Transhumanisme : la vision sociale

Le propos de Tocqueville pour mémoire rappelle l’événement d’une société doucereuse mais vampirisant et atomisant les individus que nous sommes : « Je vois [Nous rappelle l’auteur de Démocratie en Amérique] une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine… »

Ce monde que décrit Tocqueville s’impose à la modernité à travers trois commandements [que l’on pourrait opposer aux trois mots d’ordre de l’épitre de Jean nous invitant à fuir la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie »

 L’apôtre Jean en effet avait en effet écrit : N’aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est point en lui ; car tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, ne vient point du Père, mais vient du monde. Et le monde passe, et sa convoitise aussi ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement. 1 Jean 2 :15-17

Comme par opposition à cette épitre de Jean, nous sommes au contraire conviés à consommer, à nous évader avec nos yeux dans les espaces immatériels et à nous enorgueillir de notre apparence. 

Le premier commandement est consommé, la convoitise de la chair. C’est la clef du système. Le premier devoir citoyen., le lèche-vitrine, l’argent facile, nous préférons le gaspillage à l’épargne, l’achat à la sobriété, le maintien de son style de vie au respect de l’environnement.

Le deuxième commandement est le plaisir des yeux de se divertir dans le monde virtuel. Le travail est de plus en plus dévalorisé, le labeur devient secondaire dans l’empire du divertissement et sous l’emprise d’une mécanisation totale de la société dans son ensemble qui soulage l’homme de l’asservissement de la terre et de la sueur pour l’exploiter.  Alors le bonheur réside dans la consommation des écrans, ces mêmes écrans qui libèrent l’esprit de l’ennui, de la solitude, gouvernent nos vies et rythment notre quotidien.

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Raffaele Simone[1], philosophe et linguiste, décrit dans son essai « le monstre doux » (2010) la société nouvelle, globalisée, dominée par ce que Tocqueville aurait pu appeler le totalitarisme suave.

A l’instar de l’essayiste et historien Tocqueville qui prophétisait l’avènement possible d’un despotisme diffus, Raffaele Simone évoquait ainsi l’image d’un « Monstre doux ».

Le propos de Tocqueville pour mémoire rappelle l’événement d’une société doucereuse mais vampirisant et atomisant les individus que nous sommes : « Je vois [Nous rappelle l’auteur de Démocratie en Amérique] une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine… »

Ce monde que décrit Tocqueville s’impose à la modernité à travers trois commandements [que l’on pourrait opposer aux trois mots d’ordre de l’épitre de Jean nous invitant à fuir la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie »

 L’apôtre Jean en effet avait en effet écrit : N’aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est point en lui ; car tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, ne vient point du Père, mais vient du monde. Et le monde passe, et sa convoitise aussi ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement. 1 Jean 2 :15-17

Comme par opposition à cette épitre de Jean, nous sommes au contraire conviés à consommer, à nous évader avec nos yeux dans les espaces immatériels et à nous enorgueillir de notre apparence.

Le premier commandement est consommé, la convoitise de la chair. C’est la clef du système. Le premier devoir citoyen., le lèche-vitrine, l’argent facile, nous préférons le gaspillage à l’épargne, l’achat à la sobriété, le maintien de son style de vie au respect de l’environnement.

Le deuxième commandement est le plaisir des yeux de se divertir dans le monde virtuel. Le travail est de plus en plus dévalorisé, le labeur devient secondaire dans l’empire du divertissement et sous l’emprise d’une mécanisation totale de la société dans son ensemble qui soulage l’homme de l’asservissement de la terre et de la sueur pour l’exploiter.  Alors le bonheur réside dans la consommation des écrans, ces mêmes écrans qui libèrent l’esprit de l’ennui, de la solitude, gouvernent nos vies et rythment notre quotidien.

« Le troisième commandement, c’est le culte de l’orgueil de la vie, la beauté du corps et de l’apparence », de la jouvence, de la jeunesse, de la vitalité. Ce culte de la jouvence se traduit également par l’infantilisation irrévocable des adultes que renvoie le monde la publicité qui fixe l’image et finit par modéliser son empreinte dans les esprits.  Ce « monstre doux » qui « n’a ni corps, ni adresse postale » selon l’essayiste Raffaele Simone se manifeste de mille manières, terrorise tous ceux qui ne sont pas dans la norme sociale, grossissent, se rident et vieillissent, complexe les gens naturellement enrobés, exclut les personnes âgées, condamne les enfants nés différents.

C’est dans ce contexte de divertissement et de monde désincarné qu’est en train de naitre une nouvelle organisation sociale qui nous rendra « étranger à la destinée de l’autre ».

Les scenarii du transhumanisme relativement à l’organisation sociale

Parce que les évolutions et les progrès techniques influent largement les organisations sociales, nous émettons l’hypothèse que les développements de la technique sont intriqués avec les modèles philosophiques ou idéologiques pensant, modélisant, façonnant la société.

Compte tenu des nouvelles évolutions techniques, nous ne sommes probablement pas loin d’une nouvelle bascule, d’un nouveau saut qui verra l’émergence à terme de nouvelles orientations philosophiques voire même métaphysiques, pour bâtir une nouvelle société, une nouvelle organisation sociale afin de reculer les limites liées à la finitude de l’homme.

Cette bascule n’est probablement pas binaire mais plurielle pour Serge Tisseron (Psychiatre, docteur en psychologie, psychanalyste.) « Le monde a changé. Il n’est justement plus binaire, il est devenu multiple, et fondamentalement instable. Ce ne sont plus seulement les idéologies qui se succèdent à un rythme accéléré, ce sont les situations économiques, politiques et militaires. Les idéologies suivent, s’adaptent, se métissent. Ce ne sont plus elles, et les intellectuels qui prétendent en être les garants, qui impulsent les actions. Aujourd’hui, l’extrême fragmentation des rapports de force entre entité politique ou idéologique rend impossible la délimitation d’affrontements entre des forces clairement identifiées et circonscrites. »[2]

En même temps, un grand nombre de problèmes nouveaux surgissent du fait des progrès techniques qui évoluent à une vitesse exponentielle. L’atomisation des rapports de force et le métissage des idéologies sont d’abord à envisager comme un effet des bouleversements technologiques, de leur intrication croissante, et des nouveaux paysages économiques et politiques qui en surgissent.

Le monde numérique nous fait d’ores et déjà entrer dans l’ère du savoir absolu, des relations désincarnées et virtuelles. Les systèmes techniques modifient le paysage industriel avec les développements de l’économie virtuelle et de l’industrie robotique, nous entrons également dans les économies horizontales, collaboratives et participatives, d’une croissance du télétravail et d’échanges numériques interactifs.

De fait nous pouvons imaginer demain comme scenarii possibles :

  • Soit des systèmes ou la puissance à la fois matérialiste et technique domine, engendrant l’horizontalité immanente y compris religieuse sans transcendance, sans Dieu, un monde social virtuel.
  • Soit Une société dominée par les seules dimensions numériques, également envahie par l’univers robotique, le Transhumanisme dans ses dimensions biologiques d’amélioration de l’homme conduisent à une société de confort.
  • Soit inversement l’envie d’un monde réel qui ne rejette pas nécessairement le progrès, mais un monde réel fait d’incarnations dans les relations à l’autre, de dépasser l’horizontalité promise pour aspirer à la dimension de la transcendance en n’étant :

–   ni corvéable à la technologie,

–   ni déraciné du réel et de notre envie de convivialité incarnée….

Une humanité à la recherche de sens et d’éternité….

L’histoire des sciences et des techniques sont étroitement liées à celles des organisations sociales. De la sorte la Rome Antique a assuré sa domination en raison de ses capacités technologiques, comme le démontre l’ingénierie civile de l’empire Romain qui sans conteste a marqué l’histoire et probablement influencé son organisation sociale et politique.

Il n’échappera dès lors à aucun d’entre nous que les relations « techniques » et « organisations sociales » s’influent réciproquement et que cette tendance s’amplifiera et augmentera de par les évolutions techniques connues depuis des siècles, qui ont contribué, marqué, façonné la vie sociale.

Compte tenu des progrès techniques qui ont conduit à des changements de paradigmes avec les différentes révolutions industrielles connues d’ailleurs dans toutes les sphères économiques, Il s’agit dès lors de s’interroger sur les tendances de fond liées aux avancées des progrès de la technicité dans notre monde contemporain, de l’influence quasi parallèle des idéologies qui ont également accompagné les avancées scientifiques aspirant à construire de nouveaux mondes ou pire une nouvelle « race d’hommes ».

En regard de l’émergence d’une mondialisation accélérée et associée à l’accès de tous aux nouvelles technologies issues du monde numérique, il est sans doute utile de s’interroger sur les nouvelles aspirations d’une humanité à la recherche de sens, confronté à sa fragilité associée aux crises majeures qu’elle traverse (migrations, économie, terrorisme, climats…). La tentation aujourd’hui pour l’homme est de se tourner activement vers des solutions drastiques pour assurer la pérennité de l’espèce humaine, pallier les risques qui touchent à sa vulnérabilité et engager un processus de dépassement de lui-même.

Les Lames de fond sociétales et transformations amenées par la modernité et l’évolution technique

L’évolution technique s’inscrit dans un processus bien plus large que le seul aspect associé à des solutions services facilitant de façon efficiente le quotidien social. Le processus d’innovation est certes technique, mais il relève de dimensions qui vont influencer la vie sociale.

Face à des solutions souvent innovatrices mais forcément limitatives d’autres aspirent à des rêves démiurgiques et parfois radicaux de sauts technologiques, de transformation de l’espèce humaine en optant pour des solutions qui toucheront la génétique et l’économique. Le rêve disruptif d’une humanité augmentée ou améliorée est sous-jacent.

