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Les enfants sont persuadés que leurs enceintes connectées sont vivantes…

 

Il y a de nombreuses années, chez les gens qui s’intéressaient aux «nouvelles technologies» comme on disait, il y avait deux clans. Ceux qui pensaient que l’avenir serait aux robots humanoïdes (des robots d’apparence humaine) qui nous serviraient et ceux qui pensaient que la technologie serait intégrée dans chaque objet du quotidien.

En 2018, on sait que les deux avaient raison. Les objets de la maison sont connectés et il y a une espèce de super intendante qui les gère tous: l’enceinte connectée. Elle ne ressemble pas à un humain mais elle entend et elle parle. C’est ce qu’on appelle un assistant virtuel. Il y en avait déjà dans les smartphones, mais avec l’enceinte, vous pouvez lui dire d’éteindre la lumière de la salle de bain, de monter le chauffage, de passer une chanson de Dalida, ou de vous donner immédiatement la date de naissance de George Clooney, tout ça le cul sur le canapé sans bouger un petit doigt. Et la machine vous obéit et vous répond.

Or depuis le mois de mai, la polémique monte aux États-Unis: faut-il forcer les enfants à dire «s’il vous plaît» aux assistants virtuels? Des parents ont commencé à s’inquiéter du fait d’entendre leurs enfants dire: «Alexa, éteins la lumière… gros caca». Eh oui, si vous avez six ans, comment résister à la possibilité de donner un ordre à une voix d’adulte, un adulte qui ne pourra jamais vous punir? Du coup, foison d’interviews de pédopsys se demandant si ces enfants ne vont pas donner des ordres à de vrais adultes et insistant sur la nécessité de leur inculquer de bonnes manières, qu’importe l’interlocuteur.


«Nathan, sois gentil avec le monsieur.»

Alors bien sûr, il faut éduquer les enfants à ces objets. La première fois qu’un petit entend la voix de quelqu’un qu’il connaît au téléphone, il ouvre des yeux hallucinés. Et puis, on lui explique. Comme j’ai dû expliquer un jour à mon fils que non, tout ce qu’il voyait à la télé n’était pas en direct. La semaine dernière, justement, il s’est retrouvé par mégarde à discuter avec l’assistant virtuel qui est sur la tablette. Je lui précise bien que ce n’est pas une personne. Il me répond qu’il a compris. Et ensuite je l’entends demander à la tablette: «Tu es né où? C’est quoi ton nom de famille?». En même temps, à un âge où on a des amis imaginaires, comment peut-il comprendre qu’une voix qu’il entend pour de vrai n’est pas vivante? Je pense que je peux lui faire vingt minutes d’explication et que si, ensuite, je lui demande le sexe de l’assistant, il me va répondre fille ou garçon alors que si je lui demande le sexe du grille-pain il me regardera comme une abrutie.

Mais devant les inquiétudes des parents américains, les fabricants d’enceintes connectées n’ont pas exactement pris le chemin de rappeler que leur produit était plus proche du grille-pain que de la grande sœur. Ils ont ajouté des fonctions. L’enceinte d’Amazon félicite les enfants qui parlent poliment, pour «encourager les bons comportements». Et sur celle de Google, on peut activer un mode «mot magique» pour qu’elle ne réponde pas en cas d’oubli de formule de politesse. Mais toujours pas de mode infinitif. Mandieu…

Je sais à l’avance que certains vont me répondre «Bah t’as qu’à pas en avoir chez toi». Alors je vais faire une réponse collective ici: je n’en ai pas chez moi et ne compte pas en avoir. Et l’autre remarque qu’on va me faire, c’est «Tu n’as pas évoqué les problèmes d’espionnage». C’est vrai, ce n’était pas le sujet. Ces machines sont des enregistreurs à données personnelles (Mattel a dû abandonner la commercialisation du sien justement à cause du non-respect de la vie privée). Ce sont également des systèmes piratables, ce qui peut poser de gros problèmes. Et ils peuvent aussi servir à de nouvelles formes de violences domestiques.

3 réflexions au sujet de “Les enfants sont persuadés que leurs enceintes connectées sont vivantes…”

  1. Frappant mais néanmoins désormais de notre temps ! Ce n’est plus de la SF !
    A noter, sur le sujet, « seuls ensemble : de plus en plus de technologies, de moins en moins de relations humaines » de Sherry Turkle (L’Echappée).

    Et avec une heureuse année 2019, résolument nouvelle, pour toi, Eric !

    Fraternellement,
    Pep’s

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