Vers une nouvelle organisation sociale

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De la loi à la norme, la technicité qui est au service de l’organisation rationnelle

D’un côté le monde numérique, le monde des écrans exerce une influence négative sur les jeunes enfants, de l’autre ce même monde numérique opère une influence considérable dans l’organisation sociale.

De nombreux penseurs, philosophes politiques mais également Chrétiens engagés dans la vie de la cité ont pris conscience d’un changement complet qui touche aujourd’hui l’organisation de nos sociétés. Si hier les institutions étaient marquées par le caractère moral et disciplinaire, la société de nos jours évolue vers une dimension particulièrement normative, codifiant et contrôlant les comportements. Ce serait ainsi une tendance de fond qui caractériserait la façon dont le monde tendrait aujourd’hui à s’organiser. Une organisation sociale dont la technicité numérique pourrait être à terme l’arme fatale, l’instrument délibérément choisi pour contrôler l’ensemble de l’appareil social et sociétal.

Après un basculement des valeurs qui remet en question la vision traditionnelle d’une société marquée par une forme de responsabilité de soi, de discipline (L’armée et jadis le Service National) et de morale (Religion), la société dérive vers une volonté idéologique dont la finalité est de construire avec la fin ou le délitement des « institutions disciplinaires » un nouveau modèle sociétal. Il s’agit de refonder l’homme autour de nouvelles représentations technicistes, progressistes, de nouvelles normes, et de nouvelles valeurs de l’idéologie contemporaine visant à arracher l’homme de stéréotypes culturels et issus de la religion judéo chrétienne.

Il y a en outre ce besoin prégnant d’organiser le monde dans lequel nous évoluons par la norme et la « raison purement instrumentale » subordonnée à des fins de domination et non par la relation et l’intelligence.

Nous assistons d’ailleurs à une accélération sans précédent de la technicité numérique qui est au service de l’organisation rationnelle pour gérer un monde de plus en plus sophistiqué, complexe et fragile. Il s’agit dans cette société numérique et ce monde virtuel, d’amener les hommes à être rivés sur les écrans et à ne dépendre que d’une vie sans souffle, sans vie dont le substitut est devenu un monde de connexions. L’humanité a ainsi à son service une science et une technologie, aptes à répondre à ses appétits de connaissance, de bien-être, de gestion du quotidien, et de savoir, mais une technologie puissante et de plus en plus intrusive qui peut desservir demain, notre libre arbitre, notre liberté de conscience, notre liberté de mouvements.

Même de nos jours, les algorithmes interviennent pour déterminer notamment dans les grandes villes les établissements des futurs lycéens et collégiens, les familles s’en remettent aux algorithmes pour déterminer l’affectation choisie pour leurs chères têtes blondes. Nous lisions ainsi sur le site de l’académie de Reims que pour aider au travail de classement des commissions préparatoires à l’affectation, un outil informatisé (AFFELNET)[1] était dorénavant utilisé, il permettrait de classer les élèves… il est précisé « selon leurs vœux », mais gageons qu’à terme ce terme « vœux » finalement très humain finira bien par disparaître.

Le post humanisme se dessine ainsi et dans cet effet de bascule d’une nouvelle humanité, la vulnérabilité de l’homme sera largement compensée par un appareillage technologique qui performera ses limites afin de corriger le droit à l’erreur, le libre arbitre, la faiblesse au risque de n’être plus qu’un homme déshumanisé car des implants auront relayé ses insuffisances.

Nous glissons ainsi subrepticement vers une société qui ressemblerait à l’organisation de BABEL, un monde d’uniformisation visant à mener les hommes vers une « nouvelle conscience universelle », expression que j’emprunte ici au Théologien Philippe PLET (Philippe PLET « Babel et le culte du Bonheur »).

L’essayiste Jacques ATTALI ne dit d’ailleurs pas autre chose à propos de cette « nouvelle conscience universelle », dans un article publié sur le Blog State.fr « Après avoir connu d’innombrables formes d’organisations sociales, dont la famille nucléaire n’est qu’un des avatars les plus récents, et tout aussi provisoire que ceux qui l’ont précédé, nous allons lentement vers une humanité unisexe, où les hommes et les femmes seront égaux sur tous les plans, y compris celui de la procréation, qui ne sera plus le privilège, ou le fardeau, des femmes. » Une société unisexe qui revendique finalement l’interchangeabilité, les femmes et les hommes seront égaux sur tous les plans, c’est bien sur ce point que l’on parle de « nouvelle conscience universelle », une remise en cause de l’altérité, de la différence des complémentarités des hommes et des femmes.

Repenser l’organisation sociale et sociétale

Or pour mener les hommes à cette nouvelle conscience universelle et citoyenne dont l’écologie est l’un de ses aspects en regard des problématiques mutantes du climat qui vient impacter l’ensemble des continents, il faut bien repenser l’organisation sociale et sociétale.

Outre la problématique touchant les bouleversements écologiques, d’autres mutations sont en cours comme :

  • les valeurs d’égalitarisme, de libéralisme moral, de relativisme et d’interchangeabilité sont en vogue,
  • le projet également d’une éviction de toute forme de transcendance, l’homme devenant son propre maitre, son propre Dieu.
  • Le processus engagé pour arracher de la mémoire de l’humanité le souvenir des lois divines transmises via la thora et l’évangile.
  • L’évacuation du « droit naturel » dans le positivisme juridique moderne, car il est aujourd’hui difficile de se référer directement à la révélation et à la transcendance, mais le droit naturel en était l’équivalent sur le plan métaphysique.

Dans de tels contextes, il est impérieux pour la nouvelle idéologie transhumaniste dont le rêve utopique est de refonder l’homme, de se conformer, de conduire les hommes à adhérer aux nouvelles représentations, cela passe bien entendu par de nouveaux programmes d’éducation, mais également par :

  • cette société des médias qui s’emploie à formater et conditionner les esprits,
  • cette société du divertissement qui lobotomise la faculté de penser.
  • Cette société qui devient infiniment sécuritaire et qui glisse vers la surveillance des citoyens sous prétexte de garantir leurs libertés

Sur ce dernier point soulignant l’aspect sécuritaire vers lequel tend la société, force est d’observer sa dimension anxiogène dans son ensemble, du trouble causé par les attentats terroristes qui ont ensanglanté récemment le Pays (Janvier 2015, l’attentat meurtrier contre la revue Charlie et le magasin fréquenté et géré par des personnes de confession Juive). Ce climat d’insécurité précipite ainsi l’Etat, en appui de sa volonté de légiférer puis d’organiser les moyens de surveillance de ses citoyens, moyens de surveillance sans précédent pour anticiper d’autres risques terroristes (moyens qu’un rapport récent de la CNIL dénonçait).

Nous nous interrogeons si l’appel à la sécurité n’est pas un simple prétexte pour instaurer une société de surveillance qui de toute façon était programmée de manière latente, bien avant les attentats terroristes…

Une nouvelle dialectique du sens donné au mot liberté

Or nous observons à ce jour dans une nouvelle évolution de la dialectique du sens donné aux mots mêmes.

Ainsi le mot liberté aujourd’hui ne se définit plus comme le seul exercice en conscience de sa propre volonté. Nous assistons à une forme de mutation du mot liberté, une transformation radicale du sens qui était jusque-là conféré au mot liberté. La liberté à laquelle on attachait :

  • l’expression,
  • la conscience,
  • l’action,
  • le mouvement.

Aujourd’hui la sécurité est promue comme la première des « libertés », ce qui constitue bien un changement de paradigme.

La notion même de liberté s’est muée, s’est adossée à toutes ces notions associées à des évènements anxiogènes qui troublent de nos jours la modernité de notre époque, la sécurité des personnes, la sécurité sanitaire et alimentaire, l’ordre public.

Rappelons comme le mentionne explicitement la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789,  à l’instar de ces textes que La « liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » (art. 4 de la Déclaration des droits de l’homme), ce qui implique la possibilité de « faire tout ce qui n’est point interdit, comme ne pas faire ce qui n’est point obligatoire » (art. 5), la « liberté de dire ou de faire ce qui n’est pas contraire à l’ordre public ou à la morale publique »

Ainsi la sécurité ne saurait constituer un principe général du Droit. Dans les textes du droit Français comme Européen, il s’agissait au contraire, non d’annoncer, le droit à la sécurité, mais de souligner de manière intangible le droit pour chaque citoyen à la sûreté, de garantir sa protection contre l’intrusion du pouvoir, l’ingérence ou l’arbitraire, ou demain de la police de la pensée.