Ainsi le monde entre dans une nouvelle révolution industrielle qui ne relève plus des fantasmes des alchimistes du moyen-âge ou des mythologies extravagantes de l’antiquité. La réalité de la sophistication des nouvelles technologies est en train de rattraper la science-fiction, de ringardiser les films dits d’anticipation.

A terme transformer la matière, modifier l’espèce humaine, corriger l’ADN, modéliser le cerveau humain, rendre la substance des composants informatiques pensante, fusionner l’intelligence humaine avec celle des machines comme l’anticipait le film Chappie de Neill Blomkamp[3], sorti en 2015.

Notre propos vise donc à s’interroger à la fois sur les tendances lames de fond qui concernent les évolutions ou les révolutions technologiques dont nous sommes les témoins tout comme leurs rapprochements avec de nouvelles idéologies économiques ou politiques dont les aspirations influeront nécessairement les organisations sociales de moins en moins verticales, de plus en plus horizontales ; Ainsi le monde numérique a suscité un foisonnement de services dont les dimensions participatives et collaboratives sont devenues prégnantes.

De facto, notre propos liminaire et introductif est de questionner l’avenir et d’imaginer un scenario ou scenarii possibles ou peuvent se conjuguer idéologies, organisations sociales et monde technique.

Notre souci est ici de poser une lecture critiques au sens d’une lecture réflexive sur les organisations ou les incidences des aspirations idéologiques promues par les militants d’un monde nouveau annoncé comme une hypothèse.

Les développements de la modernité et les idéologies sous tendues promettant un nouvel âge pour l’humanité.

Relativement à la vie sociale, l’histoire industrielle rapporte sur le plan des mœurs, les transformations radicales qui, à partir de la fin du XVIIIème et du début du XIXème siècle, ont impacté nos sociétés.

Les transformations industrielles sont aussi sujets à des développements de pensées idéologiques accompagnant les conquêtes de l’industrie et leurs impacts sur les pratiques sociales, les rapports entre les hommes. Pensons à Saint Simon[4] ou à Karl Marx qui en quelque sorte ont idéologisé le progrès et ont construit une philosophie sociale en relation avec les modes de production interagissant avec les mœurs et les institutions.

Le philosophe Saint Simon (1760-1825) est décrit comme s’inscrivant comme une forme de théoricien de la transition sociale. Dans une époque de révolution industrielle, Saint Simon considérait, la révolution française comme inachevé et non adapté aux évolutions du monde industriel.

Sa pensée est ici extrêmement intéressante. Saint Simon entendait ainsi construire le changement social et remettre selon lui la « société à l’endroit », l’enjeu n’était pas selon lui « de remplacer des hommes par d’autres hommes », en occupant des positions dans une structure qui demeurerait immuable, « il fallait un système » pour remplacer un « système » jugé ancien, ou inachevé. Il nous semble que ce type d’idéologie est aujourd’hui sous-jacente au sein de notre société contemporaine traversé par des sauts technologiques et qui nécessitent de repenser différemment les systèmes « anciens » régissant, codifiant parfois les mœurs, les institutions, les mondes des relations économiques.

En quelque sorte, nous posons le postulat qu’immanquablement il existe une corrélation entre les développements de la modernité, associés aux progrès de la technique et les idéologies progressistes qui pensent le monde, les mœurs qu’elles engendrent découlant des progrès techniques.

N’est-ce pas DESCARTES qui d’une certaine façon faisait l’éloge des mathématiques et de leurs contributions à diminuer la pénibilité « Les mathématiques ont des inventions très subtiles, et qui peuvent beaucoup servir, tant à contenter les curieux, qu’à faciliter tous les arts, et diminuer le travail des hommes »[5]. En citant DESCARTES nous pensons aujourd’hui à la puissance des algorithmes et l’émergence de l’économie numérique qui vient impacter de nouvelles façons d’entrevoir des solutions services concourant à faciliter le quotidien. Le monde est en train de se réinventer sous nos yeux avec une accélération que l’on a peine à imaginer.

Citons cet article de George Dvorsky[6] qui mentionne le futurologue Ramez Naam. Ce dernier souligne que nous devons être conscients du potentiel de « chômage technologique ». « Il le décrit comme le chômage créé par le déploiement de la technologie qui peut remplacer le travail humain. »

En posant en outre ce postulat d’une interaction entre les mutations traversées par les mondes industriels, les mondes numériques et les évolutions idéologiques, nous pensons (Cf Chapitre 1 l’avènement de la singularité de la technologie ) de nouveau à ce grand penseur Jacques ELLUL théologien visionnaire, qui avec une grande acuité dans un ouvrage qui reste la référence (La technique ou l’enjeu du siècle), ouvrage dans lequel l’auteur perçoit  les développements de l’ère technique dans toutes ses dimensions matérielles ou immatérielles, de ses connexions avec la vie sociale.

Pour Jacques ELLUL la technique a un rapport « intime » avec l’univers de la rationalité : c’est la recherche de l’efficience, du moyen le plus efficace dans tous les domaines. Le développement de l’efficience technique s’exprime donc autant dans le domaine matériel que dans l’immatériel, en particulier dans le domaine de l’organisation sociale et relationnelle.

De fait il nous semble qu’inévitablement le monde contemporain pétri par la technicité, verra son organisation sociale intriquée par l’émergence de nouvelles approches structurant de nouvelles croyances, organisant de nouvelles avancées concernant la vie en société.

Ce monde favorisera l’éclosion de mœurs nouvelles de nouvelles pratiques de vie en société régies par les codes et les normes suscitées et encouragées par les idéologies progressistes fabriquées par les penseurs. Ces futurs penseurs qui seront conquis par les mutations et les perspectives offertes par les innovations technologiques et les révolutions industrielles induites comme l’augure par ailleurs le livre de Luc Ferry qui souligne la dimension servicielle et collaborative que prépare la révolution du WEB en introduisant l’intelligence collective, une nouvelle façon de vivre le rapport à l’économie mais également les coopérations et les rapports aux autres.

Ainsi nous assistons à la transformation inéluctable de notre société qui poursuit une course effrénée vers un monde absolument dominé par la technicité et en parallèle une forme de dématérialisation des moyens d’échanges, des moyens d’échanges économiques, des moyens d’échanges relationnels.

Le monde entre dans une nouvelle ère, une nouvelle étape à la fois virtuelle et désincarnée. Nous sommes passés ainsi d’un monde tangible à l’intangible, du réel au virtuel, de la matière au numérique, sans doute demain une autre étape.

Notre monde contemporain en quelques décennies, a été ainsi traversé par une série de mutations sans précédent qui affectent en grande partie toute l’organisation sociale des communautés humaines. En grande partie la révolution technique vécue depuis la fin du XXème siècle et au début du XXIème se caractérise par la révolution numérique qui incontestablement impacte les rapports, les relations en transformant également et radicalement la gouvernance des sociétés, des communautés, des entreprises et des hommes.

Force est dès lors de constater le poids de la technicité qui envahit toutes les sphères, toutes les dimensions de la vie humaine dans toutes ses composantes économiques, culturelles et sociétales.

La technicisation de la société envahit le quotidien par l’abondance des outils numériques et les transformations opérées par toutes les recherches concernant les sciences de l’information, les sciences neurocognitives qui constituent une forme de révolution, de changement de paradigme qui progresse inexorablement aboutissant à l’émergence de technologies toujours plus performantes, toujours plus efficientes.

Le manifeste transhumaniste et ses perspectives.

Sur le plan philosophique, le mouvement transhumaniste s’est constitué en association mondiale[3] et a rédigé une déclaration en 1999[7] (Transhumanist Declaration). Il s’agit d’un manifeste qui proclame « le droit naturel, pour ceux qui le désirent, de se servir de la technologie pour accroître leurs capacités physiques, mentales ou reproductives et d’être davantage maîtres de leur propre vie ».

Le manifeste transhumaniste s’adosse à une nouvelle conception anthropologique. L’article 4 du manifeste stipule : « Nous souhaitons nous épanouir en transcendant nos limites biologiques actuelles »[8].

Puis un autre article du manifeste souligne ce point « Nous promouvons la liberté morphologique – le droit de modifier et d’améliorer son corps, sa cognition et ses émotions. Cette liberté inclut le droit d’utiliser ou de ne pas utiliser des techniques et technologies pour prolonger la vie, la préservation de soi-même grâce à la cryogénisation, le téléchargement et d’autres moyens, et de pouvoir choisir de futures modifications et améliorations »

L’enjeu du Transhumanisme est donc bien la volonté de performer, d’augmenter l’homme, de modifier le génome humain, la conception transhumaniste vise l’amélioration du genre humain, une amélioration du genre humain qui passe par la technique.

Comme nous l’indiquions en préambule lorsque nous soulignons l’intrication des révolutions industrielles et des idéologies, nécessairement le mouvement Transhumaniste commandera à l’évolution d’une nouvelle organisation sociale sous-jacente à cette nouvelle révolution industrielle.

Cette conception de l’homme de notre point de vue interroge de conflits possibles avec des approches théologiques qui conçoivent l’homme dans l’acceptation de sa fragilité et de sa vulnérabilité, transcendant sa condition dans l’espérance de sa seule régénération dans le salut et de son salut spirituel.

Nous assistons sous nos yeux et sans doute à l’émergence d’une nouvelle religion prônant une forme de désincarnation des relations et des échanges pour aboutir à l’émergence d’un monde virtuel, déconnecté d’un rapport au réel.

