vie humaine, animale et végétale du fait des conséquences potentiellement catastrophiques associées à ces changements.

Georges Bernanos dans son fameux livre « la France contre » les robots » publié en 1947, fustigeait la civilisation moderne responsable aujourd’hui des graves mutations connues à ce jour. Pour l’écrivain cette civilisation moderne s’est inscrite comme « une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure », nous pourrions ajouter une conspiration intégrale, une conspiration écologique contre l’homme et la nature.

En critiquant le choix civilisationnel du progrès, c’est l’esprit de ce monde qui doit être interrogé selon Georges Bernanos. Pour l’écrivain, c’est ce monde industriel qui n’a été rendu possible que par un long processus idéologique et économique qui ensuite a fait émerger cette mécanisation envahissante dans tous les processus de vie. L’humanité dans son ensemble a été ainsi bercée par l’idée du progrès non pas que cette idée soit en soi négative, mais elle a occulté la dimension de la proximité, des solidarités, des liens relationnels au profit des notions de performance, de compétitivité et du bien-être individuel.

L’humanité a voulu s’affranchir de l’échelle du jardin

Cette humanité a voulu s’affranchir de l’échelle du jardin, de la norme biblique du partage solidaire pour gagner coûte que coûte le bien-être individuel au détriment du bien commun. Au lieu de servir l’humanité, le capitalisme sauvage (libéral vs social) a préféré s’engouffrer dans l’économie de la rentabilité et de la dépendance plutôt que de favoriser les solidarités, les liens de fraternité et l’autonomie qui sont le gage de la liberté.

Depuis des décennies, il semblerait que l’industrie se soit employée à fragiliser la biodiversité, à épuiser les ressources du sol, à dérégler les climats, à dévaster les grands équilibres de la planète.

Il serait tout à fait sot de ne pas partager ce constat. Notre civilisation humaine est en effet malade, elle est menacée, menacée d’un péril grave en raison de la surexploitation chronique des ressources de la terre. Plusieurs chercheurs de différentes grandes universités américaines ont fait ce constat alarmant : « la demande de l’humanité en ressources écologiques exigerait une fois et demie la capacité de la Terre pour être satisfaite », or nous ne sommes pas loin d’avoir atteint les limites en termes de ressources, des ressources en nourritures et en eau.

Est-ce sans espoir ?

Allons-nous vers cette catastrophe annoncée, c’est-à-dire la disparition ou la fin de l’humanité comme il y a plusieurs millénaires, la terre avait connu la fin des dinosaures.

C’est inéluctable, d’autant que certains mettent une confiance absolue dans la technologie. S’il est vrai que la technologie a augmenté l’efficacité pour produire mieux et plus. Paradoxalement la même technologie n’est pas en mesure d’éviter l’échéance d’une catastrophe. Nous avons créé un modèle technologique fondé sur le progrès, mais c’est une technologie énergivore, orientée sur la surconsommation dépensière. C’est cette surconsommation qui aggrave les grands équilibres qui touchent la biodiversité, qui épuise la terre. Nous avons adoré la société de confort et nous avons chéri son standing, mais l’obtention du bien être fonctionnel s’est faite au prix de dégâts toujours plus croissants sur les écosystèmes de la planète.

La crise identitaire de peuples en colère à la fois contre leurs élites et contre les modèles économiques qui privilégient la mondialisation, et les fermetures notamment de sites industriels ( favorisant le chômage), pose également la question du modèle de vie. Les “cahiers du développement durable” posent cette question:

“En 2050, la population mondiale atteindra probablement les 9,3 milliards d’individus. Comment nourrir tout ce monde et répondre à leurs envies de consommation, alors que les ressources se raréfient et que l’état de l’environnement se dégrade ?”

Existe-t-il un autre modèle économique qui permettrait d’endiguer les catastrophes annoncées ?

Le Film « Demain » souligne avec force que dénoncer n’est pas suffisant, il faut aujourd’hui retrousser nos manches et investir de nouvelles solutions qui réconcilient par ailleurs l’écologie humaine qui crée du lien et l’écologie qui protège les ressources naturelles. Pierre Rabhi fait partie probablement de ces pionniers qui entendent préserver et promouvoir des techniques agricoles qui protègent l’humain, le vivant et la biodiversité. Oui, il existe ainsi des modèles agricoles, économiques et des exemples qui nous viennent également de Détroit aux Etats-Unis, de Todmorden en Angleterre et de France, qui vont à l’encontre des conceptions libérales de l’économie…

À partir de quels modèles économiques,

pourrons-nous sauver l’humanité et notre terre ?

