Anthropologie, Monismes et dualismes de substance

Les idéologues du genre et leurs lectures déconstructives du monde social

Quand nous faisons usage du terme idéologie ce n’est pas dans un sens péjoratif, le mot idéologie est ici utilisé pour indiquer comment une conception du monde se construit. L’idéologie est adossée à une série d’idées à des fins de structurer une représentation du monde. Il est vrai que la notion d’idéologie a dérivé en connotation péjorative, mais ce n’est pas le sens de mon propos, lorsque j’emploie le terme. Le terme idéologie (littéralement science des idées, un terme qui avait été utilisé lors de la révolution française par le philosophe et général Antoine Destutt de Tracy) était ainsi employé par Condorcet pour désigner l’apport des sciences au progrès de l’esprit humain. Donc pour revenir aux études du genre, nous pouvons ici indiquer qu’un certain nombre d’auteurs ont conceptualisé, structurer, construit une représentation argumentée et étayée du monde, parmi ces auteurs, j’en citerai au moins deux … Joan Wallach.Scott et Judith BUTLER.

Dans un contexte d’emploi du concept genre, plusieurs universitaires américains se nourrissent alors, à partir de années 1980 en particulier, de ce qu’on appelle alors aux États-Unis la « French Theory », c’est-à-dire notamment les travaux de Jacques Derrida, Michel Foucault, Jacques Lacan, Roland Barthes.

La lute des sexes la vision marxiste des idéologues du genre

L’historienne Joan Wallach. Scott qui travaillait depuis les années 1970 sur l’histoire des femmes, a contextualisé sa lecture du monde social et l’histoire de la femme dans une perspective marxiste. L’historienne rapporte la vie de la femme dans le récit humain et ses successions générationnelles comme une lutte de classe.

Pour rappel la perspective marxiste est l’évocation d’une dialectique se focalisant sur la lutte sociale des classes du maitre à l’esclave, de la plèbe et des propriétaires, des gueux et de la noblesse, en un mot des oppresseurs et des opprimés.

Pour revenir à Joan Wallach.Scott, l’historienne questionne en 1988 dans son essai Gender and the Politics of History l’approche patriarcale et masculiniste de l’histoire et reproche notamment à certains auteurs marxistes de considérer la culture de classe comme universelle sans prendre en compte la dimension de la domination masculine.

Ainsi Joan Wallach.Scott souligne la division sexuée du travail qui maintient les femmes dans une position subalterne, de dominée dans la société, et ce, en dépit de leur accès au salariat. Cette division sexuée se trouve éclairée par l’articulation entre sphère économique et sphère familiale. Les auteures portent ainsi une attention soutenue aux facettes multiples de la travailleuse qui est aussi épouse, mère ou encore soutien de la vie familiale. Ces identités imbriquées, convergeant dans la soumission des femmes à la cellule familiale, expliquent que leurs pratiques économiques soient également subordonnées aux besoins de cette dernière.

Pour Joan W.Scott , il ne s’agit plus en effet de simplement décrire l’histoire des femmes mais de mettre en lumière les rapports de genre jusque-là cachés qui définissent l’organisation des sociétés, en fait au-delà d’une lecture réductrice de lutte des classes. Une idéologie funeste, une forme de lutte marxiste des sexes se dessine dont l’aboutissement ou la fin de cette lutte pourrait bien être de sortir de l’animalité sexuée ou autrement dit de l’hétérosexualité mettant ainsi fin finalement à des rapports de hiérarchisation et de domination.

Le rapport au sexe vu comme une construction seulement sociale

Il convient de prendre conscience que la notion idéologique de genre aujourd’hui est appréhendée au-delà de la réalité biologique, ce qui fait débat aujourd’hui !  Cette déconnexion du genre masculin, féminin est la résultante d’une réflexion qui puise sa source  dans toute une littérature française, Jacques Dérida, Foucault puis Judith Butler. Judith Butler ira notamment encore plus loin dans la réflexion notamment dans son essai qui l’a fit connaitre Trouble dans le genre paru en 1990…

pour Judith Butler, c’est le genre qui construit le sexe : je résume en deux mots sa pensée autrement plus étayée, s’il existe selon elles des différences biologiques, elles ne sont pas en elles-mêmes significatives.

C’est cette idéologie autour du genre, et donc la construction sociale qui en découle selon ses partisans , qui assigne de façon quasi exclusive un sens aux différences sexuelles …

Donc effectivement déconnecter totalement l’identité de la part biologique nous conduit à une forme de conception extrême, voire à une confusion des genres, en fait c’est nous conduire à refuser l’altérité y compris dans nos regards. C’est un déni de différences ou de la différence …

La radicalité idéologique 

L’autre idéologie montante et qui dépasse les débats autour des études du genre, c’est l’idéologie Queer.

