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Une Vision du progrès partagée par Sylvain Tesson

Le figaro 

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/01/21/31003-20180121ARTFIG00202-sylvain-tesson-depuis-que-nous-gourvernes-par-des-machines-c-est-l-acceleration-qui-prime.php

ENTRETIEN Avec Luc Tesson  – Longtemps, il fut l’écrivain de l’aventure et des chemins de traverse. Il les aime toujours, qu’ils soient noirs ou blancs de neige. Mais au fil de ses écrits, Sylvain Tesson ouvre aussi la trace des voyages intérieurs. Et du haut de ses parois, s’affirme en observateur acéré de notre époque pressée. Avec sa manière unique de disposer des mots, il donne au Figaro sa vision du «progrès». L’accélération du temps ou «l’augmentation» de l’homme ne le fascinent pas. Et pour lui la nostalgie n’est pas un si vilain défaut.

LE FIGARO. –La question cruciale de notre époque n’est-elle pas celle de notre rapport au temps, alors que son accélération est portée au rang de vertu suprême, qu’il s’agisse de se déplacer, de communiquer ou, plus généralement, de vivre.

Sylvain TESSON. – On peut opposer deux stratégies au temps. Celle du moustique qui s’offre une orgie de sang et de lumière ou bien celle de la tortue à la longévité sacrificielle. L’homme pourrait choisir une voie médiane, alternant accélérations et pauses létales. Mais depuis que nous sommes gouvernés par les machines, c’est l’accélération qui prime. Avec la massification et la numérisation, elle est le fait social de notre temps. L’accélération est efficace en cas de danger (demandez aux gazelles de l’Afrique). Mais elle peut être néfaste (voyez Franz Reichelt, de la Belle Époque, qui s’était jeté de la tour Eiffel avec un mauvais parachute). Dans l’accélération sociale, on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a un prédateur à nos trousses et le vide devant nous. Nous sommes des gazelles qui nous jetons de la tour Eiffel en disant: «Le monde change, il faut s’adapter» !

Le tout en le faisant sur Instagram…

Phénomène inédit, l’accélération est un outil de communication. Quand un événement survient, plutôt que de nous retirer dans une grotte pour l’analyser, on expulse un commentaire. C’est une bonne méthode de domestication collective de permettre à tout le monde – à moi le premier – de dire n’importe quoi à tout moment. Cela permet d’éviter les thèses dangereuses. S’il y avait eu Twitter aux siècles passés, les Encyclopédistes n’auraient pas préparé les Lumières ni Marx écrit Le Capital. On serait plus tranquilles! Notons que tout ce vocabulaire du «ressenti», du «retour», du «contenu» appartient au lexique du haut-le-cœur.

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