Et en s’appuyant sur la modélisation informatique offrant de nouveaux moyens d’étudier le fonctionnement de l’esprit et approchant une puissance de calcul et d’auto apprentissage avec ce rêve quasi démiurgique de conférer à cette puissance de calcul une conscience, nous percevons là le défi transhumaniste qui est de conférer à l’homme d’être sa propre transcendance

[1] Raffaele Simone né en 1944   linguiste, Philosophe auteur de plusieurs essais dont le Monstre Doux. Cet essai a inspiré notre propos comme celui de l’essayiste Tocqueville par ailleurs.

[2] Extrait de l’article du monde : Le Monde | 06.10.2015 à 18h38 • Mis à jour le 09.10.2015 à 12h27 | Par Serge Tisseron (Psychiatre, docteur en psychologie, psychanalyste.)

[3] Chappie de Neill Blomkamp Dans un futur proche, la population, opprimée par une police entièrement robotisée, commence à se rebeller. Chappie, l’un de ces droïdes policiers, est kidnappé. Reprogrammé, il devient le premier robot capable de penser et ressentir par lui-même.

[4] Saint Simon (1760-1825) philosophe, économiste, penseur de la société industrielle. Sa pensée a largement contribué à valoriser le travail des scientifiques.

[5] Extrait du discours de la méthode de René DESCARTES (1596-1650) Mathématicien, Physicien et philosophe. Un des Pères de la philosophie moderne, et l’auteur célèbre du discours de la méthode.

[6] Vous trouverez l’article de George Dvorsky en consultant le lien http://www.gizmodo.co.uk/2016/03/20-crucial-terms-every-21st-century-futurist-should-know/

[7] http://www.transhumanism.org/index.php/WTA/more/148/

[8]https://iatranshumanisme.com/a-propos/transhumanisme/la-declaration-transhumaniste/

 

La famille, le changement de paradigme

Il est sans doute sans doute curieux d’aborder le thème de la famille dans ce livre. C’est bien parce que la famille est impactée par la technologie et l’économie numérique qu’il convenait d’aborder toutes les dimensions du changement qu’opère l’économie numérique et l’idéologie transhumaniste à commencer par ce bouleversement des rapports aux autres. Le monde des réseaux sociaux atomise en réalité les relations à commencer par la famille, ce monde des réseaux sociaux fabriquant en réalité l’être asocial. Parce que la socialisation d’un être s’inscrit dans ses rapports à la famille qui est l’essence des premiers rapports au monde des vivants, il convenait d’appréhender les enjeux de ce siècle et l’impact sur la cellule familiale.

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Il est sans doute sans doute curieux d’aborder le thème de la famille dans ce livre. C’est bien parce que la famille est impactée par la technologie et l’économie numérique qu’il convenait d’aborder toutes les dimensions du changement qu’opère l’économie numérique et l’idéologie transhumaniste à commencer par ce bouleversement des rapports aux autres. Le monde des réseaux sociaux atomise en réalité les relations à commencer par la famille, ce monde des réseaux sociaux fabriquant en réalité l’être asocial. Parce que la socialisation d’un être s’inscrit dans ses rapports à la famille qui est l’essence des premiers rapports au monde des vivants, il convenait d’appréhender les enjeux de ce siècle et l’impact sur la cellule familiale.

Tout a changé !

Le XXème siècle a métamorphosé la famille, le XXIème siècle nous prépare à d’autres chamboulements violents et à un changement radical de paradigme. Le changement de modèle se définit ici à la fois comme une révolution conceptuelle et une mutation de la cellule familiale. La famille par exemple ne se définira pas au travers du seul lien de parenté et de l’adoption, c’est une révolution conceptuelle, le bricolage génétique de savants fous sans doute marginal à ce jour, mais modifiant la dimension de la filiation, c’est un changement de modèle humain.

A la lecture de ce chapitre, souvenons de cette citation que l’on prête à Saint Augustin pour comprendre les enjeux et les menaces qui se dessinent autour de la famille :

« A force de tout voir, on finit par tout supporter…

A force de tout supporter, on finit par tout tolérer…

A force de tout tolérer, on finit par tout accepter…

A force de tout accepter, on finit par tout approuver »

Les facteurs de ce changement !

La famille évolue :

  • …dans des contextes d’individualisation comprise comme une atomisation de la société, et de la cellule familiale, ce mouvement tendra à s’accélérer à l’aune d’une techno science et d’une société numérique qui renforceront cette notion d’atomisation via un dispositif de services qui nous rendra moins dépendant de la relation à l’autre et de la manière même de naitre.
  • Les rapports sociaux tendent à se fragmenter, nous assistons à l’émergence d’un monde qui tend à aller vers le repli de soi ou du chacun pour soi. L’individualisation correspond à une culture du choix, chacun affirmant pour lui-même la revendication de son autonomie, sa capacité à savoir orienter sa vie sans devoir à l’autre, sans être épié, guetté, dévisagé, et contraint, alors que paradoxalement nous avons accepté de l’être par le ‘big brother’ numérique.
  • Le jeu de l’ego, la vanité du reflet de soi trouve son point culminant, son apogée dans le monde des écrans, le lieu de l’univers numérique où s’affirme l’individualisme. L’individualisme qui se définit également comme la revendication explicite d’un culte pour soi, ni altruiste, ni solidaire. C’est dans ces contextes que se développe la culture de l’économie numérique et des écrans qui tend à construire une société de mosaïques en pièces détachées, des pièces humaines fragmentées, artificiellement connectées les unes aux autres mais non reliées.

Le délitement de la foi chrétienne, sa perte de prégnance sur les consciences accompagnent ce changement – « ce qu’on peut appeler le mouvement de sécularisation de la société – contribue fortement à cette affirmation de l’autonomie individuelle ».

La famille change :  

  • …dans des contextes anxiogènes de transformation des environnements : climatique, environnements sociaux, sociétaux, économiques, techniques et même culturels.
  • Sur le plan climatique, et selon nos experts onusiens, la problématique du réchauffement résulterait principalement de la croissance démographique, en conséquence des enfants à naître, autant de consommateurs-pollueurs en puissance. Ce qui induit un nécessaire contrôle actif des naissances voire même la mise en œuvre d’un programme malthusien à grande échelle, c’est-à-dire une limitation draconienne des naissances pour éviter les potentielles famines. Ainsi pour relayer ce propos, adossons-le à cette intervention de Kofi Annan que nous citons :

« Si nous continuons dans cette voie, si nous ne faisons rien pour enrayer l’accroissement de la population, nous allons en payer le prix, nous allons nous retrouver dans un monde surpeuplé. La démographie a un impact sur le développement économique, sur l’environnement et sur les ressources de la Terre qui sont limitées » Kofi Annan, Secrétaire général des Nations Unies de 1997 à 2006.

  • Sur le plan social, la contraception moderne a libéré les choix de construction familiale.
  • Les récentes lois sociétales ont permis de légaliser de nouvelles formes de conjugalités engendrant une nouvelle donne concernant la définition attribuée jusque à présent à la famille.
  • Les environnements économiques caractérisés par l’instabilité, issus des crises monétaires mais aussi de la frénésie consumériste ont fragilisé la maille familiale, le monde consumériste a ainsi détricoté la famille en favorisant la paupérisation, l’individualisation et l’atomisation des individus, en chamboulant les rapports à la valeur, confondant valeurs et veau d’or.
  • Dans les univers des innovations technologiques, les techniques de fécondation artificielle sont en train de créer de nouvelles façons de faire des enfants. Et ici notre propos n’est pas d’évoquer la fécondation in vitro mais d’évoquer l’ectogenèse qui est une fécondation hors de l’utérus féminin et dont les recherches techniques sont bel et bien engagées, puisque on est aujourd’hui capable de pousser la fécondation d’un embryon humain jusque à 13 jours. Ce record de 13 jours, vous l’imaginez bien, ne s’arrêtera pas là.
  • Les environnements culturels ou l’idolâtrie de l’image est en train d’aliéner le sens de l’autre et congédie le rapport à l’autre dans une relation incarnée. Nous aimons souvent évoquer l’image de ces enfants et de leurs parents rivés sur leurs écrans connectés au monde mais non reliés à leur table lorsque l’occasion leur est donnée de dîner ensemble.

La famille, ‘donné’ d’un ensemble : une rencontre d’un père et d’une mère 

Dans nos représentations traditionnelles, l’ensemble familial est un donné de la nature même d’une rencontre d’un couple sexué. Les parents conçoivent l’enfant, l’enfant est conçu de parents, pas l’un sans l’autre ! On « est » famille parce qu’on « naît » d’un ensemble père et mère. La famille est chargée de mystère parce que c’est « là qu’on naît », avant d’y grandir. Cette définition désigne la famille comme une matrice. D’une même chair, « de l’os de mes os et chair de ma chair » sortirait chacun de ses membres.

« L’os de mes os, chair de ma chair », cette matrice familiale est aujourd’hui remise violemment en cause par l’idéologie transhumaniste et les évolutions majeures de la techno science permettant la rencontre du désir et de la technique et qui rêve d’une conception hors du ventre de la mère.

La famille est également une communauté solidaire d’appartenance, composée de ceux qui consentiront des sacrifices, ses membres vont devoir m’aider sans réfléchir ni calculer. On s’y serre les coudes dans une chaîne d’unions réciproques. Cette communauté solidaire se vit souvent dans les familles africaines.

La famille dans tous ses états !

La famille dans tous ses états est une expression qui renvoie en réalité à plusieurs évocations possibles, le monde dans ses processus d’évolution et dans son histoire est en mouvement perpétuel, il réinvente la famille, mais le monde au travers d’un changement de modèle et de redéfinition idéologique, est également en train de blesser la famille en fragilisant ses socles de lectures concernant ses repères.