Un être autonome plutôt qu’un être libre

Dans la logique d’une conception matérialiste touchant l’homme, le terme liberté pourrait à terme être assimilé à une conception de l’ancien monde, il est fort à parier que le terme en vogue sera demain celui d’être autonome. Au fond l’autonomie dans cette logique matérialiste serait celle de l’électron libre, un être prêt à créer ses propres normes, ses propres lois, son propre mouvement tout en appartenant à une organisation globale, dont il aurait l’illusion de s’échapper et de choisir comme il l’entend ses références. Toutefois cette autonomie ne sera qu’apparente, car le mouvement de l’électron libre sera codifié, normé, il aura l’illusion du choix mais évoluera dans un système où il deviendra un sujet, une parcelle à la fois atomisée et formatée. De fait toute avancée dans l’autonomie ne pourra évoluer paradoxalement que dans la dépendance.

L’univers de l’autonomie serait astreint à dépendre paradoxalement d’un système dont il n’échapperait pas, un sujet « libre » corvéable à un monde sans limites et pourtant assujetti à des normes qui lui seraient imposées.

Vers une société de surveillance

Au cours du XVIIIème siècle, le philosophe anglais Jeremy Bentham s’est approprié le thème de la surveillance. En consacrant sa réflexion sur la dimension de la surveillance, le philosophe s’improvise architecte et conçoit les plans d’une prison idéale. Le but de Jérémy Bentham via un nouveau modèle de prison, fut de concevoir un bâtiment qui devait influer sur le comportement des prisonniers et optimiser les conditions d’une surveillance absolue et intrusive des personnes incarcérées.

Cette approche de la surveillance suscita plus tard chez un autre philosophe Michel Foucault (livre écrit en 1975 : Surveiller et punir) une réflexion sur les développements du concept de surveillance. Dès 1975 Michel Foucault partage l’intuition du pouvoir que donne la technologie. Le philosophe entrevoit ainsi avec clairvoyance les modalités sans pareil que la technologie, peut décliner via des dispositifs de surveillance de plus en plus performants qui seront susceptibles d’être mis en œuvre de manière totalement efficiente.

Si l’auteur de l’article ne partage pas toutes les conceptions philosophiques avancées par le Philosophe, force est de reconnaitre que l’intuition d’une société hyper technique en dérive et fondée sur le contrôle de ses citoyens se dessine, en ce sens Michel FOUCAULT avait raison comme bien avant lui Georges ORWELL l’avait également pressenti en écrivant son fameux livre 1984.

Pour revenir au livre « Surveiller et Punir », ne voit-on pas ainsi la vision du Philosophe Michel FOUCAULT se dessiner chaque jour de façon tangible, des milliards d’êtres humains sont aujourd’hui connectés à Internet et des centaines de millions connectées à des réseaux sociaux. Les fichages numériques sont rendus possibles et les garanties données par les opérateurs Internet seront soumises aux évolutions d’une loi de plus en plus sécuritaire.  Des dispositifs technologiques et qui ne se réduisent pas à l’usage d’Internet (Les cartes à puces, la biotechnologie, tous les produits numériques qui sont susceptibles dès aujourd’hui et demain de tracer les individus) et qui nous rapprochent de l’aspiration sécuritaire des sociétés modernes, de l’Angsoc que décrit Georges Orwell dans son fameux livre 1984.

Nous pressentons la force de cette société technique dont la puissance s’appuiera sur le développement des datasciences, de l’analytique prédictive, l’augmentation de l’intelligence embarquée dans un nombre croissant d’objets eux-mêmes connectés, la personnalisation de plus en plus grande des biens et des services identifiant les particularismes des profils consommateurs, les caractéristiques qui font leur ADN, les bulles algorithmiques de plus en plus adaptées aux personnalités, un monde de plus en plus serviciel mais dont nous finirons par devenir les purs produits, alors que nous étions appelés à dominer la matière mais non à lui être soumis, or c’est bien là l’émergence de la société …

Là encore, nous citons Jacques ELLUL : « La mort, la procréation, la naissance, l’habitat sont soumis à la rationalisation comme étant le dernier stade de la chaîne sans fin industrielle…ce qui semblerait être le plus personnel dans l’homme est maintenant technisé : la façon dont il se repose et se détend … la façon dont il prend une décision … fait l’objet des techniques de la recherche opérationnelle… »[2]

Les technologies du numérique conduisent à un appauvrissement de la culture, anesthésient la faculté de penser

En écrivant ces lignes nous songions également au célèbre livre de Ray Bradbury (Fahrenheit 451) qui décrit une société américaine dans laquelle la lecture des livres est prohibée.  Les autorités du pays obligent la population à l’usage des nouvelles technologies et ce en les incitant à des conduites addictives.

Le livre de Ray Bradbury décrit la façon dont la puissance cathodique (et les autres technologies) anéantissent l’intérêt du peuple dans les plaisirs tels que la littérature et la lecture.

Dans un univers totalement désincarné sur le plan de la relation et déshumanisé, Fahrenheit 451 dépeint le fonctionnement d’une société totalitaire et de surveillance qui s’est plu à détruire le livre au motif que l’édification culturelle entraîne des désordres et qu’elle est susceptible d’éveiller les consciences.

Dans ce monde dystopique[3] (contraire d’utopique) où l’étourdissement anesthésiant de l’image cathodique règne en masse, des agents sont chargés de réprimer tout contrevenant surpris de lire, cette police de la pensée (des pompiers pyromanes) est chargée d’organiser la répression littéraire en brûlant la mémoire d’une culture ancienne, d’une culture des origines, d’une culture séculaire.

Tocqueville, n’avait-il pas lui-même anticipé, dès le XIX è siècle, cette emprise que le pouvoir social d’une société totalitaire, exercerait sur les individus. Tocqueville avait ainsi montré que l’Etat Providence finirait, au nom du bonheur et du divertissement de ses membres, à exercer un contrôle total sur la société, retirant toute initiative aux individus en les poussant à se transformer en moutons peureux et passifs, en un troupeau atomisé et servile.

Dans son livre Démocratie en Amérique, livre d’une acuité marquante, dans une vision fulgurante, Tocqueville prophétisait ainsi l’avènement d’un nouvel ordre social, d’une société individualiste marquée par l’égalitarisme, chacun sera devenu ainsi l’identique de l’autre : « Je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs. » (Démocratie, II 4.6) Et aussi l’avènement d’une oppression d’un genre nouveau, qui n’est plus despotisme ou tyrannie, mais une « sorte de servitude, réglée, douce et paisible (…), un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissant, [agissant par] un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes [qui] ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse; il ne détruit point, il empêche de naître; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger. » (Démocratie, II 4.6)

Les mutations d’une société qui se dirige vers une dimension de surveillance conjuguée à des ressources technologiques sans précédent, immanquablement nous font enfin songer au texte d’Apocalypse 13 qui décrit un monde de contrôle marqué par la puissance consumériste et totalitaire qui a une emprise sur tous les hommes via leur marquage tel un troupeau ne pouvant ni acheter, ni vendre s’ils n’avaient pas le sceau qui les identifie comme asservis au pouvoir de la Bête.

La bête est ainsi cette figure tyrannique qui a vocation à mettre l’homme sous son emprise n’autorisant pas une quelconque dérive, une quelconque rébellion, « réduisant enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger. Tocqueville ». Ainsi cette idéologie construisant une nouvelle conscience universelle aura besoin de contrôler la diffusion des pensées, d’exercer sur les consciences sa police pour n’autoriser aucune marginalisation possible.

[1] http://www.ac-reims.fr/cid76345/apres-troisieme.html

[2] Jacques Ellul La technique ou l’enjeu du siècle, Economica extrait d’une citation page 117

[3] Au contraire de l’utopie, la dystopie relate une histoire ayant lieu dans une société imaginaire difficile ou impossible à vivre.

Exemple de dystopie : 1984, de G. Orwell, est l’exemple parfait de la dystopie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Transhumanisme : la vision sociale

Le propos de Tocqueville pour mémoire rappelle l’événement d’une société doucereuse mais vampirisant et atomisant les individus que nous sommes : « Je vois [Nous rappelle l’auteur de Démocratie en Amérique] une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine… »

Ce monde que décrit Tocqueville s’impose à la modernité à travers trois commandements [que l’on pourrait opposer aux trois mots d’ordre de l’épitre de Jean nous invitant à fuir la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie »

 L’apôtre Jean en effet avait en effet écrit : N’aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est point en lui ; car tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, ne vient point du Père, mais vient du monde. Et le monde passe, et sa convoitise aussi ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement. 1 Jean 2 :15-17

Comme par opposition à cette épitre de Jean, nous sommes au contraire conviés à consommer, à nous évader avec nos yeux dans les espaces immatériels et à nous enorgueillir de notre apparence. 

Le premier commandement est consommé, la convoitise de la chair. C’est la clef du système. Le premier devoir citoyen., le lèche-vitrine, l’argent facile, nous préférons le gaspillage à l’épargne, l’achat à la sobriété, le maintien de son style de vie au respect de l’environnement.

Le deuxième commandement est le plaisir des yeux de se divertir dans le monde virtuel. Le travail est de plus en plus dévalorisé, le labeur devient secondaire dans l’empire du divertissement et sous l’emprise d’une mécanisation totale de la société dans son ensemble qui soulage l’homme de l’asservissement de la terre et de la sueur pour l’exploiter.  Alors le bonheur réside dans la consommation des écrans, ces mêmes écrans qui libèrent l’esprit de l’ennui, de la solitude, gouvernent nos vies et rythment notre quotidien.