Ces modèles remettent en question ou renversent la table des organisations industrielles productivistes qui envahissent les sols et les épuisent

Il faut ainsi comme l’exprime Coline Serreau “rétablir le lien honnête entre le champ cultivé et l’assiette de chacun”. La santé et la fertilité doivent notamment être améliorées en ayant recours à la plus grande biodiversité qui est la clé d’un véritable renouveau agricole. Cette agriculture doit se diversifier en reproduisant des mécanismes naturels à petite échelle qu’inspire par exemple la permaculture. Aujourd’hui un certain nombre de chercheurs et d’agronomes tendent à démontrer l’efficience du jardin agricole, des mini-fermes ou de champs à l’échelle d’une organisation sociale et solidaire améliorant considérablement les ressources. L’efficience se traduit par le fruit des récoltes issues d’une démarche respectueuse de la nature, tout en ayant un impact significatif sur une gestion qui n’a pas eu recours à une mécanisation outrancière. Les fruits d’une telle démarche ont pour conséquence d’activer une proximité avec le monde des villes en rapprochant les approches d’une agriculture qui facilitent les accès des friches industrielles auprès des habitants, ces mêmes friches qui pourraient être aménagés par les paysans faisant ainsi le lien entre le monde rural et le monde urbain.

À Détroit, des hommes et des femmes ont ainsi investi des zones industrielles abandonnées pour cultiver la terre et ont inventé des mini-fermes urbaines. Ces hommes et ces femmes ont ainsi démontré qu’en rapprochant les ressources nourritures dans les villes, ils réduisaient de façon significative la consommation de C02.

A Todmodern en Angleterre, est né le mouvement des Incroyables comestibles, des habitants ont transformé des rues en massifs potagers, ils y ont fait pousser partout dans la ville des jardinières de légumes des poireaux, des concombres, des radis pour rendre la nourriture gratuite et accessible à tous.

En France, des paysans ont expérimenté une agriculture sans pesticides et sans mécanisation outrancière qui démontre une rentabilité qui passionne les chercheurs de l’INRA. Ces paysans ont inventé un modèle qui serait de nature à répondre aux besoins de l’humanité, si l’expérimentation de ces mini-fermes s’étendait aussi à l’Afrique.
“Socialement équitable, économiquement viable et environnementalement vivable”

Il est important de réfléchir à un autre modèle économique à l’échelle de l’homme, qui serait un vrai grain de sel pour toute l’humanité, si elle cessait de croire aux lubies d’un progrès technologique exponentiel mais sans conscience. Un développement qui serait réellement “durable” déjà défini comme “socialement équitable, économiquement viable et environnementalement vivable”, semble être une voie possible, prenant en compte ces trois piliers, et dessinant ainsi une nouvelle feuille de route pour l’humanité et les marchés.

 Nous rejoignons

parfaitement l’appel du pape François :

« Je voudrais demander, s’il vous plaît, à tous ceux qui occupent des rôles de responsabilité dans le domaine économique, politique ou social, à tous les hommes et à toutes les femmes de bonne volonté : nous sommes « gardiens » de la création, du dessein de Dieu inscrit dans la nature, gardiens de l’autre, de l’environnement ; ne permettons pas que des signes de destruction et de mort accompagnent la marche de notre monde ! »

Ainsi comme chrétiens, nous devons viser au travers de nos vies une absolue cohérence avec ce mandat de prendre soin de l’homme, mais également de prendre soin de la création. Nos actes ont des effets papillon et ces derniers peuvent avoir des incidences positives ou négatives selon que nous avons été attentifs à gérer ce capital de vie avec l’attention qui nous a été demandée comme témoin de l’évangile.

Remerciements :

Nous tenons vivement à remercier Bérengère Séries pour sa contribution et ses apports riches.

Pour Elon Musk, l’intelligence artificielle revient à « invoquer le démon »

Elon Musk, est le fondateur des sociétés PayPal, SpaceX et Tesla Motors,  sa méfiance vis-à-vis de l’intelligence artificielle est exprimée à travers cette citation largement relayée dans les médias.