Queer est au départ une insulte nord-américaine, qui vient nommer l’autre dans son étrangeté, sa bizarrerie, son anomalie, son excentricité…

En effet des groupes de lesbiennes, composés de chicanas (latinos), de chômeuses et n’appartenant pas au monde homosexuel nord-américain intégré (par sa lutte) dès les années 1970-1980, ont fait de cette insulte un étendard et se sont autoproclamées « queers » pour marquer leur volonté de non-intégration dans la société marchant au pas de la norme hétérosexuelle, blanche et middle class

L’approche Queer refuse ainsi l’enfermement de ces nouveaux sujets dans de nouvelles prisons identitaires qui pourraient perdurer dans le temps.

Le cœur du « queer », c’est la déconstruction du sexe, du genre, et partant du corps et de la jouissance sexuelle tels que l’un et l’autre sont normalisés.  Le genre (l’identité sexuelle) est fondée sur le binaire masculin/féminin, Pour les tenants de l’idéologie queer ces modalités sont de pures fictions, ces modalités résultent de constructions d’un discours dominant marqué une vision hétérosexuelle. Le sujet lui-même est fictif et il s’agira de détruire tout essentialisme déclaré ou caché dans les modes de la pensée. Il s’agit même d’un combat idéologique et revendiqué contre l’hétérosexualité, une manière de pointer l’animalité du rapport hétérosexuel…

La nature façonne-t-elle ce que nous sommes ?

Selon nous il y a dans toute construction une part de culture et une part de nature. La nature façonne aussi ce que nous sommes intrinsèquement. Si à nouveau nous revenons à la dimension de la couleur, la couleur lumineuse réfléchit la lumière, la couleur sombre l’absorbe. C’est bien une réalité au-delà de la perception cognitive et symbolique associée aux couleurs, dont nous comprenons aussi que les évocations associées divergent dans les contextes ou ces couleurs sont diffusées.

Là et nous pouvons tous objectivement le comprendre on est plus tout à fait dans le domaine des études sur le genre, nous n’entrons plus dans l’observation et l’analyse des comportements, ici Judith Butler tire une conclusion en regard de convictions affichées et revendiquées. Judith Butler s’inscrit dans une posture idéologique étayée, argumentée et assumée. Chacun est ici libre d’adhérer ou de ne pas adhérer à ce concept de genre qu’elle développe souvent avec brio.

Revenons si vous voulez bien à Judith BUTLER l’essai qui la fit connaitre est Gender Trouble, paru en anglais pour la première fois en 1990, c’est le livre dans lequel Judith Butler expose sa conception du genre. Son essai je l’avoue est parfois complexe et je reconnais toute ma difficulté à saisir les subtilités de ses analyses… C’est un vrai défi d’appréhender  sa pensée complexe, j’oserais écrire tourmentée, « la fécondité de sa pensée, d’autres plus critiques ont évoqué une logorrhée » ….

Par exemple Judith BUTLER entreprend dans son ouvrage de faire sauter le verrou de la ‘naturalité’ du sexe par rapport au genre. En abordant la sexualité dans d’autres termes que ceux de l’alternative domination/pro-sexe.

« Soyons féministes, non parce que nous sommes des femmes, mais parce que nous contestons les fondements de cette catégorie qui nous enferme, et au titre de laquelle nous sont imposées des normes oppressantes »

Butler réinterprète Simone de Beauvoir, « On ne naît pas femme, on le devient » ; pour Monique Wittig, idéologiquement très proche de Judith BUTLER, « Les lesbiennes ne sont pas des femmes » OU « Ce sexe qui n’en est pas un ». Judith BUTLER entend se démarquer du « système sexe-genre : pour Judith BUTLER il n’y a point de ‘nature’ antérieure à la construction sociale du genre ; le sexe, comme le genre, est une catégorie construite par le discours QUI FAIT advenir mais qui ne restitue pas un fait (la performativité) ; en d’autres termes : le sexe, c’est aussi (ou déjà) du genre.

Chez Judith Butler la contestation de la norme sexuelle s’explique par le fait que l’hétérosexualité serait selon elle le produit d’un conditionnement culturel qui nous imposerait dès le plus jeune âge le désir de l’autre sexe, d’où la structure parodique du genre puisque nous ne ferions que mimer un rôle que la société nous impose, et que nous serions tous des travestis

L’autre point abordée par Judith BUTLER porte sur le désir … Le désir selon elle n’étant pas un donné de la nature…

Le désir est SELON Judith BUTLER structuré par la relation et relève d’un rapport AU culturel. Or l’altérité n’est pas niée dans le désir homosexuel, elle est symboliquement intériorisée.

L’altérité est donc constitutive du désir. Or Butler ne voit pas que le désir est irréductible à la pulsion, qui est certes une construction psycho-affective irréductible à la pulsion sexuelle animale, mais dont l’objet est indéterminé. L’objet du désir authentique, lui, n’est pas indéterminé, puisqu’il est suscité par le mystère de la différence et de l’altérité, ce que montre très bien un philosophe comme Levinas.

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