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Raffaele Simone[1], philosophe et linguiste, décrit dans son essai « le monstre doux » (2010) la société nouvelle, globalisée, dominée par ce que Tocqueville aurait pu appeler le totalitarisme suave.

A l’instar de l’essayiste et historien Tocqueville qui prophétisait l’avènement possible d’un despotisme diffus, Raffaele Simone évoquait ainsi l’image d’un « Monstre doux ».

Le propos de Tocqueville pour mémoire rappelle l’événement d’une société doucereuse mais vampirisant et atomisant les individus que nous sommes : « Je vois [Nous rappelle l’auteur de Démocratie en Amérique] une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine… »

Ce monde que décrit Tocqueville s’impose à la modernité à travers trois commandements [que l’on pourrait opposer aux trois mots d’ordre de l’épitre de Jean nous invitant à fuir la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie »

 L’apôtre Jean en effet avait en effet écrit : N’aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est point en lui ; car tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, ne vient point du Père, mais vient du monde. Et le monde passe, et sa convoitise aussi ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement. 1 Jean 2 :15-17

Comme par opposition à cette épitre de Jean, nous sommes au contraire conviés à consommer, à nous évader avec nos yeux dans les espaces immatériels et à nous enorgueillir de notre apparence.

Le premier commandement est consommé, la convoitise de la chair. C’est la clef du système. Le premier devoir citoyen., le lèche-vitrine, l’argent facile, nous préférons le gaspillage à l’épargne, l’achat à la sobriété, le maintien de son style de vie au respect de l’environnement.

Le deuxième commandement est le plaisir des yeux de se divertir dans le monde virtuel. Le travail est de plus en plus dévalorisé, le labeur devient secondaire dans l’empire du divertissement et sous l’emprise d’une mécanisation totale de la société dans son ensemble qui soulage l’homme de l’asservissement de la terre et de la sueur pour l’exploiter.  Alors le bonheur réside dans la consommation des écrans, ces mêmes écrans qui libèrent l’esprit de l’ennui, de la solitude, gouvernent nos vies et rythment notre quotidien.

« Le troisième commandement, c’est le culte de l’orgueil de la vie, la beauté du corps et de l’apparence », de la jouvence, de la jeunesse, de la vitalité. Ce culte de la jouvence se traduit également par l’infantilisation irrévocable des adultes que renvoie le monde la publicité qui fixe l’image et finit par modéliser son empreinte dans les esprits.  Ce « monstre doux » qui « n’a ni corps, ni adresse postale » selon l’essayiste Raffaele Simone se manifeste de mille manières, terrorise tous ceux qui ne sont pas dans la norme sociale, grossissent, se rident et vieillissent, complexe les gens naturellement enrobés, exclut les personnes âgées, condamne les enfants nés différents.

C’est dans ce contexte de divertissement et de monde désincarné qu’est en train de naitre une nouvelle organisation sociale qui nous rendra « étranger à la destinée de l’autre ».

Les scenarii du transhumanisme relativement à l’organisation sociale

Parce que les évolutions et les progrès techniques influent largement les organisations sociales, nous émettons l’hypothèse que les développements de la technique sont intriqués avec les modèles philosophiques ou idéologiques pensant, modélisant, façonnant la société.

Compte tenu des nouvelles évolutions techniques, nous ne sommes probablement pas loin d’une nouvelle bascule, d’un nouveau saut qui verra l’émergence à terme de nouvelles orientations philosophiques voire même métaphysiques, pour bâtir une nouvelle société, une nouvelle organisation sociale afin de reculer les limites liées à la finitude de l’homme.

Cette bascule n’est probablement pas binaire mais plurielle pour Serge Tisseron (Psychiatre, docteur en psychologie, psychanalyste.) « Le monde a changé. Il n’est justement plus binaire, il est devenu multiple, et fondamentalement instable. Ce ne sont plus seulement les idéologies qui se succèdent à un rythme accéléré, ce sont les situations économiques, politiques et militaires. Les idéologies suivent, s’adaptent, se métissent. Ce ne sont plus elles, et les intellectuels qui prétendent en être les garants, qui impulsent les actions. Aujourd’hui, l’extrême fragmentation des rapports de force entre entité politique ou idéologique rend impossible la délimitation d’affrontements entre des forces clairement identifiées et circonscrites. »[2]

En même temps, un grand nombre de problèmes nouveaux surgissent du fait des progrès techniques qui évoluent à une vitesse exponentielle. L’atomisation des rapports de force et le métissage des idéologies sont d’abord à envisager comme un effet des bouleversements technologiques, de leur intrication croissante, et des nouveaux paysages économiques et politiques qui en surgissent.

Le monde numérique nous fait d’ores et déjà entrer dans l’ère du savoir absolu, des relations désincarnées et virtuelles. Les systèmes techniques modifient le paysage industriel avec les développements de l’économie virtuelle et de l’industrie robotique, nous entrons également dans les économies horizontales, collaboratives et participatives, d’une croissance du télétravail et d’échanges numériques interactifs.

De fait nous pouvons imaginer demain comme scenarii possibles :

  • Soit des systèmes ou la puissance à la fois matérialiste et technique domine, engendrant l’horizontalité immanente y compris religieuse sans transcendance, sans Dieu, un monde social virtuel.
  • Soit Une société dominée par les seules dimensions numériques, également envahie par l’univers robotique, le Transhumanisme dans ses dimensions biologiques d’amélioration de l’homme conduisent à une société de confort.
  • Soit inversement l’envie d’un monde réel qui ne rejette pas nécessairement le progrès, mais un monde réel fait d’incarnations dans les relations à l’autre, de dépasser l’horizontalité promise pour aspirer à la dimension de la transcendance en n’étant :

–   ni corvéable à la technologie,

–   ni déraciné du réel et de notre envie de convivialité incarnée….

Une humanité à la recherche de sens et d’éternité….

L’histoire des sciences et des techniques sont étroitement liées à celles des organisations sociales. De la sorte la Rome Antique a assuré sa domination en raison de ses capacités technologiques, comme le démontre l’ingénierie civile de l’empire Romain qui sans conteste a marqué l’histoire et probablement influencé son organisation sociale et politique.

Il n’échappera dès lors à aucun d’entre nous que les relations « techniques » et « organisations sociales » s’influent réciproquement et que cette tendance s’amplifiera et augmentera de par les évolutions techniques connues depuis des siècles, qui ont contribué, marqué, façonné la vie sociale.

Compte tenu des progrès techniques qui ont conduit à des changements de paradigmes avec les différentes révolutions industrielles connues d’ailleurs dans toutes les sphères économiques, Il s’agit dès lors de s’interroger sur les tendances de fond liées aux avancées des progrès de la technicité dans notre monde contemporain, de l’influence quasi parallèle des idéologies qui ont également accompagné les avancées scientifiques aspirant à construire de nouveaux mondes ou pire une nouvelle « race d’hommes ».

En regard de l’émergence d’une mondialisation accélérée et associée à l’accès de tous aux nouvelles technologies issues du monde numérique, il est sans doute utile de s’interroger sur les nouvelles aspirations d’une humanité à la recherche de sens, confronté à sa fragilité associée aux crises majeures qu’elle traverse (migrations, économie, terrorisme, climats…). La tentation aujourd’hui pour l’homme est de se tourner activement vers des solutions drastiques pour assurer la pérennité de l’espèce humaine, pallier les risques qui touchent à sa vulnérabilité et engager un processus de dépassement de lui-même.

Les Lames de fond sociétales et transformations amenées par la modernité et l’évolution technique

L’évolution technique s’inscrit dans un processus bien plus large que le seul aspect associé à des solutions services facilitant de façon efficiente le quotidien social. Le processus d’innovation est certes technique, mais il relève de dimensions qui vont influencer la vie sociale.

Face à des solutions souvent innovatrices mais forcément limitatives d’autres aspirent à des rêves démiurgiques et parfois radicaux de sauts technologiques, de transformation de l’espèce humaine en optant pour des solutions qui toucheront la génétique et l’économique. Le rêve disruptif d’une humanité augmentée ou améliorée est sous-jacent.

Ainsi le monde entre dans une nouvelle révolution industrielle qui ne relève plus des fantasmes des alchimistes du moyen-âge ou des mythologies extravagantes de l’antiquité. La réalité de la sophistication des nouvelles technologies est en train de rattraper la science-fiction, de ringardiser les films dits d’anticipation.

A terme transformer la matière, modifier l’espèce humaine, corriger l’ADN, modéliser le cerveau humain, rendre la substance des composants informatiques pensante, fusionner l’intelligence humaine avec celle des machines comme l’anticipait le film Chappie de Neill Blomkamp[3], sorti en 2015.