« Avec l’IA, nous sommes en train de convoquer le démon. Vous connaissez ces histoires où il y a un type avec un pentagramme et de l’eau bénite qui est du genre —’Ouais, il est certain de pouvoir contrôler le démon ? Ça ne marche pas»

Pour l’inventeur et entrepreneur, le développement de l’IA devra être strictement encadré car le deep larning  pourrait être plus grande menace à venir pour l’humanité.

https://www.youtube.com/watch?v=Ka5V4O1RXIw

La machine a-t-elle déjà surpassé l’homme ?

Les machines pilotées par des algorithmes pourraient-elles atteindre les niveaux d’une intelligence similaire à celle de l’être humain ? Les robots pourraient-ils demain   remplacer les êtres humains, conquérir la totalité de leurs compétences ? J’interrogeais il y a peu un ophtalmologue, s’il ne craignait pas qu’à moyen terme il ne soit remplacé par une machine capable de procéder à l’évaluation de l’œil en raison de la désertification médicale, du manque de praticiens et surtout de praticiens ophtalmologues. . Sa réponse était étonnante, il m’indiquait qu’il y avait peu de chances qu’il ne soit dans l’immédiat remplacé ! Or avant notre entrevue, son assistante, elle même « secondée » de tout un appareillage contrôlait ma vision, inspectait mes yeux afin de lui communiquer un premier bilan.   Cette assistante s’appuyait sur tout un appareillage spécifique qui lui permettait  :

  •  de vérifier l’état de ma cornée…
  • de dépister  d’éventuels anomalies
  •  de prendre la tension de l’oeil
  • d’examiner les  fonds d’yeux  …

Bref pas certain, que l’ophtalmologue ait encore besoin d’une assistante d’autant, que cette dernière se positionnait dans un protocole très technique et un registre peu avenant sur le plan relationnel, démontrant que la machine pouvait parfaitement se substituer à l’ensemble de toutes ses tâches….

Qu’est-ce que l’écologie intégrale?

« Quand on parle d’« environnement », on désigne en particulier une relation, celle qui existe entre la nature et la société qui l’habite. Cela nous empêche de concevoir la nature comme séparée de nous ou comme un simple cadre de notre vie. Nous sommes inclus en elle, nous en sommes une partie, et nous sommes enchevêtrés avec elle. Les raisons pour lesquelles un endroit est pollué exigent une analyse du fonctionnement de la société, de son économie, de son comportement, de ses manières de comprendre la réalité. Étant donné l’ampleur des changements, il n’est plus possible de trouver une réponse spécifique et indépendante à chaque partie du problème. Il est fondamental de chercher des solutions intégrales qui prennent en compte les interactions des systèmes naturels entre eux et avec les systèmes sociaux. Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale. Les possibilités de solution requièrent une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus et simultanément pour préserver la nature. » (Laudato si’ – paragraphe 139) 

L’écologie intégrale :

décrypter la crise écologique

"Il est fondamental de chercher des solutions intégrales qui prennent en compte les interactions des systèmes naturels entre eux et avec les systèmes sociaux"

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Le concept d’écologie intégrale recouvre une compréhension profonde de la crise écologique et de ses déterminants ontologiques, politiques, économiques et financiers. En ce sens, nous l’avons explicité, il ne se laisse pas enfermer dans une vision qui en ferait une sorte de chapeau recouvrant d’une part l’écologie de la nature et d’autre part, l’écologie de l’homme. Ce serait un contresens qui ne ferait pas justice à l’insistance du pape François sur le caractère lié de ces deux problématiques :

« Quand on parle d’« environnement », on désigne en particulier une relation, celle qui existe entre la nature et la société qui l’habite. Cela nous empêche de concevoir la nature comme séparée de nous ou comme un simple cadre de notre vie. Nous sommes inclus en elle, nous en sommes une partie, et nous sommes enchevêtrés avec elle. Les raisons pour lesquelles un endroit est pollué exigent une analyse du fonctionnement de la société, de son économie, de son comportement, de ses manières de comprendre la réalité. Étant donné l’ampleur des changements, il n’est plus possible de trouver une réponse spécifique et indépendante à chaque partie du problème. Il est fondamental de chercher des solutions intégrales qui prennent en compte les interactions des systèmes naturels entre eux et avec les systèmes sociaux. Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale. Les possibilités de solution requièrent une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus et simultanément pour préserver la nature. » (Laudato si’ – paragraphe 139) 