La famille dans tous ses états est certes une expression mais reflète bien de notre point de vue, une forme de mosaïque dont les pièces sont fragmentées. La famille vit en effet aujourd’hui une forme d’ébullition, de bouillonnements, de tumultes des familles, dans les familles.

La famille est traversée par des zones de turbulences. L’expression ‘dans tous ses états’, évoquerait également une forme d’agitation voire même d’état de chocs.

Les zones de turbulences sont notamment soulignées par les vecteurs de socialisation qui au sein de la famille sont malmenés ; maltraités à la fois par les idéologies en cours, le monde consumériste, les tendances à l’individualisation. Les dimensions de cette socialisation sont ainsi perturbées et n’autorisent pas de nos jours, leur inscription dans une histoire, l’enracinement dans un passé et la projection dans un avenir.

La famille, cellule de base de la société, est en crise car elle est LE lieu, l’essence même de l’expression de la société, si la famille est en crise, la société l’est aussi nécessairement, par symétrie.

La famille est ainsi le lieu d’expression et se décline en « macro » dans la société. C’est la cellule qui compose le corps tout entier. En tant que telle, elle est perméable aux fluctuations, aux crises, aux nouveaux systèmes, lieu d’expression, lieu de crise, elle ingère les coups comme elle est le réceptacle des chocs de société, la souffrance familiale mal vécue se réplique à plus grande échelle comme une forme de métastase à l’ensemble de la société.

Les représentations que nous avions de la famille, se modifient à l’époque d’une déconstruction de l’homme, traversée par des nouveaux courants idéologiques et transhumanistes qui visent à démanteler, modifier et performer l’homme.

Mais notre propos est aussi habité par des questions et des doutes, nous n’avons aucune prétention à vous partager des réponses tant les sujets peuvent faire débat.

La famille s’enferme-t-elle au travers d’un concept général et se définit-elle par la seule filiation autrement dit par le lien de parenté ? La notion de famille fait-elle encore sens ? Qu’est-ce que la famille ? Existe-t-il une définition du mot famille ?

Ces questions que nous formulons, que je formule devrais-je dire, se seraient-elles posées il y a cinquante ans de cela … ? La réponse est probablement non ! Mes grands-parents paysans auraient souri et m’auraient légitimement interpellé, me demandant si je ne m’étais pas égaré en faisant quelques nœuds à mon cerveau.

Aborder la famille dans tous ses états, c’est au fond appréhender l’expression dans toutes les formes de mutations qui traversent la société, les chamboulements, les transformations radicales qui parcourent le monde d’aujourd’hui. Y compris le changement de paradigme que provoquent les apprentis sorciers qui manipulent aujourd’hui le génome humain et qui mettront à mal la notion même de filiation, imposant une redéfinition génétique de l’ascendance dans une famille.

Des manipulations génétiques susceptibles de déconstruire le lien de parenté qui définit la famille.

A propos des bouleversements vécus, nous évoquions au cours de notre préambule, le changement de modèle concernant l’approche même que nous avions de la famille définie par le lien de la parenté. Ce modèle familial est tout simplement en train de basculer.

C’est en effet la génétique qui brouille au début de ce XXIème siècle, le destin de l’homme, mettant en œuvre un programme d’amélioration de l’espèce humaine. Ainsi les bébés issus de plusieurs personnes, pour obtenir un être humain « génétiquement parfait » n’est plus discutable, le premier bébé résultant d’une manipulation du génome de trois parents est né au Mexique en mars 2016, l’enfant en bonne santé, est en effet né respectivement de la manipulation de leurs ADN.

Il s’agissait de transférer des matériaux génétiques du noyau pour éviter que la mère ne transmette à son enfant des gènes défectueux, une maladie neurologique progressive.

Imaginez que l’on vienne ajouter la gestation par autrui d’un quatrième parent dans la conception de l’enfant, ce qui aurait pu être le cas. Et si cela avait été envisagé, cela se serait traduit par une modification radicale de toute la conception que nous nous faisions jusqu’à aujourd’hui de l’homme. Ici nous parlons d’un homme finalement déconstruit, d’une famille déconstruite par les effets de la science prométhéenne confiée à des scientistes manipulant le sens de la fécondation et d’une rencontre sexuée.

Cette manipulation génétique comme la gestation par autrui est aussi une forme de gestation par abandon (la GPA). Ce remaniement génétique de la personne humaine provoque nécessairement un changement de modèle. La gestation par autrui impacte sans aucun doute le référentiel autour d’un patrimoine génétique homme et femme qui participait à la définition de la notion de famille.

Le fossé s’est dessiné entre la conception de la famille au début du XXème siècle et celle qui émerge au début de ce XXIème siècle

Pour définir la famille, le plus souvent nous nous référons à elle. L’idée que nous nous faisons de la famille nous renvoie nécessairement à notre propre histoire, à notre propre référentiel culturel. Sans doute nous formons nos propres représentations à travers le prisme de la société, c’est-à-dire, l’idée même que la société se fait de la famille, la même société qui peut par ailleurs défaire l’approche de la famille, qu’elle s’était jadis forgée.

Dans ces contextes déclinés précédemment, ne vivons-nous pas finalement une forme de fossé entre la famille telle que nous la connaissions il y a à peine cinquante ans de cela, et la famille qui se présente à nous aujourd’hui, finalement, une famille composite, recomposée, déconstruite, reconstruite :

  • De forme classique un père, une mère,
  • Puis les contingences sociales provoquant des déchirures une mère seule, un père seul
  • Et les familles recomposées ? Avec papa et ses enfants, maman et ses enfants et les enfants que papa et maman ont eus ensemble… !!!
  • Puis les idéologies montantes inventant de nouvelles familles, les nouvelles conjugalités qu’offrent la nouvelle loi sociétale : le mariage pour tous.
  • Puis les inventions prométhéennes susceptibles d’engendrer de nouveaux types humains dont les géniteurs sont multiples, cassant ainsi la notion de filiation qui fut l’essence et l’un des vecteurs de la dimension essentialiste de la famille.

La famille confrontée aux formes déstructurantes de la société libérale

Les formes déstructurantes de la société libérale ont considérablement métamorphosé la notion même de famille. L’histoire de la famille en quelques décennies a complètement évolué…

Aujourd’hui, l’essor considérable des foyers monoparentaux, l’augmentation des ruptures familiales et des remariages modifient profondément le paysage familial traditionnel Vers la fin du XXème siècle, plus de deux millions d’enfants de moins de dix-neuf ans ne vivaient plus avec leurs deux parents biologiques mais faisaient déjà partie des 600 000 familles recomposées ; depuis bientôt trois décennies le nombre de familles monoparentales enregistre une croissance annuelle cinq fois plus rapide que celle des couples avec enfants.

En 2005 (l’INSEE ne communique pas de données plus récentes), 2,84 millions d’enfants de moins de 25 ans vivent dans une famille monoparentale. Les risques de rupture d’union croissent au fil des années[5] et conduisent à une réelle fragilisation du socle social.

L’émergence croissante des familles mono parentales ne préjuge ainsi en rien des difficultés majeures qu’elles génèrent, cela complexifie tout simplement les biographies familiales, le récit d’une vie à travers ses ancêtres et rend plus opaques les origines, issues des unions.

Les contextes consuméristes : La famille ne fait plus sens pour la société  

Au cours de quelques décennies, le lien familial a été fortement modifié par de profondes transformations sociales.

Les transformations sociales opérées depuis plusieurs décennies posent en réalité une problématique consumériste : celle de l’évolution marchande de la société. Cette évolution est poussée à son paroxysme, crée des dysfonctionnements bien réels qui poussent les hommes et les femmes au désir exacerbé de toujours consommer davantage. Nous ne consommons plus pour vivre mais nous vivons pour consommer.

Nous avons cru à une nouvelle forme de libération mais en réalité, nous subissons le totalitarisme du marketing qui est de nature à fragiliser la cellule familiale.

Le système marchand aspire en effet à l’autonomie et déconstruit la solidarité au sein même de la cellule familiale, cela se traduit par exemple par l’individualisation des repas, au lieu d’un plat partagé en commun. Seules les règles du marché sont appelées à régner et transforment cette liberté en addictions, en nouvelles servitudes, en dépendance à la consommation. La crise abyssale, qui est bien plus qu’une crise économique, devrait nous conduire à réfléchir et à reposer les fondements d’une existence qui ne soit pas fondée que sur les seules règles du marché bâtissant des miroirs aux alouettes.

A l’inverse, la déstructuration de la famille s’est enclenchée dès lors que les solidarités au sein du couple se sont trouvées affaiblies avec les évolutions sociales, le bonheur matérialiste, l’activité marchande et consumériste. La conjugaison de tous ces facteurs a effrité le lien familial, a distendu la réalité de l’amour qui consent une part de sacrifice.

La sexualité de même est aujourd’hui dévoyée de sa finalité, un projet qui devrait s’inscrire pour la vie afin de donner la vie. Force est de reconnaître que la sexualité est devenue objet de consommation et non l’aboutissement d’un projet amoureux construit pour vivre ensemble et pour toujours. La sexualité devenue consommation, performance, mène à de nombreux désastres, dégâts, ruptures, tensions, délitement du lien familial…

Dans cette époque transhumaniste, le sujet de la famille apparaît essentiel pour éviter de sombrer dans la société mortifère, consumériste et narcissique. Promouvons la famille. Elle est un refuge et le lieu de toutes les solidarités quand elle se vit dans l’unité. Puis l’église locale peut aussi être le lieu communautaire et réparateur en l’absence de famille ou lorsqu’on est confronté soi-même au choc de la séparation, de l’isolement.

