Le monde crépusculaire

Cette période pandémique devrait nous conduire à une réflexion intense sur le sens même que nous donnons à la vie, or cela ne semble pas être la priorité de nos gouvernements. Il nous faut à nouveau faire fonctionner le business du monde, le remettre en marche grâce à nos nouveaux superhéros masqués, nos Batman et consorts. Alors nous attarder sur le monde crépusculaire est une pure gageure, penser un instant que l’homme pourrait changer après cet épisode épidémique est un pari bien hasardeux auquel nous ne devrions pas nous attarder dans cette nouvelle chronique. Mais arrêtons-nous ici, il est impératif comme je l’ai écrit dans une précédente chronique, de ralentir notre marche pour comprendre que vouloir le monde qui va de l’avant est une utopie, une aporie, une incohérence.

L’intelligence artificielle, une expérience énergivore

Les systèmes d’intelligence artificielle « consomment beaucoup d’énergie et peuvent générer des volumes importants d’émissions de carbone contribuant au changement climatique ». A titre d’exemple, une étude a montré que les expériences nécessaires à la construction et à l’apprentissage d’un système de traitement du langage par intelligence artificielle peut générer plus de 35 tonnes d’émissions de CO2, soit « deux fois les émissions d’un Américain moyen pendant toute sa vie ». Face à ces enjeux, une équipe de chercheurs de l’université de Stanford, Facebook AI Research, et de l’université McGill « a mis au point un outil facile à utiliser qui mesure rapidement la quantité d’électricité utilisée par un projet d’apprentissage machine et la quantité d’émissions de carbone que cela représente ».

« Les vieux: confinés, isolés, enfermés? »

Nous avons été, pendant deux mois, « confinés ». « Restez chez vous » pour vous protéger, pour
protéger les autres et parce que vous avez conscience de l’intérêt collectif. Les injonctions étaient
pertinentes… Qui pourrait prétendre le contraire ? Mais elles n’ont pas été vécues par toutes et tous de la même manière. Ainsi parmi nos concitoyens, certains ont vécu des situations particulièrement difficiles. On évoque partout le remarquable travail des soignants. Rendons leur hommage, à eux, et aussi aux enseignants, aux employés de commerces et autres « invisibles » grâce à qui le pays a continué à fonctionner… Mais, au delà de cet hommage, imaginons un instant ce qu’ont vécu les personnes confinées en établissement

Le temps

J’entendais le 10 juin, le ministre de l’économie et des finances pressé d’agir, ne pouvant s’inscrire dans le temps long, prendre les mesures pour sauver l’économie en y injectant des sommes considérables pour cautériser l’effondrement possible de pans entiers de nos industries. Mais « en même temps » dans cette effervescence anxieuse des mesures à prendre, je n’ai pas noté la dimension réflexive de l’Etat, le recul nécessaire associé à cette dimension qui est de prendre son temps. Prendre son temps, quand il s’agit notamment de retenir les enseignements des dysfonctionnements rencontrés au cours de la crise, de mémoriser les leçons données par l’arrêt brutal des productions. Sans doute que l’état pressé d’agir n’a pas pris quant à lui, le temps de méditer cette citation sage d’Edgar Morin :« Ne pas sacrifier l’essentiel à l’urgence, mais obéir à l’urgence de l’essentiel »[1]. C’est en effet à l’urgence de l’essentiel qu’il aurait fallu obéir, notamment à cette dimension qui est de « prendre soin de l’homme et de tout l’homme », mais non en sauvant « le capital » car sa valeur n’est pas en soi capitale. Sans doute me trouvez vous léger dans le propos, oubliant la nécessité du travail, non celle-ci n’est pas occultée, mais il importe de réfléchir à « l’urgence de l’essentiel » et non de précipiter des choix qui pourraient plonger alors la nation dans un plus grand désastre, une débâcle du fait de l’endettement qui la précipiterait entre les mains d’impitoyables créanciers.

la menace

Il me semblait important de vous partager deux vidéos de mise en garde vis-à-vis des développements futurs l’IA qui font peser une réelle menace sur le sort de l’humanité… Or l’humanité semble s’obstiner désespérément à ne pas vouloir ralentir sa marche vers le progrès, un progrès sans conscience malgré un coup d’arrêt brutal dans les affaires de ce monde. Le COVID nous a mis le bazar pour nous obliger finalement à une réflexion sur soi mais il semble que la volonté de l’humanité est de ne rien entendre et de poursuivre sa conquête prométhéenne et démiurgique d’enfanter sa propre créature (la bête).

Racisme

Nous sommes ici, cela va de soi, parce que nous voulons combattre le racisme, la xénophobie, le chauvinisme et tout ce qui s’y apparente. Cela au nom d’une position première : nous reconnaissons à tous les êtres humains une valeur égale en tant qu’êtres humains et nous affirmons le devoir de la collectivité de leur accorder les mêmes possibilités effectives quant au développement de leurs facultés. Loin de pouvoir être confortablement assise sur une prétendue évidence ou nécessité transcendantale des « droits de l’homme », cette affirmation engendre des paradoxes de première grandeur, et notamment une antinomie que j’ai maintes fois soulignée et que l’on peut définir abstraitement comme l’antinomie entre l’universalisme concernant les êtres humains et l’universalisme concernant les « cultures » (les institutions imaginaires de la société) des êtres humains. J’y reviendrai à la fin.

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