Il faut souligner ici que contrairement aux idées reçues, la tradition judéo-chrétienne (Genèse 2, 15) décrit un être humain dont le devenir et l’épanouissement est lié à l’exercice de sa vocation de cultivateur et de gardien du jardin dans lequel Dieu l’a placé, après l’avoir planté Lui-même. De la même façon, l’épanouissement et la pérennité du jardin est liée à l’intervention de l’homme. Il existe donc dans cette conception anthropologique une profonde interdépendance des conditions réciproques d’épanouissement de l’homme et de la nature. En ce sens, il n’y a pas dans l’Eden de nature d’un côté et de l’humain de l’autre. Leur vocation est donc liée dans ce jardin désormais planétaire.

Tugdual Derville, Pierre-Yves Gomez, Gilles Hériard Dubreuil, co-initiateurs du Courant pour une écologie humaine

Lire la suite :
http://www.ecologiehumaine.eu/humaine-environnementale-integrale-point-sur-lecologie/

Sans éveil et résistance de la conscience, nous serons demain soumis aux Robots !

Simone Weil  « Le pire attentat, celui qui mériterait peut-être d’être assimilé au crime contre l’Esprit, qui est sans pardon, s’il n’était probablement commis par des inconscients, c’est l’attentat contre l’attention des travailleurs. Il tue dans l’âme la faculté qui y constitue la racine même de toute vocation surnaturelle. La basse espèce d’attention exigée par le travail taylorisé n’est compatible avec aucune autre, parce qu’elle vide l’âme de tout ce qui n’est pas le souci de la vitesse. Ce genre de travail ne peut pas être transfiguré, il faut le supprimer. »

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La conception idéologique et immanente du « système technicien » est de réduire l’ensemble des individus  à de simples rouages,  en raison de cette vision de la performance rationnelle de la société.

Nous entrons ainsi dans une  logique « d’augmentation progressive de la performance » qui :

  • consacre la technique tout en déconstruisant la dimension relationnelle
  • reconnait l’efficience de « la machine numérique » tout en dévalorisant la spiritualité.

Aussi ces citations de Simone Weil et Georges Bernanos sont oh combien éclairantes sur cette vision métaphysique d’une société qui subrepticement est sur le point d’accepter l’avènement de la  technocratie fruit du fantasme humain de répondre à l’ensemble de ses désirs mais ne réalise pas son prochain esclavage.

Simone Weil  « Le pire attentat, celui qui mériterait peut-être d’être assimilé au crime contre l’Esprit, qui est sans pardon, s’il n’était probablement commis par des inconscients, c’est l’attentat contre l’attention des travailleurs. Il tue dans l’âme la faculté qui y constitue la racine même de toute vocation surnaturelle. La basse espèce d’attention exigée par le travail taylorisé n’est compatible avec aucune autre, parce qu’elle vide l’âme de tout ce qui n’est pas le souci de la vitesse. Ce genre de travail ne peut pas être transfiguré, il faut le supprimer. »

Georges  Bernanos « Dans la lutte plus ou moins sournoise contre la vie intérieure, la Civilisation des machines ne s’inspire, directement du moins, d’aucun plan idéologique, elle défend son principe essentiel, qui est celui de la primauté de l’action. La liberté d’action ne lui inspire aucune crainte, c’est la liberté de penser qu’elle redoute »,

 

Faut-il craindre l’intelligence artificielle ? – Jean-Gabriel Ganascia

Professeur d’informatique à Sorbonne Université, chercheur en intelligence artificielle au Laboratoire Informatique de Paris 6 Lip6, président du comité d’éthique du CNRS, auteur notamment de Le Mythe de la Singularité.

Professeur d’informatique à Sorbonne Université, chercheur en intelligence artificielle au Laboratoire Informatique de Paris 6 Lip6, président du comité d’éthique du CNRS, auteur notamment de Le Mythe de la Singularité.