L’enfant déstabilisé l’est souvent lors de la recomposition de sa famille, des divorces, des ruptures… La famille doit devenir, sans nul doute, l’objet de l’enseignement des églises en regard de sujets tout aussi passionnants mais pas nécessairement primordiaux.

Le combat pour la famille est légitime !  

Malgré l’ensemble des turbulences, de ces états déclinés précédemment, la famille reste un enjeu sociétal, or tout est fait pour la déconstruire. Ce combat pour la famille est légitime et nous nous félicitons que beaucoup ne soient pas indifférents à ces enjeux et choisissent d’en défendre les fondements pour permettre à tout enfant de connaitre le même privilège d’avoir connu la figure paternelle et maternelle structurant son épanouissement.

Si nous devions vous interpeller et provoquer un échange interactif, nous pourrions également vous interroger et vous solliciter pour partager l’idée même que vous vous faites de la famille.

Mais si vous voulez bien nous y reviendrons dans quelques lignes et vous donnerons une approche plutôt originale du mot famille, sans doute rarement partagée ou déclinée.

Mais une notion essentialiste de la famille vous interpellera sans doute. Cette notion nous semble riche et à l’envers des concepts de la modernité qui entend redéfinir la famille sous de nouveaux vocables.

Nous utilisons dans ce texte, le terme d’essentialiste et ce terme mérite que l’on s’y attarde, l’essentialisme s’intéresse à l’essence — ce qui fait qu’un être « est ce qu’il est », qu’une famille est ce qu’elle est — « par opposition aux contingences, que l’essentialisme traditionnellement nomme accidents », dont l’absence ne remet pas en cause la nature ontologique de cet être, ne remet pas en cause également la nature même de la famille qui est définie dès l’origine des temps par la parenté.

Ainsi un homme perdrait-il l’usage d’un de ses sens l’ouïe, l’audition, à jamais handicapé, il restera par sa nature même un homme. Ainsi la famille se définit par la parenté, le lien, la transmission, l’adoption, la solidarité, l’amour et définit la communauté, ce que nous avons en commun issu de la relation entre deux être aimants.

La famille est ainsi une communauté de parents qui partage solidairement une descendance commune ! Celle-ci idéalement structurée dans la complémentarité d’un père et d’une mère, a vocation à engendrer, à donner la vie, et à créer autour de leur couple une famille.

La famille : une mémoire du passé, l’expression de la solidarité, la continuité dans le temps !

 Récemment le Pape François alertait le monde et indiquait qu’un véritable combat contre la famille était en train d’être livré, qu’il convenait dès lors de défendre l’anthropologie biblique.

Il nous semble dès lors important de revenir à la source et de redécouvrir les merveilles des écritures bibliques concernant la famille.

Nonobstant nous avons cherché en hébreu le mot famille dans l’ancien testament et nous ne l’avons pas trouvé, en revanche le terme le plus approchant est celui de Maison ; Bayith en hébreu signifiant la maisonnée, ceux qui vivent sous le même toit et le mot Bayith vient de l’hébreu « Banah ». « Banah » signifie construire, former une maison, établir une famille. La première fois que l’on voit le mot « Banah » c’est en genèse 2.22, l’Eternel Dieu forma (Banah) une femme de la côte qu’il avait prise de l’homme, et il l’amena vers l’homme.

Je citerai Gérard Hoareau de la Mission Vie et famille qui commente le verset suivant Genèse 2 ;24.  » L’homme quittera son père et sa mère, s’attachera à sa femme et les deux deviendront une seule chair « . « Ainsi la famille est le lieu où passé, présent et avenir se croisent et s’entrecroisent, sans pour autant se confondre. Parce que les enfants sont liés à leurs parents, ils partagent une histoire commune avec eux. C’est ce que l’on peut appeler  » la mémoire du passé « , Il y a donc aussi  » continuité dans le temps « , par les générations qui se succèdent ».

Nous retrouvons ainsi ces trois repères de l’enseignement biblique sur la famille :

La Mémoire du passé, d’où je viens et ce qui construit du sens en raison de mes racines, la généalogie, mes origines et ma filiation.

La solidarité, la dimension du partage, la famille est une communauté et la continuité dans le temps… la pérennisation de l’humanité et de notre propre humanité, à travers une descendance qui a reçu la vie et qui la transmet à son tour.

 

Critique du progressisme

« Un jour, tout sera bien, voilà notre espérance / Tout est bien aujourd’hui, voilà l’illusion » avait écrit le philosophe des Lumières Voltaire, en 1756. Une pensée pleine de sagacité qui résume bien la vanité de la pensée progressiste qui déjà au XVIIIème, prétendait changer le monde en l’arrachant de l’obscurantisme religieux. Dans ce propos, pourtant nous sommes loin d’une posture nostalgique, d’une époque où la libre conscience fut bafouée et où nous serions à regretter une époque où les inégalités sociales étaient particulièrement criantes. Mais nous restons toutefois circonspects sur l’idée d’un progrès technique social et sociétal sans éthique et sans curseur.

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« Un jour, tout sera bien, voilà notre espérance / Tout est bien aujourd’hui, voilà l’illusion » avait écrit le philosophe des Lumières Voltaire, en 1756. Une pensée pleine de sagacité qui résume bien la vanité de la pensée progressiste qui déjà au XVIIIème, prétendait changer le monde en l’arrachant de l’obscurantisme religieux. Dans ce propos, pourtant nous sommes loin d’une posture nostalgique, d’une époque où la libre conscience fut bafouée et où nous serions à regretter une époque où les inégalités sociales étaient particulièrement criantes. Mais nous restons toutefois circonspects sur l’idée d’un progrès technique social et sociétal sans éthique et sans curseur.

Vers un processus de désolidarisation résultant d’une technologie atomisant la vie sociale

Nous adressons ce chapitre aux progressistes ouverts à la critique du progrès car nous prenons conscience que la modernité idéologique vantant l’affranchissement des codes culturels d’un ancien monde, soumet quant à elle subrepticement tous les aspects de la vie humaine au règne d’un nouveau monde soi-disant libéré du carcan culturel et appartenant à un monde ancien jugé dépassé.  Cette idéologie de la modernité techniciste et progressiste installe peu à peu un processus de dévitalisation humaine, d’une forme d’anesthésie sociale, engendrées par la modernité hautement technique sous l’emprise d’un empire numérique qui encourage chaque innovation technologique comme étant l’expression du bien-être, la source d’une liberté humaine à conquérir, le jaillissement du progrès humain.

Nous pourrions nous interroger dès lors sur le sens de la recherche technique et des résultats concernant les orientations sociales auxquelles elle nous conduit. Je m’interroge en effet sur les services que rend cet univers technique. L’univers numérique n’est-il pas finalement, responsable de l’atomisation sociale au détriment du collectif ; ne renforce-t-il pas l’individualisation au détriment de la personne. Finalement la science n’est-elle pas au service d’une auto divinisation de l’homme s’affranchissant de toute transcendance.

D’ailleurs en reprenant cette citation de Jacques ELLUL reprise de son livre « La Technique où l’enjeu du siècle, nous percevons l’acuité de son jugement porté sur la modernité « ce qui caractérise aujourd’hui notre société, ce n’est plus ni le capital ni le capitalisme mais le phénomène de la croissance technicienne ». La technique est devenue en soi comme le prédisait Jacques ELLUL un phénomène autonome en passe de nous échapper, d’échapper à tout contrôle, vampirisant l’homme devenu son sujet, faisant de l’homme son propre produit puisque devenu totalement dépendant de la technique.

Changer le monde « par d’autres mœurs et d’autres manières », vers un monde postchrétien

Ainsi le progressisme est une idéologie déjà très ancienne qui entendait déjà deux siècles plus tôt s’affirmer comme le tenant d’une vision de l’avenir ; les progressistes du XVIIIème étaient déjà habités par une forme de spiritualité humaniste se donnant comme faculté de déconstruire le monde ancien pour réinventer le présent et créer pour l’avenir humain une vision de progrès éclairé, il fallait aussi pour des économistes comme Adam SMITH libérer les marchés mieux à même de connaitre les besoins et les envies. Aujourd’hui nous voyons une puissante révolution des marchés guidés cette fois-ci, par l’intelligence artificielle en prise avec la connaissance des usages et des besoins de ses consommateurs.

A l’aube de cette nouvelle ère contemporaine, nous voyons ainsi l’étrange ressemblance avec ce qui motive le courant progressiste du XVIIIème siècle et celui du XXIème siècle.

Avec l’idée de progrès porté par les idéologues contemporains ceux de la modernité, nous relevons bien sur le plan philosophique, cette proximité entre l’idéologie progressiste du XXIème et la philosophie dite des Lumières.

Rappelons que le siècle des lumières a émergé dans la seconde moitié du XVIIIème siècle. Ce mouvement à l’époque se voyait déjà alors comme une élite avancée œuvrant pour une transformation radicale du monde, dénonçant la vision chrétienne du monde enfermée dans le péché et l’idée d’une transcendance qui s’est incarnée dans le monde pour le sauver. L’élite du XXIème siècle est celle de la technocratie car pour elle c’est la loi et l’éducation étatique qui doivent changer les mœurs, même si la république ne veut pas apparaitre tyrannique, elle s’emploie dès le plus jeune âge à former les esprits pour changer « les manières » comme le préconisait Montesquieu «  il suit que, lorsque l’on veut changer les mœurs et les manières, il ne faut pas les changer par les lois, cela paraîtrait trop tyrannique : il vaut mieux les changer par d’autres mœurs et d’autres manières… » MONTESQIEU – L’Esprit des lois, Livre XX, extrait du chapitre XIV. Nous discernons de fait les subtilités politiques employées de nos jours pour ne pas apparaitre brutal aux yeux de l’opinion mais la préparer à cette lente soumission et cette transformation de nos mœurs pour accepter un monde syncrétique, multiculturel et babylonien.