Notre propos vise donc à s’interroger à la fois sur les tendances lames de fond qui concernent les évolutions ou les révolutions technologiques dont nous sommes les témoins tout comme leurs rapprochements avec de nouvelles idéologies économiques ou politiques dont les aspirations influeront nécessairement les organisations sociales de moins en moins verticales, de plus en plus horizontales ; Ainsi le monde numérique a suscité un foisonnement de services dont les dimensions participatives et collaboratives sont devenues prégnantes.

De facto, notre propos liminaire et introductif est de questionner l’avenir et d’imaginer un scenario ou scenarii possibles ou peuvent se conjuguer idéologies, organisations sociales et monde technique.

Notre souci est ici de poser une lecture critiques au sens d’une lecture réflexive sur les organisations ou les incidences des aspirations idéologiques promues par les militants d’un monde nouveau annoncé comme une hypothèse.

Les développements de la modernité et les idéologies sous tendues promettant un nouvel âge pour l’humanité.

Relativement à la vie sociale, l’histoire industrielle rapporte sur le plan des mœurs, les transformations radicales qui, à partir de la fin du XVIIIème et du début du XIXème siècle, ont impacté nos sociétés.

Les transformations industrielles sont aussi sujets à des développements de pensées idéologiques accompagnant les conquêtes de l’industrie et leurs impacts sur les pratiques sociales, les rapports entre les hommes. Pensons à Saint Simon[4] ou à Karl Marx qui en quelque sorte ont idéologisé le progrès et ont construit une philosophie sociale en relation avec les modes de production interagissant avec les mœurs et les institutions.

Le philosophe Saint Simon (1760-1825) est décrit comme s’inscrivant comme une forme de théoricien de la transition sociale. Dans une époque de révolution industrielle, Saint Simon considérait, la révolution française comme inachevé et non adapté aux évolutions du monde industriel.

Sa pensée est ici extrêmement intéressante. Saint Simon entendait ainsi construire le changement social et remettre selon lui la « société à l’endroit », l’enjeu n’était pas selon lui « de remplacer des hommes par d’autres hommes », en occupant des positions dans une structure qui demeurerait immuable, « il fallait un système » pour remplacer un « système » jugé ancien, ou inachevé. Il nous semble que ce type d’idéologie est aujourd’hui sous-jacente au sein de notre société contemporaine traversé par des sauts technologiques et qui nécessitent de repenser différemment les systèmes « anciens » régissant, codifiant parfois les mœurs, les institutions, les mondes des relations économiques.

En quelque sorte, nous posons le postulat qu’immanquablement il existe une corrélation entre les développements de la modernité, associés aux progrès de la technique et les idéologies progressistes qui pensent le monde, les mœurs qu’elles engendrent découlant des progrès techniques.

N’est-ce pas DESCARTES qui d’une certaine façon faisait l’éloge des mathématiques et de leurs contributions à diminuer la pénibilité « Les mathématiques ont des inventions très subtiles, et qui peuvent beaucoup servir, tant à contenter les curieux, qu’à faciliter tous les arts, et diminuer le travail des hommes »[5]. En citant DESCARTES nous pensons aujourd’hui à la puissance des algorithmes et l’émergence de l’économie numérique qui vient impacter de nouvelles façons d’entrevoir des solutions services concourant à faciliter le quotidien. Le monde est en train de se réinventer sous nos yeux avec une accélération que l’on a peine à imaginer.

Citons cet article de George Dvorsky[6] qui mentionne le futurologue Ramez Naam. Ce dernier souligne que nous devons être conscients du potentiel de « chômage technologique ». « Il le décrit comme le chômage créé par le déploiement de la technologie qui peut remplacer le travail humain. »

En posant en outre ce postulat d’une interaction entre les mutations traversées par les mondes industriels, les mondes numériques et les évolutions idéologiques, nous pensons (Cf Chapitre 1 l’avènement de la singularité de la technologie ) de nouveau à ce grand penseur Jacques ELLUL théologien visionnaire, qui avec une grande acuité dans un ouvrage qui reste la référence (La technique ou l’enjeu du siècle), ouvrage dans lequel l’auteur perçoit  les développements de l’ère technique dans toutes ses dimensions matérielles ou immatérielles, de ses connexions avec la vie sociale.

Pour Jacques ELLUL la technique a un rapport « intime » avec l’univers de la rationalité : c’est la recherche de l’efficience, du moyen le plus efficace dans tous les domaines. Le développement de l’efficience technique s’exprime donc autant dans le domaine matériel que dans l’immatériel, en particulier dans le domaine de l’organisation sociale et relationnelle.

De fait il nous semble qu’inévitablement le monde contemporain pétri par la technicité, verra son organisation sociale intriquée par l’émergence de nouvelles approches structurant de nouvelles croyances, organisant de nouvelles avancées concernant la vie en société.

Ce monde favorisera l’éclosion de mœurs nouvelles de nouvelles pratiques de vie en société régies par les codes et les normes suscitées et encouragées par les idéologies progressistes fabriquées par les penseurs. Ces futurs penseurs qui seront conquis par les mutations et les perspectives offertes par les innovations technologiques et les révolutions industrielles induites comme l’augure par ailleurs le livre de Luc Ferry qui souligne la dimension servicielle et collaborative que prépare la révolution du WEB en introduisant l’intelligence collective, une nouvelle façon de vivre le rapport à l’économie mais également les coopérations et les rapports aux autres.

Ainsi nous assistons à la transformation inéluctable de notre société qui poursuit une course effrénée vers un monde absolument dominé par la technicité et en parallèle une forme de dématérialisation des moyens d’échanges, des moyens d’échanges économiques, des moyens d’échanges relationnels.

Le monde entre dans une nouvelle ère, une nouvelle étape à la fois virtuelle et désincarnée. Nous sommes passés ainsi d’un monde tangible à l’intangible, du réel au virtuel, de la matière au numérique, sans doute demain une autre étape.

Notre monde contemporain en quelques décennies, a été ainsi traversé par une série de mutations sans précédent qui affectent en grande partie toute l’organisation sociale des communautés humaines. En grande partie la révolution technique vécue depuis la fin du XXème siècle et au début du XXIème se caractérise par la révolution numérique qui incontestablement impacte les rapports, les relations en transformant également et radicalement la gouvernance des sociétés, des communautés, des entreprises et des hommes.

Force est dès lors de constater le poids de la technicité qui envahit toutes les sphères, toutes les dimensions de la vie humaine dans toutes ses composantes économiques, culturelles et sociétales.

La technicisation de la société envahit le quotidien par l’abondance des outils numériques et les transformations opérées par toutes les recherches concernant les sciences de l’information, les sciences neurocognitives qui constituent une forme de révolution, de changement de paradigme qui progresse inexorablement aboutissant à l’émergence de technologies toujours plus performantes, toujours plus efficientes.

Le manifeste transhumaniste et ses perspectives.

Sur le plan philosophique, le mouvement transhumaniste s’est constitué en association mondiale[3] et a rédigé une déclaration en 1999[7] (Transhumanist Declaration). Il s’agit d’un manifeste qui proclame « le droit naturel, pour ceux qui le désirent, de se servir de la technologie pour accroître leurs capacités physiques, mentales ou reproductives et d’être davantage maîtres de leur propre vie ».

Le manifeste transhumaniste s’adosse à une nouvelle conception anthropologique. L’article 4 du manifeste stipule : « Nous souhaitons nous épanouir en transcendant nos limites biologiques actuelles »[8].

Puis un autre article du manifeste souligne ce point « Nous promouvons la liberté morphologique – le droit de modifier et d’améliorer son corps, sa cognition et ses émotions. Cette liberté inclut le droit d’utiliser ou de ne pas utiliser des techniques et technologies pour prolonger la vie, la préservation de soi-même grâce à la cryogénisation, le téléchargement et d’autres moyens, et de pouvoir choisir de futures modifications et améliorations »

L’enjeu du Transhumanisme est donc bien la volonté de performer, d’augmenter l’homme, de modifier le génome humain, la conception transhumaniste vise l’amélioration du genre humain, une amélioration du genre humain qui passe par la technique.

Comme nous l’indiquions en préambule lorsque nous soulignons l’intrication des révolutions industrielles et des idéologies, nécessairement le mouvement Transhumaniste commandera à l’évolution d’une nouvelle organisation sociale sous-jacente à cette nouvelle révolution industrielle.

Cette conception de l’homme de notre point de vue interroge de conflits possibles avec des approches théologiques qui conçoivent l’homme dans l’acceptation de sa fragilité et de sa vulnérabilité, transcendant sa condition dans l’espérance de sa seule régénération dans le salut et de son salut spirituel.

Nous assistons sous nos yeux et sans doute à l’émergence d’une nouvelle religion prônant une forme de désincarnation des relations et des échanges pour aboutir à l’émergence d’un monde virtuel, déconnecté d’un rapport au réel.