Critique du progressisme et du système technicien

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Auteur

Eric LEMAITRE

Etienne OMNES : Le propos décliné dans ce nouveau texte de Eric LEMAITRE vise nullement à dénoncer les acquis d’un progrès social voire même technique, mais il s’agit d’ouvrir une page lucide sur les vacuités entraînées par un monde qui offrirait comme seule perspective, la libération des mœurs et l’opulence d’une consommation pour divertir l’âme humaine. Il est dès lors urgent de poser un constat éveillé pour imaginer un monde qui ne fasse pas l’impasse, ni de la dimension relationnelle ni de la nécessité d’être solidaire. Ce texte écrit par Eric LEMAITRE  va bien au-delà des constats de sociétés qui se perdent dans l’oubli de ce que l’histoire leur a enseigné. Eric entend ici nous interpeller sur le message évangélique qui est celui de la proximité, proximité dans l’écoute de l’autre, mais proximité dans toutes les échelles de la vie humaine qui nous imposent de réfléchir à d’autres alternatives. Il y a urgence de nous réinterroger sur le sens du progrès et des idéologies qui l’accompagnent pour ne sombrer dans l’absence de sens.


« Un jour, tout sera bien, voilà notre espérance / Tout est bien aujourd’hui, voilà l’illusion » avait écrit le philosophe des Lumières Voltaire, en 1756. Une pensée pleine de sagacité qui résume bien la vanité de la pensée progressiste qui déjà au XVIIIème, prétendait changer le monde en l’arrachant de l’obscurantisme religieux. Dans ce propos, pourtant nous sommes loin d’être nostalgique d’une époque où la libre conscience fut bafouée et où nous serions à regretter une époque où les inégalités sociales étaient particulièrement criantes. Mais nous restons toutefois circonspects sur l’idée d’un progrès technique social et sociétal sans éthique et sans curseur.

Vers un processus de désolidarisation 

Nous adressons cette lettre aux progressistes ouverts à la critique du progrès car nous prenons conscience que la modernité idéologique vantant l’affranchissement des codes culturels d’un ancien monde, soumet quant à elle subrepticement tous les aspects de la vie humaine au règne d’un autre monde, un « nouveau monde » soi-disant libéré du carcan culturel et appartenant à un monde ancien jugé dépassé.  Cette idéologie de la modernité techniciste et progressiste installe peu à peu un processus de dévitalisation humaine, d’une forme d’anesthésie sociale, engendrées par la modernité hautement technique sous l’emprise d’un empire numérique qui encourage chaque innovation technologique comme étant l’expression du bien-être, la source d’une liberté humaine à conquérir, le jaillissement du progrès humain.

Nous pourrions nous interroger sur le sens de la recherche technique et des résultats concernant les orientations sociales auxquelles elle nous conduit. Je m’interroge en effet sur les services que rend l’univers technique. L’univers numérique n’est-il pas finalement, responsable de l’atomisation sociale au détriment du collectif ; ne renforce-t-il pas l’individualisation au détriment de la personne. Finalement la science n’est-elle pas au service d’une auto divinisation de l’homme s’affranchissant de toute transcendance.

D’ailleurs en reprenant cette citation de Jacques ELLUL reprise de son livre

« La Technique où l’enjeu du siècle », nous percevons l’acuité de son jugement porté sur la modernité

«  ce qui caractérise aujourd’hui notre société, ce n’est plus ni le capital ni le capitalisme mais le phénomène de la croissance technicienne  »

La technique est devenue en soi comme le prédisait Jacques ELLUL un phénomène autonome en passe de nous échapper, d’échapper à tout contrôle, vampirisant l’homme devenu son sujet, faisant de l’homme son propre produit puisque devenu totalement dépendant de la technique.

Changer le monde

« par d’autres mœurs et d’autres manières »,

Ainsi le progressisme est une idéologie déjà très ancienne qui entendait déjà deux siècles plus tôt s’affirmer comme le tenant d’une vision de l’avenir ; les progressistes du XVIIIème étaient déjà habités par une forme de spiritualité humaniste se donnant comme faculté de déconstruire le monde ancien pour réinventer le présent et créer pour l’avenir humain une vision de progrès éclairé, il fallait aussi pour des économistes comme Adam SMITH libérer les marchés mieux à même de connaitre les besoins et les envies. Aujourd’hui nous voyons une puissante révolution des marchés guidés cette fois-ci, par l’intelligence artificielle en prise avec la connaissance des usages et des besoins de ses consommateurs.

A l’aube de cette nouvelle ère contemporaine, nous voyons ainsi l’étrange ressemblance avec ce qui motive le courant progressiste du XVIIIème siècle et celui du XXIème siècle.