Nous saisissons bien, que l’idéologie progressiste s’inscrit radicalement dans le pathos de la modernité. Habilement dans une forme d’humanisme postchrétien, elle entend aussi se débarrasser des oripeaux de la religion Chrétienne en donnant des coups de butoir à cette dimension de la filiation, de l’altérité, en soutenant un capitalisme de la consommation, l’ubérisation de la société. Cette idéologie du progrès appelle de ses vœux l’ère du tout numérique qui détruira finalement le lien social, les solidarités et l’héritage culturel issu de l’annonce de l’Évangile. Nous entrons avec le progressisme dans une logique numérique, une logique horizontale celle de la consommation et du divertissement.

Ce mouvement dit des lumières au XVIIIe siècle à l’instar au XXIe siècle d’une république progressiste, se persuadait déjà de changer le monde à partir de la diffusion d’une nouvelle conception sociale nécessaire à la mise en cause et à la transformation de la société de l’ancien monde.

Cette philosophie entendait ainsi briser les codes, les structures politiques et culturelles héritées de plusieurs siècles de Christianisme. Or aujourd’hui nous observons les mêmes motifs de volonté de transformation de la vie politique, de sortir des divisions sociales, des clivages d’opinions ou idéologiques et des conflits culturels pour s’engager sur une nouvelle idéologie marxiste du progrès humaniste, d’égalité sociétale. Cette nouvelle idéologie marxiste est fondée sur la puissance technologique, cette nouvelle ère des robots qui libèrent enfin l’homme de l’asservissement des tâches. Cette nouvelle idéologie marxiste au plan sociétal s’inscrit dans la dimension de l’égalité et l’interchangeabilité des sexes qui devront être demain les nouvelles normes, les nouveaux codes et stéréotypes culturels. Il faut ainsi apprendre à l’enfant et le plus tôt possible que le masculin et le féminin sont de pures conventions, et qu’il lui appartient de s’en délier, de s’en défaire, tout cela s’impose de manière sournoise et subrepticement. Si vous le dénoncez, vous êtes alors invectivé, vilipendé comme de vieux ringards réactionnaires hostiles à toute idée de progrès.

Le progressiste ne veut donc plus ainsi les règles héritées d’un christianisme qu’il faut absolument dépoussiérer. Il faut ainsi casser les prescriptions d’une époque révolue, se libérer de la transmission des stéréotypes, se désaffilier, ouvrir les frontières du genre, jeter des passerelles vers un monde nouveau ou la confusion peut demain devenir le règne social partagé par une multitude d’hommes et de femmes sans repères.

Un monde postchrétien qui veut redonner à l’homme d’autres aspirations spirituelles

En d’autres termes, notre monde contemporain incarné dans cette nouvelle vision du progrès exprimerait alors le besoin d’un progressisme qui redonne sa place à de nouvelles aspirations spirituelles, et à de véritables emblèmes symboliques compris de tous ; en un mot, d’un nouvel humanisme, un nouvel évangile raisonné à une nouvelle sauce humaniste et éclairé tel qu’a cherché à le construire le Siècle des lumières qui n’a pas su achever au cours de la Révolution française, cette vision de l’humanisme sans Dieu. N’est-ce pas cette vision qu’incarna Maximilien de Robespierre, député de l’Artois, qui prononça ce discours à la Convention dans lequel il réaffirma ses valeurs révolutionnaires et républicaines : « L’homme est né pour le bonheur et pour la liberté, et partout il est esclave et malheureux ! La société a pour but la conservation de ses droits et la perfection de son être, et partout la société le dégrade et l’opprime ! Le temps est arrivé de le rappeler à ses véritables destinées ; les progrès de la raison humaine ont préparé cette grande révolution ». Les progrès de la raison humaine ont préparé cette grande révolution, c’est ainsi la foi dans la raison humaine qui est au cœur de ce changement pour Robespierre et qui le conduira au progrès…

Le progressisme n’est pas seulement un courant philosophique et social mais c’est aussi une idéologie qui a su s’appuyer sur le libéralisme prôné par le capitalisme mondialiste s’adossant à ce monde consumériste et universaliste.

Nous entrons ainsi inévitablement et avec ce courant progressiste dans une nouvelle ère, une nouvelle époque. Je crains qu’elle ne soit funeste et chargée d’illusions…

Qui sont les responsables des grandes déstructurations sociales ?

N’apercevez-vous pas d’ores et déjà les résultats de cette idéologie progressiste, de cette vision mondialiste : des états affaiblis, des multinationales qui prennent le pouvoir sur tout, des migrations massives car les états riches dans leurs égoïsmes patentés n’ont jamais su développer, ni entrer dans des stratégies de coopération avec les nations africaines en crise, pire l’occident est largement responsable de la déstructuration des peuples d’Afrique et de l’entretien des illusions d’un monde d’opulence factice.

Les responsables de ces déstructurations ? Les multinationales, qui vont remplacer les lois des États à l’image des accords transatlantiques qui tôt ou tard reviendront sur le tapis, et remettront en cause les principes de subsidiarité, de souveraineté des nations. Cette démocratie des nations autour d’une dimension, locale et d’une relation institutionnelle de proximité vit sans doute ses derniers jours et sera dominée par le technicisme d’un monde fédéraliste et multipolaire, sans frontières plus ouvert mais sans humanité puisque sans cette relation de proximité et de contre-pouvoir au plan local.

Nous le voyons bien aujourd’hui des multinationales dominées par quelques hommes fortunés célébrant Mamon, qui exercent un monopole dévastateur et absolu sur les marchés. Comme c’est le cas dans le monde agricole dont les semences sont de plus en plus cadenassées de par le monde, comme c’est également le cas dans le monde des médias faiseurs d’opinions ; muselés par quelques empires financiers lobotomisant et manipulant allègrement la conscience. N’oublions jamais l’avertissement du prophète Ésaïe 5 8-9 « Malheur à ceux qui ajoutent maison à maison, Et qui joignent champ à champ, Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace, Et qu’ils habitent seuls au milieu du pays ! Voici ce que m’a révélé l’Éternel des armées : Certainement, ces maisons nombreuses seront dévastées, Ces grandes et belles maisons n’auront plus d’habitants… »

Finalement l’oublié de cette mondialisation, de ce « progressisme », c’est l’humanité, le grand perdant c’est la biodiversité. Les inégalités n’ont jamais été aussi importantes ; jamais la pollution n’a été aussi élevée, jamais les peuples des pays en voie de développement n’ont été autant dominés, dédaignés, niés, oubliés. Qui se soucie du Centre Afrique Chrétien qui subit les coupes d’assommoirs de la barbarie djihadiste, dont les maisons sont brûlées avec leurs habitants… Nous pleurons les victimes européennes et tout le monde déclame sa compassion sur les réseaux sociaux mais qui ose dire « je suis centre africain, nigérien, sénégalais ».

Nous entrons dans l’ère d’une république progressiste et multiculturelle, qui nous bercera d’illusions avec son monde humaniste mais qui laminera les plus fragiles en encourageant à la fois le développement d’un monde plus eugéniste que jamais et l’ubérisation de la société, en encourageant les investissements autour de l’économie numérique et en ouvrant la boîte de pandore de l’eldorado transhumaniste promettant l’homme nouveau, augmenté et performé.

Les nouveaux prêcheurs

Une nouvelle idéologie se façonne sous nos yeux portés par l’oraison des prêcheurs qui envahissent nos écrans cathodiques. Ce sont eux, ces prêcheurs télévangélistes de l’idéal progressiste, qui sont chargés de nous apporter la bonne nouvelle, ils ont ce pouvoir de conditionner les esprits pour l’avènement d’un monde ouvert, tournant la page à l’ancien monde baignant dans ses stéréotypes de souveraineté des peuples.

Ces prêcheurs qui occupent l’espace médiatique ont hélas le pouvoir, ils sont prêts à tout pour réussir l’entreprise, atomiser la personne libre, en la façonnant en individu corvéable. C’est bien là le projet de nouveau monde, passer, du monde de la personne à celle de l’individu puis passer de l’individu à celui d’un nombre numérisé.

Enfin pour conclure Je cite ici ce propos extrait d’un article d’agora vox du 21 mars 2016 dans lequel je me retrouve. Je cite ici l’extrait de cet article « Face à eux, des gens isolés, déstructurés, des personnes devenus travailleurs et consommateurs, à leurs ordres, soumis à leur pensée uniformisée, d’où ils croient que l’humanité en sera apaisée, grandie, quand elle en ressort laminée, détruite, et nullement pacifiée.

Leur œuvre, c’est une régression uniformisée, mondialisée de l’humanité, dont il sera difficile de se débarrasser.

Après les religions dont nous ne sommes toujours pas sortis, l’humanité, avec le nazisme, le communisme puis ce « progressisme » est-elle vouée à ne pas progresser intellectuellement ? A préférer la quantité à la qualité ? A prôner l’union uniforme et inculte ?