Et en s’appuyant sur la modélisation informatique offrant de nouveaux moyens d’étudier le fonctionnement de l’esprit et approchant une puissance de calcul et d’auto apprentissage avec ce rêve quasi démiurgique de conférer à cette puissance de calcul une conscience, nous percevons là le défi transhumaniste qui est de conférer à l’homme d’être sa propre transcendance

[1] Raffaele Simone né en 1944   linguiste, Philosophe auteur de plusieurs essais dont le Monstre Doux. Cet essai a inspiré notre propos comme celui de l’essayiste Tocqueville par ailleurs.

[2] Extrait de l’article du monde : Le Monde | 06.10.2015 à 18h38 • Mis à jour le 09.10.2015 à 12h27 | Par Serge Tisseron (Psychiatre, docteur en psychologie, psychanalyste.)

[3] Chappie de Neill Blomkamp Dans un futur proche, la population, opprimée par une police entièrement robotisée, commence à se rebeller. Chappie, l’un de ces droïdes policiers, est kidnappé. Reprogrammé, il devient le premier robot capable de penser et ressentir par lui-même.

[4] Saint Simon (1760-1825) philosophe, économiste, penseur de la société industrielle. Sa pensée a largement contribué à valoriser le travail des scientifiques.

[5] Extrait du discours de la méthode de René DESCARTES (1596-1650) Mathématicien, Physicien et philosophe. Un des Pères de la philosophie moderne, et l’auteur célèbre du discours de la méthode.

[6] Vous trouverez l’article de George Dvorsky en consultant le lien http://www.gizmodo.co.uk/2016/03/20-crucial-terms-every-21st-century-futurist-should-know/

[7] http://www.transhumanism.org/index.php/WTA/more/148/

[8]https://iatranshumanisme.com/a-propos/transhumanisme/la-declaration-transhumaniste/

 

Critique du progressisme

« Un jour, tout sera bien, voilà notre espérance / Tout est bien aujourd’hui, voilà l’illusion » avait écrit le philosophe des Lumières Voltaire, en 1756. Une pensée pleine de sagacité qui résume bien la vanité de la pensée progressiste qui déjà au XVIIIème, prétendait changer le monde en l’arrachant de l’obscurantisme religieux. Dans ce propos, pourtant nous sommes loin d’une posture nostalgique, d’une époque où la libre conscience fut bafouée et où nous serions à regretter une époque où les inégalités sociales étaient particulièrement criantes. Mais nous restons toutefois circonspects sur l’idée d’un progrès technique social et sociétal sans éthique et sans curseur.

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« Un jour, tout sera bien, voilà notre espérance / Tout est bien aujourd’hui, voilà l’illusion » avait écrit le philosophe des Lumières Voltaire, en 1756. Une pensée pleine de sagacité qui résume bien la vanité de la pensée progressiste qui déjà au XVIIIème, prétendait changer le monde en l’arrachant de l’obscurantisme religieux. Dans ce propos, pourtant nous sommes loin d’une posture nostalgique, d’une époque où la libre conscience fut bafouée et où nous serions à regretter une époque où les inégalités sociales étaient particulièrement criantes. Mais nous restons toutefois circonspects sur l’idée d’un progrès technique social et sociétal sans éthique et sans curseur.

Vers un processus de désolidarisation résultant d’une technologie atomisant la vie sociale

Nous adressons ce chapitre aux progressistes ouverts à la critique du progrès car nous prenons conscience que la modernité idéologique vantant l’affranchissement des codes culturels d’un ancien monde, soumet quant à elle subrepticement tous les aspects de la vie humaine au règne d’un nouveau monde soi-disant libéré du carcan culturel et appartenant à un monde ancien jugé dépassé.  Cette idéologie de la modernité techniciste et progressiste installe peu à peu un processus de dévitalisation humaine, d’une forme d’anesthésie sociale, engendrées par la modernité hautement technique sous l’emprise d’un empire numérique qui encourage chaque innovation technologique comme étant l’expression du bien-être, la source d’une liberté humaine à conquérir, le jaillissement du progrès humain.

Nous pourrions nous interroger dès lors sur le sens de la recherche technique et des résultats concernant les orientations sociales auxquelles elle nous conduit. Je m’interroge en effet sur les services que rend cet univers technique. L’univers numérique n’est-il pas finalement, responsable de l’atomisation sociale au détriment du collectif ; ne renforce-t-il pas l’individualisation au détriment de la personne. Finalement la science n’est-elle pas au service d’une auto divinisation de l’homme s’affranchissant de toute transcendance.

D’ailleurs en reprenant cette citation de Jacques ELLUL reprise de son livre « La Technique où l’enjeu du siècle, nous percevons l’acuité de son jugement porté sur la modernité « ce qui caractérise aujourd’hui notre société, ce n’est plus ni le capital ni le capitalisme mais le phénomène de la croissance technicienne ». La technique est devenue en soi comme le prédisait Jacques ELLUL un phénomène autonome en passe de nous échapper, d’échapper à tout contrôle, vampirisant l’homme devenu son sujet, faisant de l’homme son propre produit puisque devenu totalement dépendant de la technique.

Changer le monde « par d’autres mœurs et d’autres manières », vers un monde postchrétien

Ainsi le progressisme est une idéologie déjà très ancienne qui entendait déjà deux siècles plus tôt s’affirmer comme le tenant d’une vision de l’avenir ; les progressistes du XVIIIème étaient déjà habités par une forme de spiritualité humaniste se donnant comme faculté de déconstruire le monde ancien pour réinventer le présent et créer pour l’avenir humain une vision de progrès éclairé, il fallait aussi pour des économistes comme Adam SMITH libérer les marchés mieux à même de connaitre les besoins et les envies. Aujourd’hui nous voyons une puissante révolution des marchés guidés cette fois-ci, par l’intelligence artificielle en prise avec la connaissance des usages et des besoins de ses consommateurs.

A l’aube de cette nouvelle ère contemporaine, nous voyons ainsi l’étrange ressemblance avec ce qui motive le courant progressiste du XVIIIème siècle et celui du XXIème siècle.

Avec l’idée de progrès porté par les idéologues contemporains ceux de la modernité, nous relevons bien sur le plan philosophique, cette proximité entre l’idéologie progressiste du XXIème et la philosophie dite des Lumières.

Rappelons que le siècle des lumières a émergé dans la seconde moitié du XVIIIème siècle. Ce mouvement à l’époque se voyait déjà alors comme une élite avancée œuvrant pour une transformation radicale du monde, dénonçant la vision chrétienne du monde enfermée dans le péché et l’idée d’une transcendance qui s’est incarnée dans le monde pour le sauver. L’élite du XXIème siècle est celle de la technocratie car pour elle c’est la loi et l’éducation étatique qui doivent changer les mœurs, même si la république ne veut pas apparaitre tyrannique, elle s’emploie dès le plus jeune âge à former les esprits pour changer « les manières » comme le préconisait Montesquieu «  il suit que, lorsque l’on veut changer les mœurs et les manières, il ne faut pas les changer par les lois, cela paraîtrait trop tyrannique : il vaut mieux les changer par d’autres mœurs et d’autres manières… » MONTESQIEU – L’Esprit des lois, Livre XX, extrait du chapitre XIV. Nous discernons de fait les subtilités politiques employées de nos jours pour ne pas apparaitre brutal aux yeux de l’opinion mais la préparer à cette lente soumission et cette transformation de nos mœurs pour accepter un monde syncrétique, multiculturel et babylonien.

Nous saisissons bien, que l’idéologie progressiste s’inscrit radicalement dans le pathos de la modernité. Habilement dans une forme d’humanisme postchrétien, elle entend aussi se débarrasser des oripeaux de la religion Chrétienne en donnant des coups de butoir à cette dimension de la filiation, de l’altérité, en soutenant un capitalisme de la consommation, l’ubérisation de la société. Cette idéologie du progrès appelle de ses vœux l’ère du tout numérique qui détruira finalement le lien social, les solidarités et l’héritage culturel issu de l’annonce de l’Évangile. Nous entrons avec le progressisme dans une logique numérique, une logique horizontale celle de la consommation et du divertissement.

Ce mouvement dit des lumières au XVIIIe siècle à l’instar au XXIe siècle d’une république progressiste, se persuadait déjà de changer le monde à partir de la diffusion d’une nouvelle conception sociale nécessaire à la mise en cause et à la transformation de la société de l’ancien monde.

Cette philosophie entendait ainsi briser les codes, les structures politiques et culturelles héritées de plusieurs siècles de Christianisme. Or aujourd’hui nous observons les mêmes motifs de volonté de transformation de la vie politique, de sortir des divisions sociales, des clivages d’opinions ou idéologiques et des conflits culturels pour s’engager sur une nouvelle idéologie marxiste du progrès humaniste, d’égalité sociétale. Cette nouvelle idéologie marxiste est fondée sur la puissance technologique, cette nouvelle ère des robots qui libèrent enfin l’homme de l’asservissement des tâches. Cette nouvelle idéologie marxiste au plan sociétal s’inscrit dans la dimension de l’égalité et l’interchangeabilité des sexes qui devront être demain les nouvelles normes, les nouveaux codes et stéréotypes culturels. Il faut ainsi apprendre à l’enfant et le plus tôt possible que le masculin et le féminin sont de pures conventions, et qu’il lui appartient de s’en délier, de s’en défaire, tout cela s’impose de manière sournoise et subrepticement. Si vous le dénoncez, vous êtes alors invectivé, vilipendé comme de vieux ringards réactionnaires hostiles à toute idée de progrès.