Avec l’idée de progrès porté par les idéologues contemporains ceux de la modernité, nous relevons bien sur le plan philosophique, cette proximité entre l’idéologie progressiste du XXIème et la philosophie dite des Lumières.

Rappelons que le siècle des lumières a émergé dans la seconde moitié du XVIIIème siècle. Ce mouvement à l’époque se voyait déjà alors comme une élite avancée œuvrant pour une transformation radicale du monde, dénonçant la vision chrétienne du monde enfermée dans le péché et l’idée d’une transcendance qui s’est incarnée dans le monde pour le sauver. L’élite du XXIème siècle est celle de la technocratie car pour elle c’est la loi et l’éducation étatique qui doivent changer les mœurs, même si la république ne veut pas apparaitre tyrannique, elle s’emploie dès le plus jeune âge à former les esprits pour changer « les manières » comme le préconisait Montesquieu «  il suit que, lorsque l’on veut changer les mœurs et les manières, il ne faut pas les changer par les lois, cela paraîtrait trop tyrannique : il vaut mieux les changer par d’autres mœurs et d’autres manières… » MONTESQIEU – L’Esprit des lois, Livre XX, extrait du chapitre XIV. Nous discernons de fait les subtilités politiques employées de nos jours pour ne pas apparaitre brutal aux yeux de l’opinion mais la préparer à cette lente soumission et cette transformation de nos mœurs pour accepter un monde syncrétique, multiculturel et babylonien.

Nous saisissons bien, que l’idéologie progressiste s’inscrit radicalement dans le pathos de la modernité. Habilement dans une forme d’humanisme postchrétien, elle entend aussi se débarrasser des oripeaux de la religion Chrétienne en donnant des coups de butoir à cette dimension de la filiation, de l’altérité, en soutenant un capitalisme de la consommation, l’ubérisation de la société. Cette idéologie du progrès appelle de ses vœux l’ère du tout numérique qui détruira finalement le lien social, les solidarités et l’héritage culturel issu de l’annonce de l’Évangile. Nous entrons avec le progressisme dans une logique numérique, une logique horizontale celle de la consommation et du divertissement.

Ce mouvement dit des lumières au XVIIIe siècle à l’instar au XXIe siècle d’une république progressiste, se persuadait déjà de changer le monde à partir de la diffusion d’une nouvelle conception sociale nécessaire à la mise en cause et à la transformation de la société de l’ancien monde.

Cette philosophie entendait ainsi briser les codes, les structures politiques et culturelles héritées de plusieurs siècles de Christianisme. Or aujourd’hui nous observons les mêmes motifs de volonté de transformation de la vie politique, de sortir des divisions sociales, des clivages d’opinions ou idéologiques et des conflits culturels pour s’engager sur une nouvelle idéologie marxiste du progrès humaniste, d’égalité sociétale. Cette nouvelle idéologie marxiste est fondée sur la puissance technologique, cette nouvelle ère des robots qui libèrent enfin l’homme de l’asservissement des tâches. Cette nouvelle idéologie marxiste au plan sociétal s’inscrit dans la dimension de l’égalité et l’interchangeabilité des sexes qui devront être demain les nouvelles normes, les nouveaux codes et stéréotypes culturels. Il faut ainsi apprendre à l’enfant et le plus tôt possible que le masculin et le féminin sont de pures conventions, et qu’il lui appartient de s’en délier, de s’en défaire, tout cela s’impose de manière sournoise et subrepticement. Si vous le dénoncez, vous êtes alors invectivé, vilipendé comme de vieux ringards réactionnaires hostiles à toute idée de progrès.

Le progressiste ne veut donc plus ainsi les règles héritées d’un christianisme qu’il faut absolument dépoussiérer. Il faut ainsi casser les prescriptions d’une époque révolue, se libérer de la transmission des stéréotypes, se désaffilier, ouvrir les frontières du genre, jeter des passerelles vers un monde nouveau ou la confusion peut demain devenir le règne social partagé par une multitude d’hommes et de femmes sans repères.