Depuis les premiers penseurs, l’humanité n’a pas évolué, ou si peu. Nos connaissances et nos technologies ont progressé de façon gigantesque, mais nous, nous n’avons pas évolué. Au fond, si ces idées, ces régimes, ces religions s’imposent, ne serait-ce pas parce que nous le désirons, n’est-ce pas parce que nous recherchons ce genre de facilités ? Une vie qu’on nous impose, aseptisée, uniformisée, ou l’on se croit supérieurs aux autres tout en étant identiques ?

Chers amis progressistes ouverts à la critique « Est-ce vraiment cela que vous voulez ? »

Notre espérance à l’envers des promesses d’un monde ou le progrès est sans curseur

Pourtant la lettre qui vous est écrite, ne se veut nullement marquée par le désespoir concernant l’idéologie que vous portez, car l’histoire nous apprend toujours la temporalité des idées qui déconstruisent l’homme. Tandis que l’église non la religion mais le corps vivant de Christ traverse elle les temps, les générations et reste une la lumière dans un monde ou le lien se délite.

Si la civilisation qui se construit devient plus impersonnelle et à l’envers de la proximité, souvenons-nous que le message de l’évangile, doit être marqué par la relation en face à face, la solidarité, empreint par la dimension de l’autre, le prochain.

Face à l’offensive depuis des siècles, d’un monde des idées et des techniques qui étiolent et dégradent notre humanité, l’église authentiquement façonnée par Christ, doit devenir sans aucun doute, un lieu ressource, une communauté ouverte sur les autres, un lieu de réparation, de restauration, de socialisation.

L’église comme communauté permanente et vivante, régénérée par l’esprit saint doit être un lieu d’espérance essentiel, vital pour le monde qui a soif de vérité, de justice, elle doit assurer à la personne la reconnaissance d’autrui, il n’y a plus ni juif, ni grec, ni étranger, ni autochtone mais une personne aimée de Christ qui a besoin de retrouver du sens et la vraie vie qui vient d’en haut. Les plus défavorisés doivent trouver dans l’église les services et les ressources pour tisser et entretenir des liens capables d’assurer une aide pour ouvrir des perspectives d’avenir.

Il est urgent sans doute de retrouver l’espérance et le sens de l’autre mais également la persévérance dans l’aide et l’entraide auprès de ceux qui ont soif et faim de justice. Soyons alors débonnaires et plein d’enthousiasme à servir notre communauté en incarnant notre service auprès du prochain.

Un monde social en mutation

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Les contextes et les déterminants qui expliquent l’émergence des idéologies de déconstruction de l’homme.

Le développement économique est fondé depuis deux siècles sur l’exploitation de ressources épuisables, non renouvelables (minerais, engrais, pétrole…) la prétention aujourd’hui est de promettre la croissance sur des ressources durables (vent, soleil, algues, etc.) sur « les rails d’un nouvel âge d’or » sans rien changer à nos habitudes consuméristes.

Nous sommes également confrontés à un important métabolisme urbain, 70 % de la population humaine devant bientôt vivre dans les grandes mégapoles, sachant que d’ores et déjà 12 villes dans le monde totalisent plus de 20 millions d’habitants chacune, dont Tokyo avec ses 42 millions d’habitants, Jakarta 28 millions d’habitants, Séoul 25 millions d’habitants.

L’enjeu étant d’imaginer de nouveaux modèles de vie sociale, économique et agricole face à l’étalement des villes et à la problématique qui touche à l’artificialisation des sols qui perdent leur qualité naturelle. Pour nourrir ainsi la ville, il conviendra d’imaginer l’agriculture de demain, par exemple en concevant des fermes dites verticales qui pousseraient sur les étages des grattes ciels ou en faisant pousser des salades sur les murs de sa maison ou des pieds de tomates aux balcons…

Les changements majeurs favorisant l’émergence « soudaine » des idéologies de déconstruction

Il nous semble que plusieurs facteurs constituent les principales clés de lecture d’un monde en mutation et ont été en quelque sorte des déterminants favorisant le développement des idéologies transhumanistes…

  • L’émergence d’une mondialisation accélérée et associée à l’accès de tous aux nouvelles technologies issues du monde numérique.
  • L’aspiration d’une humanité à la recherche de sens, confronté à sa fragilité en regard des crises majeures qu’elle traverse (migrations, économie, terrorisme, climats…).
  • La tentation aujourd’hui pour l’homme de se tourner activement vers des solutions drastiques pour assurer la pérennité de l’espèce humaine (société de contrôle et de surveillance).
  • La volonté de pallier les risques qui touchent à la vulnérabilité en engageant un nouveau processus réflexif qui déconstruisant l’homme.
  • Une universalisation de la culture consumériste néolibérale qui uniformise en fait les comportements et les regards. Les livres de la Bible évoquent à plusieurs reprises la ville de Babylone et font mention de la dimension marchande et mondialiste de cette entité. La Bible décrit les lamentations des marchands au moment où cette entité s’écroulera, « tous ceux qui ont fait commerce avec elle se lamenteront ».

Babylone clairement dans le livre de l’apocalypse rayonne sur toute la surface de la terre, la ville est assise sur les grandes eaux, le sens des grandes eaux nous est révélé dans le même livre de l’apocalypse au chapitre verset 15, « Les eaux que tu as vues ou la prostituée est assise, ce sont les peuples et des foules et des nations, et des langues ».

Babylone est une entité dominatrice qui domine sur l’ensemble de l’humanité, des peuples, des foules, des nations, un véritable empire consumériste, universaliste absorbant les autres cultures, elle s’empare de toute l’organisation économique mondiale, comme l’écrit le théologien Philippe PLET[1] dans son livre Babel et le culte du Bonheur.

  • La propension de l’homme d’aujourd’hui à uniformiser les méthodes de production agricoles via des cultures intensives voire hors sol (le transgénisme résultant de cette dynamique n’étant alors que le précurseur au « transhumanisme génétique »). Depuis des milliers d’années, la Bible donne le plan d’urbanisme idéal pour un équilibre entre les besoins de la ville en consommables végétaux et animaux et la capacité naturelle de la Terre à absorber les rejets de cette même ville…

Le péril de la libre conscience et l’effondrement de la culture

La conscience des individus représente un enjeu pour les sociétés qui soit poursuivent l’objectif de plénitude de l’individu soit a contrario entendent la contrôler ou pire l’atomiser pour anéantir toute révolte ou toute faculté rétive.

Toutes les sociétés totalitaires naissant du laxisme des individus, il suffit de les distraire, de les divertir. Hannah Arendt avait relevé cette problématique morale d’une société plongée dans une forme de nihilisme culturel, détachée de la recherche de sens. Rappelons cette citation de la philosophe, citation fulgurante : « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal. »

Le refus de s’indigner, le renoncement de soi, ne plus dénoncer les formes d’injustices conduisent inévitablement à installer le caractère liberticide et tyrannique de l’état. Les sociétés totalitaires ont toujours pour démarche la volonté d’anéantir la fonction de penser, la capacité de réagir.

Les facultés de conscience, savoir appréhender, savoir analyser, savoir poser les problèmes ont toujours dérangé les gouvernances. Le changement de la conscience est engagé à l’aune d’une société galvanisée par la facilité d’accéder au plaisir des sens et aux promesses que lui font miroiter les temples de la consommation.

Dans de tels contextes, le délitement de la conscience est engagé, altération de la conscience qui puiserait son origine dans plusieurs sources : le nivellement de la culture, le divertissement, la crise économique qui épuise et déstructure l’homme et enfin l’idéologie de la laïcité et « idéologie » issues des études du genre diffusée dès le plus jeune âge par l’école…

Le nivellement de la culture

La culture n’est-elle pas la dimension d’un héritage qui aide à penser par soi-même ? Ne remplit-elle pas une fonction d’épanouissement de l’individu ? Or force est de constater que la dimension culturelle est de plus en plus contestée y compris dans certains milieux intellectuels.

L’homme est passé d’un statut de citoyen de la cité à celui de simple consommateur urbain devenu addict des temples de la marchandisation où la fonction de penser par soi-même n’est pas utile quand il suffit de satisfaire des besoins, des impulsions de consommation.

Un siècle plus tôt le discours de Victor Hugo énoncé à l’assemblée nationale est frappant, interpellant. Il sonne comme un avertissement en regard de cette puissance de la matérialité, du plaisir marchand qui appauvrit la recherche du bien commun dans sa dimension spirituelle et culturelle : « Eh bien, la grande erreur de notre temps, ça a été de pencher, je dis plus, de courber l’esprit des hommes vers la recherche du bien matériel. Il importe, Messieurs, de remédier au mal ; il faut redresser pour ainsi dire l’esprit de l’homme ; il faut, et c’est la grande mission, relever l’esprit de l’homme, le tourner vers la conscience, vers le beau, le juste et le vrai, le désintéressé et le grand. C’est là, et seulement là, que vous trouverez la paix de l’homme avec lui-même et par conséquent la paix de l’homme avec la société. » 

La culture consumériste est finalement l’envers de la culture, une anti-culture, celle d’une forme d’anéantissement de la pensée, la construction d’une pensée unique comme le mentionne Nabil EL-HAGGAR Vice-président de l’Université Lille 1, pour qui « se pose la question de savoir si notre société et notre démocratie sont encore en mesure de faire face à la pensée unique et de sauver la citoyenneté de la marchandisation, ou si notre démocratie n’a pas besoin d’une bonne révolution culturelle pacifique qui la rende capable de préserver les valeurs pour lesquelles nos anciens ont fait la grande révolution. »

Poursuivant son propos Nabil EL-HAGGAR ajoute « force est de constater que, quelques siècles après Condorcet, le nivellement de la culture par le bas n’est plus une tentation mais une réalité quotidienne. C’est ainsi que la culture est réduite à l’anecdotique et qu’il n’est pas rare d’entendre des universitaires qualifier toute exigence culturelle et intellectuelle d’élitisme mal venu et antidémocratique. »

Nous sommes tous frappés par les éléments de langage des médias qui sont les « prêts à penser » de notre société et n’offrent que trop rarement une lecture différenciée du monde. Leurs discours « lissés » deviennent profondément uniformes ne parlant que d’une même lèvre.