Le progressiste ne veut donc plus ainsi les règles héritées d’un christianisme qu’il faut absolument dépoussiérer. Il faut ainsi casser les prescriptions d’une époque révolue, se libérer de la transmission des stéréotypes, se désaffilier, ouvrir les frontières du genre, jeter des passerelles vers un monde nouveau ou la confusion peut demain devenir le règne social partagé par une multitude d’hommes et de femmes sans repères.

Un monde postchrétien qui veut redonner à l’homme d’autres aspirations spirituelles

En d’autres termes, notre monde contemporain incarné dans cette nouvelle vision du progrès exprimerait alors le besoin d’un progressisme qui redonne sa place à de nouvelles aspirations spirituelles, et à de véritables emblèmes symboliques compris de tous ; en un mot, d’un nouvel humanisme, un nouvel évangile raisonné à une nouvelle sauce humaniste et éclairé tel qu’a cherché à le construire le Siècle des lumières qui n’a pas su achever au cours de la Révolution française, cette vision de l’humanisme sans Dieu. N’est-ce pas cette vision qu’incarna Maximilien de Robespierre, député de l’Artois, qui prononça ce discours à la Convention dans lequel il réaffirma ses valeurs révolutionnaires et républicaines : « L’homme est né pour le bonheur et pour la liberté, et partout il est esclave et malheureux ! La société a pour but la conservation de ses droits et la perfection de son être, et partout la société le dégrade et l’opprime ! Le temps est arrivé de le rappeler à ses véritables destinées ; les progrès de la raison humaine ont préparé cette grande révolution ». Les progrès de la raison humaine ont préparé cette grande révolution, c’est ainsi la foi dans la raison humaine qui est au cœur de ce changement pour Robespierre et qui le conduira au progrès…

Le progressisme n’est pas seulement un courant philosophique et social mais c’est aussi une idéologie qui a su s’appuyer sur le libéralisme prôné par le capitalisme mondialiste s’adossant à ce monde consumériste et universaliste.

Nous entrons ainsi inévitablement et avec ce courant progressiste dans une nouvelle ère, une nouvelle époque. Je crains qu’elle ne soit funeste et chargée d’illusions…

Qui sont les responsables des grandes déstructurations sociales ?

N’apercevez-vous pas d’ores et déjà les résultats de cette idéologie progressiste, de cette vision mondialiste : des états affaiblis, des multinationales qui prennent le pouvoir sur tout, des migrations massives car les états riches dans leurs égoïsmes patentés n’ont jamais su développer, ni entrer dans des stratégies de coopération avec les nations africaines en crise, pire l’occident est largement responsable de la déstructuration des peuples d’Afrique et de l’entretien des illusions d’un monde d’opulence factice.

Les responsables de ces déstructurations ? Les multinationales, qui vont remplacer les lois des États à l’image des accords transatlantiques qui tôt ou tard reviendront sur le tapis, et remettront en cause les principes de subsidiarité, de souveraineté des nations. Cette démocratie des nations autour d’une dimension, locale et d’une relation institutionnelle de proximité vit sans doute ses derniers jours et sera dominée par le technicisme d’un monde fédéraliste et multipolaire, sans frontières plus ouvert mais sans humanité puisque sans cette relation de proximité et de contre-pouvoir au plan local.

Nous le voyons bien aujourd’hui des multinationales dominées par quelques hommes fortunés célébrant Mamon, qui exercent un monopole dévastateur et absolu sur les marchés. Comme c’est le cas dans le monde agricole dont les semences sont de plus en plus cadenassées de par le monde, comme c’est également le cas dans le monde des médias faiseurs d’opinions ; muselés par quelques empires financiers lobotomisant et manipulant allègrement la conscience. N’oublions jamais l’avertissement du prophète Ésaïe 5 8-9 « Malheur à ceux qui ajoutent maison à maison, Et qui joignent champ à champ, Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace, Et qu’ils habitent seuls au milieu du pays ! Voici ce que m’a révélé l’Éternel des armées : Certainement, ces maisons nombreuses seront dévastées, Ces grandes et belles maisons n’auront plus d’habitants… »

Finalement l’oublié de cette mondialisation, de ce « progressisme », c’est l’humanité, le grand perdant c’est la biodiversité. Les inégalités n’ont jamais été aussi importantes ; jamais la pollution n’a été aussi élevée, jamais les peuples des pays en voie de développement n’ont été autant dominés, dédaignés, niés, oubliés. Qui se soucie du Centre Afrique Chrétien qui subit les coupes d’assommoirs de la barbarie djihadiste, dont les maisons sont brûlées avec leurs habitants… Nous pleurons les victimes européennes et tout le monde déclame sa compassion sur les réseaux sociaux mais qui ose dire « je suis centre africain, nigérien, sénégalais ».

Nous entrons dans l’ère d’une république progressiste et multiculturelle, qui nous bercera d’illusions avec son monde humaniste mais qui laminera les plus fragiles en encourageant à la fois le développement d’un monde plus eugéniste que jamais et l’ubérisation de la société, en encourageant les investissements autour de l’économie numérique et en ouvrant la boîte de pandore de l’eldorado transhumaniste promettant l’homme nouveau, augmenté et performé.

Les nouveaux prêcheurs

Une nouvelle idéologie se façonne sous nos yeux portés par l’oraison des prêcheurs qui envahissent nos écrans cathodiques. Ce sont eux, ces prêcheurs télévangélistes de l’idéal progressiste, qui sont chargés de nous apporter la bonne nouvelle, ils ont ce pouvoir de conditionner les esprits pour l’avènement d’un monde ouvert, tournant la page à l’ancien monde baignant dans ses stéréotypes de souveraineté des peuples.

Ces prêcheurs qui occupent l’espace médiatique ont hélas le pouvoir, ils sont prêts à tout pour réussir l’entreprise, atomiser la personne libre, en la façonnant en individu corvéable. C’est bien là le projet de nouveau monde, passer, du monde de la personne à celle de l’individu puis passer de l’individu à celui d’un nombre numérisé.

Enfin pour conclure Je cite ici ce propos extrait d’un article d’agora vox du 21 mars 2016 dans lequel je me retrouve. Je cite ici l’extrait de cet article « Face à eux, des gens isolés, déstructurés, des personnes devenus travailleurs et consommateurs, à leurs ordres, soumis à leur pensée uniformisée, d’où ils croient que l’humanité en sera apaisée, grandie, quand elle en ressort laminée, détruite, et nullement pacifiée.

Leur œuvre, c’est une régression uniformisée, mondialisée de l’humanité, dont il sera difficile de se débarrasser.

Après les religions dont nous ne sommes toujours pas sortis, l’humanité, avec le nazisme, le communisme puis ce « progressisme » est-elle vouée à ne pas progresser intellectuellement ? A préférer la quantité à la qualité ? A prôner l’union uniforme et inculte ?

Depuis les premiers penseurs, l’humanité n’a pas évolué, ou si peu. Nos connaissances et nos technologies ont progressé de façon gigantesque, mais nous, nous n’avons pas évolué. Au fond, si ces idées, ces régimes, ces religions s’imposent, ne serait-ce pas parce que nous le désirons, n’est-ce pas parce que nous recherchons ce genre de facilités ? Une vie qu’on nous impose, aseptisée, uniformisée, ou l’on se croit supérieurs aux autres tout en étant identiques ?

Chers amis progressistes ouverts à la critique « Est-ce vraiment cela que vous voulez ? »

Notre espérance à l’envers des promesses d’un monde ou le progrès est sans curseur

Pourtant la lettre qui vous est écrite, ne se veut nullement marquée par le désespoir concernant l’idéologie que vous portez, car l’histoire nous apprend toujours la temporalité des idées qui déconstruisent l’homme. Tandis que l’église non la religion mais le corps vivant de Christ traverse elle les temps, les générations et reste une la lumière dans un monde ou le lien se délite.

Si la civilisation qui se construit devient plus impersonnelle et à l’envers de la proximité, souvenons-nous que le message de l’évangile, doit être marqué par la relation en face à face, la solidarité, empreint par la dimension de l’autre, le prochain.

Face à l’offensive depuis des siècles, d’un monde des idées et des techniques qui étiolent et dégradent notre humanité, l’église authentiquement façonnée par Christ, doit devenir sans aucun doute, un lieu ressource, une communauté ouverte sur les autres, un lieu de réparation, de restauration, de socialisation.