Un monde postchrétien qui veut redonner à l’homme d’autres aspirations spirituelles

En d’autres termes, notre monde contemporain incarné dans cette nouvelle vision du progrès exprimerait alors le besoin d’un progressisme qui redonne sa place à de nouvelles aspirations spirituelles, et à de véritables emblèmes symboliques compris de tous ; en un mot, d’un nouvel humanisme, un nouvel évangile raisonné à une nouvelle sauce humaniste et éclairé tel qu’a cherché à le construire le Siècle des lumières qui n’a pas su achever au cours de la Révolution française, cette vision de l’humanisme sans Dieu. N’est-ce pas cette vision qu’incarna Maximilien de Robespierre, député de l’Artois, qui prononça ce discours à la Convention dans lequel il réaffirma ses valeurs révolutionnaires et républicaines :

« L’homme est né pour le bonheur et pour la liberté, et partout il est esclave et malheureux ! La société a pour but la conservation de ses droits et la perfection de son être, et partout la société le dégrade et l’opprime ! Le temps est arrivé de le rappeler à ses véritables destinées ; les progrès de la raison humaine ont préparé cette grande révolution ».

Les progrès de la raison humaine ont préparé cette grande révolution, c’est ainsi la foi dans la raison humaine qui est au cœur de ce changement pour Robespierre et qui le conduira au progrès… Le progressisme n’est pas seulement un courant philosophique et social mais c’est aussi une idéologie qui a su s’appuyer sur le libéralisme prôné par le capitalisme mondialiste s’adossant à ce monde consumériste et universaliste.

Nous entrons ainsi inévitablement et avec ce courant progressiste dans une nouvelle ère, une nouvelle époque. Je crains qu’elle ne soit funeste et chargée d’illusions…

Qui sont les responsables

des grandes déstructurations sociales ?

N’apercevez-vous pas d’ores et déjà les résultats de cette idéologie progressiste, de cette vision mondialiste : des états affaiblis, des multinationales qui prennent le pouvoir sur tout, des migrations massives car les états riches dans leurs égoïsmes patentés n’ont jamais su développer, ni entrer dans des stratégies de coopération avec les nations africaines en crise, pire l’occident est largement responsable de la déstructuration des peuples d’Afrique et de l’entretien des illusions d’un monde d’opulence factice.

Les responsables de ces déstructurations ? Les multinationales, qui vont remplacer les lois des États à l’image des accords transatlantiques qui tôt ou tard reviendront sur le tapis, et remettront en cause les principes de subsidiarité, de souveraineté des nations. Cette démocratie des nations autour d’une dimension, locale et d’une relation institutionnelle de proximité vit sans doute ses derniers jours et sera dominée par le technicisme d’un monde fédéraliste et multipolaire, sans frontières plus ouvert mais sans humanité puisque sans cette relation de proximité et de contre-pouvoir au plan local.

Nous le voyons bien aujourd’hui des multinationales dominées par quelques hommes fortunés célébrant Mamon, qui exercent un monopole dévastateur et absolu sur les marchés. Comme c’est le cas dans le monde agricole dont les semences sont de plus en plus cadenassées de par le monde, comme c’est également le cas dans le monde des médias faiseurs d’opinions ; muselés par quelques empires financiers lobotomisant et manipulant allègrement la conscience. N’oublions jamais l’avertissement du prophète Ésaïe 5.8-9

« Malheur à ceux qui ajoutent maison à maison, Et qui joignent champ à champ, Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace, Et qu’ils habitent seuls au milieu du pays ! Voici ce que m’a révélé l’Éternel des armées : Certainement, ces maisons nombreuses seront dévastées, Ces grandes et belles maisons n’auront plus d’habitants… »

Finalement l’oublié de cette mondialisation, de ce « progressisme », c’est l’humanité, le grand perdant c’est la biodiversité. Les inégalités n’ont jamais été aussi importantes ; jamais la pollution n’a été aussi élevée, jamais les peuples des pays en voie de développement n’ont été autant dominés, dédaignés, niés, oubliés. Qui se soucie du Centre Afrique Chrétien qui subit les coupes d’assommoirs de la barbarie djihadiste, dont les maisons sont brûlées avec leurs habitants… Nous pleurons les victimes européennes et tout le monde déclame sa compassion sur les réseaux sociaux mais qui ose dire « je suis centre africain, nigérien, sénégalais ».

Nous entrons dans l’ère d’une république progressiste et multiculturelle, qui nous bercera d’illusions avec son monde humaniste mais qui laminera les plus fragiles en encourageant à la fois le développement d’un monde plus eugéniste que jamais et l’ubérisation de la société, en encourageant les investissements autour de l’économie numérique et en ouvrant la boîte de pandore de l’eldorado transhumaniste promettant l’homme nouveau, augmenté et performé.