L’appauvrissement de la culture, l’abaissement des niveaux d’apprentissage participent largement à l’uniformisation de la pensée, à l’arasement de toute réflexion qui épanouit l’homme.

Si la culture est une nécessité par l’ouverture d’esprit qu’elle suscite, le nivellement engagé et qui résulte de multiples facteurs se rapproche finalement des méthodes sectaires qui excluent la différence, toute pensée critique.

Notre monde est prêt à basculer dans l’idolâtrie contemporaine du progressisme et à se laisser fasciner par un « autre objet que lui-même ».

 Le matérialisme et la vacuité du monde occidental nous préparent à une mutation culturelle sans précédent et de grande ampleur, l’homme, ayant admiré ses producbackground-3228704_1920tions techniques en est venu à l’adorer : Dieu a créé l’homme à son image ; l’homme a créé l’homme technique puis un avatar, un humanoïde à sa propre image avec lequel il veut interagir car il sera un jour capable d’empathie et d’émotion.

La société consumériste d’une manière générale est à l’envers d’un monde ou la frugalité, la mesure seraient la règle de vie. L’hyperconsommation a été érigée en principe de vie, nous sommes venus à valoriser le monde extérieur, le monde des sens, plutôt que le monde intérieur, virtuellement recréé avec les objets numériques. Le matérialisme est devenu un socle social, un veau d’or en quelque sorte., Et le plus pauvre convoite les objets que possède le plus riche, au prix de sacrifices, d’endettements, de surendettements, il finit par les acquérir.

Lors de mes entretiens qualitatifs administrés dans le cadre d’évaluations de politiques publiques auprès de personnes estimées vivre dans la précarité, ces dernières n’entendaient nullement se priver d’objets interactifs ou ceux de la consommation numérique qui ne répondent strictement à aucun besoin vital mais qui contribuent à leur divertissement comme une nécessité, une nécessité devenue vitale.

Dans cette dimension matérialiste, de recherche de pseudo-confort à tout prix qui affecte notre monde occidental, nous ne sommes plus enclins à développer des comportements altruistes, de donner de notre générosité dans des gestes désintéressés, généreux et souvent traduits par des actes insignifiants comme l’écoute de l’autre, l’aimer en interagissant dans une réponse appropriée.

Nos comportements sont hélas de moins en moins « pros sociaux », nous ne savons plus considérer l’autre dans ses besoins, tellement acculés par le désir soi-même de rechercher une autre forme de conquête, celui de posséder un territoire, un territoire dérisoire, une matière, un objet. L’homme seul dans la matérialité de son époque appréhende d’être isolé, et le voilà comblé avec l’apparition de l’objet animé, de l’objet interactif. L’homme dans son monde virtuel quitte la planète Terre pour entrer dans la planète « Taire » qu’il se crée. L’homme à nouveau se dérobe derrière l’arbre[4] de son monde virtuel… pour ne pas être vu de son créateur tel qu’il est… !

L’une des grandes mutations vécues, est ainsi l’apparition dans cette modernité techniciste de l’objet interactif. L’objet interactif qui est devenu objet de culte, un objet de fascination, une forme d’idolâtrie contemporaine. Nous nous égarons aujourd’hui dans ces objets « culte », ces « images animées » ces nouveaux dieux qui occupent les espaces virtuels de nos moniteurs, de nos écrans cathodiques.

Par analogie, la Bible rapporte plusieurs siècles avant Jésus-Christ, dans les livres des prophètes Osée et Zacharie la vénération de statuettes[5]. À cette époque, les téraphim étaient devenus des objets de culte et de cléromancie (art de lire l’avenir par tirage au sort). Les peuples polythéistes dans les temps bibliques entretenaient une relation avec l’image, des représentations de faux Dieux. Ces faux Dieux les fascinaient et égaraient leurs esprits, ces représentations dénaturaient déjà la dimension transcendante et unique de la divinité, en la reléguant au rang des objets.

Si certes, l’homme occidental n’adore plus les « Dieux », il est fasciné par les images qui interagissent avec ses émotions et qui aujourd’hui sont même capables d’empathie. L’homme entre dans un monde ou la réalité de l’interaction augmentera au fur à mesure des progrès de la science et cette interaction le prépare à des formes nouvelles de substitution du prochain, d’un autre que lui-même.

La fascination pour l’objet numérique, animée avec les progrès de la science, interagissant avec l’usager nous conduit littéralement à devenir captifs, dépendants. Ne s’agit-il pas au fond d’une forme d’idolâtrie contemporaine.

L’environnement des objets numériques est venu ainsi combler le sentiment de déréliction, le sentiment de solitude qui accompagne celui qui possède l’extérieur mais n’a pas reçu ce qui est de nature à combler l’intérieur. Or le plus inquiétant résulte d’un monde d’humains de plus en plus guidés à interagir avec le monde des objets numériques. Des objets de la matérialité qui deviennent si familiers qu’ils se transforment peu à peu en compagnons, des substituts palliant l’absence de l’autre, mon vis-à-vis, « l’autre que moi-même » en quelque sorte.

La vacuité, le vide spirituel qui caractérise toute notre société font que la seule chose pouvant être considérée comme existante est la matière et si cette dernière interagit, elle vient alors m’apporter une forme de réponse à mon vide existentiel, un ersatz, un bonheur paradisiaque.

C’est dans ce contexte de vide spirituel, de déréliction morale que les dernières avancées technologiques montrant l’interaction croissante homme robot deviennent inquiétantes. En effet les dernières avancées technologiques laissent penser que la reconnaissance des capacités affectives et émotionnelles d’un autre objet que l’on appelle robot, est maintenant possible.

La science technologique considère que le robot est d’ores et déjà doué d’empathie, déjà capable de discerner des comportements humains, d’interagir avec lui, et même comprendre, d’interpréter les émotions humaines.

L’article que nous produisons est extrait du site Internet IBM et il fait allusion à notre précédent propos sur les capacités du robot d’épouser par mimétisme les comportements de l’homme. Ce robot porte le nom de Pepper « Il est le premier robot humanoïde à destination du grand public à être capable de comprendre les émotions de son propriétaire et de générer artificiellement les siennes en conséquence. Équipé d’un système de reconnaissance faciale, il repère une personne à plus de trois mètres. Il comprend des expressions basiques du langage verbal et corporel humain, comme le sourire, le froncement de sourcil et des émotions comme la surprise, la colère, la tristesse. Pepper est également capable d’analyser l’intonation de la voix de son interlocuteur, ainsi que son champ lexical.

Toutes ces données récoltées par le robot d’1 m 20 pour moins de 30 kg, lui permettent de déterminer l’attitude à adopter en fonction des circonstances. Ainsi, s’il détecte de la tristesse, il pourra vous proposer d’écouter une musique ou de raconter une blague pour vous remonter le moral. De plus son intelligence artificielle est cognitive. En d’autres termes, il apprend au fur et à mesure de ses interactions avec sa famille d’accueil. Au fil du temps il adaptera également ses réactions selon le caractère de son propriétaire ». 

Or dans un avenir très proche dans un horizon de temps très court, l’humanoïde sera en mesure de simuler des émotions, d’adapter des comportements, d’ajuster des types de dialogues interactifs.

Les ajustements de l’humanoïde se construiront à partir d’indices audio et visuels, le timbre de la voix, le profil d’utilisateur fera partie des niveaux d’interprétation permettant au robot de détecter l’émotion humaine et en conséquence le robot sera en mesure de faire usage d’une méthode comportementale.

Mais le plus inquiétant est à venir, Ces robots pourraient demain envahir le quotidien, devenir des humanoïdes de compagnie, remplaçant nos animaux. Des « êtres » domestiqués mais sans âmes et sans esprit, reproduisant artificiellement des comportements dans une apparence humaine. L’humanoïde pourrait ainsi, être à terme le compagnon d’une vieille dame isolée, le substitut pour un enfant d’une maman trop souvent absente, ou bien pire être une poupée sexuelle interactive, un partenaire interactif comblant les besoins émotionnels et affectifs de personnes isolées.

La dimension affective apportée par l’humanoïde est la conséquence du vide spirituel de l’être humain.

Ce vide spirituel que ne comblera pas un objet humanoïde conçu artificiellement qui interagira en l’absence de toute identité le reliant à la transcendance. Une machine dotée de l’apparence d’un corps mais sans réelle conscience humaine sans âme, sans vie réelle sans esprit « En supposant qu’on parvienne à construire un robot androïde dont la complexité s’approcherait de celle de l’homme il lui manquerait cette ouverture à la transcendance qui ne peut jaillir spontanément de l’interaction des causes immanentes ».

En revanche l’être humain se livrera en quelque sorte à une forme de démon humanoïde, il se livrera comme l’écrivait Baudelaire de manière quasi prémonitoire à Satan :

« Se livrer à Satan, selon Baudelaire, c’est croire qu’on en a fini avec lui et que l’on s’en tirera bien tout seul, grâce à ses bons sentiments et ses puissantes machines : « Nous périrons par là où nous avons cru vivre. La mécanique nous aura tellement américanisés, le progrès aura si bien atrophié en nous la partie spirituelle que rien parmi les rêveries… antis naturelles des utopistes ne pourra être comparé à ses résultats positifs. «