L’église comme communauté permanente et vivante, régénérée par l’esprit saint doit être un lieu d’espérance essentiel, vital pour le monde qui a soif de vérité, de justice, elle doit assurer à la personne la reconnaissance d’autrui, il n’y a plus ni juif, ni grec, ni étranger, ni autochtone mais une personne aimée de Christ qui a besoin de retrouver du sens et la vraie vie qui vient d’en haut. Les plus défavorisés doivent trouver dans l’église les services et les ressources pour tisser et entretenir des liens capables d’assurer une aide pour ouvrir des perspectives d’avenir.

Il est urgent sans doute de retrouver l’espérance et le sens de l’autre mais également la persévérance dans l’aide et l’entraide auprès de ceux qui ont soif et faim de justice. Soyons alors débonnaires et plein d’enthousiasme à servir notre communauté en incarnant notre service auprès du prochain.

Un monde social en mutation

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Les contextes et les déterminants qui expliquent l’émergence des idéologies de déconstruction de l’homme.

Le développement économique est fondé depuis deux siècles sur l’exploitation de ressources épuisables, non renouvelables (minerais, engrais, pétrole…) la prétention aujourd’hui est de promettre la croissance sur des ressources durables (vent, soleil, algues, etc.) sur « les rails d’un nouvel âge d’or » sans rien changer à nos habitudes consuméristes.

Nous sommes également confrontés à un important métabolisme urbain, 70 % de la population humaine devant bientôt vivre dans les grandes mégapoles, sachant que d’ores et déjà 12 villes dans le monde totalisent plus de 20 millions d’habitants chacune, dont Tokyo avec ses 42 millions d’habitants, Jakarta 28 millions d’habitants, Séoul 25 millions d’habitants.

L’enjeu étant d’imaginer de nouveaux modèles de vie sociale, économique et agricole face à l’étalement des villes et à la problématique qui touche à l’artificialisation des sols qui perdent leur qualité naturelle. Pour nourrir ainsi la ville, il conviendra d’imaginer l’agriculture de demain, par exemple en concevant des fermes dites verticales qui pousseraient sur les étages des grattes ciels ou en faisant pousser des salades sur les murs de sa maison ou des pieds de tomates aux balcons…

Les changements majeurs favorisant l’émergence « soudaine » des idéologies de déconstruction

Il nous semble que plusieurs facteurs constituent les principales clés de lecture d’un monde en mutation et ont été en quelque sorte des déterminants favorisant le développement des idéologies transhumanistes…

  • L’émergence d’une mondialisation accélérée et associée à l’accès de tous aux nouvelles technologies issues du monde numérique.
  • L’aspiration d’une humanité à la recherche de sens, confronté à sa fragilité en regard des crises majeures qu’elle traverse (migrations, économie, terrorisme, climats…).
  • La tentation aujourd’hui pour l’homme de se tourner activement vers des solutions drastiques pour assurer la pérennité de l’espèce humaine (société de contrôle et de surveillance).
  • La volonté de pallier les risques qui touchent à la vulnérabilité en engageant un nouveau processus réflexif qui déconstruisant l’homme.
  • Une universalisation de la culture consumériste néolibérale qui uniformise en fait les comportements et les regards. Les livres de la Bible évoquent à plusieurs reprises la ville de Babylone et font mention de la dimension marchande et mondialiste de cette entité. La Bible décrit les lamentations des marchands au moment où cette entité s’écroulera, « tous ceux qui ont fait commerce avec elle se lamenteront ».

Babylone clairement dans le livre de l’apocalypse rayonne sur toute la surface de la terre, la ville est assise sur les grandes eaux, le sens des grandes eaux nous est révélé dans le même livre de l’apocalypse au chapitre verset 15, « Les eaux que tu as vues ou la prostituée est assise, ce sont les peuples et des foules et des nations, et des langues ».

Babylone est une entité dominatrice qui domine sur l’ensemble de l’humanité, des peuples, des foules, des nations, un véritable empire consumériste, universaliste absorbant les autres cultures, elle s’empare de toute l’organisation économique mondiale, comme l’écrit le théologien Philippe PLET[1] dans son livre Babel et le culte du Bonheur.

  • La propension de l’homme d’aujourd’hui à uniformiser les méthodes de production agricoles via des cultures intensives voire hors sol (le transgénisme résultant de cette dynamique n’étant alors que le précurseur au « transhumanisme génétique »). Depuis des milliers d’années, la Bible donne le plan d’urbanisme idéal pour un équilibre entre les besoins de la ville en consommables végétaux et animaux et la capacité naturelle de la Terre à absorber les rejets de cette même ville…

Le péril de la libre conscience et l’effondrement de la culture

La conscience des individus représente un enjeu pour les sociétés qui soit poursuivent l’objectif de plénitude de l’individu soit a contrario entendent la contrôler ou pire l’atomiser pour anéantir toute révolte ou toute faculté rétive.

Toutes les sociétés totalitaires naissant du laxisme des individus, il suffit de les distraire, de les divertir. Hannah Arendt avait relevé cette problématique morale d’une société plongée dans une forme de nihilisme culturel, détachée de la recherche de sens. Rappelons cette citation de la philosophe, citation fulgurante : « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal. »

Le refus de s’indigner, le renoncement de soi, ne plus dénoncer les formes d’injustices conduisent inévitablement à installer le caractère liberticide et tyrannique de l’état. Les sociétés totalitaires ont toujours pour démarche la volonté d’anéantir la fonction de penser, la capacité de réagir.

Les facultés de conscience, savoir appréhender, savoir analyser, savoir poser les problèmes ont toujours dérangé les gouvernances. Le changement de la conscience est engagé à l’aune d’une société galvanisée par la facilité d’accéder au plaisir des sens et aux promesses que lui font miroiter les temples de la consommation.

Dans de tels contextes, le délitement de la conscience est engagé, altération de la conscience qui puiserait son origine dans plusieurs sources : le nivellement de la culture, le divertissement, la crise économique qui épuise et déstructure l’homme et enfin l’idéologie de la laïcité et « idéologie » issues des études du genre diffusée dès le plus jeune âge par l’école…

Le nivellement de la culture

La culture n’est-elle pas la dimension d’un héritage qui aide à penser par soi-même ? Ne remplit-elle pas une fonction d’épanouissement de l’individu ? Or force est de constater que la dimension culturelle est de plus en plus contestée y compris dans certains milieux intellectuels.

L’homme est passé d’un statut de citoyen de la cité à celui de simple consommateur urbain devenu addict des temples de la marchandisation où la fonction de penser par soi-même n’est pas utile quand il suffit de satisfaire des besoins, des impulsions de consommation.

Un siècle plus tôt le discours de Victor Hugo énoncé à l’assemblée nationale est frappant, interpellant. Il sonne comme un avertissement en regard de cette puissance de la matérialité, du plaisir marchand qui appauvrit la recherche du bien commun dans sa dimension spirituelle et culturelle : « Eh bien, la grande erreur de notre temps, ça a été de pencher, je dis plus, de courber l’esprit des hommes vers la recherche du bien matériel. Il importe, Messieurs, de remédier au mal ; il faut redresser pour ainsi dire l’esprit de l’homme ; il faut, et c’est la grande mission, relever l’esprit de l’homme, le tourner vers la conscience, vers le beau, le juste et le vrai, le désintéressé et le grand. C’est là, et seulement là, que vous trouverez la paix de l’homme avec lui-même et par conséquent la paix de l’homme avec la société. » 

La culture consumériste est finalement l’envers de la culture, une anti-culture, celle d’une forme d’anéantissement de la pensée, la construction d’une pensée unique comme le mentionne Nabil EL-HAGGAR Vice-président de l’Université Lille 1, pour qui « se pose la question de savoir si notre société et notre démocratie sont encore en mesure de faire face à la pensée unique et de sauver la citoyenneté de la marchandisation, ou si notre démocratie n’a pas besoin d’une bonne révolution culturelle pacifique qui la rende capable de préserver les valeurs pour lesquelles nos anciens ont fait la grande révolution. »

Poursuivant son propos Nabil EL-HAGGAR ajoute « force est de constater que, quelques siècles après Condorcet, le nivellement de la culture par le bas n’est plus une tentation mais une réalité quotidienne. C’est ainsi que la culture est réduite à l’anecdotique et qu’il n’est pas rare d’entendre des universitaires qualifier toute exigence culturelle et intellectuelle d’élitisme mal venu et antidémocratique. »

Nous sommes tous frappés par les éléments de langage des médias qui sont les « prêts à penser » de notre société et n’offrent que trop rarement une lecture différenciée du monde. Leurs discours « lissés » deviennent profondément uniformes ne parlant que d’une même lèvre.

L’appauvrissement de la culture, l’abaissement des niveaux d’apprentissage participent largement à l’uniformisation de la pensée, à l’arasement de toute réflexion qui épanouit l’homme.