Les nouveaux prêcheurs

Une nouvelle idéologie se façonne sous nos yeux portés par l’oraison des prêcheurs qui envahissent nos écrans cathodiques. Ce sont eux, ces prêcheurs télévangélistes de l’idéal progressiste, qui sont chargés de nous apporter la bonne nouvelle, ils ont ce pouvoir de conditionner les esprits pour l’avènement d’un monde ouvert, tournant la page à l’ancien monde baignant dans ses stéréotypes de souveraineté des peuples.

Ces prêcheurs qui occupent l’espace médiatique ont hélas le pouvoir, ils sont prêts à tout pour réussir l’entreprise, atomiser la personne libre, en la façonnant en individu corvéable. C’est bien là le projet de nouveau monde, passer, du monde de la personne à celle de l’individu puis passer de l’individu à celui d’un nombre numérisé.

Enfin pour conclure Je cite ici ce propos extrait d’un article d’agora vox du 21 mars 2016 dans lequel je me retrouve. Je cite ici l’extrait de cet article « Face à eux, des gens isolés, déstructurés, des personnes devenus travailleurs et consommateurs, à leurs ordres, soumis à leur pensée uniformisée, d’où ils croient que l’humanité en sera apaisée, grandie, quand elle en ressort laminée, détruite, et nullement pacifiée.

Leur œuvre, c’est une régression uniformisée, mondialisée de l’humanité, dont il sera difficile de se débarrasser.

Après les religions dont nous ne sommes toujours pas sortis, l’humanité, avec le nazisme, le communisme puis ce « progressisme » est-elle vouée à ne pas progresser intellectuellement ? A préférer la quantité à la qualité ? A prôner l’union uniforme et inculte ?

Depuis les premiers penseurs, l’humanité n’a pas évolué, ou si peu. Nos connaissances et nos technologies ont progressé de façon gigantesque, mais nous, nous n’avons pas évolué. Au fond, si ces idées, ces régimes, ces religions s’imposent, ne serait-ce pas parce que nous le désirons, n’est-ce pas parce que nous recherchons ce genre de facilités ? Une vie qu’on nous impose, aseptisée, uniformisée, ou l’on se croit supérieurs aux autres tout en étant identiques ?

Chers amis progressistes ouverts à la critique « Est-ce vraiment cela que vous voulez ? »

Notre espérance

à l’envers des promesses d’un monde ou le progrès est sans curseur

Pourtant la lettre qui vous est écrite, ne se veut nullement marquée par le désespoir concernant l’idéologie que vous portez, car l’histoire nous apprend toujours la temporalité des idées qui déconstruisent l’homme. Tandis que l’église non la religion mais le corps vivant de Christ traverse elle les temps, les générations et reste une la lumière dans un monde ou le lien se délite.

Si la civilisation qui se construit devient plus impersonnelle et à l’envers de la proximité, souvenons-nous que le message de l’évangile, doit être marqué par la relation en face à face, la solidarité, empreint par la dimension de l’autre, le prochain.

Face à l’offensive depuis des siècles, d’un monde des idées et des techniques qui étiolent et dégradent notre humanité, l’église authentiquement façonnée par Christ, doit devenir sans aucun doute, un lieu ressource, une communauté ouverte sur les autres, un lieu de réparation, de restauration, de socialisation.

L’église comme communauté permanente et vivante, régénérée par l’esprit saint doit être un lieu d’espérance essentiel, vital pour le monde qui a soif de vérité, de justice, elle doit assurer à la personne la reconnaissance d’autrui, il n’y a plus ni juif, ni grec, ni étranger, ni autochtone mais une personne aimée de Christ qui a besoin de retrouver du sens et la vraie vie qui vient d’en haut. Les plus défavorisés doivent trouver dans l’église les services et les ressources pour tisser et entretenir des liens capables d’assurer une aide pour ouvrir des perspectives d’avenir.

Il est urgent sans doute de retrouver l’espérance et le sens de l’autre mais également la persévérance dans l’aide et l’entraide auprès de ceux qui ont soif et faim de justice. Soyons alors débonnaires et plein d’enthousiasme à servir notre communauté