Si la culture est une nécessité par l’ouverture d’esprit qu’elle suscite, le nivellement engagé et qui résulte de multiples facteurs se rapproche finalement des méthodes sectaires qui excluent la différence, toute pensée critique.

Notre monde est prêt à basculer dans l’idolâtrie contemporaine du progressisme et à se laisser fasciner par un « autre objet que lui-même ».

 Le matérialisme et la vacuité du monde occidental nous préparent à une mutation culturelle sans précédent et de grande ampleur, l’homme, ayant admiré ses producbackground-3228704_1920tions techniques en est venu à l’adorer : Dieu a créé l’homme à son image ; l’homme a créé l’homme technique puis un avatar, un humanoïde à sa propre image avec lequel il veut interagir car il sera un jour capable d’empathie et d’émotion.

La société consumériste d’une manière générale est à l’envers d’un monde ou la frugalité, la mesure seraient la règle de vie. L’hyperconsommation a été érigée en principe de vie, nous sommes venus à valoriser le monde extérieur, le monde des sens, plutôt que le monde intérieur, virtuellement recréé avec les objets numériques. Le matérialisme est devenu un socle social, un veau d’or en quelque sorte., Et le plus pauvre convoite les objets que possède le plus riche, au prix de sacrifices, d’endettements, de surendettements, il finit par les acquérir.

Lors de mes entretiens qualitatifs administrés dans le cadre d’évaluations de politiques publiques auprès de personnes estimées vivre dans la précarité, ces dernières n’entendaient nullement se priver d’objets interactifs ou ceux de la consommation numérique qui ne répondent strictement à aucun besoin vital mais qui contribuent à leur divertissement comme une nécessité, une nécessité devenue vitale.

Dans cette dimension matérialiste, de recherche de pseudo-confort à tout prix qui affecte notre monde occidental, nous ne sommes plus enclins à développer des comportements altruistes, de donner de notre générosité dans des gestes désintéressés, généreux et souvent traduits par des actes insignifiants comme l’écoute de l’autre, l’aimer en interagissant dans une réponse appropriée.

Nos comportements sont hélas de moins en moins « pros sociaux », nous ne savons plus considérer l’autre dans ses besoins, tellement acculés par le désir soi-même de rechercher une autre forme de conquête, celui de posséder un territoire, un territoire dérisoire, une matière, un objet. L’homme seul dans la matérialité de son époque appréhende d’être isolé, et le voilà comblé avec l’apparition de l’objet animé, de l’objet interactif. L’homme dans son monde virtuel quitte la planète Terre pour entrer dans la planète « Taire » qu’il se crée. L’homme à nouveau se dérobe derrière l’arbre[4] de son monde virtuel… pour ne pas être vu de son créateur tel qu’il est… !

L’une des grandes mutations vécues, est ainsi l’apparition dans cette modernité techniciste de l’objet interactif. L’objet interactif qui est devenu objet de culte, un objet de fascination, une forme d’idolâtrie contemporaine. Nous nous égarons aujourd’hui dans ces objets « culte », ces « images animées » ces nouveaux dieux qui occupent les espaces virtuels de nos moniteurs, de nos écrans cathodiques.

Par analogie, la Bible rapporte plusieurs siècles avant Jésus-Christ, dans les livres des prophètes Osée et Zacharie la vénération de statuettes[5]. À cette époque, les téraphim étaient devenus des objets de culte et de cléromancie (art de lire l’avenir par tirage au sort). Les peuples polythéistes dans les temps bibliques entretenaient une relation avec l’image, des représentations de faux Dieux. Ces faux Dieux les fascinaient et égaraient leurs esprits, ces représentations dénaturaient déjà la dimension transcendante et unique de la divinité, en la reléguant au rang des objets.

Si certes, l’homme occidental n’adore plus les « Dieux », il est fasciné par les images qui interagissent avec ses émotions et qui aujourd’hui sont même capables d’empathie. L’homme entre dans un monde ou la réalité de l’interaction augmentera au fur à mesure des progrès de la science et cette interaction le prépare à des formes nouvelles de substitution du prochain, d’un autre que lui-même.

La fascination pour l’objet numérique, animée avec les progrès de la science, interagissant avec l’usager nous conduit littéralement à devenir captifs, dépendants. Ne s’agit-il pas au fond d’une forme d’idolâtrie contemporaine.

L’environnement des objets numériques est venu ainsi combler le sentiment de déréliction, le sentiment de solitude qui accompagne celui qui possède l’extérieur mais n’a pas reçu ce qui est de nature à combler l’intérieur. Or le plus inquiétant résulte d’un monde d’humains de plus en plus guidés à interagir avec le monde des objets numériques. Des objets de la matérialité qui deviennent si familiers qu’ils se transforment peu à peu en compagnons, des substituts palliant l’absence de l’autre, mon vis-à-vis, « l’autre que moi-même » en quelque sorte.

La vacuité, le vide spirituel qui caractérise toute notre société font que la seule chose pouvant être considérée comme existante est la matière et si cette dernière interagit, elle vient alors m’apporter une forme de réponse à mon vide existentiel, un ersatz, un bonheur paradisiaque.

C’est dans ce contexte de vide spirituel, de déréliction morale que les dernières avancées technologiques montrant l’interaction croissante homme robot deviennent inquiétantes. En effet les dernières avancées technologiques laissent penser que la reconnaissance des capacités affectives et émotionnelles d’un autre objet que l’on appelle robot, est maintenant possible.

La science technologique considère que le robot est d’ores et déjà doué d’empathie, déjà capable de discerner des comportements humains, d’interagir avec lui, et même comprendre, d’interpréter les émotions humaines.

L’article que nous produisons est extrait du site Internet IBM et il fait allusion à notre précédent propos sur les capacités du robot d’épouser par mimétisme les comportements de l’homme. Ce robot porte le nom de Pepper « Il est le premier robot humanoïde à destination du grand public à être capable de comprendre les émotions de son propriétaire et de générer artificiellement les siennes en conséquence. Équipé d’un système de reconnaissance faciale, il repère une personne à plus de trois mètres. Il comprend des expressions basiques du langage verbal et corporel humain, comme le sourire, le froncement de sourcil et des émotions comme la surprise, la colère, la tristesse. Pepper est également capable d’analyser l’intonation de la voix de son interlocuteur, ainsi que son champ lexical.

Toutes ces données récoltées par le robot d’1 m 20 pour moins de 30 kg, lui permettent de déterminer l’attitude à adopter en fonction des circonstances. Ainsi, s’il détecte de la tristesse, il pourra vous proposer d’écouter une musique ou de raconter une blague pour vous remonter le moral. De plus son intelligence artificielle est cognitive. En d’autres termes, il apprend au fur et à mesure de ses interactions avec sa famille d’accueil. Au fil du temps il adaptera également ses réactions selon le caractère de son propriétaire ». 

Or dans un avenir très proche dans un horizon de temps très court, l’humanoïde sera en mesure de simuler des émotions, d’adapter des comportements, d’ajuster des types de dialogues interactifs.

Les ajustements de l’humanoïde se construiront à partir d’indices audio et visuels, le timbre de la voix, le profil d’utilisateur fera partie des niveaux d’interprétation permettant au robot de détecter l’émotion humaine et en conséquence le robot sera en mesure de faire usage d’une méthode comportementale.

Mais le plus inquiétant est à venir, Ces robots pourraient demain envahir le quotidien, devenir des humanoïdes de compagnie, remplaçant nos animaux. Des « êtres » domestiqués mais sans âmes et sans esprit, reproduisant artificiellement des comportements dans une apparence humaine. L’humanoïde pourrait ainsi, être à terme le compagnon d’une vieille dame isolée, le substitut pour un enfant d’une maman trop souvent absente, ou bien pire être une poupée sexuelle interactive, un partenaire interactif comblant les besoins émotionnels et affectifs de personnes isolées.

La dimension affective apportée par l’humanoïde est la conséquence du vide spirituel de l’être humain.

Ce vide spirituel que ne comblera pas un objet humanoïde conçu artificiellement qui interagira en l’absence de toute identité le reliant à la transcendance. Une machine dotée de l’apparence d’un corps mais sans réelle conscience humaine sans âme, sans vie réelle sans esprit « En supposant qu’on parvienne à construire un robot androïde dont la complexité s’approcherait de celle de l’homme il lui manquerait cette ouverture à la transcendance qui ne peut jaillir spontanément de l’interaction des causes immanentes ».

En revanche l’être humain se livrera en quelque sorte à une forme de démon humanoïde, il se livrera comme l’écrivait Baudelaire de manière quasi prémonitoire à Satan :

« Se livrer à Satan, selon Baudelaire, c’est croire qu’on en a fini avec lui et que l’on s’en tirera bien tout seul, grâce à ses bons sentiments et ses puissantes machines : « Nous périrons par là où nous avons cru vivre. La mécanique nous aura tellement américanisés, le progrès aura si bien atrophié en nous la partie spirituelle que rien parmi les rêveries… antis naturelles des utopistes ne pourra être comparé à ses résultats positifs. «